PHystorique- Les Portes du Temps

10 décembre 2019

Les Sceaux et Armoiries de la Ville de La Rochelle

Les Sceaux et Armoiries de la Ville de La Rochelle

En mai 1199, Aliénor d’Aquitaine a confirmé la charte de commune, et concédé à la ville des exonérations de taxes, ainsi que des pouvoirs politiques et judiciaires étendus. (Aliénor d’Aquitaine la concession des priviléges de franche-commune)

Les habitants de La Rochelle élisent le premier maire dans l’histoire de France, en la personne de Guillaume de Montmirail.

Le sceau de la Rochelle est un très bel exemple des bateaux viking qui ont servi de modèles à l’Europe du Nord au Moyen Age. Le Navire formant les armoiries de la ville de La Rochelle a souvent été remplacé par le sceau privé du maire.  

Il n'est pas sans intérêt, en parlant de l'organisation municipale, de dire un mot des différents sceaux mis, aux diverses époques de la commune rochelaise, à la disposition du maire pour donner l'authenticité nécessaire aux actes émanant de son autorité.

C'était une haute fonction que celle de garde-scel royal. L'usage des sceaux de la commune constituait un droit important conféré au maire. Le jour de son installation, remise lui était faite solennellement des clefs du coffret qui les contenait.

Le premier sceau connu, dont il reste encore trace aujourd'hui, est celui dont on trouve l'empreinte suspendue à une charte rochelaise conservée aux archives nationales.

Sur ce précieux titre, figure consigné le serment de fidélité prêté à Louis VIII, alors que ce prince, après la prise de La Rochelle sur les Anglais, fit faire le dénombrement de la population, en 1224. « Ce cachet de forme ronde — dit Jourdan — a le diamètre d'environ 75 millimètres.

Sceau de ville de La Rochelle - année 1224

Il représente d'un côté un homme à cheval (le maire sans doute), la tête nue, brandissant de la main droite un bâton noueux, et tenant la bride de l'autre, avec cette légende : Sigillum ma- joris de Rochella (sceau du maire de La Rochelle); de l'autre côté, un navire, emblème de la ville, voguant à pleine voile sur une mer agitée et dont l'unique mât est surmonté d'une croix avec cette légende : Sigillum communiæ de Rochella. »

Jourdan parle encore d'un sceau de la ville sur une charte de 1307, représentant au revers un loup, ou renard et qu'il serait tenté de croire être le cachet du maire Pierre de Loupsault, qui aurait peut-être pris cet emblème comme armes parlantes. Mais la Ville n'a jamais cessé d'adopter le navire symbolique qui figure dans ses armes.

En 1200 premier sceau de la ville de La Rochelle représentant un navire Viking

« Les premiers navires figurés — dit M. Demay (1) — quoique datés du XIIIe siècle, nous reportent aux drakkars scandinaves et aux navires normands, leurs successeurs.

Comme ces derniers, ils sont également relevés de la proue et de la poupe, munis d'un seul mât soutenu par des haubans garnis d'enfléchures et par deux étais. Ils portent une seule voile carrée garnie de bandes de ris. La forme de ces navires, avec deux caps relevés et la muraille se relevant également et à l'avant et à l'arrière, pour aller fortifier l'étrave et l'étambot, offre tout à fait l'image d'un croissant.

« Sur le sceau de La Rochelle, en 1308, la voile est déployée et l'on peut y compter trois bandes de ris mu- nies de leurs garcettes.

Le vaisseau de La Rochelle figure encore très nettement les deux pièces principales de la construction de la proue et de la poupe, l'étambot et l'étrave modernes. »

Sceau ville de La Rochelle représentant un navire Viking (1437)

On retrouve encore le vaisseau ayant cette forme sur un titre de 1434. C'est également le même qui est placé à la clef de voûte de la porte d'entrée de l'Hôtel de Ville, et sur une sculpture qui existait rue Saint-Michel, transportée depuis au Musée.

En 1437, la ville porte de gueules au bateau d'or sur une mer de mesme.

En 1458, une fleur-de-lys apparait en chef.

En 1482, les armes de La Rochelle portent le chef de France (d'azur semé de fleurs-de-lys d'or).

 En 1497, les émaux des armes de La Rochelle sont clairement définis, de gueules au bateau d'or voguant sur une mer de mesme, au chef de France. (Armoiries confirmées en 1696, puis en 1827 par une ordonnance de Charles X.)

Après le traité de Brétigny, la Ville dut abandonner ses armoiries pour prendre celles du roi d'Angleterre. Il y a, paraît-il, (2) à l'Echiquier de Londres, deux sceaux d'argent attachés par une chaîne de même métal, qui servaient à La Rochelle, et qui durent être transportés en Angleterre pour que la Ville, changeant de nationalité, ne pût en faire usage.

Les Sceaux et Armoiries de la Ville de La Rochelle (3)

Sur les sceaux employés au XIVe siècle, nous voyons apparaître les châteaux, établis sur les nefs, sorte de forteresses crénelées, souvent au nombre de trois : une à la proue, une à la poupe et une au haut du mât, disposée comme la hune moderne.

Dans les armes de la Ville, le bateau est muni de châteaux de proue et de poupe qui dominent tout le monument, avec plate-forme défendue par des créneaux. Les haubans sont attachés à des porte-haubans; on y voit quelquefois des sabords, un beaupré surmonté d'un mât, des avirons, un gouvernail et une ancre. Les extrémités ont cessé d'être relevées ; le bordage, à la proue et à la poupe, est seulement exhaussé de la largeur d'une planche.

Plus tard, le chef de France s'ajouta au vaisseau ; on le trouve sur les sceaux de la Ville en 1508, 1594 et 1610.

Armoirie de Jean Guiton dernier maire de La Rochelle Lors du siège de cette ville le 2 mai 1628

(Armoirie de Jean Guiton dernier maire de La Rochelle Lors du siège de cette ville le 2 mai 1628.)

Un édit de Louis XIV, en 1696, autorise de nouveau la Ville à mettre, au-dessus du vaisseau, le chef de France.

Les trois fleurs de lys furent supprimées pendant la période révolutionnaire. Sous le premier Empire, le Conseil municipal très flatté d'avoir vu son maire figurer au sacre de Napoléon, prit la décision suivante, le 17 mai 1809 :

« Considérant qu'il convient que la ville de La Rochelle, comprise au nombre des bonnes villes de France, jouisse de la faveur accordée par ce décret ; et qu'il convient aussi de demander les armoiries que la Ville avait autrefois, sauf les changements que les circonstances exigent, prie son maire d'obtenir le droit d'armoirie, en conservant le vaisseau aux voiles déployées. »

Les lettres patentes de février 1811 accordent le vaisseau et substituent aux fleurs de lys trois abeilles d'or posées en face sur fond de gueules.

 

A la rentrée des Bourbons, le Conseil demanda à revenir aux anciennes armoiries, qui lui étaient trop chères, pour n'en pas désirer la prompte restauration. Mais ce ne fut qu'en 1827 qu'une ordonnance de Charles X permît à la Ville de reprendre les armoiries que lui avait accordées Louis XIV, en 1696 :

« De gueules au vaisseau d'or habillé d'argent, voguant sur une mer de sinople, au chef d'azur à trois fleurs de lys d'or. (3) » Quels qu'aient été les différents régimes qui se sont succédé depuis cette époque, les armes de la Ville n'ont jamais été modifiées. C'est avec juste raison que l'administration municipale n'a jamais été hantée de la mesquine préoccupation — malgré les tergiversations politiques par lesquelles a passé le pays — d'apporter le moindre changement aux armoiries rochelaises. Elles restent ce que la tradition les a faites depuis quatre siècles. Elles rappellent le patriotique appui que la Ville a prêté à Charles V, en l'aidant à chasser les Anglais du territoire.

Ces inoffensifs emblèmes, figurant dans les armes d'une ville, ne sont qu'un motif décoratif; ils évoquent de glorieux souvenirs et ne font en rien présager des sentiments qui animent la population.

En principe, lorsque les armes d'une ville sont bien déterminées, avec titres à l'appui, il n'y a pas lieu d'y apporter la moindre modification.

C'est au XIVe siècle qu'on commença à mettre des supports à l'écu. On s'est adressé, dans ce but, à tous les règnes de la nature : des centaures, des cerfs ailés, des licornes, etc., etc. Il n'est pas surprenant qu'on ait emprunté à la mer les attributs qui devaient servir de supports aux armes de La Rochelle ; de là vient le choix qui fut fait de deux dauphins : l'un à droite, l'autre à gauche. Puis les villes, suivant qu'elles étaient duchés, marquisats, comtés ou baronnies, mettaient au-dessus de l'écu des couronnes rappelant ces divers titres.

Mais à La Rochelle, suivant l'indication du coutumier général du païs : « N'y a comte, vicomte, baron, ni châtelain que le roy. » Aussi, pas de couronne pour accompagner les armes de la Ville.

Cependant, un décret impérial de 1809 autorisa les bonnes villes de France à surmonter leurs armes d'une couronne murale. Mais ce n'est qu'une superfétation dont on a fait souvent usage dans le simple but d'agrémenter la disposition décorative de nos emblèmes.

Les Sceaux et Armoiries de la Ville de La Rochelle (1)

Si les armoiries d'une ville doivent toujours être fidèlement reproduites dans l'écu qui les contient, il n'en est pas de même des supports, qui ne sont qu'un accessoire dont la présence n'est pas nécessaire, ou dont la disposition peut être transformée suivant l'inspiration de ceux qui les composent.

Tous les artistes laissant libre cours à leur imagination, ont donné aux animaux mythologiques qui accompagnent les armes de La Rochelle, les formes les plus variées.

Nous avons, nous-même, largement usé de cette latitude. D'autres découvriront encore, au gré de leur fantaisie, dans le joli motif qui constitue nos armoiries, une source inépuisable de combinaisons et d'arrangements ingénieux et variés.

Quant à la devise : Servabor Rectore Deo, il nous a été impossible d'en retrouver l'origine. Il résulte cependant, de divers documents, qu'elle est antérieure au XVIIe siècle.

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LA MONNAIE

Pendant que nous parlons des prérogatives municipales, nous devons rappeler le droit important qu'avait la Ville de frapper monnaie.

C'est encore à Aliénor d'Aquitaine qu'il faut remonter pour retrouver l'origine de cet établissement. Cette princesse avait concédé à Raoul de Mauléon, en échange des droits qu'elle détenait sur la ville de La Rochelle, le privilège de percevoir annuellement, sur la prévôté, cinquante sols de la monnaie de la dite ville. Le marc rochelais servait de type aux autres monnaies du pays.

Nous trouvons, dans une charte de Jean d'Angleterre, en 1215, l'autorisation donnée à son monétaire, de fabriquer sa monnaie poitevine à La Rochelle.

Jean le Bon, avant le désastre de Poitiers, désigna l'atelier de La Rochelle pour fabriquer des gros deniers blancs à l'estoille, autelz à deux deniers de loy, dit : argent le roy et six sols de poix au marc de Paris ayant cours pour deux sols parisis. (4) Il ordonne en outre que : « en nostre dite ville de La Rochelle, monnoye soit frappée et forgée par la forme et manière que nous faisons faire les autres lieux de nostre royaume ». Il prescrivait, en même temps, qu'il fût fabriqué assez de monnaie d'or et d'argent pour que « la ville et le païs d'environ puissent être garnis et remplys de ses monnoyes ».

Lorsque La Rochelle fut cédée à l'Angleterre, après le traité de Brétigny (1360), le roi Edouard III, pour s'attirer les sympathies des Rochelais, confirma les privilèges de la ville et, en même temps, le droit de battre monnaie, à la condition, toutefois, que son effigie figurerait sur les pièces rochelaises.

Mais lorsque la ville parvint à se soustraire à la domination anglaise (1372), le roi Charles V se préoccupa de faire disparaître toute la monnaie frappée pendant l'occupation et dont le pays était inondé.

 Il envoya à La Rochelle, en 1389, son général des monnaies, pour relever l'état précaire de l'établissement et en remettre les ateliers aux mains de la commune, en abandonnant, au profit de cette dernière, la moitié des bénéfices sur les espèces frappées ; confirmant ainsi, en ce qui concernait le droit de monnayage, les privilèges concédés par Edouard III.

C'est pour assurer le bon fonctionnement de la monnaie à La Rochelle que Charles V rendit une série d'ordonnances prescrivant le taux du change, le contrôle de la circulation des monnaies de la part des changeurs, la nature des sommes passant par les mains des tabellions, etc., etc.

Les pièces qu'on frappait alors étaient des deniers d'or fin aux fleurs de lys, au taux de vingt sols tournois, et blancs deniers pour cinq deniers tournois, sans parler d'autres monnaies de moindre valeur.

La lettre R était la marque spéciale de la frappe rochelaise; plus tard, ce fut la lettre H; depuis la fin du règne de Charles VII jusqu'en 1539, on se contenta de mettre un point sous la neuvième lettre de la légende.

Où se trouvait, à cette époque, l'établissement de la Monnaie? Sans doute sur l'emplacement où fut bâtie de nos jours l'école d'asile Arcére. Il résulte, en effet, d'un titre du XIVe siècle, qu'une rente de soixante livres tournois avait été constituée aux moines de Saint-Jean-Dehors-les-Murs pour location de bâtiments leur appartenant, où l'on battait monnaie, situés à l'endroit que nous venons d'indiquer.

Plus tard, la maison de la Monnaie fut transportée sur la place du Château. Le dessin que nous avons retrouvé, sur un vieux plan provenant des archives de l'hôpital Aufrédy, nous montre une construction bien rudimentaire et d'un médiocre intérêt.

 C'est là, cependant, que la Ville frappait encore sa monnaie, un an avant le siège, car, en 1627, pour parer au besoin d'argent, il lui fut accordé de fabriquer, moyennant redevance à son profit, des quarts et demi-quarts d'écus et des douzaines.

Lorsque les fortifications de la ville furent reconstruites, en 1689, et qu'on donna à la place du Château les belles proportions que nous voyons aujourd'hui, la Monnaie et la chapelle Sainte-Anne qui y attenait, furent démolies.

La Ville acquit alors la maison d'un sieur Thaumeur, dans la rue Royale-des-Carmes, auprès de la tour de la Lanterne (habitation du chef du Génie), et la rue prit le nom de : rue de la Monnaie, qu'elle porte encore à l'heure actuelle.

La Ville y établit ses ateliers et son outillage. Elle émit par ordre du roi, en 1785, une certaine quantité de louis d'or.

Cette institution fonctionna jusqu'à la Révolution; elle fut supprimée par décision du 22 septembre 1790, et, avec elle, disparut la juridiction spéciale qui relevait de la Cour des Monnaies de Paris. Elle se composait de deux juges-gardes, d'un procureur du roi et d'un greffier. Elle fut remplacée, comme toutes les autres juridictions, par un tribunal de district. C'est sur son ordre que furent transportées à la Monnaie, la plupart des cloches de nos églises, et qu'on émit pour 15.500 livres de billon d'un métal très brillant qu'on nommait : sous de cloche.

A l'époque des assignats, la Chambre de Commerce, pour faciliter la circulation de ce papier, les échangeait contre ce qu'on appelait des cartes de confiance, de trois à six livres. Ces cartes portaient un timbre et une vignette représentant un vaisseau avec cette devise : arti et labore. Mais ces coupures étaient encore trop élevées pour la vente des denrées journalières. Il fut frappé pour 2.300 livres de monnaie de billon, qu'on pouvait échanger contre des assignats de cinq et des cartes de confiance de trois livres.

Les Sceaux et Armoiries de la Ville de La Rochelle (2)

L'administration de la Monnaie faisait usage d'un sceau qu'elle apposait sur ses titres. Nous le retrouvons, notamment, sur les lettres du maître-monnayeur délivrées, le 7 avril 1776, à Jean-Elie Bouguereau.

Ce sceau représente un navire passant derrière une tour, allusion au commerce de la ville et aux tours, de l'entrée du port. Ce cachet, qui remonte au XVIIe siècle, porte en tête la date de 1372, pour rappeler l'année où la ville fut délivrée de l'occupation anglaise, et pendant laquelle Charles V organisa de nouveau l'établissement de la Monnaie.

 

 

La Rochelle disparue / texte, eaux-fortes et illustrations par E. Couneau

 

 

Blason_de_La_Rochelle

De gueules au vaisseau d'or équipé d'argent, sur une mer de sinople ; au chef d'azur à trois fleurs de lys d'or. Alias au chef de France.

 

La création d’une nouvelle salle du conseil sous les toits, au-dessus de la salle des fêtes.

 

 

Philippe Villeneuve, l’architecte en chef des Monuments historiques a repensé les combles en supprimant le maillage des poutres de charpente classique, pour dresser de nouvelles poutres en arc brisé, ou « en forme de carène de bateau inversé »

 

http://www.aqui.fr/societes/l-hotel-de-ville-de-la-rochelle-renait-de-ses-cendres,17759.html

https://www.culture.gouv.fr/Regions/Drac-Nouvelle-Aquitaine/Actualites/Monuments-historiques-en-travaux-l-Hotel-de-Ville-de-La-Rochelle-Charente-Maritime

 

 

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle <==.... ....==>

 

 

 


 

Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania

Les Gaulois habitant le Poitou s'appelaient les Pictons; de là le nom de Poitou, Poitiers. Sous les Romains, notre contrée se trouvait d'abord dans la Gaule Celtique; depuis, elle fit partie de la Gaule aquitaine. Lors de l'invasion des barbares, venant du Nord-est, notre pays fut souvent désolé par le passage de ces hordes guerrières....

 

La vie d'Aliénor d'Aquitaine

Depuis deux siècles, on appelait habituellement Éléonore cette princesse que les historiens antérieurs nommaient Aliénor (autrement dit Alia Aenor, "l'autre Aénor", puisque Aénor est le prénom de sa mère.), Aanor, Alienordis, Aenordis, Alernoia, Helienordis; on trouve ces différents noms dans les Tables de dom Bouquet, de Duchesne, de Martène.

 

14 octobre 1066 - Les Chevaliers du Poitou à la conquête de l'Angleterre avec Guillaume le Conquérant. -

Guillaume le Conquérant (en ancien normand Williame le Conquereor, en anglais William the Conqueror), roi d'Angleterre sous le nom de Guillaume Ier, duc de Normandie sous le nom de Guillaume II, appelé également Guillaume le Bâtard, né à Falaise en 1027 ou 1028 et mort à Rouen le 9 septembre 1087, fut roi d'Angleterre de 1066 jusqu'à sa mort en 1087 et duc de Normandie de 1035 à sa mort.


 

En 1196, l'armateur rochelais Alexandre Aufrédy décide d'envoyer sept navires de sa flotte à l'aventure vers les côtes africaine

Pour comprendre La Rochelle, il faut d'abord savoir l'apprivoiser. Fidèle à sa nature fière et insoumise, elle ne se livre pas facilement et ne semble jamais être là où on l'attend. Contrairement à une idée convenue, l'activité principale de ce petit village, situé au coeur du golfe de Gascogne, cesse d'être la pêche aux alentours du XIIe siècle....

 

(1)    Le Costume au Moyen âge d’après les Sceaux, par G. Demay. Ed. Dumoulin et Cie, éditeurs, Paris, 1880.

(2)    Jourdan : Ephém., tom. II, page 239.

(3)    Archives de l'Hôtel de Ville.

(4)   Ordonnance du roi de France.

 

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09 décembre 2019

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle

En 1199, Aliénor d'Aquitaine confirme aux Rochelais leurs avantages économique et fiscaux

Si nous sommes à peu près renseigné sur l'organisation administrative de la commune rochelaise à son origine ; si nous savons en quoi consistèrent ces privilèges que nos pères défendirent avec une ardeur que rien ne décourageait, il nous est presque impossible de dire en quoi consistait la Maison de Ville, où siégèrent les premières assemblées communales.

Hôtels de Ville de La Rochelle 1854

(Hôtels de Ville de La Rochelle 1854)

C'est cependant de cet Hôtel de Ville, que nous voulons parler, en essayant de suivre les transformations successives qu'il a subies jusqu'à nos jours.

Tout porte à croire que le local où se réunissait l'Echevinage, au premier temps de la nouvelle commune, devait être à l'endroit même où se trouve actuellement l'Hôtel de Ville.

Ce qui nous fait supposer qu'il en devait être ainsi, c'est que l'immeuble — sans doute de proportion fort modeste — était devenu insuffisant et que, pour lui donner plus d'importance, la commune acheta, en 1298, cinq maisons qui l'avoisinaient. Il résulte, en effet, d'un titre de cette époque, que le prix de cette acquisition fut de 920 livres tournois, payées par Guillaume Evrat, adoncques maire de commune de La Rochelle, les esquevins (les échevins), conseillers et pers au proffi et de tout le commun de la dite ville.

Hôtel de Ville de la Rochelle 1864

Trois de ces maisons étaient situées rue de Pierre (de l'Hôtel de Ville), la quatrième dans la rue de la Pelleterie (de la Grille), et la cinquième, rue des Grandes-Tendes (extrémité de la rue des Gentilshommes, près de la rue des Merciers ).(I)

Plus de doute, en lisant ces confrontations, sur la situation qu'occupait le premier Echevinage. C'est bien sur ce même emplacement que s'élève aujourd'hui l'Hôtel de Ville. Mais cette accumulation de maisons particulières sembla mal disposée aux administrateurs de l'époque, pour la tenue de leurs séances et l'organisation de leurs services municipaux.

Autorisation fut demandée à Philippe le Bel de démolir les maisons qu'on avait achetées et de construire un bâtiment approprié à l'usage auquel on le destinait.

Il n'est rien resté de cette construction qui disparut pour faire place, deux cents ans plus tard, à l'enceinte fortifiée que nous voyons actuellement. Ce mur fut commencé en 1486, sous la mairie de Jacques Le Comte, et terminé en 1487. La dernière partie, du côté de la rue de la Grille, fut achevée en 1498. La grande et la petite porte d'entrée sont de style gothique flamboyant.

L'aspect sévère de cette épaisse muraille, munie de créneaux et de mâchicoulis, flanquée à ses angles de tourelles en encorbellement, était comme l'image de l'affranchissement de la commune rochelaise. Cette forteresse, au cœur même de la ville, semblait tenir en respect ceux qui essayaient de porter atteinte à l'autorité municipale. Elle pouvait être considérée comme le dernier refuge de la résistance, au cas où la ville serait tombée aux mains des envahisseurs.

Une fois l'enceinte de l'Echevinage achevée, il y a tout lieu de supposer que les bâtiments intérieurs restèrent encore longtemps ce qu'ils étaient avant d'être reconstruits, car nous voyons le Corps de ville, en 1515, siéger dans l'ancienne église des Augustins.

Plan du rez de Chaussée de l'hôtel de ville de la Rochelle

(Plan du rez de Chaussée de l'hôtel de ville de la Rochelle)

Plan du premier étage de l'hôtel de ville de la Rochelle

(Plan du premier étage de l'hôtel de ville de la Rochelle)

 

Quand l'évêque d'Avranches — comme nous l'avons dit — fut chargé de régler les différends survenus entre l'autorité municipale et les bourgeois, en 1530, la Maison de Ville était en ruine.

 Lors du voyage de François Ier à La Rochelle, en 1542, « on tenait conseil prés de la Chaudellerye ».

Le Corps de ville prit possession de son hôtel, quand la partie nord des bâtiments fut terminée. C'est là que devait se trouver ce qu'on appelait la grande salle, à laquelle on avait accès par un large escalier extérieur. Il suffit d'examiner la grâce et la régularité de la construction attenante à la muraille longeant la rue de la Grille, pour se convaincre qu'on est à l'époque d'Henri II.

Cour de l'hôtel de ville de la Rochelle

(Cour de l'hôtel de ville de la Rochelle)

C'est également dans cette salle qu'avait lieu l'élection du maire, après la démolition de l'église Saint-Barthélémy, et que dut se réunir, en 1588, l'assemblée générale des églises réformées, à laquelle prirent part le roi et la reine de Navarre, et les plus grandes notabilités du parti protestant.

Suivant contrat d'arrentement du 5 janvier 1591, la Ville s'assura la propriété « d'une maison et masure joignant la Maison de Ville, où de présent est construite une partie de la grande salle de la dite maison de l'Echevinage et la chambre de Messieurs les échevins ». La construction de cette grande salle date de 1595.

« Le maire Thévenin commença le bâtiment qui est en la maison commune de la dite ville, pour agrandir l'ancien, et il n'y a que les fondements faictz, qui sont élevés de quinze pieds. » En 1605, tout le corps du bâtiment, avec sa galerie au rez-de-chaussée et ses combles, était achevé.

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Le grand escalier extérieur, au milieu duquel se trouve une tribune, et dont Masse nous a laissé le dessin, était d'une architecture fort médiocre. « C'est — dit-il — une espèce de fer à cheval mal construit et trop raide, couronné par une impériale soutenue par des piliers, et sur la façade est une statue en terre cuite, peinte, représentant Henri IV de grandeur naturelle, en costume de guerre, revêtu d'une cuirasse, la tête nue, la main gauche sur la garde de son épée, et la droite appuyée sur un bâton de commandement. »

Cette statue fut placée sous un baldaquin en 1612, deux ans après la mort du roi.

« Non contents d'avoir son image gravée dans nos cœurs — dit le registre du Corps de ville — nous l'avons fait relever en bosse, au milieu de notre Maison commune. »

C'est de la tribune de cet escalier que le maire haranguait le peuple et le mettait au courant des destinées de la commune. « Le maire Goguet — d'après un journal de la ville au temps de la Révolution — prêta serment, ainsi que les autres officiers municipaux, dans cette tribune où le fameux Guiton parut autrefois avec tant d'éclat. »

L'escalier que reproduit notre eau- forte datait du siècle dernier. Il n'était guère mieux conçu que le précédent, mais on lui avait conservé la même place et la même disposition. Tandis que, lors de la restauration de l'Hôtel de Ville, M. Lisch y a substitué le pavillon à quatre faces que nous voyons aujourd'hui ; comme pour en conserver la tradition, on y a placé au sommet, sous un campanile, une statue de Henri IV, en faïence polychrome, œuvre de Deck.

Escalier dans la Cour de l'Hôtel de Ville de la Rochelle avant restauration 1872

(Escalier dans la Cour de l'Hôtel de Ville de la Rochelle avant restauration 1872)

En 1606, acquisition fut faite d'une maison rue des Gentilshommes, qui permit-à l'immeuble municipal d'avoir une sortie sur cette rue. On éleva, à cet effet, cette charmante façade d'un aspect si original, couronnée par un énorme balcon dont les robustes consoles, mises en biais, suivent la direction des murs intérieurs. Par la porte si artistement sculptée de cette jolie construction, les échevins, gentilshommes par leur fonction, avaient seuls le droit d'entrer, et, depuis cette époque, la rue prit le nom de : rue des Gentilshommes.

 

Hôtel de Ville de La Rochelle 1878

(Hôtel de Ville de La Rochelle 1878)

ARCADES DE LA GALERIE DE L'HOTEL DE VILLE (2)

Au commencement du XVIIe siècle, les bâtiments intérieurs de l'Hôtel de Ville avaient donc la disposition que nous- leur avons connue, avant la modification qu'on leur a fait subir; il y a quelques années. Sans insister davantage sur un monument, que nous avons tous les jours sous les yeux, rappelons qu'au rez-de-chaussée se trouve une galerie couverte formée de colonnes accouplées de l'ordre toscan, reliées par des arceaux, au milieu desquelles descend un gracieux pendentif en queue d'aronde. Au premier étage : la salle des fêtes, de proportions plus restreintes que celle actuelle, est éclairée par de larges fenêtres que séparent des colonnes d'ordre ionique composé ; dans leur entrecolonnement se trouvent intercalées des niches, où sont placées des statues un peu frustes, mais intéressantes par le costume étrange dont elles sont revêtues. L'ensemble de l'édifice est couronné par d'élégantes mansardes qui profilent sur la haute toiture d'ardoises la délicatesse de leurs ornements.

Signalons aussi le curieux agencement qui surmonte le sommet de quelques-unes de ces mansardes. Leur fronton n'est pas placé normalement; il est tronqué, et les angles, au lieu d'être extérieurs, sont retournés, pour laisser libre la partie du milieu remplie par un cartouche. C'est une diposition particulière qui ne manque pas d'originalité et dont on trouve peu d'exemples.

Avant que l'Hôtel de Ville fût affecté, après le siège, à la demeure du gouverneur, la grande salle servait aux assemblées populaires. Elle fut ensuite divisée en deux parties, pour être mieux appropriée aux besoins d'un logement particulier. « Les deux salles hautes — dit Masse — sont fort belles, la plus grande a, de longueur 38 pieds, et de largeur 30 1/2 ; il y a même apparence que ce n'était autrefois qu'une seule salle de 62 pieds de longueur. »

Au temps de la Ligue, Henri IV fit hommage à la Ville des drapeaux qu'il avait pris à l'ennemi ; toute la grande salle en était tendue. Soubise y ajouta, en 1662, cinq étendards enlevés aux royalistes. Ces trophées furent mis à l'Hôtel de Ville « pour être gardés et conservés en mémoire honorable de cet exploict ». Que sontils devenus ?

C'est dans cette salle, qu'en 1787, avait été placée une statue d'Henri IV, offerte à la Ville par Choderlos de la Clos, l'auteur des Liaisons dangereuses, qui vécut longtemps à La Rochelle et s'y maria. Il avait déterminé un de ses parents, M. de Persigny, à faire hommage de cette statue de grandeur naturelle, faite d'une composition particulière et absolument résistante. Elle imitait les chairs aussi bien que la cire.

Après avoir été exposée au château des Tuileries, elle fut transportée à La Rochelle, avec son globe de verre, et fut mise dans la salle des délibérations du Conseil, que l'on nomma salle Henri IV, « pour perpétuer la mémoire de ce bon ami des Rochelais, car on ne pouvait, considérer comme un monument digne d'Henri IV l'effigie en terre cuite qui surmontait le fronton du dôme de l'escalier de l'Hôtel de Ville ». (3)

Quand la nouvelle de la Révolution parvint à La Rochelle, la statue du bon roi fut décorée d'une cocarde tricolore. Mais cet emblème patriotique ne l'empêcha pas d'être mise en morceaux en 1793. (4)

 La grande salle des fêtes, en outre des étendards qui la décoraient, était tendue de superbes tapisseries représentant les armes de France et celles de la Ville, au milieu des- quelles figuraient des personnages allégoriques ; mais comme ces tentures étaient semées de fleurs de lys, le Conseil de la commune, à l'époque de la Révolution, jugea ces attributs symboliques de la royauté indignes de figurer plus longtemps dans la salle des délibérations. Elles furent donc reléguées dans les greniers; on leur substitua celles provenant de la Fabrique Saint-Barthélemy qui, sans doute, portaient moins ombrage au civisme du Corps de ville.

Lorsqu'en 1831, il fut question de donner une disposition nouvelle à la grande salle des fêtes, on se souvint des superbes tapisseries qu'on avait mises au rebut, mais les malencontreuses fleurs de lys dont elles étaient semées s'y trouvaient toujours, et il fut reconnu qu'elles étaient tout aussi compromettantes sous la Monarchie de Juillet que sous la Révolution. Il ne resta plus qu'à les vendre à vil prix, comme inutilisables et sans valeur, et c'est ce qui fut fait. Cependant, l'heureux acquéreur de ces tentures ne trouva pas indigne de les faire figurer à la section des arts rétrospectifs, à l'Exposition universelle de 1855. Depuis, toute tentative pour suivre leur trace est devenue infructueuse. La plus belle salle de l'Hôtel de Ville fut donc lambrissée de vulgaires panneaux de bois peints en gris, qui constituèrent toute la décoration que beaucoup d'entre nous ont connue. Cet état de chose subsista jusqu'au jour où furent donnés à la salle des fêtes une étendue plus considérable et un somptueux aménagement vraiment digne de l'édifice.

Le Clocher, Réouverture de l'Hôtel de Ville de la Rochelle 07 Décembre 2019

Tout, à l'Hôtel de Ville, rappelle les souvenirs lointains de l'ancien Echevinage. La vieille horloge elle-même a son histoire. Quand le Palais de Justice d'Henri IV fut démoli, on transporta à la Maison commune l'horloge qui figurait à la prison « pour être placée — dit le livre des délibérations — dans le lieu le plus commode », sans indiquer lequel.

A la Révolution, pour la mettre à la mode du jour, on la rendit décennale. Mais la population ne put s'habituer à ce nouvel horaire, et le Corps de ville décida de revenir à l'ancienne indication. Tandis qu'on procédait à ce retour aux anciens usages, on fit disparaître l'inscription suivante, mise au-dessus du cadran : « L'heure du réveil des peuples est la dernière des oppresseurs du monde. » Au-dessus de la porte d'entrée de l'Hôtel de Ville figurait aussi la devise révolutionnaire : « Liberté, égalité, ou la mort » ; mais ce dernier vocable sembla trop sinistre au Conseil municipal qui y substitua le mot : « l'humanité. ».

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (2)

La cloche, elle aussi, appartient à la vie municipale. C'est elle qui, matin et soir, annonçait l'ouverture et la fermeture des portes de la ville et l'heure du couvre-feu. Elle servait à la convocation des membres de l'Echevinage les jours de séance. Elle appelait également les justiciables, quand la Cour de la Mairie tenait ses audiences. Le peuple répondait à son appel quand les séances étaient publiques, pour la reddition des comptes des trésoriers, des gouverneurs des hôpitaux et pour l'adjudication des fermes communales. Quand le maire ou l'un des échevins venait à mourir, la cloche sonnait le glas funèbre, tant que durait l'enterrement.

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (5)

Mais sous la Révolution, il fut établi, en principe, que les cloches ne devaient plus être sonnées, afin d'ôter au fanatisme un moyen de ralliement, et le beffroi de l'Hôtel de Ville, étranger à toute cérémonie religieuse, dut néanmoins rester muet, pendant la période révolutionnaire.

Sept ans s'étaient écoulés, lorsque la cloche menaça par son poids la solidité des planchers. Il fut décidé qu'on lui assignerait une autre place, probablement celle où nous l'avons connue, avant qu'elle soit transférée au sommet de la tourelle à l'angle de l'Hôtel de Ville, où maintenant elle n'a d'autres fonctions que de sonner les heures et de donner l'alarme en cas d'incendie.

Hôtel de Ville La Rochelle population devant les affiches d'information pendant la Première Guerre Mondiale 1914

(Hôtel de Ville La Rochelle population devant les affiches d'information pendant la Première Guerre Mondiale 1914)

Le concierge de l'Hôtel de Ville était un personnage important; ses fonctions étaient multiples. Il était geôlier de la prison et percevait des droits déterminés par les règlements pour le couchage et la nourriture des détenus, Certains prisonniers de marque étaient admis à sa table, moyennant pension. Il était encore chargé du contrôle des poids et mesures et mettait les empreintes des marques sur les marchandises contrôlées par les maîtres-regardes; enfin, c'était lui qui sonnait le beffroi dans les circonstances que nous venons d'indiquer. Plus tard, il fut chargé de faire visiter un Muséum, installé dans une maison à côté de l'Hôtel de Ville. (Musée La Faille, aujourd'hui au Jardin des Plantes).

Hôtel de ville dans les Années 1920

(Hôtel de ville dans les Années 1920)

Nous avons précédemment parlé de la juridiction du Corps de ville qui, dans le principe, était fort étendue, puisqu'elle connaissait de tous les délits de droit commun, moins les crimes qui ressortissaient de la justice du roi. Nous savons les protestations que souleva, de la part des maires et des échevins, l'extension de la juridiction du Présidial et des tribunaux consulaires, au préjudice de l'autorité municipale ; mais l'appli- cation des règlements de police resta toujours aux mains de la juridiction communale.

Ces règlements furent définitivement précisés par un arrêt du Conseil d'Etat, du 21 novembre 1678. Le roi désigna deux conseillers du Présidial qui, ensemble ou séparément, présidaient le tribunal de police, assistés de quatre bourgeois appelés officiers de police. Ils siégeaient au Palais de Justice. Leur charge consistait à parcourir les rues et à relever les contraventions. Chacun choisissait son quartier et se faisait accompagner par un des quatre commissaires de police. Voilà, certes, une organisation que nous pourrions envier à l'heure actuelle.

Hôtel de Ville de la Rochelle dans les année 1950

(Hôtel de Ville de la Rochelle dans les année 1950)

Nous n'avons rien de précis sur le costume des maires et des échevins, jusqu'au moment de la reddition de la ville. Il y a tout lieu de supposer, ainsi que le montrent la gravure qui figure en tête de ce volume et les différents sceaux de la commune, que le Corps de ville portait la robe dans les grandes circonstances officielles.

A la fin du XVIIe siècle, la robe du maire était de velours rouge et celle des échevins écarlate. Ce costume était, paraît-il, si somptueux, qu'une décision royale en ordonna la suppression. Le costume du maire n'en resta pas moins d'une certaine richesse, car sur les comptes que la Ville dut payer, en 1718, figure une somme de 1.672 livres pour : « une robe écarlate, six robes de satin noir, six chaperons, ou épitoges (bandes d'étoffes qui se mettaient sur l'épaule) de damas ponceau, chargés chacun de trois fleurs de lys d'or et garnis d'hermine, et douze collets de toile de batiste, qu'on avait fait venir de Paris pour servir à Messieurs les maire, échevins et procureur du roi syndic»..

Hôtel de Ville de la Rochelle Année 1970

(Hôtel de Ville de la Rochelle Année 1970)

Le premier magistrat de la commune avait pour coiffure un chaperon. Il est dit, en effet, qu'à l'enterrement du maire Griffon, en 1777 : « son chaperon était posé sur son cercueil ». A cette époque, le maire avait ajouté à sa robe écarlate une épitoge de velours cramoisi et une soutanelle de satin noir.

C'est le port, de ce superbe costume qui souleva tant de conflits entre les officiers municipaux et ceux du Présidial. Il ne fallut rien moins qu'une décision du Conseil d'Etat, pour préciser la nature du costume de chacune de ces deux compagnies. Malgré les réclamations des magistrats du Présidial, qui ne pouvaient souffrir que ceux du Corps de ville eussent une robe semblable à la leur, cette grande querelle fut tranchée, conformément au désir des officiers municipaux. Pour panser une blessure si profonde, il fut décidé que les magistrats tiendraient la droite dans les processions, au Te Deum et dans les cérémonies publiques. Mais le maire eut au moins cette consolation : d'avoir seul le droit (lui ou son représentant), d'allumer le feu de joie.

La Révolution simplifia toutes ces questions de préséance et de costume. Le maire n'eut plus qu'à ceindre son écharpe, et son autorité n'en était pas moins respectée. Sous la Restauration et le second Empire, les officiers municipaux portèrent encore l'habit brodé, le chapeau à claque et l'épée, mais ce costume était purement facultatif.

Aujourd'hui, tout a disparu ; la simple écharpe, plus conforme à notre régime démocratique, est le seul insigne distinctif de l'autorité municipale.

Si les maires, au temps de la Monarchie, portaient un riche costume, les archers préposés à la garde de leur personne n'étaient pas moins somptueusement vêtus. Ce sont encore les notes des fournisseurs qui nous donnent, à cet égard, les meilleures indications.

Voici le détail des vêtements confectionnés pour les gardes de la mairie : habit bleu de roi, doublé de bricourt (écarlate) avec bouton d'or ; veste en écarlate, doublée comme l'habit, avec boutons ; culotte avec parement de laine écarlate, doublée en peau ; jarretière de soie écarlate ; bas de laine écarlate ; bandoulière de velours cramoisi, bordée d'un galon d'or et brodée aux armes de la Ville, chargée de quatre fleurs de lys et deux couronnes, le tout en or. La hallebarde historiée, munie d'un gros gland à la hampe, complétait ce riche costume.

Aujourd'hui, les gardes-maire ou gagers de maire (car cette appellation des anciens temps s'est perpétuée par tradition), ne sont plus les brillants archers d'autrefois portant la pertuisane à lame flamboyante, garnie de velours à clous dorés; ils ne montent plus la garde à la porte de l'Hôtel de Ville. Ce ne sont plus que de modestes huissiers chargés du service intérieur de la Mairie. Et cependant, bien que leur costume se soit singulièrement simplifié, on retrouve encore — ne fut-ce que de loin -— la légendaire livrée des archers du Corps municipal. Leur habit n'est-il pas toujours bleu de roi doublé d'écarlate? leur gilet n'est-il pas resté rouge, comme l'ancien pourpoint des archers ? Tout l'ensemble de leur costume ne peut-il pas être considéré comme un pâle reflet du superbe harnois que revêtaient autrefois les hommes d'armes, gardiens de l'antique Echevinage?

En passant en revue les différentes phases de l'organisation municipale, depuis le commencement de la commune rochelaise, nous ne pouvions — ne fut-ce que sommairement — nous dispenser de décrire cet Hôtel de Ville, dont l'existence fut si étroitement liée à l'histoire même de la cité. Mais il nous fallait donner une mention toute particulière au caractère architectural de ce vieil édifice, qui reste comme un saisissant témoin de la puissante transformation opérée par l'introduction chez nous du style de la Renaissance.

Sans ornementations exagérées, d'une extrême simplicité de lignes et d'une grande sobriété de détails, la Maison commune pré- sente un caractère d'austérité et de grandeur absolument spécial à notre région.

Nos édifices publics, nos maisons particulières subirent l'influence de cette réno- vation et notre Hôtel de Ville bénéficia, d'une manière toute spéciale, de cette conception nouvelle de l'art et du style.

Il n'y a pas seulement que le côté architectural du monument qui constitue, pour nos concitoyens, l'unique attrait que présente le siège de la Municipalité ; ils se souviennent encore que leurs pères y dirigèrent, pendant plusieurs siècles, les destinées de la commune.

C'est là, en effet, que maires et échevins trouvèrent l'énergie qui s'alimentait à la source vivifiante de l'amour de leurs foyers et de la défense de leurs libertés.

 

LA RUE DE LA GRILLE

Doués d'une volonté plus forte que les obstacles qu'ils avaient à surmonter, ils puisaient dans le mysticisme le plus ardent la plus grande force de leur indomptable ténacité. Toujours anxieux et attentifs à la moindre menace venant du dehors, souvent en proie à des discordes intestines, absolus et inflexibles envers quiconque essayait de porter atteinte aux franchises communales, ils étaient parvenus à établir leur gouvernement sur les bases d'une véritable république. Mais, obsédés par l'invincible puissance des grands souvenirs qui s'attachaient à leur terre natale, le cœur meurtri par une incessante combativité, ils n'ont guère connu ce qui constitue, pour nous, les joies intimes et le charme de la vie humaine.

L'Hôtel de Ville est resté debout après l'anéantissement de la ville, comme le dernier témoin d'une lutte, dont l'histoire fournit peu d'exemples. C'est là que se sont perpétuées, d'âge en âge, les traditions d'indépendance et de liberté qui constituent ce glorieux apanage que nos ancêtres nous ont laissé.

Le peuple, d'une façon presque inconsciente, et sous l'empire d'une force mystérieuse, comprend que derrière cette muraille, dont l'aspect sévère lui inspire toujours la crainte et le respect, de grandes choses se sont passées ; et s'il aime profondément sa ville, il reste plus particulièrement attaché à la Maison commune qui demeure, plus que jamais, pour lui, le symbole et la personnification même de la cité.

La Rochelle disparue / texte, eaux-fortes et illustrations par E. Couneau

LA ROCHELLE Le 28 juin 2013 à 13 heures 45, l'incendie de l'hôtel de ville

 

 

Restauration de l’hôtel de ville de La Rochelle suite à l’incendie de 2013

Restauration de l'hôtel de ville de La Rochelle : les travaux de gros oeuvre sont terminés

Le 28 juin 2013 à 13 heures 45, l'alarme incendie retentit une première fois, puis une seconde fois un quart d'heure plus tard avec une coupure de courant. Une fumée épaisse commence à se détacher de la toiture de l'hôtel de ville. Le feu se situe au second étage, au-dessus de la grande salle. Il se propage à l'ensemble des toitures de la partie historique du monument.

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (7)

En milieu d'après -midi, la charpente du corps principal s’effondre sur le plafond de la grande salle. L'incendie, bien que circonscrit, n'est éteint que le lendemain matin vers 5 h 15.

 

 (https://www.faceaurisque.com/2019/04/17/dans-nos-archives-feu-de-combles-hotel-de-ville-la-rochelle/)

Le bâtiment est largement endommagé par les flammes, mais également par l'eau utilisée par l'intervention d'une soixantaine de pompiers au plus fort du feu.

A la suite de l’incendie, l’hôtel de ville a été divisé en trois zones :

  1. La zone rouge, correspond à la partie la plus touchée par le sinistre (partie classée MH)
  2. La zone orange, située entre la zone rouge, la rue des Gentihommes et la rue de la Grille correspond à la partie en grande partie épargnée par le feu mais ayant subi l’effondrement de certaines parties adossées
  3. La zone verte, au sud des parties classées, qui a été épargnée par le feu et les euax d’infiltration.

Restauration hôtel de ville de la Rochelle Suite à l'incendie 2013

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (9)

Rien n'a été perdu, les 300 objets historiques (masque mortuaire d'Henri IV, chasuble de Richelieu ou sceaux datant de 1199) ont tous pu être préservés des flammes. Une partie des œuvres d'art, dont des éléments du cabinet de Jean Guiton, est sauvée par les pompiers et le personnel de la mairie.

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (8)

Les autres œuvres d'art comme les tapisseries du cabinet Jean Guiton ou le tableau d'Henri IV sont déposées dès le lendemain de l'incendie et évacuées vers le Musée des beaux-arts de La Rochelle. Situées dans les combles de l'hôtel de ville, les archives récentes de la ville sont détrempées.

Tout comme les œuvres endommagées, elles le sont essentiellement par l'eau utilisée pour éteindre l'incendie, mélangée avec des éléments comme la suie.Elles partent toutes pour les ateliers de restaurations, pour être nettoyées.

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (1)

À la suite de l'effondrement de la toiture sur le plafond de la grande salle ainsi que de l'intense chaleur, la façade de la grande galerie « a pris du ventre » et se serait vraisemblablement effondrée si l'échafaudage servant à sa restauration ne l'avait retenue. Aussi, le bâtiment a été sauvé moyennant des travaux de restauration de plusieurs années et s'élevant à plusieurs dizaines de millions d'euros.

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (10)

Les tableaux ont été accrochés de manière provisoire pour la réouverture.

Le célèbre tableau "Richelieu sur la digue de La Rochelle" est exposé salle des échevins, même s'il est le symbole de l'oppression de la ville lors du Grand Siège (1627-1628), il devrait retourner ensuite dans un musée.  

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (11)

Les visites de l’Hôtel de Ville redémarrent à partir du samedi 14 décembre. Rochelais et visiteurs pourront ainsi découvrir ou re-découvrir ce joyau de notre patrimoine......https://www.larochelle.fr/actualites/les-grands-projets-2/visite-des-travaux-de-reconstruction-de-lhotel-de-ville

 (Vue 360 de la restauration de La mairie de La Rochelle - Hôtel de Ville)

 

 Classé au titre des monuments historiques sur la liste de 1861, l’Hôtel de Ville de La Rochelle est un exemple rare et emblématique d'hôtel de ville en France du XVIIe siècle, remanié au XIXe siècle.

 

Le port d’Aliénor d’Aquitaine : Voyage dans le temps des Templiers et Hospitaliers de la Rochelle.<==.... ....==> Les Sceaux et Armoiries de la Ville de La Rochelle

 

 


 

(1)   Jourdan : Ephém., tom. I, page 53; et La Rochelle Historique et Monumentale.

(2)   (2) Archives de la Bibliothèque.

(3)   Jourdan : Ephém., tom. II, page 218.

(4)   Un de nos compatriotes recueillit une des mains de cette statue et en fit don au Musée

 

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08 décembre 2019

La fondation de l’Abbaye de Cluny ; En 910, le duc d’Aquitaine et comte d’Auvergne Guillaume Ier dit le Pieux

La fondation de l’Abbaye de Cluny ; En 910, le duc d’Aquitaine et comte d’Auvergne Guillaume Ier dit le Pieux fait don à l’abbé Bernon de terres à Cluny

Le IXe siècle finissait. Les guerres interminables qui avaient marqué le démembrement de l'empire de Charlemagne ne faisaient que trop pressentir de nouveaux troubles. D'une part les invasions normandes, de l'autre le changement de dynastie en France -et en Allemagne devaient amener un tel déchaînement des passions humaines que le Xe siècle a été justement surnommé le siècle de fer. On lui donne encore le nom de saeculum obscurum ; les débris des civilisations précédentes disparaissent sous les pieds des barbares. Deux dates sont à retenir, parce qu'elles vont marquer des temps nouveaux 910, la fondation de Cluny et 911, l'établissement des Normands en Neustrie.

Convertis au Christianisme, les compagnons de Rollon servirent de défenseurs à la France qu'ils avaient tant de fois ravagée. Le nouveau monastère allait être le point d'appui pour la réforme ecclésiastique séculière et régulière.

Rappelons rapidement les circonstances qui ont marqué la création de l'Ordre de Cluny. Eudes, premier roi couronné des Capétiens, avait pour adversaire en Bourgogne Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine.

Testament de Guillaume d’Aquitaine, duc et comte, contenant la donation par lui faite de la ville de Cluny avec toutes ses appartenances et dépendances, et entre autres la chapelle dédiée en l’honneur de la Vierge Marie et de l’apôtre Saint Pierre, à Bernon, abbé de Gigny, pour y fonder un monastère de l’ordre de Saint Benoit, sous l’invocation de Saint Pierre et Saint Paul, que ce prince soumet immédiatement au Saint Siège, l’exemption de toute subjection de roi, princes, évêques et autres, avec plusieurs déprécations contre ceux qui voudraient envahir les biens d’icelui, ledit testament fait à Bourges, en date du 3 des ides de septembre, l’an 11e du règne du roi Charles, qui revient à l’an 910, côté …..

Ce prince, héros guerrier des peuples du centre et du midi, avait longtemps lutté contre le nouveau roi. A la fin il avait reconnu Eudes comme son suzerain ; il lui voua dès lors une fidélité à toute épreuve. Son zèle pour la réformation des moeurs n'était pas moins ardent. Il fit siennes les doléances exprimées, en 909, par les Pères du Concile de Trosly, (près de Soissons). «.L'état monastique, disaient-ils, est presque anéanti... On voit au milieu des moines des chanoines, des religieuses même, des abbés laïques qui vivent installés là avec leurs femmes et leurs enfants, leurs hommes de guerre et leurs meutes (l) ».

Abbaye de Cluny - Plan I

D'autres assemblées conciliaires gémissent sur la décadence plus profonde encore du clergé séculier. Le sel de la terre affadi était foulé aux pieds. Ce sera l'éternelle gloire des grands abbés de Cluny et de leurs fervents religieux d'avoir extirpé la simonie et la clérogamie qui, comme une lèpre hideuse, déshonoraient l'Epouse du Christ sur la terre. C'est aussi de Cluny que partira le mouvement de rénovation dans l'ordre monastique tout entier.

Guillaume le Pieux était en relations avec les religieux de La Balme (Jura), où la règle de saint Savin de Poitiers, déjà suivie à Saint-Martin d'Autun, était pratiquée dans toute son austérité.

Abbaye de Cluny Porte principale

(P1 Porte Pricipale)

En 909, il pria l'abbé Bernon de La Balme et son ami Hugues d'Autun de se rendre près de lui dans la villa de Cluny (2). Ils auraient à parcourir tout le pays et viendraient lui indiquer ensuite l'endroit qui leur paraîtrait le plus favorable à une maison de prières.

Les deux vénérables religieux n'eurent pas de peine à remarquer la situation avantageuse de la villa (3) elle-même, terre domaniale sous les Romains, restée manse bénéficiaire sous les deux premières races des rois francs (4).

Au centre s'élevait le maître-manoir avec les dépendances, cuisines, bâtiments pour les serfs qui le cultivaient, granges, étables, pressoirs, tours, jardins, vergers, viviers. Autour de la manse se groupaient les villages, dont la tenue comprenait quinze petites terres exploitées par des colons et leurs familles.

— C'est ici même, à Cluny, dirent Bernon et Hugues, lorsqu'ils vinrent retrouver leur hôte, que doit s'élever la maison de Dieu. Nulle solitude n'est plus apte à la vie monastique, au milieu des forêts que les frères auront à défricher et qui les sépareront des vains bruits du monde.

— Y pensez-vous, mes vénérés Pères, répondit le vieux duc ? Cluny est ma résidence préférée. Ces forêts n'ont pas leurs pareilles pour la chasse dans toute l'étendue de mes domaines.

— « Messire, reprend Bernon avec sa rude franchise, chassez vos chiens de Cluny pour y mettre des moines. Quand vous serez au tribunal du Souverain Juge, aimerez-vous mieux être escorté par les aboiements de vos chiens que par les prières des moines ? »

Guillaume accueillit par un bon sourire la riposte de l'abbé de La Balme et décida que la fondation projetée aurait lieu à Cluny. « C'était, dira plus tard un de nos pieux cénobites, une vallée privée de vue, éloignée de toute communication humaine, mais qui respirait un tel parfum de solitude, de repos et de paix qu'elle ressemblait à une solitude céleste. »

Il n'y avait qu'un pas à faire pour en sortir et pénétrer au sud dans les vallées qui mènent à la Loire et à l'est dans l'immense plaine de la Saône. Une double chaîne de collines aux pentes modérées, au sein desquelles l'âme respire à l'aise, abritait des prairies arrosées par la rivière de la Grosne.

« Rien n'égale, ajoute un touriste (5), la mollesse correcte, la précision onduleuse de leur dessin ; ces contours ne sont pas sèchement arrêtés avec une rigidité mathématique, mais semblent avoir été tracés par une main caressante. »

La province elle-même où allait s'élever la nouvelle abbaye offrait les meilleurs gages de sécurité. On sait que la Bourgogne avait résisté au morcellement féodal et qu'elle était restée unifiée entre les mains de ses rois particuliers. Son premier duc bénéficiaire, Richard le Justicier, oncle de Guillaume le Pieux veillait vigoureusement au maintien de cette unité.

Abbaye de Cluny - Plan II

Aucune invasion normande ou hongroise n'avait pu se maintenir dans les limites de la vieille Confédération éduenne : la paix y était non moins profonde que dans les montagnes du Jura et de l'Auvergne. Aussi plusieurs colonies monastiques y étaient-elles venues chercher un refuge au milieu des guerres qui désolaient le pays partout ailleurs.

Abbaye de Cluny Clocher C3 et C5 Horloge

(Abbaye de Cluny Clocher C3 et C5 Horloge)

Citons les religieux de Noirmoutiers apportant à Tournus les reliques de saint Philibert, les moines de Fleury-sur-Loire qui s'arrêtèrent à Perrecy entre Autun et Charolles, elles bénédictins de Saint-Bénigne, à Dijon.

Cluny était destiné à servir de centre religieux à la France et à l'Europe.

La grande voie de la Saône et du Rhône mit la nouvelle abbaye en contact avec l'Italie, l'Orient et l'Espagne. C'est au midi qu'elle trouva d'abord les éléments de sa puissance : ses premiers abbés sortiront, ainsi qu'un grand nombre de religieux, de l'Auvergne, du Limousin et de la Provence ; toutes les familles princières de la France et des Pays-Bas lui donneront ensuite leurs enfants pour porter la réforme en Angleterre, en Lorraine, en Suisse, en Allemagne et jusqu'à Constantinople et en Terre Sainte.

 Rome entra de suite en rapports avec les fils spirituels de saint Odon, de saint Mayeul, de saint Hugues et de Pierre le Vénérable et ceux-ci seront durant de longs siècles les appuis et les consolateurs des Souverains Pontifes persécutés.

Les fondateurs de Cluny eurent-ils le pressentiment de la gloire réservée à leur oeuvre ? Il serait téméraire de le penser ; mais, à étudier de près la charte de donation, on ne peut qu'admirer les précautions si sages dont ils surent l'entourer.

(Visite virtuelle su Narthex de l'abbaye de Cluny I)

 

Après un préambule très solennel sur l'usage que les riches doivent faire de leurs biens, Guillaume fait savoir qu'il donne aux apôtres Pierre et Paul le village de Cluny avec son courtil et sa manse seigneuriale, avec la chapelle dédiée à sainte Marie mère de Dieu, et à saint Pierre, prince des apôtres, avec toutes les propriétés qui en dépendent. Pour que rien ne vînt troubler les religieux dans leur saintes observances et que la surveillance de l'évêque sur le cloître ne dégénérât pas une ingérence oppressive, le duc Guillaume voulut que l'abbaye de Cluny fut exempte de la juridiction épiscopale et la plaça directement sous la puissance du pontife romain (6).

Les moines auront toujours pleine liberté de choisir pour abbé le religieux de leur Ordre qu'ils préféreront. Celte précieuse immunité allait faire la grandeur de Cluny. « Il fut dès l'origine un petit état qui ne reconnaissait, dit Thomassin, ni empereur, ni aucun roi, ni aucun évêque ». Pierre le Vénérable avait déjà dit à Innocent II, en 1130 : « Terra nostra est nobis, sine rege, sine principe existens ».

Guillaume le pieux promulgua sa donation au plaid de Bourges, aux ides de septembre 910 ; il alla ensuite à Rome, la faire ratifier par le pape Jean X. Quant à Bernon, il se mit aussitôt à l'oeuvre. Il amena de La Balme à Cluny douze de ses religieux, selon la prescription de saint Benoit ; il les établit dans la manse de Guillaume, situé sur la voie Romaine de Luna qui de Belleville se dirigeait vers Autun(7).

Abbaye de Cluny - Plan III

Le premier soin des arrivants fut de dresser une grande croix de bois pour indiquer la place où le monastère serait bâti, non loin de la rivière qui suivait le fond de la Vallée noire et répandait ses eaux à travers d'immenses broussailles.

Bernon resta jusqu'en 924 abbé de La Balme, de Gigny et de Cluny. Il accrut avant de mourir la fondation de Guillaume le Pieux par Sauxilange, noble terre située près d'Issoire, dont le duc d'Aquitaine voulut encore se dépouiller et qui devait être la première fille de Cluny.

Bernon laissa à sa mort un grand renom de sainteté ; il était un zélaleur sévère pour la régularité ; on l'a loué pour sa doctrine, mais il fut surtout le génie qui organise, l'activité qui développe et la force qui maintient les oeuvres commencées.

 Abbaye de Cluny - Plan IV

Les premiers abbés

Histoire_populaire_de_Cluny_d'après_[

(Tableau Chronologique des abbés de Cluny)

I — Saint ODON (926-929)

Le véritable fondateur de Cluny n'a pas été Bernon, obligé de partager sa charge abbatiale entre trois monastères. Ce fut Odon, en 926. Intelligence élevée, esprit cultivé à une époque d'ignorance et de barbarie, il comprit que la réforme monastique qui n'avait cessé d'être son idéal et celui de ses frères ne s'obtiendrait que par un retour généreux aux moeurs austères des premiers cénobites et à la pratique de la règle bénédictine.

Quand il fut élu abbé, sa réputation attira aussitôt à Cluny une foule de jeunes gens et d'hommes du monde, avides de silence et de sacrifice. Odon se vit obligé d'agrandir le premier monastère et de construire les lieux réguliers dits officinas monachorum.

Originaire du Maine, il avait passé plusieurs années à la cour de Guillaume, duc d'Aquitaine. Son père Abbon, un des leudes de ce chef illustre, en voulait faire un chevalier accompli ; le jeune homme avait des aspirations plus hautes : il embrassa la milice du Christ et entra au cloître de Saint-Martin de Tours. Il était encore chanoine que déjà il se livrait là d'effrayantes austérités.

Ses contemporains disent qu'il ne mangeait qu'une demi-livre de pain par jour et qu'il ne buvait qu'un peu de vin, contre la coutume des Francs, extra naturam Francorum.

Dans le désir d'une vie plus parfaite, il vint en Bourgogne Jurane avec son ami Adhégrin se placer sous la conduite de Bernon, au monastère de La Balme. Il se fit remarquer de suite par son humilité et son obéissance. Un jour que distrait par la lecture, il avait oublié de recueillir les miettes du repas au réfectoire, il se hâta de les retenir dans sa main. Comme il s'excusait devant son abbé, celui-ci lui dit d'ouvrir la main ; les miettes avaient été changées en perles ! Mais il se vit rudement réprimandé une autre fois pour n'avoir pas suivi la nuit un novice avec la lampe du dortoir à la main. La surveillance des enfants ou oblats confiés aux moines a toujours été l'objet de sévères et minutieuses prescriptions.

Saint Odon devenu abbé ne l'oubliera pas. Les études négligées de toutes parts, s'étaient réfugiées dans les cloîtres. L'abbé de Cluny leur ouvrit au grand large les portes de son monastère et il fut vrai de dire dès ce temps, qu'un fils de roi n'aurait pas été élevé dans le palais de son père avec autant de soin que les enfants l'étaient à Cluny.

T17 La Tour des Fromages, tour d'enceinte de l'abbaye, appelée autrefois tour des fèves

L'abbé était non moins zélé pour l'avancement spirituel de ses religieux. L'office du jour et de la nuit, les conférences alternant avec les emplois domestiques remplissaient tous les instants des frères ; mais le silence était si rigoureusement observé que ceux-ci ne demandaient que par signes les objets mis à leur usage. Suivons-les au travail, sur l'une des collines encore incultes qui dominent Cluny. Les moines s'avancent en rangs. Arrivés au lieu désigné, ils se retournent vers l'Orient et récitent les psaumes marqués dans leurs livres à cet effet, puis ils se mettent à bêcher et à arracher les broussailles. Au bout d'un certain temps, l'abbé leur fait signe de cesser ; il charge l'un d'eux de lire un point de la règle et lui-même en donne le commentaire ; tous rentrent au couvent en psalmodiant.

Les bénédictins ont défriché, chacun le sait, presque en entier le sol de la France. A peine arrivés à Cluny, ils créèrent les fameuses prairies de la Grosne. On les vit aussi dès les premiers temps s'improviser irrigateurs et pousser plus loin qu'on ne l'imagine la science de l'hydraulique. Ils furent des ingénieurs sans diplôme, mais non sans mérite (8).

Par degrés ils atteignirent les coteaux sur lesquels ils plantèrent la vigne. Nul n'ignore que les crûs du Mâconnais et du Beaujolais doivent leur origine aux moines de Cluny. Quand ils eurent rendu leurs champs labourables, ils se mirent à semer le blé et les fèves qui constituaient pour eux, comme pour les vieux Romains, la base de l'alimentation. Çà et là ils établissent des maisons, une forge, un moulin, des fours. Ces campements deviendront à la longue des villages puis des bourgades où les colons fugitifs et vagabonds arrivent par troupes.

Les moines leur donnent des terres et des prés en fermage perpétuel, tel qu'il existait aux Xe et XI e siècles (9).

C'est ainsi que se sont formées, autour de Cluny, les agglomérations monastiques qui de simples celles sont devenues ensuite des doyennés, puis des paroisses. Le pays se peupla peu à peu aussi ; l'homme laboure et sème dès qu'il peut compter sur une récolte ; il devient père de famille sitôt qu'il se croit en état de nourrir ses enfants. Jusqu'à la fin les moines se firent les initiateurs de tous les progrès dont l'agriculture avait si grand besoin et qui donnèrent naissance au commerce et à l'industrie locale.

Saint Odon aimait à visiter les nouveau-venus et les exhortait à vivre unis, s'entr'aidant les uns les autres en bons chrétiens. Il n'oubliait pas dans ses courses pastorales qu'ici et là, au milieu des bois, sur les hauteurs les plus solitaires vivaient plusieurs de ses frères, Adhégrin, Vital, tous adonnés à la contemplation. C'est la portion choisie de son troupeau. Avec quelle affabilité ils s'entretiennent en sa présence de leur bonheur ! Chaque dimanche, ils vont au monastère prendre leur part de réfection céleste, puis ils rentrent à Cotte, à St-Lazare, à Rufley, à St-Romain, emportant la farine et les fèves dont ils se nourrissent et tout heureux de reprendre leur vie érémitique.

Que de fois Odon aspira à les suivre! Mais au lieu de s'enfoncer dans la solitude, il se vit appelé au -delà des monts, à Rome, où trois fois Léon VII et Etienne VIII le mandèrent avec instance.

La guerre désolait le domaine de St-Pierre depuis que les comtes de Tusculum d'abord, puis les rois de la Haute-Italie prétendaient y exercer les droits de souveraineté. Par l'ascendant de ses vertus Odon réussit à réconcilier Hugues de Provence et son beau-fils Albéric, patrice de Rome. Il profila de son séjour dans la Ville éternelle pour réformer les monastères de St-Paul-hors-les-Murs, de Subiaco et de Farfa.

Rentré à Cluny, il conçut et réalisa avec bonheur la pensée de réunir sous un seul chef les communautés qui accepteraient la réforme de Cluny. Cette sorte de confédération répondait à un besoin de l'époque. Le royaume de France se constituait fortement et mettait un terme à l'anarchie féodale. Une loi générale poussait les faibles à chercher aide et protection auprès des plus forts.

Cluny allait ainsi devenir le point d'appui de tant d'âmes religieuses désemparées, le centre d'une vaste Congrégation qui s'étendra sur toute l'Europe monastique ; ainsi se réalisera l'union des coeurs qui fera la force de tous et coupera court aux abus. Cette hiérarchie dans le vaste développement que prenait alors la vie monastique est un fait immense. Mieux qu'aucun autre il donne la mesure de la sainteté et des hautes capacités d'Odon. Il a de plus attaché son nom à une oeuvre qui suffirait à l'illustrer.

Abbaye de Cluny - La Tour Ronde

(Abbaye de Cluny - La Tour Ronde)

A Tours, il avait dirigé les chants de la Basilique de St-Martin ; à La Balme, il en composa d'autres que l'Eglise chante encore et dont il enrichit Cluny. Il passe pour avoir rétabli et propagé partout les mélodies liturgiques, dites Grégoriennes. A l'aide du monocorde et de la notation alphabétique, il réussit à former en quelques semaines les enfants et les religieux et à les rendre capables d'exécuter à vue de notes ces suaves mélodies, sans qu'ils fussent obligés de les apprendre par coeur. Ses deux traités sur la musique se répandirent dans tous les monastères de l'Europe et sont encore aujourd'hui étudiés avec fruit.

Saint Odon au milieu de tant de travaux trouva le temps de composer des ouvrages en vers et en prose qui attestent la vigueur de son esprit et l'étendue de ses connaissances.

On a de lui sous le titre d'Occupationes de curieux vers latins sur la création du monde, sur la chute de l'homme et sur les principaux personnages de l'Ancien Testament. Le moine Jean-l'Italien, son premier historien, avait été son fidèle disciple et le compagnon de ses lointaines et incessantes pérégrinations. Nagold, son autre biographe, a complété l'oeuvre du moine Jean.

C'est lui qui nous apprend qu'Odon fut aidé miraculeusement par saint Martin dans la reconstruction de la première église de Cluny, appelée St-Pierre-le-Vieil. Au jour de la dédicace, le pieux abbé, n'ayant que de maigres provisions, était fort inquiet sur la manière de traiter ses hôtes, lorsqu'un sanglier vint s'offrir de lui-même et servit à festoyer la compagnie de saint Odon.

Abbaye de Cluny - La Tour Ronde - Carlos Pinto (écurie Haras de la Gesse) à l'étape du Concours hippique - Grand National de Dressage de Cluny

La Tour Ronde - Carlos Pinto (écurie Haras de la Gesse) à l'étape du Concours hippique - Grand National de Dressage  de Cluny.

Celui-ci, en vrai disciple du centurion d'Amiens, établit dans son monastère les traditions de charité qui existaient à Tours et qui seront dans tous les siècles une des plus pures gloires de Cluny. Il nourrissait dix-huit pauvres par jour et à certaines époques de l'année, en carême par exemple, il faisait des distributions de vivres à un très grand nombre d'indigents.

C'est encore saint Odon qui a jeté les fondements de la librairie de Cluny, cette célèbre bibliothèque que tous ses successeurs se feront une gloire d'accroître, en l'enrichissant des ouvrages les plus remarquables de chaque époque. Le moine Jean fut l'un des premiers copistes dont la main alerte transcrivit en belle écriture onciale, sur les in-folio en parchemin, nos chartes latines si précieuses pour l'histoire, signées des rois et des empereurs.

Saint Odon, qui avait obtenu un grand nombre de diplômes, reçut, en 939, l'acte qui consacrait l'indépendance de Cluny ; mais ce qui lui donnera un rang à part dans l'Ordre Bénédictin, c'est d'avoir, comme nous l'avons vu, réuni en une grande et pieuse congrégation les monastères épars jusqu'ici et isolés dans toutes les provinces, en Limousin (Tulle), en Auvergne (Aurillac), en Berry (Massay), dans l'Orléanais (Fleury), à Tours (St-Julien), Roman, et Mou lier, en Suisse. Voilà comment il a mérité le nom de Réparateur de la discipline monastique que ses contemporains lui ont décerné.

En l'année 929. le roi de France, Raoul, avait accordé au nouveau monastère le privilège de battre monnaie, comme gage de sa haute bienveillance.

Archives de l'abbaye de Cluny : inventaire général publié d'après les manuscrits inédits des Archives départementales de Saône-et-Loire / par Armand Bénet,... J.-L. Bazin,...

Histoire populaire de Cluny, d'après les sources et sur un plan nouveau , par L. Chaumont,...

 

 

PLAN V DE L'ABBAYE DE CLUNY

L Tombeau de Saint Hugues; d Tombeau du Pape Gélase; e Tombeau l'abbé Ponge; f Tombeau de Pierre le Vénérable; M Chapellede Saint Orient; N Chapelle de Saint Benoit; O Chapelle de Sainte Madeleine; P Chapelle de Sainte Agathe; R Chapelle de Saint Nicolas; Chapelle des Saints Nazaiez et Celse; T Chapelle de Saint Vincent; U Chapelle de Saint André; V Chapelle de Saint Clément; X Chapelle de Saint Jacques; Y Chapelle de Saint Denis; Z Boubon; b Chapelle Saint Martial - Tombeau Geoffroy d'Amboise, abbé de Cluny (1483-1518))

A Escalier pour descendre à l'abbaye; E Narthex et piliers; F Escalier de la chapelle Saint Michel; G Grande NEF; H Choeur; C1 Clocher des Bisans; C2 Clocher des Choeurs; C3 Clocher de l'eau Bénite; C4 Clocher des Lampes; C5 Clocher de l'Horloge;

TR Tour Ronde; P23 Porte des Jardins; T15 Le Farinier; T17 Tour des Fromages; 25 Moulin (bras de l'Eclouse des 4 moulins de la papeterie); P15 Parloir ou Porte Richelieu

abbaye de Cluny Porte Richelieu

 

 

==> Le Voyage clunisien du pape Urbain II, l'appel à la première croisade.

 

 


 

Ducs d' Aquitaine et Comtes de Poitou et plus

L'histoire du Poitou, avant la conquête de Jules-César, était enveloppée dans une nuit profonde : on ne connaît pas même l'ancien nom de cette province qui n'a été appelée Pictia qu'après l'arrivée des Pictones, nation Scytique qu'il ne faut pas confondre avec les Pictes, qui ne vinrent en Poitou que plus de douze cents ans après leurs devanciers.......


 

(1) Mabillon. Ami. Bénédictines, livre II, p. 330.

(2) Le nom latin de Cluny est Cluniacum qui tire son élymologie du gentilice romain Clunius et du suffixe acum, donné aux terres du fisc impérial.

(3) Maison de maître avec bâtiments d'exploitation.

(4) En Soi, Charlemagne avait fait don de cette villa aux évêques de Mâcon qui l'échangèrent plus tard avec Warin ou Guérin, comte d'Auvergne, un des ancêtres de Guillaume le Pieux, contre les terres de Genouilly, sur les limites des comtés de Chalon et de Mâcon, des Eaux Chaudes en Nivernais et de Lituines en Auvergne.

(5) Montaigu. — Souvenirs de Bourgogne, p. 324.

(6)-Cf, Bibliotheca Cluniacensis, Col. 1, 2, 3, 4.

(7) Les blocs de granit rouge qui soutiennent encore la terrasse de l'abbatiale passent pour être des débris de cette antique construction romaine.

(8) l'origine, une eau abondante fut amenée dans tous les endroits où elle était nécessaire, à l'aide de canaux habilement établis sous terre et dont le développement comptait à la fin : 4 kilomètres et plus.

(9) C'est le servage, bien différent de l'esclavage antique.

 

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06 décembre 2019

Les aventuriers de la mer; L’histoire de Narcisse Pelletier, marin (1858) de Vendée

L’histoire de Narcisse Pelletier, marin de Vendée en 1858

Un Robinson vrai, c'est ce jeune Français, Narcisse Pelletier, adopté tout enfant par des naturels de l'Australie.

Le 11 avril 1875, des matelots du steamer anglais John Bell, débarqués pour y chercher de l'eau fraîche au cap Flattery, situé au nord-ouest de l'Australie, aperçurent, dans les bois, un homme blanc, au milieu d'un groupe d'indigènes à la peau brune. Ils rapportèrent cette circonstance à leur capitaine, qui les renvoya à terre avec ordre de se saisir de cet étranger en employant présents et menaces. Le blanc ne se souciait guère de quitter ses compagnons, mais il n'osa pas résister aux Anglais.

On le conduisit à Somerset, où il fut bien traité, vêtu, soigné, et enfin il s'apprivoisa assez pour qu'on reconnût qu'il était Français et qu'il avait su lire et écrire.

Ce faux Australien se nommait Narcisse Pelletier; il était né à Saint-Gilles, dans la Vendée. Mais il avait pris les habitudes et même l'extérieur des Australiens au milieu desquels il avait passé dix-sept années. Pendant les premiers temps de son séjour à Somerset, il se montra taciturne, inquiet ; il se perchait, comme un oiseau, sur une barrière d'où il observait ceux qui l'entouraient.

C'était un homme jeune encore, de petite taille, mais fortement constitué, à la peau d'un rose rougeâtre et bronzée par le soleil. Il portait quelques tatouages sur la poitrine: deux lignes parallèles et horizontales, s'étendant d'un sein à l'autre. Au-dessus de chaque sein apparaissaient encore quatre marques superposées horizontalement, et sur l'avant -bras droit, un dessin en forme de gril. Le lobe de l'oreille droite, percé et allongé de deux pouces, était garni d'une rondelle de bois de la grandeur d'une pièce de cinq francs. Il avait aussi le nez percé, et orné d'un morceau d'écaillé d'huître perlière. La mémoire revint peu à peu à ce malheureux, et il parvint à retrouver assez de mots de sa langue pour raconter son histoire.

 A douze ans, il s'était embarqué comme mousse à bord du Saint-Paul, de Bordeaux. Ce navire, qui transportait en Australie trois cent dix-sept coolies chinois, fit naufrage, en 1858, à l'île Rossel, dans l'archipel de la Louisiade.

Le capitaine du Saint-Paul laissa les Chinois sur un îlot, et tenta de gagner l'Australie pour y chercher du secours.

Nous aurons occasion de raconter les souffrances des hommes qui l'accompagnaient; l'eau surtout leur manquait. Longeant de près le continent, ils hésitaient à y aborder, dans la crainte des naturels.

Cependant, un jour qu'ils s'étaient hasardés à descendre sur ce rivage inhospitalier, à la recherche d'eau douce, le pauvre mousse souffrant d'une blessure à la tête se traînait péniblement à leur suite. Enfin il rejoignit ses compagnons qui, ayant découvert un peu d'eau dans un trou, s'étaient arrêtés pour la boire : ils l’épuisèrent jusqu'à la dernière goutte sans que le pauvre mousse pût en approcher ses lèvres.

— Reste ici, lui dirent-ils ; l'eau suintera, et tu pourras boire tant que tu voudras ; nous allons à la recherche de quelques fruits et nous viendrons te reprendre.

Il les crut; mais l'eau ne parut point et les marins ne revinrent pas.

Le petit Narcisse demeura là trois jours, et il avait presque perdu connaissance, quand deux hommes noirs et trois femmes le trouvèrent. Les sauvages lui donnèrent à manger des noix de coco jetées par la mer sur le rivage et d'autres fruits; puis ils l'emmenèrent dans leur tribu qui l'adopta et où il demeura pendant tant d'années !

Narcisse Pelletier avait rencontré un véritable père adoptif : un Australien compatissant, nommé Naademan, se chargea plus particulièrement de lui et lui imposa le nom d'Amglo. Le mousse vendéen fut assez longtemps avant de s'accoutumer à la nourriture des sauvages de la tribu des Ohantaala, misérables comme le sont les indigènes du continent austral, qui n'ont pas même de huttes. Une trentaine de familles composaient la tribu.

Narcisse, comme un nouveau Robinson, retourna à l'état de nature, mais sa jeunesse ne permettait pas une grande résistance aux influences environnantes ; il devint sauvage comme ceux qui l'entouraient, mena une existence toute bestiale, prit part aux démêlés delà tribu avec des tribus voisines, et plus d'une fois figura sur des champs de bataille où quelques douzaines de combattants se piquaient de leurs flèches tandis qu'à deux pas les femmes des belligérants se prenaient aux cheveux. Malgré tout, Narcisse pensait souvent à sa famille qu'il désespérait de revoir.

La tribu à laquelle appartenait le petit mousse, établie au bord de la mer, vivait principalement de pêche. Plusieurs fois, des marins de diverses nationalités abordèrent, offrant des présents. Mais dans ces occasions les sauvages tenaient éloigné le jeune blanc. Leur défiance disparut peu à peu, et lorsque le canot du John Bell se montra, les craintes de chacun furent d'autant moins vives que la plupart des hommes qui montaient ce canot étaient des nègres enrôlés dans l'équipage du steamer anglais.

Ramené en pays civilisé, Narcisse Pelletier écrivit à ses parents pour leur annoncer qu'il était encore de ce monde. En recevant d'Australie une lettre de ce fils qu'ils pleuraient depuis bien des années, les braves gens doutèrent d'abord; mais les journaux répandaient l'histoire du Franco-Australien; les parents de Narcisse se prirent à espérer.

Cinq mois après, le 13 décembre 1875, Pelletier arrivait à Toulon, où son frère vint le chercher. Trois semaines plus tard, il faisait à Saint-Gilles une entrée triomphale ; la population s'était portée à sa rencontre. Ses anciens camarades, en le serrant dans leurs bras, avaient de la peine aie reconnaître.

Narcisse Pelletier n'avait pas été de parti pris délaissé par ses compagnons d'infortune. Ces malheureux n'avaient sûrement pas fait pour retrouver le jeune mousse tout ce que commandait strictement l'humanité ; -mais leur situation était si précaire, leur propre existence si peu assurée, qu'on ne saurait les blâmer trop sévèrement.

Les aventuriers de la mer : tempêtes, naufrages, révoltes, hivernages par Constant Améro

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05 décembre 2019

Un compagnon de Jeanne d'Arc à Parthenay ; Arthur III, comte de Richemont, connétable de France, duc de Bretagne

Un compagnon de Jeanne d'Arc à Parthenay ; Artur III, comte de Richemont, connétable de France, duc de Bretagne

Arthur de Bretagne, dit comte de Richemont, grand fief du comte d'York, naquit au château de Succinio, commune de Sarzeau, le 25 août 1303. Il était fils du duc Jean IV et de Jeanne de Navarre, le frère cadet de Jean V, et l'aîné de deux frères, Gilles qui allait mourir jeune, et Richard qui fut père du duc François II.  Il avait trois soeurs, Marie, Blanche et Marguerite.

Arthur était dans sa septième année, lorsque mourut son père (2 novembre 1399).

Le 22 mars 1401, Jean V, bien qu'il n'eût que douze ans, fut couronné à Rennes ; le lendemain, le connétable de Clisson l'arma chevalier devant le grand autel de la cathédrale ; et aussitôt le jeune duc faisant acte de chevalier, arma ses deux frères Arthur et Gilles.

L'année suivante, Jeanne de Navarre accordait sa main au roi d'Angleterre Henri IV (18 mars 1402); et elle se préparait à quitter la Bretagne (13 janvier 1403). Elle choisit pour régent du duché et pour tuteur des enfants qu'elle abandonnait Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, frère de sa mère. Le duc vint en Bretagne (septembre 1401), accepta la régence et la garde des enfants ; et, malgré l'opposition des seigneurs bretons qu'un ordre du roi fit cesser, emmena à Paris le duc Jean et ses frères Arthur et Gilles ; ces derniers attachés, semble-t-il, sur leurs chevaux que des écuyers tenaient par la bride.

Jean V allait rester à la cour de France auprès de sa jeune fiancée Jeanne, fille de Charles VI ; ses deux frères suivirent le duc de Bourgogne en Flandre. Quinze mois plus tard, en août 1404, le duc Philippe mourait ; et Arthur, bien qu'âgé de dix ans seulement, chevauchait auprès de ses cousins de Bourgogne, suivant le cercueil de son grand-oncle de Bruxelles à Dijon.

Après la mort du duc de Bourgogne, Arthur et Gilles vinrent à la cour de France où ils furent remis aux mains de leur grand-oncle maternel Jean, duc de Berry.

Celui-ci était chargé de l'éducation du dauphin Louis, duc de Guyenne; et il élevait dans sa maison Charles de Bourbon, comte de Clermont, et Bernard d'Armagnac, comte de Pardiac. Le duc eut pour ses neveux bretons des soins paternels, et mit tout en oeuvre pour les éloigner à jamais de la cause anglaise et en même temps les préserver de l'influence bourguignonne.

A la cour de Bourgogne, Arthur : était lié d'amitié avec le fils de Jean sans Peur, Philippe, dit alors comte de Charolais, qui sera le duc Philippe le Bon, son cadet seulement de trois ans, et avec sa soeur Marguerite.

Philippe deviendra duc de Bourgogne après la mort de son père (1419) ; Marguerite épousera le dauphin et devenue veuve (1415) elle donnera sa main (1423) a Richemont, bientôt connétable.

A la cour de France, le dauphin a fait amitié avec Arthur et Gilles; et celui-ci, après le départ de son frère, sera, jusqu'à sa mort prématurée, le compagnon le plus cher et le conseil le plus écouté du dauphin (juillet 1412).

Le comte de Clermont, qui sera duc de Bourbon (1434) deviendra beau-frère de Richemont; le comte de Pardiac, plus tard comte de la Marche, restera son plus fidèle ami.

Jean V devenu majeur avait fait hommage au roi et avait été ramené en Bretagne par le duc Philippe, dès le mois de février 1404. Arthur ne tarda pas à revenir près de son frère.

Nous le trouvons en Bretagne en 1406. II n'est plus l'enfant dont le cheval doit être tenu en main. il a treize ans, il a profité des leçon de Péronit, cet écuyer de Navarre dont, après de longues années, le rude connétable ne parlera qu'avec une sorte d'attendrissement.

Des historiens veulent que, cette année même, Richemont ait « fait ses premières armes » à Saint-Brieuc en châtiant des émeutiers. On ne comprend guère un enfant de treize ans méritant déjà le surnom de justicier : nous aimons mieux voir le futur connétable gagner ses éperons dans une autre occasion.

L'assassinat du duc d'Orléans (23 novembre 1407) a divisé la famille de France.

 En 1410, le duc de Berry prend les armes contre son neveu Jean sans Peur. Son but avoué c'est de venger la mort de son neveu d'Orléans ; mais le duc, dernier survivant des frères de Charles V, croit avoir autant que son neveu de Bourgogne des titres au gouvernement ; et ne prétend-il pas soustraire le roi à l'influence tyrannique de Jean sans Peur ?... Le roi et le dauphin, auquel Gilles de Bretagne reste fidèle, font cause commune avec les Bourguignons. Richemont attaché au duc de Berry est Armagnac.

Tiraillé en sens contraire par ses frères, le duc de Bretagne voudrait rester neutre. Toutefois, sans se déclarer, il permet à Richemont de recruter en Bretagne.

Richemont part de Vannes emmenant « au moins 6000 hommes. »  Puisse-t-il dans la mêlée ne pas rencontrer devant lui son jeune frère !... Mais l'arrivée de ce renfort hâte la conclusion d'une paix... qui ne sera pas de longue durée.

L'année suivante, la guerre recommence. Le duc de Bourgogne tient Paris avec une armée de 60000 hommes. Les Armagnacs prétendent bloquer la ville. Richemont s'empare de Saint-Denis, le 11 octobre.

Voilà le vrai début du futur connétable.

Au même temps, le pont de Saint-Cloud est surpris. Mais, dans la nuit du 8 au 9 novembre, Jean sans Peur à la tête de 20000 hommes surprend à son tour les Armagnacs à Saint-Cloud ; il en massacre un grand nombre, et leur armée se disperse.

Richemont revient enrôler en Bretagne. il assemble « une belle compagnie » de 1600 chevaliers et écuyers bretons parmi lesquels des seigneurs déjà connus dans la guerre, comme le vicomte de la Bellière et Armel de Châteaugiron.

Est-ce sa qualité de frère du duc qui vaut à Richemont l'honneur de les commander? Non : Ils ont confiance en lui, et c'est par affection qu'ils s'enrôlent volontairement sous ses ordres.

Au printemps suivant (1412) Richemont part de Vannes. Il marche vers le Berry pour faire lever le siège que le roi et Jean sans Peur ont mis devant Bourges. Mais en route son beau-frère d'Alençon le détourne vers la Normandie.

Le duc de Berry (il va s'en repentir I) n'a-t-il pas sollicité le secours du roi d'Angleterre ! Trop heureux d'être introduit en France par les Français, Henri IV lui a promis 8000 hommes aux ordres de son frère le duc de Clarence. Il faut aller les recevoir au débarquement.

En les attendant, d'Alençon et Richemont prennent Sillé-le-Guillaume, Laigle et quelques places, puis ils vont au -devant des Anglais et  les mènent vers Bourges. Au bruit de leur approche, le roi et le duc de Bourgogne, dont l'armée est rongée par des maladies contagieuses, se décident à lever le siège (15 juillet).

La paix est conclue et rend inutile aux Armagnacs la présence des Anglais. Mais Clarence prétend rester dans le Poitou pour y faire vivre son armée « comme Anglais vivent en France », c'est-à-dire « en ravageurs et en gloutons. » Et il réclame son salaire, car les Anglais vendent leurs services « et (ils s'en vantent !) imitent les usuriers. »

Pour se débarrasser de leurs rapaces alliés, les Armagnacs allaient entrer en campagne contre eux, lorsque la mort de Henri IV(22 mars 1413) décide Clarence au départ.

Le 12 juillet, Gilles de Bretagne avait succombé à la contagion. Faible et versatile, le dauphin avait besoin d'un conseiller. Il fallait à cet adolescent de dix-sept ans, non un mentor à barbe grise dont la gravité l'eût effrayé, mais un jeune homme plus avisé, plus résolu que lui, connu de lui, et s'il se pouvait, ami d'enfance comme était Gilles de Bretagne. Le duc de Berry choisit Richemont.

Les circonstances étaient favorables : le roi et le dauphin s'éloignant de Jean sans Peur revenaient aux Armagnacs ; et, sans avoir à changer de parti, Richemont de rebelle allait devenir fidèle à la cause royale. Il reçut du dauphin le meilleur accueil ; et, dès le premier jour, il semble avoir hérité de la confiance que le prince avait accordée à Gilles.

En janvier 1414, le roi retenait Richemont à son service avec cent hommes d'armes et cent cinquante de trait. Deux mois plus tard, Jean sans Peur est déclaré ennemi public et la guerre va commencer. Richemont, lieutenant du dauphin, a sous ses ordres 3000 hommes d'armes avec 1500 hommes de trait; et reçoit «des gages »de 1000 livres par mots.

Avec le dauphin, il va bloquer Compiègne qui capitule (7 mai); puis ensemble ils assiègent Soissons. C'est là que, le 25 mai, Richemont et Tanneguy du Chastel sont armés chevaliers.

Après la prise de Soissons, l'armée marcha sur Arras; elle en commençait le siège lorsque la paix fut conclue (4 septembre).

 (Arthur III, comte de Richemont - L'estaminet Rue de la Vau Saint-Jacques 79200  - Parthenay, 1er tournoi de combat médiéval au pied des remparts (Béhourd)

Richemont revient à Paris avec le roi et le dauphin qui le retient à son service et ne néglige aucun moyen de l'attacher à la cause royale. Ainsi le dauphin vient de recevoir du roi la baronnie de Parthenay et d'autres belles seigneuries du Poitou, au nombre desquelles Châtelaillon, confisquées sur Jean Larchevêque, sénéchal destitué du Poitou, resté fidèle à Jean sans Peur.

Il s'en dépouille (4 mai 1415) en faveur de Richemont. Il est vrai que cette donation n'a pas assuré la possession au donataire. Jean Larchevêque, n'accepte pas la décision royale : comptant sur l'appui du duc de Bourgogne et les secours d'amis, il recourt aux armes.

En août, le roi nomme Richemont « capitaine général » et le charge de prendre en son nom les seigneuries confisquées. Richemont s'empare de plusieurs places et il pousse le siège de Parthenay, lorsque des lettres du dauphin le rappellent. Sur l'heure, il lève le siège au succès duquel il est personnellement intéressé: et il part... Le jeune roi d'Angleterre, Henri V, est entré en France !

L'appel aux armes contre le roi d'Angleterre plaçait Arthur de Bretagne dans une situation singulière. Vassal du roi d'Angleterre, comme comte de Richemont, il est vassal du roi de France comme seigneur de Parthenay. Il doit le service de guerre à chacun de ses suzerains.

S'il manque à son devoir envers le roi de France, la saisie de Parthenay sera son châtiment; mais, il n'a pas la possession de Parthenay et la saisie ne lui enlèvera rien. Il n'a pas non plus la possession de Richemont depuis longtemps saisi; mais Henri V peut la lui rendre.Le combattre n'est-ce pas renoncer pour toujours à ce beau comté?

D'autre part Jeanne de Navarre est restée en Angleterre; jusqu'ici le roi l'a traitée avec égards ; mais ne la punira-t-il pas de la présence de son fils dans l'armée française?

Ces considérations n'arrêtent pas Richemont.

 — En octobre, il arrive à Rouen amenant au dauphin une belle compagnie comprenant notamment cinq ou six cents chevaliers ou écuyers, bretons, sous les ordres du sire de Combour.

Pendant que son frère se hâte vers Rouen, Jean V, sortant enfin de la neutralité, part de Dol à la tête de 10.000 hommes.

Arthur allait avoir vingt-deux-ans ; et il n'avait vu la guerre que dans les querelles privées qui déchiraient la maison royale et la France. Mais voici venir l'étranger…….

Armoiries : d'hermine au lambel de gueules à trois pendants chargés chacun de trois léopards d'or.

 (La Chevauchée de Jeanne d'Arc vers Chinon par le GR 38, un voyage dans le temps de 590 ans.)

JEANNE D'ARC ET LE CONNÉTABLE

Au moment où Richemont, chassé de la cour, se retirait dans son domaine de Parthenay, l'armée de Salisbury, que le duc de Bedfort avait appelé d'Angleterre, venait de s'emparer de Laval et du Mans. Maîtres de Meung et de Beaugency, les Anglais s'avançaient vers Orléans. La perle de cette ville, c'était le coup fatal â la patrie.

La situation était critique; le roi et son ministre le comprirent. Ils convoquèrent les États généraux, et rassemblée se réunit à Chinon au mois de juillet; 1428. Jamais, pendant le règne de Charles VII, assemblée ne fut aussi nombreuse; tous sentaient combien le moment était solennel, quels efforts il fallait faire polir arrêter les progrès de l'ennemi.

L'assemblée vota une aide de 500.000 livres pour secourir Orléans, et demanda des réformes dans les finances et dans l'administration. En outre, les députés supplièrent le roi de rappeler et « de recevoir en bon amour et obéissance et en son service Monseigneur le connestable ». Le roi promit, mais son favori était-là pour l'empêcher de tenir sa promesse.

Bien plus, La Trémoïlle, au lieu de réunir toutes les forces disponibles afin de les opposer à la marche des Anglais, entretint des troupes considérables pour continuer les hostilités contre le connétable dans le Poitou, il voulait ainsi le réduire à l'impuissance et l’empêcher de venir au secours de la France.

Jamais inaction ne fut plus cruelle à Richement qu’à cette époque. Son rôle se bornait à rester sur la défensive, à écarter les lieutenants de son ennemi dans leurs incursions sur ses domaines.

Aussi quelle fut sa désolation lorsqu'il apprit que Salisbury venait d'arriver sous les murs d'Orléans et se disposait a en faire le siège,— 14 octobre1428. — Combien regretta-t-il son inaction, lorsqu'il sut que son neveu le duc d'Alençon, que le comte de Clermont, le bâtard d'Orléans, La Hire, Xaintrailles et tant d'autres capitaines avaient été appelés par le roi pour marcher au secours d'Orléans !

Sa douleur fut grande à la nouvelle de la défaite de l'armée royale, vaincue à Rouvray par Falstoff.  Tout semblait perdu alors, et Charles VII songeait déjà à abandonner son royaume et à se réfugier en Espagne.

Richemont s'abandonnait au désespoir, avec la rage dans l'Ame de ne pouvoir aller au secours de la France, lorsqu'une nouvelle extraordinaire parvint jusqu'à lui.

 Dans tous les coins de la France se répandait le bruit que, des Marches de la Lorraine, une humble fille du peuple était accourue au secours de la Patrie.

La renommée de la sainte fille s'étendait de tous côtés, dans les villes et dans les moindres villages des rives de la Loire. Jeanne d'Arc, la Pucelle, comme tous la nommaient, avait quitté sa famille, son pays, pour aller trouver le roi à Chinon et l'avertir qu'elle était envoyée par Dieu pour sauver la France et le faire sacrer à Reims. .

 

 

Un compagnon de Jeanne d'Arc : Artur III, comte de Richemont, connétable de France, duc de Bretagne / L. Trébuchet

Le connétable de Richemont (le duc de Bretagne Arthur III) / par J. Trévédy,...

 

 

Guerre de Cent ans, Time Travel le 8 juin 1432 : prise du château de Mervent, Mort et obsèques du Bâtard Jean d'Orléans.  <==

==>Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania <==


04 décembre 2019

Le comte la Pérouse exposition Virtuelle au chateau de Versailles

Le comte la Pérouse exposition Virtuelle

La Pérouse s’illustre en tant qu’officier de marine durant la guerre d’Indépendance américaine. Sur ordre de Louis XVI, il conduit une expédition autour du monde avant de disparaître en mer en 1788.

 

Le comte de La Pérouse

Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse, s'illustre en tant qu'officier de marine durant le conflit contre l'Angleterre et la guerre d'Indépendance américaine. Il devient célèbre lors d'une expédition qu'il conduit, sur ordre du roi, autour du monde. Le voyage répond à des objectifs politiques, commerciaux et scientifiques, mais l'explorateur disparaît en mer en 1788.

http://www.chateauversailles.fr

 

 

Expédition La Pérouse, Le naufrage de Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse

Le naufrage de Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse Si Lafayette est le héros français de la guerre d'indépendance de l'Amérique, Lapérouse s'y illustre : il surprend les Anglais à la Baie d'Hudson et participe ainsi à la victoire des Américains pour leur indépendance en 1783.....

 

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Guerre de Cent ans, Time Travel le 8 juin 1432 : prise du château de Mervent, Mort et obsèques du Bâtard Jean d'Orléans.

Guerre de Cent ans, Time Travel le 8 juin 1432 prise du château de Mervent, Mort et obsèques du Bâtard Jean d'Orléans

Valence, fille unique de Geoffroy Ier, ayant épousé Hugues de Parthenay-l'Archevêque, les terres de Vouvent et de Mervent passèrent dans cette famille, après la mort de Geoffroy la Grand' Dent (1248).

Hugues de Parthenay en rendit hommage au comte Alphonse de Poitiers, au mois de septembre 1248. Elles y restèrent jusqu'au XVe siècle.

En 1349, les châtellenies de Parthenay, Vouvant et Mervent sont réunies en un seul fief à la demande de Jean Ier de Parthenay-l'Archevêque

En 1405, les possessions de Jean de Parthenay- l’Archeveque sont vendues au duc de Berry, comte de Poitou.

Arthur III de Richemont, Connétable de France et Duc de Bretagne, apprécié du dauphin Louis de Guyenne (fils de Charles VI, roi de France, et d'Isabeau de Bavière), reçoit les terres de Jean II de Parthenay-l'Archevêque, coupable aux yeux du roi d'avoir épousé la cause des Bourguignons au siège d'Arras.

==> Un compagnon de Jeanne d'Arc à Parthenay ; Arthur III, comte de Richemont, connétable de France, duc de Bretagne

Afin de rentrer en possession des biens de ce seigneur jugé rebelle, Richemont doit entrer en campagne. Il s'empara de vive force, en août 1415, de Vouvent et Mervent, où il plaça des troupes bretonnes qui guerroyèrent contre le sire de Parthenay jusqu'en 1417.

Jean II de Parthenay-l'Archevêque, vend définitivement ses terres en 1419 au dauphin régent Charles VII roi de France faisant rentrer Vouvant et Mervent dans le domaine royal.

Charles VII en fit don, sous la loi de reversion, au vaillant bâtard d'Orléans, Jean, comte de Dunois, souche de la Maison de Longueville, qui, du chef de sa deuxième femme, Marie de Harcourt, qui était fille de Jacques d'Harcourt et de Marguerite de Melun et petite-fille de Jeanne de Parthenay, la soeur de Jean II l'Archevêque, seigneur de Parthenay, décédé sans enfant en 1427.

 

La Seigneurie de Mervent Vouvant sous Jean Dunois

Dunois, qui avait séjourné si longtemps en Poitou avec Charles VII, s'attacha aux possessions qu'il avait obtenues dans la province.

Il dédaigna Parthenay et Vouvant, patrie de Melusine, ne lui convint pas non plus, et, à cause de la beauté du site, il se fixa à Mervent et en fit sa résidence habituelle pour le temps qu'il donnait à ses terres de l'ouest du royaume.

Jehan d'Orléans succédait ainsi à Arthur de Richemont, Connétable de France et Duc de Bretagne, qui venait de s'éteindre et qui, avec l'accord de Jean II de Parthenay, avait reçu ces châteaux du Roi Charles VII.

Le château de cette localité fut dès-lors réparé et embelli pour recevoir son possesseur. Jean de Dunois avait fait de Mervent sa résidence ordinaire lors de ses séjours dans la région. Il avait fortifié et embelli le château en y renforçant les défenses de la Grosse Tour et en y élevant une chapelle, construite sur le modèle de la Sainte-Chapelle de son château de Châteaudun (Eure-et-Loir).  Ce qui attacha d'autant plus Dunois à Mervent, c'est qu'il y perdit Jeanne sa fille chérie, sans doute de maladie, et fût inhumée dans l'église Saint-Médard.

 

 

 

L'heure de la mort allait sonner pour le comte de Dunois; il l'attendait courageusement, préparé par toute une vie aussi honorable que glorieuse, accompagne des pieuses fondations, des bonnes œuvres des dernières années, et de ses dispositions testamentaires, libérates pour tous ceux qui tenaient à sa maison, remplies d'une ingénieuse charité pour les jeunes filles, les nourrices, les pauvres, pour les déshérités de ses domaines, soutenu et consolé enfin par les secours d'une religion qu'il avait toujours respectée.

Les historiens varient sur le lieu de la mort du grand chambellan de France les uns le font mourir en son château de Lay, prés Montlhéry; d'autres à L'Hay près Paris. Ils ne s'entendent pas non plus sur la date du décès.

Nous nous sommes assuré qu'il n'y avait pas de château de Lay prés de Montlhéry et qu'aucun domaine du Bâtard ne se trouvait dans la contrée. Au surplus, nous donnons, d'après le compte des obsèques, des renseignements absolument certains.

Jean, Bâtard d'Orléans, comte de Dunois et de Longueville, mourut le jeudi 24 novembre 1468, à L'Hay près de Bourg-la-Reine, à une courte distance de Paris. Il n'était pas chez lui, mais chez le trésorier des guerres, comme le prouve, l'article par lequel on donne six livres « a Jacquete, chambrière du trésorier des guerres, ou monditseigneur trespassa, pour la peine qu'elle avait eue ».

 Le trésorier des guerres, il n'y en avait qu'un en France, s'appelait en 1468 Antoine Raguier, La charge était héréditaire dans la famille, et aussi la seigneurie de L'Hay. Celle-ci appartenait, en 1436, à messire Charles Raguier, chanoine d'Orléans (1).

Dunois souffrait de la goutte. L'un de ses biographes, Barfois, nous apprend qu'il en avait failli mourir, le 15 juin 1453, au château de Saint-Jean-d'Angély, où il reçut le Saint-Viatique à genoux.

 

En 1468, la maladie fut longue; il était déjà alité lorsqu'il fit rédiger son codicille, le jeudi 8 novembre, dix-sept jours avant sa mort.

Dans cet acte, il augmente les legs de Julien Chapellain et Michelet Robeton, ses valets de chambre, et de Jean Picheron, son secrétaire, « pour la paine qu'ils ont eue en ceste présente maladie ». Il avait encore auprès de lui son fidèle bailli de Dunois, Florent Bourgoing, qui le soignait dans cette « chambre de demi-satin noir couctepointée, à ciel, dossier, couverture et deux courtines de bougran noir, laquelle monseigneur porte toujours dehors avec lui ». Il avait aussi emporté de Châteaudun une relique de la vraie croix qui ne le quittait jamais.

Jean de la Garde, apothicaire à Paris, prépara les médicaments, et l'on paya 13 l. 15 s. t. à Charles de Mauregard, « médecin, pour sa peine d'avoir visité feu monditseigneur en sa maladie audit Lay » Ce fut messire Guillaume de Châteaufort, docteur en théologie, qui vint a de Paris audit Lay durant la maladie de feu monditseigneur pour le confesser et estre à son trépas où il a esté par plusieurs journées ». . Dunois avait fait venir de Châteaudun un autre docteur en théologie, Guillaume Jaquelin.

Après le décès, le corps fut lavé, embaumé, enseveli dans une toile et mis dans un cercueil de plomb les entrailles, «  enfoncées »t par un tonnelier, devaient être portées à Beaugency et le cœur à Châteaudun.

 Yvon Fourbault, peintre parisien, fournit 374 écussons aux armes du défunt, pour L'Hay, fit la peinture autour de l'église et noircit une chapelle de bois mise sur le corps pendant le service. Des chandeliers de plâtre, fixés aux murailles, portaient le luminaire, et 90 chapelains célébrèrent des messes en présence des quatre ordres mendiants venus de Paris. Puis la dépouille précieuse, recouverte d'un poelle en drap et velours noir, fut déposée sur un chariot peint en noir, conduit par deux pages montés sur les chevaux.

Suivait un cortège réglé par le défunt et composé de gentilshommes, officiers et serviteurs vêtus de deuil, portant bannière, guidon, étendard et pennon aux armes du Bâtard, dix chapelains à cheval, cinquante pauvres, en robe et chaperon de drap noir, munis de torches aux armes du défunt.

On descendit la côte de L'Hay jusqu'à Bourg-la-Reine, où l'on rejoignit la route de Paris à Orléans et le voyage funèbre commença.

Il dura seize jours, avec stations à Montlhéry, Étampes, Le Puiset, Saint-Pérary-la-Colombe, Beaugency et Cléry; puis le coeur, renfermé dans une caisse de plomb recouverte de toile noire, revint de Cléry, toujours sur le chariot, par Beaugency et la Ferté-Villeneuil, à Châteaudun. Le clergé avec la croix venait au-devant du cortège, et le chariot entrait dans les églises, où il passait la nuit après le service.

Germain et Richart Fé bâtirent des chapelles de bois à Cléry, Beaugency et Châteaudun; Pierre, peintre d'Orléans, décora les écussons pour Cléry, et l'architecte de la chapelle Saint-Jean, Simon du Val, y construisit le caveau du comte, tout auprès de celui, de la comtesse sa « bonne sœur et compaigne », suivant leur volonté suprême.

Dans la chapelle, on suspendit la bannière, le guidon, l'étendard et le pennon du défunt. Cent trente -quatre prêtres célébrèrent la messe le jour de l'enterrement.

Après avoir beaucoup abrégé, terminons par un détail sur le monument funèbre.

En 1463, les nobles époux déclaraient vouloir qu'on mît sur leur sépulture deux tombes de cuivre ou d'albâtre. Comme nous l'avions supposé, c'est le cuivre qui fut choisi et l'exécution fut confiée au fondeur parisien Jean Morant, qui avait déjà fourni l'aigle de la Sainte-Chapelle.

Un premier acompte fut donné en signant le marché, et une somme de 412 l. 10 s. plus tard enfin nous avons la mention de l'achèvement de l'œuvre dans l'article suivant ; «  à Jehan Morant, de Paris, pour le reste à lui deu de la sépulture de feu monditseigneur et pour les voicturiers qui ont admené de Paris à Cléri les représentations de feu monditseigneur et dame, de cuyvre, et pour les journées dudit Morant et de ses varletz, à asseoir ladite sépulture iiijxx xviij 1. xiij s. ix d. »

Il semble que cette œuvre d'art, pieusement déposée sur le tombeau du grand Bâtard pour en garder les traits et la mémoire, devait être l'objet d'un éternel respect, sinon d'un culte patriotique.

Nous savons pourtant qu'elle fut enlevée par des mains sacrilèges, en 1562, pendant les guerres de religion, et qu'elle fut fondue, comme tant d'autres, à t'arsenal protestant d'Orléans.

De telle sorte que l'effigie du héros qui rendit la paix à son pays fortement reconstitué devint, un siècle plus tard, l'arme d'une lutte fratricide, dont le prolongement menaçait notre pauvre France d'un nouveau démembrement.

 

 

Testaments, inventaire et compte des obsèques de Jean, bâtard d'Orléans / par L. Jarry,...

-          Item veullent et ordonnent lesdits conte et contesse estre achatée la somme de quarante 'ivres tournois de rente au pais de Poictou, pour fondation d'une basse messe laquelle ont fondée et ordonnée estre dite et célébrée chacun jour en l'esgiize de Mervent pour le salut de l'âme de leur fille Jehanne, enterrée en icelle esglize.

-          De Antoine Hélye, fermier des terres de Parthenay, Vouvant et Mervent, mil l. t. pour ce …….

-          Du receleur de Vouvant, Chastelaillon et Parthenay, par lesd mains de Nicolas Viole et maistre Jeahan Garnier, partie deniers contans et autre partie en acquictz de debtes, et qu’ilz avoient paiées pour feu monditseigneur, la somme de ijm l. t. pour ce  ……

-          A Vouvent, pour aller dudit lieu de Beaugenci à Chasteuadun, porter lettres de par Monsieur de Couselles, l’un desdits exécuteurs, pour ilec faire ledit service……. Vxvij s. vj d.

 

 

Après Dunois, mort le 28 novembre 1468, les baronnies jumelées de Vouvant et de Mervent furent longues années encore en la possession de sa descendance mâle. A l'extinction de cette noble lignée, arrivée le 4 février 1694 par la mort de l'abbé de Longueville, elles revinrent à la couronne ainsi que tous les autres biens de la maison de Parthenay.

 Peu après, Vouvant était érigé en siège royal; ornais, — est-il » dit dans dom Fonteneau, — comme la ville de Vouvent est très petite, mal peuplée et presque inaccessible » par les roches qui l'environnent et des chemins impraticables, le siège a été transféré à la Châtaigneraie » presque aussitôt sa création » (2).

 

En même temps, les ressorts et juridictions de Vouvant et Mervent, qui relevaient auparavant en appel du siège de Saint-Maixent et qui, depuis l'ordonnance de Louis XI, du 8 juillet 1482, appartenaient au siège de Poitiers, furent maintenus au Présidial de Poitiers.

La juridiction baronniale de Vouvant s'étendait sur un assez grand nombre de paroisses, en Poitou et en Aunis. C'est ainsi que le fief de Baignes-en-Aunis, la moyenne justice de Siecq, près Niort, et le fief des Prés-du-Bois, dans la prairie de Fontenay, relevaient de Vouvant.

Parmi les paroisses faisant partie de ce même ressort, citons Saint-Médard-des-Prés, Pissotte, Saint-Michel-le-Cloucq, le Langon, Mouzeuil, Saint-Pompain, Saint-Hilaire-sur-l'Autise, Xanton, Bourneau, Cezais, Saint-Hilaire-du-Bois, Mouilleron- en-Pareds, Bazoges, Thouarsais, Antigny, la Chapelle- Thireuil (3), Saint-Pierre-du-Chemin, Saint-Maurice:- des-Noues, etc....

 

Plusieurs événements, dignes d'être signalés, se sont passés à Vouvant sous les derniers titulaires de la baronnie.

En 1415 notamment, Jean-l'Archevêque, dans la guerre qui éclata entre les Français du parti d'Armagnac d'un côté, les Bourguignons et les Anglais de l'autre, ayant cru devoir se ranger avec ces derniers, son château de Vouvant fut assiégé et pris d'assaut par le connétable Arthur de Richemont.

En 1841, des habitants de Vouvant, curant le puits de l'ancien château, trouvèrent au fond, enfoui sous plusieurs mètres de décombres, un vieux canon qui date très vraisemblablement de l'époque de ce siège.

 

 

Mémoires de la Société de statistique du département des Deux-Sèvres

Château de Bressuire le 11 janvier 1442 - La Praguerie en Poitou (Guerre de Cent Ans) <==.... ....==> Panoramas Historique sur le Château de Mervent (360°)

Mervent, Vouvant Jean de Dunois (Les Compagnons d'Armes de Jeanne d'Arc ) et château des Lusignan<==.... ....==>  Notice sur un Canon extraordinaire trouvé à Vouvant (Time Travel - Guerre de cent Ans)

 

 

 

 


 

(1)  Acte du 16 avril 1436, devant D. Delassale.- Etude Gillet, à Orléans

(2) Etat du domaine du roi en Poitou, en 1730. (D. F. p. 34. Id.)

(3) Acte du 16 avril 1436, devant D. Delassale. Etude Gillet, à Orléans.

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03 décembre 2019

Château de Bressuire le 11 janvier 1442 - La Praguerie en Poitou (Guerre de Cent Ans)

Château de Bressuire le 11 janvier 1442 - La Praguerie en Poitou (Guerre de Cent Ans)

Après la prise de Pontoise (19 septembre 1441), Charles VII resta à Paris jusqu'au commencement de novembre, s'employant à mettre en état de défense les places récemment conquises il s'achemina de nouveau vers nos provinces, passant par Amboise, Chinon et Saumur, toujours préoccupé de mettre un terme aux ravages des gens de guerre.

 Pendant son séjour dans cette dernière ville, des mesures furent prises pour faire cesser les déprédations commises dans le Bas-Poitou par les Bretons qui occupaient Palluau et les Essarts depuis vingt ans.

On sait que ces places avaient été confisquées sur Isabelle de Vivonne et son mari, Charles de Blois, dit de Bretagne, seigneur d'Avaugour, à cause de leur complicité dans la trahison dont fut victime à Chantoceaux, l'an 1420, Jean V (ou VI) duc de Bretagne, et données à Richard, comte d'Étampes, frère cadet de ce prince et d'Artur, comte de Richemont, lequel Richard était aussi seigneur de Châteaumur Isabelle était en procès depuis lors contre le donataire et, désespérant d'arriver par les moyens légaux à rentrer en possession de ses terres, elle fit plus d'une tentative pour les recouvrer par la force des armes. Les bandes qu'elle soudoyait dans ce but donnèrent souvent prétexte aux garnisons de Palluau et des Essarts de faire des courses dans la campagne et de dévaster la région voisine.

 Richard était décédé le 3 juin 1438, laissant un fils âgé de trois ans, qui fut François II, dernier duc de Bretagne. Les Bretons, n'ayant plus de maître capable de les refréner, se livrèrent plus que jamais au pillage. C'est pourquoi Charles VII, d'accord avec le duc Jean V, décida que, en attendant la fin des querelles entre les Montfort et les Penthièvre, les deux places seraient mises sous la garde du connétable de Richemont, qui venait de donner maintes preuves de sa fermeté dans la répression des routiers (2).

Le roi célébra la fête de l'Epiphanie à Saumur et de là se rendit à Bressuire (3). Deux autres forteresses du Bas-Poitou, appartenant à Georges de La Trémoïlle, Mareuil-sur-Lay et Sainte-Hermine, étaient restées depuis la Praguerie au pouvoir des rebelles.

Elles avaient, dix ans auparavant, joué un rôle actif dans la lutte entre Richemont et le premier ministre. Leurs garnisons avaient pris part, sous Jean de La Roche et Pierre de Vignolles, au coup demain dirigé contre Mervent et s'étaient emparées de cette ville, le 8 juin 1432 (4). Mareuil avait à cette époque pour capitaine Louis Frontdebeuf et Sainte-Hermine Guillaume Chabot (5), qui depuis s'était brouillé avec La Trémoïlle.

De Bressuire, Charles VII envoya mettre en sa main ces deux places; elles furent évacuées et les capitaines ne furent maintenus qu'après avoir prêté serment de ne plus molester les habitants de la contrée (6)

Charles se transporta ensuite à Niort, enleva définitivement ce centre important à Jean duc d'Alençon et le replaça sous l'autorité royale, « pour ce que ceulx des places de Guyenne estans delà la Charente avoient de grans accointances et faveurs avec aucuns de ladite ville », dit Mathieu d'Escouchy (7).

 L'on a vu qu'elle avait été le principal point de concentration des princes coalisés, en 1440. Malgré les réclamations réitérées de ceux-ci, le roi garda Niort, en promettant toutefois une indemnité au duc d'Alençon, qui était le maître de cette place depuis le 28 août 1423 et avait payé une somme considérable pour son acquisition (8).

 Les habitants de cette ville, qui avaient encouru le mécontentement de Charles VII, lors de la Praguerie, bien qu'ils eussent eu beaucoup à souffrir des exactions des officiers du duc et qu'en réalité ils eussent été, en 1440, plus malheureux que coupables, rentrèrent alors en grâce ils obtinrent, le 12 mai 1442, le rétablissement de leur mairie avec tous les droits, les prérogatives et la juridiction dont ils jouissaient auparavant (9).

 C'est de Niort, le 24 janvier 1442 n. s., qu'est daté un arrêt de bannissement et déconfiscation rendu contre Guy de La Roche, seigneur de Verteuil, Jacques sire de Pons, Maurice de Pluscallec, Bricet de Saint-Cyr, Pierre de Saint-Gelais, Jean Raymon, Olivier et Jacques Perceval, frères, et Pierre Béchet.

Ils étaient déclarés rebelles et ennemis de la chose publique, criminels de lèse-majesté, pour avoir, malgré toutes les défenses, assemblé gens d'armes et de trait en grand nombre et s'être mis sur les champs avec eux en Poitou, en Saintonge et dans les pays voisins, où ils avaient assailli, pris et pillé des forteresses, fait .prisonniers et rançonné les sujets du roi, enlevé leur bétail et leurs autres biens, brûlé et démoli des maisons, apatissé des villes et villages, mis des églises au pillage, ravi et violé des femmes, perpétré des meurtres nombreux, guetté les chemins jour et nuit, détroussé les passants, etc.

 D'après un autre acte, Guy de La Roche était accusé en outre de s'être « servy et aidé ès choses dessus dictes d'aucuns Anglois estans en la frontière de Guyenne, comme souldoyers (10). Un délai de dix jours était toutefois accordé aux coupables pour se rendre à merci.

Charles annonçait en même temps qu'il réunissait une armée afin de punir ces malfaiteurs, en purger le pays, assaillir et prendre les places et forteresses qui leur servaient de repaires il mandait à ses officiers et vassaux de Poitou et de Saintonge de se joindre à lui pour cette expédition.

En effet, les dix jours écoulés, le roi, voulant donner à cet arrêt une prompte sanction, s'avança à la tête de son armée jusqu'à Saint-Jean d'Angély et Saintes.

A son approche, Jacques de Pons s'empressa de faire sa soumission et d'abandonner les places que lui et son père n'avaient cessé d'occuper, prétendant les tenir en gage de la couronne (11). Maurice de Pluscallec, loin de suivre cet exemple, se retrancha avec ses frères dans la ville de Taillebourg et garnit de gens de guerre les autres forteresses de la châtellenie.

Il fallut les réduire par la force un corps d'armée, après un siège en règle, s'empara de Taillebourg et fit les trois Pluscallec prisonniers. Maurice fut conduit à la Rochelle et déclaré coupable de lèse-majesté.

Ses gens furent décapités ou pendus, « pour les maux innombrables qu'ils avoient faiz ».

 Le roi mit une garnison dans la ville, pour sa garde et la sûreté du pays puis l'année suivante (12 mai 1443), il fit don de Taillebourg à Prégent de Coëtivy.

Ayant pourvu de la sorte à la sécurité de la Saintonge, Charles vu reprit le chemin du Poitou.

Du 2 au 10 mars au moins (12) il séjourna à Lusignan et quelques jours après il était à Poitiers (13) il se rendit ensuite à Ruffec, où il passa les fêtes de Pâques (1er avril) et dirigea une dernière entreprise.

Guy de La Roche n'avait toujours pas fait sa soumission. Pierre de Brézé, sénéchal de Poitou, Prégent de Coëtivy, amiral de France, et le maréchal de Culant furent envoyés, avec des forces suffisantes, pour mettre le siège devant son château de Verteuil sur la Charente.

Deux cents hommes de guerre, commandés par un gentilhomme du pays, lieutenant de La Roche, le défendaient et opposèrent aux troupes royales une sérieuse résistance « mais tantost ilz furent si approchez de fossez, de bombardes et d'engins volans qu'ilz se rendirent, sous cette condition qu'ilz ne se dévoient jamais armer contre le roy ny sa seigneurie. »  Charles fit alors détruire et raser le château de Verteuil (14).

Pendant ce séjour à Ruffec, Dunois vint le trouver, chargé d'une mission spéciale de son frère le duc d'Orléans faisait offrir au roi de s'employer à la remise entre ses mains de la ville d'Angoulême, occupée par Guy de La Roche et ses gens, au nom du comte Jean, encore prisonnier en Angleterre. Le roi accueillit favorablement cette proposition bientôt un traité conclu par Dunois amena l'évacuation de l'Angoumois par les pillards

Ces divers actes de vigueur de Charles VII eurent pour résultat de faire renaître presque complètement la tranquillité dans le Poitou, la Saintonge et l'Angoumois, et lui permirent de se rendre en Guyenne, pour la Journée de Tartas, sans être obligé de laisser derrière lui une partie de ses forces.

Société des archives historiques du Poitou dans : Recueil des documents concernant le Poitou contenus dans les registres de la chancellerie de France.

 

 

 

 ==> Guerre de Cent ans, Time Travel le 8 juin 1432 : prise du château de Mervent, Mort et obsèques du Bâtard Jean d'Orléans.

 

 


 

Le nom de « Praguerie », en référence à une révolte hussite, vingt ans plus tôt à Prague

 

 

1. Vol. Précédent, p. 383, note.

2. Cosneau, Le Connétable de Richemont, p. 327.

3. Charles VII était dans cette ville le 11 janvier 1442 n. s. (Lettres permettant à Charles d Oyron de fortifier son lieu de Saint-Pierre de Verché en la vicomté de Thouars, vol. précédent, p. 132), et encore le 17 du même mois, date de lettres convoquant à Toulouse pour le 1er avril les nobles et les milices du Midi. (Dom Vaissète, t. IV, p. 496.)

4. Vol. précédent, Introduction, p.xxxix. et p. 264, 265, 272, 27S, 276.

5. Id., p. 291, 292.

6 .Le héraut Berry, Chronique de Charles VII, édit. Godefroy, in-foI., p. 411.

 7. Chronique, édit. par M. de Beaucourt, t. III p. 42, 43,51-52. 59-60, 68-10.

8. Les lettres de vente de Niort au duc d'Alençon sont imprimées dans notre t. VII (Arch. hist. du Poitou, t. XXVI), p. 405 et suiv.

9. Coll. dom Fonteneau, t. XX, p. 241.

10. Lettres d'abolition données, en juin 1446, en faveur de Guy de La Roche, Pierre de Saint-Gelais, Olivier et Jacques Perceval, Christophe Pot, Jacques Levraut, Guillaume Béjarry et plusieurs autres. (Vol. précédent, p. 364 et suiv.)

  1. Voy. l'acte par lequel le sire de Pons promet d'être à l'avenir vrai, loyal et obéissant vassal du roi, 8 mars 1442. (arch. nat., J. 389, n 10 P. 2531, fol. 208 v.) Jacques de Pons était neveu de La Trémoïlle sa soumission ne fut que momentanée; il ne tarda pas à conspirer avec les Anglais.

Emprisonné à Paris, il trouva moyen de s'évader et obtint de nouvelles lettres d'abolition au mois d'avril 1446, ce qui ne l'empêcha pas de continuer ses trahisons. Alors commença contre lui un procès pour crime de lèse-majesté, qui dura plusieurs années et se termina par une condamnation capitale, le 28 juin 1449. (Vol. précédent, p. 333-334.)

12. Les lettres de don de Fontenay-le-Comte à Richemont sont datées de Lusignan le 10 mars 140 n. s. (E. Cosneau, Le Connétable de Richemont, p.59'.)

13. Lettres de rémission en faveur de Guillaume des Aubues, datées de cette ville en mars, sans indication de quantième. (Vol. précédent, p. 135.)

14.  Sur diverses expédions, voy. Berry, Chronique de Charles VII, p.417-418, et notre vol. précédent , p 367-369

 

02 décembre 2019

Histoire et Notice du Château de Bressuire en Poitou (Time Travel)

Time Travel Histoire et Notice du Château de Bressuire

Parmi les nombreux châteaux dont est parsemé l'ouest de la France, il en existe peu de plus curieux et de moins connus que celui de Bressuire. Quoiqu'il soit réduit depuis très-longtemps à l'état de ruine, l'antiquité et le style très varié de ses immenses constructions, l'étendue considérable de terrain qu'elles occupent, l'ensemble complet qu'il présente, en font un véritable type de forteresse féodale digne de l'étude la plus attentive.

C'est sur un promontoire de rochers taillés à pic en certains endroits que s'élève la forteresse des Beaumont-Bressuire. La face tournée vers le midi, sur le bord d'un précipice, elle regarde d'un côté l'humble rivière du Dôlo, qui serpente à ses pieds dans une profonde vallée, et de l'autre la ville, qui se développe à son ombre sur le penchant d'un coteau, et qu'elle a protégée et dominée si longtemps, après l'avoir, pour ainsi dire, enfantée. En effet, le château de Bressuire n'a pas été fait pour la ville ; il en est tout à fait indépendant : c'est la ville, au contraire, qui est venue s'abriter sous ses puissantes murailles. Il a choisi d'abord son assiette ; puis l'enceinte urbaine s'est rattachée plus tard à la sienne comme à son protecteur naturel. Quant à lui, s'il a accepté ce secours, il pouvait fort bien s'en passer, et toutes ses dis positions étaient déjà prises pour se défendre isolément et avec vigueur.

Nous insistons sur ce point, car, ainsi que l'a remarqué M. Viollet-Le-duc, il constitue un des caractères saillants du château féodal, et on le rencontre parfaitement tranché dans celui de Bressuire. L'histoire, d'ailleurs, nous apprend que sa fondation primitive est antérieure à celle des églises, et par conséquent à la ville elle-même, qui n'a véritablement prospéré et augmenté qu'à ce moment, comme une foule d'autres petites cités.

Dès l'année 1029, il est fait mention du château de Bressuire, castrum quod vocatur Berzoriacum, dans l'acte de donation du petit bourg et de la petite église, alors toute récente, de Saint-Cyprien de Bressuire. Or, à cette époque, la ville de Bressuire avait assurément très-peu d'importance.

Un acte de 1060 nous donne le nom de son premier seigneur connu, Thibaud de Beaumont, qui fut le fondateur de l'église Notre-Dame de Bressuire. Les Beaumont relevaient féodalement de Thouars, et c'est ainsi que l'un d'eux prit part, en 1066, à la conquête de l'Angleterre sous la bannière de son suzerain. ==> 14 octobre 1066 - Les Chevaliers du Poitou à la conquête de l’Angleterre avec Guillaume le Conquérant.

C'est, croyons-nous, vers cette époque qu'il faut placer la construction des parties les plus anciennes qui subsistent du Château. Le premier établissement où l'emploi du bois devait dominer, excepté dans le donjon, disparut entièrement et fut remplacé par une muraille construite en blocage.

Un donjon rectangulaire (B), garni de contreforts, remplaça le donjon primitif, et une porte d'accès (C) fut ménagée sur le bord abrupt du coteau. De là, partit un grand mur (C D) également en blocage, et au point (D) fut placée une nouvelle porte identique à la première comme forme et comme dispositions.

La muraille du XIe siècle s'arrête actuellement là.

L'église de Notre-Dame ne fut fondée que vers l'an 1090, par Thibaud de Beaumont, et Saint-Jean et Saint-Jacques sont encore moins anciens. Ce n'est donc guère que pendant le XIIe siècle que la ville prit un sérieux développement.

Le château, au contraire, est né avec la féodalité, et a été établi dans son admirable position par les premiers seigneurs, pour asseoir et étendre leur puissance sur le pays environnant.

Il ne serait même pas impossible, malgré l'absence complète de données à cet égard, qu'il ait remplacé un castrum romain ou gaulois, ainsi qu'on l'a constaté en d'autres lieux.

PLAN DU CHATEAU DE BRESSUIRE EN POITOU

PLAN DU CHATEAU DE BRESSUIRE EN POITOU

Mais, quelque certaine que puisse paraître l'existence d'un château à Bressuire dès les premiers temps féodaux, il est clair qu'il ne subsiste plus aucune trace des constructions de cette époque, où le bois jouait un grand rôle et était presque exclusivement employé, excepté dans les donjons, toujours bâtis en pierres, comme ceux de Langeais (992), Loches, Beaugency (XIe siècle), Nogent-le-Rotrou, Montbazon, etc.

 On ne peut même pas faire remonter les constructions actuelles à l'époque indiquée plus haut (1029). Il faut descendre, pensons-nous, jusqu'à la fin du XIe siècle au moins, pour trouver l'origine approximative assez certaine des parties les plus anciennes.

Cette curieuse forteresse de Bressuire, si intéressante surtout par l'unité de son plan et de son système défensif, qui n'ont subi aucun remaniement, si ce n'est dans les bâtiments d'habitation, se compose de deux enceintes précédées d'une forte barbacane. (Voir planche XXI.) La première enceinte enveloppe de toutes parts le plateau sur lequel est assis le château; elle côtoie autant que possible les escarpements les plus abrupts, élément essentiel de sa force, et vient se relier sur le point le plus inaccessible, au midi, à l'enceinte intérieure, dont l'assiette est bien plus restreinte, mais en même temps beaucoup plus forte.

C'est, en effet, au sommet le plus élevé du plateau, sur un massif de rochers isolé, taillé à pic et affectant la forme d'un demi-cercle, que se trouve perchée l'enceinte intérieure, sorte de petite citadelle indépendante au milieu d'une plus grande, et où les seigneurs ont eu le soin de placer et de maintenir toujours leur habitation. Là est le cœur de la place. Remarquons de suite que là aussi est la partie la plus ancienne, celle dont nous croyons devoir fixer la construction au dernier quart du XIe siècle au plus tôt.

 (Mélusine dans Le Reductorium morale de Pierre Bersuire, Bénédictin à l’abbaye de Maillezai)

 Le château, pendant assez longtemps, un siècle à peu près, n'a pas dépassé ces limites. On reconnaît à différents signes que l'enceinte extérieure est plus jeune et doit être attribuée à la fin du XIIe siècle et au commencement du XIIIe. Cependant la section comprise entre la tour n° 29 et la tour de la Fontaine (n°39), bâtie, comme nous le dirons plus loin, sur l'emplacement de la plus ancienne porte du château, semble avoir précédé l'ensemble de cette enceinte : en sorte qu'il y aurait eu du côté de la ville, dès l'origine, une muraille extérieure beaucoup plus restreinte, à la vérité, mais enveloppant une petite avant-cour ou bayle, comme dans tous les châteaux.

On peut se rendre un compte immédiat de l'importance du château de Bressuire par le développement extraordinaire de ses fortifications, qui ne présentent pas moins de 670 mètres de circonférence, sans y comprendre la barbacane qui mesure 150 mètres. L'enceinte extérieure est flanquée de 31 tours; l'autre n'en a que 12, dont deux n'existent plus ; la barbacane était munie de 5 tours : ce qui fait un total de 48 tours, luxe de défense et signe d'une puissance vraiment surprenante pour un château qui n'était qu'un arrière-fief du comté de Poitou.

Lorsqu'on arrive de la ville par la rue Saint-Nicolas, la barbacane est le premier obstacle qu'on rencontre (E).

Elle est aujourd'hui très-défigurée; pourtant on y reconnaît encore les débris d'une tour (E1) qui était creuse et percée d'archères. Pour entrer dans la barbacane, il faut franchir le premier fossé au point D, où se trouvait jadis un premier pont-levis, placé à l'angle et dans une position si oblique relativement à la porte, que de là on ne peut pas l'apercevoir. Puis on arrive, en tournant subitement à droite, devant la grande porte du château. Mais, avant d'y aborder, il faut encore franchir un fossé sur lequel était jeté un autre pont-levis qui, en se relevant, fermait hermétiquement l'entrée en s'emboîtant dans un encastrement rectangulaire. Les deux fossés qu'on vient de traverser ont 60 pieds de largeur sur 21 de profondeur.

Bien différente en cela des portes de villes et de châteaux des XIIIe et XIVe siècles, presque toujours flanquées de deux tours en saillie, celle du château de Bressuire est percée dans une seule tour demi-cylindrique, très-massive, dont le diamètre surpasse celui de toutes les autres. (Voir pl. XXIII.) Aussi le passage d'entrée, voûté en ogive, est-il très-étendu.

Deux herses, qu'on manœuvrait dans la chambre supérieure, en défendaient les deux extrémités. Entre chacune d'elles il y avait en outre une porte à doubles vantaux ; en sorte qu'il fallait briser quatre obstacles en comptant le pont-levis.

D'après M. Viollet-Le-Duc (1), les ponts-levis ne datent guère que du commencement du XIVe siècle. M. de Caumont (2) pense qu'on les employa dès le XIIIe siècle, mais d'une manière moins générale. Cette dernière opinion nous semble la plus vraie. La porte du château de Bressuire, par son appareil et sa forme générale, qui s'harmonisent d'ailleurs si bien avec toute la muraille d'enceinte, présente les caractères d'une construction de la première moitié du XIIIe siècle, au plus tard. Elle serait donc une des premières où le pont-levis ait été mis en usage ; l'encastrement dont nous avons parlé tout à l'heure en est la preuve. Ici, d'ailleurs, le tablier n'était pas mis en mouvement, suivant les règles ordinaires, par deux poutres jouant dans des rainures pratiquées au-dessus de la porte. Une seule ouverture, qui ne ressemble guère, il faut l'avouer, aux rainures usitées en pareil cas, existe au sommet de l'encastrement : par conséquent une seule poutre soulevait le pont. Cela prouverait donc qu'on était encore peu familiarisé avec l'usage des ponts-levis, usage néanmoins plus ancien qu'on ne le croit généralement.

L'entrée de la chambre supérieure se trouve du côté de la cour, sur un massif à gauche, et devait communiquer avec le chemin de ronde de la courtine voisine. Une plate-forme crénelée couronnait la tour, dont la hauteur est d'environ 40 pieds, à partir de sa base dans le fossé. Quand on l'examine dans ses détails, il ne faut pas tenir compte, bien entendu, de la petite guérite et du pilastre en maçonnerie, percés chacun d'une meurtrière à mousquet, qu'on a placés à droite et à gauche de l'entrée : ce sont des additions du XVIe siècle.

De la grande porte, bâtie au sommet de l'angle saillant que forme en cet endroit le château, partent les deux murailles de la première enceinte, dont l'une se dirige vers l'ouest et l'autre vers le midi. Les nombreuses tours qui les flanquent sont de deux sortes, quoique de la même construction. Les unes, terrassées, avaient leur défense disposée sur leurs plates-formes au moyen de hourds et de créneaux; les autres, munies de couronnements semblables, et contenant en outre un ou plusieurs étages intérieurs percés d'archères, pouvaient opposer une plus grande résistance.

Ce mélange de deux systèmes différents, employés simultanément dans la première ligne de fortifications du château de Bressuire, est un indice non trompeur de la période de transition. On n'ignore pas, en effet, que, dès le XIIe siècle, on commença à établir des étages inférieurs dans les tours et courtines des places, afin de les mieux garantir contre la sape. L'usage des tours pleines, reconnu désormais défectueux, était entièrement abandonné au XIIIe siècle.

Plan Histoire et Notice du Château de Bressuire en Poitou (Time Travel)

Plan du Château de Bressuire à la fin XVe siècle

1 Entrée Principale; 3 Entrée secondaire; 7 Grand’ Tour; 15 Tour des armes à feu; 17 Tour du Corbin; 20 Pilier massif;21 Chemise du donjon; 28 Tour du Trésor; 27 Tour de Lany; 39 Tour de la Fontaine; b Tour de l’Y; X Cavalier; V1 Porte Saint Simon; V2 Demi- lune; V3 Cavalier; V4 Fortin; V5 Etang de Yavard; V6 Moulin du Payré; V7 Petit étang; V8 Porte du Payré; V9 Saint Nicolas

 

Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, parmi les tours du château de Chinon, toutes celles qui datent de cette époque contiennent plusieurs salles voûtées très-remarquables. Il parait donc à peu près certain que l'enceinte extérieure du château de Bressuire a été édifiée durant le dernier quart du XIIe siècle ou dans les premières années du XIIIe, au plus tard. Un examen plus détaillé achèvera de nous en convaincre.

Le front oriental de la muraille, depuis la grande porte jusqu'à l'enceinte intérieure, est flanqué de onze tours demi-cylindriques, toutes terrassées, à l'exception de la tour 42, percée de trois archères, et de la tour dite de la Fontaine (3), située au milieu (n° 39). Celle-ci, par son diamètre, non moins considérable (36 pieds) que sa hauteur (63 pieds), et l'épaisseur de ses murs (9 pieds), se fait remarquer parmi ses voisines, qu'elle domine et protège d'une manière toute particulière. Elle contient quatre étages, dont deux voûtés.

On descend de la cour du château dans l'étage inférieur par un couloir long et étroit : c'est un réduit voûté, d'une faible dimension, presque envahi par une source d'eau vive; il est éclairé par une grande meurtrière ouvrant presque au niveau du fond du fossé.

 Le deuxième étage, beaucoup plus vaste et isolé du reste de la tour, a également son issue du côté de la cour. Chose bizarre ! là était, comme nous l'avons déjà dit, l'ancienne porte extérieure du château, englobée plus tard dans lamasse de la tour, lors de la construction de la grande enceinte, mais qu'on reconnaît encore distinctement à son arceau voûté en plein cintre, percé d'un mâchicoulis longitudinal condamné dans la suite, et reposant sur un cordon et des jambages unis, semblables à ceux de la porte intérieure (N) du château, que nous décrirons plus loin. Le troisième étage, qui n'était pas voûté, est percé de trois archères à tir rasant, battant le talus du fossé et chevauchant avec celles du dernier étage. Deux portes, qu'on pouvait fermer au besoin, au moyen de forts vantaux bardés de fer, le mettent de plain-pied en communication avec le chemin de ronde.

Quant au dernier étage, il devait reposer sur un plancher, et pn y montait sans doute du troisième au moyen d'un escalier en bois. Il n'est percé que de deux archères, et était abrité par une toiture en pointe reposant sur un crénelage aujourd'hui détruit. Ce qui distingue surtout la tour de la Fontaine, c'est qu'elle pouvait faire au besoin un petit fort séparé et indépendant, capable de résister aux assiégeants, dans le cas où ils seraient parvenus à se rendre maîtres des courtines voisines. A la différence des tours pleines, dont la plateforme était au même niveau que les courtines, et sur lesquelles le chemin de ronde passait librement, la tour de la Fontaine dominait toute la muraille orientale de la hauteur de deux étages, et, sans gêner le passage du chemin de ronde, l'interceptait, à un moment donné, en fermant les vantaux du troisième étage. Beaucoup de tours dans les châteaux du moyen âge, notamment celles de la célèbre cité de Carcassonne, étudiée avec tant de soin par M. Viollet-Leduc, présentent une disposition semblable.

Les murailles du château de Bressuire ont une hauteur variant de 30 à 40 pieds. Les créneaux qui en faisaient le couronnement et la défense sont aujourd'hui dérasés ; mais le chemin de ronde, large de 3 à 4 pieds, et une partie du parapet subsistent encore presque partout. On y ajoutait en temps de guerre, suivant l'usage, des hourds en bois; et l'on peut voir encore dans une des tours (n° 15) les trous carrés par lesquels on introduisait les poutres destinées à les supporter.

Au XIIIe siècle, les poutres furent remplacées par des corbeaux en pierre, comme au donjon de Coucy, construit vers 1220, et bientôt après on substitua aux hourds en bois des galeries complètes de machicoulis de pierre. Or, à l'exception d'un seul point de l'enceinte intérieure, qui, ainsi que nous le démontrerons, a subi un remaniement postérieur, pas une muraille du château de Bressuire ne porte la trace de consoles ou mâchicoulis de pierre : nouvelle preuve de l'âge que nous avons assigné à cette forteresse.

Passons maintenant à la partie septentrionale de l'enceinte, de l'autre côté de la porte. L'une des tours qui la flanquent, située non loin de la porte, affecte une forme curieuse, qui, à notre connaissance, n'a été observée nulle part ailleurs (n° 3). Elle se compose d'une espèce de petite courtine en saillie, flanquée sur ses angles de deux petites tours pleines, dont l'une est écroulée. La base de ce singulier ouvrage, qui ressemble beaucoup à une tour géminée, se termine légèrement en glacis, dans lequel vient se noyer le pied des deux petites tours. La partie centrale, c'est-à-dire la petite courtine, est creuse. On y accède de l'intérieur de la cour par un couloir très-étroit, muré depuis à son extrémité, et au-dessus duquel on voit les degrés d'un petit escalier, qui conduisait sans doute dans la partie supérieure. Près de là, le mur de la courtine (2-3) a conservé sa hauteur primitive, de 40. pieds au moins, et quelques-uns de ses créneaux.

La Grand' Tour : Plus loin s'élève une très-forte tour (n° 7), divisée en plusieurs étages, ainsi que l'indiquent les archères dont elle est percée. On y pénétrait par un corridor voûté, parallèle à la cour, accessible par le chemin de ronde, et d'où l'on descendait sans doute ensuite dans les étages inférieurs, car la tour n'a pas d'autre issue apparente. Elle remplit, sur le front septentrional de l'enceinte, un rôle analogue à celui de la tour de la Fontaine, sur le front oriental. Toutes deux sont également propres à une résistance isolée, dominent avec la même puissance les autres défenses de la muraille, et peuvent balayer au loin les abords des fossés. La même idée a évidemment inspiré leur construction, et leur disposition réciproque paraît fort bien combinée.

A la tour n° 11 vient se raccorder le mur de la ville, qui interrompt brusquement en cet endroit les deux fossés. Au- delà, la première enceinte du château n'est plus défendue que par un seul fossé; mais elle gagne presque immédiatement les escarpements formidables du coteau, en formant un angle obtus flanqué de deux tours. On peut étudier le système de construction de la plupart des tours de la grande enceinte dans celles indiquées sous les nos12 et 8. Ainsi, la tour n° 12, terrassée dans sa partie inférieure, présente dans sa partie supérieure, qui est creuse, trois archères disposées sur deux rangs (deux en bas et une en haut), et chevauchant, suivant l'usage. Ces archères sont abritées sous des arcades en plein cintre à voussoirs cunéiformes, comme celles qui se trouvent à Chinon, dans la courtine de droite en entrant, que l'on attribue au XIIe siècle (4). Cette tour avait donc deux étages surmontés du crénelage ordinaire, et dont l'un était de niveau avec le chemin de ronde. Les tours n° 8 et autres étaient en tout semblables à celle-ci.

Le mur d'enceinte tourne subitement à la tour n° 14, et court en droite ligne sur des escarpements naturels, jusqu'à la tour de la Poterne, d'où il gagne enfin le château central, en suivant toujours la crête du coteau et après avoir formé deux nouveaux angles. Les fours du front occidental sont terrassés, mais leur sommet est dérasé, sauf celui de la tour n° 15, qui a conservé ses trois créneaux. Munie d'un étage intérieur, comme quelques-unes de ses voisines, elle forme, dans sa partie supérieure, un petit hémicycle ouvert du côté de la cour et accessible par le chemin de ronde. On y remarque, comme nous l'avons dit plus haut, les trous nécessaires pour poser les hourds en bois.

La tour du Corbin, cylindrique très-grosse défend l'angle sud-ouest, où viennent aboutir les murs de l'ouest et du midi (n° 17).

 Elle est traversée par une poterne. Le couloir d'entrée, voûté en ogive, se dirige d'abord en droite ligne jusqu'au centre de la tour, puis tourne à gauche, allant déboucher, selon toute apparence, dans la cour par la courtine (16-17). On remarque à l'extérieur un encastrement rectangulaire semblable à celui qui encadre la grande porte. Était-il aussi destiné à recevoir un pont-levis? Ceci paraît évident, car il fallait bien franchir le fossé en cet endroit pour communiquer avec l'ouvrage avancé en terre qui défendait les abords de la poterne , et dont les vestiges sont encore apparents (X). La tour de la Poterne est surmontée d'une autre tour cylindrique, d'un diamètre plus petit, recouverte d'un enduit et ornée d'un cordon de pierre de tuf vers sa partie supérieure. Il est clair qu'il n'existe aucune relation ni aucun rapport entre ces deux constructions, et l'on demeure convaincu, après mûr examen, que la seconde tour, bâtie vers la fin du XVe siècle, n'était autre chose qu'un colombier. Un bloc énorme, débris de l'ancienne plate-forme qu'il a remplacée, gît encore à ses pieds au fond du fossé.

Les deux tours 18 et 19, demi-cylindriques, d'un diamètre d'ailleurs assez restreint, qui flanquent le front méridional, contiennent chacune, dans leur partie basse, un étage voûté percé d'archères, communiquant avec la même cour par des issues disparaissant presque entièrement sous le niveau actuel des terres. Quant à leur sommet, il était disposé, si l'on en juge par ce qui reste de la tour 19, comme celui de la tour n° 15, c'est-à-dire en hémicycle ouvert du côté de la cour, de plain-pied avec le chemin de ronde, et muni d'archères abritées sous des arcades en plein cintre.

La tour cylindrique, dite pilier massif (n° 20), bâtie sur le point le plus inaccessible du rocher, est la dernière de l'enceinte extérieure. Le mur forme là un angle droit très-prononcé, et atteint presque aussitôt le château proprement dit au point j, où l'on aperçoit les traces du raccordement, preuve de l'antériorité de l'enceinte centrale. Comme le pilier massif et le mur (20-j), en cas de prise d'assaut de la première enceinte, eussent pu devenir dangereux pour la sûreté du château intérieur, s'ils eussent été en relation directe avec le chemin de ronde, on prit le soin de les en rendre complétement indépendants, et on leur donna, dans ce but, une hauteur de 40 pieds environ ; de cette manière, aucune communication n'était possible entre le pilier massif et la courtine (20-19), bâtie en contre-bas. Près de là, une poterne étroite, donnant sur les escarpements, semble avoir été ménagée au point i.

Revenons maintenant à la grande porte et entrons dans l'intérieur du château, en laissant à gauche le petit bâtiment qui servait de corps de garde (o). Tout d'abord se présente une cour immense, aujourd'hui cultivée : c'est le bayle ou ballium ancien, qu'on nommait aussi lices. Deux murs dont la maçonnerie paraît ancienne, l'un (m) partant de la tour de la Fontaine, l'autre (k-l) unissant la tour 12 à la tour 24, divisaient autrefois les lices en trois portions. Ceci avait pour but d'isoler du reste de la place celle des trois parties de l'enceinte qui aurait eu le malheur d'être conquise par l'assiégeant, et de l'arrêter ainsi, du moins pour quelque temps, dans sa marche victorieuse. On sait que le système de fortification au moyen âge consistait surtout à semer des obstacles de toutes sortes sous les pas des assiégeants. La défense était alors, en général, supérieure à l'attaque.

Nous voici arrivés en face de l'enceinte intérieure, décrite sommairement plus haut. C'est le château proprement dit, construit, suivant nous, vers la fin du XIe siècle, et dont se contentèrent, pendant une certaine période, les premiers seigneurs de Bressuire. Si, faisant abstraction des importantes constructions du XVe siècle, l'on étudie avec attention, dans leur ensemble, la muraille demi-circulaire qui constitue la plus grande partie de son périmètre, et les huit tours qui la flanquent, on est frappé du caractère plus ancien dont elles sont empreintes. Ici, à la différence de ce que nous avons observé dans l'enceinte extérieure, toutes les tours sont entièrement terrassées, et leurs plates-formes sont partout de plain- pied avec le sommet des courtines et le chemin de ronde.

Il ne faut tenir aucun compte, bien entendu, des tours 27 et 28, dont la partie supérieure a été évidemment remaniée au XVe siècle, aussi bien que les deux courtines intermédiaires. Mais c'est principalement dans la porte qu'on retrouve les caractères de l'époque romane. Placée à l'angle sud-est, entre le fossé, d'un côté, et le précipice qui borde la façade méridionale de l'autre, cette porte (N), contemporaine de l'enceinte du château central, en était la seule entrée primitive, et a toujours conservé depuis cette destination. Elle se compose, d'abord, d'un arceau cintré, en ogive naissante, retombant sur un simple tailloir supporté par des jambages unis, et qui se prolonge en forme de cordon tout le long du passage voûté. Cet arceau s'ouvre entre deux pilastres ou contre-forts, d'une faible saillie, qui s'élèvent en dehors jusqu'au haut de la muraille; puis vient un autre arceau en plein cintre, reposant sur le même cordon et d'un diamètre un peu plus petit, Entre chacun d'eux, une ouverture servant de mâchicoulis et régnant dans toute la largeur de l'entrée est pratiquée de haut en bas dans la voûte. On ne peut admettre que ce fût là une rainure destinée à faire glisser une herse, car elle est beaucoup plus large que celles adoptées pour cet usage ; et, d'ailleurs, le cordon indiqué tout à l'heure ne subit dans cet endroit aucune interruption.

D'un autre côté, il ne faut pas oublier que la herse a été remise en usage pour la première fois à la fin du XIe siècle, au château de Rochester, par Gundulphe, moine normand, devenu évêque de cette ville, et mort en 1095 (5). Ainsi, point de herse à notre porte ; de pont-levis, pas davantage. On est donc en droit de conclure de ce fait et de la disposition générale décrite tout à l'heure qu'elle date de la fin du XIe siècle environ, aussi bien que la muraille d'enceinte dont elle fait partie intégrante.

Lors des réparations considérables entreprises au château de Bressuire dans la dernière moitié du xve siècle, on conserva cette porte; mais elle fut noyée, pour ainsi dire, au milieu des constructions nouvelles. Ainsi, au point même où on la quitte pour pénétrer dans l'intérieur des bâtiments d'habitation, il faut passer encore sous un nouvel arc ogival très-ouvert percé dans la muraille (g c), du XVe siècle, qui, accolée contre elle, s'élève ensuite beaucoup plus haut, pour se terminer en pignon. Ici la juxtaposition est évidente, tant à cause du défaut de parallélisme que de la différence sensible de style. Du côté de l'extérieur, existe un avant-corps (a’ b’ dc), assez semblable à celui qui précédait l'entrée du château de Montargis, bâti au XIIIe siècle (6). C'est là une addition postérieure, autant qu'on peut en juger par le mur (a’ b’), percé d'une petite ouverture cintrée, condamnée plus tard, et par le passage voûté en ogive (P). Au XVe siècle, cet avant-corps fut lui-même modifié et encastré de toutes parts : 1° par le mur (a b), dont le sommet porte une rangée de consoles de mâchicoulis travaillées avec un très-grand soin; 2° par le grand pignon (b d), où est pratiquée la nouvelle porte (B), dans l'axe même du passage voûté du xie siècle (N) ; 3° enfin, par la tour 29, dont la hauteur (90 pieds) et l'élégance sont remarquables au même degré.

La poterne pratiquée au point A, par laquelle passent depuis longtemps les touristes, n'existait pas primitivement.

La preuve, c'est le dérangement sensible causé par son ouverture dans le revêtement de la muraille. Le château central, alors isolé sur son rocher, n'avait d'autre issue que la porte romane décrite plus haut (N). Cette poterne, d'ailleurs sans style, n'a été ouverte que beaucoup plus tard; elle était de difficile accès, car on y monte par une rampe très-raide.

Une petite bretêche soutenue par trois corbeaux en pierre, encore subsistants, avait été établie pour en défendre l'approche, au sommet de la tour 26, au pied de laquelle on avait eu le soin de la placer.

Lorsqu'on a franchi le seuil de la poterne, on se trouve tout à coup dans la cour intérieure, en présence de ruines grandioses, où une végétation luxuriante continue poétiquement l'œuvre de destruction brutalement commencée par la main de l'homme. C'est comme un changement de décoration. Là, si une section demi-circulaire du vieux mur d'enceinte se laisse encore apercevoir avec sa nudité triste et guerrière, d'immenses constructions du XVe siècle, élevées à la place des bâtiments plus humbles de l'époque romane, apparaissent de toutes parts avec leurs pignons aigus, leurs fenêtres à croisillons et leurs larges cheminées suspendues aux flancs des murailles. Mais, avant de nous y arrêter, dirigeons nos pas vers la chapelle, qui appartient, suivant nous, à la première époque du château.

Assise sur le bord de l'escarpement méridional, comme le grand bâtiment d'habitation auquel elle est contiguë, la chapelle (V) ne présente plus que des restes incomplets et défigurés. La porte (h), à laquelle on arrive par un escalier extérieur, est le seul indice caractéristique de son ancienne destination et de son âge. Ses deux archivoltes, cintrées en ogive, se composent uniquement de deux tores ou boudins retombant sur deux colonnettes de la plus grande simplicité.

Deux contre-forts s'élèvent le long de chacun des murs latéraux ; ceux du mur méridional sont peu saillants et rappellent un peu le style roman des XIe et XIIe siècles. La chapelle du château de Bressuire, dédiée à saint Nicolas, avait été érigée en paroisse à une époque très-ancienne, puisqu'elle est mentionnée à ce titre dans le Pouillé du diocèse de Poitiers , connu sous le nom de Grand-Gauthier, lequel date des dernières années du XIIIe siècle. Plus tard, elle fut annexée à la paroisse Saint-Jean ; mais elle existait à titre de chapelle à une époque bien antérieure dès le XIe siècle, ainsi que le prouve un acte de l'an 1095 (7). Nous serions assez portés à admettre la contemporanéité de cet édifice et du château central, sans nier toutefois qu'il ait pu être l'objet de restaurations postérieures. Ce qui parait certain, c'est que la chapelle a été notablement diminuée et défigurée lors de la construction du grand corps de logis, dans la dernière moitié du XVe siècle. L'abside, dont il n'y a plus de trace, devait nécessairement s'étendre du côté de l'appartement placé en U ; et l'écroulement si regrettable de la partie supérieure de la tour 32, en mettant au jour un vieux contre-fort de la construction primitive, nous a confirmé dans cette supposition.

On pourrait peut-être fixer la limite de la chapelle, du côté de l'occident, du point j au point p, où s'élevait jadis une tour, aujourd'hui détruite.

Au surplus, l'état actuel de cette portion du château ne permet pas de se rendre compte de son ancienne disposition.

Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que la tour ou courtine circulaire 21, qui clôt en cet endroit le château, est contemporaine du mur d'enceinte, ce dont il est facile de se convaincre en examinant les assises du revêtement, qui correspondent et se raccordent parfaitement avec celles de la tour 22 et de la courtine intermédiaire.

Arrivons maintenant au grand logis du XVe siècle. Il se compose de deux corps de bâtiments construits en forme d'équerre, l'un à l'orient, l'autre au midi. C'est la façade de ce dernier, dont le magnifique développement produit un effet si imposant. C'était aussi le plus important, car il n'avait pas moins de trois étages, comprenant chacun quatre spacieux appartements, sans compter les combles et les soubassements. La lumière pénétrait dans toutes ces chambres par de grandes et belles fenêtres à croisillons de pierre, appareillées avec un soin remarquable. Leurs vastes embrasures sont garnies de perrons ; un corridor ménagé le long de la façade méridional, aux dépens de l'appartement placé en S, mettait en communication directe les chambres voisines R, T. Là aussi s'ouvrait la porte donnant accès dans la tour 31, depuis longtemps détruite. Un autre corridor plus petit reliait les chambres T et U, et communiquait en même temps avec la tour 32, divisée, comme le corps de bâtiment, en trois étages éclairés par des fenêtres à croisillons. Nous avons déjà constaté l'écroulement assez récent de la partie supérieure de cette belle tour. Une autre (n° 30), qui a disparu depuis bien plus longtemps, communiquait à l'appartement R. La même division se répétait à tous les étages. On peut encore y voir toutes les cheminées superposées jusqu'au haut des pignons avec leurs larges manteaux et leurs jambages ornés de belles moulures prismatiques. (Voir pl. XXIII.) Les soubassements, qu'on serait tenté de prendre aujourd'hui pour des caves, à cause de l'exhaussement prodigieux du sol de la cour intérieure, n'étaient en réalité, jadis, que le rez-de-chaussée; ils se commandent mutuellement : celui placé en R communique d'une part, au dehors, par la grande porte (N), et de l'autre à la cour intérieure par un immense arceau ogival (e). De telle sorte qu'on pouvait entrer dans le château sans gêner en rien le service des appartements seigneuriaux placés aux étages supérieurs.

Le bâtiment oriental adossé au vieux mur d'enceinte de la fin du XIe siècle a été édifié sur des constructions antérieures de diverses époques, dont plusieurs portions ont été conservées et utilisées. Ainsi le soubassement, ancien rez-de-chaussée, aujourd'hui semblable à un souterrain, par suite des décombres qui ont élevé de dix pieds l'ancien sol de la cour, nous semble appartenir à la fin du XIe, ou plutôt au commencement du XIIe siècle, comme le mur de fortification. Creusé en partie dans le roc vif, voûté en ogive peu accentuée, sans nervures ni arcs-doubleaux, et éclairé, du côté de la cour, par trois ouvertures étroites, à jour plongeant, ce magnifique soubassement règne sous la plus grande partie du bâtiment, sur une longueur de 50 pieds. Il devait servir autrefois de cellier et de magasin pour les approvisionnements du château. Sa porte carrée, d'une grande simplicité, que nous avons fait dégager récemment, ouvrait sur la cour au point K. Au-dessus, et formant par conséquent premier étage, est un immense appartement (G), dont les dimensions sont les mêmes (50 pieds sur 22). Il était éclairé par une fenêtre à croisillons, percée à l'orient dans l'épaisse courtine qui relie les tours 27 et 28. La cheminée, placée en face, a conservé son élégant tuyau rond, qu'on aperçoit de partout dominant les ruines. (Voir pl. XXIII.) Quant à la destination de cet appartement, nous pensons que là était la grande salle du château désignée sous le nom de vieille salle dans le compte de 1589, parce qu'en effet le bâtiment où elle se trouve, quoique plusieurs fois remanié, est néanmoins le plus ancien. La muraille qui sépare la grande salle de l'appartement voisin (L) présente une trace évidente de ces remaniements; sa construction date au moins du XIVe siècle, car on remarque sur ses deux faces, à la hauteur du deuxième étage, des cheminées et une porte cintrée dont le type diffère très-sensiblement de celui des cheminées et des portes du grand bâtiment méridional.

A part ce mur, le soubassement et quelques parties moins apparentes, le bâtiment oriental est aussi une oeuvre du XVe siècle. A son extrémité s'élevait la tour du grand escalier (H). Suivant le style du temps, elle était à pans coupés, et le noyau de l'escalier devait s'épanouir à la voûte en forme de palmier. Pour arriver à la porte qui, conformément au plan général, était placée à la hauteur du premier étage, il fallait monter un escalier extérieur (J), aujourd'hui recouvert de décombres; puis on entrait à droite dans la grande salle (G). Quoique la tour de l'escalier soit en partie ruinée, cependant on aperçoit encore les arrachements des marches s'élevant en spirale sur les parois intérieures, et deux portes à linteau taillé en accolade, encadrées de moulures prismatiques assez soignées, qui conduisaient dans les appartements du deuxième étage, placés en G et en I. Il n'est guère possible de se rendre compte des réduits sans nom situés en I, non plus que de l'appartement L, qui nous paraît avoir été l'objet de modifications ultérieures.

En adossant le bâtiment oriental à la vieille muraille et aux deux tours qui la flanquent de ce côté, l'architecte du XVe siècle devait naturellement mettre en harmonie ces anciennes constructions avec les nouvelles. C'est ce qui explique les remaniements qu'il leur a fait subir. Ainsi le mur de la courtine (27-28), qui forme le côté oriental de la grande salle (G), fut dérasé jusqu'au linteau de la fenêtre environ ; puis on enta par-dessus un nouveau mur moins épais pour édifier les étages supérieurs. Le mur oriental de l'appartement contigu (L) a été traité d'après la même méthode. Les deux tours 27 et 28 furent exhaussées jusqu'à la hauteur du nouveau bâtiment, comme le prouve l'emploi de la brique dans la maçonnerie supérieure, et un appartement voûté fut ménagé à leur sommet. Celui de la tour 27 n'a conservé que la porte qui le mettait en communication avec le chemin de ronde. Quant à la tour 28, dite tour du Trésor, parce qu'elle contenait les archives de la baronnie de Bressuire, elle est encore intacte. Son appartement, voûté et éclairé au levant par une fenêtre à croisillon, subsiste toujours. Elle n'a été dépouillée de sa toiture en ardoises qu'en 1780, époque à laquelle les archives furent transportées au château de Saint-Loup, par ordre de M. d'Abbadie, nouvel acquéreur de la baronnie de Bressuire.

Enfin l'avant-corps qui précède la porte fut aussi complétement remanié au XVe siècle et relié au grand corps de logis, en sorte qu'au lieu d'être à ciel ouvert, comme jadis, il fut transformé en corridor surmonté d'appartements. Pour réaliser ce plan, on éleva sur le devant le grand pignon b'd, où vint s'appuyer la charpente, qui de là allait se raccorder avec celle du grand logis sur le pignon gc. Dans cette façade s'ouvrait, comme nous l'avons expliqué plus haut, la première porte, au-dessus de laquelle était percée une fenêtre, toutes deux inscrites dans une grande arcature. Plus haut s'ouvre une autre fenêtre qui éclairait l'étage supérieur. A droite, au nord, on juxtaposa une muraille (ab), destinée à supporter cette jolie galerie de machicoulis, qui pouvait servir à la fois de moyen de défense et de promenoir. Enfin, l'angle méridional fut flanqué d'une tour élégante, très-élevée, construite en glacis, encore couronnée de sa corniche, et où l'on remarque aussi l'emploi de la brique (29). Les appartements qu'elle contient communiquaient avec celui de l'avant-corps, excepté l'étage inférieur, dans lequel on entrait par une porte ouvrant en dehors dans l'angle formé par la rencontre de la première enceinte. On pourrait croire à priori que c'était là le donjon, car les comptes de la baronnie de l'an 1589 mentionnent une faible dépense faite pour la pose d'un seuil à la porte qui sort de la court dudit chasteau pour entrer au donjon. Or, cette désignation ne s'appliquerait pas mal à la tour n° 29. Mais un compte plus ancien de l'an 1451 enregistre, de son côté, une dépense de deux septiers de seigle pour la nourriture de ceulx qui ont recouvert le daujon du chastel (8). Il est donc fait allusion ici à une tour plus ancienne, puisque celle indiquée sous le n° 29 ne peut dater que de la fin du XVe siècle, et n'existait probablement pas encore en 1451. Il faut alors chercher nécessairement le donjon dans une des tours de l'enceinte extérieure, la tour n° 7, par exemple. L'existence de deux donjons, qui semble résulter d'un article du compte de 1590, où il est fait mention du petit donjon (9), éclaicirait peut-être ce doute. On pourrait voir alors sans inconvénient, dans la tour 29, l'un des donjons, tandis que l'autre serait une des grosses tours de la première enceinte.

Les logements de la domesticité et des soldats en temps de guerre avaient été établis dans la cour intérieure, le long de la muraille circulaire. Des vestiges assez considérables subsistent encore, notamment une immense cheminée, dont le manteau est au niveau actuel du sol (f) : nouvelle preuve de l'exhaussement considérable du sol primitif de la cour.

D'autres logements, élevés après coup, ont dû exister également le long du grand logis, ainsi que le prouveraient les enduits dont il est revêtu et les substructions que les décombres n'ont pas recouvertes entièrement.

En temps ordinaire, la garde de cet immense château était confiée aux habitants de la châtellenie de Bressuire, qui y venaient, à tour de rôle, s'acquitter de leur service militaire, sous le commandement du capitaine de la place, nommé et rétribué par le seigneur. C'était ce qu'on appelait le droit de guet et garde. Chaque habitant de la baronnie, noble ou roturier, sans exception, devait se rendre au château, sur la réquisition du capitaine, et y veiller en armes, sur les murailles, une nuit par mois. En revanche,

Quelques-uns de ceux que l'on possède mentionnent la tour de Lany (1529), la tour du Corbin (1590), la Grand'Tour (1587), dont il n'est pas facile aujourd'hui de découvrir l'identification. ils avaient le droit de s'y réfugier, eux et leurs biens, dès que la guerre ou un péril quelconque venait compromettre la sécurité du pays. L'utilité incontestable du droit de guet et garde pour les populations, dans beaucoup de circonstances critiques, compensait donc la gêne et les tracasseries qu'il pouvait occasionner quelquefois pendant les périodes pacifiques. Aussi, lorsqu'en 1424, plusieurs habitants des paroisses de Beaulieu, Saint-Aubin-du-Plain et Chambroutet refusèrent de s'acquitter de leur service au château, un arrêt du sénéchal de Poitou de l'an 1425, maintenu par un arrêt du Parlement de l'an 1426, repoussa avec raison leur plainte, et maintint le seigneur de Bressuire dans l'exercice de son ancien droit (10).

En temps de guerre, le seigneur, outre les hommes d'armes ordinaires qu'il pouvait avoir à sa solde, faisait appel à tous ses chevaliers et tenanciers, et le château se trouvait alors sur un pied de défense respectable. Il arriva aussi, pendant les longues luttes de la France et de l'Angleterre, que le château reçut des garnisons étrangères, soit anglaises, soit françaises, suivant les vicissitudes de la guerre. Ainsi Louis IX, en 1242, exigea du seigneur la faculté d'y mettre garnison ; et l'on sait que Bressuire, assiégée par du Guesclin en 1371, avait des Anglais pour principaux défenseurs.

Lorsque, du bas de la colline, on contemple les magnifiques ruines du château de Bressuire, on éprouve un sentiment d'étonnement et de curiosité. (Voir pl. XXII, vue du château.) Ce noble et respectable témoin d'un passé qui a bien eu sa raison d'être et ses gloires nous étonne par ses proportions grandioses, si peu en rapport avec les constructions mesquines de notre temps. On voudrait apprendre de lui tous les événements qu'il a vus, connaître tous les personnages qu'il a abrités ; mais c'est en vain : il est muet. Essayons pourtant de rompre ce silence; interrogeons les vieilles archives épargnées par le temps ; évoquons les ombres de ceux qui l'ont fondé, agrandi, embelli et habité si longtemps ; repeuplons pour un moment ces ruines désolées, et que le souvenir de son antique splendeur ne puisse pas du moins entièrement disparaître C'est là le but que nous avons poursuivi en écrivant ce livre.

Chose étonnante ! le manoir de Bressuire, qui, par sa grandeur et sa force, semble avoir joué un rôle important dans l'histoire, occupe néanmoins dans ses fastes une très-petite place. Lors de la prise mémorable de Bressuire par du Guesclin, en 1371, il eût pu s'illustrer en lui opposant une résistance quelconque ; mais la garnison, effrayée par l'assaut vigoureux de la ville, préféra en ouvrir les portes au vainqueur (11). Ses annales sont donc moins riches et moins intéressantes que ne le laisseraient croire au premier abord son attitude fière et le luxe de son architecture.

Fondé par les Beaumont à une époque qu'on ne saurait préciser, mais avant le XIe siècle très-probablement, il ne consistait sans doute, dans l'origine, qu'en un donjon entouré de palissades. Vers la fin du XIe siècle, ses possesseurs, dont la fortune avait grandi avec la puissance, le reconstruisirent d'une manière plus solide et élevèrent cette muraille circulaire flanquée de tours, qui bientôt ne forma plus qu'une enceinte intérieure. Vers la fin du XIIe siècle et dans les premières années du XIIIe, les Beaumont-Bressuire, ayant conquis un rang plus élevé parmi les feudataires poitevins, augmentèrent encore les fortifications de leur château et firent construire la grande muraille d'enceinte qui embrasse tout le plateau. Outre les considérations archéologiques développées plus haut, diverses raisons historiques nous donnent la conviction que cet important ouvrage militaire était achevé avant l'expiration du premier quart du XIIIe siècle, au plus tard. Une curieuse charte de la fin du XIIe siècle (1188-1194), octroyée à ses vassaux par Raoul de Beaumont, seigneur de Bressuire, et sa famille, charte sur laquelle nous insisterons plus loin, limite à trois journées par an la durée de la corvée due par chaque possesseur d'un chariot (12).

Si donc, à partir de ce moment, les vassaux de Bressuire cessèrent d'être corvéables à merci, ne seraient-ce pas les travaux excessifs imposés par le seigneur pour l'achèvement de son château qui auraient amené et motivé cet acte de justice, réparation tardive de la violation d'une coutume déjà existante ?

C'était d'ailleurs, l'époque des grandes guerres entre Jean Sans-Terre et Philippe-Auguste, guerres dont le Poitou, et notamment la vicomté de Thouars, furent plusieurs fois le théâtre. Elles devinrent même fatales pour la ville de Bressuire, qui fut incendiée par l'armée de Philippe-Auguste (13). Qu'on se rappelle la lettre par laquelle le roi d'Angleterre promet au seigneur de Parthenay de lui aider à fortifier son château en 1202 : pourquoi n'aurait-il pas rendu le même service au seigneur de Bressuire, qui lui était également dévoué, et chez lequel il séjourna plusieurs fois à cette époque? De cet état de lutte presque continuel surgirent la plupart des grandes forteresses féodales. L'histoire vient donc ici en aide à l'archéologie pour attribuer à cette période guerrière (1180-1225) l'entier achèvement du château de Bressuire. Dès lors, il fut regardé comme l'une des plus fortes places de la province, puisqu'en mai 1242, le roi saint Louis, recevant la soumission et l'hommage de Raoul II de Beaumont, sire de Bressuire, se réserva le droit d'y mettre garnison, quand il le jugerait nécessaire.

Depuis le XIIIe siècle jusqu'au XVe, le château de Bressuire ne subit aucun changement de quelque importance.

C'est alors que paraît Jacques de Beaumont, le grand homme, ou, pour parler plus exactement, l'homme marquant de sa famille. Louis XI, qui avait reconnu en lui un serviteur fait à sa main, l'avait successivement nommé conseiller et chambellan, lieutenant général en Poitou, Saintonge et Aunis, etc. Il entretenait avec son ami M. de Bressuire, comme il avait l'habitude de l'appeler, une correspondance très-active, l'initiant ainsi à tous les secrets de sa politique. La confiance presque illimitée dont ce soupçonneux-monarque l'avait investi, et les charges nombreuses dont il le revêtit, contribuèrent, dans une large proportion, à augmenter sa fortune patrimoniale, déjà grossie par de riches alliances. Dans la grande situation qui lui était faite, il n'est donc pas étonnant que Jacques de Beaumont ait songé à faire de son château de Bressuire une demeure digne d'un chambellan du roi de France.

Déjà, dès l'an 1420, dans l'intérêt général du pays, Guy de Beaumont, son grand-père, alors seigneur de Bressuire, de concert avec les habitants, consultés à cet effet, avait sollicité et obtenu de Charles, régent du royaume, le droit de lever pendant deux années le dixième du vin vendu en détail dans toute l'étendue de la ville et de la châtellenie, pour le produit en être appliqué aux réparations des fortifications du château et à l'acquisition d'un matériel de guerre, canons, poudre, arbalètes et autres engins. La même taxe fut autorisée, dans le même but, en 1425, pour deux années, par lettres patentes du roi Charles VII.

En 1438, de nouvelles lettres patentes autorisèrent pour quatre années la perception du dixième sur la vente en détail du vin, à la condition que le tiers du produit serait appliqué aux fortifications du château, et les deux tiers à celles de la ville. Cet impôt fut encore octroyé pour quatre ans, aux mêmes conditions, en 1442. Enfin, Jacques de Beaumont, qui venait de succéder à son grand-père dans la seigneurie de Bressuire, obtint successivement des rois Charles VII et Louis XI, en 1446, 1450, 1455, 1459 et 1463, c'est-à-dire après chaque période de quatre ans, la prorogation du même impôt. Mais, à partir de 1459, la part afférente aux réparations du château fut augmentée et portée à la moitié, en vertu des dispositions des lettres royales, qui d'ailleurs, il faut le remarquer, ne permettaient jamais la levée de l'impôt sans requérir, d'une manière expresse, le consentement préalable des habitants Outre le dixième perçu sur la vente du vin, la châtellenie de Bressuire, pour faire face aux dépenses sans cesse renaissantes occasionnées par les réparations des fortifications du château et de la ville, fut frappée, pendant la période quinquennale de 1457 à 1462, d'une autre taxe de 500 livres tournois, également consentie par les habitants, à raison de 100 livres par année. Les lettres patentes qui l'autorisèrent furent accordées, comme les précédentes, à la sollicitation du seigneur (14). La part afférente au château, il faut le reconnaître, fut parfois détournée de son but et employée aux besoins personnels du seigneur. On en trouve la preuve dans le compte de 1461, rendu par le fermier du dixième.

 

Quoi qu'il en soit, au moyen de toutes ces ressources, jointes à celles qu'il pouvait tirer de sa fortune particulière, Jacques de Beaumont, non-seulement remit en bon état les défenses de son château, mais encore renversa l'habitation modeste de ses ancêtres, pour élever à la place les splendides logis que nous avons décrits tout à l'heure. Comynes, que Louis XI, on le sait, avait en si haute considération, reconstruisit aussi, à la même époque, son château d'Argenton, œuvre pour l'exécution de laquelle il reçut des subsides de la main du roi (1477-1482) (15). Or, en comparant les restes du château d'Argenton avec celui de Bressuire, on est frappé de la ressemblance de leur architecture : il n'y a pas à en douter, ils sont contemporains. Qui sait même si Jacques de Beaumont ne reçut pas aussi, comme son voisin, une bonne part des libéralités royales?

Au XVIe siècle, le château de Bressuire fut plus rarement habité par ses nouveaux seigneurs, les Laval-Montmorency, que par les Beaumont, leurs prédécesseurs. Toutefois il fut entretenu avec soin, et la place était très-belle et forte, ainsi que le constate un document de l'époque, qui, en nous apprenant l'entrée des huguenots dans Bressuire, au mois de septembre 1588, présage la reddition très-prochaine du château, faute de garnison suffisante (16). En 1595, M. de Malicorne, gouverneur du Poitou, y envoya une garnison (17).

Un aveu rendu en 1605 au duc de Thouars par François de Fiesque, nouveau seigneur de Bressuire, mentionne le château comme subsistant toujours en bon état, encore muni de toutes ses défenses, créneaux, ponts-levis, arbalestières, etc. Enfin, les lettres patentes de Louis XIII, du 6 avril 1614, prorogent pour dix ans le droit de dixième sur le vin, afin, disent-elles, de réparer et entretenir les fortifications de la ville et du château, qui tombent en ruines (18).

Mais l'heure de la destruction va bientôt sonner pour lui. C'est en vain que la guerre a épargné depuis des siècles l'antique demeure des Beaumont : la politique implacable de Richelieu la frappera sans pitié. Partout les châteaux féodaux sont démantelés par ordre royal. Pierrefonds s'écroule, en 1617, sous l'action destructive de la mine et de la sape.

 

 

La mine fait également sauter, en 1652, l'incomparable château de Coucy (19). Est-il donc téméraire de mettre à la charge de la monarchie absolue du XVIIe siècle, et surtout de l'administration de Richelieu ou de Mazarin, la destruction du château de Bressuire ? Nous ne le pensons pas, si l'on tient compte, d'une part, de la tradition, et, d'autre part, de l'aspect significatif des ruines. Il est certain, en effet, que, d'après le témoignage des personnes les plus âgées, qui elles-mêmes le tenaient de la bouche de leurs ancêtres, l'état de dégradation où nous voyons le château date d'une époque dont personne n'a conservé le souvenir. Or, s'il subsistait encore dans son entier au commencement du XVIIe siècle, n'est-ce pas évidemment la dernière lutte de la royauté contre la féodalité qui a causé sa ruine? Qu'on se transporte de nouveau dans la cour intérieure, et, si l'on n'y a pas déjà fait attention, on remarquera, pratiquées dans les bâtiments, cinq ou six grandes brèches longitudinales semblables à celles produites par la mine et la sape dans les murailles de Pierrefonds.

On aurait donc employé à Bressuire le même procédé de destruction, peut-être dans le but d'enlever aux frondeurs, très-nombreux dans le pays, et à leur puissant chef, le duc de Thouars, la possibilité de s'emparer de cette place importante et de l'utiliser pour leur défense, à l'époque des troubles de 1649 (20). La belle façade méridionale, qui en est la partie la plus pittoresque et la plus grandiose, est encore debout ; mais, si elle a résisté deux siècles, la pluie, à force de s'infiltrer dans sa maçon- nerie, et les tempêtes, à force de l'assaillir, lui font perdre de plus en plus son aplomb et la menacent incessamment d'une chute terrible et sans remède. Depuis le jour où fut prononcé l'arrêt de mort du château de Bressuire jusqu'à la Révolution, le silence et la solitude qui l'envahirent n'ont été troublés que par le bruit des pas du procureur fiscal de la baronnie, lorsqu'il venait dans la tour du Trésor consulter les archives. Les mémorables guerres de la Vendée, en passant sur le pays comme un ouragan, l'épargnèrent, ou plutôt l'oublièrent, à cause de sa décrépitude et de son inutilité. L'incendie de la ville, allumé en 1794 par une politique sauvage, projeta sur ses murailles, sans les atteindre, ses lueurs sinistres. Aujourd'hui, son seul ennemi, c'est le temps ; et si l'utilité publique, invoquée souvent sans raison, ne vient pas le faire disparaître ou le mutiler, ses propriétaires, descendants des derniers barons de Bressuire (21), le conserveront religieusement, à la légitime satisfaction de la ville de Bressuire, pour laquelle il est un véritable titre de noblesse, et de l'archéologie, aux yeux de laquelle il sera toujours un monument du plus haut intérêt.

Histoire de la ville et baronnie de Bressuire / par Bélisaire Ledain,...

 

 

 ==> Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania

==> Mélusine dans Le Reductorium morale de Pierre Bersuire, Bénédictin à l’abbaye de Maillezais

==> Château de Bressuire le 11 janvier 1442 - La Praguerie en Poitou (Guerre de Cent Ans)

 

 

 


 

 

(1) Essai sur L'architecture militaire au moyen âge, p. 114.

(2) Abécédaire d'archéologie, architecture civile et militaire, p. 399,

(3) Cette tour est ainsi nommée dans le compte de l'an 1589, où il est fait mention de la dépense suivante : « Bouché par massonne à chaux et sable deux portea de la tour de la Fontaine, »

(4) Notice archéologique et historique sur le château de Chinon, par de Cougny, p. 8,

(5) Abécédaire archéologie, par M. de Caumont.

(6) Essai sur l'architecture militaire au moyen âge, par M. Viollet-Leduc, p. 114, 115.

 (7) Chartularium sancti Jovini.

(8) Archives de Saint-Loup.

(9) Idem. — Les comptes des constructions du XVe siècle n'existent plus.

(10) Archives de Saint-Loup.

(11) Chronique de Bertrand du Guesclin, par Cuvelier, apud Doc. inéd. sur l'histoire de France. « Mais le chastel ne fut point pris en ce jour-là, mais li jours fu nommez que rendre on le devra. »

(12) Archives de Saint-Loup.

(13) Guillaume le Breton, Philippide.

(14) Archives de Saint-Loup.

(15) Philippe de Comynes en Poitou, par de la Fontenelle de Vaudoré.

(16) Le Passage heureux de l'armée du Roi en Poitou. Paris, 1588.

(17) Archives de Saint-Loup.

(18) Archives de Saint-Loup.

(19) Notices sur les châteaux de Pierrefonds et de Coucy, par M. Viollet- Leduc.

(20) La Fronde en Poitou, par de la Fontenelle de Vaudoré.

(21) Les ruines du château appartiennent actuellement à MM. d'Illiers, enfants mineurs d'une demoiselle d'Abbadie et neveux de M. Charles d'Abbadie, possesseur du château de Saint-Loup, qui a bien voulu mettre à notre disposition les précieuses archives de la baronnie de Bressuire. Qu'il veuille bien en recevoir ici nos sincères remercîments.

 

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Le Contrat de mariage de Charles VIII et d’Anne de Bretagne

Château des Ducs de Bretagne, Nantes - Le Contrat de mariage de Charles VIII et d’Anne de Bretagne

Le jeune Charles VIII, 21 ans et la duchesse Anne de Bretagne, âgée de 14 ans, se marient en pleine nuit dans l’intimité. Ils se font une mutuelle donation sur le duché : c’est le début de la fin pour la Bretagne indépendante.

Le Contrat de mariage est dressé et signé au château de Langeais, près de Tours,  le 6 décembre 1491. Il a été plusieurs fois publié au XVIIe et au XVIIIe siècle, mais le texte en a été imparfaitement reproduit par différents éditeurs et les historiens de Bretagne, comme ceux du règne de Charles VIII, ne sont pas d’accord sur la date de ce contrat. Antoine Lancelot, dans son Mémoire sur le mariage de Charles VIII avec Anne de Bretagne, publié en 1740, dans le tome XIII (p7666-680) des Mémoires de littérature tirez des registres de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, en a déjà fait la remarque et a constaté que si, le premier, Du Tillet, dans son Recueil des roys de France, a bien rapporté la date exacte du contrat au 6 décembre 1491, ainsi que d’Argentré dans son Histoire de Bretagne (p7661-663), les historiens qui l’on cité, ou l’ont reproduit après lui, notamment Godefroy dans son Histoire de Charles VIII (p.622-624), et à la suite de son édition des Mémoires de Philippe de Comines (t. V, p.454), ont hésité sur la date, la fixant tantôt au 13, tantôt au 16 décembre 1491.

Dom Lobineau a publié à son tour ce contrat de mariage, et, plus précis que ses devanciers, il nous dit que le texte qu’il a inséré au tomme II de son Histoire de Bretagne (col. 1543-1546=, a été « pris sur une copie collationnée à l’original, à Beauvais, en 1673, par deux notaires royaux, » et au bas de laquelle se lisait la véritable date du 6 décembre 1491.

La découverte récente de la minute originale du contrat est venue confirmer l’exactitude de l’ édition de Dom Lobineau, reproduite par Dom Taillandier (tome II, p. 212-213). Cette minute, portant de nombreuses ratures et surcharges, recueillis jadis par l’abbé Cloüet, l’historien de Verdun, est récemment entrée, avec l’ensemble des papiers de cet érudit, dans les collections de la Bibliothèque nationale. Elle forme un mince cahier de quatre feuillets de papier, mesurant 290 millimètres sur 210, et a reçu le numéro 11339 des nouvelles acquisitions du fonds des manuscrits français. Tandis que le texte de cette minute, imprimé plus loin, présente avec l’édition de Godefroy de nombreuses différences, il n’offre avec le texte donné par Dom Lobineau que de très légères variantes, souvent purement orthographiques, qu’il a semblé inutile de noter.

H. OMONT

CORRECTUM. Le vray Original.

Saichent tous presens et advenir que comme par cy devant eussent esté pourparlées, et par tresgrandes et mesures deliberacions precedentes, traictées parolles de mariaige à contracter et estre consenties entre nostre souverain  seigneur et prince treschrétien Charles, roy de France, huitiesme de ce nom, à present regnant, d’une part, et tresnoble princesse madame Anne, fille et heritiere seulle et unicque de feu de tresnoble mémoire François, duc de Bretagne, second de ce nom, derrenier decedé, d’autre part ; lesdits seigneur et dame au lieu et chastel de Langés en Touraine, en la court du Roy nostredit seigneur, en droit personnellement establiz, de leurs pures, pleines, franches et liberalles voluntez, et par l’advis, conseil et meure deliberacion des princes seigneurs de leur sang et gens de leur conseil ; et mesmement en la presence des treshaulx et puissans princes monseigneur Loys, duc d’Orléans, monsiegneur Pierre, duc de Bourbon, monsiegneur Charles, conte d’Angoulesme, monsiegneur Jehan, conte de Foix, monsiegneur François, conte de Vendosmes, messire Guillaume de Rochefort, chevalier, chancelier de France, reverends peres en Dieu, monsiegneur Loys d’Amboise, evesque d’Alby, maistre Jehan de Relly, docteur en theologie, confesseur dudit seigneur, esleu evesque d’Angiers, avec plusieurs autres de la partie du Roy nostredit seigneur, monseigneur Jehan de Chalon, prince d’Orenge, messire Philippe de Montauban, chevalier, chancellier de Bretaigne, les sires de Guemené, de Coesquen, grand meaistre d’ostel de Bretaigne, et plusieurs autres, de la part de ladite dame ; voulans et consentens lesdites parties et messement le Roy nostredit seigneur, de sa grace et bien ordonnée volunté, soy soubzmectre et ont soubzmis eulx, leurs hoirs, avecques tous et chascuns leurs biens et choses meubles et immeubles, presens et advenir, à la juridiction, cohercion, povoir et ressort de la dite court, quant à ce qui s’ensuit par forme de contract, ayant force et vigueure, en tant que besoind seroit, de constitucion et auctorité de loy et toute fermeé ; recogneurent et confesserent de leurs bons grez et voluntez à l’onneur, louenge et gloire de la benoiste Trinité de paradis, de la tresglorieuse vierge Marie, mere de Dieu, nostre createur, et en desir et esperance de l’exaltation de la foy catholicque, à l’onneur et bien d’eulx, de leurs pays et subjectz amys et alliez, et pour obvier aux guerres et divisions qui ont eu cours, et acquerir, garder et maintenir paix indissoluble et perpetuelle, avoir fait et par la teneur de ces presentes lettres firent et font ensemble de bonne foys les traictiez, accords, cessions, transpors, premesses et convenances qui s’ensuyvent, pour raison du tresnoble mariage desdits seigneur et dame futur, à estre faict, sollempnizé et celebré en face de saincte Eglise………..

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