Notice Historique sur le château de Taillebourg

 Sur ce rocher abrupt que trente ou quarante générations ont successivement fécondé, s'élève un parc d'une végétation magnifique : au midi, toute la vallée depuis Saint-Savinien jusqu'à Saintes s'étend sous nos regards ; les clochers de la vieille cité émergent au loin de grandes touffes de verdure, tandis qu'à nos pieds la sinueuse Charente, pareille aux fleuves des pays enchantés, semble s'attarder à plaisir dans les pays qu'elle arrose.

Nous ne connaissons rien en Saintonge qui soit comparable à la vue dont on jouit du haut de la terrasse du château de Taillebourg, a écrit D. d'Aussy.

Bâti sur le bord de la Charente, navigable depuis son embouchure, Taillebourg doit son nom à sa situation (1).

Tal en langage celtique, veut dire en effet élévation de terrain et le latin Burgus, dérivé lui-même du grec Purgos, signifie château-fort. De là, le nom de Burg ou de Bourg qui dans toutes les langues du nord désigne une réunion de maisons.

L'origine de Taillebourg remonte à la plus haute antiquité.

Au temps des Gaulois et sous l'occupation romaine il se serait simplement appelé Tal et son nom de Taillebourg daterait surtout des invasions normandes.

Enfin, lorsque la famille de Rancon eut au Moyen Age reconstruit la forteresse on lui donna le nom de Rancogna (Ranconia), mot qui indiquait tout à la fois le nom et l'origine de son propriétaire (2).

Taillebourg à l'époque gallo-romaine (3) était un vicus placé sur la voie de Médiolanum à Muro, il était aussi le point de jonction de deux routes : l'une conduisant à la côte, et l'autre se perdant par Mazeray, Saint-Julien, etc. avec celle des pagi de Varaize et de Saint-Martin de la Coudre.

Son château qui fut réputé imprenable est bâti sur le sommet d'un rocher qui s'élève à pic du côté de l'ouest à plus de cinquante toises au-dessus du niveau de la Charente.

Il est escarpé de trois côtés ce qui le rendait inaccessible aux machines de guerre: il était carré et avait à chacun de ses angles une tour ronde d'un fort diamètre couronnée d'une plate-forme avec machicoulis.

Le corps du bâtiment avait trois étages dont chacun était éclairé par un rang de fenêtres, il était d'aspect formidable et était considéré comme sentinelle avancée du côté de la mer et comme point stratégique des plus importants.

C'est là que pendant onze siècles se sont succédé les seigneurs de Taillebourg, qui ont joué un rôle si considérable dans l'histoire et donné à la vieille cité une célébrité dont elle est fière et que pourraient lui envier bien des centres plus importants.

En l'an 800, Charlemagne défit les Sarrasins dans le bois des héros, entre Saintes et le castel de Taillebourg. La dite bataille donna naissance à la légende suivante que Monsieur le Chanoine Fouché reproduit, dit-il, pour sa beauté. ==> Château de Taillebourg (la légende de la bataille de Charlemagne)

La voici : « Là fichèrent aucuns leurs lances en terre devant les tentes. Le lendemain les trouvèrent reprises et pleines « d'écorces et de feuilles, ceux tant seulement qui pour l'amour de Jésus-Christ devaient mourir et recevoir martyre en cette bataille. Ceux qui leurs lances virent feuillues reprises furent moult liés de ce miracle, maintenant les coupèrent près de terre tous ensemble, se mirent dans une eschialle (bataillon) et se férirent les premiers dans la bataille, moult de Sarrasins occirent, mais à la parfin mouruernt en la bataille, martyrs pour l'amour de Notre Seigneur ».

En 844; — Sous le règne de Louis le Débonnaire, on vit apparaître pour la première fois les pirates normands. Partis du littoral Danois et Norvégien, ils débarquaient sur les côtes, remontaient les fleuves et ravageaient les campagnes, pillant et brûlant tout sur leur passage. Cette année-là ils remontèrent la Charente.==>La Charente de Taillebourg à Angoulême, les raids des Vikings. (Histoires d'Eaux et de Régions)

 

En 848 — On les revit encore.

Le château de Taillebourg apparait pour la première fois dans l’histoire en 860, sous le règne d’Eudes, d’abord comte de Paris, puis élu roi de France par les seigneurs de la nation réunis à Compiègne ; il était fils du fameux Robert-le-Fort, tué en combattant contre les Normands.

863 . Turpion, comte d'Angoulême, voyant que Landry, comte de la Saintonge, ne paraissait- pas s'émouvoir de cette nouvelle invasion, rassembla quelques troupes et les lança contre l'ennemi.

La bataille eut lieu le 4 octobre 863 dans les environs de Saintes.

Au milieu de l'action, Turpion osa défier le chef normand appelé Maur. Les deux adversaires se précipitèrent l'un sur l'autre de toute la vitesse de leurs chevaux et se percèrent de leurs lances. Les Normands furent vainqueurs; mais intimidés par la mort de leur chef, ils regagnèrent leurs navires avec leur butin après avoir mis à sac la ville de Saintes.Turpion fut tué.

Pendant plus de cent ans le littoral de l'océan fut pour les barbares un champ d'exploration où leur nom seul inspirait la terreur surtout en Saintonge, dont les côtes d'un accès plutôt facile, étaient loin d'être épargnées.

Cependant, de temps à autre, les envahisseurs éprouvaient des échecs qui les déconcertaient. C'est ainsi que deux ans après le combat où l'héroïque Turpion était si glorieusement tombé, une nouvelle horde fut surprise dans un de ses cantonnements, entre la Boutonne et la Charente, par les gens du pays qui s'étaient enfin armés pour sa défense.

Le combat eu lieu à Champdolent : quatre cents pirates restèrent sur le terrain et un grand nombre furent jetés dans la rivière. Ils avaient à leur tête Sigfrid.

On montre encore aujourd'hui « la prairie du poignard » le « champ de la lance », les tombes creusées pour la sépulture des vaillants tombés devant l'ennemi, mais les noms d'Agonnay et de Champdolent (campus dolendus) perpétueront à jamais le souvenir de cette lutte héroïque soutenue par nos pères contre les barbares du Nord.  

Cet échec découragea ces derniers. Ils regagnèrent en désordre leurs navires et ils furent plus de deux siècles sans reparaître.

Toutefois, ces invasions successives des pirates du Nord, leur hardiesse à remonter le cours des fleuves pour rançonner et piller les populations riveraines avaient enfin réveillé le patriotisme des Saintongeais et ils songèrent à construire des forteresses capables de résister à leurs attaques.

C'est alors, dit H. D'Aussy, que le château de Taillebourg « Apparaît dans la Saintonge comme un de ces phares qui servent aux navigateurs pour leur signaler l'approche des côtes et des récifs. »

Bien que le pays eût été débarrassé des pirates du Nord, il n'en fut cependant pas plus heureux pour cela, car plus d'un siècle durant il fut troublé par les rivalités des comtes; se battant pour reculer les limites de leur territoire.

Depuis 866, époque où le château de Taillebourg appartenait au comte d'Angoulême. 

Émenon Ier succède à son frère Turpion comme comte d'Angoulême en 863 tout en conservant Périgueux.(comte de Poitiers de 828 à 839, de Périgueux de 845 à 866 et d'Angoulême de 864 à 866.)

Emenon, comte d’Angoulême, et Landry, comte de Saintes, tous les deux vassaux du duc d’Aquitaine, se disputèrent la possession de Taillebourg; ils en vinrent aux mains dans la vallée d’Annepont, il meurt à Rancogne, le 22 juillet 866, des blessures reçues le 14 juin 866, lors du combat contre son cousin Landri, comte de Saintes, qui est également tué dans l'engagement.

 

 Vis-à-vis les ruines pittoresques de l'ancien château de Taillebourg, sur la rive gauche de la Charente, que Henri IV appelait « le plus beau fossé de son royaume, » au milieu de verdoyantes prairies, se développe la chaussée Saint-James, sur une longueur de 1255 mètres.

Quelques antiquaires croient qu'elle fut construite au commencement du douzième siècle. Plusieurs fois remaniée et consolidée, elle porte l'empreinte des divers styles qui caractérisent notre architecture nationale; c'est le dernier vestige d'un grand souvenir historique elle a été le témoin de la mémorable bataille de Taillebourg, gagnée par saint Louis. Vraisemblablement, avant peu d'années, les nécessités de la circulation conduiront à la renverser avec ses arches, encore au nombre de trente.

La chaussée Saint-James était et est encore le seul passage praticable d'une rive à l'autre de la Charente, lors des fréquents débordements de ce fleuve.

Bâtie sur une ancienne voie romaine qui conduisait de Saintes (Mediolanum) à Muron (Muro), elle forme un angle avec le courant, et ses arches nombreuses servent à faciliter l'écoulement des eaux. Les arches ont, en moyenne, 3 mètres à 3m,50 de hauteur. De distance en distance on rencontre de massifs contreforts. Comme la plupart des anciennes constructions de ce genre, la chaussée Saint-James, qui se reliait autrefois au pont de Taillebourg, est très-étroite; c'est à peine, en beaucoup d'endroits, si la voie à 1'30 de largeur entre les parapets.

Plan Notice Historique sur le château de Taillebourg

    Voici, en résumé, la chronologie des faits historiques se rattachant directement au château de Taillebourg:

1010-1019. — Ostend 1er de Rançon.

1019-1024. — Aimeri Ier.

Siège de la forteresse, sa démolition, sa reconstruction.

1024-1049. — Aimeri II de Rançon.

1049-1065. — Ostend II

Osten de Taillebourg, fils de Constantin et d’Emeline, qui figure comme seigneur de ce château au onzième siècle, fut, avec Hugues de Surgères et Geoffroi de Rochefort, témoin du traité fait en 1067 entre l’abbé Odéric et le duc d’Aquitaine, concernant les dons faits à l’abbaye de Vendôme.

Dès 1050, Osten avait donné aux moines de St-Jean-d’Angély l’église de Ste-Marie de Champdolent, avec des vignes, des moulins et les droits de pêche dans la Boutonne.

1065-1067. — Geoffroy I

Geoffroi de Rançon, successeur du précédent, mais d’une autre famille, espérant obtenir le pardon de ses fautes par l'intercession des religieuses de Fontevrault, alla visiter ce monastère et constitua au profit de l’abbaye une rente de cent sous à prendre, chaque année, sur le péage de son pont de Taillebourg.

1067-1090. — Ostend III

1090-1122. — Aimeri III 

A l’époque de la première croisade, Aimeric de Rançon, fils de Geoffroi, ne paraît pas avoir fait le voyage d’outre-mer. Il est seulement mentionné comme étant présent à l’accord intervenu entre les religieux de l’abbaye de la Trinité de Vendôme et Guillaume d’Aquitaine; avec lui figurent les plus illustres barons de la Saintonge, tels que Gilles d’Aix, Guillaume de Mauzé, Geoffroi de Tonnay-Charente, Hugues de Surgères (1096).

1122-1137. — Geoffroy II

En l’année 1134, le seigneur de Taillebourg, voulant donner des preuves de l’intérêt qu’il portait aux religieuses de Ste-Marie de Saintes, à propos de la querelle suscitée par les moines de st-Martial de Limoges au sujet de l’église de St-Sylvain, vint en grande cérémonie dans leur couvent.

Geoffroi de Taillebourg était accompagné de Bourgogne de Rancon, Dame de Fontenay, sa mère; de Fossifie de Montcontour, sa femme; de Raymond de Cambon, son intendant; et de frère Jean, chapelain de Pont-l’Abbé. Il fit avec l’abbesse Sibylle un traité par lequel il s’engagea à défendre, envers et contre tous, les terres et les vassaux de l’abbaye de Ste-Marie, et les mit sous la sauvegarde spéciale de son capitaine d’armes.

En retour de ce dévouement, Sibylle consentit à recevoir dans sa communauté une jeune fille, nommée Elisabeth, à laquelle le seigneur de Taillebourg s’intéressait beaucoup.

1137-1153. — Geoffroy III fut gouverneur de l'Aquitaine.

 - 1137  Nuit de noces d'Aliénor d’Aquitaine et le futur Louis VII, roi de France au château de Taillebourg

 Une seconde croisade ayant été décidée par les princes chrétiens, Louis-le-Jeune confia la régence du royaume à l’abbé Suger, et partit pour l’Asie à la tête d’une armée considérable.

 

 Les croisés du Poitou et de la Saintonge marchaient sous les ordres de Guy de Lusignan et de Geoffroi de Rançon, seigneur de Taillebourg. L’armée éprouva de grands désastres par suite des attaques multipliées des Turcs; toujours elle repoussa l’ennemie, mais elle fit de grandes pertes.

« Après avoir passé le Méandre, près de Laodicée, malgré les efforts des Turcs qui occupaient l’autre rive, Louis-le-Jeune marchait sur Antioche. Pendant que l’armée suivait les longs défilés qui séparent la Phrygie de la Pysidie, le roi avait donné le commandement de l’avant-garde, c’est-à-dire le poste le plus périlleux, à Geoffroi de Rançon, seigneur de Taillebourg, dont le courage, le rang et les talents militaires avaient apparemment mérité une pareille distinction.

« Cette avant-garde, dans laquelle se trouvaient la reine Eléonore et toutes les dames, étant arrivée au sommet d’un mont où elle avait ordre d’attendre le roi, qui suivait avec le gros de l’armée, Geoffroi fit dresser les tentes pour passer la nuit dans ce lieu. Mais le contraste des sombres forêts et des âpres rochers de ces montagnes avec la riante verdure des vallées qui se déroulaient à leur pied, le froid piquant qui, à l’approche de la nuit, se fit sentir sur la crête de ces pics sauvages, et l’incommodité d’un pareil lieu de stationnement, firent concevoir à la reine et aux dames de sa suite le désir de descendre dans la plaine.

Geoffroi de Taillebourg, fidèle aux ordres qu’il avait reçus, combattit, avec toute la chaleur que lui permettait son respect pour l’épouse du roi, un dessein dont il pressentait les conséquences funestes ; mais, après avoir résisté aux prières de la reine, il dut se rendre à ses ordres.

A peine eût-il abandonné le poste qu’il avait mission de garder, qu’un corps de musulmans vint s’en emparer. « Cependant, Louis-le-Jeune cheminait avec le reste de l’armée, sans ordre comme sans défiance, pensant que les hauteurs étaient occupées par Geoffroi de Taillebourg.

Lorsque les Turcs virent les chrétiens engagés au milieu des gorges et des précipices, ils les attaquèrent avec fureur et firent rouler sur eux d’énormes blocs de rochers. Presque tous les barons qui accompagnaient le roi furent massacrés ou périrent à ses côtés.

Le roi, ayant rallié quelques débris de son armée, parvint, tout en combattant, jusqu’à l’avant-garde, qui l’attendait de l’autre côté de la montagne. Quittant alors la route d’Antioche, il gagna la route d’Atalie, longeant le bord de la mer.

 « Dans ce jour fatal, le malheureux Geoffroi de Rançon perdit pour jamais la confiance et l’amitié du roi, victime d’une trop grande soumission aux volontés de sa souveraine, et, selon quelques-uns, d’un sentiment plus tendre qu’il nourrissait en secret pour cette belle princesse ».

Il fut remplacé dans son commandement par Evrard des Barres, grand maître de l’ordre des Templiers. Si le baron de Taillebourg avait commis une faute inexcusable, en abandonnant son poste pour aller sous la tente d’une jeune et charmante reine, le roi Louis ne mérite-t-il aucun reproche pour avoir laissé Eléonore se placer à l’avant-garde, tandis qu’il commandait lui-même le second corps d'armée?

C’était, dit un de nos historiens, une imprudence difficile à justifier, à moins de circonstances particulières qui ne nous sont pas connues.

Geoffroi de Rançon, seigneur de Taillebourg, et Sibylle, abbesse de Saintes, moururent en 1157.

 

La châtellenie de Taillebourg fut ensuite possédée par Pierre et Seguin Bérald, héritiers de Geoffroi ; l'abbesse Agnès de Barbezieux parente d’Aliénor d’Aquitaine avait succédé à Sibylle dans le gouvernement du monastère de Sainte-Marie.

Les nouveaux seigneurs de Taillebourg firent avec la nouvelle abbesse de Saintes un traité à peu près semblable à celui que leur prédécesseur avait fait précédemment avec Sibylle.

« Par ce traité fut renouvelée une concession anciennement faite à l'abbaye, en vertu de laquelle les navires des religieuses qui passaient et repassaient devant Taillebourg étaient affranchis du droit établi sur la navigation de la Charente.

En retour de ce privilège, il fut convenu que les seigneurs de Taillebourg pourraient envoyer, jusqu’à deux ou trois fois l’an, des officiers de leur maison à l’abbaye de Saintes, où il serait donné à chacun deux pains et deux mesures de vin.

« Agnès de Barbezieux promit en outre à Pierre et à Seguin Bérald de faire célébrer, chaque année, l’anniversaire de leurs aïeux ; pour cela les deux barons déclarèrent prendre sous leur protection et mettre sous celle de leurs capitaines d’armes les terres et les vassaux de l'abbaye, quelque part qu’ils fussent. Ces engagements respectifs ayant été rédigés par écrit, les seigneurs de Taillebourg déposèrent chacun, avec beaucoup de respect, un baiser sur la main de l’abbesse, au moment où elle la tendait pour recevoir la chartre dépositaire de leurs communes intentions. »

 

De 1179 à 1651, le château de Taillebourg servant de base à toutes les opérations militaires entreprises en Saintonge.

 

Heureux auraient été les châtelains de Taillebourg, si de plus puissants et de plus ambitieux princes n’étaient venus troubler la douce quiétude de leur château.

La fin du douzième siècle fut signalée par des guerres terribles qui ensanglantèrent toute la Saintonge, et furent le commencement de ces luttes sans fin qui, pendant plusieurs siècles, firent couler à flots le sang français.

1153-1194. - Geoffroy IV de Rancon, ennemi juré des Anglais.

Henri II, roi d’Angleterre, duc de Normandie, comte d’Anjou, et, par sa femme Eléonore, — épouse répudiée de Louis-le-Jeune, — duc d’Aquitaine, eût été le plus heureux des monarques sans l’ambition de ses quatre fils, Henri, Geoffroi, Richard et Jean.

Ces enfants dénaturés, excités par Eléonore et soutenus par la plupart des barons de la Saintonge, levèrent l’étendard de la révolte contre leur père en 1174, et Richard trouva dans son duché d’Aquitaine, qui haïssait alors la domination anglaise, des sympathies nationales qu’il sut adroitement faire servir au soutien de sa cause personnelle.

 Cependant, le roi d’Angleterre, à la tête d’une armée redoutable, composée en partie de routiers allemands et brabançons, arriva sous les murs de Saintes et emporta cette ville d’assaut.

Richard s’était jeté dans le château de Taillebourg, où son père se disposait à aller l’assiéger, lorsqu’il apprit que son fils aîné était prêt à débarquer en Angleterre pour y fomenter une insurrection. Il fut donc forcé d’interrompre le cours de ses rapides succès en Saintonge.

Il se hâta de repasser la mer, emmenant prisonnières sa femme Eléonore et sa bru Marguerite de France.

Le roi d’Angleterre se réconcilia avec ses fils ; mais les Aquitains combattaient pour leur indépendance, et le fougueux Richard tourna ses armes contre des seigneurs et des peuples qu’il venait tout récemment d’appeler ses fidèles alliés.

 

–1179. Le comte Richard d'Angleterre (Richard Coeur-de-Lion), assiège et rase le château de Taillebourg, défendu par Geoffroy de Rançon

 Le prince anglais vint, huit jours avant la fête de l’Ascension, mettre le siège devant Taillebourg, défendu par son seigneur, appelé Geoffroi de Rançon.

« Cette place, dit le chroniqueur latin Robert du Mont, traduit par M. Massiou, était réputée comme imprenable, tant l’art et la nature avait concouru à la fortifier. » — « Revêtue d'un triple fossé, ajoute un autre contemporain, appropriée à la résistance par une triple enceinte de murs, suffisamment pourvue  d’armes, de barres de fer et de verroux,  remarquable surtout par ses tours disposées en cercle, amplement munie de pierres pour lancer sur l’ennemi, abondante en vivres et défendue par des milliers de soldats aguerris, elle ne fut nullement intimidée par l’armée du duc d’Aquitaine.

 « Le prince ne fut pas non plus rebuté par tant d’obstacles. Brûlant d’ humilier le fier Geoffroi de Rançon, dont l’orgueil avait maintes fois provoqué son courroux, il renforça son armée de nouvelles recrues, qu’il fit venir de différents pays.

Plantant alors sa tente sous les murs de la place, il fit dresser ses machines contre les remparts, et déploya un formidable appareil de guerre aux yeux des assiégés, qui n’avaient jamais rien vu de pareil et s’étonnaient d’une entreprise que personne, avant les fils de Henri II, n’avait osé tenter.

« Si le seigneur de Taillebourg se fût contenté de repousser les attaques de l’ennemi, peut-être eût-il vu le duc d'Aquitaine s’épuiser en vains efforts au pied de ses murailles. Mais c’était, à ses yeux, une chose pleine d’ignominie que de tenir enfermés dans des remparts des soldats d’une valeur si éprouvée et d’un cœur si haut.

Ayant tenu conseil avec ses chevaliers, il ordonna une sortie, afin de tomber à l’improviste sur l’armée du prince. Mais Richard avait deviné le dessein des assiégés. Appelant ses soldats aux armes, il refoula violemment l’ennemi vers ses murs.

Alors les hommes de Geoffroi de Rancon se pressèrent à l’entrée des portes, trop étroites pour les recevoir tous à la fois : la confusion se mit dans leur rangs, et les palefrois, les lances, les écus, destinés à les protéger, ne firent que les embarrasser et accroître le désarroi.

 « Richard, à la tête de sa principale cohorte, tombe sur cette troupe effrayée, la presse, la foule, en fait un grand carnage, et se précipite avec elle dans le château. Il n’est point de refuge contre la fureur de l’implacable ennemi, qui poursuit les fuyards dans tous  les quartiers et signale partout sa présence par le pillage et l’incendie.

« Ceux qui ont le bonheur d’échapper au fer du vainqueur se jettent dans le donjon, espérant y trouver un asile. Mais Geoffroi de  Rançon est bientôt forcé dans ce dernier retranchement.

Contraint de rendre les armes, il implora la clémence de Richard, qui lui laissa la vie, mais ordonna la ruine de ses murailles.

Quelques jours suffirent à l’entière destruction de cette formidable citadelle, dont la prise n’a coûté que trois jours au prince.

Peu de temps après, le château de Pons fut pris par le même Richard Cœur-de-Lion, et l’allié du sire de Taillebourg ne conserva de son château qu’un manceau de ruines.

 En moins d'un mois, tous les châtelains du pays de Saintonge qui avaient trempé dans la rébellion subirent le sort des seigneurs de Pons et de Taillebourg, et alors Richard, fier de sa vengeance, alla rejoindre son père en Angleterre.

Dans les années qui suivirent, Geoffroi de Rançon releva de ses ruines le château de Taillebourg.

Bertrand de Born, le troubadour célèbre, le dit dans une de ses chansons.

 

– 1187. Geoffroy de Rançon, s'étant de nouveau révolté contre Richard, est assiégé pour la seconde fois, dans sa forteresse.

Aymar Taillefer, comte d’Angoulème, Geoffroi de Taillebourg, et nombre d’autres riches barons de l’Angoumois, du Poitou et de la Saintonge, complotèrent une nouvelle rébellion contre leur suzerain et portèrent la dévastation sur ses domaines.

Richard arriva bientôt avec une armée ; et exerça de terribles représailles contre eux. Les plus obstinés étaient concentrés sur la Charente, dans le voisinage de Taillebourg. Richard marcha contre les rebelles, dont une partie, à son approche, se jeta dans le château de Geoffroi de Rançon.

Cette forteresse, à peine sortie de ses ruines, fut encore une fois assiégée par Richard Cœur-de-Lion. Il s’en rendit maître en peu de jours, et n’accorda la vie aux vaincus qu’à condition qu’ils s'armeraient avec lui pour une nouvelle croisade, dont les préparatifs occupaient beaucoup la cour de France.

Ayant ainsi pacifié à sa manière la Saintonge, Richard retira ses troupes du château de Taillebourg pour se porter sur les frontières de la Gascogne, dernier refuge de l’insurrection (1188).

 

Le seigneur de Taillebourg et ses alliés de Saintonge endossèrent le haubert et se préparèrent à suivre Richard en Palestine. Mais, avant de partir, la plupart de ces barons firent des concessions nouvelles aux abbayes, sans doute pour se rendre cette expédition favorable et intercéder le ciel en leur faveur.

 Lorsque l’armée des croisés fut campée sous les murs de Messine, où les tempêtes de l’équinoxe l’avaient forcée de relâcher, la bonne harmonie qui régnait au départ entre Philippe- Auguste et Richard se rompit.

Alors le roi de France fit appeler dans sa tente tous les barons d’Aquitaine qui, de gré ou de force, s’étaient croisés avec Richard, et les somma de s’engager par serment à le suivre en Palestine.

Le seigneur de Taillebourg et le vicomte de Châteaudun prirent la parole au nom de leurs compatriotes, et jurèrent d’accomplir, sous la bannière de France, le vœu qu’ils avaient fait sur la croix.

Richard, se voyant ainsi abandonné de ses vassaux, laissa éclater son courroux, et jura de les dépouiller tous de leurs châteaux et de leurs terres (1190).

 Pendant cette croisade, Richard, qui avait par ses exploits excité l'admiration des peuples, fut surnommé Cœur-de-Lion. Il avait, depuis peu, succédé à son père sur le trône d’Angleterre.

 

1194-1263. - Geoffroy IV et Geoffroy VI de Rançon.

En 1194, le sire de Taillebourg était revenu de la croisade avec Philippe-Auguste. Les barons de la Saintonge, secondés par le roi, essayèrent encore une fois de secouer le joug de l’étranger.

Parmi ces barons était l’infatigable Geoffroi de Rançon, qui marchait à leur tête et semblait engagé, par sa destinée, dans une lutte perpétuelle contre Richard Cœur-de-Lion. Celui-ci entra bientôt en Saintonge à la tête de ses bandes d’aventuriers, commandées par le fameux routier Mercader. Il attaqua d’abord Geoffroi de Rançon, contre lequel il était animé d’une haine implacable.

Le château de Taillebourg, naguère, n’avait pas longtemps résisté au prince Richard, duc d’Aquitaine ; il devait se défendre avec plus d’avantages , contre Richard Cœur-de-Lion, roi d’Angleterre.

Investi par toutes les forces du roi, il ne se rendit qu’après un long siège : mais la capitulation des autres places et l’occupation de toutes les terres de Geoffroi de Rançon suivirent de près la prise du principal manoir seigneurial.

 

Le vainqueur porta ensuite ses armes contre Aymar Taillefer, comte d’Angoulême, allié du sire de Taillebourg, et lui fit subir le même sort (juillet 1194).

Partout la garnison eut la vie sauve, mais elle fut remplacée par des soldats anglais.

La paix ayant été conclue entre Richard et Philippe-Auguste, au Petit-Niort, par l’entremise officieuse des prélats des deux partis, le sire de Taillebourg recouvra la possession de ses châteaux, villages et domaines ravagés, tandis que l’aventureux Richard poursuivit sa vie de combats et de hauts faits de chevalier errant, jusqu’au jour où il fut atteint, au pied des remparts du château de Châlus, par la flèche de l’archer Bertrand de Gourdon.

Blessé au bras sur la fin de mars 1199, Richard mourut le 6 avril suivant.

 

En l’année 1207, Geoffroi de Taillebourg, avec Guillaume de Surgères, Savary de Mauléon et Renaud de Pons, souscrivit un traité passé à Thouars entre Jean-sans-Terre, successeur de Richard, et Philippe-Auguste.

Une trêve fut conclue pour deux ans entre les deux souverains. On pouvait enfin espérer qu’une bonne paix viendrait cicatriser les trop nombreuses blessures que la guerre avait faites à la France.

 

 

Hugues de Lusignan, comte de la Marche, épousa, en 1220, Isabelle Taillefer, veuve du roi Jean d’Angleterre, son ancienne fiancée. Hugues avait conservé pour elle une passion que le temps n’avait pas affaiblie, et dont l’histoire offre peu d’exemples.

Devenu le beau- père du jeune Henri, le comte de la Marche, secondé par sa femme, contracta avec lui une étroite alliance, et la guerre contre la France fut imminente dès ce moment.

Elle éclata aussitôt la mort, de Philippe-Auguste, en 1223, car son fils, Louis VIII, nourrissait un vif ressentiment contre la maison de Plantagenet, d’autant plus que Henri III l’avait sommé de lui restituer la Normandie, le Poitou et les autres possessions continentales de son aïeul Henri II.

Louis VIII, en réponse à une demande si hautaine, fît publier l’arrêt de confiscation rendu contre Jean-sans-Terre par la cour des pairs du royaume. Il se hâta d’appuyer son manifeste en levant une armée en Poitou et en marchant rapidement sur l’Aunis.

 Aimeri, vicomte de Thouars, et plusieurs autres barons du parti de l’Angleterre, allèrent avec empressement à sa rencontre et lui firent leur soumission.

Il prit Niort, vaillamment défendu par Savary de Mauléon, et St-Jean-d’Angély ; puis il s’empara de La Rochelle après plus de deux semaines de siège, malgré l’ardente opposition de Savary de Mauléon, qui s’embarqua pour l’Angleterre avec la garnison de la place.

Le comte de la Marche avait fait la paix avec le roi de France.

 Mais Louis VIII poursuivit ses succès en Angoumois et en Périgord ; il ne s’arrêta qu’au bord de la Garonne, limite septentrionale du pays de Gascogne, que l’archevêque de Bordeaux, secondé par ses diocésaires, sut conserver au roi d’Angleterre.

Louis VIII, en revenant de la croisade contre les Albigeois, tomba malade et mourut au château de Montpensier, en Auvergne, en 1226.

Son fils n’était âgé que de douze ans, et, durant les orages qu’on prévoyait devoir assaillir sa minorité, les barons saintongeais se préparèrent, avec la versatilité de caractère qui leur était si ordinaire, à rentrer sous la domination anglaise, et ils commettaient des hostilités qui leur assuraient une sorte d’indépendance.

Une trêve de cinquante ans fut cependant conclue entre la France et l’Angleterre, sous la garantie de quatre barons, dont deux de Saintonge, parmi lesquels étaient Renaud, sire de Pons, pour Henri III, et Eble, seigneur de La Rochelle, pour Louis IX.

 

Mais Hugues de Lusignan, comte de la Marche, ayant refusé, à l’instigation de sa femme Isabelle, foi et hommage à Alphonse, comte de Poitiers et frère du roi de France, la guerre éclata.

La reine Isabelle, qui menait toute cette affaire, écrivit à son fils Henri pour qu'il vint à son secours dans la guerre ouverte contre Saint-Louis. Elle le pria de se munir de beaucoup d’argent, déclarant que les troupes étaient inutiles, car ils avaient de puissants alliés dans toute la noblesse du Poitou et de la Saintonge.

Henri III écouta favorablement sa mère, et lui promit de passer la mer au plus vite; mais, ayant assemblé son parlement, il ne put en obtenir l’argent qu’il demandait. Cependant, il prit sa fortune privée, augmentée de celle de ses amis, et vint un jour débarquer au port de Royan.

Henri III avait pris la mer à Portsmouth le 9 mai, et, après une traversée tranquille, il avait débarqué à Royan le 13 mai

Il était accompagné de la reine son épouse, du comte Richard, son frère, et de trois cents chevaliers.

De son côté, le roi Saint-Louis faisait ses préparatifs en Poitou, à la tête d’une puissante armée. « Toute la haute Saintonge, soumise au comte de la Marche, se déclara soudain pour le roi d’Angleterre.

De Royan, Henri se rendit au château de Pons, où le seigneur du lieu, homme-lige de Hugues de Lusignan, vint au- devant du monarque et le reçut avec magnificence.

Tous les barons, châtelains et chevaliers de la contrée, imitant l’exemple du sire de Pons, accoururent aussi faire hommage de féauté au roi d’Angleterre, et lui offrir l’appui de leur épée.

Enfin, le comte de la Marche vint lui-même se joindre au prince, avec plusieurs barons d’Aquitaine.

 « Il fallait trouver un prétexte à cette levée de boucliers.

 

Henri III publia à Pons, le 30 mai, un manifeste dans lequel il annonça :

 « Qu’il ne déclarait la guerre au roi de France que parce que ce prince s’était emparé, durant la dernière trêve, de l’héritage de Savary de Mauléon, et qu’il ne déposerait les armes qu’après que Louis aurait restitué la terre usurpée, avec tous les fruits perçus depuis l’usurpation ».

Cette prise d’armes, en faveur des prétendus intérêts d’un feudataire qui avait souvent changé de parti, avait certainement un autre but. Ce prétexte n’était même pas fort vraisemblable ; mais le roi d’Angleterre ne savait comment colorer sa nouvelle agression.

 

 Le roi de France entre en Saintonge, assiégé Tonnay-Boutonne, l’emporte d’assaut et y met garnison.

De là il marche sur Matha, se rend maître d’une grosse tour carrée servant de donjon, et la fait raser au niveau du sol.

 

Il se dirige ensuite sur Thors, qui se rend à la discrétion du roi, et poursuit sa marche vers Saintes, où il croit que le roi d’Angleterre et le comte de la Marche sont enfermés.

Mais il est détourné de ce dessein par son conseil, qui lui persuade d’aller prendre position à Taillebourg, où Geoffroi de Rançon tient faiblement pour le roi d’Angleterre, et d’où l’on pourra attaquer avec plus d’avantages la ville de Saintes, principal boulevard des ennemis.

Le samedi 21 juillet, veille de Ste-Madeleine, l’armée française arrive sous les murs de cette forteresse, et le roi fait asseoir son camp sur la rive droite de la Charente, qui en baigne les remparts.

« Henri III avait compté sur l’appui du seigneur de Taillebourg, qui, du haut de ses murailles, dominant toute la vallée arrosée par le fleuve, pouvait protéger les mouvements de l’armée anglo-gasconne et nuire beaucoup aux Français.

Mais Geoffroi de Rançon, héritier de la haine de son père pour la maison d’Anjou, n'avait embrassé que par contrainte le parti du roi d'Angleterre. Henri, maître de toute la Saintonge, eût fait tomber son courroux sur le châtelain qui eût refusé de marcher sous sa bannière, et le sire de Taillebourg n’attendait qu’une occasion pour secouer un joug qu’il subissait à regret.

« Aussitôt qu’il vit l’armée française campée au pied de ses remparts, il fit ouvrir ses portes et marcha, suivi d’un nombreux cortège, à la tente du roi Louis. Fléchissant le genou et mettant ses mains jointes entre celles du monarque, il lui fit la foi et hommage pour sa seigneurie de Taillebourg, et lui promit le secours de sa lance comme son homme-lige et fidèle vassal.

Louis le reçut avec bonté et alla loger au château avec ses principaux capitaines, pendant que le reste de l’armée était campé sous les murs de la ville.

 

La conduite du sire de Taillebourg était moins une défection qu’une sorte de représailles légitimée par les mœurs vindicatives et rancunières du temps.

Hugues de Lusignan avait fait à Geoffroi de Rançon un sanglant outrage.

Trop faible pour se venger, le vassal nourrissait depuis lors, contre son seigneur, une haine ardente qui ne pouvait être éteinte que par une satisfaction égale à l’injure; et, selon les idées de cette époque, il avait juré sur les reliques des saints de ne point se faire raser comme les chevaliers et de laisser croître sa chevelure à la manière des femmes, jusqu’à ce qu’il eût été vengé, par lui-même ou par autrui, de l’affront qu’il avait reçu du comte de la Marche.

 Henri III, ayant appris l’arrivée du roi de France sous les murs de Taillebourg, tint conseil avec Hugues de Lusignan.

Ils firent lever le camp, et, remontant la rive gauche de la Charente, vinrent camper à la nuit dans les prairies où se prolonge la chaussée du pont de Taillebourg.

Ils n’étaient plus séparés des Français que par la rivière, et, sans l’obscurité de la nuit, les deux camps auraient pu s’observer aisément.

Le lendemain, dimanche, 22 juillet, les deux armées se trouvèrent en présence, au milieu de riches vignobles et de vastes prairies arrosées par les eaux de la Charente, coulant sous un pont long et étroit au-dessus duquel s’élevaient majestueusement les remparts de Taillebourg.

Le roi d’Angleterre n’avait que 1,600 chevaux, 20,000 fantassins et 700 arbalétriers, en tout 22,300 combattants.

Envoyant, aux premiers rayons du jour, l’armée française, beaucoup plus nombreuse que la sienne, sortir en foule de ses tentes et déployer son oriflamme et ses mille étendards, et se ranger en bon ordre de bataille, Henri, qui s’était attendu à fondre le premier sur l’ennemi, ou à le recevoir de pied ferme et la lance au poing, commença à se troubler.

S’adressant au comte de la Marche, non moins interdit que lui :

— « Sire comte, lui dit-il, où sont maintenant vos promesses ? Ne nous aviez-vous pas assuré, lorsque nous étions en Angleterre, que, quand il en serait temps, vous trouveriez assez de forces pour repousser les attaques du roi de France, et que nous n’avions à nous occuper que des fonds nécessaires aux frais de la campagne ?

 « — Moi ! répondit le comte, je n’ai jamais dit cela.

« — Eh quoi ! s’écria le prince Richard, présent à ce colloque, vous l’avez si bien dit que j’ai dans ma tente toutes vos lettres qui l’attestent.

« — Ces lettres, je ne les ai ni écrites, ni signées.

« — Que dites-vous là ? reprit le roi étonné. Ne m’avez-vous pas prié, pressé, importuné par vos messages, pour me décider à passer la mer, et n’accusiez-vous pas mon retard ?

 « — Moi, interrompit le comte, avec un affreux jurement, je n’ai pris aucune part à toutes ces manœuvres : imputez tout ce qui s’est fait à votre mère, mon épouse. Elle a machiné tout cela à mon insu ! » (Henri Martin, Histoire de France.)

 

Pendant ces débats, le roi de France préparait son armée à l’attaque et s’apprêtait à passer le pont pour fondre sur l’ennemi. Henri pénétra l’intention du monarque. Redoutant le premier choc de l’armée française, dans une plaine découverte de toutes parts, il confia la défense du pont à un fort détachement, et fît retirer le reste de ses troupes à deux portées de traits du rivage, voulant indiquer par là qu'il n’acceptait pas le combat.

Mais, quand les Français aperçurent ce mouvement rétrograde, ils crurent que l’ennemi voulait faire retraite.

A l’instant, cinq cents cavaliers, suivis d’un grand nombre de fantassins et d’archers, s’élancent sur le pont pour charger le détachement anglais qui en défend le passage.

Le roi Louis, à la tête de cette phalange intrépide, veut engager l’action et porter les premiers coups. Le pont est bientôt couvert de soldats : il ne suffit plus au nombre, à l’ardeur des assaillants, et plusieurs se jettent en foulent dans des bateaux pour passer le fleuve.

« De leur côté, les Anglo-Gascons soutiennent le choc avec assurance. Henri, Hugues de Lusignan, Richard, Simon de Montfort, accourent bientôt avec le gros de leur armée. Alors, sur le pont, dans les barques, sur la rive, s’engage une action meurtrière.

The_Battle_of_Taillebourg,_21st_July_1242

Louis, au plus fort de la mêlée, affronte le péril et renverse tout ce qui s’offre à ses coups (C’est le moment qu’a choisi Eugène Delacroix pour représenter St-Louis à Taillebourg, dans le tableau qui est au musée de Versailles).

La vie du bon roi était en grand danger, s’il est vrai, comme le rapporte un témoin oculaire, que, pour un homme qu’il avait avec lui dans ce moment, les Anglais en avaient cent.

Malgré cette disproportion, l’impétuosité française l’emporte. Les Anglais, entamés de toutes parts, s’ébranlent, se dispersent, et laissent au pouvoir de Saint Louis le pont, théâtre du combat.

 « Maître de la rive gauche de la Charente, le roi de France s’arrêta pour donner au gros de son armée, resté sur la rive droite, le temps de passer la rivière, afin de pouvoir attaquer l’ennemi en rase campagne.

Déjà il disposait ses bataillons dans la plaine, quand le comte Richard, redoutant pour les siens l’issue d’une action générale, se dépouilla de ses armes, prit seulement un bâton en signe de paix, et s’avança à pas lents vers l’armée française, demandant à parler au roi.

Louis le reçut avec distinction. Richard sollicitait une suspension d’armes.

 Le monarque, assuré de la victoire, ne pouvait consentir à l’abandonner. Mais, réfléchissant que le dimanche, jour consacré à la prière, ne devait point être employé à verser le sang, il se décida à accorder une trêve jusqu’au lendemain.

Louis fit alors repasser la Charente à son armée.

Richard, de retour au camp anglais, dans lequel régnaient encore le trouble et la confusion, se rendit à la tente du roi, son frère.

— « Vite, vite, éloignons-nous d’ici, lui dit-il à l’oreille, ou notre perte est certaine. » On presse le repas du soir, afin de pouvoir lever le camp dans la nuit.

 A peine le soleil a-t-il disparu sous l'horizon, que chacun se hâte de plier bagage. Henri, s’élançant sur son cheval de bataille, dont il presse les flancs de l’éperon, s’enfuit à toute bride au milieu des ténèbres.

Son armée le suit, non sans beaucoup de mal pour les hommes et les chevaux, dont plusieurs sont encore à jeun et exténués de fatigue. Emporté par son palefroi, le roi ne s’arrête qu’aux portes de Saintes, où ses gens le rejoignent bientôt.

 « Le lendemain, 23 juillet, grande fut la surprise du roi de France, lorsque au lever du jour il jeta les yeux sur l’autre rive du fleuve et n’aperçut plus le camp des Anglais dans la plaine.

Il fit tranquillement défiler son armée sur le pont, et vint camper dans le lieu même que l’ennemi avait occupé la veille. Seize cents charriots, voiturant les vivres et les machines de guerre, couvraient dans leur marche un espace de trois milles de terrain.

L’armée française demeura dans cette position toute la journée du lundi.

Le jour suivant, au matin, elle se mit en marche vers Saintes. Il y eut dans les faubourgs de cette ville un combat très meurtrier pour les Anglais. Henri III et les siens se sauvèrent à Blaye.

« Enfin, le 1 er août, en son camp devant Pons, le roi Saint-Louis reçut la soumission du comte de la Marche et de ses fils, et leur pardonna leur félonie. (Un tableau de Jean Grégoire, reproduisant cette scène, a été placé sous Louis-Philippe dans la chapelle du palais du Luxembourg.)

 « Lorsque le Sire de Taillebourg vit l’état d’humiliation ou était réduit le comte de la Marche, il s’estima suffisamment relevé du vœu qu’il avait fait de laisser croître sa barbe et ses cheveux, jusqu’à ce qu’il eût été vengé de l’affront qu’il avait reçu de son ci-devant seigneur.

Au moment où le comte de la Marche et sa famille était prosternés aux pieds du roi, criant merci et versant des larmes, Geoffroi entra dans la tente du monarque, avec sa longue barbe et ses longs cheveux.

Alors, en présence des princes et d’une nombreuse cour, il fit apporter des ciseaux et se fit tondre et raser à la mode des chevaliers »

Cette bataille a donné une célébrité historique à Taillebourg, et c’est une gloire pour cette localité d’avoir associé son nom à cette page de notre histoire.

 

En 1242, année de la bataille de Taillebourg, les terrains qui s'étendent à droite et à gauche de la chaussée Saint-James n'étaient, en été comme en hiver, que des marais fangeux.

Aujourd'hui encore, les abords de la chaussée sont impraticables, surtout devant les arches, où la rapidité des courants a produit de profonds affouillements.

L'exhaussement du sol, qu'ont produit les dépôts laissés par les inondations, et, d'autre part, les divers travaux entrepris pour régler et améliorer le régime des eaux du fleuve, ont permis de transformer en excellentes prairies quelques-unes des vastes plaines qui bordent cette partie du cours de la Charente.

Ainsi, à l'époque où eut lieu la bataille, les abords de la chaussée Saint-James étaient non-seulement impraticables, mais encore, sur certains points, étaient accessibles aux bateaux d'un faible tirant d'eau.

 

Une trêve de cinq ans fut signée entre les rois de France et d’Angleterre, en 1243.

Parmi les garants de cette trêve on voit figurer Renaud, sire de Pons, Geoffroi de Tonnay- Charente, Benoît de Mortagne, Ponce de Mirambeau, Foulques de Matha, Hélie de Talmont, Gombaud de Cônac, Ithier de Barbezieux, Raymond de Montendre, Geoffroi de Rochefort.

Particularité remarquable des mœurs du temps : la plupart de ces seigneurs venaient de faire la guerre à Saint-Louis, ce qui ne l’empêchait pas de leur confier ses plus chers intérêts ; quant à eux, ils savaient se montrer digne d’un tel honneur.

Par le traité d’Abbeville, conclu en 1259, la Saintonge se trouva scindée, du levant au couchant, en deux territoires dont la Charente devint la ligne de séparation.

Le roi d’Angleterre eut le midi avec l’ile d’Oléron.

Le roi de France conserva le Nord avec l’île de Ré ; La Rochelle, Taillebourg, Saint Jean d’Angély, demeurèrent sous son obéissance,

mais Saintes, Pons, Royan, Blaye, Barbezieux, Cognac, et toutes les places fortes situées au sud de la Charente, passèrent au pouvoir de Henri III.

 

L’illustre maison de Rançon, qui possédait la seigneurie de Taillebourg depuis le milieu du onzième siècle, s’éteignit en 1263, dans la personne de Geoffroi de Rançon, quatrième du nom, dit le Jeune, qu’on a vu jouer un si singulier rôle en 1242, dans la guerre de St-Louis avec Henri III.

Ce seigneur, n'ayant pas d’enfant, laissa ses domaines à quatre sœurs, qui avaient été mariées: l’aînée à Hugues l’Archevêque, de la maison de Parthenay, branche cadette de celle de Lusignan; la deuxième à Guillaume de Sainte-Maure ; la troisième à Amanieu d’Albret; la quatrième à Joscelin de Châtillon.

 

1269-1271.Hugues Larchevêque de Parthenay.

 Après la mort de Geoffroi, Hugues l'Archevêque et Guillaume de Sainte-Maure se disputèrent son manoir seigneurial. Un procès fut même commencé.

Mais, en 1264, ils traitèrent par la médiation d’Alphonse de France, frère de Saint-Louis, comte de Poitiers et de Toulouse ; et la transaction portait « que la seigneurie de Taillebourg appartiendrait à Hugues l’Archevêque, comme fils de la fille aînée de la maison de Rançon, et que Guillaume de Sainte-Maure, comme père et légitime administrateur de ses enfants, aurait les seigneuries de Marcillac, d’Aigre et des Touches, après le décès d’Isabeau, femme de Maurice de Belleville, et que, pendant la vie de cette dame, il jouirait de 200 livres de rentes à prendre sur le port de Saint-Savinien (Maichin, Hist. de Saintonge; Cosme Béchet, Commentaires sur l'usance de Saintonge).

La maison de Parthenay-l’Archevêque, que nous voyons arriver au château de Taillebourg, était une des plus anciennes et des plus illustres de nos provinces de l’ouest. On connaît sa généalogie depuis l’an 1000 environ ; mais le haut degré de puissance auquel elle était déjà parvenue dès cette époque prouve qu’elle remonte à une date plus reculée.

 Cette considération, jointe à d’autres données historiques, nous fait partager complètement l’opinion des auteurs qui la regardent comme étant une branche cadette de l’illustre famille de Lusignan .

 Guillaume de Parthenay-l’Archevêque, seigneur de Parthenay, Châtelaillon, Champdeniers, etc., marié à N. de Rançon, prenait aussi quelquefois le titre de seigneur de Taillebourg, à cause des droits de sa femme sur cette seigneurie.

Il succéda en 1216 à son père, le sire de Parthenay ; en 1223, il suivit le parti de Henri III, roi d’Angleterre, et fut l’un des chevaliers qui se portèrent garants de la trêve d’une année conclue à cette époque avec Louis VIII.

Il servit, en 1225, le roi de France avec une grande partie des barons du Poitou, à la suite des conférences de Thouars.

La mort de Louis VIII ramena Guillaume de Parthenay dans le parti anglais ; il se joignit aux barons qui, sous la conduite de Thibaut de Champagne, firent la guerre à la reine Blanche; mais, vaincus, ils furent obligés de demander la paix.

Il conclut en 1228 une trêve d’une année avec Saint-Louis, et se porta garant de la fidélité de Hugues de Lusignan, comte de la Marche et d’Angoulême, époux de l’irascible comtesse reine Isabelle Taillefer.

 

Mais, un an après l’expiration de cette trêve, le 18 juillet 1230, Guillaume se déclara, avec la plupart des barons de la Saintonge, de l’Aunis et du Poitou, en faveur de Henri III, qui venait de débarquer à Bordeaux, et il fut pour ce prince, pendant les douze années qui suivirent, un allié fidèle qui lui sacrifia sa fortune et son sang.

Mais, après la brillante campagne de 1242, que couronna la bataille de Taillebourg, le sire de Parthenay, qui voyait les ennemis de Saint- Louis se disperser, craignit de rester seul exposé à son ressentiment, et, malgré la garnison que le roi d’Angleterre avait laissée dans sa ville de Parthenay, sous la conduite de Raoul de la Haye et d’Àimery de Lascy, il alla secrètement faire sa soumission au roi de France et au comte Alphonse, son frère, qui étaient à Tours, demandant pour toute faveur le droit de confier la tutelle de son fils, âgé d’environ seize ans, à Geoffroi de Rançon, son beau-frère.

La nouvelle de la défection de ce dernier allié remplit le roi Henri de douleur, et il ordonna à la garnison de Parthenay de venir en toute hâte le rejoindre à Bordeaux.

Guillaume survécut peu à cet acte. On croit qu’il mourut vers 1243.

 Il laissait cinq enfants : 1er Hugues, qui suit; 2° Isabelle, mariée à Maurice de Belleville, seigneur de Montaigu ; 3° Jeanne, épouse de Pierre de Rostrenam ; 4° Jacquette, mariée à Geoffroi de Péruse ; 5" Aimery, aumônier à l’abbaye de Saint-Maixent.

 

De 1263 à 1269, les biens de Geoffroi de Rançon furent indivis entre ses nombreux héritiers.

Par la transaction de 1269, Hugues de Parthenay-l’Archevêque eut en toute propriété la seigneurie de Taillebourg, qu’il joignit à ses terres et baronnies de Parthenay, Vouvent, Monchamps, etc.

Dès avant cette époque, Hugues, sur les conseils du roi Saint- Louis et d’Alphonse, comte de Poitiers, son frère, qui voyait en lui un fidèle allié et désirait augmenter sa puissance, épousa Valence, fille de Geoffroi à la Grand’Dent, seigneur de Vouvent et Mervent.

 

Hugues se trouva l’un des plus puissants feudataires du comte de Poitiers, et capable de résister aux Mauléon, aux vicomtes de Thouars et aux Lusignan eux-mêmes.

 Le seigneur de Taillebourg mourut vers le milieu de l’année 1271, âgé seulement de 46 ans, après avoir administré paisiblement et grandement augmenté les possessions et la puissance de sa famille.

De son mariage étaient nés six enfants, dont quatre filles. Guillaume de Parthenay-l’Archevêque l’aîné fut seigneur de Parthenay, Vouvent, Mervent, Soubise, Taillebourg, Châtelaillon, etc.

 

1271-1308. — Guillaume VI »

II accompagna, en 1270-1272, le roi Philippe-le- Hardi, avec cinq chevaliers, contre le comte de Foix, bien qu’il tût mineur et eût pu refuser le service qu’on réclamait de lui. Il consentait, en 1273, à la rupture de l’alliance projetée entre sa sœur Marie et Hugues de Surgères, qui épousa son autre sœur Alix, vers 1296.

A cette époque, Aimery, dernier seigneur de Rochefort, était mort, en laissant trois sœurs, Yolande, Jeanne et Alix, qui se partagèrent l’héritage de leur frère. Le manoir seigneurial était échu à Yolande, l’aînée.

Le 22 octobre 1300, cette dame et son mari, Pierre Bouchard, seigneur de Cornefou, firent avec Guillaume, seigneur de Parthenay et de Taillebourg, un traité par lequel ce dernier devint, moyennant une rente annuelle de 570 livres, propriétaire du château de Rochefort, des forêts, marécages, garennes, hommages, haute et basse justice, et généralement de tous les droits seigneuriaux qui en dépendaient.

Mais le roi Philippe-le- Bel, en sa qualité de comte de Poitou, en opéra le retrait lignager dès l’année suivante.

 

Guillaume se maria deux fois : 1° en 1275, à Jeanne de Montfort, dont il devint veut en 1291, ayant eu d’elle : Jean, seigneur de Parthenay; Hugues, Marie, Létice et Isabeau;

2° Vers 1295, à Marguerite de Thouars, fille de Guy, vicomte de Thouars, seigneur de Talmont, et de Marguerite de Brienne, dont il eut Guy, dont nous parlerons ci-après.

Guillaume de Parthenay mourut vers 1308, et fut inhumé dans l’abbaye de la Grennetière, qu’il affectionnait particulièrement.

 

1308-1364. — Guy Deux fois la forteresse est prise par les anglais.

 Guy de Parthenay-l’Archevêque, issu de son second mariage avec Marguerite de Thouars, né vers 1305, eut en partage les seigneuries de Soubise et de Taillebourg.

En février 1344, Guy accordait une place à un marchand sur le marché de Saint-Savinien, et, le 14 mars 1364, il rendait hommage au prince de Galles pour ses château, ville et seigneurie de Taillebourg.

Maichin, dans son Hstoire de. Saintonge, dit que, parmi les hommages curieux rendus à cette époque par les barons du pays, on peut citer celui du 14 mars 1364. « On lit par exemple, dans cet hommage, que la terre de Taillebourg est tenue au devoir d’un arc et d'une corde d'étoupe, et d'un bousson de feu par cas de morte-main; que le dénombrement se baille par écrit, non mie par voie d'instrument, mais pour mémoire et comme de raison, d'usage et de coutume du pays; que le seigneur de Taillebourg est seulement tenu de montrer son chastel au prince et de lui faire hommage sur le lieu de la châtellenie (Arnaud Maichin, Histoire de Saintonge, chap VI) ».

 

 

– 1346. Le comte de Derby, après un siège meurtrier, emporte le château de Taillebourg.

Après le traité de Bretigny, conclu en 1360, Saint-Jean-d’Angély, Taillebourg et les autres villes et châteaux situés sur la rive droite de la Charente, avaient ouvert sans résistance leurs portes aux officiers du roi d'Angleterre., qui se trouva, dès-lors, comme l’avaient été ses prédécesseurs au temps d’Eléonore, maitre souverain de tout le territoire de la Saintonge.

Guy de Parthenay avait épousé : 1° Guyonne de Laval, fille d’André, seigneur de Châtillon, dont il n’eut pas d’enfant;

 2° en 1339, Jeanne d’Amboise, dame du Parc, fille de Hugues, possesseur de Chaumont, dont naquirent : ler Louis, rapporté plus loin ; 2° Marguerite, mariée à Geoffroi, dit Brindeau de Châteaubriand ; 3° Létice; 4° Jeanne.

 

1364-1395. — Louis » » Deux fois encore la forteresse est prise par les anglais.

En 1371, après la prise de Saint-Jean-d’Angély par les troupes de Duguesclin et les chevaliers français sur la garnison anglaise, ces mêmes vainqueurs se présentèrent devant le château de Taillebourg, qui se rendit sans coup férir au sire de Pons, qui y mit une garnison

La guerre ayant recommencé, les Français firent, en 1377, le siège de Soubise, et la ville fut prise avec le captal de Buch, qui la défendait.

Dans les années suivantes, le comte de Sancerre, ayant attaqué Châteauneuf et Merpins, avait probablement laissé une trop faible garnison à Taillebourg. Les Anglais surprirent cette place et s’en emparèrent.

 

    1385. Prise de Taillebourg par le duc de Bourbon.

Le duc de Bourbon, oncle maternel du jeune roi Charles VI, résolut, en 1384, de combattre les Anglo-Gascons. Il rassembla à Niort une puissante armée, ayant à sa tête la plus brillante chevalerie de l’Auvergne, du Berry, du Poitou, de la Saintonge et du Limouzin.

 La première place prise fut le château de Montiez. Le duc revint alors sur ses pas, descendit la vallée de la Charente, et, traversant la rivière sur le pont de Saintes, il alla planter ses tentes sous les murs de Taillebourg.

 

Ce château avait pour commandant un Gascon, nommé Durandon de la Pérade, capitaine expérimenté, qui, à la tête d’une forte garnison, se prépara à repousser vigoureusement l’attaque des Français.

Pendant que l’on s'occupait des préparatifs du siège, le duc de Bourbon, pour donner un aliment à l’impatience de ses chevaliers, alla avec quelques troupes s’emparer des châteaux d’Archiac et de la Troncette, qu’il prit et ruina (Chroniques de Jean Froissart).

Après cette chevauchée, le duc revint devant Taillebourg. Ayant distribué son armée en quatre quartiers, il commença le siège de la place.

 Le pont bâti sur la Charente, au pied du Château, avait été fortifié par les Anglo- Gascons et confié à la garde d’un nombreux détachement.

Durant toute l’année, aucun navire descendant du haut-pays ou remontant de l’Océan n’avait pu passer devant la ville, sinon en grand danger et en payant un impôt. Les chevaliers français résolurent d’attaquer d’abord le pont, afin qu’une fois maîtres de ce poste ils fussent plus à l’aise dans leurs quartiers pour battre le château.

Le duc de Bourbon fit venir de la Rochelle, par la Charente, des galères tout armées et appareillées , sur lesquelles il mit grand, foison d’arbalétriers .

Le pont fut alors attaqué en même temps, de la rivière, par les gens des galères et du rivage, et par les archers du prince, qui y firent pleuvoir une grêle de traits. Il y eut là un rude assaut, car les Anglo-Gascons, retranchés derrière leurs barricades, se détendaient aigrement contre l’ennemi, qui les assaillait de grand'volonté par terre et par rivière.

Au milieu de l’action, Jean, fils aîné du comte d’Harcourt, fut armé chevalier par le duc de Bourbon, son oncle, et arbora aussitôt sa bannière, brûlant de l’inaugurer par quelque action d’éclat.

Le siège du pont de Taillebourg fut fort moult beau, et de part et d’autre on s’y s’ignala par mainte appertise d’armes. Les arbalétriers des nefs et ceux du pont tiroient si roide et si uniment, qu'à peine nul n'osoit se montrer à défense. Mais le pont fut conquis par bel assaut, et tous ceux qui dedans étoient furent occis ou noyés : nul n'échappa (Froissart).

Durandon et ceux qui étaient avec lui dans le château, témoins de la défaite et du massacre de leurs gens, en furent tout ébahis et courroucés : bien y avoit cause, car ils a voient perdu le passage delà rivière. Mais, — quoique la prise du pont leur ôtoit tout espoir de retraite, ils ne parloient point de se rendre, se sentant en forte place et attendant du confort de Bordeaux.

Mais les choses tournèrent autrement : le renfort ne vint pas.

Le duc de Lancastre et le comte de Buckingham, partis de Bordeaux avec 4,000 archers et 2,000 hommes d’armes pour faire lever le siège de Taillebourg aux Français, ne pressèrent pas assez leur marche, et le château capitula avant leur arrivée.

Pendant ce temps-là, Charles VI épousait à Paris Isabelle de Bavière (17 juillet 1385).

C’est au milieu de cette grande solennité qu’un héraut d’armes, envoyé par le duc de Bourbon, vint raconter comment Taillebourg, pont et chalet, s’est rendu français (Chroniques de Jean Froissart. — Massiou, Hist. de Saintonge).

Un biographe contemporain, qui parle aussi du siège de Taillebourg, dit que ce fort châtel fut pris par force.

 Après avoir mis garnison dans la place, le duc alla assiéger le château de Tonnay-Charente, lequel se rendit pareillement. Durant ces évènements, Louis de Parthenay- l’Archevêque, seigneur de Taillebourg, Sou- bise et le Parc, s’était retiré en Poitou.

 

 Après 1386, il vint dans son château, et ; là étant, il afferma pour une année la prévôté et la tour de Taillebourg.

Dans les années suivantes, pour avoir pris le parti du duc de Bourgogne dans la querelle des Bourguignons et des Armagnacs, il fut dépouillé de tout ce qu’il possédait en Saintonge ; mais le duc de Berri le lui restitua.

 On croit qu’il mourut vers la fin de l’année 1394, car ses trois enfants se partagèrent sa succession le 25 juin 1395.

 

Louis de Parthenay avait épousé en premières noces Jeanne de Montbron, veuve de Martin-Henriquez de Castille, chambellan du roi, et ensuite de Louis Chabot de Jarnac, et fille de François de Montbron,' vicomte d’Aulnay.

 Il en eut deux enfants : 1er Jean, rapporté plus loin; 2° Louis, qui partagea avec son frère, le 11 septembre 1396, dans la portion à eux attribuée dans la succession de leur père, qui se trouvait ès-seigneuries du Cluseau, Chevallon, Mornac et Arvert.

Louis, devenu veuf, contracta un second mariage avec Jeanne de Beaumont, et en eut quatre enfants : sa fille cadette, nommée Pernelle, fut mariée à Jean de Mortemer.

 

  1395-1405.Jean Larchevêque de Parthenay.

Jean de Parthenay-l’Archevêque, seigneur de Taillebourg, Soubise, etc., eut dans le partage qu’il fit avec son frère Louis les terres de Taillebourg et de Soubise.

Il recevait des aveux comme propriétaire de ces terres dès le 15 mai 1395.

Le 23 septembre 1400, il reçut des lettres du roi Charles VI pour la continuation du guet et de la garde des habitants de Taillebourg et de Soubise, malgré les trêves conclues avec le roi d’Angleterre, ainsi qu’il faisait avant les dites trêves, et, le 20 mai 1405, il fut remis par le roi en possession des terres sises le long de la rivière de la Charente et dépendant du domaine de Taillebourg, dont ses prédécesseurs avaient été dépouillés sous le règne de Philippe de Valois.

Jean de Parthenay n’eut pas d’enfants des deux mariages qu’il avait contractés, en premier lieu avec Anne de Mareuil, ensuite avec Louise d’Anduze.

On pense qu’il mourut en 1407.

Ses héritiers aliénèrent une partie de ses biens, et le douaire de sa veuve fut reporté sur la terre de Soubise.

 

La maison de Parthenay- l’Archevêque avait pour armoiries un Burclé chargent et d'azur, à la cotice de gueules en bande brochant sur le tout.

A cette époque de 1407, la seigneurie de Taillebourg fut incorporée au domaine royal, qui l’avait acquise, cette même année, de Jehan de Harpedanne de Belleville, avec le fief du Cluseau.

 

1405-1409. — Jean Harpedane, Sénéchal de Saintonge.

1409. Le roi de France Charles VI fait l'acquisition du château de Taillebourg, de Jehan de Harpedanne, seigneur de Belleville, qui, à la demande des habitants de Saint-Jean-d'Angély, le fit démolir en 1413.

Cette incorporation fut effectuée sur le motif, dit Charles VI dans les lettres qui furent données à cette occasion, que pour le bien, tuition et défense de notre peuple, et l’utilité de la chose publique de notre royaume, nous avons droit et nous est loisible, par notre puissance souveraine et spéciale prérogative, de prendre et appliquer à notre domaine les terres, châteaux, ports de mer et autres lieux étant en frontière de nos ennemis, que nous voyons être nécessaires à la garde générale, tuition et défense de nos sujets et à la sûreté universelle de notre royaume, en faisant recompensation à ceux desquels nous prenons les dits lieux, du loyal prix et de juste valeur d’iceux ».

Un de nos vieux auteurs dit que cette incorporation de Taillebourg au domaine royal eut lieu après avril 1407, en vertu d’un arrêt du parlement de Paris. C’est très Vraisemblable, mais le texte de cet arrêt nous est inconnu.

 

1409-1415. — Louis Dauphin de France.

1415-1416. — Jean

1416 1423. — Charles

Taillebourg, détaché du domaine royal vers 1420, devint, on ne sait comment, la propriété de Henri de Pluscallet. L’histoire ne dit pas si ce chevalier avait hérité de la maison de Parthenay, ou s’ il s’était emparé de vive force du château.

La Fontenelle de Vaudoré, à la suite d’un article inséré dans le tome 1 er de la Revue Anglo-Française , publie une note où il dit :

« Nous avons vu un testament curieux d’un membre de la famille Pluscallet. Elle s’attacha à Charles VII dans sa disgrâce, et lorsqu’il avait fait de Poitiers la capitale du  royaume de France, réduit à des proportions bien peu étendues par la résistance des Bourguignons. »

Par ses lettres données à Celles en Berri, le 10 septembre 1422, Charles, dauphin, régent du royaume, manda à Henri de Pluscallet, gouverneur de la Rochelle, et à Jean de Villebrême, secrétaire du roi et du régent, de se faire remettre tous les papiers qui se trouveraient à la Rochelle, au domicile de Guillaume Boucher, prisonnier des Anglais, concernant l’armée qui devrait être levée en Ecosse, et de les apporter à ce prince avec une somme d'or que le même Guillaume Boucher avait envoyée à la Rochelle.

Ces lettres et le testament fait en faveur de Charles VII prouvent en effet l’attachement de Henri de Pluscallet au roi, et il ne serait pas impossible que le prince régent eût donné à son. fidèle serviteur la châtellenie de Taillebourg.

 

1423-1410. — Henri de Plusqualec. Il fonde à Taillebourg l'hôpital Saint-Jacques. Il reconstruit le château fort qui, sous ses neveux subit un siège.

 Henri de Pluscallet, ayant dessein de faire un voyage à Saint-Jacques de Compostelle, fit, selon l’usage, son testament (6 juillet 1434). Il fonda une aumônerie de douze lits à Taillebourg, ainsi que des messes dans l’église de cette ville.

Pour faire exécuter ces conditions, il légua ses châteaux, terres et seigneuries de Taillebourg, à Tanneguy du Châtel, et, si celui-ci n’acceptait pas, à Prégent de Coëtivy, neveu de du Châtel (Chronique Charentaise, du 20 juillet 1879).

Il revint de son pèlerinage et mourut quand même seigneur de Taillebourg en 1439.

Mais Pluscallet ayant laissé trois neveux, ceux-ci constatèrent les droits du Prégent, et, durant plusieurs années, des discussions et des disputes, même à main armée, se produisirent.

Pendant que Charles VII guerroyait contre les Anglais et faisait petit à petit la conquête de son royaume, les routiers, compagnies de brigands et d’écorcheurs, désolaient la Saintonge.

Parmi ces voleurs de grands chemins, il n’en était pas de plus redoutés que les trois frères Maurice, Guillaume et Charles Pluscallet, vendus à la politique de l’Angleterre.

 

1441. Les trois frères Maurice, Guillaume et Charles Plusqualet, retranchés dans le château de Taillebourg, commettent des déprédations en Saintonge.

Retranchés dans le château de Taillebourg et dans quelques autres forteresses, où ils avaient recruté tous les vagabonds et gens sans aveu du royaume, ils fondaient, comme des oiseaux de proie, sur le plat pays, et, après avoir rançonné les vassaux, détroussé les passants, ils retournaient chargés de butin dans leurs forts, dont ils relevaient les ponts et abattaient les herses.

 

Le 13 mars 1441, Guillaume Pluscallet, qui prétendait avoir la garde de l’église de Bignay, dans la terre de Taillebourg, par commandement de feu Henri Pluscallet, son oncle, partit un jour de Taillebourg, accompagné de 300 des siens, et reprit l’église sur Galardon, Barbiche, le Pelât et plusieurs autres, qui, probablement, tenaient le parti de Prégent de Coëtivy.

Le feu fut mis par quelqu’un d’eux auprès de l’église, et une grange fut brûlée (Chronique Charentaise, du 1er septembre 1878).

==> Château de Tiffauges, Mariage de Prégent de Coëtivy avec Marie de Montmorency-Laval dite Marie de Rais (Time Travel 1441)

 

La terreur qu’inspirait les frères Pluscallet les avait fait maintes fois ajourner devant le parlement de Paris ; mais ils s’étaient bien gardés de comparaitre, et avaient pareillement refusé, malgré les ordres réitérés de Charles VII, d’évacuer leurs forteresses et d’en remettre les clefs à des officiers délégués à cet effet.

 Informés que le roi marchait contre eux en personne, ils se hâtèrent de fortifier le château, la ville et le pont de Taillebourg, et s’y enfermèrent avec leurs gens, décidés à se défendre jusqu’à la dernière extrémité.

« Charles Vil parut bientôt sous les murs de Taillebourg. La résistance opiniâtre des assiégés, jointe à la position avantageuse de la place, rendit le siège aussi long que meurtrier. Un grand nombre de capitaines et de chevaliers de l’armée du roi y furent tués ou blessés; mais la citadelle, attaquée chaque jour avec plus de vigueur, finit par être emportée d’assaut.

Les trois frères Pluscallet tombèrent vivants au pouvoir du vainqueur, qui les fit conduire dans les prisons de La Rochelle.

Le prince, irrité, les déclara coupables de rébellion, forfaiture et crime de lèse -majesté , et confisqua leurs corps, possessions, héritages, droits, noms, titres et actions sur la châtellenie de Taillebourg.

Ils furent aussi déchus de toute existence sociale, et ne conservèrent que le souffle de la vie (D’Aussy, Chroniques de la Saintonge et de l'Aunis ) ».

Sans le souvenir de leur oncle Henri, dont la fidélité au roi avait était inébranlable, et qui dut alors provoquer la clémence de Charles VII en leur faveur, il est presque certain que les frères Pluscallet auraient subi le dernier supplice.

L’histoire ne dit point que les Français se soient servis de pièces d’artillerie au siège de Taillebourg.

Cependant, on peut le présumer, puisque les Anglais avaient eu des canons et des bombardes au siège d’Orléans, en 1428.

Quelques années après l’affaire de Taillebourg, aux sièges de Royan et de Chalais, on employa de l’artillerie, et plusieurs pièces, même, éclatèrent.

Pour la seconde fois, Taillebourg fit partie du domaine royal.

Mais Charles VII ne jugea pas à propos de garder la conquête qu’il avait faite sur les frères Pluscallet.

Le 24 septembre de l’année suivante, le roi, étant à Marmande, donna les terres de Taillebourg et du Cluseau à son amé et féal conseiller et chambellan Prégent de Coëtivy, amiral de France, en récompense de ses bons et loyaux services.

Il lui transmit, en conséquence, tous les revenus, profits, émoluments, qui appartenaient aux ville, pont, châtel, châtellenie, baronnie et seigneurie de Taillebourg et du Cluseau, tant hommes, hommages, rachats, cens et rentes, que forêts, grains, vins, sels, passages, péages, étangs, bois, rivières, garennes, amendes et confiscations qui pouvaient en dépendre, afin qu’il en fît perpétuellement son plaisir et sa volonté, à la charge seulement d’en faire foi et hommage au roi, son seigneur, ainsi qu’avait coutume de le faire feu Jean l’Archevêque, dernier seigneur de Taillebourg et du Cluseau, avant les transport et vente de ces deux seigneuries (Manuscrit, Archives du château de Taillebourg ).

Prégent de Coëtivy avait été nommé, dès 1436, membre du Conseil privé du roi, qui lui donna deux ans après le gouvernement de La Rochelle.

Au mois de juin 1442, Prégent avait épousé Marie de Retz, fille de Gilles de Retz, maréchal de France, et de Catherine de Thouars.

Prégent était breton, ainsi que son nom l’indique. Il était fils d’Allain III, seigneur de Coëtivy, et de Catherine du Châtel.

Par ses libéralités, exercées aux dépens des partisans de l’Angleterre, Charles VII voulait encourager tous les sujets à se dévouer corps et biens pour la délivrance du pays.

Le 13 février 1442, Charles VII avait donné ordre au capitaine de Royan de livrer cette lance à l’amiral de Coëtivy, afin que le dit Coëtivy, conseiller et chambellan du roi, a pût « prendre et mettre en nostre main la ville et a le chastel dudit lieu de Royan. et les places de Mornac et de Broue. »

Mais le capitaine de Royan, qui tenait cette place pour les Anglais, se garda bien d’obtempérer à l’ordre du roi.

 

   1442. Le roi Charles VII donne Taillebourg à Prégent de Coëtivy, amiral de France.==> Prise de Taillebourg par CHARLES VII contre des compagnies de brigands et d'écorcheurs retranchés dans le château (1441)

 

    1442-1450 Famille de Coëtivy . — Prégent. Amiral de France. Gendre de Gilles de Retz, homme de guerre autant que « fin lettré » ; il réunit au château une bibliothèque qui plus tard devint l'orgueil des maîtres de Taillebourg.

 

En 1447, Charles VII donna pouvoir à l’amiral Prégent de Coëtivy pour acquérir des terres en Saintonge et en Aunis (1).

En vertu de ces lettres, le seigneur de Taillebourg acquit de François et Bérard de Montferrand les seigneuries de Didonne et de Meschers.

 Prégent de Coëtivy mourut en 1450.

 

   1450-1480. — Olivier. Gendre de Charles VII et beau-frère de Louis XI. Charles VII, roi de France réside trois mois au château.

Après le décès de Prégent de Coëtiv, on fit un inventaire de son avoir et de ses dettes ; son maître d’hôtel donna le compte de ses dépenses (2).

Olivier de Coëtivy, son frère, fut son principal héritier; il eut Taillebourg, Cozes, Saujon, etc.

 Un procès étant survenu entre Olivier et Marie de Retz, sa belle-sœur, à propos de la succession de Prégent, une transaction eut lieu entre eux, en 1452, dans laquelle on lit que Marie de Retz était remariée au maréchal Lohéac.

Dans les premiers mois de l’année 1451, Jacques Cœur, précédemment argentier de France, c’est-à-dire banquier de la Cour, avait amassé de grandes richesses par un commerce très considérable avec les comptoirs du Levant. Comme il jouissait auprès du roi d’un grand crédit, il devint pour les courtisans un objet d’envie et de haine ; une coalition se forma contre lui. Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, Gouffier, Castellan, noircirent Jacques Cœur dans l’esprit du roi, et allèrent jusqu'à l’accuser d’avoir empoisonné Agnès Sorel, morte récemment.

Il fut privé de ses biens, qui devinrent le partage des envieux de sa fortune. Poursuivi par l’animosité de ses ennemis, Jacques Cœur prit le parti de s’expatrier ; mais, comme il traversait la Saintonge méridionale pour aller s’embarquer dans un port de Gascogne, il fut arrêté à Taillebourg, le 13 juillet 1451, par les gens d’Olivier de Coëtivy, et demeura longtemps prisonnier dans une des tours du château.

 Il fut enfin transféré à Paris, jugé et condamné à mort par ses ennemis personnels, et la peine capitale fut commuée en celle du bannissement.

 

1451. Le 13 juillet, arrestation, à Taillebourg par les gens de Prêgent de Coëtivy, de Jacques Cœur argentier du roi Charles VII, ==> Château de Taillebourg, le financier Jacques Coeur est arrêté sur ordre du roi de France Charles VII. (Time Travel 1451)

 .

 Jacques Coeur demeure longtemps prisonnier dans la tour du château de Taillebourg.

 

-          . Louis XI, roi de France, y passe quinze jours.

Plus tard, Louis XI fit restituer par Antoine de Chabannes les biens dont il s'était emparé, et remise en fut faite à Geoffroi Cœur, fils de Jacques, échanson du roi.

En 1451, Charles VII, qui venait de conquérir la Normandie, s’avança avec son armée en Guienne. Cette belle et dernière possession des Anglais fut faiblement défendue par eux, et les principales villes capitulèrent.

Charles vint se reposer des fatigues de la campagne au château de Taillebourg, et il est probable qu’il trouva d’agréables délassements dans une place devenue le manoir de son amé et féal conseiller et chambellan Charles de Coëtivy.

Ce fut dans ce château, devenu historique à tant de titres, qu’il reçut, à la fin d’août 1451, les députés de Bordeaux, de Bayonne, de Dax et autres villes de Gascogne, pour lui faire féauté et ratifier l’appointement conclu avec ses généraux, c’est-à-dire pour leur confirmer les droits, privilèges, franchises, immunités, dont elles étaient en possession sous la domination anglaise.

Charles VII passa deux mois à Taillebourg.

Parmi les nombreuses ordonnances qu’il y rendit, on remarque celles concernant l’hôtel des monnaies de Bordeaux, les privilèges et franchises des villes de Libourne, Dax, Saint-Emilion, Bourg, etc., etc. (Ordonnances des rois de France, tome XIV, p. et suiv ).

 

L’année suivante, l’inconstance des peuples de l’ancienne Aquitaine leur fit regretter le gouvernement d’outre-mer.

Les sires de Ransan, d’Anglade, de Langeac, de Damas, de Lesparre, et une foule d'autres, se liguèrent contre les Français et furent secourus par le fameux John Talbot, comte de Shrewsbury, qui, à la tête de cinq mille cavaliers anglais, débarqua près de Bordeaux et prit le commandement de toute la province.

Olivier de Coëtivy, sénéchal de Guienne, et le sieur du Puy du Fou, avec la faible garnison qui était dans Bordeaux, s’en allèrent, leurs corps et biens saufs (Mémoires de Jacques du Clerc, collect. Petitot.).

Mais, en 1453, Charles VII, ayant levé une armée, opposa aux Anglais ses meilleurs généraux.

Le 2 juin, il partit de Lusignan et vint à Saint-Jean-d’Angély, suivi de forces imposantes.

Chalais, Jonzac, Montendre, et les autres places fortes de la haute Saintonge, récemment occupées par les Anglo-Gascons, furent recouvrées en peu de jours.

 Les Français, commandés par le maréchal de Lohéac, s’étant portés ensuite sur la Dordogne pour assiéger Castillon, le vieux Talbot vint, avec toutes ses forces, les attaquer sous les murs de cette place (13 juillet). Talbot y trouva une mort glorieuse, et ses deux fils furent tués à ses côtés.

Bordeaux reconnut l’autorité de Charles VII, mais le roi enleva à cette ville ses privilèges et la condamna à une amende de cent mille écus d’or.

Charles VII avait eu trois filles d’Agnès Sorel. Cette dame étant morte dès le 9 février 1450, à l’âge de 41 ans, la princesse Marguerite, sa seconde fille, fut conduite au château de Taillebourg, où elle fut élevée par la veuve de Prégent de Coëtivy.

 

Lorsqu’elle eut atteint l’âge nubile, elle épousa, le 18 décembre 1458, Olivier de Coëtivy, frère de Prégent, sénéchal de Guienne.

Par des lettres données à Vendôme, le 18 octobre précédent, Charles VII avait reconnu Marguerite pour sa fille et l’avait autorisée à prendre le nom et les armes de Valois, en barrant l’écu de famille , ainsi qu'enfants naturels ont accoutumé de le porter.

En faveur de son mariage avec Olivier de Coëtivy, Charles VII donna à sa fille les seigneuries de Mornac et de Royan, en Saintonge .

De ce mariage naquirent Charles de Coëtivy, comte de Taillebourg, et trois filles : Adelice, l’aînée, Catherine et Marguerite.

Celle- ci fut mariée, par traité du 15 novembre 1483, à François de Pons, comte de Montlort et de Brouage, puis seigneur de Mortagne, conseiller et chambellan du roi Louis XII.

 

1480-1505. - Charles de Coëtivy. Erection de la baronnie de Taillebourg en comté. Rétablissement des foires de Taillebourg, fondation de la collégiale.

 Charles de Coëtivy, comte de Taillebourg, seigneur de Bidonne, Cozes, Saujon, Royan, etc., épousa, suivant contrat du 7 avril 1484, Jeanne d’Orléans-Angoulême, tante du roi François Ier.

 De cette union naquit une fille unique, Louise de Coëtivy, mariée, le 7 février 1501, à Charles de la Trémouille, prince de Talmont, fils de Louis de la Trémouille, IIe du nom, vicomte de Thouars, comte de Guines et de Benon. baron de Sully, Marans, l’ile de Ré, etc., et de Gabrielle de Bourbon-Montpensier.

Les Coëtivy, originaires de Bretagne, avaient pour armoiries un écusson fascé d'or et de sable.

 

La maison de La Trémouille, qui a fourni plusieurs grands hommes à notre histoire, remonte à Pierre, sire de La Trémouille, vivant en 1046, sous le règne d’Henri 1er, petit-fils de Hugues Capet.

La Trémouille est une terre située en Poitou, proche de Montmorillon, sur les frontières de la Marche.

 

1505-1515. - Charles, prince de Talmont (Vendée) construction à Taillebourg d'un navire de 1.200 tonnes.

 Charles de la Trémouille, comte de Taillebourg par son mariage avec l’héritière des Coëtivy, né en mai 1486, assista aux obsèques de Charles VIII, qui était son parrain, puis au combat gagné par les Français devant la ville de Gênes, et il se trouva avec son père à la bataille d’Aignadel.

Nommé gouverneur de Bourgogne, il soutint le siège de Dijon. Ayant accompagné le roi François Ier en Italie, en 1515, il combattit comme un lion à la bataille de Marignan, où il fut tué dans la journée du 13 septembre.

Son corps, criblé de plus de soixante blessures, fut transporté du champ de bataille en l’église Notre-Dame de Thouars.

  1515-1542. Louise de Coëtivy, morte en Berri en 1553, fut inhumée près de son époux. Charles ne laissait qu’un fils, François de La Trémouille, vicomte de Thouars, prince de Talmont, comte de Taillebourg, 

François,ainsi que son père, tué à Marignant à l'âge de 29 ans, il s'initia au métier des armes sous les ordres de son grand-père, Louis II de la Trémoïlle connu sous le glorieux surnom de « Chevalier sans reproches et de premier Capitaine du monde », que lui valurent ses exploits.

Il fut fait prisonnier à la bataille de Pavie, tandis que Louis II, son aïeul, y trouvait à 65 ans une mort glorieuse.

François obtint sa liberté en payant 9,000 écus d’or pour sa rançon. Il retourna en Italie en 1528, avec le seigneur de Lautrec. A son retour, il fut nommé lieutenant-général des provinces de Poitou, Saintonge et Aunis.

Il reçut, par ordre du roi, l’empereur Charles-Quint, à Poitiers, lorsqu’il passa par la France pour aller soumettre les Flamands révoltés.

Il alla ensuite apaiser les troubles en Languedoc et en Guienne, et mourut en son château de Thouars, le 5 janvier 1541, à l’âge de 39 ans.

Anne de -Laval, fille de Guy XV, comte de Laval, et de Charlotte d’Aragon, princesse de Tarente, apporta dans la maison de La Trémouille les prétentions de sa famille sur le royaume de Naples.

D’Anne de Laval, il eut sept enfants; deux entrèrent dans les ordres, François fut comte de Benon, Georges eut la baronnie de Royan, et Louis III, l’aîné, le vicomté de Thouars, la principauté de Talmont et le comté de Taillebourg.

 

  1542-1577. — Louis III, général en chef des armées. Révolte de la gabelle, guerres religions, siège de la forteresse.

 

 

Louis de la Trémouille III, comte de Taillebourg, né en 1521, accompagna le Dauphin dans le voyage de Provence, en 1542, et servit en Picardie contre les Anglais. Il fut ensuite otage en Angleterre, en vertu du traité de Boulogne.

Les guerres d’Italie sous François Ier, la construction de palais par d’habiles architectes, les prodigalités qui signalèrent cette époque, avaient mis le roi dans la pénible nécessité d’établir de nouveaux impôts, et il étendit à la province de Saintonge et d’Aunis l’impôt de la gabelle, qui était perçu dans d’autres provinces.

On ne payait auparavant, en cette contrée, que des droits très modérés, et ce fut en 1548 que cette nouvelle taxe fut exigée avec la plus grande rigueur.

Des employés durs et cupides ne songeaient qu’à tirer parti des circonstances où ils se trouvaient pour s’enrichir promptement au détriment de toute justice. Les habitants des campagnes se soulevèrent et formèrent une petite armée ; réunis au peuple des villes, ils massacrèrent les commis des gabelles, qu’ils désignaient sous le nom de gabeloux.

Des manoirs et des châteaux furent incendiés par cette multitude furieuse.

Des chefs obscurs les commandaient; c’étaient un Cramaillon, un Boismenin, un Bouillon, un Châteauroux ; mais, au bout de quelque temps, ils mirent à leur tête un gentilhomme nommé Puymoreau.

De Jonzac cette multitude se dirigea sur Pons, où elle s’augmenta des mécontents de cette ville et des paroisses voisines, puis elle entra à Saintes, où elle commit d’horribles excès.

A l'approche du redoutable Puymoreau et de ses gens, les commis aux greniers à sel de Saintes et des environs s’étaient enfermés, avec quelques milices, dans le château de Taillebourg ; les bandits commencèrent le siège de cette forteresse, mais ils furent bientôt rebutés par les difficultés de l’entreprise.

Une troupe de ces forcenés, qui s’était détachée du gros de la bande, ayant été surprise par un corps de vingt-cinq lansquenets bien montés, fut taillée en pièces et prit la fuite en désordre, laissant le terrain couvert de bâtons. Puymoreau se disposait à retourner à Saintes, lorsque, trompé par de fausses dépêches dans lesquelles on lui donnait avis de l’approche d’ un corps considérable de cavalerie, il prit l’épouvante et se replia sur Cognac, qu’il livra au pillage, parce qu’on voulut lui en refuser l’entrée (Histoire de la Saintonge et de l'Aunis, par Massiou) ».

Ces bandes, renforcées de tous les mécontents de l’Angoumois, du Périgord et de la Guienne, se portèrent sur Bordeaux, dont une multitude ameutée leur ouvrit les portes, et durant plusieurs jours la ville fut mise au pillage et mondée de sang.

Le connétable de Montmorency vint mettre un terme à cet état de choses, à la tête d’une armée considérable. Il ne trouva point d’ennemis à combattre ; les chefs ne tentèrent même pas de défendre leur vie, qu’ils perdirent dans d’affreux supplices, et tous les pillards qu’on put découvrir furent punis de mort. Mais aussi, comme toujours, des innocents, des égarés, payèrent trop chèrement leur entraînement à ce soulèvement populaire.

Plusieurs historiens ont déploré les rigueurs qu’employa le connétable. Il est certain qu’un grand mécontentement s’en suivit en Saintonge, et que plusieurs habitants se jetèrent dans l’opposition.

Les partisans des doctrines de Calvin avaient commencé à faire des prosélytes dans les cantons maritimes de la Saintonge et de l’Aunis; le nombre s’en augmenta à partir de 1550.

 

Plusieurs églises protestantes furent fondées en 1558 et 1559.

Marguerite de Coëtivy de Taillebourg avait eu deux fils : 1er François, II e du nom, comte de Marennes, qui conserva la religion de ses ancêtres; 2° Jacques de Pons, baron de Mirambeau, qui, ayant accompagné madame Renée à la cour de Ferrare, s’était converti aux idées nouvelles.

Jacques de Pons mit tout en œuvre pour répandre le calvinisme dans la Haute-Saintonge; Jean de Plassac, son fils, suivit son exemple.

Cette question, qui n’était d’abord que religieuse, devint politique, et amena en France la plus effroyable des guerres civiles.

Après le massacre de Vassy, en Champagne, survenu le 1 mars 1562, les calvinistes ou protestants prirent partout les armes.

Le baron de Mirambeau, que le prince de Condé avait envoyé en Saintonge, en 1562, pour y commander, s’empara de plusieurs villes, notamment de Saintes, Talmont, Marans et Taillebourg.

Le 9 octobre de la même année, la défaite de Duras à la bataille de Ver et la retraite du comte de la Rochefoucauld à Orléans découragèrent les protestants de la Saintonge et de 1’Aunis. « Saintes fut évacuée par la faible garnison qu’on y avait laissée. Le sieur de Nogaret occupa le château de Taillebourg, et avec un faible détachement de catholiques, se mit en possession de cette ville et y traita rudement les réformistes qui y étaient demeurés» .

A la fin de cette année, toutes les places fortes de la Saintonge et de l’Aunis furent occupées par les troupes du roi, à l’exception de La Rochelle.

Après la paix de 1565, Charles IX, accompagné de sa mère, de son frère le duc d’Anjou, de sa sœur Marguerite, et d’une cour nombreuse, traversa lentement la Saintonge pour se rendre à la Rochelle, s’arrêtant à Cognac, à Saintes, etc., frappant les regards du par un grand apparat de puissance et de majesté. « Jamais, disent les contemporains, on ne dépensa tant en festins, en bals, en tournois et en toute sorte de magnificences ».

 

 

   1568. Mais, la guerre ayant recommencé en 1568,1e prince de Condé et ses lieutenants s’emparèrent des meilleures places de la Saintonge et s’y fortifièrent.

Prise de la ville de Taillebourg par les huguenots. Le seigneur de Romegoux, avec dix-huit gendarmes, emporte le château de Taillebourg, en se servant, à défaut d'échelles, de poignards fichés dans la muraille.

 

Dans la seconde quinzaine de juillet, le capitaine Romegoux, voulant compléter le succès des protestants, qui s’étaient déjà emparés des châteaux de Soubise, de Rochefort et de Tonnay Charente, connaissant la faiblesse de la garnison de Taillebourg, conçut le dessein de s’emparer de cette place, pour être complètement maître de la vallée de la Charente.

 —Ne pouvant lutter avec succès contre les troupes catholiques en rase campagne, les protestants convoitaient les places fortes, notamment Taillebourg.

Dans l’entourage du roi, on sentait combien était importante la conservation de ce point stratégique. Aussi Charles IX avait-il écrit à M. de la Trémouille a qu’ayant été averti que des gens en armes s’assemblaient du côté de Taillebourg pour faire une entreprise sur cette place, il eut à prévenir la garnison de prendre toutes ses précautions pour sa sûreté, et de la faire renforcer même, s’il le fallait ».

Le duc n’en fit rien, soit qu’il ne le pût pas, soit qu’il eût trop de confiance. Aussi, Romegoux, qui avait des intelligences parmi les habitants de la localité, informé de l’insuffisance de la garnison, exécuta-t-il ce hardi coup de main (20 juillet). « Cela fut fait, écrit d’Aubigné, avec dix-huit hommes et hasardeusement, car, n’ayant pu avoir d’échelle assez longue, les premiers montèrent avec l’aide de quelques poignards fichés dans la muraille, et aidèrent, au moyen d’une corde, ceux qui les suivaient. »

Guy de Daillon, comte de Lude, gouverneur du Poitou, rendit compte de cet évènement au roi Charles IX par une dépêche datée du 26 juillet 1568. « Romegoux, dit-il, a pris Taillebourg de nuit par escalade, qui est un château fort où il y a deux canons et trois à quatre pièces de campagne et autres menues pièces. »

Dans une seconde lettre datée du château de Boulogne (Madrid), le 11 août 1568, Charles IX exprime à M. de la Trémouille tout son mécontentement de ce que sa négligence ait permis aux protestants de s’emparer de son château :

« Mon cousin, je crois que vous avez eu avis, aussi bien que moy, de la surprise de vostre chasteau de Tailleoourg, chose qui ne fust, selon mon jugement, advenue, s’il y avait eu dedans quelques gens pour le garder. » Le roi transmit sa lettre en invitant le sire de la Trémouille à montrer plus de vigilance pour son château de Craon, menacé du même sort que celui de Taillebourg.

 

Saintes fut livré par les protestants de la ville au baron de Mirambeau, qui s’y fortifia avec 800 arquebusiers.

Ainsi, en moins de six mois, les protestants se rendirent maîtres de La Rochelle, Saintes, Taillebourg, Pons, Saint-Jean- d’Angély, Blaye, et de tous les châteaux forts de la Saintonge.

L’année suivante, l’amiral de Coligny, ayant mis le siège devant Poitiers, défendu par le comte de Lude, fit venir de Taillebourg et de La Rochelle deux grosses pièces de siège et vingt pièces de campagne.

Dans le même temps, Géry du Bourdet, sieur de Romegoux, toujours en possession du château de Taillebourg, exerçait dans mainte entreprise aventureuse son esprit remuant et sa rare intrépidité.

« Embarqué sur une frêle patache, avec trente-cinq hommes déterminés comme lui, il s’avisa d’aller, en plein jour, surprendre et piller le riche monastère des Chartreux de Bordeaux, situé hors des murs de la ville.

Cette entreprise eut un plein succès. Comme le gentilhomme faisait transporter sur son navire les tonnes de vin, les sacs de blé et autres provisions qu’ils venaient d’enlever aux moines, un boulet tiré du château Trompette, vint briser son gouvernail. Cet accident ne l’empêcha point d’achever sa besogne, et de regagner le port de Taillebourg avec son riche butin. »

Peu de temps après, Romegoux agit de même à Tonnay-Charente, pendant l’absence du commandant Puytaillé. il descendit la rivière, et, une fois à Tonnay-Charente, s’empara de six vaisseaux que le chef catholique avait ramenés de Soubise, pilla la ville basse et s’en retourna, chargé de butin, à Taillebourg.

Voilà comment cette affreuse guerre civile faisait rétrograder les chevaliers français vers les surprises, les embuscades, les coups de main des châtelains des onzième et douzième siècles.

« Je voudrais, dit un auteur moderne, pouvoir effacer ces scènes de piraterie et de brigandage qui jettent sur ce vaillant capitaine un jour peu favorable, et, plus encore, lui enlever la responsabilité des massacres de Taillebourg et de Saintes. Malheureusement, ces luttes atroces se rencontrent à chaque instant dans la vie des Adrets et de tous les autres.

Un jour, la Rivière-Puitaillé, qui s’était ménagé des intelligences à Saintes, occupée par les protestants, s’approcha de cette ville, qu’il croyait surprendre; mais de Bussac, gouverneur de la place, fit échouer cette tentative. Il s’en retournait tristement à Tonnay-Charente, en côtoyant la rivière, lorsque, en passant devant Taillebourg, il fut brusquement et vigoureusement attaqué par la garnison du château.

Le combat s’engagea avec vivacité , mais Romegoux, inférieur en forces, fut repoussé jusqu’au pied des murs de sa forteresse.

 

 

   1569. Romegoux.qui occupait toujours le château de Taillebourg, descend la rivière, et, se jetant dans Tonnay-Charente, s'empare des six vaisseaux de Puytaillé, pille la ville basse et s'en retourne chargé de butin.

 

Vers la fin de l’année 1569, Puytaillé s’empara de Saintes, occupa Royan et le château de Mornac, enleva la Tremblade, et attaqua le fort d’Arvert, où il lut blessé.

Saint-Jean-d’Angély, assiégé par l’armée catholique, capitula le 3 décembre.

 

 –  1570. La faible garnison calviniste de Taillebourg refuse de se rendre à Charles IX.

 Au mois de janvier 1570, le roi fit sommer les garnisons de Taillebourg, de Cognac et de Blaye ; elles refusèrent de déposer les armes et la guerre continua, mais, en général, au désavantage des protestants.

Romegoux, quoique malade, continuait à faire sur les deux rives de la Charente une guerre active de partisans, dangereuse pour toutes les garnisons qui se trouvaient à sa portée. Une tentative de Romegoux pour reprendre Saintes échoua, bien que ce téméraire capitaine, avec vingt-cinq hommes seulement, ait pu, au moyen d’escalade et par une nuit obscure, pénétrer dans l’intérieur de la ville, enfoncer la porte de la maison du commandant, qu’il surprend au lit et le fait enlever sans lui donner le temps de s’habiller.

 Ce fut à ce hardi coup de main que se borna l’attaque qui devait avoir pour résultat la prise de Saintes, mais que l’audacieux Romegoux ne put exécuter faute d’un nombre d’hommes suffisant.

Des trêves et mêmes des traités de paix eurent lieu entre les deux partis, mais ils n’étaient sincères d’aucun côté.

Par le traité de St-Germain, du 8 août 1570, les protestants et les catholiques promirent d’oublier tous les malheurs qui avaient assailli la France, et de vivre tranquilles. Outre le libre exercice de leur religion, quatre places de sûreté furent accordées aux protestants.

 

Louis de la Trémouille III, comte de Taillebourg, avait épousé à Paris, après son retour d’Angleterre, le 29 juin 1549 (I), Jeanne de Montmorency, fille puînée d’Anne de Montmorency, connétable de France, et de Madeleine de Savoie, de laquelle il eut: l° Anne, prince de Talmont, mort jeune ; 2 e Louis, comte de Benon, mort en bas âge ; 3° Claude, duc de Thouars, dont il sera parlé ci-après ; 4° Louise, morte jeune; 5° et Charlotte-Catherine de la Trémouille, dont le mariage sera indiqué plus loin.

Le comte de Taillebourg, fidèle à la royauté, servit le roi Charles IX dans toute les guerres de religion, et ce prince érigea, au mois de juillet 1572, son vicomté de Thouars en duché.

Depuis, le roi Henri III le fit son lieutenant général en Poitou (1576).

   1577-1604. — Claude, général de cavalerie, pair de France. Il embrasse la réforme et reçoit Henri de Navarre dans son château de Taillebourg.

La Trémouille prit dans cette province quelques places sur les rebelles, mais, ayant mis le siège devant Melle, il tomba malade, et mourut le 25 mars 1577, le jour même de la reddition de la place à l’armée royale.

A la fin du seizième siècle, le principal monument militaire de la Saintonge était certainement le château de Taillebourg , non la forterresse que Geoffroi de Rançon fit élever à la fin du Xlle siècle et qui fut vraisemblablement ruinée de nouveau dans le siècle suivant, mais celle qui s’éleva, peu de temps après, sur le même coteau, et dont les ruines pittoresques dominent aujourd'hui la petite ville de Taillebourg et le bassin de la Charente.

Ce qui reste de cette antique citadelle ne donne qu’une idée bien imparfaite de son aspect primitif.

Autant qu’on en peut juger par l’état de ruine où elle se trouve, c’était un bâtiment carré ayant à chaque angle une tour ronde d’un fort diamètre, couronnée d’une plate-forme avec parapet et mâchicoulis.

Une seule de ces tours subsiste, à l’angle nord-est. Le corps de bâtiment avait trois étages, dont chacun était éclairé par un rang de fenêtres : il ne reste plus que la partie intérieure du flanc nord, percée de plusieurs ouvertures.

 

L'ingénieur Massé a laissé une description du château de Taillebourg tel qu’il était vers la fin du seizième siècle :

« Ce château, dit-il, autrefois réputé imprenable, est bâti au sommet d’un rocher qui s’élève à pic, du côté de l’ouest, à plus de cinquante toises au-dessus du niveau de la Charente. Il est escarpé de trois côtés, ce qui le rendait inaccessible aux machines de guerre.

Du côté où le roc cesse d’être à pic, il était séparé de la campagne par un fosse large et profond, creusé dans la pierre. Ce premier fossé était enfermé, à trente ou quarante toises de distance, par une seconde enceinte.

La porte du château était défendue par deux ouvrages à l’antique en forme de tenailles, entourés de fossés creusés dans le roc. »

C’est cet ensemble de fortifications extérieures, joint à la forme générale du corps de bâtiment et aux tours cylindriques dont il était flanqué, qui a fait croire aux historiens que la construction du château de Taillebourg pouvait remonter au treizième siècle.

En effet, on rencontre rarement, même dans les forteresses qui furent élevées à la fin du siècle précédent, ces dispositions savantes qui révèlent un progrès sensible dans l’art de défendre les places, comme dans le goût des commodités de la vie.

 

 –  1578. Taillebourg appartient à Jeanne de Montmorency, veuve de Louis de la Trémoille.

 

 

  1585. Charlotte de la Trémoille, âgée de seize ans, habitait avec sa mère, Jeanne de Montmorency, le château de Taillebourg, lorsque Henri de Bourbon s'éprit, pour elle d'une violente passion. Dans la même année, le comte de Laval vient au secours du château de Taillebourg, assiégé par Beaumont.

 

En 1585, huit ans après la campagne du duc de Mayenne en Saintonge, il se forma une vaste association de seigneurs puissants, de simples gentilshommes, et même de bourgeois catholiques, sous le nom de Sainte Ligue.

Le prince de Condé, fils de celui qui avait été assassiné par Montesquiou à la bataille de Jarnac, s’était mis à la tête du parti protestant ; mais il n’avait pas les talents militaires de son père.

Dans ses fréquents voyages de Saint-Jean-d’Angély à Taillebourg, il vit Charlotte de la Trémouille, à peine âgée de seize ans, qui y habitait avec sa mère, Jeanne de Montmorency; il s’éprit pour elle d’une violente passion et résolut de l’épouser, malgré la différence de religion qui divisait les maisons de Bourbon et de la Trémouiile.

« C était, en effet, un singulier rapprochement que l’union du chef le plus ardent delà réforme avec la fille du vieux baron qui, en 1576, avait le plus contribué à organiser l’association catholique dans la Saintonge et le Poitou.

Mais il ne faut pas perdre de vue la situation du royaume à cette époque.

Trois grandes factions se partageaient la France : la Cour, la Réforme, la Ligue.

 Cette dernière, alors en majorité, se montrait également hostile aux deux autres, qui, par un instinct naturel de conservation, tendaient à se rapprocher et à s’unir contre l’ennemi commun.

« La maison de la Trémouille, attachée au parti de la Cour, avait donc bien moins d’antipathie pour les chefs de la Réforme que pour ceux de la Ligue. De son côté, Henri de Condé recherchait l’alliance de cette maison, soit par suite de la même tendance politique, soit simplement pour affermir et étendre son influence dans l’ouest du royaume, en s’unissant à une famille toute puissante dans ces contrées.

« Toutefois, quelque honorable qu’elle fut pour sa maison, cette alliance répugnait à Jeanne de Montmorency. La pieuse dame, en qui l’intérêt humain ne pouvait étouffer le scrupule religieux, éprouvait pour le prince hérétique et excommunié un éloignement invincible.

Mais Claude de la Trémouille, son fils, âgé de 20 ans, et surtout la jeune Charlotte, désiraient vivement une union qui flattait leur vanité. A leurs yeux, les dissidences religieuses devaient s'effacer en présence d'un nom aussi illustre que celui du prince ; et, pour aplanir toutes difficultés, le frère et la sœur étaient décidés à embrasser, s’il le fallait, les dogmes de l’église réformée. «

 La mère et la fille ne vivaient pas en bonne intelligence. Pour se mettre en garde contre les tentatives hostiles du prince de Condé, peut-être aussi contre celle de ses propres enfants, madame de la Trémouille crut devoir demander du secours au maréchal de Matignan, commandant pour le roi  en Guienne.

Il lui envoya quatre compagnies de gens de pied, sous les ordres du sieur de Beaumont. « Ce capitaine se logea sans difficulté dans la ville, mais il ne put se mettre en possession du château, où le prince de Condé avait eu le soin de jeter quelques gens. Décidé à avoir la plaçe de force, Beaumont fit tirer autour des murailles des lignes de circonvallation, et se retrancha dans ces lignes en attendant de l’artillerie.

Ayant à sa gauche la Charente et le pont de Taillebourg, à sa droite le rocher escarpé sur lequel est assis le château, il interceptait toutes les issues de cette forteresse du côté de la rivière ; il n’y avait, du côté opposé, qu’une poterne ouvrant dans la grande muraille d’enceinte et donnant, au moyen d’un pont-levis, sur le fossé.

Mais Beaumont avait eu soin de la masquer, en élevant, en face, un fort retranchement occupé par des mousquetaires.

« Pendant que Mme de la Trémouille, d'intelligence avec le sieur de Beaumont, faisait des vœux pour être promptement délivrée de la contrainte où elle se trouvait vis-à-vis de ses enfants, Charlotte, sa fille, mue par un intérêt contraire, dressait aussi son plan, et n'épargnait rien pour le faire réussir.

Voyant le château où elle était prisonnière à la veille de tomber au pouvoir de Beaumont, elle appréhendait que la perte de cette place importante ne refroidit l’amour du prince de Condé et n’entrainât la rupture de son mariage avec ce prince. «

 En proie à ces réflexions, elle chercha dans sa tête le moyen de sortir d’une position aussi critique, et ne tarda pas à le découvrir. Elle écrivit, à l’insu de sa mère, à Guy-Paul de Coligny, comte de Laval, qui était à Saint-Jean-d’Angély, de venir en toute hâte au secours de la faible garnison de Taillebourg, en lui donnant les instructions les plus précises sur la position de l’ennemi et sur la manière dont il convenait de l’attaquer.

Le difficile était de faire parvenir sa dépêche au chef protestant.

Elle s’avisa de la confier à un page que le jeune prince de Condé avait laissé dans le château, et. pour obtenir de Beaumont qu’il le laissât sortir de la place, elle feignit d’avoir conçu pour ce jeune homme un dégoût invincible à cause de l’inconvenance de ses manières et de la licence de ces discours. (Massiou ; D’Aubigne; de Thou, livre LXXX11).

Le comte de Laval, ayant communiqué aux sieurs de La Rochebeaucourt Saint-Même et de la Boulaye le message de Mlle de la Trémouille, partit aussitôt de Saint-Jean-d'Angely avec cent cuirassiers et quatre cents arquebusiers d’élite, et arriva, dans l’après-midi, en vue de Taillebourg.

Deux gentilshommes, nommés Boisgiraud et Duhamet, que Charlotte avait mis dans sa confidence, descendirent des tours du château en se laissant glisser le long de la muraille au moyen d’une corde, et allèrent joindre les huguenots, à qui ils servirent de guides.

« Le comte de Laval fait aussitôt mettre pied à terre au comte de Montgommery et au capitaine de Lorges, son frère, et les détache en avant avec ses arquebusiers. Il les fait suivre de près par Bastarderais, à la tête de dix- huit gentilshommes, et lui-même ferme la marche avec le reste de ses gens.

Pendant que les arquebusiers se glissent un à un jusqu’à la poterne, à la faveur des broussailles qui dérobent leur marche, et que, soutenus par Bastarderais, ils fondent à l’improviste sur le retranchement qui en défend l’entrée, le comte de Laval, tournant vers la Charente, vient tomber du sommet des hauteurs sur Beaumont et ses gens.

« Dans ce moment, le capitaine Picard, ayant eu avis de la marche des huguenots, accourt, avec une centaines d’hommes de la garnison catholique de Saintes, au secours de Beaumont; mais l’arrivée de ce nouvel ennemi retarda à peine un instant la victoire du comte de Laval.

Acculé dans un ravin par François de Coligny, sieur de Rieux, frère du comte, Picard est mis en fuite après un combat assez vif.

« Beaumont, chargé de tous côtés par les calvinistes, dont les efforts sont secondés par la mousqueterie qui pleut des tours du château, est forcé de mettre bas les armes.

A la faveur de la nuit, survenue pendant la mêlée, un grand nombre de vaincus passent la Charente sur le pont de Taillebourg et vont chercher un refuge dans les murs de Saintes.

 Le capitaine catholique perdit dans cette journée cent quarante soldats, quatre drapeaux, et tomba lui- même au pouvoir de l’ennemi avec seize de ses gentilshommes ; mais il fut bientôt remis en liberté, sans rançon, ainsi que le capitaine La Roque et quelques autres, sur l’assurance que Mme de la Trémouille donna au comte de Laval que ces officiers n’avaient rien fait que par son ordre.

« Le comte, ayant pris possession du château de Taillebourg, y mit pour garnison les gardes du prince de Conde, dont il confia le commandement au sieur Boursier, lieutenant de ces gardes, sur l’invitation que lui en fit secrètement Mlle de la Trémouille.

Si ces détails, puisés dans les Histoires de d’Aubigné et de Thou, sont exacts, — et on n’a aucune raison d’en douter, — ils prouveraient qu’à seize ans Charlotte de la Trémouille n’avait pas la timidité ordinaire d’une jeune fille.

L’exaltation de ses passions fut précoce, et, les circonstances aidant, elle se conduisit dans toute cette affaire comme un rusé diplomate.

 

Le prince de Condé retourna à Taillebourg le 8 octobre 1585, et, avant d’épouser Charlotte de la Trémouille, il voulut illustrer encore son nom en s’emparant de quelques places et châteaux au pouvoir des catholiques.

Il occupa, sans trouver de résistance sérieuse, quelques points fortifiés. Soubise lui ouvrit ses portes, mais il fut obligé de former le siège de Brouage, et partit ensuite pour Angers, au secours d’un détachement de protestants qui s’était emparé par surprise du château de cette ville.

Le château ayant été repris par les catholiques avant son arrivée, Condé vit sa cavalerie taillée en pièces, et lui-même ne put gagner qu’en fugitif l’île de Guernesey.

 

   1586, 16 mars. Mariage de Henri de Bourbon et de Charlotte de la Trémoille, dans la chapelle du château de Taillebourg, convertie en temple de la religion réformée.

Condé revint d’Angleterre au mois de mars 1586, avec un nombreux cortège.

La reine Elisabeth lui avait fourni des vaisseaux et de l’argent. « Sa première pensée, en débarquant à La Rochelle, fut pour Charlotte de la Trémouille. Craignant que de nouvelles entraves ne reculassent encore la conclusion de son hymen, il vint aussitôt à Taillebourg, recevoir la main de sa fiancée.

Le mariage fut célébré le dimanche 16 mars, avec beaucoup de solennité, dans la chapelle du château, convertie en temple de la religion réformée.

Par cette alliance, le prince s’attacha plus étroitement le jeune Claude de la Trémouille, son beau-frère, qui devint pour lui un auxiliaire puissant et dévoué, et prit possession du château de Taillebourg, qui, par son assiette sur le dernier pont de la Charente, par la force et la hauteur de ses tours, était une des positions les plus importantes de la Saintonge (Massiou, Histoire de la Saintonge et de l’Aunis.). »

 Henri 1 er de Bourbon, prince de Condé, veuf, depuis 1574, de Marie de Clèves, sœur de Henriette de Clèves, duchesse de Nevers, fit embrasser la réforme à sa jeune femme. Elle l’abjura en 1596, après le décès de son mari, et mourut à Paris, en l'hôtel de Condé, le 28 août 1629. Il est probable que sa mère, Jeanne de Montmorency, ne vit pas sans douleur ce changement de religion, car les calvinistes avaient tué son père, le vieux connétable, à la bataille de Saint-Denis.

« Des fêtes brillantes signalèrent, au château de Taillebourg, le mariage du prince de Condé avec une des plus riches et des plus nobles héritières du royaume de France.

C’était ainsi qu’en 1458 le mariage de la princesse Marguerite avec Olivier de Coëtivy, sénéchal de Guienne, avait rendu ce même château un palais enchanté, où la haute noblesse des provinces de l’ouest et du midi s’était réunie pour jouir des fêtes et des tournois qui suivaient toujours les mariages des princes ou des possesseurs de grands fiefs.

« Le prince de Condé, dont les soldats avaient été obligés de lever le siège de Brouage pendant sa malheureuse expédition en Anjou, recommença à guerroyer en Saintonge et attaqua sous les murs de Saintes le capitaine Tiercelin, le 7 avril 1586.

 Après un combat acharné entre les deux troupes, fortes d’environ deux mille hommes chacune, la victoire resta aux protestants, mais elle coûta cher au prince de Condé, qui perdit un grand nombre de ses plus vaillants capitaines : François de Coligny, sieur de Rieux, et Benjamin de Coligny, sieur de Sailly, frères du comte de Laval, tous deux jeunes et vaillants.

Le comte de Laval en tomba malade de chagrin, et mourut au bout de huit jours. Tanlay, frère de Sailly, était mort quelques jours auparavant, dans un engagement à Varaize, contre les troupes du duc de Mayenne. «

 Ces quatre gentilshommes étaient fils de François de Coligny, sieur d’Andelot, mort à Saintes en 1569. Tendrement unis pendant leur vie, ils ne furent point séparés après leur mort.

Le prince de Condé les fit inhumer tous les quatre dans la chapelle du château de Taillebourg, convertie en temple de la religion réformée. »

 

 

 

 – 1586. Le roi de Navarre passe et séjourne à Taillebourg.

Le 10 décembre 1586, le prince de Condé accompagna le roi de Navarre au château de St- Brice, près Cognac, où allaient commencer des conférences pour la paix entre Henri IV et Catherine de Médicis.

Vers la fin du mois, le prince de Condé et le roi retournèrent à la Rochelle.

Les conférences de Saint-Brice n’ayant abouti qu’à une trêve de quelques mois entre les deux partis, la guerre recommença plus cruelle que jamais.

Henri III envoya une armée, commandée par le duc de Joyeuse, contre le roi de Navarre. Pendant que Joyeuse s’avançait vers l’Angoumois, le roi de Navarre partait de La Rochelle et le prince de Condé de Saint-Jean- d’Angély.

 

Le roi de Navarre passa par Taillebourg (16 octobre 1587), et s’y arrêta avant de gagner Pons, où il avait donné rendez-vous à ses capitaines. Il y fut reçu fort cordialement par le prince de Condé et par Claude de la Trémouille, son beau-frère, qui, ayant embrassé la religion réformée, allait devenir un des chefs de l’armée huguenote.

D’Aubigné, qui avait racheté sa liberté, ne fut pas le dernier à répondre à l’appel des princes.

Après avoir couché au château d’Echillais, il alla, avec une douzaine de gentilshommes réformistes, joindre à Taillebourg le capitaine Saint-Etienne, lieutenant du duc de la Trémouille, qui se disposait à prendre le chemin de Pons avec une partie de son régiment et quelques chevau-légers.

Au moment de se remettre en route, ils eurent avis que trois compagnies de la garnison catholique de Saintes étaient embusquées dans les bois, à une demi-lieue de Taillebourg, pour les attaquer au passage.

Ce rapport était vrai, mais l’embuscade n’était composée que d’une centaine d’hommes, choisis dans trois compagnies. A cette nouvelle, le capitaine Saint- Etienne, entraîné par les gentilshommes du Bas-Poitou qui l’accompagnaient, se replia avec eux sur Saint-Jean-d’Angély.

D’Aubigné, prenant le commandement du reste de la troupe, résolut de forcer le passage. Précédé de ses arquebusiers, qui marchaient en éclaireurs, il s’avança avec sa cavalerie jusqu’au lieu de l’embuscade, où il trouva les catholiques divisés en trois pelotons.

Le premier le laissa passer, mais les deux autres, ayant voulu lui barrer le passage, il les accula dans un chemin étroit, et, dès la première charge, les deux capitaines qui le commandaient tombèrent morts sur la place. Les soldats prirent aussitôt l’épouvante et se dispersèrent dans les bois.

D’Aubigné ne se donna pas la peine de les poursuivre et continua sa marche jusqu’à Pons, où il trouva le roi de Navarre.

Peu de jours après, le duc de Joyeuse étant venu camper à Chalais, le roi de Navarre alla prendre position à Montlieu.

Le 20 octobre, les deux armées se rencontrèrent à Coutras, où les réformistes remportèrent une éclatante victoire. Claude de la Trémouille commandait l’aile droite de l’armée du roi de Navarre.

 

Au retour de Coutras, le prince de Condé vint passer l’hiver à Saint-Jean-d’Angély, auprès de son épouse, enceinte de son deuxième enfant. Pendant qu’il formait de vastes projets dans cette contrée de l’ouest, qu’il voulait ériger en une vaste principauté, la mort vint le frapper, le samedi  5 mars 1588, à trois heures du soir, après deux jours de cruelles souffrances.

Les médecins déclarèrent que la mort du prince avait été déterminée par l’action d’un poison violent.

L’opinion publique soupçonna Charlotte de la Tremouille d’avoir été l’instigatrice de ce crime, que Permillac de Belcastel et Brillaud, l’un page et l’autre intendant du prince, furent accusés d’avoir commis.

Belcastel et Brillaud, ramené à Saint-Jean-d’Angély, condamné à mort et exécuté le 11 juillet 1588.

Charlotte de la Trémouille avait été arrêtée également, et elle fut condamnée à mort par une Commission exceptionnelle de juges choisis par le roi de Navarre et présidée par le grand-prévôt de la sénéchaussée de Saintonge. 

Mais il fut sursis à son exécution, et, la princesse ayant donné le jour à un fils, le 1er septembre 1588, Henry IV le tint sur les fonds de baptême, le 20 juin 1592, et lui donna son nom.

 

En 1596, il fut permis à la princesse de Condé de présenter requête au parlement  de Paris pour révision du jugement rendu contre elle, et le 28 mai son innocence fut solennellement reconnue.

Elle fut remise en liberté, mais il y avait sept ans qu’elle était prisonnière au château de Saint-Jean-d’Angély.

Quinze jours après la mort du prince de Condé, le 21 mars 1588, le roi de Navarre arriva à Taillebourg, et là il apprit que Lavardin, lieutenant de Malicorne, avait pris l’ile de Marans avec son armée, et qu’il ne restait plus que le château, qu’il battait de deux pièces de canons.

 

Comme il informait régulièrement Corisande d’Andouins, comtesse de Gramont, de ses moindres actions, il lui rendit compte en ces termes des efforts qu’il faisait pour délivrer la garnison de Marans :

« A madame la comtesse de Gramont.

Estant arrivé à Taillebourg, je trouve que Lavardin avoit prins l’ile de Marans avec son armée, qui est de quatre ou cinq mille hommes ; qu’il ne restoit que le château, qu’il battoit de deux pièces. Soudain je m’acheminoy dece lieu à La Rochelle pour tâcher de secourir les assiégés et assembler mes troupes, lesquelles j’estime assez fortes pour faire un grand échec à Lavardin. Je ne crains sinon que le chasteau soit mal pourvu et qu’il se rende, ne sachant point de mes nouvelles. J’ai reprins un des forts et suis jour et nuit à faire faire des ponts, car l’eau est haute au marais. Il fut tué hier deux Albanais et pris deux qui vouloient reconnoistre nostre pont. Depuis que je suis icy, je n’ai couché qu’une heure dans mon lit, estant toujours à cheval. Mon âme, tenez-moy en vostre bonne grâce, et n’entrez jamais en doute de ma fidélité. Que je sache souvent de vos nouvelles. Adieu, mon cœur, Vostre ésclave vous baise un million de fois les mains.

Henri

 

Claude de la Tremouille, duc de Thouars, prince de Talmont et comte de Taillebourg, après avoir pris part au siège de Paris et à la bataille d’Ivry, épousa, le 11 mars 1598, Charlotte-Brabantine de Nassau, fille de Guillaume le Taciturne, prince d’Orange, et de Charlotte de Bourbon-Montpensier.

Les chroniqueurs contemporains disent qu’elle était aussi instruite et judicieuse que jolie. Ses frères, Maurice et Henri Nassau, l’avaient surnommée la Belle Babant.

 

Au mois d’avril 1599, madame de la Trémouille se trouvait au château de Benon, pendant que son mari, tout occupé de l’expédition de quelques affaires urgentes, lui écrivait deux lettres de Taillebourg :

« Madame, lui disait-il, pardonnez-moy de ce que je ne vous ay écrit depuis vous avoir laissée. J’ai été tellement accablé de compagnies que je n’ay eu nul loisir. Je suis en peine de vostre rhume, mandez-m’en l’estat. Jespère que la Sausaie (c’était le capitaine du château de Taillebourg) sera bientôt marié ; j’attends les parents de sa maitresse. Je m’ennuie bien d’estre absent de vous, j’brégeray cette incommodité le plus tost qu’il me sera possible, car les jours me durent années. Mandez-moi ce que vous faites en vos affaires…. Adieu, mon cœur, je te souhaite fort près de moy. Toute la noblesse de ce pays me prie de vous faire venir, vous-y estes infiniment aymée, et n’est possible d’avantage.  »

La duchesse avait séjournée à Taillebourg peu de temps après son mariage.

Depuis, elle avait donné le jour à un fils, appelé Henri, n » le 22 décembre 1598, qui fut le troisième duc de Thouars. Dans les années suivantes, n’aquirent Frédéric de la Tremouille, comte de Benon, et Charlotte, devenue comtesse de Derby.

 

Claude de la Trémouille était depuis plusieurs années atteint de la goutte ; un accès de cette maladie l’emporta le 25 octobre 1604 ; il était à peine âgé de trente-huit ans. Il avait fait plus de cent mille écus de dettes pour soutenir le parti de Henri IV.

 

  1604-1648. — Henri, maître de camp de la cavalerie, élevé dans le protestantisme, l'abandonna plus tard pour le catholicisme.

Pendant la régence de Marie de Médicis, les protestants s’agitèrent, et leurs chefs dans les provinces de l’ouest se réunirent à La Rochelle pour délibérer sur le parti qu’ils avaient à prendre ; ils avaient encore une organisation formidable, quoiqu’ils eussent été hors d’état de mettre en campagne des armées aussi nombreuses que du temps de Charles IX et Henri III.

« Marie de Médicis, ayant fait appeler les sieurs de Rouvray et Miletière, députés généraux du corps des réformés auprès du roi, remit au premier des lettres d’Etat portant confirmation de l’édit  de Nantes et oubli du passé, et lui ordonna de partir pour La Rochelle, en le chargeant d’exhorter les députés des églises protestantes à se séparer.

« Pendant que le sieur de Rouvray cheminait vers La Rochelle, Mme de la Trémouille, partie de Paris peu de jours avant lui, vint en Saintonge, ou l’appelaient des affaires de famille. Informée qu’un genrilhomme nommé la Sausaie commandait pour le duc de Rohan dans Taillebourg , elle se rendit dans cette ville (28 novembre 1612), et, sous le prétexte que le château n’était pas trop vaste pour elle et ses gens, invita la Sausaie à l’évacuer pour quelques jours.

Le capitaine n’osa résister à cette invitation. Un grand nombre de gentilshommes du pays se présentèrent bientôt au château pour faire leur cour à la duchesse ; mais craignant qu’il n’eussent dessein de la débusquer de ce poste, elle leur fit dire qu’elle était fatiguée pour les recevoir. Cependant, elle faisait réparer avec soin les murs du château et ne le quitta qu’après y avoir mis bonne garnison, dévouée au service du roi. »

 

En ce temps-là, comme plus tard sous la Fronde, les femmes s’occupaient activement des événements de la guerre ; on a vu précédemment que Charlotte de la Trémouille avait fait prendre le château de Taillebourg par le comte de Laval.

En 1615, les protestants reprirent les armes, ayant à leur tête le prince de Condé alors âgé de 27 ans, le duc de Rohan et son frère le prince de Soubise ; mais, parés des marches et des contre-marches sans autres résultats que de légères escarmouches, la paix se conclut au mois de mars 1616, le pays n’en fut pas plus tranquille, car les protestants s’emparaient des places et châteaux qu’ils pouvaient surprendre, et les hostilités continuaient pour les en chasser.

Le prince de Condé avait passé auprès de Taillebourg avec sa petite armée, mais il ne s’était pas hasardé à attaquer le château, que protégeait le duc de Guise.

Au mois de mai 1622, le roi Louis XIII, étant à Saintes et sur le point d’entreprendre le siège de Royan, eut avis que dans le château de Taillebourg, appartenant au jeune duc de la Trémouille, il y avait quantité de munitions, armes et canons, dont les ennemis se pourraient emparer, et il résolut de se saisir au plus tôt  des dites armes et munitions.

A cet effet, il y envoya M.du Hallier, capitaine de ses gardes, lequel, s’étant présenté devant la place, somma la garnison du château d’en ouvrir les portes, avec menace de la justice du roi dans le cas de non obéissance.

Le château fut occupé par le capitaine du Hallier, qui y mit une garnison et fit inventaire de tout ce qu’il trouva dedans, savoir : 30 canons, des armes pour 10.000 hommes, et force poudre, engins et munition de guerre.

 

 

  1648-1672. — Henri-Charles, prince de Tarente. Prend parti pour la Fronde contre le roi de France.

Henri de la Trémouille, troisième duc de Thouars, comte de Taillebourg, avait le 19 janvier 1619, épousé Marie de la Tour, fille ainée du duc de Bouillon, vicomte de Turenne, maréchal de France, et d’Elisabeth de Nassau, sa seconde femme.

Il se trouva au siège de La Rochelle de 1628, pendant lequel il adjura le protestantisme entre les mains du cardinal de Richelieu et se fit catholique. Ce changement de religion contraria vivement Marie de la Tour, protestante fougueuse, qui ne pardonna pas à son époux d’être revenu à la religion catholique.

Le comte de Taillebourg servit ensuite avec le comte d’Harcourt à l’attaque du Pas-de-Suze, se trouva au siège de la ville de Carignan, et fut, en 1648, envoyé à Munster comme plénipotentiaire pour traiter de la paix ; là il fit valoir ses droits et prétentions sur le royaume de Naples, à cause d’Anne de Laval, l’une de ses aïeules, descendant de Charlotte d’Aragon.

Henri de la Trémouille avait eu de son mariage plusieurs enfants, dont quelques-uns étaient morts en bas âge. Henri-Charles, l’ainé, prince de Tarente et de Talmont, duc de Thouars, pais de France, chevalier de l’ordre de la Jarretière, général de la cavalerie des Etats de Hollande et gouverneur de Bois-le-Duc était né en 1621. Il fut marié, le 1er mai 1648, à Amélie de Hesse, fille de Guillaume V, landgrave de Hesse-Cassel.

Le prince de Tarente se signala en diverses occasions.

 En 1651, à la sollicitation de Mme de la Tremouille, sa mère, il entra dans le parti du prince de Condé, et prit une part active au siège de Cognac, au combat de Tonnay-Charente, etc, etc.  il apportait au vainqueur de Rocroi, avec une épée vaillante et fidèle, sa forteresse de Taillebourg, transformée en arsenal militaire.

Pendant que le prince de Tarente était allé à Paris pour faire connaitre à Gaston d’Orléans l’importance de ce poste, et pour l’engagement à secourir, une partie de l’armée royale opérait en Saintonge, sous les ordres de Montausier et de Plessis-Bellière.

Cette armée, après avoir enlevé Saintes au Frondeurs, vint mettre le siège devant le château de Taillebourg, qui avait pour commandant Annibal de la Trémouille, oncle du prince de Tarente.

Annibal était le fils naturel de Claude de la Trémouille, comte de Taillebourg, et d’Anne Garand ; il fut seigneur de Marcilly, gouverneur et lieutenant pour le roi du château de Taillebourg, légitimé et anobli au mois de mai 1630.

 

  1651. Siège et prise de la forteresse par Condé, suivie de sa démolition et de celle du vieux pont, que Louis XIV ordonna en représailles.

Les troupes qui avaient pris Saintes furent renforcées par le régiment d’infanterie d’ Estissac et par deux pièces de canon envoyées de La Rochelle.

La garnison de Taillebourg paraissait résolue à s’y défendre avec opiniâtreté.

L’histoire ne nous a pas conservé les particularités de ce siège. Nous savons seulement que les troupes de Condé tinrent huit jours sous le feu des batteries de l’armée royale, et, ne voyant aucun secours en vue de la place, elles se rendirent.

 

La capitulation est du samedi 23 mars 1652 ; elle fut signée par du Plessis-Bellière, Montausier et Annibal de la Trémouille.

Dans les articles de ce traité, il était dit que la garnison de Taillebourg sortirait le lundi suivant 25 mars, à huit heures du matin, avec armes et bagages, tambours battant, enseigne déployée, mèche allumée, avec la cavalerie de la manière qu’elle est accoutumée de marcher ; que la garnison sortirait conduite sous bonne escorte jusqu’à la ville de Bourg-sur-Gironde, et de là serait dirigée par un trompette avec un passeport pour Bordeaux, par terre et par le plus court chemin ; que les soldats et officiers blessés ou malades seraient conduits par bateaux à Brouage; que le sieur de Marcilly, gouverneur de la place, sortirait avec tout son équipage et celui du prince de Tarente, auquel il serait donné un trompette et un passeport pour aller à Thouars; qu’il ne serait diverti aucune des munitions de guerre et débouché de la dite place, ni des armes qui se trouveraient en icelle ; que les armes, canons, boulets, munitions, seraient remis de bonne foi, sans en emporter que les bandelières chargées ; que sous le nom de garnison de la ville et château de Taillebourg seraient comprises toutes les troupes, tant d’infanterie que de cavalerie, qui se trouveraient dans ladite ville et château.

 La capitulation fut tenue : les troupes du prince de Condé se retirèrent au lieu assigné, et les généraux royalistes mirent une garnison dans la place. Le duc de Montausier rentra à Angoulême, dont il était gouverneur, ainsi que des provinces de Saintonge et d’Angoumois.

Le prince de Condé était à Bergerac, qu’il s’appliquait à fortifier, lorsqu’il apprit le mauvais succès de ses armes. Voyant que l’armée royaliste tenait victorieusement la campagne en Saintonge et en Guienne, le prince conduisit ses troupes vers Paris.

La bataille de Gergeau et le combat du faubourg Saint-Antoine, quoique meurtriers, ne lurent pas décisifs.

Sur ces entrefaites, le roi Louis XIV envoya l’ordre de démanteler le château de Taillebourg, appartenant au prince de Tarente, qui l’avait eu en mariage de M. de la Trémouille, son père.

Le prince de Tarente, ayant ouï parler de sa capitulation, écrivit à M. de Montausier que, s’il faisait raser Taillebourg, il ruinerait Rambouillet, qu’il croyait à lui, à cause de Julie d’Angennes, sa femme, fille du marquis de Rambouillet.

C’est ainsi que, le plus souvent, la guerre civile n’est que l’occasion des vengeances d’un parti sur l’autre.

Mais le duc de Montaussier avait des ordres formels de la cour : Taillebourg fut démantelé et le château démoli.

Une seule tour fut respectée ; elle existe encore.

Elle semble une protestation vivante contre le dernier fait militaire accompli dans ces lieux. Après la bataille des Dunes, perdue par Condé, les chefs de la Fronde se réfugièrent en Hollande.

 

Le prince de Tarente fut du nombre des exilés. Il entra en France en 1655. Quelques années après (1664), dans la guerre déclarée aux Hollandais, les Etats des Provinces- Unies lui donnèrent le gouvernement de Bois- le-Duc, place importante située dans le duché de Brabant, et la charge de général de cavalerie.

Le prince de Tarente fut du nombre des exilés. Il entra en France en 1655. Quelques années après (1664), dans la guerre déclarée aux Hollandais, les Etats des Provinces- Unies lui donnèrent le gouvernement de Bois- le-Duc, place importante située dans le duché de Brabant, et la charge de général de cavalerie.

En 1670, le prince abjura les doctrines de Calvin. Il mourut au château de Thouars, d’une fièvre maligne, le 14 septembre 1672.

De son mariage étaient nés - 1° Charles-Belgique-Hollan, prince de Tarente, duc de Thouars. pair de France; 2° Frédéric-Guillaume, prince de Talmont, abbé de Charroux et chanoine de Strasbourg, lequel quitta l’habit ecclésiastique, n’ayant jamais été clans les ordres, devint lieutenant-général des armées du roi et gouverneur de Sarrelouis, et se maria, le 2 décembre 1707, à Elisabeth-Antoinette de Bullion, fille de Charles de Bullion, marquis de Gallardon, prévôt de Paris ; 3° Charlotte-Amélie de la Trémouille, née en 1662, mariée au comte d’Altembourg; 4° Henriette; 5° et Marie-Anne, princesse de Tarente, jumelle de Charlotte, morte en 1692.

  1672-1709. — Charles III, gouverneur de Vitrée ne fit à Taillebourg que de courtes apparitions car toute sa vie s'écoula entre la cour et la ville.

  1709-1713. — Charles-Louis-Bretagne, Président de la noblesse de Bretagne et maréchal de camp, vendit Taillebourg à son oncle, le prince de Talmont.

Notice Historique sur le château de Taillebourg vue général de Taillebourg et son château en 1713

– 1713-1739. — Frédéric-Guillaume, prince de Talmont.

Frédéric-Guillaume de la Trémouille eut en partage la châtellenie de Taillebourg. Après avoir restauré l'antique demeure seigneuriale qui était en ruines et en avoir fait une maison princière, il fit à Taillebourg son séjour de prédilection. C'est à lui qu'on doit aussi la reconstruction du Pont de Boyard.

Il s’était marié à 49 ans, et n’eut qu’un fils de son union. Après avoir guerroyé toute sa vie en Belgique, sur les bords du Rhin et en Allemagne, il vint mourir à Taillebourg, le 21 janvier 1739, à l’âge de 81 ans, laissant : Anne-Charles-Frédéric de la Trémouille, prince de Talmont, comte de Taillebourg, créé duc de Châtellerault par brevet du mois d'octobre 1730, puis mestre de camp, lieutenant du régiment de Royal-Pologne, cavalerie ; nommé, au mois de février 1739, gouverneur de Sarrelouis, créé général de brigade de cavalerie au mois de février 1743, et décédé le 20 novembre 1759.

Il avait épousé, dès 1730, Marie-Louise Jablonowska, fille aînée de Jean, prince de Jablonowski, grand porte-enseigne de la couronne de Pologne, de laquelle naquit un fils unique, Louis-Stanislas de la- Trémouille, comte de Taillebourg, né en 1731, qui entra dans les mousquetaires en 1748, fut nommé colonel dans les grenadiers de France au mois de mars 1749, créé duc de Taillebourg, pair de France, au mois de mai suivant, mort à Paris le 17 septembre de la même année, sans avoir été marié. Sa mère obtint les grandes entrées de la cour, le 1 er janvier 1763

 

Notice Historique sur le château de Taillebourg - vue du château de Taillebourg et de la bassse ville au XVIIIe siècle

1739-1759. - Anne-Charles-Frédéric.

A la suite de ses services, Louis XV, érigea Taillebourg en duché pairie, mais, le jeune seigneur étant mort presque aussitôt, les lettres d'érection ne furent pas enregistrées et restèrent sans effet.

A la mort de la princesse de Talmont, la châtellenie de Taillebourg échut par héritage à la branche ainée des la Trémouille.

Si de l’histoire de cette famille nous passons à l’histoire de Taillebourg, nous dirons, après M. Massiou, que la paix qui se fit en 1653, entre les grands et la cour, ne fut pas moins désastreuse que ne l’avait été la guerre pour les populations qui, de gré ou de force, étaient entrées dans le parti de monsieur le Prince. (On n’appelait pas autrement le prince de Condé).

«  Elles furent tellement vexées par les garnisons et les passages des gens- de guerre, que, dans plusieurs localités, les habitants furent forcés de déserter leurs foyers-et d’aller chercher ailleurs une existence moins malheureuse

 

1759-1792. - Jean-Bretagne-Charles Godefroy.

Président alternatif avec le baron de Léon des Etats de Bretagne, maréchal de camp, etc. Ses relations avec Crazannes, Coulonges et Panloy et plus tard, ses malheurs.

 

En Saintonge, les petites villes de Tonnay-Boutonne et de Taillebourg, qui ne manquaient pas d’une certaine opulence, ressentirent surtout les effets de cette funeste réaction. Abandonnées de la plupart de leurs habitants, elles tombèrent dans un état d’épuisement et de solitude dont elles ne se sont jamais relevées.

Vers le commencement du dix-huitième siècle, la maison de la Trémouille, qui avait vu avec regret disparaître le château de Taillebourg, fit bâtir deux corps de bâtiments parallèles, dans un alignement parfait et fort régulier, sur l’emplacement qu’occupaient les servitudes du château de Geoffroi de Rançon et d’Olivier de Coëtivy.

« Il est impossible de se faire maintenant une idée, même approximative, du système de fortifications de l'ancienne forteresse.

On voit facilement quel en était le développement par les fossés, dont la plupart existent encore, quoique depuis longtemps les eaux de la Charente aient cessé de les remplir. Leur profondeur et leur largeur étaient les véritables sauvegardes des châtelains, surtout dans un temps où le talent des pontonniers n’était pas remarquable.

A la place du corps du château a été bâtie une maison très ordinaire, occupée par un jardinier.

Elle est adjacente à la seule tour qui reste, à l’angle nord-est. Cette tour avait trois étages, et les larges et hautes fenêtres qu’on y a ouvertes, en remplacement des barbacanes et meurtrières, font une étrange disparate avec l’élégant couronnement de créneaux qu’elle a conservé.

En continuant de parcourir la vaste plate-forme, dont le soubassement est un rocher dominant toute la contrée, on arrive à un charmant pavillon italien entouré d’un jardin anglais très étendu et fort agréable.

C’était là que les anciens seigneurs avaient leur jardin d’agrément ou parterre. Cette position défensive était extrêmement avantageuse. On peut en juger, car, de ce point culminant, la vue s’étend sur de magnifiques prairies encadrées dans des bois vigoureux, près desquelles s’élèvent des villages bâtis en amphithéâtre, au bord de cette sinueuse Charente que Henri IV appelait le plus beau fossé de son royaume.

 

Cette terre, qui était en 1648 un archiprêtré d'où ressortissaient plus de quarante paroisses, fut vendue pendant la révolution et démembrée par la bande noire.

le château de Taillebourg après l'incendie de 1822

 

En 1789, Taillebourg, qui était certainement d’une importance moindre que sous Louis XIV, avait encore un entrepôt de sel et de tabac, une église collégiale, un contrôle des actes, le siège d’un baillage, duquel quarante paroisses ressortissaient et un bureau de poste aux lettres. (Mémoires de M. Bégon sur la Généralité de La Rochelle. )

Le 16 mars 1789, à l’assemblée des Trois Ordres, réunie à Saintes dans l’église des Dominicains, le duc de la Trémouille, possesseur du comté de Taillebourg, se fit représenter par M. Nicolas-Prosper de Montalemoert de Gers. II avait dû se rendre à Poitiers, pour figurer parmi la noblesse de cette province en sa qualité de duc de Thouars. Il avait alors 52 ans.

 

Jean-Bretagne-Charles-Godelroi de la Trémouille était né le 5 février 1737.

 Comme la plupart des membres de sa famille , il entra de bonne heure au service, et prit part aux diverses campagnes de la guerre de Sept Ans, se distingua surtout au combat de Crevelt, ou l’épée à la main, il chargea l’ennemi à la tête de son régiment d’Aquitaine- Cavalerie ; il fut blessé grièvement et promu bientôt aux grades de brigadier et de maréchal de camp des armées du roi.

 

Après les événements de 1789, le duc de la Trémouille quitta la France, se retira à Nice, puis de là à Chambéry, où il mourut le 15 mai 1792.

De son second mariage avec la princesse de Salm-Kirbourg, il laissait : 1er Charles-Bretagne- Marie-Joseph, duc de la Trémouille, prince de Tarente, né le 24 mai 1654, lequel était entré au service dès 1778, et était colonel lorsqu’il émigra, en 1791. 2° Antoine-Philippe, prince de Talmont, comte de Taillebourg, né en 1765, qui émigra en même temps que son frère ainé, en 1791. Rentré en France la même année, il fut arrêté en 1792, comme ayant pris part à la conjuration du marquis de la Rouairie contre les principes révolutionnaires.

Enfermé à Angers, il parvint à s’échapper des mains des gendarmes qui le conduisaient de cette ville à Laval.

Il rejoignit l’armée vendéenne à Saumur, se distingua par une valeur intrépide à Nantes, Luçon, Laval et Antrain.

Arrête à Laval, le 4 janvier 1794, et condamné le 26, par une commission militaire, il marcha à la mort avec la fermeté qu'on lui avait connue sur les champs de bataille.

Dès 1785, il avait épousé Henriette-Louise d’Argouges, de laquelle il eut un fils, né en 1787, et mort en bas âge. 3° Charles-Godefroi-Auguste, comte de Laval, frère jumeau du comte de Taillebourg, nommé, en 1774, chanoine et puis grand doyen du chapitre de Strasbourg, et condamne à mort par le tribunal révolutionnaire de Paris, le 15 juin 1794.

Le duc de la Trémouille, seul survivant de sa famille, hérita des biens de ses frères décédés, et notamment de la châtellenie de Taillebourg. Mme de la Trémouille, sa mère, mourut sous la Restauration.

Le château fut aliéné, vers cette époque, à plusieurs propriétaires. Ainsi finit l’histoire du château de Taillebourg, dont nous avons retracé les annales durant l’espace de huit cents ans.

 

 

En 1822, un incendie acheva l'œuvre de destruction commencée par les démolisseurs.

Les ruines du château de Taillebourg sont encore remarquables par les rares dimensions des belles salles voûtées du rez-de-chaussée, par les caves et les nombreux souterrains qui aboutissent aux poternes extérieures.

La terrasse de Taillebourg avait été transformée en un parterre dessiné par le célèbre le Nôtre. Près de 5 000 balustrades en pierre, dans le goût de celles qui ornent le grand escalier du château de Versailles, entouraient cette terrasse. Le parterre, détruit en 1793, est aujourd'hui remplacé par un jardin paysager.

La maison moderne rappelle, par son style et son ornementation, les balustrades qui couronnaient la terrasse, et offre un contraste agréable avec le vieux château et les profondes douves qui en défendent l'accès.

 

 2019, Un pan des remparts du château de Taillebourg s’effondre sur la ligne de chemin de fer.

 

 

Le Magasin pittoresque / publié... sous la direction de M. Édouard Charton

Histoire de Taillebourg / Abbé P. Billy

 P. de Lacroix.

 

 

 

 

 


 

Château de Taillebourg (la légende de la bataille de Charlemagne)

Sur les bords de la Charente, là où ses ondes sont dormeuses, s'élève sur la rive droite un abrupt coteau surmonté d'une vaste terrasse garnie d'une balustrade en pierre....

 

La Charente de Taillebourg à Angoulême, les raids des Vikings. (Histoires d'Eaux et de Régions) -

En 844; - Sous le règne de Louis le Débonnaire, on vit apparaître pour la première fois les pirates normands. Partis du littoral Danois et Norvégien, ils débarquaient sur les côtes, remontaient les fleuves et ravageaient les campagnes, pillant et brûlant tout sur leur passage. Cette année-là ils remontèrent la Charente.....

 

Guerre de Religions dans le Poitou Charente - Time Travel Siège de Brouage 1585

Le prince Henri Ier de Bourbon-Condé, que les affaires de son parti, aussi bien que son amour pour Charlotte de La Trémouille, retenaient en Saintonge, résolut aussitôt de se signaler par quelque action d'éclat. Ce prince, que son rang et sa valeur chevaleresque avaient placé à la tête des calvinistes de Saintonge eut bientôt réuni une armée assez considérable pour entrer en campagne....



(1) Le mot Tal, d'après certains auteurs, signifie aussi : Escale, il conviendrait encore à Taillebourg, qui est un port sur la Charente.

(2) Les Rançons étaient Soigneurs de Rançonne en Angoumois et de Rançon en Limousin.

(3) La Saintonge fut conquise soixante ans avant Jésus-Christ et elle demeura province romaine jusqu'en 419.

NOTA. — D'après toutes les probabilités, le château primitif existait dès le VIe siècle et devait appartenir aux comtes d'Angoulême: