PHystorique- Les Portes du Temps

25 septembre 2021

DÉCOUVERTE DU TESTAMENT D'AUFREDI

La légende la plus populaire à la Rochelle est assurément celle de ce bourgeois du treizième siècle, dont les dix vaisseaux partis pour des mers lointaines prolongent leur voyage durant dix années, et reviennent chargés d'une riche cargaison, au jour où l'armateur, dont cette longue absence avait trompé les prévisions, tombé dans la plus grande détresse, abandonné de ses proches, était réduit au rude labeur des portefaix.

Retrouvant avec le retour de ses navires une fortune inespérée, ému de sympathie pour des misères qu'il a appris à connaître en les partageant, Aufredi fonde en 1203 l'aumônerie nouvelle qui emprunte son vocable au voisinage de l'église Saint-Barthelémy, s'y consacre avec sa femme Pernelle au soin des pauvres et meurt dans l'hôtel-Dieu qu'il a fondé , laissant à la postérité un nom , que la reconnaissance de chaque siècle entoure d'une auréole nouvelle.

Les traditions recueillies au bout de trois siècles par le Conseiller au Présidial Raphaël Collin ont servi de point de départ à tous les récits successifs. (1)

Les dix vaisseaux, les dix années de traversée, la prétendue dureté des parents d'Aufredi à son égard se sont perpétués dans toutes les relations.

 

De la légende essayons de dégager l'histoire.

Ce qu'il importerait de posséder, c'est un document contemporain d'une authenticité inattaquable, c'est l'acte même de la fondation de l'aumônerie, c'est le testament original d'Alexandre Aufredi.

Or ce testament avait jusqu'ici échappé à tous les érudits rochelais, même au savant abbé Cholet, (2) auquel appartient l'honneur d'avoir remis en lumière ces vénérables reliques d'un autre âge.

Nous avons eu la bonne fortune de mettre la main sur le précieux parchemin qui dormait dans un galetas de l'hospice civil de Saint-Louis son sommeil six fois séculaire.

Le voilà horriblement troué, balafré, privé de son sceau, mais gardant, malgré les injures du temps et la dent des rats, les caractères indiscutables de son authenticité.

Point de date. Le bas de la charte est rongé, mais la date se lit dans la physionomie du document, dans cette gothique élégante, arrondie, perlée, criblée d'abréviations très régulières qui cependant ont trompé des gens habiles.

 La date se lit dans la magistrature annuelle du Maire, rapprochée de l'épiscopat du vénérable prélat de Saintes, Ponce II de Pons, qui à défaut de notaire, a imprimé au testament son caractère d'authenticité en y apposant son sceau armoriai.

 La cire s'est depuis détachée de la queue de parchemin qui la soutenait, mais la formule finale de la charte atteste l'accomplissement de cette importante formalité.

Sans oublier le proverbe italien qui stigmatise la traîtrise des traducteurs, essayons une version littérale du latin d'Aufredi, après avoir comblé les lacunes de l'original.

« A tous les fidèles chrétiens auxquels ces présentes parviendront, Alexandre Aufredi, Salut.

Qu'ils sachent que moi, en présence de mon vénérable père Ponce, par la grâce de Dieu, évêque de Saintes, j'ai révoqué toutes les dispositions et ordonnances antérieures, de quelque nature qu'elles soient et à l'égard de qui que ce fut, au sujet de la nouvelle aumônerie que j'ai construite à la Rochelle et j'ai établi dans ladite maison un laïque (laïcus) comme procureur du temporel pour administrer le bien des pauvres.

Je veux et j'ordonne à présent que Pierre Barbe, s'il a le bonheur de revenir des pays d'outre-mer, soit l'économe perpétuel de cette maison , mais s'il ne revient pas , je veux et j'ordonne qu'on y établisse un procureur d'après le conseil de mon père Ponce, évêque de Saintes , mon bien cher ami personnel (amicus camalis) et d'après l'avis des prud'hommes Jehan Galerne, maire , Sanz de Beaulieu, Aymery de Cahors , Jehan Junan, Girard de la Chambre , S. Guiart, Pierre Foucher , Jehan de Jart, Philippe Léger, Alexandre Tolope et Geoffroy Aufredi.

Après le décès de ceux-ci, je veux que le procureur soit institué d'après le conseil du Maire et de dix prud'hommes de la Rochelle, dont la moitié sera de ma famille , si on peut en trouver de qualifiés à la Rochelle.

J'ordonne aussi que maintenant Hubert, prêtre, et maître Gaultier, s'il revient des pays d'outre-mer, y soient établis pour administrer les sacrements de l'Eglise, à l'exception du baptême, aux pauvres et aux frères de ladite maison.

 Si maître Gaultier ne revient point, qu'un autre prêtre soit institué au choix du procureur de la maison et sur le Conseil des prud'hommes ci-dessus désignés. Que l'un de ces prêtres autorisé par l'Evêque de Saintes, ait la charge de l'âme des frères et des pauvres de la maison. Chacun de ces prêtres recevra de l'établissement dix livres seulement et sera logé et nourri aux frais de l'aumônerie. Si les prud'hommes s'aperçoivent que le procureur de la maison ou le prêtre qui n'a pas charge d'âmes, ne se conduit pas honorablement, ils pourront le congédier sans consulter le Seigneur Evêque.

Quant à celui qui aura charge d'âmes, ils pourront également le congédier avec l'agrément du - Seigneur Evêque. Je lègue tous mes biens meubles et immeubles, et toutes mes dettes actives à lad. aumônerie , à l'exception de ce que j'ai légué à ma femme, à cette condition que lad. maison satisfasse convenablement au gré de mes exécuteurs testamentaires , savoir : le Seigneur Ponce , vénérable évêque de Saintes , Sanz de Beaulieu, Aymery de Cahors , Jehan Junan , Girard de la Chambre , S. Guiart, Pierre Foucher, Jehan de Jart, Philippe Léger, Alexandre Tolope et Geoffroy Aufredi, à mes dettes et obligations et mondit Seigneur Evêque , sur ma requête, a fait apposer son sceau aux présentes pour en attester la vérité. »

Aufredi meurt et ses dernières volontés ne sont pas respectées. Il laissait une grande fortune territoriale.

«  Hélas! est-ce une loi sur notre pauvre terre, Que toujours deux voisins auront entre eux la guerre ?

Que la soif d'envahir et d'étendre ses droits

Tourmentera toujours les meuniers et les rois ?

En cette occasion le roi fut le moins sage ; »

 

Le roi s'appela « l'ordre du Temple. » Ecoutons le savant supérieur de l'Oratoire, l'historien Arcère : (3)

 « Les Templiers établis à la Rochelle s'y comportoient alors en gens de guerre qui réunissent rarement la valeur et la modération, et non en religieux dont l'humilité et le désintéressement doivent former le vrai caractère.

Comblés des bienfaits des fidèles, ils couroient encore après des biens temporels dont l'abondance étoit moins pour eux la ressource des besoins que l'écueil de la vertu. Fiers des services qu'ils rendoient à la chrétienté ils étoient devenus insolents, ils s'emparoient, des biens domaniaux et s'efforçoient de cacher leurs usurpations par l'apposition des armoiries de leur ordre sur les maisons et les portions de terres qu'ils envahissoient. »

Les noms de « cour de la Commanderie » et « rue du Temple > indiquent encore le centre des vastes possessions des Templiers à la Rochelle, Une vieille porte, une fenêtre gothique, quelques pierres tombales subsistent encore comme témoins de ces lointains souvenirs.

En 1139, Aliénor d'Aquitaine confirma les Templiers dans leurs vastes héritages.

En 1314, la suppression de l'ordre fut prononcée par le Saint Siège, et les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem héritèrent de leurs domaines.

Malgré l'immense étendue de leur Seigneurie, les Templiers convoitaient les libéralités faites par Aufredi à l'aumônerie naissante et ils envahirent l'hôpital à main armée.

Le maire et les bourgeois de la Rochelle adressèrent alors une supplique éplorée à Henri III d'Angleterre — puisque tout l'ouest de la France avait passé aux Anglais à la suite du fatal divorce de Louis VII.

Voici d'après les liasses de la Tour de Londres (4) la teneur de ce document écrit dans un latin qui vise à l'élégance.

« A leur très-excellent et très-cher Seigneur Henri, par la grâce de Dieu , très-illustre Roi d'Angleterre, Seigneur d'Irlande , duc de Normandie et d'Aquitaine , comte d'Anjou et à son noble et prudent conseil.

» Ses humbles et entièrement dévoués, Johan Galerne , maire et les Bourgeois de la Rochelle, Salut, service dévoué en toutes choses et fidélité.

» Des larmes dans la voix, étouffés par nos sanglots, nous pouvons à peine expliquer à Votre Excellence et à Votre Altesse , l'entreprise si regrettable qui vient de s'accomplir à la Rochelle.

«  Feu Alexandre Aufredi, votre bourgeois de la Rochelle , de bonne mémoire , a construit une maison aumônière dans votre ville de la Rochelle et sur vos fiefs, pour le salut de son âme et de celle de ses parents, il a, par une pieuse dévotion, légué de vive voix à Dieu et au soutien des pauvres, tout ce qu'il avait acquis depuis le moment où il avait commencé à édifier la susdite maison, il a ordonné que, quoi qu'il arrivât de lui, un prieur laïque y serait établi, par la main du maire et de vos prud'hommes de la Rochelle et que lad. maison serait gouvernée par leur conseil et qu'il serait pourvu aux besoins des pauvres qui y seraient recueillis, il a confirmé toute cette donation par son testament et ordonnance de dernière volonté, en présence du Seigneur Evêque de Saintes et d'un certain nombre de prud'hommes, avec l'assentiment de son épouse, révoquant entièrement toutes les dispositions prises précédemment par lui dans l'intervalle, au sujet de lad. maison, soit avec les Templiers, soit avec tous autres. Ces mêmes Templiers, obstinés dans leur malice, ayant réuni les frères et les hommes du Temple , sont entrés par violence dans. lad. Aumônerie et au préjudice de votre hommage, se sont mis injustement en possession de la maison et de ses appartenances.

Votre prévôt , voyant leur orgueil effréné et le grave dommage dont souffrait votre domaine a remis les ayant droit en leur ancienne possession et, il a immédiatement chassé les Templiers de l'Aumônerie par les voies de la justice. Mais si, malheureusement— ce qu'à Dieu ne plaise — cette maison demeurait entre leurs mains, comme elle possède plusieurs appartenances, maisons , places, cens, rentes à la Rochelle, comme ils ont malicieusement et injustement, ainsi que nous vous l'avons plusieurs fois fait connaître, acquis des hommes, des maisons , des cens et d'autres biens, tenez pour certain qu'ils seront maîtres de la meilleure partie de votre ville.

« C'est pourquoi nous supplions humblement et dévotement , avec le plus d'instances possible, Votre Excellence Royale, qu'il lui plaise se hâter de réprimer une entreprise si regrettable afin de montrer que son domaine et sa juridiction n'ont subi aucune diminution ni aucune atteinte et que la superbe des Templiers n'a pas lieu de s'en réjouir ni de s'en applaudir.

En outre, nous, vos fidèles hommes, nous vous prions vivement qu'il vous plaise ne point écouter à ce sujet les doléances du frère G. de Brochard ni de quelque autre Templier qui tendra toujours à dépouiller vous et les vôtres et ne point donner d'ordre contraire à ce qui a été fait raisonnablement et de plus d'adresser des lettres au Seigneur Pape, le priant vivement pour nous, de soutenir le droit, dans cette affaire, comme notre père et notre patron , puisque les Templiers requièrent une injustice manifeste, ou plus exactement, veulent vous expulser de votre héritage.

 Sachez de plus qu'en ceci et en tout le reste, nous trouvons le Seigneur Ponce, vénérable évêque de Saintes, dévoué et fidèle à vos droits. »

N'est-ce pas là un vrai tableau de mœurs du bon vieux temps ?

Le Roi d'Angleterre accueillit la supplique des Rochelais et la transmit au Saint-Père.

Arcère donne le texte de la bulle du pape Honorius III, datée du 9* des calendes de juillet, la 6e année de son pontificat, c'est-à-dire du 23 juin 1222 par laquelle le Souverain Pontife confie à trois dignitaires ecclésiastiques du diocèse le soin de réprimer les entreprises des Templiers.

La seconde mairie de Galerne, signataire de cette lettre, s'étend du mois d'avril 1220 au mois d'avril 1221.

Les prétentions des Templiers sur l'aumônerie suivirent de près la mort du bienfaiteur, qui est ainsi fixée non plus à 1215, selon la mention du censif de 1497, mais bien aux environs de l'année 1220, date du testament.

 C’est aussi l'époque approximative du décès de l'évêque de Saintes, lequel, par un décret de 1217, sanctionna la division de la paroisse de Notre- Dame de Cougnes en trois nouvelles paroisses.

 Dès 1214, les trois chapelains avaient consenti à l'érection d'un autel et à la célébration du culte dans la chapelle de l'Aumônerie, moyennant trois cents sols de revenu partagés entre eux.

Le corps d'Aufredi fut enseveli devant l'autel.

Une bulle du pape Alexandre IV constate l'accomplissement de ces diverses dispositions (23 octobre 1256).

Le testament du pieux fondateur de l'Aumônerie nous autorise à formuler diverses conclusions.

Le nom d'Aufredi indéclinable dans les chartes latines du treizième siècle avec une seule f et un i final devient ensuite Anfrei puis Offroy dans les pièces françaises. Pierre Barbe , auquel Aufredi céda le gouvernement de l'Aumônerie, figure pour la première fois en cette qualité, en 1229.

Aufredi est décédé avant 1223. Sa femme, Pernelle, qui lui survécut, n'avait plus d'enfants quand Aufredi fit son testament. Il n'avait pas eu à se plaindre de la dureté des siens durant son infortune, puisqu'il les associa à sa bienfaisance , en les faisant entrer de moitié dans le conseil d'administration de son Hôtel-Dieu.

Sa charité eut-elle pardonné entièrement les offenses personnelles, Aufredi ne se serait pas senti libre de confier son établissement aux gens qu'il aurait su, par expérience, endurcis contre l'infortune et impitoyables au malheur.

Rien dans les documents authentiques ne confirme d'ailleurs ni ne vient infirmer les traditions relatives à la ruine momentanée de l'armateur. En se consacrant avec sa femme au soin des pauvres , Aufredi ne s'était pas retiré du monde, mais il se mêlait sans cesse aux hommes les plus considérés de son temps , à l'aristocratie municipale et il donne à l'évêque de Saintes, de la maison des sires de Pons, les titres de très-cher et personnel ami (amicus carnalis).

Au Moyen-Age, dans l'Eglise et dans l'Etat, règnent deux maîtres, dont les pouvoirs sont sans limites, le Pape et le Roi. L'agitation se manifeste à la surface, les clercs peuvent résister à leurs évêques, les moines à leurs abbés, les vassaux à leurs seigneurs, mais il n'y a ni liberté politique, ni liberté de conscience, ni notion des droits individuels.

En haut trônent deux chefs incontestés. Les privilèges municipaux — même lorsqu'ils confèrent à une commune l'apparence républicaine — s'appuient sur la couronne qui les renouvelle et les confirme.

Dans une société ainsi organisée, ce n'est donc pas sans surprise que nous voyons un bourgeois du treizième siècle affirmer par son testament ratifié par l'autorité religieuse, la nette distinction du domaine spirituel et du domaine temporel. A l'ecclésiastique, le service de l'autel, au laïque, l'administration de l'Aumônerie. (5)

 Le laïque qui s'exprime ainsi est loin d'être hostile à la Religion, il a été gagné à la vérité par l'expérience de la vie, par les épreuves. Sa foi personnelle et libre se manifeste par la charité.

Placée dans son cadre, la grande figure d'Alexandre Aufredi demeure pour la postérité comme la personnification la plus complète, à la Rochelle, de la charité dans la vie civile.

Aufredi ne s'est pas borné à donner ses biens aux pauvres, il s'est donné lui-même avec sa compagne dévouée. Il nous a laissé ce qui vaut mieux qu'un nom glorieux, il nous a légué un exemple à suivre, il nous a enseigné l'esprit de sacrifice qui résume tout l'Evangile, il a précisé par sa vie entière le sens du mot laïque dans sa plus haute acception.

1. Universis Christi fidelibus ad quos presentes littere pervenerint Alexander Aufredi salutem. …— 2. quod ego in presentia venerabilis patris rnei P. Dei gratia Xanctonensis episcopi …permissionem vel ordinationem aliquibus- 3. vel cum aliquibus fecerim de domo helernosinaria nova quam edificavi apud Rochellam voluntate mea innritum revocavi — 4. et statui quod in dicta domo sit procurator rerum temporalium laïcus qui paupe…. ministret, ad presens autem — 5. volo et statuo quod P. Barba si ipsum de transmariais partibus redire contigerit….. lium ipsius domus perpetuns — 6. procurator, si vero non redierit, vélo et statuo quod ibi statuatur procurator ad consilium mei P. Xanctonensis ep'iscopi, sicut karissimi — 7. et .carnalis amici mei et ad consilium proborum virorum J. Galerne, majoris, S. de Bello loco, A. de Carturtio, J. Junan, Girald. de Caméra — 8. S. Guiart, J. Savari, P. Fulcherii, J. de Jardo , Phil. Letegii, Alexandri Tolope, et Gaufred. Aufredi. Post vero decessum istorum volo quod stu - 9. tuatur procurator ad consilium majoris et Xm proborum virorum de Rochella, quorum medietas sit de meo genere si in Rochellam idonei — 10. poterint inveniri. Statuo etiarn quod ad presens Hubertus presbytet et magister Galterius, si forte redierit de transmarinis partibus, ibidem statuantur — 11. Et ad ecclesiastica sacramenta ministranda pauperibus et fratribus dicte domus preter baptisma non redierit ad electionem procuratoris - 12. domus et consilium supra dictorum virorum alius presbyter statuatur, alter vero istorum presbyterorum ep…. det curam animarum fratrum et — 13. pauperum ipsius domus uterque istorum presbyterorum de ipsa clomo X libras tantummodo recipiet oris dicte domus. Si vero probi — 14. homines supra dicti procuro.torem domus vel presbyterum qui non habuerit curam animarum in honesto. domini episcopi potuerint ipsos removere — 15. alterum vero qui curam animant m habiterit similiter cum licentici domini episcopi, omnia vero b. …mobilia et omnia debita mea — 16. lego dicte domui helemosinarie exceptis illis rebus quas legavi uxori mee cons…. meis ita videlicet quod ipsa domus — 17. ad arbitrium Legatariorum meorum videlicet domini P. venerabilis episcopi Xanctonensis. S. de Bello loco — 18. G. Aufvedi et Alexand. Tolope de debitis et querelis meis satifaciat competenter — 19. Episcopus ad meam petitionem presentibus litteris sigillam suum fecit appon. …

(Original sur parchemin, jadis scellé sur simple queue )

 

Découverte du testament original d'Aufredi : lecture faite le 16 décembre 1876, à la séance publique de l'Académie de la Rochelle / par L. Meschinet de Richemont,...

 

 

En 1196, l'armateur rochelais Alexandre Aufrédy décide d'envoyer sept navires de sa flotte à l'aventure vers les côtes africaine <==

 

 


 

(1) M. L. Delayant a consacré à Aufredi les travaux suivants :

1° Biographie du département - Charente-Inférieure, 1833. ,

2° Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 1865, page 41

3° Deux lettres au Rédacteur de la Charente-Inférieure les 6 et 20 Nov. 1862.

4°.Projet d'une inscription commémorative pour le vestibule de l'hôpital fondé par Aufredi - 13 juin 1863.

5° Annales de l'Académie de la Rochelle, n° 12, 1865.

M. Jourdan a fait dans la 9e lettre rochelaise ( Courrier de la Rochelle , du 2 avril 1859) l'histoire des anciens établissements hospitaliers de cette ville. Voir le Courrier du 20 décembre 1876.

(2) Echo Rochelais du 23 février 1856.

(3) Hist. de la Rochelle, I. p. 208.

Rymer, 1. 1. ann. 15. Johann. — Bulla de insolertia Tcmplariorium reprimenda.

(4) Liasses de la Tour  de Londres, 7. — Copie de Bréquigny — Champollion -Figeac : Lettres des Rois et documents inédits sur l'Histoire de France , I, p. 31,

 

(5) Voir la lettre de Louis XI confirmant les privilèges de l'Aumônerie , le 19 novembre 1473. Original — liasse 67 charte 8 des archives de l'hospice d'Aufredi de la Rochelle.

« La dicte aumosnerie Saint Barthomé de la dicte ville estoit du corps et collegge d'icelle ville et desdiz maire, eschevins conseillers et pers qui en avoient la totalle et principalle administracion de la dicte aumosnerie comme membre deppandant d'eulx , en laquelle aumesnerie ils avoient tolalle puissance et jurisdicion et estoit icelle aumosnerie office de la dicte ville de la Rochelle en laquelle aumosnerie…. lesd. maire eschevins, etc. commectoient et ordonnoient ou eslisoient, toutes voyes que besoing en estoit, l'un d'eulx pour gouverner et administrer icelle dicte aumosnerie….. pour recueillir les pauvres gens, malades , orphelins et souffreteux aflluans en la dicte ville qui est assise sur port de mer de toutes nations….. car ledict aumosnier….. est homme lay, non suliprect à paier aucune finance, en icelle dicte aumosnerie Noustre Saint Père le Pape, Archevesque ne l'E vesque de Xaintonge ne autre Prélat d'Eglise n'avoient que veoir ne que congnoistre en forme et manière qui fust, mais estoit uniquement icelle dicte aumosnerie office de la dicte ville, corps et collegge d'icelle et le service et autres euvres piteuses et charitables qui estoit fait en la dicte aumosnerie estoit fait par chappellains locatifs et par la main dudit aumosnier lay et dud. collegge de lad. ville, sans ce que les gens d'église y eussent que veoir et que congnoistre, et n'avoit icelui aumosnier de soy mesmes puissance de faire, bailler ne passer aucuns contraulx, sans l'autorité desd. maire , eschevins, conseillers et pers, auxquieulx appartenoit lad. aumosnerie…. »

 

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1532 - De Lyon, François Rabelais écrivit à M. de Maillezais (Geoffroy d'Estissac), évêque et seigneur de Maillezais.

1532 - De Lyon, François Rabelais écrivit à M de Maillezais (Geoffroy d'Estissac), évêque et seigneur de Maillezais.

Vers 1525, rebuté par les ennuis du cloître et séduit par la protection que lui promirent quelques personnes de qualité charmées de son esprit vif et de son humeur bouffonne, Rabelaisse décida à quitter son couvent.

Par l'entremise de ceux qui l'avaient engagé à agir de la sorte, il obtint du pape Clément VII la permission de passer de l'ordre de Saint-François à celui de Saint-Benoît, au monastère de Maillezais, en Poitou, où probablement il commença la composition de son premier livre, intitulé Gargantua.

M. de Maillezais (Geoffroy d'Estissac), évêque et seigneur de Maillezais, qui ne fut sans doute pas étranger à l'événement qui vient d'être rapporté, prit Rabelais en affection dès qu'il fut à son nouveau couvent, puis l'admit dans son intimité et le chargea bientôt de plusieurs affaires importantes relatives à l'évêché. Mais malgré les avantages et les agréments que cette position devait procurer à Rabelais, la règle du cloître, à laquelle le désordonné bénédictin était forcé de se soumettre, lui pesa tellement, qu'un beau jour, le moine Rabelais déposa l'habit régulier et, au grand scandale de l'Église, prit celui de prêtre séculier.

Ainsi émancipé, il parcourut assez longtemps la France, et vint enfin se fixer à Montpellier, où il prit tous ses degrés à l'université de cette ville, et se mit à exercer et à enseigner la médecine, en 1531.

L'année suivante, il s'établit à Lyon, où il continua d'exercer sa double profession, et c'est de cette ville qu'il écrivit une lettre latine à l'évêque de Maillezais, dans laquelle il lui donne des détails curieux sur les travaux auxquels il s'était livré pendant son séjour à Montpellier.

« Illustre évêque, lui écrit-il, lorsque l'année dernière j'expliquais à Montpellier, devant un nombreux auditoire, les aphorismes d'Hippocrate et ensuite l'art médical de Galien, je remarquai plusieurs passages des textes dont les interprétations ne me satisfaisaient pas complètement.

 Ayant comparé les différentes traductions avec un exemplaire grec fort ancien et très-élégamment écrit en lettres ioniques, je découvris que les traducteurs avaient omis beaucoup de passages, en avaient ajouté d'étrangers et de faux : que quelques-uns n'étaient pas assez énergiquement rendus, et qu'enfin un grand nombre étaient bien plutôt détournés de leur sens que traduits. Si, en toute occasion, ces fautes sont blâmables, elles deviennent des crimes dans les livres des médecins, où le plus petit mot ajouté ou retranché, que dis-je? où le moindre accent placé devant ou derrière, peut faire donner la mort à des milliers d'hommes » (1)

 

François Rabelais, 1483-1553 ; par M. Delécluze

Oeuvres de Rabelais. Texte collationné sur les éditions originales avec une vie de l'auteur, des notes et un glossaire [par Louis Moland]. Illustrations de Gustave Doré.... Tome 2

 

 

 

 ==> Liste des Abbés de l’abbaye de Maillezais

 

 

 


 

(1)   Ceux de nos lecteurs qui entendent le latin ne seront sans doute pas fâchés de savoir comment Rabelais écrivait en cette langue. Voici le texte de la lettre :

 

EPISTOLA NUNCUPATORIA

APHORISMORUM HIPPOCRATIS

Lyon. Seb. Gryph., 1543, in-18

CLARISSIMO DOCTISSIMOQUE VIRO

 D. GOTEFREDO AB ESTISSACO

MALLEACENSI EPISCOP.

 FRANC. RAB. MEDICUS

 S.P.D.

Quum anno superiore Monspessuli aphorismos Hippocratis, & deinceps Galeni artem medicam frequenti auditorio publice enarrarem, antistes clarissime, annotaveram loca aliquot in quibus interpretes mihi non admodum satisfaciebant.

 Collatis enim eorum traductionibus cum exemplari graecanico, quod, praeter ea quae vulgo circumferuntur, habebam vetustissimum, literisque Ionicis elegantissime, castigatissimeque exaratum, comperi illos quam plurima omisisse, quaedam exotica & notha adjecisse, quaedam minus expressisse, non pauca invertisse verius quam vertisse.

 Id quod si usquam alibi vitio verti solet, est etiam in medicorum libris piaculare.

In quibus vocula unica, vel addita, vel expuncta, quin & apiculus inversus, aut praepostere adscriptus, multa hominum millia haud raro neci dédit.

 Neque vero haec a me eo dici putes, velim, ut viros bene de literis meritos suggillem, .

Nam eorum laboribus & plurimum deberi arbitror, & me non leviter profecisse agnosco.

Sed sicubi ab eis erratum est, culpam totam in codices quos sequebantur, eisdem naevis inustos rejiciendam censeo.

Annotatiunculas itaque illas Sebastianus Gryphius chalcographus ad unguem consummatus & perpolitus, cum nuper inter schedas meas vidisset, jamdiuque in animo haberet priscorum medicorum libros ea quae in ceteris utitur diligentia, cui vix sequiparabilem reperias, typis excudere, contendit a me multis verbis ut eas sinerem in communem studiosorum utilitatem exire.

 Nec difficile fuit impetrare quod ipse alioqui ultro daturus eram.

Si demum laboriosum fuit, quod quae privatim nullo unquam edendi consilio mihi excerpseram, ea sic describi flagitabat ut libro adscribi, eoque in enchiridii formam redacto possint.

Minus enim laboris nec plusculum fortasse negotii fuisset, omnia ab integro latine reddere.

Sic quia libro ipso erant quae annotaveram altero tanto prolixiora, ne liber ipse deformiter excresceret, visum est loca duntaxat, veluti per transennam, indicare, in quibus Graeci codices adeundi jure essent.

Hic non dicam qua ratione adductus sim, id quicquid est laboris, tibi ut dicarem.

Tibi enim jure debetur quicquid efficere opéra mea potest : qui me sic tua benignitate usque fovisti ut quocunque oculos circumferam munificentiae tuae sensibus meis obversetur.

 Qui sic pontificiae dignitatis ad quam omnibus senatus populique Pictonici suffragiis assumptus es, munia orbis, ut in te, tanquam in celebri illo Polycleti canone, nostrates episcopi absolutissimum probitatis, modestise, humanitatis exemplar, veramque illam virtutis ideam habeant, in quam contuentes, aut ad propositum sibi speculum se, moresque suos componant, aut (quod ait Persius) virtutem videant, intabescantque relicta. Boni itaque omnia Consule, & me (quod facis) ama.

Lugduni, idibus julii 1532.

 

 

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Le roi René duc d’Anjou et le château d’amour de Saumur - Livre du cœur d'Amour épris

Le roi René duc d’Anjou et le château d’amour de Saumur - Livre du cœur d'Amour épris

A Saumur, la seconde cité de la province, ce sont les halles et le vieux château qui sont l'objet de sa sollicitude.

Les halles, vaste édifice construit par Henri II d'Angleterre, avaient été le théâtre de fêtes splendides, données par saint Louis à l'occasion de l'investiture des comtés de Poitou et d'Auvergne accordée à son frère Alphonse René en fit renouveler la couverture, réparée déjà par sa mère Yolande, en fine ardoise de Boucornu. Toutes les maisons que le roi de Sicile possédait dans la ville furent l'objet du même travail, ainsi que le château.

Les ponts-levis, les tours, les combles de ce dernier monument, furent également refaits.

En 1454, quinze milliers de pierres, au prix de vingt livres le millier, étaient apportés pour la construction d'une tour neuve. L'ouvrage dura longtemps. Quatre ans plus tard, on préleva, pour le continuer, huit cents livres sur la part revenant au prince dans le produit de la traite des vins et du trespas de Loire (1):

Le second de ces impôts, il est vrai, n'avait pas d'autre destination; car, bien qu'il eût été établi par le connétable Duguesclin, en 1370, uniquement pour payer la délivrance du fort de Saint-Maur, occupé par les Anglais, il continua dans les siècles suivants à être exigé sur toutes les marchandises descendant le cours du fleuve, pour être appliqué aux réparations des châteaux de l'Anjou.

 

Malgré l'ampleur des travaux réalisés par son grand-père et par son père, le roi René entreprend un remodelage du château, qui est en chantier de 1454 jusqu'à 1473, sous la direction de l'architecte Jean Picard.

La tour orientale, la "tour neuve", est reprise et désormais flanquée par une tourelle carrée adossée à la courtine est.

A l'intérieur, la chapelle est refaite et complétée par un oratoire privé ; un nouvel escalier à vis est posé dans l'angle de la cour. Désormais, les appartements privés du prince sont transférés dans l'aile orientale.
 

Le roi René duc d’Anjou et le château d’amour de Saumur - Livre du cœur d'Amour épris

Les toits de la plupart des tours sont restaurés et leur base élargie, en sorte qu'ils recouvrent le chemin de ronde ; on a écrit que le roi René songeait au confort des soldats montant la garde ; en réalité, des niches de repos suggèrent que le chemin de ronde est devenu une galerie de plaisance, d'où l'on admire le paysage.

La tour neuve est recouverte par des ardoises fines, fixées à deux clous. A la suite d'un contre-ordre, le plomb est maintenu sur les autres toits. En outre, des cheminées emportées par le vent sont refaites.
 Finalement, toutes les parties hautes de l'édifice semblent avoir été retouchées à cette époque, et le roi, même s'il n'aime guère y résider, est très fier de l'allure élancée et aérienne de son château.

Il en fait une « chose célestielle », le palais idéal du dieu d'Amour : « Ledit beau chastel estoit de façon telle comme celui de Saumur en Anjou, qui est assis sur la rivière de Loire, sinon qu'il estoit de grandeur et de l'espace la moictié plus large et plus spacieux. Pour ce n'estoit pas merveille, à la façon que le conte vous advise, s'il rendoit grant lueur quant le souleil luisoit sus ».  

D'après Lecoy de la Marche, cette dernière allusion s'expliquerait par l'éclat de la couverture de plomb.

 

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La tour de Saumur, bâtie par l'architecte Jean Le Picart, fut couverte seulement en 1471, avec un luxe de clochetons et de dorures dont le devis donne le détail.

 Le sire de Loué proposait, à cette occasion, d'enlever les plombs qui recouvraient les autres parties du château : mais René était absent, et les gens des comptes craignirent de lui déplaire en entreprenant sans son ordre une telle opération ; car, au dire de certains amateurs, elle devait enlaidir l'édifice, et, s'il eût fallu ensuite rétablir les toitures telles-qu'elles étaient, il en aurait coûté plus de mille écus d'or.

Ces toitures avaient, d'ailleurs, peu de solidité : le vent les renversait assez souvent, ce qui occasionnait aux cheminées, aux mâchicoulis, aux fenêtres de graves dégâts

Plusieurs historiens ont répété que René avait fait construire à Saumur le palais de la reine Cécile, maison encore existante dans le faubourg des Ponts et sur laquelle on voit les armes de l'ordre du Croissant, fondé par ce prince, avec la devise qu'il avait adoptée du vivant de sa première femme : Dévot lui suis (3).

Mais ce bâtiment n'est désigné nulle part d'une façon spéciale dans les comptes et mémoriaux. A moins donc qu'il ne soit compris dans certaines dépenses collectives, ou qu'il remonte à une époque antérieure aux registres conservés (ce qui est douteux, la série de ces documents commençant à l'année 1447 et René ne s'étant fixé en Anjou qu'en 1443), il est difficile que l'origine qu'on lui a attribuée soit exacte. Tant d'autres œuvres ont été mises sur le compte du bon roi par les traditions populaires, que la critique doit, en pareille matière, se montrer défiante et attendre des preuves qui, sur le point en question, ne se sont pas encore produites, à ma connaissance.

En revanche, un texte intéressant nous révèle l'auteur d'un monument dont on a également beaucoup parlé. C'est encore une sépulture, celle de Tiphaine la Magine, nourrice de Marie d'Anjou, reine de France, et de son frère René, pour laquelle ce prince avait composé lui-même, selon Bodin, la touchante épitaphe que l'on connaît Le tombeau s'élevait dans la nef de Notre-Dame de Nantilly, à Saumur, et représentait la nourrice couchée, tenant dans ses bras ses deux nourrissons.

Il a été détruit dans la Révolution, car Dulaure, dans ses mémoires manuscrits, assure l'avoir vu encore en 1789 (5); mais l'épitaphe, longtemps couverte de chaux, a été conservée.

Quatre ans après l'érection de ce mausolée, en 1462, René ordonnait de payer à Poncet, l'imagier, six écus d'or sur la somme convenue avec lui « pour la faczon de la sépulture de Tiphaine la Maugine, en son vivant nourrisse du roy de Secille (6) ». C'est donc un des artistes qui travaillaient à sa propre tombe, Pons Poncet, qu'il chargea d'exécuter celle de l'humble Saumuroise.

 

 

REMPARTS

De l'enceinte du XVe siècle, il subsiste quelques tours cylindriques assez bien conservées, dont les mâchicoulis présentent la même décoration que ceux du château. Une de ces tours se louve au n° 34 de la rue Dacier et une autre à l'angle du quai de Limoges et de la place Saint-Michel. Mais la plus intéressante, bien qu'elle ait perdu une partie de son couronnement, est celle actuellement enclavée dans les bâtiments modernes de la gendarmerie. Elle renferme une salle couverte d'une voûte à huit branches d'ogives qui retombent, avec les formerets en plein cintre, sur des culots à nervures concaves. Des latrines sont ménagées dans un petit renfoncement limité par le formeret détaché sur lequel vient buter une nervure en quart de cercle qui porte la voûte de ce réduit. L'escalier, pris, du rez-de-chaussée au premier étage, dans l'épaisseur du mur, est contenu, à partir de ce niveau, dans une tourelle demi-cylindrique couronnée par une échauguette carrée, dont les angles sont portés sur des culots à plusieurs ressauts et que couvre une pyramide de pierre à quatre pans.

 

 

Société française d'archéologie. Guide du congrès d'Angers et de Saumur en 1910 , par M. André Rhein, le chanoine Urseau, R. Triger et G. Fleury

 

 

 Le Roi René 1er d'Anjou, dit le « Bon Roi René », duc d’Anjou, comte de Provence…(Time Travel 1409-1480) <==.... ....==> Après 3 années passées dans son royaume de Naples, le "Bon Roi René", duc d'Anjou, acquiert le Manoir de Launay en 1444.

 


 

(1) Les habitants de Saumur refusèrent de coopérer aux travaux du château et de faire faire un pont-levis à la bastide. Ils étaient en difficultés à ce sujet avec le président des comptes, qui leur remontrait en vain que cette citadelle était la sauvegarde de la ville, qu'elle serait un refuge assuré en cas de danger, et qu'ils trafiquaient à tort des deniers destinés à ce genre d'ouvrages. (Arch. nat., P 1334', f° 121.) René se plaint, dans une lettre écrite en 1457, des frais considérables qu'il a dû faire pour la défense du pays, pour la construction de la tour de Saumur et pour la maison de Baugé. (Ibid., P 1334", fo 211.)

(2) Comptes et métn., nOs 210-229. René admirait tellement le château de Saumur et l'éclat de sa couverture métallique, qu'en décrivant, dans un de ses livres, le palais idéal du dieu d'Amour, il s'exprimait ainsi : « Ledit beau chastel estoit de façon telle comme celui de Saumur en Anjou, qui est assis sur la rivière de Loire, sinon qu'il estoit de grandeur et de l'espace la moictié plus large et plus spacieux.

Pour ce n'estoit pas merveille, à la façon que le conte vous advise, s'il rendoit grant lueur quant le souleil luisoit sus. (De Quatrebarbes, III, 146.)

(3) Vill.-Barg., II, 267 ; Bodin, Recherches sur VAnjou, I, 549; etc.

(4) V. tome I, p. 6. J'en remets de nouveau le texte sous les yeux du lecteur : « Ci gist la nourrice Thiephaine « La Magine, qui ot grant paine « A nourrir de let, en enfance, « Marie d'Anjou, royne de France, « Et après son frère René, « Duc d'Anjou, et depuis nommé « Comme encore est, roy de Sicile, «. Qui a voullu en ceste ville, « Pour grant amour de nourreture, « Faire faire la sépulture.

« De la nourrice dessusdicte, « Qui à Dieu rendit l'âme quicte, « Pour avoir grâce et tout déduit, « Mil cccc cinquante et huit,  Ou mois de mars, XIIIe jour.

 Je vous prye tous, par bonne amour, Affin qu'elle ait ung pou du vostre, Donnez-luy ugne palenostre. »

(5) Marchegay, loc. cit.

(6) Comptes et mem., n° 219.

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21 septembre 2021

Guillaume 1er seigneur de Parthenay vend l'île de Vix située dans le golfe des Pictons à Agnès Comtesse de Poitou et d'Anjou

1047 Guillaume 1er seigneur de Parthenay vend l'île de Vix située dans le golfe des Pictons à Agnès Comtesse de Poitou et d'Anjou, Duchesse d'Aquitaine

 La tutelle gênante, exercée par le duc d'Aquitaine à Parthenay, avait cessé avant l'année 1021.

Guillaume, libre de toute entrave, administrait ses domaines, saisissant avec avidité, comme tous les seigneurs de cette époque, toutes les occasions d'augmenter son indépendance et d'étendre les limites de sa baronnie.

La considération personnelle dont il jouissait et l'influence croissante de sa famille nous sont attestées par une bulle du pape Jean XIX du 1er mai 1031. L'intérêt, que ce souverain pontife portait au monastère de Saint-Jean-d'Angély, lui avait suggéré la pensée de s'adresser aux barons qu'il croyait susceptibles, par leurs richesses, leur puissance et leur voisinage, d'accorder aide et protection à l'abbaye.

C'est pourquoi son bref est adressé d'abord au duc d'Aquitaine, puis à Geoffroy, comte d'Angoulême, à Hélie, comte de Périgord, aux fils de Hugues de Lusignan et à Guillaume, seigneur de Parthenay.

Le pape met, pour ainsi dire, l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély sous leur protection, les invitant à prendre en mains la défense de ses droits et de ses biens (2).

Ce fait seul suffit pour nous montrer quelle place distinguée tenait le seigneur de Parthenay parmi les feudataires poitevins.

La guerre, qui éclata à cette époque entre le comte d'Anjou et le duc d'Aquitaine, lui offrait une trop belle occasion de jouer un rôle pour ne pas la saisir avec empressement.

Guillaume le Grand était mort en 1030, laissant Guillaume le Gros, son fils aîné, pour successeur dans le duché.

Agnès de Bourgogne, sa troisième femme et belle-mère du nouveau duc, épousa en secondes noces l'ambitieux Geoffroy Martel, comte d'Anjou.

Ce mariage fut funeste au Poitou;

 il engendra des discordes sanglantes entre les deux princes. Geoffroy Martel chercha des alliés parmi les vassaux de son ennemi : il en trouva sans peine.

A son appel, le vicomte de Thouars et Guillaume de Parthenay répondirent par un soulèvement contre leur suzerain.

Après bien des ravages exercés par les deux partis, Guillaume le Gros perdit la décisive bataille de Saint-Jouin-les-Marnes contre le comte d'Anjou (9 septembre 1034). Blessé et fait prisonnier dans cette néfaste journée, il ne recouvra la liberté que trois ans après, moyennant une rançon considérable.

Le duc d'Aquitaine humilié allait nécessairement reprendre les armes pour punir ses vassaux infidèles: dans cette crainte, Guillaume de Parthenay se prépara à la résistance, et, de concert avec Geoffroy Martel, construisit le château de Germon destiné à couvrir la frontière méridionale de la Gâtine (1037).

Cette précaution fut loin de lui être inutile, malgré la mort de Guillaume le Gros arrivée l'année suivante (1038).

Eudes, déjà duc de Gascogne du chef de sa mère, ayant été appelé par une partie des barons du Poitou à la succession du dernier duc d'Aquitaine, son frère consanguin, reprit hardiment les armes et résolut de le venger.

Tout l'effort de la guerre retomba sur le seigneur de Parthenay. Plein d'espérance dans la victoire, le nouveau comte de Poitou commença par mettre le siège devant le château de Germon.

Mais Guillaume de Parthenay, qui dirigeait en personne la défense, ne se laissa point intimider. Sa vigoureuse résistance fut couronnée de succès et contraignit les assaillants à une honteuse retraite.

Eudes vaincu, mais non découragé, se retira pour aller se faire tuer à l'attaque du château de Mauzé (mars 1039) (3).

Le sire de Parthenay sortait donc triomphant de la lutte, et son puissant allié le comte d'Anjou devenait, par suite de ces événements, arbitre souverain des destinées de l'Aquitaine. Satisfait d'un résultat qui, en abaissant momentanément la famille des comtes de Poitiers, augmentait l'influence morale de sa propre maison, Guillaume de Parthenay se rattacha de plus en plus à la fortune de l'heureux Geoffroy Martel.

Aussi libéral envers l'Église que brave et puissant, le comte d'Anjou avait fondé à Vendôme, conjointement avec sa femme Agnès, le monastère de la Trinité.-

La dédicace eut lieu en 1040. Ce fut une fête brillante et solennelle à laquelle le comte d'Anjou convia une multitude de prélats, d'abbés et de barons.

Guillaume de Parthenay ne pouvait manquer d'y assister. Beaucoup de seigneurs du Poitou s'y trouvèrent avec lui, notamment Hélie, sire de Vouvent, le vicomte d'Aunay, Guillaume Chabot, et d'autres encore (4).

 

Marais de Vix

Quelques années plus tard, en 1047, le sire de Parthenay assistait également à la dédicace de l'abbaye de Notre-Dame de Saintes, fondée par Geoffroy Martel et la comtesse Agnès.

C'est pendant son séjour dans cette ville, à l'occasion de cette solennité, que Guillaume de Parthenay vendit à la comtesse d'Anjou, l'île de Vix située dans les marais de la Sèvre du golfe des Pictons, non loin du château de Fontenay et de l'abbaye de Maillezais.

 Agnès ne faisait cette acquisition que pour en faire don à la nouvelle abbaye.

La charte rapportée au Gall. Crist. eccl. Santon. atteste qu'à cette époque, les marais, à prendre de Vix, en remontant la Sèvre, étaient en pleine culture.

Il paraît par cette charte, qu'Agnès, comtesse de Poitou, avait acheté de Guillaume, seigneur de Partenay, et ce, du consentement de son fils Guillaume, comte de Poitou et duc d'Aquitaine, l'île de Vix, insulam quæ vocatur vicus ( Vic , en celtique ou gaulois, veut dire habitation terre habitée) in pago pictavensi sitam in maritimis aquae Sevriae , ( les marais de l'eau de la Sèvre) habentem sinistro haud multum castellum Fonteniaci , ad orientem monasierium sancti Petri Malleacensis perspicientem quam de illo supra dicto Wuilelmo sic integram emi , ut nihil penitùs in eâ remaneret quod pro rectum debitum quivis reclamare posset , totam scilicei ecclsium tum appenditiis , terram et œdificia et quae, indè exire debent consuetudines piscirias per omne maritimum (c'est-à-dire par tout le marais) circumquaque dedi Wuilelmo pro hâc insulâ mille et quinquaginta nummorum ….

La comtesse Agnès donna l'île de Vix à l'abbaye des Nonnains de Notre-Dame de Saintes, qu'elle avait fondée; et cette charte, datée de Saintes, 1047 , ind. 15 , sous le règne d'Henri, roi de France, est souscrite par Guillaume, comte de Poitou , duc d'Aquitaine; Agnès, comtesse, sa mère ; Isembert , évêque de Poitiers ; Arnulphe, évêque de Saintes; Guillaume de Partenay, Guillaume son fils, Josselin son frère , trésorier de St. -Hilaire ; Gelduin son frère, Simon son frère, Ebles son frère, Beatrix leur sœur , Hugues et Guillaume, neveux de Guillaume de Partenay ; Hugues, vicomte de Châtelleraud , Etienne Rufin , de Châtelleraud ; Jean de Chinon, Gelduin de Preuilli , Guillaume Bastard et Bouchard de Mortagne.

Et comme le sire de Parthenay voulait donner des preuves de générosité et de zèle religieux envers le monastère de Notre-Dame, il lui abandonna tout le prix de vente de l'île de Vix, et consacra au service de Dieu sa fille Béatrix encore enfant (5).

 

INCIPIUNT CARTE DE TERRA DE VIS. (1047.)

Notum sit omnibus sancte Dei ecclesie fidelibus (6), quod ego Agnes comitissa comparavi de Willelmo de Parteniaco, jussu et auctoritate filii mei Aquitanorum ducis Willelmi, insulam que vocatur Vicus, in pago Pictavensi sitam, in maritimis aque Sevrie, habentem sinistro latere haut (sic) multum longe castellum Fonteniaci, ad orientem vero monasterium Sancti Petri Malleacensis prospicientem, quam de illo supradicto Willelmo Parteniacensi sic integram emi, ut nichil penitus in ea remaneret, quod post rectum debitum quivis unquam reclamare posset, totam scilicet ecclesiam, cum suis appendiciis, terram totam et hedificia, et que inde exire debent consuetudines, piscarias per omne maritimum circumquaque.

Dedi quoque supranominato Willelmo pro hac insula mille et quingentos nummorum solidos, cum plurimis auxiliis que sibi alias feci.

Hanc meam emptionem annuit meus filius Pictavinus comes Willelmus. Similiter annuerunt uxor hujus Willelmi Parteniacencis, Arengarda nomine, et filius ejus prior natu Willelmus, et frater ejus Goscelinus Sancti Hylarii thesaurarius (7), et Symon, et Geldoinus.

Horum pater, cum istis nominatis filiis, jurej urando fidutiam mihi dederunt, ne unquam in futurum hec mea emptio et eorum venditio per aliquem de suis heredibus reclamaretur.

 Et si quispiam sibi vendicare parentela, vel vi, vel alio quolibet modo vellet, se adjutores ad deliberandum fore, quibus modis possent, polliciti sunt.

Hanc insulam, sicut emeram, per supranominatorum auctoritatem concessi ecclesie quam apud Xanctonas civitatem in honore sancte Dei genitricis virginis Marie et omnium sanctorum Dei, humilis ejus ancilla, a novo fundavi, et sanctimonialibus in eadem omnipotenti Deo sub sancti Benedicti regula servientibus, pro redemptione anime mee et salvatione filiorum, et honoris, ut peccatorum veniam merear consequi.

Tali autem tenore supradicte ecclesie contuli ecclesiam cum appendiciis et omnia ejus exenia, ut sit illi et suis sanctimonialibus cella in perpetuum.

Et si forte (quod absit) locus ille, qui est apud Xanctonas, omnino destrueretur, sic destine anime mee, ut ubicumque aufugeret abbatissa cum monachabus, ibi velatis et Deo dicatis, vel deveniret, vel hospitaretur, hujus emptionis mee redditionem vel expletum sibi et suis accipiat in vivendi usum.

Quod factum, ut stabile pocius videretur, domnus Willelmus et uxor ejus Arengarda filiam quam habebant parvulam, Deo et matri sue, et omnibus sanctis, ad sibi inibi serviendum obtulerunt, et de hac venditione donum super altare matris Domini miserunt. Nos quoque donum nostrum, ut decebat, confirmavimus, et fidelibus testibus hanc cartulam roborandam tradidimus.

S. + Willelmi ducis Aquitanorum. S. + comitisse Agnetis. S. + Isemberti Pictavensis episcopi. S. + Arnulfi Sanctonensis episcopi S. + W. Parteniacencis. + S. filii ejus W. S. + Joscelini fratris ejus thesaurari Sancti Hylarii. S. + Symonis fratris ejus. S. + Geldoini fratris ejus. S. + Ebonelli fratris ejus. S. + Beatricis sororis eorum. S. + Hugonis et W. ne- potum eorum. S. Hugonis vicecomitis de Castro Airaldi. S. + Stephani de Castro Airaldi. S. + Johannis de Chinone. S. + Guidonis de Pruliaco. S. + W. Bastardi. S. + Bucardi de Mauritania.

His et aliis multis videntibus, actum est civitate Xanctonis, anno ab Incarnatione dominica M° XL°.

VII°. Indictione XV. Henrico rege Francorum, in Dei nomine feliciter. Amen. Et sciendum est, quod omnes episcopi, qui ad ecclesiam Beate Marie adfuerunt dedicare, excommunicaverunt illos qui donationes factas illi ecclesie dextruxerint, et eas qui postea date fuerint.

Isti episcopi fuerunt, Archembaudus sancte Burdegalensis ecclesie archiepiscopus, Hugo sancte Bisonticencis ecclesie indignus archiepiscopus, Aimo sancte sedis Bituricencis archipresul, Arnulfus sancte Sanctonice ecclesie novus episcopus, Hugo Nivernensis ecclesie humilis episcopus, Willelmus Engolimensis ecclesie humilis sessor, Geraldus Petragoricorum episcopus, Pudicus sancte Nanmetice ecclesie episcopus , Jordanus sancte Lemovicensis ecclesie episcopus.

Durant tout le cours du onzième siècle, la prospérité du pays de Gâtine s'accroît d'une manière notable : des défrichements s'opèrent par les mains des moines ; l'agriculture se développe, des bourgades nouvelles s'élèvent de tous côtés; l'industrie naissante des draps de Parthenay, source précieuse de richesse pour cette ville, prend une extension considérable ; les fabriques se multiplient et, dès cette époque reculée, leurs produits commencent à jouir au loin de cette réputation méritée qu'ils ont conservée pendant si longtemps dans les contrées, de l'ouest (8).

Les seigneurs de Parthenay encouragent ce mouvement de tous leurs efforts ; les églises qu'ils fondent partout deviennent autant de centres autour desquels ils attirent et réunissent des habitants auxquels ils accordent des franchises et des exemptions d'impôts.

Les petits vassaux de la Gâtine suivent cet exemple dans leurs domaines. C'est ainsi que, du vivant de Guillaume de Parthenay, nous voyons un petit seigneur, nommé Simon, fonder l'église et le bourg de Saint-Lin. Peu de temps après l'achèvement des travaux, vers l'an 1044, ce même Simon et sa femme Marguerite, poussés par un de ces sentiments de piété si communs au moyen âge, donnent à l'abbaye de Saint-Maixent la moitié du nouveau bourg et de la nouvelle église.

La donation comprenait en outre des vignes situées près du château d'Hérisson, et deux viviers, l'un à Mazières, l'autre à Verruie (9).

Guillaume de Parthenay mourut vers l'an 1058.

Il avait épousé depuis fort longtemps Aremgarde, dont on ne pourrait préciser l'origine, mais qu'on a supposé avoir appartenu à la famille de Talmont.

Cette union fut féconde et donna six enfants au sire de Parthenay. Guillaume l'aîné précéda son père dans la tombe; les autres fils, Josselin ou Gosselin, Simon, Gelduin et Ebbon, furent successivement seigneurs de Parthenay.

Une fille, nommée Béatrix, était religieuse au couvent de Notre-Dame de Saintes.

 

 

 ==> An Mil, siège du château de Mauzé de Guillaume le Bâtard, protégé par la Bretagne, avec des fossés et des pont-levis

 


 

Lacurie (abbé). Carte du Golfe des Santons, Pictons sous les Romains
Lacurie (abbé). " Carte du pays des Santons sous les Romains, dressée pour l'intelligence des Mémoires de la Société archéologique de Saintes, dressée par M. l'abbé Lacurie, secrétaire de la Société. " (S. d.) XIX e siècle Un savant ecclésiastique, M. l' abbé Lacurie, a envoyé au concours un mémoire manuscrit sur les Antiquités de Saintes.

 

(l) Hist. de la maison des Chasteigners, par André Duchêne, p. 8 et 9, éd. 1634.

(2) Dom Fonteneau, t. 62, p. 549.

(3) Chronique de Maillezais. — Hist. des comtes de Poitou , par Besly, p. 140, éd. 18l10. - Thibaudeau commet donc une erreur lorsqu'il prétend que le sire de Parthenay resta fidèle à Eudes (tome 1er, page T24).

(4) Dom Fonteneau, t. 80.

(5) Annales bénédictines, par dom Mabillon ,

(6) Evêque de Saintes en 1083.

(7) Archevêque de Bordeaux en 1059.

(8) Charte de 1076, dans laquelle un abbé de Saint-Jean-d'Augély donne pour l'amortissement d'un fief, quinque ulnas de panno , qui dicitar de Parteniaco. (Nol. SUT les Larch., par Marchegay.)

(9) Histoire de l'abbaye de Saint Maixent., par dom Chazal dans dom Fonteneau, t.36, 244, 245. Nous n’avons pu déterminer à quelle famille appartenait ce Simon. Peut-être était il le fils de Guillaume de Parthenay ?

 

 

 

20 septembre 2021

Sur l’Itinéraire suivi en Poitou par la translation des centres de Saint Léger d'Autun (Léodegard)

Sur l’Itinéraire suivi en Poitou par la translation des centres de Saint Léger d'Autun (Léodegard)

Nous voudrions signaler en quelques mots l'intérêt que présente, pour l'histoire mérovingienne (et gallo-romaine) du Poitou, l'étude publiée par M. Levéel dans le bulletin de la Société archéologique de Touraine. 1972, pp. 77-81, sur la translation, du Nord de la Gaule jusqu'à l'abbaye de Saint-Maixent, en 681, des reliques de Saint-Léger, évêque d'Autun, mis à mort par ordre du maire du palais de Neustrie Ebroïn, au nom du roi Thierry III, comme complice de l'assassinat de Childéric II.

 Nombre de clercs de Neustrie, dit M. Levéel, considérèrent le martyr comme « un modèle des serviteurs de Dieu » et un grand thaumaturge, et le récit de cette translation, jalonnée de miracles, nous a été donné : 1°) dès la fin du VIle siècle par un moine anonyme d'Autun écrivant sur l'ordre de l'évêque Hermenaise (successeur de Léger) et par un moine de Saint-Maixent, Ursinus, écrivant sur les instances de son abbé Anduffe et de l'évêque de Poitiers Ansoald (luimême abbé de Saint-Maixent avant son élévation) ; ces deux sont dans le Recueil des historiens de la Gaule de dom Bouquet (avec une notice de présentation), t. II, 1738, pp. XV-XVI et 611-632 ; 2°) vers 1.041 seulement, par Fruland, moine de Murbach en Alsace, qui a trouvé comme éditeur le chanoine Pitra, à la fin de son Histoire de Saint-Léger, 1846, pp. 525-568.

Pour décider entre les divers sanctuaires qui réclamaient ces reliques et faire choisir Saint-Maixent ; un premier miracle s'était produit.

L'itinéraire suivi n'est précisé qu'à partir de la Touraine inclusivement : à Tours, l'évêque (appelé tantôt Bert, tantôt Chrotbert, Robert) avait accueilli les reliques, et il suivit avec elles la grande voie romaine, par Joué-les-Tours, Pont de Ruan, Saint-Epin, Nouâtre, Port-de-Piles et (par la rive Est de la Vienne) Ingrandes-sur-Vienne, où il s'arrêta.

M. Levéel précise utilement que cet Ingrandes (nom synonyme, comme on sait, de station-frontière entre les cités gauloises, puis gallo-romaines) était de Poitou, et que d'une manière générale, les stations jouant le même rôle (et souvent appelées du même nom) n'étaient pas, en quelque sorte, apatrides, n'avaient pas le caractère de no man's land, mais relevaient d'une des deux cités contiguës : ainsi, Ingrandes sur la limite entre Bretagne et Anjou relevait de l'Anjou ; Ingrandes-sur-Loire entre Bourgueil et Langeais, de la Touraine ; Ingrandes-sur-l'Anglin à la limite du Poitou et du Berry, du Berry ; et notre Ingrandes-sur-Vienne, à la limite du Poitou et de la Touraine, du Poitou.

Le moine d'Autun dit de l'évêque Bert : « Cum introvisset Pictavense solum requievit panlulum in quodam vio Igorande vocabulo ».

Un historien tourangeau autre que M. Levéel, M. Raymond Mauny, a donc eu tort — remarque M. Levéel — d'écrire dans le Bulletin des Amis du Vieux Chinon, en 1952, qu'Ingrandes, puisque Bert, évêque de Tours, y entra, avait été rattachée à la Touraine.

 On notera même que, dès l'époque carolingienne, la date exacte et les modalités nous échappent, la vignerie commandée par cette localité s'agrandit vers le Nord jusqu'à porter sa frontière au « Bec des deux eaux », à Port-de-Piles, qui sépare depuis lors Touraine et Poitou.

A Ingrandes, Saint Léger accomplit deux guérisons miraculeuses.

M. Mauny, n'utilisant que le récit bien tardif du moine de Murbach, pensait que l'évêque Bert avait même poussé, au-delà d'Ingrandes soi-disant tourangelle, jusqu'à « une villa appelée Extrammis, lieu non identifié entre Ingrandes et Cenon » ; que, là, le cortège avait passé la Vienne, agitée, d'après le chroniqueur, par « une tempête signe de l'Océan », et qu'à cet Extrammis, « où il était chez lui », Ansoald, évêque de Poitiers, prit le relais de l'évêque de Tours.

M. Levéel rétablit la vérité, à partir du récit de l'anonyme du VIle siècle, qui se déclare à plusieurs reprises témoin oculaire (Le récit de son contemporain Ursinus, lui, n'est pas explicite).

Notons que cette vérité (nous le signalons à M. Levéel) a été reconnue dès 1834 par Babinet, ancien président du tribunal aux Sables d'Olonne, dans une Vie de Saint-Léger publiée à Poitiers.

 

Ansoald n'était pas venu jusqu'à Ingrandes, première localité pourtant bel et bien poitevine, mais c'est qu'il avait délégué la responsabilité de la translation à l'abbé de Saint-Maixent Audurfe (qui devait finalement accueillir les cendres dans son abbaye) ; et, d'autre part, il n'attendait nullement le cortège dans un endroit appelé Extrammis.

Dans la réalité, il devait envoyé au personnel domestique d'une villa lui appartenant, à Interammis (1), aujourd'hui Antran (l'étymologie est bien établie, donnée par le Dictionnaire de Rédet), sur la rive Ouest de la Vienne, l'ordre de faire parvenir au cortège un chargement de vin pour que les pauvres et tout le reste du peuple qui accompagnait la pieuse dépouille puissent se réconforter.

 

Il faut qu'une barque, pour apporter ce vin, ait traversé la Vienne d'ouest en est pour atteindre le cortège. Et celui-ci accomplit ensuite la traversée inverse : soit de la Vienne seule, en aval du confluent avec le Clain, soit de la Vienne d'abord et du Clain ensuite, ce qui ne peut guère s'être fait qu'à la banlieue du Vieux-Poitiers, du Briva de la célèbre inscription celtique.

Après quoi, le cortège (et Audulfe) rencontrèrent Ansoald, venir au-devant d'eux avec les clercs et le peuple de Poitiers, à Jaulnay, « quamdam villam Gelnacum ».

 Et il est intéressant, note encore M. Levéel que cet itinéraire ait été qualifié par le récit du VIle siècle de rectum, direct, normal.

Il paraît probable par conséquent que la vieille route suivant la rive Est jusqu'à Poitiers s'était dégradée au point d'être normalement abandonnée au profit de la rive Ouest : remplacement qui remonterait vraisemblablement à la fin de l'époque gallo-romaine.

Notons qu'A. Lièvre (Les chemins gaulois et romains entre la Loire et la Garonne, MSAO, 1891, p. 438) place la naissance (ou l'emploi ordinaire) de la Voie Ouest après la fondation de Châtellerault : cela nous repousse au début du Xe siècle, et, d'ailleurs, le gros de Châtellerault s'est situé sur la rive Est ! Qu'il y ait eu de très bonne heure, sur la rive Ouest, une voie prête à prendre un jour le relais de l'autre, cela résulte, semble-t-il, certainement, de l'importance prise, après le temps de la paix romaine, par le vicus de Jaulnay, où l'archéologie a découvert les vestiges d'un temple, d'un balnéaire et d'habitations luxueuses, le tout décrit dans Gallia, t. XII, 1954, pp. 176-180, et signalé par F. Eygun dans son Art des pays d'Ouest, pp. 18, 19, 32, 36 : avec des monnaies allant de Valérien à la famille constantinienne.

C'est de plus, à 7 km seulement de Jaulnay que se situait le vicus dit, par nous, « des Tours-Milandes », important encore plus tôt.

 Signalons, pour terminer, un autre petit problème concernant l'itinéraire suivi par les cendres de Saint-Léger, mais après le passage à Poitiers, et dont M. Levéel n'avait pas à s'occuper. Il est dit, dans le récit du VIIe siècle auquel nous faisons confiance, que le cortège, entre Poitiers et Saint-Maixent, passa par Zerzinoille, nom singulier dans lequel (avec Rédet) il semble qu'on doive reconnaître Jazeneuil.

Or, de même, en 1599, le voyageur bâlois Thomas Platter, allant, lui de Saint-Maixent à Poitiers (2) traversait « Jasine » — qui doit encore être Jazeneuil : voilà un nom qui n'a pas de chance !

Dans les deux cas — si éloignés par la date —, nous qui empruntons la Nationale 11 nous aurions attendu Lusignan. On devait avoir le choix entre les deux tracés, et M. de la Coste-Messelière, sur une carte accompagnant son étude : « Les Chemins médiévaux en Poitou » (Bulletin philologique et historique du Comité des travaux historiques, 1960, pp. 205233), fait figurer un peu au Nord de la route Poitiers-Lusignan (qui s'écartait elle-même par places du tracé de la Nationale 11) une route

Poitiers-Jazeneuil, qualifiée de Chemin saunier, dont on pourrait peut-être reconstituer par la pensée quelques sections.

Elle peut être d'origine antique, et le P. de la Croix a jadis découvert à Jazeneuil, des vestiges romains (BSAO, 1852, p. 217 ; cf. 1900, p. 525).

La carte arrête le tracé à Jazeneuil : il faut admettre que le prolongement se dirigeait vers Saint-Maixent ; les voyageurs, les pélerins qui empruntaient Poitiers-Lusignan, continuaient plutôt vers Saint-Léger-les-Melle et Saintes.

Cela n'empêchait pas l'existence d'une liaison Lusignan-Saint-Maixent.

M. de la Coste-Messelière attire l'attention sur la fréquence, entre tels et tels points, d'itinéraires doubles ou triples : on suivait peut-être de préférence, selon les temps, les moins dégradés.

G. DEZ.

 

Société des antiquaires de l'Ouest.

 

 

 Saint-Maixent : Histoire et fouilles archéologiques dans la crypte de l’ancienne église de Saint Léger  <==

 

 


 

(1) Notre confrère, M. Fritsch, qui mène activement des fouilles fructueuses aux environs de Châtellerault, a bien voulu rappeler, dans la séance de la Société où a été présentée cette note de lecture (17 janv. 1974) qu'il a découvert, au Nord-Ouest de la ville, les vestiges d'une importante villa et ceux d'un chemin probablement romain.

(2) B.S.A.O. 1972, p. 567.

 


Relation du passage de Bonaparte à Montaigu en 1808

RELATION DU PASSAGE DE BONAPARTE A MONTAIGU EN I808

Nous sommes au 8 août 1808, jour où l'Empereur, partant de Napoléon- Vendée, devait passer à Montaigu pour se rendre à Nantes.

Depuis huit jours, tout était en émoi. Un M. Walsh, contrôleur des contributions indirectes, et son frère s'occupèrent des préparatifs avec un zèle soutenu, un goût exquis (1). Sur le pont Jalet un arc de triomphe portait cette inscription : «A Napoléon réparateur. » Le long de la maison du curé, qui domine la grande route, une colonne bien peinte retraçait les principales victoires de l'Empereur.

Le maire, le conseil municipal, dont je faisais partie, les autres autorités, la garde nationale étaient là depuis midi, à attendre, lorsque, sur les quatre heures, arrive un énorme fourgon contenant les ustensiles du voyage, les cuisiniers, marmitons, etc., et un peu plus tard les officiers de bouche et un colonel, maréchal de logis de la maison impériale. Celui-ci déclare que l'Empereur s'arrêtera et dînera à Montaigu.

Où peut-il loger ?

Le maire, M. Auvynet (2), offrit sa maison. Elle était inabordable pour les voitures et fut refusée. La cure, soigneusement visitée, était insuffisante. On était fort embarrassée, lorsque quelqu'un dit: « La maison de M. Tortat, située sur la grande route de Nantes, pourrait convenir (3). — Je ne demande pas mieux que de l'offrir, si on la trouve suffisante. — Voyons- la, » reprit le colonel

Rendu à la maison, il la trouva bien. Les cuisiniers s'emparèrent de la cuisine, d'un petit salon à côté où nous mangions; le salon de compagnie fut destiné à l'Empereur, mais il fallait une autre pièce pour la suite. « A cela ne tienne, dis-je. »

Je fis sauter dans le jardin la table de mon étude ; des draps furent cloués sur les étagères de ma bibliothèque, de mes papiers, et voilà une pièce de dix-huit pieds sur quinze, prête à recevoir la table de dix-huit couverts qu'un aubergiste ydressa.

Ma femme, qui fut promptement avertie, dans la maison où la société attendait l'arrivée de l'Empereur, des arrangements pris, se rendit à la maison où elle fit, sur l'invitation du maître d'hôtel, nommé M. Leclerc, disposer nos lits, qui étaient convenables et qui se trouvèrent rapidement garnis de notre plus beau linge.

Sur les huit heures (4), des cris enthousiastes, poussés par les autorités qui attendaient sur une petite terrasse qui séparait la maison de la route et par la foule immense qui obstruait au loin tous les environs, annoncèrent l'arrivée de l'Empereur. Sa Majesté avait été précédée, à diverses reprises, par de grands dignitaires.

Une légère pluie tombait alors. Le maréchal Duroc, pourvu d'un parapluie, alla recevoir l'impératrice et la conduisit au salon. L'Empereur et le prince Berthier suivirent.

La suite se composait, outre le maréchal Duroc, de M. de Pradt, archevêque de Malines, du ministre de la marine, Decrès, de trois dames d'honneur, Mesdames de la Rochefoucault, Maret et Gazany, cette dernière lectrice de l'Impératrice, des chambellans et autres officiers, formant, dans mon étude, une table de dix-huit personnes.

 

 

Le sous-préfet, le maire, ma femme et moi, nous étions dans le corridor qui séparait le salon de mon étude. Un chambellan et le mameluck s'y établirent aussi. Ils étaient là bien loin des splendides antichambres des Tuileries... Il fallait bien s'y résigner.

L’Empereur était au salon depuis quelques instants, lorsqu'on y appela le sous-préfet. Il nous dit en sortant: «L'Impératrice, après avoir bu un verre d'eau, vient de vomir ! L'Empereur, paraissant inquiet, m'a dit : - Qu est-ce que c'est. Monsieur? Voyez donc cette eau. — Sire, avait répondu le sous-préfet, n'ayez pas la moindre inquiétude; vous êtes chez de très honnêtes gens. — Mais goûtez donc. »

Le sous-préfet s'était alors saisi d'un verre plein et l'avait avalé. A-t-il dit vrai ? C'était un aimable homme que M. Bernard, de Fontenay, notre ami intime, qui peut avoir un peu exagéré.

Mais M. Auvynet, maire, mandé à son tour, revint en rapportant que la maudite eau avait encore fait le sujet des questions de l'Empereur.

Immédiatement le mameluck, sortant de l'appartement, dit : « Le maître de la maison, qui est avocat ? » Je n'étais pas loin, et je répondis : « Me voici, Monsieur. — Sa Majesté vous demande. »

Aussitôt introduit, je trouvai l'Empereur à table, tournant le dos à un feu assez vif, qui avait été allumé par ses ordres. L'Impératrice Joséphine était à table en face de l'Empereur, et le prince Berthier était au bout, du côté du jardin. Un seul maître d'hôtel, M. Leclerc, servait leurs Majestés avec les mets et les assiettes d'argent qu'on lui apportait.

Je me plaçai en face du prince Berthier, ayant conséquemment l'Empereur à ma droite et l'Impératrice à ma gauche. Je me hâtai, après avoir salué le plus respectueusement, de dire : « J'ai appris avec une grande douleur que Sa Majesté avait été indisposée du verre d'eau qu'elle s'était fait servir en arrivant. » La gracieuse princesse se hâta de répondre : « Ce n'est rien ! Cela tient peut-être à la fatigue, à la poussière du voyage. — Ou bien, dis-je, à la désobéissance de mon domestique. Dans cette saison, il faut aller au loin chercher l'excellente eau d'une fontaine (5), et, dans la crainte de se trouver absent lors de l'arrivée du cortège, il aura puisé au plus près. Ah! ajoutai-je en remarquant une carafe limpide, voici de belle eau. — Oui, répondit M. Leclerc, mais elle vient de Napoléon. »

Cet incident n'eut pas d'autre suite. On vit, à n'en pas douter, ma parfaite tranquillité, et toute inquiétude fut bannie.

L'Empereur me questionna sur une foule de choses : « Quel est le prix relatif des biens patrimoniaux et des biens nationaux? — Sire, les premiers se vendent au denier vingt-cinq, les autres se divisent en deux classes. Les biens de main-morte, provenant des moines, des chapitres et bénéfices, sont au denier vingt ; ceux d'émigrés, peu recherchés, se vendent souvent au-dessous du denier douze à quinze. — Que faites-vous ici de l'ex-représentant Goupilleau ? — Personne ne le voit. — Il est fou, pas vrai ? — En ce moment, il s'occupe continuellement de ses jardins (6). — Le peuple est-il tranquille maintenant ? - Sire, quand le peuple a quitté les armes, il est bon, loyal, hospitalier, et quoique la division des opinions soit toujours très tranchée, les crimes contre les personnes sont rares et n'ont jamais pour cause la politique. — Parle-t-on encore des Bourbons ? — Sire, il y a longtemps que votre gloire et vos bienfaits les ont fait oublier. Votre Majesté a dû remarquer que toute la jeune noblesse du pays fait partie de sa garde d'honneur et qu'elle est commandée par M. Serin, ancien officier de dragons sous la royauté, (7)

Charette commandait-il dans cette partie de la Vendée ? — Non, sire, elle était sous les ordres du général de Sapinaud, brave homme que ses camarades surnomment encore le général Tranquille.

— Et Charette ? Il était cruel ? (puis regardant le prince Berthier, il ajouta) comme Alexandre !... Le fut-il ? » Le prince répondit : « Non, il ne le fut pas. »

Je pris alors la parole et je dis: « Sire, le général Charette, presque abandonné par la population, attribuait ce résultat à l'influence des prêtres. Soupçonnant un jour le curé de la Rabatelière d'une trahison, il le fit prendre et fusiller; cela hâta sa perte (8).

Hors ce cas, personne n'a accusé ce chef de cruauté. C'était du reste, à mes yeux, le plus illustre des généraux vendéens ; il ne manque à sa renommée qu'un homme de talent pour en retracer les éléments. »

L Empereur fit trève à ces questions pour renvoyer un morceau de poisson qu 'il ne trouva pas frais, malgré l'assurance du maître d'hôtel. Je saisis cette occasion pour supplier Sa Majesté de me permettre de l'entretenir d une question de propriété qui était pour le Poitou d'un immense intérêt. « Sire, vous qui avez déjà réparé tant d'injustices, il en est une que vous pouvez faire cesser d'un mot.

Il existe dans la Vendée de grands clos de vigne, concédés à titre de complants, c'est-à-dire que le bailleur, resté propriétaire du terrain, avait droit à la cinquième ou sixième partie des fruits. On a pourtant attaqué ces concessions comme entachées de féodalité, parce que un denier de cens ou un chapon par journal était ajouté à la redevance. — Ce n'est pas la justice qui doit trancher cette question, c'est la politique.

— Sire, vous avez pourtant établi ces prestations dans le comté nantais, où le contrat à complant n'a été introduit qu'à l'imitation de la coutume du Poitou. Le preneur n'a jamais payé l'impôt avant la Révolution; il pouvait être expulsé pour mauvaise culture, sur un simple procès-verbal de constat; en un mot, il n'était pas propriétaire. — Tout cela, ce sont des distinctions de gens de loi ! Encore une fois, c'est la politique et non la justice qui l'emporte ici ; il n'y a pas à revenir à cet égard. Mon Dieu ! la propriété féodale, acquise de bonne foi avant la Révolution, était légitime, ne fut-ce que par la prescription ; on l'a supprimée cependant. Que faire à cela? se soumettre. »

Puis l'Empereur se leva et me dit: « Avertissez le conseil municipal. » Peu d'instants après, je rentrai au salon avec le corps municipal. L'Empereur fut gracieux. On se borna à lui demander une cloche (9 ). Il la promit, puis nous fîmes place au tribunal et aux juges de paix, etc.

Pendant que j'étais au salon, les dames d'honneur avaient prié ma femme de les conduire dans un appartement supérieur. Sur la question qu'elle leur adressa pour savoir si on coucherait à Montaigu, Mme de la Rochefoucault répondit : « Le savons-nous ? L'Empereur va peut-être, dans un instant, donner l'ordre du départ ! »

En passant à Saint-Georges (10), l'Empereur avait accordé vingt mille francs pour la reconstruction du clocher. Il semblait s'étonner de la discrétion des Vendéens, qui ne lui demandaient rien ou presque rien. Aussi l'Impératrice, alors que je parlais en bons termes de la population, paraissait heureuse, et elle ajoutait : « Je vous le disais bien, sire, que c'était un bon peuple. »

Cette excellente princesse était très décolletée, encore bien conservée et surtoutgracieuse : je ne pouvais m'empêcher, pendant le repas, de la regarder avec amour. Aussi eus-je un grand chagrin lorsque l'Empereur eut la dureté de s'en séparer.

J'oubliais de dire que l'Empereur m'avait demandé si j'avais servi. Je répondis: « Fort peu de temps, sire. Je n'étais pas de la conscription de dix-huit à vingt-cinq ; mon père s'étant opposé à ce que je continuasse le service, m'avait obtenu une place au Comité de législation. C'est après les événements du i3 vendémiaire que je suis venu dans la Vendée, où je me suis marié. »

Au reste, je ne demandai rien, à la grande surprise de nos amis. L'idée ne nous vint même pas de présenter notre chère petite Adèle à la bonne impératrice.

Après la réception, l'Empereur donna l'ordre du départ. Il était près d'une heure lorsqu'il se mit en route, escorté par la garde d'honneur du pays, et il arriva sur les trois heures du matin à Nantes, où on ne l'attendait plus, tant la patience avait été mise à l'épreuve auparavant.

Après le départ de l'Empereur et de sa suite, un officier me demanda combien j'avais de domestiques. « Deux, répondis-je. — Voilà ce que je vous prie de leur distribuer de la part de Sa Majesté. » Il y avait, en or, 36o francs que je partageai entre la cuisinière, qui était de Nantes, et un jeune domestique de Chantonnay, Corqueteau. Vous jugez de leur joie!

Le lendemain, les cancans ne manquaient pas.

L'Empereur devait me nommer préfet, m'attirer au Conseil d'Etat... enfin ma fortune était l'inévitable suite de la réception longue et gracieuse dont j'avais été l'objet. Il y avait plus de jalousie que de bienveillance dans ces commérages. Cependant quelques-uns se rapprochaient comme devant un soleil levant.

On trouva, dans les désordres de la cuisine, une cuillère d'argent. J'emportai cet objet à Nantes où je me rendis, le août, avec M. Bernard, le sous-préfet.

A notre arrivée à Nantes, je me hâtai d'aller au palais impérial, où je remis, entre les mains de M. Leclerc, la cuillère d'argent oubliée à Mon- taigu. M. Leclerc, en me remerciant me dit: « Est-ce que vous n'avez rien à demander à l'Empereur ? — Mais, dis-je, que voulez-vous que je lui demande ? Il vous a reçu avec tant de bienveillance que je ne me rappelle pas un pareil accueil. »

Les fêtes de Nantes furent magnifiques : mais M. Bernard ni moi ne pûmes obtenir l'entrée du bal qui fut donné au cirque du Chapeau-Rouge (11).

 

ANTOINE TORTAT,

Ancien Avocat-avoué au Tribunal d'arrondissement de Montaigu- Vendée.

 

 

 

Itinéraire de Napoléon 1er accompagné de l’impératrice Joséphine en Vendée - Les Essarts, Le général Louis-Armand de Lespinay <==

 


 

1808, Napoléon sur Rochefort pour inspecter le réseau de défense l'embouchure de la Charente et l'Arsenal -
2 avril 1808, Napoléon quitte Saint-Cloud pour Bayonne pour s'occuper des affaires d'Espagne. Il arrive sur les bords de la Nive le 14 avril pour y attendre l'arrivée du roi d'Espagne. Il y restera jusqu'au 20 juillet. Au retour de Bayonne, Napoléon s'arrêta en Charente inférieure (maintenant Charente Maritime).

 

De Charette de La Contrie dans Le Mémorial de Sainte-Hélène de Napoléon (bataille de Waterloo) -

Il fut surnommé " Le Roi de la Vendée ", Napoléon I er écrira de lui : " Il laisse percer du génie ". Napoléon Ier à Sainte-Hélène 1815 Le Mémorial de Sainte-Hélène est un récit écrit par Emmanuel de Las Cases dans lequel celui-ci a recueilli les mémoires de Napoléon Bonaparte au cours d'entretiens quasi quotidiens avec l'Empereur, lors de son séjour à Sainte-Hélène.

 

(1)   De ces deux frères, d'origine irlandaise, l'un cultivait les beaux-arts et l'autre les belles-lettres. Nous avons du premier, entr'autres œuvres, une curieuse aquarelle de l'ancien château de Montaigu, qui a été gravée par M. de Rochebrune pour le bel ouvrage de Poitou et Vendée, rédigé et illustré par lui et Benjamin Fillon.

Le second est l'auteur des Lettres Vendéennes et le rédacteur du journal royaliste La Mode. Ils étaient alors, comme on voit, très bonapartistes.

(2) Augustin-Moyse Auvynet, fils aîné, membre du comité royaliste de Montaigu en 1793, puis secrétaire de Charette, député de la Vendée à la Chambre introuvable de 1815, sous-préfet des Sables pendant la Restauration, etc. Sa maison, qui appartient actuellement aux Barthélemy-Gautret, est située rue de la Communauté.

(3) C'est aujourd'hui la maison Cassard, après avoir appartenu successivement au notaire François Guitter, dit Vertigo, et aux dames de Surgères. Son possesseur actuel l'a fait exhausser, mais la distribution du rez-de-chaussée et du 1er étage est à peu près restée la même qu'en 1808.

(4) Le mémoire présenté par les maîtres de poste indique neuf heures vingt minutes du soir pour l'arrivée à Montaigu.

(5) Celle de Froger, située entre l'ancienne et la nouvelle route de Tiffauges.

(6) Tandis que Bonaparte passait en filant comme un vain météore, Goupilleau gravait sur la pierre, au fond d'une grotte de ses jardins, l'inscription Spei (à l'Espérance), qu'on y voit encore; et la République, qui était son idéal indomptable, est revenue après lui. Elle dure toujours, et l'Empire s'est effondré dans la démence des conquêtes, la honte des défaites et la boue de Sedan. Lequel d'entr'eux était le fou ?

(7) « S. M. Bonaparte, venant de Fontenay, quitta les Essarts pour arriver à la Ferrière, où elle fut reçue militairement par la garde d'honneur à cheval commandée par. M. Henri Serin, de Luçon, ancien officier au régiment d'Armagnac ayant pour ses capitaine et lieutenants MM. Duchaffault de la Guignardière de Bagneux de la Pélissonnière et de Bessay de la Garcillière. Ces gardes d'honneur de la Vendée étaient des enfants de riches propriétaires, des fils d'anciens gentilshommes du bas Poitou, qui accompagnèrent leurs Majestés jusqu'à la ville de Napoléon, a une faible distance de la Ferrière. (La Serrie, simple Historique, etc., p. 38.) L'Empereur partit de Napoléon avec l'Impératrice, à cinq heures du soir.

La garde d’ honneur reconduisit la voiture aulique jusqu'au bourg de la Ferrière. Là e prince, en se séparant de cette jeunesse animée, donna au chevalier Henri Serin, co onel de la garde, une boîte d'or, enrichie de son chiffre en diamants. Il oartit »

(8) « dans un de mes ouvrages (IIOUS ne savons lequel), j'ai parlé de l'abbé Guesdon, qui, par a sainteté de sa vie, sa douceur, son humanité, édifiait ensemble et armee royale et l'armée républicaine; j'ai décrit la fin malheureuse de cet ecclésiastique du château et de l'église de la Rabatelière, etc.» (Tablettes pittoresques d’un ami des Lettres et des Arts, La Serrie de la Vendée, p. 1 7, Paris, Didot, 18 1 2, in-i0, avec divers sujets, dessinés et gravés par lui.)

 

(9) Si cette cloche n'eut pas le sortdu bon billet de La Châtre, comme la plupart des autres promesses de S. M. I. et R., elle n*t du moins bien du temps à venir, car on ne l'avait pas encore reçue en mars 1 8 1 o qu'on 1 attendait toujours. On invoqua même alors, pour l'obtenir enfin, la commune renommée ou notoriété publique du fait. Un peu plus, si on l'eut osé, et le bon billet était protesté. Quoiqu'il en soit, ces dons de marguillier, de la part d'un homme qui voulait se faire musulman en Egypte, rappellent la boutade acérée du père Sanlecque contre les sonneurs de cloche, d'autant meilleure qu'elle procède de l'Eglise. On n'est jamais mieux trahi que par les siens :

Persécuteurs du genre humain,

Qui sonnez sans miséricorde;

Que n'avez-vous au cou la corde,

Que vous tenez en votre main!

(10) Autrefois Durinum ou plutôt Durivum, la ville, la cité des deux rives.

Le maire du lieu, paysan matois, après avoir demandé pour son bourg et son curé, pour l'église et le presbytère, finit par ne pas s'oublier lui-même et réclama aussi une petite indemnité pour avoir fait partir tous les conscrits de sa commune. Ce qui fit rire tout le monde, y compris le grand boucher de l'espèce humaine. Mais moins heureux que son collègue de Bessines, maître François Guibert, autrement intéressant que lui, le quémandeur de Saint-Georges en fut pour sa finesse et resta gros-Jean comme devant, ce qu'il méritait bien.

L'anecdote du maire de Bessines fut insérée dans les feuilles et almanachs locaux, tirée à part en petit format de six pages et répandue à profusion pour la légende bonapartiste. Celle du maire de Saint-Georges-de-Montaigu est seulement restée dans la tradition. La Serrie l'indique cependant, p. 43 de son simple Historique, etc.

(11) Voir Détail du passage de LL. MM. Impériales et Royales dans leur bonne ville de Nantes. Nantes, A/alassis, 1808, in-8 de 8 pp.

Procès-verbal de ce qui s'est passé à Paimbœuf, relativement au passage de S. M. l »Empereur en cette ville. Nantes, Mangin, 1808, in-8 de 8 pp.

Le Régulus Nantais, Haudaudine, longtemps prisonnier des Vendéens à Montaigu, en 1793, ne figure point parmi la valetaille qui entourait et acclamait Bonaparte dans ces fêtes.

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19 septembre 2021

1790 Saint André d'Ornay - Déclaration des biens de l'abbaye royale des Fontenelles vendue comme bien national

1790 Saint André d'Ornay - Déclaration des biens de l'abbaye royale des Fontenelles vendue comme bien national

Quand la loi des 2-3 novembre 1789 eut « mis tous les biens ecclésiastiques à la disposition de la nation » , l'Assemblée nationale décréta, à la date du 13 novembre, que tous les titulaires de bénéfices et les supérieurs des maisons et établissements ecclésiastiques, sans aucune exception, seraient tenus de faire dans les deux mois, par-devant les juges royaux ou officiers municipaux, « une déclaration détaillée de tous les biens mobiliers et immobiliers dépendant des dits bénéfices, maisons et établissements, ainsi que de leurs revenus, et de fournir, dans le même délai, un état détaillé des charges dont les dits biens pouvaient être grevés. »

Au nombre des déclarations faites sans contrainte, aussitôt après la promulgation de la loi, figure celle du supérieur de l'abbaye des Fontenelles.

Dans le premier volume de la Préparation de la guerre de Vendée (pp. 138-141), M. Ch.-L. Chassin n'en a reproduit que les quatre premiers paragraphes et les deux derniers, se bornant pour le reste à un résumé succinct en douze lignes, où se sont même glissées quelques inexactitudes.

Nous pensons qu'il ne semblera pas indifférent de publier in extenso cette pièce importante (1), grâce à laquelle nous pourrons nous former une idée plus exacte d’une abbaye, qui eut son heure de célébrité, mais connut aussi de bien mauvais jours (2).

Le propriétaire actuel a fait réparer dernièrement la toiture de la chapelle, qui menaçait de s'écrouler ; mais pourquoi en a-t-il enlevé toutes les boiseries, qu'il se propose, dit-on, de faire restaurer pour son habitation particulière, à Paris ?

Le tombeau de Béatrix va rester, désormais, solitaire sous cette nef qu'il n'est plus permis de visiter et qui est destinée, sans doute, à devenir un entrepôt agricole.

Combien serait amèrement déçu le dernier prieur des Fontenelles, s'il revoyait aujourd'hui son cher monastère pour lequel ses rêves étaient autrement ambitieux et mieux en harmonie avec le caractère de cette maison !

E. L.

 

 

 

Déclaration et pétition du prieur de l'abbaye des Fontenelles en Saint - André - d' Ornay, près la Roche-sur- Yon.

 

Le soussigné, prieur des chanoines réguliers de la Congrégation de France de l'abbaye royale des Fontenelles, afin de satisfaire aux décrets durs et impérieux des États-Généraux des 7 et 13 novembre 1789, et en conformité de l'instruction à lui adressée par ses supérieurs, laquelle est dite semblable à celle présentée par la Congrégation de Saint-Maur, et approuvée verbalement par le Comité des affaires ecclésiastiques, le 27 des dits mois et an,

Déclare qu'après avoir servi l'Église et son corps pendant quarante années, avec la confiance la moins interrompue de sa part, et qu'après en avoir passé plus de trente à réparer, malgré les plus grandes difficultés, l’abbaye des Fontenelles et l'avoir gérée en bon père de famille, sans nuire à qui que ce soit, il affirme, avec la même vérité et la même probité qui l'ont guidé jusqu'à présent, que les choses ci-après déclarées sont vraies et sincères et telles qu'il les connaît.

L’abbaye des Fontenelles, au diocèse de Luçon, Bas- Poitou, près la Roche-sur-Yon, en la paroisse de Saint- André-d 'Ornay, remonte son origine jusqu'au XIIe siècle.

Une de ses chartes fait mention du premier abbé en 1213 ; quinze chanoines réguliers de l'ordre de la Chancelade l'ont desservie jusqu'en 1468, époque funeste de l'introduction du premier abbé commendataire.

Ce nouvel ordre de choses les réduisit insensiblement à un moindre nombre, qui fut enfin fixé à cinq en 1612, malgré les efforts contraires de l'abbé de ce temps, qui fut condamné à leur payer pension par arrêt du Conseil.

Bientôt ces pensions furent mal acquittées, et, dès 1647, les chanoines obtinrent un nouvel arrêt qui leur adjugea un tiers des biens. M. d'Argentré, rapporteur et commissaire, présida au partage, qui fut à leur désavantage, tant parce qu'il ne leur échut que des biens éloignés que parce que plusieurs terres, alors vagues, dont les abbés se sont emparés depuis, restèrent indivisées, et que, ces mêmes abbés étant restés dépositaires du tiers affecté aux charges, n'ont jamais acquitté celles de leurs copartageants en entier.

 Les chanceladins se virent donc contraints de se contenter d'une des portions des biens qui étaient le moins à leur portée, et de se voir séquestrés et resserrés dans leur local par les terres de leur abbé, entre lesquelles on leur laissa à peine de quoi nourrir un cheval et quelques vaches.

Depuis le partage fait en 1648, les choses subsistèrent entre les chanceladins, au moyen du partage qu'ils firent entre eux de leur tiers, jusqu'à l'introduction des chanoines réguliers de la Congrégation de France, qui fut faite en 1669.

 Il étoit enjoint, par l'arrêt ci-dessus, à l'abbé de mettre la réforme dans son abbaye ; ce fut pour y obéir que M. des Nouhes, successeur de M. de la Cour, s'adressa à l'abbé de Sainte-Geneviève, au nom duquel Louis XII donna à la Congrégation de France la propriété du temporel des Fontenelles, en la portion des biens dépendants du tiers affecté au chapitre, et Mgr l'Évêque de Luçon consentit à cette union.

Cet arrêt condamnoit en outre l'abbé à toutes les réparations.

L'église, les lieux réguliers, étoient dans le plus triste état. M. de Nouhes, pour se débarrasser de ce fardeau, fit un traité avec les génovéfains, qui l'en déchargèrent au moyen de trois mille livres une fois données, et, en outre, une autre somme de cinq cents livres annuelles pour l'entretien de ces objets.

 Il seroit facile aux chanoines réguliers de démontrer combien ces sommes ont été inférieures et insuffisantes pour porter les choses au point où elles sont aujourd'hui, pour lesquelles ils ont dépensé, en augmentation et amélioration tant des domaines que de l'église et des lieux réguliers, pour plus de cent mille livres.

Les métairies étoient sans bestiaux pour les faire valoir ; la maison étoit sans meubles et n'avoit que la moitié des bâtiments, qu'elle a maintenant ; l'église n'avoit ni autels, ni argenterie, ni ornements décents. MM. les abbés ne se soucioient guère de fournir à aucun nécessaire, et les voix plaintives de leurs inférieurs les touchoient peu.

Les chanoines réguliers de la Congrégation de France eurent bientôt rendu la décence à l'église, la commodité aux bâtiments réguliers et aux domaines, la facilité aux colons de les habiter.

 Ces réparations ont à peu près duré cent ans. Le soussigné, depuis les vingt ans derniers, a fait les derniers efforts pour remettre les choses en leur premier état ; la modicité du revenu, qui jusqu'alors n'avoit jamais pu atteindre trois mille livres, n'avoit point empêché le régime de la Congrégation de tenir toujours le nombre prescrit de cinq chanoines pour la desserte de cette abbaye ; cela avoit forcé les administrateurs à se consacrer tout entiers à les nourrir et les entretenir, en sorte que les choses tombèrent dans une telle dégradation, qu'à cette époque il ne restoit ni portes ni fenêtres à la maison, et les bâtiments des métairies étaient en ruine.

 Il leur avoit même fallu emprunter à constitut, en sorte que, les arrérages et les dettes criardes compris, le soussigné en a acquitté pour dix mille francs ; il a de plus encore été obligé de verser dans son corps plus de quinze mille livres pour des raisons (spéciales), et de trente mille livres, 'à quoi il avoit estimé que devoient monter les réparations ; il en a fait et payé pour plus de vingt mille livres. Il a fallu, comme il est aisé de le prouver, les derniers efforts pour parvenir à ces fins.

 

L'église, l'une des plus belles et des plus anciennes du pays, offre une croix imparfaite, depuis que les Anglais en abbatirent (sic) la seconde voûte de la nef, lors de leurs incursions vers douze cent quarante.

Dame Jeanne, mariée à Guillaume de Belleville, fille unique de Beatrix de Machecou fondatrice, et épouse de Guillaume de Mauleon, ne recouvra la propriété de sa ville forte de la Roche-sur-Yon et de la forêt du même nom en laquelle étoit l'abbaye des Fontenelles, qu'Alphonse comte de Poitou avoit reconquis sur les Anglais, que sous la condition, qu'en cas de defaut d'enfant mâle, la dite Roche et dépendances demeureroient unies à la couronne.

Elle mourut sans enfans.

Cette époque a fixé la qualité d'abbaye royale a cette église. Elle est ornée de cinq autels avec chacun leur tableau de belle grandeur et de bonne main.

Au sanctuaire est le maître autel, qui tient toute la largeur du chevet. Huit colonnes en bois couleur de marbre noir soutiennent une corniche qui s'étend jusqu'aux deux murs : elle est surmontée de plusieurs orne- mens en sculpture, au- dessus desquels sont deux statues d'anges, aux deux côtés d'un piédestal sur lequel est posé celle de la sainte vierge.

La table de l'autel est un grison très large et très long sur lequel est un gradin doré, sur lequel pose le tabernacle surmonté d'un grand et beau christ, le tout en bois d'ébène décoré du christ et des autres ornements en cuivre bronzé ; au derrière, un moyen tableau ; le milieu entre les quatre principales colonnes a deux petites statues de la vierge et de saint Jean, qui sont, avec les anges, les guirlandes, et les autres ornements, parfaitement dorés : aux deux côtés, près les dernières colonnes sont deux moyennes statues de saint Simphorien et de saint Augustin ; au-dessous deux reliquaires en bois avec des guirlandes, le tout fond noir très bien doré.

Au frontispice de l'autel est la datte de ces ouvrages et de tous les autres de l'église, qui furent faits par les chanoines réguliers de la congrégation [de] France en seize cent quatre vingt dix huit.

Le chœur est assez vaste : il est orné d'un fort bel aigle sculpté ; des statues en fort beau bois le décorent.

Dans l'un des passages au derrière et sous une arcade pratiquée dans le mur [furent déposées] les cendres de la dite dame Beatrix vers douze cent trente, sous un mausolée surmonté de sa statue avec les attributs ordinaires, et dont les figures furent également mutilées par les Anglais.

Une tradition assez peu fondée est que le corps de Guillaume de Mauléon son premier mari est enterré sous le maître autel.

Chacun des autels a deux chandeliers de cuivre ; le grand en a six en bois doré, deux, dits pour les acolites, qui sont de cuivre argenté ; une sonnette a la marche de l'autel, une crédence en bois, quelques livres anciens, pour la plus part en chant romain, et deux missels sont tout ce que contient l'intérieur de l'église avec un tableau isolé de saint Simphorien.

Au-dessus des voutes sur le milieu est la base d'une flèche qui n'existe plus, ou sont placées deux cloches du poids d'environ trois cent cinquante. Elle contient encore beaucoup de planches destinées avec les autres bois qui sont dans la nef à achever les réparations qui ont été parachevées jusqu'aux deux tiers.

Le soussigné s'étoit procuré ces bois, tant des taillis qui lui ont fournis les chêvrons et quelques solivaux, que de plusieurs achats montant au moins a mille écus, en sorte que la totalité de ces bois de toute essence en tout il peut y en avoir entre deux et trois cens toises bons et mauvais.

Mrs les abbés commendataires n'ont, dans aucun temps, été soigneux de mettre aucun ornement nouveau dans la sacristie ; tous ceux qui s'y trouvent sont le fruit des épargnes et du zèle des chanoines réguliers de la Congrégation de France; un seul calice en vermeil, aux armes d'un ancien abbé régulier, et le haut d'une crosse en cuivre doré, sont les deux seules pièces antiques du trésor ; les susdits chanoines y ont ajouté de leurs deniers deux autres calices en argent, une croix dont le bâton couvert en feuilles d'argent fleurdelisées s'adapte au bâton de chantre, un encensoir et sa navette ; un plat d'argent avec des burettes, une custode, une boite aux saintes- huiles et un ciboire au tabernacle, le tout en argent; il y a encore le haut du soleil ou ostensoir qui s'adapte au pied du calice en vermeil, il est également doré.

 Il y a en outre une niche pour exposer le saint sacrement. Les ornements sont au nombre de douze ou quatorze chasubles, dont huit propres pour les dimanches et fêtes, et six pour les communs ; le principal avec deux dalmatiques et trois chapes est d'un velours rouge ciselé, fond satin blanc ; tous les galons qui sont sur les différents ornements des fêtes, soit argent ou or, sont vrais : il y a aussi un ornement noir, avec dalmatique et trois chappes ; tous sont placés dans le bas de l'armoire qui tient tout le fond de la sacristie qui est voutée, dans des tiroirs ; le dessus, revêtu d'un tapis vert, sert à reposer les ornements dont les prêtres se revêtent ; au- dessous, sont de moindres armoires : celle du milieu renferme l'argenterie et celles des cotés servent à conserver le linge qui consiste en quatre aubes, quelques surplis et menu linge, comme amict, purificatoires, lavabo, et des nappes des autels tant fine que grosse toile avec des rideaux pour tous les autels en indienne et en siamoise; après trois devants d'autel, il ne reste plus dans l'église que des carreaux nécessaires pour la recareler : il seroit facile, avec assez peu de dépense, en la faisant blanchir et rafraichissant les autels, de la rendre la plus propre du canton.

Un assez bel escalier monte de l'intérieur de l'Eglise au premier dortoir au corridor ; a l'entrée est placée l'horloge dont les roues sont en cuivre; elle frappe les heures et les quarts sur trois timbres du poid d'environ cent soixante livres.

Le premier corridor qui règne sur toute l'aile du bâtiment au levant est susceptible d'une nouvelle distribution, l'ancienne alors caduque ayant été démolie : tous les bois et les matériaux anciens, fors les .... qui divisoient les cinq à six chambres qu'il contenait, y sont encore ; il y a sept croisées au levant et une au midi; ce dortoir arrangé donneroit le complet des réparations des bâtiments.

 Les deux autres ailes sont réparées en entier : celle au couchant contient en entrant par le nord, au- devant, la principale porte de l'église, les écuries et toits à bestiaux, la feneurie au- dessus de laquelle est un grenier, le tout bien plancheié et soutenu par des piliers du haut au bas de la dite écurie.

Le reste de cette aile est occupée par un poulailler, un grand escalier en pierre de taille, un passage a sortie dans la cour abbatiale, une cuisine, un entresol a loger les domestiques, une laiterie; l'infirmerie au- dessous.

L'aile au midi donne une salle de vingt-trois piés de long parquetée, boisée et lambrissée; elle a pour meubles deux armoires qui forment le bas de deux buffets; deux autres enfermées sous la boisure, des chaises et un tableau en pied d'un abbé de Sainte-Genevieve.

Suit après un vestibule où sont l'escalier montant en haut et quatre portes qui communiquent au dehors et a tout le dedans de plein-pied, un petit salon quarré également boisé de haut en bas, lambrissé, et planchéié; les derrières des boisures sont garnies d'armoires et d'un buffet; au derrière de ce réfectoire est un appartement de vingt-quatre pied de long, y compris l'alcove et le cabinet dont les devants sont garnis de boisures, avec un placard qui répond à la porte en entrant; cet appartement est boisé à hauteur d'appui; tout le reste est en plâtre avec un beau plafond en anse de panier ; au- dessus du cabinet gite une chambre de domestique qui a son lit ainsi que l'alcove : au derrière de cet appartement est un ancien réfectoire dans lequel on a placé le petit pressoir à faire le vin ; il est vouté et tout le reste de cette aile au levant jusqu'à l'église : cet espace est occupé par l'ancien chapitre qu'on a divisé en trois pièces, dont une est une chambre close, une autre un passage qui conduit à l'église, et la troisième dans les jardins.

Il y a entre le chapitre et le vieux réfectoire une espèce d'office qui sert de cave haute, et en avant une basse sous l'appartement ci-dessus à contenir quinze à vingt barriques : ces trois ailes de bâtiments avec le mur de l'église enferment une petite cour ou préau qui n'empêche pas le droit qu'ont les chanoines en la cour abbatiale en laquelle ils ont une boulangerie et buanderie ; et en une autre place un hangar pour loger leur bois et autres choses en décharge : tous les bas de la maison étant boisés, y compris même la cuisine avec l'office et la laiterie, ne laissent place a aucuns meubles qui ne soient enclavés dans la boisure, comme buffet, armoires, etc. etc.. qui ne contiennent que les gros et menus effets nécessaires aux usages journaliers des chanoines et de leurs domestiques : ceux-ci sont logés la nuit dans l'entresol, au-dessus du vestibule, et les chanoines ont quatre chambres qui tiennent toute la longueur de cette aile au midi; d'ailleurs ces trois ailes forment un corps de logis d'environ cent cinquante pieds de tour.

On a été obligé de placer dans le corridor, au -devant des chambres des chanoines, les deux armoires où sont renfermés tous les titres, papiers et renseignements de l'abbaye, en attendant un lieu particulièrement destiné ci-après: ces papiers sont rangés, dans leur majeure partie, en liasses étiquetés, ayant un précis en tête, le tout rédigé et numéroté par le même chanoine-régulier qui avoit arrangé les chartriers des abbayes de Chatillon et de Geneston en mil sept cent cinquante deux : il a laissé un cahier indicatif de toutes les pièces qui lui avoient passé sous les yeux; quelques années on chargea un archiviste de former une table complette de tous ces papiers, il l'exécuta assez peu correctement en deux volumes petit in-folio ; c'est avec cet ouvrage que l'on se procure les pièces dont on a besoin ; il n'y a d'ailleurs de manuscrits intéressants que les censaires qui donnent un Etat des rentes de touts genres, entre lesquels il en faut distinguer un particulièrement, qui, outre l'état des droits, contient l'arpentement de tous les terrains aux environs de l'abbaye, de celui de chaque métairie, et de plusieurs fiefs ; il contient encore des copies des aveux anciens qu'elle avoit rendu aux seigneurs d'où relèvent ces biens : cet ouvrage important fut fait en quinze cent vingt trois par les soins de Guillaume Halteau prieur; un autre ouvrage du même auteur est un assez gros volume, petit-in quarto, qui contient une copie de toutes les chartres de la maison, contenues dans des sacs alors sous la côte de chaque paroisse.

 Le tiers environ de ce livre est consacré à des mélanges, professions, nécrologe, obédiences, époques de famine, d'irruptions des anglais, de finances au roi, a des seigneurs et d'une histoire de France en vers gothiques.

Il y a encore un sommier grand in-folio fait en 1720 par un prieur de la maison, avec une table qui indique par noms et paroisses tous les biens qui composent la manse capitulaire seulement, et les recettes qu'on a fait de chaque objet de revenu jusqu'à présent : on a de plus un assez gros cahier qui contient le partage fait entre M. l'abbé de la Cour et les anciens chanoines en mil six cent quarante huit; un autre beaucoup moins volumineux est le traité fait entre M. l'abbé Desnouhes et les chanoines réguliers de la congrégation de France touchant leur introduction aux Fontenelles; on en parlera ci-après.

Le nombre des papiers qui sont dans ces deux armoires est considérable, quoiqu'il en manque beaucoup. Des biens autrefois dépendants de cette abbaye et plusieurs inventaires prouvent évidemment cette assertion.

Quelles en ont été les causes? Sinon la présence des ennemis qui renversoient et sacageoient tout; et peut-être plus encore la négligence des abbés commendataires qui les emportoient chez eux à dix lieues; on en a vu un actionner son prédécesseur en recouvrement de ces papiers, et même le forcer à se purger par serment; d'autres abbés commendataires, et notamment l'avant dernier, faire fouiller dans ces archives par leurs officiers qui emportoient les chartres et autres papiers qu'ils jugeoient à propos de prendre, sans avoir jamais voulu donner aucun récipicé (sic), et rapporter ensuite ce qu'ils jugeoient à propos : ce seroit donc bien injustement qu'on voudroit à présent rendre les chanoines- reguliers responsables de tous ces dérangements qui les ont précédés, ni même des enlèvements qui ont pu se faire de leur temps, sur lesquels ils ne peuvent être fondés que sur des soupçons ensevelis avec les auteurs : enfin ces armoires contiennent encore des registres de tenues d'assise, et autres papiers qui y sont enfermés sous la clef qui est entre les mains du soussigné, lequel en a quelques- uns dans sa chambre pour l'usage journalier, qu'il est prêt à remettre au trésor au premier moment de toute juste réquisition.

On ne parlera des livres qui sont dans la maison qu'à la fin, quoique c'eût été plus naturellement ici le lieu, attendu qu'ils ne sont pas encore rassemblés ; on renvoye également à la fin le dénombrement des bestiaux, a joindre à celui de ceux qui sont sur les métairies.

 

Terres aux Environs de la Maison (3)

L'enclos, compris l'emplacement des églises, bâtiments, la petite cour et le droit en la cour abbatiale, avec la boulangerie et l'hangar, les jardins en terrasse dont celui du milieu communique à celui d'en bas par quatre grands escaliers, qui sont environnés d'une charmille, d'un verger, d'une vigne, et de quelques terres en herbage et en labour, le tout planté de trois cens piès d'arbres fruitiers, le dit enclos contient environ quinze boisselées ou quatre arpens.

On fait valoir par ses mains dix journaux de prés situés le long d'une petite rivière qui les noye quelquefois la moitié de l'année, outre que le fond de la terre en est entièrement froid et ingrat ; il y a un patis à quelque distance de la maison, au village de la Vergne, de moins d'un journal, qui est de nouvelle fondation, par un vicaire des Clouzeaux, a la charge de douze messes par chacun an.

Huit petites pièces de terre labourable, dont une est plantée d'une vigne, l'autre en herbage, les autres sont alternativement en bled ; de ces huit morceaux de terre qui peuvent faire au total environ quarante-huit boisselées, ou douze arpens, deux sont venus aux droits de la maison par la cession que lui en a faite un particulier, il y a quelques cinquante à soixante ans, pour s'acquitter envers elle d'une somme de deux cens quelques livres qu'il lui devoit ; ces deux pièces de terre sont placées entre celles de la grangerie, hors du sol des six autres.

Les bois échus au chapitre par le partage fait en mil six cens quarante huit contiennent au total quarante arpens, un quart de réserve mal à propos mis sur ces bois, puis qu'il ne payoit qu'un tiers a peine de la totalité dont les deux tiers sont entre les mains de M. l'abbé, qui conséquemment obligé de décharger entièrement ces quarante arpens sus dits ; ce quart de réserve, dis-je, réduit chaque coupe de vingt-cinq ans chacune a un arpent quarante chaines qui sont insuffisants au chauffage de la maison ; on donnera les valeurs de ces objets en son lieu ci-après.

Trois chanoines-réguliers desservent à présent cette abbaye ; la bonté et la douceur de son air l'ont consacré au repos des valétudinaires et des vieillards de la congrégation ; ils y devroient y être au nombre de cinq, ainsi que les avoit fixés l'arrêt de mil six cent douze, le régime n'avoit été que trop scrupuleux à y tenir cinq chanoines, comme on l'a vu.

Le revenu qui jusqu'aux quinze ans derniers n'avoit jamais pu atteindre trois mille livres, sur lesquels il falloit au- delà de deux cens livres pour acquitter leur manse, indépendamment des décimés communes que payoit M. l'abbé, la congrégation devoit une contribution de trois cens livres pour la dette du corps : les domestiques faisoient un objet de plus de huit cens livres de dépenses ; les meubles et autres menus-frais de ménage réduisoient les chanoines à vivre très étroitement, sans parler des réparations qu'ils ne pouvoient faire ; il n'est donc pas surprenant que le régime ait été forcé de les fixer au nombre de trois ; d'autant mieux que la contribution pour la dette du corps est montée à plus de treize cens livres ; les domestiques sont au nombre de trois et quatre, mais comme ils sont insuffisants, il faut les remplacer par deux ou trois cens journées de manœuvres pour cultiver les terres.

La maison fait valoir par ses mains les rentes en grains, et toutes les rentes et le petit terrage ci-après.

La rente de cinq cens livres que nous fait M. l'abbé, au moyen de laquelle nous l'avons déchargé de toute espèce de réparation et de tout entretien intérieur de l'église.

Le trésor royal nous paye une rente de soixante- quatre livres treize sols, à raison d'un denier cinquante, d'une somme de quatre mille livres restante de plus haute somme qui a été remboursée du billet que nous avions prêtée à la chambre des comptes de Nantes.

Il est encore du trois rentes montantes a six livres au total, par les teneurs de Sorinière, et petite Colle, et du Genest.

La maison touchait encore autrefois une rente de quatre livres sur une maison à La Rochelle, qui se trouve perdue pour avoir été vendue, sans avoir été formé d'opposition de notre part, faute de l'avoir su.

Elle touche encore par ses mains dix-sept sols de cens sur un petit fief sis en le bourg de Beaulieu.

Plus, sept livres de rente en cire, savoir, deux sur un petit fief dans le bourg d'Ezenai (Aizenay), dépendant des Fontenelles ; trois sur le Mignier ; une sur les prés Bouttins et une autre sur le moulin Raveau.

Il y a plusieurs petits droits de terrage qui nous sont dus qui se perçoivent aussi, lesquels sont si peu considérables et qui souvent ne rapportent rien, faute de terres ensemencées, ou faute d'être averti quand elle le sont, qu'il n'a pas été possible de contraindre les preneurs a passer des baux à ferme : tels sont : celui du sur le fief des Fuzelieres aussi dépendant de l'abbaye, et sur le fief Tarin lequel terrage est estimé quinze francs (4).

Celui, sur le ténement de la Breteliere [ou Bertelière] en Dompierre estimé cinq livres.

Celui sur le fief de Bocholas (5) dépendant de l'abbaye, estimé trois livres.

Celui, sur le fief des Palery, qui se partage avec madame de la Burserie et peut valoir par moitié cinq livres.

Enfin celui dependant du fief de Landevieille, aussi de la mouvance de l'abbaye, qui a été affermée autrefois jusqu'à trente livres, avec moitié dans les émolumens de fief ; il paroit fort étendu, mais fort mal en ordre; nous sommes [divisés] en plusieurs fiefs ; nos parts-prenans étant sur les lieux s'arrogent tout.

Le chapitre touche par ses mains des rentes en grains, lesquels se consomment dans la maison ; la majeure partie se paye a la mesure réformée de la Roche-sur-Yon, laquelle pèse en seigle environ vingt-quatre livres, et trente en froment : ces rentes sont assises sur différents villages, ou tènements ; les uns sont rendables, et les autres sont requérables.

 

Froment requérable.

Par les teneurs de la Solanière huit rochets, ci 8

Par ceux de la Vergne-Guilloton sept rochets, ci .... 7

Par ceux de la Lenterie trois rochets, ci .. 3

Total dix-huit rochets, ci- .. 18

 

Seigle vendable.

Les teneurs de la Grimaudiere seize rochets. 16

Les Roulières et L'Ondière (6) douze rochets, ci 12

Bourg-Cholet (7) seize rochets, ci 16

La Nauliere (8) seize rochets, ci 16

Total soixante rochets.... 60

 

Seigle requerable.

Les teneurs de l 'Angelmière (9) trois rochets, ci 3

Courtenoue et Rabretière, vingt rochets .. 20

De L'Orbétou (10), huit rochets, ci 8

De la Suriniere, quatre rochets, ci 4

Des Andouinières (11), vingt rochets, ci... 20

De Lambretière (12), trois rochets, ci .... 3

Des Roulières et L'Ondiere, huit rochets, ci 8

De la Richardière (13), quatre rochets.... 4

De la Solainière, huit rochets, ci 8

De la Vergne-Guilloton, dix sept rochets .. 17

Des Moulins de Falleron (?), vingt quatre rochets … 24

De la Benoitière (14), deux rochets, ci.. 2

De la Girardière (15), quatre rochets, ci... 4

De la Pommeraye (16), huit rochets, ci ... 8

De la Rocherie (17), quatre rochets, ci.... 4

Du Mignier, seize rochets, ci ....... 16

De la Gigaudière (18), quatre rochets, ci... 4

De la Michelière (19), quatre rochets, ci... 4

De la Richardière (20), douze rochets, ci .. 12

De la Paquetière (21), deux rochets, ci ... 2

Total cent soixante quinze rochets... 175

Le moulin Raveau nous doit trois rochets de seigle à la grande mesure de la Roche pesant trente livres.

Nous levons tous les ans quatre rochets de seigle dite mesure pour acquitter une rente que prétend le seigneur de la Robinière sur quelques terres de la dite métairie.

Rentes en avoine requérables.

La rente seigneuriale de dix- neuf rochets d’avoine sur les teneurs de l'Aimonière (22) à cause de notre fief de Landevieille, ci 19

Les teneurs de la Simonière (23), trente deux rochets, ci 32

Ceux de la Guibretière (24) doivent nous rendre six rochets, ci. 6

Total, cinquante sept rochets ... 57

Les autres objets ci-après détaillés font le restant des biens dépendants de la mense capitulaire : ils consistent en rentes, cens, sur cens et terrages, et en cinq métairies dont quatre avec les droits ci-dessus sont situés en la paroisse d'Aubigni et la dernière est en la paroisse de Venansault.

Avant de donner les valeurs de chacun du particulier, il est nécessaire d'observer que, pour des raisons dictées par la prudence et l'égalité, les baillettes de ces métairies faits devant notaire n'ont pas présenté depuis les dix- huit ans derniers la véritable valeur de chacune : il y a eu en sus un don manuel d'argent, dit épingles, et en sus un billet obligatif au nom des preneurs, aussi passés devant d’autres notaires, et par deux sous seings privés, d’une somme de cinq cent vingt livres pour la ferme d'Ardenne ; de celle de deux cens livres pour la ferme des deux métairies de la Grosnière et Grondinière (25) et de celle de cent vingt- cinq livres pour la métairie de Venansault, à payer par chachun an ; en sorte que la baillette exposoit aux taxations une valeur proportionnelle aux autres biens de la paroisse et retenoit les égailleurs (26) dans les bornes de l'egalité, ou du moins auroit du les retenir relativement aux valeurs générales, sans faire connoitre la véritable qui auroit entraîné une surtaxe même au- dessus de la proportion, quand bien même on auroit eu exactement déclaré.

Dans le bail anterieur à l'époque précédente, dans lequel le véritable prix avoit été présenté, nos metayers avoient été surtaxés ; je me joignis à eux et nous présentames deux requêtes a M. l'intendant, a deux fois différentes, qui furent sans réponse ; nous fimes toutes les représentations possibles tant aux égailleurs qu'a l'élection et a deux commissaires d'offices pour la répartition.

Mille menus moyens, sourdement employés dans tous ces différents tribunaux, nous en ont toujours fermé l'entrée, et la jalousie des différents partis qui sont dans les paroisses contre les biens de ceux qu'on veut opprimer, rejaillissant sur nos métairies, fit que nous nous déterminames dans les baux suivants à montrer des valeurs équivalentes aux estimations de lieu à lieu ; indépendament de cette précaution, nous serions à même de prouver qu'il y a dans la paroisse d'Aubigny surtout des métairies qui, quoique elles paraissent montrer une plus haute valeur par leur baillette que les autres, sont néantmoins imposées vingt livres de moins : notre intention n 'a donc jamais été de faire tort à qui que ce soit, mais seulement d'éviter l’arbitraire d 'un usage si constant dans la paroisse d'Aubigny où il est de fait que les collecteurs égailleurs n'ont jamais manqué chaque année de se procurer des diminutions. A ces sommes ci-dessus il faut ajouter des épingles qui avaient été données par les preneurs ; savoir par le fermier des objets qui forment la ferme d'Ardennes, sept cent vingt livres ; par celui des deux metairies de la Graonnière et Grondinière, aussi sept cent vingt livres ; et par celui de Jarrie (27) soixante douze livres ; au moyen de toutes ces observations on a toute la valeur des cinq métairies dépendantes de la manse capitulaire dont on va rendre un compte detaillé.

La terre d'Ardennes forme une petite seigneurie de la paroisse d'Aubigny ; elle a droit de moyenne et basse juridiction, de chapelle, de fuie, de garenne, d'étang, de moulin, de pêche, et de chasse. Elle réunit plusieurs fiefs, entr'autres celui de la Graonnière, qui en relevoit autrefois, lequel avoit ses droits de fiefs, de terrage, de cens, etc. etc.. plusieurs petites terres nobles en relèvent à foi hommage et a rachapts a Ardennes : Les autres fiefs et tènements y sont sujets au terrage sur tous les grains qui croissent par labour.

Le prieur des Clouzeaux perçoit un droit de dixme sur ces terrages qui se lèvent de six gerbes, une, dont le décimateur prend la moitié sur les gros grains seulement, ainsi que plusieurs autres seigneurs, qui prenent en quelques endroits un quart dans la dixme ; ces fiefs et tenemens d'ailleurs doivent des cens, surcens et autres deniers sous différentes dénominations : le tout détaillé au papier des devoirs seigneuriaux d'Ardennes, ou il est dû en sus des rentes en bled par différents teneurs y dénommés.

Les unes sont seigneuriales, les autres secondes et les unes a la mesure d'Aubigny, les autres à la mesure de Talmont, et d'autres à celle de la Roche-sur-Yon, tantôt grande et tantôt reformée.

La baillette de toutes ces choses contient encore d'autres rentes aussi en argent et en bled sur des lieux situés en autres paroisses, le tout emplement détaillé au livre des droits seigneuriaux étant au trésor de l'abbaye des Fontenelles le principal objet et celui des terrages dont on a parlé ci-dessus, et des terres qui forment la métairie : elles sont aux environs des bâtiments, toutes détaillées, nommées et arpentées par le dit Halteau, prieur de l'abbaye en quinze cent vingt trois ; les bâtiments offraient autrefois une résidence distinguée avec une chapelle : il ne reste à présent que les bâtiments nécessaires pour loger les colons; une grange et des toits fort vastes.

 C'est encore sous cette même baillette qu'est comprise la petite métairie sise à la Frelatière, laquelle ne consistoit autrefois qu'en terres isolées, et qui n'ont formé un chef-lieu que depuis que le soussigné y a fait bâtir une maison à loger un métayer et une grange et des toits pour loger les bestiaux.

Cette métairie, ainsi que celle d'Ardennes, ont chacune une souche morte de bestiaux : la première en a pour deux cens livres, et la dernière en a pour six cens vingt cinq livres ; ces souches appartiennent à l'abbaye de Fontenelles. On portera la valeur de toute la ferme d'Ardennes ainsi que des autres métairies au tableau des revenus et des charges.

La métairie de la Graonnière est le chef-lieu de la petite seigneurie dont on a parlé ci-dessus. Outre ses droits de fief, elle a ses bâtiments et ses terres : ses bâtiments consistent en maison pour les métayers, et grange et toits fort vastes pour loger les bestiaux. Cette habitation étoit placée autrefois a l'une des extrémités des terres et a été rebâtie tout de neuf au centre de ses possessions; outre ses prés et ses terres labourables elle a encore deux petits cantons en taillis.

La métairie de la Grondinnière, aussi dans la même paroisse d'Aubigny, a ses bâtiments qui ont également été presque entièrement relevés a neuf par le soussigné; il a maison pour le métayer, et la grange et les toits pour loger les bestiaux ces deux métairies sont affermées aux mêmes et ont une souche morte commune de bestiaux : qui monte à la somme de trois mille six cens soixante trois livres et quatre vingt pièces de brebis aussi appartenant a l'abbaye.

La métairie de la Jarrie est située dans la paroisse de Venansault. La maison qui loge le métayer, ainsi que ses bâtiments à loger les bestiaux, toits et grange, ont été rebâtis presqu'entièrement par le soussigné.

Ses terres faisant son domaine noble sont en un tenant aux environs de la maison; les autres sont en différents endroits, tantôt isolés et tantôt mèlées entre celles de la Robinière, de la Girardière, de la Verye et de la Bulottiere, ainsi qu’il a été vu et arpenté par le dit Halteau qui en a laissé les détails en son terrier ci-dessus cité, lequel comprend aussi l'arpentement des deux métairies précédentes. La métairie de la Jarrie a pour sept cens livres de bestiaux et dix huit brebis en souche morte appartenant à l'abbaye.

La valeur totale de ces bestiaux, jointe à celle de ceux qui sont dans les toits des Fontenelles, consistant en une jument et dix-sept pièces de bêtes à cornes, toutes vaches tant à lait que jeunes élèves, lesquelles peuvent valoir mille livres, monte à la somme de six mille cent quatre vingt huit livres, ci ... 6188 l »

 

Tableau des Revenus et des charges des biens dépendants de la manse Capitulaire.

Revenus en Argent.

Les terres labourables, les prés, les vignes et les bois estimés trois cens livres, ci 300l)s

N. B. cet objet n'a par lui-même de valeur aussi élevée, que parceque il tourne tout entier en consommation.

Plus la rente que nous foit M. l'abbé laquelle est de cinq cens livres, ci 500 »

Plus la rente sur le trésor royal de soixante quatre livres treize sols, ci 64 13

Plus pour trois rentes sur la Sorinière, petite Colle et le Genest six livres, ci.. , 6 »

Plus pour les cens du fief de Beaulieu dix sept sols, ci » 17

Plus a cause des rentes de cire dix livres, ci. 10 »

Plus pour le terrage des Fuzelieres quinze livres 15 »

Plus a cause du terrage de la Bretelière cinq livres...  5 »

Plus pour le terrage de Labocholes trois livres, ci 3 »

Plus pour les terrages et fiefs des Bocheleries, trente livres, ci 30 »

Plus pour le froment et seigle en rentes dues au chapitre cinq cent vingt livres 520 »

Plus pour l'avoine quarante deux livres, ci. 42 »

Plus, a cause d'Ardennès et tom; ses droits avec la Frélatière mille sept cent quarante deux livres, ci 1742 »

Plus, à cause des deux métairies de la Graonnière et Grondinière douze cent soixante quatorze livres, ci 1274 »

Plus à cause de la métairie de la Jarrie, quatre cent soixante neuf livre 469 »

Plus, à cause des casuels des divers fiefs deux cens livres, ci 200 »

Total du revenu, cinq mille cent quatre vingt une livre dix soli ........... 5181 10

Charges.

Le local de l'abbaye relevé de la Roche-sur-Yon, en franche aumône, et n'a d'autres charges que les frais de culture, et les réparations des églises, lieux réguliers qui sont considérables, et bâtiments de cinq métairies, avec l'entretien de tout l'intérieur de l'église nécessaire au culte divin, le tout fixé a beaucoup moins que n'en ont monté les dépenses a cinq cens livres 5001 »5»d

 Plus pour gages et nourriture des domestiques au moins huit cens livres, ci .... 800 » »

Plus à cause des aumônes particulières indépendamment des trois cens boisseaux de bled que le tiers lot paye à l'hôpital de Fontenai, deux cens livres, ci 200 » »

Plus, outre les decimes qui se payent sur le tiers lot, celles qu'acquitte la maison sont a deux cens soixante saize livres treize sols, ci 276 13 »

Plus pour les frais d'honoraire du visiteur - quinze livres, ci 15 » »

Plus pour frais du voyage des députés au chapitre général trente six livres 36 » »

Plus pour l'acquit de la taxe et subvention en vertu d'arrêt du conseil pour l'acquisition des dettes de congrégation treize cent trente et une livres quinze sols trois deniers, ci .. 1331 15 3 Plus pour dépenses a cause des procès cent cinquante livres, ci 150 » »

Plus pour les non payemens de plusieurs petits objets soit par non valeur, soit à défaut de moyens dans les débiteurs, au moins soixante livres, ci 60 » »

Total des charges trois mille trois cent soixante neuf livres huit sols trois deniers. 3369 8 3 Reste quitte dix huit cent douze livres un sol neuf deniers ............. 1812 1 9

Si l'on objecte que c'est à tort qu'on a mis au rang des charges une somme de cent cinquante livres pour fournir aux frais de procédures, les chanoines réguliers diront que, retenus par mille raisons dictées par la deference, l'amour de la paix et la défaveur des cours supérieures, ils n'ont cessé de supplier leurs abbés qui jouissent du tiers lot affecté par leur partage a l'acquit des charges, de venir à leurs secours, et de soutenir par toutes les voyes de justice leurs intérêts et leurs possessions : jamais ils n'ont pu rien obtenir de satisfaisant.

En vain ils leur ont proposé toutes les voyes d'arbitrage : ils n'ont jamais répondu que par des menaces et par des duretés ; les détresses toujours imprévues ou se sont trouvés les chanoines avec un si modique revenu ont occasionné la perte de plusieurs parties de biens dans les fiefs, les terrages, les rentes et les fonds même des terres dont se sont emparés plusieurs particuliers ; malgré le défaut de moyens ils ont néant moins à plusieurs reprises fait les derniers efforts pour en retarder et même en empêcher la déprédation de plusieurs.

En dernier lieu le soussigné avoit assigner le seigneur de la Boissière en restitution d'un terrage sur un canton de terre nommé les Briollères dépendant de la seigneurie de la Graonnière, qui a fini après plusieurs années de procédures par une acceptation d'arbitrage qui n'a point encore eu lieu, et dont les premiers frais lui ont couté près de six cens livres. Cette dépense jointe a bien d'autres qu'ont fait ses prédécesseurs, lesquelles quoiqu'amenées jusqu'au gain des procès n'ont pas moins entrainés des pertes occasionnées, soit par l'insolvabilité de leurs parties soit par les suites ordinaires qu'entrainent les causes même que l'on vient à gagner.

On croit devoir faire observer que, par une suite bien naturelle de la persuasion où l'on a toujours été que les chanoines réguliers étoient propriétaires, et par une autre suite de précautions à assurer les jouissances des fermiers à l'échéance des derniers baux en renouvellant avec les nouveaux : le soussigné dès le courant de mil sept cent quatre vingt huit avoit passé nouveau bail pour les trois métairies de la Graonniere, la Grondinière et la Jarrie dont les jouissances commenceront à la fête de Toussaint prochaine, qu'il seroit non seulement injuste, mais même contre les loix et usages du pays, d'en priver les prévenus, quelques évènements qui puissent arriver, a moins de les dédommager.

LIVRES

Les livres qui sont en la maison des Fontenelles forment moins une bibliothèque que l'assemblage fortuit de ceux qui y ont été apportés par différents chanoines-réguliers, dont les uns y sont morts, et les autres les lui ont légués en s'en allant.

Tels sont en dernier lieu ceux que le soussigné y avait apporté il y a près de trente ans, lesquels sont confondus avec les autres sous la dénomination de : Ex abbatia B. M. de Fontallellis, au nombre de plus de cent volumes, dont la totalité monte a environ mille ou onze cent volumes, parmi lesquelles il s'en trouve beaucoup de déparaillés.

Ces livres n'ont jamais fait un corps de bibliothèque réuni en un lieu, mais ont toujours été répandus dans les chambres des chanoines pour leur usage. En voici le catalogue selon les formats.

Soixante-douze in-folio. Savoir :

Sli Hieronimi opera.  Cornelius jansenius.   
Sli Augustini opera.  Cornelius a lapide.   
Divi Thomas summa (bis).  Dyonisius carthusianus. 
Sli Basilii opera.  Titius ?     
Sti Leonii opera.  Ozorius.     
Sti Laurentii opera.  Bibliotheca patrum.   
St Bernardi opera.  P. Alexander.   
Tertulliani opera.  Hortus pastorum.   
Origenis opera.  Ste bible (bis).   
Origenis opera.  Diction, de la bible.   
Divus Thomas.  Grenade.   
Sti Grégorii opera Praxis beneficiorum. 
St Thomas  Adagiorum trajan. opus. 
Summa Baconi.  Polyanthea.   
Virgilius.  Diction, de l'Acad.   
Plutarchus.  Epitome Augustini.   
Antiquités judaïques.  2e tom. conciliorum. 
Hist. de France.  1er et 4e tomes.   
Calpin.  Theologia J-. Martinon. 
Moreri.       

.

Il se trouve cent cinquante in-quarto grands et petits.

 

Sermons de SI Chrisostome.  Concordat de Léon X. 
Lettres de St Augustin.  Praticien français.   
Sermons de St Grégoire.  Logicà aristotelis.   
Jansenius in. evang.  In logicam aristotelis. 
Vies des p. p. et martyrs.  Palais de l'honneur.   
Actes des martirs.  Apparatus biblicus.   
Prémotion phisique.  Aristotelis opera.   
Chretiens du tems.  Ancien testament.   
Pédagogue chretien.  Duhamel.   
Rodriguez.  Rethorica.   
Prônes de Joly.  Logica moralis.   
Biblia sacra.  Frequente communion
Cérémonies de la messe.  Vie de Marie, etc...   
Cérémonies de l'Eglise.  Vie du P. Faure.   
Plantus Lambini.  Vie de St Charles.   
Droit de la guerre.  Instructions du P. Faure. 
Homélies morales.  Quesnel.     
Pasteur apostolique.  Dictionnaire historique. 
Con. de l'amour de Dieu.  Dictionnaire apostolique. 
Sermons de morale.  Institut de Newton.   
Considerations des dimanches.  Orthographe.   
Consideration des fêtes.  Thesaurus sacer.   
Meditations.  Carême de Lingende. 
P. Lombardi sententiae.  Pentateuque de Dupin. 
Concord. bibliorum.  Apocalipse de Bossuet. 
Histoire de TiIIemont.  P. P. prophètes.   
  Octave de Biroat.   

.

On n'a pas cru devoir s'attacher scrupuleusement à donner le titre de plusieurs autres livres absolument gâtés et de nulle utilité.

On n'a pas pensé non plus qu'il fut convenable de présenter à nos seigneurs des états généraux de tableau de mille effets a demi pourris et vermoulus qui sont répandus çà et là dans la maison, soit en bois, en fer ou en pierre, comme tables, armoires, coffres, bancs, chaises, etc.. qui ne sont propres qu'à faire du feu.

On n'a pas pensé non plus que l'intention de nos dits seigneurs fut d'entrer jusques dans les derniers détails de tous les effets qui servent journellement aux chanoines- réguliers ou à leurs domestiques, comme meubles de cuisine dont la majeure partie est en terre grossière ; de leur réfectoire, duquel si l'on excepte quelques couverts d'argent, quelques assiettes et plats soit d'étain, soit de fayence commune et une très petite quantité de linge, on n'y voit rien de recherché, de leurs chambres enfin qui n'ont qu'un lit sans rideaux, une armoire, un bureau, et quelques chaises dont la simplicité n'annonce que le plus stricte nécessaire, ainsi que le linge dont ils se servent.

D'après tout ce que dessus, il est de fait que les chanoines-réguliers de la congrégation de France ont régéneré deux fois l'abbaye de Fontenelles, l'une en mil six cent soixante neuf, lors de leur introduction, et l'autre a l'époque présente.

 

Il est encore de fait que la propriété de leur manse leur fut abandonnée par Louis quatorze à la charge d'acquitter les fondations.

Il est encore de fait que le local et les métairies leur furent laissés sans bestiaux, sans meubles et en très mauvais état.

Il est de droit et d'usage que tout simple usufruitier et locataire ait la propriété de tout ce qu'il a acquis sur le fond d'autrui, lorsqu'il a satisfait à toutes les charges ; à combien plus fortes raisons les chanoines-réguliers propriétaires ont-ils droit à recueillir le mobilier qu'ils ont acquis par leurs épargnes : il seroit même de justice que la nation, les dépouillant de leurs propriétés, les remboursât des dépenses qu'ils ont fait en ces derniers temps pour mettre le local et les métairies en meilleur état qu'ils ne leur avoient été donné lorsqu'ils y, sont venus en mil six cent soixante-neuf; ils ont accompli toutes charges en acquittant les fondations ; si celui qui a le commode doit supporter l'incommode, vice versa qui sentit incommodum debet habere commodum.

Pourquoi d'ailleurs la condition des réguliers serait-elle pire que celle des deux tiers des ecclésiastiques qui ont embrassé cet état sans fortune, et qui laissent néant- moins souvent un mobilier considérable a leur mort ? Il est de la justice des états de prendre en considération ces plaintes fondées sur l'équité.

Au reste, le soussigné ajoute que, si la présente étroit jugée défectueuse en quelque point déclaré ou omis que ce soit, il offre de remettre es mains de qui aura droit, et a qui sera légalement ordonné, tous les effets, instruments, meubles et immeubles qui ont été, qui sont et qui seront dans la maison tant qu’il en sera possesseur ; étant prêt d'abandonner jusqu'à son manteau plutôt que de s'opposer à la violence, quoiqu'il lui en coute de se voir obligé d'ajouter l'affirmation a la présente qu'il va signer de son seing, à cause de l'ignominie qui résulte de la défiance dans laquelle paraissent être nos seigneurs des états généraux sur la sincérité et la probité des ministres de l'Eglise ; il le fait néanmoins et jure qu'il la donne comme il la croit, vraie et sincère : persuadé que son obéissance quoique forcée lui obtiendra de participer aux incomparables avantages qu'ils font espérer de la prochaine régénération, non seulement à tous les bons Français, mais encore à tous les dissidents, et même à ceux qui, dans tous les tems, ont été l'objet du mépris, et le rebut de toutes les nations.

A Nos Seigneurs des États-Généraux

Les chanoines réguliers de l'abbaye des Fontenelles, voulant- donner des preuves de leur patriotisme, vous supplient de prendre en considération qu'ils voient avec douleur la ruine prochaine d’une maison qu'ils chérissent, que le public regrette et dont les avantages que l'Etat compte en retirer n'équivaudront jamais à la perte que toutes les paroisses circonvoisines vont en ressentir.

Sa position avantageuse a conservé jusqu'ici au service de son église une affluence de peuple assez considérable pour prouver la nécessité de le continuer. Une solitude agréable, un air doux et bienfaisant, des habitants tranquilles, laborieux et attachés à la religion ; un ruisseau, des fontaines et surtout une eau minérale très salutaire et fort fréquentée; une belle église, une maison presque entièrement réparée, d'un bon goût et susceptible de la forme la plus convenable pour y fixer un établissement public : que de pertes d'avantages précieux dont il est si difficile de rassembler toutes les parties, quand on veut faire le bien en faveur d'un canton !

 Le local est tellement situé qu'en cas qu'il soit vendu, cette église et les bâtiments, dont les matériaux seroient d'un grand prix près d'une ville, vont tomber en non-valeur.

La démolition et les déblais de l'église seule seraient immenses pour un acquéreur. Quel avantage auroit-il à la conserver ? L'entretien lui tomberoit en dépenses inutiles.

Messieurs les députés des provinces, avec la meilleure volonté du monde, ne connaissent point assez particulièrement tous les endroits de leurs cantons pour y opérer tout le bien possible. Ils ont besoin d'être éclairés par quelqu'un sur les lieux, qui, réfléchissant profondément sur les objets qui sont sous ses yeux, les mettroit à même de proposer à la bienfaisance des États les établissements les plus intéressants à faire.

 Il en est un, dans le moment présent où les districts se fixent, qui paraît digne de la plus avantageuse considération pour la partie du Bas- Poitou qui avoisine la Roche-sur-Yon, où sans doute il va s'en former un.

La plupart des endroits où les États en ont établi ont quelque établissement populaire, soit atelier de charité, soit hôpital. Quel canton que celui des environs de la Roche-sur-Yon a plus besoin de ce dernier? A en juger seulement par le nombre des malades pauvres qui viennent journellement chercher du soulagement à l'abbaye des Fontenelles, il n'y a personne qui ne convienne que le meilleur usage à faire des biens de cette abbaye et de ses bâtiments, est de les consacrer à cette pieuse régénération.

Ce sont les seigneurs de la Roche-sur-Yon qui l'ont fondée; elle en est dans un tel éloignement que, sans avoir l'incommodité de trop de voisinage, elle y pourrait aisément faire descendre les malades.

Les administrateurs, qui feroient leur séjour à la ville ou aux environs, n'auroient pas loin à s'y rendre pour y conférer en bureau. Les terres donneroient du blé, du vin, des bois suffisamment; les chanoines réguliers continueroient de servir l'autel et les pauvres, et partageroient, avec tout le canton, le bienfait incomparable de cet établissement, dont l'époque seroit à jamais gravée dans les cœurs.

En l'abbaye des Fontenelles le douze fevrier mil sept cent quatre-vingt dix.

MORNAC, prieur (28).

 

Cette déclaration est contresignée et adressée à l'Assemblée nationale par le maire de Saint-André-d'Ornay, Grelier; le procureur de la commune, Baritaud, curé, et le greffier, Joseph Renaudin, à la date du 21 février 1790.

 

Que sont devenus les objets mobiliers et les livres qui se trouvaient encore aux Fontenelles en 1790?

Trois années à peine allaient s'écouler, et la pauvre abbaye, déjà bien éprouvée, se voyait livrée à toutes les horreurs de la guerre civile, qui ne pouvait guère contribuer à la relever.

Le 9 septembre 1793, la Commission militaire des Sables-d'Olonne, dont les délibérations sont conservées aux archives du département, renvoyait devant le tribunal criminel, pour « avoir fait partie, d'un attroupement, arboré la cocarde tricolore et monté la garde avec les rebelles, Louis-François-Avril Demonceau, âgé de 65 ans, ci-devant minoré et chanoine régulier de la Congrégation de France, aux Fontenelles. »

Quant à son dernier prieur de Mornac, nous lisons dans les Notes et croquis sur la Vendée, publiés par E. DE MONBAIL, en 1843 (Niort, Robin, in-4°), « qu'il fut pris par les Républicains, qui lui coupèrent le nez et les oreilles et le laissèrent dans le couvent auquel ils avaient mis le feu.

Les paysans, inquiets de son sort, vinrent pour le secourir. Il n'eut que la force de se faire porter dans l'église, où il mourut presque aussitôt au milieu des plus horribles souffrances. »

Ce jour-là, l'abbaye des Fontenelles avait bien cessé de vivre.

E. L.

 

 

 

1235 - Charte testamentaire de Béatrix, dame de Machecoul, de Luçon et de la Roche sur Yon aux religieux des Fontenelles <==

 

 


 

(1) L'original se trouve aux Archives nationales, F17, 1179'(Vendée).

(2) A consulter l'Histoire de l'abbaye de Notre-Dame des Fontenelles, par Ed. Le Grip, dans l'Annuaire de la Société d’Emulation, 2° série, t. IV (149-168), t. VII(171-215), et t. IX(149-169). Cette étude, malheureusement incomplète, s'arrête à l'année 1412.

(3) Elles sont en général dans les communes de Venansault et de Saint-André-d'Ornay.

(4) Les Fuzelières appartiennent à la commune d'Aubigny, et le fief Tarin à celle de Saint-Vincent-sur-Graon.

(5) Commune de Saint-Florent-des-Bois.

(6) La Solanière ou Soulesnière, la Vergne-Guilloton, l'Anterie ou Lantrie, les Roulières et l'Ondière ou Londère se trouvent dans la commune des Clouzeaux.

(7) Commune de Landeronde.

(8) Commune de Saint-Georges-de-Pointindoux.

(9) Commune de Saint-André-d'Ornav.

(10) Id.

(11) Commune des Clouzeaux.

(12) L'Imbretière, id.

(13) Commune de Landeronde.

(14) Ou Boisnotière, commune de Venansault.

(15) Id.

(16) Commune de Landeronde.

(17) Commune de Saint-Georges-de-Pointindoux.

(18) Commune de Landeronde.

 (19) Commune de Mouilleron-le-Captif. ,

(20) Commune de Beaulieu.

(21) Commune de Mouilleron-le-Captif.

(22) Commune de Landevieille.

(23) Ou Simotière, commune des Clouzeaux.

(24) Commune de Saint-André-d'Ornay.

(25) Ardennes, la Graonnière et la Grondinière appartiennent à la commune d'Aubigny.

(26) Ce mot s écrivait aussi égalleurs ou esgalleurs. L'égalation, l 'également, l'esgallement et 1'esgaillement signifiaient vérification des mesures, répartition des impôts.

(27) Commune de Venansault.

(28) Le Pouillé de l'Évêché de Luçon, par AILLERY, désigne comme abbé des Fontenelles, en 1789, DE FRESNE, doyen du Chapitre de Luçon, député du clergé pour l'élection des Sables à l'Assemblée tenue à Poitiers. La nomination de De Fresne remontait à l'année 1787.

Le Pouillé nous apprend encore, d'après l’Almanach historique et provincial du Poitou, que le revenu de l'abbaye était alors de 2,500 livres ; taxe en cour de Rome, 80 florins.

 

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1230 Ponts de Cé, les seigneurs de Thouars, Tiffauges et Hugues de Lusignan, comte de la Marche, rendent hommage au roi Louis IX

1230 Ponts de Cé, les seigneurs de Thouars, Tiffauges et Hugues de Lusignan, comte de la Marche, rendent hommage au roi Louis IX

 Le jeune roi de 15 ans, vint au retour d’une expédition en Bretagne, camper sous les murs du château des Ponts-de-Cé et y recevoir l’hommage de Raymond, vicomte de Thouars, pour ce qu’il a en Poitou et en Anjou. Il fait de nouveau le serment de fidélité au roi, et d’aider à la conservation de la régence de la reine Blanche, ainsi que les hommages de Guy de Thouars, seigneur de Tiffauges et de Hugues de Lusignan, comte de la Marche et d’Angoulême.

2060 Au camp près les Ponts-de-Cé. 1230. Juin. Raymond, Seigneur de Thouars

Homagium a Raimondo vicecomite Thoarcii pro feodis Pictaviae et Andegaviae preaestitum

 (J. 373. Seigneurs de Thouars, n 8. Original scellé.)

Universis presentes litteras inspecturis Raymondus vicecomes Thoartii, salutem.-

Noveritis quod ego karissimo domino meo Ludovico regi Francie illustri, feci hominagium ligium, contra omnes homines qui possunt vivere et mori, de domaniis et feodis que Hamericus quondam vicecomes Thoartii, frater meus, tenebat in comitatu Pictavensi ea die qua diem clausit extremum, tenendis ab ipso domino rege et heredibus suis ad usus et consuetudines Pictavie et ad servitia que feoda debent et sicut feoda aportant, et de domaniis et feodis, que idem Hamericus quondam vicecomes Thoartii, frater meus, tenebat in comitatu Andegavensi ea die qua clausit extremum diem, tenendis ab ipso domino rege et heredibus suis ad usus et consuetudines Andegavie et ad servitia que feoda debent et sicut feoda aportant.

 Insuper eidem domino regi et domine regine matri sue juravi super sacrosancta quod eidem domino régi, tanquam domino meo ligio, et heredibus ejus et eidem domine regine matri sue fidelitatem bona fide servabo, et juvabo eandem dominam reginam bona fide ad observandum ballum suum, quousque idem dominus rex ad legitimam devenerit etatem.

Quod ut robur obtineat perpetue firmitatis, presens scriptum sigilli mei testimonio confirmavi. Actum in castris juxta Pontem de Say, anno Domini M° CC° tricesimo, mense junio.

 

Débris de sceau en cire blanche pendant sur double queue.–Voyez.  L’inventaire,  n.° 1086.–D'après Tillemont, 1I, 67, 68, les pièces datées des Ponts-de-Cé sont postérieures à celles datées d'Ancenis, toutefois, dans le XXIe volume des Historiens de France, p. 409 H, les séjours de saint Louis sont placés dans l'ordre inverse.

 

2061 Au camp près les Ponts-de-Cé. 1230. Juin. Hugues de Luzignan, comte de la Marche et d’Angoulême.

Litterae Raimundi vicecomitis Thoarcii de quigentis libris annui redditus sibi a rege donatis donec Castrum Marolli a se foret recuperatum.

(J. 373. Seigneurs de Thouars, n° 9. Originat scellé.)

Universis ad quos presentes littere pervenerint Raymondus vicecomes Thoarcii, salutem in Dornino.

Notum facimus quod karissimus dominus noster Ludovicus rex Francie illustris dedit nobis quingentas libras Turonensium annui redditus reddendas, medietatem in Nativitate Sancti Johannis Baptiste et medietatem in Nativitate Domini, quousque recuperaverimus castrum Marolii, vel per auxilium domini regis vel alio modo, vel pacem de illo habuerimus ad gratum nostrum.

Et quando predictum castrum, sicut dictum est, recuperaverimus vel pacem de illo ad gratum nostrum habuerimus, dominus rex quitus erit de quingentis libris Turonensium annui redditus supradictis.-

Insuper homines nostri pro terra sua de Lauduno debent habere centum et decem libras Turonensium annui redditus.

Et sciendum quod, si aliqua de feodis nostris dominus rex acquisierit, non potest ipse ea dare seu tradere nisi talibus qui nostra servitia facerent qualia debent ipsa feoda et apportant.

Et hoc etiam faceret ad laudem et consilium karissimi consanguinel nostri Hugonis de Lezigniaco, comitis Marchie et Engolismi, et nostri.

 In cujus rei testimonium, presentes litteras sigilli nostri fecimus munimine confirmari.

Actum in castris juxta Pontem de Say, anno Domini M° CC° tricesimo, mense junio.

Fragment de sceau en cire blanche pendant sur double queue.Voyez dans l’Inventaire, n° 1086, la description du sceau de Raymond, vicomte de Thouars, frère de Hugues II.

(Louis de Beauvau seigneur de la Roche-sur-Yon, le pas d’armes de la Bergère et René d'Anjou)

 

2062 Guy de Thouars, seigneur de Tiffauges au camp, près les Ponts-de-Cé. 1230. (Juin.)

 

Homagium domino regi a Guidone de Thoarcio, domino Theofaugi, praestitum.

(J. 624. Hommages, III, n° 7. Original scellé.)

Universis presentes litteras inspecturis, Guido de Thoarcio, dominus Theofaugi, salutem.

Notum facio quod ego feci homagium ligium Ludovico, Dei gratia regi Francorum illustri, de vicecomitatu Thoarcii, ad peticionem karissimi avunculi mei Raymundi vicecomitis Thoarcii, salva vita ipsius vicecomitis et salvo jure alieno, ita quod, si aliquis de me conquereretur occasione dicti vicecomitatus, coram domino rege tenerer juri stare.

In cujus rei testimonium, presentes litteras feci sigilli mei munimine roborari.

Actum in castris juxta Pontem de Sey, anno ab incarnacione Domini millesimo ducentesimo tricesimo.

Cette charte, que nous plaçons au mois de juin 1230, à cause du lieu d'où elle est datée (Voyez les pièces précédentes), est scellée, en cire blanche sur double queue, du sceau de Guy de Thouars, seigneur de Tiffauges, en Poitou (Vendée, arr. de Bourbon), fils du vicomte Aimeri VII.

Ce sceau, dont il ne reste plus qu'un fragment, n'a pas été décrit; on distingue sur la face un écu armorié d'un lion à l'orle de besans; au contre-sceau, un sujet qui parait être une imitation de l'antique et représenter une femme appuyée sur un cygne.

 

2065 Au camp près les Ponts-de-Cé. 1230. (Juin.)

(J. 396. Dons, n° 5. –Original)

Ludovicus Franciae rex notum facit se donum quinquaginta librarum annui et perpetui redditus in camera regia percipiendarum, a Raimundo vicecomite Thoarcii Roberto de Maloleporario ejus fideli factum (Vide supra, n'' 2055) approbare, et decernere ut dicta quinquaginta librae quotannis praefato Roberto vel ejus heredibus, in Nativitate Beatae Mariae Virginis, solvantur.

 « Actum in castris juxta Pontem de. Sey, anno Domini M° CC° tricesimo, mense junio.”

Traces de sceau pendant sur double queue.

 

 

 

 

Comte Argenton Château

Homagium domino regi a Gaufrido domino Argentonii praestitum

 

 

Comte de Toulouse

Litterae Ludovici regis Caturcensi episcopo ut studeat ne in dioecesi sua possessions Tolosoni comitis injuste usurpentur

 

 

 

 

 

1229 siège de Bellême dans l'Orne. Blanche de Castille Pierre de Mauclerc (site historique de la croix Feue Reine)<==.... .... ==> Situation du Poitou à l'avènement d'Alphonse. (Les grandes maisons seigneuriales du Poitou)

 

 

 

 

18 septembre 2021

Nature des idées, des tendances et des passions chevaleresques dans les poésies des troubadours

Nature des idées, des tendances et des passions chevaleresques dans les poésies des troubadours

La chevalerie méridionale n'est que la féodalité arrivée à un certain degré de civilisation elle en conserve tous les instincts et résiste à l'influence de l’église. Inductions tirées des chants lyriques des troubadours et confirmées par le poème de la croisade.

Idées, mœurs, traditions, usages, coutumes, vie politique, vie sociale, tout dans la France du sud, au commencement du treizième siècle, tend à rapprocher, à unir, à confondre deux classes qui, dans les autres contrées de l'Europe, sont, à ce même moment, séparées l'une de l'autre par un abîme.

La féodalité est moins forte, moins puissante que dans le nord; le fait a été depuis longtemps reconnu, constaté, peut-être même exagéré mais l'on n'en a pas assez fait ressortir une des conséquences les plus directes et les plus importantes moins la féodalité est limitée, moins elle est distincte du reste de la société qui l'entoure, l'enveloppe, l'envahit, moins elle forme un tout complet, homogène, impénétrable plus ses idées, ses principes, ses passions se répandent, se communiquent de proche en proche le midi de la France ne renferme pas dans son sein une féodalité organisée, comme celle du nord mais le midi lui-même est tout féodal, bien qu'il soit, après l'Italie, le pays traditionnel des libertés municipales.

Les idées féodales ont perdu peut-être un peu de leur rigueur exclusive mais au fond leur caractère n'a guère changé; c'est le propre des hautes classes d'imposer promptement leur manière de vivre, de penser, de sentir, a ceux qui pénètrent au milieu d'elles la rapidité avec laquelle quelques-uns se prêtent à cette transformation, est parfois burlesque.

Quels étaient le caractère, la nature, la portée de ces idées issues des sommets les plus abruptes de la féodalité, descendant dans les régions plus basses de la société, établissant entre ces populations, échelonnées à diverses hauteurs, une facile et continuelle communication, et se perdant au sein des masses les plus épaisses du peuple, comme certains fleuves se perdent dans les sables? Jusqu'à quel point les courants contraires, partis des côtés opposés, venaient-ils modifier leur direction et leur cours?

Nous voudrions obtenir une réponse définitive à ces graves questions malheureusement le poème de la croisade reste, à ce sujet, dans des termes dont M. Fauriel a justement regretté la vague généralité.

 N'en faisons pas un reproche au poète; les indications que l'histoire lui demande aujourd'hui le plus particulièrement, sont celles qu'il pouvait le moins songer à nous donner. Il écrit pour ses contemporains ses lecteurs ou ses auditeurs savent, aussi bien que lui, le sens précis des mots qu'il emploie. Tout l'ensemble d'une civilisation se résume d'ordinaire dans une de ces expressions synthétiques, pleines de sens (praegnantia verba), parfaitement claires pour ceux qui ont vécu sous l'empire de cette civilisation même, presque inintelligibles pour ceux qui veulent plus tard évoquer ces temps passés et en pénétrer les plus intimes secrets.

Tels sont, dans le poème de la croisade, les mots de pretz e parage. Nous voyons l'Eglise s'acharner après parage; elle le poursuit de ses anathèmes les hommes du midi le défendent de toute la puissance de leur courage. Pour nous, ce sont des mots et rien que des mots; la vivante réalité nous échappe ces mots sont l'algèbre de l'histoire tant que nous n'en avons pas pénétré le sens, tant que nous n'avons pas développé les idées qu'ils renferment, l'histoire reste pour nous une lettre close. Ce sont des définitions de mots; mais ces définitions en se déployant, nous laissent voir les faits les plus intimes, les plus profondément cachés de la vie morale et politique des sociétés.

Toute civilisation se compose d'idées et de faits les idées servent aux faits de types, de modèles; elles les dominent tout en changeant et se modifiant comme eux. Elles prennent le plus souvent naissance dans les faits; mais elles ne tardent pas à se dégager au-dessus de la réalité. Elles ressemblent à la tige de la plante qui s'élève dans les régions de l'air et de la lumière, tandis que les racines vont pousser dans le sol leurs obscures ramifications.

Les idées, qui planaient au-dessus de l'état social du midi à la fin du douzième et au commencement du treizième siècle étaient l'épanouissement de la vie féodale, le libre développement de tous les germes qu'elles renfermaient.

Toute cette civilisation, que des métaphores usées et vieillies nous représentent comme une fleur délicate était une pousse forte et vigoureuse, nourrie par une séve riche et abondante.

Les poésies du troubadour, où l'on sent le plus de talent et d'inspiration originale, sont l'écho de la passion féodale par excellence, la passion de la guerre. M. Villemain l'a remarqué avec une rare finesse. Peu de chants lyriques, éclos sous le ciel de la Provence, ou sous celui du Limousin, pourraient se comparer au beau cri de guerre de Bertrand de Born : Be me platz la dous temps de Pascor (1).

L'inspiration est si vraie, si ardente, si sincère si éclatante, que plusieurs traits de cet hymne de guerre semblent des traits de génie. L'imagination du poète s'enflamme, comme au milieu de la bataille plusieurs tableaux vivants, complets, achevés se succèdent dans cette courte poésie l'on est ébloui, entraîné; on entend les cris des combattants; le signal de l'attaque retentit, comme un éclat de trompette, au milieu des chocs d'armures.

Toutes les fois que le troubadour a demandé ses inspirations au baron féodal, il a été réellement poète; aussi le plus turbulent, le plus fier, le plus hardi de tous les chevaliers méridionaux, Bertrand de Born, a-t-il fait passer dans sa mâle poésie les accents les plus éloquents, les plus beaux, les plus fiers.

Sans cesse, les images de la guerre ébranlent sa fiévreuse imagination « Je suis en tout temps soucieux, comment je pourrais trouver des carreaux, des dards, des heaumes, des hauberts, des chevaux, des épées, voilà ce qui me plaît et ce qui me met en joie, ce sont les assauts, les tournois, les plaisirs de l'amour et de la galanterie » (2).

 Il faut entendre le châtelain de Hautefort, lorsqu'il accuse le courage languissant des barons qui l'entourent. « Je fais un sirvente des mauvais barons; et jamais plus d'eux ne m'entendrez parler je leur ai brisé plus de mille aiguillons et je ne puis pas forcer l'un d'eux  à courir et à trotter, mais ils se laissent tous déshériter, sans réclamer.

Dieu les maudisse Et que pensent-ils donc faire nos barons? Il n'en est pas un seul que vous ne puissiez tondre et raser comme un moine, ou sans effort ferrer des quatre pieds » (3).

Vivement accusée dans cette dernière strophe, la nuance féodale est encore plus fortement tranchée dans un sirvente contre le jeune roi ( el rey jove).

Après ses luttes avec son père et son frère, Henri Court-Mantel a été dépouillé; il a dû se résigner à vivre d'une pension servie par son père.

Puisque le roi Henri II, s'écrie Bertrand de Born, ne tient, ni ne peut plus donner de terres, qu'il soit le roi de déshonneur. Car il fait chose mauvaise celui qui vit entièrement à ration, à crédit, à promesse.

 Roi couronné qui reçoit pension d'autrui ressemble mal à Arnaud, marquis de Bellanda, au preux Guillaume, qui conquit le donjon de Miranda tant ils furent prisés ! » (4)

Les contestations décidées par les plaidoiries les procès tranchés par décision juridique étaient contraires à la tradition, à l'esprit, à l'honneur même de la féodalité, qui ne consacrait, que pour les laisser dans l'oubli et le dédain, les principes d'une juridiction régulière.

Les armes étaient la seule manière noble de terminer un conflit.

C'est ce sentiment tout féodal que Bertrand de Born exprime dans son sirvente : (Pus li baro) (5).

L'Eglise s'était jetée courageusement entre Richard Cœur-de-Lion et Philippe-Auguste, prêts à s'entr'égorger. Une trêve est signée. Les barons féodaux la maudissent par la bouche de Bertrand de Born le troubadour flétrit ceux qui l'ont conclue. Les clercs ont arraché les armes aux mains des deux adversaires Bertrand de Born remettra à chacun d'eux l'épée qu'ils ont laissée tomber. L'antagonisme entre l'Eglise et la féodalité ne saurait être plus flagrant.

Ainsi, les passions et les sentiments féodaux étaient comme la sève qui alimentait le génie méridional.

Interrogeons maintenant la langue lémosine.

Le langage d'un peuple est sa poésie la plus intime et la plus spontanée. Il reflète aussi bien, peut-être mieux encore que toute autre poésie, les sentiments les caractères les passions, en un mot, la vie morale de ce peuple même.

Si je trouve dans la langue romane des expressions pleines sonores, si elle renferme de ces sons qui sont l'écho de ce qu'il y a de plus fier au fond de l'âme humaine, si elle a ce caractère aristocratique, noble, presque héroïque, qui semble avoir surtout appartenu à la langue espagnole, je pourrais conclure que le courage, l'audace, la fierté chevaleresque, l'héroïsme même tenaient une grande place dans la société féodale du midi la langue sera une protestation contre le caractère efféminé, poli jusqu'à l'excès, que l'on prête à cette civilisation.

Les désinences en or sont en grand nombre, et il est impossible de ne pas trouver dans les mots, qu'elles terminent, quelque chose de mâle et de fier.

Cette féodalité, qui s'est chantée elle-même, avait, comme toutes les féodalités des instincts jaloux, dédaigneux exclusifs elle a souvent des cris de colère et d'indignation contre le vilain qui monte, qui grandit, qui s'enrichit.

« Moult me plaît, s'écrie Bertrand de Born quand je vois dolente la mauvaise gent riche, qui avec parage meut content, et me plaît, quand je les vois défaire tous les jours vingt ou trente, quand ils s'en vont, tout nus, sans vêtement, mendier leur pain, et si je mens, que ma maîtresse me mente.

Vilain à costume de truie, qui s'ennuie de gentiment vivre, quand il monte en grande a richesse, l'avoir le fait tomber dans la folie ; c'est pourquoi on doit, en toute saison, lui tenir la trémie vide ; on doit dépenser du sien et lui faire souffrir vent et pluie.

Qui n'épuise pas son vilain, l'affermit en déloyauté ; aussi bien est fou qui ne l'affaiblit pas, quand il le voit s'élever; car vilain, quand il s'établit en si ferme lieu n'a pas son pareil en malice ; il dévaste tout ce qu'il peut atteindre.

Vilain ne doit-on pas plaindre, si on le voit se casser bras et jambes et manquer de quelqu'une des choses dont il a besoin ; car vilain si Dieu me protège, a ce qui peut le plus lui convenir; par plainte et par sympathie, on ne doit pas le secourir le profit doit alléger ce qu'il souffre.

 Race vilaine, perfide, pleine de tromperie et d'usure, d'orgueil et d'outrecuidance, on ne peut supporter leurs faits : de Dieu, ils n'en ont cure : ils le rejettent ainsi que loyauté et droiture. Ils croient contrefaire Adam. Dieu leur donne mâle aventure! » (6)

Il y a dans ce sinistre sirvente une haine qui déborde; c'est du dépit, de l'irritation de la fureur; mais ces sentiments de vengeance de rancune et de haine n'étaient pas nécessaires pour donner aux barons cette humeur impitoyable, qui se plaît aux cris du paysan épouvanté.

« Il est beau, chante Bernard-Arnaud de Montcuc, il est beau de voir le bouvier et le berger s'en aller si marris qu'ils ne savent où ils vont » (7).

 C'est la violence féodale, s'exaltant, se glorifiant elle-même. La féodalité méridionale, avide de plaisirs, sachant admirer et récompenser le talent, admettait souvent dans ses rangs plébéiens et bourgeois elle leur ceignait l'épée mais n'oubliait pas leur origine et ne leur épargnait, au besoin, ni les traitements cruels, ni les mordantes allusions. Le moine de Montaudon, ce gentilhomme d'Orlac, dans cette galerie burlesque où il a rangé les principaux troubadours n'a pas épargné, dans Pierre Vidal, le fils du pelletier, qui n'a pas ses membres entiers, le vilain qui aurait grand besoin d'une langue d'argent, et qui jamais, depuis qu'il fut fait chevalier, n'eut souvenance ni sens (8).

 Ainsi, ce siècle des troubadours, que l'on s'est plu à se représenter comme une sorte d'âge d'or au milieu du moyen âge, ressemblait aussi, à plus d'un égard, à un véritable âge de fer.

Nous ne prétendons pas nos plus exagérer les côtés sombres de cette société; le choc des épées, le bruit des hauberts heurtant l'arçon de la selle, ne couvraient pas toujours les sons plus doux de la lyre; les chevaliers méridionaux quittaient parfois leur armure; la guerre, toujours active, fiévreuse, sans cesse renaissante, n'était pas leur unique occupation.

La vie féodale avait deux aspects; nous les retrouverons tous deux dans l'histoire de la France du sud; d'un côté, la guerre, les paysans en fuite, les châteaux croulants, les hauts faits d'armes de l'autre, les émotions plus douces, la chevalerie, l'amour, la galanterie, les fêtes, les largesses, les libéralités; ces deux ordres de faits correspondent étroitement l'un à l'autre ils se complètent mutuellement : c'est le même courant d'idées et de passions.

La chevalerie se rattache directement à la féodalité elle n'est même que la féodalité atteignant un certain degré de culture et d'humanité; elle est le résultat naturel de la civilisation des classes féodales, a dit avec raison M. Fauriel.

D'abord la passion du pillage, l'avidité, la convoitise furent les seuls instincts qui poussèrent les seigneurs aux armes. Longtemps la possession de l'objet convoité suffit aux grossiers instincts de leur âme barbare.

Peu à peu le jour se fit, non-seulement dans la société du moyen âge, mais jusque dans le cœur des barons des sentiments plus nobles s'éveillèrent dans leur conscience; l'avarice assouvie ne satisfit plus leur âme agrandie; il leur fallut la louange, la gloire, l'honneur.

L'Eglise essaya de détourner, au profit de l'ordre et de la civilisation, ces premiers tressaillements de la vie morale mais dans le midi elle n'eut que peu d'influence sur les développements de la vie féodale et chevaleresque; la féodalité méridionale trouva en elle-même toutes les excitations, qui devaient hâter ses progrès, tous les ressorts qui devaient la soulever jusqu'au degré de civilisation où la croisade albigeoise la trouva parvenue.

La gloire fut répartie à ses chevaliers par les dames; le désir de plaire et de se faire aimer, était un des plus puissants mobiles pour ces hommes vifs, légers, dont les sens et l'imagination étaient si facilement émus.

On connaît l'anecdote caractéristique racontée par Guillaume, de Puylaurens avec une gravité doctorale. Une lettre chevaleresque et passionnée, que Pierre d'Aragon écrivait à une dame du voisinage, tombe aux mains de Simon de Montfort, et le rassure sur l'issue d'une lutte engagée avec l'amant d'une courtisane  

« Cinq cents d'entre nous n'attendent que vos ordres, disait Savary de Mauléon à la comtesse Eléonore de Toulouse, un signe de vous » et nous voilà sur nos destriers ils sont déjà sellés » (9).

Sans doute, nous ne nous laissons pas abuser par ces propos chevaleresques; la légèreté méridionale n'est souvent qu'à la surface, elle recouvre une véritable gravité; mais le chant de Savary de Mauléon, la lettre de Pierre II, les sentiments qui inspirent l'un et qui animent l'autre, nous donnent une idée d'un des caractères principaux; de cette société méridionale et nous marquent le rôle qu'elle assignait à la femme.

Passionnés pour la guerre, épris de la gloire, la poursuivant avec une ardeur fiévreuse qui ressemblait quelquefois plus à la vanité qu'à une grande et profonde ambition, excités par la galanterie plutôt qu'enflammés par l'amour, les chevaliers de la France du sud devaient rechercher tout ce qui pouvait les entourer d'éclat, de splendeur de là les largesses prodiguées aux poètes errants qui allaient porter au loin les noms de leurs bienfaiteurs de là les fêtes brillantes, les grands tournois, les coursiers arabes aux longs crins.

Si l'on interroge les troubadours, si l'on recherche les qualités, les mérites, les vertus dont se compose pour eux l'idéal du chevalier, on voit que ces qualités, ces mérites, ces vertus sont comme autant de rayons de la vie féodale.

« Maintenant, dit Gaucelm Faidit, en pleurant  Richard Cœur-de-Lion, maintenant la mort nous a montré ce qu'elle peut faire : d'un seul coup elle a ravi ce, que le monde avait de meilleur. …

D'un seul coup la mort a ravi tout honneur, toute prouesse et tout bien…… Il est mort, le roi ; depuis plus de mille ans, jamais ne fut un homme digne de lui être comparé, si large, si preux, si hardi,  si débonnaire. Alexandre, le roi qui vainquit Darius, ne donna ni ne dépensa avec tant de libéralité, je crois Charles et Arthur n'ont pas valu autant que lui. A dire la vérité, il se fit redouter d'une moitié du monde et adorer de l'autre…..

 Ah seigneur, roi vaillant! et que deviendront maintenant les armes, les grands tournois serrés,  les cours brillantes et les belles et grandes largesses, puisque vous n'êtes plus ici, vous qui en étiez le chef (10).

Chacun de ces traits convient à un baron féodal fier, généreux, loyal, mais rien ne rappelle le chevalier chrétien la piété n'est pas indispensable au héros de la chevalerie méridionale.

Richard Cœur-de-Lion n'était pas un saint : il mourut frappé de la réprobation ecclésiastique ses violences contre les gens d'Eglise et contre les couvents avaient attiré l'interdit sur sa tête il resta plusieurs jours sans être inhumé ni prières ni promesses ne purent décider Innocent III à lui accorder la sépulture.

Cette permission ne fut arrachée au pape que par l'adresse de l'ancien chancelier Godefroy de Wineseuf ; il composa un poème où il exaltait la puissance, la bonté, l'esprit du pape; muni de ce poème, il partit pour Rome. Sa prière fut exaucée, et Richard porté à son tombeau (11).

La croisade parlait à l'imagination des méridionaux bien plus qu'à leur foi elle n'était pas pour eux un saint pèlerinage elle était une carrière ouverte à leurs prouesses seulement, au bout de cette carrière, était le salut.

Tous ces sentiments, dont nous trouvons l'expression passionnée dans plus d'un troubadour, jaillissaient des seules profondeurs de la vie féodale ; en s'éloignant de leur source première, ils se rétrécissaient, s'épuisaient peu à peu ils étaient recueillis quelquefois par des poètes, le plus souvent par des versificateurs; s'ils tombaient dans un cœur ardent, capable d'être dominé tout entier par une seule impression, ils en ressortaient plus vivants, plus impétueux ; mais la plupart de ces poètes du midi avaient plus d'imagination que de cœur, plus de talent que d'imagination, plus d'esprit que de talent ils s'épuisaient en efforts plus ou moins heureux, pour inventer de nouvelles variations sur ces thèmes usés ; et ils rendaient à cette société féodale les sentiments qu'elle leur avait fournis, comme un motif pour leurs chants lyriques ; mais ils les lui rendaient subtilisés artificiels embarrassés dans le dédale d'une versification et d'un rythme trop savants.

Les mœurs des barons du midi les mettaient sur une pente glissante ; au bas étaient la corruption, le désordre l'anarchie morale ; les biographies provençales des troubadours, tels que Rymbaud de Vaqueiras, Miraval, ne nous laissent guère d'illusion sur l'ardeur platonique des amours dont les châtelaines de la Provence furent l'objet.

A la pure inspiration féodale des chants érotiques se mêlait un courant moins pur, qui prenait sa source dans les bas-fonds marécageux de la vieille civilisation grecque et polythéiste.

Saint Césaire évêque d'Arles au sixième siècle avait combattu pendant toute sa vie contre les superstitions païennes de ses diocésains, danses, saltations, chœurs profanes ; elles lui survécurent, et au treizième siècle, le concile d'Avignon (1209), devait les interdire solennellement (12).

Le contact de cette corruption antique, passée dans les mœurs se glissant jusque dans les sanctuaires, ne pouvait qu'être funeste à la jeune société méridionale et à la jeune poésie qui exprimait ses sentiments et ses passions jeunesse d'un côté, vieillesse et décrépitude de l'autre, tel était l'aspect de cette civilisation du midi.

Nous n'insisterons pas sur ce triste revers d'un brillant tableau ; il est déjà connu il est facile de retrouver, sous une politesse affectée, sous une courtoisie poussée jusqu'aux plus extrêmes raffinements, la grossièreté et l'intempérance féodales (13).

Tous les troubadours ne se laissaient pas éblouir par l'éclat trompeur d'une société qui les encensait. Il y avait parmi eux des âmes plébéiennes, inquiètes, mécontentes, moroses tel était le gascon Marcabrus, enfant abandonné, jeté, nous dit son biographe provençal, à la porte d'un homme puissant, Aldric de Vilars, qui l'éleva, sans pouvoir corriger, dans cette âme blessée, un fond de misanthropie chagrine et de médisance qui le rendirent redoutable. Sa méchanceté causa sa perte ; il fut tué par les châtelains de Guian, dont il avait dit le plus grand mal.

La médisance suffisait il n'était pas besoin de recourir à la calomnie pour tracer de la société méridionale les tableaux les plus sombres. La distance était grande entre l'idéal et la réalité. Le sage et calme Giraud de Borneilh nous permet de la mesurer. Ne cherchons pas dans son curieux sirvente Per solatz revelhar, la distinction que l'histoire du midi nous force à renouveler sans cesse entre le fait brutal et l'idée souvent raffinée, sur laquelle s'exerce le poète ; cette distinction est relativement moderne ; elle a un caractère philosophique, et l'imagination des troubadours ne pouvait se prêter à cet effort d'abstraction ; l'idéal pour ces poètes, pour Giraud de Borneilh en particulier, c'est le passé ; les déceptions du troubadour se présentent sous la forme de regrets et semblent plus touchantes ; mais cette illusion poétique ne doit pas nous tromper et nous faire voir une décadence là où elle n'existait pas : ces regrets ne sont que l'expression des sentiments du troubadour, en présence de mœurs si opposées à celles que rêvait son imagination honnêtement chevaleresque :

« Je vis, dit-il, mander tournois et accourir gens bien armés, et puis des coups les mieux frappés j'entendis parler pendant toute une saison ; maintenant c'est une c prouesse que de voler bœufs, moutons, brebis. Chevalier est honni, s'il se met à courtiser les dames, plus que  s'il pousse devant lui maints moutons bêlants et qu'il pille » églises et voyageurs » (14).

Ensuite, avec le fruit de ces rapines, on faisait des libéralités on était large, on satisfaisait aux exigences de la vie chevaleresque.

Si les caravanes de voyageurs ne passaient pas à point nommé si elles se défendaient trop bien s'il n'y avait point d'églises à saccager, on avait toujours un expédient on arrachait à ses propres vassaux leur substance, leur vie.

« Homme puissant, dit Pierre Cardinal, quand il fait ses calendes ses cours et ses orgies, pourvoit à ses dons, à ses réparations, à ses bannières, à ses offrandes, avec des maltôtes, des vols et des pillages, et il dépense ses rentes en guerres et en plaidoiries….. Riche homme mauvais, quand il veut donner fête, écoutez comme il fait sa requête ; il bat et persécute la gent jusqu'à ce qu'il ne lui reste denier ; puis il fait chère moult honnête à celui qui ne le connaît pas » (15).

 Contre cet envahissement brutal du fait, les idées chevaleresques n'étaient défendues que par les troubadours représentants d'une opinion publique, qui, souvent bravée, souvent dédaignée n'en conservait pas moins une réelle autorité.

Si l'on peut se permettre cette comparaison trop néologique la poésie des troubadours jouait, dans la société féodale du midi, le rôle que la presse remplit dans nos Etats modernes.

Tel est, d'après les chants des troubadours, l'ensemble des idées et des faits qui composaient la vie des hommes du midi.

Peut-être, cependant, y aurait-il quelque imprudence à donner aux conclusions de cette analyse une portée trop générale.

Le principal et le premier foyer de la poésie appelée à tort provençale, fut dans les pays du Limousin ; le nom de langue lémosine, qui désigne, au douzième et treizième siècle, la langue parlée par ces poètes de la France du sud, la supériorité incontestée, que Raymond Vidal attribue à ce dialecte sur tous les autres dialectes voisins et contemporains, nous autorisent à chercher dans ces régions du centre le premier retentissement de ces chants féodaux et chevaleresques.

« De la terre des Limousins, écrit le marquis de Santillane dans sa fameuse lettre, qui est restée un des précieux monuments de l'histoire littéraire de l'Espagne, de la terre des Limousins, ces connaissances s'étendirent aux Gaulois et à cette dernière contrée de l'Occident qui est notre Espagne.

C'est sur ces plateaux et ces montagnes, qui limitent au nord le bassin de la Garonne qu'agirent, chantèrent, combattirent non-seulement les premiers troubadours connus, mais encore ceux qui eurent, dans l'esprit, le caractère et le cœur, la plus puissante originalité.

Un chevalier, un poète, comme Bertrand de Born, dut imprimer un cachet indélébile à toute création de sa fougueuse pensée, et les mœurs de la plus libre, de la plus fière de la plus insoumise de la plus turbulente des féodalités, marquèrent d'une forte empreinte ces chants lyriques éclos au milieu d'une vie pleine de passions, de luttes de fêtes, de souffrances et de plaisirs.

Cette poésie se répandit de proche en proche dans les autres contrées du midi, comme la langue même dans laquelle elle exprimait ses inspirations, tantôt mâles fières, ardentes, tantôt languissantes ou rêveuses.

Des poètes nés dans ces pays du centre allaient faire entendre leurs chants aux riches et opulentes cours du midi.

C'était Gaucelm Faidit de Limoges c'était Arnaud de Marueil, ce clerc de petite naissance, qui abandonnait le Périgord et le château de Marueil, sa patrie, pour vivre auprès de la comtesse Adélaïde de Burlatz la sœur du preux comte de Toulouse, la femme du vicomte de Béziers et la mère du malheureux Roger (17).

Ces poètes, à leur tour, trouvaient des imitateurs et des rivaux dans les troubadours des bords du Rhône et de la Garonne. Que l'on se rappelle maintenant le caractère artificiel et monotone des compositions lyriques du midi, que l'on songe combien l'invention était limitée, combien elle se renfermait dans le détail, dans le choix des expressions, dans la combinaison des mots et des sons, dans ces subtilités de pensée et de langage, dont quelques troubadours n'hésitaient pas à se faire un mérite, et l'on se demandera si dans ces chants qui, au commencement du treizième siècle, retentissent comme autant d'échos sur tous les points du midi les diverses petites sociétés dé !a France du sud reconnaissent leurs vrais sentiments et leurs passions réelles.

N'acceptent-elles pas plutôt, comme une mode, les sentiments et les passions qui font battre, sous le haubert où le pourpoint de soie, le cœur des barons de l'Aquitaine du nord ?

Errants et voyageurs pour la plupart, les troubadours se contentent-ils d'épuiser le vieux fond de l'inspiration féodale et chevaleresque d'un Guillaume de Poitiers et d'un Bertrand de Born, ou le renouvellent-ils au contact de la nature et de lia réalité vivantes?

En un mot, le retour monotone des mêmes pensées, des mêmes expressions dans les poésies de presque tous les troubadours, est-il l'effet d'une imitation indolente et sans originalité? ou bien atteste-t-il un fonds commun d'idées et de sentiments régnant dans toutes les parties du midi ?

La question n'a jamais été résolue elle n'a même pas été posée. Elle est grave néanmoins, et tant que cette solution délicate sera encore à chercher, nous ne pourrons qu'avec défiance interroger les poésies des troubadours.

Nous y cherchons l'expression de la société méridionale. Savons-nous si, au lieu d'une image vraie et fidèle, nous ne trouvons pas une fiction ? Avant d'accepter le témoignage de ces poètes, avant de lui prêter une portée générale qu'il n'a peut-être pas, il le faut soumettre à un sévère contrôle.

 Ce contrôle, c'est le poème dé la croisade qui nous le fournira ; c'est une production spontanée du pays de Toulouse; c'est un fruit du terroir c'est un poème, mais un poème avec la sévère et précise exactitude de l'histoire ; la réalité y est serrée de près.

C'est un précieux monument pour l'histoire des idées du midi. Jusqu'à quel point les pensées et les passions féodales des Bertrand de Born dominaient-elles dans ces pays, qui furent les témoins de la guerre albigeoise? Jusqu'à quel degré s'étaient-elles conciliées avec les progrès de la bourgeoisie et le grand développement des libertés municipales?

Le poème de la croisade répond à toutes ces questions, permet de saisir toutes ces nuances.

L'esprit féodal, qui donne aux sirventes de Bertrand de Born leurs plus vivantes inspirations, anime la société dont le poème de la croisade nous retrace les traits principaux. Il n'est peut-être pas de roman dont l'inspiration soit plus féodale que le fameux roman de Raoul de Cambray ; il est lu, admiré dans le midi la chanson de la croisade fait à ce poème une allusion que nous avons eu déjà l'occasion de rappeler.

 Le plaisir que les méridionaux pouvaient éprouver à entendre raconter les violences et les hauts faits de ce baron du nord, atteste dans leur âme des passions analogues à celles que le trouvère a retracées avec une heureuse énergie.

La vieille tradition des chansons de gestes était encore vivante les admirateurs de ces rudes poésies semblent avoir formé toute une école, tout un parti.

Le troubadour de la seconde partie du poème de la croisade, même celui de la première, s'étaient sans doute nourris de ces romantiques épopées : la rudesse du langage n'accuserait pas l'ignorance de ces poètes ou leur basse extraction ; elle indiquerait plutôt une imitation affectée comme toutes les imitations la langue du poème de la croisade ne serait pas sans quelque rapport avec celle des principales épopées, traduites dans la langue du midi, Gérard de Roussillon, par exemple.

De part et d'autre, les aspirations sont recherchées avec un véritable soin. Le poème de la croisade ne reproduit pas seulement la forme, le rythme, les couplets monorimes, dont ces grandes chansons de gestes offrent le modèle il en emprunte le langage. ·

Le troubadour, qui a écrit la dernière moitié, semble avoir puisé dans l'étude de l'austère poésie de ces chants épiques un profond dédain pour les accents efféminés des cansos amoureuses.

Il hait dans Folquet l'évêque violent, fourbe, sanguinaire il ne méprise pas moins le chantre de la comtesse de Marseille et d'Eudoxie Comnène.

Dans le concile de Latran, le comte de Foix répondant aux accusations de Folquet, termine son plaidoyer par un vigoureux argument argument ad hominem, qui a presque de l'éloquence.

C'est dans cette péroraison que le troubadour ouvre un libre champ à sa critique passionnée : « Et pour l'évêque qui se fait maintenant si fort, n avec son faux semblant, il a trahi Dieu et nous-mêmes: avec ses chansons mensongères, avec ses paroles si pleines de flatterie, que l'on ne peut, sans se perdre, les chanter ou les dire, avec ses sentences, avec ses proverbes affilés et fourbis, avec nos présents qui lui servirent à. se faire jongleur, et avec sa mauvaise doctrine, il s'est si fort enrichi, que l'on n'ose plus contredire rien de ce qu'il  affirme » (18)

 C'est le comte de Foix qui parle; n'est-il que l'interprète de la pensée du poète, ou bien exprime-t-il sa propre opinion, son jugement personnel? Le troubadour était le protégé de Roger Bernard ; il pouvait bien ne pas ignorer les appréciations du père de son bienfaiteur, et peut-être le vassal fidèle des comtes de Toulouse partageait-il les sympathies que le talent du poète et le tour particulier de son imagination inspiraient à Roger Bernard.

Ainsi, ces deux héros de la défense méridionale ces deux champions de parage, étaient peut-être deux barons de la vieille roche, façonnés sur le modèle des antiques preux.

Les vieilles vertus féodales étaient, plus qu'on ne le pense, l'apanage des hommes du midi. Ils étaient vaniteux mais ils savaient aussi être fiers. Leur fierté aristocratique ne se révoltait pas moins contre la bassesse des nouveaux seigneurs, faits par la croisade, que leur patriotisme ne se soulevait contre l'oppression des Français.

Ce sont les blessures de ce sentiment froissé, que Robert de Pecquerny fait sonder à Montfort.

Les justes vengeances de l'orgueil méridional, secondées par la Providence, sont pour le chevalier français, large, preux courtois, la cause des efforts inutiles tentés et des échecs essuyés par Montfort sous les murs de Toulouse : « Et parce que cette ville a souffert maintes mortelles vexations ; ce n'est point merveille, si

Quab cansos messongeiras e ab motz coladitz

Dont totz hom es perdutz quels canta ni os ditz

 Ez ab sos reproverbis afilatz e forbitz

E ab los nostres dos, don fo enjotgtaritz

Ez ab maia doctrina es tant fort enriquitz

Corn non'auza ren diire à so quel contraditz.

 

le comte Raymond a pu la recouvrer : notre comte en fit seigneurs des goujats et des truands aussi à nous tous et au comte en sera-t-il donné telle récompense que tout notre lignage se traînera dans des voies pires que celles où nous avons marché » (19).

 En prêtant attentivement l'oreille, on entendrait peut-être, dans cette société profondément agitée, dont le poète de la croisade reproduit les émotions passionnées, l'écho des accents énergiques de Bertrand de Born, dans son sirvente contre les riches vilains mais, dans cet extrême midi de la France, des faits, dont il est impossible de ne pas tenir compte, se sont déjà accomplis ou sont en train de s'accomplir; la bourgeoisie des grandes villes s'est reliée à la grande aristocratie féodale, par cette noblesse urbaine qui participe à la fois de la vie de la cité et de celle du château ; la limite n'a été que déplacée et reculée ; l'aristocratie a étendu le rayon du cercle qu'elle trace autour d'elle, elle n'a pas effacé la ligne de démarcation ; la bourgeoisie a déjà pénétré dans l'enceinte féodale, mais elle a refermé les portes sur elle et a bientôt partagé l'esprit hautain exclusif, dédaigneux de la classe supérieure à laquelle elle s'est déjà en grande partie réunie.

Lorsque Raymond fit lire à ses vassaux, à ses sujets, la charte que lui avait remise le notaire du concile d'Arles, le frémissement de colère et d'indignation, qui souleva les énergiques protestations de la fierté méridionale, agita les chevaliers et les bourgeois, mais ne pénétra pas jusqu'aux couches inférieures de la population.

 « Les habitants de la terre, chevaliers et bourgeois, quand ils ouïrent la charte, dirent qu'ils aimeraient mieux être tous morts ou prisonniers, plutôt que de souffrir une telle chose ; pour rien, ils ne se soumettraient » (20).

 Les vilains, les paysans, les serfs restent étrangers à ce mouvement ; il y a solution de continuité dans les anneaux de la chaîne qui devait conduire jusqu'aux derniers rangs du peuple le courant électrique du patriotisme.

Ces hautes classes de la société méridionale ont un mépris hautain pour ces rudes populations de travailleurs ; un abîme semble les séparer les unes des autres.

 Le plus grand malheur pour les chevaliers et les bourgeois 'Serait d'être réduits à l'état de ces serfs, de ces vilains c'est à cette crainte que viennent aboutir toutes les répulsions que leur inspirent les conditions proposées par l'Eglise ; c'est cette perspective qui irrite leur cœur et trouble leur imagination ; mourir plutôt que de consentir à un tel abaissement! 

La fierté n'était pas le seul ressort que la main violente des légats avait comprimé dans ces cœurs ; les Pères du concile prétendaient imposer aux hommes du midi une existence qui contrastait trop avec les mœurs régnantes dans ces contrées ; toutes les querelles féodales devaient être terminées ; l'Eglise installait dans ces contrées une sorte de ligue ou confrérie, qui était à la fois, dans ses mains, un tribunal et une armée; c'étaient les paciarii, les paziers, hommes appelés à maintenir la paix, à la conserver au besoin par la guerre.

Les vassaux des Raymonds devaient à la fois payer ce tribunal et solder cette armée : ils donneront, chaque année, quatre deniers toulousains aux pacificateurs du pays, qu'ils établiront ; l'institution d'un tribunal régulier, d'une juridiction presque ecclésiastique déplaisait hautement aux barons de Toulouse ; elle n'aurait guère plus offensé le bouillant courage de Bertrand de Born.

 Aux plaisirs, au luxe, aux pompes, qui étaient comme le lumineux épanouissement de la vie chevaleresque des vassaux des Raymonds, l'Eglise prétendait faire succéder une sombre et morne uniformité, une tempérance ascétique, un costume monacal, l'absence de toute distinction entre toutes les classes d'hommes, confondues dans une même humiliation, dans une même pénitence : « Jamais plus de deux viandes ils ne mangeront: jamais étoffe de parage ils ne revêtiront ils ne porteront que de grosses capes brunes, qui leur dureront plus long» temps. Les chevaliers vivront dans la campagne, comme les autres vilains» (21).

Dans les mœurs que l'Eglise veut combattre, ne retrouvons-nous pas celles que reflètent les chants des troubadours ? C'est bien là cette chevalerie dont les barons du Poitou et du Limousin étaient les types les plus parfaits : chevalerie toute mondaine, ne demandant qu'à elle-même sa propre inspiration et ses excitations les plus ardentes l'amour, la galanterie remplissent la pensée des hommes d'armes méridionaux dans les crises les plus graves au moment où la destinée de leur pays est en jeu.

Raymond VII marche avec son père vers Avignon qui les appelle dans ses murs. Gui de Cavaillon est à cheval, à côté du fils de la reine Jeanne d'Angleterre. Quel est le sujet de leur entretien dans cette chevauchée ?

« Ils parlent d'armes d'amours et de largesses jusqu'à ce que le soir s'abaisse, et qu'Avignon les reçoive. Si, disait Gui de Cavaillon à l'héroïque neveu de Richard Cœur-de-Lion, si parage ne se relève pas, secouru par vous, parage est mort et tout le monde rempli de tristesse » (22).

Les largesses et les libéralités sont, de tous les actes des chevaliers, ceux que le poète de la première et celui de la seconde partie de la geste louent le plus volontiers.

La généreuse magnificence d'Aimery de Montréal rend le clerc de Tudela indulgent pour la mémoire de cet ami des hérétiques et des ensabbatés ;  la pensée du libéral accueil que la dame Giralda de Lavaur faisait à tous les troubadours, lui arrache des regrets, presque un peu de compassion pour cette malheureuse victime des brutalités de la croisade.

Lorsque, pendant le second siège de Toulouse, une nombreuse troupe de chevaliers entre dans la ville, le poète, qui assiste au défilé, sait bien distinguer et nous montrer ceux que leur libéralité recommande à l'attention des troubadours ; il ne laisse pas passer inaperçu, confondu dans les rangs de ces braves accourus au secours des Raymonds, dom Bertrand de Pestilhac dont les présents dépassent toujours les demandes qu'on lui adresse (23).

Nous pouvons donc rassembler; dans le poëme de la croisade, tous les principaux traits qui, suivant les troubadours composaient l'idéal de la vie féodale et chevaleresque.

 Dans cette chanson de gestes, comme dans les sirventes et autres productions de.la lyre provençale et lémosine, le côté religieux ne semble avoir qu'une médiocre importance.

Un des chevaliers, que le poète de la seconde partie de la geste se plaît à rehausser le plus par ses louanges, c'est le faidit Bernard de Casnac. Pierre de Vaux-Cernay nous a déjà appris à !e connaître (24) ; nous croyons, sans doute, que le moine de Vaux-Cernay a calomnié ce baron du Quercy avec toute la sincérité du fanatisme ; mais une calomnie suppose toujours un fond de vérité, qui lui a servi de point de départ ; et si ce châtelain n'a pas commis, avec sa femme, toutes les atrocités que lui prête le chroniqueur monacal, il est permis de soupçonner que son zèle religieux n'était pas des plus ardents, sa foi des plus orthodoxes ; il était un des auditeurs de l'hérétique Bernard de Lamotte (25).

Néanmoins, les bruits sinistres répandus sur l'impiété et la cruauté de ce chevalier n'affaiblissent pas l'admiration qu'il inspire au religieux auteur de la seconde partie de la geste.

Le patriotisme du troubadour peut bien le rendre indulgent pour un baron qui vient protéger sa cité en péril ; le secours amené par ce châtelain grandit ses vertus et ses mérites aux yeux du poète ; mais il y a, dans les éloges donnés' par le troubadour à Bernard de Casnac, trop d'élan, trop de verve, trop d'entraînement, pour que celui qui en est l'objet ne soit pas à ses yeux, un vrai type de perfection chevaleresque : « Soudain, voici dans la ville une grande splendeur, qui défend, restaure et remet en couleur tous ses défenseurs. Bernard de Casnac est venu, à la Toussaint, avec bonne compagnie. Je ne vis jamais son second en droiture et en puissance, jamais plus adroit cavalier, plus digne de louanges ; il a sens largesse et cœur d'empereur.  Il gouverne parage et dirige valeur. Pour restaurer droiture et pour briser douleur, il vient protéger Toulouse et le comte, par un élan spontané de son affection » (26).

Est-il possible de reconnaître dans ce portrait idéalisé le seigneur que Pierre de Vaux-Cernay nous dépeint sous des douleurs si sombres ? Pierre de Vaux-Cernay calomnie ; mais, dans ses mensonges involontaires, il y a de la vérité ;  le poète de la croisade glorifie ce même baron, et nous connaissons trop l'exactitude sévère de ses appréciations, pour croire qu'il ne s'est plu à rassembler ici que de vagues banalités.

Je croirais en partie Pierre de Vaux Cernay ; j'aurais plus de confiance encore dans les jugements de l'honnête troubadour, qui a écrit la seconde partie de la geste. Comment concilier leurs assertions contraires ? Rien de plus aisé, si l'on admet que, dans les idées méridionales, le tyran des vilains et des serfs peut être un chevalier plein de sens et de largesse, maudit par ses vassaux, exalté par les troubadours ; il peut être l'effroi des églises et des monastères voisins, et gouverner parage et splendeur.

Il ne serait pas difficile de trouver, dans l'histoire du midi, ces deux caractères, contradictoires en apparence, réunis dans un même chevalier. Dans cet idéal chevaleresque, dont Bernard de Casnac semble s'être approché autant qu'il est possible de s'approcher de l'idéal, le sentiment religieux n'est qu'un trait toujours secondaire et le plus souvent effacé.

Cette féodalité est à la fois indifférente et superstitieuse avec une tolérance qui serait un de leurs plus beaux titres, si elle ne ressemblait pas encore plus à de l'indifférence, les barons confient aux Juifs des charges importantes; les réclamations de l'Eglise, les interdictions des conciles (concile de Montpellier, 1195) restent impuissantes; l'Eglise s'irrite, s'aigrit, et le concile d'Arles ordonne au comte de Toulouse de chasser les Juifs de toute sa baillie (27).

Les superstitions remplacent auprès de ces barons la foi absente ; elles excitent le dédain de Pierre de Vaux-Cernay, qui en triomphe avec une superbe arrogance. Nous connaissons l'augure que le routier Martin Algaïs tire du vol d'un aigle qui planait au-dessus de Castelnaudary. Comme dans l'ancienne société romaine, des hommes se consacraient particulièrement au métier d'aruspices.

En 1277, comparaissait, devant l'inquisition, Pierre Raymond Dupuy de Sorèze (28) : son seul tort avait été de se livrer à ces pratiques païennes ; sa confession compromit non-seulement des laïques, mais encore plusieurs ecclésiastiques, entre autre le célèbre Gui Falcodius, le futur pape Clément IV.

Ces superstitions ne ressemblent pas à celles dont !e moyen âge offre tant d'exemples ; elles ne se rattachent pas à ce qu'on pourrait appeler la mythologie du christianisme elles ont une origine toute romaine ; c'est une tradition païenne toute vivante. L'Eglise n'a pu l'étouffer; elle l'a même acceptée; elle a toléré bien d'autres abus qui ne sont qu'une trace persistante des antiques polythéismes grec et romain.

Ainsi, le poème de la croisade nous montre, dans les environs de Toulouse, une société qui rappelle celle dont Richard Cœur-de-Lion fut le héros, et Bertrand de Born le poète.

Ce sont les mêmes idées, les mêmes mœurs, les mêmes aspirations, les mêmes tendances, les mêmes passions, seulement moins exclusives, plus larges plus libérales : un esprit nouveau semble les pénétrer.

Cette civilisation toute féodale, sortie des plateaux et des montagnes du Limousin, a rencontré, sur les bords de la Garonne, une autre civilisation qui doit son éclat à l'industrie qu'elle active, au commerce dont elle étend les relations, à la science du droit dont elle propage les lumières. Bourgeoise et municipale cette civilisation exotique vient d'Italie, brille surtout dans les grandes villes du littoral de la Méditerranée et crée entre la France du midi et les cités italiennes des rapports nombreux et féconds; ces deux civilisations s'unissent, se mêlent et exercent l'une sur l'autre une influence réciproque qui n'est pas un des traits les moins caractéristiques de l'histoire du midi aux douzième et treizième siècles.

La France du sud a son génie dorien tourné vers les armes, se développant dans les montagnes de l'intérieur du pays, et son génie ionien, maritime et commerçant. Toulouse offre un singulier exemple de la fusion de ces deux génies elle était pourtant plus féodale que bourgeoise, plus guerrière qu'industrielle, plus agricole que commerçante, plus dorienne qu'ionienne.

Dans cette ville, comme dans la plupart des autres centres de cette société féodale et mondaine, l'Eglise ne doit pas avoir une place considérable; elle est reléguée dans les derniers plans, où son action est à peine sensible.

De même, le peuple, dont l'oppresseur peut encore être un héros de ce monde chevaleresque, est aussi un paria rejeté dans les degrés inférieurs de la société, il y souffre obscurément, mais avec impatience : le moment de la revanche viendra pour lui, comme pour l'Eglise : deux protestations, presque simultanées, quoique parties d'extrémités contraires, s'élèvent contre cette société brillante, frivole, corrompue, fière, dédaigneusement aristocratique celle du peuple sera l'hérésie celle de l'Eglise sera la croisade.

 

 

Le poëme de la croisade contre les Albigeois, ou l'Épopée nationale de la France du sud au XIIIe siècle : étude historique et littéraire : thèse pour le doctorat ès-lettres présenté à la Faculté de Paris / par G. Guibal,...

 

 

 

 

Aliénor d'Aquitaine protectrice des Troubadours et Trouvères<==

Les ligues féodales contre Richard Cœur de Lion et les poésies de Bertran de Born (1176-1194) <==

Chanson sur la mort du Roi Richard (Cœur de Lion) <==

 


 

(1)   Les poètes français, tome 1er, p.82

(2) Raynouard, tome 4, p. 144.

(3) Id.

(4) Id., p. 148.

(5) Raynouard, t. 4, p. 170.

(6) Raynouard, tome 4, p. 260.

(7) Id.,p.251.

(8) Raynouard, tome 4, p. 369.

(9) Savary de Mauléon, cité par Hurter, tome 2, p. 424, d'après un manuscrit du Vatican.

(10) Raynouard, tome 4, p. 54 et seq.

(11) Hurter, tome p. 295.

(12)Père Labbe, tom 11,,p.-48.

Nous ordonnons, disent les Pères du concile, que la veille des fêtes des saints on n'exécute, dans les églises, ni danses, ni salttations d'histrions, ni mouvements obscènes; que l'on n'y récite pas de chants d'amour, que l'on n'y chante pas de chansons car les désirs impurs pénètrent dans les esprits des auditeurs leurs yeux et leurs oreilles sont souillés. »

(13) Raynouard, tome 5, p. 251

(14) Raynouard, tome 4 p. 290.

(15) id.,p.356.

(16) Etudes sur la littérature espagnole, par M. J.-M. Guardia (Revue germanique,16 juillet l862, p177.).

(17)Raynouard, tome 5, p.45.

(18) Fauriel, p. 24t Mss., fo 42, p. 84.

E dic vos de lavesque que tant nes afortitz

Quen la sua semblansa es Dieus e nos trazitz,

(l9) Fauriel, p.474 ; Mss,,f"87,p.174.

E car sufric Tholoza mans mortal enugers,

Ges non es meravilha, ses faitz lo recobriers,

E car ne fe senhors garsos e pautoniers,

A nos totz e al comte ner donatz tals loguiers

Que totz nostres linatges pecaran els semdiers.

Ici encore, nous nous trouvons en présence d'un vers, dont le texte altéré ne présente plus aucun sens ; il est difficile de rétablir la véritable leçon; il est cependant possible d'imaginer que l'étourderie ou la précipitation du copiste ont resserré des mots qui devaient être lus séparément.

Ainsi, au lieu de dire : pecaran els semdiers ce qui est inintelligible, nous lirions volontiers : pieg auran els semdiers, auront pires les sentiers ; la suite des idées n'est dès lors plus troublée.

Robert de Pecquerny arrête sa pensée sur le châtiment réservé au comte de Montfort et à ses compagnons ; son inquiétude ne se borne pas à sa propre existence; sortant de ce cercle borné, il jette sur la destinée qu'ils préparent à leurs descendants, un regard plein d'angoisse et d'anxiété.

(20) Fauriel, p. -1OO-102; Mss., f° 18, p. 36.

Li casatz de la terra, cavaler e borzes,

Cant auziron la carta que legida lor es,

Dizon que mais voldrian estre tuit mort o près,

Queli aiso sufrisan ni o fessan per res

Doncs serian tuit sers o vila o pages.

(21)Fauriel, p100; Mss.,f 18,p.35.

E mas de doas carns eli no manjaran,

Ni ja draps de paratge poichas no vestiran

Mas capas grossas brunas, que mais lor duraran.

(22)Fauriel, p. 268 Mss., f 48 et 49, p. 9-97.

E si pretz e paratges non restaura per vos,

Doncs es ja mortz paratges e totzl)o mons enuios.

(23) Fauriel, p. 420 Mss., f° 77, p. 154.

NBertrans de Pestilhac, que milhurals demans.

(24) Pierre de Vaux-Cernay, Historiens de France, tome 19 p. 98.

 (25) Doat, tome 22, f 35.

(26) Fauriel, p. 522 Mss., fo 96, p. 192

Ab tant veus per la vila una gran resplendor;

Quels defen e restaura els torna en color,

 En Bernartz de Casnac es vengutz al Santor,

Ab bona companhia, ab cor defendedor…..

 Anc no vis per dreitura segon de sa ricor,

 Pus adreit cavalier, plus complida lauzor,

 Quel a sen e largueza e cor demperador,

E govema paratge e capdeta valor

Per restaurar dreitura e per franher dolor,

Venc amparar Toloza el comte per amor.

(27) Fauriet,p.98;Mss.,f°t8,p.35.

(28) Collection Doat, tome 29, f 269.

Après 3 années passées dans son royaume de Naples, le "Bon Roi René", duc d'Anjou, acquiert le Manoir de Launay en 1444.

René d’Anjou - Launay les Saumur Livre des tournois ou Traictié de la forme et devis d’ung tournoy

Le petit château de Launay, qu’on aperçoit dans la vallée, sur la rive droite de la Loire, à une lieue au-dessus de Saumur, et qui paraitrait aujourd’hui bien modeste pour une simple gentilhomme, était cependant celui ou René se plaisait le plus lorsqu’il résidait en Anjou.

Environné de vastes vergers et de jolis jardins, des haies vives, composées d’aubépines, d’églantiers, forment seuls son enceinte et sa défense. Les appartements du rez-de chaussée sont ombragés par une grande treuille qui tient lieu de péristyle. La clématite, le chèvrefeuille, s’entrelacent autour de ses légers supports du haut desquels ils retombent en festons. De beaux ceps de muscat sont plantés près des murs : les uns étendent sur la treille leurs flexibles sarments chargés de grappes.

C’est là, dans cette paisible et simple retraite, que René passe ordinairement la belle saison ; c’est là qu’il encourage par son exemple et des bienfaits, ces nombreuses plantations d’arbres fruitiers et champêtres qui, dans la suite transformèrent la vallée d’Anjou, alors en grande partie marécageuse, en un verger immense qui a mérité à ce fertile canton d’être appelé le jardin de France.

Ce petit manoir, alors même que le prince y résidait, était ouvert à tous venants ; l’amour et la fidélité des Angevins veillaient seuls à sa garde.

René jugeait aussi à Launay, mais il ne jugeait que les peintres, les poètes et les musiciens ; il laissait à ses tribunaux le soin de prononcer, en se conformant aux lois, sur les biens, la vie et l’honneur de ses sujets. Ses goûts paisibles, ses talents éminents, attiraient à sa cour les troubadours, les trouvères et les artistes plus renommés. Ils le consultaient sur leurs ouvrages ; les uns lui récitaient leurs poèmes, les autres les chantaient. La complainte langoureuse des Angevins, la chanson vive et légère des Provençaux, existaient tour à tour, soit une joie badine et folâtre, soit cette douce mélancolie qui dispose l’âme à de tendres sentiments. Ces agréables passe-temps, auxquels il faut ajouter de brillant tournois, amenaient à la cour d’Anjou une foule d’étrangers qui la considéraient, avec raison, comme la plus noble école de courtoisie.

Les jours de fêtes, nombre d’habitants de Saumur, de la Vallée et des coteaux, se réunissaient sur les belles pelouses vertes et ombragées de Launay, et dansaient joyeusement, les uns au son de la musette angevine, les autres à celui du galoubet et du tambourin provençal ; souvent ils avaient la satisfaction de voir, à ses fenêtres, leur bon roi, souriant à leurs jeux et paraissant oublier ses peines et ses malheurs en jouissant du bonheur de ses sujets.

 

Gaspard de Cossé, ou de Cossa, mourut à Naples, sous le règne de Charles VIII, sans avoir été marié. Il fut, comme son père Jean, tendrement aimé de René, qui le nomma son conseiller et son chambellan.

 Une lettre de ce prince, écrite du château de Launay lès Saumur, le 10 aout 1464, nous apprend que Gaspard fut envoyé auprès de Jean d’Anjou, pour détourner de prendre part à la guerre du bien public. Marguerite de Cossa, sa sœur, épouse d’Honoré de Lascaris, et l’une des héroïnes de la Provence, fut, suivant l’expression de l’historien César Nostradamus, capitainesse de chasteau de Castellane.

 

René avait vu cette révolte avec douleur. Opposé au soulèvement général qui entraînait presque tous les princes du sang, il écrivait à son fils, de Launay-lez-Saumur, le 10 août 1461 :

« Mon filz, monseigneur le roy, m'a présentement escript par Gaspar Cosse, et aussi envoie le double d'unes lettres, que lui avez escriptes, lequel par ces lettres me fait sçavoir qu'il envoie devers vous le seigneur de Precigny, et que de ma part je voulsisse aussi euvoier devers vous aucuns des miens qui me fust feable.

Mon filz, vous savez ce que je vous ay fait savoir par l'evesque de Verdun, de la vouleulé du roy et de la mienne aussi; toujours m'avez esté obeissaut jusques apresent, encores, si vous estes saige, ne commencerez-vous pas à ceste heure à se autrement, et je le vous conseille pour vostre bien et honneur; et sur ce veuillez croire et aussi faire, et accomplir ce que vous dira de ma par mondit seigneur le roy et moy, ledit Gaspar, que j’envoie devers vous pour ceste cause; autrement, je ne pourroye estre coutent de vous. Nostre-Seigueur soit garde de vous.

» Votre père, RENÉ. »

 

L’agrandissement et embellissement font de Launay pour René et Isabelle de Lorraine, sa première épouse, puis Jeanne de Laval, sa seconde épouse, une demeure de prédilection où est organisé le tournoi légendaire de la "Joyeuse Garde".

 

 

 

 

 

Recherches historiques sur l'Anjou, Volume 1

De Jean François Bodin

 

 

 Le roi René duc d’Anjou et le château d’amour de Saumur - Livre du cœur d'Amour épris <==.... ....==>

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