PHystorique- Les Portes du Temps

12 décembre 2019

Mélusine, une fée féministe Mi-femme, mi-serpent, actuellement à l'exposition de l'historial de la Vendée et sur France Culture.

Mélusine, une fée féministe Mi-femme, mi-serpent, actuellement à l'exposition de l'historial de la Vendée et sur France Culture

 Planche : Anatomie de Mélusine - Etablissements Deyrolles

La fée Mélusine a servi d’ancêtre merveilleux à bien des familles de l’époque médiévale. Son patronage était gage de légitimité, et a pu entourer ces lignées d’une aura de puissance et de magie. Comment les généalogies merveilleuses ont-elles longtemps été un moyen privilégié d’assurer la force et la survie d’un lignage ? Pour y répondre, nous recevons Joanna Pavlevski, ATER à l’Université Rennes 2, elle est notamment l’auteure de la thèse soutenue en 2017 Melusigne, Merlusine, Melusina : Fortunes politiques d'une figure mythique du Moyen Âge au XXIe siècle.

https://www.franceculture.fr

  Exposition Mélusine les secrets d'une Fée Historial de la Vendée <==

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La Rochelle : retour en images sur l'inauguration de l'hôtel de ville

Conférence Cinq siècles de création de l'hôtel de Ville de la Rochelle, Richard Levesque

La ville de La Rochelle, pour célébrer la renaissance de l’hôtel de ville fraichement restauré suite à l'incendie de juin 2013, a proposée depuis le 6 décembre 2019 trois jours de festivités afin de célébrer sa réouverture.

La Rochelle retour en images sur l'inauguration de l'hôtel de ville (2)

Le rendez-vous étant donné face à la tour de l’horloge au CGR DRAGON, pour ne pas perdre le fil du temps et de l’histoire de l’hôtel de ville La Rochelle.

Conférence Cinq siècles de création de l'hôtel de Ville de la Rochelle, Richard Levesque 2

Conférence Cinq Siècle d’Histoire de l’Hôtel de Ville en images de synthèse par Richard Levesque, historien de l’architecture et auteur du livre L’Hôtel de Ville de La Rochelle (Images du patrimoine/ La Geste, décembre 2019).

La Rochelle retour en images sur l'inauguration de l'hôtel de ville (3)

Déambulation dans les rues de centre- ville avec Fanfares et Jazz Band

La Rochelle retour en images sur l'inauguration de l'hôtel de ville (4)

 

La Rochelle : l'hôtel de ville en fête tout le week-end

Il y avait foule hier soir sur la place de l'hôtel de ville de La Rochelle, et beaucoup d'émotion car les Rochelais sont attachés à ce lieu symbolique, une des plus vieilles mairies de France.

https://france3-regions.francetvinfo.fr

 

La Rochelle retour en images sur l'inauguration de l'hôtel de ville (7)

C’est à 18 heures, que la cérémonie officielle débute avec des allocutions de l’architecte en chef des bâtiments de France Philippe Villeneuve,

La Rochelle retour en images sur l'inauguration de l'hôtel de ville (8)

La Rochelle retour en images sur l'inauguration de l'hôtel de ville (9)

de Jean-François Fountaine maire de La Rochelle

La Rochelle retour en images sur l'inauguration de l'hôtel de ville (10)

et du nouveau préfet Nicolas Basselier.

La Rochelle retour en images sur l'inauguration de l'hôtel de ville (11)

le rugbyman Romain Sazy et la navigatrice Isabelle Autissier

La Rochelle retour en images sur l'inauguration de l'hôtel de ville (12)

ont officiellement ouvert les portes de l’hôtel de ville

La Rochelle retour en images sur l'inauguration de l'hôtel de ville (13)

devançant les autorités présentent

La Rochelle retour en images sur l'inauguration de l'hôtel de ville (5)

Avec l'animation de la fanfare théâtrale des Grooms 

La Rochelle retour en images sur l'inauguration de l'hôtel de ville (6)

le décompte est lancé pour 

La Rochelle retour en images sur l'inauguration de l'hôtel de ville (15)

la fresque qui sera projetée

La Rochelle retour en images sur l'inauguration de l'hôtel de ville (14)

sur la façade de l'hôtel de ville

La Rochelle retour en images sur l'inauguration de l'hôtel de ville (1)

 

 

Les Sceaux et Armoiries de la Ville de La Rochelle <==.... ....==>

 

 

 


 

 

Richard Levesque ancien  Conservateur des antiquités et objets d'art de la Vendée maintenant sur La Rochelle.

  Cinq siècles de création architecturale https://hoteldevillelarochelle.com/histoire/cinq-siecles/

Hôtel de ville de La Rochelle pour se souvenir

Du même auteur :

La côte et les marais du Bas-Poitou vers 1700 cartes et mémoires de Claude Masse, ingénieur du roi de Yannis Suire chez Centre vendéen de recherches historiques

La côte et les marais du Bas-Poitou vers 1700 cartes et mémoires de Claude Masse, ingénieur du roi de Yannis Suire avec la collaboration de Richard Levesque, Julien Boureau

Richard Lévesque, Renaissance architecturale en Bas-Poitou autour de 1540

Richard Lévesque, Renaissance architecturale en Bas-Poitou autour de 1540.

Saint-Pierre de Maillezais : un chantier d'avant-garde dans les années 1540

 

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11 décembre 2019

CHINON : IL FAUT SAUVER LA CHAPELLE SAINTE RADEGONDE

CHINON IL FAUT SAUVER LA CHAPELLE SAINTE RADEGONDE

Stéphane Bern vous l'a faite découvrir dans l’émission SECRETS D'HISTOIRE consacrée à Aliénor d'Aquitaine. Face à l’importante et perpétuelle dégradation du monument, l’association Défense du patrimoine de Chinon et de ses environs a alerté la Fondation du patrimoine et vise la Mission Bern.

==> https://www.lanouvellerepublique.fr/chinon/il-faut-sauver-la-chapelle-sainte-radegonde

 

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La géographie et la cartographie au service de nos Rois de France et des explorateurs

la géographie et de la cartographie au service de nos Rois

Ce serait, croyons-nous, une histoire intéressante à retracer que celle de la carte de France au siècle de la Renaissance (3). Les tâtonnements de nos premiers géographes expliquent jusqu'à un certain point ceux de nos hommes d'État. Nos défaites, puis nos succès sur terre et sur mer, notre tardive expansion coloniale, sous les derniers Valois et sous les premiers Bourbons, sont quelque peu liés à cette longue enquête, de moins en moins défectueuse, sur la topographie générale de notre pays, sur ses fleuves et ses rivières, sur son littoral.

Marquons bien notre point de départ. Le moyen âge avait légué aux temps modernes qui commençaient des mappemondes, telles que celle de Fra Mauro (4), tableaux vivants du monde alors connu

ou entrevu,, mais dont les traits sont étrangement altérés (5) ; des portulans, tels que celui, récemment révélé, de Dulceri, qui, en un tracé fort exact, ne nous offrent que des cités maritimes se succédant dans un ordre irréprochable (6).

La France, dont nous nous occupons exclusivement, ne tenait qu'une place bien restreinte dans ces portulans et dans ces mappemondes. Sa personnalité échappait au navigateur pressé d'arriver, comme au lecteur attardé des « Choses merveilleuses », des « Images du monde », des « Miroirs de la nature (7)». Aussi bien on n'était pas très éloigné du temps où la géographie du Paradis ou de l'Enfer préoccupait plus les esprits que celle de la patrie elle-même. .

Cependant les grandes nationalités et les grands États, et au premier rang, la nationalité française, l'État français, s'étaient formés. Les cartographes étaient en retard, puisqu'ils n'avaient pas encore traduit aux yeux l'oeuvre de Charles VII et de Louis XI.

Il faut l'avouer, leur irréflexion dépassa leur inexpérience. Faisant, ou peu s'en faut, table rase des travaux de leurs prédécesseurs déjà armés de la boussole, ils se jetèrent dans les bras de Ptolémée, l'auteur sans appel de l’Almageste et de la Géographie., qui, suivant eux, avait dû pourvoir à tout.

Un géographe plus ancien encore, mais plus philosophe, et surtout plus humain, avait, au moins en esprit, admiré non seulement la position privilégiée, mais la belle structure de la Gaule, devenue plus tard la France. Les interprètes, ou ignorants ou serviles, de Ptolémée semblèrent s'évertuer à faire mentir Strabon.

Plus les essais se multipliaient (8), plus ils étaient informes. Un Italien toutefois, le docte Berlinghieri, qui vers 1480 enseignait en vers la géographie, nous a légué un dessin, remarquable pour l'époque, où, en dépit de Ptolémée, notre patrie est déjà reconnaissable : c'est qu'il avait jeté un regard furtif sur les portulans.

 ( L'exposition 2019 des Cartes d'Anjou revient sur trois siècles de cartographie locale)

Les plus avisés à l'interprétation de Ptolémée joignaient la figuré moderne du globe (moderna orbis facies); ils n'admettaient pas encore que le géographe d'Alexandrie eût pu se tromper, mais, depuis lui, le créateur avait dû modifier son oeuvre. Ainsi procéda l'Allemand Sébastien Munster, auteur d'une carie intitulée: Das ganzè Frankreich (10); ainsi encore l'Italien Gastaldi qui marcha fermement sur ses traces (11).

Il faut arriver au règne de François Ier pour rencontrer des cartographes français s'occupant de la France. Je veux parler d'Oronce Fine et de Jean Jolivet, auteur celui-ci d'une Totius Gallioe descriplio, celui-là d'une Gallioe regni potentissimi descriplio.

Oronce Fine était originaire du Dauphiné (12). Mathématicien éminent et pourvu, à ce titre, d'une chaire au Collège royal de France, il a eu le tort grave de chercher la quadrature du cercle. A voir la carte qu'il a signée et qui porte une date lugubre, celle de la bataille de Pavie, on croirait que c'est la quadrature de la France qu'il a poursuivie. En effet cette région, qui offre la forme générale d'un hexagone, tend chez lui à prendre celle d'un carré ou d'un parallélogramme. La carte en question était à peine achevée, que le roi de France et le géographe de France tombaient, à peu de jours d'intervalle, entre les mains des Impériaux.

Jean Jolivet venait de Bourges (13), et il se plait à marquer sur sa carte, publiée l'année de la mort de François II, l'emplacement d'un ormeau (14), qui formait la limite de quatre provinces, à savoir le Berry, le Bourbonnais, l'Auvergne et le Limousin.

Les contours de la région française sont presque aussi imparfaits chez Jolivet que chez Fine, venu trente-cinq ans avant lui. Il importe néanmoins de signaler entre leurs oeuvres quelques différences significatives.

Les cours d'eau, qui, sur la carte de Fine, affectent l'aspect rectiligne des «chemins qui ne marchent pas » en pays de plaine, rappellent davantage, sur la carte de Jolivet, les sinuosités des rivières gauloises, si justement remarquées par Strabon.

Dans l'oeuvre de Fine, les montagnes étaient semées au hasard, et le mont Adule prenait de gigantesques proportions; dans l'oeuvre de Jolivet, les Alpes, par exemple, sont rendues avec une exactitude relative.

La situation politique, si différente à ces deux dates, 1525 et 1560, se trahit d'une façon frappante. Oronce Fine a donné une attention particulière au réseau du Pô, à la Lombardie, à ce qu'il appelle, comme les Romains, la Gaule Cisalpine.

C'est qu'on était au beau milieu des guerres d'Italie. Le nom de Marignan n'a pas été omis par lui, on le devine. Cet enfant du Dauphiné, en oubliant de tracer la grande chaîne qui s'étend entre la France et l'Italie, ne semble-l-il pas dire à ses compatriotes : « Il n'y a plus d'Alpes », au moment même où elles allaient séparer plus que jamais Cisalpins et Transalpins?

Quant à Jean Jolivet, il est contemporain de l'occupation et de la belle défense de Metz, qu'attaquait un Habbsbôurg flanqué d'un Hohenzollern (15); on s'en aperçoit bien à sa sollicitude pour la région de la Moselle et du Rhin.

La « Description du très puissant royaume de Gaule » a un caractère moins suranné que la « Description de la Gaule entière». Fine ne nous faisait grâce d'aucune des peuplades gauloises relevées dans César, Strabon et Ptolémée, tandis que Jolivet se préoccupe davantage de la France des Valois ; on voit qu'il ne serait pas trop fâché qu'on la reconnût sur sa carte qui, à peu d'exception près, parle français.

Le mérite incontestable de nos deux cartographes est d'avoir assez bien déterminé le cadre même de la France. L'adjonction d'une étendue suffisante des régions limitrophes témoigne d'une certaine intelligence topographique. Totius Galliae descriptio cum parle Angliae, Germaniae, Flandriae, Brabanlii, llaliae, Romam usque, tel est le litre complet du dessin d'Oronce Fine..

L'Espagne, aux confins de laquelle les Français guerroyaient peu fréquemment, est à peine indiquée, dans une sorte de chaos pyrénéen, tandis que l'élection de Charles-Quint à l'Empire a fait graver, non sans emphase, le nom de Magna Germania.

Ajoutons que le récent abordage de l'Angleterre et de la France, en un duel plus que séculaire, fascinant nos deux géographes, leur a fait rétrécir d'une façon notable la mer interposée.

L'examen des cartes de Jolivet et de Fine nous montre que nos rois et nos ministres, qui les consultaient sans nul doute, devaient être fort mal renseignés sur les ressources maritimes de la France.

Jolivet indique assez exactement le Havre de Grâce, fondation de François 1er, que Fine avait omis. Mais ni l'un ni l'autre de ces géographes royaux ne sait mettre à sa vraie place une ville telle que Bordeaux. L'ignorance du littoral et de la mer est un des traits distinctifs des Valois comme des Capétiens directs : ignorance qu'explique la tardive incorporation au domaine royal de la plupart des provinces maritimes.

 En possession maintenant de la Normandie (16) de la Bretagne, de la Guyenne et de la Provence, nos souverains étaient pris au dépourvu non moins que nos géographes. .La centralisation maritime, si je puis m'exprimer ainsi, s'entrevoyait à peine, alors que la centralisation terrestre avait déjà atteint un si haut degré!

C'est là certainement une des raisons capitales.de notre entrée tardive, comme nation, comme Étal, dans la voie des explorations lointaines. De là aussi l'avance considérable prise sur nous par le Portugal et par la Castille (17)

Ces grandes régions maritimes de la Bretagne et de la Normandie, dont le tracé fidèle importe tant à la bonne physionomie de la France, sont précisément les moins bien traitées sur les caries de Fine et de Jolivet. A l'instar du géographe dauphinois, le géographe berrichon escamote, ou à peu près, la gracieuse péninsule du Cotentin, devenue pour lui une simple protubérance de l'Armorique, qui sortit de ses mains toute contrefaite.

Dix ans après cet attentat topographique, il se trouva un Normand du Cotentin pour protester. Je veux parler du célèbre érudit et voyageur Guillaume Postel, qui avait professé en même temps qu'Oronce Fine au Collège de France.

Il publia la Vraie et entière description du royaume de France et ses confins, avec l'adresse des chemins et distances aux villes inscrites es provinces d'icelui. Dans la dédicace au roi très chrétien Charles IX, datée du 31 octobre 1570, il s'exprimait ainsi :

« Or cette carte de la France et Gaule universelle ayant été faite et, refaite plusieurs fois et par plusieurs gentils et doctes personnages comme Oronce, Jolivet, et même s'étant trouvée défectueuse, et imparfaite en plusieurs endroits, je me suis advisé, ayant conféré ce mien labeur avec plusieurs personnages doctes es mathématiques, tant français qu'étrangers, de l'approcher de plus près que je pourrais de sa consommation et de sa nature plus parfaite. En quoi je pense m'être si bien acquitté qu'il ne se trouve en icelle que peu ou point de fautes, ayant retranché toutes celles qui se trouvaient aux descriptions précédentes. »

Le Cotentin, égaré par Finet et Jolivet, avait été retrouvé par Postel (18) : cela est incontestable. L'Atlas de Mercator, dès sa première édition (1585), mettait à profit cette rare découverte. Mais pendant de longues années, l’Orbis Terrarum d'Orlelius (19) n'admit que celle de Jolivet (20), tandis qu'en Italie Forlani (21) s'en tenait à celle de Fine, déjà effrontément copiée par Pirro Ligorio (22).

C'était d'ailleurs de la part de Postel une étrange illusion que de croire avoir fait en pareille matière oeuvre, définitive (23). Il ne s'agissait pas simplement d'améliorer le dessin et la lettre, comme y réussissait un calligraphe dont on a une carte manuscrite de la France;  «  du labeur de Pierre Hamon, Blésien, écrivain du roi et secrétaire de sa chambre », actuellement exposée dans la galerie des Chartes de la Bibliothèque nationale (24). Dans quelles circonstances le maître d'écriture du monarque qui devait signer l’arrêt de la Saint-Barthélémy, fut-il jugé, pendu et étranglé « pour faux (25) », nous l'ignorons et croirions volontiers à une méprise, soit des juges, soit plutôt des historiens? Ce chef-d'oeuvre de calligraphie est loin d'être un chef-d'oeuvre de cartographie.

Heureusement on commençait à s'apercevoir qu'on ne pouvait fondre d'un seul jet cette grande et belle statue de la France.

C'est ce qu'avait compris le géographe et voyageur Nicolas de Nicolaï, seigneur d'Arfeuilles et de Bel-Air, compatriote d'Oronce Fine, qui avait étudié avec soin les côtes d'Angleterre, alors, en guerre avec la France (1545), et visité, l'Allemagne, la Prusse, la Suède, la Hongrie et la Turquie.

Son épître à la reine, Catherine de Médicis (1567), placée en tête de sa « description du pays et duché de Berry et diocèse de Bourges, avec les cartes géographiques du dict pays (26) », indique un plan bien concerté (27). Citons-en quelques lignes :

A Madame, pour satisfaire au commandement qu'il plut à V. M. me faire en votre château de Moulins, de réduire et mettre par volumes les cartes et descriptions géographiques que je ferai à chaque province de ce royaume, suivant la charge et commission qu'il vous avait plu auparavant m'en faire expédier, j'ai advisé pour rendre l'oeuvre plus belle et moins imparfait (28).... En outre plus, les portraits et plans relevés des plus notables villes et places des frontières... De manière, Madame, que s'il plaît au grand conducteur de toutes oeuvres me donner la grâce et à Votre Majesté le moyen et le pouvoir de venir à chef d'une oeuvre tant importante au roi et à ses sujets, la majesté du roi et la vôtre pourront se vanter d'avoir un trésor inappréciable dans leur cabinet, par lequel (sans voyager, plus loin) quand votre plaisir sera ou la nécessité requerra, pourrez facilement sans grand dépense voir à l'oeil et toucher au doigt en particulier et en général, toute l'étendue, force et état de tout le royaume. »

Catherine de Médicis apparaît à Nicolaï comme la première tête couronnée qui ait compris l'utilité politique de la géographie et de la cartographie. Aussi lui affirme-t-il que la postérité lui tiendra grand compte d'avoir réussi à se mettre cette idée en l'entendement, qu'il fallait éclaircir ce qui était resté jusqu'ici « enveloppé dans les ténèbres de la nuit», c'est-à-dire la France elle-même.

C'était beaucoup promettre et nous ne sachions pas que Nicolaï, devenu géographe ordinaire et valet de chambre du roi, et chanté par Ronsard, ait rempli tout son programme. Il donna pourtant encore une Générale description de l'antique et célèbre cité de Lyon, du pays Lyonnais et du Beaujolais, selon l’assiette, limites et confins  iceux pays (1573) 29.

Mais un essaim de géographes provinciaux et demeurés tels, s'inspirant d'un patriotisme très vif, quoique local, se mit résolument à l'oeuvre. Écuyers, chanoines, médecins, en un mot, les trois ordres de l'État, s'y employèrent. Ai-je besoin de dire, qu'ils sont aujourd'hui oubliés? Qui connaît les noms de Jean

Galamoeus, de Damien de Templeux (30), de Hugo Cousin, de Jean Francus (31), d'Oger, de Rogier, de Jacques de Chièze (32), de Jean de Beins (33), de Jean Vandamme (34), de Siméon, de Bulion (35), de Jean Temporius, de Surhonius, de Claude Chatillon, de Clerville, de Perriers, de Jean Jubrien, de Petit-Bourbon, de Jean Tardo (36)?

Une obscurité moins profonde enveloppe Lézin Guyer (37) qui, le premier, dessina l'Anjou, de Jean Bompart (38), qui se consacra à la Provence. C'est le père du Maréchal Fabert (39) qui édita la première carte du pays Messin. A une date qu'il est permis de préciser, en 1594, le Limousin s'effraya de ne point posséder comme tant d'autres sa verissima, fidelissima, exaetissima déscriptio. Un de ses plus dévoués enfants, disciple d'Hippocrate, combla cette lacune regrettable. Il ne fit pas les choses à demi : à la carte du diocèse entier de Limoges il joignit le plan même de sa ville natale. Sa dédicace au très noble et très illustre Anet de Lévis, duc de Ventadour, pair de France, gouverneur du Limousin, mérite, d'être traduite du latin.

« Comme je voyais, dit-il, la topographie (le mot est écrit par lui en caractères grecs) des autres provinces de notre Gaule déjà exposée sous mes yeux, et seule celle de notre province à nous, notre patrie, délaissée, pour ainsi dire, et dédaignée, je me suis dit qu'elle n'était pas moins recommandable, tant par sa fertilité naturelle que par le nombre de ses grands esprits et de ses hommes de science. J'ai donc fait tous nies efforts pour découvrir son riant visage qu'un voile enveloppait, et j'ai voulu te le montrer à toi et à tous les amis du beau. »

Pour cette oeuvre patriotique, nous n'osons dire ce chef-d'oeuvre, Jean Fayan fut proclamé « l'Archimède » du Limousin, et vint prendre rang à côté de Dorat « l'Homère », et de Muret le « Démosthène » du Limousin (40).

Quelle eût été sa douleur, au milieu de ce triomphe excessif, s'il avait pu soupçonner que les plus grands écrivains de la France, autant par ignorance géographique que par caprice littéraire, allaient décrier le pays vraiment pittoresque et attrayant qu'il voulait placer au-dessus de tous les autres !

Le résultat des efforts de Fayan et de ses émules est facile à constater. Les grands Atlas, chargés non seulement de porter le monde entier, mais, les nouveaux systèmes de projection aidant (41), de le redresser, ceux d'Ortelius (42), de Mercator, de Hondius (43), de Bloeu (44), (1570-1635), recueillirent les images de nos provinces, images de plus en plus nombreuses et de moins en moins fautives. Hondius a choisi pour son édition de Mercator (1607) ce titre éloquent : Nova totius geographioe descriptio, de integro collatis omnibus quae, exstant particularibus provinciarum descriptionibus, non sine magno labore et cura emendata.

On le voit : Hondius marchait à la tête de ces géographes « généraux», comme nous les appellerons, qui s'étaient chargés de centraliser et de cordonneries travaux cartographiques, parfois anonymes, qui allaient s'accumulant. C'est au nombre de ces géographes généraux qu'il faut ranger la Guillotière, Tassin, et surtout Nicolas Sanson d'Abbeville.

La période qui s'ouvrait il y a juste deux siècles, en 1589, avec le premier Bourbon, fut favorable aux progrès de la géographie.

Henri IV, spontanément, Louis XIII, stimulé par le grand Cardinal, parcoururent la France en tous sens. Ils ressentaient beaucoup plus le besoin de cartes que leurs prédécesseurs, sans cesse ballottés de la Seine à la Loire par la guerre civile, et même que leurs successeurs attachés au rivage par leur grandeur.

C'est en 1594, l'année qui vit le sacre de Henri IV à Chartres et son entrée à Paris, que fut imprimé le premier Atlas national (45), le Théâtre français où sont compris les cartes générales et particulières de la France, dédié à Henri IV.  Il nous offre, outre un assez grand nombre de cartes des provinces, trois images diverses de la France, celle de Jolivet, celle de Postel et celle de Plancius (46).

L’an 1613, qui précéda la réunion des avant-derniers États généraux de la monarchie, nos ancêtres eurent une agréable surprise. Ils furent inopinément mis en possession d'une carte de France en neuf feuilles, « recueillie des restes de cette féconde et riche bibliothèque de feu M. Pierre Pithou », l'un des principaux auteurs de la Satire Ménippée, mort un quart de siècle auparavant ! « Suivant l'intention de François de la Guillotière, son auteur, excellent en cet art » , qui avait certifié par son testament y avoir travaillé vingt-cinq ans (47) et plus, elle était enfin rendue au public comme un dépôt sacré, qui ne pouvait sans offense lui être plus longuement recelé. »

L'éditeur Jean Leclerc ne mentait pas lorsqu'il écrivait qu'elle était « la plus ample et la plus accomplie de toutes celles qui ont été veües par cy-devant ».

La Guillotière, venu du Berry, comme Jolivet, avait réagi sagement contre l'oeuvre de son compatriote. Les presqu'îles de Bretagne et du Cotentin ont reçu de lui leur forme à peu près définitive. (48). On ne peut guère lui reprocher que d'avoir, comme son prédécesseur, incliné beaucoup, trop à l'ouest et au sud le littoral français (49). .

Richelieu, plus qu'aucun autre homme d'État avant lui, tint à consulter d'une façon régulière les géographes, parce que, sachant où il voulait aller, il tenait à apprendre comment il irait.

C'est certainement sous son inspiration (on y retrouvé quelques expressions caractéristiques de son Testament politique) qu'un Atlas du temps inséra cette préface :

« Amy lecteur, ceux la me semblent n'avoir pas mal rencontré: qui ont appellé l'histoire l'oeil de la prudence civile, et la géographie l'oeil et la lumière de l'histoire... La cognoissance des personnes est de grande importance en histoire ; mais celle du temps l'est aussi, et pareillement celle du lieu.

Si vous ignorez où est la Rochelle et la pointe de Coreille, et Chef de Baye, vous ne verrez goutte à l'histoire du siège, que Louys le Juste, à présent régnant, a mis devant cette place, et ne pourrez-vous imaginer combien esmerveillable a esté la digue, avec laquelle il lui a bouché le passage de la mer.

Si aussi vous n'avez point de coignoissance de Leipzich, vous ne recevrez aucun contentement, d'avoir à parler du grand carnage que Gustave Adolphe, Roy de Suède, a fait des troupes impériales et à lire comme assez proche de là, environ quinze mois après, il a triomphé de ses ennemis ...

Si les royaumes et principautez n'estoyaient séparées par des rivières, montagnes, mers et districts, quelles bornes auroyent-elles, et cesseroit-on jamais de se faire la guerre les uns les autres? Le Prince pose sagement des bornes à son ambition, qui s'estudie d'apprendre plus tôt des géographes, quels sont les confins de son royaume, que de cette insatiable convoitise de dominer sur beaucoup de pays !»

C'est stimulé par lui que le premier des Sanson, devenu conseiller d'État, débrouilla « l'art confus » de nos vieux cartographes. En fait de projections n'était-il pas le digne héritier de Mercator (50)?

Sous le ministère même du grand Cardinal, qui vit ses premiers travaux, il donna, outre une carte de France en plusieurs feuilles, une carte de France réduite, une carte des fleuves de France (1642), précédée d'une carte des postes de France (1632) 51. Sous son impulsion, la cartographie devenait un puissant auxiliaire de l'administration civile et militaire (52).

En 1679, la carte de France, telle que l'avait tracée Sanson, passait encore pour la meilleure, qui existât et on en presentait.au grand Dauphin, alors élève de Bossuet, une nouvelle édition.

Mais, en ce temps-là même (1672-1682), trois membres de l'Académie des sciences, Picard (53), Cassini et Lahire la corrigeaient au moyen d'observations astronomiques.

Notre patrie se trouva diminuée d'un degré de longitude sur la côte occidentale entre la Bretagne et la baie de Biscaye et d'un demi-degré sur le littoral de la Provence et du. Languedoc. La France des Bourbons apparaissait, malgré les annexions accomplies au  XVIIe siècle, de la Bresse et de Bugey, de la Franche-Comté, de l'Alsace, de l'Artois, de la Flandre, du Roussillon, plus petite que celle des Valois. Louis XIV put dire avec esprit aux trois astronomes :

« Votre voyage m'a coûté une bonne partie de mon royaume (54.) » Picard et Lahire, en cette mémorable année 1682, opposèrent, au moyen d'un, croquis, à la France, encore mal dégrossie de Sanson, la France, svelte et gracieuse, que la science venait de révéler. « On a proposé ici, disaient-ils, la carte de M. Sanson comme la plus juste de toutes les modernes qui ont été données au public, pour faire voir seulement combien les observations sont différentes des relations et les mémoires sur lesquels les plus excellents géographes sont obligés de travailler (55). »

On était bien loin maintenant d'Oronce Fine! Le. visage de la « douce France » n'était plus déformé ou voilé.

 Mais il ne devait apparaître dans toute sa beauté qu'avec la carte de Cassini et surtout avec cette carte d'état-major qui devrait se rencontrer aujourd'hui dans toutes nos écoles et, par fragments tout au moins, dans nos plus humbles chaumières.

Que l'on se rappelle maintenant ce que nous avons dit dans une communication antérieure sur Un professeur et un cours de géographie à la fin du règne de Louis XIII .

Dans ce développement parallèle des études géographiques et des études-cartographiques, Sanson ne vous semble-t-il pas correspondre à Papire Masson et à Louis Coulon, qui ont composé, l'un en latin, l'autre en français, des traités sur les rivières de France ; Postel à Charles Estienne, auteur du Guide des chemins de France, Jolivet et Fine à Claude et à Symphorien Champier, qui élaborèrent les premiers rudiments de géographie? Tantôt le texte l'emporte sur le dessin, tantôt le dessin sur le texte; mais on constate, ici et là, un progrès continu.

Claude Masse, la carte de référence

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la cartographie est mise au service des rois de France, soucieux pour de multiples raisons de bien connaître le tracé, la navigation et les dangers de « la rivière de Bordeaux ». Pionniers dans leur science, savants mathématiciens dans leurs calculs, les cartographes du roi sont des hommes de terrain, observateurs dotés d’une extrême vigilance, toujours aux aguets vis-à-vis des changements à la façon d’un Claude Masse (1652–1737) dont la carte, contemporaine du début du XVIIIe siècle, sert de modèle à ses successeurs.

 

Quel que soit le mérite intrinsèque des uns et des autres, il y aurait intérêt à recueillir, à classer et à dater leurs oeuvres, à l'assembler sur eux les renseignements biographiques les plus étendus et les plus certains.

Il importe au plus haut degré de savoir quelle idée, au point de vue physique, les Français se sont faite de la France durant les diverses phases de son histoire. Il y a là une question capitale à soulever, à côté de celle, plus avancée, de la formation territoriale de la France.

 


 L'exposition Cartes d'Anjou est visible jusqu'au 27 mars, du lundi au vendredi, de 9 h à 18 h. L'entrée est gratuite. 

EXPO | Cartes d'Anjou aux Archives départementales

https://www.archives49.fr/news/tous-les-evenements/detail-dun-evenement/archive/2020/january/19/article/exposition-cartes-danjou-ouverture-exceptionnelle/

 

 

Expédition La Pérouse, Le naufrage de Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse

(la préparation du voyage autour du monde de Jean-François de la Pérouse travaillant avec Louis XVI sur la cartographie du Pacifique.) Le naufrage de Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse Si Lafayette est le héros français de la guerre d'indépendance de l'Amérique, Lapérouse s'y illustre : il surprend les Anglais à la Baie d'Hudson et participe ainsi à la victoire des Américains pour leur indépendance en 1783.....

 

Etude des voies de communication en Bas Poitou

Quels étaient donc ces chemins ? Le Guide de Charles Estienne mentionne parmi " les plus notables chemins " du Bas Poitou deux routes allant du port des Sables vers l'intérieur du royaume, une troisième qui, reliant les deux grands ports de la Rochelle et de Nantes, coupait les deux précédentes à Luçon et à Montaigu, et enfin une voie, par deux itinéraires assez rapprochés, reliant la Rochelle, Luçon, Loudun et Tours....

 

 

1. Séance de la Société de topographie de France, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, le 4 novembre 1888, sous la présidence de M. liardoux, sénateur, ancien ministre de l'Instruction publique. La date initiale (1525) est celle de la publication de la carte de France d'Oronce Fine ; la date terminale (1682), celle de la rectification astronomique de --Lattre et Picard.

2. Sur ces treize/séances, huit .ont été présidées par M. Ferdinand de Lesseps, trois par M.-Bardons, une par M. de Mali y, une par M. l'amiral, Jurieu de la- Gravière.

3. Voir Bibliothèque historique- de la France; du Père Le Long, l er vol., édition de Févret de Fontette

4. Plus de cent ans après, sur l'ordre de Henri II, Descelliers peignait sur parchemin une mappemonde, souvent citée.

5. C'est l'appréciation qu'en donne M. Vivien de Saint-Martin dans son Histoire de la Géographie et des découvertes géographiques depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, p. 293.

6. M. Gabriel Marcel a commencé une intéressante publication de portulans, chez l'éditeur Gaultier, 55, quai des Grands-Augustins.

7. A ceux cités par M. Vivien de Saint-Martin (p. 289-290), nous ajouterons l'Image du Monde, poème didactique du XIIIe siècle, qui a été l'objet en 1886 d'une thèse présentée à l'école des Charles par M. E.Daniel Graud. Voici les titres de quelques-uns des chapitres de la deuxième partie de ce poème : 1° Comment la terre est divisée en diverses parties. 2° De la Mappemonde : Asie, le Paradis terrestre, Inde, Asie-Mineure. 3° Europe. 4° Afrique. 5° lies. 6 Histoire naturelle de l'Europe et ,de l'Afrique. 7° Dqs propriétés des choses communes. 8° De l'Enfer. 9° Comment l'eau court sous la terre, etc.

8. Voir dans la Library of Harvard university, n° 18 (1884) la « Bibliography of Ptolemy's Geography», by Justin Winsor. L'auteur énumère environ soixante-quinze éditions probables de Ptolémée de 1452 à 1843. La première édition certaine de Ptolémée est de l'an 1475 (sans cartes).

9. Goografia di Francesco Berlinghieri Florentino, con sue lavole in vari siti e provincie, secundo la goografia e distenzione délie tsvole di Tolomeo, en terza rima.

10. Cosmographia universalis (1542 et 1545) secundum tabulas Ptolemaei, opéra Sebastiani Munsterii, novo parato modo. His adjectae sunt plurimae novae tabulae, modernam orbis faciem literis et pietura explicantes, inter quas quaedam antehac Ptolenaeo non fuerunt adsilae.

En 1548, dans la chronique de Stumpf, paraissait une carte de la Gallia oder Frankreich, plus fautive que celle de Munster.

11. Geogralia di Claudio Ptolemeo Alessandrino con alcuni comenti e aggiunti fattevi da Sebastiano Munstero Alemanno, con le tavole non solamente antiche e moderne solite di stamparsi, ma altre nove aggiuntive da Messer Jacopo Gastaldo Piamontese cosmografo, redotte in vulgare Italiano da M. Pietro Andréa Mattiolo Severo medico excellentisimo. Venise, 1548. On y rencontre une Galliae nova tabula.

12. Voir Rochas : Biographie du Dauphiné. Oronce Fine, né à Briançon, en 1494, la même année que François Ier, mourut à Paris le 6 octobre 1555.

13. Jean Jolivet avait dressé eu 1545 une carte du Berry, en six planches, dédiée à Marguerite de Valois, reine de Navarre, soeur de François Ier. Il obtint le titre de « géographe du roi ». -

14. Ulmus hoec quatuor collaterarium provinciarum Fine atttingit.— Dans sa Topographia Gallise (Francfort, 1655), Martin Zeillor écrit : «  Merula refert annosam ulmum inter la Maison neufve vicum et Argentrin oppidum agri Bituricensis, versus septentrionem spectari, quae quatuor provincias, nemne Biluricensem, . Borboniam, Arverniam et Lemovices dirimal. »  

15. L'empereur Charles-Quint comptait dans cette expédition Albert de Brandebourg parmi ses lieutenants.

16. Des événements tels que la fondation de Petit Dieppe sur la côte occidentale d'Afrique, l'expédition de Jean de Béthancourt aux Canaries, et le voyage de long cours de Cousin témoignent de l'initiative des Normands, mais non de l'initiative de « l'Etat », du « Gouvernement français ». ,

17. Notre entrée comme nation, comme État, dans cette voie, date des expéditions de Verrazano, Jacques Cartier et Boberval, sous François Ier. Voir l'étude de M. P. Gaffarel, publiée ici même (1887). Voir aussi les Découvertes et l'opinion en France au XVIe siècle, par M. L. Deschamps (mai-juin 1885). « Ce qui frappe tout d'abord, dit l'auteur, c'est qu'au- delà de la moitié de ce siècle, le public français ne fut, à une, ou doux exceptions près, initié aux découvertes que par des traductions. »

18. Postel met Bordeaux à sa vraie place, comme le faisaient les portulans. Il rectifie également le cours de la Vienne, qu'Oronce Fine et Jolivet faisaient affluer dans la Loire en aval de Saumur. '

19. On remarquera que, dans l'atlas d'Ortelins, il y a déjà une carte générale de l'Europe qui suppose une bien meilleure entente du tracé de la France.

20. On la trouve également dans la Cosmographie de François de Belleforest, t. I, p. 100, Paris, 1575, in-folio.

21. Le Véronais Forlani, dans sa dédicace Magnifico ac insigni viro Marco Antonio Radici (1556), parle de la carte d'Oronco Fine, parue en 1525, comme d'une oeuvre récemment parvenue à sa connaissance.

22. Le Napolitain Pirro Ligorio (1558) ne nommait même pas Oronce Fine.

23. Robert de Vangondy, dans son Essai sur l'histoire de la Géographie, de son origine, ses progrès et son état actuel, Paris, 1755, renvoie à Ortelius pour d'autres cartes générales de la France dues à Thevel et à Nicolas de Cusa.

24. En légende, on lit ces mots : « Florisse et vive à jamais le très heureux, très invincible et très chrestien monarque Charles IX, roi de France et des François. » La carte d'Hamon qui porte la date de 1568 nous semble être la copie de celle de jolivet. On y trouve l'indication du fameux ormeau mitoyen.

25. Voirie Dictionnaire de Moréri.

26. Cette description du Berry a été publiée pour la première fois à Paris, en 1865, par M. Victor Àdvielle, d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale. Une nouvelle édition, avec les cartes de Nicolai, en a été donnée en 1883, à Châteauroux, chez Aupetit, éditeur. Outre la carte générale du Berry, on y rencontre celles des bailliages royaux de Bourges, Issoudun, Dun-le-Roy, Vierzon, Mehun, Concressault, et le plan de l'antique et moderne cité de Bourges. « Le tout fait et observé de lieu en lieu par exprès commandement du très puissant et très chrestien roi de France Charles de Valois, IXe du nom, et de la très haute et très vertueuse reine, Catherine de Médicis, sa très honorée dame et mère, par N. de Nicolay, dauphinois, géographe ordinaire et valet de chambre du roi.

27. Des lettres patentes lui avaient été délivrées à cette occasion par le roi Charles IX.

28. Il entrait dans le programme de Nicolaï « d'accompagner icelles cartes d'une description en forme d'histoire tant générale que particulière, de la situation, nature, fertilité, limites et confins de chaque province, de la naissance et cours des fleuves, de la grandeur des forêts et buissons, comme aussi du nom, assiette, antiquité, police, gouvernement, justice, foires, marchés et commerce des villes,, châteaux, bourgs et paroisses, et tout d'une suite de l'étendue des justices royales, balliages, sénéchaussées, prévôtés et châtellenies, et pareillement des élections, greniers à sel, domaine et nombre des officiers; ensemble des fiefs tenuz à foi et à hommage du Roi, avec l'origine, progrès et antiquité des maisons nobles et plus illustres desquelles (comme d'un ferme bastion et rempart) dépend la protection et défense de ce royaume. »

29 .Il était né à La Grave en Oisans, en 1517, et mourut à Paris en 1583. Sa carte du pays de Calais et de Boulogne (Caletensium et Bononensiwn dilionis accurata delinealio) figura pendant près d'un siècle dans tous les atlas. Voir Rochas, Biographie du Dauphiné.

30. Damien de Templeux prend les titres d'écuyer et de seigneur de Frestoy.

31. Jean Francus était «édile royal » et « maître des voies et chemins en Touraine ».

32. Jacques de Chieze était natif d'Orange.

33. Jean de Reins était « géographe et ingénieur du .roi».

34. Jean Vandamme prend le titre de sieur d'Amendale.

35. AEgidius Bulion était Belge.

36. Jean Tardo était chanoine de l'Église de Sarlat.

37. Lézin Guyet (1515-1580) fut conseillé au présidial d'Angers, poète et géographe. Sa carte d'Anjou parut en 1573. On lui doit aussi une carte du Maine.

38. Jean Bompart vivait dans la seconde-moitié du XVIe siècle et non du XVIIe, comme le répètent tous nos dictionnaires historiques.

39. Abraham Fabert, imprimeur (1660-1638). Maître échevin de Metz en 1610, il complimenta Louis XIII lors de son sacre.

40. Nous publierons ultérieurement une étude sur Jean Fayan et la première carte du Limousin.

41. Voir Coup d'oeil historique sur la projection des caries de géographie, par Ml. d'Avezac, extrait du Bulletin de la Société de géographie (avril, mai et juin 1863).

42. L'atlas d'Ortelius, première édition (1570), ne donnait que le Berry (Jean Calamoeus), la Limagne (Gabriel Siméon), le pays de Calais et de Boulogne; le Vermandois (Jean Surhonius), le littoral de la Gaule Narbonnaise, la Savoie et la Franche-Comté (Egidius Bulion).

43. Dans sa première édition (1585), Mercator donnait : la Bretagne, la Normandie, l'Aquitaine, la France, la Picardie et la Champagne, le pays de Boulogne et de Guines, l'Anjou, le Berry, le Poitou, la Lorraine, la Bourgogne et la Franche-Comté.

44. L'Atlas de Bloeu (1662) contient les cartes du duché de Savoie, du Dauphiné (Jean de Beins), de la principauté d'Orange et du comtat Venaissin (Jacques de Chieze), de la Provence (Bompart), du Languedoc, du Quercy, du Béarn, des Iles de Ré et d'Oléron, de la Saintonge et de l’Angoumois, du diocèse de Sarlat (Jean Tardo), de la Limagne (Gabriel Siméon), du Lyonnais, Forez, Beaujolais et Maçonnais, du pays de Bresse, de la souveraineté de Bombes, du Charolais (Jean Vandamme), de la Bourgogne et de la Franche-Comté, du Bourbonnais, du duché de Nevers, du Berry, .du Perche, du Blaisois (Jean Temporius), de la Touraine (Jean Francus), le territoire de Melun, le Mirabalais, le Poitou, l'Anjou.(Lezin Guyet), la Bretagne, le Maine (Oger), . la Normandie, l'Ile de France (Oamien de Templeux), l'Ile de France (La Guillotière), la Beauce, le Gastinais et le Senonais, le pays de Brie, la Champagne, le duché de Lorraine, le pays Messin: (Abraham Fabert), la principauté de Sedan, le diocèse de Reims et le pays de Relhel (Jean Jubrien), le Valois, la Picardie (Jean Surhonius), le Beauvaisis, le Vermandois (Jean Surhonius), le gouvernement de la Capelle (Petit-Bourbon), les pays de Boulogne et de Guines, l'archevêché de Cambrai.

45. A Tours, chez Maurice Bouguereau. Cette oeuvre ne fut achevée, croyons-nous, qu'en 1598. Elle nous semble historiquement et politiquement si importante que nous nous proposons de lui consacrer une étude particulière. Nous la confronterons avec le Théâtre géographique du royaume de Franco, chez Jean Leclerc, Paris, 1621, et avec le Théâtre des Gaules ou Description de toutes les provinces du royaume de France avec les provinces et Etals circonvoisins, chez Boisseau, enlumineur du roi pour les cartes marines et géographiques, 1642.

46. Dès 1584; il était prêt à le publier, suivant la préface de l'éditeur.

47. Pierre Plancius, savant hollandais (1552-1622).

48. Néanmoins la Bretagne, sur la carte de La Guillotière, est trop amincie.

49. Mentionnons la carte de Tassin (1636) et celle publiée sous le litre l'Empire français par Melchior Tavernier (1637), l'oncle du fameux voyageur, qui disait dans son-avertissement lecteur : « Quand vous prendrez la peine de les conférer les unes avec les autres, vous trouverez que celle-ci sera la moins fautive, les autres étant copie sur copie et faute sur faute. »

50. M. d'Avezac, Op. cit., p. 80-82, dit de Nicolas Sanson : « Ses cartes des diverses parties du monde sont construites suivant une projection dont nous n'avons pas rencontré d'exemples avant lui, et qui plus tard est devenue célèbre sous un nom autre que le sien (celui de l'Anglais Flamsteed). » C'est en 1634 que Louis XIII rendit la célèbre ordonnance qui fixait pour point de départ dos degrés de longitude ou des méridiens l'Ile de Fer (Canaries).

51. L'origine de cette carte est racontée par l'éditeur, Melchior Tavernier. « L'état de toutes les postes qui traversent la France m'étant tombé depuis peu entre les mains, je priai le sieur N. Sanson d'Abbeville de me le dresser en une carte géographique qu'il m'a aussitôt rendue telle que je te la présente (il s'adresse au lecteur); s'il s'y trouvé augmenté ou diminué, m'en advertissant, je le ferai pour le contenter et servir le public. Adieu. »,

52. Robert de Vaugondy, dans le livre cité plus haut, pages 217-223, met pleinement en relief les services rendus à la science par Nicolas Sanson, son bisaïeul. Un travail complet sur cette matière ne saurait omettre les efforts dignes d'éloges du neveu de Sanson, Pierre Duval (1618-1683), géographe royal.

53. C'est Picard qui, le premier, mesura avec exactitude un degré du méridien.

54. Voir Deslehorough Cooley, Histoire générale des voyages et découvertes maritimes et continentales, traduite de l'anglais par A. Joanne et Old Nick, Paulin, 1840.

55. Voir Mémoires de l'Académie royale des sciences de 1066 à 1699, t. VII, p. 429. « Ce que l'on a marqué en lignes ponctuées est copié exactement sur cette carte (de Sanson) laquelle a été réduite à la moitié. Les noms des villes dont la position est tirée de cette carte sont écrits en caractères italiques; la correction de la position des côtes qui est déduite des observations précédentes est marquée d'un trait simple avec un peu d'ombrage du côté de la mer, comme on fait ordinairement, et les noms des villes dont la position est corrigée sont écrits en caractères romains. »

 

"Nova totius Galliae descriptio" d'Oronce fine, la première carte de France imprimée dans le royaume de François 1er

La France d'Oronce Fine (1525?) depuis les recherches erudites de Ludovic Drapeyron et de Lucien Gallois il est admis que la plus ancienne carte moderne de France dessinée et imprimée en France est la Gallia Oronce Fine publiée en 1525 Oronce Fine (1494-1555) exact contemporain de François 1er est surtout connu comme mathématicien.

 

10 décembre 2019

Les Sceaux et Armoiries de la Ville de La Rochelle

Les Sceaux et Armoiries de la Ville de La Rochelle

En mai 1199, Aliénor d’Aquitaine a confirmé la charte de commune, et concédé à la ville des exonérations de taxes, ainsi que des pouvoirs politiques et judiciaires étendus. (Aliénor d’Aquitaine la concession des priviléges de franche-commune)

Les habitants de La Rochelle élisent le premier maire dans l’histoire de France, en la personne de Guillaume de Montmirail.

Le sceau de la Rochelle est un très bel exemple des bateaux viking qui ont servi de modèles à l’Europe du Nord au Moyen Age. Le Navire formant les armoiries de la ville de La Rochelle a souvent été remplacé par le sceau privé du maire.  

Il n'est pas sans intérêt, en parlant de l'organisation municipale, de dire un mot des différents sceaux mis, aux diverses époques de la commune rochelaise, à la disposition du maire pour donner l'authenticité nécessaire aux actes émanant de son autorité.

C'était une haute fonction que celle de garde-scel royal. L'usage des sceaux de la commune constituait un droit important conféré au maire. Le jour de son installation, remise lui était faite solennellement des clefs du coffret qui les contenait.

Le premier sceau connu, dont il reste encore trace aujourd'hui, est celui dont on trouve l'empreinte suspendue à une charte rochelaise conservée aux archives nationales.

Sur ce précieux titre, figure consigné le serment de fidélité prêté à Louis VIII, alors que ce prince, après la prise de La Rochelle sur les Anglais, fit faire le dénombrement de la population, en 1224. « Ce cachet de forme ronde — dit Jourdan — a le diamètre d'environ 75 millimètres.

Sceau de ville de La Rochelle - année 1224

Il représente d'un côté un homme à cheval (le maire sans doute), la tête nue, brandissant de la main droite un bâton noueux, et tenant la bride de l'autre, avec cette légende : Sigillum ma- joris de Rochella (sceau du maire de La Rochelle); de l'autre côté, un navire, emblème de la ville, voguant à pleine voile sur une mer agitée et dont l'unique mât est surmonté d'une croix avec cette légende : Sigillum communiæ de Rochella. »

Jourdan parle encore d'un sceau de la ville sur une charte de 1307, représentant au revers un loup, ou renard et qu'il serait tenté de croire être le cachet du maire Pierre de Loupsault, qui aurait peut-être pris cet emblème comme armes parlantes. Mais la Ville n'a jamais cessé d'adopter le navire symbolique qui figure dans ses armes.

En 1200 premier sceau de la ville de La Rochelle représentant un navire Viking

« Les premiers navires figurés — dit M. Demay (1) — quoique datés du XIIIe siècle, nous reportent aux drakkars scandinaves et aux navires normands, leurs successeurs.

Comme ces derniers, ils sont également relevés de la proue et de la poupe, munis d'un seul mât soutenu par des haubans garnis d'enfléchures et par deux étais. Ils portent une seule voile carrée garnie de bandes de ris. La forme de ces navires, avec deux caps relevés et la muraille se relevant également et à l'avant et à l'arrière, pour aller fortifier l'étrave et l'étambot, offre tout à fait l'image d'un croissant.

« Sur le sceau de La Rochelle, en 1308, la voile est déployée et l'on peut y compter trois bandes de ris mu- nies de leurs garcettes.

Le vaisseau de La Rochelle figure encore très nettement les deux pièces principales de la construction de la proue et de la poupe, l'étambot et l'étrave modernes. »

Sceau ville de La Rochelle représentant un navire Viking (1437)

On retrouve encore le vaisseau ayant cette forme sur un titre de 1434. C'est également le même qui est placé à la clef de voûte de la porte d'entrée de l'Hôtel de Ville, et sur une sculpture qui existait rue Saint-Michel, transportée depuis au Musée.

En 1437, la ville porte de gueules au bateau d'or sur une mer de mesme.

En 1458, une fleur-de-lys apparait en chef.

En 1482, les armes de La Rochelle portent le chef de France (d'azur semé de fleurs-de-lys d'or).

 En 1497, les émaux des armes de La Rochelle sont clairement définis, de gueules au bateau d'or voguant sur une mer de mesme, au chef de France. (Armoiries confirmées en 1696, puis en 1827 par une ordonnance de Charles X.)

Après le traité de Brétigny, la Ville dut abandonner ses armoiries pour prendre celles du roi d'Angleterre. Il y a, paraît-il, (2) à l'Echiquier de Londres, deux sceaux d'argent attachés par une chaîne de même métal, qui servaient à La Rochelle, et qui durent être transportés en Angleterre pour que la Ville, changeant de nationalité, ne pût en faire usage.

Les Sceaux et Armoiries de la Ville de La Rochelle (3)

Sur les sceaux employés au XIVe siècle, nous voyons apparaître les châteaux, établis sur les nefs, sorte de forteresses crénelées, souvent au nombre de trois : une à la proue, une à la poupe et une au haut du mât, disposée comme la hune moderne.

Dans les armes de la Ville, le bateau est muni de châteaux de proue et de poupe qui dominent tout le monument, avec plate-forme défendue par des créneaux. Les haubans sont attachés à des porte-haubans; on y voit quelquefois des sabords, un beaupré surmonté d'un mât, des avirons, un gouvernail et une ancre. Les extrémités ont cessé d'être relevées ; le bordage, à la proue et à la poupe, est seulement exhaussé de la largeur d'une planche.

Plus tard, le chef de France s'ajouta au vaisseau ; on le trouve sur les sceaux de la Ville en 1508, 1594 et 1610.

Armoirie de Jean Guiton dernier maire de La Rochelle Lors du siège de cette ville le 2 mai 1628

(Armoirie de Jean Guiton dernier maire de La Rochelle Lors du siège de cette ville le 2 mai 1628.)

Un édit de Louis XIV, en 1696, autorise de nouveau la Ville à mettre, au-dessus du vaisseau, le chef de France.

Les trois fleurs de lys furent supprimées pendant la période révolutionnaire. Sous le premier Empire, le Conseil municipal très flatté d'avoir vu son maire figurer au sacre de Napoléon, prit la décision suivante, le 17 mai 1809 :

« Considérant qu'il convient que la ville de La Rochelle, comprise au nombre des bonnes villes de France, jouisse de la faveur accordée par ce décret ; et qu'il convient aussi de demander les armoiries que la Ville avait autrefois, sauf les changements que les circonstances exigent, prie son maire d'obtenir le droit d'armoirie, en conservant le vaisseau aux voiles déployées. »

Les lettres patentes de février 1811 accordent le vaisseau et substituent aux fleurs de lys trois abeilles d'or posées en face sur fond de gueules.

 

A la rentrée des Bourbons, le Conseil demanda à revenir aux anciennes armoiries, qui lui étaient trop chères, pour n'en pas désirer la prompte restauration. Mais ce ne fut qu'en 1827 qu'une ordonnance de Charles X permît à la Ville de reprendre les armoiries que lui avait accordées Louis XIV, en 1696 :

« De gueules au vaisseau d'or habillé d'argent, voguant sur une mer de sinople, au chef d'azur à trois fleurs de lys d'or. (3) » Quels qu'aient été les différents régimes qui se sont succédé depuis cette époque, les armes de la Ville n'ont jamais été modifiées. C'est avec juste raison que l'administration municipale n'a jamais été hantée de la mesquine préoccupation — malgré les tergiversations politiques par lesquelles a passé le pays — d'apporter le moindre changement aux armoiries rochelaises. Elles restent ce que la tradition les a faites depuis quatre siècles. Elles rappellent le patriotique appui que la Ville a prêté à Charles V, en l'aidant à chasser les Anglais du territoire.

Ces inoffensifs emblèmes, figurant dans les armes d'une ville, ne sont qu'un motif décoratif; ils évoquent de glorieux souvenirs et ne font en rien présager des sentiments qui animent la population.

En principe, lorsque les armes d'une ville sont bien déterminées, avec titres à l'appui, il n'y a pas lieu d'y apporter la moindre modification.

C'est au XIVe siècle qu'on commença à mettre des supports à l'écu. On s'est adressé, dans ce but, à tous les règnes de la nature : des centaures, des cerfs ailés, des licornes, etc., etc. Il n'est pas surprenant qu'on ait emprunté à la mer les attributs qui devaient servir de supports aux armes de La Rochelle ; de là vient le choix qui fut fait de deux dauphins : l'un à droite, l'autre à gauche. Puis les villes, suivant qu'elles étaient duchés, marquisats, comtés ou baronnies, mettaient au-dessus de l'écu des couronnes rappelant ces divers titres.

Mais à La Rochelle, suivant l'indication du coutumier général du païs : « N'y a comte, vicomte, baron, ni châtelain que le roy. » Aussi, pas de couronne pour accompagner les armes de la Ville.

Cependant, un décret impérial de 1809 autorisa les bonnes villes de France à surmonter leurs armes d'une couronne murale. Mais ce n'est qu'une superfétation dont on a fait souvent usage dans le simple but d'agrémenter la disposition décorative de nos emblèmes.

Les Sceaux et Armoiries de la Ville de La Rochelle (1)

Si les armoiries d'une ville doivent toujours être fidèlement reproduites dans l'écu qui les contient, il n'en est pas de même des supports, qui ne sont qu'un accessoire dont la présence n'est pas nécessaire, ou dont la disposition peut être transformée suivant l'inspiration de ceux qui les composent.

Tous les artistes laissant libre cours à leur imagination, ont donné aux animaux mythologiques qui accompagnent les armes de La Rochelle, les formes les plus variées.

Nous avons, nous-même, largement usé de cette latitude. D'autres découvriront encore, au gré de leur fantaisie, dans le joli motif qui constitue nos armoiries, une source inépuisable de combinaisons et d'arrangements ingénieux et variés.

Quant à la devise : Servabor Rectore Deo, il nous a été impossible d'en retrouver l'origine. Il résulte cependant, de divers documents, qu'elle est antérieure au XVIIe siècle.

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LA MONNAIE

Pendant que nous parlons des prérogatives municipales, nous devons rappeler le droit important qu'avait la Ville de frapper monnaie.

C'est encore à Aliénor d'Aquitaine qu'il faut remonter pour retrouver l'origine de cet établissement. Cette princesse avait concédé à Raoul de Mauléon, en échange des droits qu'elle détenait sur la ville de La Rochelle, le privilège de percevoir annuellement, sur la prévôté, cinquante sols de la monnaie de la dite ville. Le marc rochelais servait de type aux autres monnaies du pays.

Nous trouvons, dans une charte de Jean d'Angleterre, en 1215, l'autorisation donnée à son monétaire, de fabriquer sa monnaie poitevine à La Rochelle.

Jean le Bon, avant le désastre de Poitiers, désigna l'atelier de La Rochelle pour fabriquer des gros deniers blancs à l'estoille, autelz à deux deniers de loy, dit : argent le roy et six sols de poix au marc de Paris ayant cours pour deux sols parisis. (4) Il ordonne en outre que : « en nostre dite ville de La Rochelle, monnoye soit frappée et forgée par la forme et manière que nous faisons faire les autres lieux de nostre royaume ». Il prescrivait, en même temps, qu'il fût fabriqué assez de monnaie d'or et d'argent pour que « la ville et le païs d'environ puissent être garnis et remplys de ses monnoyes ».

Lorsque La Rochelle fut cédée à l'Angleterre, après le traité de Brétigny (1360), le roi Edouard III, pour s'attirer les sympathies des Rochelais, confirma les privilèges de la ville et, en même temps, le droit de battre monnaie, à la condition, toutefois, que son effigie figurerait sur les pièces rochelaises.

Mais lorsque la ville parvint à se soustraire à la domination anglaise (1372), le roi Charles V se préoccupa de faire disparaître toute la monnaie frappée pendant l'occupation et dont le pays était inondé.

 Il envoya à La Rochelle, en 1389, son général des monnaies, pour relever l'état précaire de l'établissement et en remettre les ateliers aux mains de la commune, en abandonnant, au profit de cette dernière, la moitié des bénéfices sur les espèces frappées ; confirmant ainsi, en ce qui concernait le droit de monnayage, les privilèges concédés par Edouard III.

C'est pour assurer le bon fonctionnement de la monnaie à La Rochelle que Charles V rendit une série d'ordonnances prescrivant le taux du change, le contrôle de la circulation des monnaies de la part des changeurs, la nature des sommes passant par les mains des tabellions, etc., etc.

Les pièces qu'on frappait alors étaient des deniers d'or fin aux fleurs de lys, au taux de vingt sols tournois, et blancs deniers pour cinq deniers tournois, sans parler d'autres monnaies de moindre valeur.

La lettre R était la marque spéciale de la frappe rochelaise; plus tard, ce fut la lettre H; depuis la fin du règne de Charles VII jusqu'en 1539, on se contenta de mettre un point sous la neuvième lettre de la légende.

Où se trouvait, à cette époque, l'établissement de la Monnaie? Sans doute sur l'emplacement où fut bâtie de nos jours l'école d'asile Arcére. Il résulte, en effet, d'un titre du XIVe siècle, qu'une rente de soixante livres tournois avait été constituée aux moines de Saint-Jean-Dehors-les-Murs pour location de bâtiments leur appartenant, où l'on battait monnaie, situés à l'endroit que nous venons d'indiquer.

Plus tard, la maison de la Monnaie fut transportée sur la place du Château. Le dessin que nous avons retrouvé, sur un vieux plan provenant des archives de l'hôpital Aufrédy, nous montre une construction bien rudimentaire et d'un médiocre intérêt.

 C'est là, cependant, que la Ville frappait encore sa monnaie, un an avant le siège, car, en 1627, pour parer au besoin d'argent, il lui fut accordé de fabriquer, moyennant redevance à son profit, des quarts et demi-quarts d'écus et des douzaines.

Lorsque les fortifications de la ville furent reconstruites, en 1689, et qu'on donna à la place du Château les belles proportions que nous voyons aujourd'hui, la Monnaie et la chapelle Sainte-Anne qui y attenait, furent démolies.

La Ville acquit alors la maison d'un sieur Thaumeur, dans la rue Royale-des-Carmes, auprès de la tour de la Lanterne (habitation du chef du Génie), et la rue prit le nom de : rue de la Monnaie, qu'elle porte encore à l'heure actuelle.

La Ville y établit ses ateliers et son outillage. Elle émit par ordre du roi, en 1785, une certaine quantité de louis d'or.

Cette institution fonctionna jusqu'à la Révolution; elle fut supprimée par décision du 22 septembre 1790, et, avec elle, disparut la juridiction spéciale qui relevait de la Cour des Monnaies de Paris. Elle se composait de deux juges-gardes, d'un procureur du roi et d'un greffier. Elle fut remplacée, comme toutes les autres juridictions, par un tribunal de district. C'est sur son ordre que furent transportées à la Monnaie, la plupart des cloches de nos églises, et qu'on émit pour 15.500 livres de billon d'un métal très brillant qu'on nommait : sous de cloche.

A l'époque des assignats, la Chambre de Commerce, pour faciliter la circulation de ce papier, les échangeait contre ce qu'on appelait des cartes de confiance, de trois à six livres. Ces cartes portaient un timbre et une vignette représentant un vaisseau avec cette devise : arti et labore. Mais ces coupures étaient encore trop élevées pour la vente des denrées journalières. Il fut frappé pour 2.300 livres de monnaie de billon, qu'on pouvait échanger contre des assignats de cinq et des cartes de confiance de trois livres.

Les Sceaux et Armoiries de la Ville de La Rochelle (2)

L'administration de la Monnaie faisait usage d'un sceau qu'elle apposait sur ses titres. Nous le retrouvons, notamment, sur les lettres du maître-monnayeur délivrées, le 7 avril 1776, à Jean-Elie Bouguereau.

Ce sceau représente un navire passant derrière une tour, allusion au commerce de la ville et aux tours, de l'entrée du port. Ce cachet, qui remonte au XVIIe siècle, porte en tête la date de 1372, pour rappeler l'année où la ville fut délivrée de l'occupation anglaise, et pendant laquelle Charles V organisa de nouveau l'établissement de la Monnaie.

 

 

La Rochelle disparue / texte, eaux-fortes et illustrations par E. Couneau

 

 

Blason_de_La_Rochelle

De gueules au vaisseau d'or équipé d'argent, sur une mer de sinople ; au chef d'azur à trois fleurs de lys d'or. Alias au chef de France.

 

La création d’une nouvelle salle du conseil sous les toits, au-dessus de la salle des fêtes.

 

 

Philippe Villeneuve, l’architecte en chef des Monuments historiques a repensé les combles en supprimant le maillage des poutres de charpente classique, pour dresser de nouvelles poutres en arc brisé, ou « en forme de carène de bateau inversé »

 

http://www.aqui.fr/societes/l-hotel-de-ville-de-la-rochelle-renait-de-ses-cendres,17759.html

https://www.culture.gouv.fr/Regions/Drac-Nouvelle-Aquitaine/Actualites/Monuments-historiques-en-travaux-l-Hotel-de-Ville-de-La-Rochelle-Charente-Maritime

 

 

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle <==.... ....==> La Rochelle : retour en images sur l'inauguration de l'hôtel de ville

 

 

 


 

Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania

Les Gaulois habitant le Poitou s'appelaient les Pictons; de là le nom de Poitou, Poitiers. Sous les Romains, notre contrée se trouvait d'abord dans la Gaule Celtique; depuis, elle fit partie de la Gaule aquitaine. Lors de l'invasion des barbares, venant du Nord-est, notre pays fut souvent désolé par le passage de ces hordes guerrières....

 

La vie d'Aliénor d'Aquitaine

Depuis deux siècles, on appelait habituellement Éléonore cette princesse que les historiens antérieurs nommaient Aliénor (autrement dit Alia Aenor, "l'autre Aénor", puisque Aénor est le prénom de sa mère.), Aanor, Alienordis, Aenordis, Alernoia, Helienordis; on trouve ces différents noms dans les Tables de dom Bouquet, de Duchesne, de Martène.

 

14 octobre 1066 - Les Chevaliers du Poitou à la conquête de l'Angleterre avec Guillaume le Conquérant. -

Guillaume le Conquérant (en ancien normand Williame le Conquereor, en anglais William the Conqueror), roi d'Angleterre sous le nom de Guillaume Ier, duc de Normandie sous le nom de Guillaume II, appelé également Guillaume le Bâtard, né à Falaise en 1027 ou 1028 et mort à Rouen le 9 septembre 1087, fut roi d'Angleterre de 1066 jusqu'à sa mort en 1087 et duc de Normandie de 1035 à sa mort.


 

La Rochelle au Moyen Age - Le château Vaucler d'Henri II Plantagenêt et Aliénor d'Aquitaine

Pour mettre à l'abri des attaques du dehors ce port naturel et primitif, les sires de Mauléons élevèrent une tour sur un point ou La Roche émergeait d'un milieu marécageux. Ce fut -là, dit-on, l'origine du nom que devait porter dorénavant La rochelle.....

 

 

En 1196, l'armateur rochelais Alexandre Aufrédy décide d'envoyer sept navires de sa flotte à l'aventure vers les côtes africaine

Pour comprendre La Rochelle, il faut d'abord savoir l'apprivoiser. Fidèle à sa nature fière et insoumise, elle ne se livre pas facilement et ne semble jamais être là où on l'attend. Contrairement à une idée convenue, l'activité principale de ce petit village, situé au coeur du golfe de Gascogne, cesse d'être la pêche aux alentours du XIIe siècle....

 

(1)    Le Costume au Moyen âge d’après les Sceaux, par G. Demay. Ed. Dumoulin et Cie, éditeurs, Paris, 1880.

(2)    Jourdan : Ephém., tom. II, page 239.

(3)    Archives de l'Hôtel de Ville.

(4)   Ordonnance du roi de France.

 

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09 décembre 2019

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle

En 1199, Aliénor d'Aquitaine confirme aux Rochelais leurs avantages économique et fiscaux

Si nous sommes à peu près renseigné sur l'organisation administrative de la commune rochelaise à son origine ; si nous savons en quoi consistèrent ces privilèges que nos pères défendirent avec une ardeur que rien ne décourageait, il nous est presque impossible de dire en quoi consistait la Maison de Ville, où siégèrent les premières assemblées communales.

Hôtels de Ville de La Rochelle 1854

(Hôtels de Ville de La Rochelle 1854)

C'est cependant de cet Hôtel de Ville, que nous voulons parler, en essayant de suivre les transformations successives qu'il a subies jusqu'à nos jours.

Tout porte à croire que le local où se réunissait l'Echevinage, au premier temps de la nouvelle commune, devait être à l'endroit même où se trouve actuellement l'Hôtel de Ville.

Ce qui nous fait supposer qu'il en devait être ainsi, c'est que l'immeuble — sans doute de proportion fort modeste — était devenu insuffisant et que, pour lui donner plus d'importance, la commune acheta, en 1298, cinq maisons qui l'avoisinaient. Il résulte, en effet, d'un titre de cette époque, que le prix de cette acquisition fut de 920 livres tournois, payées par Guillaume Evrat, adoncques maire de commune de La Rochelle, les esquevins (les échevins), conseillers et pers au proffi et de tout le commun de la dite ville.

Hôtel de Ville de la Rochelle 1864

Trois de ces maisons étaient situées rue de Pierre (de l'Hôtel de Ville), la quatrième dans la rue de la Pelleterie (de la Grille), et la cinquième, rue des Grandes-Tendes (extrémité de la rue des Gentilshommes, près de la rue des Merciers ).(I)

Plus de doute, en lisant ces confrontations, sur la situation qu'occupait le premier Echevinage. C'est bien sur ce même emplacement que s'élève aujourd'hui l'Hôtel de Ville. Mais cette accumulation de maisons particulières sembla mal disposée aux administrateurs de l'époque, pour la tenue de leurs séances et l'organisation de leurs services municipaux.

Autorisation fut demandée à Philippe le Bel de démolir les maisons qu'on avait achetées et de construire un bâtiment approprié à l'usage auquel on le destinait.

Il n'est rien resté de cette construction qui disparut pour faire place, deux cents ans plus tard, à l'enceinte fortifiée que nous voyons actuellement. Ce mur fut commencé en 1486, sous la mairie de Jacques Le Comte, et terminé en 1487. La dernière partie, du côté de la rue de la Grille, fut achevée en 1498. La grande et la petite porte d'entrée sont de style gothique flamboyant.

L'aspect sévère de cette épaisse muraille, munie de créneaux et de mâchicoulis, flanquée à ses angles de tourelles en encorbellement, était comme l'image de l'affranchissement de la commune rochelaise. Cette forteresse, au cœur même de la ville, semblait tenir en respect ceux qui essayaient de porter atteinte à l'autorité municipale. Elle pouvait être considérée comme le dernier refuge de la résistance, au cas où la ville serait tombée aux mains des envahisseurs.

Une fois l'enceinte de l'Echevinage achevée, il y a tout lieu de supposer que les bâtiments intérieurs restèrent encore longtemps ce qu'ils étaient avant d'être reconstruits, car nous voyons le Corps de ville, en 1515, siéger dans l'ancienne église des Augustins.

Plan du rez de Chaussée de l'hôtel de ville de la Rochelle

(Plan du rez de Chaussée de l'hôtel de ville de la Rochelle)

Plan du premier étage de l'hôtel de ville de la Rochelle

(Plan du premier étage de l'hôtel de ville de la Rochelle)

 

Quand l'évêque d'Avranches — comme nous l'avons dit — fut chargé de régler les différends survenus entre l'autorité municipale et les bourgeois, en 1530, la Maison de Ville était en ruine.

 Lors du voyage de François Ier à La Rochelle, en 1542, « on tenait conseil prés de la Chaudellerye ».

Le Corps de ville prit possession de son hôtel, quand la partie nord des bâtiments fut terminée. C'est là que devait se trouver ce qu'on appelait la grande salle, à laquelle on avait accès par un large escalier extérieur. Il suffit d'examiner la grâce et la régularité de la construction attenante à la muraille longeant la rue de la Grille, pour se convaincre qu'on est à l'époque d'Henri II.

Cour de l'hôtel de ville de la Rochelle

(Cour de l'hôtel de ville de la Rochelle)

C'est également dans cette salle qu'avait lieu l'élection du maire, après la démolition de l'église Saint-Barthélémy, et que dut se réunir, en 1588, l'assemblée générale des églises réformées, à laquelle prirent part le roi et la reine de Navarre, et les plus grandes notabilités du parti protestant.

Suivant contrat d'arrentement du 5 janvier 1591, la Ville s'assura la propriété « d'une maison et masure joignant la Maison de Ville, où de présent est construite une partie de la grande salle de la dite maison de l'Echevinage et la chambre de Messieurs les échevins ». La construction de cette grande salle date de 1595.

« Le maire Thévenin commença le bâtiment qui est en la maison commune de la dite ville, pour agrandir l'ancien, et il n'y a que les fondements faictz, qui sont élevés de quinze pieds. » En 1605, tout le corps du bâtiment, avec sa galerie au rez-de-chaussée et ses combles, était achevé.

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Le grand escalier extérieur, au milieu duquel se trouve une tribune, et dont Masse nous a laissé le dessin, était d'une architecture fort médiocre. « C'est — dit-il — une espèce de fer à cheval mal construit et trop raide, couronné par une impériale soutenue par des piliers, et sur la façade est une statue en terre cuite, peinte, représentant Henri IV de grandeur naturelle, en costume de guerre, revêtu d'une cuirasse, la tête nue, la main gauche sur la garde de son épée, et la droite appuyée sur un bâton de commandement. »

Cette statue fut placée sous un baldaquin en 1612, deux ans après la mort du roi.

« Non contents d'avoir son image gravée dans nos cœurs — dit le registre du Corps de ville — nous l'avons fait relever en bosse, au milieu de notre Maison commune. »

C'est de la tribune de cet escalier que le maire haranguait le peuple et le mettait au courant des destinées de la commune. « Le maire Goguet — d'après un journal de la ville au temps de la Révolution — prêta serment, ainsi que les autres officiers municipaux, dans cette tribune où le fameux Guiton parut autrefois avec tant d'éclat. »

L'escalier que reproduit notre eau- forte datait du siècle dernier. Il n'était guère mieux conçu que le précédent, mais on lui avait conservé la même place et la même disposition. Tandis que, lors de la restauration de l'Hôtel de Ville, M. Lisch y a substitué le pavillon à quatre faces que nous voyons aujourd'hui ; comme pour en conserver la tradition, on y a placé au sommet, sous un campanile, une statue de Henri IV, en faïence polychrome, œuvre de Deck.

Escalier dans la Cour de l'Hôtel de Ville de la Rochelle avant restauration 1872

(Escalier dans la Cour de l'Hôtel de Ville de la Rochelle avant restauration 1872)

En 1606, acquisition fut faite d'une maison rue des Gentilshommes, qui permit-à l'immeuble municipal d'avoir une sortie sur cette rue. On éleva, à cet effet, cette charmante façade d'un aspect si original, couronnée par un énorme balcon dont les robustes consoles, mises en biais, suivent la direction des murs intérieurs. Par la porte si artistement sculptée de cette jolie construction, les échevins, gentilshommes par leur fonction, avaient seuls le droit d'entrer, et, depuis cette époque, la rue prit le nom de : rue des Gentilshommes.

 

Hôtel de Ville de La Rochelle 1878

(Hôtel de Ville de La Rochelle 1878)

ARCADES DE LA GALERIE DE L'HOTEL DE VILLE (2)

Au commencement du XVIIe siècle, les bâtiments intérieurs de l'Hôtel de Ville avaient donc la disposition que nous- leur avons connue, avant la modification qu'on leur a fait subir; il y a quelques années. Sans insister davantage sur un monument, que nous avons tous les jours sous les yeux, rappelons qu'au rez-de-chaussée se trouve une galerie couverte formée de colonnes accouplées de l'ordre toscan, reliées par des arceaux, au milieu desquelles descend un gracieux pendentif en queue d'aronde. Au premier étage : la salle des fêtes, de proportions plus restreintes que celle actuelle, est éclairée par de larges fenêtres que séparent des colonnes d'ordre ionique composé ; dans leur entrecolonnement se trouvent intercalées des niches, où sont placées des statues un peu frustes, mais intéressantes par le costume étrange dont elles sont revêtues. L'ensemble de l'édifice est couronné par d'élégantes mansardes qui profilent sur la haute toiture d'ardoises la délicatesse de leurs ornements.

Signalons aussi le curieux agencement qui surmonte le sommet de quelques-unes de ces mansardes. Leur fronton n'est pas placé normalement; il est tronqué, et les angles, au lieu d'être extérieurs, sont retournés, pour laisser libre la partie du milieu remplie par un cartouche. C'est une diposition particulière qui ne manque pas d'originalité et dont on trouve peu d'exemples.

Avant que l'Hôtel de Ville fût affecté, après le siège, à la demeure du gouverneur, la grande salle servait aux assemblées populaires. Elle fut ensuite divisée en deux parties, pour être mieux appropriée aux besoins d'un logement particulier. « Les deux salles hautes — dit Masse — sont fort belles, la plus grande a, de longueur 38 pieds, et de largeur 30 1/2 ; il y a même apparence que ce n'était autrefois qu'une seule salle de 62 pieds de longueur. »

Au temps de la Ligue, Henri IV fit hommage à la Ville des drapeaux qu'il avait pris à l'ennemi ; toute la grande salle en était tendue. Soubise y ajouta, en 1662, cinq étendards enlevés aux royalistes. Ces trophées furent mis à l'Hôtel de Ville « pour être gardés et conservés en mémoire honorable de cet exploict ». Que sontils devenus ?

C'est dans cette salle, qu'en 1787, avait été placée une statue d'Henri IV, offerte à la Ville par Choderlos de la Clos, l'auteur des Liaisons dangereuses, qui vécut longtemps à La Rochelle et s'y maria. Il avait déterminé un de ses parents, M. de Persigny, à faire hommage de cette statue de grandeur naturelle, faite d'une composition particulière et absolument résistante. Elle imitait les chairs aussi bien que la cire.

Après avoir été exposée au château des Tuileries, elle fut transportée à La Rochelle, avec son globe de verre, et fut mise dans la salle des délibérations du Conseil, que l'on nomma salle Henri IV, « pour perpétuer la mémoire de ce bon ami des Rochelais, car on ne pouvait, considérer comme un monument digne d'Henri IV l'effigie en terre cuite qui surmontait le fronton du dôme de l'escalier de l'Hôtel de Ville ». (3)

Quand la nouvelle de la Révolution parvint à La Rochelle, la statue du bon roi fut décorée d'une cocarde tricolore. Mais cet emblème patriotique ne l'empêcha pas d'être mise en morceaux en 1793. (4)

 La grande salle des fêtes, en outre des étendards qui la décoraient, était tendue de superbes tapisseries représentant les armes de France et celles de la Ville, au milieu des- quelles figuraient des personnages allégoriques ; mais comme ces tentures étaient semées de fleurs de lys, le Conseil de la commune, à l'époque de la Révolution, jugea ces attributs symboliques de la royauté indignes de figurer plus longtemps dans la salle des délibérations. Elles furent donc reléguées dans les greniers; on leur substitua celles provenant de la Fabrique Saint-Barthélemy qui, sans doute, portaient moins ombrage au civisme du Corps de ville.

Lorsqu'en 1831, il fut question de donner une disposition nouvelle à la grande salle des fêtes, on se souvint des superbes tapisseries qu'on avait mises au rebut, mais les malencontreuses fleurs de lys dont elles étaient semées s'y trouvaient toujours, et il fut reconnu qu'elles étaient tout aussi compromettantes sous la Monarchie de Juillet que sous la Révolution. Il ne resta plus qu'à les vendre à vil prix, comme inutilisables et sans valeur, et c'est ce qui fut fait. Cependant, l'heureux acquéreur de ces tentures ne trouva pas indigne de les faire figurer à la section des arts rétrospectifs, à l'Exposition universelle de 1855. Depuis, toute tentative pour suivre leur trace est devenue infructueuse. La plus belle salle de l'Hôtel de Ville fut donc lambrissée de vulgaires panneaux de bois peints en gris, qui constituèrent toute la décoration que beaucoup d'entre nous ont connue. Cet état de chose subsista jusqu'au jour où furent donnés à la salle des fêtes une étendue plus considérable et un somptueux aménagement vraiment digne de l'édifice.

Le Clocher, Réouverture de l'Hôtel de Ville de la Rochelle 07 Décembre 2019

Tout, à l'Hôtel de Ville, rappelle les souvenirs lointains de l'ancien Echevinage. La vieille horloge elle-même a son histoire. Quand le Palais de Justice d'Henri IV fut démoli, on transporta à la Maison commune l'horloge qui figurait à la prison « pour être placée — dit le livre des délibérations — dans le lieu le plus commode », sans indiquer lequel.

A la Révolution, pour la mettre à la mode du jour, on la rendit décennale. Mais la population ne put s'habituer à ce nouvel horaire, et le Corps de ville décida de revenir à l'ancienne indication. Tandis qu'on procédait à ce retour aux anciens usages, on fit disparaître l'inscription suivante, mise au-dessus du cadran : « L'heure du réveil des peuples est la dernière des oppresseurs du monde. » Au-dessus de la porte d'entrée de l'Hôtel de Ville figurait aussi la devise révolutionnaire : « Liberté, égalité, ou la mort » ; mais ce dernier vocable sembla trop sinistre au Conseil municipal qui y substitua le mot : « l'humanité. ».

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (2)

La cloche, elle aussi, appartient à la vie municipale. C'est elle qui, matin et soir, annonçait l'ouverture et la fermeture des portes de la ville et l'heure du couvre-feu. Elle servait à la convocation des membres de l'Echevinage les jours de séance. Elle appelait également les justiciables, quand la Cour de la Mairie tenait ses audiences. Le peuple répondait à son appel quand les séances étaient publiques, pour la reddition des comptes des trésoriers, des gouverneurs des hôpitaux et pour l'adjudication des fermes communales. Quand le maire ou l'un des échevins venait à mourir, la cloche sonnait le glas funèbre, tant que durait l'enterrement.

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (5)

Mais sous la Révolution, il fut établi, en principe, que les cloches ne devaient plus être sonnées, afin d'ôter au fanatisme un moyen de ralliement, et le beffroi de l'Hôtel de Ville, étranger à toute cérémonie religieuse, dut néanmoins rester muet, pendant la période révolutionnaire.

Sept ans s'étaient écoulés, lorsque la cloche menaça par son poids la solidité des planchers. Il fut décidé qu'on lui assignerait une autre place, probablement celle où nous l'avons connue, avant qu'elle soit transférée au sommet de la tourelle à l'angle de l'Hôtel de Ville, où maintenant elle n'a d'autres fonctions que de sonner les heures et de donner l'alarme en cas d'incendie.

Hôtel de Ville La Rochelle population devant les affiches d'information pendant la Première Guerre Mondiale 1914

(Hôtel de Ville La Rochelle population devant les affiches d'information pendant la Première Guerre Mondiale 1914)

Le concierge de l'Hôtel de Ville était un personnage important; ses fonctions étaient multiples. Il était geôlier de la prison et percevait des droits déterminés par les règlements pour le couchage et la nourriture des détenus, Certains prisonniers de marque étaient admis à sa table, moyennant pension. Il était encore chargé du contrôle des poids et mesures et mettait les empreintes des marques sur les marchandises contrôlées par les maîtres-regardes; enfin, c'était lui qui sonnait le beffroi dans les circonstances que nous venons d'indiquer. Plus tard, il fut chargé de faire visiter un Muséum, installé dans une maison à côté de l'Hôtel de Ville. (Musée La Faille, aujourd'hui au Jardin des Plantes).

Hôtel de ville dans les Années 1920

(Hôtel de ville dans les Années 1920)

Nous avons précédemment parlé de la juridiction du Corps de ville qui, dans le principe, était fort étendue, puisqu'elle connaissait de tous les délits de droit commun, moins les crimes qui ressortissaient de la justice du roi. Nous savons les protestations que souleva, de la part des maires et des échevins, l'extension de la juridiction du Présidial et des tribunaux consulaires, au préjudice de l'autorité municipale ; mais l'appli- cation des règlements de police resta toujours aux mains de la juridiction communale.

Ces règlements furent définitivement précisés par un arrêt du Conseil d'Etat, du 21 novembre 1678. Le roi désigna deux conseillers du Présidial qui, ensemble ou séparément, présidaient le tribunal de police, assistés de quatre bourgeois appelés officiers de police. Ils siégeaient au Palais de Justice. Leur charge consistait à parcourir les rues et à relever les contraventions. Chacun choisissait son quartier et se faisait accompagner par un des quatre commissaires de police. Voilà, certes, une organisation que nous pourrions envier à l'heure actuelle.

Hôtel de Ville de la Rochelle dans les année 1950

(Hôtel de Ville de la Rochelle dans les année 1950)

Nous n'avons rien de précis sur le costume des maires et des échevins, jusqu'au moment de la reddition de la ville. Il y a tout lieu de supposer, ainsi que le montrent la gravure qui figure en tête de ce volume et les différents sceaux de la commune, que le Corps de ville portait la robe dans les grandes circonstances officielles.

A la fin du XVIIe siècle, la robe du maire était de velours rouge et celle des échevins écarlate. Ce costume était, paraît-il, si somptueux, qu'une décision royale en ordonna la suppression. Le costume du maire n'en resta pas moins d'une certaine richesse, car sur les comptes que la Ville dut payer, en 1718, figure une somme de 1.672 livres pour : « une robe écarlate, six robes de satin noir, six chaperons, ou épitoges (bandes d'étoffes qui se mettaient sur l'épaule) de damas ponceau, chargés chacun de trois fleurs de lys d'or et garnis d'hermine, et douze collets de toile de batiste, qu'on avait fait venir de Paris pour servir à Messieurs les maire, échevins et procureur du roi syndic»..

Hôtel de Ville de la Rochelle Année 1970

(Hôtel de Ville de la Rochelle Année 1970)

Le premier magistrat de la commune avait pour coiffure un chaperon. Il est dit, en effet, qu'à l'enterrement du maire Griffon, en 1777 : « son chaperon était posé sur son cercueil ». A cette époque, le maire avait ajouté à sa robe écarlate une épitoge de velours cramoisi et une soutanelle de satin noir.

C'est le port, de ce superbe costume qui souleva tant de conflits entre les officiers municipaux et ceux du Présidial. Il ne fallut rien moins qu'une décision du Conseil d'Etat, pour préciser la nature du costume de chacune de ces deux compagnies. Malgré les réclamations des magistrats du Présidial, qui ne pouvaient souffrir que ceux du Corps de ville eussent une robe semblable à la leur, cette grande querelle fut tranchée, conformément au désir des officiers municipaux. Pour panser une blessure si profonde, il fut décidé que les magistrats tiendraient la droite dans les processions, au Te Deum et dans les cérémonies publiques. Mais le maire eut au moins cette consolation : d'avoir seul le droit (lui ou son représentant), d'allumer le feu de joie.

La Révolution simplifia toutes ces questions de préséance et de costume. Le maire n'eut plus qu'à ceindre son écharpe, et son autorité n'en était pas moins respectée. Sous la Restauration et le second Empire, les officiers municipaux portèrent encore l'habit brodé, le chapeau à claque et l'épée, mais ce costume était purement facultatif.

Aujourd'hui, tout a disparu ; la simple écharpe, plus conforme à notre régime démocratique, est le seul insigne distinctif de l'autorité municipale.

Si les maires, au temps de la Monarchie, portaient un riche costume, les archers préposés à la garde de leur personne n'étaient pas moins somptueusement vêtus. Ce sont encore les notes des fournisseurs qui nous donnent, à cet égard, les meilleures indications.

Voici le détail des vêtements confectionnés pour les gardes de la mairie : habit bleu de roi, doublé de bricourt (écarlate) avec bouton d'or ; veste en écarlate, doublée comme l'habit, avec boutons ; culotte avec parement de laine écarlate, doublée en peau ; jarretière de soie écarlate ; bas de laine écarlate ; bandoulière de velours cramoisi, bordée d'un galon d'or et brodée aux armes de la Ville, chargée de quatre fleurs de lys et deux couronnes, le tout en or. La hallebarde historiée, munie d'un gros gland à la hampe, complétait ce riche costume.

Aujourd'hui, les gardes-maire ou gagers de maire (car cette appellation des anciens temps s'est perpétuée par tradition), ne sont plus les brillants archers d'autrefois portant la pertuisane à lame flamboyante, garnie de velours à clous dorés; ils ne montent plus la garde à la porte de l'Hôtel de Ville. Ce ne sont plus que de modestes huissiers chargés du service intérieur de la Mairie. Et cependant, bien que leur costume se soit singulièrement simplifié, on retrouve encore — ne fut-ce que de loin -— la légendaire livrée des archers du Corps municipal. Leur habit n'est-il pas toujours bleu de roi doublé d'écarlate? leur gilet n'est-il pas resté rouge, comme l'ancien pourpoint des archers ? Tout l'ensemble de leur costume ne peut-il pas être considéré comme un pâle reflet du superbe harnois que revêtaient autrefois les hommes d'armes, gardiens de l'antique Echevinage?

En passant en revue les différentes phases de l'organisation municipale, depuis le commencement de la commune rochelaise, nous ne pouvions — ne fut-ce que sommairement — nous dispenser de décrire cet Hôtel de Ville, dont l'existence fut si étroitement liée à l'histoire même de la cité. Mais il nous fallait donner une mention toute particulière au caractère architectural de ce vieil édifice, qui reste comme un saisissant témoin de la puissante transformation opérée par l'introduction chez nous du style de la Renaissance.

Sans ornementations exagérées, d'une extrême simplicité de lignes et d'une grande sobriété de détails, la Maison commune pré- sente un caractère d'austérité et de grandeur absolument spécial à notre région.

Nos édifices publics, nos maisons particulières subirent l'influence de cette réno- vation et notre Hôtel de Ville bénéficia, d'une manière toute spéciale, de cette conception nouvelle de l'art et du style.

Il n'y a pas seulement que le côté architectural du monument qui constitue, pour nos concitoyens, l'unique attrait que présente le siège de la Municipalité ; ils se souviennent encore que leurs pères y dirigèrent, pendant plusieurs siècles, les destinées de la commune.

C'est là, en effet, que maires et échevins trouvèrent l'énergie qui s'alimentait à la source vivifiante de l'amour de leurs foyers et de la défense de leurs libertés.

 

LA RUE DE LA GRILLE

Doués d'une volonté plus forte que les obstacles qu'ils avaient à surmonter, ils puisaient dans le mysticisme le plus ardent la plus grande force de leur indomptable ténacité. Toujours anxieux et attentifs à la moindre menace venant du dehors, souvent en proie à des discordes intestines, absolus et inflexibles envers quiconque essayait de porter atteinte aux franchises communales, ils étaient parvenus à établir leur gouvernement sur les bases d'une véritable république. Mais, obsédés par l'invincible puissance des grands souvenirs qui s'attachaient à leur terre natale, le cœur meurtri par une incessante combativité, ils n'ont guère connu ce qui constitue, pour nous, les joies intimes et le charme de la vie humaine.

L'Hôtel de Ville est resté debout après l'anéantissement de la ville, comme le dernier témoin d'une lutte, dont l'histoire fournit peu d'exemples. C'est là que se sont perpétuées, d'âge en âge, les traditions d'indépendance et de liberté qui constituent ce glorieux apanage que nos ancêtres nous ont laissé.

Le peuple, d'une façon presque inconsciente, et sous l'empire d'une force mystérieuse, comprend que derrière cette muraille, dont l'aspect sévère lui inspire toujours la crainte et le respect, de grandes choses se sont passées ; et s'il aime profondément sa ville, il reste plus particulièrement attaché à la Maison commune qui demeure, plus que jamais, pour lui, le symbole et la personnification même de la cité.

La Rochelle disparue / texte, eaux-fortes et illustrations par E. Couneau

LA ROCHELLE Le 28 juin 2013 à 13 heures 45, l'incendie de l'hôtel de ville

 

 

Restauration de l’hôtel de ville de La Rochelle suite à l’incendie de 2013

Restauration de l'hôtel de ville de La Rochelle : les travaux de gros oeuvre sont terminés

Le 28 juin 2013 à 13 heures 45, l'alarme incendie retentit une première fois, puis une seconde fois un quart d'heure plus tard avec une coupure de courant. Une fumée épaisse commence à se détacher de la toiture de l'hôtel de ville. Le feu se situe au second étage, au-dessus de la grande salle. Il se propage à l'ensemble des toitures de la partie historique du monument.

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (7)

En milieu d'après -midi, la charpente du corps principal s’effondre sur le plafond de la grande salle. L'incendie, bien que circonscrit, n'est éteint que le lendemain matin vers 5 h 15.

 

 (https://www.faceaurisque.com/2019/04/17/dans-nos-archives-feu-de-combles-hotel-de-ville-la-rochelle/)

Le bâtiment est largement endommagé par les flammes, mais également par l'eau utilisée par l'intervention d'une soixantaine de pompiers au plus fort du feu.

A la suite de l’incendie, l’hôtel de ville a été divisé en trois zones :

  1. La zone rouge, correspond à la partie la plus touchée par le sinistre (partie classée MH)
  2. La zone orange, située entre la zone rouge, la rue des Gentihommes et la rue de la Grille correspond à la partie en grande partie épargnée par le feu mais ayant subi l’effondrement de certaines parties adossées
  3. La zone verte, au sud des parties classées, qui a été épargnée par le feu et les euax d’infiltration.

Restauration hôtel de ville de la Rochelle Suite à l'incendie 2013

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (9)

Rien n'a été perdu, les 300 objets historiques (masque mortuaire d'Henri IV, chasuble de Richelieu ou sceaux datant de 1199) ont tous pu être préservés des flammes. Une partie des œuvres d'art, dont des éléments du cabinet de Jean Guiton, est sauvée par les pompiers et le personnel de la mairie.

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (8)

Les autres œuvres d'art comme les tapisseries du cabinet Jean Guiton ou le tableau d'Henri IV sont déposées dès le lendemain de l'incendie et évacuées vers le Musée des beaux-arts de La Rochelle. Situées dans les combles de l'hôtel de ville, les archives récentes de la ville sont détrempées.

Tout comme les œuvres endommagées, elles le sont essentiellement par l'eau utilisée pour éteindre l'incendie, mélangée avec des éléments comme la suie.Elles partent toutes pour les ateliers de restaurations, pour être nettoyées.

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (1)

À la suite de l'effondrement de la toiture sur le plafond de la grande salle ainsi que de l'intense chaleur, la façade de la grande galerie « a pris du ventre » et se serait vraisemblablement effondrée si l'échafaudage servant à sa restauration ne l'avait retenue. Aussi, le bâtiment a été sauvé moyennant des travaux de restauration de plusieurs années et s'élevant à plusieurs dizaines de millions d'euros.

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (10)

Les tableaux ont été accrochés de manière provisoire pour la réouverture.

Le célèbre tableau "Richelieu sur la digue de La Rochelle" est exposé salle des échevins, même s'il est le symbole de l'oppression de la ville lors du Grand Siège (1627-1628), il devrait retourner ensuite dans un musée.  

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (11)

Les visites de l’Hôtel de Ville redémarrent à partir du samedi 14 décembre. Rochelais et visiteurs pourront ainsi découvrir ou re-découvrir ce joyau de notre patrimoine......https://www.larochelle.fr/actualites/les-grands-projets-2/visite-des-travaux-de-reconstruction-de-lhotel-de-ville

 (Vue 360 de la restauration de La mairie de La Rochelle - Hôtel de Ville)

 

 Classé au titre des monuments historiques sur la liste de 1861, l’Hôtel de Ville de La Rochelle est un exemple rare et emblématique d'hôtel de ville en France du XVIIe siècle, remanié au XIXe siècle.

 

Le port d’Aliénor d’Aquitaine : Voyage dans le temps des Templiers et Hospitaliers de la Rochelle.<==.... ....==> Les Sceaux et Armoiries de la Ville de La Rochelle

 

 


 

(1)   Jourdan : Ephém., tom. I, page 53; et La Rochelle Historique et Monumentale.

(2)   (2) Archives de la Bibliothèque.

(3)   Jourdan : Ephém., tom. II, page 218.

(4)   Un de nos compatriotes recueillit une des mains de cette statue et en fit don au Musée

 

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08 décembre 2019

La fondation de l’Abbaye de Cluny ; En 910, le duc d’Aquitaine et comte d’Auvergne Guillaume Ier dit le Pieux

La fondation de l’Abbaye de Cluny ; En 910, le duc d’Aquitaine et comte d’Auvergne Guillaume Ier dit le Pieux fait don à l’abbé Bernon de terres à Cluny

Le IXe siècle finissait. Les guerres interminables qui avaient marqué le démembrement de l'empire de Charlemagne ne faisaient que trop pressentir de nouveaux troubles. D'une part les invasions normandes, de l'autre le changement de dynastie en France -et en Allemagne devaient amener un tel déchaînement des passions humaines que le Xe siècle a été justement surnommé le siècle de fer. On lui donne encore le nom de saeculum obscurum ; les débris des civilisations précédentes disparaissent sous les pieds des barbares. Deux dates sont à retenir, parce qu'elles vont marquer des temps nouveaux 910, la fondation de Cluny et 911, l'établissement des Normands en Neustrie.

Convertis au Christianisme, les compagnons de Rollon servirent de défenseurs à la France qu'ils avaient tant de fois ravagée. Le nouveau monastère allait être le point d'appui pour la réforme ecclésiastique séculière et régulière.

Rappelons rapidement les circonstances qui ont marqué la création de l'Ordre de Cluny. Eudes, premier roi couronné des Capétiens, avait pour adversaire en Bourgogne Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine.

Testament de Guillaume d’Aquitaine, duc et comte, contenant la donation par lui faite de la ville de Cluny avec toutes ses appartenances et dépendances, et entre autres la chapelle dédiée en l’honneur de la Vierge Marie et de l’apôtre Saint Pierre, à Bernon, abbé de Gigny, pour y fonder un monastère de l’ordre de Saint Benoit, sous l’invocation de Saint Pierre et Saint Paul, que ce prince soumet immédiatement au Saint Siège, l’exemption de toute subjection de roi, princes, évêques et autres, avec plusieurs déprécations contre ceux qui voudraient envahir les biens d’icelui, ledit testament fait à Bourges, en date du 3 des ides de septembre, l’an 11e du règne du roi Charles, qui revient à l’an 910, côté …..

Ce prince, héros guerrier des peuples du centre et du midi, avait longtemps lutté contre le nouveau roi. A la fin il avait reconnu Eudes comme son suzerain ; il lui voua dès lors une fidélité à toute épreuve. Son zèle pour la réformation des moeurs n'était pas moins ardent. Il fit siennes les doléances exprimées, en 909, par les Pères du Concile de Trosly, (près de Soissons). «.L'état monastique, disaient-ils, est presque anéanti... On voit au milieu des moines des chanoines, des religieuses même, des abbés laïques qui vivent installés là avec leurs femmes et leurs enfants, leurs hommes de guerre et leurs meutes (l) ».

Abbaye de Cluny - Plan I

D'autres assemblées conciliaires gémissent sur la décadence plus profonde encore du clergé séculier. Le sel de la terre affadi était foulé aux pieds. Ce sera l'éternelle gloire des grands abbés de Cluny et de leurs fervents religieux d'avoir extirpé la simonie et la clérogamie qui, comme une lèpre hideuse, déshonoraient l'Epouse du Christ sur la terre. C'est aussi de Cluny que partira le mouvement de rénovation dans l'ordre monastique tout entier.

Guillaume le Pieux était en relations avec les religieux de La Balme (Jura), où la règle de saint Savin de Poitiers, déjà suivie à Saint-Martin d'Autun, était pratiquée dans toute son austérité.

Abbaye de Cluny Porte principale

(P1 Porte Pricipale)

En 909, il pria l'abbé Bernon de La Balme et son ami Hugues d'Autun de se rendre près de lui dans la villa de Cluny (2). Ils auraient à parcourir tout le pays et viendraient lui indiquer ensuite l'endroit qui leur paraîtrait le plus favorable à une maison de prières.

Les deux vénérables religieux n'eurent pas de peine à remarquer la situation avantageuse de la villa (3) elle-même, terre domaniale sous les Romains, restée manse bénéficiaire sous les deux premières races des rois francs (4).

Au centre s'élevait le maître-manoir avec les dépendances, cuisines, bâtiments pour les serfs qui le cultivaient, granges, étables, pressoirs, tours, jardins, vergers, viviers. Autour de la manse se groupaient les villages, dont la tenue comprenait quinze petites terres exploitées par des colons et leurs familles.

— C'est ici même, à Cluny, dirent Bernon et Hugues, lorsqu'ils vinrent retrouver leur hôte, que doit s'élever la maison de Dieu. Nulle solitude n'est plus apte à la vie monastique, au milieu des forêts que les frères auront à défricher et qui les sépareront des vains bruits du monde.

— Y pensez-vous, mes vénérés Pères, répondit le vieux duc ? Cluny est ma résidence préférée. Ces forêts n'ont pas leurs pareilles pour la chasse dans toute l'étendue de mes domaines.

— « Messire, reprend Bernon avec sa rude franchise, chassez vos chiens de Cluny pour y mettre des moines. Quand vous serez au tribunal du Souverain Juge, aimerez-vous mieux être escorté par les aboiements de vos chiens que par les prières des moines ? »

Guillaume accueillit par un bon sourire la riposte de l'abbé de La Balme et décida que la fondation projetée aurait lieu à Cluny. « C'était, dira plus tard un de nos pieux cénobites, une vallée privée de vue, éloignée de toute communication humaine, mais qui respirait un tel parfum de solitude, de repos et de paix qu'elle ressemblait à une solitude céleste. »

Il n'y avait qu'un pas à faire pour en sortir et pénétrer au sud dans les vallées qui mènent à la Loire et à l'est dans l'immense plaine de la Saône. Une double chaîne de collines aux pentes modérées, au sein desquelles l'âme respire à l'aise, abritait des prairies arrosées par la rivière de la Grosne.

« Rien n'égale, ajoute un touriste (5), la mollesse correcte, la précision onduleuse de leur dessin ; ces contours ne sont pas sèchement arrêtés avec une rigidité mathématique, mais semblent avoir été tracés par une main caressante. »

La province elle-même où allait s'élever la nouvelle abbaye offrait les meilleurs gages de sécurité. On sait que la Bourgogne avait résisté au morcellement féodal et qu'elle était restée unifiée entre les mains de ses rois particuliers. Son premier duc bénéficiaire, Richard le Justicier, oncle de Guillaume le Pieux veillait vigoureusement au maintien de cette unité.

Abbaye de Cluny - Plan II

Aucune invasion normande ou hongroise n'avait pu se maintenir dans les limites de la vieille Confédération éduenne : la paix y était non moins profonde que dans les montagnes du Jura et de l'Auvergne. Aussi plusieurs colonies monastiques y étaient-elles venues chercher un refuge au milieu des guerres qui désolaient le pays partout ailleurs.

Abbaye de Cluny Clocher C3 et C5 Horloge

(Abbaye de Cluny Clocher C3 et C5 Horloge)

Citons les religieux de Noirmoutiers apportant à Tournus les reliques de saint Philibert, les moines de Fleury-sur-Loire qui s'arrêtèrent à Perrecy entre Autun et Charolles, elles bénédictins de Saint-Bénigne, à Dijon.

Cluny était destiné à servir de centre religieux à la France et à l'Europe.

La grande voie de la Saône et du Rhône mit la nouvelle abbaye en contact avec l'Italie, l'Orient et l'Espagne. C'est au midi qu'elle trouva d'abord les éléments de sa puissance : ses premiers abbés sortiront, ainsi qu'un grand nombre de religieux, de l'Auvergne, du Limousin et de la Provence ; toutes les familles princières de la France et des Pays-Bas lui donneront ensuite leurs enfants pour porter la réforme en Angleterre, en Lorraine, en Suisse, en Allemagne et jusqu'à Constantinople et en Terre Sainte.

 Rome entra de suite en rapports avec les fils spirituels de saint Odon, de saint Mayeul, de saint Hugues et de Pierre le Vénérable et ceux-ci seront durant de longs siècles les appuis et les consolateurs des Souverains Pontifes persécutés.

Les fondateurs de Cluny eurent-ils le pressentiment de la gloire réservée à leur oeuvre ? Il serait téméraire de le penser ; mais, à étudier de près la charte de donation, on ne peut qu'admirer les précautions si sages dont ils surent l'entourer.

(Visite virtuelle su Narthex de l'abbaye de Cluny I)

 

Après un préambule très solennel sur l'usage que les riches doivent faire de leurs biens, Guillaume fait savoir qu'il donne aux apôtres Pierre et Paul le village de Cluny avec son courtil et sa manse seigneuriale, avec la chapelle dédiée à sainte Marie mère de Dieu, et à saint Pierre, prince des apôtres, avec toutes les propriétés qui en dépendent. Pour que rien ne vînt troubler les religieux dans leur saintes observances et que la surveillance de l'évêque sur le cloître ne dégénérât pas une ingérence oppressive, le duc Guillaume voulut que l'abbaye de Cluny fut exempte de la juridiction épiscopale et la plaça directement sous la puissance du pontife romain (6).

Les moines auront toujours pleine liberté de choisir pour abbé le religieux de leur Ordre qu'ils préféreront. Celte précieuse immunité allait faire la grandeur de Cluny. « Il fut dès l'origine un petit état qui ne reconnaissait, dit Thomassin, ni empereur, ni aucun roi, ni aucun évêque ». Pierre le Vénérable avait déjà dit à Innocent II, en 1130 : « Terra nostra est nobis, sine rege, sine principe existens ».

Guillaume le pieux promulgua sa donation au plaid de Bourges, aux ides de septembre 910 ; il alla ensuite à Rome, la faire ratifier par le pape Jean X. Quant à Bernon, il se mit aussitôt à l'oeuvre. Il amena de La Balme à Cluny douze de ses religieux, selon la prescription de saint Benoit ; il les établit dans la manse de Guillaume, situé sur la voie Romaine de Luna qui de Belleville se dirigeait vers Autun(7).

Abbaye de Cluny - Plan III

Le premier soin des arrivants fut de dresser une grande croix de bois pour indiquer la place où le monastère serait bâti, non loin de la rivière qui suivait le fond de la Vallée noire et répandait ses eaux à travers d'immenses broussailles.

Bernon resta jusqu'en 924 abbé de La Balme, de Gigny et de Cluny. Il accrut avant de mourir la fondation de Guillaume le Pieux par Sauxilange, noble terre située près d'Issoire, dont le duc d'Aquitaine voulut encore se dépouiller et qui devait être la première fille de Cluny.

Bernon laissa à sa mort un grand renom de sainteté ; il était un zélaleur sévère pour la régularité ; on l'a loué pour sa doctrine, mais il fut surtout le génie qui organise, l'activité qui développe et la force qui maintient les oeuvres commencées.

 Abbaye de Cluny - Plan IV

Les premiers abbés

Histoire_populaire_de_Cluny_d'après_[

(Tableau Chronologique des abbés de Cluny)

I — Saint ODON (926-929)

Le véritable fondateur de Cluny n'a pas été Bernon, obligé de partager sa charge abbatiale entre trois monastères. Ce fut Odon, en 926. Intelligence élevée, esprit cultivé à une époque d'ignorance et de barbarie, il comprit que la réforme monastique qui n'avait cessé d'être son idéal et celui de ses frères ne s'obtiendrait que par un retour généreux aux moeurs austères des premiers cénobites et à la pratique de la règle bénédictine.

Quand il fut élu abbé, sa réputation attira aussitôt à Cluny une foule de jeunes gens et d'hommes du monde, avides de silence et de sacrifice. Odon se vit obligé d'agrandir le premier monastère et de construire les lieux réguliers dits officinas monachorum.

Originaire du Maine, il avait passé plusieurs années à la cour de Guillaume, duc d'Aquitaine. Son père Abbon, un des leudes de ce chef illustre, en voulait faire un chevalier accompli ; le jeune homme avait des aspirations plus hautes : il embrassa la milice du Christ et entra au cloître de Saint-Martin de Tours. Il était encore chanoine que déjà il se livrait là d'effrayantes austérités.

Ses contemporains disent qu'il ne mangeait qu'une demi-livre de pain par jour et qu'il ne buvait qu'un peu de vin, contre la coutume des Francs, extra naturam Francorum.

Dans le désir d'une vie plus parfaite, il vint en Bourgogne Jurane avec son ami Adhégrin se placer sous la conduite de Bernon, au monastère de La Balme. Il se fit remarquer de suite par son humilité et son obéissance. Un jour que distrait par la lecture, il avait oublié de recueillir les miettes du repas au réfectoire, il se hâta de les retenir dans sa main. Comme il s'excusait devant son abbé, celui-ci lui dit d'ouvrir la main ; les miettes avaient été changées en perles ! Mais il se vit rudement réprimandé une autre fois pour n'avoir pas suivi la nuit un novice avec la lampe du dortoir à la main. La surveillance des enfants ou oblats confiés aux moines a toujours été l'objet de sévères et minutieuses prescriptions.

Saint Odon devenu abbé ne l'oubliera pas. Les études négligées de toutes parts, s'étaient réfugiées dans les cloîtres. L'abbé de Cluny leur ouvrit au grand large les portes de son monastère et il fut vrai de dire dès ce temps, qu'un fils de roi n'aurait pas été élevé dans le palais de son père avec autant de soin que les enfants l'étaient à Cluny.

T17 La Tour des Fromages, tour d'enceinte de l'abbaye, appelée autrefois tour des fèves

L'abbé était non moins zélé pour l'avancement spirituel de ses religieux. L'office du jour et de la nuit, les conférences alternant avec les emplois domestiques remplissaient tous les instants des frères ; mais le silence était si rigoureusement observé que ceux-ci ne demandaient que par signes les objets mis à leur usage. Suivons-les au travail, sur l'une des collines encore incultes qui dominent Cluny. Les moines s'avancent en rangs. Arrivés au lieu désigné, ils se retournent vers l'Orient et récitent les psaumes marqués dans leurs livres à cet effet, puis ils se mettent à bêcher et à arracher les broussailles. Au bout d'un certain temps, l'abbé leur fait signe de cesser ; il charge l'un d'eux de lire un point de la règle et lui-même en donne le commentaire ; tous rentrent au couvent en psalmodiant.

Les bénédictins ont défriché, chacun le sait, presque en entier le sol de la France. A peine arrivés à Cluny, ils créèrent les fameuses prairies de la Grosne. On les vit aussi dès les premiers temps s'improviser irrigateurs et pousser plus loin qu'on ne l'imagine la science de l'hydraulique. Ils furent des ingénieurs sans diplôme, mais non sans mérite (8).

Par degrés ils atteignirent les coteaux sur lesquels ils plantèrent la vigne. Nul n'ignore que les crûs du Mâconnais et du Beaujolais doivent leur origine aux moines de Cluny. Quand ils eurent rendu leurs champs labourables, ils se mirent à semer le blé et les fèves qui constituaient pour eux, comme pour les vieux Romains, la base de l'alimentation. Çà et là ils établissent des maisons, une forge, un moulin, des fours. Ces campements deviendront à la longue des villages puis des bourgades où les colons fugitifs et vagabonds arrivent par troupes.

Les moines leur donnent des terres et des prés en fermage perpétuel, tel qu'il existait aux Xe et XI e siècles (9).

C'est ainsi que se sont formées, autour de Cluny, les agglomérations monastiques qui de simples celles sont devenues ensuite des doyennés, puis des paroisses. Le pays se peupla peu à peu aussi ; l'homme laboure et sème dès qu'il peut compter sur une récolte ; il devient père de famille sitôt qu'il se croit en état de nourrir ses enfants. Jusqu'à la fin les moines se firent les initiateurs de tous les progrès dont l'agriculture avait si grand besoin et qui donnèrent naissance au commerce et à l'industrie locale.

Saint Odon aimait à visiter les nouveau-venus et les exhortait à vivre unis, s'entr'aidant les uns les autres en bons chrétiens. Il n'oubliait pas dans ses courses pastorales qu'ici et là, au milieu des bois, sur les hauteurs les plus solitaires vivaient plusieurs de ses frères, Adhégrin, Vital, tous adonnés à la contemplation. C'est la portion choisie de son troupeau. Avec quelle affabilité ils s'entretiennent en sa présence de leur bonheur ! Chaque dimanche, ils vont au monastère prendre leur part de réfection céleste, puis ils rentrent à Cotte, à St-Lazare, à Rufley, à St-Romain, emportant la farine et les fèves dont ils se nourrissent et tout heureux de reprendre leur vie érémitique.

Que de fois Odon aspira à les suivre! Mais au lieu de s'enfoncer dans la solitude, il se vit appelé au -delà des monts, à Rome, où trois fois Léon VII et Etienne VIII le mandèrent avec instance.

La guerre désolait le domaine de St-Pierre depuis que les comtes de Tusculum d'abord, puis les rois de la Haute-Italie prétendaient y exercer les droits de souveraineté. Par l'ascendant de ses vertus Odon réussit à réconcilier Hugues de Provence et son beau-fils Albéric, patrice de Rome. Il profila de son séjour dans la Ville éternelle pour réformer les monastères de St-Paul-hors-les-Murs, de Subiaco et de Farfa.

Rentré à Cluny, il conçut et réalisa avec bonheur la pensée de réunir sous un seul chef les communautés qui accepteraient la réforme de Cluny. Cette sorte de confédération répondait à un besoin de l'époque. Le royaume de France se constituait fortement et mettait un terme à l'anarchie féodale. Une loi générale poussait les faibles à chercher aide et protection auprès des plus forts.

Cluny allait ainsi devenir le point d'appui de tant d'âmes religieuses désemparées, le centre d'une vaste Congrégation qui s'étendra sur toute l'Europe monastique ; ainsi se réalisera l'union des coeurs qui fera la force de tous et coupera court aux abus. Cette hiérarchie dans le vaste développement que prenait alors la vie monastique est un fait immense. Mieux qu'aucun autre il donne la mesure de la sainteté et des hautes capacités d'Odon. Il a de plus attaché son nom à une oeuvre qui suffirait à l'illustrer.

Abbaye de Cluny - La Tour Ronde

(Abbaye de Cluny - La Tour Ronde)

A Tours, il avait dirigé les chants de la Basilique de St-Martin ; à La Balme, il en composa d'autres que l'Eglise chante encore et dont il enrichit Cluny. Il passe pour avoir rétabli et propagé partout les mélodies liturgiques, dites Grégoriennes. A l'aide du monocorde et de la notation alphabétique, il réussit à former en quelques semaines les enfants et les religieux et à les rendre capables d'exécuter à vue de notes ces suaves mélodies, sans qu'ils fussent obligés de les apprendre par coeur. Ses deux traités sur la musique se répandirent dans tous les monastères de l'Europe et sont encore aujourd'hui étudiés avec fruit.

Saint Odon au milieu de tant de travaux trouva le temps de composer des ouvrages en vers et en prose qui attestent la vigueur de son esprit et l'étendue de ses connaissances.

On a de lui sous le titre d'Occupationes de curieux vers latins sur la création du monde, sur la chute de l'homme et sur les principaux personnages de l'Ancien Testament. Le moine Jean-l'Italien, son premier historien, avait été son fidèle disciple et le compagnon de ses lointaines et incessantes pérégrinations. Nagold, son autre biographe, a complété l'oeuvre du moine Jean.

C'est lui qui nous apprend qu'Odon fut aidé miraculeusement par saint Martin dans la reconstruction de la première église de Cluny, appelée St-Pierre-le-Vieil. Au jour de la dédicace, le pieux abbé, n'ayant que de maigres provisions, était fort inquiet sur la manière de traiter ses hôtes, lorsqu'un sanglier vint s'offrir de lui-même et servit à festoyer la compagnie de saint Odon.

Abbaye de Cluny - La Tour Ronde - Carlos Pinto (écurie Haras de la Gesse) à l'étape du Concours hippique - Grand National de Dressage de Cluny

La Tour Ronde - Carlos Pinto (écurie Haras de la Gesse) à l'étape du Concours hippique - Grand National de Dressage  de Cluny.

Celui-ci, en vrai disciple du centurion d'Amiens, établit dans son monastère les traditions de charité qui existaient à Tours et qui seront dans tous les siècles une des plus pures gloires de Cluny. Il nourrissait dix-huit pauvres par jour et à certaines époques de l'année, en carême par exemple, il faisait des distributions de vivres à un très grand nombre d'indigents.

C'est encore saint Odon qui a jeté les fondements de la librairie de Cluny, cette célèbre bibliothèque que tous ses successeurs se feront une gloire d'accroître, en l'enrichissant des ouvrages les plus remarquables de chaque époque. Le moine Jean fut l'un des premiers copistes dont la main alerte transcrivit en belle écriture onciale, sur les in-folio en parchemin, nos chartes latines si précieuses pour l'histoire, signées des rois et des empereurs.

Saint Odon, qui avait obtenu un grand nombre de diplômes, reçut, en 939, l'acte qui consacrait l'indépendance de Cluny ; mais ce qui lui donnera un rang à part dans l'Ordre Bénédictin, c'est d'avoir, comme nous l'avons vu, réuni en une grande et pieuse congrégation les monastères épars jusqu'ici et isolés dans toutes les provinces, en Limousin (Tulle), en Auvergne (Aurillac), en Berry (Massay), dans l'Orléanais (Fleury), à Tours (St-Julien), Roman, et Mou lier, en Suisse. Voilà comment il a mérité le nom de Réparateur de la discipline monastique que ses contemporains lui ont décerné.

En l'année 929. le roi de France, Raoul, avait accordé au nouveau monastère le privilège de battre monnaie, comme gage de sa haute bienveillance.

Archives de l'abbaye de Cluny : inventaire général publié d'après les manuscrits inédits des Archives départementales de Saône-et-Loire / par Armand Bénet,... J.-L. Bazin,...

Histoire populaire de Cluny, d'après les sources et sur un plan nouveau , par L. Chaumont,...

 

 

PLAN V DE L'ABBAYE DE CLUNY

L Tombeau de Saint Hugues; d Tombeau du Pape Gélase; e Tombeau l'abbé Ponge; f Tombeau de Pierre le Vénérable; M Chapellede Saint Orient; N Chapelle de Saint Benoit; O Chapelle de Sainte Madeleine; P Chapelle de Sainte Agathe; R Chapelle de Saint Nicolas; Chapelle des Saints Nazaiez et Celse; T Chapelle de Saint Vincent; U Chapelle de Saint André; V Chapelle de Saint Clément; X Chapelle de Saint Jacques; Y Chapelle de Saint Denis; Z Boubon; b Chapelle Saint Martial - Tombeau Geoffroy d'Amboise, abbé de Cluny (1483-1518))

A Escalier pour descendre à l'abbaye; E Narthex et piliers; F Escalier de la chapelle Saint Michel; G Grande NEF; H Choeur; C1 Clocher des Bisans; C2 Clocher des Choeurs; C3 Clocher de l'eau Bénite; C4 Clocher des Lampes; C5 Clocher de l'Horloge;

TR Tour Ronde; P23 Porte des Jardins; T15 Le Farinier; T17 Tour des Fromages; 25 Moulin (bras de l'Eclouse des 4 moulins de la papeterie); P15 Parloir ou Porte Richelieu

abbaye de Cluny Porte Richelieu

 

 

==> Le Voyage clunisien du pape Urbain II, l'appel à la première croisade.

 

 


 

Ducs d' Aquitaine et Comtes de Poitou et plus

L'histoire du Poitou, avant la conquête de Jules-César, était enveloppée dans une nuit profonde : on ne connaît pas même l'ancien nom de cette province qui n'a été appelée Pictia qu'après l'arrivée des Pictones, nation Scytique qu'il ne faut pas confondre avec les Pictes, qui ne vinrent en Poitou que plus de douze cents ans après leurs devanciers.......


 

(1) Mabillon. Ami. Bénédictines, livre II, p. 330.

(2) Le nom latin de Cluny est Cluniacum qui tire son élymologie du gentilice romain Clunius et du suffixe acum, donné aux terres du fisc impérial.

(3) Maison de maître avec bâtiments d'exploitation.

(4) En Soi, Charlemagne avait fait don de cette villa aux évêques de Mâcon qui l'échangèrent plus tard avec Warin ou Guérin, comte d'Auvergne, un des ancêtres de Guillaume le Pieux, contre les terres de Genouilly, sur les limites des comtés de Chalon et de Mâcon, des Eaux Chaudes en Nivernais et de Lituines en Auvergne.

(5) Montaigu. — Souvenirs de Bourgogne, p. 324.

(6)-Cf, Bibliotheca Cluniacensis, Col. 1, 2, 3, 4.

(7) Les blocs de granit rouge qui soutiennent encore la terrasse de l'abbatiale passent pour être des débris de cette antique construction romaine.

(8) l'origine, une eau abondante fut amenée dans tous les endroits où elle était nécessaire, à l'aide de canaux habilement établis sous terre et dont le développement comptait à la fin : 4 kilomètres et plus.

(9) C'est le servage, bien différent de l'esclavage antique.

 

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06 décembre 2019

Les aventuriers de la mer; L’histoire de Narcisse Pelletier, marin (1858) de Vendée

L’histoire de Narcisse Pelletier, marin de Vendée en 1858

Un Robinson vrai, c'est ce jeune Français, Narcisse Pelletier, adopté tout enfant par des naturels de l'Australie.

Le 11 avril 1875, des matelots du steamer anglais John Bell, débarqués pour y chercher de l'eau fraîche au cap Flattery, situé au nord-ouest de l'Australie, aperçurent, dans les bois, un homme blanc, au milieu d'un groupe d'indigènes à la peau brune. Ils rapportèrent cette circonstance à leur capitaine, qui les renvoya à terre avec ordre de se saisir de cet étranger en employant présents et menaces. Le blanc ne se souciait guère de quitter ses compagnons, mais il n'osa pas résister aux Anglais.

On le conduisit à Somerset, où il fut bien traité, vêtu, soigné, et enfin il s'apprivoisa assez pour qu'on reconnût qu'il était Français et qu'il avait su lire et écrire.

Ce faux Australien se nommait Narcisse Pelletier; il était né à Saint-Gilles, dans la Vendée. Mais il avait pris les habitudes et même l'extérieur des Australiens au milieu desquels il avait passé dix-sept années. Pendant les premiers temps de son séjour à Somerset, il se montra taciturne, inquiet ; il se perchait, comme un oiseau, sur une barrière d'où il observait ceux qui l'entouraient.

C'était un homme jeune encore, de petite taille, mais fortement constitué, à la peau d'un rose rougeâtre et bronzée par le soleil. Il portait quelques tatouages sur la poitrine: deux lignes parallèles et horizontales, s'étendant d'un sein à l'autre. Au-dessus de chaque sein apparaissaient encore quatre marques superposées horizontalement, et sur l'avant -bras droit, un dessin en forme de gril. Le lobe de l'oreille droite, percé et allongé de deux pouces, était garni d'une rondelle de bois de la grandeur d'une pièce de cinq francs. Il avait aussi le nez percé, et orné d'un morceau d'écaillé d'huître perlière. La mémoire revint peu à peu à ce malheureux, et il parvint à retrouver assez de mots de sa langue pour raconter son histoire.

 A douze ans, il s'était embarqué comme mousse à bord du Saint-Paul, de Bordeaux. Ce navire, qui transportait en Australie trois cent dix-sept coolies chinois, fit naufrage, en 1858, à l'île Rossel, dans l'archipel de la Louisiade.

Le capitaine du Saint-Paul laissa les Chinois sur un îlot, et tenta de gagner l'Australie pour y chercher du secours.

Nous aurons occasion de raconter les souffrances des hommes qui l'accompagnaient; l'eau surtout leur manquait. Longeant de près le continent, ils hésitaient à y aborder, dans la crainte des naturels.

Cependant, un jour qu'ils s'étaient hasardés à descendre sur ce rivage inhospitalier, à la recherche d'eau douce, le pauvre mousse souffrant d'une blessure à la tête se traînait péniblement à leur suite. Enfin il rejoignit ses compagnons qui, ayant découvert un peu d'eau dans un trou, s'étaient arrêtés pour la boire : ils l’épuisèrent jusqu'à la dernière goutte sans que le pauvre mousse pût en approcher ses lèvres.

— Reste ici, lui dirent-ils ; l'eau suintera, et tu pourras boire tant que tu voudras ; nous allons à la recherche de quelques fruits et nous viendrons te reprendre.

Il les crut; mais l'eau ne parut point et les marins ne revinrent pas.

Le petit Narcisse demeura là trois jours, et il avait presque perdu connaissance, quand deux hommes noirs et trois femmes le trouvèrent. Les sauvages lui donnèrent à manger des noix de coco jetées par la mer sur le rivage et d'autres fruits; puis ils l'emmenèrent dans leur tribu qui l'adopta et où il demeura pendant tant d'années !

Narcisse Pelletier avait rencontré un véritable père adoptif : un Australien compatissant, nommé Naademan, se chargea plus particulièrement de lui et lui imposa le nom d'Amglo. Le mousse vendéen fut assez longtemps avant de s'accoutumer à la nourriture des sauvages de la tribu des Ohantaala, misérables comme le sont les indigènes du continent austral, qui n'ont pas même de huttes. Une trentaine de familles composaient la tribu.

Narcisse, comme un nouveau Robinson, retourna à l'état de nature, mais sa jeunesse ne permettait pas une grande résistance aux influences environnantes ; il devint sauvage comme ceux qui l'entouraient, mena une existence toute bestiale, prit part aux démêlés delà tribu avec des tribus voisines, et plus d'une fois figura sur des champs de bataille où quelques douzaines de combattants se piquaient de leurs flèches tandis qu'à deux pas les femmes des belligérants se prenaient aux cheveux. Malgré tout, Narcisse pensait souvent à sa famille qu'il désespérait de revoir.

La tribu à laquelle appartenait le petit mousse, établie au bord de la mer, vivait principalement de pêche. Plusieurs fois, des marins de diverses nationalités abordèrent, offrant des présents. Mais dans ces occasions les sauvages tenaient éloigné le jeune blanc. Leur défiance disparut peu à peu, et lorsque le canot du John Bell se montra, les craintes de chacun furent d'autant moins vives que la plupart des hommes qui montaient ce canot étaient des nègres enrôlés dans l'équipage du steamer anglais.

Ramené en pays civilisé, Narcisse Pelletier écrivit à ses parents pour leur annoncer qu'il était encore de ce monde. En recevant d'Australie une lettre de ce fils qu'ils pleuraient depuis bien des années, les braves gens doutèrent d'abord; mais les journaux répandaient l'histoire du Franco-Australien; les parents de Narcisse se prirent à espérer.

Cinq mois après, le 13 décembre 1875, Pelletier arrivait à Toulon, où son frère vint le chercher. Trois semaines plus tard, il faisait à Saint-Gilles une entrée triomphale ; la population s'était portée à sa rencontre. Ses anciens camarades, en le serrant dans leurs bras, avaient de la peine aie reconnaître.

Narcisse Pelletier n'avait pas été de parti pris délaissé par ses compagnons d'infortune. Ces malheureux n'avaient sûrement pas fait pour retrouver le jeune mousse tout ce que commandait strictement l'humanité ; -mais leur situation était si précaire, leur propre existence si peu assurée, qu'on ne saurait les blâmer trop sévèrement.

Les aventuriers de la mer : tempêtes, naufrages, révoltes, hivernages par Constant Améro

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05 décembre 2019

Un compagnon de Jeanne d'Arc à Parthenay ; Arthur III, comte de Richemont, connétable de France, duc de Bretagne

Un compagnon de Jeanne d'Arc à Parthenay ; Artur III, comte de Richemont, connétable de France, duc de Bretagne

Arthur de Bretagne, dit comte de Richemont, grand fief du comte d'York, naquit au château de Succinio, commune de Sarzeau, le 25 août 1303. Il était fils du duc Jean IV et de Jeanne de Navarre, le frère cadet de Jean V, et l'aîné de deux frères, Gilles qui allait mourir jeune, et Richard qui fut père du duc François II.  Il avait trois soeurs, Marie, Blanche et Marguerite.

Arthur était dans sa septième année, lorsque mourut son père (2 novembre 1399).

Le 22 mars 1401, Jean V, bien qu'il n'eût que douze ans, fut couronné à Rennes ; le lendemain, le connétable de Clisson l'arma chevalier devant le grand autel de la cathédrale ; et aussitôt le jeune duc faisant acte de chevalier, arma ses deux frères Arthur et Gilles.

L'année suivante, Jeanne de Navarre accordait sa main au roi d'Angleterre Henri IV (18 mars 1402); et elle se préparait à quitter la Bretagne (13 janvier 1403). Elle choisit pour régent du duché et pour tuteur des enfants qu'elle abandonnait Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, frère de sa mère. Le duc vint en Bretagne (septembre 1401), accepta la régence et la garde des enfants ; et, malgré l'opposition des seigneurs bretons qu'un ordre du roi fit cesser, emmena à Paris le duc Jean et ses frères Arthur et Gilles ; ces derniers attachés, semble-t-il, sur leurs chevaux que des écuyers tenaient par la bride.

Jean V allait rester à la cour de France auprès de sa jeune fiancée Jeanne, fille de Charles VI ; ses deux frères suivirent le duc de Bourgogne en Flandre. Quinze mois plus tard, en août 1404, le duc Philippe mourait ; et Arthur, bien qu'âgé de dix ans seulement, chevauchait auprès de ses cousins de Bourgogne, suivant le cercueil de son grand-oncle de Bruxelles à Dijon.

Après la mort du duc de Bourgogne, Arthur et Gilles vinrent à la cour de France où ils furent remis aux mains de leur grand-oncle maternel Jean, duc de Berry.

Celui-ci était chargé de l'éducation du dauphin Louis, duc de Guyenne; et il élevait dans sa maison Charles de Bourbon, comte de Clermont, et Bernard d'Armagnac, comte de Pardiac. Le duc eut pour ses neveux bretons des soins paternels, et mit tout en oeuvre pour les éloigner à jamais de la cause anglaise et en même temps les préserver de l'influence bourguignonne.

A la cour de Bourgogne, Arthur : était lié d'amitié avec le fils de Jean sans Peur, Philippe, dit alors comte de Charolais, qui sera le duc Philippe le Bon, son cadet seulement de trois ans, et avec sa soeur Marguerite.

Philippe deviendra duc de Bourgogne après la mort de son père (1419) ; Marguerite épousera le dauphin et devenue veuve (1415) elle donnera sa main (1423) a Richemont, bientôt connétable.

A la cour de France, le dauphin a fait amitié avec Arthur et Gilles; et celui-ci, après le départ de son frère, sera, jusqu'à sa mort prématurée, le compagnon le plus cher et le conseil le plus écouté du dauphin (juillet 1412).

Le comte de Clermont, qui sera duc de Bourbon (1434) deviendra beau-frère de Richemont; le comte de Pardiac, plus tard comte de la Marche, restera son plus fidèle ami.

Jean V devenu majeur avait fait hommage au roi et avait été ramené en Bretagne par le duc Philippe, dès le mois de février 1404. Arthur ne tarda pas à revenir près de son frère.

Nous le trouvons en Bretagne en 1406. II n'est plus l'enfant dont le cheval doit être tenu en main. il a treize ans, il a profité des leçon de Péronit, cet écuyer de Navarre dont, après de longues années, le rude connétable ne parlera qu'avec une sorte d'attendrissement.

Des historiens veulent que, cette année même, Richemont ait « fait ses premières armes » à Saint-Brieuc en châtiant des émeutiers. On ne comprend guère un enfant de treize ans méritant déjà le surnom de justicier : nous aimons mieux voir le futur connétable gagner ses éperons dans une autre occasion.

L'assassinat du duc d'Orléans (23 novembre 1407) a divisé la famille de France.

 En 1410, le duc de Berry prend les armes contre son neveu Jean sans Peur. Son but avoué c'est de venger la mort de son neveu d'Orléans ; mais le duc, dernier survivant des frères de Charles V, croit avoir autant que son neveu de Bourgogne des titres au gouvernement ; et ne prétend-il pas soustraire le roi à l'influence tyrannique de Jean sans Peur ?... Le roi et le dauphin, auquel Gilles de Bretagne reste fidèle, font cause commune avec les Bourguignons. Richemont attaché au duc de Berry est Armagnac.

Tiraillé en sens contraire par ses frères, le duc de Bretagne voudrait rester neutre. Toutefois, sans se déclarer, il permet à Richemont de recruter en Bretagne.

Richemont part de Vannes emmenant « au moins 6000 hommes. »  Puisse-t-il dans la mêlée ne pas rencontrer devant lui son jeune frère !... Mais l'arrivée de ce renfort hâte la conclusion d'une paix... qui ne sera pas de longue durée.

L'année suivante, la guerre recommence. Le duc de Bourgogne tient Paris avec une armée de 60000 hommes. Les Armagnacs prétendent bloquer la ville. Richemont s'empare de Saint-Denis, le 11 octobre.

Voilà le vrai début du futur connétable.

Au même temps, le pont de Saint-Cloud est surpris. Mais, dans la nuit du 8 au 9 novembre, Jean sans Peur à la tête de 20000 hommes surprend à son tour les Armagnacs à Saint-Cloud ; il en massacre un grand nombre, et leur armée se disperse.

Richemont revient enrôler en Bretagne. il assemble « une belle compagnie » de 1600 chevaliers et écuyers bretons parmi lesquels des seigneurs déjà connus dans la guerre, comme le vicomte de la Bellière et Armel de Châteaugiron.

Est-ce sa qualité de frère du duc qui vaut à Richemont l'honneur de les commander? Non : Ils ont confiance en lui, et c'est par affection qu'ils s'enrôlent volontairement sous ses ordres.

Au printemps suivant (1412) Richemont part de Vannes. Il marche vers le Berry pour faire lever le siège que le roi et Jean sans Peur ont mis devant Bourges. Mais en route son beau-frère d'Alençon le détourne vers la Normandie.

Le duc de Berry (il va s'en repentir I) n'a-t-il pas sollicité le secours du roi d'Angleterre ! Trop heureux d'être introduit en France par les Français, Henri IV lui a promis 8000 hommes aux ordres de son frère le duc de Clarence. Il faut aller les recevoir au débarquement.

En les attendant, d'Alençon et Richemont prennent Sillé-le-Guillaume, Laigle et quelques places, puis ils vont au -devant des Anglais et  les mènent vers Bourges. Au bruit de leur approche, le roi et le duc de Bourgogne, dont l'armée est rongée par des maladies contagieuses, se décident à lever le siège (15 juillet).

La paix est conclue et rend inutile aux Armagnacs la présence des Anglais. Mais Clarence prétend rester dans le Poitou pour y faire vivre son armée « comme Anglais vivent en France », c'est-à-dire « en ravageurs et en gloutons. » Et il réclame son salaire, car les Anglais vendent leurs services « et (ils s'en vantent !) imitent les usuriers. »

Pour se débarrasser de leurs rapaces alliés, les Armagnacs allaient entrer en campagne contre eux, lorsque la mort de Henri IV(22 mars 1413) décide Clarence au départ.

Le 12 juillet, Gilles de Bretagne avait succombé à la contagion. Faible et versatile, le dauphin avait besoin d'un conseiller. Il fallait à cet adolescent de dix-sept ans, non un mentor à barbe grise dont la gravité l'eût effrayé, mais un jeune homme plus avisé, plus résolu que lui, connu de lui, et s'il se pouvait, ami d'enfance comme était Gilles de Bretagne. Le duc de Berry choisit Richemont.

Les circonstances étaient favorables : le roi et le dauphin s'éloignant de Jean sans Peur revenaient aux Armagnacs ; et, sans avoir à changer de parti, Richemont de rebelle allait devenir fidèle à la cause royale. Il reçut du dauphin le meilleur accueil ; et, dès le premier jour, il semble avoir hérité de la confiance que le prince avait accordée à Gilles.

En janvier 1414, le roi retenait Richemont à son service avec cent hommes d'armes et cent cinquante de trait. Deux mois plus tard, Jean sans Peur est déclaré ennemi public et la guerre va commencer. Richemont, lieutenant du dauphin, a sous ses ordres 3000 hommes d'armes avec 1500 hommes de trait; et reçoit «des gages »de 1000 livres par mots.

Avec le dauphin, il va bloquer Compiègne qui capitule (7 mai); puis ensemble ils assiègent Soissons. C'est là que, le 25 mai, Richemont et Tanneguy du Chastel sont armés chevaliers.

Après la prise de Soissons, l'armée marcha sur Arras; elle en commençait le siège lorsque la paix fut conclue (4 septembre).

 (Arthur III, comte de Richemont - L'estaminet Rue de la Vau Saint-Jacques 79200  - Parthenay, 1er tournoi de combat médiéval au pied des remparts (Béhourd)

Richemont revient à Paris avec le roi et le dauphin qui le retient à son service et ne néglige aucun moyen de l'attacher à la cause royale. Ainsi le dauphin vient de recevoir du roi la baronnie de Parthenay et d'autres belles seigneuries du Poitou, au nombre desquelles Châtelaillon, confisquées sur Jean Larchevêque, sénéchal destitué du Poitou, resté fidèle à Jean sans Peur.

Il s'en dépouille (4 mai 1415) en faveur de Richemont. Il est vrai que cette donation n'a pas assuré la possession au donataire. Jean Larchevêque, n'accepte pas la décision royale : comptant sur l'appui du duc de Bourgogne et les secours d'amis, il recourt aux armes.

En août, le roi nomme Richemont « capitaine général » et le charge de prendre en son nom les seigneuries confisquées. Richemont s'empare de plusieurs places et il pousse le siège de Parthenay, lorsque des lettres du dauphin le rappellent. Sur l'heure, il lève le siège au succès duquel il est personnellement intéressé: et il part... Le jeune roi d'Angleterre, Henri V, est entré en France !

L'appel aux armes contre le roi d'Angleterre plaçait Arthur de Bretagne dans une situation singulière. Vassal du roi d'Angleterre, comme comte de Richemont, il est vassal du roi de France comme seigneur de Parthenay. Il doit le service de guerre à chacun de ses suzerains.

S'il manque à son devoir envers le roi de France, la saisie de Parthenay sera son châtiment; mais, il n'a pas la possession de Parthenay et la saisie ne lui enlèvera rien. Il n'a pas non plus la possession de Richemont depuis longtemps saisi; mais Henri V peut la lui rendre.Le combattre n'est-ce pas renoncer pour toujours à ce beau comté?

D'autre part Jeanne de Navarre est restée en Angleterre; jusqu'ici le roi l'a traitée avec égards ; mais ne la punira-t-il pas de la présence de son fils dans l'armée française?

Ces considérations n'arrêtent pas Richemont.

 — En octobre, il arrive à Rouen amenant au dauphin une belle compagnie comprenant notamment cinq ou six cents chevaliers ou écuyers, bretons, sous les ordres du sire de Combour.

Pendant que son frère se hâte vers Rouen, Jean V, sortant enfin de la neutralité, part de Dol à la tête de 10.000 hommes.

Arthur allait avoir vingt-deux-ans ; et il n'avait vu la guerre que dans les querelles privées qui déchiraient la maison royale et la France. Mais voici venir l'étranger…….

Armoiries : d'hermine au lambel de gueules à trois pendants chargés chacun de trois léopards d'or.

 (La Chevauchée de Jeanne d'Arc vers Chinon par le GR 38, un voyage dans le temps de 590 ans.)

JEANNE D'ARC ET LE CONNÉTABLE

Au moment où Richemont, chassé de la cour, se retirait dans son domaine de Parthenay, l'armée de Salisbury, que le duc de Bedfort avait appelé d'Angleterre, venait de s'emparer de Laval et du Mans. Maîtres de Meung et de Beaugency, les Anglais s'avançaient vers Orléans. La perle de cette ville, c'était le coup fatal â la patrie.

La situation était critique; le roi et son ministre le comprirent. Ils convoquèrent les États généraux, et rassemblée se réunit à Chinon au mois de juillet; 1428. Jamais, pendant le règne de Charles VII, assemblée ne fut aussi nombreuse; tous sentaient combien le moment était solennel, quels efforts il fallait faire polir arrêter les progrès de l'ennemi.

L'assemblée vota une aide de 500.000 livres pour secourir Orléans, et demanda des réformes dans les finances et dans l'administration. En outre, les députés supplièrent le roi de rappeler et « de recevoir en bon amour et obéissance et en son service Monseigneur le connestable ». Le roi promit, mais son favori était-là pour l'empêcher de tenir sa promesse.

Bien plus, La Trémoïlle, au lieu de réunir toutes les forces disponibles afin de les opposer à la marche des Anglais, entretint des troupes considérables pour continuer les hostilités contre le connétable dans le Poitou, il voulait ainsi le réduire à l'impuissance et l’empêcher de venir au secours de la France.

Jamais inaction ne fut plus cruelle à Richement qu’à cette époque. Son rôle se bornait à rester sur la défensive, à écarter les lieutenants de son ennemi dans leurs incursions sur ses domaines.

Aussi quelle fut sa désolation lorsqu'il apprit que Salisbury venait d'arriver sous les murs d'Orléans et se disposait a en faire le siège,— 14 octobre1428. — Combien regretta-t-il son inaction, lorsqu'il sut que son neveu le duc d'Alençon, que le comte de Clermont, le bâtard d'Orléans, La Hire, Xaintrailles et tant d'autres capitaines avaient été appelés par le roi pour marcher au secours d'Orléans !

Sa douleur fut grande à la nouvelle de la défaite de l'armée royale, vaincue à Rouvray par Falstoff.  Tout semblait perdu alors, et Charles VII songeait déjà à abandonner son royaume et à se réfugier en Espagne.

Richemont s'abandonnait au désespoir, avec la rage dans l'Ame de ne pouvoir aller au secours de la France, lorsqu'une nouvelle extraordinaire parvint jusqu'à lui.

 Dans tous les coins de la France se répandait le bruit que, des Marches de la Lorraine, une humble fille du peuple était accourue au secours de la Patrie.

La renommée de la sainte fille s'étendait de tous côtés, dans les villes et dans les moindres villages des rives de la Loire. Jeanne d'Arc, la Pucelle, comme tous la nommaient, avait quitté sa famille, son pays, pour aller trouver le roi à Chinon et l'avertir qu'elle était envoyée par Dieu pour sauver la France et le faire sacrer à Reims. .

 

 

Un compagnon de Jeanne d'Arc : Artur III, comte de Richemont, connétable de France, duc de Bretagne / L. Trébuchet

Le connétable de Richemont (le duc de Bretagne Arthur III) / par J. Trévédy,...

 

 

Guerre de Cent ans, Time Travel le 8 juin 1432 : prise du château de Mervent, Mort et obsèques du Bâtard Jean d'Orléans.  <==

==>Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania <==

04 décembre 2019

Le comte la Pérouse exposition Virtuelle au chateau de Versailles

Le comte la Pérouse exposition Virtuelle

La Pérouse s’illustre en tant qu’officier de marine durant la guerre d’Indépendance américaine. Sur ordre de Louis XVI, il conduit une expédition autour du monde avant de disparaître en mer en 1788.

 

Le comte de La Pérouse

Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse, s'illustre en tant qu'officier de marine durant le conflit contre l'Angleterre et la guerre d'Indépendance américaine. Il devient célèbre lors d'une expédition qu'il conduit, sur ordre du roi, autour du monde. Le voyage répond à des objectifs politiques, commerciaux et scientifiques, mais l'explorateur disparaît en mer en 1788.

http://www.chateauversailles.fr

 

 

Expédition La Pérouse, Le naufrage de Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse

Le naufrage de Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse Si Lafayette est le héros français de la guerre d'indépendance de l'Amérique, Lapérouse s'y illustre : il surprend les Anglais à la Baie d'Hudson et participe ainsi à la victoire des Américains pour leur indépendance en 1783.....

 

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