PHystorique- Les Portes du Temps

17 janvier 2021

FAMILLE ADOPTIVE DE L'EMPEREUR NAPOLÉON Ier (GÉNÉALOGIE DES BEAUHARNAIS)

Armes des Comtes des Roches-Baritaud D'argent, à la fasce de sable, surmontée de trois merlettes du même

La Maison de Beauharnais est issue de Guillaume de Beauharnais, seigneur de Mirmion et de La Chaussée, marié, le 20 janvier 1390, à Marguerite de Bourges. C'est à ce seigneur que remonte la généalogie de cette Maison, qui, en 1764, était représentée par deux frères : FRANÇOIS et CLAUDE.

CLAUDE DE BEAUHARNAIS, COMTE DES ROCHES-BARITAUD, qui forme la seconde branche.

FRANÇOIS DE BEAUHARNAIS, gouverneur et lieutenant-général pour le roi, à la Martinique, chevalier de Saint-Louis, et qualifié de haut et puissant Seigneur, naquit à La Rochelle, le 8 février 1714.

Il obtint du roi, en juillet 1756, des lettres-patentes qui érigeaient en marquisat la châtellenie de La Ferté-Aurin, sous la dénomination de La Ferté-Beauharnais. Il était, à cette époque, chef d'escadre des armées navales.

 Il eut, de son mariage, deux fils.

Le premier, FRANÇOIS, marquis DE BEAUHARNAIS, député aux États-généraux en 1789, ambassadeur en Italie et en Espagne sous Napoléon, lieutenant-général sous la Restauration, mort sans postérité mâle; épousa : 1° MARIE-FRANÇOISE DE BEAUHARNAIS, sa cousine germaine ; 2° la baronne DE COHAUSEN.

Du premier lit :

EMILIE-LOUISE DE BEAUHARNAIS, mariée, en 1798, au comte de Lavalette, ancien aide de camp de Napoléon, Conseiller d'État directeur général des postes. Condamné à mort, le 24 novembre 1815, et sauvé par sa femme la veille de l'exécution.

Du second lit :

1° AUGUSTE-EUGÉNIE-FRANÇOISE, COMTESSE DE BEAUHARNAIS, dame chanoinesse du Chapitre royal de Bavière, décédée à Paris en 1831 ;

2° HORTENSE-LOUISE-FRANÇOISE, MARQUISE DE BEAUHARNAIS, dame chanoinesse du Chapitre royal de Munich, née en 1812; veuve, le 24 juin 1846, de Henri-Sigefroid-Richard, comte de Querelles; remariée, en 1848, à François-Armand-Rupert Laity, ancien élève de l'École polytechnique, qui fut, en 1849, officier d'ordonnance du Président de la République, actuellement Sénateur.

Alexandre, vicomte DE BEAUHARNAIS, frère puîné du précédent, nommé député par la noblesse de Blois, en 1789, fut victime des fureurs du Tribunal Révolutionnaire, le 24 juillet 1794.

Il avait épousé MARIE-ROSE-JOSÈPHINE TASCHER DE LA PAGERIE, née à la Martinique, le 24 juin 1763 ; remariée à Napoléon Bonaparte, le 8 mars 1796; morte à la Malmaison, Impératrice des Français, le 29 mai 1814.

Le vicomte laissa deux enfants de son mariage avec Joséphine Tascher de la Pagerie : EUGÈNE DE BEAUHARNAIS, né le 3 septembre 1780; la REINE HORTENSE, née le 10 avril 1783; morte en Suisse, le 3 octobre 1837.

EUGÈNE DE BEAUHARNAIS fut adopté par Napoléon Ier, qui le nomma vice-roi d'Italie, Prince de Venise et grand-duc héréditaire de Francfort.

Eugène épousa la fille du roi Maximilien de Bavière. En 1817, le roi, son beau-père, lui conféra, avec le titre de Duc de Leuchtenberg et de Prince d'Eichstaedt, celui d'Altesse Royale.

Par ordre du roi de Bavière, la maison d'Eugène de Beauharnais fut reconnue la première maison princière de la monarchie bavaroise. L'acte qui lui confère ce droit porte : que les honneurs et privilèges attachés aux titres de due de Leuchtenberg et de prince d'Eichstaedt appartiendront à perpétuité à sa descendance.

Par un autre acte, en date de 1818, Eugène de Beauharnais fut élevé à la dignité, ainsi que ses descendants, de premier Pair héréditaire (Reichsrathe) de la Couronne de Bavière.

I. LEUCHTENBERG.

1° AUGUSTE-CHARLES-EUGÈNE, Prince de d'Eisehtoedt et Duc de Leuchtenberg, né le 9 décembre 1810; marié, le 26 janvier 1835, a la reine de Portugal, Dona Maria da Gloria; décédé à Lisbonne la même année, sans postérité.

2° MAXIMILLEN-JOSEPH-EUGÈNE-AUGUSTE DE BEAUHARNAIS, Duc de Leuchtenberg et Prince d'Eichstaedt, né le 10 octobre 1817, lieutenant-général au service de Russie, commandant la première, division de cavalerie légère de la garde, titré, depuis son mariage, ALTESSE IMPÉRIALE; marié, le 14 juillet 1839, à MARIE NICOLAEWNA, grande-duchesse, fille aînée de l'empereur de Russie, née le 18 août 1819, Duchesse de Leuchtenberg et Princesse d'Eichstaedt.

De ce mariage : 1° NICOLAS-MAXIMILTANOWITCH, né le 4 août 1843, titré par un ukase : ALTESSE IMPÉRIALE; — 2° EUGÈNEMAXLMILIANOWITCH, né le 17 février 1847; — 3° SÈRGE-MAXIMILIANOWITGH, né le 20 décembre 1849; — 4° MARTE-MAXIMILIANOWNA, Princesse de Leuchtenberg, née le 16 octobre 1841, titrée par un ukase : ALTESSE IMPÉRIALE; - 5° EUGÉNIE-MAXIMILIANWNA, née le 1er avril 1845.

SOEURS DU DUC:

1° JOSÉPHINE-MAXIMILIENNE-EUGÉNIE, née le 14 mars 1807; mariée le 19 juin 1823. (Reine de Suède.) — 2° AMÉLIE, née le 31 juillet 1812; mariée, le 2 août 1829, à don Pedro, empereur du Brésil; veuve le 24 septembre 1834; — 3° THÉODELINDELOUISE-EUGÉNIE-NAPOLEONE, née le 13 avril 1814; mariée, le 8 février 1841, à Guillaume, comte de Wurtemberg.

MÈRE DU DUC DE LEUCHTENBERG.

(Épouse d'Eugène de Beauharnais).

AUGUSTE-AMÉLIE, duchesse douairière, née le 21 juin 1788, fille de feu Maximilien-Joseph, roi de Bavière; mariée, le 13 janvier 1806, au Prince Eugène de Beauharnais; veuve le 21 février 1824.

Armes des Ducs de Leuchtenberg : D'argent, à la face d'azur.

 

 

SECONDE BRANCHE, DITE DES COMTES DES ROCHES-BARITAUD.

CLAUDE DE BEAUHARNAIS Ier du nom de cette branche, COMTE DES ROCHES-BARITAUD, né à Rochefort, le 16 janvier 1717, qualifié haut et puissant seigneur dans les actes qui le concernent, chevalier de Saint-Louis et capitaine de vaisseau, obtint du roi des lettres-patentes, en date du mois de juin 1759, portant érection de la châtellenie des Roches-Baritaud en comté.

Il mourut chef d'escadre, et avait épousé, le 1er mars 1753, MARIE-ANNE-FRANÇOISE MOUCHARD DE CHABAN, connue dans le inonde littéraire sous le nom de COMTESSE FANNY DE BEAUHARNAIS.

1° CLAUDE DE BEAUHARNAIS II;

2° MARIE-FRANÇOISE, première femme du MARQUIS FRANÇOIS DE BEAUHARNAIS ;

3° ANNE-AMÉDÉE, mariée le 21 août 1781, à ANDRÉ-HORACEFRANÇOIS, MARQUIS DE BARRAL, maréchal des camps et armées du roi. Dont deux fils :

 

CLAUDE DE BEAUHARNAIS IIe du nom, COMTE DES ROCHES-BARITAUD,

né à La Rochelle, le 26 septembre 1756, membre du Sénat, comte de l'Empire, Chevalier d'honneur de l'Impératrice Marie-Louise, grand officier de la Légion-d'Honneur, chevalier de Saint-Louis ; créé Pair de France par Louis XVIII. Mort le 10 janvier 1819, sans postérité mâle. Avait épousé :

1° CLAUDE-FRANÇOISE-GABRIELLE-ADRIENNE DE LEZAY-MARNEZIA;

2° MADEMOISELLE FORTIN, fille de M. Fortin, ancien capitaine de cavalerie, puis mousquetaire du roi, chevalier de Saint-Louis.

Du premier lit :

STÉPHANIE-LOUISE-ADRIENNE DE BEAUHARNAIS, grande -duchesse de Bade.

Du second lit :

JOSÉPHINE-DÉSIRÉE DE BEAUHARNAIS, mariée, le 7 novembre 1832, à ADRIEN-HIPPOLYTE, MARQUIS DE QUIQUERAN-BEAUJEU, ancien capitaine de cavalerie, issu d'une maison des plus distinguées de Provence ; mentionnée par les historiens de Provence et du Comtat Venaissin, comme ayant été décorée des premières charges de l'État à la cour des rois de Naples et comtes de Provence des deux maisons d'Anjou.

La maison de QUIQUERAN-BEAUJEU a donné à l'Ordre de Malte, un Grand-Prieur de Saint-Gilles, plusieurs Commandeurs et Chevaliers.

 

Armes des Comtes des Roches-Baritaud :

D'argent, à la fasce de sable, surmontée de trois merlettes du même.

Devise :

Aultre ne sers.

 

 

 La famille impériale : histoire de la famille Bonaparte depuis son origine jusqu'en 1860 par D.-L. Ambrosini et Adolphe Huard

 

 

Château des Roches-Baritaud - L’impératrice Joséphine et la famille de Beauharnais <==.... ....==>

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16 janvier 2021

Château des Roches-Baritaud - L’impératrice Joséphine et la famille de Beauharnais

Château des Roches-Baritaud - L’impératrice Joséphine et la famille de Beauharnais

La plupart des grands hommes, qui sont comme les jalons de l'histoire des peuples, ont eu des compagnes dignes du rôle qu'ils avaient à remplir. Celles qui partagèrent leur gloire surent ajouter à leur auréole ce prisme de la douceur, des bienfaits et de la clémence qui reflète dans les siècles les plus reculés ; et l'alliance de deux êtres d'élite a signalé, presque toujours, ces époques fameuses dans lesquelles les destinées des nations se fixent, et leur régénération s'opère.

Parmi celles dont le nom est cher à la nation française, nous nous bornerons à citer : cette Clotilde dont les vertus adoucirent le fier Sicambre qui, sous le nom de Clovis, mit fin, en 496, à la puissance romaine dans les Gaules et constitua le royaume de France : cette Berthe qui, après avoir aidé Pépin le Bref à relever la dignité du trône, donna, en 768, le jour à Charlemagne dont la gloire et la grandeur eurent pour premier fondement les sages conseils de sa mère : cette autre Berthe qui, avec Robert le Fort, fils de Hugues Capet, fonda, en 996, la troisième dynastie royale en France.

Napoléon, qui, dix siècles après, devait relever les débris épars des institutions et faire surgir, du chaos d'une révolution sociale sans exemple dans notre histoire, cet admirable ensemble d'une organisation appropriée aux besoins nouveaux de la nation française, ne pouvait pas être privé d'une épouse digne de lui. Le ciel la lui réservait ; et la découverte qu'il en fit, par suite d'une bonne action, devait faire planer sur son gouvernement ce charme qui inspire l'affection, quand les grandes oeuvres commandent la reconnaissance et le respect.

Joséphine, par son amabilité, par la finesse de son esprit, par la noblesse de ses instincts, par la délicatesse de ses sentiments était appelée à prodiguer à Napoléon ces délassements si nécessaires aux rudes travaux, ces tendresses qui assouplissent le caractère, quand une mission bien grave' le porte à être parfois sombre et trop sévère.

Tout entier aux immenses devoirs qui lui étaient imposés, aux combinaisons politiques et militaires dont dépendaient lé succès et la gloire de ses entreprises, Napoléon avait besoin de s'attirer des sympathies auxquelles un abord froid et réservé aurait pu mettre quelque obstacle.

Joséphine s'était chargée de cette tâche, il lui suffisait d'abandonner sa nature à son essor. Tout chez elle était de l'attrait.

Si dans le cabinet de Napoléon s'élaboraient ces vastes projets dont la réalisation nous étonne, dans' le salon de Joséphine se groupaient tous les coeurs nobles, spirituels et gracieux. C'était là que la société française reprenait cette distinction, ce bon goût, cette politesse de langage et de manières que toutes les nations nous envient, et dont, alors, on venait prendre des leçons à la source la plus pure, près de l'impératrice.

Si Napoléon fit de grandes choses, Joséphine embellit son règne du charme qu'elle possédait au plus haut degré. Aussi le peuple, qui considérait le couple auguste comme le symbole de la perfection dans ses deux natures, ne l'a jamais séparé dans ses souvenirs, sa reconnaissance et son affection.

Ces deux existences étaient indispensables l'une à l'autre, et l'histoire a déjà proclamé ce que la nation éprouva de douleur à les voir disjointes par un mariage politique qui devait si peu profiter au pays. Le peuple ne se trompa pas sur le sacrifice que Napoléon s'imposa à lui-même, et s'il lui pardonna d'avoir abandonné une épouse qui avait été comme son étoile tutélaire, c'est qu'il ne tarda pas à reconnaître en lui des regrets que l'avenir n'a que trop pris le soin de rendre bien cuisants, bien amers.

Marie-Louise, du vivant même de son mari, et la mort du duc de Reichstadt, n'ont que trop justifié les appréhensions du peuple que la conduite de l'Autriche avait déjà rendues presqu'intuitives. Des auteurs contemporains s'expriment en termes acerbes sur les impressions que le mariage de l'archiduchesse Marie-Louise, qui eut lieu en mars 1810, excita par toute la France, mais surtout à Paris.

Il est de fait que du second mariage de Napoléon date l'origine de sa décadence. Son étoile pâlit, le destin lui montre des rigueurs. Bientôt il ne lui enverra que des revers

Il semblait que Napoléon se fût dépopularisé en répudiant sa première femme, celle qu'avaient caressée avec lui les premières faveurs de la fortune. Mais, il faut le dire, le peuple qui avait partagé les regrets de Napoléon ne tarda pas à sympathiser à ses douleurs. S'il s'était identifié à! ses triomphes ; ses revers, sa déplorable captivité l'émurent au dernier point. L'amour du peuple pour l'empereur y prit de nouvelles forces; il n'a fait que grandir dans l'âme de la génération nouvelle qui, dans su première enfance, après le nom de Dieu, bégayait celui de Napoléon qui avait sauvé la France et rehaussé sa gloire;

Mais, avec ce nom, arrivait tout naturellement celui de Joséphine inséparable dans la mémoire du peuple. Ce n'est donc pas seulement le génie de Napoléon planant encore sur nos destins, mais aussi la grâce ineffable de Joséphine qui ont réveillé cette affection dont Louis-Napoléon a reçu le plus éclatant témoignage.

Le peuple sait, en effet, que le prince Louis-Napoléon descend de Joséphine, par la princesse Hortense Beauharnais sa mère, et des Napoléon Bonaparte, par le frère de l'empereur, le roi de Hollande. Il a résumé en lui toutes les sympathies qui l'animent depuis plus de cinquante ans, et il lui a donné une imposante consécration sous l'égide de deux noms si chers, parce qu'il a espéré, en lui pour l'accomplissement de l'oeuvre que son oncle projetait et que le fardeau d'une guerre continuelle l'a empêché d'achever : de fonder le bien-être du peuple sur des bases équitables, en faisant la part de l'autorité qui protége et des droits acquis par le développement de la dignité humaine.

Le prince Louis-Napoléon est donc le prototype le plus vrai des sentiments français auxquels les nations étrangères rendent elles-mêmes hommage ; car le reflet de la gloire de la famille de l'impératrice Joséphine s'étend sur la plupart d'entre elles.

La reine Hortense ne devait laisser qu'un fils; mais Eugène Beauharnais, qui fut le bras droit de Napoléon et l'un des premiers parmi les héros des temps modernes, a eu des descendants dont les trônes de Russie, de Suède, de Portugal et d'autres principautés, en Allemagne, s'honorent à bon droit.

Les membres de cette famille n'oublient point, sans doute, leur origine ; ils secondent à l'étranger les sympathies que Louis Napoléon a recueillies et recueille en France.

Retracer leur origine, raviver les liens qui les attachent, à la France, en reportant les regards en arrière sur les faits principaux de leur histoire, nous a paru une chose utile pour l'instruction de la génération présente. Elle connaîtra les alliances sur lesquelles l'influence politique du prince Louis-Napoléon, en Europe, a droit de se fonder, et les vicissitudes de sa famille qui sont une garantie des sentiments dont le prince est animé pour le repos et le bonheur de la France.

Le vicomte Alexandre de Beauharnais, issu d'une ancienne famille de l'Orléanais, naquit, en 1760, à la Martinique ; il épousa, fort jeune, Joséphine Tascher de la Pagerie, née, elle-même, à la Martinique, en 1761.

Ils eurent, de leur mariage, Eugène, en 1781 ; Hortense, en 1783.

Le vicomte de Beauharnais était déjà général quand il fut député, par la noblesse de Blois, aux états généraux de 1789; il fut du nombre des membres qui se réunirent au tiers état et concoururent à la formation de l'assemblée nationale.

Le vicomte de Beauharnais servit avec distinction dans la campagne de 1792.

Il se trouvait, au milieu de 1793, à la tête de l'armée du Rhin, lorsque le décret du 13 mars, qui obligeait les nobles à se retirer des armées, vint l'atteindre et le priver de son commandement.

Nommé maire de la commune où il s'était retiré, près de Blois, à sa terre de la Ferté-Beauharnais, il ne tarda pas à être compris dans le décret d'accusation qui frappa un grand nombre de ses anciens collègues. Conduit à Paris et condamné, le général de Beauharnais périt à l'âge de 34 ans, le 23 juillet 1794 (8 thermidor an II).

Mme de Beauharnais, arrêtée en même temps que son époux, et renfermée avec lui à la conciergerie, était destinée à partager son sort.

La mort du général Beauharnais fut le signal de la ruine de sa famille dont toutes les propriétés avaient été saisies et confisquées.

Pendant que Mme de Beauharnais attendait, en prison, le jugement qui devait la rejoindre à son époux, ses deux enfants, Eugène et Hortense se trouvèrent dans l'abandon.

 Hortense resta dans la maison que sa mère avait occupée, où, sa vieille gouvernante prit soin d'elle. Eugène, moins heureux, fut mis en apprentissage chez un menuisier.

La mort de Robespierre ouvrit les portes de la prison à Mme de Beauharnais et lui permit de se rapprocher de ses enfants.

 Réduite à des privations douloureuses pour sa jeune famille, Mme de Beauharnais s'adressa au directeur Barras afin d'obtenir la restitution d'une partie des biens qui avaient été confisqués.

Lorsque Mme de Beauharnais fut rendue à la liberté, Eugène n'avait pas encore 14 ans ; il était trop jeune pour entrer dans un corps; le général Hoche, qui s'intéressait à lui, le prit à son état-major et l'employa comme ordonnance auprès de sa personne..

Eugène se trouvait à Paris, le ,13 vendémiaire, 5 octobre 1795, au moment où le général Bonaparte avait reçu du directeur Barras le commandement des troupes de Paris.

 L'épée du général de Beauharnais avait été enlevée à sa famille dans le désarmement des habitants de Paris qui venait d'avoir lieu; c'était son bien le plus précieux; Eugène était inconsolable de cette perte; il s'enhardit à aller trouver le général en chef. Les larmes aux yeux et avec l'accent d'une émotion profonde, il le pria de lui faire rendre l'épée que son père, général républicain, avait employée à la défense de la République.

Le mouvement de piété filiale et de noblesse d'âme qui avait dicté sa démarche, l'expression touchante de sa réclamation intéressèrent le général Bonaparte, et il le lui témoigna dans les  termes les plus flatteurs, en donnant l'ordre de remettre à Eugène l'épée de son père, que celui-ci reçut avec le sentiment inexprimable d'une satisfaction empreinte d'un amer souvenir.

Mme de Beauharnais, à qui son fils rendit compte de sa démarche et du succès qu'elle avait eu, ne crut pas pouvoir se dispenser d'aller en remercier le général Bonaparte. Ceux qui ont approché de Joséphine et qui ont dépeint sa douceur, sa bonté, les grâces de sa personne et le charme de sa conversation, ont mis à même de comprendre que le général Bonaparte ne pût résister à tant d'attraits réunis.

Cette première ; entrevue amena une liaison que Bonaparte cultiva avec ardeur.

 Bientôt une convenance réciproque rapprocha le jeune général, qui déjà posait le pied dans la brillante carrière qu'il devait parcourir, et la veuve d'une victime, des aberrations produites par le choc des factions politiques.

Le 8 mars 1796, le général Bonaparte épousa Joséphine.

Eugène, trop jeune pour être nommé officier, resta auprès de sa mère, afin d'achever son éducation, pendant que Bonaparte allait commander l'armée d'Italie. Ce ne fut qu'à la fin de 1797, lorsqu'il eût atteint l'âge de 16 ans, qu'Eugène alla rejoindre son beau-père auprès duquel il resta comme aide-de-camp. Il l'accompagna ensuite dans son expédition d'Egypte. Il se distingua à la prise de Suez où il entra, le 8 novembre 1798, à la tête de l'avant-garde. Il fut alors promu au grade de lieutenant.

Bonaparte revint en France le 9 octobre 1799.

 Son arrivée à Paris excita un enthousiasme universel, et, bientôt, le 18 brumaire mit un terme à la domination avilie du Directoire. Eugène, qui avait accompagné le général Bonaparte, fut nommé capitaine des chasseurs à cheval de la garde consulaire.

 Eugène suivit le premier Consul en Italie et prit part à la bataille de Marengo. A la tête de ses chasseurs, il aida à enfoncer la troisième ligne autrichienne. Il fut nommé chef d'escadron sur le champ de bataille. Pendant cette charge, Eugène aperçût, devant les rangs de ses chasseurs, un Autrichien, étendu sur la terre; qui tendait des mains suppliantes et implorait la pitié des Français prêts à le fouler aux pieds de leurs chevaux. « Ouvrez les rangs! » s'écrie Eugène, « respect au courage malheureux ! » L'ennemi abattu fut épargné.

 En 1802, il fut promu au grade de colonel; en 1804, l'Empereur le nomma général de brigade. Le 14 juin, jour anniversaire de Marengo, il l'éleva à la dignité de Prince français.

Le 1er février 1805, il fut créé archichancelier de l'Empire et le lendemain grand- officier de la Légion d'honneur.

Au mois d'avril de la même année, Napoléon quitta Paris avec l'impératrice Joséphine pour se rendre à Milan, où il devait être couronné roi d'Italie.

Il y arriva le 8 mai, après avoir traversé triomphalement la France, et fut couronné le 23.

Le 7 juin, le Prince Eugène, nommé vice-roi, fut admis à prêter le serment de fidélité.

A son retour de la bataille d'Austerlitz, qui eût lieu le 2 décembre 1805, Napoléon vint à Munich pour célébrer le mariage d'Eugène avec la Princesse Auguste-Amélie, fille du roi de Bavière.

Deux jours après la cérémonie, le 28 janvier 1806, Napoléon adopta Eugène et lui donna le nom d'Eugène-Napoléon de France.

L'acte de cette adoption fut proclamé à Milan, le 30, et un décret du même jour détermina que l'héritier présomptif de la couronne d'Italie porterait le titre de Prince de Venise.

Le 4 janvier 1802, Napoléon avait marié Hortense de Beauharnais à son frère Louis, devenu roi de Hollande, en 1806.

Par le sénatus-consulte organique du 29 floréal an XII (18 mai 1804), il fut établi qu'à défaut d'héritier de Napoléon, la dignité impériale serait dévolue à Joseph Napoléon et à ses descendants mâles, et, à défaut, à Louis Bonaparte et à ses descendants dans l'ordre de primogéniture fixé par ledit sénatus-consulte.

La descendance de l'Empereur a été éteinte par la mort du roi de Rome.

Joseph, marié en 1794 à Julie Clary, n'a eu que deux filles, Zenaïde et Charlotte. Sans les changements opérés par les révolutions depuis 1815, le droit à la dignité impériale se trouvait dévolu à Napoléon-Louis, fils aîné de la reine Hortense : mais, par son décès, survenu en 1831, il a passé à son frère Charles-Louis, dit le prince Louis-Napoléon, élu par 7,500,000 Français, Président de la République française.

Une double voix du destin semble donc avoir appelé le Prince Président à accomplir l'oeuvre de son oncle et père adoptif et à conquérir de nouveaux titres à la reconnaissance et à l'amour des Français.

En 1805, le 8 mars, la princesse Stéphanie de Beauharnais, nièce de l'impératrice Joséphine, épousait aux Tuileries le grand -duc de Bade.

Ainsi, l'affection de Napoléon s'étendait à toute la famille de son auguste compagne, et semblait n'être satisfaite qu'après l'avoir comblée d'amour et de biens à l'égal de sa propre famille.

Arrive la cinquième coalition continentale. L'Autriche vient opposer 500,000 hommes à moins de 200,000 combattants dont l'Empereur pouvait disposer.

En avril 1809, s'ouvre la campagne d'Allemagne couronnée par la grande bataille de Wagram. Le prince Eugène y prit une part très-active, ne pensant pas, sans doute, que des succès qu'il assurait à l'armée par ses victoires et surtout celle de Raab, il allait voir surgir sa plus grande douleur, son plus grand sacrifice, la rupture du lien qui attachait sa mère chérie à l'empereur Napoléon.

Peu après son retour à Milan, le 14 novembre 1809, le prince Eugène fut appelé à Paris pour assister à un acte qui devait avoir et qui eut, en effet, une influence très-importante sur sa carrière politique.

Il y déploya cette grandeur d'âme et cette loyauté qui ne l'abandonnèrent jamais. On avait cherché à lui nuire dans l'esprit de l'Empereur, mais son zèle et sa fidélité surent déjouer toutes les tentatives.

Il était cependant une grave question qui préoccupait vivement Napoléon et sa famille. C'était de ne point avoir d'héritier direct.

Ses adoptions ne paraissaient plus suffire au rôle qu'il remplissait dans le monde, et d'ailleurs les pourparlers du traité de Presbourg avaient fait pressentir qu'il lui serait facile de contracter une alliance qui rehausserait la splendeur de son nom.

Il savait que l'archiduchesse Marie-Louise pourrait être le gage d'une plus longue paix en Europe et un espoir pour lui d'avoir une postérité qu'il ne pouvait plus attendre de l'impératrice Joséphine.

Il fallait, pour parvenir à ce but, rompre les liens qui l'attachaient à la mère du prince Eugène et de la reine Hortense, qu'il confondait dans des sentiments déjà bien anciens et si bien justifiés. Ces liens avaient été comme le signal de sa gloire et de sa grandeur, comme l'heureux augure de sa puissance.

Ce souvenir ineffaçable, les vertus de Joséphine, l'amour et la vénération des peuples qu'elle avait si justement mérités firent longtemps balancer Napoléon.

Il voulait, avant de consacrer ce grand acte, voir son fils adoptif. C'est à sa raison qu'il voulait devoir une résolution douloureuse : c'est à l'amour de sa mère pour lui qu'il voulait recourir pour l'amener à sacrifier ses propres intérêts à ceux de ses enfants auxquels l'empereur devait conserver tous les droits acquis sur son coeur.

Le prince Eugène se trouvait dans une position difficile et délicate, placé qu'il était entre ses devoirs de sujet et de grand dignitaire de l'empire et ceux plus sacrés encore que la nature lui imposait envers sa mère.

En arrivant à Paris, les premiers pas du prince Eugène furent dirigés vers l'impératrice Joséphine. Sa pénible démarche porta le caractère de la droiture et de la loyauté, et ses exhortations furent telles que l'impératrice crut devoir demander une audience où l'on pût s'expliquer sans détour et à coeur ouvert.

Cette entrevue fut douloureuse : l'Empereur ne pouvait qu'invoquer l'intérêt et le bonheur de la France, qui exigeaient qu'il eût des successeurs naturels et directs. L'impératrice y conserva sa dignité.

On rapporte qu'elle s'exprima en ces termes : « Je ne crois pas que notre séparation puisse causer votre bonheur, je crains plutôt qu'elle ne vous soit nuisible ; mais il n'est rien que je ne sacrifie au bien de ma patrie. Cependant que deviendront mes enfants privés de l'appui de leur mère? Que deviendront les promesses solennelles que vous avez faites ? »

« Arrêtez, s'écria le prince Eugène, cessez de vous occuper de ma soeur et de moi. Votre séparation doit être l'effet de votre conviction, de votre consentement mutuel. »

 Sa noblesse d'âme et son désintéressement émurent l'Empereur et l'impératrice, et le prince obtint que la dissolution des liens de Joséphine et de Napoléon prît le caractère convenable d'un consentement réciproque.

Joséphine descendait ainsi noblement d'un trône qu'avaient mérité ses vertus.

Le moment fatal arriva.... L'acte devait être lu par l'impératrice elle-même, comme agissant par sa volonté propre. Les consolations, la tendre affection de ses enfants lui avaient rendu quelque courage. Mais, c'est en vain qu'elle voulut surmonter ce dernier moment d'amertume; les sentiments qui l'oppressaient, qui la déchiraient étouffèrent sa voix tremblante... Le papier fatal échappa de ses mains.... Le chancelier acheva la poignante lecture.

Le 16 décembre 1809, le prince Eugène, ou plutôt l'archichancelier d'Etat de l'empire français, annonçait au sénat la dissolution du mariage de Napoléon et rendait compte de ses motifs.

Quelle que fût désormais la séparation cruelle de l'Empereur et de Joséphine, l'ancienne impératrice conservait, dans le coeur de son ancien époux, une place que Marie-Louise ne put lui enlever, et dans l'affection du peuple français ce grand retentissement de la douleur qu'il avait éprouvée en 1809, et qui se réveilla bien plus grande quand on fut convaincu que le second mariage de l'Empereur n'avait été d'aucun poids dans la balance de ses destinées et de celles de la nation française.

Le prince Eugène, retourné à Milan, continua d'y faire le bonheur du peuple italien. Il s'arracha à son amour pour voler au secours de la France quand les sinistres événements du Nord vinrent accabler nos aigles. Après s'être signalé à Mohilow, à la Moskowa, à Krasnoï, etc., il ramena l'armée jusqu'à Magdebourg, remplaçant l'Empereur dans le commandement en chef, et s'acquittant, par une retraite universellement admirée, de la mission si épineuse de rallier les débris de nos phalanges écrasées par la rigueur des frimats et les canons d'un ennemi formidable.

Victime de son dévouement absolu à son père adoptif, le prince Eugène succomba avec lui le 26 avril 1814, Retenu à Vienne, pendant les événements de 1815, il ne put, donner à la France, sa première patrie, les dernières preuves de son attachement pour elle. Ce fut son plus grand chagrin; il l'a conservé jusqu'à sa mort, survenue le 21 février 1824.

L'impératrice Joséphine ne survécut point aux désastres de la France ; elle succombait en 1814.

La reine Hortense put lui rendre les derniers devoirs. Elle était restée en France après l'entrée des alliés, protégée par le respect qu'elle et sa mère inspiraient aux monarques étrangers.

Pendant les cent jours, elle environna Napoléon dés consolations dont il avait tant besoin au milieu des déceptions de son coeur et des coups qui venaient fondre sur lui. Elle a reçu ses derniers adieux avant son départ pour cette terre qu'il croyait hospitalière, et où une vengeance, digne de peuples sauvages, devait s'appesantir sur le grand homme qui a tenu dans ses mains, pendant quinze ans, les destinées du monde.

Les enfants du prince Eugène, marchant sur les traces de leur père, ont, en s'asseyant sur des trônes, ou sur leurs premiers degrés, donné à l'Europe cet exemple mémorable d'une grande élévation conquise par une gloire et des vertus incontestées et incontestables.

Le prince Eugène a laissé : le duc de Leuchtenberg qui épousa la reine de Portugal, Dona-Maria, et mourut en 1835 : Joséphine, mariée à Oscar Bernadotte, aujourd'hui reine de Suède : Eugénie, mariée au prince Hohenzollern-Héchingen : Amélie, mariée à Don-Pedro, empereur du Brésil : Thédolinda, mariée à un prince de Wurtemberg, et enfin, le prince Maximilien, qui a pris le titre de duc de Leuchtenberg, depuis la mort de son frère aîné, et qui a épousé, en 1839, l'une des princesses filles de l'empereur de Russie.

Quant à la reine Hortense, décédée en 1837, elle a laissé à la France, le prince Louis-Napoléon, qui était prédestiné pour arracher d'une horrible catastrophe le peuple objet de tout l'amour et de touts les voeux de l'Impératrice Joséphine.

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L'Impératrice Joséphine et la famille de Beauharnais, notice, par C.-H. Barault-Roullon

 

La maison de Beauharnais, Originaires du duché de Bretagne, les Beauharnais (ou Beauharnois) s’établissent à la fin du XIVe siècle à Orléans, établissant la filiation depuis Guillaume Beauharnais, seigneur de Miramion et de la Chaussée, marié par contrat du 20 janvier 1390 à Marguerite de Bourges.

Lors du siège d'Orléans en 1429, un petit-fils de Guillaume, Jehan Beauharnais, joue un rôle dans la défense de la ville et témoigne, de ce fait, au procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc.

Les Beauharnais avaient été créés comtes des Roches-Baritaud en juin 1759 et devinrent marquis de Beauharnais en juillet 1764

Armoiries : Les de Beauharnais portent d'argent à la fasce de sable accompagnée de trois merlettes du même en chef.

Des Vergers de Sannois, créole de la Martinique, a eu trois filles et un fils. Ces filles sont devenues : Madame Tascher de la Pagerie, Madame Poquet de la Tuilerie et Madame Gaigneron des Vallons.

Madame Tascher de la Pagerie, a eu une fille, Marie-Rose-Joséphine, qui est devenue Madame de Beauharnais, puis impératrice. Madame Gaigneron des Vallons a eu quatre filles, dont l'une, Marie-Elizabeth, est devenue Madame Chaperon de Terrefort. L'impératrice Joséphine et Madame Chaperon de Terrefort étaient donc cousines germaines.

On peut encore voir à l'entrée du parc, un superbe platane planté par la reine Hortense fille du comte de Beauharnais et de l'impératrice Joséphine. Elle épousa Louis Bonaparte, roi de Hollande, et fut la mère de Napoléon III. Il existe aussi dans la propriété, très remarquable, un menhir.

 

 

 

==> FAMILLE ADOPTIVE DE L'EMPEREUR NAPOLÉON Ier (GÉNÉALOGIE DES BEAUHARNAIS)

 

 


 

Itinéraire de Napoléon 1er accompagné de l'impératrice Joséphine en Vendée - Les Essarts, Le général Louis-Armand de Lespinay

La ville de La Roche-sur-Yon a été créée par Napoléon 1er, empereur depuis sept jours, le 25 mai 1804. (5 prairial an 12) Il décide de transférer le chef-lieu de la Vendée à La Roche-sur-Yon au centre du département à la place de Fontenay le Comte et d'y fonder une ville nouvelle qui quelques mois plus tard sera dénommée Napoléon.


 

 

 

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Vieux château de MORTAGNE pendant la Guerre de Vendée - Louis Sapinaud de La Verrie

Vieux château de MORTAGNE pendant la Guerre de Vendée - Louis Sapinaud de La Verrie

Le 11 mars le tocsin sonnait un peu partout au clocher des églises du bocage.

12 mars 1793, soulèvement de Saint Florent le Vieil.

14 mars,

le chevalier Louis Sapinaud de la Verrie, 1er chef de division de l'Armée du Centre, bat les garnisons de Tiffauges et des Herbiers et leur enlève 3 pièces de canon ; il établit son quartier général à l'Herbergement de l'Oie.

 
Mortagne, ville républicaine, est prise par Sapinaud de Boishuguet.
Elle devient siège de l’artillerie vendéenne dirigée par MARIGNY, rassemblée sur la place du château et dans la cour du Prieuré St Pierre.


Le 15 mars,

Stofflet, Tonnelet et Forêt se réunissent à Cathelineau pour attaquer Cholet, défendu par le marquis de Beauveau, procureur syndic, ancienne victime des lettres de cachet.


le 16 mars

Ils sont vainqueurs à Vihiers.  La MARIE-JEANNE


La conquête de Cholet entraîne la Vendée entière sous les drapeaux de l'insurrection, et de Cholet Cathelineau court à Vihiers, repousser les gardes nationales de Saumur.
 Il leur enlève, près de Coron, le fameux canon la Marie Jeanne donné par Louis XIII au château de Richelieu.
Les Vendéens croient distinguer, sur sa riche culasse, une image de la Vierge; ils le baptisent Marie-Jeanne, et ils en font leur palladium.
La garde nationale d'Angers est battue à Jallais et à Mont-Jean.




19 mars 1793  Bataille de Pont-Charrault
aussi appelée Bataille de Gravereau ou Bataille de la Guérinière.


Vers les 3 heures du soir, le corps du général de Marcé (1), qui s'était renforcé d'un millier d'hommes dans la matinée, part de Chantonnay et marche vers Saint-Fulgent.
Il s'enfonce dans des chemins creux et fangeux avoisinant le château de l'Oie, où il arrive à 6 heures du soir.
Les divisions de Royrand (2), Baudry d'Asson (3), et Sapinaud, de la Vérrie (4), cachés dans les bois qui couvrent les collines d'alentour, font feu de toutes parts sur les républicains.
De Marcé se trouve dans l'impossibilité de déployer ses colonnes et de faire avancer son artillerie.

Les chasseurs de Niort, tentant un suprême effort, s'élancent sur les hauteurs et ripostent vigoureusement à l'ennemi, mais, malgré leur courage, le gros de l'armée est assailli.
La nuit survient, met fin à la lutte, et la panique s'empare à la fois des combattants des deux corps d'armée.
Pendant que les Vendéens s'enfoncent dans les bois, les républicains s'enfuient en désordre, jetant pêle-mêle sacs et fusils, et arrivent ainsi, en pleine débandade, jusqu'à Saint-Hermand.



  Chassin ("La préparation de la Guerre de Vendée", vol. III p. 473 et s.) place à Pont-Charrault (commune de Chantonnay), aurait en fait eu lieu au Moulin de la Rivière (près de Saint-Vincent-Sterlanges)


 Le 4 avril 1793,

à l’Oie, s’organise une armée Armée catholique et royale dite “Armée du Centre” avec à sa tête Royrand et Sapinaud de la Verrie.  
L'Armée catholique et royale du Centre, ainsi nommée car elle se trouvait entre l'armée d'Anjou et du Haut-Poitou et l'armée du Bas-Poitou, était une armée royaliste pendant la guerre de Vendée.
Formée à l'origine de trois divisions, elle fut placée sous le commandement de Charles de Royrand. Elle regroupe dans un premier temps les paroisses des environs des Essarts, de Montaigu, de la Verrie et de Mortagne-sur-Sèvre.

Dans un second temps, elle intègre l’armée du camp de la Roche-sur-Yon : J.-R. de Chouppes et W. Bulkeley sont donc théoriquement sous les ordres de Royrand et de Sapinaud.


5 mai 1793 La ville de Thouars est prise par Lescure, La Rochejacquelein, Cathelineau et Stofflet.



Le 28 juin 1793, Défaite à la première bataille de Luçon


Pendant que le gros de l'armée vendéenne préparait l'attaque de Nantes, Royrand, général de l'armée du centre, tenta de lancer une diversion en s'emparant de Luçon. Après avoir réuni 6 000 hommes à Chantonnay, Royrand attaqua la place le 28 juin à 5 heures de l'après-midi. Sandoz, qui défendait la ville, avait déployé ses troupes sur la plaine devant la ville, la garnison repousse l’attaque vendéenne.



Le chevalier Sapinaud de Bois-Huguet tombe aux mains des Bleus


Le 25 juillet 1793, les Républicains regroupés à Luçon lancent une attaque nocturne vers le Lay, afin de s'emparer du Pont-Charron, qui ouvre la route vers Chantonnay.
 A 2 heures du matin, les deux colonnes de Luçon arrivent aux points désignés. Le chevalier de la Verrie est tué au cours du combat. D'après certains historiens, Sapinaud de la Verie  et avec Joffrion de Bazoges auraient été sabré sur une pièce de canon enlevée par les Républicains.
Les Vendéens,  ayant perdu leur chef dans l'action, battent en retraite et se replient sur Saint-Vincent-d'Esterlanges, laissant 400 des leurs sur le terrain et 42 prisonniers aux mains des vainqueurs, ainsi que trois drapeaux, dont deux surmontés de croix, ayant trois fleurs de lys, brodées en or, et pour légende : PRO DEO ET REGE, avec des vivres, des munitions, des chevaux et mulets.
Lecomte, commandant du Vengeur, Biot, capitaine de cavalerie, et l'adjudant-général Canier déploient, dans cette affaire, la plus grande bravoure.

Après la mort de Sapinaud, Lescure vient dans le bocage pour réorganiser la défense du Lay.


Le 4 septembre,

la division de Luçon passa à l’offensive, sous les ordres de Tuncq qui commandait 8 000 hommes. Elle quitta la ligne de la rivière Lay et s’avança sur Chantonnay.

 

Le 5 septembre 1793, Bataille de Chantonnay,

le général Augustin Tuncq fait son entrée à Chantonnay, le dévaste et l'évacué après l'avoir livré aux flammes, se repliant ensuite sur Luçon, dans la crainte d'être enveloppé.

 

 

 les Bleus sont défaits aux Roches-Baritaud.


À l’aube, les vendéens de Charles de Royrand , d’Autichamp et de La Rochejaquelein attaquent le fort des Roches, défendu par l’adjudant-général Lecomte qui formait l’avant-garde.Lecomte, tandis que ceux de Fleuriot de La Fleuriais sont au Pont-Charrault.
Quant à Gigost d'Elbée, il lance l’assaut sur Puybelliard qui fut ensuite secourue par l’adjudant-général Marceau. Défense insuffisante puisque les vendéens s’emparent de la ville ainsi que celle de Chantonnay.


Le bataillon des Deux-Sèvres fut presque entièrement anéanti en présence du gros des forces des généraux Royrand, d’Elbée, Lescure et Stofflet, soit environ 25 000 à 30 000 hommes.
Lescure tourna les forces républicaines en utilisant parfaitement les couverts du bocage. Il ne fut pas repéré.


A cinq heures du soir, le 8 septembre, un duel d’artillerie s’engagea entre les deux armées. Stofflet, d’Elbée et Bonchamps s’élancèrent, partout les blancs triomphaient, Stofflet à droite, d’Elbée au centre, Bonchamps à gauche.
Stofflet après une heure de combat acharné enfonça les bataillons républicains, le reste de l’armée fut prise de panique, l’adjudant-général Marceau tenta de faire charger la cavalerie, elle s’y refusa, la déroute fut complète.


Au-delà de cet échec républicain, le général Rossignol fit arrêter le général Tuncq, alors accusé de laxisme.
Les restes de l'amée du centre se joignent alors à l'Armée Catholique et Royale dans les combats de Torfou et de Cholet, puis dans l'expédition au nord de la Loire. Le chef des combattants du bocage, Royrand, meurt pendant la retraite.

Sapinaud de la Rairie (ou du Sourdy), cousin du chevalier de la Verrie, se réfugie en Bretagne après la défaite de Savenay. Il rejoint ensuite Charette dans le Marais de Monts. À la Restauration, il est fait pair de France.




Élégies vendéennes, dédiées à Mme la marquise de La Rochejaquelin, par M. Jean de Sapinaud de Boishuguet,...

- Nouvelles notices sur la Vendée

 


Petite ville, dont le marquis de Mortagne était seigneur avant la révolution, était une des plus agréables et des plus fortes de la Vendée. On y arrive de la Bretagne et de l'Anjou par deux grandes routes qui subsistent encore.


Placée entre Chollet, Chatillon et Les Herbiers, proche de Montaigu, de Pouzauges et de Clisson, elle était avant nos malheurs aussi bien habitée que Fontenay, et beaucoup mieux bâtie. Il existait alors une grande union entre ses habitants; elle était le prix d'une bienfaisance réciproque ; et la reconnaissance, qui est le lien des coeurs, en prolongeait la durée. Aussi Mortagne a été moins révolutionnaire que les autres villes de la Vendée.
Les maisons élevées sur les côtés de la montagne où elle est placée étaient ornées de terrasses et de jardins qui se prolongeaient en pente jusqu'à la Sèvre. Au centre, et à côté de l'église, était un vaste et bel édifice appartenant aux Bénédictins; leur fortune était celle des pauvres; leur instruction et leur politesse faisaient le charme de la société.


Les soeurs de la sagesse établies à St-Laurent avaient aussi une communauté à Mortagne.

Elles étaient les amies du pauvre et du malheureux, et les tendres soins qu'elles leur donnaient ne les empêchaient point de veiller à l'éducation des jeunes demoiselles qui leur étaient confiées. Ces jeunes plantes, cultivées par elles, ont produit des fruits glorieux ; les enfants issus de leur mariage ont compté parmi les braves.


 A l'extrémité de la ville étaient deux places, l'une à côté de l'autre; l'une embellie par une promenade plantée de vieux ormeaux; l'autre entourée de remparts antiques et tapissés de lierre, qui s'étendait jusqu'au château; on y découvre un horizon immense ; les collines qui le terminent y sont entourées de vapeurs bleuâtres et transparentes, dont le reflet répand sur le paysage une teinte azurée de la plus douce couleur.
Le lever et le coucher du soleil y sont, je crois, plus beaux que sur les autres montagnes. Plusieurs gentilshommes riches habitaient cette ville; l'hiver ils réunissaient chez eux la noblesse du voisinage, chez qui ils se rassemblaient ensuite. Les autres villes de la province vivaient dans un accord aussi parfait avec les gentilshommes des campagnes.


 La chasse, la danse, la musique, des jeux modérés, des sentiments tendres et constants qui devenaient la source d'heureux mariages, occultaient les loisirs de ces douces réunions; ces moeurs, étaient celles de tout le bas Poitou.
L'hiver dans cette heureuse contrée était une fête continuelle; l'ambition n'en troublait point les plaisirs ; la guerre seule pouvait engager les Poitevins à continuer le service après l'âge de 43 à 44 ans ; ils en revenaient un peu moins riches; mais un titre flatteur, une croix de St-Louis, les dédommageaient de cette perte; l'honneur et la religion étaient tout pour eux; aussi leur vie était utile et agréable aux hommes, et leur mort précieuse devant Dieu. Ils n'ont pas eu d'historiens; mais les malheurs et les exploits de leurs fils sont une des plus touchantes parties de l'histoire de notre temps.


Mortagne, si florissante pendant les six premiers mois de la guerre, n'offre plus aux regards qu'un amas de ruines d'où s'élèvent quelques maisons récemment bâties.


Bonaparte a fait construire au bas de la ville un pont sur la Sèvre, que les connaisseurs admirent. Son aspect moderne contraste avec les ruines d'une vieille chapelle qui sont derrière l'endroit où il est bâti, et celles du château qui dominent la rivière.
Le bruit des Ilots sans cesse brisés par les rochers se prolonge en sons lugubres au milieu de ces ruines et en accroît la tristesse ; le Vendéen pieux croit entendre sur ces bords les ombres de ses proches lui demander des prières.


 La population de Mortagne était, avant la révolution, de 1600 âmes, elle est réduite à 1000.


Cette ville a joué un rôle trop marquant pendant la guerre vendéenne pour ne pas en parler; je vais tâcher de le retracer, en analysant le manuscrit de ma mère, qui l'habitait alors.


« Mortagne, dit-elle, étant assise sur une éminence, ayant trois places dans son enceinte, un couvent, un château et d'antiques remparts d'où l'on dominait toute la contrée, semblait devoir être le boulevard de la Vendée. M. de Roiran et M. de Bonchamps y envoyaient sans cesse les dépouilles ennemies.


Les états-majors remplissaient ma maison aux jours de leur bonheur, et l'enthousiasme excité par la victoire n'était mêlé d'aucune crainte; leur joie était au comble, même au temps où M. Piron, revenu de l'armée de Prusse, triompha de Santerre au combat de Coron, temps où la fortune semblait nous devenir contraire.


 J'ai vu des femmes se mettre à genoux devant les canons pris sur l'ennemi, que M. Piron envoya à Mortagne, et les embrasser aux cris de vive le roi! Je ne pus retenir mes larmes en pensant aux revers qui nous menaçaient.
« M. Piron, si justement renommé par sa valeur et son habileté, dut ce triomphe à un paysan de la Salle-de Vie. Cet homme agreste, marguillier de sa paroisse, quoiqu'il ne sût ni lire ni écrire, connaissait mieux que personne jusqu'à 5 ou 6 lieues à la ronde, les collines, les ruisseaux et les sentiers détournés ; la position des ennemis lui en faisait deviner le nombre et connaître le dessein.
 M. Piron, dirigé par lui, arriva à Coron sans qu'on se lût aperçu de sa marche; se petite troupe surprit et attaqua la nombreuse armée de Santerre; elle fut complètement battue. Les dépouilles les plus importantes furent envoyées à Mortagne.


 Le château était alors rempli de bombes, de canons tout neufs, de boulets et de caissons; on y avait aussi renfermé une quantité de fusils. Les souterrains recelaient des barriques de poudre, des ouvriers de toute espèce travaillaient nuit et jour; l'on croyait être dans une place forte. M. Donissan et moi avions tous les jours à dîner les officiers supérieurs; je recevais aussi les royalistes de tout grade; ma maison était sans cesse occupée, aussi a-t-elle été la première brûlée.


Tel fut le spectacle qu'offrit Mortagne depuis le mois de mai jusqu'au mois d'octobre.


C'est alors que de mauvais esprits indisposèrent M. Charette, qui, sous tous les rapports, avait tenu une conduite admirable. Un personnage important eut de grands torts envers lui, ils l'empêchèrent de se réunir à l'armée qui attaqua Chollet; sa présence eût fixé la victoire, et nous n'aurions point à pleurer tant de victimes innocentes et des généraux dont la mémoire ne mourra jamais. Espérons que Dieu, touché de leurs malheurs, aura pitié de la France; sa clémence s'est souvent manifestée envers nous et même envers nos ennemis.


Je vais le prouver par la scène douloureuse dont j'ai été témoin et qui terminera ce crue j'ai à dire sur Mortagne.
Elle eut lieu lorsque M. Sapinaud de la Verrie, mon beau-frère, prit 300 hommes du bataillon des vengeurs, et les envoya dans nos prisons;

c'était quelques jours après la prise glorieuse de Thouars le 5 mai 1793 par MM. de Bonchamp et de Larochejaquelin, noms qui se rattachent à tout ce qui honore notre contrée.


Les prisonniers nous arrivèrent à huit heures du soir. Il y avait parmi eux quatre ou cinq prêtres; la honte était peinte sur leurs visages, et leurs yeux égarés n'osaient regarder personne. Je parlai au colonel des vengeurs, M. Monet, jeune homme grand, et bien fait; il était richement habillé, et sa figure, chose extraordinaire, portait l'empreinte d'une extrême douceur. Il devait avoir plus de trente mille livres de rentes ; il était l'espoir et l'amour de sa famille qui habitait les environs de St-Maixent.


Avec lui était un jeune homme de notre ville, dont le père et la mère ne tardèrent pas à venir me supplier d'implorer sa grâce auprès de M. de la Verrie. M. Monet m'écrivit le lendemain la lettre que je joins ici.


« Madame ,


« Mon beau-frère, M. Garnier, a dû sa délivrance à vos bontés; elles me font oser les réclamer, et vous prier d'avoir pitié de mon sort. Je suis fils unique ; mon père et ma mère, qui m'aiment plus qu'eux-mêmes, donneraient volontiers leur vie et leur fortune pour me racheter …… Demandez-leur pour les pauvres une somme considérable et ils s'empresseront de vous l'envoyer. Vous êtes mère ; et si vos enfants éprouvent un jour les mêmes revers que moi, Dieu leur fera trouver des âmes sensibles qui seront pour eux ce que vous êtes pour moi.

 

« Votre serviteur,
« MONET. »

« J'envoyai cette lettre à M. de Cumont, qui commandait dans l'absence de M. de la Verrie, et lui écrivis moi-même pour lui recommander cet infortuné jeune homme. Quoiqu'il fût bien coupable, je désirais qu'on pût lui pardonner; la vue du malheur change la vengeance en pitié. M. de Cumont me répondit que la mort la plus affreuse serait trop douce encore pour un pareil homme.
Hélas ! dis-je en moi-même, il penserait autrement s'il avait le coeur d'une mère. Je ne savais comment annoncer cette triste nouvelle à ce jeune colonel. Je pris le parti de lui écrire cette lettre.


« Monsieur,


« Je suis au désespoir de ne pouvoir suivre le penchant de mon coeur. Il serait de vous rendre à vos parents chéris. Oui, monsieur, leur infortune et la vôtre me font sentir que je suis mère, et que je souhaite vous en servir; je souhaite vivement, si Ion s'oppose à ce que je sauve votre corps, pouvoir au moins sauver votre âme. Prenant donc tous les sentiments de celle qui vous donna le jour, j'oserai vous rappeler votre conduite, non pour ajouter à votre douleur, mais pour faire naître votre repentir. Représentez-vous les mères malheureuses que vous avez privées de leurs maris; songez au sort de ces veuves éplorées, ne sachant où trouver un abri, et plus inconsolables encore par la vue de leurs pauvres petits orphelins. Il en est une quantité dans cette ville qui demandent votre tête pour apaiser les cendres de leurs époux et de leurs enfants. M. Niveleau, jeune homme de cette ville, est dans la même position. Son père, sa mère et ses soeurs demandent avec instance leur fils et leur frère; leurs prières et leurs larmes n'obtiendront rien. Sa mort est résolue. Jetez-vous, monsieur, entre les bras de Dieu, Dieu qui seul nous reçoit et nous accueille en père, quand tout nous abandonne sur la terre. Remerciez le de ne vous avoir pas privé de la vie dans un combat.  Il a versé son sang pour vous, versez le vôtre pour lui. Eh! pourquoi ne lui feriez-vous pas ce sacrifice ? il lui sera précieux et vous ne tarderez pas à en recevoir la récompense. Encore quelques moments et vous serez en sa présence; je le prie instamment de vous pardonner, et vous, monsieur, ne m'oubliez pas dans son séjour. Je vous quitte, les larmes aux yeux, et le coeur percé de douleur. »
«La geôlière me dit qu'il avait versé un torrent de larmes en lisant ma lettre. Il faut mourir, lui dit-il, faites-moi venir un prêtre. Dès le soir même il s'examina et se confessa ; et le lendemain au matin il se confessa encore. Le prêtre lui apprit, ainsi qu'à ses camarades, qu'ils ne verraient, pas la fin de la journée. M. Monet, loin de s'abandonner à l'effroi, sembla reprendre courage. Son espoir en Dieu remplaça la crainte; il fut, quelques heures après, avec le plus grand calme, au supplice. Le royaliste chargé de commander cette expédition en revint navré de tristesse. Comme vous voilà changé ! lui dis-je, cela vient de la peine que j'ai éprouvée, me dit-il; j'ai toujours peinte devant mes yeux la mort du colonel Monet. Son supplice m'a fait une impression que je ne puis effacer. Voici ses dernières paroles, il les a adressées à ses compagnons d'infortune :
« Mes amis, il n'est pas de crimes que nous n'ayons commis; la mort que nous allons souffrir est trop douce pour les expier, et elle nous serait inutile si elle n'était accompagnée d'un sincère repentir ; demandons-le au Seigneur par l'intercession de sa mère; et, élevant nos coeurs vers lui, disons ensemble un pater et un ave. Il fit ses prières avec une émotion touchante; et les ayant achevées il se mit à genoux, baisa la terre, et nous dit après s'être relevé : mes amis, faites votre devoir. Il est tombé mort. Voilà la première fois que je vois fusiller, ce sera la dernière; j'en suis malade de douleur.»



Le 17 octobre 1793 tout est terminé par la bataille de Cholet.


Mortagne devient alors ville de garnison républicaine, relais pour les colonnes infernales. Stofflet, Marigny et Sapinaud de La Rairie ne peuvent supporter une telle situation.


Le 23 mars 1794,

ils font fuir la garnison républicaine et les habitants de nuit vers Nantes. Le lendemain, Mortagne est prise et totalement incendiée par les Vendéens.




==> A saint Florent le VIEIL le 12 mars 1793 commença l'épopée vendéenne, la guerre de géants

==> La Bataille de Thouars - Le pont des chouans (Guerre de Vendée 5 mai 1793)

 ==>La « Marie-Jeanne» HISTOIRE D'UN CANON DE LA GUERRE DE VENDEE

==> Chroniques Fontenaisiennes 1794 (plan- dates)

 

 



(1)    Louis Henri François de Marcé, né le 12 juin 1731 à Chinon, mort guillotiné le 29 janvier 1794 à Paris, est un général de division de la Révolution française.

(2) Royrand de la Roussière, Charles-Louis, ancien lieutenant-colonel du régiment de Navarre, né à Montaigu le 9 avril 1731, retiré du service, en 1784, au château de la Roussière, avait épousé, en 1765, Marie-Thérèse-Charlotte Duchaffault de Rezé. Lors des troubles de l'Ouest, il fut élu commandant général de tout le pays du Centre et les paroisses avoisinant Montaigu et Vieillevigne. Vainqueur des républicains au Pont-Charrault, le 19 mars 1793, il passa la Loire, fut blessé mortellement d'une balle à la tête, le 26 octobre 1793, à Château-Gontier et mourut le 4 décembre suivant entre Angers et Beaugé. (Voy. CHÉTINEAU-JOLY, Histoire des généraux et chefs Vendéens.)
(3) Baudry d'Asson, Jacques-Gabriel, ancien militaire, commandant de la garde nationale de Brachain, près la Forêt-sur-Sèvre, tué le 14 août 1793, au combat de Luçon.
(4) Louis-Célestin de Sapinaud dit le Chevalier de La Verrie
 DE SAPINAUD, Poitou et Vendée, seigneur de L'Herbergement, de Ste-Florence, de la Bretonnière, du Plessis, de la Grande-Phifellière, de la Rothé, du Plessis-Jourdain, de Valancé, de la Louisière, de la Vérie et du Bois-Huguet.
Louis-Célestin de Sapinaud, chevalier, seigneur de la Verrie, né au Château de Bois-huguet, près Mortagne-sur-Sèvre en 1738;
Armes : d’argent à trois merlettes de sable
garde du corps du Roi pendant 25 ans.
 Dès le début de l'insurrection vendéenne, les paysans du bocage viennent le chercher en sa demeure du Bois-Huguet le 12 mars 1793 pour le porter à leur tête
Il est nommé Commandant de l'Armée du Centre.
D'une bravoure légendaire, il répondait à M. de Royrand qui le félicitait : "Je crains la mort plus que personne; mais il ne me plairait pas qu'on puisse se dire plus brave que moi". Trahi par un transfuge au Pont Charrault, il se trouva environné d'ennemis et fut criblé de blessures.
Il mourût sur-le-champ en disant : Je suis content puisque je meurs pour mon Roi".
Il avait épousé Catherine Du Verdier de La Sorinière, fille de Charles-François Du Verdier.


 

14 janvier 2021

Après l'assassinat d'Henri de Lorraine, duc de Guise, le cardinal de Bourbon (Charles X), est conduit à Chinon

Après l'assassinat d'Henri de Lorraine, duc de Guise, le cardinal de Bourbon (Charles X), est conduit à Chinon

Henri III, pour se venger des audaces de la Ligue, qui cherchait à proclamer sa déchéance, avait fait massacrer, dans son château de Blois, le 23 décembre 1588, Henri de Guise et son frère, l'archevêque de Reims, et arrêter l'archevêque de Lyon, Pierre d'Epinac, en même temps que celui de Rouen.

Bouleversé par les événements des derniers jours, Charles de Bourbon tomba malade et fut pris « d'une difficulté et ardeur d'urine qu'il jettoit rouge comme sang ». Un jour, la Reine-Mère Catherine de Médicis vint prendre de ses nouvelles en souvenir de la vieille amitié qui les unissait.

Le cardinal n'hésita pas à l'accuser de l'avoir mené à la boucherie ainsi que les Guise. Elle en fut si affectée qu'à son retour elle se coucha et, sa maladie s'aggravant, quelques jours après elle expira (janvier 1589).

Le Pape Sixte-Quint, la princesse de Condé, la duchesse de Nevers et bien d'autres dames et seigneurs de la Cour intervinrent auprès d'Henri III pour la mise en liberté du cardinal de Bourbon.

Le roi resta inflexible. Le Souverain Pontife menaça alors d'excommunication, mais Henri III, dont les troupes se joignaient déjà à celles d'Henri de Navarre, s'efforça de mettre hors d'atteinte ses captifs, les archevêques de  Rouen et de Lyon, le prince de Joinville, le duc et la duchesse de Nemours, le duc d'Elbettf, le président Etienne de Neuilly et de la Chapelle, Marteau, Prévôt des Marchands de Paris, en les transférant de Blois à Amboise, l’une des plus fortes places du royaume.

Du Gast, capitaine des gardes du Roi, l'assassin du cardinal de Guise, avait été nommé, pour le prix de son forfait, gouverneur de la ville et du château, ce qui ne l'empêche pas de trahir la confiance de son souverain en exigeant des captifs, pour prix de leur rançon, deux cent mille écus et une ville de sûreté.

Henri III fait arrêter du Gast, alors qu'il se préparait à fuir, et conduire à la Bastille. Après de telles alarmes, il ordonne le transfert de ses illustres captifs à Tours.

Enfin le roi crut plus prudent de les séparer. Guise resta dans cette ville, Elbeuf s'en alla à Loches, et le cardinal de Bourbon, seul cette fois, est conduit à Chinon par les soins du sieur de Larchaut, capitaine des gardes (mars 1589).

Mais laissons la parole à Mariait de Martimbos, conseiller au Parlement de Normandie, chancelier de l'Eglise de Rouen et vicaire général du cardinal de Bourbon : « Là il eut beaucoup de traverses fascheuses pour les mauvaises impressions et faulx rapportz qu'on faisoit au roy tant de luy que de ses principaulx serviteurs. Il fut aussy malade de la goutté et d'une fiebvre lente avecq ung desgouttement qui luy dura plus d'un long moys » (1).

Le gouverneur de la ville et du château de Chinon était François Le Roy de Chavigny (Lieutenant-général pour le roi en Touraine, décédé le 18 février 1606), homme d'une fidélité à toute épreuve et d'une mâle énergie, que sa femme intelligente et bonne (8) secondait habilement dans ses fonctions.

Tout en se montrant plein de bienveillance vis-à-vis de son illustre prisonnier, il établit autour de lui une garde sévère pour déjouer les intrigues qu'auraient pu ourdir les serviteurs du prélat.

Aucun document ne nous permet de préciser quels appartements lui avaient été réservés. Mais étant donné l'état d'abandon dans lequel la forteresse avait été laissée depuis de longues années, tout permet de croire que seuls les Logis royaux étaient restés habitables et il est à présumer que ce sont eux qui furent aménagés pour recevoir le prisonnier et sa suite.

Durant son séjour à Chinon, le cardinal est repris de la goutte « que d'un-gros catharre qui luy estoit tombé sur toutes les parties du corps ». Cependant sa captivité était douce. Traité avec la plus grande déférence par ses geôliers, même lorsque la surveillance fut sévère, il passait presque tout son temps à prier Dieu, lui « estant d'une grande consolation de le pouvoyr servir sans aucun destourbier », le priant « qu'il veuille regarder de son oeil de pitié ce pauvre royaume désolé » (2).

Le fait de se sentir à quelques lieux seulement de Châtellerault, qu'occupait son neveu Henri de Navarre (3), fut une des raisons de la fièvre lente qui rongea Charles de Bourbon durant plus d'un mois.

Quant au tyran Henri III, il voit proclamer sa déchéance, la Sorbonne délier ses sujets du serment de fidélité, son nom rayé du canon de la messe.

Dans une procession solennelle à Rouen, où prennent part trois compagnies de Pénitents, est portée triomphalement une bannière représentant une tour aux fenêtres de laquelle figure le cardinal. Puis, brusquement/la situation change avec l'assassinat du roi Henri III par le moine dominicain Jacques Clément, dont la main avait été poussée par la duchesse de Montpensier.

Les curés des paroisses de Paris reçurent du Conseil de l'Union l’ordre de déclarer en chaire que Jacques Clément était un martyr et le Béarnais un criminel. Ils se complurent à montrer la douce bonté du cardinal, sa piété, son amour de la religion, et son emprisonnement leur fournit matière à plus d'un morceau pathétique.

Le cardinal de Bourbon est alors proclamé officiellement roi sous le nom de Charles X, ayant comme représentant, « en attendant la liberté et préséance du roy nostre souverain seigneur » comme « lieutenant général de l’estât royal et couronne de France », le prince Charles de Lorraine, duc de Mayenne et pair de France.

Le pamphlétaire ligueur, Morus, chanta les louanges du cardinal-roi, dont le bienheureux règne devait rappeler les temps bénis de Saint-Louis. Des « A avertissement (4) au roy très chrestien Charles de Bourbon, dixième du nom », dus à la plume de Jacques Baron, couraient par tout le pays.

Dans une « Exhortation dernière à la noblesse pour la délivrance de nostre roy très chrestien », la qualité que certains reprochaient au prélat, devint un nouveau droit à la couronne. N'y trouvait-on pas les vers suivants :

« Défendez, je vous pri, ce françois héritage :

Rendez lui son seigneur, ce prince que la loy

Du fleuve du Sala establit vostre Roy ;

Car de Melchisédech l'éternelle ordonnance

Luy donne la prestrise et le sceptre de France. »

A Rouen, le Chapitre de la Cathédrale fit poser à l'endroit du choeur « les armoiries de Monseigneur le Cardinal à présent roy de France ».

Les Etats de Bourgogne reconnurent publiquement Charles de Bourbon comme « vray et légitime roi de France, comme estant le premier prince de sang le plus successible à la couronne et comme tel déclaré par les Etats de Blois » (5). Enfin le Pape jugeait sa royauté légitime puisqu'il remettait à son légat, le cardinal Henri Caietani, une somme de cent mille écus à dépenser uniquement pour la délivrance du royal captif et qu'il lui donnait même un bref adressé « à notre cher fils dans le Christ Charles, le roi très chrétien », où il le félicite du choix qu'on a fait de sa personne comme roi, avec ordre de le remettre au destinataire, s'il était en liberté à son arrivée en France (6).

Le Parlement de Paris rend un arrêt qui enjoint « de recognoistre pour naturel et légitime roy et souverain seigneur Charles, dixiesme de ce nom, et luy prester la fidélité et obéissance deue par bons et loyaux sujets ».

 Partout on prête serment de fidélité à Charles X (7). On arrête tous ceux que l’on soupçonne être « ennemis du roi Charles de Bourbon ce présent régnant » (8).

Ses portraits sont vendus de tous côtés et la monnaie circule à son effigie. En chaire, les prédicateurs couvrent de louanges le nouveau Melchisédech qui porte

à la fois la robe de prêtre et la couronne royale. En somme toute, derrière Charles X cherche maintenant à se dissimuler l'Union des Catholiques qui n'a pu triompher seule, selon l'expression d'Eugène Saulnier (9)

Cette popularité du « Roi Archicatholique » ne laissait pas d'inquiéter le gouverneur du château de Chinon, M. de Chavigny, qui avait la redoutable mission de le garder dans la forteresse qui lui servait de prison.

On lui donnait avis que les Ligueurs se dirigeaient sur Chinon pour y tenter un coup de main et leur entreprise risquait d'être facilitée par la peste qui décimait alors la population chinonaise.

Aussi prit-il des mesures pour assurer la protection de la ville.

 Par un mandement du 23 août, il remontre au Corps de Ville « qu'il est urgent de pourvoir à la défense de cette ville et que vu qu'il n'y a nombre d'habitants dans la ville fort (16), il est urgent de fournir, par le faubourg Saint-Etienne, une escouade qui entrera chaque jour en garde dans la ville et prendra la charge de la porte de Verdun, avec une escouade composée de 12 hommes au moins ».

L'assemblée de ville tenue le lendemain fit droit à sa demande et offrit « une escouade de 10 hommes pour garder la porte de Verdun pour la défense de la ville, ainsi qu'il leur est commandé par M. de Chavigny ».

 Les chanoines de Saint-Mexme eux-mêmes « déclarent qu'ils sont prêts à obéir à ce qui leur sera commandé par M. de Chavigny, tant pour la garde de la ville que ce qu'exigera la paix publique ». Ils témoignaient ainsi de leur fidélité au roi légitime et montraient qu'ils n'avaient pas adhéré à la fiction du roi Charles X.

Cependant Henri, roi de Navarre, redoutait fort lui aussi qu'on ne fit évader le roi de la Ligue, d'autant plus que le seul défaut du gouverneur du château, M. de Chavigny, était d'être « vieux et aveugle » (10), et il avait donné l’ordre à l'un de ses confidents intimes, Duplessis Mornay, de retirer le cardinal de Chinon « sans y rien espargner, fût-ce tout son bien » (11).

 Il envoya à Chinon le 23 août MM. de Fottdras et du Lys, membres de son conseil, pour convaincre les habitants de la nécessité d'augmenter la garnison.

Aux Chinonais convoqués en assemblée générale le 28 août, ils déclarèrent « que pour tenir cette ville en plus grande sûreté et aider aux habitants d'icelle à sa garde, à cause qu'ils sont à présent en petit nombre par le moyen de la contagion, il était besoin d'y mettre garnison de cinquante à soixante soldats, avec les deux cents hommes de pied qui sont ordonnés pour la garde de la ville et du château, aussi en considération du gage précieux qui est dans le château, savoir Monseigneur le Cardinal de Bourbon, et que l'augmentation de la dite garnison ne sera que pour peu de temps, que les affaires du roi se pourraient autrement comporter pour le bien du royaume et le soulagement du public ».

Les habitants estimant qu'il n'était point besoin d'augmenter la garnison de deux cents soldats et qu'ils suffisaient pour conserver la ville en l'obéissance du roi se contentèrent de «  jurer et promettre sûreté les uns aux autres, même ceux de la religion, et de se conserver fidèlement envers et contre tous en l'obéissance du roi ».

Henri de Navarre ne considéra pas cette mesure comme suffisante et dépêcha son fidèle Duplessis Mornay, qui n'hésita pas à s'aboucher avec Chavigny et sa femme pour la remise du royal captif, contre une somme importante exigée comme remboursement d'avances prétendues faites pour la garde et l'entretien du prisonnier.

Il n'y avait point de temps à perdre. Les Ligueurs continuaient leurs menées ; Mayenne, le lieutenant général du roi Charles X, écrivait des « lettres fort preignantes » ; Claude de La Châtre, gouverneur de Bourges et futur maréchal de France, faisait les offres les plus alléchantes tout eu se dirigeant vers Chinon.

Pendant ce temps, Jean-Louis de Nogaret, duc d'Epernon, était à Nouâtre avec des troupes, et Charles de Bourbon, comte de Soissons et neveu du Cardinal-Roi, à Langeais. De Mornay, sieur de Duplessis-Marly, lui, prend ses précautions, choisit parmi ses braves coreligionnaires quelques capitaines qu'il fit venir avec leurs hommes tout près de la ville pour le secourir en cas d'attaque.

Quoique malade il se rend lui-même au château, le 3 septembre, remet les six mille écus à Chavigny (12) et en une demi-heure termine tous les préparatifs que nécessitait un si brusque départ, au grand émoi du cardinal.

Le vieillard craignait d'être conduit à La Rochelle en plein pays huguenot.

Duplessis le rassure ; puis rapidement, escorté par les capitaines protestants, il se dirige, suivi de quatre ou cinq cents chevaux, sur Loudun avec son prisonnier (13).

Mais plusieurs ambitieux de cette époque briguent l'honneur d'être les geôliers de l'infortuné monarque : de Parabère, gouverneur de Niort, et Charles d'Eschallard, sieur de La Boulaye, gouverneur de Taillebourg et de Fontenay-le-Comte, qui avaient été distancés par Duplessis, profitent « d'une mauvaise diarrhée » dont celui-ci est saisi à Loudun pour lui enlever son illustre prisonnier et le conduire « à grandes traictes à Maillezais », dont l’évêque était Henri d’Escoubleau de Sourdis et le gouverneur, Agrippa d'Aubigné, lequel on le savait fort mécontent du roi de Navarre avec qui il avait de « perpétuelles riottes ».

Cependant Agrippa refusa de livrer le cardinal, même contre la somme de deux cent mille ducats comptant ou bien contre le gouvernement de Belle-Ile avec cent cinquante mille écus. Il aurait même répondu à l'envoyé, un gentilhomme italien : « Le second offre serait plus commode pour manger en paix et en seureté le pain de mon infidélité ; mais pour ce que ma conscience me suit de si près qu'elle s'embarquerait avec moi, quand je passerais en l'isle, retournez vous en tout asseuré que, sous ma promesse, je vous envoyerois au roi » (14).

On logera Charles X « dans le fort où souloit estre l'abbaye et maison épiscopale. Il fut là fort mal logé » (15).

Éléonore de Bourbon (1532-1611), 29ème abbesse de Fontevraud

A la prière de sa soeur, Eléonore de Bourbon, abbesse de Fontevrault, et du cardinal de Vendôme) qui se plaignaient que l’air de la ville fût malsain pour lui, Henri de Navarre ordonna de le transférer à Fontenay-le-Comte qui devait être sa dernière résidence et le lieu de sa mort (6 mai 1590).

Peu de jours avant son trépas, il reçut des lettres du roi de Navarre pleines de consolation et d'amitié et de l'espérance qu'il « lui donnait de se réduire au giron de l'Eglise. Le bon prince leva les mains au ciel en disant ces mots : «' Mon Dieu, aurais-je bien cette heure avant de mourir de le voir catholique ; j'en mourrais très content » (16).

Si Charles de Bourbon n'était qu'un roi fantôme, il n'en occupait pas moins le trône.

Même décédé, « on fit toujours parler le dit Charles X aux arrêts de la Cour et lettres de chancellerie et ce jusqu'au 18 novembre 1590 » (17).

Le Parlement de Nantes rendit le 8 août 1590 un arrêt portant que, l’an 1er du règne de Charles X étant écoulé, les lettres de chancellerie seraient datées à l'avenir de l’an II de son règne, et jusqu'en 1598 ou continua en Bretagne de frapper la monnaie à l'effigie du Roi de la Ligue (18).

Celui de Dijon cesse seulement le 10 janvier 1591 de rendre la justice au nom de Charles X (19). Et il faudra attendre le samedi 3 décembre 1594 pour que soit rayé et ôté le nom de Charles Dixième tant des minutes, des arrêts et registres de la Cour (20).

Chinon a eu l'honneur d'avoir en son château un prince captif et malheureux qui y passa des jours de chagrins et de souffrance. Qui s'y souvient encore du Roi de la Ligue, dont la grande gloire, il ne faut pas l'oublier, a été de sauver l'unité française en empêchant les Huguenots de partager la France en petites principautés indépendantes.

Aussi Lamennais a-t-il pu écrire que l'époque peu connue de la Ligue a été l’une des plus belles de notre Histoire.

La ville de Chinon s'honorerait certes en donnant à l’une de ses artères le nom du Cardinal Charles de Bourbon.

Yann PENFELD.

 

 

 

 

Les Guerres de Religions en dates<==.... ....==> 21 septembre 1589 Bataille d'Arques entre les troupes royales de Henri IV et les Ligueurs dirigés par Charles de Mayenne.

Philippe DUPLESSIS-MORNAY (1549-1623), Gouverneur de la place de Saumur <==.... 

 


(1) Bibl. Nat., f. fr. ms. 3.978, f° 211.

(2) Elle était née Antoinette de la Tour.

(3) Cabinet Historique, t. III, p. 257.

(4) Sa seule crainte était de tomber entre ses mains. Mais il est faux de dire que c'est le futur Henri IV qui a fait enfermer son oncle le cardinal, comme l'a prétendu P. Boncenne dans ses Notes sur la Mort et la Sépulture du Cardinal de Bourbon (Revue des Provinces de l'Ouest, 1855-1856, t. III, p. 330).

(5) Abord (Hippolyte) : Histoire de la Réforme et de la Ligue, dans la ville d'Autun, t. II, p. 40, n I.

(6) Ce bref ne fut vraisemblablement jamais remis au Cardinal-Roi, ni même connu en France.

(7) TRAVERS (N.) : Histoire civile, politique et religieuse de la ville et du comté de Nantes, t. III, p. 54.

(8) Cabinet Historique, t. XXIV, p. 300.

(9) Du rôle politique du Cardinal de Bourbon, p. 241.

(10) On désignait sous ce nom la partie de la ville qui s'étend au pied du château. Le mur d'enceinte qui la séparait du faubourg Saint-Etienne s'élevait légèrement à l'ouest de la place de l'Hôtel-de-Ville. La porte de Verdun donnait accès à la rue Voltaire actuelle.

(11) DE THOU : Histoire de son temps.

(18) Mémoires de Mme Duplessis-Mornay, t. I, p. 183.

(12) Pour payer les quatorze mille écus promis au gouverneur de Chinon, on lui constitue une rente sur les tailles de l'élection de La Rochelle,

(13) Consulter à ce sujet les Mémoires et correspondances de Duplessis-Mornay, t. rv, pp. 405 et suivantes, ainsi que les Mémoires de Mme Duplessis-Mornay, t. I„ pp. 184 et suivantes.

(14) Mémoires d'Agrippa d'Aubigné, édit. Lalanne, p. 97.

(15) Lettre de Marian de Martimbos à Henriette de Clèves, duchesse de Nevers

(16 Arnaud .Sorbin : Oraison funèbre du très vertueux et illustre prince Charles, cardinal de Bourbon, Nevers, 1595, in-8», p. 27.

(17) Mémoires de Claude_Haton, t. I, p. 7.

(18) Abbé Nicolas Travers -.Histoire civile, politique et religieuse de la ville et du comté de Nantes, t. III, p. 36.

(19) Begistres du Parlement de Dijon de tout ce qui s'est passé pendant la Ligue, s. 1. n. d., in-12, p. 24.

(20) Mémoires-Journaux de P. de l’Estoile, t. VI, p. 281.

 

 

 

13 janvier 2021

Démantèlement du château de Jarnac Rohan-Chabot

Démantèlement du château de Jarnac Rohan-Chabot

Si haut qu'on remonte dans le passé, on trouve des traces de Jarnac, des vestiges même de sa splendeur, car il ne le cède en illustration à aucune autre cité de l'Angoumois. La richesse de son sol, l'avantage de sa position élevée sur les bords de la Charente, l'avaient fait apprécier des Gallo-Romains. Et, chose digne de remarque, il s'est toujours maintenu dans une situation à part, tant il a su se transformer à propos, tirer parti de ses ressources et de ses moyens d'influence.

Borné à l'ouest et au sud par le fleuve, il l'a franchi par son commerce, ses relations incessantes, et s'est assimilé, de fait, des choses qui nominalement ne lui appartiennent pas. Au bout de sa longue chaussée, bordée de peupliers magnifiques, se présente la gare, qui sert désormais de véhicule à ses produits. Rien d'agréable et d'imposant à la fois comme le coup d'oeil offert au touriste qui contemple la cité de ce point opposé. Ses maisons étagées en amphithéâtre, l'air de richesse qu'elles respirent, ses quais bordés de vastes magasins d'eau-de-vie, la vieille église longue, noircie par le temps, tout prévient en sa faveur. En abordant la cité par le pont de pierre récemment substitué au pont suspendu, on débouche sur un terrain planté d'arbres et connu sous le nom de place du Château.

 Des routes s'y croisent, et les promeneurs l'animent de leur présence. D'ailleurs, les rues sont bien percées, et la population remplie d'aménité. Hors des murs, à l'ouest, du côté des Grand'Maisons, on vient de découvrir des monnaies à l'effigie des anciens Césars, des poteries vernissées, des amphores et toute sorte de débris d'une civilisation depuis longtemps disparue. Mais ce qui, par- dessus tout le reste, surprend l'antiquaire, ce sont les mollusques, les huîtres en claie mises à jour dans ces derniers temps.

 

« A un mètre du sol actuel, parmi des débris de poteries, de tuiles romaines, nous dit le Bulletin des Archives historiques d'avril 1882, on rencontre, sur un espace considérable, des huîtres posées en ordre qui n'ont jamais été ouvertes, etc. »

Notons seulement que le terrain est une sablière et que le problème se discute parmi les savants. Sachant que la mer faisait sentir son flux et reflux à Cognac encore au XVIe siècle, on ne voit pas ce qui s'opposerait à ce que, dans les temps anciens, sous les Romains, par exemple, l'ostréiculture pût exister à Jarnac, ville à peine éloignée de trois lieues de Cognac.

Mais la situation de Jarnac était trop importante pour n'avoir pas attiré l'attention des derniers envahisseurs, les Francs et les Wisigoths. Une tradition constante, mais dont les témoignages n'ont pas été fixés par l'écriture, veut qu'il ait existé un château mérovingien tout à fait sur la crête du coteau qui domine la Charente et la vallée de Lartige, opposée à la première. Le devoir de l'historien s'arrête à mentionner la légende; mais il n'a pas — comme le romancier et le poète — la licence de la défigurer sous prétexte de l'embellir.

De même que Cognac, Jarnac eut de bonne heure ses seigneurs.

Au XIe siècle, c'est Wardrade que nous voyons apparaître. A cette époque où la foi des croisades se mêle aux folles amours et aux désirs de la vie errante, il fallait encore, comme au temps de l'enlèvement des Sabines, savoir opposer la force à la force. Le premier souci des feudataires prenant possession de leurs biens domaniaux, était donc de s'assurer d'une position défensive et offensive inexpugnable.

A défaut de rochers sourcilleux, ils s'entouraient de marais et d'étangs aux sources vives et profondes.

A Jarnac, le nouveau châtelain résolut de diviser le lit de la rivière en plusieurs bras dont il ferait les défenses de son château construit au beau milieu.

Des pont-levis et des herses formidables devaient, dans son esprit, imprimer encore plus de crainte et de respect à ses vassaux. Wardrade, dont le nom seul indique un compagnon de guerre des conquérants, avait épousé Rixendis, dont la piété douce et naïve allait à son coeur. Émus l'un et l'autre de cette émotion qui ébranlait l'Europe en ce moment, ils avaient fait voeu de réaliser une oeuvre pie destinée à attirer sur eux les miséricordes d'en haut.

C'est pourquoi tout aux bords de la Charente, un peu à l'est, ils fondèrent l'abbaye de Bassac.

D'autres soucis les agitèrent bientôt. Tantôt séparés, tantôt réunis, ils prirent part aux luttes et aux intrigues de cette époque. Pour venger l'affront fait au seigneur de Cognac, dont la femme, comme une autre Hélène, avait ébloui les seigneurs dans les tournois, et venait d'être enlevée par les moyens ingénieux qu'elle avait inspirés ou secondés, la noblesse de l'Angoumois s'était précipitée à l'assaut du château d'Archiac, dont le seigneur, principal fauteur de l'évasion, était aveuglé par son amitié pour le seigneur de Barbezieux. Enfin le comte et son épouse, comblés de biens et de jours, s'étaient endormis du grand sommeil en recommandant à leurs fils de faire reposer leurs restes à l'abbaye de Bassac.

Les chants passionnés des troubadours mettaient le feu au coeur des belles et ne savaient point l'éteindre. Vaine, comme la plupart des filles d'Eve, Nobilie, dame de Jarnac, fille d'Hélie, ne s'offensait pas d'entendre célébrer ses atours et ses charmes.

Ithier, de Cognac, fils du seigneur Bardon, était sans cesse en quête d'aventures belliqueuses. Tout cela était dans les moeurs du temps.

C'est à Cognac que Richard Cœur de Lion marie Amélie de Jarnac, fille d'Ithier V de Cognac et héritière de la seigneurie, avec son fils bâtard Philippe de Falcombridge (Philippe FitzRoy).

Voici comment Méchain, auteur généralement assez exact, parle de Jarnac dans sa grande Histoire, au XVIe siècle :

« C'est, dit-il, une petite ville ornée d'un beau château. Messire Guillaume de Craon était seigneur des quatre quints de Jarnac. Ce seigneur eut un fils, nommé Jean, et deux filles : Marguerite fut mariée à messire Guy de Larochefoucauld.

Elle lui porta en dot Châteauneuf, Montbazon et Sainte-More.

 La puînée, Jeanne, épousa Louis Chabot, auquel elle apporta les quatre quints de la seigneurie de Jarnac, le dernier quint ayant été confisqué, en 1350, sur Raoul de Nesle, comte, décapité ou banni pour crime de haute trahison. L'origine des de Nesle était illustre; ils descendaient de Charlemagne et des premiers rois d'Italie, par les femmes. »

Rien donc de plus naturel que la faveur dont ils avaient joui sous les premiers rois capétiens. Rentré dans le domaine de la couronne en 1307, comme tout le comté d'Angoulême, Jarnac était un fief important.

 

l'ancienne enceinte du château de Jarnac

Quant à l'ancienne enceinte du château de Jarnac, elle était des plus restreintes.

Elle commençait à 20 mètres ouest de la rue des Canes ou des Canards, dénommée par erreur rue des Carmes ; elle rejoignait la grand'rue en remontant au nord jusqu'à la porte Saint-Pierre ; elle tournait brusquement à droite, suivait ce qu'on appelle la doue ou rue des Fossés jusqu'au portillon (avenue de l'est) et se prolongeait jusqu'à la porte du château, située à l'entrée de la grande rue, longeant l'église.

 L'enceinte avait neuf tours de distance en distance : la principale dominait la porte Saint-Pierre.

Les caves étaient sous le château ; mais les plus vastes se trouvent encore sous la place et sous les maisons adjacentes.

Longtemps on a pu y pénétrer; aujourd'hui les ouvertures en sont comblées. La seigneurie de Jarnac valait 40,000 livres de revenu et elle s'étendait sur 17 communes.

Le château de Jarnac, reconstruit au commencement du XVIIe siècle, était à peu près exactement où se trouve la tête nord du pont.

Il a eu d'abord quatre tours, puis six ; en 1711, il en avait dix. Il était entouré de fossés; sa porte principale ouvrait du côté nord sur la rue de Condé.

Situé dans une île, il n’était abordable que par un pont-levis. Il y avait pourtant un pont en pierre à deux arches conduisant au grand parterre. Toutes les servitudes se trouvent dans le quartier appelé aujourd'hui quartier des moulins. Le parc de l'Orangerie était tout à l'opposite.

Au contraire, le parc du château s'étendait entre les deux bras de la Charente.

 Il couvrait plus de 50 hectares de superficie. L'ancien bras navigable est aujourd'hui ensablé ; pourtant dans les inondations périodiques, le nouveau bras ne pouvant suffire à l'écoulement des eaux, on vient d'y construire, sur la chaussée, un pont en pierre analogue à celui qui a remplacé, en 1876, le pont suspendu.

Inventaire des meubles du Château de Jarnac dressé le 29 novembre 1762

Le château de Jarnac a été détruit en 1815 pendant l'interrègne qui succéda à la seconde abdication de Napoléon et à la nouvelle rentrée des Bourbons. Et chose plus étonnante, c'est qu'il l'a été en partie par cette même population qui l'avait respecté en 1793 !

Les Cognaçais, appréhendant de voir transférer à Jarnac le siège de la Sous-Préfecture, imaginèrent de faire entendre aux Jarnacais combien ils devaient redouter le retour de leurs anciens seigneurs, retour possible d'un moment à l'autre, tant que leur ancien donjon subsisterait encore; et la réintégration de leurs anciens privilèges.

Les Jarnacais donnèrent dans le piège, et, par une matinée de juillet 1815, tous se ruèrent avec fureur à la démolition de l'ancien édifice féodal.

Au demeurant, Jarnac n'y a rien perdu, sauf la perspective d'avoir la Sous-Préfecture entre ses murs. L'antagonisme entre les administrations locales, expression des espérances et des voeux déçus, quoique à l'état latent, se manifeste quelquefois, mais avec la mesure commandée par le progrès des moeurs; c'est ainsi que d'un cratère mal éteint s'élèvent encore quelques vapeurs ressemblant à de la fumée !

Reprenons le cours de notre récit, aux seigneurs du nom de Chabot.

 Dès 1460, Renaud Chabot, qui avait épousé Marie de Craon, eut un démêlé célèbre avec messire de Courbon, abbé de Bassac. Ce dernier exerçait tous les droits de justice, haute, moyenne et basse sur les vassaux qui relevaient de sa juridiction. Le seigneur de Jarnac en prit ombrage et soutint que lui seul, d'après la coutume du pays, pouvait avoir deux juges, l'un sénéchal, pour ses grandes assises, l'autre prévôtal, pour la justice du second degré.

 Il s'opposait donc à ce que l'abbaye de Bassac revendiquât aucune juridiction dans aucun des fiefs relevant de son château de Jarnac, et, en outre, se croyait fondé à exercer même ce droit sur les terres de ladite abbaye. Des manants de Bassac s'étant battus, Renaud Chabot évoqua l'affaire devant le sénéchal de Poitou.

Ceux de Bassac prétendaient que leur noble monastère avait été doté dès son origine des grandes temporalités et des droits énoncés. Selon eux, le bourg de Bassac était une ancienne ville, etc., etc. Ils terminaient en déclarant qu'ils tenaient leur ville en franche aumône du comte d'Artois. D'où ils ne pouvaient reconnaître d'autre seigneur, etc. Cette flatterie fit son chemin, et le comte de Jarnac fut débouté de sa requête.

Jacques Chabot lui succéda en 1476. Son fils Charles continua glorieusement ses traditions chevaleresques.

Possédant toute la confiance de François Ier, il fut comblé de faveurs et de dignités : nommé gouverneur d'Aunis et de Saintonge, maire perpétuel de Bourdeaux, vice-amiral, etc.

Guy Chabot ne fut pas moins célèbre par son duel avec Louis de Vivonne, seigneur de La Châtaigneraye.

La légèreté et la malignité de la cour avaient recueilli un propos infamant pour le seigneur de Jarnac et sa belle-mère, et cela suffit à mettre les armes aux mains de ces deux gentilshommes. Contre l'attente générale, Guy Chabot renversa son adversaire par un coup d'épée des plus imprévus, en lui coupant les tendons du jarret.

Ce coup, auquel est demeuré le nom de coup de Jarnac, rendit à Chabot la faveur du roi Henri II et des courtisans, engeance frivole toujours prompte à encenser le succès.

Comme autrefois David, vainqueur du Philistin, Guy Chabot suspendit ses armes dans une église de Paris.

De Louise de Pisseleu, soeur de la célèbre favorite de François 1er, il avait eu Léonor Chabot, baron de Jarnac, futur compagnon d'armes de Henri IV.

 Des entremises puissantes portèrent celui-ci à marier sa fille Éléonore, comtesse de Cosnac, avec Louis de Vivonne, descendant de celui que l'un de ses ancêtres avait tué en duel.

 

Nous voici au beau milieu du XVIIe siècle :

La Chronique des Archives locales est loin de s'accorder avec le Dictionnaire de la Noblesse, ce qui nous ôte la confiance accordée la plupart du temps à ces sortes de compilations.

Les Chabot, qui s'étaient signalés dans les guerres de religion, désormais rentrés au sein de l'Église, s'efforçaient de faire oublier la part prise par leurs ancêtres dans les horreurs dont ce pays avait été le théâtre.

Quelle différence !

Au milieu du XVIe siècle, en 1562, l'un d'entre eux avait fait transformer l'église en temple protestant malgré les protestations mal contenues de l'opinion publique, et à. présent, lui et son épouse, Marie de Larochefoucauld, s'empressent de faire baptiser leur enfant suivant le rite catholique et dans la chapelle de leur château.

C'est toujours Auricq qui est curé de Jarnac avant 1626. Juzeau, se dénommant archiprêtre, lui succède en 1629. En peu d'années, on voit Bastard, Caillaud et Fradet. Grandchamp vient en 1640.

A cette époque, Louis Chabot s'intitule seigneur de Jarnac, Montlieu et autres places.

C'est le même qui eut commission d'assembler, en octobre 1651, la noblesse à Coignac. Dès 1648, il avait épousé Marie de Larochefoucauld, fille d'un lieutenant du roi dans la ville d'Angoulême et de Jeanne de Galard de Béarn.

Une branche des Montalembert était restée catholique ; elle habitait alternativement Mainxe ou Jarnac ; elle était très liée avec les Chabot.

Dès cette époque on voit fréquemment les seigneurs de Jarnac présenter les enfants de leurs vassaux sur les fonts de baptême et s'ingénier de toute façon à gagner leur sympathie. La fille d'un nommé Guy et de Anne Thomas, fut de ce nombre.

Aussi la mort de Louis Chabot fut-elle un deuil pour tous ses vassaux. Décédé le 9 octobre 1663, on ne l'inhuma que le 13 du même mois. Il n'avait que quarante-trois ans. Manière, qui était curé de Jarnac, célébra sa piété extraordinaire et les « belles qualités qu'on sçavait désirer en un très digne seigneur.»

Guy-Henri Chabot, qui avait eu pour parrain Henri Chabot, duc de Rohan et pair de France, hérita de la faveur royale. Il s'était allié aux Créqui et mourut en 1690.

Comme curés, après Seguin et Gérou, nous trouvons Desmaisons et Daviaud, de 1676 à 1707.

Toute la cité jarnacaise applaudit, en 1708, à la pompe déployée au mariage de la jeune et belle comtesse de Jarnac, Henriette Charlotte, avec son cousin le comte de Montendre. Ce mariage avait été bénit dans la chapelle du château par Charles Chabot, abbé de Jarnac et tuteur de la jeune épouse.

Les témoins étaient nombreux.

 On y voyait Jean Gaboriaud (des Fontenelles), procureur fiscal de la comté, François Begouin, maître d'hôtel, Charles Rose, bourgeois, Raoul, recteur (curé) de Jarnac, et tous les religieux Récollets.

Les abjurations de protestants furent nombreuses à cette époque ; aussi les récriminations de leurs coreligionnaires ne manquaient pas de se faire entendre.

Le seul cas d'affinité spirituelle que nous ayons eu à constater jusqu'ici (c'est-à-dire celle qui existe entre le parrain et sa filleule) se rencontra en 1731 pour le mariage de Pierre Liard et d'Elisabeth Maurin. Dispense fut accordée par l'évêque de Saintes.

Un sieur Bonnet de Parvilly fut chargé pendant quelques mois de la cure de Jarnac-Charente. Il faisait grande ostentation de ses titres et de ses talents, et signait : « Prieur commendataire de Saint Pierre de Jarnac. » Bodaille, caractère assez original, reprit ses fonctions. Guillotin de La Martière, archiprêtre ! allait, venait et se faisait souvent remplacer. Finalement, on dut l'enfermer pour cause de folie. Il eut pour successeur le célèbre abbé Poujaud dont les faits et gestes réclament un article spécial. Sa nomination ne remonte guère avant 1771.

A partir de 1770 ou 1775 les Chabot se dénomment Rohan-Chabot et se divisent en deux branches.

Jusqu'en 1769, Jarnac n'avait encore que deux cloches, et on en désirait vivement une troisième. Ce voeu fut réalisé.

Le curé de Chassors, desservant Jarnac par intérim, bénit la nouvelle cloche sous le nom de Sainte-Thérèse. Le parrain fut Mgr Charles-Rosalie de Rohan-Chabot, comte de Jarnac, maître de camp, colonel d'un régiment de dragons qui porte son nom, et la marraine, la dame Thérèse Rambaud, épouse de M. le marquis de Girac, seigneur de Bourg.

Cependant toute cette prospérité n'était qu'apparente. Ruinée par les dépenses que son rang lui occasionnait à la cour, la noblesse de province ressemblait à celle des croisades; elle cherchait à se faire de l'argent à tout prix. Heureuse quand elle pouvait redorer son blason par de riches mariages! Cette ressource lui manquait souvent. On le vit bien en 1762. Malgré sa morgue, la vieille douairière fut obligée de mettre aux enchères, tranchons le mot, à l'encan, les objets mobiliers de son château. Cette énumération des vins, denrées et ustensiles de tout genre, y compris les ornements et le mobilier de la chapelle, proh pudor ! atteste un défaut de soin et un délabrement sans pareils. Cela n'empêchait pas l'altière comtesse de le prendre de haut avec ses vassaux, comme pour regagner ainsi ce que sa servilité lui faisait perdre aux pieds du trône de Louis XV, quand elle pouvait parvenir jusque-là ! Ayant donc su que les Jarnacais se permettaient de construire des fours pour y faire cuire leur pain plus commodément, elle écrivit à M. Delamain, ancêtre de M. le maire actuel de Jarnac, sur un ton des plus menaçants :

 

Paris, ce 8 Mars 1767.

Mon cher Delamain,

J'apprends sur votre compte des choses qui me désolent... Songez que votre religion n'est ni celle de l'État, ni celle du roi. Votre profession est noble, puisqu'elle est libre ; mais vous l'êtes de votre personne, puisque vous êtes étranger ; mais votre beau-père est né vassal de nos pères, pas même vassal, car ce titre n'est dû qu'à la noblesse, mais tenancier et manant de la terre de Jarnac ; il ne peut donc se soustraire au plus léger droit imposé, il y a des siècles, par les anciens possesseurs de la terre que ses pères ont défrichée; il doit .savoir que je cède peu,... qu'il lui en arrivera malheur et à tous ceux qui s'y joindront.

J'envoie copie de cette lettre au juge, etc.

Et pensez que la dite comtesse de Jarnac se trouvait débitrice d'une somme assez ronde envers le sieur Delamain qui était son neveu!

On croit que les Delamain avaient suivi en Angleterre Henriette de France allant épouser Charles II. Delamain passait pour avoir excité les manants à construire des fours.

Mais tout fait diversion pour les désoeuvrés. Elle maria son fils, le comte Rosalie, avec une Irlandaise de distinction, en 1776. Celle-ci se nommait Elisabeth Smith. Les de Puyramond, les de Gourville, les La Charlonnie, etc., assistèrent à ce mariage, bénit par le vicaire général Luchet, et qui devait être le dernier reflet des splendeurs seigneuriales.

 

Après le trop célèbre Poujaud, songe-creux, les curés de Jarnac se succédèrent avec rapidité jusqu'à Barbot, qui fut le dernier en 1791. Depuis le rétablissement un culte, Jarnac a vu se succéder plusieurs curés; le premier fut nommé membre du comité de vaccine en 1806, ainsi que le maire et le pasteur protestant. MM. Delor et Cognet ont été les derniers.

Sous leur impulsion, des réparations importantes ont été faites à l'église, qui se composait autrefois d'une nef et de deux bas- côtés.

 En partie ruinée et saccagée dans les guerres de religion, elle n'a point encore retrouvé son ancienne splendeur.

Le clocher est carré, peu élevé, et la façade entièrement faite de moellons grossièrement appliqués. Sous le sanctuaire existe une vaste crypte, d'où l'on retira, durant la période révolutionnaire (le 20 novembre 1793), trois cercueils de plomb (deux grands et un petit).

Le sans-culotte procureur de la commune de Jarnac invita le district de Cognac à faire convertir en balles de calibre le plomb des dits cercueils, afin de s'en servir contre les descendants des privilégiés. Ce procureur s'appelait Albéric Besson, ancien pasteur, réfugié à la mairie comme secrétaire en chef, et puis investi de la dignité de procureur.

On conjecture que ces cercueils devaient être ceux de Guy Chabot (Henri), mort en 1690 ; de Louis Chabot, mort en 1666, et enfin de Louis Chabot, mort à l'âge de seize ans.

Les Bécollets, colonie comme celle d'Areliiac, empruntée sans doute à Cognac, habitaient le local occupé dans ces derniers temps par la gendarmerie et actuellement par les magasins de MM. Delamain. Ils donnaient des missions et suppléaient les curés du voisinage.

Parallèlement à ce mouvement, le culte protestant, mieux organisé à Jarnac que partout ailleurs, tenait régulièrement ses assemblées. Jarnac était dès lors le chef-lieu d'un consistoire, ainsi que nous l'avons dit plus haut.

En 1683, le ministre s'appelait Le Chantre. Il faisait tous les baptêmes avant le prêche du dimanche, ce qu'il n'oubliait jamais de mentionner. Cette époque fut terrible pour le protestantisme : les abjurations et retours au catholicisme furent nombreux. Un certain nombre de familles émigrèrent. Abel Horric, Martin, Jean Liard, Jarousseau, Viala, Besson, etc., sont les pasteurs les plus connus. D'ailleurs, pas d'appellation uniforme : chacun se qualifie à sa guise pasteur, ou ministre du Saint-Évangile, ou pasteur sous la croix.

Quelquefois les modérateurs ou anciens se réunissent, d'après les règlements d'un synode tenu à Jarnac, et contrôlent les registres religieux de leur culte.

Aux derniers jours, c'est Bordes, pasteur de Segonzac, qui baptise Anne-Philippe-Henri Delamain. Albéric Besson, dernier ministre de Jarnac, devint ce que nous avons dit plus haut.

Vernou, Arnou, Viaud Limouzin, Jacques Delamain, furent les officiers municipaux de cette fin du XVIIIe siècle.

Alexandre-Louis-Auguste de Rohan-Chabot n'avait pas attendu tous ces événements pour se réfugier à l'armée des princes, de l'autre côté du Rhin. Il mourut seulement en 1816. Un autre suivit la fortune impériale jusqu'à Moscou et se distingua durant la campagne de France. La faveur royale honora son courage et le fit maréchal de camp en 1828.

Quant au seigneur de Jarnac, militaire lui aussi, il émigra en Irlande parmi ses parents et mourut en 1813.

Un autre enfin, le dernier qui ait porté le titre de comte de Jarnac, figura dans la restitution des cendres de Napoléon en qualité de commissaire du roi Louis-Philippe. Il s'était marié en 1845.

En lui s'est éteinte la branche des Rohan-Chabot.

 

Si Jarnac n'est plus, comme avant 1789, le chef-lieu d'un comté important, il est, en revanche, devenu par son commerce, son industrie, l'agrément do ses relations, une des plus élégantes et des plus florissantes cités de second ordre dont puisse s'enorgueillir le pays Angoumoisin. Ses foires sont animées, sa population a une tournure dégagée et spirituelle dont l'action rayonne au loin.

 L'Hôtel-de-Ville, construit, vers 1872, presque au flanc du coteau, à l'embranchement des routes d'Angoulême et de Rouillac, est le principal édifice de la cité.

Jarnac a repris les armes des Chabot, qui consistent en trois chabots (poissons) sur fond d'argent, aux tours crénelées et maçonnées de sable.

Hérésie de l'abbé Poujaud, desservant de la cure de Jarnac dans la généralité de La Rochelle.

Le sieur abbé Poujaud est né en 1738 à Jarnac, où son père était contrôleur des actes. Son penchant pour la dévotion lui fit embrasser dans sa jeunesse l'institut des prêtres de l'Oratoire ; puis il rentra dans le clergé séculier. Sur le point d'être initié aux ordres sacrés, il écrivit à une de ses tantes qui essayait de le détourner de cette vocation : « Laissez-moi faire, Dieu me destine à de grandes choses. »

En voyant son air mystique et rêveur, l'ardeur qu'il apportait à soutenir les propositions et les thèses les plus originales, ses confrères craignirent d'avoir dans leurs rangs un novateur redoutable. Ils l'engagèrent donc charitablement à rentrer dans sa famille; ce fut en vain. Moins de deux ans après, l'évêché de Saintes l'agréa pour la cure de Jarnac, dont le titulaire venait d'être renfermé pour cause de folie. C'était pour les Jarnacais tomber de Charybde en Scylla.

D'abord son zèle ardent et sa piété vive prévinrent en sa faveur. Sa douceur, son affabilité lui gagnaient toutes les sympathies. Les esprits pénétrants y trouvaient cependant je ne sais quoi d'apprêté et d'alambiqué peu séant à une dévotion sincère et tempérante. On le voyait s'arrêter dans la rue, presser la main du pauvre avec effusion, répandre d'abondantes aumônes, rapprocher les gens divisés, en un mot ne rien omettre pour se faire un rôle hors de pair. Bientôt il cessa de se contraindre : la vanité, le cagotisme, le caractère impérieux, le moi toujours si haïssable, comme dit Pascal, et les instincts du vieil homme de l'Évangile, reparurent.

Il se donna surtout pour un réformateur. Son zèle devint bizarre, original, farouche. Il décora l'église, s'entoura de nombreux officiers, eut une cour d'enfants de choeur aux appas les plus agréables, assigna des jours de réunion pour les confrères, étaya chacun de ses actes de sentences recueillies de l'Écriture sainte, donna tous les jours dans son salon des conférences de spiritualité aux dames du monde et aux jeunes filles; bref, il se proposa de tout métamorphoser autour de lui, hommes et choses. Ayant beaucoup d'esprit naturel et de connaissances acquises, il dogmatisait, et malheur à qui aurait osé prendre pour de simples opinions les oracles qui sortaient de sa bouche ! Le sexe dévot était dans le ravissement ! Les Paula, les Eustochie et autres avaient moins de révérence pour le grand saint Jérôme.

Voulant avoir un homme à lui pour l'instruction de la jeunesse, il entreprit de faire remplacer le maître d'école par un jeune homme de treize ans, qu'il avait nommé chantre et maître des cérémonies. M. le comte de Jarnac voulut lui faire des représentations amicales; mais quelques intrigants lui firent échec.

Un réformateur ayant la tête si près du bonnet, comme on dit vulgairement, devait aller sans cesse de l'avant. Imbu d'idées jansénistes et tertullianistes, il tonna contre le luxe des femmes, défendit l'entrée de l'église à celles qui étaient parées et frisées, et tenta même d'arracher de force les fleurs et les plumes dont elles s'ornaient la tête ou le corsage. C'était un Savonarole d'un nouveau genre, qui se flattait de faire renaître la simplicité des premiers temps.

Son opiniâtreté et son étroitesse d'esprit perçaient jusque dans les moindres détails. Un jour il rentra brusquement dans l'église sans achever la procession, parce que des gens ne s'étaient pas agenouillés comme il l'avait prescrit.

Il ne laissa libre l'entrée du choeur à aucun autre qu'à ses pénitents. Ne pas se confesser à lui, c'était porter atteinte à sa gloire. Son garde (suisse ou bedeau de cette époque) essaya de bousculer un nommé Geay, laboureur de la campagne, qui contrevenait à la défense. Celui-ci, qui certes n'était pas manchot, le paya de retour et le fit pirouetter d'une jolie façon. Sur le champ l'abbé Poujaud monta en chaire pour excommunier le délinquant dans les formes les plus solennelles. Il s'ensuivit un procès scandaleux où l'abbé Poujaud l'emporta, grâce à ses influences. Le pauvre diable dut transiger.

Pourtant tout cela faisait du bruit. On commençait à ouvrir les yeux dans la petite cité jarnacaise. On rit et l'on plaisanta aux dépens du curé. Celui-ci, piqué au vif, traita d'impies et de suppôts de Satan ceux qui épiloguaient, puis il exigea un billet de confession de ceux qui se présentaient à la sainte table. Le sieur Templéreau, procureur de Jarnac, n'en tint pas compte. Aussi l'abbé Poujaud lui refusa net la communion, malgré des instances réitérées.

En raison de l'enchevêtrement des deux administrations, civile et religieuse, on instrumenta contre le curé, qui fut condamné à faire réparation publique. Au lieu de se rendre, il proteste en un langage violent, puis il fait jeter dehors nuitamment le banc du procureur.

Mais voici bien autre chose. Une femme du bourg- de Louzac près Cognac, se croyait possédée du malin esprit et allait voir les curés pour se faire guérir de son maléfice. A peine avisé de ce fait l'abbé Poujaud se met à prêcher sur les possessions, puis il dépêche le nommé Guignebert, greffier de Jarnac, pour faire offrir ses bons offices à cette femme ; car il a entrevu non seulement un moyen de rétablir son prestige, mais de s'élever au plus haut degré de gloire dans l'opinion publique. Le mari, la femme et le fils arrivent bientôt à Jarnac. Le curé les loge au presbytère même, pour avoir un moyen plus expéditif d'études et de communications sur la possédée; en outre, il charge le sieur Guignebert du soin de regarder à travers la porte vitrée en se dissimulant, d'écouter et de noter fidèlement les paroles et les gestes de ces bonnes gens. Les rôles sont savamment répartis. Comme c'est au diable que l'on doit avoir affaire, l'abbé Poujaud dresse un questionnaire et mentionne en face les réponses de l'esprit. Tout se passe à merveille pour éblouir le peuple. L'abbé Poujaud annonce à la foule ce que va dire ou faire cette femme, de sorte que tout le monde en est dans l'admiration. Ceci se renouvelle plusieurs fois ; dès lors il n'y a plus à hésiter, il faut recourir aux exorcismes prescrits par la sainte liturgie. Ces procès-verbaux surprennent l'évêclié de Saintes, où l'abbé Poujaud comptait des connivences vénales, analogues à celles de Jugurtha dans le Sénat romain ; et sans autre information l'évêclié permet les exorcismes.

C'était pour le moins périlleux dans un temps où le sarcasme de Voltaire ébranlait la société religieuse. Néanmoins le sieur Poujaud se voit au comble de ses voeux. Il prêche sur les possessions au milieu d'une affluence énorme et en présence de la possédée, qu'il interpelle et qui lui répond en l'appelant son maître, celui dont les prières lui causent tant de tourments, etc., dans un langage analogue à celui des démoniaques mentionnés aux saints Évangiles.

Désormais, il n'est plus permis à personne de rester indifférent. Tout le monde veut voir l'énergumène ; on vient de très loin, on se presse, on se heurte, c'est un flot mouvant de peuple porté l'un sur l'autre : le nom du curé de Jarnac vole de bouche en bouche.

Les enquêtes et les interpellations se continuent au presbytère, où l'on se dispute l'honneur d'entrer, si bien que le plancher s'écroule sous cette avalanche humaine; il y a une personne de tuée et deux de blessées. Ou n'y fait seulement pas attention. Séance tenante, l'abbé Poujaud annonce que le lendemain il veut communier la possédée pour mieux assurer le succès de l'exorcisme. En malin compère, le diable fait le difficile. Il lutte trois longues heures contre l'abbé Poujaud. La sueur ruisselle à celui-ci par tous les pores. Tantôt la possédée écume et vocifère, tantôt elle paraît épuisée et vaincue pour reprendre ses premiers avantages. Enfin muni d'un couteau, on entr'ouvre la bouche à la possédée et on la communie de force. Les exorcismes continuèrent de novembre 1776 à février 1777.

Cependant le bon sens et une honnête indignation jusque-là comprimés commencent à réagir; ils éclatent avec une force irrésistible non seulement contre le curé de Jarnac, mais contre l'évêché de Saintes, contre l'ignorance crasse qui laisse prostituer l'honneur sacré de la religion à de tels actes de fantasmagorie.

C'était le célèbre Chasteigner de La Châtaigneraye, le rival ou le vassal des chanoines, qui occupait alors le siège épiscopal. En son absence, les vicaires-généraux mandent à M. de Puyramond, lieutenant criminel de Cognac, d'aller mettre un terme à ces impudentes comédies.

La femme de Louzac est ramenée chez elle, et le diable disparaît.

Dès lors l'abbé Poujaud conçoit tout un système de religion. Il insinue qu'il était la terreur du diable, le sauveur des infidèles, un prophète, le second Messie envoyé du ciel en terre pour convertir les Juifs et en former une Église nouvelle avec les Gentils et tous ceux qui n'avaient pas été pervertis par l'Antéchrist ; et l'abbé Genain, son vicaire, devient l'apôtre du nouveau culte.

L'abbé ne s'en tint pas là. Pour faire taire les mauvais plaisants il envoya secrètement à Louzac pour obtenir des médecins une attestation comme quoi la maladie de cette femme n'avait rien de naturel; mais tous surent résister aux présents et aux sollicitations.

Un autre champ non moins vaste s'ouvrait à l'étrange activité de ce fanatique : nous voulons parler du cercle de ses réunions privées. Là il ne parlait que de possessions, d'obsessions du démon. Il avait mis aux jeûnes, à la retraite, au recueillement le plus absolu, de jeunes personnes sur lesquelles ses prédications faisaient un effet désastreux; de sorte que bientôt une douzaine de dévotes, de celles que le peuple appelle menettes (pharisiennes ou fidèles-graves, plus quintessenciées en religiosité que les autres), eurent des syncopes, des spasmes, des convulsions et prophétisèrent. On les vit courir les rues avec agilité, persuadées qu'elles étaient mues par un esprit.

Le cas devint fort embarrassant pour l'abbé Poujaud. Il se mit à sophistiquer, à subtiliser, à recourir aux distinctions de la scolastique la plus raffinée.

Chez ses chères ouailles, la possession annonçait l'épreuve, la prédestination; chez les autres, c'était un signe de réprobation manifeste. Dès lors le champ devint libre à toutes les extravagances ; l'église fut comme autrefois le cimetière de Saint-Médard, un théâtre où les convulsionnaires abondaient. Craignant pourtant de voir ses plans contrariés, le sieur Poujaud séquestra ses dévotes dans la sacristie, et c'est là qu'il célébra, comme dans un cénacle, loin des profanes, des mystères nouveaux et pour ses seules initiées. En gros benêt qu'il était, l'abbé Genain l'aidait de toutes ses-forces.

Le sieur Poujaud leur apprit certains termes cabalistiques, grâce auxquels elles passaient de l'état naturel à celui de sublimes prophétesses, etc., et le diable devint ainsi par les rues de la ville l'apologiste des vertus de l'abbé Poujaud.

Les dames du haut rang jouissaient de faveurs plus signalées encore : elles avaient des extases, des visions : comme Daniel, elles lisaient dans les conseils de Dieu ou pénétraient le secret des coeurs, etc., etc. Plusieurs mères de famille, tout entières à ces nouveautés, mettaient de côté les devoirs les plus essentiels, les plus sacrés de leur état, envers leur mari et leurs enfants. Les jeunes filles franchissaient les clôtures comme des oiseaux attirés au festin de l'Agneau et ne tenaient aucun compte des défenses qu'on leur avait appris à mépriser. Une minorité fougueuse se fût fait hacher pour cet hiérophante insensé.

A bout de patience, les gens sérieux songeaient de toute part à mettre un terme à des abus si monstrueux et sur lesquels l'autorité ecclésiastique fermait les yeux si bénévolement. On commença par nommer de nouveaux marguilliers. L'abbé Poujaud contesta la validité de l'élection d'abord au présidial d'Angoulême, puis au Parlement de Paris.

Avec son ferme et haut bon sens, le comte de Jarnac revint à la charge, le pressa de toutes les façons les plus amicales, lui offrit même une retraite honorable chez lui, le menaça d'user de son crédit pour le forcer à se démettre; rien ne put vaincre son obstination ni faire fléchir la confiance qu'il avait en son rôle d'inspiré. Fier des protections qu'il s'était faites à l'évêché et fasciné par les sympathies de son clan de fidèles-graves, élues de ce temps, il résolut de braver l'orage. Au paroxysme de l'exaltation il monte en chaire, dénonce les projets de ses adversaires, déclare qu'aucune puissance ne l'arrachera du milieu de son troupeau ; que Dieu parlait par sa bouche et qu'il lisait dans l'avenir, etc. Ses prosélytes redoublent de jeûnes, de macérations et d'austérités. Il leur parle avec plus de véhémence que jamais, leur explique les secrets des temps, la fin du monde, etc.

Il bénit en surplis la maison de la veuve Desbordes, ses deux filles encore jeunes, la demoiselle Maurin, la nommée Rousseau, toutes ses confidentes intimes, comme prémices de la nouvelle Jérusalem, et il y prend son logement.

Il leur dit qu'en qualité de second Messie et époux des Églises Juives et Gentilles, il établit la demoiselle Rose comme mère de la première, et la demoiselle Maurin comme mère de la seconde. Leurs compagnes envient leur bonheur et chantent le Magnificat. Puis il marie la demoiselle Rose avec Guillet, son domestique, et il lui fait encore épouser la demoiselle Maurin, comme son propre représentant, afin de figurer son mariage futur avec les deux Églises. La partie comique de ce mariage, dit toujours M. de Puyramond, auquel nous empruntons tous ces détails ineffables, c'est que Rose devait rester vierge, quoique étant la plus jolie, pour mieux figurer la vierge Marie, mère du Christ. L'abbé Genain ne gagna point de femme à tous ces arrangements, mais on lui assigna le rôle d'Énoch, lieutenant du nouveau royaume.

L'abbé Poujaud prédit sa passion et sa mort et ensuite la fin du monde pour l'année 1788. trois ans après son propre crucifiement.

Quand il sut qu'on voulait l'arrêter, il se réfugia à Limoges ; de là il écrivait, comme saint Jean de l'île do Pathmos, des épîtres qui faisaient fondre en larmes la nouvelle chrétienté jarnacaise.

Il avait projeté de s'enfermer dans la crypte de l'église, d'y demeurer quarante jours, d'apparaître en chaire le jour de Pâques ou de l'Ascension et de disparaître aussitôt par une boîte cylindrique à double fond adhérente à la chaire ; mais tout avorta, aussi bien que les tracasseries suscitées à ses successeurs par ses pythonisses.

Les malheureuses ne se confessaient plus. Dieu leur ayant révélé que leurs péchés ne leur étaient pas imputés dans la privation de leur pasteur. Les principaux du parti jouaient le rôle de prédicants de maison en maison. Malgré leur délicate constitution, les menettes firent le voyage de Saintes pour faire réintégrer leur pasteur et pour assister à l'inauguration de la nouvelle union des Juifs et des Gentils. La doctrine de l'abbé Poujaud fut examinée par l'autorité royale. Lui-même fut d'abord enfermé à Vincennes; puis il fut, dit-on, banni et disparut. D'autres croient qu'il se rendit à discrétion et qu'on le fit passer aux oubliettes.

Ainsi finit un homme comblé de tous les dons de l'intelligence, mais auquel il manqua ce vulgaire bon sens qui court les rues et que n'attrape pas qui veut.

Toute sa doctrine, qui forme, comme celle de Jean Huss et d'autres hérésiarques, presque tout un volume, se réduit à l'insuffisance de la rédemption du Christ, à la nécessité d'une seconde par l'entremise d'un nouveau Messie, qui est lui-même. Le reste n'est qu'accessoire.

Ainsi l'humanité tourne dans un cercle où les esprits originaux font un peu de bruit et se dissipent ensuite comme de la fumée. L'épisode jarnacais s'est reproduit sous nos yeux, dans plusieurs de ses incidents, en une foule de paroisses, et il ne cessera jamais de se renouveler ici-bas.

 

 

 

Histoire de Cognac, Jarnac, Segonzac et d'un grand nombre de localités entre Saintes et Châteauneuf, Archiac et Rouillac, Pons et Saint-Jean d'Angély, dans leurs rapports avec l'histoire générale de la France, depuis les temps celtiques jusqu'à l'an 1882 , par l'abbé Cousin,...

Dame Catherine de La Rochebeaucourt, comtesse de Jarnac, veuve de messire Louis Chabot, chevalier, seigneur de Jarnac et autre lieux (1), gravement malade, dicta son testament, dans un esprit de haute sagesse et de profonde raison, le 22 janvier 1668, à maitre Pierre Filhou, notaire royal héréditaire, demeurant à Angoulême (2).

Le lendemain, le même notaire dressa, sur la demande de la comtesse, « inventaire des meubles et effects de la succession dudit feu seigneur comte de Jarnac, son mari, et des siens. »

Environ trois mois et demi après, la dame comtesse de Jarnac mourut, et, le 7 mai de la même année (1668), ledit maitre Filhou, mandé exprès, procéda au récolement (3) du susdit inventaire, sur la requête de messire Guy – Charles Chabot, chevalier, seigneur abbé de Jarnac, tuteur et curateur honoraire des enfants mineurs de la dame comtesse de Jarnac.

Cet inventaire a été fait avec beaucoup de soin et de précision, comme la plupart des pièces similaires. Un grand nombre de ses articles causeront des regrets aux amateurs de belles choses ou piqueront leur curiosité ; quelques-uns feront sourire ; l’ensemble fournira des renseignements positifs et intéressants pour l’étude de la vie domestique des châtelains au XVIIe siècle (4).

 

Accueillis toujours avec attentionpar les gens d’étude, de tels documents sont précieux pour l’histoire de la société à travers les âges : ils ouvrent un aperçu large et lumineux sur le monde qui, jadis, était là.

On pénètre ainsi dans la maison héréditaire de ceux que,  cent ans plus tôt, Nicolas Rapin eut qualifiés « gentilshomme champestres » (5) ; ou les surprend dans la réalité flagrante de leur train d’existence, prévoyants d’ordinaire, menant la vie douce, facile, qui subissait à de longs intervalles et très faiblement l’impulsion de la Cour et de la Ville ; on suit les transformations imposées par le temps à leurs manoirs féodaux, ordonnancés à la moderne, suivant la loi de l’inévitable mode, et l’on porte un diagnostic certain sur leurs goûts et sur leur manière de vivre.

Possesseurs en fiefs de domaines très étendus, ils savaient et compter et supputer les chances des récoltes ; ils connaissaient l’ordre et l’économie même excessive. Le rôle d’administrateur de ses biens ne paraissait pas à ces personnages indigne d’un « haut et puissant seigneur » ; et, tandis que le paysan, méconnaissant  son bonheur (6), cultivait ses quelques perches d’une terre généreuse, le seigneur de Jarnac, entre autres, aimait les affaires de son terrier, s’en mêlant avec adresse et entente.

On croit, en général, que les châteaux particuliers étaient richement meublés, et l’on s’imagine qu’au

 

 

XVIIe siècle, et au XVIIIe surtout, ils se trouvaient ornés à l’instar de Versailles, de Louvecienne et de Marly ;

C’est là une erreur persistante, due certainement aux romans de cape et d’épée. Aux seuls grands seigneurs et notamment aux fermiers généraux de puissante envergure les « habitations de campagne », les « pavillons » dressés par les architectes en renom et décorés par des artistes réputés ; mais dans notre province d’Angoumois les « matadors » (7) de la finance ne résidaient pas, et, à part un petit groupe d’héritiers de haute race, le sol appartenait à une foule de maigrelets personnages du Corps de Ville (8) qui vivaient chichement, - après avoir payé plus ou moins leurs « lettres de nobilitation », quand le roi (L’Etat) avait besoin d’argent.

Les archives départementales (pour ne citer que celles-là) comprennent de très nombreux inventaires notariés, de différentes époques, témoins irrécusables qui s’inscrivent en faux contre des descriptions fantaisistes et les annihilent. Ils prouvent que les « privilégiés » de l’ancien régime, restés ou retirés dans leurs terres, menaient, comme nous l’avons déjà constaté, un train d’existence moins opulent qu’on se le figure volontiers ; - qu’ils dirigeaient leur maison « en bons pères de famille » et n’étaient qu’un luxe relatif.- suffisant toutefois pour émerveiller les braves gens d’alentour et alimenter les chroniques populaire (9), faites, le plus souvent, d’exagérations et de malignité.

 

Mais les résidences seigneuriales de La Rochefoucault, de Verneuil (10), de Jarnac, et sans doute de Bouteville, faisianet exception en Angoumois et tranchaient superbement sur l’ensemble des gentilhommières de ce pays.

La seigneurie de Jarnac y occupait une première place (11)

Son château contenait le mobilier de ses suzerains et celui provenant de la succession de leurs alliés ; il possédait ainsi des objets de prix dont l’inventaire suivant donne l’énumération intermittente,- ce qui rompt la régulière monotonie d’un tel dénombrement.

 

 

Ces « meubles » et ces « effets » d’époques et de valeurs diverses, conservés sous le même toit, provoquent les réflexions philosophique de l’observateur : il y trouve un reflet de l’esprit et du caractère des personnes qui les ont réunis ; ils aident singulièrement à retracer la physionomie des vieilles mœurs ; ils sont, pour ainsi dire, les jetons de présence des générations précédentes, dont on se plait à retrouver les traces et que l’imagination fait revivre.

Comme d’autres choses, le mobilier emprunte à son temps la solidité ou la seule élégance, - la sévérité ou la légèreté ; l’harmonie éclate partout dans ces créations d’un usage soit familier, soit domestique. Les périodes de transition, même celles de la décadence, frappent d’une empreinte caractéristique tout ce qu’elles façonnent ; elles portent dans leur manière de composer, d’inventer ou d’accommoder, un tour de main reconnaissable, et l’on voit dans le style de ces ouvrages non seulement le cachet de l’ouvrier, mais, de plus, le sceau de celui qui les a commandés. Et de même que la composition d’une bibliothèque fait connaitre celui qui l’a formée, un mobilier révèle celui qui l’a choisi. Là encore, « le style, c’est l’homme » !

 

Rien n’est plus aisé à contrôler que cette assertion à partir de ces quatre derniers siècles.

Essayons :

La renaissance- Le style antique renaissait alors avec des accents nouveaux et (l’on commence à reconnaitre) avec désinvolture originalement française, malgré l’invasion italienne ; la phalange des ciseleurs suivit la Pléiade des poètes.

L’époque Louis XIII- La sobriété du style des pièces d’ameublement, leurs formes sévères répondaient à la sévérité officielle, apparente des idées. On les croirait façonnées selon les préceptes de Port-Royal. Elles appartiennent bien à l’ère du jansénisme.

 

Le siècle de Louis XIV – Solennel ! Le peintre Charles Le Brun (12), dont il est plus facile de plaisanter la perruque, sa contemporaine, que de nier l’œuvre vraiment considérable, Le Brun- ce Boileau des arts du dessin et de la plastique- partout y affirme son influence autocratique et féconde. C’est le « siècle » du « ROI soleil » Les artistes pensent librement, mais la symétrie dirige leur essor et discipline leur esprit. L’ordonnance pompeuse est chargée de tous les plans et projets : depuis le passage du Rhin PAR LES ARM2ES DU roi, jusqu’aux admirables sertissures des chefs-d’œuvre de Boulle.

La Régence- Sorte d’interrègne, durant lequel Nicola Pineau, sculpteur ornemaniste d’une supériorité évident (13), inventa le « contraste dans les ornements ». n’y avait-il pas aussi « contraste » entre cette cour viveuse et sceptique et la cour prude, sèche, faite ermite, de Mme de Maintenon (14), qui venait de disparaitre ? Watteau succède à Le Brun ! …

Le règne de Louis XV – Saison charmante des petits maitres de l’Art et du fracas des étoffes :

Printemps prolongé, excessif des chutes de roses, des « jolités » pimpantes. Une femme- d’esprit, après tout, - Mme de Pompadour, régenta le goût pendant ses longues heures de triomphe ; mais les imitateurs de Nicolas Pineau exagérèrent ses « inventions » et produisirent des ouvrages ou l’enflure, la bouffissure remplacèrent la facture exquise du maitre.

Un mot seulement du mobilier Louis XVI, de style plus sobre, aux formes amenuisées, gracieuse, parfois simples ; temps de la passion du champêtre rectifié (champêtre à l’usage des gens du monde), de l’idylle florianesque, des  berquinades innocentes, mais aussi des vipères embusquées sous les fleurs ; jours rapides d’insouciance ou Versailles croyait à « l’universelle paix » de M. de Saint Pierre ! …

Ensuite la période révolutionnaire avec ses réminiscences du ci-devant genre et ses souvenirs de la campagne d’Egypte exprimés par des figures de sphynx.

Puis le style « premier Empire », dont David fut le législateur sur l’invitation du Grand Capitaine. Le meuble devint massif et somptueux ; l’aigle impériale domina les frontons : la Gaule pris sa revanche de l’ancienne Rome.

Pendant le gouvernement de Louis-Philippe, le meuble se montra moins balourd que sous Louis XVIII et sous Charles X ; ce fut le triomphe de l’acajou. Le glorieux romantisme s’épanouit : le meuble affecta des airs gothiques.

Enfin, depuis une quarantaine d’années, durant cette période inconstante, d’allure dissemblable, rien, ni dans l’architecture, ni dans le mobilier, ne révèle un style personnel, de caractère propre : il est fait d’emprunts, de pastiche merveilleusement réussis et qui sont la gloire de l’ébénisterie française de notre temps. ……

 

Il existe aux Archives départementales de la Charente un autre inventaire d’une époque ultérieure : l’ »inventaire de la vente des meubles, cloisons et autres du château de Jarnac, le 12 germinal Au 2e »

Le château fut alors vidé ; il n’en resta que la carcasse : lambris, portes, fenêtres, planchers, toutes « les boizeries et menuizeries » furent adjugées au plus offrant ; les carreaux de faïence et les pavés de terre non vernissée subirent le même sort. Les acquéreurs ne se pressèrent pas ;  la vente se prolongea.

 

 

 

 

Inventaire des meubles et effets existant dans le château de Jarnac en 1668

 

Aujourdhoy vingt troisiesme janvier 1668, par devant moy nore royal en Angoumois soubsigné, estant en la ville de Jarnac, a comparu Me Hélie Rangeard, sénéchal et juge dud. Jarnac, lequel, comme ayant charge de haulte et puissante dame Catherine de Larochebeaucourt, vefve de hault et puissant mre Louis Chabot, chevallier, seigneur comte de Jarnac, Marouast, Grésignac, marquis de Sousbran, Clion, Sommersac, Semillac et aultres places, conseiller du Roy en son conseil, mareschal de ses camps et armées, m’a requis voulloir me transporter au chasteau dud. Jarnac, à l’effect de faire inventaire des meubles et effectz de la succession dud. feu seigneur comte deJarnac, son mary, et des siens, ce que je luy ay accordé : où estant en la chambre où lad. dame fait sa demeure, icelle estant au lit, à cauze de son indisposition, elle a requis de voulloir présentement procedder aud. inventaire, et déclaré n’estre point besoing de prendre d’apréciations, attendu qu’elle ne fait faire led. inventaire que pour conserver lesdictz meubles et effectz à messire Guy Henry Chabot, chevallier, seigneur comte de Jarnac, son fils aisné, auquel ilz appartiennent comme principal héritier dud. feu seigneur comte de Jarnac et d’elle, suivant le testament mutuel par eux fait, le vingt troisiesmo septembre 1665, reçu..., nore royal, et du condicllle de lad. dame du jour d’hier, reçu mesme nore que ces présantes, auquel inventaire avons proceddé en présence de mre François Chabot, chevallier de Jarnac, beau frère de lad. dame, ainsy que s’ensuit :

Premièrement :

Estant en la chambre de lad. dame comtesse de Jarnac, appelée la Chambre des griffons, avons trouvé :

1. Une pettite table de bois de nouhier sur quatre collonnes torses paintes en noir, et un guéridon de mesme bois et façon.

  2. Plus un petit cabinet d’Allemaigne fait avecq des tiroirs.

  3. Plus un châlit de bois de nouhier, sur lequel il y a un lit de plumes avecq son traversin et un matellas de layne couvert de futayne d’un costé, et de l’autre de toille de chanvre, le tout presque neuf, et deux autres petis matellas dessoubs ledit lit, la garniture dud. lit estant de sarge noire faite à housse, avecq deux couvertes de layne, avecq deux linceulx de toille de chanvre fort déliés.

  4. Plus un fauteuilh garny de pleume écoytis, avecq sa housse de sarge noire.

  5. Plus un autre petit fauteuilh de la mesme façon, sans housse.

  6. Plus deux petis sièges plians, avecq leurs housses de sarge noire.

  7. Plus cinq vieilles pièces de tapisseries de haulte lisse, où les Sibilles sont représantées.

  8. Et dans la chambre quy est joignant celle de lad. dame, séparée par un méan (sic) de table, avons trouvé une petitte table de bois de nouhier, my uzée.

  9. Plus un châlit de mesme bois, my neuf, sur lequel s’est trouvé un lit de plume aveq son travorsier, le coytis ouvré, my uzé, et un aultre petit lit sans traversier, fort uzé, aveq un matellac de layne couvert de futayne d’un costé, et de toille de chanvre de l’aultre, fort vieux, deux linceulx de toille de chanvre, my usés, deux couvertes de layne blanche, l’une presque nefve et l’aultre fort petite, vieille et uzée, aveq la garniture dudict lit de sarge vert brun, doublée de taffetas, le tout fort vieux et uzé, le siel dudict lit de mesme façon et estoffe, aveq sa paillasse.

  10. Plus un petit cabinet de bois de nouhier, fort bas, vieux et antique, fermant à deux pands, avecq une serrure seullemant.

  11. Plus un vieux behu fort uzé et rompu.

  12. Plus cinq petittes chesses garnyes de coëtis, avecq leurs housses de sarge rouge, fort uzées.

  13. Plus deux faulteuils et deux meschantes chaisres, sans housses.

  14. Plus deux gros et grands chaisnaix garnys de cuivre, aveq une petitte plaque de fert servant de garde fouyer.

  15. Plus cinq pièces de tapisseryes de Belgame, fort vieilles et uzées.

  16. Et de lad. chambre nous nous sommes transportés dans la grande chambre sur la salle y joignant, où nous avons trouvé deux tables carrées de bois de nouhier, sur leurs traictaux, fort vieilles et uzées, avecq deux tapis, un noir et l’autre vert, le tout de sarge.

  17. Plus un grand cabinet d’esbeyne, presque neuf, fermant à clef.

  18. Plus un grand chaslit de bois de nouhier, presque neuf, sur lequel y a un lit de pleume aveq son traversier de coëtis presque neuf, aveq un matellac de layne, garny de futayne d’un costé, et de toille de l’aultre, my uzé, une couverte de layne blanche, presque neufve ; ledit chaslit garny de sa garniture de sarge noire, aveq une couverte bardant, le siel de lit de mesme estoffe, et une paillasse.

  19. Plus six chaisres et trois fauteuilhs et quatre sièges plians garnys de coëtis et de leurs housses de sarge noire, fort uzées.

  20. Plus six pièces de taplsserye de sarge noire, presque neufves.

  21. Plus deux petiz chesnez de cuivre et une grande plaque de fert.

  22. Plus un lit à buffet, de bois de nouhier.

  23. Plus un meschant coffre fait en façon de béhus, fort vieux et uzé.

  24. Et de ladite chambre sommes entrés dans le vestibulle d’ycelle, où nous avons trouvé une table de bois de sappe, sur un trayteau plian.

  25. Plus dix chaisses garnyes de tripes de vellours, my uzées.

  26. Plus six pièces de tapisseryes de sarge noire, fort uzées.

  27. Plus un grand et vieil beus fermant à clef, dans lequel s’est trouvé une douzaine de serviettes de chanvre, my uzées.

  28. Plus quatre douzaines de serviettes de chanvre, neufves.

  29. Plus deux douzaines et demye de serviettes de lin, dont il y en a deux douzaines neufves et demye douzaine my uzées.

  30. Plus vingt deux douzaines d’aultres serviettes, ouvrées, my neufves.

  31. Plus huit napes de toille ouvrée, my neufves.

  32. Plus deux nappes de toille de chanvre unyes, neufves, et deux aultres nappes de toille de lin, my uzées.

  33. Plus un aultre beûs dans lequel s’est aussy trouvé seize linceulx de chanvre neuf, lequel beûs ferme aveq deux serrures et deux clefs, couvert de cuir.

  34. Plus s’est aussy trouvé dans ledit behu deux douzaines de nappes de chanvre, neufves.

  35. Plus unze linceulx de toille de Paris, presque neufs.

  36. Plus un aultre petit coffre de bois marquetté, fermant à clef, my uzé, dans lequel ne s’est trouvé aulcune choze.

  37. Et dudit vestibulle sommes entrés dans la chambre des enfans, où nous avons trouvé une petitte table carrée, de bois de nouhier, avecq son traicteau de mesme bois.

  38. Plus un petit chaslit de bois de nouhier, sur lequel s’est trouvé un lit de pleume aveq son traversier de mesme qualtité, my uzé.

  39. Plus un matellac de layne couverte de fustayne d’un costé, et de l’aultre de toille my neufve, aveq une couverte de layne blanche, aussy my neufve, aveq une paillasse ; la garniture duquel lit est de sarge verte, fait a housse.

  40. Plus un aultre chaslit de bois de nouhior, sur lequel y a un petit lit de pleume aveq son traversier my neuf, aveq un mathelac de layne, garny de fustaine d’un costé, et de l’aultre de toille, aveq deux petittes couvertes de layne blanche, my neufves ; la garniture duquel lit est de sarge verte, fait à housse, fort uzée.

  41. Plus un aultre petit chaslit de mesme bois que les aultres cy dessus, sur lequel s’est trouvé un petit lit de pleume aveq son traversier my neuf, aveq deux couvertes blanches, presque neufves, et une paillasse ; la garniture duquel lit est de sarge verte, faite à housse, my uzée.

  42. Plus un aultre petit chaslit de mesme bois, sur lequel y a un lit de pleume aveq son traversier, aveq deux couvertes de layne, l’une blanche et l’autre rouge, aveq sa garniture de mesme estoffe et de la mesme façon que les aultres cy dessus, aveq une petitte paillasse.

  43. Plus un autre petit chaslit de mesme bois, sur lequel y a un lit de pleume aveq son traversier my neuf, et un mathelac de layne couvert de fustayne d’un costé, et de l’aultre costé de toille, my neuf, aveq deux couvertes de layne, l’une blanche et l’aultre jaulne ; la garniture duquel lit est à housse et de semblable estoffe que les aultres préceddants. Sur Iesquelz liz y a six linceulx de toille de chanvre, my uzés.

  44. Plus un petit behu fermant a clef, dans lequel il n’y a que les chemizes et aultres ardres servant a l’uzage de ladite dame.

  45. Plus trois chaisses de paille et une chaise de bois, sans garniture.

  46, Plus deux petiz chesnaix de fert et une demye plaque de fouyer et une petitte paile de fert.

  47. Plus six pièces de tapisserye de haulte lisse, à grands personnages, fort vieilles et uzées, et deschirées en divers endroitz.

  48. Plus un petit cabinet de bois de nouhier, fermant à clef, fort vieux et antique, servant à mettre des confitures.

  49. Et de ladite chambre sommes entrés en son antichambre, dans laquelle nous avons trouvé une vieille table de bois de nouhier, sur deux traicteaux, fort uzée et pourrye.

  50. Plus deux petiz cabinets de bois de nouhier, fermant à clef, dans lequel il ne s’est trouvé aulcune chose.

  51. Plus un vieux buffect de bois de sape quy n’a que quatre tirettes.

  52. Plus deux petis behus, fort vieux et uzés, fermant à clef, dans lesquels il ne s’est trouvé aulcune chose que le linge servant à l’uzage des petis. 53. Plus un petit coffre de bois de nouhier, fermant à clef, fort vieux et uzé, dans lequel ne s’est trouvé aulcune chose.

  54. Plus une petitte cuvette de cuivre, fort vieille et uzée.

  55. Et de ladite chambre nous sommes transportés dans la grande gallerye quy regarde d’un bout sur la prérye, et de l’autre bout sur la basse cour du chasteau, dans laquelle avons trouvé trois grands vieux coffres d’armoire rompus, deschirés et brizés, dans lesquels il ne s’est trouvé aulcune chose.

  56. Plus un petit cabinet de bois de sape, quy a une serrure sans clef, my neuf.

  57. Plus une petitte table de bois de sape, sur son traicteau, fort vieille et uzée.

  58. Plus un fourneau à pied, de cuivre, servant à distiller de l’eau de rozes (15)

  59. Et de laquelle gallerye sommes entrés dans la chambre de la tour, en laquelle ledit seigneur chevallier de Jarnac fait sa demeure, où nous avons trouvé deux petittes tables de bois de sape, avecq deux meschans tapis, l’un vert et l’autre gris, lesquelles ledit seigneur chevallier a desclaré luy en apartenlr une.

  60. Plus un chaslit de bois de nouhier, sur lequel s’est trouvé un lit de pleumes avecq son traversin, un matellac de laine, deux couvertes de layne blanche, une courtepointe, aultrement couverte, bardante, de sarge verte, avecq le tour et garniture dudit lit de mesme sarge, fait à housse, deux linceux de toille de chanvre et une paillasse, des quelles choses ledit seigneur chevallier a desclaré luy appartenir le chaslit, le matellac, l’une desdites couvertes et la paillasse.

  61. Plus deux petiz chaisnaix de fert.

  62. Plus trois pièces de vieilles tapisseryes faites à l’antique, deschirées en plusieurs endroiz.

  63. Et estant montés au dessus de ladite chambre, s’est trouvé un petit chaslit couchette, sur lequel il y a un lit de pleume avecq son traversin, une paillasse, deux linceux de grosse toille, neufz, et une meschante couverte de layne blanche, fort uzée et deschirée.

  64. Plus un pair d’armoires de bois de sape, fermant à clef, estant à deux pandz.

  65. Et de ladite chambre nous nous sommes transportés dans la chambre de la tour, à l’autre bout de ladite gallerye, dans laquelle avons trouvé une petitte meschante table à tirette, de bois de nouhier, sur laquelle y a un meschant tapis de tapisserye.

 

  66. Plus un chaslit de bois de nouhier, sur lequel y a un lit de pleumes avecq son traversin, un matellac, le tout fort uzé ; ledit matellac estant de Iayno ; deux couvertes de layne blanche, fort uzées, avecq une paillasse. La garniture duquel lit est de sarge vert brun garny de bandes en broderyo, la frange estant de layne et sa crespine en soye et layne, et les rudaux de simple sarge verte, avecq la couverte bardant, de mesme estoffe ; trois verges de fert, deux linceulx de toille de chanvre, my uzés, et le siel dudit lit de grosse toille.

  67. Plus un aultre petit chaslit de bois de nouhier, my uzé, sur lequel s’est trouvé un meschant lit de pleumes avecq son traversin, deux meschantes couvertes de layne blanche, avecq la garniture de sarge verte, fait à housse ; ledit chaslit estant foncé hault et bas.

  68. Plus un petit fauteuilh et deux chaisres de bois, garnyes de meschante sarge rouge, fort uzée.

  69. Plus deux chesnez de fert, fort uzés.

  70. Plus trois pièces de tapisseryes de haulte lisse, fort vieilles et uzées, faites à personnages.

  71. Et de ladite chambre nous nous sommes transportés dans la chambre voultée, de laquelle Monsieur l’abbé de Jarnac fait sa demeure, où nous avons trouvé une vieille meschante table, sur laquelle y a un meschant tapis fort vieux et rompu ; ladite table de bois de nouhier faite à tirette, fort vieille et uzée.

  72. Plus un chaslit de bois de nouhier, foncé hault et bas, sur lequel il y a deux couvertes de layne blanche my uzée, et deux linceux de toille de chanvre. Les matellacz et autres meubles estant dans ladicte chambre, appartenant audict seigneur abbé, à la réserve des deux petiz chesnaix de fert.

  73. Et de ladicte chambre sommes entrés dans l’antichambre d’ycelle, où nous avons trouvé un chaslit de bois de nouhier, foncé hault et bas, my neuf, sur lequel s’est trouvé un meschant lit de pleumes avecq son traversiez un meschant matellac de layne, deux meschantes couvertes de layne blanche, la garniture faite à housse, fort vieille et fort rompue, de sarge.

  74. Plus un autre chaslit de bois de nouhier, aussy foncé hault et bas, entourné de deux linceux de grosse toille, avec un traversier de pleumes.

  75. Plus deux petiz beheus fermant à clef, fort vieux et uzés, dans lesquels il ne s’est trouvé aulcune chose.

  76. Plus un pair de vieilles armoires, fort vieilles et rompues par le bas.

  77. Et de ladite antichambre nous nous sommes transportés dans la chambre au grand alcauve, ou nous avons trouvé une table de bois d’ollivier, avecq son cabinet dessus, et deux guéridons de mesme bois, le tout neuf.

  78. Plus une autre petite table de bois de nouhier, avecq deux guéridons de mesme bois, ladite table bordée de fillez d’esbeyne, le tout neuf.

  79. Plus une autre table de bois de nouhier, aussy neufve.

  80. Plus un chaslit de bois de nouhier, neuf, sur lequel y a une paillasse, deux liz de plume avecq leurs traversiers, presque neufz, avecq deux matellaz de layne, couvert d’un costé de futayne, et de l’autre costé de toille, l’un desdits matellas estant plié dans un gros linceux uzé, plus une couverte de layne blanche, presque neufve, autour duquel chaslit y a une housse de camellot de la Chine, avecq trois verges de fert, le siel duquel lit est de toille ; plus s’est trouvé sur ledit lit une garniture de sarge vert brun, garnye de bandes et broderye de soye.

  81. Plus un petit chaslit couchette a repos, de bois de nouhier, sur lequel y a deux petiz matellacz, de deux pieds de large chascun, de layne, couvert de toille.

  82. Plus douze fauteuilhs de bois de nouhier, garnis de plumes et de coëtis, avecq leurs housses de petitte moquette.

  83. Plus six aultres fauteuilhs avecq douze chaises, façon d’esbayne, clissés de jon de Flandres, avecq cinq coissins couvertz de damas.

  84. Plus six chaisres de bois de nouhier, garnyes de tripes de vellours.

  85. Plus deux chaisnaix garnys de cuivre.

  86. Plus deux grands rudaux de camellot blanc, servant aux croisées.

Et, attendu la nuit, nous avons remis la continuation dudit inventaire à demain, et nous sommes retirez ez présance de Thoumas Yvert, me apre, demt au village de La Chaux, pairoisse de Mainxe, et de François Gerureau de la Touche, demeurant audit Jarnac.

[Signé :] C. de LAROCHEBEAUCOURT, — François CHABOT. — RANGEARD.—T. YVER. — F. GERUREAU. — FILHON, notaire royal héréditaire.

 

Et, advenant le vingt quatriesme jour de janvier audit an, en continuant ledit inventaire de ladite chambre cy dessus, nous sommes entrés dans un petit cabinet le plus proche de la cheminée d’ycelle, où nous avons trouvé :

  87. Une table de bois de nouhier sur un traicteau à quatre collonnes torses, avecq des filiez d’esbeyne autour de ladite table, qui est neufve.

  88. Plus une aultre table de bois de nouhier commung, my neufve.

  89. Plus sept pièces de tapisserye neufve, reaussée de soye, fait à bocage d’Envers.

  90. Plus quatre aultres pièces de tapisserye d’autelisse, faites à personnages, my uzées.

  91. Plus une aultre pièce de tapisserye presque neufve, faite à bocage, reaussée de soye.

  92. Plus deux grands tapis de pied, de Turquye, presque neufs.

  93. Plus deux pairs de tablettes, l’une vernye, l’autre noire, à collonnes torses dorées.

  94. Plus un grand miroir dont la glace est de près de deux pieds et demy de longueur, et le casdre d’esbeyne, laquelle glace a esté gastéo par le feu, et, le casdre endhommagé en quelques ondroicz, et les cordons quy lu soubstenoyont sont absollument bruslés.

  95. Plus un autre petit miroir de toilette dont le casdre estoit d’escaille de tortue, lequel casdre, avecq la glace d’icelluy, sont absollument bruslés.

  96. Plus un aultre miroir de moyenno grandeur, dont le casdre est d’escaille de tortue garny de plaques d’argent tout autour, dont la glace et d’escaille de tortuo sont aussy gastés par le feu.

  97. Plus une petite cassette garnye de vellours rouge, fermant à clef.

  98, Plus deux chandelliers quy s’attachent avecq une main d’argent doré, quy ont esté gastés par le feu.

  99. Et dudit cabinet nous nous sommes transportés dans un aultre cabinet sur la chapelle, à costé de ladite chambre, dans lequel nous avons trouvé une petitte table de bois de nouhier, avecq son traicteau, fort vieille et uzée.

  100. Plus s’est trouvé dans ledit cabinet plusieurs vazes, plas et tasses de porcelaynes.

  101. Plus quatre carreaux, deux desquels sont de vellours à fleurs, le fonds blanc, et les deux aultres de damas garnis autour de gallon d’argent.

  102. Plus deux aultres carreaux à fleurs, le fonds d’argent, garnys autour de gallon d’or et d’argent.

  103. Plus deux aultres carreaux de vellours chenille, le fondz d’argent, garnys tout autour de gallon d’argent.

  104. Plus un aultre carreau de vellours rouge cramoizy, garny de grande dantelle d’or et d’argent, fort vieux et uzé.

  105. Plus deux petis chesnaix de fert.

  106. Plus un tour de lit compozé de trois pantz, quatre quantonniers et quatre rudaux de drapt de Hollande gris maure, garnys de grandes bandes d’ouvrage en broderye de cordonnet d’or et d’argent, avecq des fleurs en cartizanne, et de bouilhon d’or et d’argent, des chiffres avec des couronnes d’or et d’argent, avecq tour de lit ; il n’y a ny frange, ny mollet, ny crespine, et est l’estoffe d’ycelluy fort gastée et mangée de vers.

  107. Plus un coffre de fort fermant à doubles ressorz, dans lequel ne s’est trouvé que des papiers et tiltres de la maizon, dont on a remis la description avecq les aultres tiltres quy sont dans le trésor (16) et ailleurs.

  108. Plus un grand coffre de marquetterye fait a l’antique, fermant à clef, à double ressort, dans lequel s’est trouvé dix linceulx de toille de Hollande, presque neufz.

  109. Plus dix linceulx de toille de Paris, aussy presque neufs.

  110. Plus quatre linceulx de toille fine de Paris, de trois aulnes de large, sans coutures, et trois aulnes et demye de long, presque neufs.

  111. Plus six aultres linceulx, aussy de toille de Paris, un peu plus gros que les préceddans, sans coutures, de deux aulnes et demye de large et trois aulnes et demye de long.

  112. Plus dix linceulx de toille de lin de Poictou, de deux layes et demy, presque neufz.

  113. Plus quatre linceulx fins, de toille de lin, quy a trois quartz de large, qui ont esté pourris au blanchissoir.

  114. Plus quatre aultres linceulx de toille de lin, de cinq quartz de large, presque neufz.

  115. Plus quatre aultres linceulx de toille de lin, aussy de cinq quartz.de large, neufz.

  116. Plus un grand coffre de bois de nouhier, fermant à clef, fort vieux et antique, dans lequel s’est, trouvé quatre douzaynes et une serviettes de toille de beau lin, de deux tiers de large, presque neufves.

  117. Plus deux douzaines de serviettes, aussy de toille de lin, de mesme largeur, un peu plus fines que les précédantes.

  118. Plus quatre douzaynes de serviettes, aussy de toille de lin, de mesme largeur et fort finnes, presque neufves.

  119. Plus trois douzaynes de moings fines, de mesme largeur, dont une douzaine qui ne sont pas marquées en serviettes, presque neufves.

  120. Plus trois douzaines d’autres serviettes de toille de lin, de mesme largeur, plus fines que les précéddantes, presque neufves.

  121. Plus trois autres douzaines de serviettes de toille de chanvre blanche, fort fines, de la mesme largeur.

  122. Plus cinq douzaines d’autres serviettes de toille de lin, de mesme largeur, presque neufves.

  123. Plus sept douzaines de serviettes de toille de chanvre blanche, fines, de mesme largeur.

  124. Plus seize napes fines de deux aulnes en quairé, presque neufves.

  125. Plus une nape de toille de lin de quatre tiers de large, my uzée.

  126. Plus quatre linceulx de toille de lin, fort uzés.

  127. Plus un vieux behus couvert de cuir, fermant à clef, dans lequel s’est trouvé trèze grandes napes damassées, presque neufves.

  128. Plus dix sept douzaines de serviettes damassées, presque neufves.

  120. Plus sept serviettes de collation, de toille damassée, preque neufves.

  130. Plus trèze grandes napes de toille, ouvrées, dont y en a de plus fines les unes que les autres.

  131. Plus sept douzaines et deux serviettes de toille, ouvrées, dont il y en a de plus fines les unes que les autres.

  132. Plus s’est aussy trouvé dans ledit cabinet un matellac avecq un traversier pour une forme, couvert l’un et l’autre de sarge de soye, le tout ployé dans un gros linceulx uzé.

  133. Plus un vieux tapis de table, de vellours bleu, garny de gallon d’or, fort vieux et uzé.

  134. Plus une couverture de mulles, de drap vert brun, avecq les armoiryes de feu Monsieur le Comte et de Madame.

  135. Et dudit cabinet nous sommes entrés dans un aultre quy est dans la croisée de la chambre du grand alcauve, dans lequel ne s’est trouvé que des papiers dont on a remis l’inventaire lhors qu’on inventoriera les aultres.

  136. Et dudit cabinet, sortant de ladite chambre, nous sommes entrés dans une petitte antichambre proche du degré, dans laquelle nous avons trouvé un petit chaslit de couchette, avecq quatre verges de fert, servant de quenouilles, de bois de nouhier, neuf.

  137. Plus un lit a buffect de bois de sape, my neuf, fermant avecq une petitte targette de fert par le hault, dans lequel s’est trouvé un petit lit de pleume sans son traversier, fort vieux et uzé.

  138. Plus une petitte couverte de meslinge, fort vieille et uzée.

  139. Plus dix douzaines de serviettes neufves, de toille de chanvre.

  140. Plus une malle fermant à clef et deux petiz chesnez de fert.

  141. Et dans un petit cabinet joignant ladite antichambre, où nous sommes entrés, nous n’avons trouvé dans icelluy que du fruit cuit avecq quelques potz de confiture.

  142. Et dudit cabinet nous nous sommes transportés dans un aultre, proche la chambre de Monsieur l’abbé, dans lequel nous avons trouvé un grand behut fort vieux, fermant à clef, couvert de cuir, dans lequel s’est trouvé dix linceulx de toille de chanvre, tous neufs, de six aulnes chascun.

  143. Plus six aultres linceulx de toille de repassure, tous neufs.

  144. Plus quarante six napes de toille ouvrée, dont il y en a deux fort petittes et de plus fines et uzées les unes que les aultres.

  145. Plus un aultre grand behus fermant à clef, dans lequel s’est trouvé un tour de lit quy a les trois pantz, quatre cantonniers et deux soubassemans de vellours rouge et bleu à font d’or, avecq des bandes de broderyes, les quatre rudaux, la courtepointe et le doussier de damas rouge, garny de passemans d’or et d’argent, les franges et le mollet d’or, avecq quatre pommes de lit de vellours rouge, garnyes de gallon d’or et d’argent ; toute laquelle garniture de lit est fort gastée et bruslée, le feu en ayant changé et hosté presque touttes les coulleurs.

  146. Plus un tour de lit de sarge de soye, avecq les trois rudaux, quatre cantonniers, le fonds, le doussier, la courtepointe, les fourraux de pilliers et les quatre pommes, le tout garni d’une demye frange et de mollet d’argent, le tout neuf.

  147. Plus unze garnitures de fauteuilhs de mesme estoffe, avecq leurs dossiers et deux soubassemans pour la forme, le tout garny de demy frange et de mollet d’argent aussi neuf.

  148. Plus trais pants de lit, quatre quantonniers, le doussier et la courtepointe de drap d’or, avecq des bandes de satin rouge et une petitte broderye d’argent, les pantz garnyes de frange d’or.

  149. Plus soixante six aulnes de satin à fleurs, le fond blanc, en trois pièces.

  150. Plus quatre pantes de lit de vellours vert à fonds d’argent, et de vellours rouge en broderye de Grenade, avecq le fonds de mesme estoffe, avecq les armes des Chabot et de Luxambourg (17)

  151. Plus la garniture de quatre chesres de vellours noir, en broderye de satin rouge et blanc, avecq des fils d’argent, et une aultre garniture de chesre de vellours noir uny.

  152. Plus un grand tapis de vellours bleu par le millieu et tout autour de satin rouge, le tout parsemé de broderye d’or et d’argent, avecq une demy frange d’or tout autour.

Et, attendu la nuit, nous nous sommes retirés et remis la continuation dudit inventaire à demain. Fait lesdits jour et an susditz, en présence desdits Yvert et Gernereau, demeurant comme dessus.

[Signé :] C. de La Rochebeaucourt. — François Chabot. — Rangeard. — T. Yvert. — F. Gernereau. — Filhon , notaire royal héréditaire.

 

 

Et, advenant le vingt cinquiesme dudit mois, requérant ladite dame, avons proceddé audit inventaire ainsy que s’ensuit :

  153. Premièrement, estant retournés dans ledit cabinet et parachevant d’inventorizer ledit coffre cy dessus, avons trouvé dans icelluy un fonds de lit en broderye d’or et d’argent avecq des chabots (18), le millieu d’une estoffe de soye razée, avecq des fillez d’or et d’argent, et le surplus de satin bleu en broderye de satin rouge, et l’aultre partye de toille d’or et d’argent, avecq du gallon d’or et d’argent et les armes de Luxambourg.

  154. Plus la garniture de quatre fauteuilhs, six chaises à dos et six sièges plians, de damas jaulne, le tout garny de demy frange et mollet d’or et d’argent.

  155. Plus une couverte bardante de taffetas jaulne, garnye de demye frange et frangeon de soye de mesme coulleur, le tout vieux et uzé.

  156. Plus une tapisserye de satin de Bruge, composée de douze pièces coulleur de roze, rayées.

  157. Plus un aultre behus fermant a clef, fort vieux, dans lequel s’est aussy trouvé une pièce de satin a fleurs horore et blanc, le fondz noir.

  158. Plus trois pantes de lit, avecq des bandes de broderye de soye, le fonds de sarge rouge.

  159. Plus trois pièces de tapisseryes de brocatel horore, rouge et vert, touttes neufves.

  160. Plus un tour de petit lit de damas horore, garny de frange de soye qui marque les pantz, avecq le dossier de mesme estoffe, le tout fort vieux et uzé.

  161. Plus un meschant tour de lit de sarge rouge fait à housse avecq du mollet de soye, le tout vieux et uzé, composé de cinq pièces.

  162. Plus un tour de lit à pante, les trois pants et le dossier de damas rouge avecq de l’ouvrage et du passemant d’or et d’argent, le fonds dudit lit de mesme, les deux rudaux et les deux bonnes grâces garny aussy de damas rouge avecq de petis passemans d’or et de soye, la crespine et les mollets d’or et d’argent et la frange de soye, la courtepointe de taffetas rouge piquée avecq un mollet d’or et d’argent.

  163. Plus un petit tour de lit à housse, de taffetas incarnat et blanc, garny de demy frange et de mollet de soye, à la réserve de deux pièces et le dossier quy n’ont ny frange ny mollet.

  164. Plus six housses de chaisres de sarge rouge fort gastées par les vers.

  165. Plus s’est trouvé dans ledit cabinet deux platines de cuivre jaulne, l’une grande et l’aultre moyenne, avecq leurs pieds de fert.

  166. Et dudit cabinet nous nous sommes transportés et monté dans une chambre haulte sur le degré, où nous avons treuvé une meschante table de bois fort vieille et antique, avecq un meschant tapis sur ycelle, de sarge viollette.

  167. Plus un chaslit de bois de nouhier, fort antique, sur lequel s’est trouvé un lit de pleumes avecq son traverser, le coëtis presque neuf, et un vieux mathelac de layne avecq une paillasse ; la garniture duquel lit est à housse de cadis rouge de deux pièces.

  168. Plus deux bodez (sic) garnis de leurs sangles, sur l’un desquels : y a un petit lit de pleumes avecq son traversier en coetis dudit lit presque neuf et le traversier fort uzé (sic).

  169. Plus douze linceulx de grosse toille, l’un my neuf et l’autre fort uzé.

  170. Plus deux chaisres de jon.

  171. Plus deux chesnaix garnys de cuivre, fort rompus, et une petitte pelle de fert.

  172. Et de ladite chambre nous nous sommes transportés dans une aultre chambre haulte de la tour, au haut des haultes galleryes, sur la chambre de Monsieur le Chevallier, où nous avons trouvé une grande table longue sur deux traicteaux, fort vieille et antique.

  173. Plus un chaslit de bois de nouhier foncé dessus et dessoubz, avecq un meschant tour de lit de sarge rouge, fait à housse, fort vieux et uzé, sur lequel chaslit y a une paillasse avecq un lit de pleumes et son traversier de coëtis, fort uzé.

  174. Plus cinq autres liz de pleumes aussy avecq leurs traversiez en coëtis, fort uzés.

  175. Plus trois petiz traversiers de pleumes.

  176. Plus un autre lit de pleume avecq son traversier plyé dans un meschant linceux, le coëtis my uzé.

  177. Plus quatre mathellaz de layne couverz de futayne d’un costé et de grosse toille de l’autre, tous quatre assez bons, et l’un d’yceux plié dans un vieux linceulx de toille de chanvre.

  178. Plus deux autres matellaz de layne, fort vieux et rompuz.

  179. Plus deux matellaz de bourre, couverz de grosse toille, my uzés.

  180. Plus deux chasliz de bois de nouhier, desmontez, un presque neuf, et l’autre fort vieux et uzé, avecq cinq verges de fert.

  181. Plus deux petiz chasliz couchette, l’un desmonté.

  182. Plus un tapis de Turquye fort uzé.

  183. Plus un fauteuilh et une chesre de bois de nouhior, garnis de toille tainte.

  184. Plus deux chesnaix de fert, fort vieux.

  185. Plus deux chesnaix de fert, fort vieux.

  186. Plus de meschans paravanz garnis de sarge rouge.

  187. Et de ladite chambre nous nous sommes transportez dans une autre chambre, au bout de la gallerye haulte, sur la basse cour, dans laquelle nous avons trouvé un petit chaslit à couchette quy a de la dorure, fort vieux et antique.

  188. Plus trois autres grands chasliz desmontez, de bois de nouhier, dont il y en a deux de fort vieux et antiques.

  189. Plus deux petiz buffez de bois, fort vieux et antiques.

  190. Plus sept verges de fert de chaslit.

  191. Plus un pair de petiz chesnaix de fert.

Et, attendu la nuit, nous sommes retirés et remis à procedder à la continuation dudit inventaire à demain, ez présance de Thomas Yvert, mestre apre, demeurant au village du..... de La Chaux, pairoisse de Mainxe, et de Françoys Gernereau, sr de La Touche, demeurant àJarnac, requis.

[Signé :] C. de La Rochebeaucourt. — François Chabot. — F. Rangeard. — T. Yver. — F. Gernereau. — Filhon, notaire royal héréditaire.

 

 

Et, advenant le vingt siziesme jour desdits mois et an, requérant ladite dame, avons proceddé à, la continuation du présant inventaire ainsy que s’ensuit :

  192. Et estant retournés dans la mesme chambre cy dessus, avons aussy trouvé dans ycelle, premièrement huit pièces de tapisserye fine dont le fonds est vert, avecq des personnages champestres.

  193. Plus une tanture de tapisserye verte, avecq des chapeaux de cardinal, contenant … (19).

  194. Plus une aultre pièce de tapisserye des Sibilles, semblable à celles quy sont dans la chambre de Madame.

  195. Plus une tanture de tapisserye contenant les travaux d’Erculles, composée de... (20).

  196. Plus une aultre tanture de tapisserye où sont représentées les Planettes, contenant huit pièces.

  197. Plus une aultre tanture de tapisserye quy est une verdure d’Auvergne, contenant dix pièces.

  198. Plus une aultre tanture de tapisserye quy représante des femmes à cheval, contenant six pièces.

  199. Plus une aultre tanture de tapisserye avecq des personnages champestres, à fond vert, contenant cinq pièces.

  200. Plus trante aultres pièces de tapisseryes, de différante façon, dont la plus part ne vallent rien.

  201. Plus quatre tapis de pieds quy sont vieux et uzés.

  202. Plus un petit lit à berceau de pleume, avecq son traversier, son matellac et une couverte.

  203. Et de ladite chambre sommes descendus dans la salle, où nous avons trouvé une table à auvalle, sur un traicteau pliant, de bois de sape, avecq un tapis de tripes de vellours.

  204. Plus une aultre table de bois de nouhier, fort vieille et antique, avecq un tapis de Turquye fort uzé.

  205. Plus une aultre petitte table carrée, de bois de nouhier, unye, my neufve.

  206. Plus dix huit chaizes garnyes de tripes de vellours, six desquelles sont un peu plus grandes que les aultres.

  207. Plus deux grands chesnaix de fert garnys de cuivre, avecq une pelle de fert quy a de petittes pommes de cuivre, et un garde-fouyer de fert.

  208. Plus une tante de tapisserye contenant six pièces, a divers personnages, avecq des giraffles, de haulte lisse, fort fine.

  209. Et de ladite salle nous sommes entrés dans la chambre appellée du Pavé dans laquelle nous avons trouvé une petitte table carrée, de bois de nouhior, unye, my neufve, aveq un tapis d’ouvrage de soye et layne, avecq un petit mollet de soye vert brun, tout neuf.

  210. Plus un chaslit de bois de nouhier, tout neuf, aveq ses verges de fert, sur lequel nous avons trouvé un lit de pleume avecq son travorsin et un matellac de layne, couvert de futayne d’un costé ; le tout presque neuf, avecq une paillasse, et autour dudit chaslit y a un lit a pants ; les trois pants et les quatre cantonniers estant de vellours noir en broderye de satin rouge, blanc, bleu et jaulne, avecq du cordonnet d’or, la frange de soye noire et la crespine d’or, les quatre rudaux de pane noiro avecq de la frange noire, sans crespine ; le dossier et les trois doubles pantz et la courtepointe de toille d’argent chamarrée de noir, avecq des bandes de satin rouge et broderye d’argent ; les doubles pantz garnys de simple frange d’argent, le fonds de mocade noire en broderye de satin rouge, le tout fort bon.

  211. Plus un grand tapis de pieds, de Turquye, fort bon.

  212. Plus quatre fauteuilhs, cinq chaizes et quatre sièges plians, de bois de nouhier, garnys de cuir, avecq leurs housses de sarge jaulne, le tout presque neuf.

  213. Plus sept pièces de tapisseryes de haulte lisse, quy représantent Jupiter, Mars, Vénus, Minerve, Pallas, Apollo et Luna.

  214. Plus deux chesres garnyes de cuivre, avecq de grosses pommes.

  215. Et de ladite chambre nous sommes transportez en celle appellée de la Cambaudierre (?), où nous avons trouvé une table de racine de nouhier, avecq des fillez d’esbeyne, avecq des coullonnes torses, neufve.

  216. Plus un chaslit de bois de nouhier, neuf, sur lequel s’est trouvé un lit de plumes avec son traversin et un matellas de layne garny de futayne d’un costé, et une paillasse, une couverte de layne blanche, une courtepointe piquée de diverses coulleurs, et autour dudit lit y a une garniture ; les trois pantz, les quatre cantonniers, le dossier et les trois soubassemans d’ouvrage avecq des bandes de vellours rouge en broderye de toille d’or ; les quatre rudaux, la courtepointe ou couverte bardant ; le fond et les trois doubles pantz de damas feuille morte ; les franges et les mollez de soye, avecq une housse de sarge verte. Autour dudit lit, deux fauteuilhs, cinq chaises et cinq sièges plians, de bois de nouhier, garnies de coëtis, avecq leurs housses de sarge verte.

  217. Plus sept pièces de tapisseryes où sont représantées les Sibilles avecq des fontaynes, de haulte lisse, fort fines.

  218. Plus deux petiz chesnez de fert garnys de cuivre, avecq une demye plaque de fert servant de contre-fouyor.

  219. Et de ladite chambre sommes entrés dans l’antichambre d’ycelle, dans laquelle s’est trouvé une petitte table de bois de nouhier, fort vieille et uzée, avecq un petit tapis dessus.

  220. Plus trois vieilles pièces de tapisseryes à feuillage et un vieux tapis de pied, de Turquye, le tout fort vieux et rompu.

  221. Plus un chaslit de bois de nouhier, presque neuf, sur lequel il y a un lit de pleume avecq son traversier, un matellac de layne couvert de futayne et une petitte couverte de sarge verte, fort vieille et rompue, avecq la garniture et tour de lit de sarge jaune, faitz à housse.

  222. Et de ladite chambre nous nous sommes transportez dans la chambre appellée la Petitte alcauve, quy a esté bruslée, dans laquelle ne s’est trouvé aulcune chose, synon deux petiz chesnetz de fonte.

  223. Et de ladite chambre sommes entrés dans le vestibulle entre ladite chambre et celle de la chapelle, dans lequel s’est trouvé un petit cabinet de bois de nouhier, fermant à clef, dans lequel ne s’est trouvé que des papiers.

  224. Et dudit vestlbulle sommes entrés dans ladite chambre de la chapelle, où nous avons trouvé une petitte table de bois de nouhier, fort vieille et antiquo, avecq un petit tapis de Turquye fort uzé.

  225. Plus un chaslit de bois de nouhier, fort vieux, sur lequel s’est trouvé un lit de plumes avecq son traversin, le coytier plus que my neuf, un matellas de layne couvert de futayne et une couverte de layne blanche avecq une paillasse ; la garniture dudit lit fait à housse, de sarge vlollette garnye de bandes à fleurs d’ouvrage, doublée de taffetas jaulne, le dessus et le fond du lit aussy de taffetas jaulne.

  226. Plus, un aultre chaslit de bois de nouhier, presque neuf, sur lequel s’est trouvé un lit de plumes avecq son traversin, le coëtier presque neuf, un matellas de layne garny de futayne d’un costé, aussy presque neuf, une paillasse, deux couvertes de layne blanche dont il y en a une fort vieille et uzée ; la garniture dudit lit faite à housse, avecq des bandes de fleurs d’ouvrage de soye, le dossier de sarge viollette, sans ouvrage, et le siel dudit lit d’un vieux damas blanc avecq deux linceulx de toille de chanvre, my uzés.

  227. Plus cinq pièces de tapisserye a feuillages, vert et aultres coulleurs, fort vieilles et deschirées.

  228. Plus cinq chaises de bois de nouhier, garnyes de tripes de vellours, semblables à celles quy sont dans la salle.

  229. Plus deux grands chesnez de fert revestuz de cuivre.

  230. Et de ladite chambre sommes entrés dans l’antichambre d’ycelle, où nous avons trouvé un vieux chaslit de bois de nouhier fort antique, et sur ycelluy un meschant lit de pleume aveq son traversier, une paillasse et une meschante couverte de layne blanche, le tour du lit à housse, de meschante sarge rouge, et le fond du lit de grosse toille, et un linceulx aussy de grosse toille, fort uzé.

  231. Plus deux petiz chesnez de fert.

  232. Plus une chaisre garnye de tripes de vellours, comme les aultres de la salle.

  233. Et de ladite antichambre noua nous sommes transportés dans la chapelle. Nous avons trouvé le grand hostel garny de deux nappes, une grosse et une fine, un crucific d’un pied et demy de hault en rellief.

  234. Plus un missel a demy uzé, in-folio.

  235. Plus un cabinet de bois de nouhier, fermant a clef, où nous avons trouvé deux haubes de toille de Paris, presqus neufves, garnyes de dantelle par le bas, de la haultsur de deux poulces, avecq leurs amict.

  236. Plus deux aultres napes pour l’autel, une ouvrée et l’aultre unye, de toille fine, assez uzée.

  237. Plus une chasuble avecq son estolle et manipulle a fleurs de diverses coulleurs, le fonds horore, avecq un devant d’hautel de mesme estoffe.

  238. Plus une aultre chaizuble de satin coulleur de feu, en broderye chamarrée de passemans d’or et d’argent avecq son estolle et son manipulle, son voille et sa bourse, et le devant d’hautel, le tout de mesme estoffe et mesme broderye.

  239. Plus une aultre chazuble à fleurs vertes, le fond blanc, avecq son estolle, manipulle et voille, et devant d’hautel et bourse de mesme estoffe.

  240. Plus un voille blanc, de taffetas, et un aultre voille de tabis viollet.

  241. Plus une chaizuble de moire noire, avecq son estolle et son manipulle, bourse et voille de mesme estoffe, et le devant d’hostel de sarge noire, avecq un aultre devant d’hostel de mesme estoffe que la chaizuble.

  242. Plus un drapt mortuaire de vellours noir, avecq les bandes de satin blanc, fort vieux et uzé, et deux petiz à demy uzés, avecq les bandes de mesme satin blanc.

  243. Plus une chazuble de vellours noir, avecq ses courtibauds de mesme estoffe et fort vieux.

  244. Plus un estuit de cuir bouilly, dans lequel s’est trouvé un callisse d’argent avecq sa patène.

  245. Ladite chapelle garnye de ses tableaux ordinaires ; et dans, le banc de ladite chapelle avons trouvé trois behus fort vieux, fermant à clef, dans lesquels ladite dame a desclaré ny avoir que de vieux habiz, avecq les livres ordinaires.

  246. Et de ladite chapelle nous sommes entrés et transportés dans la chambre des vasletz, dans laquelle avons trouvé deux vieux et meschans chaslis et un aultre meschant chaslit couchettes, sur lesquels y a deux meschans liz de plumes et trois traversins, avecq deux linceulx de grosse toille et une meschante couverte de layne blanche.

  247. Et de ladite chambre sommes entrés dans la chambre appellée des Pers, on laquelle avons trouvé une petitte meschante table de bois de nouhier, avecq un petit meschant tapis vert dessus.

  248. Plus un meschant chaslit de bois de nouhier, fort vieux et antique, sur lequel s’est trouvé une paillasse, un lit de pleume avecq son traversier, et un matellac de layne couvert de futayne d’un costé, deux linceulx de toille de chanvre, le tout my uzé, avecq une couverte de layne blanche assez bonne et une petitte de mesme layne fort uzée ; la garniture dudit lit faite à housse, avecq le dessus de sarge jaune, le tout fort uzé.

  249. Plus un aultre vieux chaslit fort rompu, sur lequel s’est trouvé une meschante paillasse, un lit de pleume avecq son traversier, et un matellac de layne, avecq deux couvertes de layne blanche, le tout fort vieux et uzé ; la garniture dudit lit faite à housse avecq son dossier de sarge jaulne, le tout fort uzé ; les deux fonds de lit de deux linceulx de grosse toille.

  250. Plus deux chesnaix de fert battu.

  251. Et de ladite chambre nous sommes entrés dans la chambre ou demeure le sieur Grizet, dans laquelle nous avons trouvé un vieux chaslit à l’antique, de bois de chaisne, sur lequel y a un lit de plumes avecq son traversier, un matellas de layne couvert de futayne d’un costé, et deux couvertes de layne jaulne, deux linceulx de chanvre, trois pants de lit en broderye a fonds jaulne, avecq des bandes d’ouvrage à fonds noir, le dossier de sarge jaulne avecq des bandes d’ouvrage, ledit lit entouré d’une housse de sarge bleu feu ; le tout fort uzé.

  252. Plus un vieux chaslit couchette sur lequel y a un meschant lit de pleume et un meschant truversier, avecq un meschant linceul de grosse toille et deux meschantes couvertes de faye, fort vieilles et rompues.

  253. Plus une chaize de tripe de vellours semblable à celles de la salle.

  254. Plus un fuzll quy tire quatre coups.

  255. Plus un aultre fuzil a deux canons.

  256. Plus trois gros fuzils fort poizans.

  257. Plus un pair de petiz pistollez à deux canons.

  258. Plus un pair de grands pistollez fort longs, à l’ancienne mode.

  259. Et de ladite chambre nous nous sommes transportés dans la chambre où demeure Luc Labeur, sieur des Rochers, maistre d’hostel de ladite dame, dans laquelle nous avons trouvé une vieille table foncée, avecq un meschant tapis vert dessus.

  260. Plus un vieux chaslit de bois de chesne fort vieux et antique, sur lequel y a une paillasse, un lit de pleume avecq son traversier, un matellac de layne couvert de futayne d’un costé, deux linceulx de toille de chanvre et deux couvertes de layne blanche, le tout fort uzé, et autour dudit chaslit quatre linceulx et un fonds de lit de toille.

  261. Plus trois vieilles chaisres fort antiques.

  262. Plus un petit cabinet à quatre ouvertures, de bois de nouhier, fermant à trois serrures et trois clefz, dans lequel il ne s’est trouvé aulcune chose.

  263. Plus un aultre petit cabinet fermant à deux pans, fort vieux, dans lequel ne s’est trouvé aulcune chose.

  264. Plus un vieux coffre de bois de nouhier, fermant en clef, fort antique, dans lequel ne s’est trouvé que de vieux meschans papiers.

  265. Plus un vieux behus sans serrure, tout rompu.

  266. Plus six vieux fuzils et un vieux mousquet sans platine.

  267. Plus un vieux mortier de fort, avecq un pair de meschant ballance.

  268. Plus un croschot a poizer.

  269. Plus deux gros chesnez de fonte.

  270. Et de ladite chambre nous sommes entrés dans l’arrière chambre d’ycollo, où il s’est trouvé trois grands bassins de chaize d’estain.

  271. Plus deux arrouzoirs de cuivre.

  272. Plus un pair de sizeaux de jardinier.

  273. Et de ladite chambre nous nous sommes transportés dans la chambre des femmes, où demeure Andrée Gendre, où nous avons trouvé une vieille meschante table avecq son traicteau, fort vieux et pourry.

  274. Plus un vieux chaslit de bois de nouhier, sur lequel s’est trouvé un lit de plumes avecq son traversin, lequel lit Jeanne Guyon a desclaré estre à elle pour l’avoir achapté de Madame.

  275. Plus une paillasse fort vieille et uzée.

  276. Plus une couverte de layne blanche my uzée et deux petiz linceulx de toile de chanvre, neufz ; la garniture dudit lit faite à housse, fort vieille, rompue et uzée.

  277. Plus un petit chaslit couchetto, sur lequel s’est trouvé une paillasse fort vieille, un lit de pleume avecq son traversier de coetis fort uzé, un linceulx de grosse toille, avecq une couverte de layne blanche, fort uzée.

  278. Plus un aultre lit couchette de bois de chesne, comme ladite cy dessus, sur lequel s’est trouvé un linceulx servant de paillasse, un petit lit de pleumes avecq son traversier fort uzé et rompu, avecq une meschante couverte de layne blanche.

  279. Plus un vieux buffect à l’antique.

  280. Plus un vieux coffre de bois de chaisne fait à l’antique, vermoullu et rompu, fermé à clef, dans lequel ladite Andrée Gendre a desclaré n’y avoir que du vieux llnge uzé et rompu quy à esté mis dans ledit coffre par ladite dame, pour ne pouvoir plus servir.

  281. Plus ladite Andrée Gendre nous a desclaré avoir en sa puissance et estre chargée de soixante et unze linceux de toille de chanvre dont y en a de fort uzés et rompus, six neufz, et les aultres my uzés, compris dans ledit nombre de soixante unze ceux quy sont dans les liz des chambres cy dessus inventorizées.

  282. Plus soixante douze linceulx de toille de repassure, et d’estouppes, y compris aussy ceux quy sont dans les liz inventoriés cy dessus.

  283. Plus elle a aussy entre mains six petiz linceulx de toille de chanvre pour servir au liz des petiz Messieurs, tous neufz, desquels elle n’est point chargée.

  284. Plus elle est aussy chargée de douze napes de toille de chanvre, neufves, d’une aulne et tiers de large, et d’une aultre douzaine de napes de toille de chanvre, d’une aulne et demye de large.

  285. Plus douze napes de repassure, de buffet, my uzées.

  286. Plus trante douzaines et dix serviettes, scavoir : vingt-huit douzaines et dix serviettes de toille de chanvre, et les aultres de toille de repassure, dont il y en a quatre douzaines neufves, le restant fort uzé et rompu.

  287. Plus une douzaine de napes de cuizine, dont il ny a que trois neufves et les aultres fort uzées et rompues.

  288. Plus cinq douzaines de grosses serviettes, aussy de cuizine, dont il y en a deux douzaines d’assez bonnes et les aultres fort uzées et rompues.

  289. Plus dix (21) pastières, quatre bonnes et six meschantes, le tout de grosse toille.

  290. Plus elle nous a représanté quatre linceulx de toille de lin de Poictou, presque neufz, de trois legs (sic) chascun.

  291. Plus s’est trouvé dans ladite chambre un vieux beûs fermant à clef, dans y a une partie du linge cy dessus inventorizé.

  292. Plus deux chaizes de jon et une de bols.

  293. Plus deux chesnez de fort battu, fort vieux et uzés. 

294. Et de ladite chambre sommes entrés dans l’arrière chambre d’ycelle, où nous avons trouvé deux vieux behuts fermant a clef, dans lesquels y a une partye des linceulx de toille de chanvre dont ladite Andrée est chargée et cy dessus inventorlzé.

  295. Plus un vieux coffre fort antiquo, fermant en clef, dans lequel est le gros linge dont ladite Andrée est chargée, cy dessus inventorlzé.

  296. Plus trois aultres grands vieux coffres, faiz a l’antique, fermant à clef, dans lesquels on nous a desclaré n’y avoir que quelque gros fil.

  297. Plus deux vieux et meschans liz avecq leurs traversiez de coetis, fort uzés et pourris.  298. Et de ladite arrière chambre sommes descendus dans la buandrye, en laquelle avons trouvé un grand vieux coffre formant à clef, servant a mettre de la farine.

  299. Plus deux mez à pestrir, fermant â clef, l’une de bois de chaigno, fort vieille, et l’aultre de bois de nouhier.

  300. Plus deux chaudierres de fert de fonte, contenant chascune quatorze ou quinze seaux, vieilles et uzées.

  301. Plus une grande poisle d’airin, escoullant huit sceaux, fort uzée et petassée.

  302. Plus deux trépieds de fert.

  303. Plus trois chaudrons d’airin, y compris un grand, escoullant quatre sceaux, quy est de cuivre rouge.

  304. Et de ladite buandrye nous sommes transportés en la cuizine, où nous avons trouvé une gronde vieille table de bois de chesnes, sur deux traicteaux de mesme bois.

  305. Plus deux grandes marmittes, l’une de cuivre rouge, forte, et l’autre de cuivre jaulne, avecq leurs couvertures, et une aultre petitte marmitte de cuivre jaune, avecq sa couverture, deux grandes cuillières de mesme estoffe, deux friquez, l’un de cuivre rouge et l’aultre de cuivre jaulne, avecq trois couvertures de cuivre jaulne.

  306. Plus un pot de fert, sans couverture.

  307. Plus trois poillos en queues, de fert, une grande casse et une petitte ; la petite fort uzée et rompue.

  308. Plus une grande poissonnière et une aultre petitte, de cuivre rouge, fort vieilles et uzées.

  309. Plus une bassine de cuivre rouge, servant à laver la vaisselle, et deux aultres bassines de mesme cuivre, un peu moindre.

  310. Plus trois aultres petittes bassines de mesme cuivre.

  311. Plus une casserolle avecq sa couverture, de cuivre rouge.

  312. Plus une tourtière avecq sa couverture, et trois aultres tourtières sans couvertures, dont il y en a une faite on auvalle, le tout de cuivre rouge.

  313. Plus deux passoirs d’airin avecq leurs queues de fert, et les aultres passoirs sans queues.

  314. Plus un grand poislon de cuivre rouge.

  315. Plus deux bassines d’airin, fort uzées et rompues.

  316. Plus un chaudron de cuivre rouge, escoullant deux sceaux, et un aultre chaudron de mesme cuivre, escoullant un sceau et demy, avecq un aultre petit chaudron de mesme cuivre, escoullant environ sept à huit paintes.

  317. Plus deux cloches de cuivre rouge : une grande et une petitte.

  318. Plus un mortier de marbre et deux cuvettes de cuivre rouge.

  319. Plus un petit mortier de métal avecq son pillon de fert

  320. Plus trois broches de fert, deux grilles : une grande et une petitte, et le couvercle du four, aussy de fert, avecq une ance.

  321. Plus une pastisserye de bois, fermant à clef, avecq deux grands coustaux servant à acher les viandes.

  322. Plus deux gros chesnez de fonte et deux grands rostissoirs de fert et deux cramaillières, le tout fort vieux et uzé.

Et, attendu la nuit, nous nous sommes retirés et remis à procedder à la continuation dudit inventaire a demain.

Fait en présance de Thommas Yvert, me apre, demt au village du Four de la Chaux, pairoisse de Mainxe, et de Fran. Gernereau, sieur de La Touche, demt audit Jarnac, tous requis.

[Signé :] X. de Larochebeaucourt. — François Chabot. — F. Rangeard. — T. Yver. — F. Gernereau. — Filhon, notaire royal her.

 

Et, advenant le vingt septiesme jour desditz mois et an, requérant ladite dame, avons proceddé à la continuation dudit inventaire ainsy que s’ensuit.

  323. Et, de ladite cuizine, nous estons transportez dans la sommellerye, avons trouvé dans ycelle : premièrement une meschante table de bois, avecq son traicteaux, le tout fort vieux et uzé.

  324. Plus une aultre petitte meschante table de mesme bois, avecq son traicteau, aussy fort vieille et uzée, faite à l’antique.

  325. Plus un baudet avecq ses sangles, sur lequel nous avons treuvé un petit lit de pleumes avecq son traversier, le coëtis fort vieux et uzé, avecq une couverte de layne blanche, aussy fort uzée.

  326. Plus un cabinet de bois de sape, fermant à clef, fort vieux et uzé, dans lequel ne s’est treuvé aulcune chose.

  327. Plus un aultre meschant cabinet fort vieux et uzé, fait à l’antique, sans aulcunes clefs ny serrures, ouvrant a quatre pends.

  328. Plus un aultre petit meschant cabinet, fermant a clef, fort vieux et rompu.

  329. Plus un petit meschant buffect fort vieux et uzé, avecq deux bancs tournés, aussy fort meschans.

  330. Plus une grande buye d’estain.

  331. Plus une painte, une demy quarte et un tiers, aussy d’estain.

  332. Plus un coffre à estuit, fermant a clef, dans lequel nous avons trouvé huit grands plaz d’argent, poizant soixante six marcs, marqués de trois chabotz et des lauzanges  (22).

  333. Plus six grandes assiettes creuzes, d’argent, pour mettre dans les plaz cy dessus, avecq les mesmes armes, poizant dix huit marcs quatre onces.

  334. Plus huit grandes assiettes creuzes, d’argent, pour mettre sur des portes assiettes, poizant vingt quatre marcs trois onces, marquées des mesmes armes.

  335. Plus deux aultres assiettes creuzes, d’argent, un peu moindres que los préceddentes, marquées des mesmes armes que celles cy dessus, poizant quatre marcs quatre onces.

  336. Plus sept petittes assiettes creuzes, d’argent, pour mettre sur des portes assiettes, marquées des mesmes armes que celles cy dessus, poizant treze marcs quatre onces.

  337. Plus douze plaz moyens, d’argent, dont il y en a quatre plus grands que les aultres, marqués des mesmes armes, poizant soixante six marcs deux onces.

  338. Plus dix assiettes creuzes, aussy d’argent, servant à mettre dans les plaz cy dessus, marquées des mesmes armes, poizant dix huit marcs six onces.

  339. Plus trois douzaines d’assiettes communes, aussy d’argent et marquées des mesmes armes, poizants cinquante neuf marcs et demy.

  340. Plus deux portes assiettes en colliers de maure, aussy d’argent et marquées des mesmes armes, poizant trois marcs cinq onces.

  341. Plus deux aultres portes assiettes quy peuvent servir de sallieres, aussy d’argent et marquées des mesmes armes, poizant trois marcs et demy.

  342. Plus une sallierre, aussy d’argent, sur un ballustre, toutte neufve, marquée des mesmes armes, poizant un marc six onces.

  343. Plus une aultre sallière, aussy d’argent, pour mettre trois sortes de sel, marquée des armes de Pons, poizant un marc cinq onces et demys.

  344. Plus deux aultres petittes sallierres, aussy d’argent, avecq chascune un couvercle aussy d’argent, poizant un marc.

  345. Plus un vinaigrier, aussy d’argent, tout neuf, marqué des mesmes armes, poizant un marc six onces.

  346. Plus une boiste à mettre du sucre, toutte neufve, aussy d’argent, marquée des mesmes armes, avecq une petite cuillière, le tout poizant un marc et demy.

  347. Plus un grand bassin rond, aussy d’argent et marqué des mesmes armes, poizant dix marcs et demy.

  348. Plus deux aultres bassins en auvalle, aussy d’argent, et marqués des mesmes armes, poizant seize marcs trois onces.

  349. Plus trois esguières descouvertes, aussy d’argent et marquées des mesmes armes, poizant treize marcs six onces.

  350. Plus une aultre esguiere couverte, aussy d’argent et marquée des mesmes armes, poizant cinq marcs deux onces.

  351. Plus deux grands flacons avecq leurs chesnes, aussy d’argent et marqués des mesmes armes, poizant quinze marcs.

  352. Plus deux aultres petiz flacons, aussy d’argent et marqués des mesmes armes, avecq leurs chesnes, poizant sept marcs six onces.

  353. Plus une soubz couppe, aussy d’argent et marquée des mesmes armes, poizant trois marcs.

  354. Plus deux douzaines de cuillierres neufves, marquées des mesmes armes, aussy d’argent, dont il y en a une douzaine entre les mains de Monsieur l’abbé, et l’aultre douzaine, quy s’est trouvée en nature, poize trois marcs une once, touttes de mesme grandeur.

  355. Plus unze fourchettes, aussy d’urgent, à quatre fourches, marquées des mesmes armes, neufves, poizant trois marcs une once ; et a ladite dame desclaré y avoir une aultre fourchette de mesme que celles cy dessus, entre les mains dudit seigneur abbé.

  356. Plus unze fourchettes d’argent, à trois fourchons, aussy marquées des mesmes armes, poizant deux marcs demy once.

  357. Plus deux escuelles couvertes, aussy d’argent, marquées des mesmes armes, poizant six marcs.

  358. Plus un grand rechaux tout neuf, aussy d’argent et marqué des mesmes armes, poizant, avecq trois petittes boullettes de bois noircy quy sont au pied, et avecq le manche, aussy de bois noir, cinq marcs deux onces.

  359. Plus un aultre petit rechaux, aussy d’argent, quy n’est point marqué, poizant, avecq son manche de bois, un marc.

  360. Plus un chauffelit, aussy d’argent, avecq son pied de mesme, marqué des mesmes armes, poizant six marcs une once et demye.

  361. Plus un bassin à faire le poil, aussy d’argent, et un coquemar, marqués des mesmes armes, le tout poizant sept marcs.

  362. Plus deux grands flambeaux, aussy d’argent et marqués des mesmes armes, poizant cinq marcs.

  363. Plus quatre aultres grands flambeaux à six costes, aussy d’argent et marqués des mesmes armes, poizant unze marcs et demy.

  364. Plus deux petiz flambeaux, aussy à six costes, estant d’argent et marqués des mesmes armes, poizant un marc six onces.

  365. Plus deux aultres petiz flambeaux, aussy d’argent et marqués des mesmes armes, poizant deux marcs une once.

  366. Plus deux aultres petiz chandelliers ronds, d’argent et marqués des mesme armes, poizant trois marcs une once et demye.

  367. Plus une tasse aussy d’argent, sans estre marquée, poizant trois onces.

  368. Plus des mouchettos, avecq lour portemouchette et sa chesne, aussy d’argent et marquée des mesmes armes, poizant trois marcs.

  369. Plus une petitte cassollette, aussy d’argent, marquée des mesmes armes, poizant, avecq son manche de bois, six onces.

  370. Et nous a ladite dame desclaré que la croix de diamant dont mention est faite par le testamant mutuel dudit deffunt seigneur comte de Jarnac et d’elle est dans un petit coffre de fort ; compozée ladite croix de six grands diamans et d’une grosse perle en poire ; dans lequel coffre elle a aussy plusieurs bijoux a elle appartenans, desquels elle fera faire un mémoire avecq la dispozion d’ycoux, qu’elle signera.

  371. Et estant entrés dans les caves quy joignent ladite sommeillerye, avons trouvé dans ycelles grand nombre de vin, avecq des pièces d’eau de vye, lequel vin et eau de vye n’a esté inventorizé spéciffiquement, attendu que ladite dame en pourra dispozer et vendre pour subvenir aux affaires de la maizon ; et sy après son deceds il s’y trouve en espèce, le tout sera employé au bas du présant inventaire, comme aussy le reste du vin quy se trouvera dans les aultres celliers, dans lesquels nous nous sommes aussy transportés et où nous n’avons trouvé, oultre le vin quy y est, que les treuils et grands tonneaux, que nous n’avons point inventorizé ; pour ne pouvoir sortir desditz celliers sans estre desmontez.

  372. Et de là nous nous sommes transportés dans les greniers, dans lesquels avons trouvé nombre de fromant, mesture et avoyne, que nous n’avons point fait mesurer, attendu que ladite dame s’en est réservée la dispozion comme du vin.

  373. Et desdits greniers nous nous sommes transportés dans les escuryes dudit chasteau, où nous avons trouvé premièrement : un cheval barbe, de poil gris, de l’âge de cinq ans, avecq sa selle et aultres arnaix.

  374. Plus une grande jumant de poil bays brun, servant au carrosse, fort vieille, avecq sa selle et aultres arnaix.

  375. Plus une auttre jumant de poil bay, servant a la selle, quy est aussy fort vieille, avec sa selle et arnaix.

  376. Plus un petit cheval piot, quy est aveugle, avecq sa selle et arnoix.

  377. Plus un grand cheval de carrosse, de poil noir, nommé Trois Pallis (23).

  378. Plus deux aultres chevaux de carrosse, noirs, quy sont vieux et tout à fait achevés.

  379. Plus trois grandes mulles noires, quy sont, aussy fort vieilles.

  380. Plus avons trouvé, dans lesdites escuryes, huit arnoix de chevaux de carrosses, fort vieux et uzés.

  381. Plus trois colliers avecq leurs garnitures, deux vieilles, et aultres atellages pour les mulles servant aux litières.

  382. Plus un bas selle.

  383. Plus un bas de change.

  384. Et desdites escuryes sommes entrés dans la chambre des cochers, où nous avons trouvé un petit coffre de bois de chesne, fermant en clef, dans lequel il n’y a que les ardes des cochers.

  385. Plus une archepipe fermant à clef, pour mettre de l’avoyne. (24)

  386. Plus deux meschans chasliz couchettes, sans quenouilles, sur lesquels s’est trouvé deux meschanz liz de pleumes avecq deux traversiez fort vieux et uzés, et deux meschanz matellacs de bourre et deux meschantes couvertes de layne blanche.

  387. Plus deux chandelliers de.....de cuivre jaulne, l’un d’yceux ayant les Verges rompues.

  388. Plus une autre archepipe, fermant aussy a clef, pour mettre de l’avoyne.

  389. Et desdites escuryes nous nous sommes transportés dans la grange, où nous avons trouvé une barche de foing et une barche de paille, servant pour la nourriture et l’entreténement des chevaux. 

390. Et de ladite grange nous nous sommes transportés dans les remises des carrosses, où nous avons trouvé un grand carrosse complet, tout garny de rudaux et de coissins noirs, avecq une housse noire par le dehors, avecq les armes des Chabot et des lauzanges.

  391. Plus un petit carrosse couppé, l’impérialle devant et derrière, garny de velours rouge à fleurs, ensemble les coissins, les doublures du mantellez de derrière et de devant et de l’une des portières, quy estoyent de sarge rouge, ayant esté ostés, le tout estant assez bon, avecq les armes des Chabot, avecq une housse de toille noire.

  392. Plus une littière fort vieille et uzée, avecq une housse de toille.

  393. Plus un grand charriot, avecq ses rouhes ferrées.

  394. Plus un tombereau, aussy avecq ses rouhes ferrées.

  395. Plus un aultre charriot ayant les rouhes fort basses.

  396. Et desdites remizes des carrosses nous sommes transportés dans la chambre du portier, en laquelle avons treuvé un vieux meschant coffre de bois de chesne, fermant à clef, dans lequel n’y a que les hardes du portier.

  397. Plus un meschant chaslit de bois de chesne, fort vieux et antique, sur lequel s’est trouvé un meschant lit de plumes, avecq deux meschans traversins et une meschante couverte de meslinge.

  398. Plus une meschante chaize de bois, garnye de toille, fort uzée.

  399. Et de ladite chambre nous sommes montés dans la chambre quy est sur ycelle, où nous avons trouvé une petitte table carrée sur une meschante chnize.

  400. Plus un meschant chaslit, sans aulcune garniture, et sur yceulx un meschant lit de pleumes, avecq deux meschans traversiez et une meschante couverte de layne blanche, toute deschirée.

  401. Et estant retournés dans ledit chasteau et montés dans les galletas d’ycelluy, y avons trouvé neuf fauconnaux.

  402. Et comme nous n’avions point entré dans le derrière du grand alcauve, nous y estans transportés, y avons trouvé cinq fuz de fauteuil, faitz en menuzerye et coulonnes torses, sans aulcune garniture.

  403. Plus une chaize de mesmes bois et façon, garnye de coëtis.

  404. Plus un chaslit, les quenouilles canellées et dorées, avecq ses verges de fert, estant desmonté.

  405. Plus deux coissins de carrosses, avecq les goussez de vellours rouge, les rudaux dudit carrosse de damas rouge, et d’aultres rudaux de sarge rouge.

Et à l’esgard des meubles et bestiaux quy sont dans le chasteau et mesterye de Maroualte, ladite dame a desclaré que l’inventaire et prizée en a esté fait et dont les fermiers quy y sont de présant sont chargés, et ainsy il n’est point de besoing d’en faire d’aultre inventaire, non plus que de ceux quy sont dans le chasteau et mesterye de Grézignac, dont le fermier quy y est de présant est aussy chargé.

Comme pareillemant il n’est point besoing de faire inventaire des meubles quy sont dans les chasteaux de Clion et de Sommersac, attendu que les fermiers en sont pareillement chargés.

Et à l’esgard du bestailh quy est dans les mesteryes de Soubran, la prizée en a esté faite avecq les fermiers, dont ilz sont chargés.

Et pour les meubles quy sont dans ledit chasteau de Sousbran, dont les fermiers ne sont point chargés, ladite dame a desclaré qu’ils consistent, premièremant :

  406. Une tanture de tapisserye d’Auvergne, contenant neuf pièces, quy est une verdure avecq beaucoup de figures d’animaux et de maisons.

  407. Plus vingt pièces de tapisseryes d’Auvergne, a fonds blanc.

  408. Plus un tour de lit de sarge viollette, compozé de trois pantes, quatre cantonnières, garny d’ouvrages, trois rudaux, la courtepointe, le fonds et le dossior. avecq des petittes bandes d’ouvrages, les petites garnyes de belle crespine et le reste de mollet, le tout de soye, fors le fonds quy n’a point de mollet.

409. Plus un tapis de sarge viollette.

  410. Plus un pavillon de sarge roze, viollette, avecq un mollet de soye, comme dessous.

  411. Plus un tour de lit à housse de sarge rouge, composé de trois rudaux et quatre cantonnières garnies d’ouvrage, une courtepointe, le dossier, le fonds et un pavillon de sarge rouge, le tout garny de passemant et de mollet de soye et layne verte, avecq un tapis à housse de sarge rouge, avecq de l’ouvrage.

  412. Plus un tour de lit tout neuf, de sarge drappée vert brun, composté de trois rudaux, quatre cantonnières, la courtepointe, le fonds et le dossier, le tout garny de mollet de soye et layne verte.

  413. Plus un vieux tour de lit de sarge verte, compozè de trois pentes, trois rudaux, deux bonnes grâces, deux cantonnières, la courtepointe, le fonds et le dossier, le tout garny de frange et de mollet de layne, un pavillon et le tapis de mesmes estoffe et façon.

  414. Plus un aultre vieux tour de lit, compozé de trois pentes, trois rudaux, quatre cantonnières, la courtepointe, le fonds et le dossier, le tout garny de passemant et frange de soye et layne, un pavillon et un tapis de mesme.

  415. Plus deux vieux tours de lit à housse, compozés de six rudaux, quatre bonnes grâces, deux dossiers et un tapis, le tout de sarge gris viollant.

  416. Plus deux petiz tours de lit, l’un de sarge verte et l’aultre de sarge grize, le tout fort mangé et gasté de vers.

  417. Plus un aultre vieux tour de lit à housse de sarge brune, compozé de trois rudaux, quatre cantonnières, le fonds et le dossier, un pavillon et un tapiz de mesmo, le tout gurny de passemant de soye et layne, fort mangé et gasté de vers.

  418. Plus deux tours de liz de sarge jaulne.

  419. Plus treze aulnes et un quart de mocadde rouge, vert, incarnat et blanche.

  420. Plus un tapiz de mocadde rouge, bleue et jaulne.

  421. Plus six aulnes et demye de grosse sarge, d’un viollet mal taint.

  422. Plus un vieux tapis vert.

  423. Plus quatre grands liz de bonne pleume, dont le coëtis de l’un est tout neuf, avecq leurs traversiers.

  424. Plus deux petiz liz de bersières et de bonnes pleumes, avecq leurs traversiers, dont los coëtis sont bons.

  425. Plus trois liz de bonne pleume, pour des couchettes.

  426. Plus trois grands liz avecq leurs traversiers de pleume quy n’est pas sy bonne.

  427. Plus un grand liz de mauvaize pleume, avecq son traversier.

  428. Plus sept matellaz de layne.

  429. Plus un aultre matellac de layne tout neuf, pour un lit moyen.

  430. Plus deux petiz matellaz de layne, pour des bersières.

  431. Plus la gamituro d’un berceaux et quelques oreilliers.

  432. Plus quatre matellaz de bourre, pour des liz moyens.

  433. Plus quatre petiz matellaz de bourre.

  434. Plus deux grandes couvertes de layne blanche neufve.

  435. Plus dix huit couvertes de laynes blanches, assez petittes, les unes fort uzées et les aultres moings, et lesquelles neanlmoings sont gastées et rongées de vers.

  436. Plus une meschante couverte de layne.

  437. Plus trois meschantes couvertes de meslinge.

  438. Plus un meschant tour de lit de droguet, de filles et de layne.

  439. Et dans la grande salle il y a trois chasliz neufs, une meschante table et un meschant buffect.

  440. Plus, dans la gallerye, une table quy s’alongo et une aultre table ronde.

  441. Plus deux tables carrées de bois de nouhier.

  442. Plus quatre petittes tables longues et quatre bancs garnis de moquettes.

  443. Plus un petit chaslit couchette.

  444. Plus, dans la chambre de Madame, un grand chaslit et un aultre petit chaslit de bois de nouhier.

  445. Plus, dans l’arrière chambre, un petit chaslit couchette et un petit cabinet, le tout de bois de nouhier, et un behus plat, couvert de cuir, fermé à clef, fort vieux et uzé, et un aultre petit behus rond.

  446. Plus, dons la chambre grize, deux grands chasliz de bois de nouhier.

  447. Plus, dans la chambre de Madame de Soubran, deux grands chasliz et un aultre petit chaslit couchette et un cabinet, le tout de bois de nouhier.

  448. Et dans le cabinet de ladite chambre, un grand coffre de bois de nouhier fermant à clef, un vieux behus, des armoires de bois de nouhier et un cabinet de bois de sape, le tout fermant à clef.

  449. Plus douze tableaux de portraiz.

  450. Dans l’arrière chambre, deux grands chasliz de bois de nouhier et un cabinet de bois de sape fermant à clef.

  451. Plus trois chasliz de bois de nouhier quy estoyent dans la sallette et deux challiz quy estoyent dans la chambre près du grenier.

  452. Plus, dans la chambre près du grenier, un meschant chaslit couchette.

  453. Plus, dans la chambre de dessoubz, un chaslit de bois de nouhier et un aultre meschant tout rompu.

  454. Et dans les coffres quy sont dans ledit chasteau de Soubran, il y a quarante quatre linceux de toille de chanvre et lin, dont il y en a de fort vieux, uzés et rompus.

  455. Plus quarante six linceux de grosse toille, dout il y en a aussy de fort uzés et rompus.

  450. Plus douze napes de chanvre.

  457. Plus huit douzaines de serviettes de chanvre, dont il y en a de fort uzées.

  458. Plus huit grosses napes de cuizines et deux aultres napes quy servoyent à la met (25).

  459. Plus trois douzaines de serviettes de repassure plus que my uzées.

  460. Plus huit petittes napes de repassure fort uzées.

  461. Plus quatre grands platz d’estain fin, tout neufz.

  462. Plus vingt trois aultres platz de mesme estain, moyens.

  463. Plus quatre grandes assiettes creuzes, deux porte assiettes, deux douzaines d’assiettes, deux bassines, deux osguièrcs et une sallière, le tout estain fin.

  464. Plus trois paintes et une chopino, un demy quart et une roquille et deux couppes, le tout estain commung.

  465. Plus quatre chaudrons, quatre poissonniers et un poisIon à trois piedz, et deux aultres petiz et une cuillière à pot, le tout d’airin et fort vieux et uzé.

  466. Plus trois marmittes de fert, trois poisles en queue, trois broches et une grisle, le tout de fert.

  467. Plus un mortier de marbre et un aultre de fonte.

  468. Plus une cuvette de cuivre rouge.

  469. Plus six pairs de chesnez, dont il y en a deux pairs garnis de cuivre jaulne et les aultres sont de fert battu.

  470. Plus deux pairs de gros landiers de cuizine, de fonte, et une grande pelle de fert.

  471. Plus trois petittes pelles de fert pour les chambres, dont il y en a une quy a de petittes pommes de cuivre, et une paire de pinsette de fert quy ont aussy de petittes pommes de cuivre.

 

Et, attendu la nuit, et que nous avons obmis d’employer au présant inventaire le bestailh à aumaille quy est dans le présant chasteau, nous nous sommes retirés et remis à y travailler à demain.

Fait ez présance desditz Yvert et Gernereau, d. comme dessus requis.

[Signé :] C. de La Rochebeaucourt. — François Chabot. — F. Rangeard. — T. Yver. — F. Gernereau. — Filhon, notaire royal her.

 

Et, advenant le vingt huitiesme jour dudit mois de janvier audit an, requérant ladite dame, avons continué à procedder audit inventaire ainsy que s’ensuit.

  472. Et nous estans transportés dans l’escurye où est le bestailh d’aumaille, nous avons trouvé dans ycelle dix sept chefs d’animaille, sçavoir : quatorze vaches tant vieilles que jeunes et trois jeunes vaux.

Et ladite dame ayant fait ouverture du cabinet d’esbeyne quy est dans la grande chambre sur la salle, nous avons trouvé dans icelluy premièrement :

  473. Une obligation de la somme de cinq mille livres au proffit de deffunt messire Jean de la Roschebeaucour, chevallier, seigneur de Sousbran, père de ladite dame, contre damoizelle Catherine de Gallard de Béarn, passée par Mre Jean Vidaud, nore royal du bourg de Gaisnes, comme fondé de procuration de ladite damoizelle Catherine de Gallard de Béarn, ladite obligation en datte du douziesme juin 1646, reçue Martin, nore royal Angoulesme, au bas de laquelle est ladite procuration, à laquelle obligacion est attaché la condempnation rendue au siège présidial d’Angoulesme en conséquence de l’adsignation donnée à ladite damoizelle, aussy attachée, en datte des dix sept et vingt uniesme juin et sixiesme juillet 1647, la condempnation signée Dumergue, commis du greffier, de laquelle somme il n’en reste à payer que celle de quatre mille deux cens trante livres, de laquelle ladite dame auroit obtenu condempnation à rencontre de Franc Piteau, marchand de la ville dAngoulesme comme débiteur du seigneur conte de Brassac du vingt sept may dernier, et des interestz de ladite somme despuis ledit jugement, le tout cotté.

  474. Plus une, aultre obligation de la somme de quatre mille cinq cenz livres au proffit dudit sieur seigneur de Soubran, à l’encontre de messire François de Larochefoucaud, prince de Marcillac, et dame Andrée de Vivonne, son espouze, en datte du vingt uniesme juillet 1640, reçue Coytoux, nore royal, et sa minutte, au bas de laquelle est un advenant du septiesme juin 1641, portant approbation et ratiffication de ladite obligation reçue par ledit Coytoux, a laquelle sont attachées deux condempnations d’interestz en datte des quatre novembre et segond décembre 1641 et signés Quillet, commis du greffier, le tout cotté.

  475. Plus une autre obligation de la somme de deux mille livres au proffit de ladite dame Comtesse de Jarnac, receue Cladier, nore royal, a l’encontre dudit seigneur abbé de Jarnac, du vingt septiesme aoust 1666, estant en sa minutte cotté.

  476. Plus ladite dame a desclaré luy estre deubz, par promesses, ou par obligation, la somme de trois cenz livres par le seigneur abbé de Brassac, par la dame de Chaslut, sa sœur, dont ladite ou promesse ne s’est pas trouvée pour estre brouillée parmi d’aultres papiers, sur laquelle somme elle a desclaré avoir receu celle de trente trois livres.

  477. Plus ladite dame a desclaré estre deubs à ses enfans plusieurs sommes de deniers, en principal et interestz, par le seigneur marquis de Montandre, pour raizon de quoy ladite dame est subrogée au descret de Monguyon quy se poursuit au grand Conseil.

  478. Plus ladite dame nous a desclaré estre deubs quelques aultres sommes de deniers dont elle n’est memoratifve.

  479. Et a ladite dame desclaré qu’elle et ses dits enfans doibvent pluzieurs sommes de deniers dont elle n’est précizemant memoratifve.

  480. Plus le contrat de mariage dudit deffunt seigneur Comte de Jarnac et d’elle, receu Tourneur, nore royal à Xaintes, et datte du vingt sept janvier 1648, cotté par...

  481. Plus le testamant mutuel dudit deffunt seigneur Comte de Jarnac et d’elle, receu Forest, nore royal, en datte du vingt troisiesme septembre 1665, auquel est attaché le codicille fait par ladite dame, receu mesme notaire que les presants, du vingt deux des présents mois et an, le tout cotté par...

  482. Et à l’esgard des aultres papiers, tiltres et enseignemans de la maizon ils n’ont esté inventorizés, attendu le grand nombre d’yceux.

Ce fait, nous avons finy, clos et arresté le presant inventaire, et les meubles et effectz contenus en ycelluy sont demeurés es mains et puissance de ladite dame Contesse de Jarnac, ledit jour vingt huitiesme janvier 1668, en presance de Thoumas Yvert, maître apothicaire, demeurant au village du Four de la Chaux, pairoisse de Mainxe, et de François Gernereau, sieur de La Tousche, demeurant à Jarnac, lesquels recquis, quy ont signé avecq ladite dame...

  483. Lesquelles choses cy dessus inventorizées, ladite dame nous a desclaré y avoir chez le nommé Boumirou, ticerant, du fil de chanvre pour faire deux douzaines de serviettes et dix ou douze linceulx, et y avoir encores dans le chasteau du fil de lin pour faire dix ou douze napes.

[Signé] C. de La Rochebeaucourt. — François Chabot. — F. Rangeard. — T. Yver. —F. Gernereau.—Filhon, notaire royal héréditaire.

Inventaire des meubles et effets existant dans le chateau de Jarnac en 1668, d'apres l'original des archives de la Charente / publ. et annote par Emile Biais

 

 

 

Château de Jarnac, Ses Barons et ses Comtes. <==

 

 

 


 

(1)    En janvier 1648, Louis Chabot épousa demoiselle Catherine de La Rochebeaucourt.

Le contrat dudit mariage fut dait par Tournier, notaire royall à Saintes, à la date du 27 janvier 1648.

Fille de Jean de La Rochebeaucourt, seigneur de Sousbran, lieutenant pour le Roi en la ville d’Angoulême, et de Jeanne de Gallard de Béarn, damoiselle Catherine de la Rochebeaucourt, très répandue dans le monde angoumoisin, a signé au bas de nombrexu actes de mariages et surtout de baptêmes. Voici, a titre de renseignements, trois extraits des registres paroissiaux de l’église Saint Antonin qui portent son nom : Baptême «  dans la chapelle du château du Roy, d’Angoulême » de Robert Delamon, fils de Robert Delamon, chevalier, enseigne de la première compagnie des Gardes du Roy, etc.. et dame Marie Renet : parrain : M. Nerins de Seton, exempt des Gardes du Roy, et marraine : « damoyselle Catherine de Livenne, fille de Loys de Livenne, sieur de Boismort, et de Jehanne Martin ; parrain : Jehanne de Montalembert, écuyer, sieur du Plessis, et marraine : demoiselle Catherine de La Rochebeaucourt. (22 novembre1635).- Baptême de Jacques, fils de Jacques de Montalemembert de Sers : parrain : Jacques du Perron, évêque d’Angoulême, et marraine : demoiselle Catherine de La Rochebeaucourt. (5 juin 1644)(Reg. Par. De Saint Antonin)

Il n’y a pas trace du mariage du comte de Jarnac avec demoiselle Catherine de la Rochebeaucourt dans les registres et cahier paroissiaux d’Angoulême ; il est probable que ce mariage fut célébré dans une chapelle privée, mais, dans ce cas, le curé d’une paroisse de cette ville l’aurait enregistré ; or, nous n’avons pu trouver cet acte là.

La bénédiction nuptiale fut peut-être donnée à la Rochebeaucourt.

Le 4 avril 1633 « messire Jean Galard de Béarn, comte de Brassac, seigneur de La Rochebeaucourt et autres places, gouverneur d’Angoumois et de Saintonge, ville et château d’Angoulême, fit son entrée en ladite ville et prit possession du gouvernement. »( Reg. Mémorial C.- AA. C Archives com. D’Angoulême.)

(2)    Ce testament est publié à la suite de l’inventaire ci-après.

(3)    Ce récolement est aussi rapporté.

(4)    Jarnac était bien le lieu de résidence dudit seigneur Louis Chabot, comte de Jarnac, fils de Guy Chabot, « demeurant au château de Jarnac, pays d’Angoumois ». (jul : Dictionnaire critique de Biographie et d’histoire, art. Chabot : acte notarié, 1647.)

 (5)    « Les Plaisirs du Gentihomme Champestre…, par N. R. P (Nicolas Rapin, Poitevin). Paris, veuve de Lucas Brayer, 1583 », petit in-12 de 36 feuillets. Une réimpression de ce poème a été données par Benjamin Fillon. Paris, J. Techener, 1853.

(6)    «  O fortunatos nimium, sua si bona norint,

« Agricolas !...... »

(7)    Vie privée de Louis XV, Londre, 1783.

(8)    V. Mémoire sur l’Angoumois, par Jean gervais, lieutenant criminel au présidial d’Angoulême (1668-1733) : art. Noblesse d’Angoumois.

(9)    Les liasses considérables des procès-verbaux d’inventaires et de vente des biens d’émigrés (1793) que j’ai dépouillées aux Archives départementales de la Charente m’autorisent à parler ainsi.

(10)Voir «  Inventaire des meubles existant dans les châteaux de La Rochefoucauld, de Verteuil et de la Terne en 1728 » publié avec deux gravures et deux héliogravures, par P. de Flery. Angoulême 1880.

(11)Au commencement du XVIIIe siècle, le lieutenant criminel Jean Gervais écrivait : «  la terre de Jarnac comprend seize paroisses ou enclaves, presque toutes de grande étendue et généralement situées dans un très bon pays, le long cours de la Charente ou à portée de ses ports ; elle vaut 23,000 livres de revenu.

 La petite ville de Jarnac contient 300 feux. Les habitans sont, e grande partie, des bourgeois et gros marchands, que le commerce des vins et des eaux-de-vie, des sels et autres choses a rendus fort aisés ; ils sont presque tous religionnaires et assez difficiles à ramener.

Il y a peu de provinces, en France, d’une aussi petite étendue dans lesquelles il se trouve d’aussi grandes maisons, et dont un aussi grand nombre de seigneurs tirent leur origine.

 

« le château de Jarnac est une des plus grandes maisons de cette province et la mieux tenue ; il est dans une très heureuse situation, sur la Charente, qui le baigne, et a de fort belles issues. On voit sur le sommet du donjon la figure en plomd du combat fait en présence de Henri II, en 1547, entre les seigneurs de Jarnac et de La Châtaigneraie. » (Mémoire sur l’Angoumois, par J. Gervais, lieutenant criminel au présidial d’Angoulême, publiés par G. B de Rencogne. Paris Aug, Bry, M. DCCC. LXIV, in 8)

 

Sur une des six tours, d’inégale hauteur, il y avait cette figure en plomb de « M. de La Châtaigneraye avec une de ses jambes coupées » en mémoire du « coup de Jarnac ».

Elle fut abattue en 1793, par ordre du Directoire du district de Jarnac, comme « objet scandaleux a des patriotes ». (V.M. le Comte de Jarnac et son château, XVIII et XIX siècles, d’après des documents inédits, par Emile Biais.- Angoulême, 1884, in 8)

(12)Voir le maitre livre de M. Henri Jouin, lauréat de l’Institut : « Charles Le Brun et les Arts sous Louis XIV, le Premier Peintre, sa vie son œuvre, ses écrits, ses contemporains, son influence ». Imp. Nationales, 1889.

(13)Les meubles dessinés par cet artiste de premier ordre sont des modèles de délicatesse te de goût parfait.- V. Emile Biais : Les Pineau, sculpteurs ornemanistes, dessinateurs des bâtiments du Roi, graveurs architectes (1852-1886), d’après des documents inédits, avec des renseignements nouveaux sur J. Hardouin Mansard, les Prault, imprimeurs librairie des fermes du Roi, Jean Michel Moreau le jeune, les Feuillet, sculpteur et bibliothécaire, les Vernet, etc… édition illustrée des Bibliophiles français. ( Paris, Lahure, 1890)

(14)Mme de Maintenon écrivait : «  La magnificence est la passion des dupes. » (Lettres XLIV) Quant il la connut, Louis XIV était moins…. Magnifique.

(15) V. Inventaire de Verteuil : il y a aussi porté une machine pour « tirer » de l’eau de fleur d’oranger, n° 789.

(16) Dans la « salle du trésor », on gardait les parchemins et les papiers de la maison ; ces titres constituaient le trésor de céans.

(17) Jacques Chabot, chevalier, seigneur de Jarnac, de Bion et d’Aspremont, fut retenu conseiller et chambellan du Roi le 22 septembre 1485 et mourut en 1546. Il avait épousé, le 15 septembre 1485, Madeleine de Luxembourg, veuve de Charles de Sainte-Maure, seigneur de Puyseuls, et fille de Thibault de Luxembourg, seigneur de Piennes, et de Philippe de Melun. Il eut trois enfants, parmi lesquels le célèbre amiral Chabot, dont le, « tableau » figurait dans la « grande salle des Alliances », au château de Jarnac. (V. Jal : Dictionnaire critique de Biographie et d’Histoire ; voir aussi M. le Comte de Jarnac et son château, par Emile Biais, 1884.) — Le tombeau de l’amiral Philippe de Chabot, par Jean Cousin, se trouvait dons l’église des religieux Célestins, à Paris ; ce chef-d’œuvre est déposé actuellement au Louvre : musée de la Renaissance.

(18) On connaît les armoiries des Chabot, seigneurs de Jarnac : d’or, à trois chabots de gueules mis en pal : 2 en chef et 1 en pointe.

(19) resté en blanc

(20) resté en blanc

(21) Probablement des linges à l’usage de la boulangerie.

(22) Évidemment il s’agit là des armes des Rohan-Chabot. La maison de « Rohan porte de gueules, à neuf macles d’or rangées trois a trois. — Chabot porte d’or, à trois chabots de gueules mis en pal : 2 en chef et 1 en pointe ». (Indice armorial, par Louvan Geliot. Paris, 1635.) Le notaire, ignorant les éléments du blason, a pris les macles pour des losanges.

(23) Du nom de la commune de Trois-Palis, canton d’Hiersac, arrondissement d’Angoulême.

(24) Archepipe : arche ou l’on met les pipes (mesure) (?).

(25) Pétrin

 

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12 janvier 2021

Thibault III Chabot, commandant des troupes de Richard, comte de Poitou, contre les seigneurs d’Aquitaine confédérés.

Thibault III Chabot (Theobaldus), commandant des troupes de Richard, comte de Poitou, contre les seigneurs d’Aquitaine confédérés

Thibault III Chabot (Theobaldus), seigneur de la Roche Servière, de La Grève, de Mervent, du Petit château de Vouvant, d’Oulmes, de la Chabocière, etc,… naquit vers 1130.

En 1173, il assista avec plusieurs seigneurs de la cour du roi d’Angleterre aux fiançailles de Jean, fils puiné de Henri II, avec Alix de Mortain.

En 1175, il était commandant des troupes de Richard, comte de Poitou, fils du roi d’Angleterre, et fut appelé par l’évêque de Poitiers pour chasser les Brabançons, amenés par le comte Wulgrin d’Angoulême, qui pillaient le pays

 Les historiens anglais, qui racontent les guerres soutenues en 1176 par Richard contre les barons de l’Ouest, nous montrent Vulgrin dirigeant les troupes du comté. Raoul de Dicet et Benoit de Perterborough le désignèrent même sous le nom de comte, et Roger de Hoveden, plus exact, sous celui de vicomte.

« Erant in Pictavia comites et barones qui contra, Ricardum bellum moverant, scilicet Uggrinus de Engolismo »

Château de Brézé - Chevaliers Capalle du Poitou (1)

Dans une nouvelle ligue formée en 1178, Vulgrin est encore désigné sous le titre de comte, bien que son père vive encore ; il est pris par Richard dans Angoulême et, d’après Benoit de Peterborough, obligé de se rendre en Terre Sainte, pénitence qui lui avait été infligée, ainsi qu’à Guillaume IV, par Henri II après la révolte de 1176.

Vulgrin III dut prendre le titre de comte d’Angoulême, mais associa ses deux frères, Guillaume et Adémar.

Wulgrin III Taillefer, successeur de Guillaume, son père, ne lui survécut pas deux ans entiers, suivant Geoffroi du Vigeois, qui met néanmoins, sa mort au 29 juin de l’année 1181, en quoi cet écrivain se contredit.

Nous pensons qu’il a voulu dire trois ans au lieu de deux.

 Il paraît que Wulgrin était associé à son père dès l’an 1176 ; car c’est lui que Raoul de Diceto, qui le nomme Bulgarin, donne pour auteur principal des ravages que firent cette année dans le Poitou, comme nous l’avons déjà dit, les seigneurs d’Aquitaine confédérés contre le duc Richard, qui était pour lors en Angleterre.

Mais Jean, évêque de Poitiers, dit cet historien, ayant rassemblé de toutes parts des troupes auxiliaires, et, s’étant joint à Thibaut Chabot qui commandait la milice ducale, marcha contre ces destructeurs de châteaux, ces pillards de campagnes, ces brûleurs d’églises, ces oppresseurs de vierges; et les ayant rencontrés dans la plaine de Brezé, il partagea son armée en quatre corps qui fondirent en même temps sur eux, en tuèrent un grand nombre, et obligèrent les autres à se sauver dans une forteresse, avec tant de précipitation, qu’ils abandonnèrent tout leur bagage à l’ennemi.

 

Château de Brézé - Chevaliers Capalle du Poitou (2)(Château de Brézé - Chevaliers Capalle du Poitou)

Cet avantage ne dissipa point la ligue.

Roger d’Hoveden nous apprend qu’elle continua pendant trois ans ses déprédations, sous le même Wulgrin qu’il appelle Bugrius.

Mais l’an 1178, le duc Richard, dit-il, vint à bout de la détruire.

Après avoir réduit, ajoute-t-il, le comte de Bigorre, il prit Gençai, Martillac, Granville, Taillebourg, Pons, toutes places fortes qu’il fit raser ; força ensuite le comte d’Angoulême de lui remettre cette ville avec le château de Montignac, et en fit abattre les murs.

Raoul de Diceto met ceci en 1177, et dit que Richard obligea de plus le comte avec ses complices de passer la mer pour aller demander grâce au roi son père ; ce qu’ils obtinrent à Winchester, le 21 septembre.

Wulgrin d'Angoulême ne laissa qu’une fille, nommée Mathilde, à qui ses oncles, Guillaume et Adémar, disputèrent la succession de son père.

Le duc Richard, depuis roi d’Angleterre, avant pris sa défense, les chassa du pays ; mais bientôt ils y rentrèrent à la faveur de la division qui s’éleva entre Richard et ses frères.

 

En 1184, Theobaldus Chabot donna pour le salut de son âme, de celle de son fils Sebran et de celle de son épouse, le domaine de La Sébrandière à l’abbaye d’Orbestier, avec le consentement de l’évêque de Limoges, son oncle.

En 1185, il confirma par charte donnée, à Oulmes, à Rainier, abbé de l’Absie, toutes les donations faites à Massigné par son père Thibaut et son aïeul sebrand.

En 1192, par acte passé dans sa maisons de La Chabocière, il donna à l’Absie un enclos situè près de la maison d’Oulmes, Chabot est nommé avec le vicomte de Thouars, Savary de Mauléon et le seigneur de Parthenay, parmi les 13 barons poitevins vassaux du roi d’Angleterre, chargés de jurer la trêve conclue en 1206, entre le roi de France et Jeans sans Terre, roi d’Angleterre.

 

Par charte signée à Rocheservière le 23 juin 1207, il donna à l’abbaye de Villeneuve, près de Nantes, les domaines qu’il avait à la Botellière, près du ruisseau de Touffou.L’abbé Bertrand lui concéda un anniversaire pour lui et son épouse.

On trouve encore un don fait en 1213 au prieuré de Baldemorinière, par charte signée aussi à Rocheservière. Il devait mourir peu après. Il épousa Agnès (ou Marguerite), dame de La Mothe Achard et de Maurinière, fille de Guillaume, seigneur de La Mothe Achard, et de N. Chabot.

Agnès Chabot fit don aux templiers de Coudrie en 1180, et dans cet acte elle se dit fille de Thibaut Chabot. Elle mourut en 1202. Elle épousa vers 1170, Pierre de La Garnache.

 

 

 

==> Les ligues féodales contre Richard Cœur de Lion et les poésies de Bertran de Born (1176-1194)

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11 janvier 2021

Château de Jarnac, Ses Barons et ses Comtes.

Château de Jarnac, Ses Barons et ses Comtes

Quand on descend les bords pittoresques de la Charente, quand on laisse derrière soi Angoulême, Châteauneuf, et peu après les coteaux de Saint-Même, on ne tarde pas à découvrir la ville de Jarnac, surgissant tout-à-coup de ses bosquets de peupliers, et se penchant sur le miroir du fleuve.

La Charente semble quitter à regret ces rives historiques ; elle revient sur elle-même dans cette vaste prairie toute diaprée de boutons d'or ; on dirait qu'elle ralentit sa course pour mieux donner au voyageur le temps d'admirer tant de beaux paysages, de respirer le parfum qu'y exhale une nature vivifiante, de regarder couler les paillètes blanches de l'onde qui passe en courbant les nénuphars sous ses molles caresses, de plonger enfin sa pensée dans l'histoire et de se remémorer tant de beaux noms et de glorieux personnages, jadis en honneur sur ces bords.

Ce voyage, accompli par un jour de printemps, remplit l'âme d'une tendre mélancolie. Plus d'une fois nous nous sommes senti ému en contemplant ce fleuve langoureux qui se berce dans son lit de fleurs, en songeant à ses peuples d'autrefois, à ses splendeurs évanouies, à ses châteaux échelonnés sur ses rives comme les perles rompues d'un collier sur un divan de l'Alhambra. C'est que pour nous les bords de la Charente sont l'histoire de la province toute entière, histoire que nous aimons avec ses châteaux et ses belles dames, ses chevaliers et ses gentilshommes, ses poètes et ses artistes.

Mais depuis un siècle que de châteaux ont disparu de notre terre de prédilection, que de noms bannis, que de gloires oubliées!.

Hélas! chaque-chose a sa place marquée dans les annales du destin; tout s'écroule lorsqu'une main secourable ne répare pas l'injure du temps ; mais quand les révolutions et les hommes, les fureurs et les vengeances soufflent sur les monuments ils disparaissent comme anéantis par la fondre : tel a été le château de Jarnac.

Le poète et l'historien y chercheraient vainement le moindre pan de muraille en ruine, le plus petit débris delà magnificence princière qu'y prodiguèrent pendant deux siècles les comtes de Jarnac.

Nous le regrettons au point de vue de l'histoire; nous vous en aurions décrit les longues galeries frappées de temps en temps par la hallebarde du soldat qui passe; nous vous aurions parlé de la salle des chevaliers, où l'on essayait ces fières lames qui devaient faire mordre la poussière aux ennemis de la France; et nul plus que nous n'aurait pénétré avec autant de ferveur et de sainte adoration dans cette chapelle gothique, où venaient prier ces belles châtelaines que nous avons si chastement aimées, ces guerriers couverts de leur pesante armure, l'épée croisée sur la poitrine et le regard tourné vers le ciel, pour remercier Dieu de la dernière victoire.

Mais il n'existe rien du château de Jarnac : ce grandiose monument de la Renaissance, ce palais d'Armide élevé à tant de frais par Renaud Chabot, a vu tomber un jour ses murailles devant le souffle populaire.

 Confisqué par la révolution de 1793, dépecé et anéanti sous le Directoire, le château de Jarnac a complètement disparu sous la Restauration, qui en a aliéné les derniers lambeaux.

Ainsi a fini cette belle terre féodale, laquelle se composait, suivant un ancien dénombrement, de quinze paroisses et de deux enclaves, contenant ensemble 115 villages, 45 vassaux notables et 14,000 habitants, Si les choses de ce monde sont pleines de fragilité, l'histoire est là qui en enregistre les progrès, la grandeur et la décadence.

 Notre vieille province d'Angoumois, tour-à-tour subjuguée par les Gaulois, les Romains, les Visigoths et les Francs, ne respira la liberté que sous les premiers comtes du pays, établis par Clovis et ses successeurs.

Charlemagne érigea l'Aquitaine en royaume ; il le donna à son fils Louis, et à son retour d'Espagne, il laissa pour comte à l'Angoumois un gouverneur valeureux appelé Taillefer de Léon.

Lors de l'avènement de Charles-le-Chauve au trône, l'Aquitaine fut attribuée à Pépin, et le comté d'Angoumois, qui en faisait partie, eut pour comte un guerrier célèbre nommé Turpion.

Ce dernier eut un ou deux successeurs placés comme lui temporairement ; mais peu de temps après les peuplades du nord (Normands ou Vikings) ayant envahi l'Angoumois et y ayant commis toutes sortes de brigandages, Charles-le-Chauve envoya dans notre province Vulgrin Ier, qu'on dit être son parent, et qu'il chargea d'opposer une digue à ce torrent dévastateur.

 Ce Vulgrin ayant épousé Rogelinde, fille de Guillaume Ier, comte de Toulouse, a été le premier des comtes héréditaires du pays d'Angoumois, surnommés dans la suite Taillefer, parce que Guillaume Ier, petit-fils de Vulgrin, combattant contre les Normands et étant armé d'une rapière d'un acier très tranchant, fendit jusqu'à la poitrine le corps de Stonius, leur chef, malgré le casque et la cuirasse dont il était revêtu.

Les comtes d'Angoumois possédaient alors presque toute la province, et ce ne fut que sous Guillaume Taillefer, cinquième comte, que la terre de Jarnac eut son seigneur particulier, appelé Wuardrade.

Guillaume l'avait-il donnée en-reconnaissance des services rendus par ce chevalier dans les guerres qu'il eût à soutenir contre ses voisins rebelles? Ou bien Wuardrade l'avait-il achetée de Guillaume, qui, ne pouvant surveiller ses immenses domaines, était bien aise de mettre à Jarnac un serviteur fidèle pour garder le passage de la Charente ?

C'est ce que l'histoire ne dit pas.

Saluons donc ce seigneur chevalier, veillant nuit et jour aux créneaux de son castel pour protéger son pays contre l'invasion, ou contre l'ambition de ses voisins. Ce fut sans doute à cette époque que les rives de la Charente se couvrirent de petits châteaux ou châtelets, forteresses à épaisses murailles, chargées de maintenir l'intégrité du territoire.

Alors quand on n'avait pas l'invasion étrangère à redouter et à combattre, les hommes de guerre étaient chargés de purger la contrée des ravageurs cruels et pillards, de protéger les faibles, de secourir les opprimés. « On vit souvent à cette époque les châteaux servir de refuge à la vertu la plus austère ; l'hospitalité y était pratiquée avec magnificence ; les chevaliers errants et leurs dames y étaient reçus en frères ; les pèlerins y trouvaient un asile, et le pauvre qui s'y présentait ne se retirait pas les mains vides. »

La chevalerie rendit ainsi d'immenses services à la société, et l'amour de protéger et de défendre engendra la sensibilité dans ces cœurs d'abord indomptables ; la galanterie n'est venue que plus tard.

Le château de Jarnac fut, sans doute, grossièrement construit; bâti en pierres peu ou point taillées, liées entre elles par un ciment solide et disposées en murailles d'une formidable épaisseur.

Sa construction sur le bord du fleuve rendait sa position encore plus avantageuse, et du côté des terres on fit de larges fossés qui se remplissaient d'eau. Sur ces fossés on jeta un pont-levis conduisant sous une muraille voûtée qui servait d'enceinte, et de là dans une cour attenante au donjon, où se trouvaient le magasin des armes, les salles des chevaliers, les appartenons des dames et la chapelle.

Au moment où Wuardrade vint prendre possession du château de Jarnac, la foi des croisades était des plus vives, le comte Guillaume était parti avec plusieurs chevaliers pour aller combattre les infidèles, et en passant par l'Allemagne et la Hongrie, il fut très bien accueilli du roi Etienne qui y régnait alors, et qui le combla de présents.

Wuardrade ne l'avait point accompagné sur la terre d'outre-mer ; il venait d'épouser une belle et ravissante châtelaine et passait avec elle les jours les plus heureux. Quelques années après leur mariage,

Wuardrade et son épouse Rixendis fondèrent l'abbaye de Bassac.

Une pieuse tradition très peu connue des historiens de l'Angoumois, attribue cette fondation au vœu fait dans les circonstances suivantes : C'était par une radieuse matinée de mai ; les époux montés sur le parapet du château de Jarnac, contemplaient cette belle vallée parcourue par les zéphirs qui leur apportaient de suaves parfums. L'orgueil satisfait se lisait dans les yeux du jeune homme quand son regard tombait sur les collines riantes qui fermaient l'horizon. Après avoir promené sa vue sur ce magnifique tableau, il semblait dire en songeant à sa puissance et à ses richesses : «Tout cela m'appartient. » Mais lorsque ses yeux rencontraient ceux du charmant objet qui était à ses côtés, l'orgueil s'effaçait devant le tendre sentiment de l'amour. Bientôt cependant son front se rembrunit, une tristesse vague erra sur sa figure. Son bonheur n'était point parfait, son plus cher désir ne s'était point réalisé. Les diverses pensées qui altéraient ses traits n'avaient point échappé au regard perçant da la jeune femme, Rixendis n'ayant jeté sur le beau site qu'un coup d'œil fugitif, tenait les yeux attachés sur le visage de son époux.

A peine si elle s'était aperçue de l'ascension du soleil qui dardait déjà ses rayons en plein sur la vallée. L'horizon ne lui apparaissait que couvert de nuages ; une larme brilla entre ses cils d'ébène, comme les goutelettes de rosée suspendues non loin d'elle aux herbes de la prairie. Elle passa doucement la main sur le front de son bien-aimé et le considéra avec les yeux interrogateurs de l'amour. Mais Wuardrade évita les regards scrutateurs et la tendre caresse de son épouse. Il voulut même quitter le parapet, lorsqu'un bruit léger se fit entendre au-dessus de sa tête et le força à lever les yeux. C'était le vol d'une hirondelle qui avait fait son nid dans le heaume sculpté des armes de la seigneurie, et qui apportait de la nourriture à sa petite famille.

— Regarde, mon amie, dit le chevalier avec amertume, ces oiseaux sont plus heureux que le seigneur de Jarnac.

Rixendis se tourna vers les armoiries et l'espérance brilla dans ses yeux.

— 0 mon bien-aimé, dit-elle, ne te livre pas au sombre génie du chagrin, crois et espère que le ciel nous accordera les mêmes grâces qu'à ces petits êtres qui ont reçu l’hospitalité chez nous. Les hirondelles ont passé au-dessus de notre tête, je regarde cela comme' un présage favorable, et je considère ce heaume en pierre comme la couronne du bonheur domestique qui plane au-dessus de nous.

Ces paroles allèrent au cœur de Wuardrade, il embrassa son épouse, puis il quitta la terrasse à pas précipités. Rixendis jeta sur lui un regard plein de douceur, et levant encore les yeux sur les hirondelles, elle dit à demi-voix :

— Mon Dieu, accorde-moi le bonheur que tu donnes à ces faibles oiseaux.

Wuardrade s'étant rendu à la chapelle, s'agenouilla devant l'autel et fit vœu de partir pour la Terre-Sainte, si le ciel comblait ses désirs. Quelque temps après, il y eut une grande fête au château.

Le comte Guillaume d'Angoulême, de retour de la Palestine, était arrivé avec son épouse sur l'invitation de Wuardrade, Il était accompagné d'une suite nombreuse de chevaliers et de pages. La forêt retentissait du bruit des cors et l'on n'apercevait que des troupes brillantes de cavaliers et d'amazones qui se donnaient au plaisir de la chasse.

Lorsque le comte et Wuardrade se furent enfoncés dans l'épaisseur du bois, celui-ci dit à Guillaume : — Je vous ai annoncé mon bonheur, le ciel a daigné exaucer nos souhaits : j'aurai bientôt un fils.

J'espère, mon cher comte, que vous ne trouverez pas mauvais que je tienne la promesse que j'ai faite à Dieu au pied de son autel.

J'ai fait vœu de me rendre en Terre-Sainte.

Le comte essaya, mais en vain, de le détourner de son projet.

Peu de jours après, Wuardrade quittait le château, malgré le regret qu'il éprouvait de laisser une épouse éplorée, qui faisait mille efforts pour le retenir. Il prit l'habit et le bâton de pélerin et se mit en route pour accomplir sa sainte promesse.

Arrivé au terme de son voyage, il remercia le ciel sur le tombeau du Sauveur; et, plein du désir de revoir l'objet de sa tendresse, il quitta Jérusalem,, se dirigea vers Jaffa, afin de s'embarquer pour Marseille, et delà gagner l'Angoumois, où était tout son bonheur.

Mais il fut retenu par la rencontre de quelques pèlerins nouvellement arrivés en Terre-Sainte.

L'un d'eux avait pour lui une lettre qu'il lui remît. Le chevalier en rompit le cachet, et quelle ne fut pas sa joie lorsqu'il lut l'écriture de son épouse, qui lui annonçait qu'elle était mère de deux beaux garçons. A cette nouvelle le chevalier jura de ne partir qu'après avoir remercié Dieu de nouveau au tombeau de notre Seigneur. Il s'y rendit avec les pèlerins, et incliné devant le Rédempteur du monde, il promit de faire bâtir dans ses terres la plus belle abbaye qu'on eût jamais vue. Puis il s'embarqua pour la France, et, quelques jours plus tard, il pressait ses enfants dans ses bras.

Alors il fit part à son épouse du serment qu'il avait fait d'élever un monument de reconnaissance au Dieu protecteur qui lui avait accordé de si beaux enfants ; Rixendis le conjura de ne mettre aucun, retard à. un vœu qu'elle avait fait elle-même.

Les plans proposés par les savants constructeurs du moyen-âge furent adoptés, et ainsi fut fondée l’abbaye de Bassac.

 

II.

Guillaume Taillefer, comte d'Angoulême, eut de nombreuses guerres à soutenir contre les seigneurs ses voisins. Sa vaillance et son caractère généreux surent lui attirer l'affection de tous ses vassaux.

Wuardrade combattit à ses côtés au siège de Blaye, ville apportée dans la maison d'Angoulême par Gerberge d'Anjou, femme de Guillaume, et surprise sur lui par un parent de cette dame.

 Le seigneur de Jarnac assista à toutes ces guerres, et fit des prodiges de valeur dans une rencontre où le prince de Taillebourg fut tué par Geoffroi, fils du comte d'Angoulême.

 Vers la même époque, le château de Marcillac était occupé par les enfants d'Oldoric, qui avaient commis des crimes atroces sur un de leur frère; Guillaume vint les assiéger, en compagnie de ses chevaliers.

Le duc de Guienne, qui y assista en personne, fut si rempli d'admiration pour Guillaume qu'il lui donna en fief les vicomtés d'Aunay, Melle et Rochechouart, avec les seigneuries de Ruffec, Confolens et Chabanais.

Pendant ces guerres qui durèrent plus de vingt ans, Wuardrade et Rixendis, seigneurs de Jarnac, souvent séparés pour la défense du pays, ne manquèrent jamais, à chaque entrevue, d'admirer les physionomies nobles et courageuses de leurs enfants.

Lambert, l'aîné, devint un des écuyers du comte Foulques d'Angoulême, et accompagna Guillaume, son fils, ainsi que Bardon, seigneur de Cognac, au voyage d'outre-mer qu'entreprit Godefroi de Bouillon, en l'an 1099, et qui fut couronné par la prise de Jérusalem, dont Godefroi fut nommé souverain.

A son retour, Lambert se maria. De son union avec une dame dont le nom est ignoré, il eut une fille unique appelée Agnès.

Les guerres recommencèrent plus vives que jamais dans l'Angoumois.

Le château d'Archiac était disputé à Guillaume III par Aymar, qui avait appelé a son secours Bardon de Cognac, Alduin de Barbezieux et leurs alliés. Guillaume réunit ses fidèles chevaliers et rangea tous ces seigneurs à leur devoir. Wuardrade et ses fils prirent une part active à la défense des droits de leur comte, et leurs adversaires furent très souvent battus, tantôt dans la terre de Cognac, tantôt dans celle de Barbezieux.

A quelque temps de là, Wuardrade mourut et fut enterré dans l'abbaye de Bassac, qu'il avait fondée.

Lambert qui voyait grandir Agnès en s'entourant de tous les charmes de la jeunesse, lui Chercha un parti convenable et la maria à Pierre Bauderant un homme de cœur et de grande valeur chevaleresque.

Ce seigneur aida le comte d'Angoulême à lever le siège du château de Marcillac, que le duc de Guienne assiégeait, et qu'il contraignit de se retirer.

L'histoire nous dit que Bauderant et Agnès eurent deux enfants :

 Hélie, qui devint seigneur de Jarnac après son père, et Boson, qui épousa la fille d'Aymeri de la Rochefoucauld.

A cette époque la foi religieuse fut si grande que chaque seigneur fonda une église ou une abbaye.

L'on vit s'élever alors les abbayes de la Couronne, par Lambert, curé de la paroisse. ; de Bournet, par le sieur de Montmoreau ; de la Frenade, près Merpins, par le seigneur de Cognac. Hélie et Boson de Jarnac durent bénir la mémoire de leur père d'avoir devancé les plus grands seigneurs de l'Angoumois dans leurs libéralités religieuses.

Hélie de Jarnac eut de son mariage avec une dame dont le nom nous est inconnu, une fille unique appelée Nobilie, et qui est devenue une dame d'une grande beauté.

Les croisades, les constants voyages que firent les chevaliers aux pays lointains avaient grandi les idées et donné aux mœurs un vernis d'affabilité et de galanterie. A cette époque sans lendemain, chaque chevalier se sentait le besoin de vivre, d'aimer et de combattre. Mars tressait sa couronne en guirlandes d'héliotropes, d'aubépines et d'amours.

La littérature provençale, si vive, si galante, si ingénieuse, avait formé de jeunes poètes qui parcouraient l'Europe en divisant de pensées et d'amour. Les trouvères allaient de châteaux en châteaux, louant dans un langage tout sensuel et tout poétique la dame du logis, ses beaux yeux, ses qualités aimables.

- « On aurait dit qu'on ne vivait que pour la galanterie ; les dames, qui ne paraissaient guère dans le monde que mariées, s'enorgueillissaient de la réputation que leurs amants faisaient à leurs charmes ; elles se plaisaient à être célébrées par leur troubadour ; elles ne s'offensaient point des poésies galantes qui se répandaient sur elles. » Ces charmants compagnons de l'oisiveté des châteaux, n'oublièrent pas les contrées pittoresques, les bords des fleuves qui les conduisaient directement sous les fenêtres de quelque dame jeune et jolie.

Bertrand de Born qui connaissait tous les lieux qui recelaient quelque beauté, disait un jour dans sa chanson :

« Je prie la vicomtesse de Chales de m'accorder son cou d'albâtre et ses deux belles mains ; après je vais ailleurs, et j'arrive sans détour à Rochechouart ; je demande à la belle Agnès ses cheveux, plus remarquables assurément que ceux qui firent la renommée d'Yseult, la dame de Tristan. » Bertrand était malheureux, son amie le dédaignait, et désespérant de trouver ailleurs une dame aussi accomplie que celle qui n'avait pour lui que des rigueurs, il faisait voyager son esprit et prenait par-ci par-là une qualité aimable, un don du ciel, afin d'en faire un tout qui remplaçât celui qu'il avait perdu.

Les bords de la Charente eurent leurs troubadours et leurs chansons, et les châtelaines de Cognac, d'Angoulême et de Jarnac, ne furent pas dédaignées de ces poètes du sentiment.

On vit tour-à-tour sur ces rives Arnaud de Mareuil, Richard de Barbezieux, Pierre Vidal, Bertrand de Born et bien d'autres.

Arnaud de Mareuil avait chanté Nobilie, dame de Jarnac, et en était devenu très amoureux.

« Sans cesse, disait-il loin d'elle, je tourne mes prières et mes adorations vers le pays que mon amante habite. Que de ce pays fortuné il arrive un simple pasteur, qu'il parle d'elle, et je l'honorerai, comme je ferais le seigneur le plus puissant. Qu'on n'imagine pas toutefois que mes transports indiscrets fasse jamais connaître le château où elle tient sa cour  »

Puis il s'écriait : « Chanson, va vers la plus parfaite des femmes, et dis-lui que j'implore sa merci, si toutefois elle daigne me l'accorder. Je pense au rare mérite qui la distingue; qu'elle pense au tendre amour qu'elle m'inspire. Oh ! si Dieu permet que je sois payé de retour, un désert, tant mes vœux sont ardents, un désert avec elle sera pour moi le paradis. »

Arnaud de Mareuil, tremblant de ne pouvoir obtenir le cœur de la dame de ses pensées, le regard tourné vers son château, écrivait encore : « Dame, plus aimable que je ne puis l'exprimer, pour qui souvent je soupire et je pleure, un de vos adorateurs, un adorateur fidèle et sincère, et vous pouvez aisément le reconnaître, vous adresse ses vœux et ses salutations. 

Amour m'a commandé de vous écrire ce que ma bouche n'ose vous déclarer, et quand l'amour ordonne, je ne sais opposer ni refus ni délai.

Le désir que j'ai de vous voir me tient le cœur si oppressé, que, cent fois le jour, cent fois la nuit, je demande à Dieu qu'il m'accorde ou la mort ou votre tendresse, et si Dieu me l'accorde, vous savez que je vous appartiens cent fois plus à vous qu'à moi-même; c'est à vous, à vous seule, que je dois tout ce que je fais, tout ce que je dis de bien. »

Tous ces troubadours célébraient dans des chants pleins de mysticité, d'amour et de poésie, la beauté et les vertus de la dame de leurs pensées. « Les chevaliers ne parviennent à un certain mérite, disait Raymond de Miravals, qu'autant qu'une digne amie les a façonnés à l'art de plaire; et lorsque l'on voit quelqu'un d'eux faillir, tous disent : On voit bien qu'il n'a pas été à l'école des dames. »

L'art de plaire et de se dire heureux par la moindre faveur fournirent souvent des traits ingénieux à ces chantres de l'amour : « Mon bonheur, dit Pierre Vidal, est une couronne préférable à celle d'un empereur; j'offre mes hommages à la fille d'un comte, et le présent d'un simple lacet que m'a accordé la belle Raimbaud, me rend plus riche à mes yeux que le roi Richard lui-même, avec Poitiers, Tours et Angers. »

 

Sordel et Bertrand d'Almanon se disputent sur ce qui vaut le mieux ou l'amour ou la guerre; chacun d'eux se passionne pour défendre son inclination. Bertrand prétend qu'il n'y a point de vrai plaisir sans la vaillance, car c'est elle qui élève aux plus grands honneurs.

« Pourvu que je sois brave aux yeux de celle que j'aime, dit Sordel, peu m'importe d'être méprisé des autres; que je tienne d'elle tout mon bonheur, je ne veux point d'autre félicité. Allez, renversez les châteaux et les murailles, et moi je recevrai de mon amie un doux baiser ; vous gagnerez l'estime des grands seigneurs français; mais combien je prise davantage ses innocentes faveurs, que les plus beaux coups de lance. »

Cette tenson peut donner une idée de ces luttes poétiques jadis en honneur, et qui faisaient le plus bel ornement des festins.

A certaines époques de l'année, le château revêtait sa couleur de poésie et de fête. Lorsque le haut baron avait invité à sa cour pleinière les seigneurs du voisinage et les chevaliers ses vassaux, trois jours étaient donnés aux joutes et aux tournois, images de la guerre.

Chaque jour avait ses combattants : le premier était consacré aux jeunes gentilshommes qui, sous le nom de pages, s'exerçaient au métier des armes ; le second, destiné aux chevaliers nouvellement armés, réunissait les dames les plus brillantes et les mieux parées de leurs frais atours; enfin, le troisième jour était réservé aux vieux guerriers blanchis dans les combats, ou qui revenaient des rivages lointains.

Une fête splendide réunissait tous les convives, et l'on récitait le lays sentimental à la fin du dîner.

 Puis la dame du château installait sa cour d'amour, composée des plus jeunes dames, des plus brillantes par leur figure et par leur esprit.

— Les cours d'amour étaient des tribunaux exerçant un pouvoir reconnu par l'opinion, et qui prononçaient sur l'infidélité ou l'inconstance des amants, sur les rigueurs ou les caprices de leurs dames.

Eléonore d'Aquitaine et bon nombre de châtelaines avaient leurs cours d'amour.

Les décisions rendues étaient susceptibles d'appel. Un jour on soumit cette question à la comtesse de Flandre : « Un amant, déjà lié par un attachement convenable, requit d'amour une dame, comme s'il n'eût pas promis sa foi à une autre; il fut heureux; dégoûté de son bonheur, il revint à sa première amante et chercha querelle à la seconde. Comment cet infidèle doit-il être puni?

Jugement : « Ce méchant doit être privé des bontés des deux dames; aucune femme honnête ne peut plus lui accorder de l'amour. »

Nous pourrions vous citer des arrêts de ce genre jusqu'à demain; mais nous devons y renoncer, le château de Jarnac nous réclame.

 

III.

Nobilie, dont les chantres de l'amour avaient immortalisé la beauté, n'eut point le bonheur d'épouser son idéal et de vivre avec son rêve. Hélie de Jarnac, son père, lui fit épouser Ithier de Cognac, fils de Bardon, seigneur puissant mais très-opiniâtre. Seigneur de Cognac et seigneur de Villebois, seigneur de Jarnac, de Merpins, d'Archiac...

 

 

Peu de temps après leur mariage, Ithier entra en guerre avec le comte d'Angoulême, Vulgrin Taillefer II.

Il s'était réuni aux seigneurs de Villebois, de Taillebourg et de Lusignan, qui soutenaient Girard de Blaye, lequel venait de s'emparer du château de Monlignac.

Le comte d'Angoulême en fit le siège, qui fut long et meurtrier. Les assiégés voyant qu'ils ne pouvaient plus tenir s'échappèrent nuitamment de la place et s'enfuirent.

Vulgrin, maître du château, le donna à Girard, évêque d'Angoulême, et fit bâtir une tour ainsi que de fortes murailles pour le mettre désormais à l'abri de toute surprise de la part de ses ennemis.

 (Pâques le 5 avril 1170, au château de Niort, Aliénor présente aux barons Poitevins, Richard comte de Poitou âgé de douze ans.)

 

En 1176, Richard Cœur de Lion (1) entra en guerre contre son vassal Vulgrin III, comte d'Angoulême, et obtint de lui la remise immédiate de Merpins.

Philippe de Falconbridge (plus connu sous le nom de Philippe de Cognac.), fils naturel de Richard Couer de Lion (né vers 1180), reçut de son père le château et la seigneurie en 1190.

Philippe, d'une humeur altière et chevaleresque, trouva occasion d'assister aux tournois qui se donnaient au château de Jarnac, et y fit la rencontre de la charmante Amélie de Cognac, nièce de Nobilie.

C'est à Cognac que Richard Cœur de Lion marie Amélie de Jarnac, fille d'Ithier V de Cognac et héritière de la seigneurie, avec son fils illégitime Philippe de Falcombridge (Philippe FitzRoy).

La seigneurie de Merpins fut dès lors réunie à celle de Cognac. Philippe fait édifier à Jarnac les remparts et 9 tours.

Leur enfant : Aumus de COGNAC né vers 1195.

Philippe de Falconbridge la gouverna jusqu'en 1204, date à laquelle il la vendit en rente viagère à Jean sans Terre, son oncle et son suzerain, roi d'Angleterre et duc d'Aquitaine, devenu comte d'Angoulême par son mariage avec Isabelle Taillefer en 1200. (Richard étant mort en 1199 au siège de Chalus.)

Entre temps, Philippe de Falconbridge, malade, avait confié la garde du château à Guillaume le Gueux.

 

==> Les ligues féodales contre Richard Cœur de Lion et les poésies de Bertran de Born (1176-1194)

 

En 1218, Philippe accompagna Geoffroi Martel, neveu de Guillaume IV Taillefer, comte d'Angoulême, Hugues IX de Lusignan, comte de la Marche, et plusieurs autres grands seigneurs du pays, au voyage de la Terre-Sainte, où ils restèrent quelques années à guerroyer contre les Sarrazins.

Guillaume de Tyr rapporte qu'ils livrèrent bataille à Nouradin, roi d'Égypte, et le défirent près de Tripoli.

Quelque temps après Hugues de Lusignan fut fait prisonnier dans une rencontre, et emmené esclave chez les Égyptiens qui le gardèrent de longues années. Il mourut à Damiette en 1219.

 

Bientôt après vinrent les comtes d'Angoulême Vulgrin et Aymar Taillefer.

Aymar eut pour fille unique de Alix de Courtenay, son épouse, cette fière Isabelle qui fut une des plus belles dames de son temps.

Elle était promise à Hugues de Lusignan, comte de la Marche, lorsque, par une fatalité pour nos provinces, elle épousa Jean-sans-Terre, roi d'Angleterre, qui était venu en Aquitaine pour se faire reconnaître de ses vassaux.

Invité aux noces d'Isabelle, le monarque anglais s'y rendit, et sur le conseil de Philippe-Auguste, dit-on, il l'enleva à la vue de tous les seigneurs présents à cette cérémonie.

Puis étant passée en Angleterre avec son mari, Isabelle fut couronnée reine dans l'abbaye de Westminster, par l'archevêque de Cantorbéry.

Nobilie qui avait succédé aux Bauderant, seigneurs de Jarnac, ses auteurs, avec Ithier de Cognac, son mari, eut pour héritière sa nièce Amélie, femme de Philippe.

Ce seigneur n'ayant pas eu d'enfants d'Amélie, après sa mort Jean-sans-Terre s'empara des seigneuries de Cognac et de Merpins.

Quant à Jarnac, il paraîtrait que les comtes de la Marche (les Lusignan) s'en emparèrent aussi comme étant parents des Bauderant, seconds seigneurs du pays.

Lorsque le roi d'Angleterre fut mort, la comtesse-reine Isabelle n'eut rien de plus pressé que de revenir en Angoumois, laissant ses enfants entre les mains des grands de la couronne.

Aymar son père, mourut l'année qui suivit son retour, en lui abandonnant ses immenses domaines.

Alors elle ne tarda pas à contracter un second mariage; elle n'avait pas oublié son premier fiancé, Hugues de Lusignan, qui lui était resté fidèle, et l'épousa en 1217.

Le roi d'Angleterre voyant Isabelle comtesse d'Angoulême, lui laissa par bienséance et gratification les seigneuries de Cognac et de Merpins, situées dans ses terres.

 De sorte que les trois châtellenies de Jarnac, Merpins et Cognac firent retour au comté d'Angoulême, tant du chef d'Isabelle que de Hugues de Lusignan, son second mari.

 Le roi Saint-Louis ayant donné le comté de Poitiers à Alphonse de France, son frère, celui-ci invita tous ses grands vassaux à venir lui rendre hommage.

Isabelle persuada son mari de n'en rien faire, disant qu'il ne convenait pas à une reine d'Angleterre de fléchir le genou devant le comte de Poitiers.

Hugues suivit les mauvais conseils de sa femme et devint en guerre ouverte avec le roi Saint-Louis.

Isabelle pour se défendre appela les Anglais à son secours, lesquels ne tardèrent pas à venir débarquer au port de Royan.

Quelque temps après, la victoire signalée de Taillebourg mit tous les vassaux mécontents à leur devoir.

Hugues voyant que ses projets n'avaient pas réussi, ne songea plus qu'à faire sa paix; il alla trouver le roi dans son camp devant Pons et lui demanda pardon à genoux.

Le roi lui fit grâce, ainsi qu'aux seigneurs de Pons et de Mirambeau qui avaient embrassé son parti.

Avant de mourir, Hugues et Isabelle firent leur testament ; ils attribuèrent à Hugues, leur fils aîné, les comtés d'Angoulême et de la Marche, avec la seigneurie de Lusignan ; à Guy, leur cadet, les terres de Cognac, Merpins, Archiac et leurs dépendances ; à Geoffroi, leur troisième, celles de Jarnac et Chàteauneuf-sur-Charente ; à Guillaume, les terres de Bellac, Montignac et autres ; à Aymar, celles de Couhé et de Valence.

Leurs trois filles, Isabelle, Marguerite et Alix, furent dotées par Hugues : les deux premières eurent chacune deux cents livres tournois de rente, et Alix cent livres seulement. Le tout avec stipulation expresse de retour à Hugues fils aîné, dans le cas où les donataires viendraient à mourir sans laisser d'enfants.

Corlieu prétend que dans le testament de Hugues et d'Isabelle, il était dit que si la terre de Jarnac venait à Geoffroi par P. Bauderant qui s'en prétendait seigneur, que Hugues, leur fils aîné, l'en récompenserait jusqu'à concurrence de 5,000 sous de rente, et Guy 1,000 sous, et que si cela ne suffisait pas et qu'il fallut en venir aux armes, Hugues et Guy feraient les frais de la guerre chacun pour un tiers.

Geoffroi de Lusignan Ier, sire de Jarnac et de Châteauneuf, épousa Jeanne, vicomtesse de Châtellerault, de laquelle il eut deux enfants, Geoffroi II,  et Eustache de Lusignan, dame de Sainte-Hermine.

Geoffroi de Lusignan Ier mourut avant le mois de juillet de l'année 1263. La vicomtesse de Châtellerault, sa veuve, se remaria avec Jean V, seigneur d'Harcourt, amiral et maréchal de France.

Geoffroi de Lusignan II, vicomte de Châtellerault, sire de Jarnac et de Châteauneuf, épousa Péronelle de Senlis, comtesse de Dreux, de laquelle il n'eut point d'enfants.

Ce seigneur mourut en 1305. Pendant son veuvage Péronelle eut pour douaire la seigneurie de Châteauneuf, de laquelle elle a joui jusqu'à sa mort, arrivée en 1336.

La comtesse de Dreux fut enterrée dans l'église de Bassac.

Eustache de Lusignan, sœur de Geoffroi II, avait été mariée dès l'an 1276, à Dreux de Mello III, seigneur de Château-Chinon, d'Epoisses et de l'Orme.

De cette union naquirent trois enfants, deux garçons et une fille.

Dreux de Mello IV, leur aîné, fut seigneur de l'Orme, de Château-Chinon, de Jarnac, de Châteauneuf et de Sainte-Hermine.

Il était en procès avec Philippe-le-Bel, roi de France et comte d'Angoulême, en 1307, pour les terres qui avaient appartenu à Geoffroi de Lusignan, son aïeul maternel. Philippe traita avec lui, et pour ses prétentions lui donna la terre de Moulineuf et quelque argent.

Après Dreux de Mello, les seigneuries de Jarnac et de Châteauneuf passèrent aux mains de Raoul, comte d'Eu, lequel eut pour fils Raoul, comte d'Eu et de Guynes, connétable de France, et son successeur aux seigneuries de Jarnac et de Châteauneuf.

 En 1350, Raoul conspira contre l'État, et pour ce crime de lèse-majesté, le roi Jean lui fit trancher la tête, et confisqua ses biens; c'est de là que sont venus les quints de Jarnac et de Châteauneuf, qui ont longtemps appartenu aux rois de France.

Froissard rapporte que ce fut le 6 novembre 1350 que le comte d'Eu vint à Paris, amené à l'hôtel de Nesle sur l'ordre du roi, par le prévôt de Paris, qui l'avait arrêté à son retour d'Angleterre. Il resta prisonnier dans cette vieille tour aux souvenirs lugubres de Marguerite de Bourgogne, jusqu'au 9 novembre qui se trouva être un jeudi, et le lendemain, dans la matinée, il fut décapité en présence du duc de Bourbon, du comte d'Armagnac, du comte de Montfort, de Jean de Boulogne, et autres chevaliers.

Son corps fut porté aux Augustins, et enterré hors des murs du cloître. Telle fut la fin de ce célèbre conspirateur, qui, étant parvenu aux plus hauts emplois, ne craignit pas de trahir sa patrie et d'ajouter encore à tous nos malheurs.

La propriété des châtellenies de Jarnac et de Châteauneuf flotta ensuite entre deux ou trois seigneurs, parmi lesquels furent Jean d'Eslion, sieur d'Arlay, et Amaury II, sire de Craon.

Amaury avait épousé Isabeau de Sainte-Maure, fille de Guillaume III, seigneur de Sainte-Maure, de Montbazon et autres lieux.

Le roi Philippe-le-Bel craignant que cette riche héritière ne s'alliât à quelque partisan du duc de Bretagne, la faisait chercher dans ses châteaux pour la mettre au couvent de Maubuisson. C'était ainsi que les rois de l'époque entendaient la liberté individuelle.

Mais Isabeau, aussi adroite que le monarque, épousa la même année Amaury de Craon, tige honorable de la maison de Craon, en Anjou.

De son mariage avec Isabeau de Sainte-Maure, Amaury eut deux enfants : Maurice qui continua la branche aînée, et Guillaume de Craon, surnommé le Grand, devenu seigneur de Sainte-Maure et auteur des vicomtes de Châteaudun, par suite de son alliance avec Marguerite de Flandre, vicomtesse de Châteaudun.

Cinq enfants naquirent de cette union. Guillaume de Craon II, l'aîné, vicomte de Châteaudun, baron de Sainte-Maure, fut encore seigneur de Jarnac. Il eut l'insigne honneur d'être admis à la cour, devint chambellan du roi Charles VI, et épousa Jeanne de Montbazon, qui lui apporta en dot cette belle seigneurie.

Guillaume de Craon eut plusieurs enfants de la dame de Montbazon :

 Guillaume, l'aîné, vicomte de Châteaudun, seigneur de Sainte-Maure, mourut sans postérité ; — Jean de Craon, qui fut seigneur des mêmes terres après la mort de son frère ;

 — Marguerite, dame de Montbazon et de Sainte-Maure, après la mort de Jean, laquelle se maria à Guy VIII, seigneur de la Rochefoucauld (2) ;

 —Isabeau, alliée à Guillaume Odart, seigneur de Verrières ;

 — Marie de Craon, dame de Précigny, de Verneuil et de Ferrières, puis de Jarnac, de Monsoreau, de Montcontour, qui s'allia, en 1396, au chevalier Maurice Mauvinet, puis à Louis Chabot, seigneur de la Grève ;

— et enfin, Louise de Craon, mariée d'abord au seigneur d'Avesnecourt, ensuite au seigneur d'Auvilliers, avec lequel elle vivait en 1423, lorsque ses biens furent confisqués et donnés à Thibault Chabot, seigneur de la Grève, pour la punir d'avoir embrassé le parti des Anglais.

Marie de Craon, dame de Jarnac, avait eu pour oncle Pierre de Craon, fils de Marguerite de Flandre, lequel ayant encouru la disgrâce du duc d'Orléans, et croyant que le connétable de Clisson lui avait rendu ce mauvais service, l'attaqua un soir assisté de vingt estafiers.

Le connétable se défendit courageusement, mais obligé de céder au nombre, il fut vaincu et essuya de nombreuses blessures, qui, cependant, ne furent pas mortelles. Alors le connétable fit faire un procès terrible au sire de Craon : ses biens furent confisqués et donnés au duc d'Orléans, son hôtel changé en cimetière pour l'église Saint-Jean en Grève, et ses maisons de campagne démolies.

Obligé de fuir pour éviter le coup qui allait le frapper, le sire de Craon se sauva chez le duc de Bretagne, où quelques années après le roi lui accorda sa grâce à la prière même du duc d'Orléans.

C'est ce même de Craon qui, avant cet assassinat, avait obtenu du roi Charles VI qu'on donnerait des confesseurs aux criminels qu'on menait au supplice. Il fut bien près d'en avoir besoin pour lui-même, alors que les sbires du connétable étaient à sa poursuite.

Il laissa deux enfants, Antoine de Craon qui mourut à la bataille d'Azincourt, et Marie de Craon, une des dames les plus spirituelles et des mieux lettrées de son temps.

Jusqu'à présent la seigneurie de Jarnac n'a eu que des possesseurs passagers, possesseurs assis sur le sable mouvant des invasions, des dynasties qui s'éteignent sans rien apporter à leur courte jouissance.

Tous les siècles écoulés ont été remplis de troubles, de batailles, de fatalités ; tout ce qu'on a tenté d'élever a été pillé, incendié, anéanti ; il semblait réservé au règne de François Ier de relever les châteaux historiques, en leur donnant pour appui les plus vieux noms de la monarchie et les plus belles gloires.

Mais nous ne touchons pas encore au siècle de la Renaissance ; seulement nous abordons la famille Chabot, barons et comtes de Jarnac, et celle-là sera si bien assise sur son vieux castel qu'il ne faudra pas moins que la plus terrible de toutes les révolutions pour l'en déplacer. Après elle vient le néant : il y a de ces gloires qui ne se remplacent pas.

IV.

Par suite du mariage de Marie de Craon avec Louis Chabot, nous allons passer à cette illustre famille.

Mais auparavant voulez-vous savoir l'opinion d'un monarque sur ces grands seigneurs ? Reportez-vous au règne de Louis XIV (décembre 1648), et à l'occasion du mariage de Henri Chabot, seigneur de Sainte-Aulaye, avec Marguerite de Rohan, sa cousine, vous trouverez une lettre-patente qui autorise le futur époux à porter le nom et les armes de Rohan.

Louis XIV accordait par la même lettre le rétablissement du duché-pairie de Rohan , en faveur de Henri Chabot, « comme issu de ses» dits cousins Chabot dont la haute naissance et les alliances illustres le faisaient préférer à tout autre , puisque les barons de Jarnac, dont il est sorti sont les aînés de l'illustre race de Chabot, » l'une des plus anciennes et des plus puissantes du Poitou et de toute la Guienne, maison dont l'ancienneté est reconnue par une  notoriété publique depuis Guillaume Chabot, chevalier , qui florissait sous le règne du roi Philippe Ier, dès l'an 1040 , duquel de père en fils est sortie une grande lignée, féconde en toute sorte de grandeur, des prélats, des chevaliers de nos ordres , des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, grands prieurs de France, des officiers de notre couronne, des gouverneurs de province et des plus importantes places de notre royaume, des princesses et surtout de braves et de grands capitaines, sans même parler de l'amiral Chabot, qui n'étant que cadet de nos cousins les barons de Jarnac, dont est issu notre dit cousin Henri Chabot, porta sa vertu et sa fortune si haut, qu'il alla de pair avec les princes, le roi François Ier ayant marié une sienne nièce avec lui.

 Mais entre tous ceux de ce surnom, nos dits cousins de Jarnac n'ont pas été sans doute les moins recommandables en valeur, ni en belles actions dans leur race, témoins entre autres  choses les grands services rendus au roi François Ier par notre dit cousin Charles de Chabot, baron de Jarnac, que ce monarque créa chevalier de son ordre, et lui donna le gouvernement de la Rochelle et du pays d'Aunis.

Que si l'on considère les alliances de notre dit cousin de Chabot, on trouvera qu'elles en accompagnent fort bien l'ancienneté, le lustre et les honneurs ; car elle a été alliée immédiatement avec la maison de Lorraine, et dans les temps plus anciens avec les rois de Jérusalem du surnom de Lusignan, avec les vicomtes de Brosse et de Limoges nos ancêtres, par les femmes, avec les maisons de Châtillon-sur-Marne, de Craon, de Parthenay, de Laval, de la Rochefoucauld, de Maure, de Vivonne, de Saint-Gelais, de Givry, de Duras, de  Harcourt, de Longvy , de Gouffier, de Tavannes, d'Aumont, et plusieurs autres, et médiatement avec les plus grandes maisons de l'Europe, nommément avec celle de Rohan; n'étant pas aussi à oublier entre les plus remarquables alliances immédiates de la maison de Chabot, que notre dit cousin par Madeleine de Luxembourg, sa quatrième aïeule, femme de Jacques Chabot, chevalier, baron de Jarnac, a l'honneur d'appartenir en degré assez proche à toutes les maisons impériales , royales et souveraines de l'Europe, d'où vient que les rois nos prédécesseurs, tant de la branche dite communément de Valois, que de celle de Bourbon , soit à cause de ladite alliance de Luxembourg, soit aussi parce qu'en effet tous les rois de France et toutes les branches royales descendent médiatement d'une fille de Chabot, qui fut dame Eustache, femme de Geoffroi de Lusignan, comte de Japhe ; que lesdits rois nos devanciers ont depuis longtemps reconnus et traités comme cousins et parents, tant par écrit qu'autrement, lesdits barons de Jarnac, prédécesseurs de notre dit cousin de Chabot, lequel et ses deux frères, le comte et le chevalier, ont dignement répondu par leur valeur et le mérite de leurs per» sonnes aux avantages d'une si belle et si haute origine, et d'aussi illustres et augustes alliances que celle-ci, voulant faire revivre en sa faveur le duché-pairie de Rohan, etc. »

Voilà un aperçu qui peut fixer le lecteur sur les possesseurs de la terre de Jarnac.

Seulement nous devons dire que la branche des Chabot était bien moins puissante lorsqu'elle vint prendre possession de la seigneurie de Jarnac que nous venons de la voir au siècle du grand roi François Ier commença la fortune de cette maison, qui fut toujours grandissant sous ses successeurs ; enfin elle atteignit son plus haut degré de splendeur sous Louis XIV et sous Louis XV; et deux fois, à défaut de descendants mâles, les comtes de Jarnac furent obligés de recourir à la substitution de leurs neveux, pour ne pas laisser éteindre leurs hauts titres et leurs vieilles gloires.

Louis Chabot et Marie de Craon, tout occupés de leurs immenses domaines, ne laissèrent que peu de souvenirs à leur terre de Jarnac.

Louis Chabot mourut jeune, et, après sa mort, ses quatre enfants se partagèrent sa succession. Renaud Chabot, le cadet, eut par attribution la seigneurie de Jarnac.

 A peine seigneur de cette terre, Renaud Chabot songea à l'améliorer par tous les moyens en son pouvoir. Le quint de Jarnac confisqué par le roi Jean, lors de la mort de Raoul, comte d'Eu, décapité en l'hôtel de Nesle, appartenait toujours aux rois de France, qui le transmettaient avec le comté d'Angoulême.

 La guerre, entreprise par le duc d'Orléans pour venger la mort de son père, avait eu une issue fatale; car Charles, ayant appelé les Anglais à son secours contre le duc de Bourgogne, et n'ayant pas réussi dans ses projets, par le traité qu'il fit à Bourges avec eux, en 1412, se trouva être leur débiteur de la somme énorme de 100,000 écus. Il paya, dit-on, 140,000 livres comptant, mais pour garantie de ce qu'il restait leur devoir, il donna en otage Jean d'Orléans, comte d'Angoulême, son frère le plus jeune.

Les guerres civiles, en fondant sur la France, l'avaient appauvrie; l'argent devenait rare; cependant pour l'honneur de son blason Charles d'Orléans devait songer à payer ses dettes. Il ne trouva rien de mieux, pour faire face au second paiement de la rançon de son frère prisonnier en Angleterre, que de vendre à Renaud Chabot le château et le quint de Jarnac, pour la somme de 1,500 écus, valant alors 26 sous 11 deniers la pièce.

Nous nous sommes procuré une copie de cet acte aux archives de l'Empire ; c'est un document historique très-important et que nous n'hésitons pas à publier en entier. Le voici

: « A tous ceux que ces présentes lettres verront et orront, Simon Fourre, clerc, garde du scel royal établi aux contrats de Saint-Maixent, par le Roi notre sire, salut en Dieu notre seigneur, savoir faisons que, en droit, en la cour du dit scel formellement établi Pierre de la Rivière, écuyer, grenetier du grenier à sel de la ville d'Orléans, serviteur de très-haut et très-excellent prince Monseigneur le duc d'Orléans et de Valois, comte de Blois et de Beaumont, seigneur de Coucy, etc., procureur spécial de mon dit seigneur le duc pour vendre, aliéner, et transporter à noble et puissant Renaud Chabot, écuyer, seigneur de Jarnac et de Moulins neufs, pour le prix et somme de 1,500 écus neufs à présent ayant cours pour 26 sols 11 deniers la pièce.

C'est à savoir le chastel de Jarnac, forteresse et closure d'icelui, à présent démoli et inhabitable, avecque la quintième partie de la terre, seigneurie et châtellenie et domaine dudit lieu de Jarnac. Ayant pouvoir et mandement spécial de ce faire pour les causes contenues et déclarées en ladite procuration ci-dessous incorporée, lequel procureur sus dit, au nom et comme procureur de mon dit seigneur le duc, ai aujourd'hui vendu et octroyé et par ces présentes vend et octroyé perpétuellement en nom et comme procureur sus dit, au dit Renaud Chabot présent, stipulant et acceptant pour lui et les siens et que d'eux auront cause, pour le prix et somme stipulés de 1,500 écus du coing du Roi, maintenant ayabt cours la pièce poour 26 sols 11 deniers tournois, payé présentement tant en bon or et recevable que en seize marcs 500 onces d'argent en taxe, comptés, pesés, nombrés et payés au dit procureur de mon dit seigneur le duc, en la présence des notaires ci-dessous soussignés.

De laquelle somme de 1 ,500 écus neufs ou la valeur d'iceulx, le procureur sus dit de mon dit seigneur le duc, s'est tenu pour content et bien payé et en a quitté et promis acquitter le dit Renaud Chabot et les siens où il appartiendra, etc. »

La procuration y annexée et dont il est fait mention dans cet acte, contient deux ou trois phrases qui jugent mieux qu'aucun historien de l'état de la France à cette époque : l'honneur engagé, ainsi que d'immenses domaines qui « étaient devenus de petite valeur, les hommes et sujets destruits par le fait et occasion de la guerre qui longtemps a eu et encore avait cours dans le royaume. »

Hélas cette guerre fatale avait ruiné châteaux et manoirs, seigneurs et paysans ; les hauts barons avaient beau pressurer leurs vassaux, il n'en sortait plus rien : la ruine étant générale, il fallut s'en prendre à la seigneurie elle-même. C'est ce que fit le duc d'Orléans le 6 octobre 1441, en aliénant le château de Jarnac à Renaud Chabot.

A l'époque où nous en sommes arrivé, ce château avait dû être ruiné et réédifié deux ou trois fois.

Sous ses premiers seigneurs, avec ses épaisses murailles, ses larges fossés, ses mâchicoulis, il avait servi de refuge aux chevaliers persécutés, aux dames aventureuses qui fuyaient le despotisme d'un maître cruel et barbare. La chevalerie l'abrita de son manteau de poésie et de fêtes.

Nobilie et sa nièce y reçurent les beaux ménestrels qui chantèrent leurs qualités aimables et les dons précieux qu'elles tenaient du ciel.

La galanterie y fit son entrée solennelle entre la première croisade et la guerre de Cent Ans.

Détruit par les Anglais, il fut longtemps abandonné, et servit probablement de refuge aux pillards qui ravageaient le pays.

Lorsque Geoffroi de Lusignan eut la seigneurie de Jarnac, il fit relever le château et y attira une cour nombreuse. Dans les beaux jours de l'année, on voyait une multitude de chevaliers s'exerçant au plaisir de la chasse dans les forêts immenses où retentissaient le cor des piqueurs, les aboiements de la meute, le hennissement prolongé de ces fiers coursiers qui emportaient leurs amazones à travers les taillis.

Il devint un véritable séjour de plaisir et de fêtes avec Geoffroi II et Péronelle de Senlis. Mais en 1387, après que Charles eut donné le comté d'Angoulême au duc de Berry, son frère, celui-ci vint en Angoumois avec une forte armée et prit aux Anglais les nombreux châteaux qu'ils occupaient encore, parmi lesquels était celui de Jarnac.

Sous Charles VI, le maréchal Louis de Sancerre chassa définitivement les Anglais de la province ; et ne voulant pas que ces châteaux forts, où ils avaient défendu le sol pied à pied, tombassent de nouveau entre leurs mains, il en ordonna la destruction. Il n'en reste alors que la tour romane.

 C'est ainsi que fut renversé le château de Jarnac et une partie de celui de Bourg, qui fut ruiné par les habitants de Cognac.

En 1467, Renaud Chabot fit élever sur les ruines inhabitables qu'il avait acquises du duc d'Orléans, un vaste château qu'on entoura de magnifiques jardins et d'un parc sillonné de canaux, alimentés par le fleuve. Il ne nous a point été donné de voir cette habitation princière, si glorieusement illustrée par les comtes de Jarnac.

Cependant on nous en a raconté les merveilles, dues au ciseau si habile du commencement de la Renaissance, et qu'on pouvait comparer à l'aile du château de Blois, construite sous Louis XII.

 C'étaient des fenêtres aux plus fines arabesques, des balcons tout dentelés, de longues galeries suspendues dans les airs, à force de légèreté et d'élégance.

A peine Renaud Chabot eut-il fait prendre au château ses proportions colossales, que le comte d'Angoulême en fut effrayé; il eut peur de son vassal, et le menaça de faire démolir son œuvre.

Avant cette époque, on avait tellement vu de petits vassaux résister dans leur castel à la volonté et aux troupes de leurs suzerains, que le comte craignit de la part de Renaud Chabot une imitation dangereuse. Cependant il n'envoya point une armée l'assiéger dans son château, non, il se contenta de lui intenter, comme cela se fait de nos jours contre un voisin usurpateur, un procès en démolition de nouvel œuvre.

Cette contestation dora longtemps, Renaud Chabot se défendit contre les prétentions du comte, et, après sa mort, ses enfants, François, Jacques et Robert Chabot, reprirent l'instance et signifièrent dans la cause de volumineux mémoires.

A l'avènement de François Ier au comté d'Angoulême toute cette gigantesque procédure fut abandonnée, et le château de Jarnac continua de s'embellir de tous les chefs-d'œuvre de la Renaissance sous le souffle des artistes ingénieux qu'on fit venir d'Italie.

 Renaud Chabot, de La Grève brigua l'honneur d'avoir un emploi à la cour ; le roi Louis XI le fit son conseiller et son chambellan.

Après son second mariage avec Isabeau de Rochechouart, fille de Jean de Rochechouart, seigneur d'Aspremont et de Bion, et de Jeanne de la Tour-Landry, dame de Clervaux, il eut droit de justice sur cette dernière terre, apportée en dot par son épouse.

Le seigneur de la Tour-Landry, son cousin, lui contesta ses droits ; alors survint entre les deux rivaux une lutte acharnée dans laquelle le seigneur de la Tour-Landry fut tué. Ce meurtre causa une grande douleur à Renaud Chabot, malgré la rémission qu'il en obtint, laquelle, cependant, ne fut entérinée que longtemps après. Mais il était bien en cour, il défendit bravement son pays, et par « sa forteresse du dit lieu de Jarnac et aussi par sa prudence et vaillance, la dite ville et châtellenie et le pays d'environ, voire même la dite comté d'Angoulême, ont été gardés et défendus contre les Anglais, anciens ennemis du Roy et du royaume, et pour la garde du pays, il a mis le dit monsieur de Jarnac tout son temps et jusques à la mort. »

Le peuple de l'Angoumois sut apprécier les qualités éclairées et guerrières de Renaud Chabot, qui ramena la tranquillité dans nos campagnes et le bien-être qui l'accompagne presque toujours. Des deux mariages qu'il avait contractés, il laissa onze enfants, dont cinq garçons et six filles.

Son fils aîné, Louis Chabot, destiné à lui succéder à la terre de Jarnac, mourut la même année que son père; le cadet étant chevalier de Rhodes, le droit d'hérédité passa au suivant, François Chabot, abbé de Castres et de Baignes, qui laissa le froc pour la profession des armes.

Mais ce dernier étant lui-même mort jeune, la terre de Jarnac passa à Jacques Chabot, son frère cadet, chevalier, conseiller et chambellan des rois Charles VIII, Louis XII, et plus tard de François Ier.

Jacques Chabot et Madeleine de Luxembourg, son épouse, eurent l'honneur de recevoir souvent dans leur château, Louise de Savoie et ses deux enfants. C'était surtout lors de leurs fréquents voyages de Cognac, où elle tenait sa cour, à Angoulême, le chef-lieu de son comté.

Louise de Savoie n'était pas encore cette duchesse inflexible qu'on a connu plus tard, lorsque tous ses plans d'ambition furent comblés à souhait. Alors elle n'était que comtesse, et par fois en assez mauvaise intelligence avec la reine Anne de Bretagne, qui se faisait un jeu d'être sa rivale à la cour.

Charles Chabot, leur fils aîné, fut un des compagnons d'armes du jeune roi de France à la bataille de Marignan. Il accompagna le brave et chevaleresque monarque dans plusieurs combats, et eut le bonheur de ne point se trouver à la journée do Pavie, qui fut si malheureuse, que la bataille finie le prince écrivit à sa mère : Tout est perdu, madame, fors l'honneur. Après la captivité de Madrid, François Ier, reconnaissant des services que Charles Chabot avait rendus à sa cause, le fit baron, chevalier de ses ordres, gouverneur de province et maire perpétuel de Bordeaux.

Le baron de Jarnac continua d'embellir le château de ses ancêtres : à l'ogive de la chapelle se mêlèrent les colonnades de la Renaissance, les arabesques, les dentelures, les balustrades , les chiffres entrelacés. Les jardins offrirent un coup-d'œil vraiment magique ; c'étaient des grottes, des cascades, des bosquets toujours verts, où les nymphes jouaient avec les faunes et les satyres, pendant que des sirènes, attirées par les sons harmonieux de la flûte du dieu Pan, sortaient des ondes et dansaient autour du char de la blonde Amphitrite.

Un jour le Renaud de ces lieux fortunés dit à son Armide, représentée par Madeleine de Puyguyon, femme jeune et belle : — Que pensez-vous, ma mie, de ce Jupiter assis sur ce trône de gazon ; n'est-il point de votre goût ?

Et Madeleine s'appuyant un peu plus fort sur le bras de son chevalier, lui répondit en câlinant : — Il me plaît beaucoup; du reste, il me semble que ce sont vos traits.

Le baron fit un signe affirmatif.

— Eh bien ! maintenant, ma mie, continua-t-il, que voulez-vous lui donner pour compagne , Junon ou Léda?

A cette question un éclair passa devant les yeux de Madeleine ; il lui sembla que cette alternative contenait un sens caché, et avec cette pénétration commune à son sexe, elle lui répondit : - Oh! Junon, messire, l'Olympe doit donner l'exemple des bonnes mœurs.

— Ah ! ma charmante, s'écria le baron en indiquant à la jeune femme le coin à demi plongé dans l'ombre d'une grotte tapissée de coquillages, tenez, voilà Junon.

C'étaient les traits de Madeleine reproduits sur une belle statue drapée à l'antique.

Celle-ci se reconnut.

— Il est donc bien vrai, murmura-t-elle en attachant un doux regard sur les yeux du baron, que.

— Oui, ma toute belle, puisque vous ne pouvez être Léda, soyez Junon. Vous êtes jeune et jolie. je suis veuf et je vous aime.

Puis-je faire autrement que de vous épouser? C'est devant deux chefs-d'œuvre que je veux sceller mon serment, et ce disant, le baron prit la main fine et blanche de la jeune femme et la porta à ses lèvres.

- Et que ferez-vous de Léda? demanda Madeleine d'un air inquiet.

— Léda, ma mie, ira se jouer dans les roseaux de cette cascade, où elle se cachera pour être mieux vue du maître de l'Olympe.

— Comme vous êtes ingénieux, baron.

— Dites amoureux, Madeleine. Voyez combien l'artiste a dépensé de patience et de talent pour reproduire vos traits de souvenir ; il est vrai que s'il a atteint la beauté du modèle, j'en suis pour quelque chose, car ces traits étaient gravés dans mon cœur, et ma foi, ne pouvant faire mieux, j'ai conseillé l'artiste. Ne trouvez-vous pas qu'il est doux au cœur de rêver les arts, l'amour et la poésie?

Six semaines après Charles Chabot présentait la baronne de Jarnac à toute la cour, réunie depuis peu dans le nouveau château de Saint-Germain que le monarque venait de faire élever au milieu d'un des plus magnifiques endroits du monde.

Dans l'opulence de celte même cour, et à récole brave et chevaleresque de François Ier, vivait déjà depuis longtemps un fils de Charles Chabot, né de son premier mariage avec Jeanne de Saint-Gelais.

Enfant d'honneur du roi, il avait conquis toute son affection, et le prince reportait sur le fils la reconnaissance qu'il devait au père pour ses services. Non content de cela, Guy Chabot brigua encore l'ambition et l'honneur d'approcher le trône de plus près : il épousa Louise de Pisseleu, sœur de cette admirablement belle duchesse d'Etampes, qui était depuis dix ans la maîtresse du roi. De sorte qu'il se trouva presque le beau-frère de François Ier.

Pendant que Guy Chabot goûtait dans une douce oisiveté les faveurs royales, des courtisans jaloux, à qui le monarque avait peut-être refusé, d'après l’avis de la favorite , un emploi de gouverneur, un grade de colonel, ou un titre nobiliaire; ces-courtisans jetèrent feu et flamme contre la duchesse d'Etampes ; les femmes elles-mêmes qui avaient quelques petites rancunes en réserve se mirent de leur côté, flattèrent le dauphin et Diane de Poitiers, et finirent par diviser la cour en deux camps.

Dès-lors les ennemis communs, vivant ostensiblement en bonne intelligence, se surveillaient activement, décidés à profiter de tout pour faire virer de bord les faveurs de cette fée inconstante qu'on nomme la fortune.

Une occasion se présenta : une confidence faite par Guy Chabot au dauphin, amena une indiscrétion de la part de celui-ci.

Un jeune homme, très-chevaleresque et surtout très-fanfaron, voyant le prince engagé dans un mauvais pas, voulut l'en tirer en prenant son fait et cause : Guy Chabot tint bon et nia le fait, ce qui amena un duel entre les deux adversaires. Voici au surplus une relation exacte de cette fameuse, rencontre.

 

==> Coup de Jarnac Vivonne et Jarnac, le dernier duel judiciaire en France

==> Démantèlement du château de Jarnac Rohan-Chabot

 

 

 

 


 

 

Campo Vogladise 507 : Clovis, Alaric, la Bataille de Vouillé - la vallée aux morts (Voyage virtuel dans le temps) 

Voici comment la grande bataille a pu se dérouler : Le roi des Francs part de ses Etats avec son armée pour faire la guerre de religion qu'il déclare aux Wisigoths. Clovis peut attaquer Alaric ; par l'Episcopat il est sûr des populations gallo-romaines qu'il va traverser au-delà de la Loire.

 

Raids vikings (Normands) en Poitou et dans la vallée de la Charente

La Charente était facilement navigable à l'âge du fer grâce au petit gabarit des embarcations de l'époque, et servait au transport du sel. La découverte de pirogues monoxyles en donne la preuve. Le port maritime des Celtes Santons se trouvait à son embouchure qui était alors un estuaire très profond et très découpé.

 

(1) Nommé parfois Richard le Poitevin ; fils de Henri II Plantagenêt et d'Aliénor, et fut couronné duc d'Aquitaine et comte de Poitou en 1170 à Niort.

 (2) Guillaume de Craon père, vendit à Guy de la Rochefoucauld, son gendre, les quatre quints de Châteauneuf, pour 2,000 livres, le château et la terre de Marcillac, pour 9,000 écus.

10 janvier 2021

Archéologie Abbaye Saint Philibert de Tournus - Prosper Mérimée

Archéologie Abbaye Saint Philibert de Tournus - Prosper Mérimée

L’église Saint-Philibert de Tournus a retenu l’attention de la Commission des Monuments Historiques dès sa constitution.

A leur premier voyage les Inspecteurs Généraux Ludovic Vitet et Prosper Mérimée avaient signalé au Ministre de l’Intérieur cette église abbatiale qui paraissait l’une des plus anciennes et des mieux conservées de toutes les églises romanes.

Aussi Saint-Philibert de Tournus figure-t-il sur la première liste des monuments classés, publiée en 1840.

Peu de temps après, la Commission des Monuments historiques chargeait l’architecte Questel d’étudier la restauration de l’église.

Archéologie Abbaye Saint Philibert de Tournus - Prosper Mérimée

De 1841 à 1851, restauration de l'église par l'architecte Charles-Auguste Questel et reconstruction du portail de la façade occidentale, de l'escalier tournant de la chapelle St-Michel.

Quelques relevés, fort bien dessinés, étaient alors présentés à la Commission qui accordait, en 1845, les crédits nécessaires.

Parmi les travaux entrepris, certains répondaient aux besoins de consolidation, tandis que d’autres correspondaient aux théories de restauration suivant une unité de style qui commençait alors à être de mode.

C’est ainsi que les charpentes vétustes des clochers furent refaites à neuf, mais autant qu’on en puisse juger par les gravures antérieures, la silhouette générale et la pente de la toiture furent scrupuleusement respectées.

Il n’en fut pas de même de la tour sud, seulement couverte d’une toiture en bâtière abritant également la terrasse entre les deux tours.

Cette bâtière fut changée de sens de façon à présenter un pignon sur la façade, la terrasse mise à l’air libre, et l’on fit, sur les corbeaux existants, un mâchicoulis de pierres qui répond au goût romantique de la fortification féodale.

Sur la façade, le portail encadré de bossage et couronné d’un fronton classique, exécuté sur les ordres du Cardinal Fleury, fut démoli et remplacé par un porche dit de style roman qui s’inspirait du portail de l’ancienne église Saint- Valérien.

A l’intérieur, des travaux de restauration, assez considérables, furent entrepris.

L’Inspecteur Général Mérimée (1) reprocha même à l’architecte Questel d’avoir remplacé les chapiteaux anciens au pourtour du choeur. Questel protesta de ses bonnes intentions et répondit que le nettoyage exécuté sous la surveillance de son représentant local avait été effectivement trop poussé, mais qu’il s’agissait bien des chapiteaux d’origine.

Ces critiques font déjà sentir la difficulté des travaux de restauration à une période où les doctrines officielles elles-mêmes étaient établies sur des bases peu solides et où l’impossibilité de déplacements fréquents obligeait l’architecte de la Commission à s’en remettre aux soins d’un sous-ordre parfois peu compétent.

 

Ces importants travaux permirent cependant à l’église de franchir toute la seconde moitié du XIX e siècle sans qu’il y eût besoin de réparations notables.

Ce n’est guère qu’entre 1900 et 1910 que de nouveaux travaux furent entrepris, après une étude archéologique très complète du desservant de la paroisse, le Chanoine Henri Cure. Certains travaux, telle la réfection du dallage de la chapelle St-Ardain en carreaux de ciment de Paray-le-Monial furent assez malheureux, mais d’autres, entrepris sous la direction de l’architecte en Chef des Monuments historiques André Ventre, nous valurent la joie de retrouver la magnifique couleur intérieure de l’église qui avait été enduite au XVIII e siècle d’un badigeon uniforme à la chaux blanche.

Abbaye Saint Philibert de Tournus en cours de restauration 1911

(Abbaye Saint Philibert de Tournus en cours de restauration 1911)

Des reprises dans les maçonneries extérieures consolidèrent certains éléments, comme la chapelle nord du déambulatoire, qui avait été percée d’une porte au cours des âges.

Pratiquement on ne fit plus, depuis 1910, que des travaux d’entretien dans l’église Saint-Philibert.

Les générations précédentes ne s’étaient intéressées qu’au monument principal. La nôtre prit en mains la protection des abords de l’édifice et la mise en valeur du cadre ancien. C’est alors qu’on s'aperçut que Tournus n’était pas seulement la magnifique église dédiée à Saint-Philibert, mais un complexe de bâtiments qui restituait la vie de l’ancienne abbaye dans sa totalité.

 Après les recherches des architectes en chef Gelis et Saliez et de nous- même, la Commission des Monuments historiques décidait en octobre 1928 le classement des restes de l’ancienne enceinte et le 28 mai 1951, le classement du Logis abbatial, de la Salle Capitulaire, du Réfectoire des Moines et des grandes caves.

C’est seulement après ce classement que nous pûmes entreprendre, grâce à l’aide compréhensive de la Municipalité de Tournus et du R. P. Petit, curé de la paroisse, la restauration de la Salle capitulaire et du Réfectoire appelé aussi « le Ballon », en souvenir des jeux qu’y pratiquait la jeunesse de Tournus après la sécularisation de l’Abbaye.

C’est dans la salle capitulaire que s’effectuèrent les premiers travaux.  Il fallut d’abord reprendre les quatre piles sur lesquelles reposent les voûtes, piles qui étaient chargées chacune de près de soixante tonnes.

Les travaux menés par l’entreprise Cartier et dirigés par Monsieur Fournier, architecte des Monuments historiques, furent extrêmement délicats : un chevalement en charpente soutenant des moises en béton armé, qui épousaient exactement la forme de la retombée des voûtes, permit de les soutenir pendant que l’on remplaçait les tambours de colonnes complètement écrasés.

Après cette consolidation, on dégagea les magnifiques baies romanes qui mettaient autrefois la salle capitulaire en communication avec le cloître et l’on perça les fenêtres à l’est, suivant le modèle de menuiserie XVIII e siècle qui existe encore sur le côté sud.

Nos travaux permirent d’ailleurs de préciser un point d’archéologie. On prétendait que le Cardinal Fleury, lors des grands travaux qu’il fit à Tournus au milieu du XVIII e siècle, avait coupé la salle capitulaire qui se serait étendue auparavant vers le sud.

Le Cardinal Fleury fit couper en effet le bâtiment comprenant la salle capitulaire, mais la salle elle-même est restée dans ses dimensions d’origine, ainsi que le prouvent les deux chapiteaux du côté sud, qui ne sont que des demi- chapiteaux. Un renforcement du mur lors de la césure du bâtiment, renforcement qui englobait partiellement les chapiteaux, était à l’origine de cette légende.

D’ailleurs le portail ouvrant sur le cloître et les deux baies géminées, de part et d’autre, correspondent aux trois travées de la salle capitulaire, qui formait ainsi une composition complète.

Enfin le sol cimenté de la salle fut remplacé par un dallage en pierre de Puley.

Le grand Réfectoire ou « Ballon » où se sont tenus en 1954 le Congrès des Sociétés Savantes de Bourgogne et le 1 er Colloque du Centre International d’Etudes Romanes, était divisé dans sa hauteur par un plancher intermédiaire.

D’autres cloisons le divisaient dans le sens vertical ; il était impossible de se rendre compte du magnifique volume de cette salle. Ce n’est qu’après l’achat réalisé par la Ville de Tournus que l’Administration des Beaux-Arts put entreprendre la restauration de cet énorme vaisseau dont la nudité et les admirables proportions font ressortir la grandeur.

 Il fallut dégager les fenêtres, rejointoyer discrètement les murs en moellons apparents, boucher par des injections de ciment les fissures de la voûte, rattraper l’enduit même de cette voûte, en laissant voir les traces des planches de coffrage qui avaient servi à la monter au XII e siècle, comme on eût fait de nos jours pour un moderne ouvrage en béton armé.

Après différents projets soumis à la Commission des Monuments historiques, on décida de refaire le sol en dalles de Puley, comme dans la salle capitulaire, mais on a conservé la descente en galets de Saône, qui avait été établie au XVIII 9 siècle pour entreposer dans le Réfectoire les produits des vignes du domaine abbatial.

En effet, cette descente s’allie à un charmant portail XVIII, agrémenté de deux vantaux dont les motifs décoratifs s’inspirent du raisin et de la cuve à vin.

Un appentis moderne cachait ce portail il a été enlevé et il est souhaitable qu’il en soit de même pour les autres appentis accolés au XIX e siècle au côté sud du Ballon, et qui empêchent la lumière du jour d’éclairer les fenêtres que nous avons garnies de simples vitraux losangés.

La Commission des Monuments historiques pense que son rôle ne se bornera pas à la remise en état de ces deux salles. Elle espère poursuivre la restauration de l’Abbaye qui doit abriter à nouveau certaines activités intellectuelles grâce au Centre International d’Etudes Romanes qui y a élu son siège.

Dès cette année doit renaître le cloître, par suite de l’ouverture des arcades de la chapelle Saint-Ardain.

La Commission voudrait ensuite restaurer le Cellier dans lequel pourrait s’installer la bibliothèque municipale conjuguée avec celle du Centre d’Etudes Romanes ; enfin, nettoyer certains logements monacaux, lorsque les locataires actuels auront pu retrouver un logement plus confortable dans les habitations modernes. Dans ces anciens logements pourront venir s’installer alors des étudiants qui s’efforceront de reprendre, en plein XXe siècle, le flambeau des nobles études bénédictines.

 

 

Plan crypte de Saint Philibert de Tournus

Le chœur date du XIIème siècle, il comprend trois chapelles rayonnantes sur un déambulatoire en demi-cercle.

1019 - 2019 Millénaire de l’Abbaye Saint Philibert de Tournus (12)

 

 En 2001, des travaux de rénovation ont permis de mettre à jour des mosaïques datant du XIIème siècle et représentant les signes du zodiaque, en alternance avec les mois de l’année.

1019 - 2019 Millénaire de l’Abbaye Saint Philibert de Tournus (3)

 

Lors de l’important chantier de restauration des Monuments Historiques entrepris à l’abbatiale, en 2001, sont apparus dans le sol du déambulatoire des éléments d’un pavement de mosaïque. Juénin, au début du XVIIIe siècle, signalait déjà un pavement polychrome qu’il avait pu observer à l’occasion de la pose d’un dallage demeuré en usage jusqu’à nos jours : « … On aperçut dans un rond de 2 pieds 7 pouces de diamètre, bien conservé, un faucheur ; et dans un endroit du cercle de 7 pouces de large, qui l’environne, le mot IUNIUS en beaux caractères romains.

 Dans le rond qui suivait, on trouva la figure du cancer qui est le signe du mois de juin ; dans un troisième, une moissonneuse, avec le mot IULIUS » (cf. Nouvelle histoire de l’abbaye royale et collégiale de Saint Filibert et de la ville de Tournus, Dijon, 1723, p. 382).

La décision fut prise par les Monuments Historiques d’une intervention archéologique de terrain, confiée à une équipe de l’I.N.R.A.P, du 29 janvier au 27 février 2002, sous la direction de Benjamin Saint-Jean Vitus.

 

 Le dallage de l’hémicycle du déambulatoire fut déposé ; l’atelier de restauration des mosaïques de Saint-Romain-en-Gal intervint également, à la fois pour consolider et nettoyer les éléments mis à jour.

La mosaïque recouvre le sol primitif de terre battue, du XIe siècle, lequel repose directement sur les maçonneries des voûtes de la crypte. Vraisemblablement mise en place lors de la grande campagne de reconstruction de l’abbaye dans les années 1110-1140, la mosaïque fit l’objet de nombreuses reprises pour finalement être recouverte par un lit de terre recevant un sol de tomettes, avant que ne fut installé le dallage de 1722.

 

Trois couleurs de base furent employées : blanc-gris mat, rouge et noir mat, fournies par des pierres locales, ainsi que des marbres d’importation, blanc et bleu, provenant d’Italie.

Elle est aujourd'hui mise en valeur et observable à partir d'une passerelle la surplombant.

Quatre médaillons sont bien conservés : le mois de mai, le mois de juin, le signe du cancer et le signe des gémeaux pour les signes du zodiaque et un « cavalier au faucon » et une fenaison pour les mois de l'année.

 

 

 

 Maurice BERRY, Architecte en Chef des Monuments historiques.

 https://art-roman.org/l-abbaye-de-tournus/

 

Narthex

 

Le grand narthex est divisé en trois vaisseaux. Ses piliers massifs soutiennent le poids de la chapelle Saint Michel située au-dessus.

 

1019 - 2019 Millénaire de l’Abbaye Saint Philibert de Tournus (11)

Voûtes peintes dans le narthex

Fresque du narthex

 

 

 

La chapelle Saint-Michel est située au-dessus du narthex. 

 

Haute de 12,50 m, sa voûte est de forme longitudinale en plein cintre. Ce voûtement est l'un des plus anciens de Bourgogne.

 

 

 

LA NEF DE SAINT-PHILIBERT

1019 - 2019 Millénaire de l’Abbaye Saint Philibert de Tournus (1)

L'orgue de tribune de 1629

Réalisé par Jehan d'Herville, avec un buffet de Gaspar Simon, il est installé en nid d'hirondelle sur le mur de la chapelle Saint-Michel. L'ensemble est soutenu par un Hercule grimaçant. Il est orné d'anges sur le retable et de grotesques.

 

 Les piliers sont ici bien plus élevés : 18 mètres de haut !

 

 

 La crypte  (fin du Xe ou début du XIe siècle)

(1) Dans ses Notes d'un voyage dans le Midi de la France paru en 1835, Prosper Mérimée s'exprime ainsi « L'absence d'ornements, le caractère de lourdeur et de rudesse de la nef me font croire que ces parties de l'église sont les plus anciennes. Je n'hésite pas à penser qu'elles datent du Xe siècle. L'incendie qui dévasta le monastère a dû être impuissant contre ces masses énormes.

La restauration de Bernier, en 1019, se borna probablement à substituer dans la nef des voûtes aux plafonds. Le chœur me paraît également de la même époque.

La crypte a dû être construite en même temps, ou, si l'on veut, refaite. Le nombre de ses apsides ne permet guère de supposer qu'elle soit antérieure au XIe siècle. Enfin le premier étage du clocher et les deux étages inférieurs des tours me paraissent dater à peu près du même temps, c'est-à-dire de 1019. »

 

 Les Reliquaires

En juin 177, début des persécutions contre les chrétiens, en particulier à Lyon.

 Certains s'enfuient vers le nord, dont un certain Valérien qui s'installe à Tournus. Valérien évangélise à Tournus.

Lugdunum 177, La France avant les Francs (l'Histoire des Martyrs des trois Gaules - Sainte Blandine, Saint Valérien ... de Lyon)

Nous voilà dans une fin d'Empire troublé et nous nous retrouvons au temps resplendissant des jeux du stade et au temps paroxystique des martyres de la Gaulle comme St Domnin à Avrillé. A ce moment précis les Gaulois embrassent le Christianisme et les gouverneurs de Rome ne sont plus obéis.

En 179, saint Valérien est décapité Il est inhumé à l'emplacement de la crypte actuelle de l'église de tournus .

Le tombeau du martyr devient alors un lieu de recueillement clandestin pour les chrétiens.

Tombeau de St Valérien dans la crypte de l’abbatiale St Philibert de Tournus

Tombeau de St Valérien dans la crypte de l’abbatiale St Philibert de Tournus

 

 

 

Le reliquaire de Saint Philibert

De Noirmoutier à Tournus, fuyant les incursions normandes, les reliques de saint Philibert accomplissent un grand périple qui a été relaté par Ermentaire de Noirmoutier, passant notamment par Cunault et Saint-Pourçain-sur-Sioule.

Cette translation par les moines de Noirmoutier, qui donna lieu à plusieurs fondations et à de nombreuses dotations carolingiennes, a contribué à sa grande popularité.

Epigraphe par Alcuin à la mémoire de saint Filibert :

« Hanc pater agregius aram Filibertus habebit

Plurima construxit qui loca sancta Deo. »

 

Les reliques du saint sont de nos jours conservées dans le chœur de l'abbatiale Saint-Philibert de Tournus, à l'intérieur d'un reliquaire, œuvre de l'artiste Goudji. Elles ont malheureusement été profanées le 25 janvier 1998, le crâne du saint et deux de ses os ayant été volés

En 1562 les huguenots saccagèrent l'abbaye de Tournus.

 Ils découvrirent malheureusement les châsses de saint Valérien et de saint Vital, enterrées avec d'autres reliques dans la cave du grand prieuré; mais la châsse de saint Philibert et son buste d'argent échappèrent à leur fureur, ainsi que deux autres reliquaires.

Au mois de mai 1630, on tira de la châsse de saint Philibert une côte et une vertèbre dont il fut fait hommage à la reine Anne d'Autriche et à Marie de Médicis, mère de Louis XIII, quand elles passèrent à Tournus.

Huit jours après, on prit une autre vertèbre que l'on enferma dans le buste d'argent.

Le 15 mars 1661 M. de Maupeou, évêque de Châlon, visitant l'abbaye, fit ouvrir la châsse ; il s'y trouva cent cinq ossements, non compris la tête et sept dents, et il changea les suaires qui les enveloppaient.

Enfin le dernier jour du mois d'août 1686, M. Félix, aussi évêque de Châlon, sur la demande du cardinal de Bouillon, en tira une des grandes côtes et un des grands os du bras que Son Eminence envoya, savoir : la côte à sa soeur Emilie de la Tour d'Auvergne, religieuse carmélite au grand couvent du faubourg Saint-Jacques, à Paris, et l'os du bras à Mme sa soeur Maurice Fébronie de la Tour d'Auvergne, duchesse de Bavière.

Les reliques de saint Philibert ont été conservées depuis lors dans le même état.

 Les révolutionnaires de 1793, après les avoir enlevées de la châsse, les ont remises à une brave femme d'ouvrier qui les leur demandait et qui plus tard les a restituées à l'église. M. Chaumont, curé de Tournus, dont le zèle pieux ne saurait être trop loué, les a fait déposer en 1841 dans une châsse dorée, de style gothique.

 

Prosper Mérimée est inspecteur général des Monuments historiques. passe à Tournus en août 1846 et envoie une lettre d'impression sur l'abbatiale - alors en travaux - à Ludovic Vitet, président de la commission des Monuments historiques.

On y lit : «Les réparations marchent avec activité, et m'ont semblé conduites d'une manière satisfaisante, sauf quelques restaurations dans le chœur ; encore est-ce plutôt le système de ces réparations que leur exécution qui donne matière à critique. Vous savez que les colonnes de l'hémicycle, surtout leurs chapiteaux, étaient dans le plus triste état. Il y avait, ce me semble, à choisir entre deux partis. Ou bien de les conserver (les chapiteaux) tels quels, ou bien d'en faire faire de nouveaux en plaçant les anciens quelque part, comme pièces de conviction. Au lieu de cela on a relancé des bouts de pierre, fort adroitement, dans les chapiteaux susdits ; on les a restaurés comme un reliquaire d'ivoire.

Il y a tel de ces chapiteaux qui a trente- quatre morceaux. Cela a été exécuté avec beaucoup d'art ; mais comme pour faire ces raccords il a fallu entamer les parties antiques, les gratter, etc., il en résulte qu'on ne peut démontrer l'exactitude de la restauration et que l'on s'expose aux clabauderies des puristes. A parler franchement, j'aurais cru ces chapiteaux tout modernes. Cela prouve l'habileté avec laquelle les pièces ont été rapportées, mais j'aurais mieux aimé autre chose.»

 La naissance des Monuments historiques, la correspondance de Prosper Mérimée avec Ludovic Vitet (1840-1848)

 

 

 

Le Chauffoir ou Parloir des moines de l'abbaye St Philibert de Tournus aménagé́ en musée lapidaire

 

1019 - 2019 Millénaire de l’Abbaye Saint Philibert de Tournus (6)Anciens chapiteaux du cloitre

 

1019 - 2019 Millénaire de l’Abbaye Saint Philibert de Tournus (9)

1019 - 2019 Millénaire de l’Abbaye Saint Philibert de Tournus (10)

 

1019 - 2019 Millénaire de l’Abbaye Saint Philibert de Tournus (7)

1019 - 2019 Millénaire de l’Abbaye Saint Philibert de Tournus (5)

Statue-column of  Saint Philibert, St Valerian, warming-room (chauffoir), Abbey of St Philibert, Tournus, Burgundy. France, 12th century.

Statue-column of Saint Philibert, St Valerian, warming-room (chauffoir), Abbey of St Philibert, Tournus, Burgundy

 

 

 Bâtiments claustraux de l’abbaye Saint Philibert de Tournus <==

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09 janvier 2021

Bâtiments claustraux de l’abbaye Saint Philibert de Tournus

1019 - 2019 Millénaire de l'Abbaye Saint Philibert de Tournus, les Bâtiments claustraux 360°

L'antique et majestueuse basilique que Tournus a l'honneur de posséder est universellement connue des savants; sa description en a été faite par les plus érudits archéologues, et si ceux qui, au siècle dernier, étaient appelés les chercheurs et les curieux, désirent se rendre compte de ce qu'elle était au commencement du XVIIIe siècle, ils n'ont qu'à consulter l'œuvre si documentée du chanoine Juénin; de même ceux qui voudront la connaître, telle qu'elle est actuellement, n'auront qu'à lire la description qu'en a faite M. Meulien dans son Histoire de Tournus, ou M. X. dans les Richesses d'art de la France.

Fortifications de Tournus et son abbaye

Dans cette étude, je me bornerai à en indiquer les époques de construction et m'occuperai spécialement des différentes modifications apportées aux bâtiments claustraux, dont la plupart, désaffectés depuis plusieurs siècles de leur destination primitive et enfin vendus comme bien nationaux, tendent tous les jours à disparaître.

En 875, Geilon, à la tête de sa congrégation errante, obtint de Charles le Chauve, dans le territoire de Chalon-sur-Saône, l'abbaye de Saint-Valérien, où repose le corps de ce saint martyr, le château de Tournus (Castrum Trenorchium), qui dépendait de la même abbaye, avec tout ce qui avait été donné à saint Valérien, et la ville de Tournus (Turnucium villam), avec tous les habitants de l'un et l'autre sexe, et tout ce qui en dépend.

Nous pouvons croire qu'avant cette époque cette abbaye de Saint- Valérien avait déjà une certaine importance et entourait l'église primitive, que Grégoire de Tours (1), au VI siècle, désigne successivement sous le nom d'église, de temple et de basilique, et dont le prêtre recteur s'appelait alors Epiréchus (2).

 

Cette assertion est confirmée par les nombreux tombeaux, de toutes les époques, retrouvés autour de l'église et des bâtiments du monastère en 1898, lors des fouilles pratiquées pour l'établissement des égouts de la ville sarcophages en grès, tombes sous dalles brutes, sépultures en pleine terre marquées par une pierre et un vase en terre grisâtre près la tête du squelette, et enfin sépultures du Moyen Age, avec dalles en forme de tombeau ornées d'une croix fleuronnée.

Cette nécropole prouve bien que depuis les premiers siècles de l'ère chrétienne et presque jusqu'à nos jours, les alentours du temple vénéré servirent de lieu d'inhumation.

Il est possible que cette abbaye de Saint-Valérien, florissante au VIIIe siècle, ait été, en 731-732, pillée et ruinée par les Sarrasins comme les abbayes de l'Isle-Barbe, de Saint-Marcel de Chalon et tant d'autres, aussi bien en Bourgogne qu'ailleurs.

 La Chronique d'Adon l'appelle à cette époque « permodicam cellam in raro monachorum agmine ibidem possideri ».

En 875, le monastère redevenant plus important par suite de la réunion des moines de Saint-Philibert à ceux de Saint-Valérien, le roi Charles le Chauve, à la prière du comte Bozon, ajouta à la donation faite à Geilon le prieuré de Saint-Romain, pour aider au rétablissement de l'abbaye.

En 878, le roi Louis le Bègue y ajouta le village d'Uchizy, pour exercer l'hospitalité envers les pauvres passants, et Louhans, pour l'entretien du luminaire de l'église.

 

 En 880-881, les moines de Saint-Florent-le-Vieux, en Anjou, obligés d'abandonner leur monastère de Glonne, puis le prieuré de Saint-Gondon en Berry, vinrent se réfugier à Tournus avec leurs reliques.

 De même que son prédécesseur, l'abbé Arnoux, avait fait, à Déas, en 829, en prenant possession (3), de même Geilon dut, en, arrivant, s'occuper de fortifier son abbaye en l'entourant de fossés et de murailles (4), d'y augmenter et réparer les bâtiments claustraux qui vraisemblablement devaient déjà occuper les emplacements que nous désignons encore aujourd'hui sous le nom de chapitre, réfectoire ou ballon et grandes caves.

 C'est vers cette époque (quoique aucune chronique ne vienne le préciser) que dut être commencée l'église Saint-Philibert actuelle, tout au moins le narthex.

En 937, Tournus fut pillé par les Hongrois qui, après avoir ravagé le Berry, saccagèrent la Bourgogne en s'en retournant par l'Italie « Les moines se retirèrent dans le château pour résister à cette invasion, le monastère n'étant pas encore bâti en façon de forteresse comme il le fut quarante ans plus tard (5). »

La partie supérieure du narthex, dont l'architecture massive et les fenêtres en forme de meurtrières en faisaient un vrai donjon de forteresse, paraît dater de cette époque.

L'église primitive a bien pu être en grande partie détruite par l'incendie de 937 elle n'était pas voûtée, ainsi que le constate la donation faite au VIe siècle par Gallus, comte de Chalon, d'une poutre avec ses liens de charpente pour réparer la toiture de l'église de Saint-Valérien où il venait d'obtenir sa guérison. Nous voyons que sous l'abbé Hervé (946-960), et après lui, de nombreux dons vinrent de tous côtés augmenter les revenus de l'abbaye.

Vers 960, l'abbé Étienne, qui lui succéda, reprit, nous dit une ancienne chronique de Tournus, « tous les fondements », c'est-à-dire, selon Juénin, les murailles qui font le cloître de l'abbaye et le réfectoire; Pierre de Saint-Julien ajoute l'église (6).

 Je crois avoir retrouvé l'année dernière, en fouillant le locutorium, les fondations et les restes des murs de cette époque qui devaient, comme d'ailleurs dans tous les anciens monastères, entourer une cour intérieure (le cloître).

« La huitième année du gouvernement de l'abbé Wago (qui doit être l'an 1006, selon l'ancienne chronique de l'abbaye), pendant que l'on célébrait la fête de saint Vital (le 16 octobre), le feu prit au monastère par la négligence des valets et consuma non seulement les bâtiments, mais encore presque tous les meubles, les ornements, dont on ne préserva que quelques parties qui furent jetées sous certaines voûtes souterraines; une partie des titres fut aussi brûlée; deux jeunes religieux, nommés Eudes et Morin, ne voulurent point sortir du sanctuaire et aimèrent mieux y périr que de survivre à un si grand malheur (7). »

Des traces d'incendie avec débris de couvert en tuiles ont été retrouvées en 1898 dans le cloître qui joint le côté méridional de l'église; proviendraient-elles de cet incendie? Ces débris m'ont paru antérieurs à la construction des voûtes de ce cloître qui ont bien pu être faites après cette époque avec celles de la grande nef de l'église, dont la partie supérieure des murs latéraux semble postérieure à la base.

1019 - 2019 Millénaire de l’Abbaye Saint Philibert de Tournus (2)

L'abbé Bernier ayant réparé les ruines causées par l'incendie de 1006, l'église fut de nouveau consacrée, le 29 août 1019, par Geoffroy, évêque de Chalon, et Gauslien, évêque de Mâcon.

 Ce même abbé, avant de consacrer l'église de l'abbaye, fit bâtir en dehors de l'enceinte de l'abbaye, celle de Saint-Valérien afin de perpétuer le nom du saint martyr, conformément à la convention passée entre les religieux de Saint-Valérien (8) et l'abbé Geilon; mais peut-être aussi afin d'y faire exercer pour Tournus les fonctions curiales qui se faisaient auparavant dans l'église de l'abbaye, ce qui devait beaucoup déranger la communauté des moines (9).

 Saint Ardain succéda à l'abbé Bernier; dans la légende de la fête et translation de saint Ardain, contenue dans un vieux bréviaire (10), il est dit « qu'il prit soin de rétablir et d'augmenter les édifices de son monastère. »

L'abbé Pierre (1074-1106) a dû faire achever la reconstruction de la basilique, c'est-à-dire la crypte et le choeur, depuis le transept où il fut enterré; ces travaux ont même dû n'être terminés qu'après sa mort, et ce n'est qu'en 1120 que le pape Calixte II, à la prière de l'abbé Francon et de ses religieux, vint de Cluny à Tournus dont il consacra l'église et bénit le cimetière (11).

 Un peu plus tard, sous l'abbé Liébaud, en 1164, le monastère était chargé de dettes et si misérable que le pape ne trouva rien de mieux que de demander au roi d'en distribuer les moines dans d'autres monastères et de n'en garder à Tournus que deux ou trois, jusqu'à ce que la situation soit améliorée (12) : cette dispersion pourtant n'eut pas lieu.

La principale cause de cet appauvrissement et de ces dettes était, paraît-il, la nécessité où le chapitre s'était trouvé d'emprunter des sommes considérables pour réparer l'église et la mettre en état d'être consacrée par Calixte II.

En 1245 (13), un incendie détruisit encore une partie du monastère, les moines eurent recours au pape qui accorda des indulgences aux bienfaiteurs; l'abbé de Cîteaux invita aussi les fidèles à contribuer aux réparations de l'église et des autres bâtiments de l'abbaye ci-devant détruits par le feu.

Depuis le XVe siècle, de nombreuses modifications ont été faites successivement dans l'administration du monastère et par suite dans les bâtiments claustraux.

Aux abbés réguliers succédèrent, en 1498, des abbés commendataires; puis, en 1575, des abbés titulaires séculiers. Les moines, « de moins en moins nombreux, ne tenaient plus à leur règle que par leurs vœux et un peu par leurs habits et quelques restes d'observances monastiques » ils se sécularisèrent en 1621 : cet ordre de choses dura jusqu'en 1786 où, à la mort du dernier abbé titulaire, Jean-Gilles du Coëtlosquet, les revenus de l'abbaye furent partagés entre l'évêque de Mâcon, l'évêque de Chalon et les Dames chanoinesses de Neuville quelques années plus tard, tout, sauf l'église, fut vendu comme biens nationaux.

Les nouveaux propriétaires en utilisèrent l'emplacement et les bâtiments soit comme logements, soit comme ateliers ou manufactures, et changèrent l'aspect de ce quartier de la ville de Tournus; aussi, nombre de nos concitoyens ne connaissent plus aujourd'hui, de ce qui fut l'un des plus grands monastères de la région, que ce que l'on appelle encore la cour du cloître, la place de l'abbaye et le logis abbatial.

Nous allons essayer, pour en conserver le souvenir, de reconstituer et suivre les modifications successives faites aux différents bâtiments de cette riche abbaye de Saint-Philibert, depuis leur origine jusqu'à nos jours.

Plan de l'Abbaye de Tournus 2

Plan de l’abbaye de Tournus

A Chapitre, Dortoir, Auditoire ; B réfectoire, Ballon ; C Grandes caves ; D1 Porte Orbe, Poterne ; D2 Porte des Champs, Porte de la Levée ; D3 porte Neuve ; D4 Porte de l’Avant-Cour ; D5 Porte du Parloir au Narthex ; D6 Porte de la Cour des Cloitres ; E Eglise ; F Ancienne Maitrise, Cour des Tilleuls ; G Prieuré, Maitrise, Ecuries de l’abbé ; H Ancien auditoire de la Justice ; I Chapelle Saint- Eutrope ; J Ancienne cuisine ; K1 Tour du Portier ; K2 Colombier ; K3 Prison ; L1 Logis abbatial de 1430 à 1470 ; L2 Logis abbatial ; M1 Substructions d’anciens bâtiments ; M2 Fondations de murs et passage souterrain ; M3 Anciens murs ; M4-5-6 Murs de clôture intérieure ; M7 Murs de clôture du jardin ; m Murs d’enceinte ; O1 Id ; P Parloir-Loges ; R Petite Cour des Cloitres ; S 1-2-3-4-5 Cloitres ; T Fontaine du Tromphoir ; U Grande Cour des Cloitres ; V Chapitre, Archives.

 

Plan fortification de Tournus

 

ENCEINTE

Murs, portes, tours. Voici la description de l'abbaye au Moyen Age

« Elle est située au nord, hors de l'enceinte de la ville, dans le lieu le plus élevé, et n'en est pourtant séparée, du côté qui la touche, que par ses propres murailles. Elle est bâtie en forme ronde avec ses murs m, ses tours, ses fossés et ressemble plutôt à un fort qu'à une abbaye. Il n'y avait qu'une grande porte D2 avec pont-levis et un ravelin du côté de la campagne, et du côté de la ville une petite porte D1 que l'on nommait la poterne et anciennement la porte Orbe. »

Nous avons vu que, en 960, l'abbé Étienne reprit les murs par les fondements ils devaient donc être déjà anciens, et dater en partie, de la fondation de l'abbaye de Saint-Valérien, attribuée, par certains auteurs, à Gontran, roi de Bourgogne le reste devait dater de Geilon et de ses religieux, au IXe et Xe siècles.

 C'est bien probablement à cette dernière époque que remonte la double enceinte fortifiée, formée par la partie supérieure du narthex de l'église et continuée à l'ouest par les murs de la grande cave C, et dont j'ai retrouvé les meurtrières derrière les constructions relativement très récentes, qui les masquent, du côté de la grande cour des cloîtres U.

Nous lisons dans la nouvelle Histoire, de Tournus, de Juénin, p. 78 « Pour ce qui est de la clôture de l'abbaye, j'ai vu derrière la maison du doyenné et la maison canoniale (14) qui est à l'orient, à 15 ou 20 pieds du mur d'à présent, les fondations M1 d'anciennes murailles, avec du charbon, reste de quelque incendie. »

Les murs d'enceinte étaient défendus par douze tours, et une treizième se trouvait à l'extrémité de celui qui se prolongeait jusqu'à la Saône (15); actuellement cinq de ses tours sont encore debout.

PORTES

La grande porte. Anciennement on entrait à l'abbaye par deux portes la principale D2, nommée la porte des Champs, se trouvait placée en face l'église et était défendue par deux tours, un fossé, un ravelin et un pont-levis.

Dans l'inventaire fait en 1645, après la mort du cardinal de La Rochefoucault, il est constaté « Que la grande porte de l'entrée de l'abbaye s'est trouvée fort ruynée, qu'il était nécessaire de la refaire ainsi que la bascule qui est au- delà, et le pont-levis (16) » néanmoins elle servait encore en 1654.

L'abbé Louis III de Rochechouard ayant su que Mgr de Neuchèze, évêque de Chalon, devait donner, sans son autorisation, la Confirmation à l'abbaye, fit fermer la grande porte et lever le pont afin qu'il ne pût y entrer.

En 1717, cette porte était démolie; nous lisons sur le procès-verbal des experts nommés pour procéder à l'inventaire fait après le décès du cardinal de Bouillon « La grande porte sortant de la grande cour de l'abbaye sur le chemin de Tournus à Chalon, à l'entrée de laquelle on nous a fait remarquer que cy-devant, il y avait un pont-levis et, pour lancer le pont une bascule garnie de barres de fer et de chaines, on nous a assuré que le tablier du pont, la bascule, les bandes et les chaines avaient été enlevées par ordre de feu le seigneur abbé et que, partie des chaines avaient été employées à l'usage des charrières et bateaux du port d'Uchizy qu'il en reste encore une chez M. le Trésorier de ladite église, et qu'une partie des bandes ont été employées au foyer de la grande cuisine et d'autres réparations de l'hostel abbatial et de la barque dudit Tournus les bois étaient entièrement pourris et le passage de la porte fut rétabli par le comblement des fossés (17)».

La Poterne ou Porte Orbe. Une autre porte D1 moins importante, nommée la Poterne et primitivement Porte Orbe, était placée du côté de la Saône, dans la rue appelée encore aujourd'hui rue de la Poterne, et servait aux habitants de la ville pour aller à l'abbaye.

La voie romaine dite d'Agrippa, de Lugdunum à Cabillonum, dont nous n'avons retrouvé les traces que sur la route nationale n° 6, à l'entrée sud de la ville et au nord de Tournus, au lieu- dit En Barraban (18), paraît avoir dû passer contre cette poterne, c'est-à-dire entre la Saône et le monastère; peut-être est-ce la raison qui fit primitivement nommer cette porte, porte Orbe.

En 1656, l'abbé Louis III de Rochechouart acquit des jardins près de la fontaine du Tromphoir T et, pour se clore entièrement, demanda au chapitre qu'il lui fût permis de faire murer la porte de la poterne et de s'approprier le chemin qui y conduisait le long du logis abbatial, du côté de l'orient, s'engageant à ouvrir une nouvelle porte du côté de la ville.

Cette nouvelle porte D3 fut bien ouverte, mais l'accord entre l'abbé et les chanoines ne paraît pas avoir été parfait.

L'abbé fit murer en 1656 la porte de la Poterne et combler le chemin qui y conduisait; les chanoines trouvant que la suppression de cette porte les incommodait beaucoup, la firent démurer le 13 août 1657, firent enlever les ferrures de celle par laquelle on entrait sur la terrasse qui y conduit (19), puis s'opposèrent, mante militari, à son remurement, malgré les officiers de justice et les arrêts rendus.

On constate, en 1717, que « la muraille du côté du matin, soutenant la terrasse, est recouverte de cadettes (20) ; à l'angle du côté du nord est une porte pour descendre du jardin à la rivière de Saône par un escalier en pierre de taille une porte de sortie par l'allée de marronniers (21) ; une autre porte visant la rue de la pauterne du côté de vent ».

La Porte Neuve. L'abbé Louis III de Rochechouart avait proposé aux chanoines de consentir à ce qu'il ouvrît une grande porte D 3 avec un chemin pavé, soutenu de murailles, pour conduire à la rue Saint-Valérien et faire communiquer plus facilement la ville avec l'abbaye (22) ; il proposa encore d'abattre les vieilles cuisines J qui se trouvaient à l'ouest du réfectoire afin de rendre libre le parcours de cette nouvelle porte à la grande cour de l'abbaye (aujourd'hui nommée rue du Concordat), tout ceci pour être autorisé à supprimer le chemin et la porte de la poterne.

Ces conventions furent passées le 23 septembre 1656, les travaux poussés avec tant d'activité que, dans la même année, la porte neuve fut faite, le fossé comblé, mais non pavé, une chambre, dans la tour ronde KI près de cette porte, aménagée pour le portier, la poterne murée et les murailles M7- qui renfermaient les jardins nouvellement acquis achevées.

Porte de l'avant-cour. Le même abbé avait aussi fait construire, du côté sud de l'ancien réfectoire, une muraille dans laquelle il avait ménagé une grande porte en pierre de taille D4 et une autre petite porte de cette manière il s'était fait une grande avant-cour.

Louis III de Rochechouard avait promis aux chanoines que s'il ne s'accommodait pas avec eux, tant pour leur dortoir que pour leur réfectoire et pour les autres difficultés qu'ils avaient ensemble, il retirerait sa nouvelle muraille de manière qu'elle n'occuperait aucune partie du réfectoire; elle était construite à vingt mètres à l'est de la nouvelle grande porte, et à l'extrémité sud, contre le mur d'enceinte, se trouvait une guérite.

 

LE COLOMBIER

A l'est de la nouvelle porte, sur le mur d'enceinte, on voit encore aujourd'hui une grosse tour hexagonale K 2 qui, anciennement, était désignée sous le nom de Colombier.

Lors de la visite faite en 1717, les experts y trouvèrent une cave, une chambre au rez-de-chaussée, et, au-dessus, les échelles tournantes, mais aucun pigeon.

Entre cette tour et le logis abbatial, les murs étaient tombés de vétusté; ce n'est qu'au commencement du XIXe siècle que cette partie de murs m2 fut démolie et que l'on ouvrit la rue primitivement appelée rue du Mont-Thabor et aujourd'hui des Tonneliers.

 

LE PARLOIR

Contiguë au mur du côté sud du narthex de l'église se trouve une salle rectangulaire P de 10m 45 de longueur sur une largeur de 6 m 50, et dont la voûte en plein cintre repose sur des pilastres en maçonnerie reliés entre eux par des arcs doubleaux. C'est l'endroit que le père Chifflet nommait, dans son Histoire de Tournus, « le petit cloître voûté », et que le chanoine Juénin croit être plutôt un chauffoir qu'un cloître.

Des fouilles faites en 1899 nous en ont fait découvrir l'origine ainsi que l'emplacement de la porte D5 qui primitivement faisait communiquer cette salle avec la basilique  (23).

Ce parloir ou locutorium paraît dater de la plus haute antiquité et avoir servi primitivement de passage aux divers bâtiments claustraux, dortoir, réfectoire et cloître, pour communiquer avec l'église.

La voûte et les pilastres qui la soutiennent ont dû être construits du XIIe au XIIIe siècle.

C'est probablement dans cette salle que se réunissaient les pauvres passants pour recevoir de l'aumônier de l'abbaye la livre de pain et la « bonne tasse de vin » qu'avant la sécularisation il était tenu de leur distribuer à chacun, en ajoutant 4 sols aux religieux et ecclésiastiques de passage (24).

En 1724, le cardinal de Fleury ayant fait construire, dans un des côtés du cloître S4, six petits logements pour les demi-chanoines, le parloir fut divisé en six caves ou loges (25), avec un passage au milieu pour aller de la grande cour de l'abbaye à la cour des cloîtres.

Ces caves ou loges furent démolies lors des grandes réparations de l'église, vers 1846; et en 1898, en abaissant le niveau de cette salle, j'en ai retrouvé les substructions fondées sur un carrelage de gros carreaux en terre rouge, paraissant dater de l'époque de la construction de la voûte.

 

LES CLOÎTRES

En 1062, saint Ardain, quoique abbé, fut enterré à l'extrémité occidentale du cloître S1 qui nous reste actuellement et qui est dénommé dans le livre des usages de l'abbaye : le cloître du côté de l'église, du côté de bise ou de Saint-Ardain.

La première des autres ailes, celle qui était à l'est S2, était nommée cloître du chapitre ou du dortoir; la deuxième, au midi S3, cloître des enfants (les enfants de la maîtrise ayant coutume d'y étudier) la troisième partie S4, à l'ouest, prenait de la grande cave, à laquelle elle était adossée, le nom de cloître de la grande cave.

En 1239, l'abbé Bérard, à son retour de Rome, fit rebâtir le cloître, le chapitre et le dortoir qui menaçaient ruine (26).

La toiture en comble du dortoir A construit sur le Chapitre abritait en même temps une galerie S3 pratiquée sur la partie est des cloîtres, servant de passage aux religieux pour monter de l'église au dortoir et à la maîtrise G, primitivement le prieuré, qui se trouvait à l'extrémité méridionale.

Le dessous de cette galerie n'était pas voûté, son plancher reposait sur une série d'arcs doubleaux en pierre de taille élevés sur des piliers en maçonnerie un escalier de sept marches en descendait pour entrer à l'église.

De semblables galeries couvertes devaient primitivement se prolonger sur les deux autres cloître et permettre aux moines de se rendre du dortoir au réfectoire, et du réfectoire à l'église, en redescendant contre le parloir.

L'abbé de Toulonjon (1471-1498) fit réparer « le cloître où il est représenté en peinture, sur une muraille, et partout on voit ses armoiries (27)». Nous ne retrouvons aucune trace de la peinture ni des armoiries précitées, cependant on peut attribuer à cette époque les restes des sculptures qui décoraient une salle V construite dans la partie méridionale, S3 contre le mur du réfectoire.

Dès la fin du XVIe et au XVIIe siècle, les cloîtres durent être délaissés, le nombre des religieux diminuant de plus en plus aussi les inventaires faits en 1645 et en 1660 nous les montrent en assez mauvais état (28).

La chute de la charpente du dortoir, en 1654, rendit impraticable la galerie qu'il abritait. Ce passage a dû pourtant être rétabli quand on refit cette toiture. Sur le chapitre, on refit aussi un couvert jusqu'au bâtiment de la maîtrise (29).

En 1702, le cardinal de Bouillon utilisa le cloître du côté de l'église pour en faire une sacristie. Son successeur, le cardinal de Fleury, à la place de celui dit de la grande cave, fit bâtir six logements pour les demi-chanoines et, dans la partie méridionale, un lieu pour tenir le chapitre et servir d'archives et de bibliothèque.

Les cloîtres et les bâtiments circonvoisins furent vendus comme biens nationaux, en 1795. La porte d'entrée de la cour D6 n'avait que 1m 30 de largeur; on y arrivait d'une cour F appelée cour des tilleuls, par sept marches d'escalier. Sur la demande des nouveaux propriétaires (30), cette entrée fut élargie, puis, par un arrangement du 8 vendémiaire an VII, les bâtiments qui obstruaient cette entrée furent retirés à l'alignement où nous les voyons aujourd'hui (31).

 

RÉFECTOIRE

L'an 960, l'abbé Étienne fit reprendre, par les fondations, les gros bâtiments, c'est-à-dire les murailles et le réfectoire.

L'édifice B appelé depuis plusieurs siècles le ballon, quoique très ancien, n'est sans doute plus celui que refit l'abbé Étienne : tout ce que nous en savons, c'est qu'en 1621, lors de la sécularisation de l'abbaye, les témoins déposèrent que « depuis longtemps et hors de mémoire d'homme les moines ne vivaient plus en commun et que le réfectoire servait de jeu de tripot et de ballon où ils jouaient avec les jeunes gens et où les dames de la ville allaient les voir jouer (32) ».

L'abbé Louis III de Rochechouart, en 1656, fit démolir l'ancienne cuisine J qui y était adossée à l'ouest (33).

Par convention passée entre le cardinal de Bouillon et le Chapitre, en date du 29 septembre 1693, l'ancien réfectoire lui fut donné pour lui et ses successeurs; précédemment, le Chapitre l'affermait une douzaine d'écus.

Quelques années plus tard, les fermiers de l'abbaye y déposaient leur foin et leur bois (34).

Ce bâtiment vendu, comme bien national, pour 1.800 francs, au citoyen Piot, avec 16 cuves et 2 pressoirs, est, sauf un plancher qui le divise en deux sur la hauteur, dans le même état que lors de la sécularisation c'est une immense salle voûtée en plein cintre; au milieu du mur méridional, et dans l'épaisseur du mur, se trouve une chaire en pierre avec l'escalier pour y monter.

 

DORTOIR

De l'emplacement des dortoirs nous ne connaissons sûrement que celui que rebâtit l'abbé Bérard, en 1239, sur le Chapitre A et qui s'étendait au midi F jusqu'à l'alignement de l'ancien réfectoire.

Ce dortoir avait 33 pieds de largeur (11 mètres) sur six-vingts pieds de longueur (40 mètres); on y arrivait, de l'église, par un escalier appuyé contre le mur du transept, aboutissant à une galerie couverte située au-dessus du cloître et du Chapitre.

Ce dortoir ne paraît pas avoir été longtemps habité après la sécularisation; il ne l'était plus en 1645, lors de la visite faite après la mort du cardinal de La Rochefoucaud (35), et la toiture qui ne fut pas consolidée tomba le 15 mai 1656 (36).

L'abbé de Rochechouart qui avait fait ouvrir une porte D7 dans ce dortoir pour se rendre plus commodément à l'église, au lieu de rétablir la toiture ainsi que le demandait le Chapitre, fit mener une partie des bois à Uchizy et fit mettre le reste dans le réfectoire pourtant, en 1660, le couvert du dortoir était rétabli sur l'ancien Chapitre seulement (37).

Le 13 septembre 1666, M. le duc d'Albret, abbé de Tournus, proposa aux chanoines de lui céder tous les droits qu'ils avaient ou pouvaient avoir dans la place du dortoir depuis l'ancien Chapitre jusqu'aux écuries G de l'hôtel abbatial (38), vu que le rez-de-chaussée avait toujours appartenu aux abbés et que le haut étant entièrement ruiné il ne pouvait leur servir à rien ils convinrent de lui céder cette place à la condition qu'il ferait murer les portes qui étaient du côté du cloître ou de la maîtrise (39), réparer le plancher qui est sur l'écurie et achever le mur M4 commencé par l'abbé de Chandenier (40) pour séparer cette place d'avec l'ancien Chapitre et en soutenir le couvert que le même abbé avait fait rétablir (41).

Après ces conventions, en 1668, le cardinal de Bouillon fit faire dans ce grenier un passage Q.1 pour aller à l'église; plus tard on y établit la bibliothèque que nous y retrouvons lors de la vente comme biens nationaux du dortoir et de l'auditoire qui était au-dessous (42).

 

LA GRANDE CAVE

Les bâtiments C connus aujourd'hui sous le nom de la grande cave, bordant l'emplacement désigné anciennement sous le nom de la grande cour du cloître, servaient depuis plusieurs siècles à emmagasiner le produit des dîmes, soit en grains, soit en vins; mais, primitivement, à l'époque florissante de l'abbaye, celle où les moines de Saint-Valérien et de Saint-Philibert réunis s'augmentèrent encore de ceux de Saint-Florent, la partie supérieure de ces bâtiments parait avoir servi de dortoir, et son entrée, alors, se serait trouvée du côté du petit cloître sur la cour la plus intérieure du monastère.

Des substructions de constructions primitives, détruites sans doute par un des incendies que nous avons signalés au commencement de cette étude, se retrouvent derrière un revêtement de maçonnerie de 50 centimètres d'épaisseur, servant de base aux voûtes semi-elliptiques sur lesquelles est établi le premier étage de ladite grande cave. Sur les murs extérieurs de ce premier étage, du côté de la grande cour de l'abbaye, derrière les constructions nouvellement adossées à ce mur, nous venons de constater qu'au lieu de fenêtres il y avait des meurtrières qui, avec celles de l'église supérieure, constituaient, pour le monastère, une seconde défense en cas d'attaque.

Les bâtiments de la grande cave étaient limités au nord par le parloir et l'église ; au midi, par le réfectoire et les cuisines; à l'est, par le petit cloître à l'ouest, par la grande cour du cloître ou de l'abbaye : de ce côté y était adossé un appentis ou cloître S5 qui du réfectoire se prolongeait jusqu'à l'église (43).

Anciennement, la cour R des cloîtres était souvent appelée cour des petits cloîtres, et nous voyons, en 1484, Jean de Toulonjon faire donation d'une maison sise à l'intérieur du cloître, à Jacques de la Roche, chantre, et à tous ceux qui lui succéderont en son office de la Chantrerie (44) : la maison de la chantrerie se trouvait en face la porte de l'église, là où est actuellement la cure.

 

SALLE DU CHAPITRE. AUDITOIRE

La belle salle A adossée au transept méridional de la basilique et dont les trois travées de voûtes à arêtes reposent sur quatre colonnes ornées de curieux chapiteaux à feuillages est bien celle qui fut bâtie en 1239 par l'abbé Bérard, sur l'emplacement de l'ancien Chapitre. Si l'histoire ne nous en avait pas conservé la date exacte, les architectes et les archéologues seraient tentés de la croire postérieure au moins de 5o ans. C'est à l'étage au-dessus, nous l'avons dit, que fut installée une partie de l'ancien dortoir.

 En 1666, notre fastueux abbé, Mgr le cardinal de Bouillon, proposa aux chanoines de lui céder tout ce bâtiment; il transforma la salle du Chapitre en une vaste cuisine (45) et leur en paya la jouissance 40 livres par an.

En 1693, après cet accord fait, il continua le mur M5 commencé par son prédécesseur, l'abbé de Rochechouart, de l'angle de l'ancien Chapitre à la tour du Colombier, pour clore la cour de son hôtel abbatial, et fit, de la partie démolie de l'ancien dortoir F une petite place, complantée de deux rangs d'arbres.

Ce n'est qu'en 1727 que le cardinal de Fleury répara la salle de l'ancien Chapitre, fit percer une porte au midi, du côté de l'allée de tilleuls F et affecta ce monument il l'auditoire de la justice (46).  A la même époque il fit construire ou réparer, dans l'aile méridionale des cloîtres, une nouvelle salle capitulaire V dans laquelle étaient déposées les archives.

Malgré les revendications faites en 1789 par le conseil municipal qui tenait à conserver ce local comme salle d'audience et dans ce but fit distraire de la vente du bâtiment de la maîtrise la petite place nommée l'allée des tilleuls, qui y conduisait et lui servait en quelque sorte de vestibule, ce bâtiment fut vendu au citoyen Duther, menuisier/qui divisa cette salle en trois par des murs et en fit des caves (47). Heureusement ces murs purent être démolis vers 1880, par M. l'abbé Danjou, et cette magnifique salle put être alors restaurée et rétablie en son état primitif.

Elle appartient aujourd'hui à une société laïque et sert de salle de conférence et de théâtre au cercle catholique.

L'allée de tilleuls ayant été ultérieurement vendue au sieur Fayot, celui-ci, après la démolition du mur de clôture de la cour d'honneur de l'hôtel abbatial, y construisit des maisons, et une rue étroite fut réservée devant l'auditoire, pour desservir ce bâtiment et la cour des petits cloîtres; elle porte le nom de rue des Cloîtres.

 

L'ANCIEN auditoire

Le Chapitre A, connu au XVme siècle sous le nom d'auditoire de la justice, a-t-il été utilisé comme tel avant le cardinal de Fleury ?. ..Nous l'ignorons en tous cas, ce n'aurait été qu'après que l'abbé de Toulonjon, au XVe siècle, eut fait construire, dans le cloître méridional, cette salle V dont on retrouve aujourd'hui encore en place quelques pilastres moulurés.

En 1657, les échevins de la Ville, par requête, refusèrent de s'assembler au parquet de l'auditoire, ainsi que voulaient les y obliger les abbés, seigneurs de la ville : or, c'est cette même année que s'effondra le toit du dortoir dont la charpente menaçait ruine depuis de longues années; il n'est guère probable que dans ces conditions, à cette époque, il fût utilisé.

Sous le cardinal de Bouillon, l'auditoire de la justice se trouvait dans une salle H dont nous trouvons la description dans l'inventaire de 1717 (48) et était situé en face la porte principale de l'église, joignant la tour du côté nord de la grande porte de l'Abbaye, cette tour K3 servait de prison.

Quand, en 1727, le cardinal de Fleury transporta l'auditoire dans la salle de l'ancien Chapitre, on divisa l'ancienne salle en trois logements que nous voyons en 1790 affectés aux chanoines Penet, Durand, trésorier, et Delavaivre.

 

MAÎTRISE

Le bâtiment de la maîtrise G, actuellement enclavé dans un pâté de maisons, était anciennement borné au nord, par le petit cloître à l'est, par le dortoir; au couchant, par l'ancien réfectoire; au midi, sur sa façade, par la grande cour de l'abbaye il servait de demeure au grand prieur de l'abbaye.

C'est là qu'en 1561 les Huguenots découvrirent les châsses de saint Valérien et de saint Vital qu'on avait enterrées avec d'autres reliques dans la cave du grand prieuré (49).

Primitivement, les jouvenceaux durent loger et étudier au rez-de-chaussée au-dessous du dortoir F, depuis le Chapitre jusqu'à la maison du prieur, et prendre leurs récréations dans le cloître S3 dit des enfants, qui y était contigu.

Et ce n'est sans doute que vers la fin du XVIe siècle, quand ces locaux devinrent inhabitables par suite de leur vétusté que l'on dut installer les enfants de chœur au premier étage de la maison de la maîtrise G, et faire du rez-de-chaussée une des écuries du seigneur abbé (50).

Au commencement du XVIIIe siècle, l'entrée de la maîtrise se trouvait du côté du cloître (51), dans une galerie couverte S2 qui, longeant l'ancien dortoir, descendait à la sacristie.

 

CHAPELLE SAINT-EUTROPE

La chapelle Saint- Eutrope ou chapelle particulière de l'abbé était située à 9 mètres au nord du palais abbatial et séparée de celui-ci par une petite cour sur laquelle donnait la porte de la cuisine et la porte de la grande galerie du rez-de-chaussée.

Le titre le plus ancien où nous la voyons signalée est de 1501-1530 : provision de la chapelle Saint-Eutrope fondée en l'église abbatiale de Tournus (52).

Cependant nous lisons dans le Journal de l'abbé Bérard, (1223 à 1245) : « II acheva la chapelle ou tour de Saint-Denis avec les autres constructions de la nouvelle cour, avec les vestibules (53). »

L'historien Juénin déclare qu'il ne sait ce que l'on doit entendre par cela; je serais, quant à moi, porté à croire que cette tour, appelée au XIIIe siècle tour de Saint-Denis et contenant une chapelle, est notre chapelle Saint-Eutrope, presque quadrangulaire et au-dessus de laquelle se trouvait la salle du Trésor, le tout en forme de tour; la nouvelle cour serait la cour de l'abbé, et les vestibules seraient les porches ou appentis qu'à cette époque on établissait si communément devant les façades et les escaliers. Au faîte du mur, du côté est, on retrouve encore aujourd'hui les tailles d'une fenêtre géminée, avec arc trilobé, ayant antérieurement servi à éclairer la salle du Trésor, et pouvant bien remonter à cette ancienneté.

La chapelle Saint-Eutrope, en 1624, se trouvait en très mauvais état; ses cinq ogives (arcs doubleaux) menaçaient ruine.

Après la mort de l'abbé Louis III de Rochechouart, en 1660, au contraire, elle fut trouvée en fort bon état, « y ayant été fait depuis peu des réparations considérables (54) »

Le cardinal de Bouillon ayant fait construire une tribune à l'église, dans la chapelle du Saint-Sacrement, délaissa cette chapelle Saint-Eutrope au point qu'en 1711 les vitraux en étaient brisés et qu'on dut même les enlever et les déposer dans le grenier du logis abbatial, pour empêcher les enfants de les casser totalement ; puis, sous le cardinal de Fleury, la chapelle fut désaffectée et devint le bûcher d'un chanoine.

 

LA SALLE DU TRÉSOR

Au-dessus de la chapelle Saint-Eutrope se trouvait la salle du Trésor, où l'on entrait par un escalier tournant placé du côté du midi. Cet étage était divisé en trois chambres contenant des bahuts et des armoires (55)

Nous retrouvons, en 1790, dans la vente des biens nationaux ce bâtiment I ainsi désigné : « Une maison occupée par le chanoine Tournier, ensemble un bûcher appelé autrefois la chapelle Saint-Eutrope », estimé 1.500 francs; acheté par M. Laurent, menuisier, 2.400 francs, le 28 floréal an VI (56).

 

HÔTEL ABBATIAL

L'histoire est muette sur l'emplacement et l'érection du primitif palais de nos abbés ; ce monument devait se trouver entièrement ruiné par vétusté lorsque l'abbé de Fitigny (1431-1471) « fit bastir un beau logis abbatial L1 en la partie de l'abbaye qui est devers l'occident, lequel, laissé en désuétude et par faute de l'entretenir, tombait en grande ruyne quand Robert, cardinal de Lenoncour, abbé de Tournus, le fit abattre du tout, et en sa place fit construire une belle vinée en laquelle sont les pressoirs et les cuves ou tinnes à mettre la vendange (57) ».

Puisque les successeurs immédiats de l'abbé de Fitigny (58) abandonnèrent ce nouvel hôtel, il est présumable que, trouvant la situation L2 de l'ancien bien préférable, ils eurent soin de le faire rebâtir dans son emplacement primitif, là même où nous le voyons encore actuellement.

Des fouilles faites de 1880 à 1885, par M. Guerre, alors propriétaire, firent retrouver d'anciennes fondations, des substructions assez considérables, et même un passage souterrain M2 de 2 mètres de hauteur sur 2 mètres de largeur et pavé, paraissant se diriger du côté de l'ancien réfectoire et en dehors des constructions actuelles on y découvrit même des fibules en bronze de l'époque romaine.

Son possesseur actuel, M. Galland-Belet, retrouva plusieurs fragments de colonnes romanes, et nous lisons à ce sujet dans l'inventaire de 1717 le passage suivant : « En entrant dans la grande cour du côté du vent, les murs de clôture de laquelle cour du côté du matin nous ont paru fort vieux et paraissent être les restes de quelques édifices dont la destruction est démontrée (59)»

C'est précisément à cet endroit qu'une occasion fortuite m'a fait découvrir, il y a une quinzaine d'années, le passage souterrain précité, et l'on voit encore, à l'extrémité sud-est du palais abbatial, un reste de construction M 3 très ancienne.

L'abbé Jean de Toulonjon (1471-1498) fit reconstruire le palais L 2 que nous voyons encore aujourd'hui, et y dépensa des sommes considérables. Bâti sur un monticule qui domine la vallée de la Saône et les plaines de la Bresse, la vue n'en est bornée que par les montagnes du Jura à l'horizon; des rampes d'escalier descendant successivement sur deux terrasses superposées et séparées par d'immenses jardins conduisaient à la rivière de Saône.

La façade principale du palais était tournée à l'ouest et regardait le monastère on y arrivait par une cour d'honneur deux portes pratiquées dans une tourelle octogonale servaient d'entrée l'une à l'escalier d'honneur qui conduisait au premier étage, aux appartements du seigneur abbé et à ceux de ses hôtes l'autre à une galerie voûtée, percée de quatorze fenêtres cloisonnées, s'étendant de l'escalier d'honneur à l'extrémité nord du bâtiment où se trouvait une porte s'ouvrant près de la chapelle Saint-Eutrope (60).

Derrière cette galerie, au rez-de-chaussée, deux chambres, la cuisine et ses dépendances donnent sur une petite cour extérieure, au nord et à l'est du logis; en face l'escalier principal, un couloir traversait perpendiculairement la maison et se terminait par une petite tourelle contenant l'escalier par lequel on descendait sur la première terrasse des jardins. Tout près de cet escalier, toujours au rez-de-chaussée se trouvait la bibliothèque, et du côté du midi la chambre des communs et les logements des domestiques; en sous-sol, au niveau de la première terrasse des jardins, le bûcher, les caves et le logement du jardinier.

Au premier étage, au nord de l'escalier d'honneur, une autre galerie, de même dimension et construite sur la précédente, servait de vestibules aux appartements particuliers de l'abbé. De l'extrémité nord de cette galerie, au moins depuis l'abbé Louis III de Rochechouart (1647- 1660), un passage couvert 0, suivant le mur de la cour d'honneur, conduisait au-dessus du Chapitre, dans l'ancien dortoir, et de là un second passage Q.1 communiquait avec l'intérieur de l'église.

Le côté au midi du premier étage du logis abbatial contenait les appartements destinés aux hôtes étrangers (61).

Pendant les guerres de religion, les protestants pillèrent le palais; aussi, en 1595, l'abbé de La Rochefoucauld ascensa aux habitants la garenne de l'abbé, moyennant 5 livres par an et cinquante écus pour réparer le logis abbatial ruiné par les guerres.

 C'est dans cet hôtel que le cardinal de Bouillon, à son retour de Rome, reçut en 1705 l'abbé de Coulanges et lui fit les honneurs de son abbaye; puis, l'arrachant aux délices de Tournus il l'emmena à Cluny, par Cormatin et le beau château d'Uxelles, « dans son bon carrosse à six chevaux, à travers des prairies que la saison rend très trottables (62) ».

Notre grand cardinal ne trouvant sans doute pas son palais assez vaste pour y loger les illustres personnages qu'il recevait, loua aux chanoines leur ancien Chapitre et en fit une cuisine, transforma le rez-de-chaussée de la maison du grand prieur G en une vaste écurie pouvant contenir quatorze chevaux puis il fit splendidement décorer par le peintre Sarrabas, une chapelle de l'église, y fit construire une tribune et, pour se rendre à cette tribune, une galerie QI passant par l'ancien dortoir (63), et, vu cette commodité, négligea entièrement l'ancienne chapelle particulière de ses prédécesseurs, la chapelle Saint-Eutrope.

Son successeur, le cardinal de Fleury, fit le contraire il ne voulut pas habiter le palais abbatial, et se contenta de la maison de la chantrerie où, le 15 juillet 1716, il recevait le maréchal de Villars.

Mgr du Coëtlosquet, pendant son court séjour à Tournus, dut habiter le palais abbatial qui, après sa mort, arrivée en 1785, ne fut plus utilisé.

Estimés comme biens nationaux, le 10 novembre 1790, par le commissaire Thuriot (64), à la somme de 14.000 livres, ces bâtiments ne furent pas mis en vente en même temps que les autres biens de l'abbaye. Un arrêté du Directoire du département, en date du 27 février 1792, en ordonne l'affermage pour six années en donnant, pour déguerpir, un délai de quinzaine aux sieurs Perrier, Thiers, Jounier, Magnin Chagrin et veuve Bontemps qui y étaient logés gratuitement (65).

L'administration centrale revint encore ultérieurement sur cette décision, et la vente par adjudication aux enchères en fut faite le 12 mars 1792, au sieur Ceyssel, pour la modique somme de 150 livres.

Depuis cette époque, le palais abbatial fut occupé par une filature et fabrique de couvertures de coton pendant près d'un siècle à la suite de la suppression de cette industrie à Tournus, il fut vendu 12.000 francs. Le nouvel acquéreur le débarrassa des constructions industrielles qui l'encombraient et en masquaient presque complètement la façade, aujourd'hui restaurée. Sous le cardinal de Fleury, la salle A de l'ancien Chapitre, débarrassée de sa cheminée et de ses fourneaux, devint l'auditoire de la justice.

L'ancien auditoire H qui se trouvait près des prisons fut transformé en logements pour trois chanoines; en 1723, les six demichanoines furent logés S4 dans les maisons bâties dans la cour du petit cloître, et le Chapitre fut installé dans une des chapelles absidiaires de l'église, la chapelle Saint-Laurent, aujourd'hui la sacristie.

Depuis la sécularisation, des immeubles situés dans l'intérieur de l'enceinte de l'abbaye avaient été cédés par les abbés aux différents dignitaires et aux chanoines.

En 1790, à la vente des biens nationaux, les maisons placées autour de l'église, en commençant par la tour de l'ancienne prison K3 et en suivant à droite, étaient occupées par les chanoines : Pernet, chantre; Durand, trésorier Delavaivre, de Montgirod, doyen; Parthenay, Meunier, Lappe, Thurot, Vivien; le chanoine Tournier occupait la chapelle Saint-Eutrope, et enfin le chanoine Bernard de la Vernette occupait la maison en face l'église, aujourd'hui la cure.

J. MARTIN,

Membre titulaire de l'Académie de Mâcon.

 

 

 

 

LA COULEUR DE L'HABIT DE SAINT FILIBERT ET DE SES MOINES

Une intéressante question doit se poser ici quelle couleur saint Filibert avait-il choisie pour l'habit de ses moines ?

On sait qu'au moins jusqu'aux sixième et septième siècles, les moines se vêtaient, comme les pauvres, d'une bure grossière, celle qui était commune dans la région où ils vivaient, que leur robe, retenue autour des reins par une lanière de cuir ou par une corde, était recouverte d'un manteau à capuchon, et qu'ils se contentaient de la couleur naturelle rie la laine.

Saint Césaire paraît-il, avait même défendu, dans sa Règle, l'usage des vêtements noirs ou de toute autre couleur prononcée ; on devait s'accommoder de teintes laiteuse. Saint Donat, au septième siècle, adopta cette prescription. Saint Benoît, au sixième siècle, n'avait rien fixé sur la couleur de l’habit monastique. « Au sujet de la qualité commune et de la couleur de l'habit (de colore et grossitudine) dit-il, il faut laisser les moines libres de prendre ce qu’ils trouveront dans la contrée où ils sont, et de préférence ce qu'il y a de plus pauvre. »

Saint Colomban, à la fin du sixième siècle et au commencement du septième, faisait porter à ses moines un vêtement de couleur blanche. Longueval, dans son Histoire de France, à l'année 678 du Christ, t. IV, p. 126, affirme que les disciples de saint Colomban furent d'abord vêtus de blanc et qu’ils ne prirent l'habit noir que plus tard.

En cela, il a suivi Mabillon, qui, dans ses Annales Bénédictines, à l'année 590, n° 3, parlant de saint Patrice, de saint Colomba et de saint Colomban, dit ce qui suit :

« Patrice, au témoignage de Probus, auteur de ses Actes, prenait une coule blanche (cuculla) sur ses autres vêtements, et l'auteur de la Vie de saint Colomban (abbas Hiiensis) dit qu'il portait une tunique blanche (66). »

Ordéric Vital, qui écrivait au douzième siècle, a conclu de ceci que saint Colomban arriva d'Irlande en France avec l'habit blanc, et que plus tard, après sa mort, ses disciples, changeant de costume, lorsqu'ils combinèrent la Règle de saint Benoît avec celle de leur Maître, revêtirent l’habit noir bénédictin, introduit en France par saint Maur (67)..

D'après un récent historien de saint Colomban, traitant de l’iconographie de ce saint, en Franche-Comté, on lui prête des vêtements blancs ; à Brégenz, Saint-Gall et Bobbio, les couleurs bénédictines (68). On peut toutefois regarder comme acquis à l'histoire le fait du vêtement blanc de saint Colomban et de ses premiers disciples.

Quant à saint Filibert, on est réduit aux conjectures. Il semble bien qu’à Rebais, les moines, sous saint Agile, l'un des premiers et fervents disciples de saint Colomban, l'habit blanc devait être encore en honneur ; on peut supposer qu'a Luxeuil et dans les autres monastères colombanistes de cette époque, la fusion des deux Règles de saint Benoît et de saint Colomban, n'avait pas eu jusque-là pour conséquence le changement d'habit.

Filibert put tenir encore, à Jumièges et à Hério, à ce premier vêtement de sa jeunesse monastique. Un fait nous porte à croire qu'il en fut ainsi, et que c’est seulement plus tard, à une époque indéterminée, mais probablement vers l’époque de Charlemagne, ou toute trace des habitudes colombanistes avait disparu, que l’habit noir devint, pour un certain temps, l’uniforme commun des religieux (69)

Le fait en question est raconté par Ermentaire, au second lieu des Translations, et arriva vers 847 dans une attaque des Normands contre l’ile d’Hério, un moine de Corbie, pendant son sommeil, eut la vision de Saint Filibert vêtu de blanc, suivi de nombreux moines habillés de même ; et s’élançant de leurs tombeaux au secours des insulaires, qui taillèrent en pièces leurs ennemis (70). Le moine visionnaire donnerait-il la couleur historique de l’habit du Saint ? Aurait-il vu saint Filibert et ses religieux revêtus de l’habit qu’il savait avoir été en usage de leur temps (71) ? On ne peut évidemment pas tirer de là un argument péremptoire

 

 

 

 

 

  1019 - 2019 Sur les pas de Saint Philibert : Abbaye de Grand – Lieu et de Tournus<==.... ....==> Archéologie Abbaye Saint Philibert de Tournus - Prosper Mérimée

 

 


 

DIPLOME DE CHARLES LE CHAUVE POUR SAINT-PHILIBERT DE TOURNUS (19 MARS 875) - 

Arrivé à Saint-Denis vers la mi-février de l'année 875, Charles le Chauve y passa le carême et s'y trouvait encore le 27 mars, jour de Pâques (1)......

 

1. De gloria mort., lib. 1, p. 54.

2. Epiréchus presbyter qui tunc ipsant regebat ecclesiam, vir virtutum et purae mentis homo, sicut ipsi oculi nostri inspeximus.

3. Léon Maître, Deas, ou l'église de Granlieu.

4. Ce qui, à cette époque, faisait preuve de noblesse et fut invoqué plus tard pour prendre le titre de ville, comme chef de grande seigneurie.

5. Juénin, Histoire de Tournus, p. 70.

6. Pierre de Saint-Julien, Antiquités de Tournus.

7. Juénin, Histoire de Tournus, p. 88.

8. Pierre de Saint-Julien, Antiquités de Tournus, p. 521.

9. On ne peut douter que cette église de Saint-Valérien ait été paroissiale jusqu'au milieu du XIIe siècle, époque où furent bâties les églises de Saint-André et de la Madeleine; c'est ce que soutenait Jean Germain, évêque de Chalon, en 1449, lors de son procès avec l'abbaye.

(10) Aujourd'hui introuvable.

(11). Probablement le cimetière qui se trouvait autour de l'église Saint-Valérien.

12. Juénin, Histoire de Tournus, p. 126.

(13) Les moines étaient au nombre de 48 en 1343 dans un Chapitre tenu le 18 mai 1493, nous n'en comptons que 32; nous n'en trouvons que 18 en 1562, et 17 en 1621, lors de la sécularisation.

14. Actuellement maison du Doyenné, maison Coste; maison canoniale, maison Thibaudet.

15. L'emplacement d'une tour hexagonale est encore visible par les basses eaux, au bas de l'abreuvoir du quai nord.

16. Archives départementales B. 1403.

17. Archives départementales B. 1301.

18. Dans la propriété appartenant actuellement à M. Lalouet-Bessard.

19. Cette porte se trouvait au nord-est du logis abbatial, derrière la chapelle Saint-Eutrope, et s'appelait la porte Saint-Eutrope.

20. Dalles minces taillées.

21. Actuellement extrémité du quai nord, prés l'usine à gaz.

22. « En 1660 ont été observées plusieurs belles réparations faites par ledit défunt sieur abbé de Rochechouart, entre autres un chemin pour aborder de la ville de Tournus à ladite abbaye, pour facilité duquel il a acheté partie des jardins joignant les murs de ladite abbaye de la largeur de trente pieds, et abattu quelques maisons opposées audit passage « (Archives départementales B. 1274).

23 Découvertes archéologiques dans les dépendances de l'ancienne abbaye de Tournus Congrès de la Société archéologique de France, tenu à Mâcon, en 1899.

24. Cette charge fut trouvée très assujétissante; aussi, en 1655, il fut résolu en Chapitre « que chaque religieux la remplirait à son tour, puis, lors de la reconstruction de l'hôpital par le cardinal de Bouillon, en 1685, les chanoines résolurent de remettre à l'hôpital les revenus de l'aumosnerie consistant en dixmes de blé à Baudrières, quinze poinçons de vin des dixmes de Tournus, huit bichets de seigle et huit coupes de fèves» (Juénin, Histoire de Tournus, p. 152).

25. Le thermidor an V, l'administration mit aux enchères l'amodiation de ces caveaux. Une pétition du citoyen Druet, acquéreur des maisons anciennement des demi-chanoines, en revendiqua la possession en ces termes : « Il est de toute notoriété, dans la commune de Tournus, que ces loges n'ont jamais cessé de faire partie des maisons dites des demi-chanoines. Un cy-devant abbé (Fleury) avait fourni une somme de 6.000 livres pour bâtir des logements aux prêtres demi-chanoines de son abbaye. On établit, par ce secours, trois petites maisons joignantes, que l'on distribua en six logements et, comme ces logements étaient fort étroits, on les augmenta de six loges propres à tenir au plus trois feuillettes de vin chacune, qui furent adossées au mur du cloître joignant ces maisons » (Archives de Tournus N 45).

26. Juénin, Nouvelle Histoire de Tournus, p. 154.

27. Juénin, Nouvelle Histoire de Tournus, p. 240.

28 « L'escalier entrant du cloître à l'ancien Chapitre est fort usé par la suite des temps, il manque une colonne à l'entrée dudit Chapitre; les carrelages sont en très mauvais état et l'escalier du côté du cloître à l'église rompu » (Archives départementales B 1403).

29. En 1660 il est constaté que le perron servant à monter de l'ancien logement des demi-chanoines à la maîtrise, composé de dix marches rondes, est entièrement usé (Archives départementales B. 1274).

30. « Il fut décidé que l'on démolira en sous-oeuvre le gros mur qui fait la séparation de cette cour avec celle des tilleuls, jusqu'à la hauteur de 4 m 50 à 5 mètres, et la largeur se trouve déterminée par le mur du citoyen Brémond (l'appendix de la maitrise) et celui du citoyen Duther (l'auditoire), de manière à ce que l'ouverture ait au moins 4 mètres de haut sur 3m 20 de largeur » (Archives de Tournus N 4).

(31) Voir au chapitre Maîtrise.

(32). Juénin, Nouvelle Histoire de Tournus, p. 356.

(33)2. Les substructions de ces murs ont été retrouvées en 1898 en creusant pour les égouts.

(34). « Le vieux réfectoire qui est au bout d'un appendix donnant sur la cour des cloîtres et dont les fenêtres et porte d'entrée sont de côté de vent dans la grande cour de l'abbaye nous a paru n'avoir servi de réfectoire depuis longtemps. Les murs de la voûte, quoique très anciens, sont en bon état et les quatre ogives ou arcades battant du côté de bise; il n'en reste que deux, la destruction des deux autres nous avant paru de vétusté » (Inventaire de 1717 Archives départementales B. 1301).

(35) « La charpenterie du couvert du dortoir qui se trouve en fort mauvais état, la plupart des bois sont pourris, il est nécessaire de promptement démolir cette charpenterie (Archives départementales B. 1624).

(36). La toiture dans sa chute brisa les planchers dessous sur la moitié de leur longueur, le reste étant sur les voûtes de l'ancien Chapitre qui n'ont reçu aucun préjudice la partie endommagée se trouvait au midi, au-dessus de l'ancienne maîtrise.

(37). « Au lieu que ledit couvert qui était anciennement élevé en comble a été réédifié comme couvert en tuiles creuses, et les sieurs Vannelier et Guichenon, délégués de Chapitre, ont remontré que les réparations et le rétablissement dudit dortoir est absolument nécessaire audit Chapitre, tant pour le logement des demi-chanoines, qui sont contraints de loger en ville, comme aussi pour faciliter l'arrivée des enfants de choeur à leur logement et conserver aux ecclésiastiques la facilité d'aller à certains lieux communs qui étaient dans ledit dortoir » (Archives départementales B. 1274).

(38). Ces écuries étaient au rez-de-chaussée du bâtiment de la maîtrise.

(39). Porte communiquant de l'avant-cour à la cour des cloîtres.

(40) Entre la cour de l'abbé et celle qui fut appelée plus tard la cour des tilleuls. C'est après cette convention que ceux-ci furent plantés, et la place agrandie jusqu'à l'ancien Chapitre.

(41). On peut dire que par cet acte finit l'affaire du dortoir, quoique le Chapitre fût encore en procès avec les héritiers de l'abbé de Chandenier.

(42). « Au-dessus de la salle d'audience, sur la partie du côté du midi, est une pièce qui sert de bibliothèque de la cy-devant abbaye, sur la partie nord est un grenier qui s'étend sur une espèce de cave, laquelle est adossée au nord de la salle d'audience ledit grenier a 40 pieds de longueur sur 27 de largeur; ladite cave, 30 pieds de longueur sur 10 de largeur. Dans la partie au matin de la bibliothèque et du grenier, il y a un corridor de 6 pieds de largeur qui servait autrefois pour communiquer de la maison abbatiale .à l'église » (Archives de Tournus N 4).

(43). « Un grand appendix du côté de matin contre les murailles des caves, sous lequel premièrement est une petite maison servant pour la nourriture du dix- meur, dont la porte d'entrée est du côté de vent. Sous ledit appendix est la porte d'une grande cave voûtée, au-dessus de ladite cave voûtée est une autre cave aussi voûtée. Le vieux réfectoire est au bout dudit appendix. » (Visite des bâtiments de l'abbaye de 1717. » Archives départementales B. 1301).

(44). Archives départementales H. 185.

(45). «Il s'y trouvait en 1711 sous la cheminée une crémaillère et son crampon; la pierre du foyer était soutenue et garnie de quatre barres de fer et d'un vieux cendrier en fonte; à côté de la cheminée, un petit four, deux tables; le potager s'est trouvé garni de huit réchauds de fer enchâssés dans leurs trous et d'une barre en fer (Archives départementales B. 1301).

(46) Lors de la vente des biens nationaux, dans la séance du conseil municipal du 14 pluviôse an III « Considérant que l'administration ayant réservé la salle d'audience qui n'a point d'autre desserte que l'allée de tilleuls qui lui est adjointe et qui n'a jamais fait partie de la maison cy-devant maîtrise; Considérant que cette allée tient lieu de vestibule à l'auditoire, que la proclamant en vente et réduisant cette allée à un simple chemin ce serait obstruer l'entrée de l'auditoire et par suite, dans le cas de construction de la part de l'acquéreur de la cy-devant maîtrise, rendre cet appartement impossible par insuffisance des jours; Considérant que le grenier régnant sur ladite salle d'audience se trouve divisé en trois parties par des galandages en briques à plat que la partie au midi joignant celle de bise est attenante sans séparation au grenier régnant sur la cave de Druhet et sur partie de l'auditoire. -Le conseil arrête qu'il sera demandé de suspendre la vente du deuxième lot, des biens nationaux provenant de ladite abbaye, comme aussi de distraire du premier lot l'allée de tilleuls. »

Par suite de cette délibération, le comité central consulta l'ingénieur du département dont voici le rapport : « Jacques Rivaud, ingénieur ordinaire des travaux publics du département, a reconnu que la salle où se tient les audiences est placée au rez-de-chaussée, dont l'entrée est au midy et en face d'une allée composée de deux rangs d'arbres où il y en a six de chaque rang, cette promenade a une superficie de 62 pieds de longueur sur 56 de largeur, elle n'est point fermée et ne tient nullement aux bâtiments dépendants de ladite cy-devant abbaye elle ne fait que partie des cours qui servent de desserte aux bâtiments environnants.

 -On estime que la petite promenade ne doit pas être vendue, qu'elle est très utile, tant pour la desserte de l'auditoire, que pour les maisons qui ont été vendues dans le cloitre » (Archives de Tournus N 4).

(47). Ces bâtiments, de 1845 à 1854, servirent de salle de classe à l'école communale des Frères de la Doctrine chrétienne ils appartenaient à M. Chaumont, curé de Saint-Philibert.

(48) « Ledit auditoire fermé par une balustrade de bois de noyer dans laquelle il y a une porte au-dessus du siège du bailly il y a un grand Christ avec son cadre doré cet auditoire est garni de ses bancs, d'une table en bois de noyer et d'une tenture de tapisserie bergame verte dans le vestibule de l'auditoire, un grand placard à quatre portes, et du côté de soir dudit vestibule sont les deux portes du cachot de la prison et un escalier montant à l'appartement du geôlier; la fenêtre de la chambre du geôlier voit du côté de matin sur l'église, à l'ouest de cette chambre est une tour au-dessus des cachots » (Archives départementales B. 1 301).

(49). Juénin, Nouvelle Histoire de Tournus, p. 267.

(50). En 1717, cette grande écurie, dont les deux parties s'ouvraient sur l'avant-cour de l'abbé, contenait treize piliers de bois pour la séparation des chevaux (Archives départementales B. 1301).

(51). Dans un rapport du 8 messidor an VIII, nous lisons « Avons reconnu une partie des bâtiments appartenant au citoyen Bremond, joignant au soir un autre bâtiment appartenant aussi au citoyen Brémond, servant de magasin et de chambre de four, faisant face sur la petite cour des petits cloîtres, joignant au midi le bâtiment de la cy-devant maîtrise, de matin la cour des tilleuls, au nord une rue servant de passage pour la desserte des bâtiments du petit cloître.

La partie sud du bâtiment faisant avant-corps sur la rue de huit pieds six pouces, sur une longueur de 21 pieds 6 pouces en suivant l'alignement du socle des ogives (arcades) dans la partie servant de magasin et de chambre de four. Pour parvenir à un alignement régulier, on prend au citoyen Bremond une superficie de 183 pieds de terrain, qu'en compensation, il convient de lui céder sur la cour une pareille quantité de terrain que nous fixions de huit pieds en avant sur la cour à partir de l'alignement du mur du socle des augives à l'équarri » (Archives de Tournus O. 6).

(52). Archives départementales H. 187.

(53). Chifflet, Histoire de Tournus, p. 460.

(54). A cette visite, les sieurs Bonnelier et Guichenon, chanoines, ayant remontré « que bien que ladite chapelle de Saint-Eutrope ait été réparée et embellie aux frais dudit défunt seigneur abbé, elle doit néanmoins être commune ainsi qu'elle l'a toujours été de tous temps, pour en donner l'entrée au grand nombre de personnes qui ne peuvent y faire leurs prières, quoiqu'ils y aient grande dévotion, trouvant la porte d'icelle ordinairement fermée, requièrent qu'il soit enjoint au sieur Lamy, aulmosnier dedit défunt sieur abbé, de leur en remettre la clef de laquelle il est saisi le sieur Colas, procureur, a soutenu que ladite chapelle étant sous le trésor des seigneurs abbés, elle leur appartenait en propre sans que lesdits sieurs du Chapitre n'y puissent prétendre aucun droit, ni usage, et conclut qu'il est ordinaire que les abbés aient leur chapelle particulière » (Archives départementales B. 1274).

(55). L'inventaire fait en 1711 mentionnait « dans la première chambre, trois grandes armoires en bois de sapin et trois bahuts fort vieux, dont un desquels fermait à clef; dans une autre chambre, deux grandes armoires jointes et attachées ensemble, ayant seize portes, bois de sapin; et dans une troisième chambre vide, on proposa d'y faire trois ou quatre armoires pour y déposer les papiers et titres qui se trouvent dans les trois chambres par terre et gisent dans la poussière et dont la plus grande partie ont été endommagés par les rats » (Archives départementales B. 1301).

(56). Archives de Tournus N 4.

(57). Saint-Julien de Balleure, Antiquités de Tournus, p. 336.

(58). « On voyait encore les armes de cet abbé sur le portail qui restait de cet ancien logis abbatial et qui fut démoli en 1722 ; on les avait remises sur la porte de la maison canoniale qui touchait à ce logis et qui, depuis cet abbé, a été la nouvelle pitancerie » (Juénin, Histoire de Tournus, p. 238).

(59). Archives départementales B. 1301.

(60). Chapelle particulière de l'abbé, dont nous avons donné la description.

(61) Après la mort de l'abbé de Rochechouart, « les quatre chambres ont été trouvées en bon état ayant été réparées par ledit abbé dès environ cinq ans » (Archives départementales B. 1403).

(62). Félix Reyssié, le Cardinal de Bouillon, p. 162.

(63) « Cette galerie a trois croisées du côté du matin dans la partie du matin de la bibliothèque et du grenier (l'ancien dortoir), il y a un corridor de six pieds de largeur qui servait autrefois pour communiquer de la maison abbatiale à l'église » (Inventaire de 1790. Archives de Tournus N 4).

(64). « L'hôtel abbatial a 105 pieds de longueur sur 86 pieds de largeur et consiste au rez-de-chaussée en une montée d'escalier qui va jusqu'au grenier, un vestibule à gauche en entrant, deux chambres et deux cabinets à droite, deux chambres, deux cabinets et corridor. Une cuisine et un petit jardin d'environ un quart d'ouvrée une partie sous le rez-de-chaussée est en caves non voûtées au premier étage, une antichambre, deux petites chambres donnent sur la cour et trois autres chambres donnent sur la rivière à droite est un vestibule et quatre chambres, dont une et le vestibule sont sur la cour, et les trois autres sur la rivière au deuxième étage, à droite, un vestibule, une chambre donnent sur la cour et des greniers donnent sut la rivière à gauche, une chambre et des greniers dessus » (Archives de Tournus N 1).

(65). Archives de Tournus N4.

(66) Préface de la Vita S. Filiberti, édition des Bollandistes, t. IV, d’aout.

(67) Ordéric Vital, Hist. eccl.,1. VIII, c. 27.

(68) Vie de saint Colomban, par l'abbé Eug. Martin, p. 197,

(69) Soeculo insequenti (octavo) sola superfuit sancti Benedicti regula, etc. (Annal. Ord. S. B. T. I, praefat. III, 24)

(70) De Translationibus, liber II,° 11.

(71) Sur l’habit religieux des anciens moines, voir: Dom Besse : Le moine bénédictin, p. 59, 72, 73 ; Les Moines de l’ancienne France, p. 25, 90, 467-469. Saint Wandrille, p. 46.

Quicherat : Histoire du vêtement en France, p. 104-106.

 

 

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08 janvier 2021

Maison Natale de François Mitterrand à Jarnac

Maison natale de François Mitterrand à Jarnac

François Mitterrand, né le 26 octobre 1916 à Jarnac (Charente) et mort le 8 janvier 1996 à Paris.

La maison natale de François Mitterrand est un musée français situé à Jarnac, en Charente. François Mitterrand (1916-1996), président de la République française de 1981 à 1995, y naît et y passe son enfance entre 1919 et 1934.

Inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis le 20 décembre 20061, elle est labelisée « Maisons des Illustres » depuis 2011.

François est baptisé le 6 mai 1917 en l'église Saint-Pierre de Jarnac. Il fréquente l'école privée Sainte-Marie de Jarnac avec son frère Robert jusqu'en 1925. Cette année-là, François entre comme pensionnaire au collège privé d'enseignement catholique Saint-Paul d'Angoulême pour entamer des études secondaires.

 Il se révèle excellent en histoire, en géographie, en latin et en philosophie, et prend goût pour la littérature ; il répugne aux maths, à la physique, et à l'anglais. Il devient membre de la JEC, structure étudiante de l'Action catholique. En 1933, un discours lui vaut de remporter le championnat de l'éloquence de son école.

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