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17 janvier 2020

Les Guerres de Religion en Saintonge, la citadelle catholique de Brouage - Charles IX -Henri III- Agrippa d'Aubigné- Henri IV

Les Guerres de Religion en Saintonge, la citadelle catholique de Brouage - Charles IX -Henri III- Agrippa d'Aubigné- Henri IV

Il n'est pas possible de nommer Théodore Agrippa d'Aubigné sans rappeler ce que fut ce compagnon d'Henri IV, à la fois soldat courageux et écrivain brillant.

Théodore Agrippa d'Aubigné naquit au château de Saint-Maury, près de Pons, en Saintonge, l'an 1552. Son père était seigneur de Brie en Saintonge. Sa mère était célèbre par l'intelligence et la culture de l'esprit ; d'Aubigné, dont la naissance lui coûta la vie, conservait précieusement un commentaire écrit par elle du texte grec de saint Basile.

Lui-même était né pour l'étude : à six ans, il lisait le français, le latin, le grec, l'hébreu ; à sept ans et demi, il avait traduit le Criton de Platon.

Mais il était né aussi pour l'action, pour la lutte, pour les combats de la foi.

A 10 ans, témoin des massacres d'Amboise, il vouait sa vie à la cause des réformés. Son père l'avait fait passer sous les poteaux où se balançaient les corps des principaux chefs protestants condamnés et pendus après la conjuration.

« A huict ans et demi, le père mena son fils à Paris ; et en le passant par Amboise, un jour de foire, il vit les testes de ses compaignons d'Amboise, encore reconnaissables, sur un bout de potence, et en fut tellement esmeu, qu'entre sept ou huict mille personnes, il s'escria : « Ils ont descapité la France, les bourreaux ! » Puis le fils ayant piqué près du père pour avoir veu à son visage une esmotion non accoutumée, il luy mit la main sur la teste en luy disant : « Mon enfant, il ne faut point que ta teste soit espar-gnée, après la mienne, pour vanger ces chefs pleins d'honneur; si tu t'y espargnes, tu auras ma malédiction. » D'Aubigné, qui raconte ce trait, fit le serment d'Annibal : il jura, et tint parole.

Contraint, à dix ans, de fuir Paris pour fuir la persécution, il fut pris à quelques lieues de Fontainebleau, conduit à l'inquisiteur, condamné au bûcher : le jeune d'Aubigné demeura calme devant la mort. « L'horreur de la messe, répondit-il, m'ôte celle du feu. » Il échappa, sauvé et guidé par le geôlier ému de son courage.

Tout jeune encore, il perdit son père ; les débris qui lui restaient de la fortune de sa mère passèrent entre les mains d'un infidèle tuteur. Seul et sans ressources, il tourna son ardeur vers la guerre ; on l'enferma, on lui enleva chaque soir ses habits ; il ne pouvait sortir de sa chambre, devenue prison, que par la fenêtre et en chemise : il en sortit une nuit, les draps de son lit lui servant d'échelle, et, parut sans vêtements au milieu d'une troupe de cavaliers huguenots. On l'habilla, et le voilà en campagne. « Au moins je n'accuserai pas la guerre de m'avoir dépouillé », dit-il.

A 13 ans, il commençait de se battre dans les armées du Prince de Condé, puis avec le Roi de Navarre Henri IV. Il fut un de ses compagnons les plus fidèles. Henri IV le nomma gouverneur de l'Ile d'Oléron et de Maillezais en Vendée, Vice-Amiral de Guyanne et de Bretagne.

D'Aubigné, courageux soldat, d'un esprit rude, âpre et austère, toujours mécontent, était un mauvais courtisan.

La vie militaire d'Agrippa d'Aubigné répond à ce début : héroïque, d'une incroyable audace, mais où d'audace n'excluait pas le bon conseil. Henri de Navarre le remarqua, se l'attacha comme écuyer, et n'eut point de serviteur plus dévoué, plus fidèle, Plus sage. La sagesse de l'écuyer n'était pas toujours pour plaire au prince : elle ne put jamais consentir à servir ses galanteries, ni retenir l'expression vive, souvent amère, d'un blâme plus juste que respectueux.

L'indifférence d'Henri subordonnant sa foi aux nécessités de sa politique froissait l'intraitable sectaire ; à chaque instant le farouche protestant était sur le point de quitter le service d'un chef de parti si peu ferme; il voulait s'en aller, et ne s'en allait pas : il aimait Henri. Plus d'une fois il lui épargna des fautes : il l'empêcha d'épouser la duchesse de Guiche, qui eût été pour le béarnais sur le chemin du trône de France un obstacle difficile à franchir; il l'empêcha de fondre son armée dans celle d'Henri III, où elle eût été perdue, et le Béarnais n'eût été plus rien.

Deux fois il encourut la disgrâce d'Henri IV. Mais malgré tout, il restait dévoué et fidèle. Il a écrit, notamment, une histoire universelle et Les Tragiques, poèmes satiriques en parties où il dépeint les malheurs de la France.

Son fils Constant fut père de Mme de Maintenon qui, sans doute pour se faire pardonner ses origines huguenotes, poussa Louis XIV à la révocation de l'Edit de Nantes.

 

Charles IX et Henri III : la citadelle catholique de Brouage

— Ce gros centre de commerce devient une place de guerre. C'est que, sur toute cette façade maritime de la Saintonge et de l'Aunis où les idées de la Réforme ont gagné parmi les marins, les pêcheurs, les commerçants en relation avec les ports du Nord, les guerres de religion sont particulièrement âpres.

Face à la Rochelle qui devient Le centre d'un état protestant qui va s'étendre un instant sur presque toute la Saintonge et le Poitou, Charles IX, sous la direction d'ingénieurs italiens, fait fortifier Brouage, pour en faire un port, une citadelle catholique : tout autour de la ville, on creuse des fossés profonds; aux quatre angles, avec de la terre du marais, de forts madriers, des mâts de navire, des pierres dures, on élève quatre bastions. Mais une telle place forte n'est pas inexpugnable : les marais qui l'entourent et où viennent s'empêtrer les protestants la protègent mieux que ses murs.

En 1562, le duc de Mayenne, luttant  contre les agitations protestantes de Saintonge, s’était rendu maitre de tout le territoire au sud de la Charente, sauf les iles de Marennes, Oléron et Arvert. Le duc fit creuser une tranchée pour réunir le canal de Brouage à la Seudre, afin d’empêcher tout secours venant du dehors. Les habitants des iles, voyant l’impossibilité de continuer la lutte, se soumirent.

En 1567, Brouage, en même temps que La Rochelle, fut conquise par les huguenots de Coligny.

Deux ans plus tard, à la suite de la bataille de Moncontour 3 Octobre 1569, Rivière Puy-Taillé la reprit aux protestants.
Le chef catholique avait poursuivi les huguenots jusque dans Brouage ou lui et ses soldats entrèrent avec tous les fuyards, avant que l’on ait eu le temps de fermer les portes. Il en périt un grand nombre. Un millier d’Allemands, qui ne connaissaient pas le pays et qui fuyaient en désordre, furent assommés dans les marais ; d’autres, qui essayaient de fuir dans des barques, furent noyés. Ce fut un grand massacre.

Brouage avait été fortifié par Rivière Puy taillé aidé des conseils de l’ingénieur Bellarmat-Béfanon. Ces fortifications consistaient en un fossé creusé autour de la ville et en quatre bastions formés de mâts de vaisseaux liés avec planches de sapin, et recouverts de sable, de fumier et de gazon.

1570, la place était emportée par le duc de La Rochefoucaud, calviniste

Pendant que l’armée calviniste, protégée par le canal de Brou, assez large et assez profond pour offrir aux navires marchands un abri contre les orages de l’Atlantique, cernait la place du côté des terres et ouvrait la tranchée sous la direction de l’habile ingénieur Scipion Vergano.

La flotte de la Rochelle, commandée par le vice-amiral Serre, et formée d’une grande carraque, de deux vaisseaux de guerre et de trente-cinq galiottes ou patache, vint jeter l’ancre à l’embouchure du canal et bloquer la place du côté de l’Océan.

Le vice-amiral Serre qui, avec la flotte Rochelaise, bloquait la ville, avait fait couler un gros navire flamand à l’entrée du port. Sur ce navire, il avait fait monter une batterie qui foudroyait l’intérieur de la place.

Les Brouageais découragés capitulèrent.

La même année, , puis reprise par les catholiques et enfin perdue par eux après le siège dirigé par René de Pontivy, un des chefs de Jeanne d’Albret

 

Les troubles continuaient. Catherine de Médicis et Charles IX résolurent de les faire cesser en massacrant les protestants. On préparait la Saint-Barthélemy.

 

Le corps de ville de La Rochelle inquiet, informa l'Amiral de Coligny de ce qui se passait. Coligny répondit : « ce sont des craintes chimériques, on n'a rien à craindre du Roi ».

Catherine de Médicis, informée de l'inquiétude des Rochelais, chargea le Baron de la Garde de les tranquilliser.

Ce seigneur leur écrivit, de Brouage, dans les termes les plus rassurants. Mais les craintes des calvinistes n'étaient que trop justifiées.

Quelques jours après, le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, plus de dix mille protestants furent assassinés dans les rues de Paris. Le trop confiant Coligny fut une des premières victimes. Le fanatisme religieux avait poussé le Roi de France à commettre un crime abominable.

Peu de jours avant cette boucherie, Catherine de Médicis avait écrit à Philippe Strozzi, qui était alors au sud de la Charente, près de Brouage, une lettre qui ne devait être ouverte que le 24 août et qui était ainsi conçue :

« Je vous averti que ce aujourd'hui 24 août, l'Amiral et tous les huguenots qui étaient à Paris avec lui ont été tués. Partant, avisez diligeamment à vous rendre maître de La Rochelle et faites aux huguenots qui vous tomberont ès mains le même que nous avons fait à ceux-là.  Gardez-vous bien d'y faire faute, d'autant que craignez à déplaire au Roi mon fils et à moi, Catherine. »

Des dépêches semblables étaient envoyées à tous les Gouverneurs de provinces et partout les tueries se propagèrent rapidement.

Mais les habitants de La Rochelle, prudents, s'étaient mis en état de défense, ils refusèrent de recevoir les soldats du Roi et purent éviter les massacres projetés.

 (Statue d'Henri IV en faïence émaillée dans le campanile de l'hôtel de Ville de La Rochelle ==>Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle)

En 1576, Brouage reçut la visite d'Henri IV dans les circonstances suivantes : Le Roi de Navarre, qui, pour sauver sa vie, le jour de la Saint-Barthélemy, s'était fait catholique, avait fui Paris avec sa sœur Marguerite de Navarre. Il avait poussé sans s'arrêter, jusqu'à Niort, où un grand nombre de gentilhommes huguenots étaient venus se joindre à lui.

Là, dans une grande assemblée, tenue au temple de Niort, il abjura solennellement le catholicisme, déclarant qu'il remettait son âme en l'exercice de sa première créance, qu'on lui avait ôtée par force et par contrainte et protestant d'y mourir selon l'instruction qu'il en avait eu de la Reine sa mère.

De Niort, il vint à La Rochelle, où il fit son entrée avec sa sœur Marguerite et 50 gentilhommes protestants. Les bourgeois de la ville et ceux des îles, avaient pris les armes sous prétexte de lui rendre hommage, mais, en réalité pour le protéger.

Henri et sa sœur renouvelèrent, dans le temple, de La Rochelle, l'abjuration de Niort.

On sait que le sceptique béarnais revint au catholicisme pour faire disparaître le principal obstacle qui s'opposait à ce qu'il devint Roi de France. Paris vaut bien une messe, disait-il.

Henri IV resta une semaine à La Rochelle et le 4 juillet 1576, il s'embarqua pour Brouage où l'attendait le baron de Miranbeau. On lui fit une réception magnifique, il y eut des joutes sur l'eau et des feux d'artifice. Au dîner, on servit au prince et à sa sœur des oiseaux si rares qu'ils étaient inconnus de la plupart des gentilshommes de leur compagnie. Le soir, on donna le spectacle d'un combat naval, entre un vaisseau monté par des Maures et quatre pataches qui l'attaquèrent avec beaucoup d'art et y mirent le feu, Deux jours après le roi et le prince de Navarre et la princesse quittèrent Brouage, se dirigeant sur Périgueux par Saintes.

En 1577, les protestants, en fermés dans Brouage et assiégés par l'armée royale, subirent un siège terrible.

Les catholiques, après avoir pris Saint- Savinien et Tonnay-Charente, pour séparer de la Saintonge les Rochelais, attaquent Brouage par terre et par mer : des pataches à rames de la Rochelle essaient de ravitailler la place mais se heurtent à une estacade de mâts et de vergues dont les catholiques ont fermé le port.

Malgré des prodiges de valeur, affamés et écrasés, après deux mois de siège, ils furent obligés de capituler, le 16 avril 1577.

La capitulation portait que les assiégés sortiraient le dimanche suivant à midi, avec armes et bagages, tambour battant, enseignes déployées, avec un canon et une couleuvrine. Les habitants de la ville qui voudraient rentrer dans leurs foyers auraient la liberté de conscience et la jouissance de tous leurs biens. Ceux qui jugeraient à propos de se retirer seraient escortés par les vaisseaux royaux.

La capitulation qui en fut la conséquence fut signée le 16 août. Elle portait que ceux-ci sortiraient le dimanche suivant, à midi, avec armes et bagages, tambour battant, enseignes déployées, et, de plus, avec un canon et une couleuvrine que les assiégeants seraient tenus de faire conduire à La Rochelle dans le délai de huit jours.

Condé refusa de ratifier le traité, et fut d'avis que sans rompre, on en différât l'exécution jusqu'à l'arrivée du roi de Navarre, qui venait, dit-il, à grandes journées, avec un renfort considérable. Lorsque cette résolution fut connue à Brouage, elle y excita une désapprobation générale. On repoussa avec indignation un procédé qui, pour être avoué par la politique, n'en répugnait pas moins à l'honneur. La parole était donnée et la ville devait être rendue.

Déjà, sur un bruit vague que le traité était rompu, Mayenne s'apprêtait à faire donner l'assaut, lorsque le dimanche 28 août, les assiégés sortirent en bon ordre de la place. Une partie se retira à Pons, le reste à La Rochelle.

Toutes les conditions ayant été fidèlement exécutées de part et d'autre, Charles (II) de Lorraine, duc de Mayenne fit son entrée dans la place en 1577.

En 1578,  Ce prince confia le gouvernement de Brouage à Guy de Saint-Gelais, seigneur de Lansac, qui avait puissamment contribué à sa soumission y laissa une forte garnison, rassembla son armée et prit la route de Saint-Jean d'Angély.

Le nouveau gouverneur, qui ne voulait pas laisser ses troupes dans l'inaction, résolut de faire une descente dans l'île de Ré, alors au pouvoir des calvinistes. Jean de Dreux y commandait pour le prince de Condé et s'apprêta à recevoir rudement les catholiques. Ceux-ci s'embarquèrent à Brouage sur de nombreux vaisseaux de transport et cinglèrent vers l'île de Ré; mais, en arrivant près des côtes, la flotte de Saint-Gelais, foudroyée par de formidables batteries fut obligée de virer de bord et le débarquement devint impossible.

Le gouverneur de Brouage se vengea de cet échec en capturant quarante navires de commerce anglais, sous prétexte qu'ils naviguaient pour le compte des Rochelais, et se retira avec sa prise sous les murs de sa forteresse.

Saint-Gelais fut bientôt (1579) remplacé dans le gouvernement de Brouage par François d'Espinay, sieur de Saint-Luc. A peine le nouveau gouverneur fut-il installé, qu'on lui donna pour successeur Jacques Savary, mais Saint-Luc se refusa de le recevoir en cette qualité, La cour, pour forcer Saint-Luc à obéir, demanda aux Rochelais le secours de leur milice et de leur artillerie. Ceux-ci, conseillés par la prudence et flairant un piège, ne voulurent pas dégarnir leur ville et refusèrent le secours demandé. Jacques Savary, impuissant à forcer Brouage, se retira, et Saint-Luc demeura ainsi paisible possesseur de son gouvernement.

Brouage connut une tranquillité relative pendant quelques années, mais en 1579, l'inexécution du traité de Nérac fait prendre les armes aux réformés. Pendant ce temps, la sainte ligue s'était constituée pour ne faire qu'un corps et qu'une intelligence en France, sous la conduite des princes catholiques et les conseils des théologiens, pour combattre l'hérésie et la tyrannie. Cette formidable association grandissait sous le patronage du Saint-Siège et de Philippe II, roi d'Espagne.

Le roi de Navarre et Condé déclarent la guerre à outrance aux Ligueurs. Le royaume fut bientôt à feu. L'espèce de trêve ou de paix armée, pendant laquelle se passèrent les derniers événements que nous avons racontés, ne fut pas de longue durée, et l'édit publié à Némours, le 9 juillet 1585, édit arraché par la Ligue à la faiblesse de Henri III, ralluma la guerre civile dans nos provinces.

 

La langue et la littérature française du XVe au XVIIe siècle / par J.-E. Alaux,...

 

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Les Guerres de Religions en dates

LA REFORME - GUERRES DE RELIGION La Réforme est la plus grande révolution sociale qui se soit produite en Europe jusqu'à la Révolution française. Avant les prédications de Luther, toute l'Europe occidentale était catholique et reconnaissait la suprématie morale du pape; mais après, l'Europe se partagea en deux groupes longtemps hostiles : le groupe des États catholiques et celui des Etats protestants....

 

3 Octobre 1569, Troisième guerre de Religion, bataille de Moncontour dans le Poitou. (Panorama 360°) -
Montcontour, en latin Mons-Contorius, Moncontorium. Ce bourg était au XIVe siècle, défendu par une forteresse qui fut prise par les Anglais après un siège de six jours, et reprise par Du Guesclin en 1371. Moncontour est célèbre par la victoire que le duc d'Anjou, depuis Henri III, y remporta sur l'amiral Coligny en 1569....

 

le 24 août 1572 Le Massacre de la Saint-Barthélemy

Le massacre de la Saint-Barthélémy Contester l'autorité de l'Église catholique toute puissante au 16 e siècle, c'est remettre en cause son dogme et son pouvoir. Alors que certaines principautés du nord de l'Europe sont séduites par la réforme, en France, le pouvoir royal est pieds et poings liés à l'Église.

 

Lettre d'Henri de Navarre à Corisande, dite " Lettre de Marans " La Rochelle, 17 juin 1586

La Rochelle, 17 juin 1586 Il vient d'arriver un de vos laquais qui a esté prisonnier dix jours au Brouage. L'on luy a retenu vostre lettre et de ma sœur. Toutesfois craignant la façon dont St-Luc s'est asseuré que je m'en ressentirois, il me les renvoye par l'un des siens, qui ne doibt arriver que ce soir...

 

Notice Historique sur la ville de Brouage et de son port souterrain
Brouage à son origine, n'était qu'une simple ferme ou métairie située sur le bord d'un chenal par où remontaient les bâtiments de la mer jusqu'au pied d'une montagne à l'extrémité de l'île de Hiers. Ce terrain s'accrut insensiblement du gros sable dont les peuples du nord lestaient leurs vaisseaux lorsqu'ils venaient prendre leurs chargements de sel....





Sanctuaire Carolingien de Cravant les Cotaux- l'église Saint-Léger - La chevauchée sacrée de Jeanne d'Arc

Sanctuaire Carolingien de Cravant - l'église Saint-Léger, une des plus vieilles églises d'Indre-et-Loire - La chevauchée sacrée de Jeanne d'Arc

Cravant, commune du canton de l'Ile Bouchard, arrondissement de Chinon, à 10 kilomètres de l'Ile-Bouchard, à 9 de Chinon et à 51 de Tours.

 Gravent, vers 1127 (charte de l'abbaye de Noyers). Ecclesia de Cravento, vers 1148 (charge de Engobault, archevêque de Tours). Creventum, Crevent, 1209 (charte de Marmoutier). Cravant, 1224 (charte de Pommier-Aigre). – Çraventum in castelliana de Chinone, 1258 (fonds Salmon, titres de Chinon). Parochia de Cravento, 1290 (Cartulaire de l'archevêché de Tours). Cravant, carte de Cassini.

Elle est bornée, au nord, par les communes de Saint-Benoit et de Rivarennes; au sud, par la Vienne; à l'est, par Panzoult; à l'ouest, par los communes de Saint-Benoit et de Chinon. Une partie des landes du Ruchard s'étend sur son territoire dont elle forme le tiers environ.

 

 L'église Saint-Léger, une des plus vieilles églises d'Indre-et-Loire, classée Monument historique, ne sert plus au culte depuis 1863.Les Amis du Vieux Cravant sont, depuis 1933, propriétaires de l’ancienne église Saint Leger dite la Carolingienne.

L'abside est du XI° siècle le reste de l'édifice paraît être antérieur à l'an 1000. L'église actuelle, placée sous le vocable primitif, a été construite en 1863, sur les plans de M. Guérin, architecte à Tours et membre de la Société archéologique de Touraine.

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Le prieuré-cure appartenait à l'abbaye de Marmoutier, qui fut confirmée dans cette possession par Engebault, archevêque de Tours, vers 1150. Il existait dans la paroisse deux chapelles, l'une, dédiée à sainte Catherine, l'autre, à sainte Madeleine. Cette dernière est qualifiée de prieuré dans divers titres.

Le logis appelé la Grand'maison, situé dans le bourg, et le lieu de la Boutinière, paroisse de Seuilly, dépendaient de ce bénéfice. Louis Michau, curé de Saint-Louans, était chapelain de la Madeleine en 1757; N. Breton, curé de Saint-Étienne de Chinon, en 1790.

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La cure de Cravant possédait, dans les environs de Baugé, dès 1550, une chapelle dédiée à Notre-Dame-de-Pitié et qui est mentionnée dans un acte de 1790.

CURÉS DE CRAVANT. – Aimery, 1127. – Jean de la Motte, 1607. Noël Soismont, 1618. Louis Heruault, 1689. Antoine Pougnac, 1717. –Pierre Taffouneau, 1723. Rancher, 1754. –Jean-Lazare Dergouges, 1791. Derue, curé constitutionnel, 1793. – Gallet, 1803.-Guérinet, 1837. – Boucher, 1839, en fonctions (1879).

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Cravant était une châtellenie ayant droit de haute, moyenne et basse justice et relevant du roi, à foi et hommage lige, à cause du château de Chinon.

Le Dictionnaire d'Indre-et-Loire donne une longue liste des seigneurs de Cravant dont le plus ancien, Geoffroy dit « Foucaud » aurait possédé la terre en 1045. « Radulpho de Cravent » comparaît comme témoin dans une donation faite en 1089 à l'abbaye de Noyers par Pierre de la Rajace (6).

En 1134, Geoffroy le Roux abandonna certaines terres qu'il possédait à l'abbaye de Turpenay. Pierre Achard, seigneur de Cravant et de Pommiers, appartenait à une famille célèbre du Poitou dont on disait :

« Les Achard, les Tisons et les Voisins Du pays ont chassé les Sarrazins ». Fils d'un gouverneur de Poitiers, il assista à la bataille de Bouvines comme chevalier banneret (7).

Mais après Guillaume de Marmande cité en 1224, une lacune importante existe jusqu'en 1379 où l'on trouve Jean III, comte de Sancerre. Sa fille Marguerite, veuve de Béraud II, comte de Clermont, aurait vendu la terre de Cravant le 6 septembre 1407 à Jean de Maillé, seigneur de La Roche-Bourdeil, qui était en procès en 1409 contre Jacques de Montberon avec lequel elle s'était remariée (8). Cette famille garda Cravant jusqu'en 1483 où Charles de Maillé, maître d'hôtel de la reine, mourut sans enfant.

Alors se succédèrent Hardy le Roux, René puis Louis de Mauléon, enfin Adam de Hodon. Ce dernier avait vendu le 23 février 1555 la terre de Chisseau à Diane de Poitiers. Il déclara dans le contrat qu'il entendait faire remploi des deniers provenant de cette transaction pour l'acquisition des terres, châtellenies et seigneuries de Destilly et de partie de celle de Cravant. Il ne garda la première que quelques mois par suite d'une action en retrait lignager, mais conserva Cravant dont il aménagea (9) vers 1560 la vieille forteresse.

La terre de Cravant fut saisie en 1594 sur Marguerite Tironneau, veuve de Adam de Hodon, et adjugée à Jean Lenain qui rendit aveu à Chinon le 3 août 1595. Il accomplit la même formalité en 1606, mais le 6 février 1624, pour 3.875 livres de rente, il céda le fief à Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier, de Saint-Fargeau et de Châtellerault, princesse de La Roche-sur-Yon (10).

Deux ans plus tard, le 6 août 1626, elle se mariait à Gaston Jean-Baptiste de France, duc d'Orléans et frère de Louis XIII. Elle décéda en couches le 4 juin de l'année suivante, laissant une fille Anne-Marie d'Orléans qui devait être un jour connue sous le nom de « la Grande Mademoiselle ». Elle mourut à Paris le 5 avril 1693, ayant légué par testament en date du 27 février 1685, la terre de Cravant à Philippe, duc d'Orléans, de Valois et de Chartres, second fils de Louis XIII. Mort le 9 juin 1701, il laissait plusieurs enfants de ses deux mariages. L'un d'eux, Philippe, deuxième du nom, hérita de Cravant et le 1er octobre 1717 en donna l'usufruit avec une rente de 6.000 livres à son aide de camp, Joseph de Flotte de la Crau qui décéda en 1743.

Louis de France, duc d'Orléans, de Montpensier, de Valois, de Nemours et de Chartres, premier prince du sang, pair de France, gouverneur du Dauphiné, colonel général de l'infanterie française et seigneur de Cravant, vendit alors cette terre pour 50.000 livres devant Me Doyen, notaire au Châtelet de Paris, le 15 juillet 1750 à haut et puissant seigneur Alexis Barjot, marquis de Roncée (10). Désormais Cravant fera partie du domaine de Roncée à Panzoult (11).

Une évaluation dressée en juillet et août 1771 indique que le château et métairie de Cravant étaient affermés à René Girard par bail à ferme de neuf ans le 19 juin 1769 moyennant 320 livres par an (12).

Avec les cens, les rentes, les droits féodaux, les fermes de la Varenne, du Taurion et des Trois Piliers, le revenu total de Cravant s'établissait à 2.904 livres 13 sols 9 deniers, Jean-Louis-Marie le Bascle d'Argenteuil, qui comparut par fondé de pouvoir à l'assemblée électorale de la noblesse de Touraine en 1789 (13), était à cette époque seigneur de Cravant du chef de sa femme Marie-Joséphine-Caroline Barjot de Roncée, épousée à Versailles le 28 novembre 1779. Il se cacha sous la Révolution sans s'exiler, mais n'en fut pas moins inscrit sur la liste des émigrés, ses biens saisis et vendus nationalement. Le château de Cravant fut adjugé au district de Chinon le 3 Thermidor an IV (21 juillet 1796) à Pierre Lambert.

De son mariage avec Marie Desbourdes, ce dernier avait eu quatre enfants. Aussi lors du règlement de leur succession, le 2 décembre 1825, les bâtiments furent partagés en quatre. Par la suite, sans doute, Henry Lambert, qui eut le lot n° 2, et sa femme Justine Desbourdes durent racheter les autres parts, car leurs descendants gardèrent le vieux château jusqu'en 1937.

Le 6 août de cette année, il fut acquis par acte passé devant M Nédellec à L'Ile-Bouchard par le chanoine Audard (14) dont la personnalité mérite d'être évoquée.

D'origine saintongeaise par sa mère et berrichonne par son père, il était né à Lhommaizé (Vienne) le 30 avril 1881. Ernest Audard vint Habiter avec ses parents, à l'âge de quatre ans, à La Haye-Descartes où son père fut chef de gare pendant quinze ans. Ordonné prêtre le 12 juin 1904, professeur au petit séminaire, il publia en 1918 les « Actes des martyrs de la foi », devint en 1925 directeur de la « Foi Catholique » et en 1928, archiviste historiographe du diocèse de Tours.

En 1931, il accepta la cure de Cravant et découvre alors « les trésors d'histoire de cette commune » (15). Il fonda la société des « Amis du Vieux Cravant », décida de l'achat de l'antique église pour en faire un musée, ressuscita les ruines du Croulay et l'ancien pèlerinage de la Madeleine. Il acheta enfin le vieux château pour le sauver, mais aussi pour en faire un centre de vie locale.

De grandes expositions vinicoles sont organisées par ses soins et attirent les plus fins connaisseurs. Cravant est déclaré capitale du « breton ». Après avoir hébergé en 1936, une famille de réfugiés espagnols, le chanoine prend à son service après la débâcle, une équipe de prisonniers français nord-africains. Il s'ensuivit une « évasion monumentale » à laquelle il ne fut point étranger. Il n'en fut pas moins à la Libération l'objet d'inculpation aux motifs inconsistants, qui le retint quatre longs mois en prison, mais dont il ne devait pas se remettre. Il mourut le 21 mai 1951 ayant laissé par legs particulier le vieux château à son voisin et ami, M. Max de Foucaud, propriétaire de Sonnay, qui en a toujours la possession.

Dominant du sommet du coteau la remarquable église aujourd'hui désaffectée et devenue un musée André MONTOUX.

Sanctuaire Carolingien de Cravant - l'église Saint-Léger, une des plus vieilles églises d'Indre-et-Loire - La chevauchée sacrée de Jeanne d'Arc (5)

 

 L'ancien sanctuaire de Cravant, placé sous le vocable de saint Léger et localement dénommé « la Vieille-Église », est dit Carolingien du fait des origines de son histoire. Avec certaines de ses parties remontant au IXe siècle, cet harmonieux monument riche du premier art roman est historique à plus d’un titre : classé lui-même Monument Historique depuis le 10 février 1913, les deux piliers mérovingiens qu’il contient le furent à leur tour le 15 février 1963, et la fresque de la chapelle méridionale représentant l’allégeance à Notre Dame fut enfin classée à l’Inventaire supplémentaire par arrêté du 4 août 1975.

 

Ancien évêque d’Autun, Léger fut assassiné dans le bois de Sarcin (forêt de Lucheux) le 2 octobre 678 sur ordre du maire du palais du royaume mérovingien de Neustrie, Ebroïn, qui déjà l’avait martyrisé deux ans plus tôt en lui faisant arracher les yeux, la langue et les lèvres… Bouleversé par un tel acharnement, le roi convoqua un synode pour autoriser le culte des reliques du saint martyr et sa dépouille furent transportées à Poitiers, au monastère de Saint-Maixent où il avait été abbé. C’est vraisemblablement lors de ce transfert que l’église fut placée sous son vocable.

 

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Désaffecté par le culte près de mille ans plus tard, en 1863, à l’occasion du déplacement du bourg, le sanctuaire Saint-Léger de Cravant échappa miraculeusement à la démolition et fut mis en vente aux enchères publiques le 8 janvier 1865. Il fut alors acquis par la Société Archéologique de France qui le revendit le 2 mars 1933, pour cent francs, à l’Association des Amis du Vieux Cravant créée le 25 décembre 1932, jour de Noël, par le chanoine Audard, curé de Cravant.

 

Dès l'arrivée, on distingue immédiatement les trois époques qui ont marqué son ensemble architectural : la nef, menant vers le chœur et datant du IXe siècle, qui est un des rares types bien conservés de l'architecture religieuse carolingienne, le chœur lui-même et son abside construite au XIIe siècle, et enfin la chapelle Notre-Dame occupant le transept sud datant du XVe siècle. L’allée centrale de la nef est délimitée par des piliers du XIIIe siècle, provenant des ruines de la chapelle de la Madeleine du Croulay (ancien couvent des Cordeliers), sur le territoire de Panzoult, à deux pas des grottes de la Sibylle où Rabelais aimait à se retirer pour mieux imaginer Panurge venant y consulter ses légendaires oracles…

 

Dans la façade sud de cette nef, un porche a été ouvert au Xe ou XIe siècle. Considéré comme l'un des plus anciens de France, son arc en plein cintre orné d’un cordon en torsade est un exemple de pure sobriété.

 Au XVe siècle, les fenêtres de cette même façade sud furent murées presque à mi-hauteur afin d’appuyer la charpente d'un porche de la largeur de la chapelle Notre-Dame. À cette époque, les deux piliers mérovingiens mentionnés ci-dessus, qui sont une des principales richesses lapidaires de cet endroit, soutenaient la charpente du porche, face au portail sud. Ces piliers sont désormais disposés à l'entrée du chœur. Dans la nef et le transept se trouvent un ancien baptistère et des sarcophages découverts en Touraine (Assay, Brizay et Braye-sous-Faye). Il convient encore de s'attarder sur le chœur dont la corniche est ornée de sculptures en damier et de curieux modillons. Dans la chapelle Notre-Dame occupant le transept sud, face au petit autel XVIIe bien évidemment consacrée à la Vierge, se trouvent les peintures murales évoquées dans le préambule ci-dessus. Ces fresques représentent la Vierge accueillant quelques fidèles lui rendant allégeance sous un ciel rempli d’étoiles à huit branches. Certains prétendent qu'il s'agirait du portrait des donateurs et que l’on y reconnaîtrait Georges de La Trémoille, ministre de Charles VII, accompagné de madame de la Ruche, son épouse, et de Marie-Georges et Louis, leurs enfants. D’autres y verraient une version apocryphe de l'adoration des Rois Mages.

 

Sanctuaire Carolingien de Cravant - l'église Saint-Léger, une des plus vieilles églises d'Indre-et-Loire - La chevauchée sacrée de Jeanne d'Arc (1)

Enfin, vers la sortie, sur le mur situé à l'ouest qui était comme ceux du nord et du sud en petit appareil (voir le reste du triangle témoin à droite), fut appliquée au XIIe siècle une épaisse maçonnerie qui permit d’ouvrir une grande baie à colonnettes pour éclairer la tribune, et une porte en arc brisé par laquelle on sort directement de l’édifice vers le petit cimetière planté de genévriers.

Vieille église de Cravant le martyr de Saint Leger

« Situé à un kilomètre au nord du bourg de Cravant-les-Coteaux, en plein pays de Rabelais, le petit sanctuaire carolingien du IXe siècle n’était plus qu’une ruine dévorée par l’humidité et les mousses assassines. C’était il y a dix ans, et l’association Les Amis du vieux Cravant avait décidé de soulever ciel et terre pour tirer ce lieu plein d’histoire de l’abandon. En 2005, grâce à un financement à 80 % de fonds publics (du département à l’Europe) ainsi qu’à des dons versés par des fondations privées, un plan de sauvegarde a pu être mis en œuvre pour sauver la vieille église de Cravant. Forte d’un budget de 350 000 euros, l’association n’est cependant pas sortie complètement d’affaire. « Il nous manque encore 25 000 euros pour achever les travaux ! » déclare le président Frédéric de Foucaud. Selon les aménagements de la loi sur le mécénat, ces dons sont déductibles des impôts à concurrence de 66 %. En conséquence de quoi, le donateur devient membre fondateur et aura son nom gravé dans la pierre de l’édifice. » (extrait de l'article rédigé par monsieur Léopold Sanchez et paru dans le Figaro Magazine du 15 octobre 2007).

 

 

Le président de l'Association : Frédéric de Foucaud a reçu pour cette restauration le Trophée Crédit Agricole de l'Initiative Locale (voir Fondation du Crédit Agricole "Pays de France"), le Prix de l'Académie des Sciences, Arts et des Belles Lettres de Touraine, le label Fondation du Patrimoine, et une mention spéciale Europa Nostra dans le cadre du Prix du Patrimoine Culturel de l'Union Européenne : Concours Europa Nostra 2006.

Wikipédia

 

 

 

 ==>La Chevauchée de Jeanne d'Arc vers Chinon par le GR (Sentiers de Grandes Randonnées), un voyage dans le temps de 590 ans.

 

 


 

Saint-Maixent : Histoire et fouilles archéologiques dans la crypte de l'ancienne église de Saint Léger -

(la Crypte de Saint Leger à Saint-Maixent, le Plus ancien édifice du département des Deux-Sèvres) Quand on compte les nombreuses propriétés qui couvraient le sol du Poitou et de l'Aunis, et qu'on se rappelle la splendeur et la puissance des abbés de Saint-Maixent, il est facile de se convaincre des ressources que présentent les chartes qui les consacrent.....

 

(6) Mém .Soc. Arch. de Touraine, t. 22, 1872, p. 204, charte 175.

(7) BOURASSÉ. — La Touraine, 1855, p. 344.

(8) ANSELME. — Histoire généalogique de la Maison de France, t. VII, p. 510.

(9) CHEVALIER. — Histoire de Chenonceau, p. 293. (10, 10') Archives départementales d'Indre-et-Loire, E suppl. 82.

(11) Pour la généalogie des Barjot de Roncée, voir A. MONTOUX, Vieux Logis de Touraine, t. III, 1977, p. 144-6.

(12) Archives départementales d'Indre-et-Loire, E-7.

(13) Mêm. Soc. Arch. de Touraine, t. 10, 1858, p. 86.

(14) Tous ces actes nous ont été communiqués par M. Michel Maître.

(15) Bull. Soc. Arch. de Touraine, t. XXXI, 1951, p. 225-232, par R. MILLAT et plaquette de l'abbé B. PRETESEILLE, Tours, Mariotton, 1951, 8 p. « Le Chanoine Ernest Audard, 1881-1951 ». Bull. Soc. Amis Vx Chinon T. VIII, 4, 1980

 

16 janvier 2020

QU'EN EST-IL DES PLANTAGENET ? Pour leur aspect physique et psychologique

QU'EN EST-IL DES PLANTAGENET Pour leur aspect physique et psychologique (1)

P. 90 : « Henry est un bel homme, de taille moyenne, mais puissamment musclé, avec comme tous les Angevins, les cheveux blonds roux et des yeux gris, un peu à fleur de tête, qui s'injectent de sang quand il est en colère : car il a lui aussi comme tous les siens, des accès de « bile noire » qu'il ne fait pas bon provoquer. »

P. 194 : « Jean plus petit que la moyenne est brun et nerveux. »

P. 194 : « Richard grand et beau, avec sa stature normande, ses yeux gris angevins et sa chevelure d'un blond vif avec aussi son humeur enjouée. »

 

HENRY II

Citons à nouveau R. Pernoud sur l'évolution du comportement du roi Henry II, au long de sa vie :

P. 108 : « Il reste que l'existence se trouvait passablement accélérée auprès d'un homme tel qu'Henry Plantagenêt. Par tempérament personnel (...) il a mené une vie beaucoup plus agitée que la plupart des gens de son temps. On trouvait communément que les Angevins étaient  « instables », chez lui cette instabilité aura été presqu’une méthode de gouvernement. »

P. 109 : « Un de ses familiers, Pierre de Blois, devait plias plus tard écrire des lettres très amusantes pour évoquer l'agitation qui régnait autour de lui et l'état d'alerte perpétuelle dans lequel il maintenait ses familiers. »

P. 110 : « Henry, passionné de pouvoir, s'occupait du matin au soir des affaires du royaume. « Sauf quand il était à cheval écrit

Pierre de Blois, ou quand il prend ses repas, il ne s'assied jamais.

Il lui arrive de faire en un jour une chevauchée quatre à cinq fois plus longue que les chevauchées ordinaires. » Avec le temps, il sera de plus en plus incapable de rester en place, même à l'église lorsqu'il assistait aux offices, il ne pouvait s'empêcher de se lever de temps à autre et d'arpenter nerveusement la place. Il ne restait immobile que pendant son sommeil et il dormait peu. »

Cette fébrilité du monarque, comme un feu intérieur qui l'éclairé au début de son règne, va servir ses capacités de travail et son avidité de pouvoir et, en définitive, faire de lui un grand roi. Mais, progressivement, ces flammes qui le dévorent vont l'embraser tout entier et ce qui était au début rapidité de grand rapace va devenir sur la fin désordre et précipitation dans l'éclat tourmenté d'un « crépuscule des Dieux ».

P. 195 : « Tous, montrent Henry sous un jour lamentable dans ses dernières années : celui qui, jadis, avait été un chevalier de si belle prestance n'est plus, passé la cinquantaine, qu'un vieillard presqu'obèse et atteint au dire de l'entourage de la pire des maladies, celle qui consiste à ne plus pouvoir trouver le repos ; il ne peut tenir en place, agite fiévreusement ses mains. Il avait toujours été négligé dans sa mise et cette négligence en vieillissant est devenue désordre, reflétant le désordre intérieur d'un homme qui n'a pas su se maîtriser lui-même. »

Il serait plus exact d'écrire qu'Henry n'a pas pu se maîtriser, il est maintenant emporté par quelque chose qui le dépasse et l'entraîne vers la mort de l'esprit qui précédera chez lui celle du corps.

P. 196 : « Vers la fin de sa vie, son portrait est à l'opposé de l'idéal du siècle... Son train de vie et sa cour tournent à la caricature... Dans les chevauchées, dans les veillées, il n'y a ni ordre ni mesure. On vend à la cour des bêtes malades, des poissons pourris ou puants. Et de décrire le train de vie infernal que le roi, de plus en plus agité, fait mener à ses familiers. »

Il ne fait aucun doute pour nous, à travers ces courts extraits, que nous nous trouvons chez Henry Plantagenêt en face d'une atteinte de la maladie. Au début, chez lui, se précise une certaine hypomanie où domine l'instabilité psycho-motrice et les troubles du sommeil. Nous nous trouvons en présence d'un individu pour qui « tout » va vite et « tout » doit aller vite. Sur la fin, le processus se confirme et s'accélère pour aboutir à une véritable manie chronicisée accompagnée d'une altération de l'éthique morale.

Au total, Henry aura été toute sa vie un hypomaniaque ; la maladie chez lui peut sembler monopolaire, c'est-à-dire seulement portée sur le versant de l'exaltation. Pourtant, au moment de sa mort, on est en droit de se demander s'il n'y a pas eu un « virage » de l'humeur qui peut laisser envisager une forme complète (donc alternée) de sa P.M.D.

Apprenant par la bouche de Guillaume le Maréchal et sur des renseignements fournis à ce dernier par Philippe Auguste lui-même, que son fils Jean était le premier à le trahir :

P. 201 : « (II) tourna son visage contre le mur et demeura inerte. Le troisième jour un peu de sang lui sortit par la bouche et par le nez. Il était mort. »

On peut ici, à juste titre — connaissant ce type de malade — se poser la question de savoir si l'origine de ce sang est naturelle (c'est possible) ou s'il y a eu suicide... Quoiqu'il en soit, c'est dans un état de prostration (stuporeuse, comme on en voit chez les mélancoliques) que meurt le Roi.

L'assassinat universellement connu de Thomas Becket s'inscrit aussi dans l'hypothèse de la maladie du fondateur de la dynastie des Plantagenêt.

P. 146 : « La grande querelle que le Roi d'Angleterre soutient dans le même temps contre celui qui avait été selon sa propre expression « son unique conseiller », son chancelier fidèle, son ami inséparable : Thomas Becket. »

L'histoire de ce crime nous a appris, en effet, qu'en passant du statut de Chancelier du royaume à celui de Primat d'Angleterre, Thomas Becket avait changé de maître et « trahissait » les espérances que le roi avait placées en lui :

P. 147 : « Henry dut assister avec stupeur à cette métamorphose qu'il avait lui-même provoquée... Et, en 1164, le roi et son ex-chancelier se trouvaient en état d'hostilité déclarée... Des scènes violentes marquèrent ses entrevues avec le roi à Northampton. »

Arrivé à ce stade de notre article, il est absolument indispensable de présenter à nos lecteurs la théorie sur laquelle se fonde notre interprétation du comportement d'Henry et de ses fils Richard et Jean.

Celle-ci repose sur l'analyse des personnalités maniaco-dépressives telle qu'elle ressort de « l'écoute » de ces malades en dehors de leurs crises.

Cette « écoute » patiente a permis de définir un cadre souple dans lequel s'inscrit leur personnalité profonde.

Cette personnalité s'articule autour de trois concepts extraits du vocabulaire psychanalitique : oralité, narcissisme, ambivalence.

Entre les crises, nous sommes en face de sujets narcissiquement fragiles et cette fragilité peut être considérée comme l'échec des processus d'identification primaire de la phase orale. Elle va faire du malade quelqu'un de très dépendant de ses « objets » lesquels sont électivement représentés par une personne aimante ou aimée dont il se sent dépendant (l'objet peut d'ailleurs être aussi bien qu'une personne, un idéal ou une cause). La dévalorisation de cet objet — sur lequel le malade a projeté son narcissisme ou sa perte — ce qui revient au même — entraîne la décompensation de la structure et donc le risque d'un accès de la maladie.

L'échec du franchissement normal de la phase orale dans la petite enfance explique la fixation ultérieure à ce stade et fait des maniacodépressifs des êtres particulièrement avides, insatiables et exigeants.

C'est de cette avidité de pouvoir et d'argent qu'en définitive mourra Richard sous les murs de Chalus où il était venu chercher un or nécessaire à sa politique...

L'ambivalence est extrême et marque toutes les relations du malade, elle explique chez lui le passage si facile de l'amour le plus absolu à la haine la plus^ totale. Ils sont extrêmement sensibles aux moindres frustrations et toute déception est vécue comme telle et réveille leur agressivité.

Comme on le voit, la « perte » par Henry de Thomas Becket est, sur une personnalité comme la sienne, une frustration narcissique insupportable qui ne sera pas pardonnée. Seule la mort de Thomas pourra réparer la blessure d'amour subie par le roi dans ses profondeurs inconscientes.

Ce crime prémédité, Henry savait qu'il serait impardonnable aux yeux de son peuple et de la chrétienté et pourtant rien n'a pu l'empêcher d'aller jusqu'au bout de sa passion. L'assassinat de Thomas Becket fut autant sinon plus un crime passionnel que politique.

QU'EN EST-IL DES PLANTAGENET Pour leur aspect physique et psychologique (2)

La prédominance de leur fixation orale explique aussi la déconcertante facilité avec laquelle ces malades peuvent abandonner leur « objet » pour en investir aussitôt un autre. Cette facilité rejoint celle que nous avons déjà dite, de leur passage de l'amour absolu à la haine totale. N'est-ce pas cet aspect de leur personnage qui permet de mieux comprendre la disgrâce définitive d'Aliénor aux yeux d'Henry ?

Notons au passage que c'est en emmenant celle-ci en captivité à Londres qu'il va aller ostensiblement se « repentir » sur la tombe de Thomas. Ce « va-et-vient » affectif pourrait sûrement donner lieu à des interprétations psychologiques intéressantes. Henry, par ailleurs, va désormais s'afficher avec Rosemonde et tentera d'obtenir la séparation d'avec Aliénor ; comme nous l'avons dit plus haut, les péripéties amoureuses jalonnent la vie des manico-dépressifs.

Ces difficultés affectives vont souvent de pair avec des difficultés d'ordre sexuel. On constate effectivement chez beaucoup d'entre eux des tendances homosexuelles mal refoulées. Ceci évoque évidemment le cas de Richard, qui est assurément bien le fils de son père...

 

RICHARD COEUR DE LION :

P. 227 : « Cet être incorrigible agité de toutes les passions qui peuvent tourmenter un homme et dont les magnifiques qualités risquaient d'être étouffées par la violence d'un tempérament porté à l'excès. »

P. 229 : « (Dans) une confession publique, il implorait le pardon pour des fautes contre nature auxquelles il s'était laissé aller... On le verra renouveler semblable pénitence publique pour la même raison cinq ans plus tard. »

L'aspect enjoué, impulsif et hypomaniaque de Richard est certain.

P. 205 : « La force est généreuse et la colère terrible, il pardonne aussi facilement qu'il s'emporte. »

P. 213 : « Allait-il entrer dans l'une des légendaires fureurs angevines qui le secouait parfois ? »

P. 228 : « On l'avait vu parfois à l'église, quitter sa place pour mener lui-même le choeur des moines et rythmer leurs chants. »

Cet aspect ludique du personnage se retrouve chez un des ascendants directs de Richard : Foulque le Bon (942). Ce grand seigneur s'était fait remarquer en son temps en adressant au roi des Francs un message ainsi libellé :

« Au Roi des Francs, le Comte des Angevins. Sachez, Seigneur, qu'un Roi illettré est un âne couronné. »

La causticité irrespectueuse et familière des propos étant un trait classique (presque constant) de l'accès maniaque, ceci laisse à penser que c'est peut-être par cette voie parentale qu'est descendu la tare...

On ne peut certes pas affirmer, à travers ces trop brefs témoignages, que Richard ait présenté, comme son jeune frère, les symptômes d'une psychose maniaco-dépressive déclarée. Par son impulsivité et son avidité, il ressemble surtout à son père et tout laisse à croire, comme pour Henry, que le fond de sa personnalité s'inscrit bien dans le cadre d'un P.M.D. Une vie plus longue eut sans doute permis de trancher plus clairement.

 

JEAN SANS TERRE :

Avant d'en terminer, revenons à Jean, car il est certain, en dehors de ses phases de dépression ou d'exaltation, qu'il avait en permanence un comportement anormal et inquiétant, où son intelligence se mettait au service de desseins dont la fin justifiait tous les moyens y compris les pires :

P. 205 : « Jean a toujours été jaloux, sa mesquinerie, son caractère sournois et inquiétant, tout en lui contraste avec ce frère... Avec Jean, ni paroles ni promesses ne pouvaient compter... Et toute son histoire par la suite vérifiera cette impression : un adolescent inquiétant, instable, que ses contemporains considéraient de plus en plus, à mesure que ses actions le feront mieux connaître, comme un « ensorcelé »... Ses cruautés font frémir, mais on verrait aujourd'hui en lui, un irresponsable. On murmurait en son temps qu'il y avait en lui une perversité diabolique. Il sera le seul roi d'Angleterre à ne pas recevoir la communion le jour de son couronnement. »

Intelligence, instabilité, cruauté, tout est là qui définit le déséquilibré pervers de « haut vol ». Le terme d'irresponsable ne convient pas, c'est celui de psychopathe qui s'impose.

QU'EN EST-IL DES PLANTAGENET Pour leur aspect physique et psychologique (4)

Cet aspect de son caractère se retrouve une fois de plus chez un de ses ascendants férocement célèbre : Foulque Nerra (972 - 1040), petit-fils de Foulque le Bon que nous avons cité au sujet de Richard.

Ceci laisse peut-être à penser que les tendances perverses de Jean ont un côté héréditaire comme sa P.M.D.

En dehors de ces constatations, il n'existe cependant aucun lien certain actuellement entre P.M.D. et psychopathie.

Les recherches sur les « chromosomes du crime » (recherches critiquées par certains pour des raisons philosophiques) vont dans ce sens. De toute façon, il faut aussi explorer dans la jeunesse de Jean une part de cette vérité qui forgea et dévia son caractère, à l'ombre écrasante d'un frère « déifié » par sa mère qui, manifestement, reporte sur celui-ci l'amour qu'elle a eu pour Henry au point d'en faire vis-à-vis de ce dernier, un rival et l'instrument de sa vengeance politique et amoureuse. Jean, lui, au physique ingrat et qui ne ressemble ni à son père, ni à son frère, sera le mal aimé de tous. C'est l'éternel problème de l'inné et de l'acquis dans la genèse de la personnalité.

Quoiqu'il en soit, c'est dans ce contexte pathologique que se situe sans aucun doute l'ignominieux et exemplaire assassinat d'Arthur de Bretagne qu'il nous importe de développer ici.

Constance de Bretagne, la mère d'Arthur et la veuve de Geoffroy — fils d'Henry II Plantagenêt — avait tenté de faire choisir son fils Arthur comme héritier du trône d'Angleterre à la mort de Richard, en arguant le fait que Jean n'était que le cadet de son défunt époux Geoffroy.

Arthur a donc été pour Jean, avant qu'il ne devienne roi, une menace de première grandeur et restait pour lui, même après qu'il fut monté sur le trône, un rival toujours possible.

Ce trop jeune Duc de Bretagne, manipulé par Philippe Auguste — qui ne perdait cependant pas de vue son idée de le mettre un jour à la place de Jean — avait été élevé à la Cour de France. Philippe Auguste l'avait lui-même fait chevalier.

Or, voici qu’Arthur commet l'imprudence de rendre l'hommage au roi de France pour le Poitou qui appartient en fait à Aliénor, sa grand-mère. C'est le casus belli entre l'oncle et le neveu, et ce dernier sera fait prisonnier à Mirebeau, au sud de Loudun, où il assiégeait Aliénor.

P. 284 : « La suite de l'histoire fait découvrir de quelle férocité satanique (Jean) était aussi capable... Aucune humiliation ne fut épargnée aux malheureux barons captifs. Quant au jeune Arthur de Bretagne, il l'avait d'abord remis à un de ses familiers en lui ordonnant de l'aveugler et de le châtrer. Hubert de Bourgh refusa la criminelle besogne.

Arthur allait demeurer prisonnier dans la Tour de Rouen jusqu'au jour où, le 3 avril 1203, Jean, avec un seul compagnon, son homme de main, Guillaume de Briouse, pénétra dans le cachot, le fit descendre avec lui dans une barque, l'égorgea et jeta son corps dans la Seine. »

Le corps sera retrouvé par des pêcheurs et secrètement enterré sur les terres de l'abbaye de Bec. Treize jours après le crime, Jean écrivait et faisait porter un message ainsi libellé à sa mère Aliénor : « Grâce à Dieu, les choses vont pour nous, mieux que cet homme ne peut vous le dire » (citation du texte réel de Jean).

Il est inutile d'insister sur l'ambiguïté perverse de cet écrit... On connaît la suite : il n'y avait qu'un seul témoin du meurtre et ce n'est que lorsqu'il parlera sept ans plus tard, après s'être fâché avec Jean, que la vérité éclatera.

Sommé de venir répondre de son crime devant la Cour des Pairs de France par Philippe Auguste, Jean ne comparaît pas... Il perd, du coup, par décision de son suzerain, toutes ses possessions continentales. Ainsi disparaît, par la folie de Jean, derrière son illustre ancêtre, le premier royaume franco-anglais des Plantagenêt.

Philippe Auguste avait bien joué en dressant l'un contre l'autre l'oncle et le neveu ; il quadruplait pratiquement sa France en étendue et il en profitait en prime, pour mettre un Capétien, Pierre de Dreux, à la place du Plantagenêt assassiné, sur le trône de Bretagne. Son calcul fut cependant moins bon dans cette dernière opération.

QU'EN EST-IL DES PLANTAGENET Pour leur aspect physique et psychologique (3)

LA FOLIE DE CHARLES VI :

Quittons un instant nos voisins d'outre-Manche pour revenir au « doux » royaume des Lys, vers les années 1400, alors que sur le trône règne un roi politiquement mort : Charles VI le Fol (1368-1422). Quelques psychiatres passés et contemporains se sont avant nous penchés sur ce cas célèbre de notre histoire.  

De quelle nature était cette folie dont on a dit qu'elle avait débuté après le fameux incident de la forêt du Mans où le roi, surpris dans sa somnolence à cheval, par le bruit d'une lance tombée sur un casque, s'était réveillé dans une crise de fureur où il tua quatre hommes de sa suite. Cet incident dramatique s'était passé dans la chaude après-midi du 4 août 1392. Or en avril de la même année, Charles avait présenté un syndrome fébrile — on a parlé de typhoïde — avec des convulsions et un nouvel accès de fièvre avait eu lieu en juillet. C'est donc chez un convalescent que survient la crise du 4 août. Il ne faut cependant pas voir là la cause première de la folie ; plusieurs observateurs font remarquer qu'avant 1392 déjà, Charles VI présentait des signes « d'affaiblissement intellectuel ». Cette impression nous est ainsi rapportée par Froissart : « Bien scavions nous (déjà), que la faiblesse de chief le travaillait trop fort ».

Par la suite, ce qui frappa tout le monde, c'est l'aspect intermittent de la folie du roi (plus d'une quarantaine d'accès pendant son règne). Les accès du mal peuvent prendre l'allure de crises de fureurs délirantes.

L'agitation est telle qu'on a parfois du l'enfermer dans ses appartements et sa bibliothèque où il court jusqu'à l'épuisement total et à d'autres moments ce sont, au contraire, des périodes de prostration dont rien, semble-t-il, ne peut tirer le malade.

Au fil des ans, les crises, entre lesquelles le roi est parfaitement normal au début de sa maladie, seront de plus en plus rapprochées et sur la fin, une véritable démence s'installera au fur et mesure que la maladie devient chronique : le roi est couvert de crasse et de parasites dans les derniers mois de sa vie.

On ne peut s'empêcher de penser devant ce tableau, à une psychose maniaco-dépressive sévère à évolution démentielle comme on en décrivait avant les traitements actuels.

Moreau de Tours, un des plus célèbres psychiatres du XIXe siècle, semble bien partager notre opinion puisqu'il avait proposé, pour ce cas, le diagnostic de manie cyclique. Avant de revenir sur l'origine de la maladie de Charles VI, ce qui est notre objectif final, il nous semble intéressant d'ouvrir ici une parenthèse sur le contenu du délire du roi, du moins sur un aspect de ce délire qui interloquait les témoins du monarque.

Charles prétendait avec insistance, dans ces accès, qu'il n'était pas le roi de France, qu'il s'appelait Georges et que son emblème était le lion. Visuellement il ne reconnaissait plus sa femme, Isabeau de Bavière, et il détruisait toutes les fleurs de lys qu'il rencontrait sur les murs ou sur sa vaisselle...

L'interprétation de ce délire nous semble pourtant relativement simple et aisée à faire à cette période de la guerre de Cent Ans où le roi se trouve : le prénom qu'il se donne, n'est-il pas celui du saint patron de l'Angleterre, tout comme le lion est le symbole héraldique de son rival anglais ?

Par ailleurs, lorsqu'il détruit toutes les fleurs de lys qu'il trouve sur son passage, il est clair que Charles VI inverse les rôles. Il se met dans la peau du roi d'Angleterre et, ce faisant, il se met à l'abri (dans son délire !) de ce dernier en le refoulant au fond de son inconscient.

Certains ont tenté d'expliquer l'existence de la maladie de Charles, sans préjuger du diagnostic, par une ascendance maternelle fragile psychiquement et c'est vrai (Jeanne de Bourbon et son frère Jean II moururent en état de démence sénile).

Voici quant à nous l'hypothèse complémentaire que nous apportons sur l'origine de la maladie du roi : si l'on se rapporte à la généalogie des Capétiens et des Plantagenêt, on constate sans difficulté que Charles VI descend en droite ligne du frère de Philippe le Bel, Charles de Valois, et par cette branche cadette des Capétiens, Charles VI descend de Blanche de Castille petite-fille d'Henry II Plantagenêt (2).

Dès lors, il est parfaitement possible d'admettre génétiquement que la tare mentale exprimée chez Charles VI (1400) provient des Plantagenêt (1200) dont nous avons vu qu'ils sont maniaco-dépressifs. Il est certain que, sur près de deux siècles, la constellation parentale des ascendants de Charles VI est considérable et que la tare peut provenir de bien des horizons. Cette multiplicité des provenances possibles n'empêche nullement notre hypothèse qui est incluse par définition dans cette multiplicité.

Si l'on se rapporte à nouveau à la généalogie des Plantagenêt, on observe qu'elle est émaillée, entre Henry II et Richard III, de 1200 à 1500, par de nombreux « incidents » psychiques.

 Ce qui domine, c'est la tendance perverse et homosexuelle des personnages. L'aspect maniaco-dépressif à première vue ne se retrouve plus. Il conviendrait d'étudier davantage la vie des différents descendants de Jean sans Terre pour être totalement affirmatif. Notons qu'il y a consanguinité renforcée chez les Plantagenêt à partir du mariage du très homosexuel Edouard II avec la fille de Philippe le Bel, Isabelle, qui descend directement de Blanche de Castille.

C'est dans la descendance de ce mariage que l'on retrouve Richard III, l'assassin des fameux enfants d'Edouard IV. II fera mieux que son illustre ancêtre, Jean, en faisant tuer non pas un mais deux neveux... C'est de ce mariage aussi que descend Henry IV d'Angleterre qui fera emprisonner et probablement assassiner Richard II, petit-fils de son oncle Edouard II.

Un nouveau lien de consanguinité chez les Plantagenêt apparaît avec le mariage de Catherine, fille de Charles VI le fou, avec Henry V d'Angleterre. Cette liaison génétique donnera naissance à un nouveau déséquilibré qui, cette fois, montera sur le trône anglais : Henry VI le Fou.

Enfin, par un deuxième mariage, cette même Catherine sera à l'origine de la dynastie des Tudor qui va faire suite à celle des Plantagenêt ; elle sera ainsi l'arrière grand-mère d'un autre déséquilibré, le fameux Henry VIII auquel reste Hé le nom de ses malheureuses épouses... Mais c'est lui, ironie du sort, qui réussira là où avait échoué, avec Thomas Becket, son lointain parent Henry II Plantagenêt, à mettre la main sur l'Eglise d'Angleterre. Ainsi la boucle est bouclée entre 1200 et 1500 pour la dynastie anglo-angevine.

Nous pouvons conclure sur une certitude : les premiers Plantagenêt, Henry, Richard et surtout Jean, sont indiscutablement porteurs de la tare maniaco-dépressive.

Associée à cette tare, une tendance perverse chez Jean semble se démarquer après lui et se manifester sans ambiguïté chez certains de ses descendants.

Cette certitude nous a amené enfin à évoquer l'hypothèse que la folie de Charles VI pouvait provenir génétiquement de son lointain cousinage avec les Plantagenêt à partir de Blanche de Castille, petite-fille d'Aliénor d'Aquitaine et d'Henry II Plantagenêt.

Mais tout ceci est peut-être plus intéressant qu'il n'y paraît car notre exposé débouche aussi sur une hypothèse d'ordre scientifique : il est rare, en effet (et unique à ma connaissance), d'avoir à notre disposition deux malades atteints de psychose maniaco-dépressive à deux siècles de distance dans une même parentèle.

Dès lors, n'est-il pas possible d'envisager pour ce gène de la psychose maniaco dépressive à déterminisme cyclique, un propre génie cyclique pour son apparition : ce gène ayant la possibilité de s'exprimer dans une même lignée tous les deux siècles environ ? Il ne s'agit là que d'une hypothèse que les psycho-historiens peuvent néanmoins soumettre légitimement aux généticiens.

Jean-Luc STEPHANT  Psychiatre (A.I.H.T.), attaché de consultation à la clinique neurologique du Centre hospitalier et universitaire de Tours, 32, rue de Clocheville, 37000 Tours.

 

 

 

 

 

 


 

Portrait de Foulques NERRA (Motte Castrale du Faucon Noir au Mont Glonne)

Foulques-Nerra était fils de Geoffroy-Grisegonelle, comte d'Anjou ==> Généalogie, Famille de Foulques III Nerra d'Anjou Foulques III, surnommé Nerra on le Noir, fut ainsi appelé de la couleur de son teint. Quelques auteurs le nomment Jérosolymitain, à cause des voyages qu'il fit à Jérusalem, et d'autres le Palmier, parce qu'il en rapportait chaque fois des palmes dont il affectait de se montrer couvert.



HENRI II PLANTAGENÊT (portrait) - PHystorique- Les Portes du Temps

Henri II (5 mars 1133 - 6 juillet 1189) fut comte d'Anjou et du Maine, duc de Normandie et d'Aquitaine et roi d'Angleterre.




Aliénor d'Aquitaine - Origine et le dernier des Plantagenêts

Vous savez tous que Geoffroy, fils de Foulques d'Anjou et père de Henri Il, était surnommé le Bel. Geoffroy le Bel était bel homme en effet. Pourquoi l'appela-t-on Plantagenêt ? Parce qu'un jour qu'il guerroyait aux environs de Durtal, il mit une branche de genêt fleuri à sa coiffure.....



Récit de la mort de Richard Cœur de Lion d'après Roger de Hoveden.

Le 26 mars 1199, Richard assiège le château de Châlus Chabrol possession du vicomte Adémar V de Limoges, dit Boson. Widomar, vicomte de Limoges, ayant trouvé dans sa terre un grand trésor en or et en argent, en envoya une bonne part à Richard, roi d'Angleterre, son seigneur mais le roi la refusa, disant qu'il devait avoir ce trésor tout entier, en vertu de son droit de suzeraineté.

 

Time Travel 1202 - Aliénor d'Aquitaine et le Siège de Mirebeau - Arthur Ier Duc de Bretagne - Hugues le Brun de Lusignan
En mars 1202, le conflit éclata. La Cour du roi de France avait sommé Jean à plusieurs reprises de se rendre à Paris pour comparaître devant elle, et comme il s'y refusait toujours, elle le déclara déchu de tous les fiefs qu'il tenait de la couronne de France (5).



Conséquences de la mort d'Arthur Plantagenêt

La mort d'Arthur, quelle qu'en eût été la cause, fit grand bruit, surtout en Bretagne, où elle fut regardée comme une calamité nationale. La même ardeur d'imagination qui avait fait croire aux Bretons que leur destinée future était liée à celle de cet enfant, les jeta dans une affection exagérée pour le roi de France, parce qu'il était l'ennemi du meurtrier d'Arthur.

 

A propos des peintures de la chapelle Sainte Radegonde de Chinon

La scène représentée, une chevauchée royale représentant Jean sans Terre chassant en compagnie de sa femme Isabelle et de sa mère Aliénor d'Aquitaine. Au mois d'août 1964, on découvrait à Chinon dans la chapelle rupestre de Sainte-Radegonde les restes importants d'une peinture de qualité exceptionnelle, à la suite de quoi M.

 

 

(1) Voir à ce sujet O. TAPPER, « Quels sont les personnages représentés sur la « chasse royale » de la chapelle Sainte Radegonde ? Bull. Soc. Amis du Vieux Chinon, t. VI, n° 9, 1965, p. 491-8.

(2) Les branches cadettes (ici les Valois), en génétique, ont autant de valeur que les branches aînées. Seule, l'hypothèse (toujours possible) d'un enfant adultérin peut hypothéquer la valeur génétique d'une généalogie.

 

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15 janvier 2020

Notice Historique sur la ville de Brouage et de son port souterrain

Notice Historique sur la ville de Brouage et de son port souterrain 360 virtual Tour

Brouage à son origine, n'était qu'une simple ferme ou métairie située sur le bord d'un chenal par où remontaient les bâtiments de la mer jusqu'au pied d'une montagne à l'extrémité de l'île de Hiers. Ce terrain s'accrut insensiblement du gros sable dont les peuples du nord lestaient leurs vaisseaux lorsqu'ils venaient prendre leurs chargements de sel.

Ce sable, déposé dans cet endroit, forma, par une succession de temps, au milieu de la mer, un tertre carré d'environ cent pas d'étendue; c'est sur cette assise de cailloux, qu'en 1555, Jacques de Pons, baron de Mirambeau et comte de Marennes, jeta les premiers fondements de Brouage, qu'il entoura d'une palissade de pieux, terrassée en dedans avec du gazon et des fascines, soutenue, en dehors, avec des planches et des mâts de navires.

Espérant revivre dans cette œuvre de sa puissance féodale, il l'appela de son nom, Jacopolis, qu'elle porta quelque tems; mais après la mort de ce seigneur, la nouvelle ville reprit, du canal de Broue, qui baignait ses remparts, le nom de Brouage, qu'elle a toujours conservé depuis.

En 1560, Brouage n'avait encore aucune enceinte de murs, mais c'était déjà une place de commerce importante, et son havre, l'un des plus commodes de l'Aunis, était le rendez-vous des navigateurs étrangers qui venaient y chercher le produit des marais salants de la banlieue.

Ce lieu néanmoins avait précédemment fixé, par sa situation avantageuse, l'attention du gouvernement, puisqu'en 1495, Charles VIII forma le projet de tenir, dans cette espèce de havre, un certain nombre de vaisseaux de guerre destinés à son service.

Ce projet était utile, s'il eût été suivi; en effet, le havre de Brouage étant placé au centre du golfe Aquitanique, paraissait extrêmement convenable à la marine. Une flotte, qu'on y aurait entretenue, eût été en état de protéger également et avec promptitude les deux branches du golfe, depuis l'extrémité de la Bretagne jusqu'à l’embouchure de l'Adour.

Le projet échoua par les remontrances des Rochelais, qui représentèrent que l'établissement de la marine à Brouage, gênerait le commerce, et que le commerce quitte les lieux où il se trouve gêné: qu'il était expédient d'abandonner ce port au navigateurs septentrionaux qui venaient y charger du sel. Le véritable motif de l'opposition des Rochelais, c'est qu'ils appréhendaient de voir s'élever, dans leur voisinage, un établissement maritime rival de leur opulente cité.

Sous le règne de Charles IX, on résolut de fortifier Brouage et de le mettre hors d'insulte; plusieurs ingénieurs italiens dirigèrent les travaux.

On commença d'abord par tracer la ville et l'entourer d'un grand fossé. Aux quatre angles d'un carré long formé par ce fossé, on éleva des remparts avec des mâts de navires enfoncés en terre et revêtus de forts madriers qui soutenaient un massif de terre transportés et liaison nés avec des fascines.

Dans la suite on fit, aux quatre angles, quatre bastions qu'on poussa en dehors pour flanquer les courtines qui furent brisées à dessein d'augmenter les défenses. Le parement d'une partie de ces ouvrages fut construit en pierres dures.

Durant les guerres de religion, le port de Brouage continua d'être alternativement, un des points les plus importants pour les Catholiques et les Protestants.

En 1570, il fut enlevé, après huit jours de siège, par les Réformés que commandait le comte de La Rochefoucault. Un riche marchand de la ville, nommé Guillet, fut attaché au gibet pour avoir, lors de l'occupation de Brouage , peu de temps auparavant, par La Rivière Paytaillé, gouverneur de Marans, réuni dans sa maison les plus belles femmes calvinistes de la ville, promettant qu'il ne leur serait fait aucune insulte, et les avoir ensuite livrées à la brutalité du soldat, pour se mettre bien avec les vainqueurs.

Le 4 juillet 1576, Henri de Navarre, qui se rendait de la Rochelle à Périgueux, s'arrêta à Brouage, où l'attendait le Baron de Mirambeau, fils et successeur de Jacques de Pons. Ce seigneur lui fit une réception magnifique.

Il y eut des joutes sur l'eau, des feux d'artifice. A dîner, on servit au prince et à sa sœur qui l'accompagnait, une quantité d'oiseaux si rares, qu'ils étaient inconnus à la plupart des gentilshommes de leur suite. Sur le soir on leur donna le spectacle d'un combat naval entre un vaisseau monté par des Maures et quatre pataches qui l'attaquèrent avec beaucoup d'art et y mirent le feu.

Deux jours après, le Roi et la princesse de Navarre, fort satisfaits de leur hôte, prirent congé de lui.

Plan de Brouage

L'année suivante, Brouage fut investi par les Catholiques sous les ordres du duc de Mayenne. Cette ville n'était plus comme au temps de son fondateur, une méchante bicoque, entourée d'ais de sapin et de mâts de navires revêtus de gazon. C'était une place de guerre, enceinte de fossés, flanquée de bastions et de remparts aussi solides que l'avait permis son assiette sur un terrain neuf et marécageux. Les maisonnettes de l'ancienne Jacopolis, avaient été remplacées par des habitations commodes et, bien que l'enceinte de la place, assise, comme on l'a dit, sur un emplacement formé de cailloux et de sable provenant du délestage des bâtiments, eût à peine cent-vingt pas de diamètre, tant la mer était lente à céder le terrain, l'accès ne laissait pas d'en être difficile.

Après la prise de Brouage, par l'armée protestante, en 1570, le baron de Mirambeau ayant été remis en possession de cette place, s'était appliqué à la mettre hors d'insulte. Sa situation favorable au commerce et l'affabilité du baron y avaient attiré un grand nombre d'habitants des îles voisines. Mirambeau leur partagea le terrain pour y établir leurs demeures, et la ville acquit promptement une certaine importance.

Le duc de Mayenne établit son quartier-général au lieu de la Guillotière, au- dessus du bourg d'Hiers ; de ce point élevé , il pouvait projeter sa vue, d'un côté sur le camp, de l'autre sur la place assiégée, à laquelle conduisait une chaussée étroite, bordée de marais salants et couverte, en partie, par le bois d'Hiers. Ce bois, que les habitants de Brouage avaient conservé, par égard pour le baron de Mirambeau, qui y tenait beaucoup, bien qu'il pût leur devenir fort nuisible, dérobait au duc de Mayenne, une partie de son armée.

Il le fit abattre et employa les troncs des arbres à construire des retranchements, et les branches à fixer les terres sablonneuses pour empêcher l'éboulement dans les tranchées.

Ce siège dura près de deux mois pendant lesquels les assiégés firent plusieurs sorties et les assaillants donnèrent plusieurs assauts. Dans ces divers combats, qui furent fort sanglants, les deux partis montrèrent un égal courage qui provoqua plus d'une action héroïque.

Enfin les réformés, voyant avec désespoir leurs vivres et leurs munitions décroître de jour en jour, n'attendant plus de secours, ni du prince de Condé, ni de la flotte rochelaise qu'ils savaient être désemparée ; pressés de tous côtés par un ennemi formidable et se voyant à la veille, ou de subir la loi du vainqueur, ou de périr jusqu'au dernier sur la muraille, se décidèrent à tenter la voie des négociations.

On discuta longuement les articles de la capitulation qui fut arrêtée et signée le 16 août; elle portait que la garnison sortirait le dimanche suivant, à midi, avec armes et bagages, tambour battant, enseignes déployées, et, de plus avec un canon et une coulevrine que les assiégeants seraient tenus de faire conduire à la Rochelle dans le délai de huit jours; que les habitants de la ville qui voudraient rester dans leurs foyers, conserveraient la liberté de conscience et la jouissance de tous leurs biens, meubles et immeubles, et que ceux qui jugeraient à propos de se retirer, soit par mer, soit par terre, seraient escortés jusqu'à leur destination.

A huit ans de là, en 1585, Brouage fut de nouveau assiégé par le prince de Condé qui, dans le temps où il pressait vivement ce siège, fut obligé de voler au secours du château d'Angers, et d'en laisser la conduite au baron de Sainte-Mesme. Il y eut pendant vingt-un jour , des escarmouches fort vives et des attaques sanglantes; mais la déroute du prince et l'approche d'un corps de catholiques, qui marchaient au secours des assiégés, déconcertèrent les assaillants.

Les confédérés n'ayant pu s'emparer de Brouage, résolurent, l'année suivante, d'en ruiner le port ; et quoique quelques- uns évoquassent l'indignation publique contre la destruction du plus beau port que la mer eût formé sur les côtes voisines, le prince de Condé l'emporta en faisant observer que les hommes dont ce port occasionnerait la perte, étaient des chefs-d'œuvre encore préférables. On fit donc partir de la Rochelle, vingt bâtiments chargés de terre et de cailloutage, qui furent coulés à l'entrée du havre, près du chenal du Grand-Garçon.

Dans la suite, Saint-Luc, gouverneur de Brouage, et, postérieurement le cardinal de Richelieu, dépensèrent plus de 400,000 francs pour faire relever ces bâtiments, mais avec un succès très imparfait.

Lorsque ce ministre songea à réduire la Rochelle, le port de Brouage fut le centre de ses armements maritimes.

Plus tard, voulant avoir en Aunis un point militaire qui, avec le château d'Oléron et la citadelle de Saint-Martin, dans l'île de Ré, fût comme l'arsenal de sa puissance en Occident, soit pour contenir les populations dans l'obéissance, soit pour défendre cette frontière du royaume contre les ennemis du dehors, il jeta les yeux sur Brouage qui, depuis 1586, avait été comme abandonné des deux partis.

Cette ville fut bientôt flanquée de sept fort bastions, enceinte de murailles et de larges fossés qui subsistent encore aujourd'hui, munie de magasins et d'arsenaux propres à contenir l'immense matériel d'artillerie et les munitions de guerre enlevés à toutes les places démantelées du pays. Brouage, fut, dès-lors, une des places frontières les plus fortes et les mieux bâties du royaume.

Sa figure présentait un carré irrégulier, dont le polygone avait 292 mètres de longueur intérieure, sur 88 mètres de largeur. Les parapets, percés d'un grand nombre d'embrasures, avaient 2 mètres d'épaisseur, et tout le système de revêtement reposait sur un pilotis en grillages pour remédier à l'affaissement progressif d'un terrain mouvant et marécageux.

Tous ces travaux, qui coûtèrent des sommes énormes, furent exécutés d'après les plans et sous la conduite de l'habile ingénieur d'Argencourt, et, comme le cardinal était jaloux que cette grande œuvre perpétuât son souvenir, il fit sculpter ses armoiries sur toutes les portes et dans les lieux les plus apparents de la ville.

On y comptait alors quatre cents maisons formant de larges rues coupées en angle droit. On y avait placé aussi un siège royal, un siège d'amirauté, un hôpital militaire, un bureau des fermes, une cure et un couvent des Récollets.

Durant les troubles de la minorité de Louis XIV, le comte du Daugnion, gouverneur de Brouage, fit construire de nouvelles fortifications, notamment un bel ouvrage à corne, couvert d'une demi-lune, et plusieurs grands fossés pleins d'eau; on prétend que pour animer les ouvriers, il ouvrit lui-même les travaux, la pioche à la main, et fit porter la hotte à la comtesse sa femme.

Avec cette place forte, une flotte composée de quatorze vaisseaux et sept galères, 4,000 hommes de troupes, tous gens déterminés, ramas de pillards et de vagabonds qui répandaient la terreur dans tout le pays environnant, par leurs déprédations et leurs violences, ce comte crut pouvoir être rebelle impunément, et il se rendit assez redoutable pour qu'on payât sa soumission d'un don de 200,000 francs et du bâton de maréchal de France.

 

 Le port souterrain

Une brillante destinée semblait se préparer pour Brouage, quand Louis XIV jeta les yeux sur ce port pour y former le grand arsenal maritime qu'il avait projeté sur les côtes de l'Océan.

Brouage est une place forte close et aussi un grand port de commerce ouvert sur l’Atlantique. A partir de  1631, des accès directs et sécurisés sont aménagés dans l’enceinte de la place forte.

Le a soin de cet établissement fut confié à M. Colbert du Terron, intendant de l'Aunis et des iles adjacentes; mais ayant eu à se plaindre du commandant de la place, il allégua l'impossibilité de rien faire de ce port, à raison des bâtiments coulés en 1586, à l'embouchure,  du havre, des coupes faites par les habitants pour l'usage des marais salants qui l'avaient presque tari, etc., etc.; et Brouage fut abandonné, comme l'avait été la Seudre, pour songer à Soubise, que le prince de ce nom refusa de vendre, puis à Tonnay-Charente, refusé également par M. le duc de Mortemart, et enfin à Rochefort, où l'on se fixa définitivement.

 Le port souterrain avec le quai de chargement permettait aux barques de circuler sur les canaux tant pour ravitailler les ouvrages avancés que pour permettre le chargement des navires ancrés en amont de Brouage, vers le fond du havre, sous la protection des bastions de la forteresse. Poudre, hommes et nourriture transitaient parfois par ce souterrain, à l’abri du rempart.

On assigne à la ruine du port de Brouage différentes causes : les uns l'attribuent aux vaisseaux coulés à fond devant ce port; selon eux, les sables entraînés par le flux dans le canal de Brouage, ne furent plus rapportés dans  le sein de la mer avec autant de rapidité qu'auparavant, les bâtiments submergés en arrêtaient une partie, et, cette partie, par des accroissements successifs, a dégradé le port.

D'autres prétendent que la vase de la Charente, rivière extrêmement limoneuse depuis qu'elle est fréquentée à cause de la marine de Rochefort, a comblé le cul-de-sac de Brouage, étant poussée vers ce lieu par le mouvement des eaux.

Port de Brouage, Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban, ingénieur, architecte militaire de Louis XIV

Mais la cause la plus vraie de cette détérioration, est venue de ce que les marais et les canaux des salines s'étant comblés, ne furent plus en état de recevoir les eaux du havre ; c'est ce qui avait donné l'idée au maréchal de Vauban, qui prévoyait que le canal et le port de Brouage se perdraient faute de courant, de joindre la Seudre à ce canal. Il voulait abandonner une grande partie des marais salants, dont on aurait fait une vaste flaque d'eau par le moyen d'une digue qui aurait commencé au bourg Saint-Just. Tous les canaux qu'il fallait creuser devaient être terminés par des écluses. Ce grand ouvrage eut un commencement d'exécution ; mais il fut interrompu bientôt après, à cause des embarras de la guerre de 1688.

En 1702, le siège d'amirauté et le bureau des fermes furent transférés à Marennes ; en 1730, on retira la garnison qu'on remplaça par six compagnies d'invalides, qui furent réduites à une seule en 1742. A cette dernière époque il y avait encore 415 habitants à Brouage.

Dans les jours si désastreux de la révolution de 1793, cette ville fut désignée comme lieu de dépôt et de détention des prêtres et des religieuses susects. L'insalubrité du climat, non moins que l'entassement de ces victimes politiques dans des lieux insuffisants pour les contenir, furent des causes de souffrance pour tous, et de mort pour un grand nombre.

La ville de Brouage, est maintenant bien moins une ville qu'un désert. Sa population n'est plus que de 200 personnes, indépendamment d'une centaine d'hommes de garnison. De loin, frappé de ses bastions, de ses remparts plantés d'arbres majestueux et qui annoncent une place de guerre importante, si le voyageur y pénètre, quelques bâtiments à peine restés debout au milieu de la destruction générale, les rues, les places non seulement couvertes d'herbes , mais les maisons, les foyers de l'ancienne population encombrés et remplis d'arbustes qui en surmontent les débris les plus élevés; quelques malheureux pâles, livides, et souvent dévorés par la fièvre, se traînant au milieu de ses ruines, tel est le tableau qui se présente ses yeux, telle est l'impression profonde et mélancolique qu'il éprouve et qu'aucune autre cité, en France, ne saurait produire!.

Brouage est traversé par la route départementale de Rochefort à Marennes, dont il est distant de 6 kilomètres. Il n'est arrosé par aucun ruisseau, et les habitants manquent d'eau potable depuis que, sans aucun profit pour l'Etat, on a fait enlever les tuyaux qui y conduisaient les eaux de la fontaine de Hiers.

Par suite de la suppression de la poudrière de Saint-Jean-d'Angély, l'ancien magasin aux vivres de Brouage est devenu le dépôt d'une immense quantité de poudres.

Ce bâtiment est moins remarquable par son étendue, qui lui permet de recevoir en ce moment plus d'un million de kilogrammes de poudre, que par son étonnante conservation et l'absence de toute humidité qui, dans un terrain aussi marécageux, ne peut être attribuée qu'aux dépôts de sable et de délestage sur lesquels cette ville est bâtie.

Cet établissement, et la petite garnison qu'il nécessite, le pavage de la rue où se trouve à peu près concentrée toute la population, la réparation du clocher, de l'église et de l'horloge ; les terrassiers qu'y ont attirés les défrichements voisins; la réunion de la commune de Hiers à celle de Brouage qui, jusqu'alors, n'avait pas d'autre territoire que l'enceinte de ses murailles, et l'assainissement dû aux travaux de dessèchement, semblent au moins, depuis plusieurs années, avoir soustrait cette ville à l'arrêt de destruction qu'elle subissait depuis si longtemps; et s'il ne lui est pas donné de voir jamais renaître les jours d'une splendeur si rapidement éclipsée, peut-être pourra-t-elle remonter à ce point de n'avoir du moins rien à envier aux communes voisines.

Quant à son port proprement dit, c'est à dire au bassin demi-circulaire qui s'étendait du lit actuel du havre jusqu'au ruisseau qui longe les murailles et les anciens quais en pierre de taille dont on aperçoit encore les débris en face de la porte d'entrée, totalement comblé par les vases et métamorphosé en pacages et en terres labourables, il n'a plus d'autre avenir à espérer que l'entretien au moins de ce qui reste de l'ancien lit du havre, dans l'intérêt du transport des poudres, comme dans celui de la petite portion de salines qu'il alimente, et de la communication qu'il, établit entre les canaux d'Oléron et de la Charente par le canal de St-Agnant.

Dans les fouilles faites à l'église de Brouage, au mois de mai 1835, on a découvert plusieurs tombeaux assez curieux et bien conservés.

Le premier est couvert d'un écusson à couronne, dont le fond est parsemés d'hermine et soutenu par deux levrettes ; on y lit l'inscription suivante : « Ci gît haut et puissant seigneur  messire Claude Dacigné, marquis des  Carnavallet, qui a été gouverneur pour le roi des villes et pays de Brouage, l'espace de dix-huit ans et y est mort le 10 septembre 1685, âgé de 65 ans. »

Cette tombe était placée à la droite du chœur, à moitié soulevée. On a trouvé dessous un cercueil de plomb; les ossements qu'il contenait ont été recueillis avec soin, et mis, en présences de l'autorité civile, militaire et ecclésiastique dans un cercueil de bois qu'on a recouvert de la même tombe, qui est une espèce de marbre, et qu'on a placé, pour plus de régularité, au centre du sanctuaire, près de l'autel.

Le deuxième tombeau porte cette épitaphe : « Ci gît Joseph de Guay, chevalier de  la Tour, lieutenant-colonel du régiment de Noailles-infanterie, gouverneur de Brouage, mort le 17 septembre 1762, âgé de 100 ans, ayant servi le roi 80 ans. »

On lit sur le troisième: « Ci git, le corps de Michel Broulleaud, chirurgien-major du régiment Trenel- infanterie et chirurgien en chef de l'hôpital militaire de Brouage, décédé le 17 avril 1761, âgé de 47 ans. »

On a trouvé aussi, dans les combles, un autel des marins destiné à la vierge, où sont encore déposés quelques restes des vœux des gens de mer.

Par M. A. GAUTIER, de la Rochelle, Membre de la Société française de Statistique universelle.

 

Les Forteresses de la Mer : la Tour de Broue<==

 

 

 


 

L'église Saint-Pierre et Saint-Paul de Brouage, vitraux de la Nouvelle-France.
Samuel de Champlain est originaire de Brouage. À l'intérieur de l'église, le Comité du Mémorial de la Nouvelle-France présente une exposition intitulée "Il était une foi... en Nouvelle-France".



Les Guerres de Religion en Saintonge, la citadelle catholique de Brouage - Charles IX -Henri III- Agrippa d'Aubigné- Henri IV

Il n'est pas possible de nommer Théodore Agrippa d'Aubigné sans rappeler ce que fut ce compagnon d'Henri IV, à la fois soldat courageux et écrivain brillant. Théodore Agrippa d'Aubigné naquit au château de Saint-Maury, près de Pons, en Saintonge, l'an 1552. Son père était seigneur de Brie en Saintonge....


 

Les Fortifications de Brouage sous Charles IX et combat naval. (5 septembre 1565)

Sous Charles IX, la place est fortifiée par des ingénieurs italiens Bélarma, Béphano, Castrizio, d'Urbain et le chevalier Orcogio. On commença d'abord par tracer la ville et par l'entourer d'un grand fossé : aux quatre angles d'un carré long formé par ce fossé, on éleva les remparts avec des mâts de navires enfoncés en terre et retenus par de forts madriers qui soutenaient un massif de terres transportées et liées avec fascines.....



 

Le Cardinal de Richelieu et le marquis de Vauban dans le golfe de Brouage. Construction de la citadelle des marais salants

La mer s'est maintenant retirée de la plus grande partie du bassin brouageais, et de nouveaux champs de sel vont être créés sur les terres émergées entre Marennes, l'îlot d'Hiers et les hauteurs de Saint-Froult et de Moëze (1).....



Le Bois du Roy : futur parc médiéval à Sainte Ménéhould en Argonne

Le Bois du Roy futur parc médiéval à Sainte Ménéhould en Argonne

L'ouverture est prévue en avril 2022

Il y  aura une ville médiévale, des spectacles de fauconnerie, de chevalerie, une comédie musicale "Le rêve du Bois du Roy", un château médiéval, des catacombes, ou encore le spectacle nocturne "Le lac enchanté" ....

Le Bois Du Roy Teaser

 

 

Le Bois du Roy : futur parc médiéval à Sainte Ménéhould en Argonne

C'est dans l'Argonne que nous sommes ce mardi, avec " Le Bois du Roy ". Entre histoire et imaginaire médiéval, ce parc vous emmènera au temps des Comtes de Champagne et de la fantaisie médiévale. Les initiateurs du projet sont avec nous.

https://www.francebleu.fr

 

Le Bois du Roy futur parc médiéval à Sainte Ménéhould en Argonne 2

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14 janvier 2020

LA SAINTONGE DANS LE PASSE (Xaintonge avec le pays d'Aulnis, le Brovageais, terre d'Arvert)

LA SAINTONGE DANS LE PASSE (Xaintonge avec le pays d'Aulnis, le Brovageais, terre d'Arvert)

Si la Saintonge doit la spécialisation de la culture aux causes naturelles, c'est-à-dire à la facilité des communications, cette spécialisation doit se vérifier dans le passé. C'est ce que nous allons essayer de rechercher dans ce chapitre.

Notre intention n'est pas d'y faire une étude approfondie de l'histoire économique de la Saintonge, dans le passé. Elle est plus modeste. Nous voulons simplement citer quelques documents intéressant notre point de vue spécial, et y puiser les renseignements nécessaires à la connaissance de l'origine de notre type et des influences qu'il a subies au cours des âges.

Aujourd'hui, grâce aux travaux des distingués membres de la Société des Archives de Saintonge et d'Aunis, bien des documents nouveaux ont été mis à jour, bien des problèmes ont été posés et résolus. Nous n'avons pas la pensée de les résumer tous. A d'autres le soin de parachever, suivant les exigences de la science moderne, l'histoire complète de la Saintonge et de l'Aunis, que Massiou tentait pour la première fois en 1838.

Suivant toutes vraisemblances, la Saintonge fut peuplée, quelques siècles avant notre ère, de peuplades appartenant à la race celtique. Une grande obscurité règne toutefois sur les moeurs et le pays d'origine des Santons, ou habitants de la Saintonge. Évidemment comme la vallée de la Loire, celle de la Charente a été une des voies suivies par les Celtes, dès leurs premières invasions.

Le pays convenait admirablement bien du reste à ces populations mi-pastorales, mi-agricoles. En bas, il y avait la vallée, humide, riche en herbes, de la Charente, offrant un excellent pâturage aux troupeaux qu'ils traînaient avec eux. Au-dessus, et la limitant, ces coteaux calcaires que nous connaissons, peu ou point boisés, à la couche de terre arable légère, très facile à mettre en culture, par conséquent. C'est bien là, ce qu'il fallait à ces peuples d'agriculteurs à leurs débuts, peu susceptibles par conséquent du gros effort du défrichement. Enfin, à proximité, le plateau en général boisé, avec la glandée pour les porcs ; l'essence la plus commune des bois de Saintonge (1) est, en effet, le chêne.

LA SAINTONGE DANS LE PASSE (Auceanus Aquitanus Xaintonge avec le pays d'Aulnis, le Brovageais, terre d'Arvert)

(Auceanus Aquitanus Xaintonge avec le pays d'Aulnis, le Brovageais, terre d'Arvert)

La Saintonge était déjà le siège d'une civilisation assez avancée, quand elle apparaît dans l'histoire. Les géographes anciens parlent du Port des Santons (Portus Santonum) et du Promontoire des Santons (Promontorium Santonum) 2.

On n'a jamais pu les situer bien exactement, mais leur existence est la preuve d'un mouvement commercial. Quand, aux débuts de la guerre des Gaules, les Romains sont appelés par les Gaulois à leurs secours contre les Helvètes, c'est que ceux-ci ont l'intention de venir s'établir avec leurs 368.000 hommes sur le territoire des Santons dont ils ont entendu vanter la richesse. « Mais César se dit qu'il ne fallait pas attendre, pour agir, que les Helvètes fussent parvenus chez les Santons. Il comprenait que, si cela arrivait, il en pourrait résulter un grand danger pour la province, qui aurait comme voisins des hommes très belliqueux, ennemis du peuple romain, installés dans un pays ouvert (aux communications faciles), et produisant beaucoup de blé (3). »

Quels renseignements dans ces quelques mots de César, et quelle précision ils ont pour nous! Comme le stratège romain s'était bien rendu compte de la nature du lieu, « locis patentibus », de la facilité qu'aurait un peuple guerrier, solidement installé dans ce pays riche, à aller faire des razzia de côté et d'autre.

Peu après, César commençait, pour son compte, la conquête de la Gaule. Son lieutenant Publius Crassus, à la tête d'une seule légion, occupait tout le pays des Santons et des autres peuples situés entre la Sarthe et l'Océan. La facilité de la conquête prouve, à elle seule, que les Romains trouvèrent devant eux des populations solidement fixées au sol, et s'occupant davantage d'agriculture ou de commerce que de guerres.

 Il ne faudrait pas en conclure, en effet, que cela vint du petit nombre d'habitants ; on va voir de suite le contraire. Ce qui le prouve, c'est que, dès l'organisation de la Province, les Santons seront qualifiés de peuple libre. Santones liberi, dit Pline, et leur capitale restera exempte d'impôts. Il y a grand intérêt, pour Rome, à favoriser le développement agricole et commercial de cette riche colonie. La chose fut d'autant plus facile qu'elle avait déjà des ports et des navires.

Peu après sa première conquête, César nous apprend (4) que, lors d'une expédition contre les Venètes, il obtint des navires des Santons et des autres régions soumises. Mais la phrase de César, mentionnant seulement les Santons, donne à entendre qu'ils avaient fourni le plus fort contingent.

A ce commerce maritime vint se joindre un important commerce terrestre, quand les Romains eurent établi ces grandes voies de communication qu'ils excellaient à construire.

L'une de ces routes partait de Lyon (centre commun de la Gaule romaine), et, à travers les Cévennes, se prolongeait jusque chez les Santons 5. Une autre, partant de Bordeaux passait par Mediolanum Santonum (Saintes) et par celte voie naturelle que nous avons signalée, gagnait, par le seuil du Poitou, la ville des Pictons et la vallée de la Loire.

Mais les Romains allaient faire à la Saintonge un cadeau qui devait avoir une singulière importance sur sa destinée : la Vigne. Elle fut immédiatement accueillie avec beaucoup de faveur, et quand, vers l'an 250 après J.-C, saint Eutrope vint pour convertir la ville de Saintes, les coteaux d'alentour, si nous en croyons les hagiographes, sont déjà couverts de vignes.

 Le saint ne put retenir son admiration en voyant cette ville « flanquée de hautes tours, décorée de places et d'édifices superbes, environnée de campagnes fertiles, de riches vignobles, de vastes prairies, comblée enfin de toutes les prospérités 6... ».

Écoutez cette description de la Saintonge que nous donne Ausone un siècle plus tard, Ausone qui, pour se reposer des fatigues de sa profession, n'aimait rien tant qu'un séjour dans sa villa du Pagus Noverus de Saintonge... « Elle est située, écrit-il à son ami Paulinus, dans un charmant pays, aux coteaux tapissés de vignes, aux champs fertiles, aux prés verdoyants, aux frais ombrages, à la douce température exempte des rigueurs de l'hiver, et des ardeurs de la canicule (7)... »

Faisons un peu la part des exagérations du poète et du propriétaire, et voilà un tableau d'il y aura vite vingt siècles, qui est encore exact aujourd'hui. Cet ami Paulinus, il l'invite à chaque instant, de pressante façon, à venir se reposer aux champs santoniques qu'il aime tant, et à ne pas oublier sa coupe favorite pour déguster à loisir le bon vin de Saintonge « cupa potare magistra ».

Voici, d'après ce même Ausone, la description animée d'une de ses routes romaines si fréquentées, précisément celle du Midi, qui de Bordeaux par Saintes gagnait Poitiers. Nous empruntons le passage au Bulletin de la Société des Archives de Saintonge et d'Aunis (8). «

A Mediolanum (Saintes) aboutissait une des quatre grandes voies stratégiques créées par Agrippa dans les Gaules, en l'an 19 avant J.-C, celle qui de Lyon allait à travers les Cévennes en Aquitaine, et jusque chez les Santons (Voir texte de Strabon). « La ville était au carrefour de trois routes se dirigeant l'une vers Limonum (Poitiers), une autre vers Vesunna (Périgueux), l'autre vers Burdigala (Bordeaux).

 Elle figure ainsi sur la table de Peutinger et y est accompagnée de la double maisonnette indicative des chefs-lieux de cités. Dans l'itinéraire d'Antonin, elle est marquée comme station de la route de Bordeaux à Autun. Ausone semble faire allusion à la facilité du trajet entre Saintes et Bordeaux dans celle de ses lettres (Épît. XIII), où il dit qu'on va en peu de temps de Saintes à Agen et que Bordeaux est à mi-chemin.

C'était de son temps une route fréquentée ; on y rencontrait de nombreux cavaliers, les uns sur des bidets au trot rapide (mannus), d'autres sur de vieux chevaux efflanqués, usés au service de la poste (veredus) ; le rheda à quatre roues, le petoritum traîné par des mules s'y croisaient avec le léger cisium attelé de trois chevaux (VIII et XIV); arrivé à la Blaye, où il y avait « un poste militaire », on pouvait se soustraire aux incommodités d'une route « battue et sablonneuse », en prenant un nausum, bateau particulier au pays, et, porté par le flux de l'Océan, on remontait en peu d'heures la Garonne jusqu'à Bordeaux (XX)... (9) »

Grâce à ces communications faciles, des relations commerciales suivies s'établirent bien vite entre la métropole et sa riche colonie. Comme le dit un peu sententieusement Massiou, « la sensualité romaine mit à contribution les provinces de l'Empire.

Si l'on en croit Ausone, les huîtres qui se péchaient sur les côtes de l'Océan allaient du rivage des Santons couvrir la table des Césars. Les blés, les vins de ses contrées, les lièvres de l'île d'Oléron étaient estimés des Romains qui, dans leurs banquets, ne dédaignaient pas non plus l'arôme du fenouil-marin, ou christe-marine, ni, dans leurs infirmités, la vertu curative de l'absinthe santonique, que le territoire des Santons leur fournissait abondamment (10) ».

De riches produits et de première nécessité, un commerce florissant venant activer l'agriculture, firent de la Saintonge, pendant la période gallo-romaine, une contrée très civilisée, couverte de monuments : aqueducs, arcs de triomphe, temples et arènes. « Saintes, au 1er siècle, dit M. Jullian (11), avait été la plus grande et la plus vivante des cités de l'Aquitaine.

" C'était en outre une ville fort commerçante et plus encore industrielle : les draps de ses manufactures étaient presque aussi célèbres que ceux d'Arras. Encore ne peut-on tout dire sur le rôle et l'importance de Saintes au 1er siècle : son sol, si riche en débris, nous réserve de grandes surprises et plus d'un nouvel enseignement... ».

Et si, au IIe et au IIIe siècle, Bordeaux parvient à détrôner Saintes, c'est probablement quand les Romains eurent tracé une route nouvelle permettant aux marchandises de gagner directement la Méditerranée, par la vallée de la Garonne, sans passer par Lyon. Alors, tout un trafic important se détourna de notre pays.

L'arrivée des Barbares en Saintonge ne parait pas avoir amené une bien grande perturbation sociale. C'est un chef qui prend la place d'un autre, et voilà tout; le fond de la population reste à travailler sur ses terres et à payer des impôts,

mais il n'y a pas éviction brutale d'une population par un autre. L'influence franque au point de vue agricole ne dépasse guère les limites de la Loire. Si puissant était cependant le régime de propriété qu'ils avaient établi dans le Nord, qu'il ne tarda pas pourtant à franchir la Loire et à gagner la France entière. La Saintonge eut quelques grands propriétaires féodaux, comme le sire de Pons, que le roi de France traitait de cousin.

Sur cette période, dite féodale, les textes manquent, mais ce qui prouve que la vie, du pays n'était pas suspendue, comme on l'a prétendu, c'est le grand nombre de constructions de monuments religieux aux XIe, XIIe et XIIIe siècle. Point de village de Saintonge, si petit fût-il, qui n'ait, semble-t-il, à cette époque, élevé son église ; les fondations pieuses abondent, et c'est à un point, qu'il faut chercher, paraît-il, en Saintonge et particulièrement dans l'arrondissement de Saintes, les plus purs spécimens de l'art roman (12). ==> Patrimoine, Recherches critiques sur Trois Architectes Poitevin de la fin du XIe siècle.

« Le style roman, personne ne l'ignore, dérive du byzantin; c'est du byzantin transformé, approprié au climat, à la nature du pays où il se trouvait transplanté, interprété par les artistes locaux, ou quelquefois même par les ouvriers d'Orient eux-mêmes, subissant l'influence d'un milieu nouveau, obligés de s'accommoder de matériaux différents de ceux qu'ils avaient l'habitude de mettre en oeuvre, de modifier enfin leur mode de travail, en se conformant à des exigences, à des besoins créés par des circonstances qu'il leur fallait subir.

« Or, nous ne connaissons pas d'endroit en France, où cet art roman se soit épanoui avec plus d'élégance, de richesse, et surtout de plus belles proportions architectoniques, que dans le pays de Saintonge, et à lui seul l'arrondissement de Saintes est le plus fertile en nombreux monuments.....

C'est donc Saintes et ses environs qu'il convient d'étudier tout d'abord, si l'on veut se rendre compte des merveilleuses richesses que nous a léguées le moyen âge, dans ce beau pays, et il faut le remarquer l'architecture romane des XIe et XIIe siècles s'incrusta si bien dans la région, que ses formes, ses dispositions, le caractère de sa sculpture et de ses ornements persistèrent presque sans modifications pendant tout le moyen âge, voire même à l'époque de la Renaissance. »

Cette richesse provenait bien du commerce ; c'est ce que nous montre les chroniques du temps.

C'est, vers 1300, l'histoire des démêlés de bateliers saintongeais avec le comte de Rochefort, au sujet des droits de deux deniers par tonneau, qu'il percevait sur les bateaux qui descendaient la Charente, chargés de vins.

C'est, en 1387, cette bataille entre Anglais et Flamands. Une véritable flotte flamande était venue charger des vins de Saintonge. Après avoir quitté les côtes de France, elle fut attaquée et capturée par les Anglais.

Mais écoutons le chroniqueur lui-même en son naïf et précis langage :

« Or, gisoyent les nefs anglesches, à l'ancre, à l'embouchure de la Tamise, et attendoyent la flotte des nefs qui, en cette saison étaient allés à la Rochelle. Quant les marchans de Flandres eurent fait tous leurs exploits en la Rochelle et au païs de Xaintonge, et chargé leurs nefs de grand'foison de vins de Xaintonge, et ils virent qu'ils eurent bon vent, ils se désancrèrent du havre de la Rochelle, et se meirent au chemin par mer, pour retourner en Flandres. Et costoyèrent la Basse Bretagne, et puis Normandie, droitement sur l'Emboucque de la Tamise où ces nefs anglesches estoyent. »... Le combat devient inévitable. « Puisque combattre les convenait, ils s'ordonnèrent, et estoyent plus de sept cens. Et avait là un vaillant chevalier de Flandres, lequel était admirai de par le duc de Bourgoigne, et l'appelait-on, messire Jehan Burcq.

Aux vaisseaux, s'approcha la grosse navire d'Angleterre. Là eut sur mer dure bataille, et des nefs effondrés de part et d'autre. Et vindrent entre Blenqueberge et l'Ecluse, et là fut la déconfiture. Après ce que les Anglois eurent desconfit messire Jehan Burcq, ils en eurent grand profit, et par espécial, ils eurent bien neuf mille tonneaux de vin dont la vinée, toute l'année en fut plus chère en Flandres, en Hainaut, et en Brabant, et à meilleur marché en Angleterre. Et là passèrent jusques à Londres où ils furent reçeus à grand'joye, car les bons vins de Saintonge ils avaient en leur compaignie. Et feirent ces vins là, ravaler à quatre deniers sterlings au galon » (Chr. de Jehan Froissart, t. III, chap. LII).

Dans un autre chroniqueur, ce même fait est raconté avec un peu moins de détail toutefois. Il estime « à 126 le nombre des navires pris, chargés de 12 à 13.000 vases de vin, environ 9.000 tonneaux (13) ».

Voilà un fait qui éclaire singulièrement l'histoire de notre pays au moyen âge, et qui nous montre quel important commerce se faisait à cette époque. Probablement aussitôt la récolte, de véritables flottes venaient charger de vin de Saintonge. Le rendez-vous général était La Rochelle, qui avait le meilleur port, mais les navires remontaient assez avant en Charente, comme l'indiquent les chroniqueurs.

Nous avons vu les étrangers, principalement les peuples du Nord, venir chercher les produits de notre pays. Il faut montrer maintenant que les Saintongeais eux-mêmes savaient organiser les débouchés.

Examinons pour cela le livre de compte, de mars 1450, tenu « pour Monseigneur de Raix, de Champtocé de Coectivy et de Taillebourg, admiral de France (14), par moi, roi Jehan Harsinet, son maître d'hôtel ».

A côté de précieux renseignements, sur la vie de l'époque, et notamment les toilettes fourrées de peaux de moutons de Mme de Taillebourg (15), nous y trouvons les indications suivantes relativement au sujet qui nous occupe :

Mars. Pour le fret de 26 tonneaux de vin amenés de St-Jehan [d'Angély] à 5 sols par tonneau, 6 liv. 10.

Août. Pour la traite de 68 tonneaux de vin qui furent menés à Grantville à 10 sols le tonneau, 34 liv.

On voit sur le fait le rôle du fleuve, celui même des petits affluents; le Boutonne servait au transport des vins de toute la contrée qu'elle arrose, et surtout des farines produites par les

nombreux moulins qu'elle alimentait (16). On voit ensuite comment, grâce à la Charente, le vin pouvait aller jusqu'en Bretagne ou en Normandie.

Mais la plus curieuse pièce est, à coup sûr, ce contrat de 1666, par lequel un propriétaire du bourg de Saint-Sornin, près Marennes, fait marché avec un marinier et un notaire pour la vente de son vin en Bretagne. Le notaire y joue un rôle si peu dans ses attributions ordinaires, que nous ne résistons pas au plaisir de citer le document en entier (17) :

« Par devant le notaire soubzigné et présance de témoings bas nommés, a été présent et pour ce personnellement estably en droit, Izaac Bossis du village de Souhe, paroisse de Saint-Laurent-du-Gua, maître après Dieu de la Barque appelée les deux Amis, dont et de laquelle est bourgeois sieur André Grellier, maistre chirurgien dudit lieu de la Souhe, lequel Bossis a recogneu et recognoist par ces présentes avoir été chargé dans la ditte barque, le nombre de quatorze tonneaux de vin, lesquels ont été livrés par sieur Jehan Faucon, marchand du bourg de Saint-Sornin de Marennes, à ce présant, stipulant et acceptant; laquelle barque est de présant sur ses amarres en le chenal de Peslard sur la rivière de Seuldre ; lequel vin en icelle barque qu'il est, ledit Bossis promet, comme il sera tenu avecq l'aide de Dieu, sauf les risques de mer, mener et conduire avec icelle barque, au premier beau temps convenable partant de la ditte rivière de Seudre ès portz et havres de Morbien, Horray et Vanes, es côtes de Bretagnes ; et cas advenant que dans lesditz lieux, Me François Voyer, notaire royal qui embarquera dans icelle barque, ne vende ledit vin en ce susdit cas, le dit Bossis, promet de conduire et mener icelle barque aux Ports-Louis, Esnebon et Quimperlé, pour dans lesquels susdits ports, ledit Faucon promet, comme il sera tenu de payer audit Bossis la somme de 15 livres par chacun tonneaux tant allant, séjournant que pour le retour dans ladite rivière de Seuldre. Est aussi accordé, que, en cas que ledit Voyer ne trouve à vendre le dit vin es susditz ports et havres suivant son dezir, que ledit Bossis sera obligé de conduire ladite barque au lieu et havres de Brest, et pour lequel lieu et havres de Brest, ledit Faucon a aussy promis aux susdits cas, de baillere payer au dit Bossis la somme de 20 livres par chacuns tonnaux ; lequel fret sera payé par ledit Bossis audit Voyer, auquel ledit Faucon donne tout pouvoir, comme aussy de vendre tout ledit vin à tel prix qu'il advisera bon être, et le prix d'icelly par ledit reçeu et employé en marchandises telles qu'il jugera à propos ; lesquelles seront mises dans laditte barque pour estre avecq icelles, amenées et conduites par ledit Bossis en ladite rivière de Seuldre, etc. »

 

 

La Science sociale suivant la méthode de F. Le Play

 

 

 

 L’Histoire de l'Aunis et de la Saintonge avant l’an mille <==

Lacurie (abbé). Carte du Golfe des Santons, Pictons sous les Romains<.... ....==> Voyage dans le temps et l’Histoire d’Ularius (Ile d’Oléron) dans le Golfe d'Aquitaine


 

Gaule - Cartes Voies Romaines

A mesure que le commerce et l'industrie prenaient du développement, l'insuffisance des voies de communication par eau se manifestait de plus en plus. Il ne suffisait plus de remonter ou de descendre les fleuves ou les rivières et d'aborder ainsi aux villes en faisant souvent de longs détours....

 

Géographie du Golfe du Castrum Alionis devenu la cité engloutie de Châtel-aillon -

Durant l'ère des hommes de la préhistoire, il semble bien que le golfe était encore entièrement occupé par la mer, car les traces du passage des humains ne se retrouvent que sur les coteaux continentaux ou dans les principales îles de l'aufractuosité littorale (a) Par le même phénomène que pour le golfe de Poitou, la lumière ne se fait pas plus nettement à l'époque romaine.

 

Les greniers Plantagenêt, l'importance capitale du sel dans la vie économique du Moyen âge
Autour de Maillezais, les marais poitevins sont une grande étendue de terre et d'eau, de la Charente Maritime à la Vendée. Un espace unique en Europe qui possède une faune et une flore incroyable....

 

1. Le mot de César, si expressif, est connu : « Plerumque sylvarum ac fluminum petunt propinquitates... ».

2. Ptolemeo, Geogr., livre II, p. 69.

3. Caesari nuntiatur, Helvetiis esse in animo per agrum Sequanorum et OEduorum iter in Santonum fines facere, qui non longe a Tolosatium finibus absunt... Caesar non expectandum sibi statuit, dum... in Santones Helvetii pervenirent. Id si fieret, intelligebat magno cum Provinciae periculo futurum, ut homines bellicosos, populi romani inimicos, locis patentibus, maximeque frumentariis finitimos haberet. César, De Bello Gallico, liber I, cap. VIII et IX.

4. « Brutum adolescentem, classi gallicisque navibus, quas ex Pictonibus Santonisque et reliquis pacatis regionibus convenue jusserat, praefecit. » De Bello Gallico, liber III, cap. XI.

5. Lugdunum in medio regionis, situm est instar arcis. Agrippa hinc vias apperuit, unam per Cemnenos montes, in Aquitaniam, et ad Santones usque... » Strabon.

6. « Cum urbem quae Xantona dicitur intraret, eamque videret, muris antiquis optime captam, excelsis turribus decoratam, optimo loco sitam, cunctis felicitatibus, affluentem, pratis ac vineis uberrimam, plateis ac vicis amoenam. . " Act. Sanct. ap. Bolland., t. III, p. 733, d'après Massiou, Hist. de la Saintonge, t. I, p. 258.

7. ……Otiaque inter

Vitiferi exercent colles, laetumque colonis Uber agri, tum prata virentia, tum nemus umbris Mobilibus, celebrique frequens ecclesia vico ;... Egelidae ut tepeant hyemes, rabidosque per aestus Adspirent tenues frigus subtile Aquilones. Ausonii Epist. XXIII, Paulino.

8. XVIIIe vol., p. 169.

9. Bulletin de la Société des Archives de Saintonge et d'Aunis, p. 169, XIIe vol.

10. Massiou, Histoire de la Saintonge, t. I, p. 255. Les Romains, grands gourmets, avaient des procédes de conservation spéciaux, qui leur permettaient de recevoir à Rome en excellent état des huîtres, poissons ou gibier même venant de fort loin.

11. Camille Jullian, Gallia, 1892, p. 312 à 314.

12. qu'il faut voir dans la Charente-Inférieure, guide du Touriste, par Ch. Dangibaud, et E. Proust, préface de Ballu, architecte en chef du gouvernement

13. Massiou, Histoire de la Saintonge, I, § 204. — « Summa navium captorum centum vigenti sex, in quibus autumabatur de vino de Rochel quasi inter duodecim et tredecim millia vasorum. » Henrici de Kuyghton, De Event.. Angl., lib V.

14. Archives de Saintonge et d'Aunis, t. VI, p. 57 et s.

15. Elles coûtaient moins cher que l'astrakan actuel !

16. « Le Boulonne ne porte bateau que jusqu'à Saint-Jean-d'Angély et se joint à la Charente à deux lieues au-dessus de Rochefort. Elle est très commode pour la voiture de blé et des poudres qu'on tire des moulins de Saint-Jean. » Bégon, Mémoires sur la généralité de la Rochelle (Archives historiques de Saintonge et d'Aunis, t. II).

17. Bulletin de la Société des Archives de Saintonge et d'Aunis.

 

Jeanne d’Arc, du Procès de réhabilitation en 1456 au centenaire de sa canonisation

Jeanne d’Arc, du Procès de réhabilitation en 1456 au centenaire de sa canonisation

La fête nationale de Jeanne d'Arc et du patriotisme célèbre la vie et les campagnes militaires de Jeanne D'Arc. Jeanne D'Arc, la Pucelle d'Orléans, est considérée une héroïne française pour son rôle dans la Guerre de Cent Ans. Ses visions ont aidé au Roi Charles VII à gagner sa couronne et à vaincre les Anglais.

La fête nationale de Jeanne d'Arc et du patriotisme est célébrée le deuxième dimanche du mois de mai. La date coïncide bien avec le 8 mai, le jour d'anniversaire de la libération d'Orléans par l'armée française en 1429, sous le commandement de Jeanne D'Arc. La journée est célébrée depuis 1921.

En 1456 Procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc

Tractatus super materia processus : telle est l’expression par laquelle l’Instrumentum du procès en nullité de la condamnation de Jeanne d’Arc désigne les mémoires relatifs au procès de condamnation, qui furent produits et présentés dans le cadre de la procédure de révision destinée à aboutir à la sentence de réhabilitation de la Pucelle du 7 juillet 1456

Les trois commissaires désignés par le Pape, pour réviser le procès de Jeanne d'Arc étaient : Jean Juvénal des Ursins, archevêque de Reims et maître d’œuvre du second procès de Jeanne d’Arc ; Guillaume Chartier, Evêque de Paris, et Olivier de Longueil, Evoque de Coutances, qui s'adjoignirent Jean Bréal, inquisiteur de la Foi.

Ils prononcèrent solennellement leur Jugement de réhabilitation, déclarant que les Jugement et sentence rendus contre Jeanne « ont été, sont et seront nuls, invalides, sans valeur, sans autorité... etc., etc.. »

Bossuet dans son Analyse de l'Histoire de France, à l'usage du Dauphin, affirme que le Pape Calixte III a confirmé personnellement la sentence, rendue à Rouen, en 1456, par ses trois délégués et leur assesseur.

 

Aurelianis et Cenabum - Jeanne d’Arc, du Procès de réhabilitation en 1456 au centenaire de sa canonisation (1)Aurelianis et Cenabum sont les deux autres noms d'Orléans !

 

 

 Dans la Semaine Religieuse du Diocèse de Carcassonne du 2 février 1894.

« La France chrétienne apprendra avec joie et reconnaissance la décision qui vient d'être prise à Rome.

 La Congrégation des Rites a tenu, au Vatican, une séance extraordinaire secrète, pour l'introduction de la cause de la béatification de Jeanne d'Arc.  Douze cardinaux présents, parmi lesquels Mgr Langénieux,  venu spécialement à Rome, ont participé au vote, à la suite  duquel Jeanne d'Arc a été déclarée vénérable.

Le Pape a confirmé, dans la journée, cette décision.

En bons Français et en bons Chrétiens réjouissons-nous de cette heureuse nouvelle.

L'introduction de la cause n'est pas la béatification ni la canonisation. L'Eglise procède en cette matière, avec une lenteur et une prudence qui font l'admiration même de ses ennemis.

Mais pour cette cause, le plus difficile est fait: la procédure suivra son cours ; espérons qu'elle arrivera avant de nombreuses années à la glorification définitive de l'héroïne.

On peut, dès aujourd'hui, invoquer en particulier Jeanne la Vénérable; plus tard, on élèvera des autels sous le vocable de la « Bienheureuse Jeanne » et enfin, on érigera des Eglises en l'honneur de « Sainte Jeanne d'Arc ». La France alors pourra l'honorer et l'invoquer au même titre qu'elle invoque Geneviève et Clotilde.

Patience !... Les saints ne vieillissent pas dans l'Eglise Catholique... Voilà plus de 400 ans que la Pucelle d'Orléans est morte sur le bûcher, et il n'y a que quelques années que Mgr Dupanloup commençait les premières démarches et la première enquête : la cause est en bonne voie : avec la grâce de Dieu et la puissante coopération de Jeanne, elle ne peut manquer d'aboutir heureusement et promptement.

A l'appui de ce qui précède, nous lisons dans le Courrier de l'Aude, du jeudi 15 mars 1894, l'entrefilet qui suit :

« Le Souverain Pontife, désireux de procéder dans le plus bref délai possible à la Canonisation de Jeanne d'Arc, vient de donner une nouvelle preuve de cette résolution.

Dans une récente audience accordée au R. P. Captier, Supérieur Général de la Congrégation de Saint-Sulpice, le Saint Père a nettement déclaré qu'il souhaitait voir la cause et marcher aussi rapidement que le permettent les exigences de la procédure canonique ».

Et pour que le temps de l'attente soit abrégé, invoquons Jeanne d'Arc , non pas dans nos Eglises, mais dans nos demeures ; prions-la, demandons-lui d'intervenir en notre faveur, dans nos intérêts privés, comme dans nos intérêts publics, et puisse sa mémoire, couronnée par des rayons que de récentes merveilles auront renouvelés et accrus, briller comme l'aurore ou l'Arc-en-ciel du vingtième siècle; siècle de paix et d'union, de prospérité et de foi, après un siècle de discussions douloureuses et d'efforts impuissants !...

Voici le texte de loi pour laquelle M. Joseph Fabre, alors député, réunit on 1884 les signatures de 251 de ses collègues républicains, et que, Sénateur, il va reprendre et présenter, au premier jour :

« ARTICLE PREMIER. — La République Française célèbre annuellement la fête de Jeanne d'Arc , fête du patriotisme,

« ART. 2. — Cette fête a lieu le 8 Mai. »

La déposition de cette proposition de loi a été faite, tout récemment, par M. Joseph Fabre dans la séance du 15 Mars 1894, au Sénat, qui l'a renvoyée à la Commission d'initiative.

D'un autre côté, on peut lire dans la Croix du Sud, n° 770, du mercredi 14 mars 1804, le passage suivant :

« Nous sommes heureux d'annoncer que la pétition lancée par l'Association Catholique de la Jeunesse Française marche admirablement. On demande par cette pétition, que le 8 Mai soit déclaré fête nationale eu l'honneur de Jeanne d'Arc.

 Cinq Cardinaux et trente Evêques ont envoyé leur adhésion. Le regretté Cardinal Thomas avait envoyé la sienne, le mercredi qui précéda sa mort, survenue le vendredi 9 mars.

 On compte déjà réunir 300.000 signatures, sans compter « les adhésions futures.

Enfin, comme l'un des symptômes les pins consolants et les plus affirmatifs de la sympathie universelle qu'inspire la noble cause de la Vierge de Vaucouleurs, nous lisons avec bonheur, dans la Croix du Sud, n°793, (mardi 10 avril 1894) la rubrique suivante :

SOUSCRIPTION POUR JEANNE D’ARC

« M. le Ministre de la guerre vient d'adresser à MM. les chefs de corps, une circulaire dans laquelle il approuve la patriotique campagne poursuivie par Mgr l'Evêque de Verdun, et autorise l'ouverture d'une souscription dans l'armée, pour l'érection d'une statue de Jeanne d'Arc, à Vaucouleurs. »

Nous nous plaisons à voir dans cette acceptation et cette autorisation, comme le premier pas fait vers l'approbation officielle de la date du 8 mai, déclarée fêta nationale en l’honneur de la Vénérable Jeanne d'Arc. »

Carcassonne, Avril 1894.

P. E. S.

 

Jeanne d’Arc, du Procès de réhabilitation en 1456 au centenaire de sa canonisation (2)

 

 

18 avril 1909

DU BUCHER A L'AUTEL  (30 mai 1431)

Sous le titre : La Vénérable Jeanne d'Arc : du Bûcher à l'Autel, Mgr Touchet, évêque d'Orléans, a publié, pour le saint temps du carême de l'année 1909, une lettre pastorale où sont résumés avec une exacte précision les faits qui ont abouti à la Béatification de Jeanne 

LA TRAGÉDIE DU 30 MAI 1431

Personne n'ignore l'abominable tragédie dont le Vieux-Marché de Rouen vit le spectacle, le 30 mai 1431.

Toute la ville était là : hommes d'armes, enfants, femmes, moines, prêtres séculiers, magistrats, simples citoyens, pressés, pêle-mêle, sur la place, les estrades, les toits, les murs, aux balcons, aux fenêtres, dans les rues avoisinantes, partout où l'on pouvait voir; ils attendaient, causant ou priant, riant ou pronostiquant des malheurs.

Jeanne d’Arc, du Procès de réhabilitation en 1456 au centenaire de sa canonisation (5)

Vers neuf heures, un grand remous se fit dans cette multitude; la charrette du bourreau Thiérage, escortée de cent quatre-vingts soldats anglais, arrivait.

Une enfant de dix-neuf ans quatre mois et vingt-quatre jours en descendit.

 C'était elle... Elle! les uns disaient : la sorcière, la dissolue, l'hérétique. Les autres répondaient : la bien croyante, la très pure, la sainte. Tous le savaient : la victorieuse d'Orléans et de Patay, la triomphatrice de Reims, la prisonnière de Compiègne, l'accusée, la condamnée de Rouen : Jeanne d'Arc.

Le docteur Nicolas Midy la prêcha, une longue heure d'horloge.

A son tour, Pierre Cauchon l'exhorta copieusement, prononça contre elle une violente sentence de condamnation, l'abandonna au bras séculier, et se retira.

Jeanne d’Arc, du Procès de réhabilitation en 1456 au centenaire de sa canonisation (4)

Enfin, le bailli de Rouen, Jean le Bouteillier, dit aux gardes : « Emmenez-la », et (si ce fut vraiment lui) au bourreau : « Fais ton devoir. » Après quoi, la foule put regarder ce qu’elle était venue regarder.

Jeanne, en effet, fut péniblement hissée sur son bûcher, tant il était élevé. Elle fut liée au poteau qui dominait l'amoncellement des fagots. Elle serra sur sa poitrine la croix qu'un soldat anglais lui avait faite avec deux bâtons. Elle congédia le dominicain Ladvenu, qui l'avait confessée et assistée jusqu'au seuil de la mort; puis, levant les yeux sur la croix processionnelle de Saint-Sauveur que frère Isambart de la Pierre lui présentait, elle s'abîma dans sa prière et attendit.

Il pouvait être onze heures ou onze heures et demie.

Jeanne d’Arc, du Procès de réhabilitation en 1456 au centenaire de sa canonisation (6)

Cependant le bourreau avait approché la torche des fascines. Une colonne de fumée et de flammèches s'éleva.

Sur la place s'était étendu un lourd silence. On put donc entendre la voix de Jeanne, suppliant qu'on lui donnât l'eau bénite, cette eau qui défend le chrétien contre les suprêmes assauts du démon.

Jeanne d’Arc, du Procès de réhabilitation en 1456 au centenaire de sa canonisation (3)

La flamme s'avivait de plus en plus ; rouge, énorme, étouffante, elle finit son œuvre de mort.

Avant midi, pensons-nous, la martyre poussa un cri puissant, comme si elle eût salué quelqu'un d'attendu longtemps, venu enfin: « Jésus! Jésus ! Jésus ! » Et inclinant la tête, elle rendit sa sainte âme à son Créateur.

Alors, sur un ordre venu d'on ne sait qui, Thiérage écarta le brasier, et ils aperçurent le pauvre corps noirci, tuméfié, entamé par les morsures du feu, toutefois encore pendant au poteau.

C'était toujours elle !... Les Anglais se pouvaient tranquilliser. « Ni bons, ni mauvais esprits par puissance surnaturelle », ni hommes, par violence ou surprise, ne la leur avait changée ou enlevée. Elle était morte! La prophétie de Glasdale aux Tourelles : « Nous te ferons ordre! » était réalisée.

Après cette constatation, le bûcher fut rallumé. Le bourreau l'activa de toutes ses forces. Au bout de quelques minutes, les liens de chanvre furent consumés; le corps tomba dans la fournaise...

Ce qui suivit ne se décrit pas. Ces chairs, ces os qui s'incinèrent... Jeanne disait : « Se peut-il que mon corps que j'ai gardé net et pur soit brûlé ! » On se prend à répéter ce cri : « Se peut-il... Se peut-il !... »

Le cardinal d'Angleterre avait prescrit « que ce qui resterait fût jeté à la Seine ».

Thiérage se mit en devoir d'exécuter l'ordre. Il ramassait donc et entassait les débris dans son tombereau, quand il recula épouvanté. Parmi les charbons, le cœur et les entrailles de la victime lui étaient apparus intacts. Précipitamment, il les inonda de poix et d'huile, afin de commencer une troisième combustion. On raconte que ce fut vainement. Ce cœur auguste, qui n'avait battu que pour son roi, son pays et son Dieu, ne put être entamé. Il dut être emporté comme vivant, parmi les cendres : cendres des bois du supplice, cendres du corps de la suppliciée.

Tout fut précipité dans le fleuve, du haut du pont Mathilde.

« Tout ce fleuve est sacré, car car il est son tombeau ! »

La statue de Jeanne sur la place du Martroi à Orléans(La statue de Jeanne sur la place du Martroi à Orléans)

 

 

II

LE LENDEMAIN DU SUPPLICE — LA TERREUR DES ANGLAIS

Dès le lendemain de cette funèbre journée, les hommes que Jeanne avait appelés « ses ennemis capitaux », se sentirent inquiets. Ce qui s'explique.

Un des bourreaux n'avait-il pas vu l'âme de l'enfant s'envoler au ciel sous la forme d’une blanche colombe? Thiérage, malgré sa dureté professionnelle, n'était-il pas allé se confesser, gémissant : « Jamais je n'obtiendrai mon pardon : j'ai brûlé une sainte! » Le docteur Alespée n'avait-il pas avoué « qu'il voudrait bien être où il était convaincu qu'était celle -ci? »

L’Anglais Tressart n 'avait-il pas répété : « Nous sommes tous perdus, nous avons brûlé une sainte! » Quoi donc!... Le cardinal de Winchester lui-même, après s'être retiré de la place du Vieux-Marché, était-il si sûr de la besogne qu'il avait faite? N'avait-il pas pleuré?

La voix populaire, enfin, plus puissante que nulle autre, ne témoignait-elle pas que sainte Catherine était apparue à Jeanne avant le supplice, lui disant : « Fille de Dieu, sois assurée en ta foi, car tu seras au nombre des Vierges dans la gloire du Paradis. »

CINQUIÈME CENTENAIRE DE JEANNE D’ARC 7 juillet 1929

DISCOURS PRONONCÉ PAR M. GABRIEL HANOTAUX DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE

 

 

Le martyre de la vénérable Jeanne d'Arc brûlée par les anglais en 1431 : récit en vers ; suivi de Notes et documents se rapportant à ce grand drame historique / par P. E. S.

Jeanne d’Arc, du Procès de réhabilitation en 1456 au centenaire de sa canonisation (1)

 

 

 (Le château renaissance du Puy du Fou - Visite Virtuelle)

 

Le 20 mars 2016

Acquisition et cérémonie de l'anneau reliquaire de Jeanne d’Arc au Puy du Fou

 

Cet anneau aurait été retiré du doigt de Jeanne par l’évêque Cauchon, qui présidait son procès, puis donné au Cardinal anglais Henri Beaufort qui supervisait toutes les séances du procès jusqu’à l’exécution sur le bûcher de Rouen de Jeanne d’Arc en 1431.

Aout 2018 le 1 er Spectacle son et lumière retraçant l'épopée de Jeanne d' Arc à Chinon.

 

2019

Le dimanche 3 mars 2019, soit 590 ans après, a eu lieu la journée de commémoration de l’arrivée de Jeanne d’arc et de ses cavaliers vers la Forteresse Royale de Chinon où en 1429, Jeanne d'Arc rencontra le dauphin Charles VII.

 ==> La Chevauchée de Jeanne d'Arc vers Chinon par le GR (Sentiers de Grandes Randonnées), un voyage dans le temps de 590 ans.

2020

2020 marquera le centenaire de la canonisation de Jeanne d'Arc survenue le 16 mai 1920 par le pape Benoit XV.

Une lettre signée de sa main  exceptionnelle exposée lors d’une messe

Selon la Société nationale des Antiquaires de France, Jeanne a envoyé dix-neuf lettres aux plus grands personnages de son temps, comme le dauphin puis roi de France Charles VII, le roi d’Angleterre, le duc de Bourgogne, le comte d’Armagnac… De ces dix-neuf missives, « huit font l’objet de simples mentions, sans qu’on en possède le texte, et six sont des copies ; cinq lettres seulement sont des originaux, dont trois ont une signature : « Jehanne » ». La première, adressée aux habitants de Riom, date du 9 novembre 1429 et est conservée aux Archives communales de la ville. Les deux autres, datant des 16 et 28 mars 1430, adressées aux habitants de Reims, font partie de la Collection du comte de Maleissye.

https://fr.aleteia.org/2020/01/04/une-des-trois-lettres-signee-de-jeanne-darc-exceptionnellement-exposee/?

 

 

 

 

Les Prisons de Jeanne d’Arc - Le Geôlier de Jeanne d’Arc <==

6 janvier 1412 : Naissance de Jeanne d’Arc à Domrémy  <==

 


La Chevauchée de Jeanne d'Arc des Associations

 

QUELQUES NOTES SUR LA CHEVAUCHEE DE JEANNE D'ARC R. GAURY

Le vendredi 4 mars 1429, Jeanne d'Arc, alors que le soir tombait, arrivait à l'Aumônerie de Sainte-Catherine-de-Fierbois (1), petit village situé sur le plateau de Sainte-Maure, à 500 mètres de la grand-route de Tours à Chatellerault.

Le lendemain matin, Jehanne va entendre trois messes à la vieille chapelle de l'époque de Charles Martel.

Le dimanche 6 mars, elle quitte Sainte-Catherine-de-Fierbois et, en évitant Saint-Epain occupé par les Bourguignons, arrive à l'entrée de Nie-Bouchard, au confluent de la Vienne et de la Manse.

Sur la rive droite, elle met pied à terre devant le portail roman de l'église Saint-Gilles. Construite en 1069, elle avait été agrandie au XII" siècle, par deux portails romans. L'un d'eux, dédié à Saint-Jacques, est appelé dans le pays le portail Jeanne-d'Arc. Jeanne d'Arc assiste à la grand-messe dans cette église. C'est sa dernière halte.

Peu avant midi, la petite troupe est arrêtée par le pont-levis de la Porte-de-Bessé, on parlemente. La Pucelle est attendue. Le bruit de sa venue l'a devancée. Les porteaux abaissent le pont et Jeanne, longe la collégiale de Saint-Mexme. (L'église désaffectée depuis 1790 était alors plus importante qu'elle ne l'est aujourd'hui. En 1817, l'écroulement du clocher entraîna la destruction du transept et du chœur du XIIe siècle. Une école occupe aujourd'hui la nef et le narthex).

Après, Jeanne d'Arc franchit un nouveau pont-levis, celui de la Porte-de-Verdun (une inscription placée sur la maison portant le no 1 de la rue Voltaire indique l'emplacement de l'ancienne porte).

Après cela, la Pucelle entre enfin dans Chinon. Elle met pied à terre, au centre de la cité, au Grand-Carroi, autrement dit le grand carrefour. Au-dessus d'elle, Jehanne peut apercevoir la masse du château construit par Henri Il Plantagenêt

 


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Voyage dans le temps et l’Histoire d’Ularius (Ile d’Oléron) dans le Golfe d'Aquitaine

Voyage dans le temps et l’Histoire d’Ularius (Ile d’Oléron) dans le Golfe d'Aquitaine

Aujourd'hui Oléron se situe face au littoral de la Charente-Maritime. Cette île est située dans le golfe de Gascogne. Elle est séparée du continent par une distance de 11 kilomètres. Sa longueur est de 30 kilomètres, et sa plus grande largeur, prise de la pointe des Saumonards jusqu'à la Cotinière, est de 10 kilomètres.

On a assigné plusieurs étymologies à la dénomination de l'île d'Oléron : Île occupée pendant plus de 4 siècles par les romains et mentionnée dans l'Histoire Naturelle de Pline dans le Golfe d'Aquitaine. Appelée Ulianus, et in aquitanico sinu Ulianus, Uliaros, Uliarios  (l'île des Houles).

Saintonge Camp romain de la VIIIe Légion Augusta et de la Legio VI Ferrata

(Camp romain de la VIIIe Légion Augusta et de la Legio VI Ferrata (3)

L'île d'Oléron, avait, du temps des Romains, une assez grande importance, à raison de sa position qui en faisait la principale défense de la Saintonge du côté de la mer. La capitale de la province d'Aquitaine seconde fut établie à Mediolanum Santonum, l'actuelle ville de Saintes.

Les 2000 ans de L'Arc de Germanicus Mediolanum Civitas Santonum (Saintes)(Les 2000 ans de L'Arc de Germanicus Mediolanum Civitas Santonum - Saintes)

C'est à l'île d'Oléron que vivait, vers le Ve siècle, un seigneur nommé Nammatius, officier dans les légions romaines. Cette île est souvent citée dans les écrits des Romains qui l'habitèrent, et les géographes du temps n'ont gardé de l'oublier, ce qui prouve, soit dit en passant, qu'elle ne dépendait pas, à cette époque éloignée, du continent, ainsi que le prétendent quelques auteurs.Camp romain de la VIIIe Légion Augusta et de la Legio VI Ferrata

Elle apparaît chez Sidoine Apollinaire sous la forme Olarionensibus, puis Olarione (var. Obceorum) dans la Cosmographie de Ravenne .

Sidoine Apollinaire (2), son ami particulier, lui écrivait que malgré le courage de ses troupes et la prudence et l'habileté qu'il lui connaissait, il ne le voyait pas sans de vives inquiétudes exposé aux fréquentes attaques des terribles pirates saxons.

La découverte qu'on fit en 1797 d'un vase rempli de médailles consulaires, en argent, ferait soupçonner qu'il y avait même dans cette île, une garnison romaine, et que ces médailles faisaient partie d'une caisse militaire. Il est, sans doute, étonnant de ne pas y rencontrer le moindre débris de monuments antiques ; mais c'est une circonstance que l'on peut facilement expliquer par la mauvaise qualité du sable de mer que les Romains n'ont pu se dispenser d'employer dans leurs constructions, et qui a été nécessairement la cause de leur peu de durée.

 

Raides Vikings sur les côtes d’Aquitaine

Pendant le moyen-âge, cette île, tout en continuant d'être exposée aux irruptions des divers pirates du Nord, Saxons, Danois, et Normands, partagea le sort de l'Aquitaine dont elle dépendait.

 A partir de l'année 910, elle eut successivement pour seigneurs souverains, Guillaume Ier, duc de Guyenne, et comte de Poitou Geoffroy Martel et Guy, comte de Poitou qui la possédait en 990.

Ces trois seigneurs accordèrent à la population divers privilèges ; notamment celui de posséder des terres en propriété, de tester et disposer de leurs biens, de construire des marais salants, etc.

 L'île d'Oléron était alors couverte de bois et peuplée de sangliers, daims, chevreuils et autres bêtes fauves ; et en 1047, Geoffroy Martel, comte d'Anjou et Agnès son épouse, qui furent les fondateurs de l'abbaye de Notre-Dame-de-Saintes, léguèrent aux dames de cette abbaye la dixième partie des peaux de cerfs et de biches qui seraient pris dans l'île pour couvrir leurs livres.

Les chartes de 1040 et 1047 constatent sa fertilité, la richesse de ses produits, la variété des plaisirs qu'elle offrait pour la pêche et la chasse, la quantité de sangliers et de cerfs peuplant ses forêts, et celle des levrauts que nourrissaient ses garennes sablonneuses.

Ces bêtes fauves, ainsi que les forêts qui leur servaient d'asile, ont depuis longtemps disparu de l'île d'Oléron, quoique le cardinal Mazarin, en invitant ses nièces à aller passer huit jours à l'île d'Oléron, lieu vanté par tout le monde comme la plus agréable demeure, plaçait encore parmi ses agréments, ceux de la chasse et de la pêche.

Donnée en grande partie à l'abbaye de Vendôme, en 1040, puis à Notre-Dame de Saintes en 1047, elle est désignée dans les deux chartes sous le nom d'Olaron.

 Ce sont les Moines bénédictins de Cluny qui aménageant des marais salants vont récupérer cette manne océanne qu'est le sel marin et enrichir l'île à partir de 1077. Le premier exemple d'implantation directe de la réforme et de l'influence de Cluny est fourni par l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély. On fait remonter ses origines au temps de Pépin 1er roi d'Aquitaine, soit au début du IXe siècle

Guy, duc de Guyenne, que mentionnent des actes de 1068 et 1079, et Guillaume VIII, son successeur en 1086, firent aussi à l'île d'Oléron, divers avantages.

En 1098, les églises Sainte-Marie et Saint-Nicolas d'Oleron sont réclamées par l'abbaye de Bassac, et appartenaient à celle de Vendôme, depuis plus de soixante ans.

Quelques auteurs du moyen-âge l'ont surnommée Olario, Olerum, à cause de ses herbes odoriférantes, potagères et médicinales ; d'autres enfin ont prétendu que c'était primitivement un lieu d'exil pour les criminels qu'on désignait vulgairement sous le nom de Lerrons ou Larrons, et qui l'aurait fait appeler l'île des Lerrons, et plus tard par corruption l'île d'Oléron. Ce nom qu'on prononçait Ouliarous, est une onomatopée, c'est-à-dire l'imitation du bruit que font les houles, vagues de la mer.

On remarque, dans l'île d'Oléron, une foule de mots et de noms qui dérivent du latin , et ont survécu à la domination romaine, tels sont: Doṁinia ou Domina, Elia ou Elida, Remijau, le grand et le petit Do, la conche d'Epulente, Dolus, etc., etc

Il n'est pas douteux que l'île d'Oléron était beaucoup plus étendue dans les temps anciens qu'elle ne l'est aujourd'hui, et ces mêmes flots qui ruinent et envahissent continuellement ses côtés, en mettant à nu les rochers qui en rendent l'accès si difficile du côté de l'ouest, ne lui réservent probablement pas un sort plus heureux que celui de cette île d'Antros disparue à l'embouchure de la Gironde.

La seule inspection des localités et le gisement de cette île, suffisent pour démontrer son ancienne jonction avec le continent ; mais il n'est rien moins que facile d'assigner l'époque comme les causes de son isolement ; la plus vraisemblable serait d'y reconnaître l'effet aussi simple que naturel de l'action violente et continue de la mer sur la portion du littoral actuellement occupée par le passage de Maumusson.

Ce détroit qui est fort resserré, forme une passe extrêmement dangereuse, à cause de la barre de Gadesan, qui le coupe en partie obliquement : Les sables mouvants y présentent de nouveaux dangers : lorsque le vent d'ouest souffle, les vagues viennent s'y briser avec tant de violence que le bruit s'en fait entendre' jusqu'à quatre ou cinq lieues. Il se forme dans ce détroit des remous ou tournoiements d'eau, ce qui fait dire aux matelots qu'il y a un gouffre.

Le pertuis de Maumusson, jadis si redoutable, s'améliore journellement, et en temps calme se franchit aujourd'hui très facilement. Un canot de sauvetage se trouve à son entrée et les marins de Saint-Trojan, qui en forment l'équipage ont fait leurs preuves en arrachant aux flots, maintes victimes.

La petite ville du Château tire son nom de l'ancien castrum. La citadelle qui existe aujourd'hui n'est pas bâtie sur les ruines de l'ancien château, mais un peu plus à l'est. C'est en vain qu'on cherche les vestiges de la vieille ville et du castrum dont je viens de vous parler, il n'en existe nulle trace. Une charte de 1098 mentionne cette ville sous le nom de Notre-Dame du Château.

Aliénor d'Aquitaine - Éléonore d'Aquitaine sur les côtes de l’Aunis et de la Saintonge

(Aliénor d'Aquitaine - Éléonore d'Aquitaine sur les côtes de l’Aunis et de la Saintonge - Les Temps d'Aénor)

— En 1152, Aliénor d'Aquitaine qui, répudiée par Louis VII, roi de France, épousa Henri II, roi d'Angleterre, et lui apporta en dot son duché d'Aquitaine, laissa à Oléron des actes mémorables de sa souveraineté.

Ce fut cette princesse qui, à l'instar des lois rhodiennes qu'elle avait vu pratiquer dans le Levant, fît rédiger ces Rôles d'Oléron ou règlements maritimes qui ont servi de base à toutes les ordonnances et dispositions postérieures sur cette matière. Henri III d'Angleterre ainsi que Jean-sans-Terre, maintinrent et augmentèrent même les privilèges de cette île.

Éléonore d'Aquitaine sur les côtes de l’Aunis et de la Saintonge

En 1159, Aliénor de Guyenne, étendit et confirma les privilèges des habitants de l'ile et y joignit de plus la garde et tutelle de leurs enfants mineurs, la permission de les marier sans le consentement du seigneur, comme de vendre et exporter le sel et autres denrées de l'île.

Tout près du Château, Henri II fonda, en 1159, le prieuré de Saint-James, que dota, en 1208, Jean de Fort, seigneur de Bonnemie.

Au village d'Ors, dans la commune du Château , des fouilles faites dans un champ, où le propriétaire avait l'intention de bâtir, ont fait découvrir un tombeau romain de deux mètres de long, établi sur un terrain battu, recouvert de sable, mastiqué et pavé en briques garnies de rebords pour avoir plus de prise dans le sol. Les parties latérales étaient formées de briques placées de champ, comme dans nos cloisons ; la partie supérieure était recouverte de tuiles en forme de toit. Des ossements humains, on dit même un squelette entier, ont été trouvés dans l'intérieur. En creusant le sol, ou même en lui donnant un simple labour un peu profond, on a découvert çà et là des pans de mur et d'autres débris de sépultures. On a trouvé aussi des médailles romaines à l'effigie des empereurs Valérien, Gallien et Claude II, en petit bronze, et une en argent d'Aurélien.

 En 1186, Othon, duc de Guyenne, ajouta au privilèges des habitants, les droits de communauté et jurande.

Sous Henri III roi d’Angleterre, son fils Edouard en avait fait don au comte de la Marche, de la maison de Lusignan, qui voyant ce don révoqué tant par Edouard que par son père, se la fit accorder en 1222 par Philippe-Auguste, à la charge de l'enlever aux Anglais, ainsi qu'il le fit effectivement.

 

La diminution des forces anglaises en France et les guerres qu'ils y soutenaient avec des succès divers, firent passer l'île d'Oléron alternativement au pouvoir des rois de France et d'Angleterre.

Edouard III d'Angleterre, dans une charte de 1308, consacre le mot insula de Oleron, qui succédait à celui d'Holoron. Plusieurs donnent pour étymologie, à Oleron, l'abondance des herbes aromatiques qui croissent sur son sol : insula Olerum.

En 1360, le traité de Brétigny en abandonna la souveraineté à la couronne d'Angleterre ; mais cette île fut réunie à la France sous Charles V, qui, par lettres patentes du mois de Février 1372, l'annexa définitivement au domaine de la couronne.

Ce monarque en concéda une partie, l'année suivante, au seigneur de Montmor, gouverneur de la Rochelle ; mais le sire de Pons fit révoquer cette concession et obtint que cette île lui fût accordée à lui- même.

Cette maison la conserva jusqu'en 1444; par suite de l'union de Jacques de Pons aux ennemis de l'Etat, elle fut de nouveau confisquée.

Charles VII, en 1450, en fit don à André, seigneur de Villequier ; mais après de longues discussions soutenues par la voie des armes et devant les cours de justice, celui-ci fut obligé de l'abandonner au sire de Pons rentré en grâce et qui en reprit possession en 1517.

En 1541, les habitants de l'île d'Oléron, prirent part au soulèvement auquel donna lieu, dans le Poitou, la Saintonge et l'Aunis, l'établissement de la gabelle par François Ier.

En 1548, la réformation pénétra dans l'île d'Oléron, et la première église protestante de Saint-Pierre date de 1559. L'île d'Oléron ne put échapper aux désastres des guerres de religion, ses principaux habitants, qui avaient embrassé la religion réformée, avec le secours de ceux de Marennes et d'Arvert, se soulevèrent contre les catholiques.

Par suite de ces malheureuses dissensions, les églises qui, soit à ce titre, soit comme lieux anciennement fortifiés pour servir de retraite et de défense à la population contre les attaques des pirates, excitèrent plus particulièrement l'attention des deux partis et furent plus souvent, exposées à être pillées et détruites.

En 1577, l'édit de pacification qui autorisait l'exercice public de la religion protestante, fit élever à Saint-Pierre le premier temple, qui ne fut d'abord qu'une simple grange.

La guerre s'étant de nouveau rallumée entre les calvinistes et les catholiques, les Rochelais s'emparèrent de l'île 'd'Oléron en 1584, et se fortifièrent au bourg du château, dont d'Aubigné, qui les commandait, acheva de faire démolir l'église. Henri de Navarre le nomme maréchal de camp en 1586, puis gouverneur d’Oléron et de Maillezais.

La destinée de l'île d'Oléron était d'être constamment l'objet des tentatives des deux parties : en 1624, le duc de Soubise s'en rendit maître une seconde fois ; il y fit construire trois forts et y établit en même temps un droit de péage.

L'année suivante, le duc de Montmorency l'en chassa, bloqua le fort du château et somma le commandant de se rendre.  

Le Château est une charmante petite ville qui se compose de deux parties, l'ancien bourg de Notre-Dame, aux rues étroites et mal percées ; et la ville neuve, avec ses rues droites et spacieuses, ses places et ses boulevards plantés d'arbres magnifiques.

A l'extrémité de la ville, entourée de remparts et de douves, se trouve la citadelle, élevée sous Louis XIII, par les soins de l'ingénieur d'Argencourt.

 En 1673, le chevalier de Clairville en fit augmenter les fortifications. Elle sert maintenant de logement à la garnison qui a la surveillance des disciplinaires coloniaux qui y sont internés, en attendant leur départ pour les colonies.

 

 

Marennes et son arrondissement : études historiques / par A. Bourricaud

 

 

==> ....  ===> Construction de la citadelle d’Oléron sur l’emplacement de l’ancien château féodal (Devis du Cardinal de Richelieu)

 


 

 

Lacurie (abbé). Carte du Golfe des Santons, Pictons sous les Romains

Lacurie (abbé). " Carte du pays des Santons sous les Romains, dressée pour l'intelligence des Mémoires de la Société archéologique de Saintes, dressée par M. l'abbé Lacurie, secrétaire de la Société. " (S. d.) XIX e siècle Un savant ecclésiastique, M. l' abbé Lacurie, a envoyé au concours un mémoire manuscrit sur les Antiquités de Saintes.....

 

Les 2000 ans de L'Arc de Germanicus à Saintes et de l'amphithéâtre des Trois Gaules à Lyon

A Saintes, on fête les 2000 ans de l'arc dit de Germanicus, et de l'autre côté de la Via d'Agrippa, Lyon fête également les 2000 ans de son amphithéâtre.....

 

Aliénor d'Aquitaine, Lois Maritimes les Rôles d'Oléron, appelés aussi Jugements d'Oléron -

Aliénor d'Aquitaine, Lois Maritimes les Rôles d'Oléron, appelés aussi Jugements d'Oléron Les Rôles d'Oléron, sont un recueil de jugements compilés en un code à la fin du XIIe siècle par décision d'Aliénor d'Aquitaine, et qui ont été utilisés comme code maritime dans toute l'Europe. Ils sont à l'origine de la Loi de l'Amirauté britannique.



(1)    On sait qu'Oleron était une île à l'époque romaine : elle est mentionnée dans les écrits de Pline qui l'appelle Uliarus, et in aquitonico sinuUliarus.Pline, Histoire Naturelle, IV, 33, 2 : "Il y a plusieurs îles appartenant aux Vénètes et nommées Vénétiques, et, dans le golfe d'Aquitaine, l'île d'Uliarus."

 (2)   Sidoine Apollénaire vante ses petits lièvres, Olarionenses lepusculi. Sidoine Apollinaire (Caïus, Sollius Sidonius-Apollinarius), écrivain latin et saint, né à Lyon (Gaule), vers 431, mort à Clermont en 482 ou 484. Il épousa une fille de Flavius Avitus, plus tard empereur, il était préfet de Rome, lorsque Avitus fut détrôné par Majorien.

Celui-ci le fit comte et l'envoya gouverner la province d'Arles. En 467, il alla à Rome comme ambassadeur des Arvernes, et fut fait patricien et, pour la seconde fois gouverneur de la cité. Bien que laïque, il fut élu à l'évêché d'Arvemum (Clermont) en 472, il remplit ses fonctions avec zèle et s'opposa énergiquement à la propagation de l'arianisme.

Il a laissé neuf livres d'un grand intérêt historique et de nombreuses poésies.

Sa fête ce célèbre le 21 août. Ses oeuvres ont été publiées à Utrecht (1473) ; elles ont été traduites en français par Sauvigny (1787 2 vol. in-48) et par Grégoire et Colombet (1836,1 vol. in-8°). Voyez Germain: Essai historique et littéraire sur Sidoine Apollinaire (Paris, 1840, in 8°).

Sidoine Apollinaire, Lettres, VIII, 6 : "C'est pourquoi tu feras bien mieux désormais, chasseur stationnaire, d'entourer de tes filets et de tes rets les rochers raboteux, les bois propres à ombrager la retraite des bêtes sauvages; puis, si tu as quelque vergogne, de t'abstenir de battre les champs par tes courses découvertes, et de faire la guerre aux malheureux lièvres d'Oléron (Olarionensibus), qu'il ne vaut pas la peine, puisqu'ils doivent si rarement succomber à tes coups, de fatiguer par des meutes promenées en pleine campagne, à moins, par hasard, qu'il ne soit plus sage de les exercer quand notre Apollinaris se trouvera avec toi et ton frère."

 

(3) Un archéologue de l'Université de Tel-Aviv a découvert le camp de la légion romaine qui a réprimé la révolte de Bar Kochba

Pendant le règne de l'empereur romain Hadrien (117-138 EC), deux légions impériales étaient stationnés dans la province de Judée: la légion X Fretensis (qui assiégea Massada) à Jérusalem et la légion VI Ferrata dans le nord. Basée dans la vallée de Jezréel près de Tel Megiddo, à un carrefour stratégique au nord d’Israël, la légion VI Ferrata (légion bardée de fer) contrôlait les routes impériales, et l’accès à la Galilée et aux vallées intérieures du nord de la Palestine, centres importants de la population juive locale. Jusqu'à récemment, l'emplacement exact du camp militaire de la sixième Légion n'avait pas été confirmé, mais des preuves textuelles la situaient dans la vallée de Jezréel le long de la route allant de Césarée à Beth Shéan dans le voisinage de Megiddo… https://www.ami-universite-telaviv.com/index.php/2013-05-26-08-41-51

12 janvier 2020

Sainte Catherine de Fierbois, la maison du Dauphin Charles VII et L'aumônerie (Time Travel de la chevauchée de Jeanne d'Arc)

Sainte Catherine de Fierbois, la maison du Dauphin Charles VII et L'aumônerie (Time Travel de la chevauchée de Jeanne d'Arc)

Durant les XVe et XVIe siècles, la Touraine devient une des régions préférées pour la résidence des rois de France et la grande noblesse française, les châteaux médiévaux sont mis au goût du jour ou construit : Amboise, Chambord, Azay-le-Rideau... Pour cette raison, la Touraine a été surnommée le « Jardin de France ».  Charles VII (1422-1461), comme dauphin, puis roi de France, résida dès 1420 principalement au château de Chinon entre 1427 et 1450.

Peu après avoir repris Rouen, Charles VII publie, le 15 février 1450, une ordonnance disant que « les ennemis de Jeanne l'ayant fait mourir contre raison et très cruellement », il veut savoir la vérité sur cette affaire. Mais il faut attendre que Calixte III succède à Nicolas V pour qu'un rescrit papal ordonne enfin, en 1455 et sur la demande de la mère de Jeanne, la révision du procès.

  Le pape a ordonné à Thomas Basin, évêque de Lisieux et conseiller de Charles VII, d'étudier en profondeur les actes du procès de Jeanne d'Arc.

Son mémoire est la condition juridique du procès en réhabilitation. Celui-ci aboutit à casser le premier jugement pour « corruption, dol, calomnie, fraude et malice » grâce au travail de Jean Bréhal, qui enregistre les dépositions de nombreux contemporains de Jeanne, dont les notaires du premier procès et certains juges.

Le jugement, prononcé le 7 juillet 1456, déclare le premier procès et ses conclusions « nuls, non avenus, sans valeur ni effet » et réhabilite entièrement Jeanne et sa famille109. Il ordonne également l'« apposition [d'une] croix honnête pour la perpétuelle mémoire de la défunte » au lieu même où Jeanne est morte. La plupart des juges du premier procès, dont l'évêque Cauchon, sont morts entre-temps.

Sainte Catherine de Fierbois, la maison du Dauphin Charles VII et L'aumônerie (Time Travel de la chevauchée de Jeanne d'Arc) (1)

A côté de l’église de Sainte Catherine de Fierbois nous trouvons la maison dite du dauphin. Elle porte ce nom parce qu'il est dit que Charles VII y a logé. Elle fut construite en 1478 par le sire d'Estouteville, seigneur de Sainte-Maure.

Elle se distingue par quatre fenêtres à croisillons et par une porte basse en accolade. Les gables ornementés de crochets portent à leur base deux dragons ailés. De chaque côté de la porte sont deux écussons, dont l'un aux armes de France (mi-partie), et le deuxième tellement mutilé qu'il est impossible de le définir.

Elle a été entièrement restaurée en 2007. L'édifice a été inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 6 mai 1927 ; Le puits : inscription par arrêté du 12 octobre 1928

 

Sainte Catherine de Fierbois, la maison du Dauphin Charles VII et L'aumônerie (Time Travel de la chevauchée de Jeanne d'Arc) (2)

L'ancienne aumônerie du maréchal de Boucicaut où Jeanne d’Arc fut hébergée  du 4 au 6 mars 1429.

Un Tourangeau contemporain de Jeanne d'Arc, le maréchal de Boucicault (mort en 1421), tenait ce lieu en particulière vénération. « Esmu de devocion, » il y avait fait « ediffiér ung hospital et aumosnerie pour héberger les pouvrés ».

Pour recevoir les pèlerins qui affluèrent dès lors à Saint-Catherine, Jean le Meingre, dit Boucicaut, qui en était seigneur voulut y bâtir vers 1400 un hôpital. En 1408, le pape Benoît XIII avait, de plus, autorisé la création d'un cimetière, pour les morts de l'hôpital et les pèlerins, le bourg de Sainte-Maure étant trop éloigné.

Il obtient l'assentiment de Jean de Craon, seigneur de Sainte-Maure en 1415 et dote encore l'aumônerie de 32 arpents de terres situées à Saint-Epain, ainsi qu'on le voit par la charte ainsi conçue:
« À tous ceux qui ces présentes lettres verront, Jehan de Craon, chevalier, seigneur de Moncontour, Sainte-Maure, Montbazon, etc. savoir faisont que, comme Messire Jehan le Meingre dit Boucicaut, comte de Beaufort et d'Arles, vicomte de Tourrienne et de Valerne, maréchal de France, ému de dévotion a fondé et fait construire et édifier un hôpital et aumônerie pour héberger les pauvres et faire accomplir les oeuvres de miséricorde en l'honneur de Dieu en notre ville de Sainte-Catherine-de-Fierbois, étant en notre barronie et châtellenie ...laquelle chose ne pouvait se faire sans avoir sur ce notre congé et licence.
Savoir faisons que : Pour l'honneur et révérence de Dieu, et considérant la bonne volonté et affection de Messire Jehan le Meingre de Boucicaut … voulons, octroyons et consentons que lesdits héritages et places ci-dessus déclarés soient et demeurent toujours unis perpétuellement … Donné en notre castel de Montbazon sous notre scel et seing manuel, en témoin de la vérité et mémoire perpétuelle, le 10e jour du mois d'août de l'an de grâce 1415 : Jehan de Craon »

 

  Cette aumônerie consistait en un bâtiment situé dans le bourg, composé d'une chapelle dédiée à saint Jacques de Compostelle, de trois chambres (dortoir) dont une pour les pauvres avec "cour, jardin et pré, et trente-deux arpents de terre sur Saint-Épain

De nombreux guerriers avaient, à l’exemple de Charles-Martel, déposé leurs armes dans ce lieu qui était le but de nombreux pèlerinages des soldats français et écossais. L’historien André Lang rapporte tout au long l’histoire d’un soldat écossais, Michel Hamilton, capturé comme pillard, puis pendu par les villageois et délivré par le curé de l’endroit, qui vint couper la corde. M. Baird Smith, de Glasgow, dans son étude le Testament du Gentil Scossais, a reproduit quelques faits confirmatifs.

Jeanne d'Arc partie de Vaucouleurs, onze jours avant, y couchera le soir du 5 mars 1429. C'est ici qu'elle dicta une supplique afin de demander audience au Dauphin :

« J'ai fait 150 lieues, lui disait-elle, pour venir jusqu'à vous et vous prêter assistance; j'ai beaucoup de choses excellentes à vous révéler. Comme preuve de ce que j'avance, je vous reconnaîtrai entre tous. »

Le lendemain de grand matin, elle se rendit à la chapelle dédiée à l'une de ses chères Protectrices, et, pour satisfaire sa dévotion en même temps que pour étancher la soif d'amour de Dieu allumée davantage encore dans son cœur par la privation de la route, elle entendit trois Messes.

On monta en selle pour fournir la dernière retape qui eût été fatale aux voyageurs si Dieu n'avait fait un miracle pour les sauver. Des brigands armagnacs, prévenus de l'approche de la future guerrière, lui dressèrent une embuscade; la voyant s'avancer ainsi que ses compagnons, ils veulent s'élancer pour leur faire un mauvais parti, mais au même instant ils se sentent cloués surplace; impossible de bouger! Et la petite troupe passe tranquille et paisible au milieu d'eux, sans se douter du danger qu'elle a couru.

Le dimanche 6 mars à midi, les voyageurs étaient à Chinon....

 

La mairie occupe presque entièrement l'ancienne aumônerie, monument historique, fondée par le maréchal Boucicaut, dont la façade a été restaurée dernièrement.

L'ancienne chapelle dédiée à saint Jacques de Compostelle, servit ensuite de presbytère, et est occupée actuellement par la bibliothèque municipale. On y voit encore une petite statue de sainte Catherine dans le contre-fort qui borde la route.

 

La chapelle Sainte Catherine de Fierbois (Eglise) <==

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11 janvier 2020

Les Prisons de Jeanne d’Arc - Le Geôlier de Jeanne d’Arc

Les Prisons de Jeanne d’Arc - Le Geôlier de Jeanne d’Arc

On parlera longtemps des fêtes du V e centenaire de Jeanne d’Arc au mois de mai 1931. A cette occasion, la ville de Rouen avait décidé « la tenue, au cours des cérémonies de réparation et de glorification, d’un Congrès historique consacré à Jeanne d’Arc et à la Normandie du XV e siècle ».

Et si j’en évoque ici le souvenir, c’est que le château du Crotoy et son capitaine anglais, officiel, en même temps que bailli de Rouen, y firent l’objet de plusieurs communications. Le sujet ne paraîtra peut-être pas à tous d’un intérêt palpitant, mais dans son livre Jeanne d’Arc, M. Gabriel Hanotaux, qui présida à Rouen le Congrès historique du V e centenaire de l’épopée, ne s’exprimait-il pas en ces termes :

 « Le moindre incident de cette existence exemplaire sera étudié, commenté ».

Les Prisons de Jeanne d’Arc - Le Geôlier de Jeanne d’Arc (3)

Nous inspirant de cette pensée, nous avons estimé qu’il ne serait pas hors de propos de fixer un point d’histoire locale, au moins dans la mesure du possible. A quel officier du roi d’Angleterre échut la mission de garder prisonnière dans le château-fort du Crotoy, sur la rive droite de la baie de Somme, notre héroïne nationale ? lorsqu’arrivant d’Arras en trois étapes par Lucheux et Drugy-lez-Saint-Riquier, elle fut internée dans la forteresse picarde.

Il convient d’écarter sans discussion possible, l’écuyer picard Jean de Belleval et le traître de Soissons, Guichard Bournel. Il existait donc en ce temps-là un capitaine en titre du château du Crotoy, Bouteiller, qui n’y résidait pas habituellement. Un lieutenant l’y remplaçait, qui fut le véritable geôlier de Jeanne d’Arc.

Les Prisons de Jeanne d’Arc - Le Geôlier de Jeanne d’Arc (4)

Bouteiller était bien Anglais et s’il a été qualifié de Français par certains historiens, notamment par Henri Martin, suivi par Mgr Debout, c’est qu’il y eut confusion avec Guy Bouteiller, seigneur de la Roche - Guyon, qui rendit Rouen aux Anglais en 1419. Gauthier de Beauchamp en étant alors le bailli depuis quelques mois seulement, ayant succédé à Guillaume de Houdetot qui lui -même ne fit que passer.

Du reste, pendant les trente années d’occupation, de 1419 à 1449, les baillis de la capitale normande furent choisis sans exception parmi les conquérants. On n’en compte du reste que trois pendant cette longue période, tous trois Anglais : John Kingley, de 1420 à 1421; Jean Salvain, de 1422 à 1430, lequel remplacé par Raoul Bouteiller de 1430 à 1431, réoccupe le baillage de 1431 à 1449 ( 1 ).

 

 Jean Salvain paraît être un nom français, mais ce bailli étant décédé en 1449, c’est sa veuve Aliénor de Willoughby qui figure dans les comptes de cette année comme ayant touché le montant des gages restant dûs à son mari. Le nom de la femme est bien anglais; il autorise à penser que Salvain était originaire d’outre-Manche. Au début de sa carrière, Bouteiller avait d’abord été bailli de Caux, quand la faveur du régent du Royaume, Bedford, l’attacha à sa personne, le combla de faveurs. Il fut désigné pour prendre le commandement des forces anglaises — peu de Picards y étaient — qui entreprirent en 1423 le siège de la place forte du Crotoy. Aussitôt après la reddition de la ville (1424), il en fut nommé capitaine, mais ne séjourna que rarement dans sa capitainerie. Il n’en pouvait être autrement, car presque dans le même temps il cumulait les fonctions de capitaine des châteaux de Saint-Valéry, de Gamaches, d'Arques, de la ville d’Eu et même de la Bastille Saint- Antoine, à Paris. Sources de bénéfices pour ce favori du pouvoir. N’ayant pas le don d’ubiquité, il ne peut être partout à la fois.

La vérité est qu’on ne le voit que rarement dans tous ces châteaux- forts dont il est capitaine seulement en titre. Comment en serait-il autrement ? Des déplacements continuels le conduisent en France dans la province du Maine, en Bretagne, puis en Angleterre pendant près de deux mois, une autre fois pendant 84 jours consécutifs. Il assiste à de nombreux conseils présidés par le duc de Bedfort. Est-ce que le gouvernement des châteaux-forts dont il est le capitaine titulaire souffre de ces absences répétées ? Nullement. Dans chacun d’eux un lieutenant le remplace.

Mais voici qu'au mois d'août 1430, devenu bailli de Rouen, il figure comme tel sur un rôle des amendes du baillage de cette ville, échues depuis le 26 août jusqu’au 29 septembre. Le 26 de ce même mois, il avait passé la retenue du comte de Warwick. Le document anglais précédemment cité suffit à lui seul pour attester la présence de Raoul Bouteiller au baillage de Rouen qu’il occupait depuis un mois déjà, à partir du mois de septembre 1430.

Rouen - Ruines du vieux château bâti par Philippe Auguste, Tour ou fut enfermée la Pucelle d'Orléans

Si l’on consulte le plan de la ville de Rouen de 1770, d’après l’atlas de J. B. Nolin, nous voyons qu’à cette époque le baillage de la ville de Rouen voisinait directement avec une prison. La communication avec le château de Bouvreuil était des plus facile en remontant la rue Dacqueville qui aboutissait à la rue Malan et au couvent des Filles du Saint-Sacrement.

Le baillage de la ville de Rouen dont nous venons d’indiquer les tenants et les aboutissants fut-il la demeure du bailli Raoul Bouteiller ? Il est permis de le supposer. La besogne ne fait pas défaut au bailli de la grande cité.

Membre du Conseil de la Ville, il préside à la comptabilité du baillage qui comprend les comptes du vicomte de l’Eau (2), magistrat royal indépendant des fermiers, percepteurs des revenus. Et ce ne sont là que les moindres de ses attributions; il en assumait de plus accablantes, pleines de responsabilité, exigeant un grand déploiement de zèle et d’activité. Qu’on en juge.

Les ordres d’arrestation et d’incarcération, les interrogatoires, jugements, exécutions relèvent de sa fonction; mais c'est seulement de très haut et à titre de direction qu’il s’occupe de la garde et de l’entretien des prisonniers confiés le plus souvent dans beaucoup de châteaux-forts servant de prisons, à un connétable.

A Rouen, la domination anglaise se fait de jour en jour plus violente; on y vit sous le régime de la terreur et de la corruption; les exécutions de Français se succèdent journellement sur la place du Vieux-Marché, par pendaison ou par décapitation, suivant le cas. On ne saurait concevoir que le Gouvernement anglais du roi Henri VI ait soustrait Bouteiller, ne fût-ce que pour un temps, à ses graves fonctions de bailli de la capitale normande, siège de la puissance anglaise en pays conquis. Dans quel but ? A quelles fins utiles l'eût-il envoyé au Crotoy ? Le pays picard est tranquille, aucune troupe du roi Charles VII n’y menace la formidable forteresse située au milieu des marécages presque impraticables, entourée d’eau de toutes parts à marée haute, imprenable. La famine seule peut la réduire à merci.

Au surplus, un lieutenant de Raoul Bouteiller réside au Crotoy. Il s’appelle Gauthier Cressonnier (Walther Cressoner) (3). C’est, lui aussi, un Anglais, un rude soldat, un homme de tout repos dans lequel on peut avoir confiance. Ces lieutenants, tel Gervais Cliston au château d’Arques, ne quittaient jamais leur poste. Cressonnier se trouvait au Crotoy le 31 juillet et le 2 avril 1430; il est logique d’admettre qu’il y était de sa personne à la fin de l’année; il devint du reste capitaine en titre quelques années plus tard.

Par lui, Jeanne d’Arc et les autres prisonniers détenus en la forteresse seront bien gardés; aucune crainte d’évasion. Le 20 décembre, vers 9 heures du matin, il remettra la prisonnière entre les mains du bailli de Caux, Jehan de

Montgomery, qui est venu la prendre au Crotoy pour la conduire à Rouen, sous escorte (4).

Il est inadmissible que le Gouvernement anglais qui retenait à Rouen, par ordre, le bailli de la capitale normande, eut pu songer à le rendre responsable d’une évasion, d’ailleurs impossible, de l’illustre prisonnière, à trente lieues de Rouen, en Picardie maritime. Quelle inconséquence !

C’est à son lieutenant, à celui qui détient les clefs, qu’incombe dans toute sa plénitude la responsabilité de la garde de la prisonnière au château-fort du Crotoy, à la fin de l'année 1430, et ce lieutenant Gauthier Cressonier y fut en réalité le geôlier de Jeanne d’Arc. C’est un point qui semble devoir être acquis à l’histoire, d’après les explications qui précèdent (5).

Elle était enfermée au château de Rouen, dans une chambre du premier étage. On y montait par huit marches, et il s'y trouvait un lit. Jeanne était attachée par une chaîne à une grosse pièce de bois longue de cinq ou six pieds, pourvue d'une serrure servant à fermer la chaîne.

Cinq Anglais, de la condition la plus vile, de ceux qu'on nomme « houspilleurs », la gardaient. Ces hommes souhaitaient fort la mort de Jeanne. Très souvent ils la tournaient en dérision et elle le leur reprochait.

 Un serrurier, Etienne Castille, m'a dit avoir construit pour Jeanne une cage de fer où elle était maintenue droite, attachée par le cou, les pieds et les mains, et que ce traitement dura depuis l'arrivée de Jeanne à Rouen jusqu'au commencement du procès. Mais je ne l'ai jamais vue en cet état. Quand je l'emmenais et la ramenais, elle avait toujours les pieds hors des fers.

Les Prisons de Jeanne d’Arc - Le Geôlier de Jeanne d’Arc (1)

Je sais que, sur l'ordre de la duchesse de Bedford, on visita Jeanne pour savoir si elle était vierge ou non. La visité fut faite par Anne Bavon et par une autre femme dont le nom ne me revient pas. La visite terminée, ces femmes déclarèrent que Jeanne était vierge et sans tache. Je tiens le fait d'Anne Bavon elle-même. En conséquence, la duchesse de Bedford fit défendre aux gardes et à tous autres de violenter Jeanne. (6)

 

Au matin du 30 mai, Messire Bouteiller, puissant personnage, se trouva face à face, sur la place du Vieux-Marché, avec Jeanne d’Arc escortée depuis le château de Bouvreuil par la troupe du comte de Warwick. Son rôle de bailli royal, de juge séculier exigeait cette présence, mais l’obligeait-il à faire comparaître à sa barre l’infortunée jeune fille pour une autre procédure ?

Son attitude indécise en un pareil moment a retenu l’attention de tous les historiens. Contempteur de la loi anglaise, redoutant peut-être la colère des Anglais, il apparut comme ayant hâte d’en finir. Presque tous les assistants pleuraient. Le bailli perçut peut-être cette émotion, ce mécontentement de la foule. Ne s’embarrassant guère d’une inégalité de plus, sans prononcer de sentence : « Menez, menez », dit-il; il livra Jeanne au bourreau (7).

Quelques instants à peine après ces paroles prononcée, la victime, à demi suffoquée, se tordait dans les flammes.

Les Prisons de Jeanne d’Arc - Le Geôlier de Jeanne d’Arc (2)

Présents aussi sur la place, les hommes d’armes de la garnison : cent hommes, cent paires d’yeux braqués sur la martyre. Comment n’être pas frappé que peu après la mort de Jeanne d’Arc, à une date indéterminée, mais sûrement en 1431, il résigna ses fonctions de bailli entre les mains de Jehan Salvain, son prédécesseur dans les mêmes fonctions jusqu’au mois d’août de l’année précédente.

N’aurait-il donc été pourvu du titre de bailli de Rouen que pour être présent dans la capitale normande pendant la durée du procès ? Ayant abandonné le siège du bailliage de Rouen, voisin des prisons du Roi situées rue de la Truie, Raoul Bouteiller n’attendit pas la reprise de la ville par les Français, en 1449, pour retourner en Angleterre.

Dès l’année 1443, il y devint trésorier de l’Echiquier.

L’année 1450 le trouva gouverneur de Calais et il mourut le 2 mai 1473 (8). Ralph Butler, rendons-lui son nom anglais, était marié. Sa femme, Elisabeth Norbury, une grande dame, appartenait à la haute noblesse d’Angleterre. En compagnie de son mari, elle avait fréquenté très assidûment la ville d’Amiens et s’y trouvait de sa personne le 6 décembre (9). Elle y comptait des amis et venait de Rouen pour leur rendre visite, invitée peut-être à passer près d’eux quelques semaines d’un hiver maussade. Un auteur, prenant en considération la piété de lady Butler, les sentiments de commisération et de pitié qui l’animaient en faveur des pauvres prisonniers en général, conclut à la visite au Crotoy, à Jeanne d’Arc, de la noble dame anglaise. Sans produire aucun document formel, le même auteur ajoute : « La présence à Amiens de la femme de Ralph Butler, le 6 décembre 1430, implique un séjour au Crotoy autour de cette date, séjour concordant très exactement avec la détention de la Pucelle en cette ville ».

Or, Jeanne d’Arc n’arriva au Crotoy que le 9 décembre. Lady Butler connut-elle seulement sa présence ? Il est permis d’en douter.

Les déplacements de la prisonnière, de château-fort en château- fort, n’étaient pas annoncés d’avance, livrés à tous les échos. A la traversée d’un village, les habitants ne soupçonnaient même pas sa présence au milieu de la troupe de cavaliers qui passaient. D'où lady Butler aurait-elle tenue son information ? Sa présence au Crotoy en même temps que Jeanne d’Arc n’apparaît que comme une pure fiction qui s’évanouit malheureusement aussitôt que conçue. Ah ! combien douce, aimable et séduisante, cette pensée qui nous représente la grande dame comme la protectrice de la pauvre prisonnière, à l’exemple des dames de Luxembourg au château de Beaurevoir.

Après cinq cents ans écoulés, ce n’est pas sans attendrissement que l’esprit aimerait s'arrêter sur cette pensée consolatrice que Jeanne d’Arc, prisonnière politique au Crotoy, vit les rigueurs de la captivité, adoucies par la tendre sollicitude, par la bienveillante amitié d’une femme, la dernière qu’il lui aurait été donné de connaître, du moins de fréquenter, avant la tragique matinée du 30 mai.

 Nous sommes au mois de décembre, le froid sévit dans toute sa rigueur. Quinze lieues des plus mauvais chemins qu’il soit possible d’imaginer, séparent la ville d’Amiens de la sombre forteresse du Crotoy, une des plus maussades du royaume de France. Balayée par les grands vents du large, parmi les averses de pluie ou les tourbillons de neige, elle n’offre qu’un abri des moins enchanteurs pour une femme délicate. Car un pareil voyage, accompli dans les pires conditions, exige évidemment un séjour d'une durée appréciable, quelques jours au moins. Le désir, la volonté d’offrir à la prisonnière des paroles de consolation ne sauraient se contenter d’une entrevue de quelques instants.

A la fin de l’année 1430, le bailli Ralph Butler est retenu à Rouen par les exigences de sa charge. Sa femme est à Amiens; elle ne fera pas acte de présence au Crotoy. On ne saurait donc s’étonner que le nom de lady Butler n’ait jamais été mêlé à celui de Jeanne d’Arc. Dans sa prison du Crotoy. en fait de consolation, Jeanne n’aurait-elle entendu — au comble de la surprise et de l’étonnement — que les strophes d’une ballade chantée sous les murs de la forteresse ? (10).

Les Prisons de Jeanne d'Arc. Préface de Théo Varlet / Dr Eugène Lomier

Les Prisons de Jeanne d’Arc - Le Geôlier de Jeanne d’Arc (5)

Photos - Sainte-Catherine-de-Fierbois  - 590ème anniversaire de la chevauchée de Jeanne d'Arc

Samson le Bourreau  de L'AMBROISIE GROUPE MEDIEVAL

 

 

 

 

 ==> Jeanne d’Arc, du Procès de réhabilitation en 1456 au centenaire de sa canonisation

 ==> Jeanne D'Arc, Livre VII - ROUEN - L'instruction II - Les interrogatoires de la prison


 

(1) Paul Jubert. — Liste chronologique des baillis de Rouen. — Congrès historique de Rouen, mai 1931.

(2) Robert Boismare. — Le Vicomté de l’Eau-de- Rouen au XI e siècle. — Congrès historique de Rouen, mai 1931.

(3) Walther Cressoner, esquire. — Lettre du 9 avril 1929, de C. Flower, secrétaire du Public Record Office.

(4) Jean de Montgomery était déjà bailli de Caux le 26 février 1430. A cette date, une ordonnance du roi Henri VI le qualifiait ainsi, attestait que des émoluments lui étaient dus pour un certain nombre de gens d’armes et de traits : « 2 lances à cheval non compris la personne du dit chevalier et 24 archers pour entourer sa personne et pour l’exercice de son office de bailli ».

(5) Le nom de Walther Cressoner, inconnu en France jusqu’alors, figure pour la première fois, p. 23 de l’ouvrage du même auteur : « Les dernières étapes de Jeanne d’Arc : Le Crotoy, Saint-Valéry, Rouen ».

 (6) Procès de réhabilitation - Déposition de Jean Tiphaine, chanoine, docteur en médecine. Vieux Château bâti par Philippe Auguste, vu du côté de la campagne. D'après une miniature qui orne un manuscrit conservé à la Mairie de Rouen.

(7) Paul Le Cacheux, cité. Introduction, p. X.I.J.

(8) British Muséum. Bell, conservateur des Manuscrits. Lettre du 31 janvier 1930.

(9) Archives municipales d’Amiens.

(10) Seymour de Constant. Le Barde Morinien. Chroniques et Ballades du Nord de la France. Paris, 1843, in- quarto.