PHystorique- Les Portes du Temps

10 novembre 2019

Poitiers, Hôtel Fumée et les Légendes du Poitou - Mélusine, licorne et le dragon

Poitiers, Hôtel Fumée et les Légendes Poitou - Mélusine, licorne et le dragon

Construit à la fin du XVe siècle et au début du XVIe siècle pour une riche famille de magistrats, l’hôtel comporte deux corps de logis. L'Hôtel Fumé doit son origine à Pierre Fumée de la Perrière, dont la famille était depuis longtemps connue, non seulement en Poitou, mais en Anjou et en Touraine. Originaire du sud de l’Anjou et seigneur de la Perrière, Pierre Fumée devient membre du corps de ville de Poitiers en 1463 après avoir été avocat aux Grands Jours de Poitiers en septembre 1454 et aux Grands Jours de Thouars en 1455.

Le logis sur cour, le plus ancien, est flanqué d’un escalier en vis qui dessert les deux bâtiments reliés par une galerie de circulation. Celle-ci est une construction légère à pans de bois, portée par quatre colonnes enveloppées de moulures en spirale.

La façade sur rue, du second bâtiment, est un des plus beaux exemples de l’architecture civile gothique flamboyante. Elle s’articule en deux avant-corps aux angles arrondis percés par un passage couvert de trois voûtes d’ogives.

Une moulure continue sépare clairement les parties haute et basse du bâtiment. La partie haute de l’hôtel renforce l’aspect de « château médiéval » avec les petits toits en poivrières, les créneaux et el faux mâchicoulis qui surmonte la partie centrale.

De chaque côté de la porte, qui forme un biais, deux pavillons s’avancent en saillie. Ce caractère défensif est largement  racheté par la richesse des sculptures qui ornent les fenêtres, les lucarnes, et toutes les surfaces susceptibles de se prêter à la décoration.

Au pavillon de gauche, sur l’une des consoles qui soutiennent l’encadrement de la fenêtre, remarquez ce corps, moitié poisson et moitié femme, qui porte en mains un peigne et un miroir. C’est évidemment l’image de la Fée Mélusine dont la légende est si connue en Poitou.

 

Poitiers, Hôtel Fumée et les Légendes Poitou - Mélusine, licorne et le dragon (1)

L'HISTOIRE DE MÉLUSINE

Mélusine était née brune, brune de peau sur tout le corps, brune comme une mêle  bien mûre. Son père, qui était roi au pays des Cabournes, fut déçu et irrité en la voyant si brune, si brune, et il s'emporta avec une violence extrême quand il entendit les dames de la cour chuchoter et rire, et parler de mêle à propos de l'enfant. Il dit à la reine :

« J'exige, madame, que vous quittiez à jamais le château avec cette espèce de créature dont la venue au monde me rend ridicule et déshonore notre race illustre. » Il donna des ordres sévères et précis pour que l'infortunée reine et la petite princesse, nommée déjà en dérision par tout le monde Mélusine, fussent emmenées et abandonnées loin du château royal. Et comme il était aussi malhonnête que cruel, il prit soin de recommander qu'on dérobât à la reine l'anneau fait pour elle d'un rayon de lune par la douce fée nocturne Séléna, et qui permettait de voir à l'intérieur des gens malades.

Le roi des Cabournes était redouté. Il fut obéi à la lettre. Et quand le seigneur capitaine de ses gardes qu'il en avait chargé lui rapporta l'anneau magique, il tua ce seigneur capitaine, net, pour être quitte avec lui.

Après deux jours et une nuit de voyage dans un char grossier, la reine toute triste et sa petite Mélusine avaient été abandonnées au milieu d'un bois, à un endroit où coulait un ruisseau dont l'eau brûlait les gens, et cela depuis que le braconnier Goudrille y avait lavé son coutelas après avoir tué, en manière de jeu, la biche blanche de la fée Mérienne, pendant que l'une et l'autre dormaient au soleil de midi. Heureusement pour la reine on était à la fin d'août, dans une période de sécheresse, et le ruisseau pouvait être facilement franchi sur ses grosses pierres. La reine le traversa et marcha jusqu'au soir. Ce n'est que le lendemain qu'elle arriva, épuisée et souffrant de la faim, à une petite ville célèbre pour sa Fontaine-de-Soif, Lusignan.

La mère de Mélusine eut la chance, en mendiant dans la cour de l'auberge à renseigne du Grand-Bilardier, d'en émouvoir la patronne, qui était charitable et surtout avait besoin d'une femme pour l'aider durant la semaine de la foire aux grains nouveaux qui allait s'ouvrir. La reine s'acquitta si bien de sa rude besogne que, la foire finie, la patronne du Grand-Bilardier la garda.

Le temps passa. Mélusine, toujours la peau brune, si brune qu'elle faisait penser à la peau d'une mêle chope, avait attrapé ses seize ans. Elle était vraiment laide, mais, par exemple, elle avait une vive intelligence, beaucoup de raison et un grand courage. Elle était bonne et aimait infiniment les animaux, qui sont, eux aussi, des créatures du ciel sans en avoir reçu pourtant la faculté de discernement qu'il a donné aux hommes, à peu près en pure perte.

Il advint que la mère de Mélusine dépérit d'une façon inquiétante. Personne ne pouvait dire quel mal la minait, ni Ricoine, le rebouteur bavard, ni la Grêlée, commère des sabbats, qui avait gardé d'une ancienne picote la figure toute picassée.

Cependant, Mélusine avait appris de sa mère sa naissance sur le trône et l'existence de la bague qui permettait de voir à l'intérieur des gens malades. — Elle résolut d'aller au pays des Cabournes et d'en revenir avec la bague, dût-elle la prendre malgré le roi.

Un matin de mai elle partit. Elle ne s'arrêta que le soir, à l'entrée de la forêt où les gardes de son père, par une lâche obéissance, avaient conduit leur reine et leur petite princesse. Elle mangea un morceau de pain, puis hardiment s'engagea sous les arbres.

La nuit venait, une belle nuit transparente comme celle où la douce fée Séléna, courbant et enroulant autour d'un roseau un rayon de lune, en avait fait la bague destinée à la malheureuse épouse du tyran qui régnait au pays des Cabournes.

Mélusine allait dans la forêt : Sur toutes les feuilles, sur toutes les branches et sur foutes les pierres et les mousses, tombaient du ciel d'éclatantes gouttes de lumière. Tout à coup elle se. trouva en présence d'une vieille femme qui lui dit :

 « Je suis appelée la Bistraque, sans doute à cause de mes jambes bisfournées... » Cette femme s'aidait d'un bâton pour se mouvoir et portait sur une épaule un crapaud familier qui n'était autre que son mari mué par le diable. « Je sais qui tu es et où tu vas, poursuivit la Bistraque. Tu peux y arriver très vite si tu consens à faire ce que je vais te proposer... Personne encore n'a voulu m'entendre et combien ont eu à le regretter !

— Mais qu'attendez-vous donc de moi ? madame. » Comme Mélusine lui avait dit madame, la Bistraque se sentit en confiance.

« Il faut que j'aille à Lusignan et que j'y sois avant le jour... Echangeons nos jambes.

— Echanger nos jambes !...

— Ah ! laisse-moi achever, Mélusine. Je suis assez puissante pour commander à des êtres et des choses que tu ne peux rencontrer sans mon ordre, de t'aider et secourir dans la dernière partie de ton voyage, si bien qu'au petit jour tu seras en possession de la bague de lune.

— Voyons  voyons, ma chère dame, répondit Mélusine, si vous êtes assez puissante pour faire ce que vous me dites, ne serait-il pas plus simple de parler et agir directement pour votre propre compte. Sans plus attendre, commandez donc, aux êtres et aux choses qui sont à vos ordres de vous aider dans votre voyage à Lusignan ; d'ailleurs la route est bonne.

— Mon pouvoir n'est pas universel, il se borne à cette forêt. Ecoute-moi. Ce crapaud sur mon dos, pour lui rendre la forme d'homme qu'il avait à notre mariage, je dois le tremper dans l'eau bénite, qui réduit à néant tous les maléfices du démon.

.- Alors, prenez mes jambes », dit Mélusine. Ce fut l'affaire d'un millième de seconde et la Bistraque disparut.

Comment Mélusine va-t-elle pouvoir avancer avec de telles jambes? et dont elle n'a point l'habitude, pardi. Pauvre Mélusine ! pauvre sa mère! Pourtant... mais oui... voilà, de chaque côté, les buissons et les arbres fuyant derrière elle ; ils déroulent et entraînent le chemin sous ses pieds. Et Mélusine est bientôt au bord du ruisseau qui brûlait les gens depuis que le braconnier Goudrille y avait lavé son coutelas, rouge d'avoir saigné la biche endormie chère à la fée Mérienne. Mais il a été grossi de pluies récentes, et les pierres sur lesquelles on peut le franchir en été sont recouvertes par l'eau ardente. Mélusine est embarrassée.

 « Mélusine !... » C'est un serpent qui lui parle. Elle le regarde, puis lève la tête et voit sur les branches toutes sortes d'oiseaux, et autour d'elle il y a des renards, des cerfs, des chevreuils, qui la contemplent paisiblement. « Mélusine, répéta le serpent, tu as donné tes jambes à notre vieille amie la Bistraque, et nous sommes là par son ordre.

Poitiers, Hôtel Fumée et les Légendes Poitou - Mélusine, licorne et le dragon (2)

Tu ne peux traverser le ruisseau sans te brûler si fort, si fort que tu devrais renoncer à ton voyage. Heureusement, je vais te procurer le moyen de marcher sans danger dans l'eau qui brûle les hommes, et non les bêtes. J'ai là, dans mon trou, deux peaux, celles de mon oncle serpent et de ma tante serpente. J'ai bien encore, à dire vrai, celles de mon père et de ma mère, mais comprends, je ne veux point m'en séparer tant qu'il m'en reste d'autres. Tu enfonceras tes jambes dans les peaux de mon oncle et de ma tante (un brave serpent et une brave serpente !) et tu traverseras le ruisseau sans dommage.

— Merci, dit Mélusine — Seulement, en mémoire et reconnaissance de ce que je fais pour toi cette nuit qui suit un jour de samedi, chaque samedi de ta vie tu repouilleras un instant ces deux peaux, n'est-ce pas? Mélusine

 — Je te le jure, serpent

— Mon nom est Fisson

— Je te le jure, Fisson ». Ayant fourré ses jambes dans les peaux de l'oncle et de la tante de Fisson, Mélusine passa le ruisseau sans le moindre inconvénient. Arrivée sur l'autre bord, elle s'assit, quitta les peaux, les secoua les roula et les mit soigneusement dans sa poche. Puis comme elle se levait pour reprendre sa route, une énorme chouette apparut apparut lui dit :

« Tu as donné tes jambes à notre vieille amie la Bistraque et je suis là par son ordre. Passe doucement tes mains sur mes ailes ; celles-ci s'élargiront, je te les céderai et tu pourras aisément arriver non loin des murs crénelés du château royal des Cabournes... »

Lorsque Mélusine en eut les ailes, la chouette lui recommanda : « En mémoire et reconnaissance de ce que je fais pour toi, chaque samedi de ta vie tu reprendras un instant mes ailes

 — Je vous le jure... Mais vous qu'allez-vous devenir, sans ailes désormais ?

— Baste ! ou rien ou le grand-duc des Carquelins que j'étais quand un enchanteur facétieux qui voulait me ravir le trône de mes ancêtres m'a changé en chouette.» Hélas ! à peine eut-il fini cette phrase, qu'une flèche le cloua au sol.

Mélusine se baissa sur le malheureux grand-duc... Un coup assez rude dans le dos la fit choir et elle aperçut un énorme sanglier tout essoufflé « Par ma mère, la reine Treue, j'arrive à temps ! fit-il.

Mélusine, prends cette dent que vient de me briser d'un Coup d'épieu, du côté de Coulombiers, Raymondin qui en a maladroitement tué son oncle le comte de Poitiers. Elle te servira. Je te l'apporte par le commandement de notre amie la Bistraque. Garde-la toujours et souviens-toi : je suis le prince Verrat. » Et il s'enleva et partit dans un bond prodigieux.

Mélusine prit son vol. Elle était heureuse à l'idée de pouvoir si facilement arriver au château de son père. Mais soudain ses ailes furent comme paralysées et elle retomba sur le sol. Qu'y avait-il donc ? Simplement ceci, qu'elle était à la limite de la forêt et que le pouvoir de la Bistraque n'allait pas plus loin.

Mélusine commençait à s'inquiéter, d'autant plus que ses longues ailes la gênaient pour marcher quand déjà, avec les vieilles jambes bistournées de la Bistraque, elle n'était guère avançante. Soudain une belle et lourde dinde se montra.

« Je suis la reine Perote, dit-elle, et parce que j'étais trop orgueilleuse, ne songeant qu'à humilier les plus nobles dames et grands seigneurs de mon royaume, ces grands seigneurs et ces nobles dames obtinrent de la fée protectrice de nos basses-cours qu'elle me condamne à vivre sous l'apparence où tu me vois. Honteuse, j'ai laissé le trône et quitté mon royaume.

— N'y retournerez-vous point ?

— Jamais, à moins que la prédiction du noir fantôme Bergaud la Carcasse ne se réalise : qu'une mêle ait pitié de moi et me ramène en mon pays... Vous imaginez, bonnes gens !... une mêle?

— Serait-ce moi? » haoarda Mélusine, qui rapidement expliqua d'où elle venait, où elle allait et pourquoi et comment elle ne pouvait pas voler plus loin.

« Cela va s'arranger, affirma la reine Perote ; j'ai en effet reçu, à mon berceau, de la sorcière Pibole, dont la voix mélodieuse produit des enchantements, le droit d'obtenir des vents qu'ils transportent aux lieux que je leur indique les oiseaux blessés ou perdus aussi bien que les fruits détachés des arbres. Vous êtes fruit, princesse Mélusine, bonne et opportune mêle.

 — Fruit ?... ce n'est peut-être pas très, très sûr, objecta l'honnête Mélusine.

— On peut toujours essayer » proposa, finaude, la reine à forme de dinde. Et elle commanda : « Vents soumis à ma volonté par l'enchanteresse Pibole, reconnaissez-moi et servez-moi. » Mélusine, aussitôt après avoir ouï ces paroles, sentit les vents la soulever. «

— Vite, prenez-moi dans vos bras, Mélusine ! » Mélusine prit dans ses bras la reine Perote, et les vents les emportèrent.

— Que vais-je faire de vous?» demanda Mélusine en volant

« - Quand je vous le dirai, vous ouvrirez les bras, nous serons alors au-dessus de la fontaine de Repentir et Bonnes-Résolutions. Je m'y baignerai et j'y reprendrai mon premier aspect pour retrouver ma place de reine. » Encore un instant de vol et Perote avertit Mélusine :

« Attention ! nous approchons... Princesse, pour ce que je vous dois, je vous délègue mon pouvoir sur les vents. Ne craignez point qu'ils' vous soient infidèles... Ouvrez les bras, nous survolons la fontaine de mon salut. »

 Et Mélusine ouvrit les bras.

Poitiers, Hôtel Fumée et les Légendes Poitou - Mélusine, licorne et le dragon (4)

Elle continua seule dans la nuit claire... Elle franchit les murs crénelés du château de son père et n'eut point à redouter dans le chemin de ronde les terribles mâchoires des loups voraces en liberté dès le coucher du soleil. Elle approcha de la tour où dormait le tyran. En se servant de la dent du sanglier Verrat, elle ôta de leurs plombs les vitraux d'une fenêtre et entra dans la chambre où, d'après les indications de sa mère, elle pensait trouver le roi. Il n'y avait personne. Mélusine s'était trompée de fenêtre. Au-dessous d'une grande toile d'araignée, sur un vieux meuble était un miroir. La lune qui allait disparaître après avoir brillé sans cesse avec un éclat extraordinaire, y mettait une lumière, étrange. Mélusine l'examina à cause de la lumière qu'il réfléchissait. Elle s'y regarda simplement, se sachant laide et n'enviant la beauté d'aucune autre fille.

Elle se disait avec piété que la reine sa mère infortunée avait vu autrefois sa noble image dans ce miroir et elle le caressa. Tout à coup, elle eut l'impression qu'un visage d'une finesse et d'une blancheur incomparables, s'échappait de cette glace. Elle ferma les yeux inconsciemment. Elle entendit alors ces mots, comme en rêve et pourtant réellement articulés

 « J'attendais qu'une demoiselle se regarde en moi sans nulle coquetterie, je l'attendais celle-là pour lui donner les plus beaux traits de fille au monde, le plus souple corps, le mieux fait et du plus gracieux maintien. » Il semblait maintenant à Mélusine que les vieilles jambes de la Bistraque se redressaient et la portaient légèrement... A cet instant l'huis de la chambre s'ouvrit en grinçant sous une poussée brutale. Le roi était devant Mélusine que le jour naissant baignait, pure, droite, fine.

« Qui es-tu ? » demanda la voix âpre du tyran.

Mélusine, ferme en son propos, répondit ! « Votre fille.

— Toi, la Mêle, toi, aujourd'hui si belle !...

— Si belle, répétait tout bas Mélusine.

 — ...si blanche!., s'écriait le roi

— Si blanche, répétait tout bas Mélusine

— si blanche, reprenait le roi, si... »

Il n'en put dire davantage : de surprise et saisissement il chut sans connaissance. Mélusine émue allait tenter de le ranimer, elle s'agenouillait auprès de lui... Mais brusquement, elle se rappela le but de son long voyage et le grand dépérissement de sa mère.

Elle fouilla le roi et trouva dans une poche secrète de son pourpoint de cuir la bague de lune qui devait révéler le mal où la reine exilée s'acheminait vers la tombe. Mélusine baisa son père au front, et sauta sur la fenêtre. Les vents loyaux l'y avaient attendue.

A peine Mélusine eut-elle quitté la tour qu'un jeune chevalier entra d'un pas résolu dans la chambre où le roi gisait évanoui.

« Ah bon ! dit-il, avec une certaine satisfaction, il y a déjà la moitié de la besogne de faite ! » Et il planta carrément son épée dans la poitrine du roi des Cabournes. Puis il s'en retourna du même pas résolu qu'il était venu. C'était le fils du seigneur capitaine qui seize ans auparavant avait dérobé pour le roi la bague de la fée Séléna.

Pendant que les vents la ramenaient à Lusignan, Mélusine vit sur son corsage une fine araignée dont le corps avait l'éclat d'un diamant.

 « Je suis la fée Arentelle, conta l'araignée, et tu m'as délivrée de ma captivité dans cette chambre toujours close où je naquis. J'étais derrière le miroir tout à l'heure et quand tu l'as tenu dans tes mains, j'ai passé sur ta manche. Tu pouvais me tuer, fâchée de me voir sur ton corsage. On tue généralement les araignées. Tu m'as laissé la vie. Je vais t'en récompenser selon mes moyens : Chaque fil que nous fabriquons nous transmet les pensées des fées, magiciens, génies, démons, spectres et sorciers, ainsi que tous les arrêts des destins.

Immobiles au milieu de nos toiles sensibles qui vibrent perpétuellement, nous écoutons l'avenir, et nous apprenons tout ce qui sera, par quoi s'expliquent ce qui fut et ce qui est

 — Comment l'entendez-vous » demanda Mélusine, qui aimait assez la précision. Et l'araignée exposa ceci :

« C'est le passé qui est dans un perpétuel devenir, par l'apport incessant du présent, lequel est de l'avenir devenu sensible aux hommes. Ceux de demain ont été notre cause. L'avenir est antérieur au passé.

— En somme, docte Ar an telle, conclut Mélusine, j'étais avant que ma mère fût et je suis la mère de ma mère!...Ah ! vous êtes bien une araignée.

— L'humanité tourne le dos au sens où va le temps », répliqua posément Arentelle. Puis elle poursuivit : « Mélusine, bientôt, tu rencontreras au bord de la Fontaine-de-Soif, à midi, le prince Raymondin de la maison de Lusignan. Tu l'épouseras et tu lui construiras un château sur la colline. Tiens pour assuré que ton devoir ici-bas est de détourner, par affection et raison, Raymondin de sa passion pour la chasse, où avec ses faucons et éperviers, il fait souffrir tant de bêtes. A la place, tu lui inspireras le souci de réaliser le bonheur de son peuple et de donner à chacun l'exemple d'une foi très grande.

— Moi, je pourrais cela ? fée Arentelle.

— Oui, parce que tu es bonne, intelligente et jolie, Mélusine, la plus jolie.

-- La plus jolie? C'est à n'y pas croire » murmura Mélusine, qui eut en soi un goût de miel à faire, oublier la terre. « Et après, déni anda-t-elle, qu'adviendra-t-il ? » Mais, Arentelle, sans prophétiser plus longuement, descendit au bout d'un long fil, jusqu'à un cyprès, non loin de Lusignan ; puis elle rompit le fil et dit adieu à Mélusine.

Et Mélusine, en se courbant pour rattraper la sage araignée, laissa glisser sans s'en apercevoir la dent du prince Verrat. Il valait mieux au reste qu'elle ne s'en aperçût pas.

C'est aux portes de la petite ville que Mélusine trouva sa mère. ; impatiente, la reine s'y était fait transporter. « Comme te voilà belle ! mon enfant. Je n'aurais jamais, jamais espéré te voir si belle !... Tu as été très courageuse, Mélusine, et je te bénis. Garde pour toi la bague que la fée Séléna fit d'un rayon de lune qu'elle courba et enroula autour d'un roseau de mon cher pays. Je n'ai plus besoin de rien parmi les pécheurs. Ton père a expié.

— L'ai-je donc tué ? mère.

— Non, Mélusine, son heure avait sonné. Sache qu'il ne peut entrer au ciel sans moi, sans que mon âme intercède pour la sienne. Il m'appelle, il m'attend. .Je vais vers lui ». lit la sainte femme expira.

Et un jour plein de soleil et d'espérances fleuries, Mélusine, à midi, étant à la Fontaine-de-Soif à Lusignan, vit arriver un jeune seigneur en tenue de chasse...

 « Belle dame, lui dit-il, j'ai soif, donnez-moi à boire.

— Seigneur, s'il vous plaît, penchez-vous sur la fontaine et buvez ; il y a plus d'eau en vérité que votre soif n'est grande

— Si vous êtes celle que je devais trouver ici, reprit le seigneur, vous savez mon nom et pourquoi je suis venu, car cette eau ne m'est de rien. » Mélusine le regarda longuement de son franc regard et dit seulement : «Raymondin ».

Le mariage eut lieu avec tout l'éclat convenant à une telle union. Mélusine, pour être libre de tenir ses serments avait fait jurer à son époux de ne point chercher à pénétrer dans sa chambre ni à la voir le samedi après-midi. Celui-ci y avait consenti en toute quiétude et sincérité. Ainsi Mélusine, chaque samedi, en mémoire et reconnaissance, et comme elle l'avait promis, pouillait les peaux de l'oncle et la tante du bon serpent Fisson et se mettait les ailes de chouette du grand-duc des Carquelins si fataliste et si vilainement occis.

Le château de Lusignan avait été merveilleusement construit par Mélusine. Et Raymondin, délaissant à peu près complètement la chasse, avait interdit la fauconnerie sur ses terres. Il se consacrait surtout au bien-être de son peuple, qui, au fond, le trouvait un peu godiche en raison de sa docilité aux suggestions de sa femme, mais l'aimait bien quand même. En somme, Raymondin, Mélusine et le peuple faisaient des voeux pour que ça dure.

Mais les barons de la cour faisaient exactement les voeux contraires. Ils regrettaient les grandes tueries d'animaux dans la forêt de Coulombiers, et les plus âgés ne tarissaient point dans le récit des chasses du temps de l'oncle de Raymondin, le comte de Poitiers, encore que celui-ci y eût laissé la vie.

Mélusine avait un remords, celui d'avoir perdu la dent du sanglier Verrat ; mais elle eut un fils à qui une dent poussa toute semblable à celle de ce sanglier et par là Mélusine fut rachetée. On appela l'enfant Geoffroy à la Grand Dent.

Les barons délibérèrent de tirer avantage contre Mélusine de cette dent de sanglier au fils de Raymondin leur seigneur. Ils envoyèrent secrètement un messager au frère de Raymondin le comte de Forez, qui arrivait à Lusignan peu après, un samedi, veille de la fête de Noël cette année-là

— « Mon frère, dit-il, à Raymondin, trouvez-vous donc naturelle cette dent de sanglier dans notre lignée ? Ne comprenez-vous pas que c'est oeuvre de Satan, avec qui votre femme s'enferme et a commerce chaque samedi.

— Par Mauprié! j'en aurai le coeur net » s'écria Raymondin. Incontinent il saisit son épée et monta à la chambre de Mélusine. La porte en était fermée ; il y fit un trou avec la pointe de son arme et vit Mélusine avec ses grandes ailes ; il crut distinguer que son corps finissait en forme de serpent. Fou de colère, il enfonça la porte et s'élança l’épée haute sur Mélusine, qui poussa un grand cri de terreur...

Mais les vents que la reine Perote avait soumis à Mélusine lui étaient demeurés fidèles (ils la transportaient à son gré à Niort, Parthenay, Châtelaillon, La Rochelle, Mervent). Au cri de terreur, quittant leurs jeux sur la tour, ils étaient entrés et au moment où l'épée allait s'abattre et tuer, ils emportèrent Mélusine par la fenêtre. Raymondin s'agenouilla et pleura.

Depuis, chaque fois que la veille de Noël est un samedi, Mélusine revient et appelle, d'un cri déchirant, son enfant Geoffroy à la Grand Dent.

Poitiers, Hôtel Fumée et les Légendes Poitou - Mélusine, licorne et le dragon (3)

 

La Grand’Gueule. — C’est à l’abbaye de Sainte-Croix que se rattache l’histoire de ce monstre effrayant. Cette figure, jadis très-fameuse à Poitiers, était en bois sculpté et colorié ; elle représentait un dragon ailé, la gueule béante, le corps couvert d’écailles ; sa croupe recourbée se terminait par une queue de scorpion, et ses pattes étaient armées de griffes crochues.

Relégué pendant toute l’année dans les greniers de l’abbaye de Sainte-Croix, ce monstre en sortait aux jours des Rogations avec la sainte relique de la vraie Croix, pour être porté triomphalement en tête des processions générales, au bout d’un long bâton, par un homme vêtu d’un surplis par-dessus son habit bourgeois, et coiffé d’un chapeau militaire avec une cocarde.

La Grand’Gueule était alors ornée de banderoles, de rosettes et de livrées brillantes ; et, tandis que sur son passage les uns s’inclinaient humblement, d’autres moins respectueux, mais non moins confiants sans doute dans sa puissante intervention, jetaient dans le gouffre toujours ouvert de sa gueule béante des cerises, prémices des fruits de l’année, des tartelettes et autres pâtisseries, parmi lesquelles se distinguait surtout le casse-museau, ce produit poitevin que nous avons vu détrôné, malgré son antique popularité, par un usurpateur révolutionnaire qui valait moins que lui.

Quelle était l’origine de ce singulier usage ? Que représentait cette figure étrange ? Était-ce un souvenir du fameux serpent d’airain élevé dans le désert ? était-ce le symbole allégorique de l’idolâtrie, de l’hérésie, de l’arianisme, marchant devant la croix victorieuse qui les avait terrassés et vaincus ? Était-ce une réminiscence du paganisme qui avait représenté le dieu de la lumière chassant devant lui le dieu des ténèbres ?

C’étaient là les suppositions des gros bonnets de la science. Le peuple, lui, ne voyait dans la Grand’Gueule que l’effigie authentique d’un monstre bien réel, ayant existé en chair et en os, et s’étant repu, pendant de longues années, du sang des malheureuses filles de Sainte-Croix, assez imprudentes pour s’égarer dans les souterrains des caves de l’abbaye qui lui servaient de repaire.

Puis, selon les uns, le dragon, traversant les airs à la vue de sainte Radégonde, aurait été frappé de mort tout simplement par l’effet foudroyant d’une prière fervente que la Sainte avait adressée à Dieu ; selon d’autres, il aurait succombé sous les coups d’un criminel auquel on avait fait grâce de la vie, à condition qu’il tuerait le monstre, mais qui fut empoisonné par son haleine empestée et périt dans son triomphe.

Qu’était-ce donc que la Grand’Gueule ? Nous vous conseillerons, ami lecteur, d’aller demander à nos confrères les antiquaires de Metz ce qu’était le Graouilli, dragon ailé qu’on promenait dans cette ville aux jours de saint Marc et des Rogations ; à nos confrères de Rouen, ce qu’était la Gargouille ; à nos confrères de Tarascon, ce qu’était la Tarasque ; à nos confrères de Paris, ce qu’était le monstre volant que l’on promenait aussi dans les processions, et partout avec grand renfort de pâtisseries et de gâteaux : ils vous répondront que c’étaient des monstres audacieux qui avaient commis de terribles ravages, et qui avaient succombé sous l’intervention protectrice des saints patrons du pays.

Cette identité, si remarquable dans des faits qui n’ont pu se passer identiques dans un si grand nombre de lieux différents, nous porterait à incliner vers les interprétations allégoriques qui ont pu se prêter partout aux mêmes sens, et donner lieu par conséquent partout aux mêmes manifestations.

Quoi qu’il en soit, l’effigie de la Grand’Gueule, après avoir été reléguée dans divers lieux indignes d’elle, figura pendant quelques heures dans un musée, et fut réclamée par l’autorité ecclésiastique, qui lui accorda un refuge honorable dans la bibliothèque du grand-séminaire.

Là, le poitrail du monstre déchu étale aux yeux le nom de son auteur, la date de son exécution, sa croupe impuissante, son dard inutile, et c’est en vain, croyons-nous, que sa gueule, insatiable autrefois, attend depuis de longues années sa pitance des temps passés.

Elle la trouverait difficilement, même une fois par an, dit-on, dans les reliefs des friandises qui surchargent rarement la table de ses nouveaux hôtes.

Poitiers, Hôtel Fumée et les Légendes Poitou - Mélusine, licorne et le dragon (5)

Revue poitevine La Grand'goule : les lettres, les arts, la tradition, les sites.

Guide du voyageur à Poitiers et aux environs, 1872

 Licorne. Poitiers, Hotel Fumé, Poitiers, toit de la tour du logis

Hotel-Fumé-Poitiers-licorne-installée-sur-le-toit-de-la-tour-du-logis-200x300

ARMMA

Accéder à la liste Existant Construit en face des bâtiments de la Prévôté, l'Hôtel Fumé constitue un des plus remarquables édifices résidentiels érigés dans la ville de Poitiers entre la fin du XVe siècle et le début du XVIe.

http://base-armma.edel.univ-poitiers.fr


.

 ==> A la découverte des chemins du Poitou secret et mystérieux

==> La légende du Chevalier et du dragon dans le Marais Poitevin, (Loch Ness du Poitou)

==> Légendes du Poitou et le royaume de la fée Mélusine.

==> Le château de Mélusine de Lusignan

Posté par thierryequinoxe à 23:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,


Le 5 septembre 1661, le surintendant des Finances, Nicolas Fouquet, est arrêté sur ordre de Louis XIV par d’Artagnan

time travel Le 5 septembre 1661, le surintendant des Finances, Nicolas Fouquet, est arrêté sur ordre de Louis XIV par d’Artagnan et ses mousquetaires

Le 5 septembre 1661, le surintendant des Finances, Nicolas Fouquet, est arrêté sur ordre de Louis XIV par d’Artagnan et ses mousquetaires.

Jean-Baptiste Colbert a organisé la chute de son rival motivée par la jalousie et la convoitise.

Pour le renverser, tous les moyens lui parurent légitimes, et il mit tant d’acharnement et d’âpreté a sa besogne, qu’il finit par rendre sa victime intéressante.

Chaque soir, Louis XIV communiquait à Colbert les états qu’il avait reçus le matin du surintendant.

Colbert lui démontrait alors les subterfuges et la perfide adresse avec laquelle le surintendant déguisait ses dilapidations.

Le lendemain, le roi renouvelait à Fouquet ses observation, lui demandait des éclaircissements et feignait de prêter l’oreille et de croire aux explications que lui fournissait le surintendant.

Cette épreuve durait depuis plusieurs mois : Fouquet trompant, Louis XIV paraissant trompé et Colbert l’empêchant de l’être.

Cette fête inouïe que le surintendant donna à son château de Vaux le Vicomte, à l’occasion du mariage du duc d’Orléans, frère du roi, avec Henriette d’Angleterre, sœur de Charles II, précipita sa disgrâce. Cette fête, ou de prodigieuses magnificences furent étalées, ne couta pas moins de trois millions.

Un instant Louis eut l’idée de faire arrêter Fouquet au milieu même de ses invités ; la reine-mère lui conseilla d’agir avec plus de prudence ; et Fouquet, secrètement averti par des amis fidèles du péril qu’il venait de courir, crut en conjurer le retour, en remettant entre les mains du roi un acte de donation du château de Vaux et de toutes ses dépendances, en faveur du futur dauphin de France.

Le château de Vaux lui avait couté près de vingt millions.

Ceux qui travaillaient à la perte de Fouquet l’avaient présenté à Louis XIV comme très dangereux, pas ses correspondances et ses projets. Ils affirmaient au roi qu’il comptait beaucoup de partisans en Bretagne, lie de sa naissance : partisans très-chauds, très-emportés, et capables de soulever cette province à la première nouvelle de son arrestation.

Il avait acquis et fortifié Belle-Isle. C’était, disait-on, pour se réfugier dans cette place de sureté, en cas de disgrâce, et pour la livrer aux Anglais, s’il était réduit à aller leur demander asile.

Le roi n’ignorait pas, aussi, que la moitié de la cour était vendue au surintendant, et que presque tous les gentilshommes avaient reçu de lui des pensions ou de riches présents.

Enfin, sa charge de procureur général au Parlement, qu’il cumulait avec la surintendance, était un rempart à l’abri duquel il semblait être en sureté.

A peine sortait-on des guerres civiles, ou la puissance de cette compagnie n’avait que trop éclaté. Il n’était donc pas prudent de lui fournir de nouveaux sujets de plaintes, et faisant faire, par des commissaires, le procès à l’un de ses principaux officiers.

Il fallait donc persuader à Fouquet de vendre sa charge de procureur général ; la chose n’était pas aisée.

Colbert s’en chargea et conseilla au roi d’y employer quelque ruse.

Louis XIV et son ministre Jean-Baptiste Colbert

Louis XIV feignit de rendre toute sa confiance au surintendant, et lui accorda coup sur coup plusieurs faveurs, tant pour lui que ceux de sa famille. Colbert, toutes les fois qu’il avait l’occasion de se trouver avec celui dont il voulait précipiter la ruine, ne manquait pas de faire valoir les bontés du maitre.

Fouquet, persuadé et attendri, jurait qu’il donnerait sa vie pour le roi.

- j’en ferais autant pour vous, lui dit Colbert ; mais à quoi lui servent toutes ces paroles ? il n’y a pas un sol dans l’épargne, et vous savez, monsieur, combien les moyens extraordinaires pour se procurer de l’argent sont difficiles et dangereux.

- Vous avez raison, répondit Fouquet ; je vendrais volontiers tout ce que j’ai au monde pour donner de l’argent au roi.

Colbert, pour le moment, ne voulut pas pousser les choses plus loin ; mais, dans la suite de leur conversation, en parlant de la charge de président à mortier, dont le conseiller Fieubet avait offert dix-huit cent mille livre, Fouquet vint à dire de lui-même que sa charge de procureur général ne valait pas moins, et que ce Fieubet lui avait offert aussi au bas mot quinze cent mille livres.

-Mais, monsieur, reprit Colbert, est-ce que vous la voudriez vendre ? il est vrai qu’elle vous est assez inutile ; un surintendant ministre n’a pas le temps de voir des procès.

La chose en demeura encore là ; mais ils en parlèrent si souvent, que Fouquet, se croyant enfin assuré de l’esprit et de la confiance du roi, lui déclara qu’il était décidé à se défaire de sa charge pour en faire un sacrifice à son maitre.

Ce fut alors que Colbert donna un libre cours à l’administration que lui inspirai un tel dévouement, un désintéressement si rare, et le pauvre Fouquet, enivré de la belle action qu’il croyait accomplir, alla sur-le-champ l’annoncer au roi, qui le remercia et accepta l’offre sans balancer.

Le roi ne manqua pas de dire le même soir à Colbert :

-          Tout va bien ; il s’enferre de lui-même ; il est venu me dire qu’il apporterait à l’épargne tout l’argent de sa charge.

-          Le voyage de Nantes fut résolu, sous prétexte de presser les Etats de Bretagne d’accorder des subsides qu’on leur avait demandés ; mais, en réalité, pour mettre avec plus de sécurité à l’exécution le projet d’arrêter Fouquet, et Louis XIV fit filer dans cette province des troupes, afin d’y comprimer toute tentative de sédition.

 

De nouveaux avis étaient venus à Fouquet. Gourville, son ami particulier, lui avait rapporté ces paroles que Louis XIV aurait adressées à la reine-mère :

-          Ah ! madame, est-ce que nous ne ferons pas bientôt rendre gorge à tous ces trafiquants ?

Il ne pouvait cependant se dispenser de suivre le roi, qui emmenait à Nantes ses ministres et toute la cour.

Le roi fit le voyage en poste, accompagné d’une trentaine de gentilshommes et précédé de sa compagnie de mousquetaires, sous les ordres de d’Artagnan.

Arrivé à Nantes le 1er septembre 1661, il alla loger au château. Quand à Fouquet, il fit marquer son logis à l’autre bout de la ville ; on n’en devina pas le motif d’abord ; mais l’on sut plus tard qu’il avait dans cette maison un aqueduc souterrain, qui communiquait avec la rivière, et qu’il songeait à se sauver par -là, pour se réfugier à Belle-Isle, en cas qu’on vint pour l’arrêter.

Le 3 septembre, d’Artagnan fut appelé au château. Le roi se fit rendre compte par lui de l’état de la compagnie des mousquetaires, qu’il devait passer en revue au premier jour.

-          Sire, lui dit d’Artagnan, je crains que le désir de Votre Majesté ne reçoive quelque contrariété. A l’exception de M. de Saint-Mars, tous nos brigadiers et maréchaux sont malades.

-          C’est donc une épidémie, s’écria Louis XIV. On vient de m’apprendre que M. le surintendant est au lit, avec la fièvre tierce.

-          Je ferai tous mes efforts pour que le service de Votre Majesté n’en souffre pas.

-          J’y comte bien, monsieur d’Artagnan, car, avant qu’il soit longtemps, j’aurai  à vous donner des ordres de la plus haute importance. Pour assurer le service, vous vous adjoindrez MM. Du Clavaut et de Maupertuis.

Le soir même, un billet invitait d’Artagnan à se rendre le lendemain matin chez Colbert, qui avait à lui parler au nom du roi.

Le sous-lieutenant des mousquetaires, se rappelant ce que Louis XIV lui avait dit de cet ordre de la haute importance dont il aurait bientôt à le charger, commença à soupçonner qu’il pourrait bien s’agir du surintendant, sur le compte duquel de mauvais bruits couraient de nouveau.

Aussi n’éprouva-t-il pas une grande surprise lorsque Colbert, après un assez long préambule, finit par lui dire que le roi lui ordonnait d’arrêter Fouquet, lorsqu’il sortirait du conseil, et de le conduire au château d’Angers, ou il le garderait à vue, en attendant de nouvelles instructions.

-          Sa majesté me fait beaucoup d’honneur en me chargeant d’une mission comme celle-là, répliqua d’Artagnan ; je vous avoue, néanmoins, que je lui eusse été encore plus obligé, si elle eut jeté les yeux sur un autre que moi pour s’en acquitter.

-          Quest-ce à dire, monsieur § s’écria Colbert, seriez-vous par hasard, comme tant d’autres qui nous ont été signalés, un des pensionnaires du surintendant ?

-          Je n’ai jamais été et ne serai jamais que le pensionnaire du roi, monsieur, répliqua fièrement le sous – Lieutenant des mousquetaires, et c’est ce que j’ai répondu un jour à votre bienfaiteur, le cardinal Mazarin, qui, sur de faux rapports, croyait que j’avais accepté quelque présent de M.Fouquet.  Si Sa Majesté me le commande, je suis prêt à lui obéir, quoique je plaigne sincèrement le sort d’un homme qui n’a peut-être péché que par trop de générosité. Veuillez me remettre l’ordre en vertu duquel je dois agir.

-          Je n’ai pas d’ordre écrit, lui répondit Colbert ; le roi vous le donnera de sa propre bouche, à son lever, dans quelques instants.

D’Artagnan, se rendit au lever du roi, qui le prit à part, et lui dit de manière à n’être entendu d’aucun des gentilshommes de la chambre qui se trouvaient présents :

-Avez-vous vu M. Colbert ?

- Je sors de son cabinet, Sire.

- Vous savez ce que vous avez à faire, dès à présent, veillez sur M. Fouquet ; que quelques-uns de vos mousquetaires se tiennent aux environs de son logis, pour prévenir toute tentative de fuite. Le conseil a lieu demain matin. Voici l’ordre : vous conduirez à Anger, songez à la responsabilité qui pèse sur vous, à partir de ce moment, mon cher d’Artagnan ; si vous me servez comme j’y comte, vous y gagnerez le brevet de capitaine lieutenant de ma compagnie, que vous aurez aussitôt que M. de Nevers, qui n’y tient guère et qui remplit si peu sa fonction, s’en sera démis.

- Votre Majesté peut-être certaine, répondit d’Artagnan, que l’espoir d’une si haute faveur n’est pas le seul mobile qui me fait agir.

- Je le sais, répliqua Louis XIV ; vous êtes un de mes plus fidèles serviteurs… Allez. Dès que vous vous serez assuré de M. Fouquet, vous m’enverrez Maupertuis pour m’en prévenir.

 

Cependant les fatigues du voyage aient redoublé les accès de la fièvre tierce dont Fouquet était déjà atteint, lorsqu’il avait quitté Fontainebleau, pour suivre le roi à Nantes.

Louis XIV, à qui l’on avait dit qu’il était assez mal ordonna au comte de Brienne d’aller prendre de ses nouvelles.

Le comte arriva chez lui à trois heures de l’après-midi, et trouva la surintendante avec Gourville, dans une salle où elle faisait danser devant elle des paysannes de Belle-Isle.

La surintendante lui dit que Fouquet, étant dans un de ses accès, ne pouvait voir personne.

Il répliqua qu’il fallait qu’il le vit, ayant à lui parler de la part du roi.

On le fit monter. Le surintendant était couché sur son lit, enveloppé de robes de chambre et tremblant de fièvre.

Brienne lui dit que le roi était en peine de sa santé, et qu’il l’envoyait prendre de ses nouvelles.

Fouquet reçut le compliment avec une grande joie, y voyant un retour de faveur, et s’écria :

-          Sa Majesté a bien de la bonté pour moi ! Elle me combe.

Il pria ensuite Brienne de faire connaitre au roi qu’il lui répondait des Etas de Bretagne ; que plusieurs députés étaient venus le voir ; qu’ils feraient tout ce que Sa Majesté souhaiterait, et au-delà.

-          Monsieur, ajout-il d’un air gai, vous êtes de mes amis, je puis donc m’ouvrir à vous : Colbert est perdu !

-          Ah ! fit le comte ; vous êtes sur ?

-          Oui….Ce sera le plus beau jour de ma vie.

Il y a le conseil, et je mettrai sous les yeux du roi des pièces qui lui prouveront ma fidélité et la rage de mes ennemis.

Il lui demande ensuite s’il n’y avait rien de nouveau à la cour.

Brienne lui dit que, depuis ce matin, on n’entrait plus chez le roi par le chemin ordinaire, et qu’il fallait passer par un petit corridor fort étroit ; que Roze, secrétaire du cabinet, écrivait sur une petite table, dans le corridor, et qu’il était obligé de se lever, à chaque personne qui se présentait pour arriver jusqu'au roi ; qui; M. de Gêvres, capitaine des gardes du corps en quartier, et Chamarante, premier valet de chambre, étaient seuls à la porte, du cabinet; que le roi s'y était tenu enfermé toute la matinée, et que, quand il y était entré, Sa Majesté avait jeté un grand morceau de taffetas vert sur une table, couverte de papiers, et que toutes ces circonstances, assez singulières étaient commentées de diverses manières par les courtisans.

Le 5 septembre 1661, le surintendant des Finances, Nicolas Fouquet, est arrêté sur ordre de Louis XIV

(Mousquetaires les Lames sur Seine - Château de Vaux le Vicomte)

Toutefois Brienne n'ajouta pas qu'il venait de voir dans la rue deux mousquetaires qui paraissaient y être par ordre, et qui l'avaient fort examiné en passant.

— Tout cela regarde Colbert et ne menace que lui, s'écria Fouquet, dont l'heureux caractère, à la plus petite éclaircie d'un ciel orageux, passait sans transition de la crainte à la plus entière confiance.

Le roi ayant ordonné au comte de Brienne de retourner le soir chez le surintendant, pour lui recommander d'être au conseil, le lendemain à sept heures du matin, il trouva cette fois Fouquet abattu de corps et d'esprit.

La fièvre l'avait repris, et il lui était venu tant d'avis et de tant de côtés, qu'enfin il avait ouvert les yeux.

Toute la rue et les environs de sa maison étaient remplis de mousquetaires.

— Monsieur, dit-il à Brienne, on vient de m'apprendre que Chavigny, capitaine des gardes, et toute sa compagnie sont montés sur deux grands bateaux pour aller se saisir de Belle-lsle. Gourville me presse de me sauver par l'aqueduc; malgré tous les mousquetaires du monde, et la surveillance que d'Artagnan fait exercer autour de mon logis, je pourrais encore gagner la rivière, où un petit bateau m'attend.

A un geste que ne put réprimer le comte de Brienne, il se hâta d'ajouter :

— Oh ! rassurez-vous ; votre amitié pour moi et votre fidélité à Sa Majesté n'auront aucun combat à se livrer; je n'en veux rien faire, et suis décidé à courir tous les risques. Le roi m'a donné à Fontainebleau, lors de l'affaire de ma charge de procureur général, de telles marques de sa bonté, que je suis résolu à m'abandonner entièrement à lui.

A sept heures précises, le lendemain, Fouquet était au château.

Il avait vu, sur la place, les mousquetaires rangés en bataille, et il s'était contenté de dire, à un gentilhomme qui l'accompagnait :

— Il paraît que le roi a l'intention d'aller aujourd'hui à la chasse.

Le conseil dura plus que d'ordinaire.  Fouquet y prit part avec une grande liberté d'esprit, donnant au roi toutes les explications qu'il lui demandait sur les affaires de son service. Louis XIV lui fit signer une ordonnance de caisse, pour quatre-vingt-dix mille livres destinées aux officiers de marine.

Le Tellier sortit le premier du conseil, et glissa dans la main du maître des requêtes Boucherat, qu'il trouva dans l'antichambre, un petit billet, en lui disant à l'oreille :

— Lisez vite et exécutez !

Boucherat, tout en descendant l'escalier, ouvrit son billet et se mit à le lire, pendant que Fouquet, qui descendait aussi, passait devant lui en lui donnant le bonjour.

Le billet ne contenait que ces mots :

« Le roi vous ordonne d'aller mettre tout de suite les scellés chez M. le surintendant. »

Cependant, d'Artagnan, qui se tenait au bas de l'escalier, ayant vu descendre Le Tellier, le suivit jusqu'au bout de la cour, pour lui demander s'il n'y avait rien de changé aux ordres du roi.

— Il n'y a rien de changé, lui répondit Le Tellier, mais retournez vite à votre poste, car M. Fouquet doit me suivre de près.

D'Artagnan revint à la hâte sur ses pas : Fouquet venait de sortir et de disparaître du côté de la place.

Le sous-lieutenant des mousquetaires, malgré sa présence d'esprit habituelle, perdit un peu la tête et envoya aussitôt Maupertuis dire au roi que quelqu'un avait dû prévenir le surintendant et qu'il venait de se sauver.

Il courut toutefois vers la place de la grande église et aperçut de loin Fouquet qui montait dans sa chaise.

En quelques secondes il l'eut rejoint, et sans perdre de temps :

— Monsieur, lui dit-il, je vous arrête au nom du roi !

Fouquet ne laissa paraître aucune émotion et se contenta de lui répondre:

— Mais, monsieur d'Artagnan, est-ce bien à moi quo vous en voulez?

— Oui, monsieur, j'ai l'ordre du roi d'arrêter le surintendant des finances.

Et, sans ajouter un seul mot, il le fit monter dans un carrosse entouré de cent mousquetaires, qui le conduisirent sur-le-champ au château d'Angers.

 

 

 

 

 

 

Dès que le roi, que la première communication de Maupertuis avait, alarmé, apprit que Fouquet était en mains sûres, il sortit de son cabinet, et s'adressant à la foule des courtisans réunis dans l'antichambre :

— Messieurs, dit-il, j'ai fait arrêter le surintendant. Il est temps que je fasse moi-même mes affaires.

Le même jour il écrivit à la reine-mère, qui se trouvait à Paris :

« Madame ma mère, je vous ai déjà écrit ce matin l'exécution des ordres que j'avais donnés pour faire arrêter le surintendant ; mais je suis bien aise de vous mander les détails de cette affaire.

Vous savez qu'il y a longtemps que je l'avais sur le coeur, mais il m'a été impossible de la faire plus tôt, parce que je voulais qu'il fit payer auparavant trente mille écus pour la marine, et que d'ailleurs il fallait ajuster mille choses qui ne se pouvaient faire en un jour.

Vous ne sauriez- vous imaginer la peine que j'ai eue seulement à trouver le moyen de parler à Artagnan, car je suis accablé tout le jour par une infinité de gens fort alertes, et qui, à la moindre apparence, auraient pu pénétrer bien avant.

Néanmoins, il y avait deux jours que je lui avais commandé de se tenir prêt et de se servir de Duclavaut et de Maupertuis, au défaut des maréchaux des logis et des brigadiers des mousquetaires dont la plupart sont malades.

J’avais la plus grande impatience du monde que tout cela fût achevé, n'y ayant plus autre chose qui me retînt en ce pays.

Enfin, ce matin, le surintendant étant venu travailler avec moi à l'accoutumée, je l'ai entretenu tantôt d'une manière, tantôt d'une autre, et fait semblant, de chercher des papiers, jusqu'à ce que j'aie aperçu, par la fenêtre de mon cabinet, Artagnan dans la cour du château, et alors j'ai laissé aller le surintendant qui, après avoir causé un peu au bas du degré avec La Feuillade, a disparu ; de sorte que le pauvre Artagnan croyait l'avoir manqué, et m'a envoyé dire par Maupertuis qu'il soupçonnait que quelqu'un lui avait dit de se sauver; mais il le rattrapa sur la place de la grande église, et l'a arrêté de ma part sur le midi.

Il lui a demandé les papiers qu'il avait sur lui. Incontinent donc l'affaire a été faite. L'on a mis le surintendant dans un de mes carrosses, suivi de mes mousquetaires qui le mènent au château d'Angers, et m'y attendront en relais, tandis que sa femme, par mon ordre, s'en va à Limoges.

J'ai discouru sur cet accident avec des messieurs qui sont ici avec moi ; je leur ai dit franchement qu'il y avait quatre mois que j'avais formé mon projet.

J'ai oublié de vous dire que j'ai dépêché de mes mousquetaires partout sur les grands chemins et jusqu'à Saumur, afin d'arrêter tous les courriers qu'ils rencontreront allant à Paris, et qu'il n'en arrive aucun devant celui que je vous ai envoyé.

Ils me servent avec tant de zèle et de ponctualité, que j'ai tous les jours plus de sujet de m'en louer ; et en cette dernière occasion, quoique j'eusse donné plusieurs ordres, ils les ont si bien exécutés, que tout s'est fait en un même temps, sans que personne ait pu rien pénétrer.

Huit jours plus tard, la surintendance était supprimée et remplacée par un conseil des finances, une Chambre de Justice était établie le 15 novembre avec mission de poursuivre les abus et malversations commises dans les finances depuis 1635. Elle devait rechercher et punir aussi tous les crimes et délits commis à l’occasion d'icelles par quelques personnes et de quelque qualité qu'elles soient. Denis Talon était désigné pour y remplir les fonctions de procureur général et le chancelier Seguier celles de président. Des magistrats, triés sur le volet dans les divers parlements et dans d'autres juridictions, étaient choisis pour la composer.

 

Du château d'Angers, où d'Artagnan l'avait d'abord conduit, Fouquet fut transféré, sur de nouveaux ordres du roi, au château d'Amboise, puis du château d'Amboise à Vincennes. Enfin, lorsque les commissaires chargés de le juger se furent réunis à l'Arsenal, on l'amena à la Bastille, toujours sous la surveillance de d'Artagnan et de ses mousquetaires.

Ce métier de geôlier ne convenait ni au caractère ni au tempérament de notre héros, et la détention préventive de Fouquet se prolongeant, il supplia Louis XIV de le relever de son poste ; mais le roi lui déclara qu'il ne voulait pas confier à d'autres que lui la garde d'un prisonnier de cette importance, et lui fit espérer que le procès serait bientôt terminé.

La chambre de justice qui siégeait à l'Arsenal ne rendit son arrêt qu'au mois de décembre 1664, c'est-à-dire plus de trois ans après l'arrestation de l'accusé.

La haine que Louis XIV avait vouée au fastueux surintendant n'avait pas uniquement sa source dans l'intérêt public. Les dénonciations de Colbert avaient eu lieu à l'époque où commençait la grande faveur de mademoiselle de La Vallière, et il paraît certain que Fouquet, « insatiable sur le chapitre des dames, » et persuadé que le mérite soutenu de l'argent vient à bout de tout, avait osé lever les yeux jusque sur la royale maîtresse : c'est du moins ce que nous apprend l'abbé de Choisy :

«Il s'aperçut, dit-il, que la place était prise, et, voulant se justifier auprès d'elle et de son amant secret, il se donna la mission de confident ; et l'ayant mise à un coin, dans la chambre de Madame, il lui voulut dire que le roi était le plus grand prince du monde, le mieux fait, et autres mêmes propos ; mais la demoiselle, fière du secret de son coeur, coupa court, et dès le soir s'en plaignit au prince, qui n'en fit pas semblant, et ne l'oublia pas. Madame du Plessis-Bellière, amie de Fouquet, l'avait aussi attaquée, en lui disant que le surintendant avait vingt mille pistoles à son service ; et, sans se fâcher, elle lui avait répondu que vingt millions ne lui feraient pas faire un faux, pas : ce qui avait fort étonné la bonne confidente, peu accoutumée à de pareilles réponses. »

On avait trouvé d'ailleurs dans les papiers de Fouquet une grande quantité de billets galants, qui prouvaient surabondamment que toutes les femmes de la cour n'avaient pas eu les mêmes scrupules que mademoiselle de La Vallière, et l'on peut juger des sentiments du roi à son égard, quand cette correspondance amoureuse lui fut livrée, par la lecture d'un billet adressé à mademoiselle de Montalais. Fouquet lui écrivait :

« Puisque je fais mon unique plaisir de vous aimer, vous ne devez pas douter que je ne me fasse une joie de vous satisfaire. J'aurais pourtant souhaité que l'affaire que vous avez tant désirée fût venue de moi ; je vois bien qu'il faut qu'il y ait toujours quelque chose qui trouble ma félicité. Et j'avoue, ma chère demoiselle, qu'elle serait trop grande, si la fortune ne l'accompagnait quelquefois de quelque traverse. Vous m'avez causé aujourd'hui mille distractions, en parlant au roi ; mais je me soucie fort peu de ses affaires, pourvu que les vôtres aillent bien. »

Malgré les efforts du roi et de Colbert, qui voulaient faire peser sur Fouquet une accusation de lèse-majesté, de conspiration contre l'Etat et de haute trahison, la chambre de justice n'admit que les faits de dilapidation des finances, et le condamna au bannissement.

Mais, Louis XIV, sous prétexte de commutation, aggrava la peine, en remplaçant le bannissement par une prison perpétuelle.

VOLTAIRE a même dit "Le 17 août à six heures du soir, Fouquet était roi de France ; à deux heures du matin, il n'était plus rien"

L’impression que cause la lecture de l'écrit de Fouquet a été parfaitement appréciée par M. Pierre Clément

« Les réflexions viennent en foule, dit-il, et l'on ne sait ce qui doit le plus étonner, ou de la légèreté excessive de celui qui l'a écrit et de la naïveté avec laquelle il comptait sur le dévouement des hommes qu'il avait gorgés d'argent pendant sa prospérité, ou des folles idées qu'il se faisait sur son importance politique dans l'État.

Voici maintenant quelle fut la réponse de Fouquet à l'accusation de crime d'État que tirait contre lui le ministère public de la rédaction de cette pièce :

«  Ce n'était là, disait-il, que le résultat d'un moment d'irritation occasionné chez lui par des avis qui lui étaient parvenus touchant les dispositions du cardinal à son égard. Cet écrit n'avait jamais eu ni d'autre caractère ni d'autre portée. »

Pour qui avait bien connu le cardinal, il était évident qu'il y avait toujours eu peu de fond à faire sur sa reconnaissance pour les services rendus, et il était hors de doute que Fouquet lui en avait rendu de fort importants. Il avait dû songer à se mettre à l'abri des versatilités de son humeur, et mû par des avis qui lui parvenaient de tous les côtés et dans lesquels on le prévenait des complots ourdis par ses ennemis, et qui, d'un jour à l'autre, pouvaient aboutir à un résultat funeste, il se mit sur ses gardes.

C'est dans un de ces moments d'exaspération qu'il s'était ainsi épanché sur le papier. S'il a conservé cet écrit dressé en 1657, s'il l'a, un an après, raturé et modifié, c'est qu'après avoir repoussé une première fois ces excitations, les avis se sont renouvelés l'année suivante, et qu'un nouveau sujet d'irritation est venu le surexciter. Plus tard, cependant, il a repoussé cet écrit, et il croyait même l'avoir détruit depuis longtemps tout au moins, il l'avait jeté aux papiers de rebut, et c'est là, et non, comme on le prétend, dans un cabinet secret, qu'il a dû être trouvé.

On ne doit donc y voir, ajoute-t-il, qu'un résultat de cette pensée que ses services allaient être méconnus et qu'on n'attendait qu'une occasion pour le perdre. Il n'a été rédigé que dans les vues d'une résistance légitime à une oppression imméritée; et ses persécuteurs l'ont si bien reconnu eux-mêmes, que bien qu'il fût connu par eux, tout au moins depuis la levée des scellés à Saint-Mandé, il n'en a jamais été question ni dans l'édit qui institue la chambre de justice, ni dans l'acte d'accusation de M. Talon du 3 mars 1662, ni dans l'arrêt du conseil du 6 juillet suivant. Si on le lui a représenté lors de ses interrogatoires par messieurs Poncet et Regnard, on a eu le soin d'en enlever le premier feuillet, parce qu'il y avait fait constater par une mention toute spéciale que cet écrit n'avait été dressé que dans un but de résistance à l'oppression.

Du reste, il passe assez volontiers condamnation « sur la folie, dit-il lui-même, de cet écrit, et sur sa chimère qui l'a enfanté.» Il ajoute « Je ne veux pas entrer dans le détail des expédiens y énoncés; je les blâme tous, et ce n'est pas d'aujourd'hui puisqu'étant arrêté, je n'ai pas même cherché à y recourir. Je les ai mis par écrit pour les examiner, mais je les ai condamnés Voyez depuis, même avant cet examen. »

 Enfin, si sa pensée dans la rédaction d'un pareil écrit avait été celle qu'on lui suppose, ce n'est pas dans un lieu oublié qu'on l'eût trouvé, mais il eût été soigneusement renfermé et non relégué derrière le miroir où il paraît bien qu'on l'a rencontré.

Le chancelier se montra fort hostile à l'accusé durant tous ses interrogatoires devant la chambre de justice, mais il le fut principalement à l'occasion de ce dernier chef d'accusation. Après avoir fait ressortir toute la criminalité qu'il trouvait dans cet écrit, il apostropha vivement Fouquet en terminant et s'écria avec un grand emportement :

« Certes, vous ne nierez pas que cette pièce constitue jusqu'à l'évidence le crime d'État? Si certainement je le nie », répliqua l'accusé; puis se retournant vers messieurs les conseillers : « On m'accuse de crime d'État, leur dit-il. Voulez-vous, messieurs, que je vous dise ce que c'est que le crime d'État? C'est lorsqu'en vertu de la charge principale qu'on exerce, on a le secret du prince, et que tout d'un coup on se met du côté de ses ennemis, qu'on engage sa famille dans les mêmes intérêts qu'on fait ouvrir les portes des villes dont on est gouverneur à l'armée ennemie, qu'on les ferme à son véritable maître, et qu'on porte dans le parti contraire tous les secrets de l'État. Voilà, monsieur, ajouta-t-il en se tournant plus spécialement vers Le Tellier, voilà ce qui s'appelle le crime d'État…. »

Or, c'était là, mot pour mot, la conduite qu'avait tenue le chancelier Le Tellier durant la Fronde!

Cette longue procédure enfin terminée, il n'y avait plus qu'à prononcer l'arrêt. Cela eut lieu à l'audience du samedi 20 décembre 1664, la dernière de ce mémorable procès. Le procès-verbal de cette séance le libelle ainsi :

« La chambre déclare l'accusé dument atteint et convaincu d'abus et de malversations par lui commises au fait des finances et en la fonction de la commission de surintendant, pour réparation de quoy, ensemble pour les autres cas résultant du procès, l'a banny à perpétuité hors du royaume, aux injonctions de garder son ban, à peine de la vie, ses biens déclarez acquis et confisquez au roy, sur iceux pris préalablement la somme de cent mille livres applicables moitié au roy et l'autre moitié en œuvres pies. »

 Le jugement fut signifié au condamné dans le fort de la Bastille le lundi 23 en présence de d'Artagnan, après quoi Fouquet fut séparé de son médecin et de son valet de chambre, qui partageaient volontairement sa détention; puis il fut séquestré dans l'une des chambres de la forteresse.

citadelle-de-pignerol-bh739-_img

Enfin, le même jour, 23 décembre 1664, vers onze heures et demie ou midi, Fouquet fut conduit, toujours par d'Artagnan et ses cent mousquetaires, à la citadelle de Pignerol.

Des vingt-deux juges dont émanait son arrêt, neuf s'étaient prononcés pour la peine de mort, treize pour une peine moins sévère.

Les premiers étaient :  MM. Le Cormier de Sainte-Hélène ; Pussort; Cuissotte de Gisaucourt ;  de Ferriol ; Noguez ; Herault : Voysin ; Poncet et le chancelier Pierre Seguier ; les seconds se composaient d'Olivier Lefebvre d'Ormesson; de Raphelis de Roquesante; de La Toison ;  de du Verdier; de La Beaulme ; de Masseau, qui sut y montrer beaucoup de dévouement et de courage ; de Le Féron; de de Moussy; de Brilhac; de Regnard; de Besnard; de Rézé de Catinat, et enfin, du président Phelippeau de Pontchartrain.

Le premier président de La Moignon avait cessé depuis longtemps de prendre aucune part à ce procès où il avait été plus spécialement remplacé par le chancelier Séguier. Enfin, et, depuis quelques jours seulement, M. le président de Nesmond avait succombé, et le procureur général Denis Talon avait été révoqué entre le jour où il avait déposé ses conclusions et le jour où avait été prononcé l'arrêt de condamnation.

Hâtons-nous de dire qu'entre le jour de l'arrestation de Fouquet au mois de septembre 1661 et celui de sa condamnation, une immense réaction s'était opérée en sa faveur dans l'opinion publique. Il eût été lapidé peut-être au premier moment, alors qu'on était encore sous le coup de l'irritation, mais bientôt tout ce qui transpira dans le public des irrégularités de la procédure suivie contre lui, de la prévention montrée par ses accusateurs, de leur incroyable acharnement, et surtout de l'inqualifiable conduite à son égard de Colbert, qui fut à cette époque cruellement chansonné, déterminèrent un mouvement si vif que Paris, au moment où fut rendu l'arrêt de bannissement, eût accepté volontiers la nouvelle de son acquittement.

« Les ministres, nous dit Anquetil, ne furent pas contents d'un jugement qui n'exterminait pas le coupable qu'ils redoutaient. Ils ne s'en cachèrent pas, et donnèrent lieu à cette réponse de Turenne. On blâmait devant lui l'emportement de Colbert contre Fouquet, et on louait la modération de Le Tellier. Effectivement, dit-il, je crois que M. Colbert a plus d'envie qu'il soit pendu, et que M. Le Tellier a plus de peur qu'il ne le soit pas. »

Le roi fit voir de son côté que le souvenir de la fête de Vaux et des offres faites à Mlle de La Vallière vivait toujours dans son cœur. Car loin de modérer la peine, il voulut l'aggraver en commuant le bannissement, qui eût permis au condamné d'aller vivre libre à l'étranger avec sa famille, en une détention perpétuelle, dans le fort de Pignerol, où il fut séquestré de toute société humaine.

Fouquet supporta cette torture depuis le 5 septembre 1661, jour de son arrestation à Nantes, jusqu'au 23 mars 1680, jour où il mourut, après une captivité qui n'avait pas duré moins de 19 ans, 5 mois et 13 jours.

Tous ces courtisans qui l'avaient adulé pendant sa prospérité, toutes ces grandes dames qui, suivant l'énergique expression de Madame de Motteville, « avaient sacrifié au veau d'or, se prirent à fuir le surintendant, dès que l'adversité se fut appesantie sur sa tête.

A peine tombé, le vide se forma autour de lui, quelques nobles coeurs lui demeurèrent fidèles, nonobstant sa disgrâce. Dans ce nombre, on est heureux d'inscrire avec Pelisson, qui mérite la première place, Madame de Sévigné, Mlle de Scudéri, Gourville, le bon La Fontaine, le poëte Loret, Brébeuf, Corneille, Racine (1), qui ne cessèrent de lui donner des preuves sincères du plus vif intérêt. Plusieurs (2) d'entre eux lui consacrèrent des écrits tant avant qu'après sa disgrâce. Une autre personne aussi se montra pour lui une amie toute dévouée ce fut la veuve du marquis du Plessis-Bellière.

On a prétendu, d'après les Mémoires de Gouroille, que, dans les dernières années de sa vie, la détention de Fouquet avait cessé, et qu'il était mort obscur à Paris, dans le sein de sa famille.

Il y a là dedans du vrai et du faux. Atteint d'une maladie grave et qui nécessitait l'action des eaux minérales, Fouquet, dans les derniers instants, avait enfin obtenu l'autorisation de quitter Pignerol pour les aller prendre à Bourbon-l'Archambaud. Sa femme avait obtenu déjà depuis quelque temps de venir partager sa captivité, on lui avait même accordé, paraît-il, la permission de voir le célèbre Puiguillem, plus tard duc de Lauzun, et qui était alors son co-détenu dans le fort de Pignerol; mais cet adoucissement à sa rude captivité vint trop tard.

La famille ne put accomplir le voyage projeté; Nicolas Fouquet n'eut pas la force de quitter sa prison, il mourut à Pignerol (3), au mois de mars 1680, à l'âge de soixante-cinq ans.

Son corps fut transporté à Paris, et enterré, comme nous l'avons déjà dit, dans la petite église du couvent des Filles de la Visitation de Sainte-Marie de la rue Saint-Antoine. C'était

 

 

 

1 Il est à remarquer que ce sont presque exclusivement des hommes et des femmes de lettres, qui conservèrent pour Fouquet un religieux souvenir et qui lui en portèrent le témoignage même après sa disgrâce.

2 En 1659, Pierre Du Ryer, traducteur de l'Histoire de France du président de Thou, lui avait dédié l'édition in-folio qu'il donna de cette histoire.

 3 La foudre tomba au mois de juin 1665, sur le fort de Pignerol et y causa un incendie auquel Nicolas Fouquet échappa comme par miracle, suspendu au-dessus de l'abîme, dans l'embrasure d'une fenêtre dont la muraille resta seule debout; ce fut un hasard s'il ne fut pas broyé. Il fallut le sortir de cette prison qui n'était plus habitable, et il fut provisoirement déposé dans la maison de l'un des employés du gouvernement. Peu de temps après, il fut conduit au château de La Pérouze, où il fut détenu jusqu'au mois d'août 1666, époque à laquelle il fut réintégré au fort de Piguerol qu'on avait restauré.

 

dans ce couvent que ses soeurs étaient religieuses. On lisait sur son tombeau cette épitaphe (1) :

« NICOLAUS FOUCQUET FR. F. EQUES, VICE COMES MELODUNEN.

 Procurator generalis senatus parisien. summus aerario praefectus, status minister, auctor fuit transferendi senatum Parisiis. Pontisaram, unde primo salutis publicae origo; aerarium fide et pecunia exhaustum restituit spe lucri, hinc invidae calumniandi occasio, quae, dum virum virtute electum deprimere nititur, reddidit utrâque fortunâ illustrissimum, eripiente eum Domino.

Maria de Maupeou, Franc. Foucquet uxor, mater Nicolai et Basilii, priscae fidei femina tantaeque pietatis ergà pauperes, ut nihil ei defuerit ad perfectam antiquarum coelestium similitudinem, nisi Petrus ressuscitans; plena enim fuit ejus vita operibus bonis et eleemosynis quas faciebat flentibus, viduis et pauperibus. ….. »

L. Tre JUGE (de Tulle).

 

Revue nobiliaire, héraldique et biographique / publiée par M. Bonneserre de St-Denis

Les véritables mémoires de d'Artagnan le Mousquetaire / par Albert Maurin

Nicolas Foucquet, surintendant des finances : d'après l'ouvrage de M. Jules Lair / par le Cte de Marsy

 

17 et 18 août 1661 - Fêtes au Château de Vaux le Vicomte : Fouquet, Molière et la Fontaine reçoivent le roi de France Louis XIV <==.... ....==>

 

 

 


 

1 « Nicolas Fouquet, fils de François, chevalier, vicomte de Melun, procureur général au Parlement de Paris, surintendant des finances, ministre d'Etat, fit transférer le Parlement de Paris à Pontoise, et sauva ainsi le royaume. Il rétablit par la confiance les finances épuisées et le crédit disparu. L'envie prit de là occasion de le calomnier, mais en cherchant à abattre un homme élevé si haut par son mérite, elle le rendit a jamais illustre par sa conduite dans la bonne et la mauvaise fortune, le jour où Dieu le rappela à lui.

Marie de Maupeou, épouse de François Fouquet, mère de Nicolas et de Basile, femme d'une piété antique, et si charitable pour les pauvres, qu'il ne lui manqua pour égaler les saintes de la primitive église que d'être née au temps de Pierre ressuscitant; car sa vie tout entière fut employée à faire des bonne œuvres et à porter des aumônes aux affligés, aux veuves et aux indigents.

Archéologie: découverte des vestiges du siège de Richelieu à la Rochelle et d'une ferme datant du Néolithique

Archéologie découverte des vestiges du siège de Richelieu à la Rochelle

Sur la commune d'Aytré près de La Rochelle, les archéologues de l'Inrap explorent plusieurs périodes d’occupation allant du Néolithique à l’époque moderne. Les fouilles préventives réalisées par l’Institut national de recherches archéologiques préventives sur le chantier de la future avenue Simone Veil aux Cottes Mailles -anciennement désignée sous le nom « Nouvelle liaison urbaine des Cottes Mailles » marquent la pérennité de la présence humaine sur ce territoire.

 L’occasion de découvrir les traces d’un riche passé révélant, entre autres, le fossé dit « Richelieu » ainsi qu’une exposition sur le métier d’archéologue et l’intérêt des fouilles préventives.

 

(les sièges de Ré et La Rochelle, digue de Richelieu)

 

 

exemple de ferme néolithique Tumulus de Bougon, Voyagez au temps des dinosaures en Nouvelle Aquitaine

Posté par thierryequinoxe à 14:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

08 novembre 2019

Retour au temps des Mousquetaires

Château de Vaux le Vicomte voyage au temps des Mousquetaires - Les Lames sur Seine

Au XVIIe siècle, un jeune homme originaire de Gascogne désire rejoindre les prestigieux régiments de mousquetaires du roi de France. A cette fin, il s'entraîne quotidiennement dans une académie de gentilshommes au maniement des armes et à l'art équestre. Il espère ainsi se faire remarquer par un officier. Mais la sélection est impitoyable : il faut être le meilleur pour rejoindre les mousquetaires.

Découvrez la vie quotidienne des mousquetaires. Ce récit haletant et illustré vous plongera dans une aventure à 360 degrés et vous permettra de comprendre l'organisation de la compagnie des mousquetaires. "La vie au temps des", une série diffusée en prime time sur France 4 pour faire aimer l'histoire à toute la famille.

 

La vie au temps des mousquetaires

Avec l'éclairage d'experts:

Hervé Drévillon Professeur d'histoire, spécialiste d'histoire militaire.

Eric Pincas Rédacteur en chef du magazine Historia

Odile Bordaz Historienne, conservateur du patrimoine, biographe de d'Artagnan

Virginie Girod Docteure en histoire

Julien Wilmart Chercheur en histoire moderne, spécialiste des mousquetaires.

Nicolas Lyon-Caen Historien (CNRS), spécialiste des villes au XVIIe siècle



https://www.francetvpro.fr

 

Pour incarner certains personnages à l'écran, la production a fait appel à des amateurs d'escrime, en plus des acteurs. "Il fallait des comédiens qui aient une réelle maîtrise de l'épée, et ça, c'est très compliqué parce que nos délais de tournage ne nous permettent pas de les former en deux mois", nous confie le réalisateur Benoît Renard, qui a contacté Les Lames sur Seine, une association de passionnés qui ont été biberonnés à l'escrime artistique.

==> https://www.telestar.fr/culture/france-4-revivez-l-age-d-or-des-mousquetaires-465877

Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière assite aux répétitions - Les Lames sur Seine au Château de Vaux le Vicomte

la vie au temps des Mousquetaires

==> 17 et 18 août 1661 - Fêtes au Château de Vaux le Vicomte : Fouquet, Molière et la Fontaine reçoivent le roi de France Louis XIV

06 novembre 2019

Géographie du Golfe du Castrum Alionis devenu la cité engloutie de Châtel-aillon

Géographie du Golf du Castrum Alionis devenu la cité engloutie de Châtel-aillon

Durant l'ère des hommes de la préhistoire, il semble bien que le golfe était encore entièrement occupé par la mer, car les traces du passage des humains ne se retrouvent que sur les coteaux continentaux ou dans les principales îles de l'aufractuosité littorale (a)

Par le même phénomène que pour le golfe de Poitou, la lumière ne se fait pas plus nettement à l'époque romaine. Les géographes grecs et latins ne prononcent d'autres noms que ceux du Canentèle, la Charente, fleuve auquel nous nous proposons de consacrer un examen particulier, du promontoire des Santons (15), et, dans les interpolations postérieures, du port des Santons (16). Toutefois, Strabon et Etienne de Byzance parlent de Mediolanum (17) comme métropole de la province.

Quelques auteurs ont supposé que ce Mediolanum aurait pu se confondre avec Montmeillan (18), cité aujourd'hui disparue du golfe.

Ils ont fait valoir, à l'appui de leur thèse, que Saintes ou Mediolanum, ville avec laquelle on identifie le Mediovaviov grec, n'était pas sur le bord de la mer et dans un pays aride et sablonneux, comme paraît l'affirmer Strabon. Mais, ainsi que Arcère l'avait reconnu, cette théorie ne saurait plus être soutenue. Il y a eu erreur de lecture, et la description désertique de Strabon s'applique non à Mediolanum, mais à une autre partie de l'Aquitaine (19).

 Pour préciser, il s'agit des Landes d'Arvert. En outre, il faudrait que Strabon eût ignoré Saintes, l'une des plus importantes villes romaines de l'Ouest de la France, si riche en monuments antiques et en souvenirs fameux. Cette supposition est inadmissible (20).

Mais les Romains n'en auraient pas moins installé des comptoirs sur le golfe d'Aunis, et nous trouvons des traces de leur industrie dans la périphérie: à Angoulins (21), Châtelaillon (22), Thairé (23), Ballon (24), Muron (25) et Fouras (26).

Des voies romaines sillonnaient les forêts du continent et des îles. On se rendait de Saintes à Muron par Taillebourg, Saint-Saturnin-de-Séchaud, Crazannes, Geay et Moragne (27). De Moragne à Genouillé, la route franchissait le fond du golfe, par conséquent déjà comblé en ce point; puis elle gagnait Muron, et, longeant la baie à flanc de coteau, traversait Landray, Ardillières, Ballon, Thairé, Mortagne-la-Jeune, Angoulins (28). Un chemin desservait l'île de l’Houmée (29).

Il apparaît de toute évidence que les atterrissements devaient être déjà considérables, ou plutôt il conviendrait de voir alors dans le golfe d'Aunis une sorte dévaste marécage auquel on pourrait, nous semble-t-il, appliquer la description de la Chronique du Langon: « En ce fort pays de marécages étaient eau salée et droite mer, non pas profonde (30), mais petits bateaux y allaient, car les terres n'étaient si hautes, et y péchaient-on force huîtres (31). »

Les îles devaient être boisées (32) et pour la plupart peu habitées «desertoe incoloe». Quelques falaises même devaient être d'accès difficile (33). De vastes forêts dressaient enfin leurs frondaisons sur les coteaux, à Marencennes, Landray, le Thou (34).

Au début du moyen âge, le port d'Angoulins, qui devait être situé au large de la pointe du Chay, sur l'emplacement où, dans la suite, fleurit sinon Montmélian ou Montmorion, du moins la cité disparue de Bazauges, était d'abord pratique.

C'est en ce port d'Angoulins qu'aborda la flotte qui portait le chef de saint Jean-Baptiste : « Cum non longe a terra se esse cognovissent, diverterunt ad portum qui appellatur Angolismensi, qui est situs in pago Alniensi, ibique euntes de navi ad terram, paulisper requiverunt » (35).

Ce document est le seul qui nous soit parvenu pour la période ténébreuse précédant le milieu du X° siècle.

Par contre, une centaine de chartes nous révèlent l'état du pays de 925 à l'an 1000. L'empâtement était déjà considérable (36); Les parties profondes du bassin étaient soudées à la terre ferme, les festons continentaux uniformisés; le golfe se comblait avec une prodigieuse rapidité. Aytré et la Jarne faisaient force sel (37).

Angoulins ne possédait pas seulement un havre fréquenté, mais ses salines étaient l'objet de contrats fréquents entre les abbayes et les propriétaires du sol, conquis sur les flots (38). Toutefois quelques jards se perdaient déjà, ainsi qu'en témoigne l'expression de vieille saline « salina vêtus » qu'on rencontre dans les parchemins (39).

Châtelaillon, station de défense, juchée dans une île de l’avant garde, était séparée de Saint-Vivien par le bras de mer d'Angoutte, dans le voisinage duquel s'étendaient des marais salants (40).

Voutron était un centre de l'industrie salinière et baigné de l'Océan. En arrière, de la Platière à l'Éguille (41), s'ouvraient des marais. D'immenses marécages (42) isolaient les îles de Trésuc, de Flay (43) et d'Albe (44), de la Lance, de Liron (45). A l'est de l'île d'Yves s'ouvraient des sartières et des marais déjà gâtés, de la Guillotière à Champon et la Cabane (46). Il en était de même à l'est du Breuil (47).

Cependant la mer s'insurgeait contre les calcaires, et entraînait les falaises d'Angoulins dans son sein. Le terme de rive brisée, employé dans une charte, est à cet égard singulièrement éloquent (48).

A cette date, le flot sapait aussi la citadelle des Alons, qui élevait ses remparts sur ce qui forme actuellement le plateau du Cornard, à 3 kilomètres de l'île d'Aix (49).

La cité de Chastel-Aillon (Castrum Allionis ) fut vraisemblablement fortifiée vers 800 sous les ordres de Charlemagne pour se protéger des Normands.

 

Durant le XVe siècle, les cartulaires nous apprennent que le bassin intérieur du golfe d'Aunis, au- delà des îles de Voutron, I'Houmée, Loire commençait à être occupé et exploité par les populations. Des canaux ou besses drainaient les eaux stagnantes vers l'Océan (50). Néanmoins l'expression « d'îles » était conservée pour les falaises qui surplombaient la plaine (51).

Les salines étaient toujours florissantes (52) à la Jarne (53), Angoulins, Voutron (54), Yves (55), Champon (56), Fouras (57); mais les marais de Thairé n'étaient plus utilisés (58).

 Le promontoire de Fouras, comme l'île d'Aix, était couvert de bois (59). Il en est, d'ailleurs, encore de même, au début du XIIe siècle, pour l'île de Flay (60).

 

Le XIIe siècle, qui vît le siège de Châtelaillon, nous fournit quelques précisions importantes pour l'histoire des variations du littoral saintongeais. S'il n'est fait que mention de la pointe du Roux sous la forme barbare de Roth (61), et des salines toujours en activité d'Angoulins (62), la documentation pour Châtelaillon est des plus riches.

Au sud d'Angoulins, dont le territoire s'étendait sur le plateau actuel de Sécheboue, un vaste marais s'était constitué, de Mortagne-la-Jeune à la mer, et de les Anglais à l'île de Châtelaillon, par l'agrégation à la côte d'un banc maritime et d'un cordon de galets (63). Le coi de Saint-Jean-du-Sable amenait à l'Océan les eaux venues des hauteurs de Salles et de Saint-Vivien.

Au midi du coi de Saint-Jean, à son embouchure même, se dressait le donjon, de l’Isleau (64). Des marécages étaient enserrés entre la langue littorale et Angoutte. D'Angoutle à Voutron s'ouvrait une zone mouillée, dite mer de Sainte-Germain ou de Mouillepieds (Mullepied) (65), qui s'étendait sur la Fondelay (66) et Muron.

La ville de Châtelaillon s'élevait au point occupé par une petite éminence rocheuse, à l'ouest de la dépression connue sous le nom de Grand-Port. Elle devait se prolonger sur le rocher de la Charge, jusqu'à une autre dépression nommée la Casse-au-Prieur. Le Grand-Pont se trouve circonscrit entre le rocher de la Charge à l’ouest, et les rochers et les marais de la Jambe à l'est. Plus à l'ouest encore, était le rocher de la Turge, Turris Julii (67), sur lequel devait être édifiée la porte des Poissons donnant accès à une grève fréquentée

 Au sud de Châtelaillon, la mer baignait le coteau sur deux kilomètres, vers Voutron. A Portpunay, confluait un coi, issant des marais de Mouillepieds. A l'ouest, et au pied de la colline de Voutron, des salines (68), dont celles de l'Echelle, séparaient le pays de Thairé des sylves d'Yves.

 

Aux XIIIe et XIVe siècles, nous voyons se perpétuer, en partie, les forêts des anciennes rives du golfe, à Salles (69) par exemple. Au fond de la baie, Saint-Germain-de-Marencennes et Muron ne pouvaient plus s'approvisionner facilement par la voie maritime, même aux jours d'inondations hivernales, semble-t-il, car le Roi de France juge, en1311, nécessaire de s'intéresser à la création d'un port, d'accès permanent, au Gué-Charraud, sous Marencennes. Il s'agit, cela va sans dire, d'un port fluvial relié à la mer par un chenal de tirant d'eau suffisant, el normalement entretenu (70)  à travers les marécages, qui occupaient le bassin intérieur du golfe (71).

Ce canal, qui utilisait le golfe, passait à l'ouest du Breuil, et de Saint-Laurent, pour aboutir dans le marais de Vergeroux et Rochefort. Une seconde branche effluait entre Yves et Touchelonge (72), une troisième près du Rocher (73); une quatrième au passage de Marouillet (74).

Après le XIVe siècle, il nous faut envisager avec précision les érosions qui firent disparaître la capitale de l'Aunis maritime.

S'il nous semble qu'il n'y ait pas lieu de rapprocher le Mediolaviov du géographe grec du Montmélian médiéval, il n'en va pas, du moins, que nous prétendions nier l'existence de ce bourg ; quoique nous demeurions surpris et intrigués qu'aucune charte n'en ait perpétué le souvenir (75).

On a placé Montmélian aux Mannes (76). J'attendrai pour adopter cette thèse qu'on m'ait prouvé qu'il y a cinq ou six siècles une cité importante ait pu avoir été engloutie, sans qu'aucune trace en ait subsisté sur ces quatre bancs calcaires, qu'on peut parcourir huit ou dix fois l'an, et qui surgissent alors des vasards environnants. La théorie qui a vu et voit dans les Mannes le Montmélian d'Amos Barbot suppose, effectivement, un affaissement, brusque ou lent, du sol, lequel n'est pas démontré et ne le sera vraisemblablement jamais.

Par contre, il est loisible de rechercher le Montmélian de la légende et de l'histoire sur quelque falaise écroulée ou quelque plateau envahi.

Le fait que le port d'Angoulins fut assez florissant au moyen âge m'avait conduit à penser que le village primitif d'Angoulins aurait pu se confondre avec le bourg de Montmélian, sinon en avoir constitué le noyau. Cette conviction s'est, fortifiée par la lecture d'un mémoire de l'érudit abbé Mongis, publié dans le recueil si précieux des Actes, archives et mémoires de la commission des arts et monuments historiques de la Charente-Inférieure.

M. l'abbé Mongis nous raconte (77) que la tradition parle d'un certain cimetière englouti de Montmorion, comme ayant existé sur le rivage des marais disparus de Coudrans. De Montmorion à Montmélian il n'y a qu'un pas, quant à la linguistique. En outre, il convient de remarquer que le même archéologue signale l'existence en ce lieu d'une île populeuse, dont, ajoute-t-il, «quelques familles gardent le souvenir», l'île Bazauges; je n'ai pas pu relever le nom dans les cartulaires.

Il me paraît naturel de conclure que Montmélian devait se trouver à l'ouest de la pointe du Chay actuelle (78).

Je juge, d'autre part, impossible que l'île d'Aix ait été reliée, en 1430, à Montmélian, fût-ce, comme l'a voulu Lesson, par «des bandelettes de terre placées hors de l'eau (79)». . De même, l'île d'Aix était sise assez loin de la pointe de Châtelaillon (80); je n'en dirai pas autant pour l'île d'Enette, dont, assurément, le platin devait s'étendre jusqu'à la balise fichée aujourd'hui sur le haut fond dit du Chiron, au vocable si caractéristique (81).

Au XVe siècle devait pâlir l'étoile de Châtelaillon, car nous ne voyons pas figurer ce nom dans les portulans, du temps, alors qu'est désigné le port naissant de Fouras (82); cependant,. Châtelaillon est encore nettement indiqué sur les cartes gravées du XVIe siècle (83), où l'on remarque la dénomination di tour de Carol.

Au XVIIe siècle, les salines d'Aytré étaient encore utilisées, et celles de la Jarne avaient fait place à des marais gâts, dont un écours portait les eaux à l'Océan, vers le Pont de la Pierre, au nord d'Angoulins (84).

L'ile du Chay s'était agglomérée au continent vers la station actuelle d'Angoulins, mais elle s'étendait à quelques centaines de mètres plus à l'Ouest qu'aujourd'hui  (85).

De même pour l'île de Châtelaillon., qui n'était pas encore engloutie en 1660, puisque un curé de Salles conte que, à cette date, on y voyait encore les vestiges de sept tours (86), et qu'en 1680 les tours étaient réduites à cinq (87).

Le marais mouillé de Salles-Sécheboue continuait à se déverser dans la mer par le coi de Saint-Jean (88) ; celui de Voutron, Thairé, et la mer de Saint-Germain par le coi des Fontaines (89).

La falaise se dressait bien plus à l'Ouest dans l'anse de Fouras (90).

Le marais de Liron-Champon issait par le coi du Dauphin (91). Les marais de Genouillé et de la Petite-Flandre étaient complètement desséchés (92).

De Touchelonge à Beauregard et à Enette, le rivage était beaucoup moins arqué qu'à notre époque (93). De même l'anse du fort n'était pas aussi creusée, et la falaise de la Nombraire à Fouras résistait aux attaques du flot (94)

A l'intérieur, le marais de l'Aubonnière communiquait avec la mer par le coi du Paradis (95).

Contrairement à des racontars traditionnels, l'île d'Aix est indiquée comme fort éloignée de la tour de Carol à Châtelaillon (96), mais Enet et l'Aiguille ne font qu'un dans certaines cartes (97), et les salines de l'Aiguille séparent l'île de la presqu'île de F'ouras (98). Toutefois Enette est nettement caractérisé comme un îlot effleurant (99).

Sur les Mannes, on comptait deux brasses d'eau (100), et les vasières devant Fouras n'étaient recouvertes que de 4.à 19 pieds d'eau (101).

A la fin du XVIIe siècle, on évaluait l'étendue des marais desséchés d » Voutron et Rochefort à 9,000 livres, ceux de la Petite Flandre à 17,900 livres, ceux de Muron à 3,593 livres, ceux de Genouillé-Moragne à 1,746 livres (102).

Les barques de faible tonnage remontaient encore jusqu'au Gué Charraud (103)

Au temps de Masse (104), c'est-à-dire à l'aurore du XVIIIIe siècle, les atterrissements devenaient beaucoup moins considérables, par le fait du comblement des anfractuosités ; mais la colère de Mélusine ne désarmait pas sur les calcaires d'Angoulins, de Châtelaillon et d'Enet.

La pointe du Roux continuait de s'éroder, mais on faisait toujours du sel dans les jars d'Aytré; la pointe de Ché s'effondrait chaque jour davantage, on pouvait descendre sur les vasards d'Angoulins. Sur la falaise de Saint-Jean-des-Sables la chapelle était sapée à sa base, si bien qu'en 1718 elle s'engloutissait dans l'océan (104)

Le cordon sablonneux du coi de Saint-Jean, à Châtelaillon, avait vu se développer une végétation marine et une garenne baignait ses pins sur la grève.

Châtelaillon s'en allait «chaque jour d'un denier», suivant l'expression pittoresque du terroir. Des fossés profonds qui séparaient l'île de la falaise du Vieux-Châtelaillon et subsistaient en 1700, il ne restait presque rien en 1710. La moitié des huit ou dix maisons qui demeuraient, comme des sentinelles jamais lasses, s'étaient écroulées en 1709 (105).

Le marais du Roi, au nord de Liron, était inondé durant toute l'année ; celui compris entre Agère, Liron et Saumoran seulement une partie de l'année, comme les marais d'Yves, de Fouras et de Saint-Laurent. Le marais au sud de Ciré était dans le même cas ; celui du Breuil tremblait seulement sous les pas.

Au XVIIIe siècle, alors que la falaise d'Angoulins continuait de s'effriter et la pointe du Chai de se morceler, le dernier vestige de la citadelle des Alons s'abat en 1730 (106). Les atterrissements à l'ouest de Voutron et dans l'anse de Fouras sont encore en pleine activité (107), mais les salines de la Cormerie ou Magnou demeurent prospères (108).

La pointe de l'Aiguille offre encore une certaine largeur (109).

L'île d'Enette subsiste, mais, semble-t-il, comme un platin envahi aux grandes marées (110).

Le rocher de Mannes, comme aujourd'hui, ne découvrait déjà qu'en malines (111).

Nous sommes ainsi parvenus jusqu'au XIXe siècle, à l'heure des cartes précises et des relevés savants.

L'action de l'Océan ne se démentira pas à Angoulins (112), à Châtelaillon (113), à Yves (114), au Cadoret, à l'Eguille et à Fouras (115). L'écorce terrestre est en proie à une éternelle gestation.

Bulletin de géographie historique et descriptive / Comité des travaux historiques et scientifiques

 

 

 

 

Fouras ou le château de César. — La légende de la ville blanche ou cité de Montmeillan.  <==.... .....==> Lacurie (abbé). Carte du Golfe des Santons, Pictons sous les Romains

 

 

 


 

(a)    dolmens de la Jarne (2), Salles (3), Saint-Vivien, Ardillières (4), Saint Germain-de-Marencennes (5), cromlech (?) du Chay (6), pierres closes de I'Houmée ( 7)— , gisements de silex de Saint-Germain-de-Marencennes (8), stations du Roux (9), d'Angoulins (10), de Châtelaillon (11), débris culinaires de Voutron (12), tombelles de Sigogne (13) et de Breuil-Magné (14).

 

 M. A. PAWLOWSKI, Imp. Nat., 1901, in-8° (Extr. du Bull, de Géog. hist. et. descripi., 1900, nos 1-2).

(1) MUSSET, Formation du pays d'Aunis, p. 46, dit, cependant: «Il est bien difficile de préjuger quels purent être, à l'époque celtique, les premiers points occupés, les centres de population. La recherche des stations préhistoriques, des mobiliers de cette époque, des débris culinaires des populations primitives, n'a donné, pour l'Aunis, que des résultats bien faibles.»

(2) Cf. Recueil de la Commission des Arts el Mon. hist, de la Charente-Inférieure, t. V, 1885, iu-8°.— CHAUDRUC DE CRAZANNES, Notice sur les mon. celtiques du dép. de la Charente-Inférieure, dans Bull, Monumental, t. I, 1834 , p. 52, rapproche la formation des coquilles de ce dolmen avec celle des falaises de ,Salles et Angoulins. A la Jarne, on signale une station robenhausienne vis-à-vis du château de Buzay.

(3) «A Cramahé.» MUSSET, Charente-Inférieure préhist., p. 96.

(4) PAYE, SOC. des Antiquaires de l'Ouest, 1838, p. 83. Tablettes des Charentes, 1838, n° 38. — LESSON, Ere celtique, p. 272.

(5) DE CRAZANNES, Bull, Monumental, t.I, 1834 , p. 55 «Pierre levée à Brette.» — LESSON, Fastes, p. 89.

(6) MUSSET, Charente-Inférieure préhistorique, p. 19 «Sept pierres sur la pointe du Ché».

(7) Abbé Ch. MONGIS, Les Pierres closes de I'Houmée, dans Soc. des .sciences naturelles de la Rochelle, 1874, p. 29-31, etItec. de la Commission des Arts el Mon. hist. de la Charente-Inférieure, passim. — MUSSET, Charente-Inférieure préhistorique, p. 85. — Bulletin monumental, t.I, p. 55; etc.

(8) MUSSET, Charente-Inférieure préhist., p. 8/1. —LESSON, Ere celtique, p. 27/1.

(9) Station néolithique. MUSSET, Charente-Inférieure préhistorique, p. 3o. Idem au Chiron-Joslain.

(10) M. Dabou à découvert une station néolithique au Nord-Est de la falaise du Chay : «tranchant de hache polie, grattoirs, nucléï el divers silex recouverts d'une belle patine blanche». Congrès pour l'avancement des sciences, La Rochelle, 1882, in-8°, p. 684. — MUSSET, Charente-Inférieure préhistorique, p. 32 : «Aux Chiralz comme au Ché. D'ailleurs il y a un moulin de la Pierre sur la roule d'Angoulins à l'Isleau, le Pont de la Pierre sur la route des Chiralz à l'ile de Chaux», id., p. 23.

(11) «Deux stations de silex à Portpunay», MUSSET, Charente-Inférieure préhistorique, p. 32.

(12) MUSSET, Charente-Inférieure préhistorique, p. 109.

(13) A Sigogne, MUSSET, Form, du, pays d'Aunis, p. 46.

(14) LESSON, Ere celtique, p. 273 «au Grand-Bois». — MUSSET, ouvr. cité, p. 53.

(15) PTOLÉMEE, liv. II, ch.vu; édit. Didot, p. 200. — COUGNY, Extraits des auteurs grecs concernant l'histoire des Gaules; Paris, 5 vol. in-8°, t.I, p.251, — MARCIEN D'HÉRACLÉE, Périple, 11, 21, édit. Didot, t. II, p. 552. — COUGNY, idem, p. 319.

(16) Cf. Pays d'Arvert, p. ai, et Golfe de Brouage el Pays Marennais, p. 17.-— Préface du PTOLÉMEE, de MULLER, édit. Didot, citée plus haut.

(17) La ville des Santons est Mediolanum; le sol de l'Aquitaine, voisin du bord de l'Océan, est, dans sa plus grande partie, sablonneux et maigre, fertile en mil, mais moins riche en autres fruits.» STRABON, Géographie, IV, 3 (Gaule Aquit.), édit. Didot, p. 158.

(18) «Med. qu'on a pu supposer Montmelian», LESSON, Fastes, p. 6. — GAUTHIER, Statistique, identifie Med, avec Montmelian, 2° part., p. 10.

(19) «La ville de Monmeillan serait-elle le célèbre Mediolanum Santonum? La position que Strabon indique serait très favorable au Mediolanum voisin de Châtelaillon, dont le terroir longeant la mer est peu fertile et présente une surface parsemée de sable et hérissée de cailloux.» ARCÈBE, p. 114

(20) «Ce que la version imprimée à Bâle en 1523, et les corrections de Surita sur l'Itinéraire d'Antonin attribuent à Mediolanum ne doit être appliqué, selon le texte, qu'à celle partie de l'Aquitaine Saintongeoise voisine de la mer, et non au Mediolanum Santonum qui ne peut être que la ville de Saintes.»

(21) MUSSET, Formation du pays d'Aunis, p.46— «La Turje est-elle la Turris Julii?» Bull, rélig. du Diocèse de La Rochelle, 1864-65, p. 536.

(22) «Joignant Chastelaillon fut trouvé de mon temps des médailles antiques et une pierre faite en ovale, de marbre blanc, contre laquelle étaient gravées plusieurs lettres effacées la plupart, dont on a tiré ce mot CASTRUM JULII». -A. THEVET, Cosmographie universelle; Paris, 1575, a vol. in-fol., t. II, p.51- LESSON, Fastes, p. 53. — MUSSET, Formation du pays d'Aunis, p. 46.

— Michel BÉGON a écrit: «Châtelaillon était anciennement une ville considérable qu'on prétend avoir été bâtie par Jules César, et dans laquelle les Romains entretenaient une forte garnison.» Mémoires sur la généralité de La Rochelle, édit. MUSSET, Tours, 1875, in-8°, p. 37. — «Thibaudeau a trouvé des agrafes et anneaux romains au pied des falaises.» Actes de la Commission des Arts et Mon. hist. de la Charente-Inférieure, t. VIII, 1885-1886, p. 3oo.

(23) «Peut-être mansion romaine.» LESSON, Fastes, p. 52.

(24) «A Flassay, tombeaux en pierres creuses.» LESSON, Fastes, p.46

(25) «A Muron, on a découvert des briques à rebords, des amphores, des tombeaux.» LESSON, Fastes, p. 84.

(26) «Monnaies.» LESSON, Légendes,p 101.

(27) «Le Chau (chemin ferré) et le Pillet attestent sa présence.» LACURIE, OUV. cité, p. 617.

(28) LACURIE, ouv. cité, p. 617.

(29) «Traces à Charras.» LESSON, Fastes, p. 5 et 62.

(30) Bry à 20 centimètres à Voutron. GAUTHIER, Statistique, passim,

(31) Golfe du Poitou, p. 22.

(32) Cf. Alfred MAURY, Histoire des grandes forêts de la Gaule et de l'ancienne France, Paris, 1850, in-8°, p. 287 et 288. Forêt de Rochefort citée:

(33) «Fortunat relate un fait curieux; c'est qu'au moment où saint Hilaire approchait d'une ile, qu'un texte nous dit être l'ile d'Yves, il apprit des habitants des terres voisines que cette ile était infestée de serpents énormes, tellement que toute proche qu'elle se trouvait, elle était inabordable, et leur semblait plus éloignée que l'Afrique elle-même.» MUSSET, Formation du pays d'Aunis, p. 48.

(34) BEAUCHET-FILLEAU , Recherches sur l'étendue des forêts formant les marches communes entre les Santons et les Pictons avant la complète romaine, dans Soc. de Statistique des Deux-Sèvres, 1874-1875, p411-412.

(35) De Revelatione capitis S. Joannis Baptistoe, auclore incerlo, dans MIGNE, Patrologie latine, Vie de saint Cyprien, t. II, p. 1018. — «La commune opinion et la tradition vulgaire est que le bâtiment sur lequel on avait embarqué le chef de saint Jean-Baptiste aborda à une anse qui est à l'Est et à un demi-quart de lune d'Angoulin Ennony (sic) [lire environ], où il restait encore en 1712 parties des vestiges d'une chapelle dédiée à saint Jean-Baptiste.» MASSE, Mém, abrégé sur Jean d'Angély, p. 64o.

(36) On cite dans des chartes diverses salines, dont on ne peut identifier une bonne partie.

 

(37) Vers. 950 Imbert et Rainilde, sa femme, donnent «L arcas et terre vacante medietatem in marisco Runciaco, in rem S. Martini, salis modium reddentes». REDET, Cart, de Saint-Cyprien de Poitiers, dans Archives du Poitou, t. III, p. 319-320

 — 967. Laurent donne «in marisco qui vocatur Agarnio salinas quantum sibi pertinetr. A. RICHARD, Charles et doc. pour servir à l'histoire de Saint-Maixent, dans Archives du Poitou, XVI-XVIII,p. 52. –

— 974. Letet donne «aliquid de salina que est sita in pago Aluinse, in marisco qui vocatur Aitriacus, hoc sunt aroe XXII ». DOM FONTENEAU, LXII, p. 127. FAYE, Vigueries, p. 392.—

Ch. de 967, 976, 982, 1004 parlant de la Jarne «terra salsa in marisco Agarni». DOM FONTENEAU, VI, 501 FAYE, p. 390,

982-985 «salina Sandraldi et alia Runcia vocata» (à la Jarne). Idem, p. 390. D. FONTENEAU, LXVI, 469 et 477.

 986 «Marisco qui dicilur ad gerviacus areas LXII» Cari, de Saint Cyprien, p. 312.

995. Achard donne «L are.e de terra salsa, est in marisco Agarni, modios solvant ad festum S. Johannis» Cart. de Saint-Cyprien, p. 315, et BESLY, Histoire des comtes de Poitou, p. 277.

(38) 928 ou 929. Gevarius, prêtre, «dédit salinam suam Ingolinis in rem S. Nazarii, ex omni parte terra S. Nazarii, quarto stuario publico, mod. I salis omni anno reddant.» REDET, Cart. de Saint-Cyprien de Poitiers, dans Archives, hist. du Poitou, t. III, p. 337.

934. Le comte Eble donne à Saint-Cyprien «una area ad salinas faciendas sub censu unii modii et est in Ingolinis, in villa Verzeria.» Cart. de Saint-Cyprien, p. 318-937.— «Adelelanus concède à Saint-Cyprien «salinam suam in marisco Golinis, in rem S. Nazarii, LVIII areas et vocatur salina vetere, cnm omni maratione, una parte terra ex ipsa hereditato alia salina Mofer, alia in circuitu sterio publico.» Idem, p. 316.

 937. «mariscus Golinis» LÉON FAYE, Recherches hist. sur les vigueries d'Aunis, Mém, des Antiquaires de l'Ouest, 1845, t. XII, p. 317 et DOM FONTENEAU, t. VI, p. 31

 «Higolinis, en 948 (Idem), V.

940 «Salinan id est LIX areas in marisco Medane, in loco Golinis, ex tribus partibus terra S. Nazarii, quarto publico, per singulos annos, Constantinus dedit, II modios (monachi) persolvant.» Cart. de Saint-Cyprien, p. 318.

941. Gérard et Adelgarde donnent «Ingolins el in locum qui vocatur Adillas Plancas XLI areas salis, uno latus ad ipsos heredes, de tribus estuario publico, censum II mod. salis solventes.» Cart. de Saint-Cyprien, p. 317. — Ablon, prêtre, donne «in marisco Golinis areas XL cum omni ministeria.» Cart. de Saint-Cyprien, p. 18.

951. Voir plus loin. — 990 «marisco Engolins in mare.» Cart. de Saint-Cyprien p. 322. —Cf. Charte de 973 ou 974, «in marisco Golins» Idem, p. 323.

(39) Cf. note 2.

(40)951, 969 ou 971. Ch. citée dans Bull, religieux du diocèse de La Rochelle; «mariscum adjacet Castro quod vocatur Allionis», p. 555, Cette charte est la suivante : «videlicet Vultrom, d'Yves marisco, qui circumque adjacet Castro quod vocatur Allionis, ecclesia, terra culta et inculta, Egolinis et fere omnibus que sunt a littore maris, ubi dudum idem venerabile caput allatum ab Àlexandria super lapidem primum applicuit usque ad locum ubi nunc requiescit.» MUSSET, Cart. de Saint-Jean-d'Angely, dans Archives d'Aunis et Saintonge, t. XXX,. p. 14.

 

— 907. Eble achète 74 aires de terrains «in marisco Maiez.» Archives de la Vienne, n° 5, et CHOLET, Notice sur les Seigneurs de Châtelaillon et Rochefort, dans Mémoires des Antiquaires de l'Ouest, 1853, t. XX, p. 176.

989. «Gurcellas, Antiziailus, Morensianus». Cart'. de Saint-Maixent, p. 24,

(41) 926. Ingobert vend «terram suam in pago Alniense sub villa que vocatur Vultron in marisco qui dicitUr Vinzella, in uno loco areas LI, de tribus partibus terra Sancti Maxentii, quarta stagno publico. Item terram desertam subtus Vinzellam villam ad areas faci endas.» REDET, Cart, de Saint-Cyprien de Poitiers, dans Archives hist. dit, Poitou, t. III, p. 52o.

925- 936. Du même, vente pour deux cents sols de «terra qui est in villa Vultron, in Alniso, in marisco Vinzella, in uno loco areas cxx, in alio II, de tribus partibus terra S. Maxentii, quarta stagno publico. In alio loco émit terram salsam ad areas faciendas in villa qui vocatur Vinzella.» Idem, p. 324..-

941. .Guillaume Tête d'Etoupe donne une saline «in marisco qui vocatur Vultron.» FAYE, Vigueries d'Aunis; p. 4o3.

 942. Don de Gilbert à «Vultrum». RICHARD, p. 28.

 954-986, «C areas cum illarum ministeria in pago Alniense euh villa que dicitur Vinzella. » Cart. de Saint Cyprien, p. 320.

955-956. Rainaldus donne «xxx areas in villa Conon, de tribus partibus terra S. Martini, quarta staguo publico». Idem, p. 320.

944-962. «Mariscum qui dicitur Escala areas L», RICHARD, p. 39.

964. «In marisco qui dicitur Scala areas salinarias c». RICHARD, p, 44. — Scala citée en 991 dans une charte. FAYE, p, 404 «in loco Scala salina».

(42) 951-968 ou 992. «Wuillelmus dédit in comitatu alniense in villa que vocatur Muronia cum ecclesia, cum insulis dividitur sloarius qui inch, oatur ad villam que vocatur Arcilerias usque ullram insulam que vocatur Flaviacus et revolvitur usque ad terram Morania, postquam revertitur ad sinistram partem per villam Ortitricam». Cart. de Saint-Jean-d'Angely, p. 15.

971 Carta de Gurtis Muronis cum ecclesiis, terris, puteis, pratis, marisco, aqua que vocatur Muronia.» Idem, p. 232.

(43) 966. «De insula que vocatur Tresuc (Treize-Oeufs)», villa vel insula que taxatur Tresuc.» Cart. de Saint-Maixent. p. 241. — (Cf. ch. do 989 ci-dessus). —

Cf. ch. de 990 ci-dessus.

(44)989. Notice des dons de Furalras. «In pago Alnienense insula quae appellatur Abla; insula altéra quae appellatur Tressuc.» Cart. de Saint-Jean-d'Angely, p.24.

990. Confirmation de Hugues-Capet «insulam que appellatur Abla, in ipso pago insula altéra que appellatur Tresuc» Registres de l'Echevinage de Saint Jean-d'Angely, dans Archives d'Aunis et Saintonge, t. XXIV, p. 29.

(45) Vers 1000. Lambert et sa femme Hélène donnent «LXXX areas in pago Alniso, in marisco qui dicitur Moins.» Cart. de Saint-Cyprien, p. 328.

(46) 940. Gausbert donne «areas LXII in marisco Moins (Yves) accingens Sterius a fronte ab una parte terre S. Johannis ex alio altéra heinna». A. RICHARD, Chartes et doc. pour servir à l'histoire de Saint-Maixent, dans Archives hist. du Poitou, t. XVI-XVIII, p. 28.

954. Senegonde donne «Salinam in marisco Inivia areas C et VIII». Cette charte parle de la saline du Comte. RICHARD, p. 45.

973. «villa que dicitur Ivia.» DOM FONTENEAU, t. VI, p. 423. «Autour sont les marais Salina Latus, Calceia, Gurba, Nova, Vetula Aiteldi, et Gerea, inter Yvia et Scala.» DOM FONTENEAU (975 à ioo4), t. LXII, p. 433, 473, 619, 567.

(47) 987-1011. Rainuze donne «Salinam que est. in accinctu Brul (le Brueil), in terra S. Stephani areas XLIIII» Cart, de Saint-Maixent, p. 98.

(48) «Il en est fait mention dans un acte de donation faite au monastère de Bourgueuil, dans une relation faussement attribuée à saint Cyprien, et dans une bulle du pape Pascal Ier, de l'an 1110, confirmative des dons faits à l'abbaye de Saint-Maixent par un duc d'Aquitaine.

«Ecclesias siquidem duas perpelualiler delegamus quoe sunt in territoro Alniensi in loco qui dicitur lngulinus supra ripam fractam, est autem una ex lus ecclesiis in honore Sancti Nazarii, altéra vero in honore Sancti Pétrin. ARCÈBE, p. 151.

(49)  Bull, religieux du diocèse de La Rochelle, p. 376. —-A. PAWLOWSKI, Châtelaillon à travers les âges, Rochefort, 1901, 6 p., extr. du Bull, de la Société de géographie de Rochefort.—Toutefois, en 1086, une notice des actes d'Eble de Châtelaillon parle de «mariscus qui cingit plurimam partem terris Fontis des lois usque ad stercum mali lupi». Cart. de Saint-Maixent, p. 197.

(50) 1080. «Bessa qua Vindocimenses monachi supradictas insulas (Alancia et Liro) circuire inceperunt». DOM FONTENEAU , XV, p. 372 , note: 12. — «Une charte de l'abbaye de Saint-Maixent fait mention d'une besse que les moines de Vendôme avaient commencé à faire creuser autour des îles de la Lance et de Liron, en Aunis, et dans laquelle on prenait du poisson». ARCÈRE, p24.

(51) 1023-1030. Guillaume d'Aquitaine donne «una insulella que dicitur Marancennes, laterationes vero sunt hujus insulse ex uno latere fiuvii Muroni ex alio latere terra S. Johannis, duobus vero frontibus adjacet mariscus» Cart. de Saint Maixent, p. 30.

 1062-97, confirmé en 1098 «cum insula Flaiaco». METAIS, Cart. de la Trinité de Vendôme, dans Archives d'Aunis et Saintonge, t. XXII, p. 76 et 79.

 1080. «Terra de Alantia et de Lironis, scilicet medietatem insularum et bessam — usque ad Sesmurum. » FAYE , Note sur quelques chartes relatives à l'église de Fouras, dans Antiquaires de l'Ouest, 1867-49, t. V,;p. 333.—

V. 1080. «Insula Abla», Cart.de Saint-Jean-d'Angely, p. 239.

(52) Au Xe et au XIe siècles sont citées les salines non identifiées Nova, Cracia, Parvula Cracia, Roselti, in Ponte, in Secum de Ponte, in Woalborel, la Longeta, in Calciato, Curba, Libota, Alvialonga, Kasnel, Bursalt, la Turjie, la Richer, Eldolo, Oriol, Adraldi, Constancia, Rotabulo. DOM FONTENEAU, LXII, p, 473 et 479. Bref des salines de 1009. Idem, p. 513.

(53) 1114. «Adportum de Runza.» Cart. de Saint-Maixent, p. 292. (?)

(54) 1076. Fouchard donne «in marisco Vultrunni c areas salinarias.» Cart. de Saint-Maixent, p. 164.

(55) 1000 à 1100. «Salina in marisco qui vocatur yva areas LXIV, Rotru et de alia parte terra S. Cypriani.» Cart. de Saint-Maixent, s. d. (XIe s.). «in marisco qui dicitur Yvia areas xxv cum omni maralione.» Cite terra Ricar, terra Stabilium. Idem, p. 88.

(56) 1074. Geoffroy de Saint-Maixent donne à Noaillé «v quarlerios vincarum, dimidium molendinum in mare, piscatoriam unam ad Pontem Natalis.» FAYE, Note, p. 33o.

1171. Gilbert de Rochefort donne à Saint-Jean d'Angely «levalgium et ribatgium ab esterio de Sebilo usque ad monesrium de la Besse de Ponte Natali et quicquid inter hec loca a mari projectum fuerit. » FAYE , Note sur Fouras, p. 33o. — DOM FONTENEAU, t. XIII, p. 245. — MASSIOU, t. II, p. 45.

(57) 1080. «Censum de Salinis Robelinii, et a salinis totam terram usque ad mare concedo, de piscatura Ponte Naau medietatem.... de salina Robelini inferius usque ad Aguillam.» FAYE Note, p. 332-333. —-CHOLET, Notice sur les seigneurs de Châtelaillon, p. 243.

(58) 1086. «Mariscus qui cingit plurimam partem terre Fontis dos Lois» Cart. de Saint-Maixent., p. 197.

(59) 1080. «Ecclesia S. Gaudentii cum terra que est a castello usque ad silvam et a silva usque ad mare» FAYE, Note, p. 332

(60) 1106. Traité entre l'abbaye de Saint-Jean-d'Angely et la Trinité de Vendôme au sujet de la terre «Faracum nomine, peafata terra dicta Flaviacus per médium divideretur — terra et sylvoe, praeter mariscum.» .METAIS, Cart. de la Trinité de Vendôme, dans Archives d'Aunis et Saintonge, t. XXII, p. 92.

(61) «Archimbaldus in eodem pago Alniensi concessit modia piscatoria in mare quae vocatur in roth.» Cart. de Saint-Sauveur-lez-Noaillé, dans ARCÈBE, p. 150.

(62) 1110. «Salina de Engolins.» Diplôme du pape Pascal II, Cart. de Saint-Maixent, ms. conservé à laBibl. d'Orléans, p. 25o-253.

 V. 1145. Une bulle papale parle des salines «de Engolinis» FAYE, Vigueries d'Aunis, p. 399. — DOM FONTENEAU , IX, 93.

(63) A. PAWLOWSKI, Châtelaillon, p. 3. .

(64) Cf. RICHARD LE POITEVIN, ci-dessous.

(65) 1114. Isembert de Châtelaillon rend : «medietatem de Mullepein exçlusa... et totum mariscum a prato primo et ex illo et ex nostra rippa a Colmundia et usque ad silvulam Aymerici Clerembaudi.» Cart. de Saint-Maixent, p. 284.

1114. Pierre Airaud donne «quicquid habebat in marisco de Mullepe.» Idem, p. 286. Cart. conservé à la Bibl. d'Orléans, p, 261.

(66) 1110. «Ecclesia de Fonte des lois cum terris ét vineis et pratis et mariscis » Cart. de Saint-Maixent, Bibl. d'Orléans.

(67) 1159. «Castrum Julii supra mare positum »ACHERY,Spiciledium, III, 502.— «Jussa sunt tentoria extendi in ypodromo ab ecclesia S. Romani usque ad introitum portae Pictavinae, quae respicit orientalem plagam. À parte vero australi obsidionem posuerunt circa littus maris bi qui funiculum maris inhabitant, quique cum navigis ad auxilium ducis vénérant. Obsiderunt tamen a prefata porta usque ad portam Piscium quae respicit contra faciem Oleronis. Est autem castrum illud supra, mare Oceanum positum, civis, ruris, fontibusque carens, excepto puteo uno extra muros, ad radicem montis posito, cui vocabulum est Pelenertus... Postulavit ut oppidum de Lilello sibi redderetur. Est autem oppidum illud situ firmum, aquis et paludibus undique circumdatum. Distat a Castro Julii duobus milliariis.» RICHARD LE POITEVIN, dans DOM BOUQUET,.Hist. de France, t. XII, p. 4i8. —MURATORI, Antiq. Italiae,.IV col. 1077 à 1108.— MADILLON, Schedoe V, 1160-1173.

1152. « Castrum Julii supra mare positum». Ch. de fondation dé Saint-Barthélémy de La Rochelle, dans Bull. religieux du .diocèse de La Rochelle, 1864-65, p. 535. — Le puits de Pelenert est mentionné : dans une charte de 1224-1234, sous la forme «terra ad Puteum de Palener» Cart. de Saint-Maixent, p. 63. — MASSE dit : «l'Ile de  Châtelaillon s'avançait jadis en mer; à.7 ou 800 toises, vestiges de murs et de l'ancien port.» (Renvoys, p. 10).

Le château devait tenir la tête de l'ile ou le milieu et la ville devait, être du côté de la mer à l'ouest. L'ile ne devait pas être à la même hauteur que le terrain du château, parce que les vestiges de l'ancien port sont peu élevés au-dessus, du plateau.» MASSE, in-4° 135, p. 247-248. — «Je vis à 5oo toises en mer les vestiges de murs au bout d'un rocher plat où l'on dit qu'était le port» Idem, p. 247. — Avant lui,.AMOS BARBOT avait écrit : «Jadis estoit assis sur une motte de terre dont il paroict (en 1575) une partie aboutissant par l'un de ses fronts à la mer qui l'avoisinoit et bornoit de trop près d'une part, ayant en cette part et descente vers ladicte mer un port et havre où se chargeoient les vins et aultres marchandises.» (Hist. de La Rochelle) 1199-1675, publiée par DENYS - D'AUSSY dans Archives d'Aunis et Saintonge, t. XIV, p. 25. — «La ville avoit 365 brasses ou toises de grandeur.» Idem, p. 25.

(68) 1110. «Salina de Vullra.» Diplôme du pape Pascal II, Cart. de Saint-Maixent conservé à Orléans, p. 252.

(69). Pierre Manitrole fait un acte pour son fief de Salles «arbergamentum de Salis... nemoribus, aquis, etc.» Cart. de Saint-Maixent, p. 33.

(70) Ratification royale d'une convention «super institucione cujusdam portus apud vadum Charrau» PAUL GUÉRIN, DOC. extraits du registre du trésor des chartes relatives à l'histoire de la Saintonge et de l'Aunis, dans Archives d'Aunis et Saintonge, t. XII, p. 65.

(71) «Je ai procédé tant avant que l'on y charroict et passoit vin et aultres marchandises , c'est assavoir de un lieu que l'on appelé Chalon en la paroisse d'Arzellère, jusques au Vergeroux au bor de ref en aiolles et charrières, portant de XII à XIII tonnaux de vin.»... Item que avant que ledit port fait nulle armée de navires de mer ne peust arriver ne prendre terre au lieu où ledit port est assiz, rie environs pour le grand foison de vase et d'aultre empeschement de l'yaue qui y estait en tous temps et lors estoit tout mare et ce présent la terre y est toute sechiée parce que les yaues sont escolées... Ou cas que ledit port seroit osté et les diz cours, chanaux et fossez reclos et empliz, les marées et les vases seroient comme paravant et n'y pourrait l'on prendre terre.» Registres de l'échevinage de Saint-Jean-d'Angely, déjà cités, p. 126. Un acte de l333 (idem) dit qu'on exportait par le gué Charraud plus de 24,000hl.. de vin par an. — MASSE, Mém. sur Surgères, 1700, parle des titres du procureur d'offices d'Ardillières qui possédait, en 1695, les lettres patentes du Roi (p. 17). «On tient pour chose assurée qu'à l'ouest de Muron, où il y avait les vestiges du château de l'Isleau, qui sont encore tout-entiers, il y avait proche de là un port considérable que l'on appelait des Amarres, mais l'on ne peut indiquer son véritable canal, s'il tombait dans la Charente ou au port Punay.» MASSE, Mém. sur Surgères, 1700, p. 19.

(72) MASSE, Mém. sur Surgères, 1700.

(73) MASSE, Mém. sur Surgères, 1700. Il passait à Portefache, «port fameux» en l'île d'Able. MASSE, Cartes.

(74) MASSE, Mém. sur Surgères, 1700.

(75) «A l'approche de laquelle ville de Châtelaillon estoit de ce temps là et qui en dépendoit une cité pour parler selon le susdict inventaire, nommé Montmélian, qui estoit entre Châtelaillon et l'ile d'Aix qui en despend et relève aussi, à laquelle cité et à ladicle isle on pouvoit aller par terre et à pied sec, de bassemer en passant sur quelques pierres, selon que rapportent les anciens au susdict procès-verbal, et avoir vu gens qui de leur temps y avoit passés» AMOS BARBOT, Histoire de la Rochelle, publiée par DENYS D'AUSSI-, Archives d'Aunis et Saintonge, t. XIV, p. 26.

(76) Abbé CHOLET, Mém,, dans dictes de la commission des arts et monuments historiques de la Charente-Inférieure, t. I, 1861-18671 p. 32, «peut être les Mannes. »

(77) «La côte des Coudrans formait une portion considérable emportée par la mer, une île populeuse disparue, l'île de Bazauges, dont quelques familles gardent souvenir. On parle en ce lieu d'un cimetière englouti de Montmorion. On dit que la terre de Coudrans fut un monastère de femmes, un -château.... Abbé MONGIS, Sépultures découvertes à Engoulins en 1875-1876, dans Rec. des Actes, Archives et mémoires de la commission des arts et monuments historiques de la Charente-Inférieure, Saintes, 1877, p. 388. «Dans la falaise on a trouvé des poteries, des os, des fossés, etc.» Idem, p. 290-292.

(78) Pointe très accentuée à l'O.-N.-O. do Châtelaillon, dans THEVET, Cosmographie universelle, Paris, 1575, 2 vol. in-fol., t. II, carte. — Pierre ROGIER, Pictonuni vicinarumque regionum fidissima descriptio, 1575. Bibl. Nat., Cartes, B. 1707.

(79) LESSON, Légendes de Saintonge, p. 100.— MASSE a cité, toutefois, des traditions assez typiques à cet égard: «L'île s'approchait d'Aix à portée de jet ou voix. En basse-mer de Malines, selon de bonnes gens, on passait d'une île à l'autre.» MASSE, in-4° 135, p. 241 — Du même: «Il est sûr que M. le baron de Châtelaillon, père de celui-ci, a dit à des personnes dignes de foi qu'un paysan lui avait rapporté que M. son Grand-Père avait épousé dans l'église qui était près de l'île d'Aix.» Idem, p. 247. —MASSE, in-fol. 131, 1718, a écrit également: «il y a environ l3o ans, il y a des gens qui ont traversé en basse-mer de Châtelaillon à l'île d'Aix.» (fol. 9). — Cf. Amos BARDOT, p. 36.

(80) «Et la terre d'elle (Olleron) y a aussi une isle qui s'appelle isle Days, à l'entour de la dicte, isle y a aulcuns rochiers et de petites isles, et à la tour d'elle est la tour de Châtelaillon, qui aultres foys a esté ville principalle et a esté fondée d'elle et toutes ses terres s'appellent la poincte de Scaintonges.» Jean ALLOFONSCe et , ROULLIN SECALART, Cosmographie, Bibl. Nat., Manuscrits, fonds français 676, f° 46 r°. — «Est autem posita inter territorium Alniense et insulam Oleronis, in loco ubi Charenta fluvius Oceano conjungitur, circa castellum quod Subisia vocatur, Habet ab Oriente Castrum Julii supra marc posilum, pene ad insulam redactum, quod ab eadem insula duobus milliariis abest. Habet, ab occidente castrum Oleronis quod ab eodem milliariis abest.» . Schedoe Mabillonii, dans Historiens de la France, t. XII, p. 419 (note b), Et Elie BERGER, Notice sur divers mss. de là Bibl. Vaticane,. Paris, 1879) in-80, fasc. 6 de la Bibl. des Écoles de Rome et d'Athènes, p. 46. (Ms, Fonds de la Reine Christine, n° 1911, fol. 81, r°, col. a). —

 Châtelaillon, est ainsi décrit par Ainos Barbot (Ms. La Rochelle, Fonds Saint-Germain 1060, «Auquel lieu de Châtelaillon, vers la mer, était bâtie l'église qui y était, là porte de laquelle faisait la dicte muraille de ville.» Abbé CHOLET, Mémoire dans Rec. des Actes de la commission des arts et monuments hist. de la Charente-Inférieure, I, I, 1861-1867, p. 31-32. — Pierre ROGIER, 1575.— LUCAS, fils de Jean CHAHTIER, Le Nouveau Miroir des voiages marins, Anvers, 1600, Bibl. Nat., GeDD,, vol. 314. «Il y a 8 brasses entre Châtelaillon et Aix.» — IDEM  dans, LUCAS JANSZ WAGENAER, Thrésorerie ou Cabinet de la Roulle Marinesque, Calais, 1601, obl.Bibl. Nat., Cartes, GeFF, 3426.

 

 

(81) En 1430, «Aix tenait à Fouras.» LESSON, Légendes, p., 101. — THEVET, déjà cité.— «L'île d'Enette a 106 toises de long, 20 à 30 de large; Il y aies vestiges d'une chapelle.» MASSE, 8e carré, p. 7.

(82) «Forat» Andréa BRANCO, 1436, dans NÔRBENSKJOLD, Periplus, Slockhohh, 1897.— «Four.» WAGENAEB, 1586.

(83) Pierre ROGIER, 1576, indique plusieurs îles (?) au nord de Châtelaillon. — WAGUNAEH, .Spéculum, Ley.de., Planlin, 1586, indique Châtelaillon et la tour de Carol (Dépôt de la Marine). —. J. HONDIUS, Gallia, 1600, Bibl, Nat,, -Caries B, 17.07.

(84) Carte des costes de Poitou, Aunis et La Rochelle, de l'ile de Ré et de ses forts, ms.s. 1. n. d (vers 1660), Bibl. Nat., Cartes, C. 12423— R. MELCHIOR TAVERNIER, 1637, Carte particulière des costes de Poittou, Aunis, et La Rochelle, Bibl. Nat., Est. ,.Va Charente-Inférieure. — Joannis LE CLERC., Carte du pays d'Aunis, ville et gouvernement de La Rochelle, 1621. — Archives Nat., NN 15, Saintonge. — Du même, Carte du païs de Xaintonge, même Dépôt. — SAMSON, La Saintonge vers le Septentrion avecq le pais d'Aulnis. —. V. 1650,;Bibl. Nat., Est. Vx 20 et Archives Nat., 20 Saintonge, — Plan de la ville el des environs de La Rochelle, Jehan Estienne Leduc, graveur, s. d. Bibl. Nat., Est., Qb. 24 Hennin.— Jod. HONDIUS, Pais de Xaintonge, Amsterdam, s. d. Archives Nat., Saintonge, N N 15. — N. BOUGUENAULT, Poitou, Bibl. Nat., Caries, GeDD 627.

 

 

(85) Melchior TAVERNIER, 1627. Carte du pais d'Aunis, ville et gouvernement de La Rochelle, Bibl. Nat.,' Est., Va, Charente-Inférieure, et Archives Nat., NN 15, Saintonge.— Coste d'Aunis, s.. d., Bibl. Nat., Est., Va Charente-Inférieure, Qb. 24, Hennin.

(86) ARCÈRE, p. 5. — A. PAWLOWSKI, Châtelaillon, p. 6. — Cependant Armand MAICHIN écrit, en 1671 : «A présent la ville est complètement absolument ruinée et détruite, et il n'en reste plus que le nom dans les anciens titres et les histoires, car la mer s'étant impétueusement jettée de ce côté-là en a miné et sappé à succession de temps les tours et les murailles.» Histoire de Saintonge, 1671, in-folio, p. 233. M. de Bruxelles, curé de Salles, m'a assuré qu'en 1660 il a vu encore sur pied les vestiges de sept tours de cette ancienne forteresse.» MASSE,-in 4° 135, p. 242.

(87) «En 1680, on y voyait encore cinq grosses tours du côté de terre et les fossés. Il n'y reste à présent que quelques débris qui sont tombés du haut d'un rocher qui se mine actuellement. La ville s'étendait fort loin en mer et avait un port.» MASSE, Mém, du 6° carré d'Aunis et Saintonge, p. 45. — «En 1680, je vis les restes d'une grosse tour, côté Nord, dont partie était tombée dans la mer. On voyait encore quelques courtines et partie d'une haute tour avec des murs de bonne maçonnerie de 7 à 8 pieds d'épaisseur». MASSE, in-4° 135, p. 242.

(88) HONDIUS, Poictou, Pictaviensis Comitatus, s. d., vers 1600. Bibl. Nat., Est., Vx 20. — «C'est le marais de Secheboue» dans Carte de la coste de La Rochelle à Brouaige et de l'isle d'Oléron, observée par le sieur de Chastillon, Melchior TAVERNIER, 1627. «Ce marais est limité à Secheboue, Pucilli, Roussoy, Empalle», Bibl. Nat., Cartes, GeDD, 627. — Gouvernement de La Rochelle, s. d., V. 1620, Ribl. Nat, Est., Va Charente-Inférieure. — HONDIUS, 1644, Carte du païs de Xaintonge, Bibl. Nat., Cartes, GeDD, 1197. — SAMSON, v. 1650.— N. DE FER, les Costes de France sur l'Océan, 1690 (Dépôt de la Marine).

(89) BOUGUENAULT, déjà cité, Gouvernement de La Rochelle., s. d. (v. 1627). Ms., Bibl. Nat., Est., Vx 20. — HONDIUS, 1644. — SAMSON, v. 1650. — P. DUVAL, La Rivière de Bourdeaux, etc. (v. 1660). Bibl. Nat., Cartes, Pf 85, B. 29. — En 1575, Amos BARBOT appelle ce coi celui de Marillet. Ouv. cité, p. a4.

(90) Melchior TAVERNIER, Carte de Chastillon, 1627, —Idem, Carte du païs d'Aunis.

(91) M. TAVERNIER, carte de Chastillon, 1627.— «Tous les marais et prairies étaient jadis baignés de la mer. On a construit des digues.» MASSE, Mém. du 8° carré, p. 1. — «Avant 1563, ils étaient inondés en malines.» Idem.

(92) En 1795. MASSE, Mém. ou description, 1721. — Mém. du 48° carré, 1719. Mém, du 8e carré, p. 1.

(93) M. TAVERNIER, carte de Chastillon, 1627. — Carte de l'embouchure de la Charente 1689, au 1/27000. A. G.

(94) Fouras, forteresse près La Rochelle, plan mss., Bibl. Nat., Est., Va Rochefort. — G., L'ancienne forteresse de Fouras, dicte le château de César, comme il se voict encore à présent, 1604. (Même Dépôt, même cote). — Carte de l'embouchure de la Charente, 1689, au 1/37000. A. G.

(95) Melchior TAVERNIER, carie de Chastillon, 1627.

(96) J. Aertz COLOM, Spiegel der Zee, Amsterdam, 1632 : De Custen van Poictou en Xaintoigne van de Cardinael de Rivier van Bourdeaux. Bibl. Nat., Cartes, GeDD, vo 313. —- BLAEU, Seespiegel, Amsterdam, 1631i. Bibl. Nat,, Cartes, GeFF, 829, — «Les sondes marquent à la fin du siècle 10 brasses entre Aix et Châtelaillon, et 7 entre Aix et Fouras.» Paul YVOUNET, Grand et nouveau miroir, ou Flambeau de la mer, Amsterdam Hendrik Donker, in-folio. Bibl. Nat. Cartes, GeDD 183. — Cf. Du même éditeur, Paskaert van Bretagne, Poictou en Xaintonge (Bibl. Nat., Cartes, GeDD 1297).

(97) Cours de la Charente, sur calque, s. d. (XVIIe siècle). Bibl. Nat., Cartes, C. 1855o (347).

(98) Carte de l'embouchure de la Charente et environs de Rochefort, s. d., Bibl. Nat., Est., Va Charente-Inférieure.

(99) Fouras, forteresse près La Rochelle, plan ms., Bibl. Nat., Est., Va Rochefort: «L'isle de Nel.» L'Epée, au N., est un banc. — Nouvelle carte marine croissante en degrés départie des costes de Poitou, Aunis et Saintonge, par N. DE VRIÈS, Amsterdam, by Ant. de Wintor en Claes de Vriès, geom. s. d., Bibl. Nat., Cartes, GeDD,vol. 163. — P. DUVAL, La Rivière de Bourdeaux avec les costes de Saintonge et Aunis, les Mes de Ré et d'Oléron (v. 1660) Ms. Bibl. Nal., Cartes, Pf 85 B 39. — Recueil des costes marit. du royaume, rédigé sur les cartes du Ghev. de Clairville, v, 1670 : «Carte topog. des costes maritimes d'Aunis et pays abonnés du gouvernement de Brouage.» (Bibl. Nat., Cartes, C. 15232).

(100) Carte de l'embouchure de la Charente, s. d.

(101) Places maritimes de France, Ms. Dépôt de la Marine, s. d. (XVIIe siècle).

(102) Michel BEGON, Mém. sur la généralité de La Rochelle, publié p. G,Musset, dans Archives d'Aunis et Saintonge, t. II, p. 74. • .

(103) « il y a 100 ans, il y avait encore des barques.» MASSE, Mém, du 48c carré, p. 7. — «La tradition vulgaire et plusieurs contrats font mention que les petits bâtiments ont remonté autrefois jusqu'à Marancennes, L'on assure qu'un homme mort depuis 15 ou 16 ans a dit, comme chose très sûre, avoir vu dans sa jeunesse une petite barque au port de Marancennes.» MASSE, Mém. sur Surgères 1700,p9.

(104) «Un habile géographe, qui connaissait bien le pays d'Aunis (Masse), fournit une preuve bien sensible des ravages que l'Océan fait en ce canton ; il a observé qu'on voyait, au commencement de ce siècle, les vestiges d'une chapelle dédiée à saint Jean, éloignée des bords de la mer de plus de dix toises en 1680. Cette chapelle était ruinée par les eaux en 1718.» ARCÈRE, p. 25. —• MASSE, passim, surtout, Mém, sur Saint-Jean-d'Angely, p. 64; «La commune opinion est qu'elle (l'abbaye de Secheboucq) a été bastie pour perpétuer en vénération de ce qui est dit de la chapelle ci-devant que les flots de la mer détruit insensiblement, et en 1680 ladite chapelle en était éloignée de ces rives plus de 10 toises, et en 1718 la mer l'a presque tout emportée.»

(105) »En 1700, les fossés de ce château qui séparaient la forteresse de la partie de l'ile qui subsiste, et qui étaient profonds, paraissaient encore en partie en leur entier. Au grand hiver 1709, tous les débris de tour qui étaient dans la mer, elle reste de l'escarpe furent détruits; 4 ou 5 maisons sur le-bord de ces fossés tombèrent. En 1698 il y avait encore neuf maisons. Il n'y en a plus que 4 ou 5.» MASSE, in-4° 135, p. 243-243.

(106) 24 mars 1730. Chute de la dernière tour de Châtelaillon, d'après COLIN, dans [Jourdau J. B. E. J.] Ephémérides historiques de La Rochelle, La Rochelle, 1864, in-S", p. 83.

(107) 1788. Carte de La Tour du Pin, au 86/4oo°. Mns. A. G.

(108) Carte des Armées du Roy, XVIIe" siècle. Mns. A. G.

(109)  1756. BLONDEAU, Carte de l'embouchure de la Charente, relative aux batteries, au 1/14400°. Mns. A. G. — Cartes d'Aunis, par LEBOZIER, 1767, Emb. de la Charente et projet pour la défense de cette rivière et Rochefort. Mns. A. G.

(110) Carte des Armées du Roy, XVIIe siècle. A. G. —BLONDEAU, 1756. «Elle a 70 toises sur 25.» De LA ROZIÈBE, Description, des costes des pays d'Aulnis el de la Saintonge. Mns. 33 pages, p. 3o. A. G.

(111) Carte des Armées du Roy, XVII° siècle. Mns. A. G.

(112)  «M. Gilbert, maire d'Angoulins, et M. Ledoux ont trouvé, dans un terrain emporté en 1873, à 3 mètres dans la mer, un squelette humain agenouillé dans la falaise.» Abbé MONGIS, ouv. cité, p. 292. L'abbé Mongis estime à 60 mètres la falaise enlevée par la mer à cette époque.

(113) «Au commencement de ce siècle, pendant les guerres de l'Empire, un fort s'éleva sur la pointe; à son tour, il s'est éboulé. Aujourd'hui (1853) un modeste corps de garde de douaniers a succédé à ces forteresses de deux âges, mais il ne repose pas sur leurs débris. Sur cette falaise, qui manque sous eux, tours ou bastions n'ont pas le temps de laisser des ruines, et comme des soldats frappés à leur poste ils tombent tout entiers.» DE QUATREFAGES, ouv. cité, p. 346-347. — «Des vieillards morts, il n'y a pas encore vingt ans, ont dit, à des personnes qui nous ont garanti le fait, qu'ils avaient vu sur la falaise une rangée d'ormeaux s'avançant vers la mer, et que tous, jusqu'au dernier, avaient disparu de leur temps.» Bulletin religieux du diocèse de la Rochelle, 1864-65. Les Ruines de Châtelaillon, p. 377.

(114) Constatations personnelles.

(115) Constatations personnelles.

 

 

e


05 novembre 2019

Généalogie des Seigneurs de Mauléon

Généalogie des Seigneurs de Mauléon (3)

Cette famille descend par mâles d'Haton ou Natonis, deuxième fils d'Eudes, duc d'Aquitaine. Hunolt duc d'Aquitaine (tige des rois de Navarre et dont descendent les Aranda et les d'Esclignac) son frère, lui fit arracher les yeux en 745.

 L'on sait que ce duc Eudes était fils de Boggis, lequel l'était de Caribert, roi de Toulouse et d'Aquitaine et que ce roi Caribert était le deuxième fils de Clotaire II; roi de France et frère de Dagobert. Cette origine est constatée par tous les auteurs contemporains des premiers rois de la deuxième race, et par la charte de la fondation d'Alaon. ==>Liste chronologique des souverains qui ont régné dans les principaux états du Moyen Age

I. HATON, deuxième fils d'Eudes, duc d'Aquitaine et de Vasconie en 735, ainsi qu'il a été dit plus haut, laissa selon la charte de la fondation d'Alaon, les enfants qui suivent :

1.° Loup Ier, duc d’Aquitaine et de Vasconie de 670 à 688 et duc de Gascogne , dont la fille unique, Adèle, épousa son cousin germain le duc Vaifre

2.° Altargarius qui suit;

3.° Icterius, fait comte d'Auvergne par Charlemagne, et qui n'eut pas de postérité.

 

II. Altargarius comte des Marches de Gascogne; il fut donné en otage à Charlemagne avec son frère Icterius, par Loup, duc de Gascogne. Ils s'attachèrent dès lors à la famille carlovingienne et s'allièrent avec elle. Ses ossements furent portés avec ceux de son père, de Saint Sauveur de Limoges au monastère d'Alaon en 835. Il eut :

 

III. Vandregisile comte; des Marches de Gascogne. Il fonda le monastère d'Alaon dans le comte de Ribagorce en Espagne. Il fit bâtir le château de Vandres dans la vallée de Tena. Il eut de Marie, fille d'Aznar, comte, de Jaca ou Aragon

1.° Asinarius, qui suit;

2.° Bernard, tige des comtes de Ribagorce et de quelques familles espagnoles telles que les Alagon et autres ;

3.° Antoine, vicomtes de Besiers, qui n'eut pas de postérité;

Athon, comte de Pallias, mort aussi sans postérité.

 

IV. AZINARIUS ou AZNAR, vicomte de Soule et de Louvigner, consentit à l'acte de fondation d'Alaon et y ajouta ses donations, entre autres l'église de Mauléon; .il passa la première confirmation avec sa femme Cerberge, fille du duc Burchard vainqueur des Mores de Corse (lequel on croit être de la maison de Montmorency) en 862. Ses enfants cités dans cet acte furent

1° Azinanus, qui suit ;

2° Burchard

3.° Arnold Ier de Thouars, tige des Mauléon, seigneurs de l'île de Rhé, la Rochelle, Benon, Talmont et autres en Poitou, provenant de la succession d'Haton son aïeul, deuxième fils du duc Eudes.

Généalogie des Seigneurs de Mauléon (1)

Les Savari, les Raoul, les Guillaume de Mauléon, fameux dans l'histoire de France du douzième et treizième siècle étaient descendants d'Arnold. Cette branche était alliée aux plus puissantes familles du Poitou entre autres, aux illustres maisons; de Thouars :et de la Trémouille ===> Les Seigneurs de MAULÉON (Châtillon-sur-Sèvre)

4.° Faquilène ;

5.° Richense, enterrée à Alaon en 862.

 

V. Azinarius ou Aznar II, vicomte de Mauléon, de Soule et Louvigner, seigneur de Barrabès, Bénasque, Aran et Tena, confirme Alaon en 883 étant au château de Vandres.  Il eut de son épouse ̃ :

1° Loup Azinarius, qui suit ;

2.° Artal, moine de Saint-Rémi de Reims;

3.° Centulle;

4° Athon, évêque de Toulouse

5.° Amita.

 

 

VI. Loup Azinarius, vicomte de Soule, confirme Alaon en il eut de sa femme Audisende :

VII. Athon Ier, vicomte de Mauléon de Soule, titré de comte de Ribagorce. Il confirma Alaon en 973. Il eut de la comtesse Marie son épouse :

1° Athon, qui suit

2.° Garcia, tige des vicomtes de Louvigner (Lupiniacensis ou Luperianensis) dont il paraît que descend la famille de Luppé.

 VIII. Athon II, vicomte de Soule, confirma Alaon en 1005 ; il eut de son épouse Raimonde, fille de Raimond Pons, comte de Toulouse, Guillaume vicomte de Soule assassiné par embûches de Gaston, vicomte de Béarn, en 1015. Il fut père de :

1° Raimond Guillaume, surnommé Salamace, qui confirma Alaon étant au château de Mauléon en 1040. Les descendants de celui-ci changèrent avec Philippe-le-Bel, roi de France et de Navarre, la vicomté de Soule contre le marquisat de Rada et d'autres- terres en Navarre cette branche s'allia avec la famille royale de France, qui régnait alors en Navarre, avec les Grammont d'Aster et autres des plus puissantes familles de ce royaume elle s'éteignit dans le seizième siècle et fondit dans les maisons des ducs de Grenade et marquis de Montéhermoso ;

2.° Loup Athon, qui suit :

IX. Loup Athon, seigneur de la vallée de Tena et de Jaca, fut assassiné en même temps que son frère le vicomte Guillaume. Il eut d'Irmengarde de Narbonne :

X. GARCIA Loup, seigneur de Tena, qui confirma la fondation d'Alaon avec Eneca Lupi sa femme et leurs enfants en 1015. Leurs enfants furent :

1.° Athon Garcia, qui' suit :

2.° Loup Garcia, vicomte d'Ortez;

3.° Guillaume Garcia.

 

Généalogie des Seigneurs de Mauléon (4)

XI. ATHON GARCIA, seigneur de Tena et de Jaca confirma Alaon en 1034 avec Velasquette sa femme (nommée Ricarde en Bigorre). Leurs enfants furent :

1° Asinarius Athon, qui suit :

 2.° Arnaud

3.° Louis;

4° Vandregisile;

5.° Ricarde.

 

XII. Azinarius ou AZNAR ATHON III, seigneur de Tena; il eut pour femme Galinde, fille de Pépin, comté de Comminges, qui prit l'habit monastique à Alaon en 1039. Ils eurent :

1° Garcia Aznar, qui tua dans son château de Vandres, Centulle Gaston vicomte de Béarn sous Sanche Ramirez, roi d'Aragon en poursuivi par les ordres de ce roi, il s'enfuit chez les Mores de Cordoue;

2.° Fortunius Aznar continua cette branche de Téna qui s'éteignit dans le treizième siècle;

3.° Galindo Aznar, qui. suit :

XIII. GALINDO Aznar seigneur de Tena, de Lez et d'une partie utile du comté de Comminges. D'après une charte rapportée par M. de Marca (Histoire de Béarn.) malgré que Galindo n'eût pas eu de part au meurtre commis par son frère puisque dans ce temps il avait accompagné le roi Sanche Ramirez dans la guerre de Castille, ce prince l'obligea ainsi que sa mère et ses frères d'évacuer la vallée de Tena et ordonna que le château de Vandres fût rasé. Alors Galindo se retira avec sa mère dans la portion utile du comté de Comminges dont elle avait hérité. Il se maria à une demoiselle de la maison de Labarthe, seigneur des quatre vallées d'Armagnac qui lui porta la vallée de Barousse où le château de Mauleon fut bâti en souvenir de la capitale de la Soule. Il signa un acte de déguerpissement en faveur de l'abbaye de Peirissas, en concurrence avec le comte Bernard de Comminges et Compan de Benque de la même maison, comme copropriétaire du comté de Comminges.

Cet acte rapporté en extrait par dom Vaissette est de 1100. La terre de Lez dont il prend le titre, est restée dans la maison de Mauléon jusques au seizième siècle, ainsi que partie de celles qui avaient été démembrées du comté de Comminges en faveur de Galinde, fille et héritière du comte Pépin, son père et de Bernard, son frère, mort sans postérité. Galindo eut pour fils :

1° Bernard de Mauléon, qui suit ;

2.° Robert de Mauléon qui adopte le nom de famille en même temps que son frère. Il fut grand capitaine, chevalier de l'ordre du lys et un des douze gentilshommes de Navarre à qui fut donné le commandement de la noblesse de ce royaume en 1138 (1).

XIV. Bernard DE MAULEON, chevalier, seigneur de Lez, de St-Béat, Foz, des vallées de Bavartès et Frontignès, de Cazaril, Labarthe Isnard, Anners Sedillac, Gensac, la Bastide-Savès Noillan, Montblanc Pargesse et autres sises dans le Comminges et tenues sous l'hommage de ses comtes.

 D'après l'usage qui s'introduisit dans ce temps d'adopter des noms de famille, il prit avec ceux des siens existant à cette époque, celui de la capitale de la Soûle. Il fit une donation à l'abbaye de Berdoues en 1134. Il est cité dans des actes de n 64, 1170, dans lesquels il est-dit oncle de Raimond Emeric de Montesquiou, ainsi.que Bernard de Montesquiou, évêque de Tarbes, et Géraud de la Barthe, archidiacre, puis archevêque d'Auch, et cousin d'Arnaud de la Barthe (2). Il eut :

XV Géraud DE MAULÉON, chevalier, baron de Barousse, seigneur des terres plus haut citées, en Comminges, bienfaiteur du monastère de Nisors en 1209. Il eut pour fils :

1° Bernard qui continua la branche des barons de Barousse; (Il fut rico-hombre d'Aragon.) Il fit une donation à Nisors en 1228. Sa postérité est continuée dans les Mauléon Nébias. Il y a eu plusieurs branches éteintes dans les siècles passés descendantes de Géraud qui furent établies en Languedoc et Gascogne; elles fournirent nombre de sujets illustres cités par les historiens du Languedoc, du Dauphiné et de la Provence.

Géraud de Mauléon seigneur de Gourdan, gouverneur de Calais, fut chevalier du Saint-Esprit dans la promotion de 1585 ;

2° Géraud, cité avec ses frères en 1254 (3) ;

3° Azémar, qui suit.

(1) Voyez André Favin, histoire de Navarre, T. 204.

(2) Voyez le père Anselme, t. 1, pag. 10, 11 eu 12, et aux preuves, pag. 95.

(3) Histoire du Languedoc.

 

Généalogie des Seigneurs de Mauléon (5)

XVI. Azémar DE MAULÉON, chevalier, seigneur de Lez Gensac St.-Béat, etc. il hérita de son père de toutes les terres qu'il avait en Comminges. Il fut présent avec Bernard de Mauléon, son frère aîné; à la donation que fit Géraud leur frère à l'abbaye de Nisors en 1228.

 Il jouissait par indivis de la terre de Gensac et de plusieurs autres avec Bernard, comte de Comminges, par acte de 1252. Donation à Nisors avec sa femme Honnor et Géraud son frère, 1253. Son testament en 1272; autre acte en 1273. Procureur fondé du comte de l'Ile Jourdain avec Roger de Mauléon son fils, 1288. Ses fils furent :

1° Géraud,  

2° Roger;

3.° Bernard, qui suit :

XVII. Bernard II; DE Mauléon, damoiseau, seigneur de Gensac, Lez, St.-Béat, etc. il jouissait d'une partie de ces terres par indivis avec le comte de Comminges; mais sous son hommage; ce qui est prouvé par un acte de 1284 et un de 1304. Sa femme est nommée Condor. Il laissa d'elle :

XVIII. Azémar II DE Mauléon, chevalier, gouverneur de St. -Bertrand et seigneur de Gensac, Lez, Sédillac, etc. etc. etc. Il donna quittance de ses gages le 7 juin 1347, scellée d'un sceau chargé d'un lion (1) qui sont les armes de la maison. Il eut :

XIX. Bernard III DE MAULÉON, écuyer banneret, seigneur de Gensac, Sédillac, Lez et autres citées plus haut. Fut présent en 1350 avec Arnaud Guillem de Mauléon, baron de Barousse, à une quittance de Jean, vicomte d'Aster. Il rendit hommage au roi comme comte de Çomminges en 1389 ; ce comté étant réuni à la couronne. Il laissa en mourant son fils mineur qui suit :

XX. Bernard IV DE, MAULEON, seigneur de Gensac, Lex, Sédillac, la Bàstide, etc. etc. Rend hommage à Marguerite comtesse de Comminges à qui le roi avait rendu son comté en 1389; il fit son testament le 22 décembre 1446. Ordonna sa sépulture à Nisors, tombeau d'une partie de ses ancêtres. Sa femme fut Honorete de la Tour; il en eut :

1.° N. de Mauléon:

(1) Voyez l'abbé le Laboureur.

 

2° Géraud, qui continua cette branche éteinte au dixseptième siècle;

3.° Azémar

4.° Arnaud

5.° Bertrand;

6.° Gausserand, qui suit;

7.0 Arnaud-Guillem;

8.° Gaston;

9.° Savari

10° Jeanne.

XXI. Gausserand DE MAULÉON, seigneur de la. Bastide, Savès, Noillan, etc. etc. Le sixième des fils de Bernard IV, seigneur de Gensac, fit un acte de partage avec ses frères et neveu en 1479 eut sa part dans d'autres terres, entre autres celles de Lez, Pargesse St. -Béat,- etc. passa un autre acte en 1480; rendit hommage au roi en 1493 et 1503 ; fit son testament en 1504. De sa femme Marguerite de Touges Noillan il eut nombre d'enfants.

 Cette branche de la Bastide fut continuée jusques à la fin du dix-septième siècle elle fournit des sujets distingués dans l'épée et l'église, un grand bailli de St.-Gilles plusieurs chevaliers de Malte. Un rameau de cette branche s'établit en Lorraine où elle joua des rôles cités dans l'histoire de cette province.

Cette branche de Lorraine contracta des alliances avec les meilleures familles de ce pays entre autres avec celles du Châtelet et de Choiseul, et fournit des chanoinesses à Remiremont et autres chapitres. Jacques de Mauléon qui suit était le sixième fils de Gausserand.

 

XXII. Jacques DE MAULÉON, seigneur de Savaillan compris dans le testament de son père, reçût pour sa portion légitimaire la maison et biens de Peguilhan, fut compris dans une montre faite à Mirande en Astarac, le 18 février 1522.

Capitaine d'une compagnie de gens de pied en, Servit avec distinction en Italie sous le maréchal de Montluc qui le cite en ses mémoires sous le nom de Labastide père des Savaillan, un des plus vaillants gentilshommes qui fût en son armée. Il rendit hommage au roi pour Péguillan et Savaillan en 1540; fit son testament en 1558 il assista au mariage de Denis de Mauléon seigneur de la Bastide, son neveu, avec Marguerite d'Esparbès. Il épousa en 1533 Perrette de Ferrières des Guillots, de laquelle il eut :

 

1 .° Arnaud de Mauléon, capitaine d'une compagnie de trois cents hommes de pied ;

2.° Denis, qui suit ;

3.° Jacques, chevalier de Malte en 1560

4 .° Jean-Jacques

5.° Florette

6.° Louise

7.° Anne;

8.° Catherine

9° Antonie.

 

Généalogie des Seigneurs de Mauléon (2)

XXIII. Denis DE MAULÉON, seigneur de Savaillan, gouverneur de Castel-Jaloux et du Mas-Grenier, commandant des pays de Comminges, Rivière Verdun, comté de l'Ile Jourdain et vicomté de Gimois pour le roi de Navarre (qui fut depuis Henri IV ) Capitaine de gendarmes, il se maria avec Catherine de Montlezun fille de Bernard seigneur du Castera, en il acquit la seigneurie de St.-Sauvi du roi Henri IV en 1588 fit son testament le 7 février 1589 ; celui de sa femme est du 2 février 1610. Leurs enfants furent :

1° Jacques de Mauléon, seigneur de Savaillan, gouverneur des villes et château de Lectoure ; il épousa une demoiselle de Galard de Lille, il fut père d'Henri de Mauléon, seigneur de Savaillan, St.- Brés, Nogqés, etc. de François, seigneur d'Oinville, mort sans postérité de Jean idem en 1646. ; de Pons, tué au combat du faubourg St.-Antoine à Paris ; fut maintenu en sa noblesse en 1666. La branche de Savaillan s'est éteinte en la personne de M. de Mauléon Savaillan habitant sa terre de Bruel en Normandie au commencement de la révolution française. Il avait un frère mort commandeur de l'ordre de Malte. Madame la marquise de Pile leur nièce a recueilli une partie de leur succession ;

2.° Pierre qui suit ;

3.° Henri de Mauléon, dit d'Ancaussan.

La famille de Mauléon conserve plusieurs lettres originales écrites à Denis de Mauléon, seigneur de Savaillan, par Jeanne, reine de Navarre, par le grand Henri et par le duc d'Alençon.

 

XXIV. Pierre DE MAULÉON, seigneur de St.- Sauvi et Lixandre. Son existence est prouvée par les actes ci-dessus;

il testa le 7 novembre 1653 et avait épousé en premières noces Armoise d'Astugues le 13 mars 1611,  et en secondes noces en 1623, Anne de Montlezun, fille du seigneur du Bruca.

Du premier lit vinrent :

1.° Abraham-François, qui suit ;

2.° Paul, auteur de la branche de la Come, éteinte.

 Du second lit :

N. mariée à M. de Faudoas, seigneur d'Airies.

 

 XXV Abraham-François DE MAULÉON seigneur de St-Sauvi et Lixandre, épousa le 9 décembre 1646, Madelaine de Lary, fille du seigneur de la Mothe en Do; maintenu avec son frère en sa noblesse le 17 septembre 1666 et 1667 en même temps que les seigneurs de Savaillan, lors de la recherche générale. Il eut :

XXVI. Jean DE MAULÉON, seigneur de Saint-Sauvi et Lixandre; il épousa, en premières noces, Marguerite de Léomont, fille du seigneur de Gariés, dont il n'eut pas de succession il épousa, en secondes noces, Marie de Bonnefont, fille du seigneur de Fieux, et de Nicole de Fumel, en 1695 ; maintenu en sa noblesse en 1698 et testament de Marie de Bonnefont,, 30 mai 1704. Leurs enfants furent :

1° Joseph-César, qui suit ;

2.° Henri de Mauléon, marié en 1745 à Thérèse d'Olivier, fille du seigneur Des Tartés, dont il eut Joseph, comte de Mauléon ancien officier des gardes du corps compagnie de Noailles et maintenant lieutenant en celle de Wagram, chevalier de St:-Louis et maréchal de camp. Le comte de Mauléon, marié à la fille du comte de Latour Nouaillan, a pour fils Henri de Mauléon, maintenant garde du corps dans la même compagnie, qui est marié à Mademoiselle de Buros, dont il a :

1° Alphonse de Mauléon

2.° N. de Mauléon.

XXVII. Joseph-César DE MAULÉON, seigneur de Saint-Sauvi et Lixandre, épousa le 17 avril 1717, Geneviève de Boisson Curton. Il fit hommage au roi en 1729 et 1731 il mourut en 1759. Ses enfants furent:

1° Jean-Louis, qui suit :

2°. Deux, morts sans postérité et six demoiselles,

 

XXVIII. Jean-Louis de Mauléon, seigneur de St.-Sauvi, Lixandre et Sérempuy épousa Catherine de Preissac, fille du seigneur de Maravat, en 1750, rendit hommage, au Roi pour ses terres, 3 août 1755. Il eut, de Catherine de Preissac dix-sept enfants dont neuf ont partagé sa succession.

1° Joseph; marquis de Mauléon, qui suit ;

2.° Paul, aumônier du roi Louis XVI, abbé de Lannoi, grand vicaire d'Evreux ;

3.° Jean-Louis, vicomte de Mauléon, chevalier de St.- Louis, colonel à la suite de l'infanterie française, qui a servi longtemps en Espagne ;

4° Louis-Henri de Mauléon, chevalier-de St.-Louis, colonel d'infanterie, habitant la Russie depuis vingt ans;

 5.° Louis-Salvi, chevalier de Mauléon, chevalier de St.-Louis, actuellement colonel du régiment, de Royal Bourbon, après avoir servi en Espagne

6.° Lambert de Mauléon, un des anciens chefs du parti royaliste de la Gascogne ;

7.° Trois filles non mariées.

 

XXIX. Joseph, marquis de Mauléon, chevalier de, St.Louis, maréchal de camp, seigneur de Serempuy, Lixandre, ancien sous-lieutenant des gardes-du-corps du roi Louis XVI, compagnie de Villeroi, puis Grammont, fit avec son cousin, le comte de Mauléon, ses preuves pour les carrosses du roi, et entrées dans ses gardes-du-corps, pardevant M. Cherin, généalogiste de la cour. Il épousa Anne-Françoise de Bérulle; fille du premier président du parlement de Grenoble, le 14 mars 1780; il est maintenant lieutenant des gardes-du-corps compagnie de Wagram Il a pour enfants :

1.° Amable de Mauléon, qui suit;

2.° Hermine, mariée M. de Bonnefont de Fieux.

 

 XXX. Amable, comte DE MAULÉON, garde-du-corps du roi, compagnie de Wagram, marié à Aglaé de Barrin de la Galissonnière, fille du comte de la Galissonnière, maréchal de camp, commandeur de l'ordre royal et militaire de St.-Louis, famille ancienne et illustre, particulièrement dans la marine, par l'amiral la Galissonière et autres de son nom. Il est maintenant membre de la chambre des députés. Ils ont pour fille Amélie de Mauléon.

 

Généalogie des Seigneurs de Mauléon (6)

Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques, en région Nouvelle-Aquitaine) - Mauléon (Deux-Sèvres en région Nouvelle-Aquitaine.)

La maison de Mauléon a eu le bonheur de conserver tous les titres qui servirent à former ses preuves, pour l'entrée des carrosses du roi, pardevant le généalogiste des ordres de Sa Majesté; elle en a même augmenté la collection et y a ajouté des découvertes intéressantes pour l'histoire de la première et seconde race de nos rois.

Au nombre décès documents est la charte ou privilège de Charles-le-Chauve, en faveur du monastère d'Alaon;  cette pièce jointe aux, confirmations des descendants des fondateurs (1), et, d'autres chartes extraites de différents ouvrages espagnols et français, formeront, avec les autres titres, les preuves non équivoques de l'origine mérovingienne des rois et ducs d'Aquitaine, des premiers rois de Navarre, troncs de ceux d'Aragon Castille.et Léon; des comtes Abarca Aranda des comtes de. Gascogne, souche de ceux des Fezensac, d'Armagnac et d'Astarac, d'où descendent incontestablement les d'Esclignac, les Montesquiou, les Pardiac-MontJezun, les Lomagne et différentes maisons, dont la communauté d'origine avec les Mauléon, remonte au grand Eudes, duc d'Aquitaine.

Armes « De gueules au lion d'or, armé et lampassé » de sable.

Nobiliaire universel de France, ou Recueil général des généalogies historiques des maisons nobles de ce royaume.

 

 

 

 


 

La charte d’Alaon est une fausse charte visant à fournir une généalogie frauduleuse de la famille d’Eudes, duc d'Aquitaine (715-735). Au XIXe siècle, l’historien Joseph-François Rabanis a démontré que cette charte était une falsification fabriquée au XVIIe siècle par un érudit espagnol nommé don Juan Tamagno Salazar et attribuée à Charles le chauve. Ses recherches ont donc rétabli une bonne partie de la réalité et de ce qui était connu à propos des souverains de Vasconie et de Navarre. https://fr.wikipedia.org/wiki/Charte_d%27Alaon

Posté par thierryequinoxe à 15:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

04 novembre 2019

Retour historique sur les Chartes et Donations de l’abbaye de Fontevraud

Retour historique sur les Chartes et Donations de l’abbaye de Fontevraud -Mathilde d'Anjou et son père Foulques V futur roi de Jérusalem

Foulques Réchin, comte d’Anjou, fut un des principaux fondateurs de l’abbaye Notre-Dame de Fontevraud, que Robert d’Arbrissel avait établi pour honorer la maternité de la Sainte Vierge, et la supériorité qu’elle avait sur saint Jean. Ce prince y donna les péages du Pont de Cé.

 

Les comtes d'Anjou, Foulque IV le Réchin et, surtout, Foulque V le Jeune (1109-1128) avaient accordé à l'abbaye naissante une protection qui se poursuivait sous Geoffroi Plantegenêt (1128-1151).

Plusieurs femmes de leur famille y étaient entrées en religion, à commencer par la reine Bertrade de Montfort, ex-épouse infidèle de Foulque IV et mère de Foulque V, qui y avait, vers 1117, terminé sa vie mouvementée.

Si la demi-soeur de Foulque V, la comtesse de Bretagne Erméngarde, correspondante de Robert d'Arbrissel, n'avait fait que des séjours temporaires à Fontevrault, la fille du même Foulque, Mathilde d'Anjou, y était entrée pour toujours après avoir perdu en 1120, dans le fameux naufrage de la « Blanche Nef », son époux Guillaume Adelin et, du même coup, l'espoir d'être un jour reine d'Angleterre ; elle allait, en 1149, succéder comme abbesse à Pétronille de Chemillé. D'autre part, la munificence comtale avait en grande partie financé la construction des bâtiments abbatiaux et de l'église, future nécropole d'Henri II Plantegenêt et des siens.

 Les donations des comtes avaient aussi largement contribué à enrichir le temporel de l'Ordre qui leur devait de posséder, dans le seul diocèse d'Angers, nombre de terres, droits et exemptions diverses ; surtout, entre 1115 et 1120, les ponts des Ponts-de-Cé, avec leur péage, la vigerie  et une écluse  avaient été donnés à l'abbaye par Foulque V duquel Aremburge du Maine les avait eus en douaire.

Donation appréciable puisque la plus grande partie du trafic entre Anjou et Poitou traversait la Loire sur ces ponts.

Diverses concessions seigneuriales et des acquisitions — dont celle du beau domaine de la Pignonnière, aux portes d'Angers  avaient encore accru ce temporel angevin. Outre ces possessions, l'Ordre avait en Anjou plusieurs prieurés, Les Loges fondé dès 1102, Boranne avant 1120, Asnières en Epieds vers 1124 et, peut-être dès alors, Saint Calais en Chavagnes. Sur le plan spirituel, des confraternités de prières avaient été conclues avec les chanoines de Saint Laud et de Saint Maurille d'Angers.

Ces nombreux liens entre Fontevrault et l'Anjou avaient entraîné de fréquentes relations entre les évêques d'Angers et l'abbaye.

Ménage, dans son Histoire de Sablé, en parlant d'une donation faite à l'abbaye de Fontevraud par Foulques V, comte d'Anjou, dit que le pont de Cé y est nommé Pons Sagei.

Retour historique sur les Chartes et Donations de l’abbaye de Fontevraud (6)

1104-1109

Foulques V dit le Jeune, comte d'Anjou, donne aux religieuses de l'abbaye de Fontevraud sa terre du Breuil, située près du pont de Chinon, avec toutes ses dépendances, droits, coutumes, etc.

Sans date.

Foulques V dit le Jeune, comte d'Anjou, donne aux religieuses de l'abbaye de Fontevraud vingt juils de pré situés dans les pâturages de Vérone, et confirme, en faveur des mêmes religieuses, le don du Bois-Rotard, qui leur avait été fait par Foulques-Réchin, son père.

1104-1109.

Foulques, comte d'Anjou (peut-être Foulques-Réchin), donne à Robert d'Arbrissel et aux religieuses de Fontevraud les près qu'il tenait à cens des moines de l'abbaye de Charroux.

1104-1109.

Foulques V dit le Jeune, comte d'Anjou, donne à Robert d'Arbrissel et aux religieuses de Fontevraud deux moulins et une écluse, le tout à Chinon.

1104-1109.

Notice faisant foi que Foulques, comte d'Anjou, investit les religieuses de Fontevraud d'une villa qui leur avait été donnée par Etienne de Montsoreau, mais dont la possession leur était disputée par Raoul et Geoffroi Roillart, fils et gendre d'Yves le Roi, qui avait vendu cette villa à Guillaume de Montsoreau et à Arsinde.sa femme, père et mère dudit Etienne.

1114 (env.).

Confirmation par Bouchard d'Echarbot de la donation faite par son père et sa mère à Robert d'Arbrissel et aux religieuses de Fontevraud, XXXVI, 424.

Avant 1118.

Foulques V dit le Jeune, comte d'Anjou, donne aux religieuses de Fontevraud toutes ses métairies de Borenne et tous les prés qu'y avait possédés Geoffroi Martel le Vieux, comte d'Anjou.

Retour historique sur les Chartes et Donations de l’abbaye de Fontevraud (4)

1115.

Jean Pignon, du consentement d'Ermengarde, sa femme, et de Gars, leur fils, dispose en faveur des religieuses de Fontevraud de tout ce qui lui avait été donné, vendu ou concédé par le comte Foulques le Jeune dans la terre de Verrière, et de tout ce qu'il y avait acquis autrement.

1111-1123.

Foulques V dit le Jeune, comte d'Anjou, du consentement de la comtesse Eremburge, sa femme, et de Geoffroi, leur fils, donne aux religieuses de Fontevraud le Pont-de-Cé, avec sa viguerie et les droits de meurtre et de rapt.

1110-1133.

Foulques V dit le Jeune, du consentement de la comtesse Eremburge, sa femme, donne aux religieuses de Fontevraud la terre des Francs appelée Barbeneuve.

Avant 1117.

Foulques V dit le Jeune donne aux religieuses de Fontevraud un moulinet des prés situés apud Compignas in nemore Molnesio (1) et une portion du cours de la Vienne, auprès de Saumur, pour y établir une écluse et un moulin.

(1) Dans une charte accordée aux religieuses de Fontevraud par Henri II, roi d'Angleterre, il est fait mention d'une foresta de Munneis.

Retour historique sur les Chartes et Donations de l’abbaye de Fontevraud (1)

Sans date.

Foulques V dit le Jeune donne aux religieuses de Fontevraud, en présence de la reine Bertrade, sa mère, et de plusieurs autres témoins, une écluse au Pont-de-Cé.

1118.

Le même comte donne aux religieuses du prieuré de Haute-Bruyère, dépendant de Fontevraud, et du consentement de la comtesse Eremburge, sa femme, un moulin au pont de Chinon.

Vers 1118.

Le même comte, du consentement de la comtesse Eremburge, sa femme, et en présence de la reine Bertrade, sa mère, donne aux religieuses de Fontevraud une taille qu'il avait coutume de lever sur les prés de Longe-lsle.

Sans date.

Le même comte accorde aux religieuses de Fontevraud le droit depasnage dans toutes ses forêts (1).

Avant 1117.

Le même comte donne aux religieuses de Fontevraud, entre les mains de Robert d'Arbrissel, vingt arpents de pré situés à Verron, et le Bois-Rotard, avec les terres qui en dépendent.

Avant 1118.

Le même comte donne aux religieuses de Fontevraud, en présence de la reine Bertrade, sa mère, deux moulins avec une écluse, le tout à Chinon, et son bois de Tigilté (de Tigilliaco).

 Retour historique sur les Chartes et Donations de l’abbaye de Fontevraud (3)

 

 

1134,

19 avril. Charte de Guillaume, duc d'Aquitaine, pour l'abbaye de Fontevraud. D, IV, 323.

1134, 19 avril.

Donation par Guillaume, duc d'Aquitaine, à l'abbaye de Fontevraud du droit d'herbage de la forêt de Benon, XIX, 323.

1140.

Donation faite par Geoffroy, abbé de Fontdouce, du lieu de Saint-Bibien à l'abbaye de Fontevraud, XIX, 322.

1140.

Charte par laquelle Geoffroi, abbé de Font-Douce, concédé le lieu de Saint-Bibian à l'abbaye de Fontevraud. D, IV, 322.

1161 (env.)

 Charte de Pierre, légat du Saint-Siège, relative à la sépulture d'une religieuse de Fontevraud par les chanoines de Candes, XXXVI, 436.

1165.

Lettre de G., évêque de Chartres, à B., évêque de Saintes, touchant les droits de l'abbaye de Fontevraud dans la forêt d'Argenson. D, IV, 324.

 

 

1180. (?). Charte d'Aliénor, reine d'Angleterre, portant donation à l'abbaye de Fontevraud d'un bourgeois de la Rochelle, nommé Pierre de Ruffec. D, IV, 135.

1180 (?). – Charte de la même, portant concession à la même abbaye d'une terre sise à Belleville et de certains droits dans la forêt de Benon. D, IV, 329.

1185.

Charte d'Aliénor, reine d'Angleterre, portant donation à l'abbaye de Fontevraud, d'une rente de 100 livres sur la prévôté de Poitiers et les vinages de Benon. D, IV, 330.

1188,

Acte relatif aux droits de l'abbaye de Fontevraud sur la terre du Puy-Airouard. D, IV, 327.

 

Retour historique sur les Chartes et Donations de l’abbaye de Fontevraud (5)

1199.

Charte d'Aliénor, reine d'Angleterre, portant donation à l'abbaye de Fontevraud d'un bourgeois de la Rochelle, nommé Pierre Foucher. D, IV, 134.

Charte de Guillaume de Mauzé, portant constitution d'une rente de 100 livres au profit de l'abbaye de Fontevraud. D, IV. 333.

Charte d'Aliénor, reine d'Angleterre, relative à la même rente. D, IV, 334.

Charte de la même Aliénor, portant donation à l'abbaye de Fontevraud, d'une rente de 100 liv. sur la prévôté d'Oléron. D, IV, 337.

Charte de la même Aliénor portant donation à la même abbaye d'une rente de 10 liv. sur la même prévôté. D, IV, 339.

1199 (env.). –

Charte de la même Aliénor, portant donation d'une rente de 10 liv. à Alix, prieure de Fontevraud. J), IV, 338.

1199 (env.) .

Charte de la même Aliénor, portant donation d'une rente de 10 liv. à Alix de Blois, religieuse de Fontevraud. D, IV, 340.

Fin de 1190.

Jugement rendu par le sénéchal d'Anjou entre l'abbaye de Fontevraud et le prévôt de Saumur relativement à la voirie de la place de la Bilange, à Saumur, XXXVI, 441.

1218, août. –

 Lettre des prieurs de Sainte-Radegonde et de Samt-Hilaire de la Celle, à Poitiers, contenant accord entre l'abbaye de Fontevraud et Porteclie, seigneur de Mauzé et de Marans. D, IV, 335.

 

 

V. 1220.

Lettre adressée par Guillaume, abbé de Saint-Léonard de Chaumes, et par Girard de Chambre, bourgeois de la Rochelle, à Berthe, 1 abbesse de Fontevraud, pour l'engager à mettre fin à un procès qu'elle soutenait contre l'évêque de Saintes. D, IV, 137.

1223, juin.

Charte de Savari de Mauléon, relative aux rentes que l'abbaye de Fontevraud avait sur le domaine d'Oléron. D, IV, 341.

 

 

1230 (env.). –

Lettre des prieurs de Saint-Hilaire de la Celle et de Sainte- Radegonde pour interdire la personne et la terre de Hugue de Lusignan qui refusait de reconnaître les droits de l'abbaye de Fontevraud dans l'ile d'Oléron. D, IV, 342.

1234, 10 juillet.

 Lettre de Henri III, roi d'Angleterre, pour le payement des rentes que l'abbaye de Fontevraud avait sur l'île d'Oléron. D, IV, 343.

 

Retour historique sur les Chartes et Donations de l’abbaye de Fontevraud (2)

1235, 5 septembre

Charte du maire et des prud'hommes d'Oléron touchant les droits de l'abbaye de Fontevraud dans l'île d'Oléron. D, IV, 344.

1265.

L'abbesse de Fontevraud et le chapitre de Tours choisissent des arbitres pour trancher un différent

1265, 28 juillet. –

L'abbesse de Fontevraud et le chapitre de Tours choisissent des arbitres pour trancher un différend entre l'église de Bar-sur-Aube et le couvent de la Rive, «XXVI, 593.

1278, 10 mars.

Charte de Girard Chabot, seigneur de Retz, touchant un accord conclu avec l'abbesse de Fontevraud, D, IV, 78.

 

 

Le Musée d'Art moderne de Fontevraud ouvrira en mai 2020

 

Au printemps 2020, l’abbaye royale de Fontevraud, dans le Val de Loire, accueillera, dans un musée d’art moderne flambant neuf, la collection privée de Martine et Léon Cligman. Des œuvres de Degas, Toulouse-Lautrec ou encore Rodin y seront présentées dans une scénographie mettant en lumière le cheminement de ce couple de collectionneurs d’art. France.fr vous ouvre, en avant-première, les portes de ce nouveau musée...     https://www.france.fr/fr/val-de-loire/article/dans-les-coulisses-du-futur-musee-art-moderne-de-fontevraud

 

 

.

Fons-Ebraldi - Robert d'Arbrissel et La légende du bandit Evraud <==

Time Travel – Dumnacus, Le Pont de Cé - de la dernière guerre des Gaules à aujourd’hui. <==

La vie dAliénor d’Aquitaine <==

Mathilde d’Anjou, abbesse de L’abbaye de Fontevraud- Les Rencontres Imaginaires dans les pas d'Aliénor d’Aquitaine <==

 


 

(1)           L'usage de ce droit consistait à conduire les animaux, et particulièrement les porcs, dans les forêts pour s'y nourrir des fruits tombés des arbres. Ce droit fut accordé en 1149 à l'abbaye de Boisgrolland par Aimeri de Beuil en ces termes: Dono eis [monachis) in nemure de Verto ut ibi pascantur animalia eorum universi generis. Ibi, si necesse fuerit, porcarius arbores virga percutiet ad deponendos fructus, ut porci copiosius alantur. (D. Fonteneau, I, p. 408.)

 

On trouve dans plusieurs actes qui se placent de 1104 à 1127 un témoin dont le nom est écrit de plusieurs manières, Ademus, Adamus, Aenus, Aemus avec la qualité de nutritius. Une charte du 15 janvier 1127 contenant donation à Fontevrault par le comte Foulques V l'appelle nutritius comitis Cartulaire de Fontevrault, t. II, p. 31, coll. Gaignières Bibl.) Nat. Lat. 5480). C'est celui chez lequel le comte avait été mis en nourrice et qui ensuite était resté auprès de lui.

 

 Décision de commissaires nommés par le Roi Henri II en 1158 sur des coûtumes que Fontevrault peut réclamer sur le pont de Sée accord entre les religieuses et les habitants d'Angers sanctionné en présence de témoins parmi lesquels les prévôts d'Angers et de Brissac, et tota curia rpout plena erat militibus et populo.... (Cartul. de Fontevrault, coll. Gaignières, t. 1, p. 403 Bibl. Nat. Lat. 5480).

De Société des antiquaires de l'Ouest (Poitiers, France)

Bibliothèque de l'École des Chartes

03 novembre 2019

Barfleur, La voie des Rois d’Angleterre

Barfleur, La voie de Rois d'Angleterre

Geoffroy de Monmouth, dans le neuvième livre de son Historia regum Britanniae, fait partir le roi Arthur de Barfleur (1) pour combattre les Romains chez les Allobroges, peut-être a-t-il disposé de sources anciennes de la légende mentionnant le nom originel de Barfleur, sinon il aura donné cette localisation car ce port était à son époque le principal lien maritime entre le duché de Normandie et la Grande-Bretagne.

Autrefois, Barfleur vit parader dans ses rues des cortèges somptueux de princes et de rois. Durant plusieurs siècles du Moyen-Age, ce fut une place forte, une grande ville de 1.800 maisons, c'est-à-dire d'environ 9.000 habitants, et l'un des ports les plus fréquentés de la Manche.

Comment s'explique une telle importance ? Barfleur la devait d'abord à sa situation géographique, puisque sur toute la côte normande c'est le point le plus rapproché de l'Angleterre. Puis, souvenons-nous que le port de Cherbourg n'existant pas à cette époque, celui de Barfleur offrait à la navigation des ressources que la mer lui a enlevées en s'avançant peu à peu dans les terres : elle a dénudé les roches énormes qui aujourd'hui en obstruent l'entrée et qui en formaient alors la ceinture intérieure. (2)

 

XIe, XII et XIIIe siècles.

En 1066, la bataille de Hastings marque le début de la conquête de l'Angleterre par les Normands parmi lesquels figurent de nombreux Cotentinais et Avranchinais.

Lorsque le César normand du XIe siècle, au début de cette mémorable année 1066, annonça qu'il avait l'intention de conquérir la grande île et qu'il faisait appel à tous les hommes de bonne volonté, son projet fut accueilli avec joie, même avec enthousiasme, par un nombre respectable de seigneurs du Cotentin et de l'Avranchin. On ne leur demandait point un service obligatoire, mais une coopération bien digne de les séduire. Et le sang des ancêtres, des Vikings intrépides, fermenta de nouveau dans leurs veines.

La question de savoir si la cause était juste n'émouvait guère, j'imagine — quoi qu'en dise Guillaume de Poitiers — l'esprit de ces batailleurs innés. Ils en croyaient leur chef affirmant haut et clair que son cousin, le roi défunt, lui avait légué sa couronne (3). Mais ils envisageaient surtout, Normands pratiques, les chances et les risques de l'entreprise.

Et la nouvelle se répandit bientôt — propre, tout de même, à entraîner l'adhésion des hésitants — que Guillaume avait porté sa cause à Rome et que le pape se prononçait en sa faveur : il lui envoyait un gonfanon, ainsi qu'un anneau contenant un cheveu de saint Pierre (4). Puis, la comète de Halley s'en mêla au mois d'avril et resplendit deux semaines durant : cette messagère céleste, de l'avis des meilleurs astrologues, annonçait l'avènement prochain du nouveau roi ! (5).

Pour commencer les préparatifs, on n'attendit pas la fin du printemps. Du Val de Saire aux vaux de la Sélune, des roches de la Hague à celles de Mortain, on rivalisa de zèle, on apprêta tout ce qu'il fallait, navires, hommes, chevaux, munitions, afin de courir sus au Saxon parjure, et usurpateur...

La première chose étant de construire une flotte, « févres » et charpentiers furent mandés dans tous les chantiers de nos rivages. Car les seigneurs qui en avaient les moyens s'inscrivaient pour quelques navires (6).

Richard d'Avranches en offrait 60, et Robert de Mortain 120 (7). Wace décrit d'une façon charmante l'animation qui régna dans tous les ports normands, et ses dires peuvent s'appliquer spécialement aux chantiers navals de la Manche qui a plus de littoral que tout le reste de la Normandie :

« Il fallait voir comme on s'empressait à abattre des chênes, à les traîner vers les ports voisins. Là, on faisait des chevilles, on dolait des planches, on assemblait les pièces. Et cela prenait forme de nefs ou d'esquifs. Ensuite, on tendait des voiles et on dressait des mâts avec beaucoup d'habileté — sans regarder à la dépense ! » (8).

La « Tapisserie de Bayeux » offre une vision très nette de ces navires. C'étaient des drakkars, comme ceux des anciens Vikings, avec des proues et même des poupes qui s'élevaient en cous de cygnes, se terminant par des têtes d'animaux fabuleux. Un détail à remarquer, c'est le gouvernail fixé sur le côté droit : espèce de rame courte et large, dessinée comme une crosse de cricket.

Le vaisseau qui devait transporter en Angleterre Guillaume le Conquérant lui fut offert par la duchesse Mathilde et se nommait « Mora » (9).

Observons-le quelques instants, puisqu'il fut, dit-on, construit à Barfleur, l'un des ports les plus importants de toute la province, et sans doute le plus fréquenté dès cette époque.

 

Le vaisseau qui devait transporter en Angleterre Guillaume le Conquérant lui fut offert par la duchesse Mathilde et se nommait « Mora »

 

 LE « MORA »

Une tradition constante veut, en effet, que le navire ducal soit sorti des chantiers de Barfleur. Orderic Vital, sans l'affirmer positivement, le laisse entendre, et un ensemble de circonstances favorise cette opinion jusqu'à en faire une certitude morale.

Reportons-nous au naufrage de la Blanche-Nef conté par le moine de Saint-Evroul. En ce soir tragique, tandis qu'une flotte imposante se préparait à quitter le port de Barfleur, avec Henri Ier et toute la noblesse anglo-normande, un riche personnage nommé Thomas se présenta devant le roi et lui dit :

« Etienne fils d'Airard fut mon père. Toute sa vie, il servit le vôtre sur la mer. C'est lui, notamment, qui conduisit son vaisseau voguant vers la conquête de l'Angleterre. Je vous demande, seigneur roi, de m'accorder le même honneur ; car j'ai un navire, la « Blanche-Nef », admirablement équipé pour ce service royal » (10).

Le récit d'Orderic Vital est irrécusable, écrit peu de temps après le terrible événement dont tout le monde con naissait les moindres détails. Il nous livre donc sans conteste le nom et le pays de l'homme qui avait piloté le Mora (11). N'est-il pas tout naturel de penser que le navire sortait de Barfleur aussi bien que son pilote ?

D'ailleurs, l'importance du port de Barfleur à partir du XIe siècle n'est plus contestée par personne, depuis les preuves apportées par Gerville et renforcées encore par celles de L. Delisle (12).

Et la duchesse Malthilde ne manquait pas de raisons pour le choisir de préférence à tout autre, afin d'y faire construire le navire offert à son vaillant époux. Séjournant à Valognes durant les premières années de son mariage, n'avait-elle pas chevauché avec joie dans l'agréable région du Val de Saire, qui faisait partie du domaine ducal, — et du douaire constitué précédemment pour sa propre mère, Adèle de France, fiancée d'abord à Richard III (13) ?

Elle ne devait pas ignorer qu'en 1036 (14), le roi Edouard, dont Guillaume entendait recueillir l'héritage, était parti précisément de Barfleur pour Southampton avec 40 nefs, désirant faire valoir ses droits à la couronne, et qu'à la vue des difficultés il était revenu à Barfleur (15), Elle savait aussi que les bons « esturmenz », ou mariniers, du Cotentin étaient les meilleurs du monde, n'ayant pas leurs pareils pour « sigler e vagier » sur les mers, comme dit Wace...

Le drakkar du Conquérant n'allait pas démentir cette réputation. Il fut le plus rapide de toute la flotte et arriva bon premier en vue des côtes anglaises.

Sur la « Tapisserie de Bayeux », on le distingue des autres par le gonfanon pontifical marqué d'une croix qui domine son mât, et par la statue qui orne sa poupe. Cette statue représente quelque chose comme le Génie de la conquête, tenant un petit drapeau d'une main et, de l'autre, portant une trompette à sa bouche (16).

Dans le Roman de Rou, le Génie se trouve décrit un peu différemment. Il est en cuivre et placé à la proue, ce qui paraît plus vraisemblable. C'est un enfant armé d'un arc et d'une flèche, faisant semblant de tirer, le visage tourné vers l'Angleterre (17).

— Notre bon trouvère ajoute même un détail typique : celui de la « wire-wire dorée » au haut du mât. Il n'a pas dû inventer cette girouette, mais en entendre parler par des vieillards qui l'avaient vue. Est-ce qu'elle n'évoque pas un tableau digne d'Homère ? Chaque soir et chaque matin, sur les plages de Cabourg et de Saint-Valéry, elle attirait les regards des guerriers, impatients d'obtenir du ciel un vent favorable....

 

Au bout de la jetée du port de Barfleur, scellé sur un rocher, un médaillon de bronze rappelle que Guillaume le Conquérant fit sur le Mora (piloté par un jeune Barfleurais, Étienne), la traversée depuis Barfleur, débarquant à Pevensey dans le Sussex de l'Est, le 28 septembre 1066.

Ce monument commémoratif, œuvre du sculpteur Josette Hébert-Coeffin, a été élevé en 1966 pour le 900e anniversaire de cette bataille, à l'emplacement où aurait été construit le bateau selon la tradition locale.

Barfleur est alors aux mains du duc de Normandie qui est aussi roi d'Angleterre, jouant un rôle capital dans la transfretatio regis (service de transport royal de la cour anglaise entre les deux rives de la Manche) aux XIe et XIIe siècles.

En 1105, le roi d'Angleterre Henri I Beauclerc, fils du Conquérant, débarqua à Barfleur pour aller battre à Tinchebray son frère Robert Courte-Heuse, le déposséder du duché de Normandie et le retenir prisonnier jusqu'à sa mort dans le donjon de Cardiff.

En 1120, ce fut comme une revanche du Destin. Tout le monde connaît cette histoire. Le même Henri I avait vaincu tous ses ennemis, conclu avec le roi de France une paix glorieuse, et marié son fils-héritier Guillaume Adelin à la fille du comte d'Anjou.

Par une claire soirée, le 25 novembre, il reprenait la mer à Barfleur et gagnait heureusement l'Angleterre. Un beau navire quittait le port peu de temps après lui : c'était la Blanche-Nef, conduite par Thomas, fils d'Etienne sus-nommé. Elle emportait dans ses flancs les deux fils du roi et toute la noblesse en fleur de la Normandie. Mais on avait bu du vin à satiété : l'équipage était ivre, y compris le pilote. Et, à l'entrée du raz de Gatteville, le beau voilier blanc s'éventra sur le récif de Quillebeuf. Le prince héritier avec trois cents passagers furent engloutis dans les flots. (18)

Henri I ne revint jamais à Barfleur qui lui rappelait un souvenir si douloureux. Mais le puissant Henri II en fit son port favori.

 

Barfleur et l’Héritage d’Henri II Plantagenêt et Aliénor d’Aquitaine

 

Pour aller se faire couronner roi d'Angleterre, c'est à Barfleur qu'il se rendit, en novembre 1154. Il y convoqua sa mère, ses 2 frères, les évêques et les barons de Normandie. Ils devaient passer la mer avec lui, pour donner plus de pompe à son couronnement. On attendit à Barfleur, durant un long mois, des vents favorables.

En 1161, Henri II vint encore à Barfleur pour se rendre en Angleterre, mais, les vents étant contraires, il alla passer les fêtes de Noël à Cherbourg avec la reine Aliénor.

Au mois de mars 1170, il s’embarque à Barfleur et arriva à Portsmouth après une traversée très pénible ; les navires qui l’accompagnaient avaient été brisés par la tempête. Il revint à Barfleur à la Saint-Jean de la même année.

On l'y revit également avec toute sa cour en 1172 : il venait demander au pape la levée de l'excommunication qu'il avait encourue après le meurtre de saint Thomas Becquet.

 

En 1174, il partit de Barfleur pour Southampton avec la reine Eléonore, quelques cavaliers et une troupe de Brahançons. Il trouva, rassemblés dans le port de Barfleur, un grand nombre de navires qui attendaient son arrivée : Venit ad Barbefles ubi naves mutae congregatae erant in adcentu ejus, dit Roger de Houeden.

En 1181, il vint à Barfleur et y séjourna de nouveau pendant quelques jours.

 

Ce monarque revint plus d'une fois à Barfleur. Quand il voulait fêter Noël en son duché de Normandie, c'est là qu'il débarquait avec sa femme, la fameuse Aliénor de Guyenne, ancienne reine de France.

C'était une énorme accumulation de terres et de seigneuries, qui s'étendait de l'Ecosse jusqu'à la Gascogne, de l'ouest de l'Irlande jusqu'au Berry et au comté de Toulouse.

Un tel regnum ne pouvait pas être maintenu sans de bonnes communications. Ces dernières auraient été nécessaires même si le roi Henri n'avait pas décidé de suivre la tradition de son père et de gouverner les terres qu'il dominait directement en partageant son temps entre elles et par un mouvement continuel de l'une à l'autre, aussi bien que par la délégation d'une grande partie de l'administration courante à ses officiers et ministres ; plutôt que par de grandes inféodations à ses parents ou à ses barons. Son mouvement continuel était en soi-même un élément essentiel de la technique de son gouvernement. Il n'avait pas la possibilité de se trouver partout à la fois ; mais il pouvait visiter chacune de ses terres assez souvent, et en tout cas chaque fois qu'il en avait besoin. Sur terre il n'y avait pas de grands empêchements au mouvement : pas de montagnes ou de marais en Grande-Bretagne qu'il ne pût éviter : il était plus facile de faire le voyage entre Rouen et Bordeaux qu'entre Paris, par exemple, et Toulouse.

Mais les pays de son ' royaume ' étaient divisés en deux par la Manche, géographiquement aussi bien que par une longue tradition politique qui ne fut rompue qu'en 1066, et encore provisoirement.

A moins que le roi Henri ne pût trouver le moyen de se transporter avec sa familia (militaire aussi bien que domestique), ses ministres et ses émissaires avec tous leurs bagages, son trésor (très important) et, quand cela était indispensable, ses armées, avec quelque régularité et sécurité, à travers cet étroit mais souvent tempétueux bras de la mer, il ne pouvait pas espérer assurer la cohésion de son ' royaume ' pour plus de quelques années.

De fait, ce ' royaume ' dura, substantiellement intact, pendant 50 ans et, sous forme réduite mais sans avoir perdu de continuité, pendant 250 ans de plus.

Prévoir la traversée de la Manche de tout temps était donc un besoin essentiel du gouvernement angevin au temps de Henri II. Les historiens de la marine et de la navigation ont étudié ces sujets en fonction du commerce, de la piraterie et de la guerre, mais non pas comme élément de la gestion pratique du gouvernement.

Que cette étude, si modeste et si provisoire soit-elle, rende hommage à un savant eminent qui a, lui-même, traversé la Manche tant de fois au grand profit de l'érudition dans les pays de chacune de ses rives.

Il s'écoula un peu moins de 35 ans entre la mort du roi Etienne au mois d'octobre 1154, à un moment où Henri se trouvait en Normandie, et la mort de Henri lui-même à Chinon en 1189.

Pendant ce temps Henri traversa la Manche 26 fois certainement, et très probablement deux fois de plus. Ses transfretationes peuvent se représenter sous forme du tableau ci-contre.

annor_0000-0003_1982_hos_1_2_T1_0325_0000_2

Traversées de la Manche par le Roi Henri II

27 avril 1186 : Après un passage à Alençon, Aliénor retourne en Angleterre depuis Barfleur avec sa fille Mathilde de Saxe.

Le cartulaire normand de Philippe-Auguste, Louis VIII et Louis IX contient ce passage : Civitates et castra que rex habet in domaniis : have sunt castella et forteritie que Philippus, rex franciae tenet, Cesarisburgus, Barbefluvius, etc.

Ses deux fils, Richard Cœur-de-Lion et Jean-sans-terre, choisirent aussi Barfleur comme port d'attache.

Lors de la mort de Henri II, son fils Richard Cœur de Lion, était en Normandie. Après s’être rendu à Rouen pour s’y faire reconnaître comme duc de Normandie, il s’embarqua pour aller se faire couronner roi en Angleterre. C’est de Barfleur qu’il partit, au mois d’aout 1189, emmenant son frère Jean et une suite nombreuse.

Richard Cœur-de-Lion s'y embarqua en 1190 pour aller se faire couronner roi d'Angleterre. Il y descendit en 1194 avec 100 gros vaisseaux, afin de secourir Verneuil assiégé par Philippe-Auguste.

Une charte, qui fait partie des archives d’Indre-et-Loire, est ainsi conçue : Richard, par la grâce de Dieu Roi d’Angleterre, Duc de Normandie, à tous ses Vicomtes, Baillis et autres Justiciers et sujets d’Angleterre et de Normandie, des Port de Barfleurs

Le 9 mai 1194, Richard passa en Normandie et vint débarquer à Barfleur avec cent gros vaisseaux chargés de troupes, pour aller au secours de Verneuil, assiégé par le roi de France : transfretavit rex in Normanniam et applicuit apud Barbeflet cum centum magnis navibus, anustis bellicosis, et equis, et armis (Roger de Houeden).

Ce fait est remarquable, non-seulement par l'importance de la flotte, mais encore par le choix de Barfleur comme lieu de débarquement, malgré l'éloignement de la ville que Richard voulait secourir.

Une Charte, qui fait partie des Archives d'Indre-et-Loire, est ainsi conçue « Richard, par la grâce de Dieu Roi d'Angleterre, Duc de Normandie, à tous ses Vicomtes, Baillis et autres Justiciers et sujets d'Angleterre et de Normandie, des ports de Barfleur, etc., salut Faisons défense aux hommes et moines du grand monastère de rien payer, pour choses et animaux, aux péages, si ce n'est une somme de dix livres pour droit forain. Donne le 4 décembre à Cantorbery, en présence de Guillaume Maréchal. »

Le Cartulaire de l'Abbaye de Cherbourg fait connaître que, le 10 février 1199, Jean-sans-Terre, frère et successeur de Richard Cœur-de-Lion, était à Barfleur et qu'il y confirma aux chanoines réguliers de Cherbourg les patronages de Barfleur et de Gatteville donnés par Henri II.

Jean-sans-Terre séjourna à Barfleur du 5 au 10 février 1200 et du 15 au 17 septembre de la même année.

Ce fut pendant son règne que la Normandie redevint française.

C’'est à Barfleur que, sans éclat et pour la dernière fois, s'embarqua Jean-sans-terre le 5 décembre 1203. Le misérable fuyait ; il abandonnait la province où ses crimes — le plus récent était la suppression de son neveu Arthur de Bretagne — l'avaient rendu antipathique.

En gagnant la haute mer, il put voir disparaître peu à peu la riche plaine du Val de Saire, comme si le flot l'eût submergée ; l'éperon de la Pernelle et les bois de Saint-Pierre-Eglise surnagèrent quelque temps et s'évanouirent aussi à l'horizon. La Normandie n'existait plus pour lui... Elle fit sans tarder sa soumission au roi de France. (19)

Ainsi, pendant la période ducale (jusqu'à 1204, date du rattachement de la Normandie au royaume de France), ce qui fait de lui le plus important port normand jusqu'au Moyen Âge, une place forte et une ville prospère qui acquiert un commerce florissant et atteint une population de 10 000 habitants.

À partir de 1204, le port ducal est laissé à l'abandon et disparaît.

Reste à signaler à Barfleur un fait d'un autre genre: la fondation d'un couvent d'Augustins par Philippe le Bel en 1286. Ce couvent dura jusqu'à la Révolution. Une partie du bâtiment existe encore ; il est occupé par la mairie et l'école des garçons.

 

Du XIVe au XVIe siècle.

Nous assistons, durant cette période, à la décadence d'une cité qui avait été si prospère. Elle commença à perdre de l'importance, du jour où le port de Cherbourg prit de l'accroissement, c'est-à-dire après la réunion de la Normandie à la France. Mais c'est la guerre de Cent ans qui précipita sa ruine.

En 1346, le roi d'Angleterre Edouard III débarquait à Saint-Vaast-la-Hougue pour s'en aller battre les Français à Crécy. Un détachement de sa puissante armée se rendit à Barfleur le 14 juillet, y captura 9 grands navires qui avaient « chastel devant et chastel derrière ». On pilla les maisons : on y trouva de l'or, de l'argent, des joyaux et des draps de prix. Puis on mit le feu à la ville, qu'un document du temps compare comme importance à celle de Sandwich.

La guerre de Cent Ans qui voit la ville pillée et incendiée à plusieurs reprises, précipite son déclin : alors qu'elle compte 1 800 feux avant la guerre, ils ne sont plus qu'au milieu du XVe siècle

Elle fut incendiée de nouveau en 1405 par une flotte anglaise que commandaient les comtes de Lancastre et de Kent.

C'en était fini de Barfleur. ……

 

https://www.persee.fr/doc/annor_0000-0003_1982_hos_1_2_4179

Le Val de Saire illustré : ites, monuments, histoires, grands personnages / Charles Birette

Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg

 

==> La Voie des Plantagenêts - la route historique des Rois d'Angleterre

 

 

 


 

 

(1) Plusieurs expressions citées par Tonstam de Billy et la légende du bréviaire de Mgr de Briroy indiquent la jeunesse relative de la vie de saint Romphaire. Nous ne citerons que le mot de Barfleur « Barofluctus », employé dans les actes primitifs. Cette orthographe de Barfleur n'apparaît qu'à la fin du XVe siècle et surtout au XVI 1 siècle. Au XII siècle, Orderic Vital, dans son Historia Ecclesiastica, 3e partie, livre XII, écrit « Barbaflot ». Wace, dans son Roman de Brut, T. II, vers 1:1,562 « Barbefloc ». Les historiens qui écrivaient en latin l’appellent Barbefluvium, Barbefluctum ou Barofluctum. Le Livre noir de la cathédrale de Coutances, du XIIIe siècle, « Ecclesia de Barbefluctu. » Dans ce même siècle, les chartes de fondation de l'Hôtel-Oieu de Barfleur « Barbefluçtus, Barrofluctus ». Au XIVe et au XV siècles, le Livre blanc de la cathédrale de Coutances « Ecclesia de Barbefluctu ». Froissart écrit : « Barfleus. », et les historiens anglais Howden et Northbury : «Barflet et Barbeflet ». Enfin, dans un acte de 1533, accordé par le roi François Ier, en faveur des Augustins de Barfleur, nous trouvons « Barfleur » orthographié comme nous l'écrivons aujourd'hui.

(2) G. DUPONT, Histoire du Cotentin et de ses îles.

(3) Il est bien difficile de décider qui, de Guillaume ou d'Harold, avait des droits à la couronne d'Angleterre ? M. Prentout a répondu : « Ni l'un, ni l'autre ». (Histoire d'Angleterre).

(4) L'Apostoile li envéia

Un gonfanon et un anel

Mult precios è riche è bel.

Si corne il dit, de soz la pierre

Aveit un des cheveuls saint Pierre.

Roman de Ron.

(5) Guillaume de Jumièges et Orderic Vital.

(6)  « Habuit Dux a quibusdam suis militibus, secundum possibilitatem uniuscujusque, multas naves. ». Manuscrit de Taylor cité par Duncan (The dukes of Normandy from the times of Rollo to the expulsion of King John. London, 1839, p. 105, note 1).

(7) Ibidem.

(8) Roman de Rou, vers 11474 à, 11480.

(9) Mathildis ad honorem Ducis fecit effici navem quae vocabatur Mora, in qua ipse Dux vectus est. » Manuscrit de Taylor.

(10) « Ingenti classe in portu qui Barbeflot dicitur praeparata,... Thomas filius Stephani regem adiit atque marcum auri offerens ait : « Stephanus Airardi filius genitor meus fuit, et ipse in omni vita sua patri tuo in mari servivit. Nam illum in sua puppe vectum in Angliam conduxit quando contra Haraldum pugnaturus perrexit... Hoc feudum, domine rex, a te requiro, et vas quod Candida Navis appellatur, merito ad regalem famulatum optime instructum habeo ». Ed. Le Prévost, t. IV, p. 411.

(11) Notons que ce marin, en récompense de ses services, obtint de grands biens dans le comté de Berk. Car c'est assurément lui qui figure au Domesday, comme tenant en chef, sous le nom de Stephanus Eirardi filius (t. I, verso du feuillet 64).

(12); Voir Ch. DE GERVILLE, Recherches sur l'état des ports de Cherbourg et de Barfleur pendant le Moyen-Age (dans Archives annuelles de la Normandie, publiées par Louis Du Bois, t. II, pp. 97-132) et L. DELISLE, Des revenus publics en Normandie au XII" siècle (Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. X, XI, XIII). — Voici comment Delisle classe les ports normands. Ports les plus importants : Barfleur, Caen, Ouistreham, Dieppe et Rouen ;

ports d'un degré inférieur : Cherbourg, embouchure de la Dive et de la Touque, Harflcur, Bonneval, Etretat, Fécamp ; ports non encore sortis de l'obscurité : Régnéville, la Hougue, Veulles; ports appartenant à des particuliers : Genêts, Port-en-Bessin, Honneur, le Tréport.

(13) Remarquons que Mathilde et Guillaume, voulant faire un beau cadeau à leur abbaye de la Trinité de Caen, lui donneront la baronnie de Quettehou située dans le Val de Saire.

(14) Cette date est d'A. Le Prévost (annotations du Roman de Rou, de l'édition Pluquet).

(15) Emart de Barbeflo turna

Od 40 nés

A Barbeflo fist san repaire.

Roman de Rou.

(16) D'après le Manuscrit de Taylor, l'enfant était à la proue; d'une main il portait à sa bouche une corne d'ivoire, de l'autre il se contentait d'indiquer l'Angleterre.

(17) Sor li chief de la nef devant,

Ont de coivre fet un enfant,

Saete et arc tendu portant ;

Verz Engleterre out son viaire,

 Et là faseit semblant de traire.

(18) Orderic Vital.

(19 La plupart de ces renseignements sont indiqués avec leurs sources dans le Mémoire sur les Anciens Châteaux du Département de la Manche, par M. de Gerville.

Les informations en ce qui concerne les traversées du roi lui-même viennent presque exclusivement des chroniques du temps, dont les plus importantes à ce propos sont la Chronique de Robert de Torigni et les Gesta Regis Henrici de Roger de Howden (à partir de 1170). D'autres chroniques, en particulier les œuvres de Gervase de Cantorbéry, de Ralph ' de Diceto ' et de William de Newburgh, offrent quelques détails supplémentaires ; mais ces détails sont souvent contradictoires entre eux, à ce point qu'on ne peut guère avoir confiance en aucune affirmation qui prétende attribuer une date précise à une traversée donnée. C'est une limitation importante, car elle rend impossible le calcul de la force et de la direction des marées au moyen des informations astronomiques rétrospectives, donc de déterminer la route probable. D'autre part, il est encore possible que des documents moins connus fournissent quelques détails significatifs de plus.

Cette étude est fondée sur les chroniques majeures et les comptes des échiquiers (cf. infra). Pour éviter de surcharger les notes, des références précises ne seront pas données, sauf exception ; car les chroniques citées ont été écrites sous forme annalistique, les comptes des échiquiers ont été compilés d'année en année, les éditions sont pourvues d'index, et le passage recherché se trouvera sans beaucoup de difficulté grâce à la date.

Les chroniques ne donnent des informations détaillées au sujet des traversées du roi que quand il arrive quelque chose d'exceptionnel ; mais pour la plupart elles mentionnent les ports d'embarquement et de débarquement, et les dates qu'elles donnent sont acceptables quant au mois sinon au jour précis. D'où l'on peut dire que le roi avait la possibilité de traverser la Manche toutes les fois qu'il avait besoin de le faire. Il fit la traversée au moins huit fois pendant les mois d'hiver (novembre à mars).

En 1154, 1163 et 1182, un retard de quatre semaines à peu près en raison de vents contraires ou de mauvais temps est mentionné ; mais la situation politique, ou d'autres circonstances, pouvaient aussi bien occasionner un retard

02 novembre 2019

Histoire de l'ordre de Malte (Ordre de Saint Jean de Jérusalem) - Foulques V d'Anjou, dit « le Jeune » roi de Jérusalem.

Histoire de l'ordre de Malte (Ordre de Saint Jean de Jérusalem) - Foulques V d'Anjou, dit « le Jeune » roi de Jérusalem

Avant les Croisades, il existait à Jérusalem, en dehors des murailles de la ville sainte, un hôpital pour les lépreux, placé sous l’invocation de Saint-Lazare. Dépendant de la juridiction des Patriarches Grecs de Jérusalem, il était desservi par des moines arméniens soumis à la Règle de Saint-Basile le Grand.

 L’Ordre de Saint-Lazare est issu de cet hôpital. A la différence des autres ordres militaires et religieux qui s’établirent en Terre-Sainte, Saint-Jean, Le Temple ou Sainte-Marie des Teutoniques qui dépendaient de l’Eglise Latine, l’Ordre de Saint-Lazare était sous la juridiction de l’Eglise d’Orient. En l’absence du Patriarche Grec Melkite, le Maître de Saint-Lazare était suffragant (grand électeur) de l’archevêque des Arméniens. 

Fondé en 1048 à Jérusalem comme un ordre religieux laïc, l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem a d’abord une vocation hospitalière auprès des pèlerins de Terre sainte. À l’instar des Templiers (dont ils hériteront des biens en 1314) ils auront aussi une fonction militaire de protection des pèlerins et des États latins de Terre sainte.

L'ordre de Malte porte le nom officiel d'Ordre souverain militaire hospitalier de saint Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte.

Histoire de l'ordre de Malte (Ordre de Saint Jean de Jérusalem) - Foulques V d'Anjou, dit « le Jeune » roi de Jérusalem (2)

À l’origine, et c’était là leur particularité, seuls des lépreux étaient membres de l’Ordre : les lépreux prenaient soin des lépreux. De là vient leur nom de « Lazarites » par référence au « Lazare » de l’Évangile, un mendiant lépreux. Les membres des autres ordres de Terre sainte (les Hospitaliers, Templiers et Teutoniques), atteints de la lèpre devaient quitter leur ordre pour intégrer celui de Saint-Lazare. L'ordre de Saint-Lazare crée des lazarets en Terre sainte comme à Acre mais aussi en Europe.

 

Avant l’époque heureuse et mémorable de l’institution de l’Ordre de Malte, il y avait peu de patriotisme, de l’honneur comme instinct, et de la religion sans lumière. Un sentiment vague de ces trois motifs, si féconds en héroïsme, enfantait des héros qui, pour la plupart, n’étaient dignes de figurer que dans le Roman de Michel Cervantès. -

Humanité réduite en culte, la piété devenue loi positive, telles font les deux bases qui soutiennent le brillant édifice de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

Un ancien historien de l'Ordre de Malte en a fait le parallèle avec la république de Sparte, et a cru voir des analogies entre eux: ces deux établissements ne se ressemblent pas, du moins par la base; un Chevalier de Malte est Cosmopolite ; tous les opprimés sont ses frères. Il porte dans son cœur tous les amis de la vérité, et s'il courre sus contre ceux qu'aveugle le bandeau de l'erreur, ou qui s'arment de la torche incendiaire du fanatisme religieux : ce n'est pas par intolérance, mais pour assurer aux enfants de la lumière une existence paisible.

Le plan de l'Ordre n'est pas de combattre et d'envahir, mais de défendre et de protéger. Une gloire vaine et féroce ne lui fait pas prendre les armes ; et si l'éclat du glaive qu'il agite dans sa main, fait bouillonner son sangs le figne sacré qui repose sur sa poitrine tempère aussitôt ces élans profanes, et le rappelle aux vertus pacifiques du modèle sublime qu'il s'est choisi.

Les Spartiates pliaient la religion à leur discipline militaire ; les Chevaliers de Malte se font un devoir d'observer précisément l’inverse.

L'Europe, à demi-barbare, ne vit pas avec indifférence  s'élever une institution d'une trempe si peu commune. Les nobles et les gens de guerre furent attentifs aux progrès de cette nouvelle forme de Chevalerie.

La France, surtout, qui se glorifiera à jamais de compter parmi ses enfants le vénérable Instituteur, et les plus illustres chefs de cette belle et grande association, ne fut pas la dernière à en tirer des fruits.

Il y avait sans doute des Chevaliers avant ceux de Saint-Jean de Jérusalem; ils avaient même joué déjà un rôle brillant sous Charlemagne; mais que d'abus, que de préjugés, que d'excès, que d'inconvénients politiques et moraux s'étaient glissés au milieu d'eux; et cela ne pouvait guère être autrement.

Un soldat avait-il déployé une force de corps extraordinaire, c'en était assez pour qu'on lui accordât cette considération et ces privilèges qu'on ne doit qu'aux qualités d'une âme forte. Un coup de main, une bravade, une heureuse témérité méritaient l'honneur d'être admis Chevalier, et d'en porter les décorations.

Il fallut désormais d'autres titres pour parvenir à ce grade insigne: on alla même jusque-là, que les vertus personnelles ne suffirent pas pour être salué Chevalier, Il fallut non-seulement se montrer irréprochable soi-même, mais encore prouver une longue suite d’ayeux, tous également irréprochables. On rendit toute une maison solidaire de l'honneur de chaque individu, et les familles, dès ce montent, veillèrent avec plus de soin que jamais, sur la conduite respective de chacun de leurs membres, dont elles devenaient, responsables.

Un heureux moment dans une journée ne fut plus suffisant pour suffisant une vie entière. L'honneur, ce feu sacré, inextinguible dans la noblesse, brilla d'une flamme plus pure. Les Chevaliers, commis spécialement à sa garde et à son entretien, y apportèrent ce zèle, cette fidélité, cette confiance, qui ont fait passer jusqu’à nous le nom de Vestales. Ils furent intacts, et pour ainsi dire aussi vierges qu'elles, et la religion satisfaite eut lieu de s'applaudir d'avoir enfanté des héros dignes enfin d'elle, d'avoir su allier deux choses jusqu'alors incompatibles, l’esprit de paix, et le génie de la guerre. Le métier le plus inhumain devint un professeur d'humanité ; et l'innocence des mœurs fut étonnée de rencontrer son sanctuaire parmi le tumulte des camps, et au sein même de la victoire.

Histoire de l'ordre de Malte (Ordre de Saint Jean de Jérusalem) - Foulques V d'Anjou, dit « le Jeune » roi de Jérusalem (1)

L'Ordre de Malte, illustre par la noblesse de ses fonctions, chère à l'humanité par les services importants qu'il n'a cessé de rendre, n'a rien à redouter de l’esprit réformateur des Législateurs Français. Non, Chevaliers Cosmopolites, vos prérogatives sont trop respectables, pour que la secousse violente qui renverse et sape ici tous les Etats aille jusqu'à vous.

Les clameurs de l'envie peuvent, à force d'intrigues élever quelques nuages sur vos propriétés foncières; mais la loyauté nationale vous garantira des menées qu'une vaine éloquence déployé pour extirper de son sein cette société d'élite, cette race de héros que nous aimons et admirons tour-à-tour. En vain voudra-t-on prêcher l’esprit d'égalité, chez la nation la plus éclairés de l'Europe.

La frénésie de l'instant ne parviendra jamais à faire marcher sur la même ligne celui dont les ayeux ont tout fait pour la patrie, et celui qui n’est mu que par l’ambition de s'illustrer lui-même, La véritable noblesse a des racines trop profondes pour ne pas survivre à toutes les innovations que le vent éphémère de la jalousie fait souiller contre ses prérogatives. En attendant le jour de la justice d'un peuple soulevé par des prestiges mensongers, appelons en à des français vraiment Français, c’est  la seule manière de nous acquitter de notre mission

Gérard, homme simple, philosophe chrétien, bienfaiseur de l'humanité souffrante, héros hospitalier, tes titres à l'immortalité sont gravés en traits ineffaçables dans les monuments que la piété de nos pères ont transmis à ses Chevaliers. Si tu jettas heureusement les fondements de l'Ordre de Saint Jean, il ne fallait rien moins que Raymond Dupuy pour perfectionner le grand ouvrage que tu avais commencé. En descendant dans le séjour des sages, tu laissas à tes frères pour consolation ton exemple à suivre, et l'inspiration, sans doute céleste, de te donner pour successeur Raymond Dupuy, dont l'élection fut faire d'une voix unanime.

A cette époque, le royaume de Jérusalem, qui n'était composé que de cette Capitale,  de quelques autres villes, était constamment exposé aux incursions meurtrières des infidèles. Les Turcomans, les Sarrasins d'Egypte, voulaient chasser les Chrétiens de la Syrie et de la Palestine : ces ennemis, redoutables par leur nombre et par le fanatisme qui les animait, portaient souvent la flamme et le fer dans les différents cantons habités par les fidèles. Rien n'était sacré pour eux; nombre de Chrétiens expiraient sous leurs coups sacrilèges; les femmes et les enfants de ceux à qui ces barbares avaient arraché la vie, devenaient encore leurs esclaves.

Le digne successeur de Gérard, qui devait moins son élévation à sa naissance qu'à ses vertus, et qui joignait la plus grande valeur à l'amour de la religion, pénétré de douleur, à l’aspect du ravage que les infidèles faisaient dans la Terre-Sainte, conçut le noble projet de repousser à main armée les ennemis de Jérusalem. Il crut qu'il était digne des religieux dont il était le chef, et qui s'étaient consacrés au service des pauvres et des pèlerins, de prendre encore les armes pour la défense des Lieux saints; après avoir longtemps réfléchi ce projet, il le communiqua à ses confrères assemblés. Raymond eut la satisfaction de voir unanimement applaudir à son avis.

Comme la plupart des Hospitaliers avoient été les compagnons d'armes de Godefroi de Bouillon, ils les reprirent avec plaisir pour une aussi belle cause. La permission du patriarche leur fut accordée, sous la condition expresse, que sans abandonner leur premier engagement, ils ne seraient jamais armés que pour combattre et repousser les Turcomans et les Sarrasins.

Histoire_des_Chevaliers_Hospitaliers_de_S

Nous devons donc observer ici, que c'est à Raymond Dupuy, que nous sommes redevables des hauts faits qui sous lui, et depuis lui, ont illustré l'Ordre de Malte. Ce héros justifia souvent qu'il était aussi digne de donner des exemples de piété que de courage. Sans doute, il ceignit son front d'un laurier immortel, dès le moment qu'il fit un Ordre militaire, (et conséquemment doublement utile) d'un Ordre qui d'abord n'était que religieux,

Mais voyons à présent Raymond suivre son projet: avec le même zèle et la même chaleur qui l’avaient fait naître dans son esprit; voyons- le diviser les Hospitaliers en trois classes.

Dans la première, sont comptés ceux qui par leurs anciens services à 1’armée, sont encore destinés à combattre.

Dans la seconde, sont les ecclésiastiques destinés à remplir les fonctions d'aumôniers, successivement dans leur hôpital, ou à l'armée.

 La troisième, est seulement composée de ceux qui ne tiennent à aucun des deux premiers Ordres; ils n'ont d'autre emploi que de soigner les malades dans les hospices ou dans les camps, et n'ont d'autres titres que celui de frères Servants.

Bientôt toute la jeune noblesse accourt des différentes contrées de l'Europe, pour servir sous les étendards de Raymond. L'Ordre est divisé en sept langues; Provence, Auvergne, France, Italie, Arragon, Allemagne, et Angleterre. Cette division est encore la même aujourd'hui, pour que la première classe ne soit point confondue avec la dernière :

 Alexandre XIV ordonna que les Chevaliers auraient seuls le droit de porter à l'armée une cotte d'armes rouge, avec la croix blanche à huit pointes.

La discipline intérieure une fois établie, Raymond demande et reçoit la bénédiction du patriarche de Jérusalem; il se met à la tête de ses confrères tous armés, et va offrir ses forces à Baudouin du Bourg, second roi de Jérusalem : ce noble secours est reçu avec autant de reconnaissance que de satisfaction.

Godefroi de Bouillon, couronné des instruments de la Passion, d’après une gravure sur bois du XVe siècle

Godefroi de Bouillon, couronné des instruments de la Passion, d’après une gravure sur bois du XVe siècle

Dès-lors l'Europe retentit du bruit des victoires multipliées que les Hospitaliers remportaient sur les infidèles. Comment Baudouin n'aurait-il pas su gré à Raymond, du secours qu'il lui offrait; jamais il n'en avait eu plus de besoin.

Baudouin marche vers Antioche à la tête de ses troupes, Raymond le suit et commande les Hospitaliers. Déjà les infidèles avoient remporté une première victoire, l'armée de Boëmond avait été dispersée et Roger tué sur le champ de bataille.

L’armée de Baudouin est en présence de celle des infidèles. Le combat est engagé : Raymond vole de rang en rang, ranime de son courage, et les soldats de Baudouin, te les siens. Bientôt les deux chefs sont au milieu du carnage. Les Chevaliers de Saint-Jean font des prodiges de valeur, la mort plane sur les têtes ennemies, la plus grande partie reste sur la place, le reste prend la fuite, Baudouin est victorieux, et Raymond partage ses lauriers.

Le Roi de Jérusalem a pourvu à la défense d'Antioche ; une forte garnison est resté dans la ville, l'ordre civil y est rétabli, Baudouin va reprendre le chemin de sa patrie. Mais le comte d'Edene son parent, a été surpris dans une embuscade par Balac, Emir des Turcomans ; il est prisonnier de ce prince infidèle. Baudouin marche à son secours ; il est pris; Raymond voit la supériorité des forces des infidèles, sent combien il importe pour son parti de ne pas continuer un combat aussi inégal.

Mais déjà le Calife d'Egypte marche à Jafa, il en forme le siège, et une flotte à lui bloque le porc de la place. Eustache Garnier, Connétable de la Palestine, quoique très-avancé en âge, rassemble une petite armée de sept mille hommes environ, combat et défait les troupes du Calife : l'infortuné Garnier meurt les armes à la main dans cette mémorable expédition, et Guillaume des Barres, seigneur de Tibéry, lui succède dans le commandement de l'armée.

Histoire de l'ordre de Malte (Ordre de Saint Jean de Jérusalem) - Foulques V d'Anjou, dit « le Jeune » roi de Jérusalem (3)

Pendant ce temps, Henri Michiéli, Doge de Venise, à la tête d'une flotte Vénitienne, avait aussi brûlé les vaisseaux Sarrasins.

Ainsi donc les défenseurs de la religion sont plus souvent vainqueurs que vaincus, et le succès de leurs armes est d'autant plus glorieux pour eux, que leurs troupes sont toujours de beaucoup inférieures par le nombre à celles des Sarrasins.

Mais l'histoire nous prouve que dans tous les temps le succès enfanta l'orgueil, et fut souvent le germe de l'ambition. Bientôt le Doge de Venise veut vendre (si l'on peut s'exprimer ainsi) ses secours au Roi de Jérusalem, et pour prix de la victoire qu'il vient de remporter, il impose ses conditions: il veut que les Vénitiens aillent dans Jérusalem les mêmes prérogatives dont jouissent les habitants de cette ville.

On avait besoin de lui pour chasser les infidèles de Tyr. On accorda à Henri Machiéli un tiers de la ville. Le traité conclu, Raymond Dupuis, qui sent combien il est onéreux à son Roi, s'y refuse entièrement.

Cependant le traité n'est pas moins signé par les deux partis. Raymond suit alors l’impulsion générale.

Il se rend avec les troupes de terre devant les murs de Tyr. La tranchée est ouverte ; le siège est sanglant; les ennemis demandent à capituler. On accepte leur proposition ; on érige un évêché dans cette ville, et Guarimand, Patriarche de Jérusalem, sacre le nouveau Prélat.

Bientôt après, Porfequin et Doldecuvin ayant repris les armes pour faire le siège d'Antioche, Baudouin, toujours suivi de Raymond et des Hospitaliers, marche aux ennemis, force leur camp, remporte la plus grande victoire, et ne rend un grand nombre de prisonniers qu'il avait fait dans cette expédition, qu'après avoir obtenu la liberté de sa fille.

Histoire de l'ordre de Malte (Ordre de Saint Jean de Jérusalem) - Foulques V d'Anjou, dit « le Jeune » roi de Jérusalem (4)

Après la prise de Jérusalem par les croisés,  les chevaliers devenus lépreux vinrent se faire soigner à l’Hôpital Saint-Lazare, certains restèrent au sein de la communauté monastique et prononcèrent leurs vœux tout en conservant leur engagement chevaleresque.

Ce combat fut suivi d'un second, dans lequel Baudouin ne fut pas moins heureux ; la ville de Rapha fut prise à Doldecuvin,et Foulques, Comte d'Anjou, qui alors était en pèlerinage à Jérusalem, se couvrit de gloire dans cette bataille.

Foulques, que la perte de son épouse avait amené en pèlerinage à Jérusalem, y entretenait à ses dépens cent Chevaliers; et, toujours à leur tête, ce Héros, Chrétien fit des actions de valeur, qui lui ont mérité une place dans le nombre des grands Capitaines Français.

Mais Foulques a terminé son pèlerinage; il veut reprendre le chemin de ses Etats.

 Le Roi Baudouin qui souvent avait été le témoin de ses exploits, veut le retenir à Jérusalem, et fait tous ses efforts pour engager ce Chevalier à consacrer déformais sa vie à la défense de la Terre-Sainte.

Pour l'y déterminer, Baudouin offre, à Foulques de lui donner en mariage la Princesse Mélisende sa fille aînée, et promet, en outre, de le désigner pour son successeur au trône de Jérusalem. (Chronologie des ROIS, COMTES, DUCS, etc. qui ont gouverné La TOURAINE)

Alix, seconde fille de Baudouin, est unie au jeune Boëmond, Souverain d'Antioche. Foulques se rend à la proposition du Roi ; mais il veut revoir ses enfants ; il retourne en France pour satisfaire aux devoirs que lui impose le titre de père, et promet à Baudouin de revenir bientôt après dans ses Etats.

Mais la Terre-Sainte a perdu le plus ferme appui de son trône; le valeureux Foulques est parti de Jérusalem, et Baudouin est profondément pénétré de la perte qu'il vient de faire. Il avait besoin de nouveaux secours; il les reçoit.

 Hugues de Puyen, Geoffroi de Saint-Aldemas, et quelques autres Gentilhommes Français, venaient de former un nouveau corps, dont les membres étaient, comme les Hospitaliers, destinés à amener le repos et la liberté des Pèlerins.

Ce nouvel Ordre qui porta le nom de Templiers, parce qu'ils avaient établi leur domicile dans une maison auprès du temple, saisirent avec succès le Roi de Jérusalem.

Hugues_de_Payens_(Versailles)

Peu de temps après, Baudouin fait choix de Hugues pour l'envoyer à Rome demander du secours à Honoré II, alors Pape. Ce pieux Gentilhomme, après avoir rempli sa mission auprès du Saint Père, sollicite la permission de faire des Templiers un Ordre religieux et militaire. Honoré souscrivit à cette demande; et l'abbé de Clairvaux fut choisi pour dresser les instituts de cette nouvelle famille.

Hugues reprend avec ses compagnons le chemin de Jérusalem; un très-grand nombre de Chevaliers Français, Allemands, Italiens, se présentent et sont reçus dans son Ordre, de sorte que leur chef arrive en Orient, accompagné de la plus florissante escorte.

Le Comte d'Anjou le suit de près; il est aussi accompagné d'un grand nombre de Gentilshommes ses vassaux.

Il épouse la Princesse Mélisende, est reconnu pour l'héritier présomptif de la couronne de Jérusalem, voit naître et grandir dans les Hospitaliers et les Templiers, les plus fermes appuis du trône encore chancelant, sur lequel il est près de monter.

Mais presque toujours l'orage succède au calme, et la peine au plaisir. La Cour de Baudouin se liyrait à la joie que causait l'heureux hymen de la Princesse, quand Baudouin, apprend que le jeune Boëmond, époux d'Alix sa féconde fille, vient de perdre la vie, dans un combat qu'il a soutenu contre les infidèles.

Voler au secours d'Antioche, faire sortir de la ville sa fille Alix, qui avait osé en faire fermer les portes à son père, pour s'en assurer la principauté, au préjudice de Constance sa fille unique encore à la mamelle, faire reconnaitre son autorité, établir dans la place, un Gouverneur fidèle, revenir triomphant à Jérusalem, y mourir d'une maladie violente, que la rébellion de sa fille avait occasionnée, tous ces biens et ces maux furent l'ouvrage d'un instant.

Ce héros, avant de fermer la paupière, ne cessa de recommander la jeune Constance au Comte d'Anjou son successeur; jamais Prince ne fut plus sincèrement regretté, et n'avait mieux mérité de l'être que le malheureux Baudouin.Mariage entre Foulques V d'Anjou

Le Comte et la Comtesse d'Anjou sont couronnés, et leur avènement au trône peut seul suspendre un moment la douleur que causait a son peuple la mort du vertueux Baudouin.

Mais déjà la Princesse Alix, secourue de Ponce, Comte de Tripoli, et du jeune Courtenai, successeur de Josselin, veut rentrer dans Antioche, et s'en faire reconnaître Souveraine.  Déjà Roger, Duc de Sicile, et cousin de la jeune et trop malheureuse Constance, animée de la perfide ambition d'être aussi reconnu pour Souverain d'Antioche, forme une conjuration contre la Princesse mineure; il a des partisans dans la ville, et son affreux projet se conduit avec autant de noirceur que de mystère.

Cependant l'une et l'autre conspiration sont enfin découvertes par le Gouverneur d’Antioche qui se hâte d'en donner avis au Roi de Jérusalem.

Foulques rassemble aussitôt l'élite de sa Noblesse; il marche au combat, et se promet d'avance une victoire sûre, parce qu'il a pour amis et pour compagnons d'armes, le valeureux Raymond-Dupuy, Anselin de Brie, et Frère Joubert, Hospitalier.

Ses espérances ne sont point trompées. Le Roi, toujours suivi de ses trois favoris, est le premier entré dans Antioche; son autorité y est reconnue; les révoltés sont sévèrement punis, et pour prévenir de nouveaux malheurs, Foulques va donner un défenseur à sa mère.

Il envoie Joubert à la Cour de Henri I, Roi d'Angleterre, et fait proposer la main de Constance à Raymond de Poitiers, duc d'Aquitaine, qui s'y était retiré, La proposition est acceptée.

 

Raymond arrive à Antioche; le Patriarche de Jérusalem bénit son mariage avec la jeune Constance, et le nouvel époux de l'héritière présomptive de la Couronne d'Antioche est généralement reconnu pour le Souverain légitime de cette Principauté.

Mais les Sarrasins d'Ascalon profitent de l'absence de Foulques, et ravagent divers cantons de son royaume.

La Princesse Mélisende, alors Régente, croit que le moyen le plus sûr, pour arrêter déformais les incursions des infidèles, est de reconstruire BERSABÉE, place située à six lieues d'Ascalon.

Ce projet est exécuté; Bersabée est fortifié, et Mélisende en confie la défense aux Hospitaliers.

C'est ici qu'il est difficile, impossible même de raconter et classer toutes les actions éclatantes que firent à cette époque les valeureux Chevaliers de Saint-Jean. Nous voyons avec douleur que l'histoire ne nous ait pas conservé les noms de tous ces Héros Chrétiens; mais au moins savons-nous que c'est à leur valeur, à leur activité, que le plus grand nombre des infidèles durent la mort, et tous les sujets de Foulques la vie et le bonheur.

Les succès des armes des Hospitaliers leur méritèrent la reconnaissance, non seulement des habitants de la Terre-Sainte, mais encore de tous les Souverains de l'Europe. La Religion, n'en doutons pas, avait alors plus d'empire sur les cœurs et sur les esprits, quelle n'en a de nos jours. Nous laissons à nos lecteurs la liberté de déterminer, si le fanatisme religieux qui régnait alors était un bien.

Les Hospitaliers reçurent des sommes considérables qui leur furent envoyées en présent par différents Princes couronnés.

Mais Alphonse 1, Roi de Navarre et d'Arragon, témoigna particulièrement à ces Religieux combien il admirait leur courage et leurs vertus. Ce Prince, déjà avancé en âge, stipula, dans son testament, qu'il voulait que les Hospitaliers, les Templiers, et les Chevaliers du Saint-Sèpulcre, fussent les héritiers exclusifs aux Couronnes de Navarre et d'Arragon.

Cependant Alphonse perdit la vie peu de temps après avoir fait son testament, dans un combat contre les infidèles, au pied des murs de Fraga. Son corps même ne fut pas retrouvé sur le champ de bataille.

Les Navarrois et les Arragonois veulent pourtant lui donner un successeur ; mais les représentants des deux Peuples ne purent jamais s'accorder ensemble, parce que les deux partis voulaient que leur Roi fût élu chacun dans sa Nation. Ils se séparèrent donc, sans avoir rien conclu. Les Navarrois et les Arragonois se donnèrent chacun un Roi différent.

Ramire, frère d Aiphonse, monta sur le trône d'Arragon, et Rarnire, Prince du même sang, obtint le sceptre de Navarre.

Le choix de ces deux Peuples surprit autant qu'il affligea les Souverains de la Palestine. Les Hospitaliers, les Templiers et les Chevaliers du Saint-Sépulcre résolurent, dans une assemblée présidée par le Patriarche de Jérusalem, d'envoyer des députés en Espagne pour demander l'exécution du testament qu'Alphonse avait fait en leur faveur.

Nous avons vu Raymond établir l'harmonie dans l'Ordre dont il était le chef. Nous l'avons vu mettre les armes dans les mains de ses Chevaliers, et marcher à leur tête, pour défendre la cause de la Religion; nous l'avons vu revenir triomphant de toutes les expéditions militaires engagées par les infidèles contre les Rois de Jérusalem. Tous ces hauts faits ne sont point assez pour sa gloire ; il va devenir conciliateur entre la Palestine et l'Espagne, et le plus digne religieux, le plus grand militaire, ne dédaignera pas de défendre encore par son éloquence les droits de la patrie qu'il a adoptée, et de l'Ordre dont il est le maître et l'exemple.

Les Hospitaliers choisirent donc Raymond-Dupuy pour cette importante négociation. Quelques-uns de tes confrères le suivirent en Espagne; ils étaient aussi accompagnés de députés choisis dans l'Ordre des Templiers.

Mais les Rois de Navarre et d'Arragon étaient sur le trône. Ils jouissaient depuis assez longtemps de toutes les prérogatives attachées à la qualité de Souverain. Raymond sentit combien il était difficile, injuste même de détrôner deux Rois, qui, après tout, ne devaient leurs couronnes qu'au choix unanime de leurs sujets. Il chercha donc les moyens de conciliation qui lui parurent les plus propres à conserver la concorde qu'il aimait, et cependant assurer à ses mandataires le fruit qu'ils devaient attendre de sa million.

Cet habile négociateur ne put rien obtenir des Navarrois. Mais il fut plus heureux auprès du Roi d'Arragon, et ce Prince, obligé de céder à l'éloquence persuasive du Grand- Maître, s'engagea à laisser la couronne aux légataires d'Alphonse, s'il mourait sans enfants. Il promit aussi de prêter toujours main-forte aux Hospitaliers, quand ils en auraient besoin.

Raymond obtint encore pour son Ordre la propriété de plusieurs terres et châteaux considérables, et dont les revenus pouvaient suffire à soutenir un grand nombre de Chevaliers. Le dixième des impôts levé dans tout l'Arragon fut accordé aux Hospitaliers, comme le cinquième des contributions payées par les Maures.

Ainsi fut terminée une discussion qui pouvait amener de grands maux, et Raymond, satisfait des sacrifices que venait de faire en sa faveur le Roi d'Arragon, vint recevoir à Jérusalem les éloges et les remercîments que lui devaient et que lui payèrent, sans doute avec admiration, les habitants des lieux saints. Foulques reçut ce héros avec les plus grandes marques d'estime, et applaudit hautement à son ouvrage.

La paix régnait donc dans la Palestine ; les Chrétiens qui l’habitaient étaient heureux. Mais le plus beau ciel est souvent obscurci par les plus épais nuages, Il semble qu'il a toujours fallu que les hommes fussent en butte aux coups de l'infortune, pour qu'ils pussent mieux savourer les plaisirs que le destin se plait quelquefois à faire naître sous leurs pas.

Foulques faisait le bonheur de ses sujets, et ses sujets bénissaient son empire. Mais la mort, qui fait subir ses rigoureuses lois aux Monarques comme aux sujets, trancha dans un instant le fil des plus beaux jours de ce Monarque Chrétien. Ce héros qui si longtemps avait défendu sa vie en combattant contre les infidèles, la perdit enfin dans la plaine d'Acre, où il était à la chasse: un cheval fougueux, sur lequel il était monté, le renversa, et cet homme immortel mourut de cette funeste chute.

Cette perte fut un coup de foudre pour les habitants de Jérusalem. Foulques laissait deux enfants encore mineurs. Leur mère fut nommée Régente; peu de temps après, son fils aîné, que nous nommerons Baudouin, fut couronné, et consentit à partager son sceptre et sa puissance avec Mélisende sa mère.

 

 

Galerie universelle des hommes qui se sont illustrés dans l'empire des lettres, depuis le siècle de Léon X jusqu'à nos jours, des grands ministres et hommes d'État les plus distingués.

 

 

 1096, La croisade des barons - Première croisade et Prise de Jérusalem. <==.... ....==>

 

 

 

 


Photos Chartres – Templiers chevaliers du sangreal, gardiens de l’Arche d’alliance

 

Posté par thierryequinoxe à 21:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

1096, La croisade des barons - Première croisade et Prise de Jérusalem.

Fontevraud l'abbaye - La prise de Jérusalem de Titus, tenture La vengeance de Notre Seigneur

Le concile de Clermont avait fixé le départ des croisés à la fête de l'Assomption de l'année suivante. Pendant l'hiver, on ne s'occupa que des préparatifs : tout autre soin fut suspendu dans les villes et dans les campagnes.

Telle fut l'influence de l'exemple donné par les Français, qu'il suscita des croisés dans tous les autres pays chrétiens de l'Europe, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, jusqu'en Espagne et en Écosse. Il semblait, dit un contemporain, qu'il arrivât des croisés par tous les chemins.

Le mouvement religieux était secondé par les troubadours et les trouvères, dont les chants n'étaient pas moins ardents que les sermons des prêtres et des religieux.

 Au printemps de 1096, 300,000 personnes avaient déjà pris la croix.

Si les rois, Philippe en France, Guillaume le Roux en Angleterre, Henri le Germanique, s'abstenaient, les plus grands seigneurs s'enrôlaient pour la guerre sainte. Au puissant comte de Toulouse étaient venus s'ajouter le comte de Vermandois, frère du roi de France; Robert Courte- Heuse, duc de Normandie, qui engagea son duché à son frère le roi d'Angleterre pour avoir l'argent nécessaire à son expédition ; les comtes de Chartres, du Perche, de Forez, d'Orange, de Hainaut, de Die ;

 enfin, Godefroi, seigneur de Bouillon, duc des deux Lorraines, ses deux frères, Eustache, comte de Boulogne et Baudouin de Boulogne, et son cousin Baudouin du Bourg.

Mais le peuple n'attendit pas pour se mettre en route que les chefs de la Croisade eussent organisé leurs forces.

 

Une première armée, composée de Franco-Lorrains, gens de tout âge et de tout sexe, de pauvres et de serfs, se met en marche, dès le 8 mars 1096, sous la conduite d'un pauvre chevalier bourguignon, nommé Gauthier Sans Avoir.

Pierre_Lermite_menant_la_croisade_populaire

 Elle fut bientôt suivie par une seconde armée, ou plutôt une seconde cohue. A la tête de celle-ci marchait Pierre l'Ermite, couvert de son manteau de laine, un froc sur la tête, des sandales aux pieds, n'ayant pour monture que la mule avec laquelle il avait parcouru l'Europe.

Toutes deux s'avancèrent par le bassin du Danube. L'avant-garde de Gauthier ne comptait que huit cavaliers : attaquée par les Bulgares, près de Belgrade, et décimée par eux, elle traversa l'Hémus, Philippopolis et Andrinople, et, après deux mois de fatigue et de misères épouvantables, arriva sous les murs de Constantinople. Elle y attendit la seconde armée.

La troupe de Pierre fut plus éprouvée encore. L'attaque imprudente qu'elle dirigea contre Semlin, suivie du massacre de 4,000 de ses habitants, pour venger quelques croisés tués par ceux-ci; de nouvelles querelles avec les populations du pays, dans le trajet de Semlin à Nissa, amenèrent une attaque générale des croisés par les Bulgares sous les murs de cette dernière ville.

Pierre perdit plus de 10,000 de ses compagnons. Il en avait cependant encore 30,000 quand, après avoir traversé la Thrace, il arriva devant Constantinople. Les soldats pèlerins, exténués, mourant de faim et de fatigue, portaient des palmes dans leurs mains en signe de paix.

Fig

Fig. 8. - Trouvère s'accompagnant sur la viole; sculpt .. du XIIe siècle.

En voyant cette multitude affamée, couverte de vêtements en lambeaux, aux visages farouches, les Grecs se repentaient déjà d'avoir appelé les Latins. Cependant l'empereur Alexis reçut Pierre l'Ermite avec beaucoup d'honneur. Il l'admit à son audience, entouré de toute sa cour, écouta le récit de la marche des croisés à travers l'Europe, et lui donna même de riches présents.

fig 9 Gauthier sans Avoir est reçu pa le roi de Hongrie, qui lui permet de traverser ses etats avec l'armée des croisés d'après un manuscrit du XVe siècle

fig 9 Gauthier sans Avoir est reçu pa le roi de Hongrie, qui lui permet de traverser ses etats avec l'armée des croisés d'après un manuscrit du XVe siècle.

L'armée de Pierre et de Gauthier, à laquelle c'étaient ralliés les restes misérables de deux autres troupes venues, l'une du Palatinat, sous la conduite du moine Gotschalk, et l'autre des bords de la Moselle et du Rhin, sous le prêtre Volkmar et le comte Emicon, et que les Hongrois, révoltés de leurs excès, avaient presque complètement anéanties.

Cette armée comptait près de 100,000 hommes. Elle respecta d'abord l'hospitalité que lui donna Alexis Comnène. Mais bientôt, s'étant abandonnée à son indiscipline accoutumée, et ayant pillé les maisons et les églises schismatiques des faubourgs de Byzance, l'empereur se hâta de se débarrasser de ces hôtes incommodes, en leur fournissant les vaisseaux nécessaires pour traverser le Bosphore.

Cette première armée des croisés alla camper sur le golfe de Moundania, dans un large vallon, près de la ville de Civitot, qu'a remplacée aujourd'hui le bourg de Ghemlik. Écoutant d'abord les conseils de la prudence, elle s'abstint d'attaquer les Turcs de Nicée. Mais cette sage conduite ne dura pas longtemps. Un certain Renaud s'étant emparé, avec 3,000 croisés, d'un château voisin, y fut bientôt assiégé à son tour par les musulmans, qui massacrèrent tous les chrétiens, que la famine avait contraints de se rendre.

Pour venger leurs compagnons, les croisés restés au camp s'avancèrent alors, au nombre de 25,000, vers Nicée, dont le sultan Kilidje-Arslan avait lui-même rassemblé des troupes considérables.

 Les deux armées se rencontrèrent à six lieues à l'ouest de Nicée.

Fig

Fig. 11, - Prise de Nicée par les croisés; en 1097; d'après un vitrail du XIIe siècle.

Attaqués avant d'avoir pu tous se rallier, les croisés combattirent avec la plus grande bravoure, mais sans succès, contre les musulmans, mieux commandés et mieux armés.

Gauthier Sans Avoir tomba, percé de flèches. L'ennemi ne fit pas de quartier; s'étant ensuite emparé du camp de Civitot, il y massacra tous ceux qui n'avaient pas réussi à s'enfuir. De cette nombreuse armée il n'échappa que 3,000 malheureux, que les Grecs recueillirent. Parmi eux se trouvait Pierre l'Ermite, dont désormais le rôle fut très effacé.

« Ainsi succomba cette armée, dit Guillaume de Tyr, pour n'avoir pas su se soumettre au joug salutaire de la discipline. » Ce reproche pourra, malheureusement, être adressé plus d'une fois encore aux croisés.

Ce n'étaient là que les enfants perdus des trois grandes armées qui se préparaient en Europe par les soins des princes et des barons qui avaient pris la croix à Clermont. La vraie force militaire, la chevalerie, s'était enfin réunie.

Ces trois armées régulières, qui s'étaient formées, l'une au nord de la France, l'autre au centre, la dernière au midi, se mirent en marche d'août en octobre 1096, par trois routes différentes, pour ne pas épuiser les pays qu'elles traversaient. Le rendez-vous général était à Constantinople.

Carte_de_la_premiere_croisade

L'armée du nord, composée de 10,000 chevaliers et de 80,000 fantassins, tirés de la Flandre, de la Lorraine, des bords du Rhin, s'ébranla le 15 août. Elle avait pour chef Godefroi de Bouillon, duc de Basse-Lorraine, qui, dans la guerre entre la papauté et l'empire, avait pris parti pour l'empereur Henri IV, tué de sa main le compétiteur de celui-ci, Rodolphe de Souabe, dans une bataille, et monté le premier à l'assaut de Rome (1044), action qu'il ne pouvait se pardonner et qu'il avait voulu expier en prenant la croix. Cette armée prit sa marche parle bassin du Danube, qu'elle traversa sans obstacle et sans désordre, et arriva en bon état à Constantinople.

L'armée du centre, composée de gens de l'Ile-de-France, de Normands, de Bourguignons, partit à la fin de septembre. Elle avait pour chefs Hugues, comte de Vermandois, frère du roi de France; Robert, duc de Normandie ; Allan Fergant, duc de Bretagne ; Étienne, comte de Blois, de Chartres et de Meaux, qui avait, disait-on, autant de châteaux que l'année comptait de jours; Robert, comte de Flandre.

Parmi les barons, on comptait : Robert, prévôt royal de Paris, Gauthier de Saint-Valery, Roger de Barneville, Raoul de Beaugency, Yves et Alberic de Grandménil, Evrard de Puisaye, Achard de Montmerle, et Gui de Trussel. Elle traversa l'Italie, rétablit le pape Urbain en chassant de Rome l'armée d'Henri IV, se grossit dans la Pouille des enfants des conquérants de Naples, conduits par Boëmond, prince de Tarente, fils de Robert Guiscard, et par son neveu Tancrède, qui devait être un des héros les plus illustres de la croisade.

Hugues de Vermandois traversa le premier l'Adriatique, aborda à Durazzo après avoir éprouvé une tempête qui brisa plusieurs de ses vaisseaux, et se rendit à Constantinople par l'Albanie et la Macédoine. Il fut bientôt suivi par Boëmond , qui déjoua, aux bords du Bardax, une embuscade tendue par Alexis, commençant déjà le cours de ses trahisons envers les croisés; par le comte de Flandre et le reste de la seconde armée.

L'armée du midi, formée de Gascons, de Provençaux, de Toulousains, était commandé par Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, et par l'évêque du Puy, :Adhémar, légat du saint-siège et chef spirituel de tous les croisés. Elle traversa les Alpes helvétiques, la Lombardie et le Frioul, passa les Alpes juliennes, et atteignit Constantinople par les contrées presque sauvages de l'Illyrie et de l'Esclavonie.

 

Fig

Fig. 10. - Vaisseau qui conduisit en terre sainte Aimar de Monteil et Godefroi de Bouillon, d'après un manuscrit du XIIIe siècle.

Alexis Comnène, redoutant pour son empire les suites de cette arrivée des croisés à Constantinople, avait voulu s'assurer un otage, en détenant dans un palais, qui était en réalité une prison; le comte de Vermandois.

 Il fallut l'intervention de Godefroi de Bouillon pour que le prince français fût rendu à la liberté. Pour contraindre l'empereur à cet acte de loyauté et de réparation, Godefroi, qui arrivait en ce moment à Philippopolis avec la première armée des croisés, dut livrer au pillage de ses soldats les environs de cette ville. Nonobstant la magnifique réception que l'empereur fit ensuite à Godefroi de Bouillon, au duc de Tarente et au comte de Flandre, qui lui « jurèrent paix et féauté » (hommage), il les invita successivement à passer le Bosphore avec leurs gens.

combat entre croisés et infidèles

(combat entre croisés et infidèles)

Au mois de mars 1097, Godefroi établit son armée près de Chalcédoine, où il fut rejoint en dernier lieu par Raymond de Toulouse, qui avait dû en venir aux mains avec les Grecs, toujours perfides.

Alors toute l'armée des croisés leva son camp, et alla investir la grande ville de Nicée (15 mai), capitale du sultan de Roum ou d'Iconium.

Quand elle en commença le siège, elle comptait, selon le dénombrement qui en fut fait, 600,000 hommes, au dire de Foucher de Chartres, chapelain de Baudouin. Après plusieurs combats contre les troupes de Kilidje-Arslan, elle fut prise, le 20 juin. Le siège avait duré six semaines.

Le 29, les croisés se portèrent en avant, et rencontrèrent, après trois jours de marche, toute l'armée de Kilidje-Arslan, dans la vallée de Dorylée en Phrygie. Le choc fut terrible. Les croisés, conduits par Boëmond, auraient succombé sans l'arrivée du comte de Vermandois et de Godefroi de Bouillon, avec un secours de 40,000 hommes d'armes, couverts de cottes de mailles de fer.

Les Turcs ne purent résister à leur élan : ils furent mis en pleine déroute, et ne reparurent plus.

 Mais alors le grand ennemi des croisés fut la famine.

Les Grecs ne leur fournissaient pas les vivres promis. Après s'être reposés quelque temps à Antiochette, ils pénétrèrent en Cilicie, dont Tancrède emporta la capitale, Tarse, et les autres villes, pendant que Baudouin, frère de Godefroi de Bouillon, à la tête d'une poignée d'hommes, passait le mont Taurus, pénétrait dans la Comagène, et s'emparait d'Édesse. Il s'en fit une principauté, en y joignant Tarse, Samosate et une partie de la Mésopotamie au -delà de l'Euphrate.

Pendant ce temps, la grande armée des croisés entrait en Syrie, forçait le passage de l'Oronte, et arrivait, au mois d'octobre 1097, devant Antioche, où s'étaient enfermés les émirs ou lieutenants du sultan de Bagdad.

 Cette ville avait trois lieues de tour et était défendue par de fortes murailles. Le siège dura plus de six mois, et fut l'occasion de nombreux exploits de la part des chrétiens, que les privations décimaient cependant, et dont Étienne de Blois venait de se séparer avec les siens. Enlevée d'assaut, grâce à des intelligences que Baudouin s'était ménagées dans la place (juin 1098), elle fut décimée par les vainqueurs.

Mais la citadelle tenait encore et sa résistance permit à Kerbogah, prince de Mossoul et lieutenant du sultan de Bagdad, d'arriver avec une armée formidable, qu'il avait rassemblée avec l'aide des sultans de Damas et d'Alep, et où l'on ne comptait pas moins de vingt-huit émirs, avec près de 300,000 hommes. Trois jours après leur succès, les croisés se trouvèrent eux-mêmes assiégés dans Antioche par les musulmans. Les souffrances, les privations qu'ils endurèrent peuvent à peine se décrire. On voyait les plus hauts barons mendier leur pain dans les rues. Presque tous les chevaux des chevaliers moururent. Alexis Comnène, qui s'était mis en marche pour secourir les croisés, rebroussa chemin.

Ce fut un immense désespoir parmi les chrétiens. Tout semblait perdu; lorsque la découverte d'une relique rendit l'ardeur aux croisés, et détermina les chefs à tenter un effort désespéré contre les infidèles. La bataille fut livrée, le 28 juin, sur les bords de I'Oronte , elle dura tout un jour et se termina par une victoire éclatante et décisive.

Ce fut la ruine de l'empire des Turcs Seldjoucides. Les Fatimites d'Égypte en profitèrent pour rentrer dans Jérusalem.

Fig

Fig. l2. - Denier d'argent de Tancrède, prince d'Antioche.

Les croisés, à la fin de l'automne, se remirent en marche vers la cité sainte, à l'exception de Boëmond, qui resta dans Antioche, où il fonda une principauté à son profit. Ils s'avancèrent ainsi en bon ordre par Marrha, Tortose, Archis et Acre. Les chrétiens de Palestine les recevaient avec des larmes de joie, « se félicitant, dit Foucher de Chartres, de l'arrivée de ceux dont ils souhaitaient depuis si longtemps la venue. »

Ce fut le 7 juin 1099 que les croisés arrivèrent devant les murs de Jérusalem. En la découvrant du haut des collines d'Emmaüs, ils s'écrièrent avec transport : «  Jérusalem ! Jérusalem : » Leur armée était réduite à 25,000 combattants; mais c'étaient les chevaliers et leurs hommes.

La ville était défendue par les Fatimites d'Égypte, qui venaient de la reprendre sur les Turcs Seldjoucides, contre lesquels ils avaient imploré le secours de ces mêmes Français qu'ils combattaient à présent. Il s'y étaient retranchés au nombre, dit-on, de 40,000 hommes.

Le corps des croisés, commandé par Godefroi de Bouillon, prit position à l'occident; le comte de Toulouse, à droite de celui-ci, en face de la tour de David, en tendant à s'étendre vers le midi. La partie du nord fut occupée par le duc de Normandie. Pleins d'enthousiasme et de confiance, mais redoutant aussi les meurtrières lenteurs d'un nouveau siège d'Antioche, les croisés tentèrent de s'emparer d'assaut de la ville, dès le cinquième jour de leur arrivée.

Jamais ardeur pareille n'enflamma une armée. Après avoir approché les murailles de la cité sainte en se couvrant de leurs boucliers, en forme de tortue, à la manière des anciens Romains, les croisés se servaient de pics, de marteaux, de leviers, à défaut de béliers qu'ils ne possédaient pas encore, pour rompre les murailles et s'ouvrir un passage par quelque brèche.

Ils réussirent ainsi à renverser l'avant-mur et parvinrent au pied de la muraille intérieure, trop forte malheureusement pour être percée de la même façon. Ils essayèrent alors de l'escalade. Une échelle, la seule qu'on possédât, fut dressée, et quelques croisés parvinrent jusqu'au sommet de la muraille; mais, comme ils ne purent être suivis d'autres en plus grand nombre, ils furent écrasés par l'ennemi. Il fallut renoncer à poursuivre une entreprise si téméraire, et se résigner à faire de la ville un siège régulier.

Mais le bois manquait pour construire les tours roulantes et les autres machines nécessaires. On parvint cependant à s'en procurer un peu dans une forêt voisine, et grâce à l'arrivée de neuf vaisseaux pisans et génois dans le port de Joppé, on réussit enfin à construire deux hautes tours, l'une pour Raymond de Saint-Gilles, l'autre pour Godefroi de Bouillon.

Fig

Fig. 13. - Vue d'une partie des murs de Jérusalem d'après une photographie.

 

 Dominant les murailles de Jérusalem, elles pouvaient en atteindre les défenseurs.

Une des plus cruelles souffrances qu'eurent à endurer les assiégeants fut celle de la soif : le torrent du Cédron, la fontaine de Siloë étaient à peu près desséchés, et le peu d'eau bourbeuse et corrompue qu'on  parvenait à se procurer engendra bien des maladies mortelles.

Aussi les chefs de l'armée résolurent-ils de donner un second assaut, aussitôt que les machines furent prêtes. Après un jeûne de trois jours, le vendredi 8 juillet, on fit tout autour de la ville une procession solennelle, où les évêques et le clergé marchèrent pieds nus, suivis des princes et des soldats en armes. Arrivés à la montagne des Oliviers, les troupes furent haranguées par Pierre l'Ermite et Arnould de Rohes, chapelain du duc de Normandie. Tancrède et Raymond de Saint-Gilles, qui avaient eu des démêlés ensemble, s'embrassèrent publiquement en signe de réconciliation.

Prenant ensuite ses dernières dispositions, Godefroi résolut d'attaquer la ville par l'angle oriental, dans le voisinage de la porte Saint-Étienne. Le déplacement de ce camp immense se fit en une seule nuit.

Le jeudi, 14 juillet, à la pointe du jour, commença le suprême assaut, qui devait durer deux jours. Les tours roulantes, sur Iesquelles étaient Godefroy, Tancrède et Raymond, furent rapprochées des murailles, que battirent les béliers, tandis que les arbalétriers et les archers faisaient pleuvoir une grêle de traits sur la ville, et que d'autres soldats plantaient des échelles dans les endroits les plus accessibles.

Mais l'énergie de la résistance égalait la fureur de l'attaque. Après douze heures de combat, la nuit suspendit cette lutte incertaine. Elle recommença le lendemain, avec le même acharnement. Vers le soir, l'apparition sur le mont des Oliviers d'un cavalier agitant un bouclier, et dans lequel l'armée crut voir saint Georges lui-même venant à son secours, produisit un tel élan parmi les croisés, qu'ils franchirent enfin les pont-levis jetés du haut des tours sur les remparts, et pénétrèrent dans Jérusalem.

Godefroi, précédé des deux frères Lethalde et Engelbert de Tournai, suivi de Baudouin du Bourg, d'Eustache, de Raimbaud Croton, de Guiche, de Bernard de Saint¬Vallier, d'Amanieu d'Albret, avait le premier franchi les murs de la Ville sainte. Presque en même temps, Tancrède la forçait dans un autre endroit, avec les deux Robert, Hugues de Saint-Paul, Gérard de Roussillon, Louis de Monson, Conon et Lambert de Montaigu, Gaston de Béarn;

tandis que le comte de Toulouse, qui a dressé des échelles du côté du midi, parvient au sommet des remparts, suivi de Raymond Pelet, de l'évêque de Bira, du comte de Die, de Guillaume de Sabran. Enfin, la porte de Saint-Étienne est enfoncée à coups de hache par les croisés, qui ont pénétré dans la ville, et elle livre passage au reste de l'armée.

C'est ainsi que le vendredi, 15 juillet 1099, les croisés entrèrent dans Jérusalem : c'était le jour et l'heure où le Christ était mort sur la croix.

Malheureusement, cette victoire des croisés fut suivie d'un massacre impitoyable des défenseurs de Jérusalem: 10,000 furent tués dans la citadelle, où ils s'étaient réfugiés.

Godefroi, qui s'était abstenu du carnage, rappela par son exemple ses compagn9ns d'armes à des sentiments plus dignes de la cause qu'ils défendaient. Suivi seulement de trois serviteurs, il s'était, pendant cette tuerie, rendu, sans armes et les pieds nus, dans l'église du Saint-Sépulcre.

Bientôt la nouvelle de cet acte de dévotion s'étant répandue dans l'armée chrétienne, aussitôt toutes les vengeances, toutes les fureurs s'apaisent. Les croisés se dépouillent de leurs habits sanglants, font retentir Jérusalem de leurs sanglots, et, conduits par le clergé, marchent ensemble, la tête découverte, les pieds nus, vers l'église de la Résurrection. Mais le lendemain les massacres recommencèrent. Entourés d'ennemis dans un pays éloigné, les chefs croisés, sauf Tancrède et Raymond de Saint-Gilles, voyaient dans ces horribles rigueurs une nécessité de salut pour l'armée chrétienne. On croit que plus de 70,000 musulmans périrent dans ce carnage.

Fig 16 Prise de Jérusalem Godefroi de Bouillon sur le donjon d'après un manuscrit du xms siècle

Fig. 16. - Prise de Jérusalem: Godefroi de Bouillon sur le donjon; d'après un manuscrit du XIIIe siècle.

 

Jérusalem ainsi reconquise, il lui fallait un souverain, ou plutôt un défenseur. Robert de Normandie, le comte de Flandre, Raymond de Saint-Gilles, déclinèrent plus qu'ils n'envièrent cet honneur.

Ce fut Godefroi de Bouillon qui fut nommé roi à l'unanimité (23 juillet 1099); mais il ne voulut pas ceindre un diadème là où Jésus-Christ avait porté une couronne d'épines. Il ne prit jamais, au lieu du titre du roi, que celui d'avoué ou défenseur du Saint-Sépulcre. Peu après, une assemblée de barons, connue sous le nom d'assises de Jérusalem, édicta pour le nouveau royaume une sorte de code, qui est un des monuments les plus précieux de la vie civile et politique du moyen âge.

Les croisés retournèrent alors en Europe, et il ne resta plus autour de Godefroi de Bouillon que 300 chevaliers, parmi lesquels l'illustre Tancrède.

Trois autres principautés franques s'étaient fondées en Syrie et en Asie Mineure : celle d'Antioche sous Boëmond le Normand, le comté d'Édesse, sous Baudouin, frère de Godefroi de Bouillon, et le comté de Tripoli, sous Raymond de Toulouse, qui avait fait vœu de ne jamais revenir en Europe.

Quant au royaume de Jérusalem, qui après la mort de Godefroi de Bouillon, en 1100, passa à Baudouin, il était di visé en quatre grandes baronnies et douze seigneuries secondaires. Les quatre premières étaient le comté de Japhe et d'Ascalon, la seigneurie de Krak; la princée de Galilée et celle de Sagette. Les baronnies du Darum, de Saint-Abraham, d'Arsur, de Césarée, de Naples, du Bessan, du Caïmont, de Cayphas, du Toron, du Scandelion, de Saint-Georges et de Barut formaient les fiefs secondaires.

Dispersés au milieu des populations mahométanes, les États francs ne tardèrent pas à être en péril.

A l'appel de Baudouin, une seconde levée eut lieu en France (1101). Conduite par Guillaume IX, comte de Poitiers, auquel s'étaient joints Etienne de Blois et Hugues de Vermandois, le duc de Bourgogne et les comtes de Nevers et de Savoie, elle comptait près de 200,000 hommes. Elle périt presque tout entière en Asie Mineure, dans trois batailles qui lui furent livrées par le sultan d'Iconium. Les comtes de Blois et de Vermandois y avaient trouvé la mort.

==> Croisade de Guillaume IX le troubadour, grand-père d’Aliénor d’Aquitaine et premier poète connu en langue occitane.

Une troisième levée, qui eut lieu en 1107, et dont Boëmond lui-même conduisit les soldats, n'eut pas des résultats plus heureux.

Ainsi finit ce qu'on appelle la première Croisade. Elle avait coûté à la chrétienté et surtout à la France, plus de 800,000 hommes; mais elle avait ouvert à l'Europe les routes de l'Orient, mis en contact deux civilisations qui devaient se pénétrer l'une l'autre, préparé pour l'avenir bien des changements dans les mœurs, dans les institutions et dans les arts des nations du continent.

« En Orient, dit très bien Michelet, une petite Europe asiatique fut faite à l'image de la grande. L'ordre hiérarchique et tout le détail de la justice féodale y furent transplantés. La Judée était devenue une terre française. Notre langue, portée par les Normands en Angleterre et en Sicile, le fut en Asie par la Croisade. La langue française succéda, comme langue politique, à l'universalité de la langue latine, depuis l'Arabie jusqu'à l'Irlande. Le nom de Francs devint le nom commun des Occidentaux. Et quelque faible encore que fût la royauté française, le frère de Philippe 1er, ce Hugues de Vermandois qui se sauva d'Antioche, n'en était pas moins appelé par les Grecs le frère du chef des princes chrétiens et du « roi des rois ». Les Turcs eux-mêmes voulaient descendre des Français.

 

Le Voyage clunisien du pape Urbain II, l'appel à la première croisade.  <==.... ....==> Histoire de l'ordre de Malte (Ordre de Saint Jean de Jérusalem) - Foulques V d'Anjou, dit « le Jeune » roi de Jérusalem.

 

 


 

Photo de couverture : - Foulque V d'Anjou et Fontevraud l'abbaye - La prise de Jérusalem de Titus, tenture La vengeance de Notre Seigneur ==> 37 tapisseries de Saumur en exposition à l'abbaye de Fontevraud

Posté par thierryequinoxe à 17:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,