PHystorique- Les Portes du Temps

19 août 2019

La mémoire des temps passés - Histoire des châteaux de la cité médiévale de Chauvigny.

La mémoire des temps passés - Histoire des châteaux de la cité médiévale de Chauvigny (1)

La petite ville de Chauvigny et ses environs offrent à l'antiquaire laborieux une mine féconde et inépuisable de monuments précieux et de souvenirs historiques les plus intéressants. Sur ce coin de terre privilégié et malheureusement trop peu exploré des archéologues, se sont accomplis les événements des principales périodes de notre histoire.

Les fondations du vieux donjon attribuées à Caninius, lieutenant de César, rappellent la république romaine. La route stratégique de Poitiers à Bourges, tracée par Antonin le Pieux et restaurée par Aurélien, fait revivre l'âge d'or de la famille des Antonins.

La vallée des Goths nous fait assister au duel suprême d'une puissance qui s'écroule contre un empire qui s'élève, du schisme vaincu contre l'orthodoxie triomphante. Le temple des Chevaliers, dont la grande maîtrise était à Poitiers, et la Maladrerie, sur la rive gauche de la Vienne, fondés l'un et l'autre par André de Chauvigny, parent et  compagnon d'armes de Richard Cœur-de-Lion, roi d'Angleterre, réveillent les souvenirs des croisades.

La belle colonne du château épiscopal: où les évêques out laissé leur blason : la crosse et la croix, nous transporte à l'époque ecclésiastique, et les vieilles ruines des citadelles représentent la lutte séculaire contre l'Angleterre et les guerres religieuses , pendant lesquelles le maréchal de Saint-André, après avoir fait pendre le maire de la ville de Poitiers , vint bombarder les forteresses de Chauvigny et faire attacher au gibet quatorze des principaux chefs de la religion réformée .

(vue 360 des rapaces des géants du ciel de Chauvigny)

 

Le touriste qui, des bords de la Gartempe, s'approche des rives de la Vienne, en suivant presque parallèlement la voie romaine, s'arrête, frappé d'admiration, en descendant la côte, où s'offre à ses regards le panorama le plus varié de la contrée.

 Sur cette terre qu'il presse de ses pas, Anglais et Français,  catholiques et huguenots ont tour à tour braqué l'artillerie qui a foudroyé et démantelé les vieilles citadelles dont il reste des débris si nobles et si majestueux.

Le nom de Grondine, que porte encore le coteau, a laissé dans la mémoire des anciens du pays de lugubres souvenirs. Il rappelle les tristes épisodes de nos guerres religieuses et de la lutte centenaire contre les Anglais. La colline dont la pente est couverte de verts feuillages et celle où gisent les ruines des châteaux du vieux Chauvigny environnent un vallon délicieux que le Talbat sillonne de ses capricieux méandres. Après avoir formé, au pied du château épiscopal, un vaste bassin où l'édifice tout entier semble se mirer avec complaisance dans ses eaux transparentes , le ruisseau traverse la ville moderne par divers canaux et court mêler ses ondes cristallines aux ilots argentés de la Vienne qui , dans le lointain, au bout de l'horizon, couronne ce charmant paysage.

Quels souvenirs réveillent ces vieux monuments ! Quelles réflexions profondes ils inspireront à l'historien philosophe qui évoquera la mémoire des temps passés! Sur le sommet de la mansion romaine ont brillé les aigles impériales, aux créneaux des antiques forteresses ont été suspendus les étendards des Visigoths et des Francs; sur les citadelles du moyen âge ont flotté tour à tour la bannière des sires de Chauvigny,  lis des rois de France les léopards de l'Angleterre et la croix avec la crosse pastorale des évêques. Malgré les injures du temps et les outrages des hommes, ces ruines conservent encore l'empreinte et le caractère des âges auxquels elles appartiennent.

La mémoire des temps passés - Histoire des châteaux de la cité médiévale de Chauvigny (3)

Esquisse de la cour des seigneurs.

Ces lieux aujourd'hui solitaires, où l'orfraie pendant la nuit et l'oiseau de proie pendant le jour font entendre leurs cris lugubres, ne respiraient que la joie, la vie et le mouvement aux époques féodales et ecclésiastiques.

Ces seigneurs de Chauvigny, parents par alliance des rois d'Angleterre, et ces chevaliers qui avaient rapporté des croisades la belle devise : «  Chauvigny, chevaliers pleuvent, » et les châtelaines, et les damoiselles de leur cour qu’animait la gaie science des ménestrels et des trouvères (Les Derniers Trouvères d'Aliénor (Chevalier Vert du Roi arthur) remplissaient  d'animation les salles et les plates-formes des châteaux. Souvent de brillants cavaliers, montés sur de fougueux destriers,  des dames aux riches atours, dont les blanches haquenées étaient conduites par de jeunes pages, gravissaient les rampes de la colline.

Au son bruyant du cor, le pont-levis s'abaissait pour leur laisser un libre passage, et le châtelain et sa noble compagne d'aller au- devant des voyageurs pour leur faire un accueil plein de grâce et de courtoisie.

Puis c'étaient de gais festins, de joyeux propos;  les coupes circulaient sur les tables splendidement servies, et, les douces vapeurs d'un vin généreux échauffant l'imagination, on racontait les exploits des guerriers, les scènes de valeur et les hauts faits des chevaliers.

La mémoire des temps passés - Histoire des châteaux de la cité médiévale de Chauvigny (12)

Le lendemain,  la troupe joyeuse allait courre le cerf dans la forêt voisine. Le son strident des cors, les clameurs multipliées des limiers, la voix retentissante des piqueurs, les hennissements prolongés et les pas précipités des coursiers que répétaient les échos d'alentour, remplissaient les airs d'une sauvage et bruyante harmonie.

La mémoire des temps passés - Histoire des châteaux de la cité médiévale de Chauvigny

Et de l’arrivée des évêques.

Mais voici venir Monseigneur de Poitiers, le successeur des sires de Chauvigny, le haut et puissant baron de la contrée. Il visite ses bien-aimés vassaux. Les cloches émues frappent les airs de leurs voix argentines et sonores. Et  le capitaine-chanoine avec ses hommes d'armes, et les templiers, ces moines-soldats dont le temple était assis sur le penchant occidental de la colline ( 1 ), et le chapitre collégial de Saint-Pierre, et les monastères des deux villes, et les pasteurs des églises voisines, en tête de leur troupeau fidèle rangé en ordre sous la bannière du saint de la paroisse, se rendent processionnellement à l'entrée du vieux pont de la Vienne. La foule, profondément recueillie et pieusement agenouillée, reçoit La bénédiction sainte du prélat, puis, se mettant en marche sur deux longues colonnes, elle l'accompagne, en chantant l'hosanna, jusqu'à la plate-forme du château épiscopal.

 

Donjon.

Sur le point le plus élevé de la colline se dresse cette tour imposante qui, dans le moyen Age, a reçu le nom de donjon. L'origine de ce vieux monument remonte aux temps reculés de l'occupation romaine. Sans attribuer, comme l'ont fait quelques savants archéologues, cette construction à Caninius, lieutenant de César chez les Pictons, on peut, avec assez de vraisemblance, lui assigner une origine un peu plus récente. Appuyé sur les monuments et les inscriptions historiques, restés longtemps sur les bords de la Vienne et transportés au musée de la ville de Poitiers, on peut croire avec raison que cette forteresse a été bâtie sous les Antonins, dont le règne fut appela l'âge d'or de l'empire, à la même époque où fut tracée la route stratégique de Bordeaux à Autun (2).

 

Voie romaine.

Cette voie romaine traversait la Vienne, un peu en aval de la petite église qui élève si gracieusement et si coquettement sa flèche d'ardoises dans le riant bassin qu'embellissaient d'élégantes villas gallo romaines. L'agriculture, honorée chez le peuple vainqueur et législateur de l'univers, avait parsemé le vallon de vergers délicieux où croissaient et se multipliaient les arbres fruitiers de toutes espèces apportés en ces lieux des diverses contrées de l'empire romain. Les fondements des anciennes villas et les briques romaines qu'on trouve chaque jour, en fouillant le sol, indiquent qu’une population riche et nombreuse s'était agglomérée dans ce petit coin de terre que la nature semble avoir favorisé de ses dons les plus précieux. Un terrain fertile, des eaux abondantes, une température presque méridionale, entretenue par les collines qui s'élèvent en amphithéâtre, au couchant, au nord et à l'orient du vallon, un aqueduc découvert récemment, lorsqu'on a réparé la route Chauvigny à Lussac-les-Châteaux, conduisant au pied du Corsain (Corptu sanum), dans un établissement de bains publics, de là au lit du torrent de la vallée des Goths , les eaux pures limpides du Talbat, au moyen d'un appareil hydraulique placé probablement à la source même de la fontaine, semblent indiquer que ces lieux privilégiés ont dû fixer la demeure d'un grand  nombre de familles patriciennes de l'empire.

 

En sortant de ce bassin, la voie romaine entre dans la vallée des Goths, ainsi nommée parce que, d'après les légendes locales et les récits des vieilles chroniques, un grand nombre de Visigoths, échappés au massacre du vallon Vauclades (Vallis Clades), y furent tués par les Francs, au moment où ils couraient se réfugier dans la forteresse qui leur appartenait (3). (==> Campo Vogladise 507 : Clovis, Alaric, la Bataille de Vouillé – la vallée aux morts (Voyage virtuel dans le temps))

La mémoire des temps passés - Histoire des châteaux de la cité médiévale de Chauvigny

Pour protéger la voie romaine, surtout au passage d'un gué assez difficile à traverser, un fort était indispensable. L'angle de la colline, environné presque de tous côtés par la Vienne et les marais formés alors par le Talbat, dut présenter les conditions les plus favorables à la construction d'une forteresse pour recevoir une garnison romaine et maintenir le pays dans l'obéissance. Elle servait de mansion et de station aux troupes impériales qui suivaient la route stratégique qu'on venait de créer.

 (châteaux Vue en 360° du pont du Vélo rail de la Vienne )

Lorsque la vigie, du haut de la tour, avait donné le signal de quelque mouvement des peuples vaincus mais indomptés se manifestant dans les campagnes voisines, ou du passage d'une légion suivant la voie romaine, le son éclatant du clairon réveillait aussitôt les échos endormis des vallons et des forêts environnantes. La garnison du fort courait aux armes, les enseignes se déployaient, et autour de l'aigle romaine se groupaient les vétérans couverts d'armes qui reflétaient les rayons étincelants du soleil. Le centurion s'avançait au-devant du consul, la légion était introduite dans le fort ; elle y séjournait le temps nécessaire  pour réparer les forces épuisées par une marche longue et rapide, et reprenait, le lendemain, la course un instant abandonnée.

La mémoire des temps passés - Histoire des châteaux de la cité médiévale de Chauvigny (9)

Le château principal passe aux  évêques.

Au pied du donjon, sur la pente méridionale de la colline, s'élèvent les murs du château principal, dont la construction remonte à l'établissement des Visigoths ou des Francs. Jusqu'au milieu du XIe siècle, l'histoire est muette sur les châteaux de Chauvigny.

A celle époque, cette citadelle passe aux évêques de Poitiers. Est-ce en qualité d'évêques, ou comme héritiers des sires de Chauvigny? On l'ignore; l'histoire ne s'explique point à cet égard. Dans ces temps de confusion et d'anarchie, de barbarie et d'ignorance, les lettres et les sciences sont méprisées ; les restes de la civilisation romaine disparaissent; les franchises, la liberté, la propriété de l'homme du peuple sont anéanties; la justice est foulée aux pieds; le droit du plus fort est la suprême loi; la puissance royale est méconnue ; la féodalité envahit tout: l'Eglise elle-même ne peut se soustraire à ses empiètements. Les évêques deviennent de grands seigneurs et les barons obtiennent les premiers rangs dans la hiérarchie ecclésiastique. Tout châtelain est indépendant et tient sa petite cour à l'instar des rois. Les seigneurs fortifient et crénellent leurs manoirs, d'où ils s'élancent pour fondre à l'improviste sur les voyageurs qu'ils détroussent, et sur les terres de leurs voisins, où ils portent le fer et la flamme.

La guerre est continuelle de château à château. Les hommes d'armes, depuis le haut buron jusqu'à l'humble varlet, sont couverts de fer et les chevaux de bataille bardés de lames d'acier. Ce n'est qu'embuscades, surprises, combats. Peu de gentilshommes parviennent à la vieillesse; presque tous périssent de mort violente ; la plupart des familles s'éteignent.

Au milieu de ce désordre général, le château de Chauvigny passe aux évêques de Poitiers dans la personne d'Isembert 1er, probablement en qualité d'héritier de la famille des Chauvigny, dont il pouvait être membre. Celle opinion parait très-vraisemblable, car, selon l'historien des princes de Déols et de Châteauroux, villes transmises aux sires de Chauvigny par le mariage d'André, le preux des preux, avec Denise, cousine de Richard Cœur-de-Lion, roi d'Angleterre, tous les enfants, dans la famille des Chauvigny, obtenaient un apanage, et cette coutume s'observait si exactement, que les pères mêmes ne pouvaient, par aucune disposition porter atteinte à cette prérogative (4}

 

Agrandissement du domaine des évêques.

Dès lors, Isembert et les évêques ses successeurs travaillent incessamment à augmenter leur puissance temporelle. A la mort d'André le Sourd et de son fils, la veille et le jour de la funeste bataille de Maupertuis, et lors de l’extinction de la branche aînée qui habitait Châteauroux, en 1502, ils deviennent par des successions, des donations, des ventes et des échanges, les seuls et uniques possesseurs des châteaux. Ils ont à Chauvigny des notaires épiscopaux et gouvernent la contrée sous le nom de barons et de hauts justiciers, jusqu'à la grande révolution qui, de son niveau égalitaire, frappe impitoyablement et les droits seigneuriaux et les privilèges ecclésiastiques (5).

Fondation de Notre-Dame.

Mais, depuis l'époque où Isembert remplace les hauts et puissants barons de Chauvigny , et s'applique à embellir et à agrandir son nouvel héritage en jetant les fondements de l'église du Saint-Sépulcre, plus tard Saint-Just, aujourd'hui Notre-Dame, et en bâtissant la partie de la ville basse comprise entre les deux cours d'eau qui, en se séparant au pied de son château, formaient alors un delta, au moyen d'un canal creusé entre le pré Lévêque et l'ancienne place de Saint-Léger, des seigneurs de la même famille, sous le nom de sires, de chevaliers, de bannerets, d'écuyers et de varlets, possèdent les autres châteaux et s'allient aux maisons de Châteauroux, de Montmorillon, de Lussac-les-Châteaux, de Châtellerault, de Morthemer et de Lusignan, jusqu'en 1502, époque à laquelle finit la ligne masculine de l'illustre maison des Chauvigny, qui, pendant des générations, posséda la principauté du bas Berry .

Nous passerons sous silence une foule de noms obscurs, pour ne nous occuper que de ceux dont les actes intéressent l'histoire. ......   

 La mémoire des temps passés - Histoire des châteaux de la cité médiévale de Chauvigny (6)

 

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(1) Dans la grange de la métairie des Puits, on voit encore les restes de l'habitation des Templiers.

(2) Voir dans les Bulletins de la Société des antiquaires de l'0uest, 1er trimestre 1863, 1er trimestre 1864, l'Étude de la voie romaine, par l'auteur de I' Histoire des châteaux de Chauvigny.

(3) Comme cette opinion trouve d'habiles et savants contradicteurs, il me parait utile de la fortifier par quelques observations.

 

1°- Les historiens ont appelé Vauclades (Vallis Clades), Désastre du vallon, et les habitants des bords de la Vienne ont nommé Civaux (Cœdis Vallis), vallée du Carnage, le lieu où fut livré la sanglante bataille entre Alaric et Clovis, comme plus tard on a donné le nom de Maupertuis, Mauvais Pas, au terrain accidenté, couvert de vignes et de haies, où Jean Il fut vaincu par Je Prince Noir.

Nous ne citerons les étymologies puériles: «  Hic valuit… ici l'emporta Clovis sur Alaric; ci vaut autant qu'ailleurs, » que pour montrer que de tout temps on a été persuadé, dans la contrée, que Civaux avait été le champ de bataille entre les Francs et les Visigoths.

 

2° Les nombreuses pièces de monnaies et les anneaux de chevaliers  trouvés en fouillant les champs des bords de la Vienne attestent que de grands événements se sont passés dans cette contrée.

 

3°- Le nom de vallée des Goths, que porte encore aujourd'hui le vallon que traverse la voie romaine, auprès de St-Pierre-les-Eglises, est un témoignage du passage des Visigoths dans ces lieux.

 

4°- Les légendes du pays attribuent la multitude des tombeaux de Civaux et un miracle que fit le Dieu des catholiques pour exterminer les Ariens, et les paysans des bords de la Vienne distinguent, avec une foi très-robuste, dans le rocher de la Font-Chrétien, l'empreinte de fer du cheval de Clovis, comme les montagnards des Pyrénées montrent, dans un roc de la vallée de Roncevaux, la brèche que fit la Durandal de Roland, ce héros de l'immortel poème de l'Arioste et des fables de l'archevêque Turpin.

Ces histoires ne sont pas renouvelées des Grecs, mais elles ont un grand air de famille avec la pluie de pierres que Josué fit tomber du ciel pour écraser les ennemis des enfants d'Israël, et le rocher d'Oreb, d'où la baguette de Moïse fit jaillir une source abondante.

5°- La plupart des historiens, le père Routh, Siauve, Bouchet, Bourgeois, Robert du Dorat, etc., ont écrit que cette bataille a été livrée sur les bords de la Vienne. Un coup d'œil sur la carte géographique suffira pour montrer qu'Alaric, fuyant devant l'armée franque, et allant au-devant de son beau-père, Théodoric, roi d'Italie, qui accourait à son secours, n'avait pas d'autre route à suivre que celle qui conduisait au gué de Civaux, à quelques kilomètres en aval de Lussac-Ies-Châteaux

6°- Enfin, dans un titre que possédaient les chanoines du Dorat, pour prouver que leur église avait été fondée par Clovis pour remercier Dieu de la victoire qu'il avait remportée sur Alaric, il est dit:

Cùm ad quemdam Iocum, super ripam Vigennae, à decimo milliare, ceu circiter, à Pictavis civitate distantem perveniret cum militum bellatorumque suorum exercit  valido, alaricum ipsum diabolic â fraude deceptum vicit, superavit et funditus exterminavit (Robert du Dorat).

Traduction littérale : Clovis étant arrivé, avec sa vaillante armé de soldats et de guerriers, sur le bord de la Vienne, éloignés de dix milles ou environ de Poitiers, vainquit, terrassa, extermina entièrement Alaric lui -même, qu'avaient trompé les artifices du démon.

Je n'ignore pas qu'en a mis en doute l'authenticité de cette pièce, mais son existence plus ou moins apocryphe prouve du moins quelle était l'opinion publique à l'époque où elle a été composée.

(4} Thomas de la Thaumassière, Dictionnaire des Familles du Poitou.

(5) lsembert Ier légua d'abord par une charte au couvent de Saint¬Cyprien de Poitiers, et ensuite à l'église du Saint-Sépulcre de Chauvigny, plus tard Saint-Just, aujourd'hui Notre-Dame, la plus grande partie de son domaine d'Alié, avec la chapelle qui en dépendait, ainsi que le Breuil et plusieurs vignes dans sa seigneurie de Chauvigny.

« Ego in Dei nimoine trado ecclesiam quae vocatur Aliacus, cum omnibus appenditis suis, vineis, terries arabilibus, sylvis, pascuis, dominibus, curtiferis et caeteris rebus. » Dom Fonteneau, vol.6, p.551. Et dans une autre chartre : «  Brolium et vineas de Caseamento meo. » dom Fonteneau, vol.9, p.667.

C’est  pour cette raison qu'Alié, quoique éloigné de cinq kilomètres de l'église de Notre-Dame, et entouré de tous côtés par la commune et la paroisse de Saint-Pierre-les Eglises, fait encore partie de la paroisse de Notre Dame. Le Breuil, à quatre kilomètres de Chauvigny et au- delà de la Vienne, a continué d'appartenir à la commune de Chauvigny et à la paroisse de Notre-Dame :

Une tradition populaire explique de la manière suivante la réunion du village d'Alié à la paroisse de Notre Dame :

Une maladie épidémique et contagieuse sévissait cruellement au village d'Alié. Le curé de la paroisse de Saint-Pierre-Ies-Eglises fut  vainement appelé auprès des mourants. La crainte de la mort l'empêcha de remplir les devoirs sacrés de son ministère. Un moine du prieuré de Saint-Just ne fit pas difficulté d'exposer sa vie pour porter à des chrétiens mourants les  secours et la consolation de la religion.

L'évêque de Poitiers, pour récompenser le courage du moine et punir la lâcheté du curé, annexa à l'église de Saint-Just le village et la chapelle d'Alié, qui appartenaient auparavant à la paroisse dans laquelle ils sont enclavés.

Il est vraisemblable que cette fable, dont la moralité ne peut être contestée, a été imaginée, dans les loisirs du cloitre, par un moine qui a aura pris plaisir à glorifier le courage et le dévouement de son monastère aux dépens du curé de Saint Pierre-les-Eglises.

 

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16 août 2019

Curçay sur Dive, ses églises, son donjon, le pont de la reine Blanche de Castille et Saint Louis.

Curçay sur Dive, ses églises, son donjon, le pont de la reine Blanche de Castille et Saint Louis

Le donjon, consolidé au XVe siècle, faisait partie d'une forteresse du XIIe dont il ne reste que des ruines.

Le seigneur de Curçay, qui devait tomber en héros à Poitiers, aux pieds de Jean-le-Bon, avec la fleur de la chevalerie poitevine, fit édifier son château « afin  que sa tour et sa forteresse puissent tenir la frontière du pays loudunais à l'encontre des Anglais. » (1)

Curçay sur Dive, ses églises, son donjon, le pont de la reine Blanche de Castille et Saint Louis (1)

Le donjon, consolidé au XVe siècle, faisait partie d'une forteresse du XIIe dont il ne reste que des ruines.

Le seigneur de Curçay, qui devait tomber en héros à Poitiers, aux pieds de Jean-le-Bon, avec la fleur de la chevalerie poitevine, fit édifier son château « afin  que sa tour et sa forteresse puissent tenir la frontière du pays loudunais à l'encontre des Anglais. » (1)

CURÇAY, bâti sur un coteau qui domine la Dive, est un gros bourg qui a été pendant quelques années chef-lieu de canton. De tout temps il a été fort considérable; dès la période gallo-romaine, de riches villas existaient sur le bord de la Dive qui, en cet endroit, était traversée par la voie de Poitiers à Doué; plus tard, à l'époque mérovingienne, des monétaires venaient frapper à Curçay des triens où on lit en légende Curciaco vico, affirmant ainsi l'importance de cette localité.

C'est vraisemblablement vers cette époque que les habitants de ce bourg, menacés perpétuellement par les guerres, quittèrent leurs habitations construites dans le fond de la vallée pour venir s'établir au sommet du coteau.

Dans une donation faite en 844 par Charles le Chauve aux moines de Saint-Philibert, on trouve mentionné Cruciacus, nommé ailleurs Criciacum, Cnlsacum et Curciacum; c'est fort probablement notre Curçay, bien que des documents postérieurs ne mettent pas ce bourg parmi les nombreuses possessions poitevines de ces moines; le chapitre de Saint-Martin de Tours y avait aussi quelques biens qui, usurpés par Savary, vicomte de Thouars, ne lui furent remis que vers 926.

Plusieurs familles qui ont porté ce nom de Curçay ont habité le Poitou; l'une, très puissante, existait en Chatelleraudais; une seconde avait tiré son nom de Curzay, canton de Lusignan; une troisième enfin, éteinte depuis le XIVe siècle, a pour origine notre Curçay; à cette dernière appartenait Geoffroy de Curçay, dont l'existence est constatée à la fin du XIe siècle; mais nous ne saurions dire quels liens de parenté le rattachaient à Girauld de Curçay (1114); Longus de Curçay (1126), Renault de Curçay (1140), Guillaume de Curçay (1194), qui tous sont des personnages loudunais.

Huet de Curçay, seigneur de Curçay, fit construire dans ce lieu, vers 1350, une tour et forteresse pour tenir la frontière du pais de Loudunois, auquel le dict chastel est assis, à l'encontre des Anglois; pour mener à bien cette construction, Huet dut emprunter une certaine somme à Charles d'Artois, seigneur de Bançay. Sa fille Jeanne, dernière du nom, épousa Aymar Odart, seigneur de Verriers, et lui apporta Curçay qui resta dans cette famille pendant deux siècles. (Archives de la famille Odart.)

 

Curçay sur Dive, ses églises, son donjon, le pont de la reine Blanche de Castille et Saint Louis (10)

Le 3 janvier 1438 Guillaume Odart rendit aveu pour Curçay au duc d'Anjou, seigneur de Loudun; il tenait de lui son hostel, tour et forteresse de Cursay, son hôtel de la Gloriette, sa chapelle, les droits sur les bouchers, verriers, marchands de vins, le péage du pont de la Charrière, le banc à vendre vin pendant quarante jours, la prévôté avec le droit de tenir les plaids tous les quinze jours et les assises une fois l'an, les droits de haute, moyenne et basse justice, la présentation de l'aumônerie.

Au mois de septembre 1480, le roi Louis XI étant au Plessis-les-Tours autorisa par des lettres patentes l'incorporation, à la terre de Curçay, des seigneuries de Maulevrier et du moulin de Selles acquises par Jacques Odart, seigneur de ce lieu, et lui confirma l'abandon d'une rente créée au profit de Charles d'Artois par Huet de Cursay, en son vivant seigneur du chastel et chastellenie de Cursay, lequel avoit tenu la ditte frontière contre les dits Anglois, nos anciens ennemys, pour la tincion du dit royauhne oh il avoit faict plusieurs frais et despens en bon et loïal subject et vassal de feu nostre dict seigneur et père et de la couronne et avoit resisté aux dicts Anglois.

Par des alliances successives, Curçay passa dans les familles Petit de la Vauguyon et du Breuil; Jacques du Breuil, baron de Curçay, vendit cette terre à Jeanne de Cossé, veuve en premières noces de Gilbert Gouffier, duc de Rouanois, et en secondes noces d'Antoine de Silly, comte de la Rochepot, qui possédait déjà les seigneuries d'Oyron et de Moncontour.

Le petit-fils de Jeanne de Cossé, Artus Gouffier, ayant embrassé l'état ecclésiastique, abandonna ses biens à son beau-frère François d'Aubusson, duc de la Feuillade, général des armées de terre et de mer, maréchal de France, vice-roi de Sicile. Accablé de dettes, son fils, Louis d'Aubusson, duc de la Feuillade, vendit le 15 avril 1700 les baronnies de Curçay et Moncontour et plusieurs autres seigneuries à Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin, marquis d'Antin, menin de Mgr le Dauphin, lieutenant général de la haute et basse Alsace, maréchal des camps et armées du roi, moyennant 315,600 livres.

 Curçay, dit un mémoire dressé par ordre du duc, « estoit autrefois un chasteau asse, fort par sa situation et par de grosses tours où se retiroient les habitants pendant les guerres civiles....; la grosse tour est en partie détruite ; le territoire contient 1,700 arpents ».

Le 27 juin 1739, la veuve du duc d'Antin et son fils, François de Pardaillan, vendirent les mêmes seigneuries, acquises du duc de la Feuillade, à Gabriel-Louis de Neufville de Villeroy, duc de Villeroy et de Retz, moyennant 5oo,ooo livres; enfin le petit-fils du précédent, Louis-Gabriel de Villeroy, céda la baronnie de Curçay, ensemble les seigneuries de Glenouze, la Roche-Rabasté, le Vivier et Coutances, annexées à ladite baronnie, par acte de Brouard, notaire au Châtelet, du 15 avril 1772, à René-Nicolas-Charles-Augustin de Meaupou, chancelier de France ; la même année des lettres patentes de Louis XV incorporèrent la baronnie de Curçay au marquisat de la Motte Chandeniers appartenant aussi au fameux chancelier, et la mouvance de ces deux seigneuries fut transférée du chàteau de Loudun à la grosse Tour du Louvre.

Saisies par la Révolution, les ruines de Curçay ont été depuis possédées par plusieurs propriétaires; enfin en 1877 elles ont été acquises par M. Odart, comte de Rilly d'Oysonville, descendant des Odart de Curçay, qui a fait restaurer la tour actuelle.

 

Nous ne croyons pas qu'il faille voir dans cette tour l'ancien donjon. Ni par ses dispositions, ni par son importance, elle ne mérite ce nom. A chaque étage existe une seule pièce avec guette privez. La partie supérieure était probablement terminée d'une tout autre façon que celle inventée par l'architecte restaurateur.

A quelques pas du château de Curçay se trouvait la seigneurie de Maulevrier qui au XVIe siècle « estoit une grosse tour fort ancienne qui autrefois servait de frontières pour repousser les courses des Anglois, dedans laquelle et clôture d'icelle y avoit un corps de logis enffermé de fosséz et un portail qui s'appelle Maulevrier et sert d’entrée au chasteau de Curçay ».

Cette tour possédée en 1319 par Guillaume de Maulevrier, en 1447 par François de Montberon, fut vendue le 3 janvier 1476 par Guillaume de Clermont à son oncle Jacques Odart; elle relevait de Berrie à foi et hommage; aussi en 1599 Jacques du Breuil, baron de Curçay, ayant refusé de rendre aveu au seigneur de Berrie, les juges de Loudun, devant qui la contestation fut portée, déclarèrent, en mai 1602, que la seigneurie de Maulevrier était acquise au seigneur de fief, conformément au titre de la coutume des desadveux.

Curçay sur Dive, ses églises, son donjon, le pont de la reine Blanche de Castille et Saint Louis (2)

La baronnie de Curçay le Pauvre comprenait trois paroisses réunies en une seule en 1678; un sénéchal et un procureur de cour y exerçaient la juridiction.

Il y avait autrefois à Curçay deux églises et une aumônerie. L'église Saint-Gervais, qui n'était séparée de l'église Saint-Pierre que par les cimetières, a été détruite en 1754; sa paroisse comprenait seulement 21 feux, tandis que 119 relevaient de Saint-Pierre. Curçay est encore desservi par deux églises : l'une, qui se trouve au milieu du bourg, est dédiée à Sainte-Catherine ; c'était autrefois la chapelle du château; l'autre, la vieille église Saint-Pierre, est presque abandonnée. Elle s'élève isolée au milieu des champs qui renferment les ruines gallo-romaines dont nous avons déjà parlé.

Qu'il nous soit permis, au sujet de l'église Saint-Pierre, de citer l'anecdote suivante : Mgr Pie avait mis cette église en interdit, afin d'obliger les paroissiens à aller exclusivement à l'ancienne chapelle du château, transformée en église. Les paysans ne voulurent pas accepter cette modification à leurs habitudes. Une femme se procura la clef de Saint-Pierre et se mit à dire la messe. Au bout de quelque temps le schisme cessa. Le curé demandait un jour à des paysans comment cette femme s'y prenait pour officier : « Elle faisait tout comme vous, monsieur le curé, sauf qu'elle ne buvait point. »

Le clocher de cette église est fortement inspiré des traditions romaines. Devant l'entrée était un cimetière. On y a trouvé beaucoup de tombes entières, dont plusieurs encore visibles à l'heure actuelle. A droite du dessin ci-contre, auprès du vélocipédiste, on voit une ancienne cuve tombale retournée. On y pose les corps pour les enterrements.

Curçay sur Dive, ses églises, son donjon, le pont de la reine Blanche de Castille et Saint Louis (3)

A droite du porche, une statue d'évêque ; à gauche, une scène composée de trois personnes. L'abside est voûtée en cul-de-four.

Dans la nef, des traces de colonnes sembleraient indiquer que l'église a été voûtée en plein cintre. Nous pensons pourtant que, lors de la construction, elle était couverte par un plafond apparent.

L'aumônerie ou Hôtel-Dieu de Curçay, qui était à la présentation des seigneurs de ce lieu, existait dès l'an 1456; les charges de l'aumônier étaient « de retirer et coucher les pauvres passans et les administrer en leur nécessité pour leur vie » ; la maison de l'aumônerie joignait à la rue tendant du « carrefour de la chapelle de Cursay au carrefour de la terre dudit Cursay » ; elle fut ruinée pendant les guerres de religion.

Curçay sur Dive, ses églises, son donjon, le pont de la reine Blanche de Castille et Saint Louis (7)

Au pied de Curçay et sur les bords de la Dive se trouve l'ancien fief de la Charriére; c'est là qu'en février 1228 saint Louis et la reine Blanche tinrent un parlement pendant environ vingt jours (2).

Lourdine, où on voit encore quelques ruines d'une ancienne maison forte, relevait de Loudun à foi et hommage, au devoir d'une maille d'or; les possesseurs de cette haute justice ont été : les Dercé (1440- 1470), les Martel (1470-1518), Denuseau, le Berger, les Jolly (1617-1754), les Dumoustier. Le fief de Limon, qui se trouve de l'autre côté de la Dive, était aussi compris dans la paroisse de Curçay ; il fut possédé pendant de longues années par la famille de Laspais.

 

(1)   Curçay, son château, ses seigneurs, Poitiers, Oudin 1893.

(2)   Il y a aux environs de Curçay un chemin qui porte le nom de chemin de la Reine Blanche. Le pont de la reine Blanche a été ainsi baptisé en hommage au passage de Blanche de Castille - reine de France - et de son fils, le futur Saint-Louis, alors âgé de 12 ans.

Pont de la Reine Blanche sur la Dive, d'origine gallo-romaine, L'ouvrage est constitué de deux arches en rognons de silex que l'on peut encore emprunter de nos jours pour enjamber la Dive. Près du pont, le canal de la Dive, terminé au XIXe siècle, permettait aux péniches tirées par des chevaux de transporter jusqu’à la Loire, via le Thouet, diverses marchandises.

Le pont est inscrit aux monuments historiques depuis 1980.

 

 

 

La carrière politique de Blanche de Castille :

Son époux le roi Louis VIII venait de mourir, son fils appelé à lui succéder avait douze ans et la régence était déposée par Louis VIII aux mains d'une femme. Les grands du royaume, très insoumis de leur nature, complotèrent de se soustraire à l'autorité royale. Sous prétexte de ne devoir pas reconnaître le pouvoir d'une étrangère, ils se coalisèrent, et commirent même la faute d'invoquer le secours de l'étranger, de l'Anglais. Un de ces seigneurs, le plus' puissant de tous par ses possessions, son habileté militaire, Pierre de Mauclerc (le mauvais clerc), duc de Bretagne, aidé des grandes maisons poitevines, le premier s'agita. Blanche ne s'effraya point de ces difficultés ; douée d'une forte organisation, d'une merveilleuse puissance, ayant la soif et le génie du pouvoir, possédant la force, le courage, la persévérance, toutes les vertus viriles sans rien perdre de l'adresse ni des grâces insinuantes de son sexe, elle résolut de tenir tête à l'orage, de prendre même l'offensive contre Mauclerc, et convoqua le ban royal dans cette intention, au printemps de 1228.

 

Paysages et monuments du Poitou / photographiés par Jules Robuchon

 

 

==> Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania <==

15 août 2019

Du 9 au 14 septembre 2019 à l’Historial de la Vendée RENCONTRE INTERNATIONALE LES MÉGALITHES DANS LE MONDE

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La RIMM organisée du 9 au 14 septembre prochains réunira une cinquantaine de chercheurs du monde entier qui pour la première fois vont partager et échanger leurs connaissances et les résultats de leurs recherches sur le phénomène mégalithique.
La journée du dimanche 15 septembre clôturera ces rencontres à destination du grand public avec l'organisation d'une grande journée d'animations.

 

L’objet de ces rencontres sur les mégalithes dans le monde est de faire le point sur l’état des connaissances en confrontant, pour la première fois, les points de vue d’acteurs de la recherche archéologique originaires de chacun des continents concernés. Au cours des vingt dernières années, la recherche dans ce domaine a parfois émergé dans des secteurs géographiques précédemment délaissés. Ailleurs, elle s’est totalement renouvelée. Mais cet état des connaissances reste très inégal suivant les régions du globe. Les traditions académiques ne sont pas les mêmes, chaque objet d’étude également, et chacun s’insère dans un contexte archéologique, historique, culturel et géographique distinct. Bien que ce terme parle à tous, ce que le chercheur comme le public entend sous le terme de « mégalithe » est donc souvent assez différent selon les endroits.

A l’échelle du globe, on sait désormais que de tels mégalithes ont été mis en place à des époques distinctes, dans des régions parfois très éloignées et souvent par des personnes qui ne se connaissaient pas. Avant d’aborder les architectures par périodes chronologiques et par région, la notion de « mégalithe » sera d’abord mise en perspective par des intervenants correspondant à chaque continent, tentant ainsi de mettre en lumière tout ce que chacun entend dans ce concept. Car le but de cette rencontre sera aussi d’établir un dialogue entre des chercheurs qui n’ont pas forcément eu l’occasion de se rencontrer précédemment, mais qui tous se sont confrontés localement à la diversité de réalités si variées. Il s’agira enfin d’éveiller l’attention sur des méthodes d’études parfois différentes, ou novatrices, afin de mieux faire jaillir l’expression de recherches à venir.

déplacer et élèver un bloc à la manière de la Préhistoire

(Voyagez au temps des dinosaures en Nouvelle Aquitaine)

 

LE DIMANCHE 15 SEPTEMBRE LA JOURNÉE SERA RÉSERVÉE À UNE ANIMATION GRAND PUBLIC AU PROGRAMME :

  • Une conférence par Chris SCARRE de l’Université de Durham (GB) sur le thème du Mégalithisme en Europe.
  • Une animation par Philippe GUILLONET qui, avec l’aide du public, déplacera et élèvera un bloc à la manière de la Préhistoire récente.

http://gvep.fr/rencontre-internationale-les-megalithes-dans-le-monde/

https://www.facebook.com/events/363741117883548/

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Napoléon 1er – 250 ans, le dernier Asile sur l’ile d’Aix (Musée Napoléon)

Napoléon 1er – 250 ans, le dernier Asile sur l’ile d’Aix (Musée Napoléon) (22)

Le pèlerin fidèle des lieux historiques, ou le simple touriste qui vient à l'île d'Aix, ne lit pas sans une particulière émotion cette inscription placée au fronton d'une maison de construction banale et que surmonte un aigle de pierre aux ailes éployées :

A

LA MÉMOIRE

de notre immortel Empereur

NAPOLÉON 1er

15 juillet 1815

Tout fut sublime en lui, sa gloire, ses revers,

Et son nom respecté plane sur l'univers.

 

 La pauvreté poétique de ce distique ne diminue point la grandeur de ces quelques mots de reconnaissance et de pieux hommage à une grande mémoire. Le plus distrait ou le plus indifférent de ceux qui passent ne peut se retenir de méditer un instant devant cette maison où se joua le dernier acte du grand drame impérial sur la terre de France.

Napoléon 1er – 250 ans, le dernier Asile sur l’ile d’Aix (Musée Napoléon) (5)

C'est ici en effet que Napoléon a passé les dernières heures de sa liberté dans cette France qu'il avait tant aimée et qui lui avait rendu si passionnément son amour. Rien ou à peu près n'a été changé depuis que l'Empereur habita ces lieux. Cette maison du commandant de la place où il vécut quelques jours avant de se confier à la mauvaise foi britannique est dans le même état qu'en 1815. Façade, intérieur, jardins, horizon, tout est semblable à ce que Napoléon connut et ses yeux virent les mêmes choses que les nôtres voient en cet endroit aujourd'hui. Et cela rend plus poignante l'impression ressentie, lorsque, le décor étant le même, il n'y a que le héros principal qui en est absent.

Napoléon 1er – 250 ans, le dernier Asile sur l’ile d’Aix (Musée Napoléon) (6)

(la vitrine présentant les 52 pendules anciennes arrêtées à 17 h 49, heure de la mort de l’Empereur le 5 mai 1821 à Longwood.)

A droite et à gauche d'un vestibule de pierres nues, des pièces assez vastes. Du dallage de larges carreaux part un escalier de pierre, de belle allure, conduisant au premier étage qui est le seul de la maison. A gauche, avant le palier desservant les chambres qui donnent sur la façade, s'ouvre une petite porte cintrée. « L'Empereur, dit Gustave Larroumet, a gravi cet escalier, suivi par les amis de la dernière heure. Ses éperons d'argent ont sonné sur ces dalles et sous cette porte basse a passé la silhouette légendaire, le buste court sous l'habit vert, les jambes serrées dans les hautes bottes, la grosse tête pâle sous le petit chapeau ». C'est ainsi que, selon la légende, un artiste, un poète comme Larroumet peut s'imaginer Napoléon à l'île d'Aix en 1815, c'est-à-dire comme il était, aux Tuileries, en 1809.

Illusion ! En juillet 1815, l'Empereur est vêtu en simple bourgeois, habit vert, chapeau rond, mais il est toujours le grand homme qu'une immense gloire environne et malgré les revers, malgré l'abdication, aux yeux de tous il est toujours « l'Empereur ».

Napoléon 1er – 250 ans, le dernier Asile sur l’ile d’Aix (Musée Napoléon) (25)

La chambre qu'occupa Napoléon est très claire, carrée, de dimensions moyennes, avec deux fenêtres dont une à balcon. Elles donnent sur un petit jardin où vieillissent des arbres qui ont été les témoins de cet événement. Ces arbres ne coupent pas la vue sur la mer, et, du balcon, on l'aperçoit qui miroite au-delà des remparts. Le mobilier de cette chambre a certainement subi plus d'une modification. Le reps grenat des tentures garnissant les fenêtres et l'alcôve, mélangé de calicot blanc, que l'on y voyait il y a quelques années, ne prouvait pas une ancienneté bien authentique et le vrai style empire n'apparaissait que dans les fauteuils et le guéridon, placés sur un tapis vétuste mais relativement moderne lui aussi.

 

Napoléon 1er – 250 ans, le dernier Asile sur l’ile d’Aix (Musée Napoléon) (20)

Napoléon est partout présent ici. Il y est non pas seulement parce que son buste de marbre trône sur la cheminée, mais parce que son souvenir, son âme glorieuse et triste restent plus intimement mêlés aux détails de cette chambre banale. Autre part on sent moins cette concentration d'une pensée et d'un sentiment qui font revivre la figure originale avec son relief particulier.

Cette modeste chambre avait été choisie par Napoléon lui-même, parce que, selon le dire des contemporains qui connurent ces détails, elle possédait plusieurs issues et que du balcon on pouvait voir la mer et suivre à la lunette le mouvement des navires, vers lesquels se portaient sans cesse les regards inquiets du grand homme. Ces regards inquiets, ces regards profonds ne voyaient pas se dessiner l'avenir à cet horizon où déjà cependant le drame prenait forme. Tout ce que la perfidie, la trahison qui avaient accompagné les pas du vainqueur sur le chemin de la gloire peuvent réserver de déboires à un homme, l'avenir le lui réservait plus amplement encore et voilà ce que, de cette chambre claire, ouverte largement sur le ciel et la mer, le futur prisonnier de Sainte-Hélène ne voyait pas apparaître.

Napoléon 1er – 250 ans, le dernier Asile sur l’ile d’Aix (Musée Napoléon) (16)

C'est le 12 juillet 1815 que Napoléon vint s'établir à l'île d'Aix. Il mettait le pied dans l'île pour la deuxième fois alors. La première avait été en 1808, au cours de ce voyage d'apothéose qu'il fit avec la bonne et souriante Joséphine. Comme à cette époque éloignée, Napoléon, malgré les revers de la fortune, fut acclamé avec enthousiasme et si, de la croisière anglaise mouillée dans la rade des Basques, on a entendu ces acclamations de la population et de la garnison, on a dû se convaincre que l'Empereur détrôné régnait encore par l'affection dans le cœur de bien des Français.

Après Waterloo et l'abdication, Napoléon se trouvait à la merci de la Commission de Gouvernement instituée pour préparer certaines circonstances et diverses conditions qui n'avaient rien de commun avec les intérêts de la France, une restauration des Bourbons ou même l'instauration de tout autre régime. Dans cette Commission se trouvaient Fouché et Talleyrand, modèles de fourberie, d'astuce et de trahison, dont l'un, comme Judas, mais à plus haut prix, avait vendu son maître. (C'était à Erfurth aux souverains qui signaient avec lui un traité de paix). Ces gens et leurs acolytes avaient le plus grand intérêt à éloigner l'Empereur et à l'éloigner sans qu'il puisse revenir, car ils redoutaient que les sympathies populaires, encore très vives, ne se manifestassent en sa faveur. Ces sympathies, ils en redoutaient l'explosion à Paris d'abord, puis à la Malmaison où Napoléon était allé se réfugier momentanément auprès de la reine Hortense et de sa famille. A peine

fut-il arrivé à la Malmaison que le général Becker était placé d'ailleurs à côté de lui comme geôlier avec mission de ne pas le laisser échapper et de surveiller étroitement tous ses actes.

L'Empereur avait pris la résolution de passer aux Etats-Unis et de s'y fixer définitivement. Il en avait informé les membres de la Commission de Gouvernement qui s'étaient empressés de mettre à sa disposition tout ce qui pouvait lui être utile à cet effet et notamment deux frégates, la Saale et la Méduse, qui se trouvaient à ce moment-là disponibles en rade de Rochefort.

Pour s'embarquer à bord de l'une ou l'autre de ces frégates, le départ de Napoléon pour l'île d'Aix fut décidé et précipité, en raison, disait-on, de l'effervescence populaire, mais en réalité conformément à un plan tout de perfidie et d'hypocrisie où l'âme de Fouché et celle de Talleyrand se reflétaient complètement. L'intention secrète des membres de la Commission de Gouvernement était de pousser leur victime dans le piège qui lui était tendu. La croisière anglaise barrait en effet la route d'Amérique et nul bâtiment ne pouvait échapper à sa surveillance et passer sans un sauf- conduit.

Ce sauf-conduit ainsi que les pièces nécessaires au libre passage de Napoléon, furent en effet demandés au gouvernement anglais, mais avec la certitude absolue qu'on ne les obtiendrait pas. Aussi pressa-t-on Napoléon de partir, en lui promettant de lui faire tenir les papiers indispensables en cours de route ou à l'île d'Aix. Ces papiers, bien entendu, il les attendit vainement.

En exécution d'ordres formels et précis, Becker pressa le départ et, dans la crainte toujours vive de manifestations inquiétantes, on se mit en route en dissimulant ce départ qui ressemblait à une fuite honteuse.

L'Empereur, qui était vêtu en civil, prit place dans une calèche attelée de quatre chevaux. Il avait à ses côtés les généraux Bertrand, Savary et Becker. Un seul valet de chambre s'installa sur le siège à côté du postillon et l'on partit au galop à cinq heures du soir, le 29 juin, après que les voyageurs eurent passé par une porte de service d'une partie isolée du parc. Par la grille d'honneur, devant la foule assemblée, les voitures nombreuses de la suite impériale partaient ostensiblement deux heures après.

On coucha au château de Rambouillet et le lendemain matin 30 juin, à 11 heures, on se remit en route. Nul incident ne marqua le passage de Napoléon à Tours. A Poitiers, la population vendéenne et poitevine, mal disposée, le laissa passer sans manifester aucun sentiment. A Niort, qui fut la dernière ville de France où Napoléon fut traité en souverain, le 2 juillet, il est acclamé. Fonctionnaires et citoyens le traitent encore en empereur.

Cependant le temps presse, les nouvelles ne sont pas bonnes. A 3 heures du matin, le 3 juillet, on part de Niort pour se rendre à Rochefort après avoir traversé de bien beaux pays : Mauzé, Saint-Georges-du-Bois. Partout la voiture de l'Empereur est saluée des vivats de la population accourue sur son passage. Dans les champs, les paysans interrompent leurs travaux pour venir saluer du chapeau et de la main et crier leur vivat.

 

Au relais de Muron ce furent d'indescriptibles manifestations d'enthousiasme. L'Empereur ne descendit point de voiture, mais il reçut la touchante visite de deux anciens grenadiers de sa garde, Breuil et Bonnessée, avec qui il s'entretint familièrement.

A 4 heures du soir, le 3 juillet, la voiture impériale, escortée de chasseurs, entrait à Rochefort par la porte fortifiée de La Rochelle, porte aujourd'hui démolie, et gagnait la préfecture maritime où l'attendait le préfet Bonnefoux, prévenu depuis le matin par le général Gourgaud, arrivé de très bonne heure et descendu à l'hôtel du Bacha. Le préfet s'avança au-devant de l'Empereur pour le recevoir et le conduisit dans le même appartement qu'il avait occupé en 1808, pendant quelques jours, en compagnie de l'impératrice Joséphine.

« Pendant le séjour de Napoléon à la préfecture maritime, dit un écrivain des mieux informés, le commandant Silvestre, la population emplissait le Jardin Public, se tenait sous les fenêtres et l'acclamait. C'est surtout le soir que la foule s'amassait et quand elle apercevait l'Empereur sur la terrasse, ou se promenant, ou causant sur la galerie qui domine le port militaire, les acclamations redoublaient et Napoléon alors saluait de la main. Il avait gardé l'habit bourgeois. Il reçut des visites, mais avec la même étiquette qu'aux Tuileries ».

Des officiers vinrent le supplier de se mettre à la tête des troupes fidèles, des forces importantes et dévouées plus que jamais à sa cause, mais Napoléon ne voulut pas livrer la France aux horreurs d'une guerre civile ajoutée aux dangers de la guerre étrangère, tout cela sur le sol national. Il ne sentait pas assez que toute la France était pour lui comme aux jours éclatants de la fortune et il ne voulait pas appeler sur elle d'irréparables malheurs. Dans l'infortune il sut rester grand et, envisageant toutes les conséquences de la proposition qui lui était faite, il fit abstraction de son intérêt personnel, il refusa.

Aussitôt après l'arrivée de Napoléon à Rochefort, un Conseil, formé d'officiers supérieurs et de marins expérimentés, s'était réuni. Cette assemblée émit à l'unanimité l'avis que l'Empereur ne pouvait s'embarquer immédiatement, ni tant que les navires anglais seraient si nombreux dans la rade ou en vue des côtes.

Or, le nombre de ces navires s'était beaucoup accru depuis le 27 juin, jour où Napoléon fut résolu à gagner les Etats-Unis en partant de l'île d'Aix (1).

(1) L'escadre anglaise, sous les ordres du contre-amiral lord Hotham, croisait de la pointe de Quiberon à l'embouchure de la Gironde, elle comprenait 15 unités : 2 vaisseaux : Le Superbe et le Bellérophon, 2 frégates : Le Pactolus et l'Endymion et une dizaine d'avisos, bricks, corvettes et sloops.

 

Napoléon 1er – 250 ans, le dernier Asile sur l’ile d’Aix (Musée Napoléon) (15)

Dans cette occurence, il importait de prendre une détermination rapide. Des offres pour sauver la personne de l'Empereur furent faites et des bâtiments préparés à cet effet. Napoléon ne se décidait à rien. Ni le projet de l'amiral Baudin à Bordeaux, ni celui préparé par Besson, qui donna même sa démission d'officier de marine pour prendre le commandement d'un navire danois acheté à La Rochelle, ne retinrent son attention. Ce dernier projet cependant semblait réunir toutes les chances de réussite : chargé de barriques d'eau-de-vie et monté par de jeunes officiers faisant fonction de mariniers, le navire devait se mettre en route, cachant Napoléon dans des futailles disposées d'une certaine façon. Aucune de ces perspectives ne parut souriante à Napoléon, aucune des dispositions prises ne put le décider. On comprend d'ailleurs ses hésitations. Il s'était de très longue date, et depuis son enfance, formé sur la générosité du peuple anglais des illusions dont aucune expérience ne l'avait pu guérir et que d'ailleurs, remarque judicieusement Frédéric Masson, il n'était pas le seul à partager dans sa famille. Sans cette illusion sur la générosité anglaise, dont il devait si cruellement être bientôt désabusé, il aurait tout essayé pour ne pas tomber entre les mains d'ennemis aussi perfides et aussi déloyaux.

Essayer de gagner les Etats-Unis était chose difficile, quasi impossible sous le feu de la croisière anglaise, et cependant, à deux reprises, on aurait pu tenter de le faire. Les autres voies ne lui convenant pas, l'Empereur revint à sa première idée, à son idée fixe pourrait- on dire, à celle qui si souvent mène l'homme à sa ruine. Poussé à une décision rapide par le général Becker et le préfet Bonnefoux, il résolut enfin de quitter Rochefort, mais il ne fit connaître sa détermination que 2Û heures après le départ du courrier pour Paris ; de la sorte il évitait quelques-uns des pièges qui pouvaient lui être tendus.

Le préfet donna immédiatement les ordres nécessaires pour qu'à la marée du soir le 8 juillet, les embarcations fussent prêtes au port de Fouras.

A quatre heures précises, les voitures et leur escorte se mirent en route au grand trot, dit le commandant Silvestre, prenant par la rue Saint-Charles pour gagner la porte de La Rochelle et la route de Fouras. La foule respectueuse qui garnissait les rues et la place Colbert saluait le cortège au passage des cris répétés de : « Vive l'Empereur ».

Napoléon, cependant, n'était point dans l'une ou l'autre de ces voitures aux stores baissés, il ne quitta la préfecture qu'un peu après le cortège officiel, monta dans une calèche qui fila vers la porte de Charente, puis tourna à l'extrémité du faubourg où elle rejoignit les autres voitures.

Le trajet de Rochefort à Fouras s'effectua silencieusement dans la voiture impériale, bruyant dans la foule émue qui la suivait,

Fouras n'était pas alors la coquette, la riante ville d'eaux que l'on connaît aujourd'hui. Ce n'était qu'une bourgade maritime avec la triste forteresse que la légende fait remonter à Charlemagne et qui attriste l'horizon de sa masse inélégante.

C'est au pied de cette antique forteresse que Napoléon foula pour la dernière fois la terre continentale de France. De supposer cette forteresse vraiment bâtie par le premier grand empereur d'Occident, de voir le dernier grand empereur d'Occident partir de là pour l'exil, il y aurait lieu à un rapprochement qui ne manquerait ni de grandeur ni de pittoresque et l’imagination poétique pourrait inventer un tragique colloque de ces deux grands hommes réunis en un point de l'espace et en un point du temps par le cours irrégulier et fantaisiste de la fortune.

 

Les canots du port de Rochefort et ceux des frégates mouillées dans la rade l'attendaient à l'anse de la Coue, petite plage encaissée au sud de la falaise sur laquelle le fort est placé. Ces lieux sont dans le même état qu'au moment où l'Empereur s'y embarqua.

Voici le récit de cet embarquement mémorable d'après le commandant Silvestre qui s'est entouré de tous les documents authentiques et qui a reçu lui-même, de témoins aujourd'hui disparus, des récits véridiques, que lui seul a su conserver dans son livre plein de détails captivants :

« Des officiers, des soldats, des campagnards couvraient tout le rivage, depuis les Rochers de la Grand'- Plante et du Terrier jusqu'au sommet des batteries de la forteresse. L'embarquement se fit avec ordre, à dos d'homme, selon la tradition populaire ; car il n'y avait pas assez d'eau pour que les baleinières pussent accoster le rivage. Le marin qui porta Napoléon sur ses épaules était un nommé Beau, ancêtre d'une famille de Fouras. Quelques officiers avec les bagages prirent place dans d'autres embarcations. Lorsque les avirons s'abaissèrent, un grand cri s'éleva dans Fouras : « Vive l'Empereur ! » Lui salua encore une fois de la main.

« Nous pleurions comme des filles », déclarait plus tard le vieux douanier, celui-là même qui grava sur une pierre de la jetée ce nom magique : NAPOLÉON. »

Tant que les embarcations furent en vue, les officiers, l'escorte, la foule, demeurèrent sur le rivage, suivant des yeux ces canots qui emportaient, vers un exil qu'on ne savait pas devoir être si cruel, celui qui avait été si longtemps l'idole du peuple et de l'armée. On les perdit de vue lorsqu'ils eurent doublé la pointe d'Enet, et, la nuit tombant, la foule reprit silencieuse et morne le chemin de Rochefort ».

On crut que l'Empereur se rendait à l'île d'Aix et l'état de la mer le donnait à penser. Au contraire, il ordonna de le conduire aux frégates préparées pour lui et sa suite. Il embarqua sur la Saale à 7 heures et demie du soir, avec les généraux Bertrand, Rovigo, Lallemand, Gourgaud, son secrétaire Las Cases, Becker et trente et une autres personnes, parmi lesquelles la comtesse Bertrand et ses trois enfants et le valet de chambre Marchand, soit au total 40 passagers. La frégate la Méduse n'en reçut que 26 dont le général de Montholon, sa femme et leurs fils. La suite de l'Empereur comportait en tout 66 personnes. Les chevaux et les bagages furent réservés pour un prochain embarquement sur les mêmes frégates.

Napoléon avait voulu être reçu simplement, cependant il fut traité à bord en souverain, sauf pour les salves d'artillerie. Aussitôt monté à bord, il se fit présenter les officiers d'état-major et il visita le bâtiment.

 

L'Empereur était toujours en bourgeois : habit vert, gilet blanc, culotte de nankin, bottes et chapeau ; la tenue de l'île d'Elbe, qui d'ailleurs lui allait fort mal, aux dires des témoins.

Napoléon fut installé dans le logement du capitaine et la suite un peu partout. On fit l'appareillage peu après, mais eut-on bien l'intention de partir ? Le calme subitement revenu rendait tout départ impossible et de plus la croisière anglaise était en ligne.

Le lendemain, de grand matin, Napoléon était sur le pont pour s'enquérir de l'état de la mer, de celui des vents. Rien n'était favorable. En inspectant l'horizon, il vit les hauts mâts des vaisseaux anglais dépasser la pointe de l'île d'Oléron, sentinelles immobiles à leur poste de garde, et il mesura toutes les difficultés de la situation. Soudain, il demanda qu'on le conduisît à l'île d'Aix pour la visiter,

L'ordre fut exécuté aussitôt. Gourgaud et Las Cases prévenus arrivèrent en hâte. Le général était en tenue mais sans son sabre. L'Empereur l'envoya le chercher. Quant à lui il était toujours dans sa même tenue bourgeoise.

La garnison et la population de l'île firent à Napoléon un accueil des plus chaleureux et c'est au milieu d'incessantes ovations qu'il visita les fortifications, les forts « La Rade » et « Liédot », et l'armement avec la plus grande attention.

Au moment de rentrer à bord, il fit une sorte d'inspection du régiment de marine caserné dans l'île (i).

A dix heures, l'Empereur réintégrait la Saale sur laquelle le général Becker était dans une grande inquiétude, car son prisonnier pouvait bien lui avoir échappé.

Au milieu des conseils très contradictoires d'un entourage fort divisé sur les résolutions à prendre, en face des périls d'une situation inéluctable, de l'attitude des pouvoirs publics, s'obstinant à créer autour de l'Empereur une atmosphère angoissante, Napoléon prit le parti de s'adresser lui-même au chef de la croisière anglaise et il lui envoya porter une lettre par un parlementaire.

Les gens qu'il chargea de cette mission : Las Cases, Rovigo, Lallemand, Gourgaud, n'étaient guère faits pour ce genre de négociations, ils n'étaient ni diplomates, ni gens d'affaires, ils manquaient de l'expérience des hommes et des choses avec lesquels il fallait de la dissimulation au lieu de la franchise et de la rouerie à la place de la loyauté, à l'égard surtout de pareils ennemis qui ne mettaient nullement la loyauté dans les paroles ni la droiture et l'honnêteté dans les moyens quand il leur fallait arriver à un but.

 (1) C'était l'Empereur qui avait dressé lui-même le plan du fort Liédot, en 1808, le fort, en construction depuis 1810, n'était pas alors complètement achevé.

 

Dans ces conditions, les frégates mises à la disposition de l'Empereur lui devenaient inutiles. Le séjour à bord, d'autre part, manquait absolument de confort. Napoléon se détermina donc le 12 juillet à quitter l'incommode Saale et à établir son quartier à l'île d'Aix. Le même jour il vint habiter, comme il fut dit, la maison du commandant de la place.

En réponse à une question que Napoléon lui avait fait poser par Rovigo, le commandant de la Saale, Philibert, avait déclaré qu'il ne devait sous aucun prétexte débarquer l'Empereur sur un point quelconque du territoire, et que d'un autre côté il ne pouvait risquer de faire broyer ses frégates par les feux de la croisière anglaise. Or, on a constaté, depuis, que tenter de forcer le blocus n'était pas si dangereux, ni si impraticable qu'on le croyait et qu'on l'avait affirmé. Le Bellérophon était un vieux bâtiment plus imposant que redoutable et son compagnon, le Myrmidon, un brick qui ne pouvait sérieusement en imposer.

Dans ces conditions, il ne restait plus à l'Empereur que d'aborder franchement les Anglais afin de savoir quelles étaient leurs intentions à son égard, afin de leur demander aussi le libre passage pour les Etats- Unis et, en cas de refus, un asile dans quelque campagne d'Angleterre ou d'Ecosse.

Napoléon avait d'ailleurs été informé des instructions du gouvernement provisoire transmises à Becker par le capitaine Bonnefous. Ces instructions étaient les suivantes :

 

1° Si le départ des frégates la Saale et la Méduse était retardé par les vents, et qu'il fût possible de transférer Napoléon par aviso, il devait en être mis un à la disposition de l'Empereur, à condition que cet aviso appareillât et mît à la voile dans les 24 heures.

2° Si Napoléon préférait être conduit à bord d'une -croisière anglaise, le Préfet maritime devait lui en fournir le moyen.

3° Aucun parlementaire ne pouvait être envoyé aux Anglais si l'Empereur n'en faisait formellement et par écrit la demande.

Le grand maréchal Bertrand écrivit donc par l'ordre de Napoléon au Préfet maritime à Rochefort pour lui demander une embarcation propre à servir de parlementaire vers la croisière anglaise. Le 10 juillet, le duc de Rovigo et Las Cases montèrent à bord d'une mouche envoyée de Rochefort et se rendirent à bord du Bellérophon qu'ils accostaient à 7 heures du matin. Ils étaient porteurs d'une lettre du grand maréchal informant le chef de la station anglaise, qu'il croyait être Lord Hotham, que l'Empereur, ayant abdiqué, avait choisi les Etats-Unis d'Amérique pour s'y réfugier et qu'il attendait le sauf-conduit du gouvernement anglais pour faire voile vers cette destination avec ses deux frégates. Voici d'ailleurs cette lettre :

« Monsieur l’Amiral,

» L'Empereur Napoléon ayant abdiqué le pouvoir et choisi les Etats-Unis d'Amérique pour refuge s'est embarqué sur les deux frégates qui sont dans cette rade pour se rendre à destination.

 

» Il attend le sauf-conduit du gouvernement anglais qu'on lui a annoncé, ce qui le décide à expédier le présent parlementaire pour vous demander, Monsieur l'Amiral, si vous avez connaissance de ce sauf-conduit 'et si vous pensez qu'il soit dans l'intention du gouvernement anglais de mettre empêchement à notre voyage en Amérique.

» Général BERTRAND. »

 

Ce fut le capitaine Maitland qui prit connaissance de la lettre. Il fut des plus courtois, mais en s'abstenant de révéler les ordres précis qu'il avait reçus d'embarquer Napoléon sans retard et de le conduire dans le port des Iles Britanniques le plus rapproché. Il déclara devoir demander des ordres à son chef immédiat, l'amiral Hotham, qui était alors à bord du Superbe. Maitland rusait. Il ajouta que l'Empereur pouvait sans la moindre crainte demander asile à l'Angleterre.

Rovigo et Las Cases, qui n'avaient pas le moindre instinct diplomatique, s'illusionnèrent facilement au langage de l'Anglais. Cependant Las Cases, qui comprenait la langue, avait senti dans la conversation de Maitland avec ses officiers des paroles tout à fait en opposition avec ce qu'il affirmait, mais il n'en tint aucun compte et lui-même commit certaines imprudences qui mirent le capitaine Maitland en garde coutre les projets d'évasion par Bordeaux ou par La Rochelle. Maitland déclara qu'il avait ordre de ne laisser sortir aucun navire, même marchand, portant un personnage de telle importance.

La duplicité de l'Anglais était patente. Le 7 juillet il avait reçu de son chef, lord Hotham, la dépêche suivante :

« Le gouvernement anglais a reçu dans la nuit du 3o juin une demande adressée par les chefs de France à l'effet d'obtenir un passeport et un sauf-conduit pour que Bonaparte puisse se rendre en Amérique. Une réponse négative a été faite à cette demande et lord Keith ordonne de redoubler de vigilance pour intercepter Bonaparte. D'après les mesures adoptées chez nous on paraît s'attendre à ce qu'il mette à la voile d'un des ports du Nord, Mon opinion est que Bonaparte a pris la route de Rochefort et que, probablement, il s'embarquera sur une des deux frégates mouillées dans l'île d'Aix.

» HOTHAM. »

Une autre lettre du même Hotham donnait de nouvelles précisions :

« Le Ministre de la Marine de France a reçu l'ordre de préparer des bâtiments de guerre qu'on a mis à la disposition de Bonaparte, et deux frégates ont été préparées pour lui et sa suite. On a annoncé aux deux chambres qu'il avait quitté Paris le 29 juin à 4 heures du matin et l'on croyait qu'il avait pris la route de Rochefort. Je ne doute pas que les deux frégates qui sont en rade de l'île d'Aix ne lui soient destinées. C'est à vous d'employer tous les moyens pour intercepter le fugitif, de la captivité duquel paraît dépendre le repos de l'Europe. »

Pendant que Las Cases et Rovigo accomplissaient leur mission, une corvette, le Falsmouth, arrivant d'Angleterre, prévint par signaux optiques le capitaine Maitland qu'il avait un courrier pour lui. Une dépêche de lord Hotham contenait ceci :

« Il vous est enjoint de faire les plus strictes recherches sur tout bâtiment que vous rencontrerez. Si vous êtes assez heureux pour intercepter Bonaparte, vous devez le transporter, avec sa famille, sur le vaisseau que vous commandez, l'y tenir sous bonne garde et revenir avec toute la diligence possible au port d'Angleterre le plus voisin. A votre arrivée, vous interdirez toute communication avec la terre. »

Au cours du déjeuner que Maitland offrit à Rovigo et à Las Cases sur le Bellérophon, il fut parlé du projet de Napoléon de partir pour les Etats-Unis. Maitland s'étonnait que l'Empereur ne préférât pas se placer sous la sauvegarde des lois anglaises qui lui assureraient avec la liberté un traitement digne de lui. Dans un français qu'il parlait avec beaucoup de netteté, le capitaine Maitland exposa aux parlementaires tous les avantages qu'aurait Napoléon à demander asile à l'Angleterre. Il paraissait rempli de sincérité et il fallut l'objection de Las Cases relative à l'éventualité d'un brusque départ de la Saale et de la Méduse, franchissant le cordon anglais, pour qu'apparût une partie des intentions cachées de Maitland. Celui-ci déclara qu'il n'hésiterait pas alors à faire bombarder les deux frégates par toutes les unités anglaises qu'il avait à sa disposition. Cette dernière déclaration fixa les envoyés de Napoléon. Avant de quitter le bord, Las Cases exprima le désir d'avoir une réponse écrite qu'il remettrait à l'Empereur. Après quelques hésitations, Maitland rédigea la réponse suivante :

 

« Bellérophon, 10 juillet 1815.

« Monsieur le Comte,

» Je ne saurais dire quelles peuvent être les intentions de mon- Gouvernement, mais les deux pays étant présentement en état de guerre, il m'est impossible de permettre de prendre la mer à aucun bâtiment de guerre sortant du port de Rochefort. Quant à la proposition faite par le duc de Rovigo et le comte de Las Cases de laisser partir l'Empereur sur un bâtiment marchand, il n'est pas en mon pouvoir, sans la sanction de mon chef le contre-amiral Sir Henry Hotham, qui se trouve à présent dans la baie de Quiberon et à qui je vais adresser votre dépêche, de laisser passer aucun bateau, sous quelque pavillon que ce soit, avec un personnage d'une aussi grande importance. »

» FRED. L. MAITLAND. »

 

A deux heures de l'après-midi, la mouche qui ramenait Las Cases et Rovigo accosta la Saale. A peine avaient-ils quitté le Bellérophon que Maitland donnait des ordres pour mouiller en rade des Basques de façon que les frégates françaises fussent à portée de canon du vaisseau anglais.

« Maitland, dit Henry Houssaye, s'était avancé vers sa proie pour la mieux guetter. »

En rapportant leur entrevue avec Maitland, les parlementaires n'omirent aucun détail de l'entretien et ils eurent soin d'ajouter que selon eux le plus prudent et le meilleur était de demander, d'après l'opinion de Maitland, un asile honorable à la loyale Angleterre. Tout autre parti était chanceux, voire périlleux, et le salut ne leur apparaissait que de ce seul côté. Le lendemain matin, n juillet, Montholon, qui était à bord de la Méduse, apporta à Napoléon une lettre du lieutenant de vaisseau Ponée, commandant cette frégate.

« J'ai consulté mes officiers et mon équipage, écrivait ce vaillant marin. Je parle donc en leur nom et au mien. Voici ce qu'il faut faire. Cette nuit la Méduse marchant en avant de la Saale, surprendra, grâce il l'obscurité, le Bellérophon qui est venu mouiller en rade des Barques. J'engagerai le combat bord à bord, j'élongerai ses flancs, je l'empêcherai de bouger. Je pourrai toujours bien lutter deux heures Après ma frégate sera en bien mauvais état. Mais pendant ce temps, la Saale aura passé, en profitant de la brise qui, chaque soir, s’élève de la terre. Ce n'est pas le reste de la croisière, une méchante corvette et un aviso, qui arrêtera la Saale, frégate de premier rang, portant du 23 en batterie et des caronades de 36 sur le pont. »

Napoléon, qui se connaissait en héroïsme, fut profondément ému par l'offre de l'équipage de la Méduse et de son commandant. Cette sympathie, cet attachement qu’ils lui manifestaient aux plus cruelles heures de son infortune le disposaient à accepter la proposition du lieutenant Ponée. Mais le capitaine Philibert, commandant de la Saale, qui ne voulait point enfreindre les ordres reçus, se refusa à entrer dans les vues de Ponée. La tentative devenait de ce fait irréalisable, Elle doit cependant demeurer à l'honneur du vaillant officier et des vaillants hommes qui en eurent spontanément l'idée.

Un secret sentiment retenait Napoléon d'accepter les propositions anglaises. En attendant il prit la décision de se rendre à l'île d'Aix où il débarqua le 12 juillet au matin. Tout décidait l'Empereur à cette détermination et d’abord les mauvaises conditions dans lesquelles lui et les siens se trouvaient à bord de la frégate. Avant de quitter celle-ci. Napoléon, toujours plein de générosité, offrit quelques souvenirs à ceux qu'il quittait : une tabatière en or, avec un N en diamant, au préfet maritime Bonnefoux. Son intention était de loger dans la maison du commandant de la place, une partie de sa suite devait l'occuper avec lui l'autre partie occuperait la « maison du génie » qui se trouvait en face.

A l'île d'Aix, « on entre dans les projets d'aventure, mais tout cela sombre car l'Empereur qui en laisse parler devant lui, dit Frédéric Masson, paraît en discuter, ne s'arrête à rien. Dès qu'il ne reprend pas le commandement de l'armée, dès qu'il ne sort pas en souverain sur les frégates, muni d'un sauf-conduit qui le mette à couvert de toute recherche insultante, il ne voit qu'une issue, demander asile à l'Angleterre ».

La population de l'île lui avait fait un accueil plus chaleureux encore qu'au voyage précédent. Napoléon put s'assurer là encore combien son culte demeurait vivant dans les cœurs et sur quels dévouements il pouvait compter. En arrivant, il choisit d'abord sa chambre dans cette maison où il est possible de la voir aujourd'hui de tout point semblable à ce qu'elle fut en 1815, comme nous le disons plus haut. Son premier souci fut de prendre un parti qui soit décisif. A cet effet il forma un conseil des personnes de sa suite et il convoqua pour y prendre part le lieutenant Genty, du 14e d'artillerie de marine, qui commandait la garnison de l'île. Celui-ci émit l'avis qu'il était possible de déjouer la surveillance anglaise avec des bateaux plus légers que les frégates.

On aurait utilisé deux chaloupes pontées disponibles, et, suivant la côte dans la direction du nord, on eût gagné le large, guettant un bateau qui, de gré ou de force, fît voile pour les Etats- Unis. Ce projet retint l'attention de Napoléon. Il y voyait une chance de réussite et il chargea Bertrand de faire l'achat des deux chaloupes qui appartenaient deux armateurs de La Rochelle, Thiron et Villedieu., Ce dernier s'était d'ailleurs offert comme pilote et Napoléon avait accepté. Le lendemain tout était prêt et sur les onze heures du soir les deux bâtiments appareillaient. Ils se tinrent près de la côte, attendant l'Empereur. On l'attendit en vain. Entre temps Napoléon avait renoncé à ce projet. Nous en expliquerons les raisons plus loin.

Joseph, frère aîné de l'Empereur, était arrivé à l'île d'Aix dans la journée du 13 juillet, pour aviser celui- ci qu'un navire américain était à Bordeaux, prêt à faire voile pour les Etats-Unis. Ce navire était disposé à faciliter le passage en Amérique de l'Empereur et de sa suite. La voiture de Joseph était restée sur l'un des bords de la Charente, d'où elle pouvait en très peu de temps rejoindre la Gironde. La proposition, toute tentante et toute praticable qu'elle fût, se heurta au refus de Napoléon. Joseph se vit donc obligé de partir seul. Son voyage s'effectua sans encombre et il parvint aux Etats-Unis qu'il habita plusieurs années.

Il semble qu'un mauvais génie s'acharne à la perte de Napoléon. Une autre proposition du commandant de la Bayadère, qui faisait dire par Lallemand qu'il était toujours disposé à transporter l'Empereur aux Etats-Unis, ne parvint pas à fléchir une irrésolution que son entourage semblait se plaire à entretenir. Une seule personne montre une opinion arrêtée, c'est la générale Bertrand qui insiste avec un entêtement particulier pour que Napoléon aille vers les Anglais. Il faut ajouter par parenthèse que la femme du grand-maréchal est anglaise, fille du malheureux général Dillon. Finalement Napoléon renonce à s'embarquer sur la Bayadère. « J'ai renoncé de bonne foi déclare-t-il, et pour toujours à la vie politique, je ne vois pas pourquoi on m'empêcherait de librement aller achever ma vie loin des intrigants et des ingrats ».

Selon Henri Houssaye, Becker aurait fait à ce projet <les objections si vives, qu'elles équivalaient à un refus.

Le projet Genty semble le plus raisonnable et bientôt il rallie tous les suffrages. Mais un inconvénient se présente : chaque chaloupe ne peut contenir que cinq passagers. Qui sera sacrifié ? De violentes compétitions s'élèvent entre ceux qui ont tout abandonné pour suivre l'Empereur et qui ont lié leur sort à son infortune. La maréchale Bertrand, qui était accompagnée de ses trois enfants, serait certainement obligée de rester à l'île d'Aix, elle tenait de plus à sa première idée que le seul moyen de salut et qui convînt à la dignité de l'Empereur était d'aller demander asile à l'Angleterre. Elle représenta à Napoléon tout ce que la tentative avait de dangereux, de risqué, et surtout, avec une habilité bien féminine, elle lui montra combien cette fuite était peu digne de l'homme qui avait dominé l'Europe. Ce dernier argument devait l'emporter. Au milieu des avis divers, des disputes, des opinions rivales, Napoléon excédé parcourt la chambre à grands pas. Lui, l'homme parfait des promptes décisions, il ne sait plus décider. Silencieusement il sort de la pièce et rentre dans sa chambre où il reste à méditer.

Sur le soir, un peu avant la nuit, Planat fait transporter les bagages de l'Empereur sur l'une des deux chaloupes et demeure à bord à attendre. An heures du soir, Becker, qui s'était montré toujours favorable au projet Genty, informa Napoléon que tout était prêt pour le départ.

C'est l'opinion de Mme Bertrand qui a fini par l'emporter dans l'esprit de Napoléon. Sourd aux avis de ceux qui lui conseillent de ne pas se livrer aux Anglais, il décide de rester. Le malheur le pousse sans rémission vers la pente fatale. A Becker, il déclare que s'il est dangereux de se confier à ses ennemis, il l'est moins encore que de risquer, en voulant leur échapper, de tomber entre leurs mains comme un prisonnier vulgaire. Sa marotte était de s'en remettre à la loyauté anglaise. Rien n'avait pu le détromper sur ce point, il croyait fermement à la bonne foi britannique.

Aussi peut-on dire que dès le 13 juillet Napoléon avait pris son parti. Il abandonnait l'idée de se rendre aux Etats- Unis, il rejetait les moyens qui lui étaient offerts d'échapper à la surveillance anglaise, il s'abandonnait à son destin. La déchéance avait fait de Napoléon un autre homme. Lui qui s'était toujours senti protégé de la Providence, il se croyait maintenant abandonné par elle. Lui qui toujours avait décidé seul, échappant aux contradictoires influences de ses conseillers, il donnait l'exemple de la faiblesse des êtres irrésolus. Personne et surtout personne de ses ennemis ne pouvait savoir à quel degré de découragement était tombé l'Empereur. Maitland, toujours inquiet sur le sort de la proie qu'il convoitait, avait usé tous les moyens pour savoir ce qui se passait à l'île d'Aix. Par une forte promesse d'argent il était parvenu à savoir qu'un pilote d'Oléron, pour qui la passe de Maumusson n'avait pas de secrets, devait conduire un navire sortant de nuit. Napoléon allait-il lui échapper ? Son inquiétude ne devait pas durer longtemps. De toute manière il avait profité de ces temporisations, pour mieux organiser la défense de toutes les issues.

Le 14 juillet, au matin, Napoléon avait envoyé en parlementaire au Bellérophon Las Cases et le général Lallemand. Las Cases parle d'abord des sauf-conduits pour le voyage aux Etats-Unis. Maitland répond simplement : « Je ne suis autorisé à acquiescer à aucun arrangement, mais je crois pouvoir prendre sur moi de recevoir l'Empereur à mon bord pour le conduire en Angleterre » et peut-être ajoute-t-il comme il l'a écrit plus tard : « Toutefois je ne puis faire aucune promesse sur les dispositions de mon gouvernement à son égard, puisque, dans le cas que je viens de supposer, j'agirai sous ma propre responsabilité sans être même certain que ma conduite obtiendra l'approbation de mon gouvernement. »

Les deux parlementaires éprouvèrent naturellement une gêne assez vive de ce que Maitland leur déclarait. Celui-ci ne fut pas sans l'apercevoir. Aussi parla-t-il aussitôt d'arrangement, d'accueil convenable, des sentiments généreux de la nation anglaise et de l'asile qu'elle offrirait aux parlementaires eux-mêmes. Il ajouta que l'Empereur serait traité avec les égards qui convenaient à son rang. Lallemand crut bon de demander si Napoléon n'aurait pas à redouter par la suite d'être livré au roi de France. Maitland considéra la seule hypothèse de cela comme une injure.

Las Cases était peu au courant de ce genre de négociations,. il s'attribuait une grande importance et volontiers croyait en imposer par ses opinions, il voulait en outre jouer auprès de l'Empereur le rôle du serviteur indispensable et il brûlait de lui apporter des nouvelles favorables. Le général Lallemand savait qu'en cas d'échec sa tête était en jeu. Maitland d'autre part appuyait volontiers sur les promesses, sentant qu'il était à la veille de couronner des efforts qui servaient à la fois son succès d'officier et sa haine personnelle. Peut-être, lui aussi, croyait-il, comme Napoléon, à la bonne foi britannique et l'on peut se demander si Maitland n'était pas de bonne foi en affirmant que l'Angleterre offrirait généreusement l'hospitalité sur son sol à un ennemi désarmé qui venait lui demander asile et protection.

Las Cases, avant de quitter le Bellérophon, crut devoir dire à Maitland qu'il était probable que dès le lendemain l'Empereur quittant l'île d'Aix viendrait lui demander d'attendre à son bord les sauf-conduits réclamés au gouvernement britannique. A leur retour, les parlementaires rapportèrent à Napoléon tous les détails de leur entrevue. Pour la forme, il réunit un dernier conseil dans sa chambre. Comme précédemment, les avis furent partagés. Montholon et Lallemand étaient toujours contre le projet de se rendre à bord du vaisseau anglais. Tous les autres opinèrent pour. Il y avait encore à choisir, ou bien revenir sur le continent pour essayer, comme après l'île d'Elbe, de reprendre le pouvoir et c'était la guerre civile, ou bien se rendre sur le Bellérophon.

« S'il était question, dit Napoléon, de marcher à la conquête d'un empire ou de le sauver, je pourrais tenter un second retour de l'île d'Elbe, mais je ne cherche que la tranquillité et si j'étais encore la cause d'un seul coup de canon, la méchanceté ne manquerait pas d'en profiter pour me déchirer.

» On m'offre du repos en Angleterre, je ne connais pas le Prince régent, mais, d'après ce que j'ai ouï dire, je ne puis manquer de confiance dans la loyauté de son caractère.

Mon parti est pris, je vais lui écrire, et demain, à la pointe du jour, nous irons à bord de la croisière anglaise ; en abordant le Bellérophon, je serai déjà sur le sol britannique ; les Anglais seront liés par les devoirs de l'hospitalité, et ils ne seront pas assez peu soucieux de leur gloire pour laisser passer une si belle occasion de se montrer magnanimes. »

Napoléon prit une dernière décision : il demanderait asile aux Anglais. Après le conseil, il entraîna Gourgaud dans sa chambre et tirant de sa poche une lettre destinée au Prince Régent d'Angleterre, il lui en donna lecture. Voilà ce que contenait cette lettre :

 

« Altesse Royale,

» En butte aux factions qui divisent mon pays et à l'inimitié des plus grandes puissances de l'Europe, j'ai consommé ma carrière politique et je viens, comme Thémistocle, m'asseoir au foyer du peuple britannique.

 Je me mets sous la protection de ses lois que je réclame de votre Altesse Royale, comme du plus puissant, du plus constant et du plus généreux de mes ennemis.

Ile d'Aix, 13 juillet 1815.

» NAPOLÉON. »

 

Gourgaud avait les yeux en larmes quand l'Empereur eut achevé sa lecture. C'est lui que Napoléon avait choisi pour porter cette lettre et la remettre en mains propres.

Le soir du même jour, donc, Gourgaud et Las Cases se rendaient à bord du Bellérophon. Napoléon les avait chargés en outre d'instructions spéciales pour Maitland : « Mon aide de camp Gourgaud se rendra à bord de l'escadre anglaise avec le comte de Las Cases. Il repartira sur l'aviso que le commandant de cette escadre expédiera soit à l'amiral, soit à Londres. Il tâchera d'obtenir audience du Prince Régent et lui remettra ma lettre. S'il ne voit pas d'inconvénient pour délivrer des passeports pour les Etats-Unis d'Amérique, c'est ce que je désire. Mais je n'en veux pour aller dans aucune autre colonie. A défaut de l'Amérique, je préfère l'Angleterre à tout autre pays. Je prendrai le titre de colonel Muiron ou Duroc. Si je dois aller en Angleterre, je désirerais être logé dans une maison de campagne à 10 ou 12 lieues de Londres où je souhaiterais arriver le plus incognito possible. Il faudrait une habitation assez grande pour loger tout mon monde. Je suis désireux — et cela doit entrer dans les vues du Gouvernement — d'éviter Londres. Si le ministre avait envie de mettre un commissaire près de moi, Gourgaud veillera à ce que cela n'ait aucun air de servitude et que ce soit un homme qui, par son rang et son caractère, ne puisse donner lieu à aucune mauvaise pensée.

 

» Si Gourgaud doit être envoyé à l'Amiral, il serait plus convenable qu'il le gardât à son bord pour le faire partir sur une corvette afin d'être sûr qu'il arrivera à Londres avant nous.

 Ile d'Aix, 14 juillet 1815.

» NAPOLÉON. »

 

La bonne foi, la confiance qui éclatent dans ces lignes, opposées à la duplicité de Maitland et à la perfidie anglaise, font ressortir mieux que nul commentaire la trahison du gouvernement britannique et la malhonnêteté de son geste quand il s'empara de Napoléon pour le conduire à Sainte-Hélène, après lui avoir fait espérer une vie tranquille et digne sous la protection des lois.

Maitland fit immédiatement embarquer Gourgaud sur le Slaney, à destination de l'Angleterre. Mais, là encore, la fourberie et l'imposture dirigent la manœuvre. Jamais le Slaney n'arriva à Londres et jamais Gourgaud ne put remplir sa mission. Ayant fait relâche à Plymouth, le bateau fut mit en quarantaine par l'amirauté anglaise, avec ordre formel à l'équipage et aux passagers de n'avoir nulle communication avec la terre. Ironie ! Le Bellérophon devait arriver à Plymouth avant que Gourgaud ait pu quitter le bord. Entre temps il avait été contraint de se dessaisir de la lettre autographe que Napoléon lui avait confiée.

Las Cases et Maitland devaient, à bord du Bellérophon, diriger les préparatifs de la réception de l'Empereur. Las Cases passa toute la nuit à bord et fut témoin des inquiétudes non dissimulées de Maitland qui avait toujours peur que 1'Empereur lui échappât. Ceci le mit en défiance sur le caractère généreux et loyal de l'hospitalité qu'on réservait à son maître.

Durant la nuit, sur la goëlette Sophie et sur le brick l'Epervier, on chargea les bagages de l'Empereur, y compris sa calèche et deux chevaux, et l'on embarqua la plus grande partie de la suite.

Le matin de ce même 14 juillet, le capitaine de Bonnefoux, préfet maritime de Rochefort, avait reçu la visite du nouveau préfet de la Charente-Inférieure, le baron Richard, qui lui apportait des ordres nouveaux du gouvernement en -ce qui concernait Napoléon. Ce baron Richard était un ancien conventionnel, régicide, que Napoléon avait destitué de ses fonctions peu de temps auparavant. C'est à son caractère insolent et fourbe qu'il devait cette destitution. Il va sans dire que les sentiments que nourrissait Richard à l'égard de Napoléon étaient des plus vindicatifs. Louis XVIII, qui savait la nature des sentiments de Richard, l'avait tout exprès renommé à son poste afin que les mesures prises contre Napoléon fussent aussi odieuses et aussi blessantes qu'il était possible. Les ordres du nouveau préfet portaient que l'une des deux frégates mises à la disposition de Napoléon ralliât immédiatement Rochefort. Trois lettres étaient adressées par le gouvernement royal à lord Hotham ; elles émanaient l'une du roi, l'autre du comte de Jaucourt, ministre de la Marine, la troisième de Gouvion Saint-Cyr, ministre de la Guerre. Toutes trois avaient pour but de livrer sans retard Napoléon aux Anglais. Ces ordres impitoyables n'eurent pas besoin d'être exécutés et le gouvernement de Louis XVIII n'a heureusement pas à porter devant l'histoire le poids de leurs conséquences.

Bonnefoux, qui avait prétexté d'attendre la marée pour porter ces ordres, ne quitta Rochefort en compagnie du baron Richard qu'à 11 heures du soir. On savait Napoléon encore à l'île d'Aix et Bonnefoux mieux que quiconque. Il fit cependant diriger la vedette qui les emportait sur la Saale pour gagner du temps. Quand il aborda la frégate vers une heure du matin, le 15 juillet, le commandant Philibert l'avertit que dans deux heures Napoléon serait en route pour aller rejoindre le Bellérophon. Bonnefoux, dont la correction fut parfaite en la circonstance, déclara au baron Richard que Napoléon était déjà embarqué sur L’Epervier. Secrètement il prit l'initiative de conseiller au général Becker de faire toute diligence pour l'embarquement afin d'éviter que les mesures vexatoires décidées par le gouvernement et désirées par Richard ne fussent mises à exécution.

C'est vers deux heures que Becker reçut cette lettre. L'Empereur à ce moment revêtait l'uniforme qu'il avait abandonné depuis le 28 juin, à la Malmaison. Ce fut Savary qui le prévint de ce que venait d'apprendre Becker. Tant de basse ignominie le révolta. Mais il se contint et garda le silence.

Le plus ému était Savary dont les sanglots entrecoupaient la parole. Pour toute réflexion Napoléon poussa un long soupir et il recommanda simplement à Marchand de ne pas perdre une minute.

Le 15 juillet, à 3 h. 15 du matin, en tenue militaire, l'Empereur quittait sa chambre. Une dernière fois son ombre, à la faible clarté des flambeaux, se profila sur les murs, une dernière fois il passa sombre et courbé par la porte basse que l'on voit encore, une dernière fois son pas, que rendaient sonore les éperons d'argent, retentit sur les marches de bois, et, dans le silence et la nuit, il gagna son embarcation. C'était presque comme un fugitif, que l'un des plus grands hommes de l'histoire, que l'un des plus glorieux, s'en allait ainsi vers le mystérieux inconnu où tant de menaces étaient accumulées.

A 3 h. 30, il mettait le pied dans le canot que l'Epervier avait envoyé pour le prendre. Au clair de lune, deux goëlettes s'avancèrent vers le brick l'Epervier, mouillé à Boyard, près de l'île d'Oléron. Sur l'une était Napoléon accompagné de Bertrand, Savary, Rovigo, Lallemand, Becker, Montholon et de Mme Bertrand.

Au petit jour il montait à bord du brick l'Epervier, commandé par le lieutenant de vaisseau Jourdan de la Passardière. L'équipage, aligné sur un double rang, accueillit l'Empereur avec un enthousiasme indescriptible. Une émotion profonde serrait tous les cœurs. A peine Napoléon parut-il qu'une immense acclamation le salua : « Vive l'Empereur ! »

De pareils moments payent les longues heures d'amertume que valent aux âmes généreuses les trahisons et les malpropretés de la rancune ou de la politique. Aussi ému qu'eux tous, Napoléon serra les premières mains qui se tendaient. Il se fit présenter les officiers et passa en revue tout l'équipage. Ce fut la dernière revue de troupes françaises du grand capitaine.

A ce moment, un officier de la Saale, le lieutenant Borgnis-Desbordes, émissaire du commandant Philibert, vint dire en secret au commandant de l'Epervier qu'il fallait se hâter si l'on ne voulait pas s'exposer à ce qu'on vînt arrêter l'Empereur, par ordre du roi. Il fallait faire toute diligence pour conduire Napoléon à la croisière anglaise, car l'ordre était formel et immédiatement exécutoire. Après la simple constatation de l'identité du prisonnier, on devait d'ailleurs procéder aussitôt à son exécution.

Jourdan de la Passardière, commandant de l'Epervier, fit cette fière réponse : « Pas à mon bord, toujours ! »

Le brick appareilla. Napoléon congédia le général Becker, lui fit un cordial adieu en lui disant qu'il ne faudrait pas qu'on pût l'accuser plus tard de l'avoir livré aux Anglais.

« Retournez à l'île d'Aix, général, reprit Napoléon en lui tendant la main, je vous dispense de m'accompagner jusqu'aux vaisseaux anglais comme le veut votre gouvernement, la France ne doit pas porter le poids d'un acte que j'ai décidé moi- même ». Becker, la voix brisée par l'émotion, prit congé de l'Empereur.

« C'était, à la fois, un spectacle douloureux et sublime que cette lutte où le génie, tombé du faîte de la puissance, apparaissait aux prises avec l'adversité. Calme et résigné comme à l'époque de sa plus grande splendeur, Napoléon n'avait rien perdu de cette aménité qui faisait le charme de ses conversations familières. Il ne semblait nullement préoccupé du sort que lui réservait l'avenir. Affable avec les personnes qui l'approchaient, il avait pour tous des encouragements et des conseils utiles dans ces tristes circonstances. Il subissait sa destinée, mais sans manifester ni émotion, ni abattement, sans proférer une plainte contre ceux qui l'avaient abandonné dans ses malheurs. » Ainsi s'exprime le général Becker lui-même.

L'Epervier leva l'ancre, mais, les vents n'étant pas favorables, la marche fut lente. Aux premières lueurs de l'aube, Napoléon put apercevoir l'île d'Aix qu'il venait de quitter et les côtes de cette France dont malgré tout il avait conscience d'avoir fait la gloire. Longuement, obstinément, il fixait un regard songeur sur cette terre comme s'il pressentait que c'était la dernière fois qu'il pourrait la voir.

Du Bellérophon, la lorgnette en mains, Maitland observait la marche de l'Epervier. Toute inquiétude n'avait pas encore abandonné son âme. Il sentait que la proie allait être prise, mais il redoutait que ce ne fût pas lui qui effectuât cette prise. Au large, Maitland avait en effet aperçu le Superbe, battant pavillon du contre-amiral Hotham et paraissant se diriger de

son côté. Pour prévenir l'embarquement possible de Napoléon sur le Superbe, Maitland fit détacher une embarcation pour aller à la rencontre de l'Epervier. Quand cette embarcation eut abordé le brick, Napoléon se prépara à y descendre.

Ses adieux aux officiers et à l'équipage furent empreints de la même émotion qu'à sa montée sur l'Eperuter. On lui présenta les armes, et quand la vedette anglaise se mit en marche, tous les matelots poussèrent de longues et chaleureuses acclamations. Cette spontanéité dans la marque d'affection qui lui était donnée, cet élan d'hommes simples et de braves hommes lui alla au cœur. On dit que, se penchant alors par-dessus le bord de l'embarcation, il prit de l'eau dans le creux de la main droite et que, dans un geste de bénédiction il en aspergea les flancs de l'Epervier à plusieurs reprises.

Bientôt la vedette ne fut plus qu'un signe dans le lointain. Aussi loin que l'Empereur put entendre la voix de l'équipage du brick, cette voix lui apporta les vivats enthousiastes de ceux qui étaient restés. C'était le dernier lien le rattachant à la France qui venait de se rompre. Le sentit-il, comprit-il que désormais c'était fini de ce mariage de la gloire française et de son génie, que c'était fini de sa fortune, fini de sa grandeur et qu'il entrait vivant dans cette mort anticipée qu'était la captivité ? L'Empereur, à cette minute mémorable, ne devenait plus qu'un homme haï, dupé, contre qui la rancune des valets et des maîtres allait se manifester de la plus indigne manière.

 

A six heures du matin, ce 15 juillet 1815, au moment où le vaisseau de sir Henry Hotham, commandant la flotte anglaise, entrait dans la rade des Barques, Napoléon abordait au Bellérophon.

Bertrand monta le premier à bord du vaisseau anglais. L'Empereur, qui le suivait immédiatement, s'avança vers Las Cases qui lui présenta Maitland. Otant son chapeau, Napoléon lui dit à haute voix avec un grand accent de fermeté : « Capitaine, je viens à votre bord me mettre sous la protection de votre Prince et de vos lois ».

Aucun des honneurs généralement rendus à des personnes de haut rang ne l'attendait sur le Bellérophon. La garde rangée sur le pont ne présenta pas les armes. « L'heure matinale me servit d'excuse », dit plus tard le fourbe Maitland. « Sur les bâtiments britanniques, il est d'usage, déclara Maitland à Napoléon, de ne pas rendre les honneurs militaires à qui que ce soit avant que le pavillon soit hissé, ce qui n'a lieu qu'à huit heures du matin. » Napoléon se fit présenter les officiers, il visita le bateau, il s'informa de toutes choses avec cette curiosité appliquée qui est l'une des formes de son génie, il posa des questions sur les habitudes anglaises. « Il faut maintenant, dit-il, que j'apprenne à m'y conformer, puisque je passerai probablement le reste de ma vie en Angleterre ».

Maitland conduisit l'Empereur à la chambre qui lui était réservée. Il affectait en l'accompagnant de ne l'appeler que « Monsieur ». La froideur hypocrite de cet accueil ne sembla pas frapper Napoléon qui conserva toute sa sérénité. Retiré dans sa chambre, il s'y reposa un long moment.

Le Superbe étant à portée, le capitaine Maitland alla rendre compte à l'amiral : « Je pense, lui dit-il, que j'ai bien fait et que le Gouvernement approuvera ma conduite, ayant considéré qu'il était de beaucoup d'importance d'empêcher le départ de Bonaparte pour l'Amérique et de prendre possession de sa personne. » Sir Henry Hotham répondit : « Gagner de le prendre, en quelques conditions que ce fût, était de la plus grande conséquence ; mais, comme vous n'êtes entré avec lui dans aucune condition quelconque, il ne peut y avoir de doute que vous n'obteniez l'approbation de sa Majesté. »

Une chose est à retenir de cet entretien, c'est que Maitland envisageait possible, croyant probable même, que Napoléon eut passé en Amérique ; ainsi n'était-il pas sans s'inquiéter du rôle qu'il avait dû jouer, de la comédie déloyale qu'il avait montée pour obtenir que l'Empereur vînt de lui-même à bord du Bellérophon. L'amiral, homme d'honneur, n'approuvait sa conduite que sous la réserve qu'il n'eût stipulé aucune condition qui ne dût pas être tenue, il soulignait même une réserve qui pouvait faire croire qu'il n'avait dans son subordonné qu'une confiance relative.

Invité par Maitland d'abord, puis par le général Bertrand, à venir voir l'Empereur, Sir Henry Hotham accepta de se rendre à bord du Bellérophon. Cette visite eut lieu dans l'après-midi. Lord Hotham fut aimable et courtois, autant pourrait-on dire que Maitland avait été arrogant et insolent. Napoléon le retint à dîner. C'est l'Empereur qui traite, ce sont les gens de l'Empereur qui font le service et c'est en souverain que Napoléon prend partout la place d'honneur. Cela n'est pas sans étonner Maitland. Avant de se séparer, lord Hotham pria Napoléon d'accepter pour le lendemain, de déjeuner avec lui à bord du Superbe.

Le 16 juillet, au matin, l'Empereur se rendit à l'invitation de l'amiral. Sauf le coup de canon, Lord Hotham fait rendre à Napoléon les honneurs dus aux souverains. L'équipage tout entier dans les vergues et le gréement, les soldats sous les armes. L'Empereur les passa en revue et leur commanda quelques mouvements d'armes. A quelques-uns il fit croiser la baïonnette et, jugeant la manœuvre sans énergie, il prit l'arme des mains d'un marin et exécuta le mouvement lui-même. « Cet acte, dit Las Cases, surprit beaucoup les matelots anglais, leur visage refléta l'étonnement de voir l'Empereur se mettre ainsi au milieu des baïonnettes anglaises. »

Cette réception eut lieu avec une grande magnificence. Sir Henry Hotham, qui était un gentleman, un homme de grande éducation et de fine culture, se fit le plus charmant qu'il fût possible et montra toutes les grâces de son esprit, tout le charme de ses manières. « Les officiers anglais, écrit Savary, assuraient qu'une réception pareille n'avait lieu que lorsque la roi était à bord des vaisseaux. Une tente magnifique, ayant pour plafond le grand pavillon britannique, ombrageait le pont du bâtiment. L'équipage, en habit de fête, garnissait toutes les vergues, et une très bonne musique était placée sous la dunette. On a peine à croire que lord Hotham eût traité Napoléon de la sorte s'il l'eût considéré comme prisonnier. »

« Au cours du déjeuner, écrit Frédéric Maison, il fut entendu qu'on embarquerait, outre les deux voitures et les chevaux que Maitland avait accepté de recevoir, six voitures et 45 chevaux restés à Rochefort. L'ordre fut adressé au capitaine Philibert, qui, même s'il en avait eu la volonté, n'avait aucun moyen de l'exécuter. »

Il paraît hors de doute que, dans la pensée de lord Hotham, Napoléon devait être traité en Angleterre comme un souverain exilé. Cela concordait avec ce qu'il considérait comme l'honneur britannique et sans doute avec ce qu'il avait cru pénétrer des intentions de son gouvernement.

On revint au Bellérophon vers midi. Par ordre du contre-Amiral, tous les bâtiments anglais mouillés dans la rade avaient fait monter leur équipage dans le gréement et sur les vergues. Pourrait-on admettre que de tels honneurs aient été rendus à quelqu'un que l'on considérait seulement comme un prisonnier ?

A peine Napoléon fut-il à bord qu'on leva l'ancre. Le Bellérophon, accompagné du Myrmidon, sur lequel étaient embarquées les personnes de la suite, firent voile pour l'Angleterre.

Napoléon, debout sur la dunette, demeurait tourné vers les côtes de France, dont son regard semblait ne pas pouvoir se détacher. Pendant toute la traversée du Pertuis d'Antioche et autant qu'il fut possible de distinguer à l'horizon la terre, l'Empereur, les bras croisés, demeura silencieux à regarder fuir, dans l'éloigne- ment du soir, ce qui avait été le plus grand amour, sans doute le seul amour de sa vie. Mais la brume lui cacha les dernières lignes encore visibles de la côte et il n'aperçut plus rien que la mer et l'immense étendue des cieux. Alors de toute son âme il dit un long adieu à la France qu'il ne devait plus jamais revoir, et, comme s'il comprenait tout ce que cette séparation avait de définitif, il resta encore un moment debout, le visage bouleversé, sur la dunette, puis il descendit à sa cabine où il s'enferma jusqu'au soir.

Le drame était consommé. Celui qui avait été le plus grand capitaine des temps modernes, celui qui avait conduit la France à toutes les victoires, celui qui avait porté si haut et si loin le nom français rentrait dans ce qui peut être appelé son agonie. Toute la douleur qui accompagne une telle déchéance, Napoléon l'avait éprouvée. Il faut reconnaître cependant que la douleur suprême d'être livré par sa patrie aux Anglais lui avait été épargnée. Et cela n'avait tenu qu'à bien peu.

On a trouvé dans les papiers de M. de Jaucourt, ministre de la marine du roi Louis XVIII, des ordres qui, s'ils avaient pu être exécutés, auraient été le suprême affront pour Napoléon. La Providence a voulu, autant pour éviter au gouvernement français une ineffaçable honte que pour préserver l'Empereur du plus infamant des malheurs, que les dispositions prises par le Conseil du Roi, ne fussent pas exécutées.

L'ordre de Jaucourt, qui portait qu'on devait par tous les moyens s'assurer de Napoléon, était daté du 10 juillet ; il ne parvint à Rochefort qu'alors que l'Empereur était en route pour l'Angleterre. Il n'a point été pris, il n'a point été livré, c'est librement qu'il est venu réclamer l'hospitalité et se placer sous la garde du pavillon anglais.

Affront encore que Napoléon n'a point subi : « Le 15 juillet, le chef militaire du port de Rochefort et le général Rutreau, commandant le département, prescrivirent chacun à leurs subordonnés qu'en vertu des ordres du ministre le drapeau blanc devait être arboré le 16 juillet au lever du soleil. Un retard dans la transmission des ordres fit remettre la cérémonie le 17 à midi. Le Bellérophon était loin. » Napoléon n'a pas pu de ses yeux voir le drapeau tricolore remplacé par le drapeau blanc.

On connaît le reste. Arrivé à Plymouth, Napoléon reçut l'ordre de s'embarquer sur le Northumberland pour être conduit à Sainte-Hélène, où il devait mourir en 1821, après la plus douloureuse et la plus ignominieuse des captivités.

Quelques esprits prudents déplorent encore que l'Empereur, aveuglé par sa confiance en la loyauté anglaise, n'ait pas profité des occasions nombreuses qui lui furent offertes, et qui la plupart avaient chance de succès, pour gagner l'Amérique. Qu'en fût-il résulté ? Napoléon, devenu un bourgeois quelconque, aurait achevé médiocrement sa vie dans une obscure retraite. Cette fin ne semblait pas en harmonie avec la fantasmagorie d'une existence tenant du prodige. Il est mieux à notre sens qu'une grande infortune, éclatante et noble comme celle de ce grand homme, vienne succéder à une fortune sans égale au monde. Du haut de cet îlot perdu sur l'Océan, comme l'antique Prométhée, le grand Empereur a fini dignement une carrière qui s'auréole de la double lumière de la gloire et du martyre.

Depuis le 15 juillet 1815, le nom de l'île d'Aix n'a cessé d'évoquer les plus angoissantes heures du drame napoléonien. Le souvenir du grand capitaine n'est pas seulement vivace, en effet, dans les cœurs français, mais dans les cœurs de tous ceux à qui le génie et l'infortune humaine se présentent comme dignes d'une vénération particulière. Depuis longtemps, la petite maison banale, aux murs fouettés du vent de mer, est le lieu de pèlerinage de tous les fervents du culte impérial.

L'émotion qui étreint le cœur à la vue de cette maison est accrue encore par une simplicité, une pauvreté pourrait-on dire, qui semblent s'accorder mieux avec l'adversité qui, là mieux que nulle autre part, a frappé l'Empereur. Pour évoquer son ombre, revivre les instants cruels de ses derniers jours de France, il n'est que de regarder la maison, les appartements, les arbres, tout y est comme à cette époque, et si l'ombre du grand mort revient visiter les lieux où il souffrit le premier acte de sa passion, rien ne la peut détourner des précises ressouvenances.

Il y a une trentaine d'années, sur la table ronde de la dernière chambre où coucha l'Empereur avant de quitter le sol de France, il y avait un modeste petit registre sur lequel les visiteurs inscrivaient avec leur nom l'expression de leur cœur. Sur ces feuillets on lisait des noms de tous les pays, et à côté des Français plus rares, ceux des Japonais, des Américains, des Russes et même des Anglais

En 1895, les officiers du navire de guerre Le Surcouf, du port de Rochefort, un des vaisseaux qui avaient été envoyés à l'inauguration du canal de Kiel, en rentrant au port, jetèrent l'ancre devant l'île d'Aix. Ils débarquèrent et vinrent à la petite maison où, sur le « Livre d'or » ils inscrivirent leur nom, sous cette phrase qui semblait une réparation d'honneur :

« Les officiers du Surcouf, il leur retour de Kiel (17 juin 1895), sont venus saluer le vainqueur d'Iéna », 8 juillet 1895.

Ce geste patriotique ne plut pas à Guillaume II qui en fut aussitôt informé par un de ses nombreux espions qui infestaient notre pays. Il y eut sans retard une réclamation de l'ambassade d'Allemagne qui essaya de créer un incident diplomatique. Le gouvernement de la République, oublieux du grand Empereur et de ses victoires, s'inclina devant la réclamation de l'Empereur d'Allemagne, et le ministre de la marine donna des ordres au préfet maritime de Rochefort et au général commandant la subdivision de La Rochelle d'avoir à faire détruire le Livre d'or de la maison de Napoléon. Que n'aurait-on pas fait alors pour acheter les bonnes grâces de Guillaume II ?

L'ordre ne fut pas promptement exécuté car, douze ans après, nous avons copié le texte ci-dessus, sur l'original, précieusement et discrètement sauvé par un garde d'artillerie intelligent, ce qui nous permet aujourd'hui de le publier en rendant hommage aux officiers français du Surcouf.

Comme épilogue de cette tragique aventure, peut- être n'est-il pas inutile de noter les détails suivants :

Napoléon, en partant de Paris, s'était fait suivre de nombreuses voitures, de quantité de chevaux, avec tout un matériel de harnachement et toutes sortes de bagages. La plus grande partie de cela demeura à terre, ne pouvant être embarqué sur les navires anglais. Bien des choses furent laissées à l'abandon et pillées par la suite.

Quantité d'objets provenant de la maison impériale se trouvaient encore il y a peu d'années dans des familles de l'arrondissement de Rochefort, ayant échappé aux brocanteurs, antiquaires, collectionneurs qui avaient exploré la contrée. Il est juste cependant de dire que tout ce que l'on présente comme provenant de la débâcle manque souvent d'authenticité et que les pieux possesseurs des vraies reliques de Napoléon sont ceux qui les gardent dans un respectueux secret.

Quant aux chevaux, dont le nombre s'élevait à 68, aux 9 voitures, aux 110 pièces de harnachement, le marquis de Vernon, premier écuyer du roi Louis XVIII, les revendiqua comme soustraits à son maître et ordonna qu'on les renvoyât à Paris.

Un assez nombreux personnel accompagnait tout ce matériel et se trouvait abandonné comme celui-ci après le départ de l'Empereur. Le préfet Richard fit rentrer à La Rochelle les hommes, les chevaux et le matériel laissé en dépôt à Saintes et à Rochefort. Palefreniers, piqueurs furent rassemblés avec les chevaux, les voitures et les harnais dans la caserne des Cordeliers où ils firent un séjour d'assez longue durée.

Parmi les gens attachés à la sellerie se trouvait un personnage fort singulier, naguère théophilanthrope zélé, actuellement simple ouvrier passionnément dévoué à son Empereur, qui lui était, comme à beaucoup de ses camarades, un véritable dieu. Il l'avait suivi à l'île d'Elbe, il le suivit à Rochefort. Employé aux écuries impériales, il le demeura aux écuries royales.

A La Rochelle, cet ouvrier fut logé place des Cordeliers. Laissé à l'inaction, il s'abandonna au cours de ses rêveries. Cependant il est dans un milieu plébéien où le culte de Napoléon est des plus vifs. Il y trouve quelque agrément, mais il reste obstinément triste, solitaire. Comme avec cela il parle peu et ne paye pas de mine, ses compagnons ne le recherchent pas plus que lui ne met de complaisance à les fréquenter. Il erre par la ville plutôt qu'il ne s'y promène.

Un jour, en allant par la rue des Fonderies qui va de la place des Cordeliers au marché, il passe devant la boutique d'un petit coutelier et s'arrête. Une sorte d'alène, exposée dans la vitrine, attira son regard. Il franchit rapidement les deux marches de pierre de la porte d'entrée, pénètre dans la boutique et demande si l'on ne pourrait pas lui fournir un outil du même genre avec la pointe plus forte. Dans l'affirmative, il revient et le coutelier lui présente un outil affectant la forme d'un poignard effilé. Il le paie la somme de 30 sols.

C'est avec cette arme singulière que l'ouvrier sellier Louis Louvel, admirateur de Napoléon et en haine des Bourbons, poignarda le duc de Berry le 13 février 1820.

Louvel était un fanatique, un fou tourmenté d'une idée fixe qui aujourd'hui, probablement, profiterait des circonstances atténuantes d'un jury humanitaire.

Mais il y avait d'un autre côté une vengeance implacable qui ne se laissa arrêter par aucune considération, c'était la vindicative haine des Bourbons et des ultras qui ne pardonnèrent à personne et n'oublièrent personne, excepté ceux qui quelquefois les avaient servis, comme certaines familles des chefs vendéens. C'est ainsi qu'ils se hâtèrent de briser la carrière de tous ces jeunes officiers qui, à l'exemple de l'enseigne Doret, s'étaient eux-mêmes sacrifiés en se dévouant au salut de l'Empereur et qui avaient combiné les moyens de le soustraire à la croisière anglaise ou au poteau d'exécution préparé avec acharnement par ce même duc de Berry.

 

Napoléon 1er – 250 ans, le dernier Asile sur l’ile d’Aix (Musée Napoléon) (17)

APPENDICE

C'est à M. Pierre Chanlaine, publiciste et homme de lettres, que l'on doit le classement comme monument historique de la « Maison de l'Empereur » à l'île d'Aix. C'est à lui également qu'il faut faire remonter le mouvement d'attention et de faveur qui s'est porté sur le dernier asile de Napoléon en terre de France, avant l'exil.

Nous croyons utile de narrer brièvement les efforts qui ont abouti à cette pieuse réhabilitation historique d'un site et d'un monument auxquels s'attachent de si mémorables souvenirs.

C'est le 7 avril 1925 que M. Pierre Chanlaine, envoyé par le Matin pour un reportage sur les « Iles qui meurent D, fit un séjour à l'île d'Aix et visita la maison de l'Empereur. Le 1er mai 1925, il publiait dans le Matin un article de tête demandant que cet immeuble historique soit classé. Sur le même sujet, il donna à l'illustration, le 27 juin, un nouvel article, à la suite duquel M. Yvon Delbos, sous-secrétaire d'Etat aux Beaux -Arts, lui demanda un rapport détaillé sur la question. Ce rapport fut immédiatement fourni.

Le duc de Trévise, président de la « Sauvegarde de l'Art Français », écrivit sur ces entrefaites à M. Chanlaine pour lui demander de l'aider à sauver la maison de l'Empereur. D'un commun accord, ils décident tous les deux de fonder une société, filiale de la « Sauvegarde de l'Art Français », qui aurait pour but de poursuivre le classement de la « Maison de l'Empereur » comme monument historique, de la restaurer et d'y créer un musée.

M. Pierre Chanlaine est nommé secrétaire général fondateur de cette société. La présidence en est donnée au baron Gourgaud, arrière- petit-fils du général Gourgaud qui accompagna Napoléon Ier à l'île d'Aix et à Sainte-Hélène. La vice- présidence est donnée au duc de Trévise.

Napoléon 1er – 250 ans, le dernier Asile sur l’ile d’Aix (Musée Napoléon)

L'assemblée générale eut lieu chez le baron Gourgaud le 4. juillet 1925. A la suite d'une conférence de M. Chanlaine sur les derniers moments de l'Empereur à l'île d'Aix, le Conseil d'administration de la société fut formé. Sa composition est la suivante :

 

COMITÉ D'HONNEUR

Présidente d'Honneur :

Mme la Duchesse d'ALBUFÉRA.

Vice-Présidents d'Honneur :

M. le Directeur des Beaux-Arts, membre de l'Institut *; M. Jean BOURGUIGNON, Conservateur du Musée de Malmaison.

Membres :

M. le Préfet de la Charente-Inférieure.

Mmes la Princesse J. DE BROGLIE, née Wagram.

la Comtesse DE CASTEJA, née Montebello.

la Princesse DE LA TOUR D'AUVERGNE.

S. A. la Princesse MURAT.

MM. le Duc D'ALBUFÉRA.

le Général BALFOURIER.

le Prince D'ESSLING, Duc de Rivoli.

le Baron FABVIER.

Charles FOUQUERAY.

le Comte de LAS CASES.

LE PROVOST DE LAUNAY.

le Duc de MASSA.

S. A. le Prince MURAT.

le Duc de REGGIO.

le Colonel Rousset.

 

COMITÉ DE DIRECTION

Président :

M. le Baron GOURGAUD.

Vice-Président :

M. le Duc de TRÉVISE.

Secrétaire Général :

M. Pierre CHANLAINE.

Trésorier :

M. Hector LEFUEL.

Membre :

M. le Baron COUDEIN.

Par la suite, le président de la République, le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, le ministre de la Marine, les maréchaux Foch, Lyautey, Fayolle et Franchet d'Esperey s'inscrivirent au comité de patronage.

Les négociations sont activement poursuivies par M. Pierre Chanlaine au ministère et, le 25 septembre 1925, il obtient que la maison de l'Empereur soit classée.

La « Société des Amis de l'île d'Aix », régulièrement constituée, demeure en sommeil jusqu'au début de 1927.

Elle avait réalisé une partie de son programme, mais une partie seulement. Il restait à restaurer l'immeuble et à en faire un musée. Il fallait que la Société obtînt cette maison à elle pour lui donner sa vraie destination.

Généreusement, le baron Gourgaud s'était offert à l'acheter de ses deniers et à en faire don à la « Société des Amis de l'île d'Aix ». Cette offre acceptée, l'achat eut lieu en décembre 1926. Dès janvier 1927, le baron Gourgaud et M. Pierre Chanlaine s'occupèrent d'obtenir des pouvoirs publics les autorisations et l'aide nécessaires. Ils encouragent M. Tierch à créer un service régulier entre Fouras et l'île. Le baron Gourgaud remet dans ce but une très généreuse subvention à M. Tierch. Dans le minimum de temps, grâce aux démarches actives de M. Gourgaud et de M. Chanlaine et grâce à la générosité du baron Gourgaud, la réfection de l'immeuble, son aménagement sont entrepris. Personnellement, et avec toute la somme possible d'efforts et de sacrifices, le baron Gourgaud s'emploie à recueillir les objets et les collections qui doivent enrichir, qui déjà enrichissent le musée.

C'est le 1er juillet 1928 que ce musée fut ouvert au public. Grâce à l'insistance de M. Pierre Chanlaine et du baron Gourgaud auprès de M. Herriot, celui-ci décide de venir inaugurer le musée le 16 septembre 1928, donnant ainsi un témoignage de la sollicitude gouvernementale aux glorieux souvenirs de l'histoire de France et aux habitants de l'île.

Accès : Musées de l'île d'Aix
Musée napoléonien
Musée africain
17 123 ILE D'AIX
tél. 05.46.84.66.40
fax 05.46.84.69.67

Embarquement Pointe de la Fumée, Fouras (Charente-Maritime).

Horaires : http://www.service-maritime-iledaix.com/

 

Napoléon 1er – 250 ans, le dernier Asile sur l’ile d’Aix (Musée Napoléon)

 

250e anniversaire de la naissance de Napoléon Bonaparte: Ajaccio est en fête

Ce 15 août marque les 250 ans de la naissance de Napoléon Bonaparte. Un anniversaire que sa ville natale d'Ajaccio fête en grandes pompes durant trois jours. Les festivités ont débuté à Ajaccio ce mardi 12 août 2019 et se termineront jeudi 15. Le jour J.

https://www.parismatch.com

 

Napoléon et les Guerres de Vendée <==

Déstination Time; Le 1er janvier 1800 (11 nivôse de l’an VIII ).Le tout premier Jour de l'An du Consulat de Bonaparte <==

Napoléon fit venir la tapisserie de Bayeux au Musée du Louvre à Paris en 1804 <==

1808, Napoléon sur Rochefort pour inspecter le réseau de défense l’embouchure de la Charente et l’Arsenal <==

L'île d'Aix, sentinelle impériale - la Bataille navale des brûlots 1809 <==

Retour de la campagne d'Egypte, Napoléon débarque à Fréjus - PACIFICATION DE LA VENDEE (Napoléon Ier auteur du texte) <==

la traversée du temps - Napoléon à l'île d'Aix -Bellérophon / Pierre Loti <==

Le Canot impérial de Napoléon Ier est de retour à Brest. <==

Napoléon de Rochefort à Sainte Hélène (juillet 1815) <==

Le retour de Napoléon de l'île d'Elbe et départ de Madame Royale, l’héroine de Bordeaux pour l' Angleterre <==

Napoléon Ier s'enfuit de l'île d'Elbe le 26 février 1815 <==

5 Mai 1821 ; Napoléon Bonaparte meurt à Sainte-Hélène <==

Le bicorne avec cocarde (Napoleon à Rochefort) anciennement porté dans l'armée française <==

L'obusier napoléonien pour les 350 ans de Rochefort <==

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14 août 2019

Voyage dans le merveilleux de la légende de Mélusine au pied des Remparts de la cité Médiévale de Vouvant

Voyage dans le merveilleux de la légende de Mélusine au pied des Remparts de la cité Médiévale de Vouvant

Vouvant contre une dornée de merveilleux

Un parcours artistique dans les rues de Vouvant associant les sculptures, peintures, dessins, girouettes de Pierre Debien et les textes de Annick pour croiser les mille et un visages de la fée Mélusine qui «  d’une dornée de pierres et une goulée d’eau » a fait flirter Vouvant avec le merveilleux.

Aux visiteurs de cheminer dans Vouvant entre histoire et légende…

15 girouettes

La girouette ne sert pas seulement à indiquer la direction du vent. Elle sert aussi à communiquer. D’abord symbole chrétien au IXème siècle, elle apparaît sur les églises, puis emblème, du pouvoir noble sur les châteaux, du pouvoir municipal sur les beffrois, du pouvoir économique sur les maisons des artisans, commerçants, du pouvoir du peuple, de la liberté de chacun sur les lieux d’habitations, ainsi elles transmettent notre histoire, nos légendes, notre culture. Sur une face, ce sont les couleurs de Pierre et sur l’autre, les versions de 15 légendes de Vendée par Annick.

 

 

==> 1019 – 2019 le Millénaire de la naissance de Vouvant, un programme Féérique en histoire ! <==

 

Vouvant. Quarante mètres de légende sur Mélusine

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/vouvant-85120/vouvant-quarante-metres-de-legende-sur-melusine-6466958

 


Les origines de l’église du Graal de Tréhorenteuc (Saint Eutrope, Sainte Onenne, l’abbé Gillard)

Les origines de l’église du Graal de Tréhorenteuc (Saint Eutrope, Sainte Onenne, l’abbé Gillard) (1)

La forêt de Paimpont est située à l’ouest du département de l’Ile et Vilaine, aux limites du département du Morbihan. Elle couvre une superficie d’environ 8000 ha bordée par des landes à l’Ouest et par le camp militaire de Coëtquidan au sud. Pour le visiteur d’aujourd’hui, cette forêt est la forêt de Brocéliande. En attestent les sites qui renvoient à des références associées aux légendes de la Table ronde, comme le tombeau de Merlin, le perron de Merlin, l’hotié de Viviane, le Val sans retour, la fontaine de Barenton, le pont des secrets. En témoignent aussi les différents lieux dans lesquels ce légendaire a été mis en scène, l’église de Tréhorenteuc, ses vitraux et ses tableaux inspirés des légendes de la Table ronde, le centre de l’imaginaire arthurien au château Comper ou la Porte des secrets au bourg de Paimpont.

Les origines de l’église du Graal de Tréhorenteuc (Saint Eutrope, Sainte Onenne, l’abbé Gillard) (13)

 Les origines de l’église du Graal de Tréhorenteuc

Le château de Sainte Onenne.

Comme garant de la tradition qui le nomme vulgairement « le château de sainte Onenne » ainsi et de son ancienneté, nous aimons à citer un historien de première valeur et dont le témoignage à lui seul suffit pour établir le fondement de ta tradition locale.

Voici comment il arrive à parler de Sainte Onenne et de son château « Plusieurs de ces enfants devinrent saints. Judoc ou Judoce que les Français nomment saint Josse, alla cacher ses vertus dans les forêts de Ponthieu, tandis que saint Vinnoc des siennes illustra la Flandre. Parmi les filles, Eunelle est encore invoquée de nos jours comme Patronne de la paroisse de Sainte-Urielle. Onenna est honorée en la même qualité à Tréhorenteuc, petite paroisse perdue sur la lisière de la forêt de Paimpont, ou se trouve un champ semé de briques romaines que la tradition appelle château de sainte Onenne.

Mais le plus grand, le plus renommé de cette troupe, dans le ciel comme dans le siècle, c'est le premier, l'illustre Judicaél, roi et saint, moine et guerrier.  Nous pourrions nous en tenir là mais on nous saura gré, croyons-nous, de faire appel à d'autres témoignages.

M. le chanoine Le Mené, dans son Histoire du diocèse de Vannes, t. p. 121, parue en 1888, dit « A côté de saint Léry, il faut citer sainte Onenne, sœur du roi saint Judicaël et patronne de Tréhorenteuc (1). L'histoire n'a rien conservé de ses actes. Au nord de l'église, la tradition désigne l'emplacement de son château : C'est un coteau couvert de briques; à cent pas de là se trouve sa fontaine on l'invoque contre l'hydropisie. »

De Garaby Vie (parue en 1839) des Saints de Bretagne, p. 445, au 16 avril. « Née en Bretagne, du roi Hoël III et de la reine Pricelle, vers 604, elle mena une vie religieuse à 400 pas, au nord du bourg de Tréhorenteuc et à cent pas de la fontaine qui lui est consacrée. Son château était tout en briques, même la couverture. Dans l'emplacement on trouve des briques d'une dimension et d'une forme extraordinaire. » Pour terminer ces citations, il nous est particulièrement agréable de donner l'opinion de M. Sigismond Ropartz, homme et écrivain très distingué et beau-frère de la Fondatrice de l'Institut de l'Action de Grâces, qui, dans un article paru en 1861 dans la revue Bretagne et Vendée, tome X, deuxième semestre, p. 195 et intitulé Pèlerinage archéologique au tombeau de Sainte Onenne s'exprime ainsi

« …Dans un champ à mi-coteau aspecté au Nord, et après lequel commence immédiatement la montagne et la lande, la terre est toute jonchée de briques brisées et, à chaque labour, le soc en fait sortir de nouvelles du sol où elles sont enfermées. Tout le monde vous dira que c'est l'emplacement de la maison de Sainte Onenne. Le plus superficiel examen de ces briques suffirait pour convaincre un écolier en archéologie de leur origine romaine ou gallo-romaine.

Il résulte clairement de tous ces témoignages que sainte Onenne avait un château ou plutôt un ermitage dans ce champ qui a gardé son nom jusqu'à nos jours.

L'Emplacement précis de cette maison.

Il nous reste à essayer de préciser l'endroit où se trouvait le dit château, ce qui n'est pas facile, vu l'étendue du champ et le manque de renseignements autorisés. Essayons cependant et peut-être y arriverons-nous, en nous laissant guider par une certaine tradition et les découvertes récentes.

Au sujet du souvenir qui peut en être resté, nous avons interrogé minutieusement plusieurs personnes et l'une d'elles nous a dit que c'était à l'endroit même où nous avons fouillé, a peu près au milieu du champ dit « château de Sainte Onenne (2). C'est tout ce que nous avons pu recueillir sur ce sujet.

Mais tout le monde croit et assure que la Bienheureuse construisit son ermitage avec les débris de construction romaine ou même qu'elle n'eut qu'à s'installer dans les ruines d'une villa abandonnée ou trois quarts détruite. Là aurait demeuré un riche propriétaire Armoricain ou une colonie romaine s'y serait installée à une époque inconnue. En tout cas, nous avons fait remarquer que le principal habitant devait être riche et sa maison opulente.

Les fouilles nous donnent aussi une indication qui n'est pas à négliger et nous permettent de croire que sur les ruines païennes, il y eut une habitation occupée par les chrétiens.

Sur un fragment de pierre, on voit une inscription qui porte probablement une date, un +V (et sur le jambage il y a un trait qui rappelle l'intention de former une croix +V (3). Une autre parait encore plus probante. Elle consiste en un dessin tracé sur la pierre figurant une sorte de couronne, au bout de laquelle il y a trois lettres bien formées 0 V E, mais le v est dans l'O. A gauche, on voit un petit rond, forme de crosse si l'on veut, dans lequel il y a une petite croix bien formée et reconnaissable à l’œil nu. A ce sujet, nous ferons remarquer que le P. Albert le Grand, dans sa Vie des Saints de Bretagne, appelle notre Bienheureuse Ovenne et non Onenne, ce qui d'ailleurs est équivalent, Nous croyons aussi, avec M. Loth, que l'orthographe primitive était Onen ou Oven (4). Je le cite « Onenn (sainte) écrite Onenne à Tréhorenteuc, plus anciennement Onen.

« En Galles, Onen était la mère de saint Elloth. .. »  L'abbé Duine (5) « Onenn cette sainte est rangée parmi les filles du roi Judaël; elle est honorée d'un culte populaire a Tréhorenteuc….. »

C'est pour perpétuer son souvenir, marquer et rappeler a ceux qui pourraient l'oublier le lieu très probable de son ermitage et de sa mort que nous avons fait placer, le 18 avril dernier, une inscription ainsi conçue

ici

FUT

LE CHATEAU DE

SAINTE ONENNE

PRINCESSE DE BRETAGNE

VIIe  Siècle.

Pourquoi et comment Onenne vint à Trohorenteuc. 

 Il nous reste à rechercher pourquoi et comment Onenne vint à Tréhorenteuc pour y vivre et y mourir.

Les origines de l’église du Graal de Tréhorenteuc (Saint Eutrope, Sainte Onenne, l’abbé Gillard) (5)

Pourquoi ?

– La légende recueillie par M. l'abbé Piéderrière et que nous avons résumée dans notre travail sur Saint Léry (6), nous dit que c'est pour échapper la fureur de son frère Haeloc qui s'était emparé du pouvoir contrairement aux droits de son frère ainé Judicaël, et qui pour régner plus sûrement avait fait massacrer plusieurs de ses frères et force pour ainsi dire Judicaël à se faire moine dans l'abbaye de Saint-Jean de Gaël.

Tel n'est pas, à notre avis, le motif de la détermination d'Onenne. C'est uniquement dans un but spirituel, pour travailler plus facilement à son salut et imiter certains de ses frères et sa sœur Urielle, qu'elle se décida à quitter la cour et à se réfugier dans un endroit solitaire et alors inconnu presque totalement.

M. Ropartz, dans l'article précité, est du même avis et il écrit « Si elle quitta la maison ou de son père ou de son frère (7), c'était pour obéir à l'instinct religieux qui poussait les chrétiens fervents et préoccupes des choses célestes, à rechercher les solitudes les plus sauvages et les moins accessibles pour y vivre avec Dieu seul. C'est en parcourant dans ce but les forêts profondes de Brocéliande que la noble fille rencontra sans doute la villa à moitié ruinée de quelque riche Armoricain qui, séduit par l'aspect pittoresque du val de Tréhorenteuc, y avait fait, trois ou quatre siècles auparavant, un pavillon de chasse et de plaisance. Elle s'abrita en quelque recoin, et y passa solitairement sa vie, en compagnie des bêtes sauvages et des anges du ciel (8). Et voilà pourquoi on trouve des briques dans la maison de sainte Onenne, sœur du roi Judicaël. »

Comment ? – Nous n'avons, pour nous guider, que des légendes, mais bien gracieuses, que nous aimons à faire connaitre au moins en résumé.

La première (9) a été recueillie par M Adolphe Orain et publiée par lui dans la « Revue de Bretagne et de Vendée » tome XXXVIII, VIIIe  de la collection, 4e série, 1875, 2e semestre, p. 269, sous le litre de Sainte Onenne.- récit de la gardeuse de vaches.

Les origines de l’église du Graal de Tréhorenteuc (Saint Eutrope, Sainte Onenne, l’abbé Gillard) (6)

La voici en substance: « Onenne avait à peine dix ans lorsque, voulant assurer son salut et vivre en pauvre, elle quitta soudainement la maison de son père qui résidait ou au château de Gaël ou à celui de Mauron, pour aller faire pénitence quelque part, mais dans un endroit très solitaire. Pour ne pas être reconnue, elle échangea ses vêtements de princesse contre ceux d'une pauvre petite bergère, et, marchant toujours devant elle sans trop savoir où elle allait, se trouva sur le soir auprès d'un manoir où elle alla demander l'hospitalité pour la nuit, craignant d'être dévorée par les loups, dit-elle au portier de Rue-Neuve (autrefois dénommé l'hôtel de Tréhorenteuc) et qui se trouvait tout près du petit bourg de Tréhorenteuc. Le gardien hésita d'abord à lui ouvrir, mais enfin touché de compassion pour cette jeune fille si candide et si misérable en apparence, il ouvrit et lui promit de la recommander à la châtelaine qui pourrait bien l'utiliser en l'envoyant garder les oies. Onenne accepta de grand cœur, pour son pain. Dès le lendemain, elle commença ses fonctions de gardeuse d'oies.

Lorsqu'après avoir rentre son troupeau il lui restait un peu de temps, elle en profitait pour aller prier la Vierge Marie dans une petite chapelle située au fond d'un superbe jardin. Lorsqu'elle s'y rendait, sans songer qu'elle faisait mal et pouvait contrarier quelqu'un, elle cueillait sur son passage toutes les plus belles roses du jardin pour les offrir ensuite à Marie.

Les origines de l’église du Graal de Tréhorenteuc (Saint Eutrope, Sainte Onenne, l’abbé Gillard) (3)

« La dame du manoir, s'étant aperçue que ses roses disparaissaient, épia Onenne et la vit faisant sa moisson Elle ne l'interrompit pas et la suivit jusque dans la chapelle sans faire de bruit. L'enfant aussitôt arrivée, déposa ses fleurs sur l'autel et se prosterna devant la Mère de Dieu. La châtelaine, voyant le recueillement et la piété de la jeune fille dont la figure s'illuminait pendant qu'elle priait, en fut vivement émue. Elle le fut bien davantage lorsque, tout à coup, elle vit deux anges qui semblaient descendre du ciel, prendre l'enfant par les bras et la soulever de façon à lui permettre de recevoir un baiser des lèvres de la Sainte Vierge.

 Puis Onenne demeura appuyée sur l'autel, en extase devant la statue de Marie qui semblait lui sourire encore.

« A la suite de cet événement, la jeune fille interrogée par la dame qui se doutait bien qu'Onenne n'était pas une pauvresse, fut obligée, pour ne pas mentir, à se faire connaitre comme la fille du roi de Gaël et à se laisser conduire par la châtelaine elle-même, jusqu'au château de son père et de sa mère qui, en la voyant revenir après une longue absence et qui la pleuraient amèrement, se mirent à l’embrasser avec effusion et à verser d'abondantes larmes de joie.

 Ici finit le récit de la gardeuse de vaches. Mais une autre tradition nous dit qu'Onenne garda un si bon souvenir de son passage à Tréhorenteuc qu'elle revint pour y finir ses jours.

Les origines de l’église du Graal de Tréhorenteuc (Saint Eutrope, Sainte Onenne, l’abbé Gillard) (11)

Sa mort, son tombeau.

Onenne mourut jeune, environ à l'âge de vingt-cinq ans, dans son ermitage des Masseries. On raconte qu'étant sortie un jour avec quelques compagnes, dans la campagne voisine .elle rencontra un jeune seigneur qui voulut l'enlever pour l'épouser. Onenne jeta les hauts cris et des canes qui se trouvaient à proximité en firent autant et permirent à des soldats qui passaient près de là de venir au secours de la jeune fille et de la délivrer de son agresseur.

Peu de temps après, elle mourut et son corps fut mis dans une châsse de plomb et inhumé dans l'église de Tréhorenteuc, à l'endroit où l'on voit sa statue couchée, près de la petite porte, du côté midi. On ignore ce qu'est devenu le cercueil de plomb et les restes sacrés de la jeune vierge. Toutefois et récemment, nivelant et refaisant le dallage de l'église, on a trouvé à l'endroit du tombeau une tête que l'on croit être celle de Sainte Onenne.

Les origines de l’église du Graal de Tréhorenteuc (Saint Eutrope, Sainte Onenne, l’abbé Gillard) (22)

Comme témoignage de la véracité et de la perpétuité de son culte, il y a deux statues la représentant en mi-princesse et mi-recluse. L'une est à droite du maître-autel, l'autre, celle dont nous venons de parler.

 Enfin disons qu'il subsiste, dans l'église de Tréhorenteuc, une bannière fort belle qui est, dit-on, un don de la duchesse Anne de Bretagne. Elle représente d'un côté le crucifix, de l'autre la Sainte Vierge entre Saint Eutrope et Sainte Onenne agenouillée. La Vierge remet au saint une riche crosse d'or et l'Enfant Jésus bénit la sainte vêtue d'une sorte de voile ou de coiffe blanche, d'une robe jaune et d'un manteau bleu autour de la ceinture. C'est le même costume que la statue couchée. On y voit aussi la cane et ses trois petits, rappelant la légende que nous venons de raconter.

Le baron du Taya, qui a écrit, dans son histoire de Brocéliande, des pages fort remarquables sur Gaël, dit en parlant de l’église de Tréhorenteuc :

« Cette jolie église, oubliée du reste du monde, a cependant reçu les dons pieux de la sainte Marie-Thérèse Charlotte de France, surnommée « Madame Royale » fille de Louis XVI »

Les origines de l’église du Graal de Tréhorenteuc (Saint Eutrope, Sainte Onenne, l’abbé Gillard) (16)

Mythes et légendes médiévales, le Cerf blanc.

 

La mosaïque du cerf de l'église du Graal de Tréhorenteuc

 

40 ans de la mort de l’abbé Gillard, recteur de « l’église du Graal »

Henri Gillard , plus le nom sous Connu de l 'abbé Gillard est un prêtre breton attaché à l'église Sainte-Onenne de Tréhorenteuc . (il est né en 1901 à Guégon près de Josselin, et mort en 1979,

En 1942, il devient «le Recteur de Tréhorenteuc »

 (Visite virtuelle - Les origines de l’église du Graal de Tréhorenteuc (Saint Eutrope, Sainte Onenne, l’abbé Gillard)

L’abbé Gillard a commencé la reconstruction de l’église de Tréhorenteuc en 1943 par ses propres ressources et grâce à l’aide des paroissiens.  Le vitrail de la Table ronde est posé, premier pas évident vers la légende.  Il faut savoir qu’il se privait de nourriture pour garder de l’argent à la rénovation de ce lieu. Labbé entreprend des travaux qui dureront douze ans. Il veut faire pour Tréhorenteuc un sanctuaire, mais aussi un lieu d’art, de beauté, de réflexion intellectuelle.

Le secret du Saint Graal - Brocéliande

Il fait restaurer cette petite église communale du Morbihan en la décorant de peintures qui mélangent le merveilleux celte à la foi chrétienne, à travers la symbolique du Graal. Il popularise nettement la légende arthurienne grâce à ses nombreux ouvrages et aux visites guidées du Val sans retour tout proche, qu'il organise. Durant ses années de ministère, il guide les visiteurs et les héberge dans l'église.

En 1995, l’association de sauvegarde des œuvres de l’Abbé Gillard s’est engagée à poursuivre la diffusion de ces brochures.

 

Les origines de l’église du Graal de Tréhorenteuc (Saint Eutrope, Sainte Onenne, l’abbé Gillard) (4)

Sainte Onenne, patronne de la commune, avatar de la Grande Déesse mère des Celtes, est quasi absente des guides touristiques, alors qu’elle est mise en avant dans l’église. Elle a en effet peu de lien avec le mythe du Graal, si ce n’est une version de la légende, datant du XIXe siècle, qui rapproche son château de celui de la Roche dans Lancelot-Graal. Des ruines étaient visibles jusque dans les années 1850, non loin de la fontaine actuelle.

Les origines de l’église du Graal de Tréhorenteuc (Saint Eutrope, Sainte Onenne, l’abbé Gillard) (10)

 (Saint Eutrope (ou saint Eutropius) - Sainte Estelle de Saintes - Mediolanum Santonum)

 

 

 

Grégory Moigne Doctorant en Celtique et Histoire des Religions.

La topographie légendaire de Brocéliande. De son invention à ses recompositions contemporaines. Marcel Calvez.

Les origines de l’église du Graal de Tréhorenteuc

Le secret du Saint Graal - Brocéliande

https://data.bnf.fr/fr/11904914/henri_gillard/

https://www.ouest-france.fr/bretagne/trehorenteuc-56430/trehorenteuc-sans-l-abbe-gillard-cette-eglise-serait-en-ruine-6346597

fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Gillard

Abbé Le CLAIRE Comptes-rendus, procès-verbaux, mémoires... / Association bretonne, Archéologie, Agriculture

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

(1) Elle n'est que patronne secondaire Le premier est saint Eutrope évêque de Saintes. Mais leurs fêtes se confondent et se célèbrent le 30 avril. Le jour de la solennité on va en procession à la fontaine de Sainte Onenne. Autrefois, les canes de la légende accompagnaient les fidèles, mais depuis le jour on les seigneurs de Rue-Neuve tirèrent sur elles, elles se réfugièrent dans un endroit secret et on ne les a pas revues. (Propos de la femme Math. Petremoul de Folle-Pensée, en Paimpont)

(2) La veuve Jamet; née Morin, de Tréhorenteuc, aujourd'hui à Folle-Pensée.

(3) Généralement on croit que c'est intentionnellement qu'on a tracé cette ligne pour en former une croix. D'aucuns la considèrent comme l'effet du hasard, mais c'est peu croyable. Pour nous, nous n'hésitons pas à y voir l'indice de l'ère chrétienne.

(4) Noms des Saints Bretons, p. 101.

(5) Memento, p.155, n° 175.

(6) P .12.

(7) Gaël ou Brambilly, en Mauron,

(8) Elle avait aussi quelques compagnes et était un peu regardée comme l'abbesse du petit couvent.

(9) Voir l'autre dans « Saint-Léry

 

13 août 2019

Sur les pas de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (Maison Natale Montfort-sur-Meu en Bretagne)

Sur les pas de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (Maison Natale Montfort-sur-Meu en Bretagne)

Le pays de Montfort est marqué par l’histoire du Père de Montfort, Saint Louis-Marie Grignion, né en 1673. Sa maison natale se trouve rue de la Saulnerie à Montfort où aujourd’hui on y entretient son souvenir. Elle se visite toute l’année et reçoit de nombreux pèlerinages.

 

 

Selon un document de 1682, les trois immeubles contigus appartenant aux Grignion formaient un logis bourgeois central à étage et deux sortes d’ailes avançant sur la rue de la saulnerie.

C’est dans la grande pièce du milieu qu’une tradition constante place la naissance de saint Louis-Grignion, le 31janvier 1673, fils de Jean-Baptiste Grignion, sieur  de la Bachelleraye, avocat et procureur au siège du comte de Montfort, fermier général de Saint-Lazare, trésorier de la paroisse Saint-Jean, syndic et échevin de la Communauté de ville, et de Jeanne robert, fille d’un procurer et syndic de Rennes. L. M. Grignion n’y séjourna que cinq ans.

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12 août 2019

CIVITAS SANTONUM. Ecclesia Sti Eutropii – Basilique Saint Eutrope de Saintes

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Saintes porte, dans les écrits de Grégoire de Tours, les noms de Santonas, civitas Santonas, urbs Santonica; son territoire y est nommé urbs Santonica ou territorium Santonicum, et l'adjectif Santonicus est le seul employé.

La situation de la cité de Saintes entre celle de Poitiers, d'Angoulême et de Bordeaux, ne permet pas de douter que cette ville ait fait partie du royaume d'Alaric avant la bataille de Vouillé (507), A la suite de cet événement, Saintes se soumit aux Francs, et son évêque, Pierre, figura en 511 au concile réuni par Clovis à Orléans. (==> Archéologie : Sur les traces de Clovis et le fondement des pierres du Premier Royaume)

 

CIVITAS SANTONUM

 

Les documents ne disent pas auquel des fils de Clovis Saintes fut attribué lors du premier partage de la monarchie franque en 511 ; mais si l'on tient compte de l'histoire de ce démoniaque saintongeais qui, au dire du biographe de saint Cybar, annonçait l'intention de se rendre auprès du roi de Paris, Childebert, on croira sans doute que Saintes obéissait alors à ce prince, car il est probable que le malade ne se préoccupait point d'un souverain dont il n'aurait pas été le sujet. Nous remarquerons, à ce propos, que la civitas Santonum était contiguë à la cité de Bordeaux dont la possession par Childebert est suffisamment prouvée.

CIVITAS SANTONUM

Le second partage de l'empire franc (561) rattacha la civitas Santonum au nouveau royaume de Paris, c'est-à-dire aux États de Charibert, qui rendit le siège épiscopal de Saintes à l'évêque Emerius, qu'une décision d'un synode provincial en avait chassé 1.

A la mort de Charibert (567), Saintes échut à Gontran, et son prélat, Palladius, assista en 573 au concile parisien, composé d'évêques soumis au roi de Bourgogne.

En 576, elle était enlevée à ce souverain par Clovis, fils de Chilperic 2, et semble être restée unie au royaume de Soissons jusqu'en 584, date de la mort de Chilperic, puisque, à ce moment, un ancien comte de Saintes, Waddon, remplissait auprès de l'époux de Frédegonde les fonctions de maire du palais 3.

 L'extrême jeunesse du fils de Chilperic, dont la tutelle fut confiée à Gontran, permit à celui-ci de replacer Saintes sous son autorité : aussi le voit-on pourvoir en 585 à la vacance du siège épiscopal, tandis que cette même année 4, comme plus tard en 589, les Santonici participaient à l'expédition que le roi de Bourgogne dirigea contre la Septimanie 5.

Un passage du chapitre consacré par Grégoire à Trojanus, évêque de Saintes, suffirait à prouver qu'au temps de ce prélat, c'est-à-dire au commencement du VIe siècle, il y avait déjà à Saintes plusieurs « lieux saints » (loca sancta) 6. Le nombre de ces sanctuaires s'accrut encore au cours du VIe siècle, et notre auteur désigne nominalement cinq d'entre eux : la basilique de Saint-Eutrope, le tombeau de saint Vivien, celui de deux saints époux, un oratoire dédié à saint Martin de Tours, et l'édifice consacré à Trojanus lui-même.

CIVITAS SANTONUM

La basilique de Saint-Eutrope avait été construite vers le dernier quart du VIe siècle par l'évêque Palladius (573-600), qui y transféra en grande pompe les restes du martyr saintongeais 7.

Cette basilique occupe le même emplacement que l'église actuelle de Saint-Eutrope, au faubourg occidental de Saintes, où l'on retrouva, en 1843, un sarcophage monolithe dont le couvercle présentait l'inscription EVTROPIVS 8

Le tombeau de l'évêque Bibianus, situé, au dire de Grégoire, dans le faubourg de la ville, était sans doute, dès le VIe siècle, renfermé dans une basilique représentée aujourd'hui par l'église actuelle de Saint-Vivien, au nord de Saintes.

On n'a conservé à Saintes aucun souvenir d'un oratoire, voisin de l'église dédiée à saint Trojan, où reposaient dans un grand sarcophage deux corps, l'époux et l'épouse, qui étaient morts encore revêtus de la robe blanche du baptême 9

Il n'est pas non plus possible de déterminer l'emplacement de l'oratoire consacré à saint Martin dans la maison de Cardegisil, citoyen de la ville de Saintes (civis Santonicae urbis) dont Grégoire accepta l'hospitalité 10.

CIVITAS SANTONUM. Ecclesia Sti Eutropii – Basilique Saint Eutrope de Saintes

La basilique dédiée à l'évêque Trojanus, mort en 532, n'est également connue que par le témoignage de notre auteur 11 ; elle était, semble-t-il, située au faubourg septentrional de Saintes et près de l'église de Saint-Vivien, puisque, selon Grégoire, « Trojanus, réuni à Bibianus dans le ciel, fut son voisin dans le tombeau 12 ».

NAJOGIALUM, villa, in territorio Santonico. — Suivant une tradition que Grégoire recueillit lors de son passage en Saintonge, les habitants de la villa Najogialum étaient obligés, avant le IVe siècle, d'aller tirer de l'eau à un puits situé dans la vallée à mille pas environ de la villa ; mais, grâce aux prières de saint Martin de Tours, qui cheminait dans ces parages, une source immense (fons immensus) jaillit non loin de Najogialum, qu'elle fournissait d'eau au temps de notre historien. 13

 Bien que l'on compte aujourd'hui dans l'ancien diocèse de Saintes quatre localités dont le nom soit le dérivé naturel de celui de Najogialum, - Nieul-le-Virouil, Nieul-lès-Saintes, Nieul-sur mer et Nieulle-sur-Seudre, — l'attention du commentateur des Miracula beati Martini doit cependant s'arrêter sur un seul d'entre eux, Nieul-lès-Saintes (Charente-Inférieure, arrondissement et canton de Saintes), village situé à 8 kilomètres à l'ouest de la ville épiscopale.

En effet, non-seulement ce village est bâti sur un coteau et à une lieue environ d'un cours d'eau quelconque, ce qui satisfait pleinement au texte de Grégoire, mais son église est placée sous l'invocation de saint Martin, que l'on considérait, au vie siècle, comme le bienfaiteur de la villa Najogialum. Disons aussi que, « dans le flanc même du coteau parallèle à celui sur lequel est bâtie l'église, s'ouvre un bassin profond et fort large encore, bien qu'il ait été resserré par les murs que l'on a construits pour empêcher les éboulements de terre ou autres accidents d'obstruer la source et d'en altérer la pureté. » Ce bassin représenterait le fons immensus de Grégoire 14.

 

Des fouilles archéologiques à saintes

 

La municipalité  de Saintes vient de commander des fouilles archéologiques au pied de la Basilique Saint-Eutrope de Saintes pour réhabiliter cette église inscrite au patrimoine mondiale de l'Unesco. La basilique Saint-Eutrope conserve une des cryptes les plus vastes d'Europe !

Un petit bijou d'art roman du XIe s, qui abrite les reliques d'Eutrope, premier évêque de Saintes.

Le saint patron de l'église primitive Au IVe s., c'est vraisemblablement pour honorer la mémoire du martyr Eutrope que les chrétiens édifièrent une basilique sur la colline renfermant sa sépulture.

Christ Mort pour la Foi, le martyr participe plus que tout autre fidèle à la passion du Christ. Pour cette raison, l'église primitive le considère comme un saint digne d'être vénéré. Le culte des martyrs et des saints se développe particulièrement au IVe s.

CIVITAS SANTONUM. Ecclesia Sti Eutropii – Basilique Saint Eutrope de Saintes

Chaque église se place, dès lors, sous l'invocation d'un saint. Par la suite, le culte rendu au corps saint s'étend aux fragments de ce corps, aux reliques. Le désir d'en posséder conduit aux pires excès, tels ces moines de Figeac (Lot) qui volèrent le corps saint de l'évêque Vivien au IXe s. L'évêque local, Pallais, comprit l'intérêt des reliques qui attirent une foule considérable, principalement pour les guérissons qui leur sont attribuées. Aussi s'adressa-t-il respectivement au pape et à l'évêque de Tours, pour obtenir des reliques de saint Pierre et de saint Martin et promouvoir le culte du premier dans la cathédrale et celui du second dans la basilique édifiée sans doute sur la rive droite.

CIVITAS SANTONUM. Ecclesia Sti Eutropii – Basilique Saint Eutrope de Saintes

La restauration de la basilique de saint Eutrope incluait sa dédicace : elle devait être sous le patronat de saint Etienne. Confirmé par Fortunat, le projet était justifié par la disparition de la sépulture de saint Eutrope et l'oubli de son martyre.

Par ailleurs, selon l'abbé Briand, "c'était la coutume de l'Eglise, dans ces temps reculés, d'honorer, dans la personne du premier des martyrs chrétiens (Etienne, diacre de la première communauté chrétienne de Jérusalem), tous ceux que l'on supposait avoir donné leur sang pour la Foi, et dont le martyre néanmoins n'était pas aussi clairement prouvé que leur vie sainte était attestée".

La Providence aidant, Pallais découvrit la sépulture de saint Eutrope dans le roc au cours de la reconstruction de l'église primitive. Après la confirmation du martyre, Pallais, selon Grégoire de Tours, fit transporter les restes du saint dans le lieu qu'il avait fait préparer pour les recevoir. Il s'agissait vraisemblablement d'une crypte située dans l'abside, soit derrière l'autel, là où se trouvait le trône de l'évêque des premières basiliques, soit, plus sûrement, sous la table de l'autel, incorporée ou dans le sol. A la suite de ce transfert, la basilique restaurée fut légitimement sous le vocable de saint Eutrope.

Sous la houlette de l'évêque Pallais, le transfert des restes de saint Eutrope, de la grotte à la basilique restaurée, donna lieu, sans doute, à un grand rassemblement d'ecclésiastiques et de fidèles. Nous pouvons supposer qu'une arrivée en cortège, suivie d'un office solennel, précéda leur relogement dans la crypte.

Selon l'abbé Briand, l'événement fut aussitôt commémoré par une fête religieuse, la saint Eutrope rocade, célébrée jusqu'au Xle s. - rocade, du bas latin rocca, roche et du suffixe de localisation ade - Cette saint Eutrope Rocade serait à l'origine de la Rocade, fête populaire encore en vogue au milieu du XIXe s, mais qui s'est effacée devant la saint Eutrope, tenue sur la place Blair autour du 30 avril.

La fête patronale du 30 avril avait été établie en 1602, pour commémorer la translation du chef de saint Eutrope de Bordeaux à Saintes. Il existait déjà une autre fête patronale. Fixée au 14 octobre, cette saint Eutrope rappelait la translation, en 1096, du tombeau de saint Eutrope, de la crypte de la basilique, à celle de l'église basse récemment construite - cette église basse improprement appelée crypte de nos jours.

CIVITAS SANTONUM. Ecclesia Sti Eutropii – Basilique Saint Eutrope de Saintes

Le corps de saint Eutrope n'a pas échappé à la dispersion de ses reliques.

Différents actes le prouvent : - Une charte, datée du 30 juillet 1385, fait état d'une moitié de côte accordée à Louis II de Bourbon pour la fondation d'une collégiale à Moulins.

- Un inventaire du trésor de la sacristie de l'église Saint-Eutrope, dressé vers 1530, indique la présence dans des reliquaires particuliers, et donc hors du tombeau : "d'une coste de saint Eutrope avecque la mâchoire du dict saint. du bras du même saint", l'un et l'autre enchâssés en argent.

- Un procès-verbal du 22 novembre 1562 atteste qu'à cette date, « le chef et le bras de saint Eutrope estaient au prieuré de Saint Eutrope lez Xainctes ». La persistance des troubles religieux amena leur dépositaire, le prieur du monastère, à se réfugier à Bordeaux. C'est ainsi que le chef de saint Eutrope séjourna dans cette ville de 1571 à 1602, d'abord dans le presbytère de l'église Sainte-Eulalie, puis dans le trésor de la cathédrale Saint-André, Le 9 novembre 1793, le chef de saint Eutrope fut dépossédé de sa châsse en argent, et finalement sauvé. Caché d'abord dans le charnier de l'église basse, puis chez les paroissiens Grout et Doussin, il ne retrouva sa niche, dans l'église haute, que le 6 floréal an XIII (26 avril 1805). Il était doté d'un nouveau reliquaire, "une figure d'argent, dorée en partie à l'or moulu

Revenons au tombeau. Un extrait du cartulaire de l'abbaye de bénédictines de Saint-Cybar (près d'Angoulême) nous apprend que les restes de saint Eutrope étaient déposés dans l'église intra-muros Saint-Pierre-le-Puellier pendant le conflit qui opposa le comte de Poitiers et le duc d'Aquitaine Guy-Geoffroy entre 1060 et 1062.

Est-ce la cathédrale Saint-Pierre qui est désignée sous le vocable le Puellier ?

Mot à rattacher au latin pue lla, jeune fille. S'agit-il d'un baptistère féminin comme le Sancti Petri Puellarum d'Orléans ? Signalons qu'il existait à Tours une église Saint-Pierre-le-Puellier située près d'un monastère de vierges fondé par la reine Clotilde. Sous le même vocable, Bourges conserve quelques vestiges d'une église issue d'un monastère féminin d'époque mérovingienne.

Quelle que soit la cause de sa disparition : guerre de Cent ans, guerres de Religion, Révolution, on avait perdu la trace du tombeau. Il fut redécouvert le 19 mai 1843 à l'occasion du déblaiement de l'église basse, opération à l'initiative et sous le contrôle de notre Société.

L'identification des ossements trouvés dans le sarcophage portant l'inscription Eutropius, donna lieu à des discussions serrées au terme desquelles il fut admis que le tombeau contenait la majeure partie du corps de saint Eutrope, la tête de sainte Eustelle et les reliques d'un saint Innocent, soit celles d'un enfant naissant. Les restes de saints illustres se trouvent assez fréquemment réunis à ceux de saints Innocents (ou considérés comme tels). La reine franque Radégonde (520-587) avait fait venir, de Jérusalem, des reliques des enfants mis à mort par le roi des Juifs.

 

Bulletin / Société d'archéologie et d'histoire de la Charente-Maritime

Géographie de la Gaule au VIe siècle / par Auguste Longnon,

 https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/charente-maritime/fouilles-archelogiques-saintes-mettre-valeur-joyau-art-roman-1485923.html

 

 

Tombeau de Saint-Eutrope dans la crypte de la Basilique de Saintes (Saintonge) <==.... ....==>

 

 

 


 

1. Historia Francorum, I. IV, C. XXVI.

2. Ibid., I. V, C. XIII.

3. Ibid., I. VI, c. XLV.

4. Ibid., I. VIII, c. xxx.

5. Ibid., 1. IX, c. XXX.

6. De gloria confessorum, c. LIX.

7. De gloria martyrum, c. LVI.

8. Revue archéologique, année 1845,p. 569-585, 718-720. — E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. II, p. 362.

9. De gloria confessorum, c. LX.

10. Miracula beati Martini, I. III, c. LI

11. De gloria confessorum, c. LIX.

12. Ibid.

13. Miracula beati Martini, 1. IV, c. XXXI.

14. Ces renseignements ont été fournis en 1872 à la Commission de la topographie des Gaules par M. l'abbé Grasilier, ancien curé de Nieul-lez-Saintes, que la mort a ravi depuis aux études d'histoire saintongeaise.

 

 

 

11 août 2019

Parthenay, 1er tournoi de combat médiéval au pied des remparts (Béhourd)

Parthenay, 1er tournoi de combat médiéval au pied des remparts (Béhourd)

Le dispositif de défense de la ville a été renforcé au début du 13e siècle. En effet, Le seigneur de Parthenay, Hugues I de Parthenay-Larchevêque,  avait obtenu une aide financière du roi d’Angleterre, jean sans Terre (fils d’Henri II Plantagenêt et d’Aliénor d’Aquitaine), pour qu’il organise la défense de la ville. Parthenay comptait plus de trois kilomètres de remparts et une trentaine de tours de défense. Trois lignes de fortifications structuraient la ville médiévale : l’enceinte de la ville, celle du château et enfin celle de la Citadelle.

 

12 équipes ont répondu présent, dont une équipe étrangère : la White Company, venue de Grande-Bretagne. Tout n’est pas permis. « L’estoc (action d’enfoncer son arme vers l’adversaire), les coups au sexe, derrière les genoux sont interdits. De même, les armes ne sont pas aiguisées et répondent à des critères de taille et de poids », explique Antoine Renon, cofondateur de Limousin béhourd.

 

Classement :
1 – White Company
2 – Carcass Sonne (L’équipe de béhourd  de Carcassonne)
3 – Martel (équipe affiliée à Béhourd Ile-de-France)
4 – Diex Aïe (Equipe de Normandie)
5 – Faucons Noirs (Equipe  de Montbazon  en TouraineFoulques Nerra)
6 – Ar Groaz Du (Équipe représentant la Bretagne historique)
7 – Bannerets d’Auvergne
8 – Pardus Bellator (Equipe de Bordeaux)
9 – Lance limousine (Equipe couvrant les départements de la Haute-Vienne, de la Creuse et de la Corrèze)
10 – Diex Aïe 2
11 – Bannis de la Grenouille (Equipe de Behourd du sud de la France base dans le Gard a Pont saint esprit)
12 – Exactor Mortis (Equipe française de Behourd basée dans l'Aisne)

Tournoi de Béhourd - Parthenay 2019

Les règles de ces combats sont édictées par deux fédérations internationales : la Historical Médiéval Battle International Association (HMBIA) et l’International Médiéval Combat Fédération (IMCF)

 

Parthenay, 1er tournoi de combat médiéval au pied des remparts (Béhourd)

Voici une liste non exhaustive des endroits classés ou inscrits aux Monuments Historiques :

Porte Saint-Jacques (1885), Pont de la Porte Saint-Jacques (1920), Porte de la Ville dite porte de la Citadelle ou de l'Horloge (1920), le terrain adjacent (1951), Remparts de la ville basse (1992 et 1995), Remparts de la citadelle, les vestiges de l'église Saint-Jean (1995), Lieu- dit La Prée et la tour trilobée (2000), Une portion d'enceinte urbaine (2003)

Plus d'informations :

 

http://www.cc-parthenay-gatine.fr

https://combatmedieval.com/premiere-edition-du-tournoi-de-parthenay-resultats/

https://www.lepopulaire.fr/gf/PC_gf_behourd/

 

Pour voyager dans le temps à Parthenay et sa région:

==> La légendaire fée Mélusine poème Couldrette - La maison DE PARTHENAY, branche cadette des Lusignan. Gisants Eglise Ste-Croix

==> Les Sires de Parthenay et la Gâtine pendant la première période de la Guerre de cent ans (Time Travel)

==> Histoire du Poitou: LE POITOU PENDANT LA GUERRE DE CENT ANS (1340-1453).

==> les Médiévales de Parthenay, le premier festival médiéval dans la partie historique de Parthenay.

==> Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania <==

 

 

10 août 2019

Vitraux de l’église St Philbert de Grand Lieu, Armoiries et Blasons (Jeanne d’Arc, le général Lamoricière, Athanase de Charette

819 -2019 A Saint Philibert de Grand Lieu l'Abbatiale fête ses 1200 ans

L’église a été construite de 1862 à 1865. Son clocher est haut de 65m. Elle possède de magnifiques vitraux dont certains sont de Gruber. À noter : dans la tribune de la tour du clocher se trouve un orgue à tuyaux remarquable. Construit en 1893-1894, pour une chapelle à Tours, il est installé dans l’église en 1920. D’esthétique romantique, cet orgue présente des sonorités très intéressantes, dont un jeu de clarinette peu commun. Il a été restauré récemment et dans l’église de nombreux concerts d’orgue ont lieu.

 

Ses magnifiques vitraux sont réalisés par de célèbres maîtres-verriers : ceux, classiques, du chœur par Claudius Lavergne en 1898, et ceux de la nef, de style art-déco, par Jean-Jacques Grüber en 1936. Les deux rosaces du chœur sont un rappel à l’Histoire avec Jeanne d’Arc au Nord et le général Lamoricière au Sud.

Claudius Lavergne, né le 10 décembre 1815 à Lyon et mort le 31 décembre 1887 à Paris, est un peintre et critique d'art français, qui fut également peintre-verrier et inspecteur des monuments historiques pour Prosper Mérimée.

Les 22 vitraux de la nef de l'église de St Philbert de grand lieu sont de J.J. Gruber.

 Jean Jacques, GRUBER,  né en 1904, le 1er janvier, fils de Jacques et frère du peintre Francis. Etudes littéraires qui lui permettent de se consacrer à des travaux d’histoire du haut Moyen Age avec F.Lot, et d’histoire de l’art sous la direction d’Henri Focillon dont il devient un des assistants. En 1925, seconde son père dans l’atelier parisien de la villa d’Alésia. Les verrières de la cathédrale de Verdun seront ses premières créations. En 1936, suite au décès de son père, prend l’atelier familial.

 

Le Général Lamoricière

le Général Lamoricière, église de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu mettant en 1860 son épée au service du Pape Pie IX

Au croisillon sud du transept le médaillon central représente le Général Lamoricière, enfant de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu mettant en 1860 son épée au service du Pape Pie IX. Autour gravitent les armoiries de familles, parmi lesquelles on remarque, en bas, l’écu d’azur fascé d’or où brillent les coquilles d’argent, blason du Général, et en haut les armes pontificales. A la base de la rosace l’Ancien Testament représenté par les quatre grands prophètes : Isaïe, Jérémie,  Ezéchiel et Daniel, les Tables de la Loi, l’Arche d’Alliance et le Chandelier à sept branches, chandelier d’or que Moïse fit placer dans le Tabernacle.

 

Athanase de Charette de la Contrie (1831-1911)

Athanase de Charette de la Contrie D’argent au lion de sable soutenu de trois canettes du même ordonnées 2 et 1 Couronne Marquis

Né à Nantes, le 3 septembre 1832, Athanase-Charles-Marie Charette de La Contrie est le fils d'un neveu du général Charette, surnommé le Roi de la Vendée, et de la comtesse de Vierzon, fille du duc de Berry.

Issu d'une famille royaliste et catholique, Charette préfère ne pas servir l'armée française en place en 1846 et décide plutôt d'entrer à l'Académie militaire de Turin. En 1852, il est nommé, par le duc de Modène, sous -lieutenant d'un régiment d'infanterie autrichien stationné dans son duché. En 1860, avec deux de ses frères, il offre ses services au roi de Naples pour lutter contre les révolutionnaires italiens.

Il se rend alors à Rome et se place sous les ordres de Pie IX pour défendre l'État pontifical. Après la prise de Rome par les Piémontais, Charette négocie la permission d'utiliser sa compagnie pour servir la France contre les Allemands pendant la guerre de 1870 à la tête des zouaves pontificaux. 

Charette fut nommé capitaine de la 1re compagnie des Volontaires franco-belges, connus après 1861 sous le nom de Zouaves pontificaux réorganisée par Lamoricière et fut blessé au combat de Castelfidardo (septembre 1860) où l'armée pontificale est mise en déroute par l'armée sarde venue mettre fin à l'indépendance du Royaume des Deux-Siciles après l'expédition des Mille.

Lieutenant-colonel en 1867, il prit le commandement en second de l'unité qu'il conduisit à la bataille de Mentana. Le 3 novembre 1867, lors de la bataille de Mentana, Giuseppe Garibaldi attaque Rome. Les États pontificaux alliés avec l’armée française de Napoléon III sont victorieux face aux troupes des volontaires français et italiens garibaldiens. Charette se démarque lors de la guerre franco-allemande et obtient un grade de général dans l'armée française.

Il ne reste toutefois pas dans l'armée et son régiment est dissout. Charette passe les dernières années de sa vie à lutter pour la religion et la royauté.

Il est décédé en Île et Vilaine, en France, le 9 octobre 1911. 


D’argent au lion de sable soutenu de trois canettes du même ordonnées 2 et 1. Couronne : Marquis
 
L’abbé Brunelière signale sa présence lors de la consécration de l’église le 25 août 1889 au côté de Mme de Lamoricière.

 

Pie IX
 
Ecartelé,  aux 1 et 4 d’azur au lion d’or, aux 2 et 3 d’argent à 2 bandes de gueules Couronne : tiare. Clefs en sautoir
 
Le bienheureux pape Pie IX dont le nom était Giovanni Maria Mastai Ferretti, est né à Senigallia (Italie), le 13 mai 1792 et décédé au Vatican le 7 février 1878 à l'âge de 85 ans. Il était le fils du Comte Girolamo Mastai Ferretti et de Caterina Solazzi, qui eurent 8 autres enfants. En 1860, sur les conseils de Mgr Mérode, il fait appel au Général Lamoricière pour commander l’Armée Pontificale.

 

Charles VII (1403–1461)

Blason Charles VII (1403–1461)


D’azur à 3 fleurs de lys posées 2 et 1.Couronne : Roi


17 juillet 1429 : sacre de Charles VII à Reims
Fils de Charles VI ( Le Bien Aimé ) et d’Isabeau de Bavière, il fut successivement : Dauphin de France de 1417 à 1419, Régent de France de 1419 à 1429, Roi de France de 1429 à 1461.
L’arrivée au pouvoir de ce roi, qui n’était alors que Dauphin d’un pays occupé par les Anglais, est largement à porter au crédit de Jeanne d’Arc.
Il règnera 40 ans et contribuera à la richesse économique du royaume.

 

 

JEANNE D’ARC (1412 ?–1431)

Jeanne d'Arc D’azur à une épée d’or à la lame d’argent la pointe en haut, portant une couronne d’or, accompagnée de 2 fleurs de lys d’or


D’azur à une épée d’or à la lame d’argent la pointe en haut, portant une couronne d’or, accompagnée de 2 fleurs de lys d’or. Couronne : Heaume de Chevalier.
Le vitrail de la rosace représente le sacre de Charles VII par le chancelier de France « Regnault de Chartres » duc et archevêque de Reims. Jeanne d’Arc, en armure, porte son étendard : « Il avait été à la peine, c’était bien raison qu’il fût à l’honneur » expliqua-t-elle à ses juges. Quant à ses armoiries, elle dit à ses juges n’en avoir jamais eues « mon Roi, il est vrai, en a donné à un de mes frères à savoir un écu d’azur à deux lys d’or et une épée au milieu ». Mais, habitude ou tradition, cet écusson représente Jeanne d’Arc.

 

Robert de Baudricourt (… -1454)

Robert de Baudricourt D’argent à la croix de gueules


D’argent à la croix de gueules. Couronne : Baron


Le village de Domrémy natif de Jeanne d’Arc dépendait de la Seigneurerie de Robert de Baudricourt, capitaine de Vauxcouleurs. C’est la première personnalité militaire que Jeanne rencontre. Après plusieurs visites et bien des hésitations, Robert de Baudricourt donne à Jeanne une escorte pour se rendre à Chinon trouver le Dauphin de France, futur Charles VII.

 

Chinon

Blason Chinon De gueules à 3 châteaux à 3 tours d’or, accompagnés de 3 fleurs de lys de même mal ordonnées

De gueules à 3 châteaux à 3 tours d’or, accompagnés de 3 fleurs de lys de même mal ordonnées.
Couronne : Crénelée
Jeanne d’Arc se rend à Chinon où elle est finalement autorisée à voir le Dauphin Charles, après réception d'une lettre de Baudricourt. L'anecdote raconte qu'elle fut capable de reconnaître Charles, vêtu simplement au milieu de ses courtisans, et lui parle de sa mission.

 

Orléans

Orléans De gueules, à 3 coeurs de lys d’argent, au chef d’azur, à 3 fleurs de lys d’or

De gueules, à 3 coeurs de lys d’argent, au chef d’azur, à 3 fleurs de lys d’or. Couronne : Crénelée
Le 7 et 8 mai 1429, Jeanne chasse les anglais d’Orléans. Elle y rencontre

 

Jean d’Orléans.

Jean D’Orléans D’azur à 3 fleurs de lys posées 2 et 1 au lambel d’argent à 3 pendants au baton de gueules péri en bande

D’azur à 3 fleurs de lys posées 2 et 1 au lambel d’argent à 3 pendants au baton de gueules péri en bande

 

Reims

Reims D’argent, à deux branches d’olivier de sinople entrelacées en forme de sautoir, au chef d’azur, semé de fleurs de lys d’or


D’argent, à deux branches d’olivier de sinople entrelacées en forme de sautoir, au chef d’azur, semé de fleurs de lys d’or. Couronne : Crénelée
Sacre de Charles VII le 17 juillet 1429 en présence de Jeanne d’Arc.

 

Charles VII reçoit le Saint Chrême des mains de l’Archevêque de Reims, Regnault de
Chartres.

 



Paris

Paris De gueules, au navire équipé d’argent, voguant sur des ondes du même ; au chef cousu d’azur, semé de fleurs de lys d’or


De gueules, au navire équipé d’argent, voguant sur des ondes du même ; au chef cousu d’azur,
semé de fleurs de lys d’or. Couronne : Crénélée


En 1430, Jeanne d'Arc tente de convaincre le roi de reprendre Paris aux Bourguignons, mais il hésite. Une attaque est menée par Jeanne sur Paris (Porte St-Honoré), mais doit être rapidement abandonnée. Le Roi finit par interdire tout nouvel assaut : l'argent et les vivres manquent et la discorde règne au sein de son conseil. C'est une retraite forcée vers la Loire, l'armée est dissoute.

 

Compiègne

Compiègne D’argent, au lion d’azur, armé et lampassé de gueules, chargé de six fleurs de lys d’or et couronné du même


D’argent, au lion d’azur, armé et lampassé de gueules, chargé de six fleurs de lys d’or et couronné du même. Couronne : Crénelée


Assiégée par les Bourguignons, Compiègne appelle Jeanne d’Arc au secours. Aux portes de la ville, Jeanne est capturée le 23 mai 1430. Par deux fois elle essaie de s’échapper de sa prison ; en sautant par une fenêtre elle se blesse sérieusement et se fait reprendre. Elle est achetée par les Anglais pour 10.000 livres. Charles VII ne fait rien pour la sauver.

 

Rouen

Rouen De gueules à un agneau pascal d’argent auréolé d’or tenant une banderole d’argent chargée d’une croisette d’or, la hampe du même ; au chef cousu d’azur chargé de trois fleurs de lys d’or


De gueules à un agneau pascal d’argent auréolé d’or tenant une banderole d’argent chargée d’une croisette d’or, la hampe du même ; au chef cousu d’azur chargé de trois fleurs de lys d’or. Couronne : Crénelée


Elle est accusée d'hérésie et interrogée sans ménagement à Rouen. Elle est emprisonnée dans le donjon du château de Philippe Auguste ; seule une tour de la construction est parvenue jusqu'à nous et appelée maintenant Tour Jeanne d'Arc. Le procès débute le 21 février 1431. Jugée par l'Église, elle reste néanmoins emprisonnée dans les prisons anglaises, au mépris du droit canon. Le 30 mai 1431, elle est brûlée vive place du Vieux-Marché à Rouen. Ses cendres sont dispersées dans la Seine.

 

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Posté par thierryequinoxe à 09:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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