PHystorique- Les Portes du Temps

02 mars 2021

Du 28 au 31 aout 1459 le roi Charles VII au château du Rivau lez Chinon, Catherine de l'Ile-Bouchard

Du 28 au 31 aout 1459 le roi Charles VII au château du Rivau lez Chinon, Catherine de l'Ile-Bouchard veuve de Georges de La Trémoïlle

La baronnie de l’Ile Bouchard, dont le château était bâti sur la Vienne, fut apportée dans la maison de La Trémouille par Catherine de l’Ile Bouchard, dame dudit lieu, de Rochefort sur Loire, de Doué en Anjou, de Gençay en Poitou et de Selles en Berry.

Catherine épousa George de la Tremouille, vicomte de Thouars, veuf de Jeanne, comtesse d’Auvergne, le 2 juillet 1427.

Celle-ci était alors veuve en premières noces d’Hugues de Châlon, comte de Tonnerre, et en secondes noces de Pierre de Giac, qui, pour contracter cette union, avait, dit-on, empoisonné sa femme, Jeanne de Naillac. S’il faut ajouter foi à Sainte Marthe, Catherine aurait eu un premier mari avant Hugues de Chalon, Jean, seigneur des Roches en Anjou.

Les La Trémoille restèrent barons de L'Ile-Bouchard de 1427 à 1629.

 

En 1446, devenue à l’âge de 51 ans, veuve une quatrième fois, Catherine se retira avec ses enfants sur ses terres de l’Ile Bouchard. Mais l’incorrigible Tourangelle y tomba sous l’influence de son intendant, Péan de la Vallée, qui prit bientôt un grand ascendant sur elle et se comporta en maître. Il commença à dilapider la fortune de sa maitresse, fit renvoyer ses anciens serviteurs et interdit à Catherine de donner de l’argent à ses enfants.

Ceux-ci, ne parvenant pas à écarter ce personnage, préfèrent quitter leur mère, Louis s’installa à Bommiers dans le Berry et George, qui n’avait que 16 ans, partit en Bourgogne auprès d’un parent. A la suite d’un procès, la baronnie de l’Ile Bouchard fut affectée à George, qui était l’ainé, mais sa mère en garda l’usufruit. Et lorsque Catherine donna à son fils une tapisserie pour qu’il puisse l’offrir lors de sa réception du fief de Craon, Péan de La Vallée la fit décharger du bateau. Il fit également jeter de la salle basse « le perchoir à percher les oiseaux » que le fauconnier de Georges y avait installé. Aussi celui-ci se décida-t’il à agir : au cours d »une chasse, en décembre 1458, il fit arrêter par ses hommes l’amant de sa mère et le fit mettre au cachot en son château de Bélâtre, en le contraignant à rendre un bracelet de valeur et une couverture en fourrure de martre.

 

 

Charles VII séjourna au château du Rivau lez Chinon du 28 au 31 aout 1459

Pierre de Beauvau, étant mort en juillet 1453 à la bataille de Castillon, sa veuve, Annette de Fontenay, a la garde de leurs 6 enfants mineurs, René, Jean, Jehan, Renée, Catherine et François, mentionnés dans les titres de la Beschère. Leur mariage n’avait effectivement eu lieu que 15 ans auparavant.

Annette de Fontenay porte le titre de dame du Riveau dans les papiers du domaine pendant les quarante années suivantes, de 1454 à 1491.

Charles VII fit une lettre de rémission donnée en faveur de Georges de La Trémoïlle, sire de Craon et de l'Ile-Bouchard 1, ajourné devant le lieutenant du bailli de Touraine à Chinon comme coupable de séquestration de la personne de Péan de Valée, dont il avait à se venger.

Celui-ci ayant circonvenu Mme de La Trémoïlle, douairière, s'était emparé de toute l'autorité et du gouvernement de sa maison, et en avait abusé vis-à-vis des enfants de cette dame, et particulièrement de Georges, auquel il avait fait subir de nombreuses vexations.

 

 

Lettres de rémission données par le roi Charles VII au sire de Craon, pour l'arrestation et la détention de Péan de La Vallée; 31 août 1459.

Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, à tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut.

 L'humble supplication de Georges de La Trimoille, sgr de Craon, avons receue, contenant que unze ans a ou environ, Péan de La Vallée s'en vint demeurer en la maison de nostre chière et amée cousine la dame de La Trimoille, sa mère, ouquel temps ledit suppliant et le sire de La Trimoille, son frère ainsné, estoient demourans avecques et ou bail et gouvernement de ladicte dame, leur mère ; et que peu après que ledit Péan de La Vallée s'en fut ainsi venu demourer en la maison de la dame de La Trimoille (2), il entrepont fort le gouvernement d'icelle maison et y vouloit prendre de l'auctorité, et print de faict plus que nulz autres serviteurs d'icelle, soulez couleur de ce qu'il estoit parent d'icelle dame de La Trimoille.

Et de l'auctorité y print si avant, qu'il en débouta tous les anciens serviteurs de la maison qui pour icellui temps servoient ladicte dame, et y demoura seul, quequesoit avec peu d'autres jeunes gens estans en ladicte maison; et qui plus est, voulut tenir et de faict tint au suppliant et au sire de La Trimoille, qui lors estoient jeunes et ou gouvernement de leur mère, très malgracieux termes, et ne vouloit souffrir, au moins empeschoit à son pouvoir, qu'ilz ne fussent vestus et habillez selon leur estât, et tellement qu'ilz estoient et furent par aucun temps très mal habillez et traictez en la maison de leur mère.

Et à ceste occasion, et des malgracieux termes que ledit Péan tenoit au suppliant et à son frère, de ce qu'ilz n'estoient, par le moien dudit Péan, se leur sembloit, pas entretenuz en la maison de leur mère comme enfans et comme il leur appartenoit, ilz se départirent d'icelle maison, par le despit d'icelui Péan, et s'en allèrent demourer en aucunes de leurs terres, dont à ceste occasion la dame de La Trimoille, leur mère, au pourchas dudit Péan, print procès et fut très indignée à l'encontre d'eulx ; dont ilz ont soustenu et porté de grans pertes et dommaiges, et tellement qu'ilz en ont vendu et engagié aucunes de leurs terres, et par le moien dudit département et desditz procès, la maison de la dame de La Trimoille, leur mère, et la leur, ont esté intéressées et endommagées très grandement, et tout par la cause et moien dudit Péan.

Lequel, ou mois de may mil CCCCLVIIJ, se transporta à Bruxelles en Brebant, où lors estoit le suppliant, et tout musséement et embrunché de sa cornette, vint au lougis du suppliant auquel, après qu'il fut ainsi venu devers luy, icelui Péan dit et remonstra comment la dame de La Trimoille, sa mère, l'envoioit par devers luy, et qu'elle avoit traictié par deçà le mariage de lui et de la fille de nostre séneschal de Normandie (3), et que nous voulions expressément qu'il se fist; et que oudit mariage il auroit de nostre sénéschai cent mil escuz, avec d'autres grans biens que ledit Péan le asseuroit que la dame de La Trimoille luy feroit ; et avec ce qu'il serait nostre premier chambellan, coucherait devant nous et auroit quatre mil livres de pension de nous chascun an, et autres grans biens que ledit Péan donnoit entendre au suppliant qu'il auroit par le moien dudit mariage ; en lui disant que, à ceste cause, il convenoit et estoit forcé qu'il s'en venist par deçà, autrement que sa mère seroit très mal contente de luy, et n'amenderait jamais d'elle, Moiennant lesquelles grans promesses et asseurances dudit Péan, et aussi qu'il menassoit le suppliant du dommage que sa mère luy ferait s'il ne s'en venoit, et pour doubte de luy desplaire, cuidant que ce que ledit Péan luy disoit et affermoit fust vérité, et pour la grant affection et désir qu'il âvoit de estre et venir en nostre service, ainsi que ledit Péan luy asseuroit qu'il serait, il se délibéra de s'en venir, et de faict s'en vint avec ledit Péan, et perdit par ce moien ses terres et seigneuries de Jonvelle et de Courselles, lesquelles, ou temps de son parlement, il estoit en paroles et sur le point de recouvrer de nostre très chier et très amé cousin le duc de Bourgongne, qui les tient et oceuppe ; et prindrent le suppliant et ledit Péan leur chemin à eulx en venir par le pays de Normandie, pour parler audit Sénesehal, et par Nogent, où estoit sa fille, pour la voir ; et de là s'en vindrent à l'Isle Bouchart, devers la dame de La Trimoille, sa mère.

Mais quant le suppliant s'en fust ainsi venu, il trouva tout le contraire de ce que ledit Péan luy avoit donné entendre, et que de tout ce qu'il luy avoit raporté et asseuré il n'estoit riens, ne dudit mariage n'en avoit oncques esté riens escript ne appoincté, mais estoient encores tous les traictez et mémoires à faire, et la matière entière comme se jamais n'en eust été parlé. Et en furent fâicts lesditz mémoires et traictez tout de nouvel depuis la venue du suppliant, et envoiez des uns aux autres; mais en effet le Séneschal tint tous autres termes au suppliant que ledit Péan ne luy avoit rapporté, et si ne trouva aucune entrée, par le moien du Séneschal ne autrement, d'estre notre premier chambellan, ne d'avoir aucune pension de nous, ne d'autre chose que ledit Péan luy eust dicte ne assurée, dont il fut moult desplaisant.

Et à ceste cause, ledit suppliant différa ledit mariage et se tint par deçà, tant devers nous et devers la dame de La Trimoille, sa mère, que ailleurs es parties de Touraine et d'Anjou, jusques ou mois de décembre ensuivant et derrenier passé, l'an dessus dit mil CCCCLVIIJ.

Pendant lequel temps, et mesmement que le suppliant résida au lieu de l'Isle Bouchart, en la maison de la dame sa mère, ledit Péan, en haine de ce que le suppliant avoit différé ledit mariage ou autrement, commença à tenir fières manières et malgracieux termes envers le suppliant, comme s'il ne fust pas enfant de la maison, et semblant qu'il luy despleust de ce qu'il y estoit.

Aussi faisoit il pour ce qu'il luy cuida faire mettre ses chevaulx hors des estables et livrée de la maison de sa mère et les luy faire envoyer en hostellerie; et plusieurs fois luy fist enfermer les chiens et oyseâulx de la maison de sa mère, à ce qu'il ne les menast en gibier à son esbat, et tint telz termes au suppliant qu'il luy convint plusieurs fois envoyer en la ville acheter, à ses deniers, le pain à donner à ses chiens qu'il avoit neument à luy.

Et quant ledit Péan rencontrait le suppliant, il passoit par devant luy tenant ses fières manières, sans le deigner saluer ne parler à luy, ne au plus et moins que à un bien petit homme.

Et qui plus est, un jour le suppliant avoit ordonné à son faulconnier mettre une perche à percher ses oyseaulx en la sale basse de l'Isle Bouchart, mais en la y cuidant mettre à point, ledit Péan la fit oster et mettre hors et ne voulut souffrir qu'elle y fust, en parlant outrageusement du supliant, jaçoit qu'il y en eust une autre où ledit Péan faisoit percher les siens oyseaulx.

Et encores pour ce que la dame de La Trimoille avoit preste au suppliant une tapisserie, qui avoit esté chargée en un bateau sur la rivière audit lieu de l'Isle Bouchart pour la mener à Craon, à la réception des hommages de la baronnie de Craon, que le supliant y avoit fait assigner ou mois de novembre derrenier passé, ledit Péan, en démonstrant plus que devant la haine et envie qu'il avoit contre le supliant, cuida trouver moien envers la dame de La Trimoille, sa mère, de faire demourer et descharger la tapicerie et la garder de mener audit lieu de Craon, et eh fist ce qui luy fut possible, pour cuider nuire et desplaire au suppliant. Et encores depuis qu'il fust aie audit lieu de Craon, à la réception de ses hommaiges, pour ce que ledit Péan sçeut que les habitants de la ville et baronnie de Craon vouloient donner au supliant, à sa nouvelle venue, cent marcs d'argent, ledit Péan escripsi aux officiers dudit lieu de Craon, quequesoit au chastelain, qu'il empeschast les habitans de faire ledit don au supliant; ce qu'il fist tellement que icellui suppliant a perdus lesditz cent marcs d'argent.

Et pour ces causes et plusieurs autres, le suppliant, estant desplaisant qu'il n'avoit peu entrer et estre en nostre service, ainsi que ledit Péan l'avoit asseuré qu'il serait, et cognoissant la haine et mauvaise envie que, sans cause, avoit contre luy, desplaisant des fières manières et malgracieux termes qu'il luy avoit tenus et tenoit chascun jour en toutes les manières qu'il pouvoit, et de ce qu'il l'avoit ainsi trompé et déceu par l'en avoir fait venir, et par ce moien fait perdre sesdictes terres ; et considérant aussi les grans maulx et dommaiges qui, à l'occasion dudit Péan, avoient esté et estoient survenuz en la maison de la dame de La Trimoille depuis qu'il y estoit venu demourer, et qui encores doubtoit qui y peussênt survenir se plus y demeurait, proposa et se délibéra le suppliant de trouver manière d'en envoyer ledit Péan et mettre, s'il povoit, hors de la maison de sa mère.

Et pour ce que, après son retour de Craon à l'Isle Bouchart, il congneut que bonnement il ne povoit trouver moien d'en envoier ledit Péan sans le faire prendre et transporter quelque part loing de là, le suppliant se délibéra d'aler, et de fait àla, voler aux champs le jour de saint Nicolas d'yver derrenier passé, après diner, qui fust à ung jour de mécredi, avecques lequel ledit Péan ala et avecques eulx Jehan Méron , Pierre Serpillon et autres ; et se partirent de l'Isle Bouchart environ deux heures après midy, et de là s'en alèrent par les champs, volant avecques leurs oyseaulx contremont la rivière de Vienne, droit au village de Troques.

Et quant ilz furent outre l'église dudit lieu de Troques, à un petit boucaige hors du grant chemin, où ledit Péan avoit fait voler son pyseau après une perdris, que son oyseau y poursuivit, le supliant ala à luy, et trois de ses serviteurs en sa compagnie, c'est à sçavoir Jaques Blanchart, Denisot Doré et un nommé Empireville, son varlet de chevaulx; et si tost que le supliant arriva sur ledit Péan, qui estoit audit boucaige, mist la main en iceluy Péan, lequel luy demanda pdurquoy il le faisoit, auquel le supliant respondit qu'il le luy diroit une autre foiz plus à loisir.

Et après que le supliant eust ainsi prins ledit Péan et fait descendre de dessus son cheval, il le bailla aux dessus nommez Jaques, Denisot et Empireville, et leur chargea le mener à Bélabre, sans luy faire aucun mal s'il ne s'efforeoit de soy eschaper, en leur disant que s'il leur eschapoit, qu'ils se gardassent bien de retourner devers luy.

Et de là, qu'il estoit presque nuict, les laissa le supliant et s'en revint celui soir mesmes à l'Isle Bouchart devers la dame de La Trimoille, sa mère, où il demoura par trois ou quatre jours, et après s'en alla à Çhasteau Guillaume devers le seigneur de La Trimoille, son frère ainsné, où il demoura ung jour; et de là envoya ung sien serviteur, nommé Colas, audit lieu de Bélabre, devers lesditz Denizot et Empireville qui y estoient demourez avec ledit Péan, et leur manda qu'ilz l'en emmenassent à Dracy en Bourgongne, où le supliant s'en alla d'une autre part.

Et quant il fust audit lieu de Dracy, il y trouva jà ledit Péan, lequel il fist venir devers luy et luy dict :

« Péan, je vous dys, quant je vous prins, que je vous diroy les causes pourquoy je le faisoys, lesquelles sont telles : premièrement, vous sçavez que venistes devers moy à Brucelles et me distes que estiez venu devers moy pour mon grant bien, c'est assçavoir que on avoit traicté le mariage de la fille du grant Séneschal et de moy, et que moiennent iceluy mariage je en amenderoye de plus de cent mil escuz ; et en outre que seroye premier chambellan du Roy, coucheroye devant luy et auroye si grant pension de luy que ce serait merveilles ; aussi que feriez envers Madame ma mère qu'elle me ferait si grant avancement, tant de ses biens meubles que de ses héritaiges, que devroye estre content ; et encores plus, que quant serions en chemin en nous allant, que me diriez encores d'autres choses qui » me feraient venir l'eaue à la bouche.

Et vous sçavez bien que, loing ne prés, vous ne me distes chose que ne m'eussiez dicte dès le commencement, et ne m'avez fait tenir chose que m'eussiez promise. »

A quoy ledit Péan respondit au suppliant, que le grant Séneschal et l'Admiral (4) le luy avoient fait faire.

Et avec ce dist le suppliant audit Péan qu'il sçavoit bien les mauvais termes qu'il luy avoit tenus, durant qu'il avoit esté en la maison de la dame de La Trimoille, sa mère ; à quoy respondist ledit Péan qu'il sçavoit bien qu'il estoit vray, en luy en requérant, tout de genoulz, pardon, et en luy disant qu'il ne luy sçauroit faire tant de mal que plus n'en eust desservy envers luy.

Et combien que le suppliant deust, à l'occasion des choses dessusdictes, aucunement avoir eu cause de vouloir mal audit Péan et de luy avoir fait desplaisir de sa personne, néantmoins il ne l'a jamais voulu ne eu intention de faire, ainçois l'a traicté gracieusement, fait boire et manger avec luy et à sa table, et ne l'a fait battre ne férir, ne faire aucun autre desplaisir à sa personne.

Aussi ne tendoit il, et ne tendit il onques, fors seulement à trouver moien de l'en envoyer et mettre hors de la maison de sa mère.

Et voyant iceluy suppliant que ledit Péan se repentoit des maulx et malgracieux termes qu'il luy avoit tenuz et de la tromperie qu'il luy avoit faiete, espérant que plus ne se trouvast en la maison de la dame de La Trimoille, sa mère, fust esmeu de luy donner congié ; ce qu'il fist, après ce que préalablement il fist faire sérement audit Péan, sur le corps de Nostre Seigneur, de luy estre d'ilec en avant bon et loyal et luy garder et pourchasser son bien et honneur, et de non jamais, à l'occasion de ladicte prise, luy porter ne faire faire aucun dommaige ne poursuite, à luy ne à ses gens qui l'avoient ainsi prins et mené, et que jamais ne se trouverait à l'entour de la dame sa mère, ne se résiderait audit lieu de l'Isle ne en aucune des autres places de sa mère, ne s'entremettrait de ses besongnes ; et en oultre, pour ce que le suppliant sçavoit que la dame sa mère avoit engagé ung brassellet, il fist promettre audit Péan de le faire desgager par ladicte dame sa mère, et [qu'il le] luy envoieroit ou ferait envoyer par elle, avecques la somme de deux cens escuz et une panne de martres.

 Et ce faict, le suppliant donna congié audit Péan, et luy envoya et luy bailla de l'argent, avecques ledit Empireville pour le conduire et accompaigner jusques au lieu de l'Isle Bouchart ; et depuis ladicte dame envoya au suppliant le brassellet avec deux cens escuz et ledit Péan luy envoya la panne de martres.

A l'occasion desquelz cas, ledit Péan de Valée et nostre procureur au baillage de Touraine, par vertu de certaines noz lettres par eulx obtenues et moyennant certaine information, ont puis naguères fait adjourner ledit Georges, suppliant, à comparoir en personne, et à certaines peines, par devant nostre amé et féal conseiller et chambellan le bailli de Touraine ou son lieutenant, à son siège de Chinon, à certain jour préfix, pour respondre à nostre dit procureur à telles fins et conclusions qu'il voudrait eslire, et audit Péan de Valée à fin civile seulement; auquel jour, obstant certaine maladie intervenue au suppliant, il ne peut obéir et renvoya son exoine.

Et depuis, par vertu du registre prins de ladicte exoine, ledit Péan et nostredit procureur oudit baillage ont de rechief faict adjourner le suppliant, terme o jugement de main mise, à comparoir en personne, et aux peines que dessus, par devant nostre bailly de Touraine ou son lieutenant, à son siège de Chinon, à certain jour avenir, pour leur respondre comme dessus, et procéder en outre comme de raison.

Et doubte le suppliant que, à l'occasion des choses dessusdictes, et mesmement d'avoir transporté et fait transporter ledit Péan de jurisdiction en autre, et aussi de luy avoir fait faire sérement, sur Corpus Christi, de jamais ne se tenir autour de ladicte dame ne résider en aucunes de ses places, et de luy envoier, et par elle, ung brassellet avec la somme de deux cens escuz et une panne de martres, — lesquelz deux cens escuz et brassellet ladicte dame luy envoya après, et ledit Péan ladicte panne de martres — nostre procureur le vouloit tenir en grant involution de procès, et sur ce demander, imputer et tendre à l'encontre de luy à fin criminelle ou conclurre à grans amendes, se noz grâce et pardon ne luy estoient sur ce impartiz; humblement requérant que, attendu les choses dessusdictes et les mauvais termes et dommaiges que ledit Péan luy avoit faitz, faisoit et tenoit ; aussi qu'il ne luy a fait ne avoit intention de faire aucun mal de sa personne, mais seulement le mettre hors de la maison de sa mère, et que, pour avoir prins et fait transporter la personne dudit Péan, il ne cuidoit pas si griefvement mesprendre envers nous, que il a tousjours esté homme de bonne famé, renommée et honneste conversation, sans jamais avoir fait chose digne de reprouche ou de répréhension, il nous plaise luy octroyer nos grâce et pardon des cas dessusditz.

Pourquoy Nous, les choses dessusdictes considérées, inclinans à la requeste qui sur ce nous a esté faicte par nostre cousine la dame de La Trimoille, mère dudit Georges de La Trimoille, à icelluy Georges, suppliant, avons quicté et pardonné, et par ces présentes, de grâce espécial, plaine puissance et auctorité royal, quictons et pardonnons tous les cas, crimes et délits dessus déclarez, avecques toutes les peines, amendes et offenses en quoy, à l'occasion de ce, il pourroit estre encouru envers nous et justice, et l'avons restitué et restituons à ses bonnes famé et renommée au pays, et à ses biens et choses non confisquez, satisfaction faiete à.partie civile tant seulement, si faicte n'est; et sur ce imposons silence perpétuel à nostre procureur ou baillage de Touraine, présent et avenir, et à tous autres qu'il appartiendra.

Si donnons en mandement, par ces mesmes présentes, à nostredit bailly de Touraine et des ressors et exemptions d'Anjou et du Maine et à tous noz autres justiciers présens et à venir, ou leurs lieuxtenans, et à chascun d'eulx si comme à luy appartertdra, que de nos présens grâce, quittance et pardon facent, souffrent et laissent ledit suppliant joyr et user plainement et paisiblement, sans luy mettre ne donner, ne souffrir estre fait, mis ou donné, en corps ne en biens, aucun destourbier ou empeschement, ores ne pour le temps avenir, en quelque manière que ce soit; ainçois se son corps ou aucuns de ses biens estoient pour ce prins, saisis, arrestez ou empeschez, les luy mettent ou facent mettre tantost et sans délay à plaine délivrance.  

Donné au Rivau lez Chinon, le derrenier jour d'aoust, l'an de grâce mil CCCGLIX , et de nostre règne le XXXVIJ 0.

Par le Roy en son conseil,

J. DE REILHAC. (5)

 

On lit dans un précomte de 1484 :

« Le chastel de l'Isle-Bouchart est une belle place, telle que chacun scet, et est le dict lieu de l'Isle, baronnie ancienne. »

Le document suivant rappelle un fait arrivé à l'Ile-Bouchard. 1489 (v. s.) janvier, Paris.

« Charles, etc., savoir faisons, etc., nous avoir receu l'umble supplicacíon de Guillaume Joubert, filz de Guillaume Joubert, contenant que, le XXVIe jour de novembre derrenier passé, ung nommé Denis, serviteur en lacquois d'un nommé Grégoire, archier, et autres gens de guerre de la compaignie du seigneur de La Trémoille, se vindrent loiger au lieu de l'Isle-Bouchart, en l'ostel dudit père dudit suppliant, et eulx estans ainsiloigez pour ce que les paiges desdites gens de guerre avoient la clef d'un estable dont ledit père avoit à besoigner, icelle clef ausdits paiges demanda, qui luy respondirent qu'ilz ne l'avoient point.

Et après l'un desdits paiges nommé Lancement dist qu'il l'avoit et depuis dist que non avoit. A ceste cause ledit père dudit suppliant dist ausdits paiges qu'ilz estoient mauvais garsons de eulx moquer ainsi de luy.

Sur ces parolles, l'un desdits paiges tira sa dague et en voult fraper ledit Joubert père, ce que voyant ledit suppliant osta ladite dague audit paige, laquelle ledit père osta audit suppliant et la gecta sur l'un des lictz de la chambre et enmena ledit suppliant en la cuisine dudit hostel; et eulx estans en ladite cuisine, ledit Denis le lacquois survint tout esmeu en demandant qui estoit celluy qui avoit batu lests dits paiges.

Et ledit Joubert père respondit : « Ne vous chaille, il n'y ariens batu. Et ledit Denis dist en jurant le sang de Nostre-Seigneur qu'ilz avoient esté batus et qu'il sçauroit qui ce avoit fait ; et pour ce qu'il s'approuchoit en tirant une rapière qu'il avoit, ledit suppliant qui tenoit une payelle sur le feu pour faire des oeufz, dobtant que ledit Denis voulsist tuer sondit père se mist entre deux et de ladite paelle receup ung cop que ledit Denis cuida asséner sur luy ou sur sondit père ; et dobtant ledit suppliant que ledit Denis qui tenoit sadite rapière toute nue ne feist quelque mauvais cop saisit ledit Denis par dessus les bras et le rebota jusques au degré de la chambre où estoient lesdits paiges, qui incontinent descendirent quatre ou cinq tenens chacun une dague toute nue en leurs mains dont ilz donnèrent plusieurs grans coups sur la teste et bras dudit suppliant jusques à grant effusion de sang ; et eulx estans ensemble audit conflict et ainsi que lesdits suppliant et Denis s'entretenoient, le paige dudit Grégoire, cuidant de sadite dague tuer ledit suppliant, asséna son cop au col et au dessus de l'oreille dudit Denis, et quant ledit suppliant, qui n'avoit aucun baston, vist le sang, il lascha icelluy Denis et s'enfouyt en la rue, qui fut poursuy par ledit paige, mais ne le peust actaindre.

Et depuis, et XL jours après, ledit Denis est allé de vie à trespas, dont ledit suppliant s'est absents té, requérant, etc. Pourquoy, etc., au bailly de Touraine, etc.

 Donné à Paris, ou moys de janvier, l'an de grâce CCCC IIIIxx et neuf, et de « nostre règne le septiesme.

« Arch. nat. JJ 225, fol. 191 verso, n» « 906. »

 

 

 

Archives nationales. Registre du Trésor des chartes, N° 188, charte 166.

Société archéologique de Tourraine.

 

Les La Trémoïlle pendant cinq siècles. Charles-Louis-Bretagne, Charles-Armand-René, Jean-Bretagne-Charles-Godefroy et Charles-Bretagne-Marie-Joseph de La Trémoïlle / [par le duc L.-C. de La Trémoïlle]

 

 

 

 Chinon 8 avril 1429, après Pâques - Traité d'alliance entre Gilles de Rais et Georges de La Trémoille.  <==

 


 

(1) Second fils de Georges de La Trémoïlle, le fameux ministre de Charles VII, et de Catherine de l'Ile-Bouchard, sa seconde femme, il n'eut point dans sa part de la succession paternelle de terres et seigneuries en Poitou. 

(2) Dans cette pièce et dans la suivante, nous avons supprimé les très-nombreux dicte et dit qui ne sont pas utiles pour le sens du texte.

(3) Pierre de Brézé eut deux filles ; rien n'indique de laquelle il s'agit.

(4) Jean V Je Bueil, comte de Sancerre.

(5) Jean de Reilhac, secrétaire, maître des comptes, général des finances et ambassadeur des rois Charles VII, Louis XI et Charles VIII

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01 mars 2021

Chinon 8 avril 1429, après Pâques - Traité d'alliance entre Gilles de Rais et Georges de La Trémoille.

Chinon 8 avril 1429, après Pâques - Traité d'alliance entre Gilles de Rais et Georges de La Trémoille

 « Gilles, seigneur de Rays et de Pousauges, certifiions à tous que, en recongnoissance des grans biens, honneurs et courtoisies que nous a faiz... notre très honnoré et puissant seigneur, monseigneur George, seigneur de La Trémoille, de Sully et de Craon, et a espérance de faire ou temps advenir, et pour la bonne et ancienne amour et confiance que de sa courtoisie il a eue et a envers nous et pour plusieurs autres considérations, par lesquelles nous nous sentons raisonnablement tenu à luy, tant par lignage que autrement, nous luy avons promis, juré et enconvenancé, sur la foy et serement de notre corps et sur le reproiche de notre honneur, et de rechief luy promectons par ces présentes que, à toutes ses affaires et besoings et toutes les foiz qu'il nous requerra... nous le servirons de toute notre puissance, jusques à mort et à vie, envers tous et contre tous seigneurs et autres, sans nul excepté,... en la bonne grâce et amour du roy, et en son service, en l'estat qu'il est à présent ou plus grant...

« Nous, à greigneur confirmacion, avons signé ces présentes de notre main et seellées du propre seel de noz armes.

« Donné à Chinon, le VIII me jour d'avril, l'an mil CCCC vingt et neuf, après Pasques.

« GILLES DE RAYS. »

Chartrier de Thouars. Orig. parch. ; sceau perdu.

 

 Lorsque Jeanne d'Arc arriva à Chinon, Georges de la Trémoïlle avait réussi à évincer du pouvoir, le connétable de Richemont, frère du duc de Bretagne et à l’exaspérer au point de lui faire prendre les armes contre son Roi. Perfide, souple, cauteleux et au besoin despote, comme tout bon courtisan, la Trémoïlle excellait surtout à monnayer son crédit tout puissant et prêtait souvent à Charles VII de fortes sommes à un taux draconien qui dépassait cent pour cent.

Il ne tolérait autour du Roi nulle autre influence que la sienne et conduisait les funérailles de la monarchie française avec une désinvolture très dégagée, persuadé, d’ailleurs avec raison, qu’au jour des catastrophes suprêmes, il saurait tirer parti des intrigues qu’il poursuivait avec les ennemis du Roi, et grâce auxquelles ses biens particuliers avaient toujours été respectés par les Anglais et les Bourguignons.

 Ce politicien sans scrupule, était doublé dans l’exercice du pouvoir, par Régnault de Chartres, archevêque titulaire de Reims, où il ne résidait d’ailleurs jamais, suppléé dans ses fonctions épiscopales par des auxiliaires qu’il nommait et révoquait selon son bon plaisir.

C’était un diplomate plutôt qu’un prélat, ministre des affaires étrangères de Charles VII et négociateur consommé. Mêlé à toutes les intrigues politiques de son temps, il avait le fétichisme de la diplomatie sans scrupules, ce qui lui avait mal réussi, à voir le triste état des affaires de France.

Tout faisait prévoir que ce sceptique endurci favoriserait peu la Mission de Jeanne d’Arc.

Au-dessous de ces deux grands seigneurs, tout puissants par leur crédit auprès du Roi, trois autres conseillers donnaient leur avis dans les circonstances graves. L’un, Robert le Masson, le meilleur ami de Charles VII à qui il avait sauvé la vie à la surprise de Paris par les Bourguignons en 1418, l’homme de la conscience et du devoir, insensible à toute considération qui leur serait étrangère.

Un autre, Raoul de Gaucourt, jusque-là vaillant capitaine, renommé pour ses exploits, mais depuis un mois, il avait fui Orléans, sans motiver suffisamment cette défaillance. Il arrive, d’ailleurs souvent, que le courage civique chez les meilleurs hommes de guerre, est loin d’égaler leur intrépidité devant l’ennemi. Raoul de Gaucourt donna plus d’une preuve de cette infériorité de caractère et ne fut que trop écouté par le Roi, en plusieurs circonstances où l’avis de Jeanne différait du sien.

Enfin Gérard Machet, vénérable et savant théologien et confesseur de Charles VII, qu’il n’avait pas quitté depuis de longues années. Telles étaient les divergences qui allaient se combattre dans le Conseil du Roi, sur la question soulevée par l’arrivée de Jeanne et les lettres du sire de Baudricourt.

 La Trémoïlle et Régnault de Chartres marcheraient certainement de concert pour une fin de non recevoir absolue. L’avis des autres s’en tiendrait à une prudente réserve, mais il y avait auprès de Charles VII une influence de famille, aussi discrète qu’intelligente et dévouée et à laquelle le Roi avait dû les meilleures inspirations.

Dès l’âge de dix ans, Charles VII, alors comte de Ponthieu et séparé du trône par deux frères qui moururent prématurément, avait été fiancé à Marie d’Anjou, sa cousine, plus jeune que lui. Il passa alors sous la direction de sa future belle-mère Yolande d’Aragon, reine de Sicile, la princesse la plus vertueuse et la plus accomplie de cette époque et qui remplaça avantageusement, dans l’éducation de son futur gendre, une mère dénaturée, Isabeau de Bavière.

Lorsque le comte de Ponthieu, devenu Dauphin, dut prendre en main la défense des intérêts du royaume, compromis par la démence de Charles VI, la reine Yolande fut son conseiller le plus prudent, le plus éclairé et souvent aussi le mieux écouté. Jeanne n'eut pas de meilleur auxiliaire dans le Conseil du Roi où, dès le premier jour, Georges de la Trémoïlle et Régnault de Chartres prirent, comme par instinct, une attitude dont la sourde malveillance ne devait jamais se démentir.

En 1433, alors que Georges de La Trémoille tramait un complot à Chinon, la reine assuma des charges nouvelles, la garde du dauphin Louis, la lieutenance générale du royaume en l’absence du roi et la présidence du conseil : il fallait « avoir l’ayde de la royne » pour atteindre son frère, Charles du Maine, « qui a grant gouvernement autour du roy » et la « royne de Naples sa mère».

 

 

==> Du 28 au 31 aout 1459 le roi Charles VII au château du Rivau lez Chinon, Catherine de l'Ile-Bouchard veuve de Georges de La Trémoïlle

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28 février 2021

Le procès de Gilles de Rais et Francesco Prelati.

Château de Champtocé - Tiffauges - Le procès de Gilles de Rais et Francesco Prelati

La mort cruelle de Jeanne d'Arc n'arrête pas la guerre.Pour entretenir les troupes nécessaires à la guerre, Gilles de Rais doit aliéner ses terres, en 1429, il vend un premier château, celui de Blaison à son cousin, Guillaume de la Jumellière, seigneur de Martigné-Briand

En 1437, la famille de Rais apprit que Gilles de Rais avait vendu le beau château de Champtocé au duc de Bretagne et s'apprêtait à lui vendre celui de Machecoul.

Là-dessus, le jeune frère de Gilles, René de la Suze, se joignit à son cousin, André de Laval, leva une troupe d'hommes d'armes et s'empara de force des deux châteaux. Gilles s'adressa au duc de Bretagne et tous deux, agissant de concert, reprirent de vive force les deux châteaux en 1437 et 1438.

Les incessants besoins d'argent qui tourmentaient Gilles l'avaient disposé à prêter une oreille crédule aux promesses fallacieuses des alchimistes.

 Il avait fait venir de Florence un singulier personnage, Francesco Prelati, qu'il installa luxueusement et qu'il pourvut de tous les appareils destinés à réaliser l'Elixir Universel, la substance mystérieuse qui devait permettre de changer tous les métaux en or.

Sa confiance en Prelati était illimitée et explique en partie l'insouciance avec laquelle il engagea ou vendit tour à tour tous ses domaines, car il était convaincu qu'en peu de temps, devenu l'homme le plus riche du monde, il les rachèterait à son gré avec beaucoup d'autres.

L'alchimie touchait de près à la sorcellerie et à la nécromancie.

Peu d'alchimistes pouvaient se passer du concours des démons et la grande adresse de Prelati fut de persuader à Gilles qu'il avait un démon familier à son service. Ce diable s'appelait Barron; quand Prelati était seul, il l'invoquait toujours avec succès mais Barron refusait de paraître devant Gilles.

Un jour, à la suite de prières répétées de Prelati, Barron répandit des lingots d'or tout autour d'une salle; mais, par la bouche de Prelati, il défendit à Gilles d'y toucher pendant quelques jours. Gilles voulut du moins voir les lingots et, suivi de Prelati, ouvrit la porte de la chambre; il y aperçut un énorme serpent vert replié sur le sol et s'enfuit épouvanté.

Cependant il revint à la charge, armé d'un crucifix qui contenait un morceau de la vraie croix; mais Prelati lui persuada de différer sa visite. Quand, après quelques jours, il entra dans la chambre, le serpent avait disparu, les lingots d'or n'étaient plus que de petites masses de clinquant.

Au lieu de renvoyer Prelati à Florence, Gilles resta convaincu que le démon l'avait puni de son indiscrétion et se promit d'être plus obéissant à l'avenir.

Prelati n'avait jamais réussi à mettre Gilles en présence du démon Barron; toutefois, il prétendait avoir présenté à ce démon un papier, écrit et signé du sang de Gilles, où celui-ci lui promettait une obéissance aveugle en échange des trois dons de science, de richesse et de pouvoir. Barron refusa; il lui fallait autre chose, le don d'une partie du corps d'un enfant.

Gilles se procura, dit-on, un cadavre d'enfant et mit dans un verre une main, un cœur et des yeux. Barron s'obstina à ne point paraître et Prelati ensevelit l'horrible offrande en terre consacrée.

Tout ce qui précède et bien d'autres détails du même genre se lisent dans les dépositions de Prelati et de Gilles, obtenues en 1440 dans les circonstances que je vais relater.

 Il y a une part de vérité dans ces dépositions Gilles fut certainement une des victimes les plus crédules de cette grande chimère du moyen-âge, l'Alchimie.

Jean V et Jean de Malestroit croyaient aussi, comme tous les hommes de leur temps, à la possibilité de transformer les métaux en or; sachant que Gilles était très occupé d'alchimie, ils tremblaient de le voir redevenir riche et reprendre possession de ses biens.

Mais comment perdre un si puissant seigneur, lieutenant-général de Bretagne? L'assassiner n'eût servi de rien; c'eût été, au contraire, mettre un terme à ses prodigalités.

Il fallait le faire condamner à une peine qui entraînât sa déchéance et justifiât la confiscation de tous ses biens.

A cette époque, l'Église et l'Inquisition étaient seules assez puissantes pour perdre un homme de rang élevé dont on avait intérêt à se défaire. Un bon procès pour hérésie offrait les avantages suivants l'accusé était privé du concours d'un avocat, car l'Inquisition n'admettait pas qu'un avocat défendît un hérétique devant elle (l'avocat fût devenu, ipso facto, hérétique lui-même); les jugements de l'Inquisition entrainaient d'ordinaire la confiscation des biens.

 (13 octobre 1307 arrestation des templiers, le Grand Maître Jacques de Molay et 4 dignitaires sont emprisonnés à Chinon)

 

Toutefois, l'alchimie, quoique suspecte, ne constituait pas le crime d'hérésie; l'invocation des démons était malaisée à établir; d'ailleurs, la grande difficulté de l'affaire, comme de celle des Templiers au XIVe siècle, tenait à la haute situation personnelle de Gilles, à sa libéralité, au respect et à la crainte qu'il inspirait partout. Il fallait d'abord changer ces sentiments en horreur et en haine, alléguer des crimes de droit commun, puis accuser Gilles d'hérésie et enfin le livrer au bras séculier sans amis ni défenseurs, ployant sous le fardeau des plus terribles accusations.

Ce plan fut mis à exécution par Jean de Malestroit, évêque de Nantes, avec le concours, qui paraît s'être dissimulé d'abord, du duc Jean V.

Au commencement de l'année 1440, Gilles s'était brouillé avec les hommes d'église pour une affaire assez futile. Ses gens d'armes avaient porté la main sur un clerc et s'étaient emparés d'un château vendu à un prête-nom du duc de Bretagne il avait fallu que le duo reprît le château de vive force.

Toutefois, au mois de juillet de la même année, les choses étaient si bien arrangées que Gilles alla rendre visite au duc de Bretagne à Josselin et fut reçu très cordialement par lui.

Cette cordialité cachait un piège, car, dès le 30 juillet, sans doute avec l'autorisation du duc, Jean de Malestroit commençait l'instruction secrète qui devait perdre Gilles et imprimer une effroyable souillure à son nom.

La baronnie de Rais était située dans le diocèse de Nantes; par conséquent, tous les crimes qu'on y pouvait commettre contre la religion relevaient de l'évêque Jean de Malestroit.

Celui-ci, à la date du 30 juillet 1440, répandit dans le pays un monitoire aux termes duquel certains bruits très graves étaient parvenus à ses oreilles Gilles était violemment soupçonné d'avoir mis à mort un grand nombre d'enfants, après avoir assouvi sur eux d'infâmes passions, d'avoir invoqué le démon et d'avoir signé avec lui des pactes horribles.

 Huit témoignages étaient allégués, émanant de gens du bas peuple, dont sept femmes demeurant à Nantes, qui se plaignaient d'avoir perdu des enfants et accusaient Gilles de les avoir volés et tués.

C'était, disait Jean de Malestroit, au cours d'une récente tournée dans son diocèse qu'il avait recueilli ces accusations, « fortifiées par les dépositions de témoins et d'hommes sûrs ». Ces « témoins et hommes sûrs », il se garda bien de les nommer; ce ne pouvaient être que des serviteurs de Gilles, soudoyés et chapitrés par l'évêque.

Les huit témoignages qu’il fit connaître étaient d'une insignifiance absolue. Ainsi, dès le début de la procédure, nous sommes en présence d'un « dossier secret » et d'une frauduleuse machination.

Les monitoires n'avaient d'autre but que de délier les langues des vieilles commères, de mettre en mouvement les amateurs de scandales, de donner carrière aux inimitiés privées. Gilles était officiellement désigné aux médisances ou aux calomnies des hommes dont il avait été jusque- là le bienfaiteur.

Le 13 septembre, l'évêque invita Gilles à comparaître devant lui avant le 19.

 Dans la sommation, il énonça à nouveau tous les crimes indiqués dans le monitoire et ajouta, sans préciser, « certains crimes ayant saveur d'hérésie ». Cette précaution était indispensable, car l'évêque n'avait pas à connaître de crimes contre les personnes; il ne pouvait, avec le concours de l'inquisiteur, que juger les crimes contre la foi.

 Mais le plan de ce misérable consistait à établir subsidiairement à la charge de Gilles des crimes effroyables, dont la justice séculière s'emparerait immédiatement pour le perdre l'accusation d'hérésie n'était qu'un prétexte pour lui enlever le secours d'un avocat.

A l'exception de deux amis et confidents du maréchal, Gilles de Sillé et Roger de Briqueville, qui prirent la fuite, tous les serviteurs de Gilles furent arrêtés et mis en prison à Nantes.

 Là, on commença à les faire parler et, à l'aide de la torture, à leur apprendre les leçons qu'ils devraient bientôt réciter fort exactement.

Le 19, Gilles fut admis devant l'évêque (1). Il offrit de se justifier de toute accusation d'hérésie portée contre lui.

 Le 28 septembre fut fixé pour sa comparution devant l'évêque et le vice-inquisiteur de Nantes, Jean Blouyn. Dès lors, le procès devenait inquisitorial, c'est-à-dire que l'accusé perdait toute garantie et était condamné à l'avance.

Le 28, les huit témoins du début, plus deux autres, apparurent pour se lamenter de la disparition de leurs enfants; ils avaient, disaient-ils, été enlevés par une pourvoyeuse de Gilles, une femme surnommée la Meffraye, qui était en prison à Nantes, et qui, suivant la rumeur, avait avoué ces enlèvements.

Sur quoi il y a deux remarques à faire.

D'abord, malgré le monitoire, on n'avait pu recruter que deux nouveaux témoins, alors que l'accusation portait que Gilles avait tué 140 enfants en second lieu, comment les parents éplorés auraient-ils connu les aveux de la Meffraye, qui était en prison, s'ils n'en avaient pas été informés par l'évêque?

Enfin, alors que les divers manuscrits du procès enregistrent des dépositions insignifiantes, celle de la Meffraye ne figure nulle part et il n'y a aucune apparence que cette femme ait été jugée et condamnée (3)

L'affaire fut ajournée au 8 octobre, où l'on donna lecture à Gilles des articles de l'accusation.

 Gilles essaya, mais en vain, d'interjeter appel puis il déclara sommairement que toutes les accusations portées contre lui étaient fausses.

Le 13 octobre, nouvelle audience les accusations avaient été mises par écrit et formaient une masse redoutable de 49 articles. Gilles et ses complices ont enlevé des enfants, les ont étranglés, démembrés, souillés, brulés ; Gilles de Rais a immolé des enfants à des démons ; il a fait incinérer leurs corps et jeter leurs cendres aux vents il s'est livré à la sorcellerie avec Prelati et d'autres, etc. ..

Le nombre des enfants tués, au milieu d'horribles raffinements de luxure, s'élèverait au chiffre de cent quarante.

Remarquons que nous sommes au 13 octobre et que les dépositions accusatrices, extorquées à plusieurs prétendus complices de Gilles, que nous connaissons en entier ou en partie, sont datées du 16 et du 17 octobre.

Donc, de deux choses l'une : ou bien, le 13 octobre, on ne possédait que les plaintes des parents, et alors ces derniers pouvaient seulement constater la disparition de leurs enfants, tous détails ultérieurs sur les traitements qu'ils avaient subis étant imaginaires ou l'on avait déjà obtenu, par promesses ou par torture, les témoignages de Prelati, de Blanchet, de Poitou et de Griart, et alors ces témoignages, censés recueillis trois et quatre jours après, censés confirmer l'accusation, sont une misérable comédie.

Malgré toutes les précautions prises par Malestroit et l'inquisiteur, le crime judiciaire, savamment machiné, apparaît clair comme le jour à ceux qui savent lire attentivement un dossier.

 

Dans cette audience du 13, Gilles s'emporta. Il contesta la compétence du tribunal et malmena les juges, s'étonnant que Pierre de l'Hôpital, président du Parlement de Bretagne, qui suivait les débats, pût permettre à des ecclésiastiques de lui imputer des crimes aussi affreux.

Finalement, l'évêque et l'inquisiteur déclarèrent que Gilles était excommunié et lui donnèrent quarante-huit heures pour préparer sa défense bien entendu, sans le secours d'un avocat.

Ces quarante-huit heures de répit durent être terribles elles brisèrent le courage de Gilles, qui ne persévéra pas dans son attitude hautaine. A cette époque, sauf peut-être dans les rangs élevés de l'Université et de l'Église, l'incrédulité était chose inconnue. Gilles était profondément religieux l'excommunication qui venait de le frapper avant tout examen le mettait au désespoir; il cherchait à tout prix la réconciliation avec l’Église et, pour l'obtenir, il était prêt à s'humilier.

Le 15 octobre, il parut devant le tribunal, reconnut humblement l'autorité des juges ecclésiastiques, leur demanda pardon de ses emportements et sollicita la levée de l'excommunication.

Toutefois, il nia avoir invoqué les démons et leur avoir offert des sacrifices; il nia également toutes les autres charges, en ajoutant, avec une naïve imprudence, qu'il s'en rapportait aux divers témoins cités. Ceux-ci prêtèrent serment en sa présence sans qu'il manifestât aucune inquiétude ni émotion.

Nous avons dit que les dépositions à charge, recueillies par des notaires, sont datées du 16 et du 17 octobre. C'est une collection d'horreurs telles que R. de Maulde et l'abbé Bossard, éditeurs des actes du procès, ont dû, même dans les textes latins, laisser des lignes en blanc.

Voici ce que dit Michelet de ces griefs « Ni les Néron de l'Empire, ni les tyrans de Lombardie, n'auraient eu rien à mettre en comparaison il eût fallu ajouter tout ce que recouvrit la mer Morte, et par- dessus encore les sacrifices de ces dieux exécrables qui dévoraient les enfants.

Partout il fallait qu'il tuât. On porte à 140 le nombre d'enfants qu'avait égorgés cette bête d'extermination. Comment égorgé et pourquoi? C'est ce qui était plus horrible que la mort même. C'étaient des offrandes au diable. »

Michelet, dans sa relation de l'affaire de Rais, a commis de nombreuses erreurs, bien qu'il eût pris connaissance des actes du procès dans un manuscrit de Nantes. On s'étonne que la clairvoyance de cet éloquent historien ait été si complètement en défaut.

Prenons, par exemple, sa dernière allégation Il est dit, en effet, et même à plusieurs reprises, dans les articles d'accusation, que Rais tuait des enfants pour les offrir au diable; mais le seul fait allégué, et qui revient sans cesse, est celui de Gilles apportant à Prelati, dans un verre, les yeux, le cœur et la main d'un enfant. Or, rien ne prouvait que ces membres eussent appartenu à un enfant assassiné rien ne prouvait surtout que l'enfant eût été assassiné par Gilles ou pour lui

La déposition de Prelati, du 16 octobre, est d'autant plus suspecte qu'il affirme avoir fait apparaître le diable dix ou douze fois :

Ad quas quidem invocaciones saepe, etiam usque ad decies vel duodecies, apparuit ei diabolus vocatus Barron.

L'histoire des membres de l'enfant apportés par Gilles repose sur l'unique témoignage de ce drôle (manum, cor,oculos et sanguinem eujusdam pueri, p. Lxviii).

Dans les aveux de Gilles de Rais, on trouve les mêmes mots dans le même ordre (manum, cor et oculos cujusdam infantis, p. m). Comment admettre une pareille rencontre, si la confession imposée à Gilles n'a pas été calquée sur celle de Prelati ?

 Les deux dépositions à charge les plus écrasantes, celles de Henrietet de Poitou, serviteurs de Gilles, portent sur des faits déjà éloignés de plusieurs années, sur des crimes très complexes or, elles concordent jusque dans les plus menus détails il n'y a pas entre elles une seule contradiction de quelque importance; il n'y a, ni dans l'une ni dans l'autre, aucune des omissions auxquelles on s'attendrait naturellement.

Étrange effet de la prévention Cette harmonie plus que suspecte, cette harmonie qui est l'indice du faux et du mensonge imposé, sembla à l'abbé Bossard une preuve de la véracité des témoignages.

 Il faut citer ces lignes singulières d'un auteur qui, dédiant son livre à Mgr Freppel, évêque d'Angers, semble s'être fait un devoir de protéger contre tout soupçon la réputation de l'évêque de Nantes, Jean de Malestroit (4).

« Toute la suite des crimes de Gilles de Rais, qui forment une si longue chaîne, s'y trouve déroulée à nos yeux évocations, sacrifices, offrandes -sanglantes au démon, meurtres d'enfants, détails de raffinement apportés dans l'art de faire souffrir les innocentes victimes, peinture d'une débauche qui fait frémir rien ne manque au sombre tableau de ces huit années de crimes inouïs; et, parmi tous ces détails, une lumière répandue qui force la conviction dans les esprits.

Pas une contradiction, non seulement dans les paroles d'un méme témoin, mais encore dans les dépositions de tous ce sont les mêmes faits, rapportés aux mêmes dates, reproduits avec les mêmes détails on dirait que ces hommes, qui viennent séparément témoigner de la vérité, avant de se présenter devant les interrogateurs, se sont entendus entre eux dans leur prison pour dire les mêmes choses. »

 Eh oui on le dirait, et l'on y est même obligé, si l'on ne préfère admettre que les malheureux n'ont rien dit, mais qu'ils ont répété au milieu des tortures ce qu'on leur dictait. Existe-t-il un seul exemple de témoignages indépendants et sincères, concernant une longue série de faits quelconques, qui s'accordent ainsi non seulement sur les détails, mais sur les dates ?

Poitou dépose le 17 octobre (p. XCII) que Gilles s'asseyait sur les enfants morts :

 Post decapitacionem ipsortim….. quandoque sedebat supra ventres eorum et delectabatur videndo ipsos mori eosque, sic sedens, inspiciebat ab obliquo, ut videret modum finis seu mortis eorum.

Griart, le même jour, dit la même chose (p. CXV) :

 Eorum puerorum sanguine effluente. ….tunc sedebat aliquando super ventres ipsorum lanquencium, delectando, et eos morientes aspiciens ab obliquo.

L'identité de ces deux dépositions est déjà bien suspecte mais la suspicion devient la certitude de la fraude, quand on retrouve la même phrase, l'expression des mêmes sentiments intimes, dans la confession de Gilles de Rais, datée du 22 octobre et postérieure, par suite, de cinq jours (p. XLIX) :

Quod sepius, dum ipsi pueri moriebantur, super ventres ipsorum sedebat et plurimum delectabatur eos videndo sic mori.

N'est-il pas évident que les dépositions extorquées à Poitou et à Griart sont à la source de la prétendue confession de Gilles de Rais ? J'ai noté, en lisant la procédure, bien d'autres parallélismes non moins édifiants»

C'est ici le lieu de rappeler le souvenir du plus infâme des procès du moyen-âge, celui des Templiers.

Parce qu'un roi scélérat, servi par un pape sans caractère et sans honneur, convoitait leurs biens, on les accusa, comme Gilles de Rais, de pactes avec le diable, d'actes obscènes, d'actes sanguinaires et l'on réussit à obtenir des Templiers eux-mêmes des centaines d'aveux concordants.

Mais, vers 1885, un illustre historien américain, en compulsant les aveux des Templiers, s'aperçut d'une chose singulière qui avait échappé à Michelet.

Lorsque deux ou plusieurs Templiers, provenant de régions très différentes de l'Europe, faisaient des aveux au même inquisiteur, leurs témoignages concordaient à merveille, ils s'accusaient exactement des mêmes crimes; au lieu que lorsque deux ou plusieurs Templiers, appartenant à la même maison, étaient interrogés par des inquisiteurs différents, leurs aveux différaient notablement dans les détails.

Une fois cette constatation faite, la fraude devenait évidente les aveux concordant là où ils auraient dû différer, différant là où ils auraient dû concorder étaient réduits à néant, devenaient inexistants pour l'histoire.

Eh bien ! je soutiens que les témoignages des accusateurs de Rais sont inexistants, parce qu'il est impossible de nier qu'ils ont été fabriqués et imposés par la corruption ou la violence.

J'ajoute que les crimes les plus hideux qui sont spécifiés dans ces témoignages, viols ou meurtres d'enfants, sont ceux mêmes dont les païens accusaient les chrétiens, dont les chrétiens orthodoxes accusaient les chrétiens schismatiques, dont on accusa les Vaudois, les Fraticelli, les sorcières, les Juifs, dont les Chinois accusent encore les Européens.

Ces accusations-là appartiennent à l'éternel arsenal de la malignité humaine, spéculant sur la crédulité et la sottise.

Là où elles se produisent, dans le passé ou dans le présent, sans preuve formelles et irrécusables, il faut que la critique historique du XXe siècle les repousse avec dédain.

 Quelles sont les preuves, au sens juridique du mot, alléguées par les témoins du procès de Rais ? Ont ils produit le cadavre, les cendres ou les ossements d'un seul enfant? Non ! (5) Ont-ils produit un seul enfant vivant qui, menacé des fureurs lubriques de Gilles de Rais, se serait échappé ? Non !

Ce prétendu bourreau d'enfants, qui en aurait égorgé encore en juillet 1440, à Josselin, alors qu'il était l'hôte du duc de Bretagne, cet homme entretenait un grand nombre de beaux enfants dans sa chapelle, en même temps qu'une troupe de jeunes pages pas un d'eux ne se plaignit, n'accusa son patron.

Et l'on veut croire que Gilles, maître d'enfants qui vivaient sous son toit, aurait fait raccoler pour ses immondes débauches des petits vagabonds, des mendiants !

De la raccoleuse, la Meffraye, on nous dit gravement, d'après l'enquête civile, qu'elle portait un chapeau noir, que sur son visage tombait d'ordinaire un long voile d'étamine également noir, qu'elle donnait de l'effroi à tous ceux qui la regardaient passer. Qui ne voit que c'est là un type de folklore, une ogresse, un bogey femelle et que Gilles de Rais, s'il avait eu besoin d'enfants à violer, eût été mal avisé d'en confier le recrutement à une vieille sorcière qui leur faisait peur !

Et qui sont donc les témoins de ces turpitudes? Ce ne sont ni les chapelains de Gilles, ni ses chanoines, ni ses écuyers, ni ses acteurs, ni ses hommes d'armes, ni le seigneur de Gautelon qui vivait dans son intimité, ni le prieur de Chémeré qui l'aimait (6).

Ce sont des aventuriers obscurs, des gens qu'on accuse des mêmes crimes, qui s'en accusent eux-mêmes, qu'on a jetés en prison, qu'on a torturés, qui ont dit ce qu'on a voulu leur faire dire. Non seulement leurs témoignages ne valent rien, mais ils vicient à la source la confession arrachée à leur maître et qui, en apparence seulement, les confirme.

Le 20 octobre, on donna connaissance à Gilles des dépositions de ses serviteurs.

 Que pouvait-il faire? Citer des témoins à décharge? L'inquisiteur ne l'eût pas permis. Nier ?  Mais on l'aurait soumis sans retard à la torture. Il déclara qu'il voulait faire des aveux. Mais le procureur n'en demanda pas moins à l'inquisiteur et à l'évêque de mettre Gilles à la torture, afin, disait-il, que la vérité fût connue plus complètement.

Le 21 octobre, Gilles fut amené dans la salle des supplices. Épouvanté à la vue des chevalets, il pria instamment qu'on l'épargnât encore pendant un jour et dit qu'il parlerait alors de manière à satisfaire tout le monde.

 Sur sa demande, l'évêque de Saint-Brieuc et Pierre de l'Hôpital furent délégués pour recueillir ses aveux; mais, comme il fallait battre le fer encore chaud, on refusa d'attendre au lendemain; Gilles devait parler le jour même, à deux heures.

Il s'exécuta; nous avons conservé sa confession. Oui ou non, a-t-elle été extorquée, a-t-elle été obtenue par la menace de la torture, équivalente à la torture elle-même, ou pire encore ?

 

 (Château de Taillebourg, le financier Jacques Coeur est arrêté sur ordre du roi de France Charles VII. (Time Travel 1451)

 

En 1453, Jacques Cœur, poursuivi par la haine de Charles VII, fut mis en jugement.

Il comparut devant un tribunal civil; un avocat l'assistait; il se savait soutenu par le dauphin et par le pape. Mais la crainte de la torture eut vite raison de son énergie :

 « En présence des menaces qui lui furent faites, dépouillé et lié comme il l'était, il dit qu'il dirait ce qu'on voudrait, mais qu'il avait dit la vérité. On lui demanda s'il s'en rapportait à la déposition des frères Tainturier ; il répondit qu'ils étaient ses haineux, mais que s'il semblait aux commissaires qu'il le dût faire, qu'il en était d'accord.

Le 27 mars, on lui lut ses confessions, où il persévéra par crainte de la question » (7)

Ainsi, comme Gilles de Rais, Jacques Cœur dit ce qu'on voulut, se rapporta à la déposition des témoins et, par crainte de la torture, persévéra dans les aveux qu'on lui avait extorqués

Il y a longtemps que les historiens sérieux auraient reconnu l'inanité de tout cet infâme procès si nous n'avions pas la confession de Gilles, suivie d'une autre confession publique faite le 22 octobre.

Avec une humilité et une contrition qui touchèrent tout le monde, Gilles s'accusa de tous les crimes qu'on lui reprochait, demandant pardon aux parents dont il avait assassiné les enfants, suppliant ses juges de lui accorder le secours de l'Église afin de sauver son âme menacée de perdition.

Mis en présence du magicien Prelati, Gilles de Rais lui fit ses adieux dans les termes que la procédure rapporte en français :

« Adieu, François, mon ami, je prie Dieu qu'il vous donne bonne patience et connaissance et soyez certain que, pourvu que vous ayez bonne patience et espérance en Dieu, nous nous entreverrons en la grande joie du Paradis ».

« Étranges paroles! » dit -Michelet. Oui, bien étranges! Gilles vient de s'accuser de crimes horribles, inexpiables, de ceux qui, suivant la croyance du temps, ouvraient à deux battants les portes de l'Enfer; et c'est avec les paroles d'un martyr innocent, sûr de la félicité d'outre-tombe, qu'il prend congé de son ami florentin !

Il n'y a que deux explications possibles. Ou bien Gilles, maltraité dans Sa prison, confondu par la trahison de ses serviteurs, était devenu fou; ou tous ses aveux lui ont été extorqués par d'horribles menaces et ses adieux à Prelati sont le seul témoignage qu'il ait pu crier de son innocence. (8)

 Le 25 octobre, le jugement fut rendu.

 Au nom de l'évêque et de l'inquisiteur, Gilles fut déclaré coupable d'apostasie hérétique et d'invocation des démons.

Au nom de l'évêque seul, il fut déclaré coupable de crimes contre nature, de sacrilège et de violation des immunités de l'Église.

Aucune des deux sentences n'indiquait de châtiment. Cela semblait inutile, puisqu'une instruction parallèle se poursuivait contre lui au tribunal de Nantes depuis le 18 septembre, sous la présidence de ce même Pierre de l'Hôpital qui avait assisté au procès ecclésiastique.

Enchaîné par les aveux qu'il avait faits devant l'inquisiteur et l'évêque, Gilles ne pouvait plus échapper à la mort.

Le malheureux demanda et obtint l'absolution spirituelle et on lui accorda un confesseur, le carme Jean Juvénal. Il y avait là une grosse irrégularité.

Dans les procès pour hérésie, le condamné reconnu hérétique était excommunié ipso facto et ne pouvait être admis à nouveau dans l'Église sans avoir abjuré ses erreurs. On ne demanda aucune abjuration à Gilles, parce que ses juges savaient qu'il n'était pas hérétique et qu'ils en voulaient exclusivement à ses biens.

Devant le tribunal civil, les choses marchèrent rapidement Henriet et Poitou avaient déjà été condamnés à être pendus et brûlés lorsque Gilles fut introduit devant ses juges.

Le président lui promit l'indulgence du tribunal s'il voulait tout avouer; il avoua tout.

 Enfin, il fut condamné à être pendu et brûlé dès le lendemain à une heure. Il demanda comme une faveur que ses deux complices, Henriet et Poitou, fussent exécutés en même temps que lui, afin d'être édifiés par sa résignation et sa fin chrétienne; il demanda aussi et obtint d'être enterré dans l'église des Carmes de Nantes, sépulture des ducs et des plus illustres personnages de Bretagne (9)

Tout le clergé, toute la population suivirent Gilles sur le lieu de l'exécution, priant pour le salut de son âme. Lui-même réconfortait ses serviteurs condamnés avec lui et leur promettait qu'ils se retrouveraient au Paradis sitôt après leur mort.

On le fit monter sur une pile de bois, puis sur un escabeau placé sur la pile, et on lui mit la corde au cou.

Après avoir repoussé l'escabeau, on alluma le bûcher.

Gilles était déjà mort lorsque les flammes atteignirent la corde et que le corps tomba.

 Alors des dames de sa famille recueillirent ses restes avant qu'ils n'eussent été consumés par les flammes et lui firent de magnifiques funérailles, auxquelles tout le peuple de Nantes s'associa.

Les biens de Gilles furent confisqués par le duc de Bretagne.

 

 (Château de Tiffauges, Mariage de Prégent de Coëtivy avec Marie de Montmorency-Laval dite Marie de Rais (Time Travel 1441)

 Sa veuve, au bout d'une année, épousa Jean de Vendôme, vidame de Chartres; sa fille Marie épousa Prégent de Coétivy, amiral de France, puis, après la mort de celui-ci, André de Laval, maréchal et amiral de France.

 La famille s'éteignit en 1502.

Mais, dans l'intervalle, de nombreux et interminables procès avaient été poursuivis pour la reprise des biens de Rais.

En 1462, les héritiers de Rais présentèrent un mémoire exposant que la mort avait expié les crimes de Gilles et que la confiscation de ses biens n'était pas légitime; on se tira d'affaire par des compromis.

 

J'ai dit plus haut qu'à la première annonce des poursuites, les deux amis les plus intimes de Gilles, Gilles de Sillé et Roger de Briqueville, avaient pris la fuite.

Du premier, on n'entendit plus jamais parler (10); mais Roger de Briqueville, en 1446 obtint de Charles VII des lettres de rémission, rédigées en termes tels qu'on est amené à croire que Charles connaissait l'innocence de Gilles et le mal-fondé de toute l'accusation.

Chose plus singulière encore Marie de Rais, la fille de Gilles, fut l'amie dévouée des enfants de Roger et ce dernier jouit de la faveur du mari de la dame, Prégent de Coétivy. Si ces personnages avaient cru à la culpabilité du maréchal, n'auraient-ils pas repoussé avec horreur la société d'un homme qui avait conduit Gilles de Rais à sa perdition?

Mais, dira-t-on, pourquoi n'ont-ils pas réclamé une révision du procès de Nantes, à une époque qui vit réviser celui de Jeanne d'Arc ?

 

 (Les Prisons de Jeanne d’Arc - Le Geôlier de Jeanne d’Arc)

 Ils l'ont réclamée, et cela dès 1442, alors que le procès de Jeanne, condamnée par l'Eglise en 1431, ne fut révisé qu'en 1455.

La découverte de ce fait important est due à Marchegay.

Ce savant a trouvé dans le cartulaire de Thouars et a publié deux lettres royales datées de Montauban, le 3 janvier 1442.

Dans la première, il est dit que Gilles de Rais en avait appelé, de son arrestation, au Roi et au Parlement, mais qu'on n'avait tenu aucun compte de cet appel que, dans la suite, il avait été condamné à mort « indûment et sans cause », par Pierre de l'Hôpital, se disant président du Parlement de Bretagne.

Le roi Charles VII signifie au duc François 1er fils et successeur de l'infâme Jean V, mort en 1441 – que la fille de Gilles de Rais et son gendre veulent donner suite à l'appel resté sans effet en 1440 et qu'à cette fin, le duc, Pierre de l'Hôpital et les autres juges sont cités devant le Parlement de Paris.

La seconde lettre est adressée au président et aux conseillers du Parlement, aux baillis de Touraine, d'Anjou et du Maine, etc., leur prescrivant d'ouvrir une enquête sur les circonstances de la condamnation de Gilles « pour ce que …le dit feu Gilles…. avait été fait mourir indûment et plusieurs autres attentats avoir été faits. »

Les dates de la convocation devant le Parlement sont en blanc; c'est donc que les lettres n'ont pas été envoyées. Il n'y a aucune trace que le Parlement de Paris ait jamais été saisi de cette affaire; s'il l'avait examinée, nous en serions informés.

Peut-être le roi, qui devait savoir à quoi s'en tenir, eut-il peur, au dernier moment, d'un effroyable scandale; n'aurait-on pas pu l'accuser de « faire obstacle » à l'Inquisition?

Mais le fait que moins de trois ans après le supplice de Gilles, sa fille et le mari de celle-ci, l'amiral Prégent, ont pu obtenir de Charles VII de pareilles lettres, prouve que les témoignages allégués et les aveux répétés de Gilles lui-même étaient considérés comme nuls; c'est peut-être à ces aveux extorqués ou falsifiés que fait allusion l'expression atténuée de la seconde lettre plusieurs autres attentats.

M. l'abbé Bossard écrit à ce propos (p. 356) : « Pierre de l'Hôpital n'eut sans doute pas de peine à démontrer son innocence….. le Parlement de Paris fut contraint de souscrire aux arrêts de la justice de Nantes. »

Ces phrases appellent un blâme sévère; elles mettent en péril le bon renom de leur auteur. Car M. l'abbé Bossard sait fort bien que Pierre de l'Hôpital n'a rien « démontre », que le Parlement de Paris n'a rien confirmé, par la raison que la citation à comparaître et l'ordre d'enquérir furent rédigés et signés, mais non lancés.

On reconnaît ici un genre de raisonnement dont nous avons eu, au cours de ces dernières années, tant de curieux et d'affligeants exemples, à propos d'une cause célèbre d'issue moins tragique, mais où la méchanceté des uns et la crédulité des autres se sont donné carrière, autant que dans les procès des Templiers et de Gilles de Rais.

La réhabilitation de Jeanne d'Arc fut obtenue en 1455, vingt-quatre ans après son supplice, sous le règne du prince ingrat et lâche qui lui devait sa couronne.

Charles VII avait un intérêt personnel à cet acte de justice, car si Jeanne avait été légitimement condamnée comme sorcière, sa propre légitimité se trouvait atteinte par contre-coup.

Mais il n'y a qu'à lire le procès de réhabilitation pour voir avec quelle prudence on s'exprima, de quels ménagement on usa envers les évêques et l'inquisiteur coupables.

 L'affaire de Gilles de Rais ne touchait pas directement Charles VII; il n'était pas homme à risquer un conflit avec l'Inquisition et l'évêché de Nantes pour laver la mémoire d'un de ses fidèles soldats.

La famille de Rais reçut des marques répétées de la bienveillance royale; le poids de l'infamie de son chef ne pesait pas sur elle et le drame de Nantes ne l'avait pas empêchée de contracter les plus belles alliances ? ne valait-il pas mieux laisser en paix un mort qui, pour le moins, avait eu commerce avec un alchimiste et dont on pouvait craindre, de ce chef, que la réhabilitation ne fût jamais obtenue ?

Mais la hideuse légende a fait son chemin.

Non seulement le peuple des campagnes, empoisonné de calomnies et de mensonges, crut à la culpabilité de Gilles, mais on peut dire qu'il y croit aujourd'hui plus fermement que jamais.

 La figure du maréchal s'est confondue, en Anjou, avec celle de Barbe Bleue; les paysans ne passent pas sans terreur devant les ruines des châteaux de Tiffauges, de Champtocé, de Machecoul, que la « bête exterminatrice » a habités.

 Bien plus, le misérable Jean de Malestroit, évêque de Nantes, a pris et conserve dans la légende une place honorable : c'est lui qui aurait délivré le peuple de l'effroyable et sanguinaire tyrande son oppresseur !

 

 

 

Le Château de Champtocé, lieu de naissance de Gilles de Rais, place forte de l’Anjou pour lutter contre le Duché de Bretagne. <==


Le souvenir de Gilles de Rais à Orléans (Compagnon d'armes de Jeanne d'Arc)

Gilles de Rais et les fêtes de Jeanne d'Arc à Orléans La vie de Gilles de Rais touche Orléans de deux manières. Il fut tout d'abord en 1429 un des compagnons de Jeanne d'Arc et parmi les plus importants de ses capitaines.

(1). Gilles aurait pu facilement prendre la fuite. Un coupable l'eût fait; il n'y songea pas.

(2). Leurs dépositions (Bos3ard, p. Ix) se bornent à dire qu'ils ont perdu des enfants et qu'ils soupçonnent ou disent qu'on soupçonne Gilles de Rais de les I avoir enlevés. Tous ces témoignages sans valeur ne sont cités que pour donner le change sur les calomnies de certains serviteurs de Gilles, inspirées ou extorquées par l'évêque.

(3)    » il résulte de l'enquête française que Perrine Martin fut arrêtée dès le début de la poursuite et qu'elle avoua alors avoir joué dans les crimes de Gilles le rôle le plus actif, le rôle de raccoleuse d'enfants. Cependant elle ne fut pas poursuivie; cela tient peut-être aux déclarations réitérées de Gilles de Rais qu'il était seul coupable et n'avait pas de complices ». (Bossard, p. xxxv.) L'objection est juste, la réponse inadmissible.

(4)    . Cette observation a déjà été faite par M. Vixetelly.

(5)    Henriet prétendit, au procès civil (Bossard, p. 194), que Gilles faisait brûler les enfants après avoir consommé ses attentats mais Poitou déclara, au procès ecclésiastique (p. Lxxxiii), qu'il y avait, au château de Champtocé, une accumulation de cadavres et de squelettes d'enfanta.

Toutefois, Gilles n'avait eu garde de les y laisser; il les fit extraire d'une tour et transporter par eau à Machecoul pour y être brûlés (témoignages de Poitou et de Robin, répétés dans l'article 36 de l'acte d'accusation, p. xxvii).

Même histoire dans la confession de Gilles (p. L). Ainsi, personne ne pouvait produire un débris humain et ceux qui disaient en avoir manipulé ne savaient pas de quelle époque ils dataient.

 Si Gilles avait voulu faire disparaître le charnier de Champtocé, pourquoi n’aurait-il pas jeté ces débris dans la Loire, au lieu de les convoyer, dans la barque qui le portait lui-même, jusqu'à Machecoul ? Tout cela ne résiste pas à l'examen.

(6). Bossard, p. 215.

(7). G. de Beaumont, Histoire de Charles VII, t. V, p. 123.

(8) On m'a objecté que Gilles, admis à communier et absous par l'Église, pouvait, suivant la doctrine catholique, compter sur le salut éternel. Qu'aurait-il donc pu dire de plus, dans l'hypothèse où il n'eût commis aucun des crimes dont on le chargeait?

D'ailleurs, les adieux de Gilles à Prelati ressemblent étrangement aux paroles du Christ en croix au bon larron (Luc, XXIII, 43) « Je te dis en vérité que tu seras aujourd'hui avec moi dans le Paradis. » Gilles se compare implicitement au Christ n'est-ce pas une éclatante affirmation de son innocence ?  

 

(9)    François Prelati fut condamné à la prison perpétuelle…. Il réussit à s'évader et, sous le nom de François de Montcatin, gagna les bonnes grâces de René d'Anjou, qui recherchait la transmutation des métaux.

L'Italien l'amusa par d'enfantins tours de passe-passe et obtint en récompense la capitainerie de la Roche-sur-Yon mais il eut l'imprudence de s'emparer d'un trésorier de France et de le mettre à rançon.

Le Grand Conseil évoqua l’affaire et François, condamné à mort pour ses anciens et récents méfaits, fut exécuté en 1446. » (Petit-Dutaillis, Charles VII p.- 185, d'après des documents connus de lui.)

(10). Peut-être était-il un des complices de Malestroit.

(11) M. Petit-Dutaillis a écrit très justement à ce sujet (Charles VII, 1902, p. 183) « Nom ne voulons pas dire que Gilles de Rais soit le prototype de Barbe-Bleue.

Le conte de Barbe-Bleue et de ses sept épouses parait être de source ancienne et populaire et n'a en soi aucune analogie avec l'histoire de Gilles de Rais, qui ne se maria qu'une fois et laissa sa femme vivre à l'écart

27 février 2021

Le Château de Champtocé, lieu de naissance de Gilles de Rais, place forte de l’Anjou pour lutter contre le Duché de Bretagne.

Le Château de Champtocé, lieu de naissance de Gilles de Rais, place forte de l’Anjou, première ligne pour lutter contre le Duché de Bretagne

Gilles de Montmorency-Laval, l'un des plus riches et des plus puissants seigneurs du XVe siècle, a laissé, sous le nom de Barbe-Bleue, dans le pays de Retz, et même bien au- delà, un prestige de terreur que quatre siècles n'ont pas suffi pour effacer.

 Cette vie si pleine d'affreux mystères s'ouvre par une naissance dont la date est environnée de ténèbres.

Les écrivains qui nous ont précédé ont voulu prendre pour base de leurs supputations le mémoire que les héritiers de Gilles de Laval firent rédiger douze ou quinze ans après sa mort, et dans lequel il est dit que Gilles était âgé de vingt ans au moment de la mort de son père ; or, comme tous les documents fixent cette mort à l'an 1416, il résulte de là que Gilles serait né eu 1396, et la biographie de Michaud, où l'article GILLES DE RETZ a été traité avec étendue, n'a pas hésité à adopter cette époque.

Cependant une telle date est impossible, car elle est en contradiction manifeste avec celle du mariage de Gui de Laval et de Marie de Craon, qui n'eut lieu qu'en 1404.

Ce mariage se fit à la suite d'un procès et après divers actes d'institution d'hérédité ou de transaction, de 1400, 1401, 1402, tous si précis et si conséquents l'un à l'égard de l'autre qu'il est impossible de les déplacer.

Gilles de Laval n'a donc pu naître avant l'an 1404. De là cette alternative inévitable : ou Gui de Laval est décédé postérieurement à l'année 1416, ou Gilles de Laval, son fils, n'avait que douze ans et non pas vingt, quand il perdit son père.

Cette fixation de date a des conséquences assez graves, car si nous admettons comme deux faits établis que Gilles est né, au plus tôt, en 1404, et que son père est mort en 1416, nous allons le trouver bien jeune à diverses époques importantes de sa vie.

Gilles de Rais reçut l’eau du baptême dans l’Église Saint-Pierre de Champtocé-sur-Loire

Gilles de Rais reçut l’eau du baptême dans l’Église Saint-Pierre de Champtocé-sur-Loire

C’est dans l’église du bourg où Gilles de Rais reçut l’eau du baptême, rappelle M. l’abbé Bourdeault Contemporain de Georges Durville (Chroniqueurs et historiens de la Bretagne)

A douze ans, il entre en possession d'une grande fortune sous la tutelle de son aïeul maternel, Jean de Craon, dont, assure-t-on, il n'écouta guère les conseils et qui l’abandonna à lui-même, sans se mêler de son éducation. (il avait des biens immenses, près de 60 mille livres de revenu, fortune qui doit paraitre d’autant plus éclatante, que l’apanage des frères des ducs de Bretagne ne montait alors qu’a six mille livres de rente).

La valeur et de grands talents pour la guerre, joints à la splendeur de sa naissance, annonçaient la plus brillante destinée au sire de Rais ; il est constant que s’il eût achevé sa carrière comme il la commença, on le regardait aujourd’hui comme un héros.

 

La même année 1416, il y eut un traité de mariage entre lui et Jeanne Painel, fille et principale héritière de Foulque Painel, seigneur de Hambuie et de Briquebec ; ce traité n'était vraisemblablement qu'une fiançaille d'enfants comme on en faisait alors.

Mais le mariage n'eut pas lieu, Jeanne Painel étant morte avant la célébration.

Gilles de Laval redevenu libre, épousa, par contrat du dernier novembre 1420, alors qu'il n'avait que quinze ans, Catherine de Thouars, fille de Miles de Thouars II, seigneur de Pouzauges, Tiffauges, etc., et de Béatrix de Montejean.

En 1425, il accompagna à Saumur le duc de Bretagne, Jean V, qui s'était rendu dans cette ville pour y prêter hommage au roi de France.

Bientôt après il passa au service de Charles VII, et prit une part glorieuse dans la lutte de ce monarque contre les Anglais.

Il emporta d'assaut le château du Lude, en 1427 ; prit encore aux Anglais les châteaux de Malicorne et de Rennefort, dans le Maine.

En 1429, ll fut chargé de la conduite de l’armée avec la célèbre Jeanne d’Arc, les sires de Gaucour et de Sainte-Sévere pour délivrer Orléans, du salut de laquelle dépendait celui du Roi et de la Nation. On sait quel fut le succès de cette grande entreprise.

Jeanne d’Arc comporta en héroïne, mais elle fut bravement et vaillamment secondée par les sires de Rais et de Gaucour. Le premier ne contribua pas moins à la défaite entière de l’armée Anglaise à Patay, qu’a la délivrance d’Orléans.

Il assista la même année au sacre du roi à Reims ; et Charles VII pour récompenser la puissante assistance et les brillants services du sire de Retz, lui conféra la dignité de maréchal de France, qui à cette époque ne se donnait qu'à quatre seigneurs puissants, à quatre guerriers illustres du royaume.

Gilles de Laval n'avait alors que vingt-quatre ans, et là toutefois se termina la période honorable de sa vie : le reste ne fut plus qu'un tissu de crimes, ou plutôt qu'un long accès de folie (1).

Rentré dans ses foyers, il se livra à un luxe effréné et bizarre, à des prodigalités extravagantes qui finirent par compromettre sa fortune.

Celle-ci pourtant était immense, et il est curieux de faire le dénombrement des domaines dont elle se composait. Il reçut d'abord de la succession de son père la baronie de Retz, renfermant plusieurs châtellenies et seigneuries comme Machecoul, Pornic, Prigny, Vue, St-Étienne-de-Malemort : cette baronie conférait le titre de doyen des barons du duché de Bretagne.

Il tenait encore du chef paternel les terres de Chemillé et de Blazon (Blaison près les Ponts-de-Cé); celles de Fontaine-Milon et de Gratte-Cuisse en Anjou ; la Motte-Achart et la Maurière en Poitou ; Ambrières et St-Aubinde-Fosse-Louvain, dans le Maine, et plusieurs terres en Bretagne et autres lieux.

Catherine de Thouars lui apporta en mariage les terres de Pouzauges, de Tiffauges, Lombert, Grez-sur-Maine, Château-Morand, Savenay , Confolens et Chabanois ; ces deux dernières situées en Limousin, étaient entrées dans la maison de Thouars par le mariage de Miles Ier de Thouars, seigneur de Pouzauges, avec Jeanne, fille d'Eschivat, seigneur de Chabanois, Confolens, etc., vers 1350.

Enfin, par la mort d'Amaury de Craon, frère de sa mère, tué à la bataille d'Azincourt, en 1415, Gilles de Laval se trouva unique héritier de toute la fortune de son aïeul Jean de Craon.

 Celui-ci mourut en 1432, et lui laissa la terre de la Suze , dans le Maine, avec l'hôtel de la Suze, à Nantes, et les seigneuries d'Ingrandes et de Champtocé, du Loroux-Rotereau, de Sénehé et de la Voulte (sans doute le château de la Voûte, près Montoire en Vendomois ), de la Bénaste , de Bourgneuf, de l'île de Bouin ; ces trois derniers domaines qui sont compris dans le pays de Retz, avaient été portés, comme nous l'avons vu plus haut, dans la famille de Craon-la-Suze, par le mariage de Catherine de Machecoul, dame de la Rénaste, etc., avec Pierre de Craon.

La fortune de Gilles de Retz est évaluée, dans le mémoire de ses héritiers, à un revenu de trente mille livres en vrai domaine (non pas trois cent mille livres, comme le dit la biographie de Michaud, l'auteur ayant pris le change sur un zéro ), sans les autres profits qu'il tirait de ses sujets.

Il recevait, en outre, pour son office de maréchal de France, des gages et pensions du roi, avec des dons gratuits, ce qui pouvait élever sou revenu total à quarante ou cinquante mille livres.

Il avait en outre recueilli, tant de ses héritages divers que de son mariage, un mobilier évalué à cent mille écus d'or. De tels chiffres représentaient en ce temps- là des valeurs immenses.

Une fortune qui aujourd'hui serait composée des mêmes domaines, serait plus grande peut-être qu'aucune de France; mais au XVe siècle, les terres étaient peu habitées , peu cultivées, les bois et autres fruits, n'avaient pas de débouchés, les domaines fonciers ne rapportaient en conséquence pas la vingtième partie de leur revenu actuel.

 

  Enfin la fortune de Gilles de Laval, seigneur de Retz, était colossale, et sa composition sert à nous prouver que le sol de la France était alors partagé entre un nombre très-limité de familles.

Gilles de Retz commença, dit-on, à dilapider sa fortune dès le temps de sa minorité, et en dépit de la tutelle de Jean de Craon.

Quand il fut revenu du service, il monta sa maison avec un luxe de prince, mais avec des bizarreries et un désordre plus destructeurs que le luxe.

 Il eut une garde de deux cents hommes à cheval, magnifiquement vêtus et équipés, entretenus à ses frais, sorte de dépense que les plus grands princes de son temps osaient à peine se permettre.

Il tenait une table ouverte, où les convives étaient traités en mets recherchés, en vins fins, le tout servi dans des vases et une vaisselle de grand prix. Il avait des veneurs, des chevaux, des chiens, des faucons, toujours disposes pour la chasse.

 Il faisait faire jeux, farces, morisques (danses moresques), jouer mystères à l'Ascension et à la Pentecôte, sur de hauts échafauds sous lesquels étaient Hippocras et autres forts vins comme dans une cave.

On cite parmi ses fantaisies les plus extraordinaires, sa chapelle, composée de vingt-cinq à trente personnes, chapelains, musiciens, enfants de choeur, qui formaient, avec les serviteurs, une suite de plus de cinquante individus l'accompagnant à cheval dans ses voyages, et vivant partout à ses dépens.

Cette chapelle était enrichie d'un grand nombre d'ornements en drap d'or et de soie, en encensoirs, candélabres, croix , plats, burettes et calices de grande valeur.

Il avait plusieurs buffets d'orgues, dont un surtout le suivait dans tous ses changements de résidence, porté par six hommes. Il attribuait à ses chapelains les titres d'évêque, d'archidiacre, de chantre, de doyen, comme dans une cathédrale.

Il envoya plusieurs fois vers le pape pour obtenir qu'ils fussent mitres comme des prélats ou comme les chanoines de Lyon. Il les entretenait de grands habits d'écarlate et de robes traînantes à fines pannes et fourrures, chapeau de coeur de fin gris, doublé de menu voir.

Mais tout ce service, dit le mémoire, n'était que vanité sans dévotion ni bon ordre. Sa prodigalité était plus insensée encore que son faste n'était ambitieux. S'il lui prenait fantaisie d'engager quelque clerc à son service, il lui donnait, outre ses gages, des terres pour lui et ses parents, comme il fit pour un nommé Rossignol, de La Rochelle, enfant de choeur à Poitiers, auquel il abandonna la terre de la Rivière, près Machecoul, valant plus de deux cents livres de rente, plus trois cents écus à ses père et mère.

 Il faisait, en toute circonstance, des dons excessifs et des marchés de dupe dont le détail semble prouver qu'il ne jouissait pas de la plénitude de son esprit. Ceux qui avaient le gouvernement de sa maison vivaient en grands seigneurs, tandis qu'il manquait de tout et qu'il ne trouvait quelquefois chez lui, aux heures des repas, ni à boire ni à manger.

Quand il séjournait dans certaines villes comme Nantes, Angers, Orléans, il faisait les plus folles dépenses, empruntant de qui voulait lui prêter, engageant ses bagues et joyaux pour moins qu'ils ne valaient et les rachetant fort cher.

Il achetait une aune de drap d'or soixante ou quatre-vingts écus, quand elle n'en valait que vingt-cinq; une paire d'orfraies, quatre cents écus, quoiqu'elle n'en valût pas cent ; enfin il était prodigue notoire, n'ayant ni sens, ni entendement, comme en effet il était souvent altéré de sens ; quelquefois il partait au plus matin, s'en allant tout seul par les rues ; et quand on lui remontrait que ce n'était pas bien, il répondait plus en manière de fol et d'insensé qu'autrement.

 Il vendait et engageait ses terres, donnait des blancs seings et procurations de vendre sans y attacher la moindre attention.

Déjà il avait vendu au duc de Bretagne les seigneuries d'Ingrandes et de Champtocé.

Il avait successivement aliéné à divers particuliers la presque totalité de ses domaines, car on estime que depuis 1432, époque où il hérita de Jean de Craon, jusqu'à sa mort, il vendit de ses terres pour deux cent mille écus.

Sa famille alarmée adressa une supplique au roi pour obtenir un terme à ce désordre.

Le roi Charles VII, dûment informé du mauvais gouvernement du sire de Retz, lui fit, en son grand conseil, interdiction et défense de vendre ni aliéner ses terres et seigneuries.

Le parlement de Paris enregistra ces lettres et défenses, qui furent publiées, à son de trompe, les villes d'Orléans, Tours , Pouzauges, Champtocé, etc., et, par autres lettres , le roi abolit, cassa et annula tous les contrats de vente et aliénations faites par Gilles de Retz.

De telles mesures pouvaient bien arrêter la dispersion de son patrimoine, mais non ses extravagances.

Il redemanda aux sciences occultes les trésors qui s'échappaient de ses mains prodigues.

S'étant mis en tête, dit le mémoire, de parvenir à grande et excessive chevance, il s'entremit de faire alquemie, cuidant trouver la pierre de philosophe ; il envoya en Allemagne et autres pays lointains pour chercher des maîtres de cet art, et fit venir de Palerme un certain M. Anth , en quoi il fit de moult outrageuses dépenses qui ne lui firent aucun profit. »

Un autre Italien, nommé François Prélati, et un médecin du Poitou, appelé Corillau, l'entretinrent dans ses funestes illusions, affectèrent de se livrer avec lui à la recherche de la pierre philosophale et des moyens d'évoquer le diable.

Gilles de Retz, d'un côté, continuait, dans sa chapelle et au milieu de son clergé, de vaquer à ses habitudes de dévotion superstitieuse, tandis que de l'autre il se livrait aux pratiques les plus impies, à la dépravation la plus criminelle, à de sanglantes orgies, enfin à des meurtres multipliés, dans le but de se rendre propice le génie du mal.

Il faisait enlever partout, dans les villes et les campagnes, des jeunes garçons, des jeunes filles, qu'il immolait dans les souterrains de ses châteaux, pour tracer avec leur sang des caractères magiques, et pour faire avec leur coeur ou d'autres parties de leur corps des charmes diaboliques, qui devaient faire apparaître le démon, et permettre de lier conversation avec lui.

Ses gens attiraient dans les châteaux, par des friandises ou par quelques promesses, ces innocentes victimes que l'on ne voyait plus sortir; ou bien des émissaires, parcourant les campagnes et les rues des villes, enveloppaient d'un grand sac, à la faveur de la solitude ou des ténèbres, les individus qui leur étaient indiqués, ou ceux qui leur semblaient avoir les conditions requises de fraîcheur et de beauté pour l'affreux sacrifice auquel ils étaient dévoués.

Ces sinistres disparitions ont laissé tant de terreur après elles, que le peuple de Nantes et de Retz en conserve encore l'impression, et qu'il n'a cessé de croire aux empocheurs, qui, dans son idée, rivalisent avec les loups-garous et les sorciers.

Enfin les crimes de Gilles de Retz comblèrent tellement la mesure, que la justice dut intervenir, quels que fussent le rang et la puissance du coupable.

 Il fit, peu de temps avant son arrestation, ses pâques à Machecoul, et promit à Dieu d'expier ses crimes passés par un voyage aux saints lieux de Jérusalem ; mais il garda mal sa promesse, car, dans un voyage qu'il fit à Nantes, il se souilla encore des mêmes abominations.

Il fut arrêté par ordre du duc de Bretagne Jean V, au mois de septembre 1440, et conduit au château de Nantes, où son procès fut fait simultanément par les juridictions ecclésiastique et civile.

Une instruction fut faite par ordre de l'évêque de Nantes, dans la tour neuve du château, pour les crimes d'hérésie et de sortilège; une autre fut dressée au Bouffay, par le sénéchal de Bretagne, pour les faits de meurtre et de félonie.

 On informa en même temps contre les deux complices, l'italien Prélati, et Corillau, le médecin du Poitou ; ceux-ci avouèrent tous les crimes et en dévoilèrent les affreux détails.

 Le maréchal, qui d'abord avait nié, confronté avec eux et menacé de la torture, avoua également. On frémit d'horreur en lisant les détails atroces et obscènes de cet épouvantable procès qui dura un mois, et dont il existe dix manuscrits à la bibliothèque du roi et aux archives de Nantes.

Le nombre des victimes de sa barbarie paraîtra incalculable si l'on considère que ces massacres eurent lieu presque sans relâche dans ses châteaux de Machecoul, de Tiffauges, de Champtocé, dans son hôtel de la Suze, à Nantes ; enfin, dans tous les lieux où il passait ; et qu'ils durèrent quatorze ans, selon l'allégation de ses complices, huit ans selon ses propres aveux; mais cette dernière version peut être admise comme la plus vraisemblable : elle fait dater les crimes de 1432, époque de la mort de Jean de Craon, tandis que la déposition des complices reculerait cette date jusqu'à 1426, époque où le sire de Retz se couvrait de gloire dans les armées du roi de France.

Malgré les précautions qu'il avait prises pour faire disparaître les traces de ses meurtres, soit en enfouissant les cadavres, soit en les brûlant pour en disperser les cendres au vent, on trouva quarante-six corps à Champtocé et quatre-vingts à Machecoul.

Une barbarie accompagnée d'actes aussi insensés eût fait hésiter la justice de nos jours, et il est vraisemblable qu'un tel accusé serait conduit aux Petites-Maisons plutôt qu'à l'échafaud; mais en ce temps-là prévalait une autre jurisprudence :

Gilles de Laval fut condamné, pour crimes d'hérésie, de sortilège, de félonie et de meurtres, à être brûlé vif.

Les approches de la mort ne l'intimidèrent pas, et, gardant jusqu'au bout ses pensées de dévotion vaniteuse, il demanda et obtint d'être conduit processionnellement par l'évêque de Nantes au lieu du supplice.

Le duc de Bretagne, par considération pour la famille et pour les anciens services du maréchal, permit que le coupable fût étranglé sur le bûcher avant qu'on y mit le feu.

Le corps, à peine noirci par les flammes, fut retiré et remis à ses parents, qui lui firent donner la sépulture dans l'église des Carmes.

L'exécution eut lieu le 25 octobre 1440, sur la prairie de Biesse ou de la Madeleine, dans un lieu maintenant traversé par la rue qui débouche du pont de la Belle-Croix.

La Relie-Croix, aujourd'hui brisée et enlevée, se reconnaît encore, sur le bord de la rue, au fût qui la supporta; c'était une élégante construction aux colonnettes ogivales, aux dentelures délicates, monument d'expiation élevé à la lugubre fin du maréchal par la piété de sa fille Marie.

La renommée de Gilles de Laval, maréchal de Retz, vit encore dans la mémoire du peuple, mais elle s'y est infixée avec des images d'horreur et d'effroi ; c'est un cauchemar populaire qui ne représente que meurtres, que taches de sang indélébiles, qu'empocheurs rôdant dans l'ombre.

La tradition ne le connaît que sous le nom de Barbe-Bleue.

Sans doute il est le type de cruauté sur lequel Charles Perraud a modelé son célèbre conte ; seulement Perraud a jugé plus convenable de prêter à son héros les crimes de Henri VIII, roi d'Angleterre, que ceux du sire de Retz.

En effet, Gilles de Laval n'eut jamais qu'une femme, Catherine de Thouars, qu'il n'a pas fait mourir et qui lui survécut plus de vingt ans.

Après le supplice de Gilles de Laval, que devinrent ses immenses domaines et la baronie de Retz ?

Les auteurs nous laissent à ce sujet des données contradictoires. Il nous semble toutefois qu'en observant de près les faits, nous leur avons trouvé une marche conséquente et à peu près certaine.

Dégageons d'abord la dot de Catherine de Thouars; cette dame n'avait eu de son mariage avec Gilles de Laval qu'une seule fille, devenue veuve parle supplice du maréchal, elle se remaria à Jean de Vendôme, vidame de Chartres, et porta à son second mari son riche patrimoine, composé des terres de Pouzauges, Tiffauges, Chabanois, Confolens, Savenay.

Elle eut deux enfants de ce nouveau mariage; et comme elle survécut à sa première fille, Marie de Laval, morte sans postérité, ses biens passèrent aux enfants du second lit et restèrent définitivement dans la famille des vidâmes de Chartres.

Marie de Laval, qui pouvait être âgée de dix-huit ans , hérita-t-elle des biens de son père?

 

 D'Argentré l'affirme sans hésiter, et prétend que, lors de son mariage avec le sire de Coëtivy, elle stipula, pour condition, que son mari prendrait le nom, les armes et le cri de Retz ; que, si des acquêts avaient lieu pendant le mariage, il n'en prendrait que le tiers ; et quelques autres conditions qui, depuis, semblèrent tellement dures à Coëtivy, qu'il en appela à une assemblée de famille pour tâcher de les faire modifier, demandant l'autorisation de porter ses armes écartelées de celles de Retz, et dans le cas où il n'aurait pas d'enfants, que les héritiers de Retz récompensassent les siens dans une juste proportion de la plus-value; mais qu'il ne put rien obtenir. « Ceci, dit d'Argentré, se passait en l'an 1443, et en sont les lettres aux Chartres. »

Voilà une assertion bien précise, bien détaillée ; mais comment la concilier avec une ordonnance du roi Charles VII, rendue cette même année 1443, le 22 avril, et publiée dans le recueil de dom Morice?

Par cette ordonnance , le roi donne à Prégent, sire de Coëtivy, amiral de France, « toutes les terres, seigneuries, châteaux, chàtellenies, cens, rentes, revenus, possessions, biens meubles et héritages quelconques qui furent et appartinrent à feu Gilles, en son vivant seigneur de Relz, maréchal de France, quelque part que les choses soient assises et situées.

Comment qu'elles soient dites, nommées et appelées , soit par amende, condamnation, droit ou titre de confiscation, tant pour les cas, crimes, délits et désobéissances commis envers nous et notre royale Majesté par ledit feu sire de Retz, lui vivant, comme pour les cas et délits pour lesquels, puis trois ans en çà, il a été exécuté ou autrement, en quelque manière qu'il nous puisse ou doive appartenir. »

Cet acte semble impliquer, en même temps, confiscation d'une part, donation de l'autre.

 Il n'y est nullement question de Marie de Laval, héritière naturelle de Gilles de Retz. Était-elle, dès lors, mariée à l'amiral de Coëtivy, ou ne l'a-t-elle été que depuis ? Le mariage ne fut-il qu'une transaction sur cette confiscation?

Mais alors Marie n'était pas en position d'imposer des conditions bien dures à son mari, et telles que celles mentionnées par d'Argentré. Cette ordonnance a-t-elle été rendue à la sollicitation de Coëtivy pour avoir raison des prétentions et des refus de la famille; mais elle est presque du commencement de l'année où eurent lieu les actes mentionnés par d'Argentré, et en ce temps-là rien ne se faisait que très-lentement en matière de chancellerie.

 Cette anomalie historique me parait très-peu conciliable. Pareil procédé fut employé, du reste, quelques mois après, au sujet des terres de Champtocé et d'Ingrandes, que Gilles de Retz avait vendues au duc de Bretagne, et dont ce prince s'était emparé de concert avec le duc d'Anjou, roi de Sicile, malgré l'annulation prononcée par édit royal de toutes les ventes faites par le sire de Retz.

Charles VII, par lettres datées de Chinon le 28 août 1443, confisqua ces deux terres sur le duc de Bretagne, non point à cause de l'indue possession, mais sous prétexte que le duc de Bretagne entretenait des intelligences avec les Anglais, et il les remit également à l'amiral de Coëtivy, pour lui et pour ses hoirs.

Enfin, que l'héritage de Retz ait appartenu aux époux de Coëtivy par héritage de Marie de Laval ou par donation faite à Coëtivy, peu importe; mais il est certain qu'il passa aux héritiers de la femme, non à ceux du mari.

 

 

Mémoires de la Société archéologique de Touraine.

 

 

 

 Généalogie: Gilles de Rais seigneur de Champtocé, Machecoul, du château de Tiffauges, Pouzauges <==.... ....==> Le procès de Gilles de Rais et Francesco Prelati.

 

 

 


 

Procession du Cortège du Roy, 1429, Sacre de Charles VII (Gilles de Laval - Les Otages de la Sainte Ampoule)

La journée du sacre fut remarquable pour Gilles de Rais, à raison du rôle qu'il y joua et de la charge de maréchal qu'il obtint. Désormeaux, après le P.

 

(1) Desormeaux, auteur d'une histoire de la maison de Montmorency, où la biographie de Gilles de Laval est fort bien traitée, semble n'avoir pas pris le change sur la date de la naissance de ce seigneur, bien qu'il ne la précise pas ; mais il dit que Gilles de Laval commença à se signaler à l'âge de 19 ans, et qu'il fut fait maréchal à 24 ans ; ce qui rentre précisément dans notre thèse.

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23 février 2021

Les Contes et légendes du Poitou : LA BELLE PERSÉCUTÉE aux environs du Puy-Cadoret près de la Croix-aux-Garoux

Les Contes et légendes du Poitou LA BELLE PERSÉCUTÉE aux environs du Puy-Cadoret près de la Croix-aux-Garoux Moncoutant - Moustiers sous Chantemerle

Le chemin de La Chapelle-Saint-Etienne aux Moutiers sous Chantemerle passe au pied des ruines d'un vieux donjon du XIIe siècle connu dans le pays sous le nom de Puy-Cadoret.

En venant de La Chapelle-Saint-Etienne, huit cents mètres avant d'arriver aux dites ruines, le chemin est croisé par un autre appelé chemin de la Croix-aux-Garoux, profondément encaissé et pouvant à peine donner passage à une charrette.

Chaque année, le lendemain de Noël; si vous vous trouvez près de la Croix-aux-Garoux, vous voyez un grand carrosse avec ses lanternes, une belle dame au galop de ses six chevaux.

Peu après arrive une troupe de cavaliers suivant la même direction et sans nul doute courant à la poursuite de la belle dame.

 

 

C'est là probablement l'écho d'un drame qui a laissé une profonde impression dans le souvenir de la population des environs du Puy-Cadoret raconte le seigneur du lieu.

(Légende du canton de Moncoutant Deux-Sèvres Communiqué par M. Ed. Bouffard, instituteur-adjoint à Vouhé).

R.-M. LACUVE.

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Le vitrail de la Crucifixion de la cathédrale de Poitiers – Aliénor d’Aquitaine, Thibaud V de Blason et Valence de Mauzé

 Le vitrail de la Crucifixion de la cathédrale de Poitiers – Aliénor d’Aquitaine, Henri Plantagenêt - Thibaud V de Blason et Valence de Mauzé (1)

Réalisé vers 1170, il présente les caractéristiques esthétiques des vitraux de la fin du XIIe siècle, où rayonne le bleu de cobalt, souvent appelé « bleu de Chartres ». Si sa figure centrale est le Christ crucifié, son iconographie et sa signification sont plus riches.

Le vitrail de la crucifixion à la cathédrale de Poitiers est l’un des chefs-d’œuvre de la peinture sur verre médiévale. L’un des maitres de l’histoire de l’art français, M. E. Mâle, y voit avec raison «  le plus magnifique exemple de la crucifixion romane. «  Le grand Christ crucifié sur une croix rouge, qui semble de la couleur du sang, est d’une farouche beauté. Dans tout l’art oriental, il n’y a pas y une œuvre qui approche de la grandeur tragique de celle-là et de son aspect de vision (1) ».

13 14

Et ailleurs, le même historien proclame « l’admirable beauté du vaste fond bleu uni, ou s’enchâssent quelques panneaux rouges (2) ».

 

 Trois vitraux du 12 e siècle occupent le grand mur du chevet, 36 m de large, 49 m de haut.

Au centre de ce chevet éclate le vitrail dit la Crucifixion, chef-d’œuvre du vitrail du 12e siècle.

Il aurait été offert par un roi, une reine- placée à la droite du Christ, place d’honneur – et leurs quatre fils, représentés tout en bas. Il s’agit d’Henri Plantagenêt, roi d’Angleterre, de sa femme Aliénor, héritière de l’Aquitaine, et des quatre fils qu’ils ont en 1158.

8

Ce vitrail a un sens repris à la messe par le prêtre, après la consécration, lorsqu’il fait mémoire de la Passion, de la Résurrection et de l’Ascension du Seigneur.

A centre, la Crucifixion.

1

Le peintre verrier ne s’est pas soucié de réalisme. La croix du supplice infamant est aussi une croix glorieuse, rouge du sang mais aussi des vêtements impériaux, « arbre précieux et éclatant de gloire, paré de la pourpre du rois, dit l’hymne composé par Venance Fortunat pour la réception en 569 de la relique de la Vraie Croix obtenue par Sainte Radegonde, conservée en l’abbaye Sainte-Croix au chevet même de la cathédrale.

Bordure de la croix et cheveux de Jésus sont bleus, couleur du ciel. Il a les yeux ouverts, les bras étendus pour accueillir. Les personnages au pied de la croix, Marie, sa mère, et le porte lance Longin à sa droite, le porte éponge Stéphaton et l’apôtre Jean à sa gauche, sont également sur un fond rouge.

Sous la crucifixion le tombeau vide rappelle l’indispensable corrélation entre Mort et résurrection.

Le haut du vitrail est consacré à l’Ascension, ou le peintre a ajouté Marie aux apôtres.

bas

Tout en bas sont représentés les martyres de Pierre et de Paul, colonne de l’Eglise, patron de la cathédrale. Il a fallu la Résurrection pour que les apôtres comprennent le sens de la crucifixion et partent à travers le monde annoncer l’Evangile, comme Jésus le leur avait demandé au moment de l’Ascension. Une annonce que conduira la plupart d’entre eux au martyre. Et Pierre aurait été crucifié tête en bas – la croix aussi est rouge – en signe d’humanité, ici comme un reflet de la croix de son maitre.

La baie latérales du chevet, contemporaines de la baie centrale, retracent à droite la Passion de Pierre et de Paul sous Néron, à gauche la Passion du diacre romain Laurent, sous Déce, au milieu du 3e siècle. Le vitrail de droite a été remanié, et notamment la Pentecôte, en haut, est une adjonction du 19e siècle.

 

Le vitrail de la Crucifixion de la cathédrale de Poitiers – Aliénor d’Aquitaine, Henri Plantagenêt - Thibaud V de Blason et Valence de Mauzé (5)

Le vitrail a été décrit en détail par Barbier de Montault dans un travail soigné (3).

 

 Il est placé au chevet de la cathédrale et se compose de trois panneaux, l’un au centre, à grands personnages, les deux autres formés de petits médaillons, suivant la tradition des verriers de Saint-Denis et d’Angers.

Dans le vitrail principal à bordure bleue sont représentées la Crucifixion, l’Ascension et la Résurrection du Christ ; le Christ est placé dans la Crucifixion sur une croix de couleur rouge ; la vierge porte un nimbe vert et un voile blanc ; les trois gardes sont en bonnet jaune. Les couleurs s’harmonisent dans ce beau décor.

 Au- dessous, sont représentés le martyre des apôtres Pierre et Paul, et les donateurs. D’autres personnages, saint Jean, Adam et Eve, figurent sur le vitrail, et dans des zones étroite sont placées l’Ascension, la Résurrection, en 10 Apôtres.  Le sujet central et essentiel est donc la crucifixion ou l’exaltation de la Croix.

Les trois vitraux dont l’ensemble est composé ont été démontés, examinés de près par une commission de la Société des Antiquaires de l’Ouest et restaurés en 1882 par un artiste, Steinheil. Auparavant, un autre artiste, Hivonnait, les avait déjà dessinés avec soin et l’abbé Auber les avait décrits dans son histoire de la cathédrale de Poitiers.

 

Il avait cru reconnaitre dans les donateurs qui sont figurés à genoux Henri II Plantagenêt et Aliénor d’Aquitaine, auxquels on doit en partie l’initiative de la construction de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers

Mais cette attribution a été depuis un demi-siècle reconnue insoutenable.

En effet, au bas du vitrail se trouvait en caractères romans et gothiques une inscription mutilée, indiquant les noms de ces donateurs et que Barbier de Montault a restituée.

Elle est ainsi conçue :

THEOBALDUS, COMES BLASONIS, DEDIT HANC VITRAM ET DUAS ALIAS VITREAS, CUM VALENCIA UXORE ET FILIUS SUIS, AD HONOREM CHRIST (XII) , ET S’COR RIUS.

Au bas du vitrail qui représente saint Pierre, il a rétabli l’inscription suivante, dont on n’avait que des fragments :

(VALENCIA) UXOR THEOBALDI DE BLASO, VITREAM DEDIT.

 Cette restitution apparait fondée sur le nombre des lettres (72) des deux lignes des inscriptions et sur les fragments significatifs qui nous en restent et qui sont les suivants :

DIT      HANC     VITRA….. BLAS….. REAS  AD…. NOR    SIIS     FIL.

Le texte mutilé est transcrit dans le dessin d’Hivonnait qui se trouve à la Bibliothèque de Poitiers (4).

 

De plus, les deux donateurs, un homme et une femme, sont figurés sur le vitrail, avec leurs six ou cinq enfants (3 garçons, 2 filles).

Ils portent une couronne comtale : l’homme barbu parait, dit Barbier, âgé d’une quarantaine d’année. Il est vêtu d’une tunique bleue et d’un manteau ; sa femme a le même costume. Les enfants en deux groupes, à droite et à gauche, levant les mains au ciel, sont placés derrière leur père et leur mère.

Les donateurs ne sont donc ni Henri II, mort en 1189, ni Aliénor, morte en 1204, mais des membres de la familles angevins et poitevins des Blason-Mirebau, dont on connait la généalogie depuis la première moitié du XIe siècle.

 Leur histoire a été partiellement retracée par M. de Fouchier dans une monographie utile, mais à laquelle a manqué la connaissance de documents d’une importance capitale (5).

 Cette maison féodale, connue en Anjou depuis 1007, y possédait le château de Blaison, à 16 km des Pont-de-Cé, à 22 d’Angers sur la rive gauche de la Loire, en face d’un côté boisée (6).

 Elle avait été vassale fidèle des comtes d’Anjou à cette époque et avait acquis ensuite, ver le premier quart du XIIe siècle, en Poitou, la baronnie de MIREBEAU, position militaire de premier ordre qui commandait la route de Poitiers à Loudun et à Angers.

 

 Le château-fort de Mirebeau avec son donjon carré, bâti par Foulques Nerra, dominait la plaine, dressé sur son roc de 126m, entourés par 6 rivières, affluents de la Dive et du Clain.

De la baronnie relevaient 20 à 30 paroisses et 114 fiefs. La fortune des Blasons s’était effondrée vers 1130, lorsqu’un mariage, probablement contracté dans la maison vicomtale de Châtellerault, les avait incités à s’allier avec les comtes de Poitiers, ducs d’Aquitaine, rivaux de la maison d’Anjou.

Une guerre féodale qui eut lieu en 1130 entre Geoffroi d’Anjou, père d’Henri II, et le dernier des Guilhem, Guilhem VIII, et où les Blasons furent les alliés de ce dernier, tourna fort mal pour eux.

Geoffroy, leur suzerain, confisqua le fief de Mirebeau et l’unit à son domaine (7).  Le seigneur spolié était Thibaud II de Blason ; son château de la Loire fut à la même date enlevé et brulé.

 Une nouvelle révolte, due au fils de Thibaud, Guillaume, en 1147, amena encore la prise et l’incendie de Blason par Henri II (8).

Quant à la baronnie de Mirebeau, elle fut l’apanage, avec Loudun et Chinon, de Geoffroi, frère d’Henri II.

Geoffroi révolté à son tour perdit Mirebeau (Mirabel), qu’Henri II conserva dans son domaine et qui fut assigné comme douaire en 1189 à Aliénor elle-même (9).

En 1160, une charte de Saint-Serge d’Angers mentionne Thibaud de Blason et Guillaume, son fils (10).

En 1166, Guillaume fait encore une donation à Saint-Laud d’Angers. Puis la trace des se perd jusque vers 1198.

Ils étaient passés en Espagne, soit en 1135, époque où nombre de Croisés français vinrent au secours de l’empereur Alfonse VI de Castille (11), soit peut-être lors du voyage de Louis le Jeune, allié des rebelles angevins et poitevins contre la maison d’Anjou, lors du voyage du roi de France, à l’occasion du mariage de ce dernier avec Constance de Castille (1154).

 

 Les donateurs du vitrail de la cathédrale ne peuvent être identifiés qu’avec Thibaut V de Blason et sa femme Valence (de Mauzé).

En effet, avant 1204, il est fait mention d’un Blason en Poitou, mais c’est un évêque, Maurice, qualifié, dans des chartes de la collection Fonteneau, oncle de Thibaut.

Maurice de Blason occupa le siège épiscopal de Poitiers de 1198 à 1214.

 

 

C’était un prélat de tempérament despotique, comme l’assure une bulle d’Innocent III. Il ne tarda pas à entrer en conflit avec Jean sans Terre, fut spolié par lui de la baronnie épiscopale de Chauvigny, et persécuté d’après le même pape (1201-1203) ; Jean l’expédia, en Grande-Bretagne dans la prison de Corfe (1203) (12) ; Maurice n’a pu être le donateur du vitrail, car ce donateur, «  un Blason », est représenté à côté d’une femme et de cinq ou six enfants. Le donateur est un membre laïque de la famille des Blason, par conséquent Thibaut et sa femme Valence, qui survécut à son époux mort en 1229.

 

Il est vrai qu’on ne connait d’après les chartes que trois de leurs enfants, un fils Thibaut VI, mort en 1253 encore jeune, dernier mâle de la famille, et un autre Guillaume, mort prématurément, outre une fille qui fit passer Mirebeau et les autres fiefs dans la famille nouvelle (13).

 Mais il est bien rare qu’on puisse rétablir sans lacunes une généalogie familiale féodale, et du fait qu’on ne connait que deux enfants de Thibaut V, indiqués dans les documents d’origine française, il ne s’ensuit pas qu’ils n’en aient point eu 5 ou 6, d’autant plus qu’ils possédaient aussi des fiefs en Espagne, où ils ont pu établir des membres de leur famille, et que, d’autre part, certains ont pu mourir sans laisser trace dans les chartes.

Les documents permettent de reconstituer la biographie de Thibaut, mais seulement depuis 1206. On sait d’après eux qu’il avait recouvré entre 1204 et 1206, grâce à Philippe-Auguste, son fief de Mirebeau. (14)

 

 13 octobre 1206, il figure alors parmi les garants de la trêve conclue à Thouars (1206) (15) entre Philippe roi de France et Jean roi d’Angleterre, de même que dans la trêve du 18 septembre 1214 à Chinon, après la défaite des coalisés le 27 juillet à Bouvines, ce qui indique qu’il figurait parmi les membres de la féodalité de premier rang en Poitou et qu’il avait l’âge de maturité requis en pareil cas.

 

Dès 1204, dès la première occupation du Poitou par le roi de France, Thibaut est qualifié tunc primum dominus Mirebelli, dans une donation du chapitre Notre-Dame de Mirebeau au prieur de Vouzailles (Philippo, rege Francorum) (16).

On le trouve encore mentionné en 1212, date où il conclut un accord avec les moines de Chaloché, dans le diocèse du Mans (17).

En 1214, il figure dans la donation d’une dime faite par le chapitre de Mirebeau, « Philippe étant roi de France, Maurice évêque de Poitiers, et Thibaut de Blason, seigneur de Mirebeau (18) ».

En 1214, Thibaud est encore garant de trêves entre les rois de France et d’Angleterre (19).

Vers 1215, il fonde un anniversaire en l’église collégiale de Mirebeau pour le repos de l’âme de son oncle, l’évêque de Poitiers (20), mort en 1215, d’après le Nécrologe de Fontevraud (21).

En 1219, il est mentionné comme bienfaiteur de l’église de Bonlieu, diocèse du Mans, fondée par Guillaume des Roches, sénéchal d’Anjou.

Cette même année, il accompagne Guillaume de Mello et Amaury de Craon dans le ravitaillement du château de l’ïlot de Guarplic (22).

En 1222, un procès-verbal des obsèques de Guillaume des Roches mentionne la présence de Thibaud V (23). Il fut, sous le règne de Louis VIII, peut-être avant, investi de la haute charge de sénéchal du Poitou, qui avait été occupé par les chefs des grandes maisons de Thouars et de Mauléon (24).

La collection Fonteneau possède un sceau de ce grand seigneur, avec le titre de sénéchal (25).

En 1225, il figure parmi les barons poitevins qui, réunis à Thouars, signalèrent à Louis VIII les empiètements de la juridiction ecclésiastique (26).

En juin 1228, il est en qualité de sénéchal du Poitou l’un des deux arbitres (dictatores) désignés par le roi de France, comme juges des infractions aux trêves conclues avec Henri III.

En mars 1229, il est encore sénéchal, car le 31 mars, en tournée dans le Limousin, il est qualifié (27) tunc temporis senescallus Pictaviensis et reçoit au nom du roi à Brive le serment de fidélité de l’abbé d’Uzerche (28).

La même année, Louis IX, qui le qualifie dilectus et fidelis noster Th. Blazonne, lui concède deux foires qui dureront chacune 8 jours avant et après la Toussaint en son fief de Mirebeau (février 1229, n. st.) (29). Thibaud de Blason mourut cette même année 1229, avant décembre, comme le prouve l’hommage de sa veuve prêté à Vincennes à Blanche de Castille (30).

Tel fut ce personnage, allié en France des maisons féodales de Châtellerault (et l’Aquitaine), de Limoges et de Mauzé, restauré dans ses fiefs angevins et poitevins depuis 1204, allié fidèle des trois rois de France, Philippe-Auguste, Louis VIII et Louis IX, qui lui ont confié la haute charge de sénéchal du Poitou et du Limousin.

D’autre part, il avait des fiefs en Castille ou il a servi le roi Alfonse IX et joué un rôle éminent. Peut-être est-il allié par des liens étroits à la maison royale castillane, qui fait de Thibaud le plus grand éloge.

Ajoutons que Thibaud de Blason, comme Maurice de Craon, fut un des trouvères de grands seigneurs de son temps, de même que Savary de Mauléon et Hugues de Lusignan, ses contemporains, figurèrent parmi les troubadours (31).

Quand à la femme de Thibaud V, Valence, elle était dame de Mauzé sur le Mignon (Deux Sèvres) sur la lisière du Poitou et de la Saintonge ; cette seigneurie, dont elle fait hommage en 1229 à la reine régente (32) de France, était important par sa position sur la route de Poitiers à Niort et à la Rochelle.

Son sceau (sigillum domine Valencie) est appendu au bas de l’acte ; il la représente en robe et manteau étroit, les mains au vêtement, accostée de deux fleurs de lys et d’arabesques.

En 1218, Valence est mentionnée dans une charte de l’abbaye de Bourgeuil (33).

En décembre 1229, elle s’engage à rester fidèle à Louis IX et à sa mère et à leur remettre en cas de Besoin les châteaux de Mauzé (Mausiacum) et autres forteresse de Thibaud, son mari défunt (34).

Elle promet aussi de ne pas se remarier sans le consentement de ses suzerains.

Capture

Une charte de 1231 (35) concernant une donation d’alluvions de la Loire en faveur du chapitre d’Angers, donne les noms des deux fils de Valence, Thibaud VI et Guillaume, qui moururent prématurément. Thibaud VI, qualifié varlet en 1246 (36), est mort ou ne 1259 ou n 1260 (37) : son neveu robert de Bommiers dut disputer sa succession à  Charles d’Anjou (38). La sœur de Thibaut VI avait épousé en premières noces Thibaud de Bommiers en Berry, et en deuxième Rénoul II DE culant ; elle serait morte avant 1252 (39). Nous connaissons donc 3 enfants de Thivaud et de Valence, ce qui nous rapproche du nombre indiqué dans le vitrail.

 

Le vitrail de la Crucifixion de la cathédrale de Poitiers – Aliénor d’Aquitaine, Henri Plantagenêt - Thibaud V de Blason et Valence de Mauzé (2)

Nous avons donc en Thibaud V et en Valence, sa femme, les deux donateurs de ce chef-d’œuvre, qui dut couter des sommes considérables et qui témoigne d’un élan de foi et de générosité peur ordinaire de la part des grands seigneurs qui firent les frais.

A quelle date fut exécuté ce travail que les historiens de l’art s’accordent à reconnaitre comme une œuvre de style roman ?

M. Mâle, qui le rattache à l’école de Saint-Denis et des verriers d’Angers et du Mans qui s’inspirent de cette école. Dans la scène de l’Ascension, il croit reconnaitre une similitude frappante entre les apôtres du vitrail de Poitiers et ceux du Mans. Le médaillon carré de la crucifixion de saint Pierre a une décoration cruciforme identique à celle de l’Ascension du Mans et du vitrail de la Vierge de Vendôme.

La bordure du vitrail de Poitiers est analogue à celle d’un vitrail d’Angers. M. Mâle assigne à la confection du vitrail une date voisine de la fin du XIIe siècle, parce que la facture en est archaïque et que l’armature est faite de barres de fer toutes droites, alors que dès le début du XIIIe siècle « à Chartres l’armature épouse les contours des médaillons (40) ».

Ces arguments ne semblent pas décisifs quant à la date, s’ils sont au point de vue archéologique et artistique très probants. En effet, l’argumentation, n’est pas, même du point de vue archéologique, en contradiction formelle avec celle de B. de Montault et avec la nôtre. L’histoire de l’art montre à chaque époque la survivance des précédés des écoles artistiques et l’incertitude de la chronologie de leurs œuvres. L’art roman s’est maintenu au-delà du XIIe siècle, de même  que le gothique au-delà du XVe. Les primitifs ont eu des imitateurs et des disciples, même après le XVe siècle, de même que les écoles de peinture italienne du XVIe au XVIIe, et il en a été de même au XVIIIe et au XIX e siècle pour les peintres des écoles de Boucher, de Greuze, de Fragonard et de David.

L’artiste de génie qui a exécuté la verrière de Poitiers a pu, dans le premier quart du XIIIe siècle, s’inspirer des procédés de composition du vitrail n’est pas une preuve en faveur d’une date antérieure à 1200, ni un argument dirimant contre une date postérieur à 1204.

D’autre part, l’identification des donateurs du vitrail avec Thibaud V de Blason et avec les membres de sa famille ne permet de reporter la date de de ce chef-d’œuvre qu’au premier quart du XIIIe siècle.

En effet, avant 1204, les Blasons ne figurent, sauf l’évêque de Poitiers, dans aucun acte relatif au Poitou.

 Maurice de Blason lui-même, qui passe du siège épiscopal de Nantes à celui de Poitiers en 1198, n’a été toléré que peu de temps sur son second siège par Aliénor d’Aquitaine.

Il a été persécuté et emprisonné par Jean sans Terre.

Mirebeau, le fief de Thibaud V, est resté aux mains de ses spoliateurs, les Plantagenets. Aliénor et Jean en sont restés nantis et n’ont pas toléré la présence du chef de la maison des Blasons en Poitou.

 Aliénor et Jean résident assez souvent à Mirebeau, le dernier notamment en 1201, et font garder la redoutable forteresse par des châtelains dévoués.

 

C’est à Mirebeau, ou Aliénor est assiégée en 1203, que Jean capture, comme en un coup de filet, les hauts barons poitevins révoltés contre lui, en compagnie de son compétiteur Arthur de Bretagne, à savoir les Lusignan, les Thouars, les Mauléon, les Châtellerault.

Le premier document qui mentionne la présence de Thibaud V et Poitou est daté de 1204. Ce personnage ne figure point dans les chartes d’origine française antérieures et ne parait même pas parmi les barons angevins et poitevins alors engagés dans la lutte contre Jean.

Il est à présumer qu’il se trouvait encore en Castille, ou il avait des fiefs. D’ailleurs, le roi Alphonse VIII de Castille dont la fille Blanche avait épousé Louis VIII, compagnon d’enfance d’Arthur de Bretagne et ennemi mortel de Jean, avait adhéré à l’alliance française et envahit après 1204 la Gascogne, ou il prit Bayonne et poussa jusqu’à Bordeaux.

Des liens étroits s’étaient noués entre les dynasties castillanes et capétiennes, tandis que les Plantagenets avaient pour alliés les rois de Navarre et d’Aragon.

 

Le vitrail de la Crucifixion de la cathédrale de Poitiers – Aliénor d’Aquitaine, Henri Plantagenêt - Thibaud V de Blason et Valence de Mauzé (4)

Le vitrail de la Crucifixion ne pourrait être daté que de 1204 au plus tôt, époque où les Blasons recouvrent leurs possessions en Poitou et en Anjou, notamment Mirebeau, et la fortune territoriale qui leur permet de faire leur splendide donation. C’est de plus l’époque ou Maurice de Blason, que des liens étroits d’affection unissaient à Thibaud V, rentre en possession de sa cathédrale et de son siège épiscopale de Poitiers qu’il occupa jusqu’en 1215 (41).

 

Mais l’examen des documents d’origine espagnole que tous nos prédécesseurs ont négligés ou ignorés, permet de serrer de plus près encore la date du vitrail et d’y voir une commémoration du glorieux rôle de Thibaud V de blason dans la fameuse croisade d’Espagne, celle de Las Navas, qui porta un coup mortel aux musulmans d’Espagne, en marquant le triomphe de la chrétienté ibérique.

La célèbre bataille de Las NAVAS, bien connue par la correspondance des souverains espagnols, par celle du Pape Innocent III et par les chroniques latines d’origine espagnole et française, fut livrée le 14 juillet 1212.

Des contingents de France, Languedociens, bourguignons, Poitevins, prirent une part considérable à cette grande victoire chrétienne.

De France, d’Italie, d’Allemagne étaient venus 2.000 chevaliers, 10.000 écuyers à cheval et 50 000 fantassins (42). Une grande partie de ces masses indisciplinées et pillardes se retira avant la bataille. Mais l’élite resta, et parmi elle les contingents de Français de l’Ouest (Aquitaine, Limousin et Poitou, Anjou et Bretagne) et du Sud-Ouest (Languedociens) ou figuraient l’énergique Cistercien, Arnaud, archevêque de Narbonne, et Thibaud de Blason.

Ce dernier était accouru jusqu’aux défilés de la Sierra Morena et aux plaines de Las Navas, comme vassal du roi de Castille. Ses fiefs et la longue résidence de sa famille en Espagne, qui datait d’un demi-siècle, le font même considérer comme espagnol (natione hispanus) par le chroniqueur Roderic, archevêque de Tolède, témoin oculaire des évènements. Celui-ci assure même que Thibaut avait amené du Poitou et du Languedoc 150 chevaliers (43).

Dans une relation de la bataille, ou 100.000 Maures furent tués et 70.000 faits prisonniers, le roi de Castille signale la présence et le rôle de Thibaud de Blason, que l’archevêque de Tolède qualifie du titre de noble et vaillant soldat (nobilis et strennus).  La reine Bérengère écrivant à sa sœur Blanche de Castille ne manque pas de noter aussi le rôle éminent du croisé poitevin : «  Theobaldus tamen de Blason fideliter patri nostro et viriliter militavit conflictu » (44). Ainsi, le rôle de Thibaud V à Las Navas fut héroïque.

Or, la croisade contre les Maures avait excité dans l’Europe chrétienne un émoi immense. Elle avait été mise par Innocent III sous la protection particulière de la Croix et la victoire de Las Navas fut considérée comme le triomphe de la Croix. Avant les opérations décisives, le mercredi 23 mai 1212, Innocent III avait ordonné des prières dans tout le monde chrétien. Lui-même s’était rendu à l’église de Latran ; il y éleva la relique de la sainte Croix et la porta au palais de l’évêque d’Albano, d’où il harangua la foule. Un cardinal fut chargé de célébrer la messe à l’église de la Croix, ou le pape vint lui-même adorer l’emblème sacré. Il enjoignit que dans toute la chrétienté fussent célébrées de semblables cérémonies, accompagnées de processions et d’un jeûne général (45).

 Après la bataille de Las Navas, le roi de Castille institua une fête annuelle de l’Exallation de la Sainte Croix, à la date du 16 juillet, en action de grâces pour le triomphe de la croix (46).

De cet exposé, nous croyons pourvoir déduire trois conséquences :

 1e Que les donateurs du vitrail de la Crucifixion sont Thibaud V de Blason, seigneur de Mirebeau, vassal du roi de Castille, né vers 1170, mort avant décembre 1229, et sa femme Valence, dame de Mauzé ;

Le vitrail de la Crucifixion de la cathédrale de Poitiers – Aliénor d’Aquitaine, Henri Plantagenêt - Thibaud V de Blason et Valence de Mauzé (6)

2e Que le vitrail n’a pu être exécuté avant 1204 au plus tôt, parce que les Blason, spoliés par les Plantagenets, en lutte violente avec ces derniers, n’ont pu reparaitre en Poitou et y recouvrer leurs fiefs qu’à la faveur de l’occupation française, qu’ils n’ont grandi en richesse et en puissance qu’à partir de cette date, grâce à leur alliance et en puissance qu’à partir de cette date, grâce à leur alliance avec Philippe-Auguste, Louis VIII et Louis IX, ainsi que grâce à leurs relations étroites avec les rois de Castilles ;

3e Que Thibaud V enfin a eu un rôle éminent dans la célèbre croisade de 1212 contre les Maures et notamment à la bataille de La Navas.

C’est à la suite de cette bataille, triomphe de la Croix, dont la mémoire donna lieu en castille à une fête spéciale de l’Exaltation de la Sainte Croix, que les donateurs eurent probablement l’idée de faire exécuter, en l’honneur du divin crucifié, le chef-d’œuvre de la cathédrale de Poitiers qui est le vitrail de la Crucifixion (47).

 

Ce Vitrail, œuvre d’un artiste de génie, détenteur des procédés de l’époque romane, est donc, selon toute vraisemblance, postérieur à juillet 1212 ; il a dû être exécuté au temps de la puissance de la maison de Blason, alliée des rois, pourvues de fiefs en France et en Espagne, investie par la confiance des Capétiens de la charge la plus élevée dans la hiérarchie féodale administrative, celle de sénéchal du Poitou et du Limousin (48)

De leur richesse et de leur rôle, il reste donc deux grands témoignages, celui de Las Navas et celui d’une œuvre qui compte parmi les chefs-d’œuvre de l’art français.

 

Société des antiquaires de l'Ouest

 

 

 

Le vitrail de la Crucifixion de la cathédrale de Poitiers – Aliénor d’Aquitaine, Henri Plantagenêt - Thibaud V de Blason et Valence de Mauzé (7)

 

Vincennes. 1129 Décembre

Securitas facta domino regi a Valencia relicta Theobaldi de Blazonne

Ego Valentia relicta Theobaldi de Blazonne notum facio universis ad quos littere presentes pervenerint quod ego karissimo domino meo Ludovico, regi Francie illustri, tactis sacrosanctis Evangeliis juravi quod alicui de inimicis suis manifestis vel alicui cum quo treugam habeat me non maritabo, inmo eidem domino meo regi et heredibus ejus, et karissime domine mee Blanche regine matri ejus, semper fideliter adherebo contra omnem creaturam que possit vivere et mori.

Et Mausiacum et omnia castella, que tenebat defunctus Theobaldus de Blazonne quondam maritus meus die qua decessit, eidem vel ejus certo mandato tradam ad parvam vim et ad magnam, quotiens ab ispo vel ejus certo nuntio fuero super hoc requisita.- In cujus rei testimonium, presentes litteras feci sigilli mei munimine roborari.- Actum apud Vicenas, anno Domini M° CC° vicesimo non, mense decembri.

 

 

 

 

 

 

 

 


 

La vie d'Aliénor d'Aquitaine

Depuis deux siècles, on appelait habituellement Éléonore cette princesse que les historiens antérieurs nommaient Aliénor (autrement dit Alia Aenor, "l'autre Aénor", puisque Aénor est le prénom de sa mère.), Aanor, Alienordis, Aenordis, Alernoia, Helienordis; on trouve ces différents noms dans les Tables de dom Bouquet, de Duchesne, de Martène.

 

Fortification de Pictavia, Poitiers capitale des Pictons.
La ville de Poitiers doit à Henri II et à Aliénor la construction de sa grande enceinte de fortification, sans qu'on puisse préciser la date à laquelle elle fut entreprise. D'ailleurs le travail dut être long, car la nouvelle muraille embrassait le promontoire entier sur lequel est bâtie la ville.

 

La Baronnie de MIREBEAU, période Poitevine et Angevine (Foulques Nerra - Aliénor d'Aquitaine) -
L'histoire du pays Mirebalais se confond entièrement avec celle du Poitou jusqu'au Xe siècle.

 

(1)    E. Mâle, l’Art religieux au XIIe siècle, p.82.

(2)    Dans Hist. De l’Art, d’A. Michel, II, p. 192.

(3)    Bulletin monumental, 6e série, tome Ier (1885), 17-45, 141-168.

(4)    On pourrait faire d’une manière précise le départ entre les verres anciens et les verres restaurés, en photographiant le vitrail de l’extérieur, les parties anciennes étant les plus ternes (d’après examen personnel fait par MM. Ginot et Marcel Aubert).

(5)    De Fouchier. Les Seigneurs de Mirebeau. Mem. S. Ant. Ouest, 2e série, tomme 1er (1877).

(6)    C. Port, Dic, t, 355. –Teulet, Layettes, t, p. 120.

(7)     Chronique comtes d’Anjou, éd. Marchegay, 263-6- Chr. Des églises, id. p.33.- Jean de Marmoutier, Chr., dans Rec. Ch. De France, XII, 534.

(8)     Port. I, 337.

(9)    Jean de Marmoutier.

(10) Coll. Housseau, XIII, n° 10-020 ; Fouchier, 63.

(11) P. Boissonnade, Marcabru, Romania, 1920.

(12) Gallia Christ., IV, 1182, XIV, 818 ; Innocent III, Lettres, I, 284, 286 ; Besly 119.

(13) Généalogie des Blasons : Guillaume de Blasons eut 3 enfants : 1e Thibaud IV de Blason ; 2e Maurice de Blason, évêque de Nantes, puis de POITIERS. 3E marquise. Les frères de Guillaume  furent Jean et Thibaud III ; ses sœurs ; 1e Théophanie ; 2e Marguerite ; 3e Sybille ; une d’elles, femme de Gui IV, vicomte de Limoges.

(14) Un document de la collection de dom Housseau (III, f0 1176, B. N.) fait de Thibaud V le petit-neveu de Guillaume émigré en Espagne.

(15) Rec. H. Fr., XVII, 61.

(16) A. D. Vienne, chapitre, Mirebeau, Liasse 31.

(17) Gallia Christ., XIV, 245.

(18) Fonds chapitre de Mirebeau, liasse 32 ; Fouchier, 71.

(19) Copie coll. Fonteneau, XVIII, 147 ; Besly, 125-126.

(20) Gallia Christ., XIV, 538.

(21) R. H. Fr, XVII, 104.

(22) Deliste, Catalogue des actes de Philippe-Auguste : avec une introd. sur les sources, les caractères et l'importance historiques de ces documents., 521-522. En remarquant, d’une part, que Philippe-Auguste livra le château de Guarplic à Juhel de Mayenne, et, d’autre part, que la succession de ce seigneur échut à la maison de Mello, une charte de Droco de Melloto Locharum et Meduane et Helisabet, ejus uxor, domina Meduane, en juillet 1230), on est conduit à conjecturer que ce fut à la mort de Juhel de Mayenne, arrivée entre les année de 1219 et 1222, que Guillaume de Mello se mit en possession du Château de Guarplie.

 

(22) Ménage, Hist.de Sablé, 367.

(23) Fonteneau, LXX, XII.

(24) Teulet, II, 62.

(25) Ibid., II, 102.

(26) Ibid., II, 141.

(27) Arch. Nat., J. 627, n°8

(28) Arch. Nat., J. 26, f0 128. Fouchier, N° VI.

(29) Et non en 1228, comme l’a cru Fourchier, p, 72.

(30) Teulet, II ? 708 ? 165.

(31) Raynaud, Bibliogr.des Chanson. Fr., 1884 ; Vaissète, X, 383 ; Raymouard, V. 446.

(32) Ci-dessus, voir note 2.

(33) Cartul. De Bourgeuil, f 195.

(34) Teulet, II, 708, 165.

(35) Coll. Housseau, XIII, 10, 630.

(36) Teulet, II. 107.

(37) Ménage, Histoire de Sablé, 368.

(38) Port, I, 557.- Fouchier, p.75, place sa mort en 1253, d’après le cart. De Bourgeuil.

(39) Fouchier, 75.

(40) E. Mâle, dans Hist. De l’Art, p.791.

(41)Barbier de Montault (p.48, sans déduire nettement ces motifs, suggère les dates de 1204 ou 1214 (mort de l’évêque Maurice de Blason).

(42)Lettre d’Innocent III (coll. Migne), XV ; R. H. G. XIX : Gallia Christ. VI- Recueil Duchesne. V. – Chronique de RODERIC DE Tolède Et de Guillaume de Purplaurens, etc.

(43) Roderic, livre VIII , ch. VI. Le roi de Castille signale aussi ce fait : “ Theobaldus de Blason, naturalis noster (notre vassal), cum suis et quibusdam aliis militibus qui errant de Pictavia meansit.” (Migne, tome CXVI)

(44) Lettre de Bérengère, p. 253.

(45) Aubry des Trois Fontaines : Innocent III, Epistolas, XV.

(46) Epistolas, XII, 182 ; Mariana, II , 675.

(47) Un tel sujet est d’ailleurs d’autant plus inattendus, de prime abord, à cette place, que la cathédrale est dédiée à saint Pierre. Ce vitrail mérite plutôt, en conséquence de tout ce qui précède, la dénomination de vitrail du Triomphe de la Croix (observations de M. Ginot).

(48)Thibaud de Blason dut avoir une part importante du butin de la bataille, qui fut énorme. Il a pu ainsi, de ce seul fait, disposer des ressources nécessaires pour commander un tel vitrail, travail fort coûteux alors.

20 février 2021

Chute de l’indépendance de l’état Poitevin-Aquitain et le conflit entre CAPÉTIENS ET PLANTAGENETS pour la possession du POITOU

La chute de l’indépendance de l’état Poitevin-Aquitain et le conflit entre CAPÉTIENS ET PLANTAGENETS pour la possession du POITOU (1137-1242)

La chute de l’indépendance de l’état Poitevin-Aquitain et le conflit entre CAPÉTIENS ET PLANTAGENETS pour la possession du POITOU (1137-1242).

L'Etat féodal poitevin, parvenu à l'apogée de sa gloire, commença en effet presque aussitôt à décliner lorsque s'éteignit la lignée mâle des comtesducs, à la mort de Guilhem VIII (1137). Dès lors, ballottés entre deux puissances nouvelles, celles des Plantagenets et des Capétiens, l'Aquitaine et le Poitou sont appelés à perdre leur indépendance et deviennent les enjeux d'un conflit séculaire. Ils sont destinés à être absorbés par des groupements plus homogènes et mieux constitués. Le Poitou, placé en quelque sorte à l'avant-garde du duché aquitain, du côté des deux grands Etats anglo-normand-angevin et capétien, subit les contre-coups les plus directs de leur rivalité. Pour lui s'ouvre une longue crise, à l'issue de laquelle, après avoir plusieurs fois changé de maîtres, il va être définitivement absorbé par la nationalité victorieuse.

Peu étendu, mais cohérent, homogène et fort, l'Etat capétien, réorganisé par Louis le Gros, semble d'abord le plus capable de recueillir l'héritage poitevin et aquitain.

 Les rois de France au XIIe siècle ont le prestige moral que leur donne leur titre de suzerain et la force que leur confère leur étroite alliance avec l'Eglise. Les deux politiques habiles et prévoyants qui dirigent la monarchie capétienne, Louis VI et Suger, ont saisi l'occasion que leur offrait l'affaiblissement de la puissance des comtes-ducs, au temps de Guilhem VIII, pour resserrer fortement le lien féodal jusque-là relâché et pour préparer le mariage de l'héritière de l'Aquitaine, Aliénor de Poitiers, avec l'héritier du royaume de France, Louis le Jeune.

Le mariage est conclu aussitôt après la mort du duc, peu de temps avant celle de Louis VI lui-même, si bien que le nouveau roi se trouve ceindre à la fois la couronne des rois capétiens et celle des ducs aquitains. Il double l'étendue de son Etat et en porte d'un seul coup les limites jusqu'aux Pyrénées. Dans la pensée des deux hommes qui avaient ménagé ce coup de théâtre, cet événement devait préparer l'assimilation progressive du Poitou et de ses dépendances avec le royaume capétien, avec la France.

Mais dès l'origine un malentendu pesa sur ce point entre les Aquitains et les Poitevins d'un côté, et les Français de l'autre.

Les Capétiens songeaient à une unification politique progressive, à laquelle la turbulente féodalité poitevine et aquitanique était loin de se résoudre. Cette discordance de vues était l'indice des difficultés qu'allaient rencontrer les princes français du XVe siècle et qu'ils étaient alors encore peu capables de surmonter.

Louis le Gros et ses conseillers avaient cru que l'union matrimoniale préparerait une annexion effective, à l'aide de l'établissement d'un système gouvernemental ou administratif commun. Au contraire, les grands seigneurs, les évêques et même le peuple poitevin, se refusaient à voir en Louis VII un autre personnage que le prince-époux de la duchesse d'Aquitaine, simple protecteur et administrateur provisoire d'un pays résolu à conserver son autonomie quasi intégrale. Telle était aussi à coup sûr la pensée de la fille de Guilhem VIII, devenue reine de France.

Le désaccord n'apparut pas aussitôt; Aliénor n'avait que quinze ans au moment de son mariage. Mais bientôt il surgit et grandit rapidement.

Aliénor ne tarda pas à montrer la liberté d'allures d'une princesse de grande race et l'esprit d'indépendance capricieuse d'une souveraine, héritière d'un des premiers Etats de la chrétienté.

 

 (Le baptistère Saint-Jean de Poitiers, l'un des plus anciens monuments chrétiens d'Europe (Prosper Mérimée - P. de la Croix)

 

Fort belle et fort coquette, sensuelle, d'humeur légère et mobile, infiniment spirituelle, parfois caustique et mordante, d'une intelligence vive et subtile, d'une verve endiablée, elle formait un contraste complet avec le Capétien, son mari. Elle aimait le mouvement, les plaisirs, les dehors du pouvoir même, en une cour où les reines n'avaient longtemps joué qu'un rôle effacé. Elle avait l'orgueil et même la hauteur de son rang; elle ne pouvait manquer de revendiquer ses prérogatives.

Elevée dans un milieu d'esprit libre, elle n'avait pas la conception ascétique de vie qui inspirait Louis VII. Sans cesser d'être docile aux lois de l'Eglise, elle savait garder avec les clercs une allure dénuée de servilisme. Au lieu d'être dominée par le roi, ce fut elle qui le domina. Son mari, qui avait montré à ses débuts des velléités d'autoritarisme et d'activité, ne sut pas cependant résister à Aliénor, pour laquelle il éprouvait un amour passionné.

Il fit revivre, pour lui plaire, les prétentions des ducs d'Aquitaine sur le comté de Toulouse, en organisant une expédition contre ce dernier en 1141. Il obligea divers vassaux du duché, les vicomtes de Limoges, le comte d'Angoulême, les seigneurs de Rochefort et de Mauléon, à s'incliner devant son intervention.

On le vit même, sous l'influence de sa femme, tenir tête à l'Eglise, revendiquer les droits ducaux sur la confirmation des élections épiscopales, notamment à Poitiers, et soutenir sa belle-sœur, mariée au comte de Vermandois, contre le comte de Champagne, protégé de saint Bernard.

Jaloux de l'autorité comtale, il réprima énergiquement une tentative des habitants de Poitiers, qui non seulement avait pour objet la formation d'une république communale, mais encore l'organisation d'une ligue entre les autres cités et bourgs du Poitou (1137).

Mais bientôt, il retombait sous le joug du clergé ; il subissait l'ascendant de saint Bernard ( 1144) et prenait la physionomie de moine couronné, sous laquelle l'histoire se le représente d'ordinaire. Scrupuleux, timoré, revenu aux pratiques d'une dévotion méticuleuse, aux distractions d'un sacristain ou d'un enfant de chœur, il orna des autels, se plut à réciter l'office divin, à faire oraison, à chanter au lutrin. Il se mit à jeûner tous les samedis au pain et à l'eau.

Il exagéra la candeur, la sobriété, l'abstinence; cette « simplicité de colombe », pour emprunter le langage des chroniqueurs monastiques, lui valut le mépris d'Aliénor. Celle-ci aimait à railler et à rire; le roi était devenu scrupuleux et morose. Sa cour manquait d'animation et de gaieté.

 Il eût pu dominer la fille des Guilhem par l'énergie, l'audace, l'autorité. Il perdit tout ascendant sur elle par sa faiblesse, sa pusillanimité, sa soumission de piètre amoureux, transi et jaloux. Il voulut l'amener avec lui à la seconde croisade. La présence de la reine, avec un nombreux cortège féminin, ne fit qu'entraver la discipline.

A Antioche, Aliénor retrouvait une ville de luxe et de plaisir, où régnait son oncle paternel, Raimond de Poitiers, un bel homme, d'allure élégante, brave et spirituel, éloquent et affable, souple et avisé. Il se servit de sa nièce, plus jeune que lui de vingt-cinq ans, pour seconder ses ambitions personnelles. Il l'entraîna dans un tourbillon de fêtes et de plaisirs, où leur intimité fit scandale. De là des scènes de violence dans le ménage royal, où Aliénor s'emporta jusqu'à taxer son mari de couardise. Il est possible même qu'elle n'ait point, en ce milieu d'Orientaux de mœurs faciles, ménagé scrupuleusement l'honneur de Louis VII. « J'ai voulu épouser un roi et non un moine », allait-elle répétant.

Au retour, les deux époux prirent passage sur deux navires différents; ils se laissèrent un moment réconcilier par le Pape Eugène III. Mais bientôt, le divorce, retardé par les conseils du sage Suger, devint inévitable.

Il fut prononcé, pour cause de parenté, au concile de Beaugency, de l'avis même de saint Bernard, le 21 mars 1152.

Aussi bien l'Aquitaine n'obéissait-elle plus au roi capétien, dont les prévôts étaient l'objet des bravades des féodaux.

Le Poitou en particulier, rançonné par deux favoris de Louis VII, un homme d'Eglise, l'ex-chancelier Cadurc, et un homme d'épée, Geoffroi de Rancon, était prêt à se soulever, quand ce premier essai malencontreux d'union se rompit de lui-même.

L'État anglo-normand-angevin essaya alors de reprendre la tâche dont l'Etat capétien n'avait pu venir à bout.

 Cette fois, l'Aquitaine et le Poitou faillirent trouver leur maître. Aliénor avait déjà jeté les yeux sur un nouvel époux, Henri II Plantagenet, comte d'Anjou et de Maine, possesseur du Loudunais et d'une partie de la Touraine.

Henri II était l'héritier de cette ambitieuse maison angevine, dont la fortune n'avait fait que croître depuis deux siècles et qui venait de la consommer par l'annexion du duché de Normandie, en attendant de joindre à ses Etats le royaume d'Angleterre.

 (La vie d’Aliénor d’Aquitaine – Mariage avec le futur roi Henri II d'Angleterre le 18 mai 1152 Cathédrale de Poitiers)

Le mariage de l'héritière des comtes-ducs et du chef de la dynastie angevine était à la fois fondé sur l'amour et sur l'ambition. Aliénor trouvait dans cette alliance l'appui d'un homme bien plus puissant que Louis VII.

Le maître des deux rives de la Manche et des bords de la Loire avait autrement de forces que le Capétien, indécis et mou, qui venait de laisser échapper maladroitement l'héritage aquitanique par dépit d'amoureux déçu.

La duchesse d'Aquitaine était d'ailleurs arrivée à l'âge de la maturité féminine.

Elle avait 30 ans, et la mâle beauté du prince angevin, plus jeune qu'elle de douze années, paraît ne pas l'avoir laissée insensible. Rien d'étonnant si, suivant l'expression d'un contemporain, elle préféra « cette jeunesse vigoureuse à la sénilité précoce » d'un Louis VII.

Le nouveau duc d'Aquitaine n'était d'ailleurs pas un bellâtre.

 De taille moyenne, il avait une chevelure rousse et touffue, un nez retroussé, des yeux grisâtres, des jambes torses, un ventre proéminent, des mains calleuses, une mise peu soignée. Mais sa carrure d'épaules, son masque de lion, son encolure de taureau, son solide poignet d'athlète, lui donnaient cette allure expressive et énergique qui fait la vraie séduction masculine.

Excellent cavalier, chasseur infatigable, rompu à tous les exercices du corps, s'il avait les dehors d'un baron féodal, il dépassait tous ses contemporains par la portée de son intelligence et par l'étendue de son génie politique. Fort généreux, mais peu dévot, peu prodigue à l'égard des gens d'église, lettré, savant, protecteur des poètes, connaissant plusieurs langues, beau parleur, spirituel et même caustique, il était fait pour séduire Aliénor par ces affinités de caractère.

Mais il y avait surtout en lui le premier homme d'Etat du siècle. Chef d'armée prompt dans ses décisions, clairvoyant et plein d'énergie, diplomate rusé, opiniâtre, peu scrupuleux, administrateur d'une activité sans égale, d'esprit net et pénétrant, il unissait en lui tous les talents.

De même que dans son royaume d'Angleterre il fit le premier essai d'une monarchie despotique, de même il s'efforça en France de réaliser l'unité de l'État composite auquel il venait de joindre l'Aquitaine, en imposant au Poitou et aux autres provinces, dont se composait l'héritage d'Aliénor, les institutions de l'absolutisme anglo-normand.

Peu respectueux des traditions du passé, entouré de légistes férus du droit romain, il n'hésita pas à fouler aux pieds l'autonomie des Aquitains et tenta de soumettre à une sorte d'ordre monarchique la féodalité turbulente de l'Ouest.

Il trouva d'abord en Aliénor une auxiliaire de ses plans. La reine vécut, femme et mère heureuse, tantôt au- delà de la Loire, tantôt, le plus souvent, en son cher pays aquitain, entourée d'une cour brillante de dames, de chevaliers et de poètes.

Elle donna à son époux huit enfants qui furent célèbres par la beauté, l'intelligence et l'esprit, mais auxquels elle légua aussi son humeur capricieuse et sa légèreté. L'une de ses filles, Mathilde, femme du duc de Saxe, Henri le Lion, devait être la mère de l'Empereur Othon de Brunswick. La cadette, qui fut reine de Castille, a été la grand'mère de Saint Louis, et la troisième porta la couronne de Sicile, tandis que les quatre fils qui survécurent, Henri le Jeune, Richard, Geoffroi et Jean, furent les princes les plus brillants de la fin du XIIe siècle.

Pendant vingt années, une collaboration étroite exista entre Henri II et Aliénor. Celle-ci avait abandonné en fait à son mari le gouvernement de l'Etat aquitain. Aussi, jamais le pouvoir ducal ne fut-il aussi fort qu'aux mains autoritaires et énergiques du Plantagenet.

Il marqua l'administration du Poitou de sa rude empreinte, obligea son rival Louis VII à renoncer au titre de duc d'Aquitaine (1154), prit pour lui-même ce titre, ainsi que la dignité comtale, les partageant l'un et l'autre avec Aliénor. Il choisit ses agents administratifs supérieurs parmi des hommes de haute naissance qui lui étaient absolument dévoués, tels que le comte de Salisbury.

Il recruta une armée permanente de mercenaires, Gascons, Brabançons, gens de toute nationalité.

Ces routiers et ces cottereaux, moitié brigands, moitié soldats, montrèrent du moins une valeur militaire supérieure à celle des troupes féodales. Il enrôla d'ailleurs aussi volontiers les féodaux que séduisait l'appât d'une solde ou du pillage.

En laissant à ses sujets le droit de se dispenser, moyennant finances, du service militaire, il se créa un énorme trésor de guerre. Il put ainsi grouper pour ses campagnes de Poitou jusqu'à 20.000 soldats qui le suivirent fidèlement. Il occupa fortement les places du pays. Il mit la main sur les principaux manoirs. Il concentra ses moyens d'action militaire dans deux places d'armes :

Poitiers, dont il refit l'enceinte, en lui donnant plus d'étendue, en la munissant d'un ensemble formidable d'ouvrages, de manière à s'assurer le seuil du Poitou, route naturelle de l'Aquitaine, et Niort, dont il construisit le fameux donjon, afin de pouvoir dominer la route de la Sèvre, et maîtriser les chemins de la Gâtine au nord, de l'Aunis au sud-ouest.

Il fit sentir à tous son despotisme bienfaisant, puisqu'il avait pour objet le maintien absolu de l'ordre public. S'il prit volontiers des clercs comme fonctionnaires, il exigea de l'Eglise d'Aquitaine l'exemple de la plus stricte obéissance, installa ses créatures, des membres du clergé de Poitiers, sur les sièges épiscopaux de Périgueux et de Limoges, et disposa souvent à son gré des dignités ecclésiastiques de tout ordre.

Conservateur de l'ordre établi, s'il admettait pour les bourgeois des villes l'octroi de libertés civiles, il rappela durement au respect de la hiérarchie féodale ceux qui, par exemple à Limoges et à la Souterraine, tentèrent de s'émanciper de la sujétion politique de leurs suzerains.

 

 

Mais il porta surtout les plus rudes coups à la turbulente féodalité de ses Etats aquitains. A son frère Geoffroi, révolté contre lui, il enlève les fortes places de Loudun et de Mirebeau.

 

 

Par la même occasion, il s'empare de la vicomté de Thouars, dont le détenteur avait secouru Geoffroi (1156), et il se trouve par- là maître des clefs de la frontière du Poitou, ainsi que de la route de l'Anjou.

Puis, il fait raser les fortifications de Limoges, et il va poursuivre en Gascogne sa besogne de justicier. Pendant douze années, la féodalité poitevine, matée, quoique frémissante de colère, n'osa se hasarder à la révolte.

En 1168, elle finit par se soulever.

Les chefs de la rébellion étaient le vicomte de Thouars, le sire de Lusignan, l'abbé de Charroux, les comtes de la Marche et d'Angoulême, qui comptaient sur l'appui du roi de France.

Le comte de Salisbury fut tué dans une embuscade sur la route de Poitiers, et son neveu, le célèbre Guillaume, comte de Pembroke, surnommé le Maréchal, fait prisonnier par Gui de Lusignan. Aliénor qui les accompagnait n'eut que le temps de se jeter dans le château de Poitiers.

Mais Henri II n'eut qu'à paraître pour faire capituler Lusignan, soumettre la Marche, l'Angoumois et le Limousin (1168-69). Tout pliait devant lui.

Il faisait reconnaître dans l'Aquitaine entière l'autorité ducale. Il s'arrangeait pour continuer à y gouverner sous le nom de son fils Richard, auquel il conférait le comté de Poitou et le duché lui-même (1169), du consentement d'Aliénor, mais en gardant pour lui la réalité du pouvoir.

 Il obligeait le comte de Toulouse à venir reconnaître à Montferrand la suzeraineté du nouveau duc (1173, janvier). Jamais la monarchie anglo-angevine ne sembla avoir été plus près d'atteindre l'unification tant désirée.

Le Poitou parut sur le point d'être absorbé dans le grand Etat en formation, qui, entouré d'alliés en Italie, sur les Alpes, en Allemagne, en Espagne, menaçait d'étouffer son rival, l'Etat capétien.

La dissolution de cet Empire fut presque aussi rapide que l'avait été sa formation.

Le Poitou, qui en était l'une des principales parties, entre depuis 1173 dans une période de troubles presque ininterrompus, dont le résultat est l'affaiblissement, puis la chute de l'Etat anglo-angevin dans le nord de l'Aquitaine.

Vingt et une années suffirent pour amener ce résultat. Henri Il se trouvait aux prises avec des forces de désagrégation, contre lesquelles son génie finit par se briser. La féodalité poitevine vaincue, mais non domptée, aspirait à l'indépendance.

Les membres eux-mêmes de la famille royale refusaient de se plier à la conception unitaire. D'autre part la domination des Plantagenets se faisait détester par l'arbitraire administratif de ses agents.

 L'un de ceux-ci, le sénéchal de Richard en Poitou, Raoul de Faye, ancêtre des ducs de Norfolk, oncle maternel d'Aliénor, laissa la renommée d'un véritable tyran, aussi avide que violent.

La fiscalité des Plantagenets, aussi âpre que le fut plus tard celle de Philippe le Bel, contribuait à propager la haine de la domination anglo-angevine dans les classes populaires. Quant à l'Eglise, elle ne subissait le joug qu'à contre-cœur, et le conflit d'Henri II avec Thomas Becket aliénait au prince les clercs d'Aquitaine.

Ce grand roi déchaîna d'ailleurs l'orage par sa propre faute. Il gâtait ses qualités par la brutalité, par les emportements d'une colère sans frein, par les scandales de sa vie privée.

A trente-neuf ans, au moment où Aliénor atteignait la cinquantième année, il se laissa emporter par sa fougue sensuelle jusqu'aux pires excès, ne respectant ni l'enfance, ni les liens du sang, ni l'honneur des siens. Il osa étaler aux yeux de la fière duchesse d'Aquitaine le scandale de liaisons adultères.

De plus, il prétendait traiter ses fils en lieutenants dociles, sans volonté et sans indépendance, tandis qu'Aliénor voulait faire prévaloir les droits de ses enfants à l'exercice d'un pouvoir autonome.

De là, des scènes affreuses dans le ménage royal. Le mari brutal serait allé, dit la légende, jusqu'à exercer sur la reine des sévices outrageants.

Aliénor aurait, dit-on, songé à un second divorce. En tout cas, avec la complicité de Raoul de Faye, elle poussa ses trois premiers fils, Henri le Jeune, Richard et Geoffroi à nouer cette fameuse ligue de 1173 qui fut le premier coup porté à l'édifice patiemment élevé par le génie du Plantagenet.

Les trois enfants s'enfuirent de la cour de leur père et un vaste complot s'organisa, où entra le roi de France, Louis VII, qui reprochait à son rival d'avoir mis à mort les seigneurs poitevins faits prisonniers cinq ans auparavant.

Avec le Capétien, se liguèrent le comte d'Angoulême, les seigneurs de Taillebourg, de Rochefort, de Mauléon, de Lezay, et surtout Gui et Geoffroi de Lusignan, les plus ardents des conjurés du Poitou.

Tous les ennemis d'Henri II des deux côtés de la Manche avaient pris les armes.

En deux ans, il en triompha, grâce à sa décision, à la force de ses troupes et au défaut de concert de ses adversaires. Il se saisit d'Aliénor, au moment où sous un déguisement masculin, elle s'apprêtait à quitter sa cour, et pendant douze ans, il la plaça sous bonne garde au de- là de la Manche dans une demi- captivité.

Vainqueur en Ecosse, en Angleterre, en Normandie, en Bretagne, il parait enfin en Poitou (été de 1174). Il s'y saisit d'une foule de châteaux, et s'empare du quartier-général des rebelles, Saintes.

Puis, il négocie avec Louis VII la paix de Montlouis (sept. 1174), où son triomphe est complet. Il s'y montra généreux, plus par politique que par sentiment. Il pardonna à ses fils, en s'arrangeant de manière à garder le plus clair des bénéfices de la victoire.

Richard recouvra sans doute son duché d'Aquitaine et son comté de Poitou. Mais son père ne lui laissait que deux châteaux forts. Il lui abandonnait la moitié des revenus comtaux.

Mais il se réservait en retour la haute main sur l'administration, et il mettait des garnisons, avec des capitaines sûrs, dans les places fortes. Il fit mieux.

Il amena Richard, jeune encore, passionné pour la guerre, à lui servir de lieutenant, de docile exécuteur de ses volontés à l'encontre des féodaux. Il lui confia le commandement de ses troupes, après avoir reçu d'elles le serment de fidélité, et il les employa à occuper ou à détruire les forteresses de ses adversaires.

La tyrannie des Plantagenets s'appesantit plus lourde que jamais sur la féodalité poitevine.

Le sénéchal Raoul de Faye, qui avait suivi Richard dans la révolte, se signala par ses excès d'autorité, tandis que le comte de Poitou lui-même montrait dans l'exercice du gouvernement autant de rudesse que son père.

Il poursuivit avec une vigueur impitoyable la destruction des châteaux féodaux, lâchant ses soldats sur la petite noblesse, enlevant les femmes et les filles des « hommes libres », pour assouvir, disait-on, sur elles sa luxure et celle de ses compagnons.

Le désespoir souleva encore une fois la féodalité d'Aquitaine contre cet exécuteur violent des desseins des Plantagenets.

Pendant six années, c'est une lutte presque continuelle, où la révolte renaît à chaque instant de ses cendres. Mais les féodaux, incapables d'un plan concerté, abandonnés par la masse des populations qui les détestent, sont partout vaincus. Richard fond sur ses adversaires, les presse sans relâche et établit sa réputation de brillant général, de « cœur de lion », par une série de combats heureux sur la Vienne, la Charente, la Dordogne. En une campagne, il prend Limoges, Angoulême, Périgueux.

  Il détruit les châteaux de Pons et de Taillebourg. Il expédie à son père le comte d'Angoulême, les vicomtes de Limoges, de Turenne et de Ventadour, les sires de Chabannais et de Matha qu'il a faits prisonniers.

Le plan d'invasion du Poitou formé par la féodalité rebelle a piteusement échoué. La révolte n'a abouti qu'à la consolidation momentanée de la monarchie anglo-angevine.

Henri II et son fils, le comte de Poitou, ont même acquis en 1177 le comté de la Manche. Ils occupent plusieurs années l'Angoumois et le Périgord, et Richard peut disposer de la seigneurie de Cognac en faveur d'un de ses bâtards, Philippe.

L'Aquitaine paraît domptée par les rudes mains du père et du fils.

Tant d'efforts devaient cependant rester infructueux. Les fils de Henri II lui-même, brillants chevaliers, dénués d'esprit politique, passionnés, prodigues, insouciants, jaloux et intraitables, semblèrent prendre à tâche de ruiner successivement son œuvre dans le duché aquitain.

L'aîné, Henri le Jeune, caractère faible et vaniteux, aidé de son frère Geoffroi de Bretagne, se laisse séduire par l'idée de devenir le chef de la féodalité poitevine et aquitanique. Il vient disputer à Richard la possession de l'Aquitaine.

Un grand poète, Bertran de Born, dans des strophes enflammées sonnait la charge contre le roi et contre le comte de Poitiers. Ce nouveau Tyrtée animait de son ardeur la nouvelle ligue féodale, où étaient entrés la plupart des barons poitevins, notamment les seigneurs de Lusignan, de Givrai, de Mauléon et de Thouars, outrés du brutal despotisme de Richard.

 La coalition échoua encore, et son chef Henri le Jeune mourut subitement au cours de sa folle équipée (1183).

Mais, à ce moment, entre en scène un nouvel et redevable adversaire des Plantagenets.

Le Capétien Philippe-Auguste va mettre à profit la turbulence de la féodalité aquitanique et poitevine, ainsi que les divisions des princes angevins, pour saper la domination de ces derniers dans l'Ouest, afin de lui substituer elle de l'Etat français.

 Plus diplomate que général, il est surtout habile à souffler la discorde parmi « les fils du diable ».

Geoffroi et Richard, qui se vantaient de ce nom, ne tardaient pas en effet à se brouiller avec leur père, contre lequel ils intriguaient. Henri crut faire un coup de maître en enlevant le duché aquitain à Richard. Il voulut le donner à son dernier fils Jean, qu'il jugeait plus docile.

Le prince spolié se réfugia en Poitou et déclara qu'il défendrait ses droits sur son apanage les armes à la main (1183).

Le père, usant alors d'un subterfuge de Normand, mit de son côté la légalité féodale en rendant à Aliénor les droits et les honneurs de reine et de duchesse, afin de s'en servir comme d'un instrument contre les ambitions de Richard.

Celui-ci dut s'incliner ; il céda à sa mère le Poitou et l'Aquitaine (1185).

Mais il prit sa revanche, lorsque son père, menacé par une coalition de Philippe-Auguste et de Geoffroi, fut obligé d'avoir recours aux talents militaires du prince disgracié. Il recouvra le duché et le comté à la fois, mais n'oublia pas dans son orgueil blessé l'affront qui lui avait été fait.

La trahison guette dès lors de plus en plus les dernières années du grand roi Plantagenet, dont l'âge a miné le tempérament de fer, amoindri l'esprit de décision et ralenti l'activité. Son propre fils Richard signe avec Philippe-Auguste la trêve de Châteauroux, conspire secrètement avec l'ennemi mortel des Angevins et agit en Aquitaine comme un souverain indépendant.

 Il fait sentir le poids de son autorité aux barons du Poitou, de Saintonge et d'Angoumois, de nouveau révoltés contre lui. Il va humilier l'adversaire traditionnel des ducs aquitains, le comte de Toulouse, jusqu'aux portes de sa capitale.

 

 Bravé par ses fils, abandonné même par son bien-aimé Jean, Henri II meurt désespéré à Chinon, le 26 juillet 1189, dans la solitude et l'abandon.

L'œuvre d'assimilation politique qu'il avait entreprise en Poitou, restait à jamais compromise, bien que son fils l'ait un moment maintenue.

Richard, que les poètes appelaient le comte de Poitou, était plus Poitevin et plus Aquitain que Normand et qu'Anglais.

 Il n'en a pas moins hérité des plans de son père, et il s'efforce dans les dix années de son règne de reprendre pour son compte, après avoir tant contribué depuis 1184 à le ruiner, le système d'unification des Etats des Plantagenets.

 Le brillant fils d'Aliénor, spirituel, lettré, éloquent comme les Guilhem, l'idole et l'ami des troubadours, dont il partage les jeux poétiques, l'objet de l'admiration des chevaliers à cause de sa bravoure héroïque, fut mieux qu'un soldat batailleur.

Il avait les talents d'un véritable chef d'armée.

 Supérieur sur ce point à son père et surtout à Philippe-Auguste, il montra une réelle entente de la tactique, des manœuvres et des marches rapides. Ses campagnes décèlent en lui une décision et une sûreté de coup d'œil peu ordinaires.

Il avait de plus, sous des dehors généreux, la hardiesse, l'énergie, voire même la froide cruauté d'un politique, capable de mener de front l'intrigue diplomatique et la guerre, de concevoir un programme politique et d'en poursuivre l'exécution avec persévérance. Il releva ainsi passagèrement la fortune de sa maison.

Pour la seconde fois, l'Etat anglo-angevin se trouva en mesure de réaliser ses desseins antérieurs et d'arrêter l'Etat capétien son rival sur le chemin de la fortune.

A peine couronné, Richard s'appuie en Aquitaine, comme l'avait fait son père avant 1170, sur les hommes d'Eglise, dont il peuple son conseil.

 

 Il appelle sa mère Aliénor à la régence pendant la troisième Croisade, et il se sert du prestige de la vieille reine pour affermir son pouvoir. Il se crée un parti parmi les féodaux ; il a pour compagnons d'armes les Lusignan, auparavant ses adversaires, et un héros de roman, André de Chauvigny, auquel il donne la main de l'héritière de la seigneurie de Châteauroux.

Souvent, on le voit résider dans sa ville favorite, Poitiers, au cours de ses rapides chevauchées.

 A l'aide de ses mercenaires, que conduisent les féroces Mercadier et Algais, il écrase trois révoltes de la féodalité poitevine, dirigées par les vicomtes de Brosse et de Limoges, par le comte d'Angoulême et par le sire de Taillebourg (1192, 1194, 1199).

Pour l'aider dans l'administration du Poitou, il confie pendant deux années le comté à son neveu, Othon de Brunswick. Il fait éprouver à Philippe-Auguste, l'allié de ses vassaux rebelles, défaite sur défaite, et il promène de la Basse-Seine à la Charente ses armes victorieuses.

Une dernière révolte des barons de l'Ouest lui coûte cependant la vie. Il est blessé mortellement à la fleur de l'âge au siège de Chalus en Limousin (26 mars 1199).

Ce fut pour l'Etat capétien un coup de fortune inespéré.

Philippe-Auguste allait en quelques années rattacher le Poitou et le nord de l'Aquitaine à son royaume, grâce non seulement à son génie tenace, à sa diplomatie active et habile, mais encore et surtout grâce aux fautes de son rival, Jean Sans Terre.

La mort de Richard déchaînait une crise, dont le nouveau Plantagenet, aidé de sa mère Aliénor, qui montrait, quoique octogénaire, une activité surprenante, vint d'abord à bout aisément.

Jean avait en effet l'intelligence, l'esprit, l'aptitude aux affaires des membres de sa famille. Au premier moment, il fit preuve de véritables qualités politiques.

 La bourgeoisie aquitanique hésitait.

  De concert avec Aliénor, il rattache à sa cause Poitiers, Niort, la Rochelle, Saintes, St-Jean-d' Angély, Oléron, Cognac par une série de concessions de privilèges.

 

Il gagne une partie des féodaux, tels que les seigneurs de Mauléon, de Mauzé, de Surgères, de Chauvigni, par des avantages considérables, et la puissante maison de Lusignan par la cession du comté de la Marche (1199-1200).

Il accorde le comté d'Eu à un autre Lusignan, frère du nouveau comte. Il fait la paix avec le comte d'Angoulême et avec le vicomte de Limoges, en leur restituant leurs possessions. Philippe-Auguste doit ajourner ses desseins secrets et conclure un accord avec le dernier fils d'Aliénor.

Celui-ci prend les titres de comte de Poitou et de duc d'Aquitaine.

 Il oblige le roi de France à abandonner la cause de son concurrent, Arthur de Bretagne, que les Poitevins du nord, avec le vicomte de Thouars, avaient soutenu vigoureusement (mai 1200).

Mais bientôt les vices du roi Jean se révélaient sans détours.

Sa nature vindicative, sanguinaire, dépravée, cupide, sa déloyauté, sa cruauté, sa lâcheté et sa mollesse éclatèrent à tous les yeux.

Il perdit en peu d'années tout le bénéfice de la politique énergique et avisée de son avènement.

Il s'aliéna la grande famille poitevine des Lusignan par une série d'injures. Au chef de cette maison, Hugues IX, il enlevait le comté de la Marche pour se l'approprier.

 

Au fils de ce grand vassal, Hugues X de Lusignan, il prit sa fiancée Isabelle d'Angoulême (août 1200), au mépris du droit féodal, et il se hâta d'occuper l'Angoumois à la mort de son beau-père, Aimar (1202).

A un autre Lusignan, il enleva le château de Moncontour. Au frère de Hugues IX, Raoul d'Exoudun, il confisqua Neuchâtel-en-Brai.

La féodalité poitevine menacée brutalement se leva presque en totalité contre le tyran.

Les Lusignan, Hugues, Raoul, Geoffroi, les Mauléon, les Thouars, les Chauvigny, les Châtellerault, les Brosse, s'unirent.

 Ils portèrent leur cause devant la cour du suzerain du comte de Poitou, c'est-à-dire devant l'ennemi naturel de ce dernier, le roi de France. Philippe-Auguste s'empressa d'accueillir leur requête.

Jean ayant refusé de comparaître et de livrer à son neveu Arthur le Poitou, que ce dernier revendiquait (mars-avril 1202), la cour du roi prononça au détriment du Plantagenet la confiscation de tous les fiefs détenus par celui-ci.

Arthur, devenu le gendre du Capétien, devait être investi de l'Aquitaine, du Poitou et de l'Anjou.

Il envahit aussitôt ces provinces, tandis que Philippe entrait en Normandie. L'attaque fut soudaine.

Jean n'avait rien préparé pour la prévenir.

Son sénéchal de Poitou dut recourir encore à Aliénor qui, sortant de sa retraite de Fontevrault, se jeta à la hâte, avec une poignée de fidèles, dans la place forte de Mirebeau, pour y barrer la route à son petit-fils et à l'armée des féodaux poitevins.

 Ceux-ci enlevèrent sans peine la forteresse, mais Aliénor se réfugia dans le donjon. Jean, prévenu par elle à temps, gagnait par ses promesses les nobles angevins. Il accourait à marches forcées du Mans en Poitou. Il surprit les conjurés qui se gardaient mal, et après une âpre mêlée, les écrasa sous le nombre (1er août 1202).

Grâce à cette brillante victoire, il avait pris, comme en un coup de filet, presque tous les membres de la haute féodalité poitevine révoltée et son propre neveu Arthur. Il assassina probablement ce dernier à Rouen (1203).

 

 Il fit torturer ses captifs poitevins ou leur extorqua d'énormes rançons. Il ne relâcha les Lusignan qu'en se faisant livrer leurs châteaux. Il se réconcilia enfin avec le vicomte de Thouars par l'entremise du sire de Parthenay et il crut ainsi en avoir fini avec la rébellion.

Il se trompait. Sa perfidie et son atroce conduite lui firent perdre le bénéfice de la victoire.

Les Angevins, auxquels il devait le succès de Mirebeau, ne lui pardonnèrent pas le meurtre d'Arthur, dont ils auraient voulu faire leur souverain autonome. Les barons poitevins s'empressèrent de trahir l'homme qui les avait spoliés ou maltraités.

Dès la fin de 1203, le puissant vicomte de Thouars, auquel Philippe-Auguste promit la charge de sénéchal de Poitou, livrait au roi de France l'accès de la province. Les Lusignan se tournèrent vers l'alliance française.

 Le 31 mars 1204 enfin, Jean perdait sa mère Aliénor, son meilleur appui.

L'héritière de la dynastie aquitanique s'éteignit à Fontevrault, où elle fut ensevelie avec les rois de sa famille. Elle ne vit pas la fin de l'indépendance de son Etat.

 Quatre mois après sa mort, Philippe-Auguste, qui venait de conquérir la Normandie, l'Anjou, le Maine et la Touraine en quelques semaines, se présentait aux portes du Poitou.

Sa diplomatie fit plus que les armes pour lui assurer la rapide conquête de ce vaste comté. A peu près tous les barons, sauf Savari de Mauléon, abandonnèrent la cause de l'assassin d'Arthur.

Le sire de Parthenay lui-même, jusque-là attaché au parti de Jean, se rallia au roi de France. Le vicomte de Thouars lui ouvrit les portes de Loudun. Le comte de Périgueux s'empressa de prêter hommage.

Jean ne parvint à garder que le comté d'Angoulême et la seigneurie de Cognac.

La puissante abbaye de Saint-Maixent se prononçait pour le roi de France.

Les bourgeois de Poitiers livraient la puissante enceinte de leur ville le 10 août 1204, gagnés par les privilèges que Philippe leur concéda.

Niort, la Rochelle, Saint-Jean-d'Angély suivaient cet exemple.

 En 1205, le sénéchal anglonormand du Poitou était fait prisonnier avec les dernières troupes du Plantagenet, qui perdait aussi les derniers boulevards de sa puissance au nord de la province, Loches et Chinon.

Il était toutefois plus facile de conquérir le Poitou que de le garder.

Jusqu'en 1242, la conquête française resta précaire. La féodalité poitevine, en secouant le joug du Plantagenet, n'entendait pas subir celui du Capétien.

Elle aspirait à les opposer l'un à l'autre, de manière à se rendre en fait indépendante et à se faire payer chèrement ses changements de parti.

Ainsi, pendant longtemps se prolongea cette comédie, qui valut aux barons poitevins un renom d'instabilité, de perfidie et de cupidité assez mérité.

Le rôle des livres sterling et des livres tournois fut souvent plus décisif auprès d'eux que celui des armes. D'autre part, la bourgeoisie du Bas-Poitou, qui s'enrichissait par le commerce avec l'Aquitaine du sud et avec l'Angleterre, préférait la domination anglo-angevine à la domination capétienne.

De là, une lutte souvent vive entre les deux partis français et anglais, dont l'influence se contrebalançait dans la province, au point que pendant trente-huit ans la victoire resta indécise entre l'un et l'autre.

A peine en effet Philippe-Auguste a-t-il conquis le Poitou que Jean y retrouve de nombreux partisans.

Il met à leur tête, avec le titre de sénéchal, un vaillant baron, le troubadour Savari de Mauléon, qui reprend Niort par surprise aux Français en 1205.

Il ramène dans son alliance les membres des puissantes maisons de Thouars et de Parthenay.

Philippe n'a que le temps de mettre en défense Poitiers, Loudun et Mirebeau (1206).

 Jean débarque à la Rochelle, occupe le Bas-Poitou, s'avance même au- delà de la Loire, repousse l'attaque de l'armée française devant Thouars, accepte, il est vrai, une trêve avec son rival (octobre 1206), mais reste en possession de la moitié du territoire poitevin.

 

 

 

Il la perd en grande partie l'année suivante, lorsque les Français, prenant à leur tour l'offensive, ravagent le Thouarçais, prennent Parthenay, occupent Fontenay, défont en bataille rangée les seigneurs de Mauléon et de Thouars (1205-1208).

Néanmoins, les fidèles de Jean restés maîtres du sud du Poitou avec Niort préparent une revanche.

Elle leur est offerte par la grande coalition de 1214.

Tandis que les alliés du roi d'Angleterre tentent au nord l'invasion qui aboutit à la bataille de Bouvines, au sud Jean en personne vient agir en Aquitaine.

Il débarque à la Rochelle avec des troupes et des tonneaux pleins de sterlings.

 La féodalité poitevine, gorgée de faveurs par Philippe-Auguste, avait quelques années auparavant abandonné sans hésitation le Plantagenet.

 Les Mauléon, les Chauvigny, les Lusignan, le comte de Périgord s'étaient déclarés pour le roi de France.

Jean n'eut qu'à paraître pour amener un revirement. Le vicomte de Thouars et le sire de Parthenay se faisaient ses honnêtes courtiers. Savari de Mauléon et presque tous les barons du Poitou se prononcent pour sa cause.

Le vicomte de Limoges écrit ingénument au roi de France que la situation ayant changé, il ne faut plus compter sur sa fidélité.

Vainement, Philippe-Auguste essaie-t-il de rallier les Poitevins.

 

  Il vient lui-même à Loudun et à Chàtellerault; il prodigue les caresses aux bourgeois de Poitiers.

 

 

Il mêle la manière forte à la manière douce, et pour donner une leçon aux féodaux les plus opiniâtres, il va incendier Bressuire et Thouars.

Mais à peine a-t-il quitté les bords de la Loire pour courir au Nord, que Jean écrase la résistance des seuls féodaux restés les partisans fidèles de la France, les Lusignan. Il leur prend leurs places de Bas-Poitou.

Puis, en homme habile, il les gagne aussi à sa cause; il leur restitue leurs biens; il donne au comte de la Marche, chef de cette maison, Saint-Jean-d'Angély; il promet en mariage sa fille Jeanne au fils aîné du comte.

Cette alliance semblait assurer au Plantagenet la possession du Poitou.

Jean parlait même de marcher sur Paris. Il occupait Angers, et mettait le siège devant la Roche-aux-Moines, place forte qui commandait la route entre Nantes et le Poitou maritime.

C'est là qu'il trouva la fin de ses succès. Le 2 juillet 1214, il y essuyait une écrasante défaite.

La noblesse poitevine, qui se souciait fort peu d'assurer au roi anglais une supériorité trop marquée sur son rival, avait lâché pied et refusé de soutenir le choc des Français.

Le roi d'Angleterre s'enfuit jusqu'à Saint-Maixent.

Il essaya ensuite quelques démonstrations en Bas-Poitou, puis, soit par découragement, soit par lassitude, il laissa le prince Louis, fils de Philippe-Auguste, ravager le vicomté de Thouars et détruire de fond en comble le château des Lusignan à Moncontour.

 Les Thouars et les autres barons poitevins abandonnèrent aussitôt leur allié de la veille.

Philippe-Auguste, victorieux à Bouvines, n'eut qu'à s'avancer jusqu'à Loudun, pour obliger son rival à accepter la paix de Chinon (18 septembre 1214), par laquelle celui-ci renonçait complètement à la possession de la majeure part du Poitou.

Ce traité fut renouvelé en avril 1216. Une longue minorité s'ouvrait d'ailleurs qui allait paralyser pour longtemps les tentatives de revanche des Plantagenets.

Le fils de Jean, Henri III, qui lui succédait en 1216, se trouvait aux prises à la fois avec les barons anglais et avec les barons aquitains, empressés à profiter de sa faiblesse.

De 1219 à 1224, une effroyable anarchie désolait le sud du Poitou, resté aux mains du roi d'Angleterre.

La bourgeoisie des villes, telles que Niort, la Rochelle, Saint-Jean, soutenait la cause des agents du souverain anglais, tandis que les féodaux, méconnaissant l'autorité de son sénéchal, rançonnaient le plat pays et bravaient leur suzerain.

A la tête de cette coalition féodale était le nouveau comte de la Marche, Hugues X, qui venait d'épouser la veuve du roi Jean, Isabelle d'Angoulême, et qui revendiquait à la fois l'Angoumois et le pays de Niort, au nom de sa femme.

Avec lui, dans cette ligue féodale figuraient les Thouars, les Rançon, les Parthenay, les Surgères, qui saisissaient à l'envi cette occasion de piller les riches communes de l'Ouest.

 Le désordre frayait la voie à une nouvelle intervention française.

Philippe-Auguste la prépara en accordant aux bourgeois de Poitiers de nouveaux privilèges (1222), et en négociant avec les barons rebelles des accords que son fils devait mener à bonne fin.

Quand il mourut, l'achèvement de la conquête du Poitou ne fut plus qu'un jeu pour son successeur, Louis VIII.

Celui-ci gagna les vicomtes de Thouars, de Limoges, de Châtellerault, les sires de Parthenay et de Bressuire, s'assura l'appui du plus puissant des Lusignan, le comte de la Marche, en lui promettant Saintes, Oléron, même Bordeaux (mai 1224), gagna les villes par des concessions de chartes de communes, et entra en Poitou par le val du Thouet.

Il n'eut qu'à paraître : les Anglais n'avaient ni argent, ni soldats.

 

 

Tandis qu'une partie de son armée occupait Saint-Maixent, le gros faisait capituler Niort (3 juillet) sans le moindre effort; puis ce fut le tour de Saint-Jean-d'Angély.

La Rochelle seule fit une courte résistance.

Ainsi, le Poitou se trouva pour la première fois entièrement conquis par l'Etat capétien.

Louis VIII, en vertu de son testament, put le constituer en apanage pour son fils Alfonse.

Tous les efforts des Plantagenets en vue de le reconquérir devaient dès lors rester stériles.

Ils essayèrent pourtant de rentrer en possession du Poitou à la faveur des embarras de la minorité de Saint Louis et des intrigues de la féodalité poitevine.

 A la tête de cette dernière, se trouvait définitivement placé un des plus puissants seigneurs de France, le comte de la Marche, chef de la maison des Lusignan.

Cette maison, dont les domaines primitifs commandaient les passages entre le seuil du Poitou et la Plaine, n'avait cessé de grandir depuis le milieu du XIIe siècle, soit par les mariages, soit par les hasards du conflit entre Capétiens et Plantagenets.

Son chef possédait, outre les seigneuries de Lusignan, de Prahecq, de Fontenay et d'autres encore en pays poitevin, les comtés de la Marche et d'Angoulême, la Saintonge et Oléron.

Ses parents détenaient Melle, Civrai, Loudun, Châtellerault, Moncontour, Vouvent et Mervent, places importantes de la province.

 

 La plupart des barons suivaient son impulsion. Aussi Henri III, roi d'Angleterre, n'eut-il aucune peine à entraîner les seigneurs du Poitou dans la ligue féodale formée contre Blanche de Castille (déc. 1227).

Il lui suffit de promettre à l'avide Lusignan la possession de Niort.

Les Parthenay, les Thouars, toute la noblesse du Bas-Poitou s'engagèrent dans cette sorte de Fronde aristocratique.

Elle était moins dangereuse en effet que ne l'avaient été les révoltes précédentes. La domination française s'établissait solidement tous les jours en Poitou. Elle y trouvait un ferme appui dans le clergé, dans la bourgeoisie des villes et même dans une partie de la noblesse.

Aussi, les nouveaux assauts livrés aux Capétiens n'eurent-ils point, pendant cette dernière période critique, la gravité des précédents.

En 1227, il suffit que Saint Louis parût avec sa mère à Loudun et à Vendôme pour que la coalition, travaillée par des dissensions intérieures, se brisât d'elle-même.

Les Lusignan, qui avaient figuré au grand conseil tenu à Thouars par les rebelles, s'empressèrent de faire la paix, lorsque la régente Blanche de Castille eut promis à Hugues une indemnité considérable pour Niort et pour la dot d'Isabelle d'Angoulême, outre la conclusion d'un mariage entre le fils de celle-ci et une sœur du roi de France.

La Reine eut l'habileté de faire intervenir ensuite le Pape, de manière à rompre les projets dangereux de mariage intervenus entre le fils du puissant Lusignan et la fille du comte de Toulouse.

Plus tard même, elle fit annuler, sous prétexte de parenté, l'union projetée entre Elisabeth, fille du comte de la Marche, et Alfonse de Poitiers, frère de Saint Louis, encore mineur.

Quant au vicomte de Thouars et au sire de Parthenay, ils durent subir les conditions du roi de France.

Lorsqu'en 1230 le roi d'Angleterre, Henri III en personne, vint, appelé secrètement par les Lusignan, et ouvertement par le comte de Bretagne, tenter de recouvrer l'Aquitaine du nord, la diplomatie capétienne ne manœuvra pas avec moins d'habileté.

Par le traité de Clisson (mai 1230), elle détacha de nouveau les Lusignan de la coalition, moyennant une forte somme d'argent, outre la reconnaissance de leurs droits sur l'Aunis, Saint-Jean-d'Angely et quelques autres terres.

Ainsi, tous les efforts du Plantagenet pour recouvrer le Poitou restèrent vains. Ses alliés, les sires de Pons, de Surgères, de Parthenay, demeurèrent exposés sans secours aux représailles du Capétien, tandis que les Thouars et les Rançon refusaient de se déclarer contre Saint Louis.

Bien mieux, les Lusignan prirent les armes contre Henri III, qui refusait de leur rendre l'île d'Oléron.

Ils lui enlevaient même Blaye; il fallut l'intervention du Pape pour les obliger à se contenter d'une indemnité en argent, à la place de l'île convoitée.

Quand un dernier et formidable effort fut tenté par les féodaux, aidés du roi d'Angleterre, pour secouer le joug français, douze années après, il était trop tard.

La période déjà longue, écoulée depuis la conquête du Poitou tout entier, avait permis aux Capétiens d'affermir leur puissance.

Bientôt, les plus grands barons du Poitou, les Lusignan, l'apprirent à leurs dépens.

Leur ambition inquiète éprouva échec sur échec.

Dès 1236, Hugues X, furieux de voir la main d'Isabelle de France échapper à son fils, avait marié celui-ci à Yolande de Bretagne, fille du célèbre adversaire de la royauté capétienne, Pierre Mauclerc.

Il était entré dans la coalition organisée par ce dernier et par Thibaut de Champagne contre le roi. Mais, avant qu'il pût se mettre en mouvement, ses alliés étaient vaincus.

Il dut s'estimer heureux de renouveler le traité de Clisson.

Cinq ans plus tard, l'occasion parut propice à l'ambitieuse veuve de Jean, Isabelle, femme du comte de la Marche, pour frapper un nouveau coup et essayer d'enlever l'Aquitaine aux Français.

Une vaste coalition s'organisa, où entrèrent l'empereur Frédéric II, le roi d'Angleterre, Henri III, les rois de Navarre et d'Aragon, le comte de Toulouse, Raimond VII, tous les Lusignan, le comte de la Marche à leur tête, et presque tous les grands barons poitevins.

 

Six mois auparavant, dans de belles fêtes données par le roi à Saumur, Alfonse de France, devenu majeur, avait été armé chevalier.

A cette occasion, le comte de la Marche avait pris place à la table de Louis IX.

 Les barons poitevins, et à leur tête les Lusignan, étaient même venus au château de Poitiers prêter l'hommage au nouveau comte de Poitou.

Hugues X avait dû restituer à cette occasion à son suzerain Saint-Jean-d'Angély et l'Aunis. Il n'avait pas osé refuser au roi et à Alfonse l'accès de son château de Lusignan.

Les allures dominatrices de Saint Louis et de son frère en cette circonstance inspirèrent à la féodalité poitevine son dernier accès de révolte impuissante.

 La comtesse de la Marche, Isabelle, qui avait porté une couronne, fut l'âme de cette prise d'armes. Elle était ambitieuse et passionnée. Sa vanité ulcérée ne pardonnait pas les humiliations qu'elle s'était vu infliger par Blanche de Castille et par les femmes de la famille royale.

Aussitôt après le départ du roi elle se rendit à Lusignan, pour faire enlever les draps, les coffres, les matelas, les sièges, les vases qui avaient servi à la visite royale. Elle tint trois jours son mari suppliant à sa porte au château d'Angoulême.

 Elle pressa vivement l'organisation du vaste complot qui fut formé à Parthenay contre la domination française entre tous les barons du Poitou.

Elle souffla dans leur cœur son esprit de vengeance, en leur remontrant que « le moindre sergent royal faisait son bon plaisir » à leur détriment et les traitait « comme des esclaves ».

Toute l'Aquitaine féodale se souleva et Hugues X vint le jour de Noël 1241 à Poitiers, renier l'hommage rendu auparavant; il défia publiquement son suzerain. On ne doutait point parmi les conjurés de la restauration de la domination des Plantagenets.

Le frère d'Henri III, Richard, prit le titre de comte de Poitou.

Henri lui-même débarqua avec une armée, 300 chevaliers et force argent, à Royan (mai 1242). On avait promis monts et merveilles aux alliés.

 

 Le comte de la Marche en particulier se voyait déjà le maître de l'Aunis et de l'île d'Oléron..

On confirmait de plus tous ses droits sur la Marche, l'Angoumois et la Saintonge.

 L'or coula à flots dans l'escarcelle des autres barons.

 

 La vigoureuse offensive de l'armée royale fit écrouler ce château de cartes. Conduite par le roi lui-même et divisée en trois corps, elle occupa rapidement les forteresses de Lusignan et de Béruges, puis Montreuil-Bonnin, aux portes de Poitiers, ensuite Frontenay, la clef de Niort, Vouvent et Mervent, les clefs de la Gâtine et du Bas-Poitou (avril-mai 1242).

Bressuire fut enlevée à Savari de Mauléon. L'impéritie du roi d'Angleterre, qui démoralisait ses troupes par des marches et contremarches sans résultats, le long de la Basse-Charente, acheva d'assurer le succès des Français dans cette facile campagne.

 Un ennemi mortel des Lusignan, Geoffroi de Rancon, seigneur de Taillebourg, livra cette dernière place à Saint Louis, de manière à lui rendre aisé le passage de la rivière.

En dépit de la légende, il n'y eut même pas de combat (21 juillet 1242).

Craignant d'être enveloppés par l'armée française, supérieure en nombre, et dont le camp ressemblait « à une populeuse cité », les Anglo-Poitevins se replièrent en hâte sur Saintes, livrèrent le lendemain dans les prairies autour de cette ville un court et peu sanglant combat et s'enfuirent sur la route de Bordeaux (22 juillet).

Ce fut la fin peu glorieuse d'une équipée inconsidérée.

 

  Déjà, l'un des Lusignan, Geoffroi, seigneur de Vouvant, avait dû faire sa soumission en juin.

Le comte de la Marche lui-même implora son pardon du roi, par l'entremise du comte de Bretagne et de l'évêque de Saintes.

 Après avoir livré son fils en otage, il se rendit au camp de Saint Louis et d'Alfonse de Poitiers, placé auprès de la petite ville de Pons.

Là, accompagné de l'ex-reine Isabelle et de deux de ses fils, il se jeta en pleurant aux pieds du roi, implorant sa clémence et se mettant à sa discrétion (1er août 1242).

Les conditions de la paix furent dures.

L'indépendance des Lusignan, chefs de la féodalité poitevine, ne se releva jamais de ce coup.

Ils durent concéder à Alfonse de Poitiers tout l'Aunis, Saintes, Pont-l'Abbé, cinq ou six de leurs grands domaines poitevins, tels que Saint-Gelais et Tonnay-Boutonne, lui abandonner leur suzeraineté sur les fiefs des Pons, des Rançon, des Exoudun et des autres membres de la maison de Lusignan en Poitou.

 Ils furent contraints de livrer trois de leurs forteresses.

Château-Larcher, près de Poitiers, Merpins en Angoumois, Crozant dans la Marche; le roi et son frère y mirent garnison à leurs frais. A ce prix, on accepta leur hommage pour la Marche, l'Angoumois et les débris de leurs possessions poitevines.

Dès lors, toute opposition se trouva brisée.

Le Poitou ne devait plus pendant plus de cent ans être soustrait à la domination des rois de France.

Il allait même, grâce à la force et aux bienfaits d'une administration ordonnée, oublier le temps de son orageuse liberté et se fondre si intimement avec la nationalité française, qu'il fut impossible désormais de l'en séparer d'une manière durable.

Les souvenirs de la vieille indépendance aquitanique s'effacèrent peu à peu, et l'ancien Etat des Guilhem, avant le reste de l'Aquitaine, se trouva pour toujours absorbé dans la France, dont il suivit librement les destinées.

 

 Histoire de Poitou  P. Boissonnade

 

 

 ==> Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU ) <==

 

 

 


 

 

Etude des Chartes Communales de Poitiers et les Etablissements De Rouen d'Aliénor d'Aquitaine. -

La plus ancienne charte communale de Poitiers que nous connaissions est celle qui a été donnée en 1199 par Aliénor d'Aquitaine, en même temps qu'une charte de privilèges. Elles n'ont été jusqu'ici, ni l'une ni l'autre, publiées avec une parfaite exactitude, même dans l'ouvrage de Giry sur les Etablissements de Rouen.



Aliénor d'Aquitaine, Lois Maritimes les Rôles d'Oléron, appelés aussi Jugements d'Oléron

Aliénor d'Aquitaine, Lois Maritimes les Rôles d'Oléron, appelés aussi Jugements d'Oléron Les Rôles d'Oléron, sont un recueil de jugements compilés en un code à la fin du XIIe siècle par décision d'Aliénor d'Aquitaine, et qui ont été utilisés comme code maritime dans toute l'Europe. Ils sont à l'origine de la Loi de l'Amirauté britannique.



Richard Cœur de Lion, seigneur de Talmont; des Lois Maritimes (Rôles d'Oléron) au droit d'amirauté -

Pour faire comprendre l'amirauté de Talmont, il est donc indispensable que nous exposions, dans une légère exquise historique, ce que fut l'amirauté en France pendant le moyen-âge. Le titre d'amiral nous vient des croisades. Tant que durèrent les guerres de Palestine, les chrétiens, qui pourtant n'avaient pas de flottes en règle, appelèrent de ce nom arabe les principaux commandants de leur navigation armée.

 

19 février 2021

François de la Rochefoucauld, auteur des célèbres Maximes, reçut la châtellenie d’Ardelay en dot en épousant Andrée de Vivonne

François de la Rochefoucauld, auteur des célèbres Maximes, reçut la châtellenie d’Ardelay en dot en épousant Andrée de Vivonne en 1628

François VI de La Rochefoucauld, prince de Marsillac épouse le 20 janvier 1628, à Mirebeau-sur-Bèze (21), à l’âge de 15 ans, Andrée de Vivonne (1612-1670), fille et unique héritière d'André de Vivonne (1), baron de La Chataigneraie, grand fauconnier de France, et de Marie- Antoinette de Loménie. Huit enfants naîtront de cette alliance.

François, duc de La Rochefoucauld,  joua un grand rôle dans la Fronde, à l'instigation de la duchesse de Longueville.

 Il est l'auteur des Maximes et Réflexions morales, peinture égoïste de l'âme humaine, qui ne témoigne pas en sa faveur.

La Rochefoucauld n'avait que neuf ans lorsqu'il fut amené à Fontenay le comte par son père, alors gouverneur du Poitou. (2)

Sa mère, Gabrielle du Plessys, prit soin de son enfance et l'eut souvent près d'elle jusqu'en 1626.

La maison qui était occupée par les Frères de l'Ecole Chrétienne, et connue sous le nom de Maison du gouverneur, leur servait d'habitation.

 

 

Il existe deux documents historiques qui constatent son passage à Fontenay :

l'un, du 27 septembre 1621, est l'acte de baptême de François-Gabriel, fils de Raoul Galber-Picard, seigneur de Guinefolle, et de Françoise Bouldron, morte en couches, dont il fut parrain (Registres d'état civil de Notre-Dame, conservés ait greffe.);

l'autre, du 14 septembre 1625, est la signature apposée sur le contrat de mariage de Louis de Raymond, seigneur des Champs, capitaine au régiment de Navarre, et de Claude Gallier-Gamier, fille de Jean Garnier, seigneur de la Guérivière, conseiller au parlement de Bretagne, et de Suzanne Gallier:

Le 18 novembre 1627, le duc de La Rochefoucauld et Gabrielle du Plessys, étant à Fontenay, nommèrent François de La Rochefoucauld, abbé de la Reaux, et César de Lestang, seigneur de Boisbreton, leurs procureurs et fondés de pouvoirs pour assister au mariage de leur fils avec Andrée de Vivonne 16 ans, dame d'honneur d'Anne d'Autriche,  fille d'André de Vivonne (aaaa), et de Marie-Anthoinette de Loménie, mariée en secondes noces à Jacques Chabot, marquis de Mirabeau, gouverneur de Bourgogne.

 

 

 

Les Vivonne de la Châtaigneraie

Des mains des Chasteigner, l'une des plus anciennes et des plus illustres familles du Poitou, La Châtaigneraie passa par alliance dans la maison de Vivonne.

Parmi ces derniers, il en est deux qui appartiennent plus particulièrement à l'histoire : André, surnommé avec raison le bon sénéchal, et Charles, son fils.

André de Vivonne, nommé sénéchal du Poitou, en 1489, n'était pas seulement un habile administrateur et un courageux guerrier; il aimait aussi passionnément les lettres et protégeait les savants.

Tiraqueau, son filleul, ne fut pas le dernier à s'en apercevoir. André mourut dans sa terre de La Châtaigneraie, et son cœur fut placé dans la chapelle du château.

M. B. Fillon, dans Poitou et Vendée (3), nous a fait connaître, d'après une quittance du XVIe siècle, le détail de cette sépulture, ornée d'une urne en marbre noir et d'un bas-relief en marbre blanc où le défunt était représenté « en prières de genoil, en avant de Monsieur saint André son patron ». Ce monument, œuvre du sculpteur Orléanais Raoul de l'Aulbier, a été détruit pendant les guerres de religion.

Charles de Vivonne, fils du précédent, plus connu sous le nom de La Chasteigneraie, est celui-là même qui se battit en duel avec Guy Chabot, baron de Jarnac, en présence de Henri II et de la cour tout entière.

La Châtaigneraie, dangereusement blessé et terrassé par son adversaire, ne voulut cependant pas se soumettre. Le roi demanda pour lui sa grâce. La Châtaigneraie fut porté sous sa tente ; mais la honte de sa défaite lui fit refuser tout secours. Il débanda lui-même sa plaie et mourut trois jours après.

C'est lui qui, en 1623, avait fondé sur les ruines de l'église de Saint-Christophe un couvent de frères prêcheurs.

Le mariage d'Andrée de Vivonne avec François de La Rochefoucauld fit passer la terre de La Châtaigneraie entre les mains du célèbre auteur des Maximes.

Quelques années plus tard, en 1648, l'histoire y mentionne l'existence d'un Hôtel-Dieu de fondation royale possédant un revenu de 2,000 livres et d'une Maladrerie ayant 200 livres de rentes.

 En 1651, la châtellenie de La Châtaigneraie fut achetée par Denis Marin, intendant des finances. C'est alors que le siège du bailliage y fut transféré. Ses derniers seigneurs, les d'Asnières, la firent ériger en marquisat en 1776.

La ville de La Châtaigneraie a eu beaucoup à souffrir des luttes religieuses du XVIe siècle.

Tandis que les Vivonne, ses seigneurs, restaient profondément attachés à la foi catholique, plusieurs gentilshommes des environs embrassaient avec ardeur la religion nouvelle. De ce nombre étaient : Christophe Claveau, sieur de Puyviault, en Saint-Sulpice, dont M. 0. de Rochebrune conserve la vaillante épée ; Honorat Prévost, sieur du Chastellier- Portault, de Mouilleron-en-Pareds ; les Bigot de La Ménardière, paroisse de Saint-Pierre-du-Chemin et les Bastard de La Cressonnière, en Cezais.

 

L'hostilité de ces derniers devint même tellement pressante que les Vivonne durent abandonner la résidence de La Châtaigneraie (4).

Les vexations des huguenots devaient naturellement amener des représailles de la part des catholiques.

 

 

 

Portrait François, duc de Larochefoucauld

François, duc de Larochefoucauld, connu d'abord sous le nom de Prince de Marsillac, naquit à Paris en 1613.

Son éducation fut négligée, et Madame de Maintenon nous apprend qu'il avait beaucoup d'esprit et peu de savoir. Il laissa des Mémoires, comme la plupart des grands .personnages de cette époque, mais il est surtout célèbre, dans l'histoire des lettres, par ses Réflexions ou Sentences et Maximes morales, sortes de paradoxes incisifs, spirituels, mais où il est à regretter que l'expression toujours élégante, juste et concise, recouvre si souvent des pensées fausses.

Pour bien juger ce livre, il faut, croyons-nous, se mettre au point de vue où l'auteur s'est placé, et certes ce point de vue n'est pas beau.

La Fronde venait de se terminer ; il s'était jeté lui-même dans cette guerre d'intrigues, captivé par la duchesse de Longueville, comme il l'avoue, et l'on sait qu'il s'appliquait ces vers de l’Aleyonée de Leuryer :

Pour mériter son cœur, pour plaire à ses beaux yeux, J'ai fait la guerre aux rois, je l'aurais faite aux dieux.

Plus tard, quand il se brouilla avec elle, il parodia ces vers à propos d'une blessure qu'il reçut au fameux combat du faubourg Saint-Antoine, et qui lui avait fait perdre momentanément la vue : Pour ce cœur inconstant qu'enfin je connais mieux, J'ai fait la guerre aux rois, j'en ai perdu les yeux.

Madame de Longueville était plus encore que son frère, le prince de Condé, l'inspiratrice de cette misérable guerre, dont quelques mémoires, au XVIIe siècle, ont essayé de déguiser l'importance pour excuser quelques-uns des chefs du parti. Mais quand on songe aux conséquences désastreuses qu'elle eut, et aux conséquences plus désastreuses encore qu'elle aurait pu avoir, on serait tenté de plaider les circonstances atténuantes en faveur de l'auteur des Maximes.

En effet, quel était l'état de la France ?

Un roi encore enfant, neveu de cet infortuné Charles Ier que le Parlement anglais venait de décapiter, obligé de quitter Paris, avec sa mère, et d'errer dans son royaume ; et en face, deux femmes, surtout Madame de Longueville et Mademoiselle de Montpensier, que l'histoire appelle aussi la grande Mademoiselle, attiraient par galanterie, à leur suite, les Condé, les Turenne, tous les plus beaux noms de la noblesse française, et le Parlement lui-même pendant quelque temps, jaloux, ce semble, de la triste victoire du Parlement anglais.

Toutes les passions démagogiques soulevées à Bordeaux et à Paris, et à la tête de ces précurseurs de 93 et de la Commune, un prince du sang, Condé, le vainqueur de Rocroi, allié aux Espagnols, et s'abaissant jusqu'à féliciter Cromwell, et à lui offrir ses services.

En vérité, quand on songe que le duc de Larochefoucauld a vu tout cela, et qu'il en a fait partie, on l'excuse, jusqu'à un certain point, d'avoir confondu l'humanité en général avec la triste humanité qu'il avait sous les yeux.

Quel égoïsme en effet de bouleverser un royaume, d'ébranler un trône, de chasser un roi pour des ambitions déçues ou un orgueil à assouvir !

Nous ne disons pas cela, encore une fois, pour excuser l'auteur des Maximes, mais nous croyons que c'est le point de vue où il faut se placer pour bien le juger.

Ce sont moins des Maximes, surtout des Maximes morales, que des portraits ou plutôt des critiques de certains personnages qu'il faut avoir sous les yeux, pour juger de la ressemblance :

Mazarin, par exemple, Anne d'Autriche, le cardinal de Retz, la duchesse de Longueville et l'auteur même.

Cette observation générale est nécessaire, autant que la connaissance de la guerre de la Fronde, pour bien comprendre l'élégant et spirituel écrivain.

Mais son tort a été de conclure du particulier au général, ce qui est un défaut de logique et de jugement, et de nous présenter l'humanité tout entière, comme il l'a vue dans les ambitieux ou les courtisans ; car chacun sait que si le cœur humain n'est pas beau à voir, c'est surtout à la cour, auprès des grands.

Au reste, si la pensée mère de ces Réflexions ou sentences était vraie, à savoir que l’amour-propre est le mobile de tout, elle ne tendrait à rien moins qu'à nier la vertu, pour mettre toujours et partout à sa place un vil égoïsme.

Le pauvre cœur humain, on ne peut pourtant le nier, à sa gloire, n'est pas incapable de vertu, mais s'il n'en est pas riche, c'est une raison de plus pour ne pas l'en dépouiller entièrement.

Ce livre pèche donc par la base, si on le prend pour un traité de morale, mais le but de l'auteur a plutôt été d'écrire des critiques que des principes (5).

Après la première Fronde, Mademoiselle de Montpensier, rappelée de l'exil, réunit dans son hôtel, au Luxembourg, les esprits les plus distingués, et continua de jouer un rôle heureusement plus glorieux pour elle et pour la France que celui qu'elle avait joué dans la guerre.

 — C'est là que Larochefoucauld se rencontrait habituellement avec Madame de Sévigné, Madame de Lafayette et les beaux esprits du temps, et perfectionna ses Réflexions ou sentences et maximes morales, qu'il avait longtemps élaborées chez Madame de Sablé, à Port-Royal, ce qui ne contribua pas à lui faire voir la nature humaine par le beau côté.

Cet ouvrage parut d'abord anonyme, à l'insu de l'auteur. Il fut naturellement trouvé neuf et curieux, lu avec empressement, loué et critiqué à l'excès.

Plus tard, l'auteur en donna lui-même plusieurs éditions, où il supprima plusieurs maximes pour les remplacer par d'autres.

Il ne sera pas sans intérêt de lire le jugement que porta, à l'apparition de ce livre, Madame de Lafayette, pourtant si sympathique à l'auteur.

Elle écrit à Madame de Sablé : « Voilà un billet que  je vous supplie de vouloir lire, il vous instruira de ce que l'on demande de vous. Je n'ai rien à y adjouster, sinon que l'homme qui l'escrit est un des hommes du monde que j'ayme autant, et qu'ainsi c'est une des plus grandes obligations que je vous puisse avoir, que de luy actecorder ce qu'il souhaite pour son amy ….Nous avons lu les maximes de Larochefoucauld : ha !

 Madame, quelle corruption il faut avoir dans l'esprit et dans le cœur pour estre capable d'imaginer tout cela ! J'en suis si espouvantée, que je vous assure que si les plaisanteries estaient des choses sérieuses, de telles maximes gasteraient plus ses affaires que tous les potages qu'il mangea l'autre jour chez vous. »

Heureusement l'homme valait mieux que l'écrivain, et il pratiquait la plupart des vertus naturelles qu'il critique, ou semble même nier dans ses Maximes ; autrement il faudrait lui appliquer ces paroles de Montaigne :

« De tant d'âmes et esprits qu'il juge, de tant de mouvements et conseils, il n'en rapporte jamais un à la vertu, religion et conscience ; comme si ces parties-là estaient de tout  esteinctes au monde ; et de toutes les actions, pour belles par apparence qu'elles soient d'elles-  mêmes, il en rejecte la cause à quelque occasion vicieuse ou à quelque proufit.

Il est impossible d'imaginer que parmy cet infiny nombre d'actions de quoy il juge, il n'y en ayt eu quelqu'une produicte par la voye de la raison. Nulle corruption ne peult avoir saisi les hommes si universellement que quelqu'une n'échappe à la contagion..

« Cela me fait craindre qu'il y aye un peu de vice de son goust, et peult-estre advenu qu'il ayt estimé d'aultres selon soy. (6)

Madame de Sévign qui parle constamment de Larochefoucauld et qui était liée avec lui de la plus grande familiarité, comme on le voit dans ses lettres, nous apprend qu'il recevait chez lui tout ce qu'il y avait de remarquable à la cour et à la ville par le nom, l'esprit et le talent.

Il eut une vieillesse bien éprouvée. L'un de ses fils fut tué et l'autre blessé au passage du Rhin, et depuis ce temps, selon la remarque de Chateaubriand, « la guerre a cédé les Larochefoucauld aux lettres. » Il supporta ces terribles épreuves avec beaucoup de courage et de résignation.

 « J'ai vu son cœur à découvert, dans cette cruelle aventure, « ditMme de Sévigné; il est au premier rang de tout « ce que je connais de courage, de mérite, de tendresse et de raison : je compte pour rien son esprit et ses agréments. »

Il mourut à Paris et mort le 17 mars 1680 de la goutte, qui le fit horriblement souffrir les dernières années de sa vie.

Sur son lit de mort, il fit heureusement des réflexions autrement sérieuses et profitables que celles qu'il nous a laissées. Il mourut noblement en chrétien, comme tous les écrivains du grand siècle. « Son état, dit encore Madame de Sévigné, car on ne saurait mieux citer, est une chose digne d'admiration. Il est fortement disposé pour sa conscience : voilà qui est fait ; mais du reste, c'est la maladie et la mort de son voisin dont il est question; il n'en est pas effleuré. Ce n'est pas inutilement qu'il a fait des réflexions toute sa vie ; il s'est approché de telle sorte de ses derniers moments, qu'ils n'ont rien de nouveau ni d'étrange pour lui, »' A. S.

 

 

Oeuvres de La Rochefoucauld, précédées d'une notice sur sa vie et le caractère de ses écrits : maximes, mémoires et lettres.

René Moreau, curé de Notre-Dame de Fontenay, par Benjamin Fillon

 

 

 

 

 

 ==> Au château d’Ardelay et dans les paroisses alentours sonnent le tocsin, la colonne de Grignon rejoint celle de Amey aux Herbiers

 

 


 

 

Coup de Jarnac Vivonne et Jarnac, le dernier duel judiciaire en France

Coup de Jarnac Vivonne et Jarnac, le dernier duel judiciaire en France ", Revue des Deux Mondes T. 5, 1854, François de VIVONNE victime du fameux "Coup de Jarnac" écuyer seigneur d'ARDELAY, baron de La CHÂTAIGNERAIE (1536-1547) * Né en 1520 * Décédé le 10 juillet 1547 (jeudi), à l'âge de 27 ans Duel historique qui s'est déroulé dans le parc du château de Saint-Germain-en-Laye le 10 juillet 1547.

 

Louis XIII - Marie de Médicis - Richelieu devient Cardinal - Place aux Porches à Fontenay le comte

Louis XIII succède à son père, Marie de Médicis sa mère étant régente (1). On prévoyait la division qui devait éclater entre les protestants et les catholiques. L'amour de Marie pour les prêtres italiens décida plus tard de sa conduite. organise une milice municipale.

 

Histoire de Fontenay le Comte : Les Mauléon, Geoffroy la Grand'dent de Lusignan - Mélusine et l'Hôtel Gobin (de la Sénéchaussée)
Avant que le système féodal pût régulièrement fonctionner, il s'écoula plus de cent années depuis ses débuts, et ce ne fut guère que dans la seconde moitié du Xe siècle qu'il fut en plein exercice, encore reçut-il plus d'une modification par la suite.

 

(1) André de Vivonne chevalier, baron de La Châtaigneraye, d’Enville, d’Ardelay et de la Mothe Sainte Héraye, Conseiller et Chambellan ordinaire du Roi, Sénéchal du Poitou,

André de Vivonne, fils ainé de Germain et de Marguerite de Brosse, succéda à son père dans la charge de sénéchal de Poitou et fut nommé lieutenant-général de l’armée de Bretagne, lors de l’expédition que Charles VIII conduisit en ce pays, peu avant son mariage avec l’héritière du duché.

(2) Louis XIII passa, le 22 avril 1622, par Fontenay-le-Comte, et y descendit chez le gouverneur. « Quelques jours plus tard, Marie de Médicis se fit présenter, chez Mme de la Rochefoucauld, l’échevinage, qui lui demanda la démolition de tous les châteaux forts du bas Poitou n’appartenant pas au Roi…

La Reine mère fut reçue dans l’hôtel situé à côté de la porte de la Fontaine (maison Boumier), où le comte de la Rochefoucauld avait établi son domicile, et qui a porté depuis le nom de Maison du Gouverneur

(3) Art. La Châtaigneraie, p. 3.

(4) Le roi de Navarre y vint deux fois pour veiller aux intérêts de sa politique.

Le 13 septembre 1587, arrivant de Fontenay, il coucha à La Châtaigneraie, et le 30 octobre de la même année, après avoir dîné à La Châtaigneraie, il se rendit à Fontenay. (Chroniques de M. l'abbé Aillery, obligeamment communiquées par M. l'abbé Chabot, secrétaire de l'Évêché de Luçon.)

(5) Aussi c'est surtout l'esprit satirique et l'expression concise, où chaque maxime est pour ainsi dire enchâssée qui ont fait la réputation de cet ouvrage. C'est un livre piquant et original, qui n'avait pas de modèle dans la langue française, où il révéla une grande richesse dans l'art de varier les nuances, et qui restera comme un type de souplesse dans l'art de bien dire.

(6) Essais, liv. 2, chap. 10.

 

18 février 2021

A Niort en 1221, Don de Savary de Mauléon aux Templiers Pélerin de Pouzauges en la mémoire du père de Belle Assez sa femme

A Niort en 1221, Don de Savary de Mauléon, seigneur de Pareds, aux Templiers Pélerin de Pouzauges en la mémoire du père de Belle assez sa femme

Pierre Alon de Pouzauges, seigneur de la Roche-Loubet (Bourg Loubet), seigneur de Pareds (père de Belle Assez)

(D. F., vol. LII, d'après l'orig. jadis scellé aux Arch. M Temple de Mauléon.)

Avril 1221.

Que geruntur in tempore ne labantur cum tempore poni solent in voce testium et scripture memorié comendari.

Noverint ergo tam presentes quam futuri presentem cartulam inspecturi quod ego Savaricus de Malo Leone, dominus Alperusiensis, pro salute animarum domini P. de Alperusio et domini Willelmi de Canta Merula defunctorum, atque. pro salute anime mee patrisque et matris mee et omnium parentum meorum, in puram et perpetuam helemosinam dedi et concessi Deo et domui milicie Templi Hyerosolimitani Petrum Alonem de Pozaugiis et heredes suos, cum illis que de me hahent tenementis, ab omni exactione liberos et immunes.

Ut autem hec donacio et concessio ratam et inconcussam obtineat firmitatem, presentem cartulam sigilli mei munimine feci communiri, his testibus : Galfrido Borsardo Reginaldo Richerii, Galfrido Giraldo, militibus, Willelmo Bernardo de Colungiis seniore, fratre Thoma Nonetensi, in cujus manu factum fuit donum istud, et multis aliis.

Actum fuit hoc anno ab Incarnatione Domini M°CC''XXI" mense aprilis, apud Niortum.

 (La commanderie de Saint-Sauveur du Temple de Mauléon)

Les événements, qui sont habituellement dans le temps, de peur qu'il ne tombe dans le temps, sont mis avec la voix des témoins et l'Écriture, la mémoire des comendari.

La charte actuelle avec le présent ainsi que le futur, donc, qu'il en était ainsi, je saurai comment Savary de Mauléon, le seigneur de Pareds, pour le salut des âmes du Seigneur: Chantez à haute voix Pierre de Pareds des messes pour les morts et seigneur Guillaume de Chantemerle,et, pour le salut des âmes de mon père et de ma mère, et de toutes celles de mes parents, en aumône pure et perpétuelle,

 

j'ai donné et accordé à Dieu et à la maison des Chevaliers du Temple Hyerosolimitani, Pierre Alon de Pouzauges, et héritiers de ses hommes, quand ces choses qui ont de moi sont des immeubles en question, de toute demande de gratuité et d'exemption.

 

Mais pour que ce don et ma concession restent fermes et inébranlables et ne prouvent rien, qui voient cette présente charte avec mon sceau, je l'ai fait fortifier, par ces témoins: Geoffrey Borsardo Reginald Richer, Geoffrey Giraldo, chevaliers, William Bernard de Colungiis l'Ancien, et son frère Thomas, Nonetensi, sur la main duquel il avait été écrit pour le don de ceci et bien d'autres.

Ce fut l'année de notre Seigneur 1000 ° CC''XXI "le mois d'avril, à Niort.

 



Savary de Mauléon, seigneur de Pareds, donne aux Templiers Pélerin de Pouzauges, auquel il fait don de certaines redevances. (Originale jadis scellé. Archives de la Vienne, H 3, liasse 845)

 

Universis presentes litteras inspecturis Savaricus de Malo Leone, dominus Alperusiensis, salutem.

Noverit universitas vestra quod nos, pro salute anime nostre et omnium parentum nostrorum tam antecessorum quam successorum et anime domini Petri Alperusiensis bone memorie, in puram et perpetuam helemosinam dedimus et concessimus Deo et fratribus militie Templi, Jherusalem Pelegrinum de Pozaugiis et heredes suos, cum omnibus tenementis suis, ab omni tailliata, cosduma, exactione et servicio liberos et immunes.

Insuper dedimus predicto Pelegrino, pro servicio ab eodem recepto, quicquid capiebamus super homines de Barris Dorynni et eorum tenementa, et reddet ipse dictis fratribus singulis annis v solidos censuales in Nativitate beati Johannis Baptiste.

Si vero dictus Pelegrinus decesserit, heredes sui vel propinquior generis sui qui tenementum suum habebit reddet de mortagio quinquaginta solidos tantum fratribus memoratis.

Et ut hec donatio rata et inconcussa permaneat in posterum, présentes litteras sigilli nostri munimine fecimus roborari. Actum anno gracie M°CC°XX° primo.

 

 



Inspectera ces présentes lettres, Savary de Mauléon, Seigneur de Pareds, Salut.
Que vous le sachiez tous, sachez ce que nous voulons dire, pour le salut de notre âme et de celles de tous nos parents, ainsi que des ancêtres dont les successeurs de l'âme et de l'âme du seigneur Pierre de Pareds, de bonne mémoire, en aumône pure et perpétuelle, nous avons donné et accordé à Dieu et aux frères du Temple Jherusalem Pelegrinum de Pouzauges, et héritiers de ses soldats, quand pour tous les appartements, et de tout taille, coutume, exaction et service pour le libre et exempt.

En plus du Pelegrine susmentionné, pour ses services, récupérez tout ce que nous avons fait prendre le relais des humains Barris Dorynni et de leurs avoirs et payez pour les frères à cinq shillings chaque année sur ces terres de la Nativité de Saint-Jean-Baptiste.


Si le dit Pellegrino, ses héritiers ou le prochain de ses honoraires, qui auront environ cinquante shillings de frères de mortagio rappelés.

Et pour que ce don puisse rester ferme et ininterrompu dans le futur, doit continuer à être renforcé par la force de notre sceau, le présent document.



Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU )
En lisant l'histoire du Poitou , les faits qui appartiennent à celle de France et d'Angleterre y reviennent si souvent, qu'il faut absolument recourir à l'une et à l'autre si l'on veut vraiment comprendre ce qu'on lit Les Gaulois habitant le Poitou s'appelaient les Pictons; de là le nom de Poitou, Poitiers.

 

FORTIFICATION ANCIENNES ENCEINTES DE LA VILLE DE NIORT (plan)

La ville de Niort était autrefois circonscrite par une enceinte qu'on appelait remparts ou murs de ville. Il s'y trouvait plusieurs portes et des ouvrages de fortification.




L'histoire de Pouzauges et de ses seigneurs 

La féodalité, par contre, a laissé à Pouzauges d'ineffaçables preuves de son passage, témoins les ruines du château et les deux églises de Pouzauges-la-Ville et du Vieux-Pouzauges. La terre de Pouzauges, qui de simple châtellenie devint successivement baronnie et marquisat, rapportait à l'entier, à la duché-pairie de Thouars, sous un seul hommage lige et à rachat à toute mutation de vassal, suivant la coutume du Poitou.



SAVARY DE MAULÉON ou LA RÉUNION DU POITOU A L'UNITÉ FRANÇAISE

Plus de six siècles et demi se sont écoulés depuis la réunion de notre province à la monarchie capétienne, c'est-à-dire à l'unité nationale. Les bienfaits de cet heureux événement dont nous jouissons depuis tant de générations ont fait oublier les misères endurées par les Poitevins durant la période de conquête et d'assimilation.



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Canta Merula, la châtellenie de Chantemerle (commune des Moustiers sous Chantemerle)

Canta Merula, la châtellenie de Chantemerle (commune des Moustiers sous Chantemerle)

Chantemerle  châtellenie importante qui s’étendait sur les paroisses de l’Absie, des Moutiers sous Chantemerle…..

Forêt particulière, à la limite de la Vendée, sur le versant NE des hauteurs de la Gâtine, au SO des Moustiers sous Chantemerle et de Moncoutant ; le chainon de la Gâtine porte au SE la forêt de l’Absie, qui forme un autre petit massif de bois particuliers, à 1200 ou 1500 m de distance.

 

Chantemerle commune des Moustiers sous Chantemerle

Canta Merula, v. 1150 (cart. Bas-Poitou)

Mota de cantamerula, v 1169 (Cart. De l’Absie)

Cantamerla, 1196 (Cart. Châtell.)

Cantumerula, 1202 (rot. Litt. Pat I)

Chantemerle, 1318, (id. XI)

Chantemelle, 1340 (id. XVII)

Champtemerle, 1435 (arch. St Loup)

Une note insérée dans le Bulletin de la Société d’Emulation (1858) dit que le premier seigneur de Chantemerle fut Rambaud de Tiffauges, époux de Marquise, vivant avant 1050.

 Il eut un fils, décédé sans postérité, et une fille mariée à Pierre de Pareds. (Cartulaire du Bas-Poitou, p.200). Nous n’avons rien trouvé concernant Chantemerle avant le XIIe siècle.

A cette époque, un membre de la famille des seigneurs de Pareds (Jaudonnière) prit le nom de Chantemerle, ainsi que son fils ainé ; mais ce dernier mourut sans postérité vers 1210.

Chantemerle fut possédé, vers 1220-30, par Hugues du Bois et passa vers 1240 aux Chabot, qui le conservèrent plusieurs siècles.

Blason. Inconnu. On trouve quelquefois : « d’azur à la bande d’argent chargée de 5, alias 3 anneaux ou coquilles de gueules » ; mais ce blason parait avoir appartenu à une famille du pays chartrain étrangère au Poitou, car ce nom de Chantemerle se retrouve dans divers provinces.

 

armoiries Paredes chantemerle

 

Les Seigneurs

 

Aimery de Chantemerle, chevalier, était fils de Pierre de Pareds, dit Meschin, et de Galienne.

On le trouve mentionné dans plusieurs chartes de l’Absie, vers 1140-1180. Il parait avoir été l’ainé de plusieurs frères, qui ne portèrent pas le nom de Chantemerle.

Dans les Archives Hist. Du Poitou (IX, 315), on trouve une donation du moulin Chabiraud, faite à l’Absie vers vers 1160, par Aimery de Chantemerle et ses frères Pierre, Guy et Henri, fils de Pierre Meschin, et une charte relatant le don de Pélouaille (Forêt sur Sèvre), fait vers 1175 par Aimery de Chantemerle, en présence de ses fils Guillaume et Aimery et de Pierre d’Aspremont, son gendre.

 Ce don fut confirmé par sa veuve et ses enfants, par acte passé au château de Chantemerle, en présence de Garnier, abbé de l’Absie, et de Guillaume l’Archevêque, seigneur Parthenay.

 

 

 

 

1186 charte d’Aimery seigneur de Chantemerle (ou Chantemesle) ses frères Pierre et Guy

Concordia facta inter monachos et Aimericum de canta Merula de Prandio quod exigebat apud segurniacum (Segorniacum – Sigournay - le prieuré bénédictin Saint Saturnin du château de  Sigournais Segorniacum – Sigournay 1056-1756)

Literali nota presentibus et futuris manifestamus quod Aimericus de Canta Murela apud moncacos Segurniaci prandia, per debiti exigenciam, querebat.

Quod quia monachi, et vere et juste, contradicebant, nemus quod in elemosina habehant eis auferre voluit ; et eorum boves, pontificis judicium subterfugiens, multociens assumpsit et reddidit.

Ad ultimem vero, recognonscens quod monacos injuste vexaverat, et nemora eis, prout ante habebant, concessit, et prandii exigenciam omnino finivit et se deinceps nil amplius consuetudinem in domo quesiturum sancivit ; pro quo Aimericus, prior Segurniaci, C. solidos ei dedit. Hoc viderunt et audierunt : Gauterius sacerdos Puzaugiarum et Willelmus sacerdos Segurniacu et magister Gaufridus Garneri et Willelmus Sancti Pauli et Simon Lunnelus et Willelmus Boet et alii plures.

 

Aimery de Chantemerle est mort à Dax en Gascogne, lors de la guerre des Albigeois, en présence de ses fils Guillaume et Aimery, et de Pierre d'Apremont son gendre.

 
 

On voit par ces chartes qu’Aimery, époux de Tiphaine, eut pour enfants :

-          1e Guillaume, qui suit

-          2e Aimery, présent à la mort de son père, qu’on ne retrouve plus ailleurs

-          3e Pierre, qui est toujours appelé de Pareds, qui fit plusieurs dons à l’abbaye de la Grenetière, vers 1195, avec ses frères Guillaume, Maurice et Geoffroy. Il vivait encore en 1204 et fut témoin à Pouzauges du testament de sa belle-sœur (Talmond, 468)

 Il eut pour fille BELLE ASSEZ, héritière de Pareds et de Pouzauges, qui, après la mort de son oncle Guillaume épouse, vers 1200, Savary de Mauléon, seigneur de Talmond (il fit don en 1221 aux templiers de Mauléon pour les âmes Bni P. de Alperusio et Dni Willelmi de Cantumerula.)

-          4 Maurice

-          5 Geoffroy, nommés dans la charte de la Grenetière, vers 1195

-          6 N…, mariée, vers 1170, à Pierre d’Aspremont, chevalier, seigneur des Essarts, qui assista à la mort de son beau-père à Dax.

 

 

1145 Guillaume de Chantemerle , seigneur de Pouzauges et Pareds

Guillaume de Chantemerle, chevalier, seigneur de Chantemerle, Pouzauges, Pareds, Poiroux, Riez, présent à la mort de son père, confirma comme fils ainé le don de Pélouaille à l’Absie, vers 1175.

Il fut avec sa femme l’un des principaux bienfaiteurs de Boisgrolland et fit à cette abbaye plusieurs donation en 1189 et années suivantes.

On voit par une charte qu’il alla en Terre Sainte : «  Volens ire Jerusalem pettit a monachis esse in beneficiis suis. » (Boisgrolland, n43. Cart. Bas-Poitou, 244.)

Plus tard il obtint l’introduction des Cisterciens dans cette abbaye en 1203, il fit plusieurs dons à la Grenetière, vers 1195 ; et en 1205 il confirma les donations faites à Notre Dame de Pouzauges par ses oncles Pierre et Henri. (D. Housseau, 591, 594).

En 1203, il assista à la fondation de Notre Dame la Blanche, et mourut vers 1210 sans postérité. Il avait  épousé, vers 1180, Maxence de BOUIL, fille de Pierre, seigneur du Poiroux, et d’Aline. (Boisgrolland, n11).

Cette dame mourut à Pouzauges en 1204, faisant divers don à Talmond, à Boisgrolland et autres abbayes. (Talmond, 468 ; Boisgrolland, 71, 106) on voit par ces chartes qu’elle n’avait pas d’enfants et que ses fiefs du Poiroux et de Riez passèrent à sa cousine Ermengarde de Bouil, épouse de Guillaume d’Apremont, tandis que Pouzauges, Pareds et les domaines de son mari passèrent à Belle Assez, épouse de Savary de Mauléon, qui par conséquent était la nièce de Guillaume de Chantemerle.

 

 

La châtellenie de Chantemerle passe à la Famille Chabot du Bas Poitou

Vers 1185, « Thibaud Chabot, sentant sa fin approcher, légua, pour assurer le service divin dans la chapelle de Saint-Thomas qui allait être construite à l'Absie, le quart des biens que les seigneurs de Chantemerle lui avaient donnés dans le Candais.

 Thibaud son fils et sa femme Marguerite Loubet, fille d'Alon seigneur de la Roche-Loubet (Bourg Loubet) consentirent à cette donation. » C'est ainsi que s'exprime l'Inventaire des donations de l'abbaye de l'Absie.

Il nous semble pouvoir en conclure que cette Marguerite, femme de Thibaud II, était de l'ancienne maison de Chantemerle, et que ces seigneurs de Chantemerle, Pierre, Guy et Aimery, qui avaient doté leur soeur étaient les trois frères de celle-ci.

 En outre, le titre de seigneur de Chantemerle commence dans la personne de Thibaud III, fils de Thibaud II, à être réuni aux autres titres des Chabot.

 

 

1225 Hugues du Bois, seigneur de Chantemerle, et Agnès, sa femme, donnent aux Templiers Jean Rezis et certaines choses au Teil.
(D. F., volume LII, d'après l'originale jadis scellé de deux sceaux, dont l'un en cire verte sur cordon de soie rouge et verte, aux Archives du Temple de Mauléon)

 

 

Le nouveau château de Chantemerle a été construit dans la première moitié du XIXe siècle.

 Il est l'œuvre du duc de Beauvillier dont la fille épousa le duc de Talleyrand-Périgord, prince de Chalais.

Puis le domaine passa, par voie de succession, à la famille Choiseul d'Harcourt qui le transmit à la comtesse d'Avaray.

 La demeure, construite sur un plan de type rectangulaire, offre une grande simplicité. Le château de Chantemerle possède néanmoins quelques éléments très intéressants, et en particulier une curieuse tour carrée, à l'arrière de la bâtisse, rappelant un donjon féodal.

 

 

Canta Merula, la châtellenie de Chantemerle Chapelle élevée par le comte de Choiseul

 

La Chapelle élevée par le comte de Choiseul

 

Canta Merula, la châtellenie de Chantemerle Armoiries La Maison Talleyrand Maison de Choiseul

Armoiries : La Maison Talleyrand : De gueules à trois lionceaux d'or, armés, couronné et lampassés d'azur.

La Maison de Choiseul : D' azur à la croix d'or, cantonnée de dix-huit billettes du même, cinq dans chaque canton du chef, ordonnées 2, 1 et 2, et quatre dans chaque canton de la pointe, ordonnées 2 et 2.

 

La grande et belle forêt de Chantemerle cache en son sein un trésor inestimable, qui fait l'admiration des touristes. Située à l'orée de la forêt de 500 hectares, elle a été érigée par le duc de Choiseul et dédiée à sa femme, née Talleyrand-Périgord, de qui il avait eu les forêts de Chantemerle et de L'Absie.

Ce vestige de propriété, qui "biens nationaux en 1793" fut restitué à ses propriétaires en 1815, dépendait avant la révolution d'un considérable domaine appartenant au duc de Cossé-Brissac, alors colonel des cent suisses, inspecteur des armées de sa majesté.

Le château qui fut détruit en ces temps troublés, se trouvait situé sur le bord de la Sèvre, au - dit "La Rambaudière".


Le duc de Cossé-Brissac, eut pour gendre le duc de Beauvilliers, dont la fille épousa M. de Talleyrand, duc de Périgord, vers 1830. De cette union naquit celle qui devait plus tard épouser M. de Choiseul. Union éphémère, qui ne dura que deux ans.


C'est pour en commémorer le souvenir que son époux, M. de Choiseul, eut l'idée de construire la chapelle que nous admirons aujourd'hui.

 

 

 
Cette petite chapelle, véritable merveille artistique, dont la construction avait été confiée à M. Chenagar, architecte parisien très en renom à l'époque, fut commencée en 1861 et terminée en 1868.

Elle mesura 20 mètres de long sur 6 mètres de large, et entourée d'une haute grille en fer forgé.


Extérieurement et à deux mètres du sol, une ceinture du plus pur granit noir, entoure l'édifice en signe de deuil. De chaque côté de la lourde porte d'entrée, une rampe de bronze ciselé est surmontée de six colonnettes sculptées de façon différente.

 Au- dessus, on remarque également taillés dans la pierre, la crèche et le calvaire. L'intérieur frappe le visiteur qui y pénètre pour la première fois et retient le regard, même le plus profane. Aucune inhumation n'est faite dans la chapelle mais l'autel représente le tombeau de Mme de Choiseul à Paris.

 Trois magnifiques vitraux éclairent l'abside. Celui du centre, représentant l'ascension, est signé Didron, Paris, 1865. M. de Choiseul, lorsqu'il parla du projet, dit : "Je ne connais que celui-ci de capable".
Son choix fut heureux en effet, car contrairement à la plupart des vitraux qui ne présentent un relief que vu de loin, celui-ci reste net du plus près qu'on l'approche. Notons encore le chemin de croix en lave de Vésuve, d'une valeur inestimable, ainsi que le tabernacle et la clef de voûte, ornés de pierres précieuses ayant appartenu, dit-on, à la duchesse.
Rien n'a été épargné dans cette merveilleuse construction, depuis les peintures jusu'aux boiseries en chêne clair, toutes ouvragées et sculptées. Les boiseries latérales comportent même des prises d'air pour qu'elles demeurent intactes au cours des siècles.


M. de Choiseul est mort en 1888, et c'est sa soeur, Marie-Victorine, comtesse d'Hinisdal, qui devint propriétaire des forêts de Chantemerle et de L'Absie, qu'elle partagea à ses deux enfants en 1895.

Mlle d'Hinnisdal, mariée en 1884 au comte Elie d'Avaray, se vit échouer Chantemerle, qu'elle conserva jusqu'à sa mort en 1913.

Depuis cette date, son fils unique, le comte Bernard d'Avaray, en fut le propriétaire et ensuite le comte des Moutiers. Puis ce fut Mme De Laage de Meux et Mme Lelièvre.

Éléments protégés MH : la chapelle funéraire ainsi que le logement du sacristain : inscription par arrêté du 16 janvier 2013.

 

 

 

A la Rambaudière, se trouvent les ruines du château, qui appartenait à la maison de Châtillon.

Armoirie : écartelé, aux 1 et 4 d’or à deux faces de gueules, accompagnées de neuf merlettes de gueules, rangées en orle ; aux 2 et 3 d’azur, au sautoir d’argent

 

 

 


 

 


C'est â la fin du Xe siècle que la famille féodale des Mauléon fait sa première apparition dans les documents historiques. La petite ville de Mauléon, appelée si mal à propos Châtillon-sur-Sèvre en 1736, d'où elle tirait son origine et son nom, possède encore quelques ruines du château de ses vieux seigneurs, situé sur un mamelon escarpé en forme de promontoire, dont le pied plonge dans la rivière de L'Oing (1).



1147 Partant pour la croisade, donation à l'Absie de Sébrand Ier Chabot, seigneur du petit château de Vouvant et de Mervent

Donation à l'Absie de Sebrand I Chabot, partant pour la croisade. (Vers 1147) (p. 25.) Bibl. nation. -F. franc. 17048, f. 33. Sebrandus Chabot, volens ire in Jherusalem, coram Deo et reliquiis Sanctorum, accepto baculo et pera, in ecclesia beati Nicolai, reconcessit Rainerio (l) abbati et monachis Absie, terragia de Macinee, sicut vice prima dederat et concesserat, et terram Hugonis Rufi (2), et omnes terras à feodatis suis illis datas.

 

L'histoire de Pouzauges et de ses seigneurs

La féodalité, par contre, a laissé à Pouzauges d'ineffaçables preuves de son passage, témoins les ruines du château et les deux églises de Pouzauges-la-Ville et du Vieux-Pouzauges. La terre de Pouzauges, qui de simple châtellenie devint successivement baronnie et marquisat, rapportait à l'entier, à la duché-pairie de Thouars, sous un seul hommage lige et à rachat à toute mutation de vassal, suivant la coutume du Poitou.

 

 

La commanderie de Saint-Sauveur du Temple de Mauléon
Plusieurs chapiteaux romans, trouvés parmi les ruines de la commanderie du Temple de Mauléon, indiquent l'existence de cette maison dès le XIIe siècle. En 1175, le nom du domaine est Saint-Sauveur-des-Cordes. En 1204, sous le règne de Philippe Auguste II, le nom change pour devenir Saint-Sauveur-des-Bois.