PHystorique- Les Portes du Temps

04 avril 2020

Histoire de Fontenay le Comte : Les Mauléon, Geoffroy la Grand'dent de Lusignan – Mélusine et l’Hôtel Gobin.

Histoire de Fontenay le Comte Les Mauléon, Geoffroy la Grand'dent de Lusignan – Mélusine et l’Hôtel Gobin

Avant que le système féodal pût régulièrement fonctionner, il s'écoula plus de cent années depuis ses débuts, et ce ne fut guère que dans la seconde moitié du Xe siècle qu'il fut en plein exercice, encore reçut-il plus d'une modification par la suite.

Son premier résultat fut de fondre en un seul corps les diverses agglomérations de maisons rangées autour de la forteresse, et de faire de Fontenay un tout plus compact, enceint de fossés et de palissades, en dehors desquels se trouva le quartier de l'ancienne église Saint-Pierre, qui prit de sa nouvelle situation le nom de Marchoux. Cette position défavorable fut le motif réel de l'abandon, par le doyen, de sa résidence primitive. Il laissa tomber l'édifice en ruines et n'eut plus d'église particulièrement affectée à son service. Une simple chapelle de Notre-Dame, dédiée à saint Pierre, lui échut en partage.

Hôtel Gobin, Vestige des fortifications de la ville médiévale de Fontenay le Comte

La ville proprement dite fut ainsi créée, et passa d'abord à l'état de Castellum, qualification que lui donnent les chartes de la fin du Xe siècle, tandis que les documents des premières années du XIe lui attribuent celle de Castrum, d'où il ressort que ses fortifications furent augmentées aussitôt après l'an 1000.

Le donjon, qui était de forme carrée et avait soixante pieds de haut, datait de ce temps. Il s'élevait au-dessus de la Fontaine. On lui fit éprouver un grand nombre de remaniements par la suite. L'un des côtés fut rebâti au milieu du XIIIe siècle ; au XVIe, on y ajouta un escalier formant tour extérieure.

 Réduit, sous Louis XV, à l'état de carrière, ses derniers vestiges ont disparu il y a une soixantaine d'années. A la même époque remontent les restes de la chapelle du château, restaurée sous Philippe le Bel, pour être dédiée à saint Louis, et la crypte de Notre-Dame.

 (Paysages et monuments du Poitou - Église Notre-Dame de Fontenay-le-Comte, sa crypte et son clocher)

 Cette crypte (est un curieux spécimen de l'architecture romane primitive du Poitou. L'art est dans un moment de crise. On sent que, sans rompre avec la tradition romaine, il va entrer dans une voie nouvelle. Ce type de construction fut commun à une partie du Bas-Poitou, ainsi que le prouve la crypte de Curzon, bourg situé à dix lieues de distance de Fontenay.

Quelques années s'étaient à peine écoulées, qu'un progrès considérable s'était opéré, et que les architectes pouvaient construire des édifices tels que le beau clocher englobé dans le château de Talmond.

 (Voyage dans le Temps des Chevaliers du Poitou ; DESCRIPTION DE LA VILLE DE TALMONT SES CHATEAUX)

 Nous avons vu que Notre-Dame était un prieuré fondé au Xe siècle, ou peut-être plus anciennement, par les religieux de l'abbaye de Luçon. Deux inscriptions tumulaires, relevées, avant la Révolution, par Prézeau, ancien juge de paix de Maillezais, nous feraient pencher cependant vers la première opinion. Elles étaient encastrées dans le mur de l'autel latéral du côté de l'Évangile, où on les avait employées comme simples matériaux, au XVe siècle.

Sur la plus ancienne, qui n'était qu'un fragment, on lisait :

Poitou_et_Vendée_Fillon_Benjamin_

La forme des caractères est celle usitée vers le milieu du xe siècle. (Pl. Ire, n° 1.) Cet Hecfred était assurément un abbé de Luçon, mort en ce lieu; peut-être le fondateur du prieuré.

La seconde portait :

Poitou_et_Vendée_Fillon_Benjamin_2

Elle nous paraît être de la première moitié du XIe siècle. (Pl. Ire, n° 2.)

C'est par mégarde que, sur notre planche, ces deux inscriptions ont été données comme provenant de Gaillardon.

La reconstruction de Notre-Dame coïncida avec le moment où elle devint le centre d'une paroisse, sans cesser de servir de chapelle au petit monastère. Derrière son abside, les moines de Maillezais possédaient le prieuré Saint-Hilaire, à eux donné par le comte Guillaume le Grand, et qui avait pour chapelle celle de ce qu'on appelait alors le petit domaine rural de Fontenay (Capella de rusculino fonteniacensi; rusculinum diminutif de rusculum), c'est-à-dire de Theodebertiacum, tombé à cet état misérable, depuis sa ruine totale par les pirates du Nord (1).

Guillaume le Grand ou son successeur se dessaisirent de Fontenay, en faveur des vicomtes de Thouars, par suite d'une transaction dont le texte et la date n'ont pas été conservés. Au milieu du XIe siècle, il appartenait à Savary, frère du vicomte Amaury III, qui contribua, en 1066, à la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Bâtard.==> 14 octobre 1066 - Les Chevaliers du Poitou à la conquête de l’Angleterre avec Guillaume le Conquérant.

Les comtes de Poitou y conservèrent toutefois quelques propriétés, puisque ce fut sur deux d'entre elles que Guillaume X fonda l'Hôtel-Dieu et rebâtit l'église Saint-Thomas, donnée plus tard à l'ordre de Saint-Lazare.

La châtellenie leur avait peut-être fait retour, quelques années après avoir été détachée de leur domaine.

Sceau de Savary de Mauléon

 Sceau de Savary de Mauléon.

Nous faisons remonter vers ces mêmes temps certaines dénominations de quartiers, maisons et ténements de la ville et de ses environs, telles que celles de la Tuée, appliquée à la vallée où fut bâti le quartier du Reclus (2), appelé depuis Bédouard, et que conserve encore une ruelle grimpant le long du coteau; des Horts, dont l'étymologie est incertaine, car on ne peut décider si elle vient du latin hortus, jardin, ou du hort, hourd, de la langue d'oil, signifiant enceinte fermée de planches ; du Fief-Ranconnais, sis sur les limites de la paroisse de Charzay, baptisée au XIIe siècle par la famille de Rancon, qui posséda une partie de Fontenay; de la Courpe, à la sortie du pont Saint-Nicolas, où se faisaient les exécutions, avant que le gibet eut été transporté dans la campagne, sur le chemin de Niort; de Jéricho, apportée de Palestine par quelque croisé; du Four-du-Comte-Guillaume, près du pont des Sardines, que l'on croit avoir été construit par Guillaume IX, autre preuve à l'appui du retour de Fontenay entre les mains des comtes de Poitou.

Quoi qu'il en soit, la ville passa aux Mauléon, dans le dernier tiers du XIIe siècle.

Elle eut successivement pour seigneurs trois membres de cette puissante maison : Raoul, Guillaume et Savary, l'un des hommes les plus marquants de son époque. Pendant les guerres qui éclatèrent entre Philippe-Auguste et Jean sans Terre, Guillaume prit parti pour le roi de France, tandis que Savary figura dans les rangs anglais.

Le couvent des Dominicains ou Jacobins fut fondé par ce dernier, vers 1229. Cette fondation ayant eu lieu à la suite de l'atroce guerre des Albigeois, à laquelle Savary prit part, elle eut vraisemblablement pour but d'extirper quelque hérésie, dont-Fontenay et ses alentours se trouvaient atteints, ou d'en préserver le pays (3).

Du temps des Mauléon datait une grosse tour ronde, placée dans le château, qui fut démolie tout à fait au commencement du XVIIIe siècle.

 A la mort de Savary, survenue en 1223, de nombreuses contestations s'élevèrent, au sujet de sa succession, entre Raoul de Mauléon, fils qu'il avait eu d'un problématique mariage avec Amabilie Du Bois (4), et Geoffroy de Lusignan, possesseur de plusieurs fiefs dans Fontenay et ses environs, du chef de Bourgogne de Rancon, son ayeule, et d'Eustache Chabot, sa mère.

Les habitudes de violence de Geoffroy sont trop bien connues, pour qu'il ne soit pas permis de supposer que la force mit fin au procès, dans un moment surtout où sa famille était toute puissante en Poitou et dans les provinces voisines. Le malheureux Raoul et sa mère conservèrent à peine quelques minces domaines dans la châtellenie, dont ils se dessaisirent, en 1245, en faveur d'Alfonse, frère de Louis IX.

Le seul souvenir, existant aujourd'hui à Fontenay de cette vaillante race, est la Grange- Mauléon, petite borderie, sise entre la Pommeraie et le cimetière Saint-Jean.

Geoffroy devint la terreur du pays et la bête noire des paysans et des moines, qui, sous le surnom de Grand'Dent, en ont fait le héros de plusieurs de leurs légendes les plus émouvantes. La mémoire d'Eustache Chabot, sa mère, n'a pas été davantage épargnée, et la tradition populaire la confond volontiers avec Mélusine, la fée protectrice des Lusignan.

Il faut avouer que le seigneur de Fontenay mérita sa réputation, et que ce ne fut pas sans motif qu'on le voua ainsi à l'exécration de la postérité. Louis IX en délivra le pays en 1242, après s'être emparé par la force du château et de celui de Vouvent, pour le punir d'avoir pris part à la rébellion de son proche parent, le comte de la Marche, auquel il avait transporté l'hommage de ses fiefs, les séparant ainsi, de gré ou de force, de la juridiction de la tour du Palais de Poitiers (5).

La prise de Fontenay par saint Louis a servi de thème à l'une des légendes dont nous venons de parler. Elle a été recueillie par Biaille-Germon, maire de la ville sous la République. Là, Geoffroy de Lusignan apparaît avec son cortège d'êtres fantastiques et merveilleux que la tradition se plaît à lui donner.

« Le Borgne de Py-Chabot, l'àme damnée de la Grand'Dent, a enlevé la fille de Thibaut- le-Manchot, vieillard privé du bras droit, perdu à la guerre, ce qui le met hors d'état de tirer vengeance d'un tel affront.

Dans sa détresse, l'infortuné père implore le secours du Roi, occupé alors à rosser les Anglais dans le voisinage. Le Roi accourt sans plus tarder; mais le Borgne trouve asile, avec sa proie, dans le château de Fontenay, dont le siège est immédiatement entrepris et poussé avec tant de vigueur, que le chevalier manchot, à la tête de mille bons compagnons, pénètre le troisième jour dans la forteresse.

Déjà les cris de victoire se font entendre, déjà la porte du donjon cède sous les efforts des assaillants, lorsqu'à leurs yeux étonnés s'élève dans les airs la Mrelusine, à califourchon sur une acouette (manche à balai), emportant en croupe son terrible fils, Py-Chabot, et sa captive, les 799 gibiers de potence qui défendaient la place, et son gros matou noir, fort occupé à ressouner (dîner) d'un moineau venu trop près de sa griffe.

» L'acouette, rapide comme l'éloise, franchit coteaux, bois et ravines, et va déposer sa charge sur la motte de Vouvent, où Mrelusine se hâte de ramasser, dans son devanteau de mousseline, une dornée de pierres, dont elle bâtit plus bas, « en virant la main, la grosse tour, pr'y caller, sans bourder, tot le drigail qu'a traînait dare lé. »

» A peine la porte s'est-elle fermée sur le dernier payen, ayant le chat à ses trousses, qu'on voit arriver le Roi à bride abattue. Mieux édifié cette fois sur l'espèce d'ennemis qu'il a à combattre, il fait signe à l'armée de s'arrêter. Suivi d'un seul moine avec un bénitier, il s'avance à portée du trait, saisit le goupillon, et sa forte main lance une telle quantité d'eau bénite, qu'elle retombe en pluie furieuse sur la tour, qui s'écroule incontinent et laisse à sa merci hommes et choses, armes et bagages, y compris l'endiablé matou.

Quant à la fée, dans sa frayeur des brûlures de l'eau bénite, elle entr'ouvre du talon la terre, et va sortir à la Fumerie-de-Jazeneuil, à treize lieues de là, sous la chaise de Catuche-la-Revêche, qui dormait en triant des mogettes au nez de son voisin Micha.

 Le choc est si rude, qu'il envoie la vieille, avant de retomber à la même place à côté de son jadeau, passer par- dessus la lune, où elle laisse échapper de sa main, dans un champ labouré, quatre mogettes, qui fournissent l'espèce à ce pays, réduit jusqu'alors à la gesse de Saintonge et au pois limousin, dont se nourrissent les gorets maigres et les habitants de Bourneau.

» Le Borgne, moins bien avisé, est pendu au chêne de la Grand-Rhée, comme s'il était Jacques Bonhommet, le meunier de Pilorge ; le chat noir est brûlé vif devant l'église de Vouvent; les 799 payens sont livrés aux grolles; et la Grand'Dent, que sa qualité de cousin du Roi protège, se met en route, sous l'habit de moine, pour Jérusalem, afin d'y demander à Dieu pardon de ses méfaits.

» La légende n'apprend pas si la jeune beauté, cause première de tant de bruit et de combats, se trouva heureuse d'échapper aux mains de son ravisseur; elle dit seulement qu'elle épousa, le lendemain, Gilles Mussaprès, le plus beau garçon du Poitou.

» Depuis cette mésaventure, Mrelusine a cessé de hanter ses anciens domaines, et Mervent, Vouvent et Lusignan, privés de leur fée, s'en sont allés en devallant. »

 M. Port, archiviste de la préfecture de Maine-et-Loire, nous a communiqué une empreinte du sceau de Geoffroy, que nous avons fait graver. Il est représenté à cheval, sonnant de l'oliphant, avec un chien sur la croupe de son coursier, qu'il caresse de la main gauche. Il va partir pour chasser dans sa forêt de Mervent.

1280px-Sceau_Geoffroy_de_Lusignan_-_XIIIè_siècle

Le contre-sceau porte les armes de la maison de Lusignan : Burelé d'argent et d'azur, au lion de gueules, brochant sur le tout.

La numismatique apprend que la branche aînée, celle des comtes d'Angoulême et de la Marche, portait simplement : Burelé d'argent et d'azur. (Poey d'Avant, pl. LVI.)

XVI. Louis IX réunit Fontenay aux autres domaines d'Alfonse, qu'il avait fait, en 1241, comte de Poitiers. Ce changement de maître donna à la ville une importance qu'elle avait été loin jusque- là d'atteindre. Seule place un peu forte des possessions privées du frère du Roi dans cette partie du Poitou, elle devint, par cela même, le centre féodal de la contrée.

Aussi sépara-t-on de la mouvance de la tour de Maubergeon, pour les joindre à la sienne, Talmond, Olonne, Curzon, Champagné, Luçon, le Petit-Chàteau de Vouvent et Coulonges-les-Royaux. On y établit un sénéchal, ayant droit de juridiction supérieure sur tous ces fiefs, et elle s'appela désormais Fontenay-le-Comte (Fontiniacum comitis).

 

Ici se faisait la jonction de l’ensemble castral et des fortifications urbaines : la poterne dite «  Porte aux Canes » permettait alors d’entrer dans la ville fortifiée, près de la Fontaine. Près de la tour, la ligne de sol pavé rappelle la présence de la muraille disparue.

Histoire de Fontenay le Comte Les Mauléon, Geoffroy la Grand'dent de Lusignan – Mélusine et l’Hôtel Gobin

Hôtel Gobin, Vestige des fortifications de la ville médiévale de Fontenay le Comte.

 

Dit « la Sénéchaussée » Hôtel du Gouverneur est donc un hôtel particulier, érigé sur l'emplacement d'un logis précédent, ruiné en 1574 lors d'un siège du château.

En 1595, Jacques Gobin, receveur de Tailles (percepteur) fait construire cette vaste demeure (nommée la « Sénéchaussée » par erreur depuis le 19e siècle) près du rempart. La tour d’escalier lui donne cet air de petit château. L’architecture simple est agrémentée par le décor sculpté de la Renaissance.

L’édifice sert de demeure noble, on peut penser qu'il abrita, entre 1621 et 1627, le duc de la Rochefoucault, gouverneur du Poitou. En 1684, l'hôtel reçoit l'hôpital général et pendant la Révolution, il sert d’hôpital, de prison.

la cheminée aux Griffons

En 1850, Octave de Rochebrune achète son plus bel ornement : la cheminée aux Griffons parmi les riches décorations de la hotte, on retrouve également, une Mélusine, visible aujourd'hui au château de Terre-Neuve.

La Ville achète le bâtiment en 1980, le restaure pour lui donner une nouvelle destination, celle de Trésor public, à partir du 21 avril 1997. L'édifice abrite les Services financiers et RH de la Communauté de Communes depuis 2015

 Du bâtiment originel subsistent donc la tourelle avec, au fronton de la fenêtre du deuxième étage, une Mélusine, notre fée poitevine, lissant ses longs cheveux. Et les caves voûtées dont les nervures retombent en corolles sur des piliers octogonaux.

 

Poitou et Vendée  Fillon, Benjamin

 

 

 Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU )<==.... ....==> SAVARY DE MAULÉON, LE POITOU A SON ÉPOQUE et Maintenant

 ==> Chronologie Historique des Comtes de la MARCHE - Liste des comtes de la Marche

 

 


 

(1) Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 307.

Nous avions cru d'abord reconnaître dans cette chapelle celle du château; mais nous nous trompions certainement, puisque les moines de Maillezais n'ayant jamais possédé, dans Fontenay, qu'un seul domaine, celui où se trouvait la chapelle en question, il faut bien en conclure qu'il ne faisait qu'un avec le prieuré Saint-Hilaire, dont la situation à côté de Notre-Dame n'est l'objet d'aucune incertitude. La copie de Besly porte ruscunilo pour rusculino.

(2) Il y avait en ce lieu une de ces logettes murées où s'était enfermé quelque dévot exalté.

(3) Derrière le couvent des Jacobins, au point où se réunissaient le Chemin-Vert et celui des Sauniers, était le cimetière sacré, vieux lieu de sépultures, où se trouvent des auges en pierre remontant à la période comprise entre les IXe et XIIIe siècles. On y a rencontré des pièces de Charles le Chauve et des deniers angevins contemporains de Philippe-Auguste.

(4) La famille Du Bois, à laquelle appartenait Amabilie, possédait plusieurs fiefs aux alentours de Fontenay et dans la ville même. Elle s'est éteinte au XVe siècle, dans la personne des propriétaires de la Caillère du Poiré-de-Velluire.

(5) Geoffroy était petit-fils de Hugues XIII de Lusignan et, dès lors, cousin germain de Hugues X, comte de la Marche, que sa femme Isabelle d’Angoulême, veuve du roi Jean sans Terre, poussa à la révolte.


03 avril 2020

Chronologie Historique des Comtes de la MARCHE - Liste des comtes de la Marche

Chronologie Historique des Comtes de la MARCHE - Liste des comtes de la Marche

La Marche, bornée au septentrion par le Berri, à l'orient par l'Auvergne, à l'occident par le Poitou et l'Angoumois, au midi par le Limousin, tire son nom de sa situation, qui la rend limitrophe du Poitou et du Berri. On la nomme aussi Marche Limousine, parce qu'avant le milieu du dixième siècle, elle faisait partie du Limousin. Cette province se divisait en haute et basse Marches, dont la première avait pour capitale Guéret, et la seconde Bellac. Ces deux parties, dans les commencements, eurent quelquefois chacune leur comte particulier.

 

BOSON I, DIT LE VIEUX.

BOSON Ier, surnommé LE VIEUX, fils de Sulpiçe et petit-fils de Geoffroi, premier comte de Charroux, c'est-à-dire de la Marche dont Charroux était le chef-lieu, est qualifié comte de la Marche dans la charte de fondation de l'église de Dorat, sous l'année 944.

Il succéda aux enfants de Bernard, comte de Périgord , au mois de juillet 975 , ce qui rectifie le dire d'un moderne, qui place la mort de Boson à Fan 968. (Voyez son article aux comtes de Périgord.) D'EMME, sa femme, fille de Guillaume I, comte de Périgord, il eut cinq fils : Hélie, Aldebert, successivement comtes de Périgord ; Boson II, qui suit ; Gausbert, et Martin, évêque de Périgueux.

 

BOSON II.

BOSON II, troisième fils de Boson I, eut en partage la basse Marche. L'an 993 , apprenant que Guillaume Fierabras, comte de Poitiers, retiré depuis quelques années à l'abbaye de Saint- Maixent, tendait à sa fin , il se jeta sur le Poitou, assiégea le château de Gençai, appartenant à ce prince, le prit et le démantela. Guillaume le Grand, successeur de FieraBras, l'ayant fait relever, Boson, accompagné d'Aldebert, son frère, vint de nouveau l'assiéger : mais le duc étant accouru au secours de la place, tailla en pièces les troupes de Boson, et l'obligea de prendre la fuite. Il alla ensuite, par représailles, assiéger le château de Rochemeaux, près de Charroux, qui appartenait à Boson, et s'en rendit maître. La comtesse ALMODIS, femme de Boson et fille de Giraud , vicomte de Limoges, y fut prise; mais le duc la fit renvoyer avec honneur. Boson lui-même fut pris quelque temps après dans une bataille contre le duc, et envoyé prisonnier à Poitiers. Sa captivité ne fut pas longue ; mais il ne profita de la liberté qui lui fut rendue, que pour recommencer la guerre contre le duc d'Aquitaine. Ce prince, résolu de le pousser à bout, engagea Robert, roi de France, et toute la France guerrière, suivant l'expression d'Adémar, à venir l'aider à faire le siège du château de Bellac, dans la basse Marche. Malgré de si grandes forces, la place ne put être prise. Boson ayant fait ensuite la paix avec le duc, se mit en voyage pour Rome. Pendant son absence, Gui, vicomte de Limoges, son beau-frère, fit construire un château vis-à-vis de l'abbaye de Brantôme. Boson, à son retour, le fit détruire après avoir défait Gui dans un combat. (Adémar.) Il entra, l'an 1000, dans la confédération formée pour enlever à ce vicomte le château de Brosse. (Voyez les vicomtes de Limoges.) Il vécut en paix, depuis ce temps. Mais Almodis, sa femme, abrégea ses jours par le poison vers l'an 1006. Boson laissa d'elle trois fils, Hélie, qui succéda au comté de Périgord, Feltrin et Aitard, avec une fille nommée Jourdaine, femme, suivant Geoffroi du Vigeois, d'Archambaud, vicomte de Comborn. Almodis, mère de ces enfants, se remaria avec Guillaume le Grand , duc d'Aquitaine, et vérifia par là, dît la Chronique de Maillezais, la prédiction des magiciens qui l'avaient assurée qu'elle aurait un jour ce duché. Adémar dit, au contraire, que ce fut Almodis, femme d'Aldebert, qui parvint à cet honneur. (Bouquet, tome X, pp. 143, 146, 147, 100, 101 , 181, 182.)

L'abbaye d'Ahun, Agidunum, dans la Haute-Marche , reconnaît Boson Il pour son fondateur. Par la charte de cet établissement, datée, de l'an 997, il la soumet à l'abbé d'Uzerche pour y mettre des religieux de son monastère, et la gouverner en chef, de manière que les deux maisons ne fassent qu'une même congrégation. Gauzbert, frère de Boson, est un des souscripteurs de cet acte dans lequel il est fait mention d'Aldebert, son autre frère comme étant déjà mort. (Gall. Christ., no., tome II, prob, col. 190.) X. 29

 

BERNARD I.

BERNARD , fils d'Aldebert I, comte de la Haute-Marche et de Périgord, étant en bas âge à la mort de son père, fut d'abord sous la tutelle de son oncle Boson , après le décès duquel il passa sous celle de Pierre, abbé de Dorat, et d'Humbert Drus, son frère, que Guillaume le Grand , duc d'Aquitaine, chargea de cet emploi, en lui donnant le comté de la Marche.

Bernard tint ce comté jusqu'en 1047, époque de sa mort, suivant la chronique de Maillezais. Il avait épousé AMÉLIE , dont il laissa Aldebert, qui suit, et Odon; avec une fille , Almodis , mariée, 1°. à Hugues V de Lusignan, qui la répudia ; 2°. à Pons, comte de Toulouse, qui lui fil le même affront ; 3°. à Raymond-Bérenger I, comte de Barcelonne ; Rangarde, femme de Pierre-Raymond, comte en partie de Carcassonne; et Lucie, femme d'Arnaud de Pailhas.

 

Chronologie Historique des Comtes de la MARCHE - Liste des comtes de la Marche (2)

ALDEBERT III.

1047 ALDEBERT, fils aîné de Bernard, fut son successeur au comté de la Marche. Il assista, l'an 1059, comme vassal immédiat, au sacre du roi Philippe I. La chronique de Maillezais met sa mort en 1088. PONCE, sa deuxième femme, lui donna Boson, qui suit; et Almodis, qui viendra ensuite. Aldebert était guerrier, et, dans ses expéditions, il se permettait des atrocités qui n'étaient que trop communes parmi les militaires de son tems. Nous n'en citerons que le trait suivant. Ayant assiégé ses ennemis dans l'abbaye de Lesterp, où ils étaient retranchés, il y mit le feu, qui consuma tous les édifices avec dix-sept cents personnes. Les chanoines réguliers, qui habitaient cette maison, furent presque les seuls qui eurent le bonheur d'échapper aux flammes. Aldebert, dans la suite, eut des remords de cette barbarie, et pour l'expier, il accorda aux chanoines de Lesterp la juridiction pleine et entière sur tous les. affranchis et autres personnes domiciliées dans ce bourg. C'est ce qu'atteste et confirme Almodis, sa fille, dans une charte datée du 12 novembre de l'an 1098. (Arch. de Lesterp.) Aldebert avait la réputation d'un homme intelligent et d'un juge intègre. Ce fut le motif qui engagea, l'an 1080 , Gui-Geoffroi, comte de Poitiers, et les religieux de Saint-Cyprien de cette ville, à s'en rapporter à lui sur un différent qu'ils eurent par rapport aux domaines que ceux-ci possédaient dans la terre d'Ansoulète.

Le comte de Poitiers prétendait y percevoir les mêmes droits sur les terres en guast et en friche, que sur les terres en culture. Aldebert tint là-dessus un plaid, solennel, où il eut pour assesseurs Robert le Bourguignon, Pierre de Poitiers et le prévôt Hugues.

 Gui-Geoffroi perdit sa cause à ce tribunal et se soumit au jugement. (Cartul. de S. Cyprien, fol. 81.) Aldebert, l'an 1081, tint un autre plaid , par ordre du même comte de Poitiers , pour juger un procès qui était entre Bertrand, abbé de Noaillé, et un seigneur nommé Aimeri, touchant la terre de Furvant, dont ce dernier voulut s'emparer sans égard pour la donation qu'une dame, nommée Sofitie, en avait faite à l'abbaye. Bertrand ayant offert le duel à son adversaire, suivant l'usage du temps, pour établir son droit, le comte de Poitiers renvoya les parties devant le comte de la Marche, qui jugea en faveur de l'abbé. ( Arch. de Noaillé. )

 

BOSON III.

1088. BOSON III, fils d'Aldebert III, et son successeur au comté de la Marche, en prenait le titre deux ans au moins avant la mort de son père, comme le prouve une charte du prévôt Rorgon en faveur du monastère de Saint-Cyprien de Poitiers, à laquelle il souscrivit en cette qualité avec le comte de Poitiers, Guillaume VI, dit aussi- Gui-Geoffroi, mort en 1086. (Archiv. de Saint-Cyprien.) Il eut l'humeur guerrière et querelleuse comme son père. Ce fut la cause de sa perte. Il fut tué, l'an 1091, devant le château de Confolens, dont il faisait le siège, suivant la chronique de Maillezais, sans laisser de postérité.

 

ALMODIS ET ROGER DE MONTGOMMERI.

1091. ALMODIS, soeur de Boson III, lui succéda au comté de la Marche avec ROGER H DE MONTGOMMERI, son époux, comte de Lancastre, et fils de Roger, comte de Montgommeri, et de Mabile, comtesse, de Bellême et d'Alençon. Roger II, à l'exemple de son père, fit sa résidence ordinaire en Angleterre. Mais, l'an 1102, il en fut chassé par le roi Henri I, après avoir été dépouillé de tous ses biens pour s'être révolté contre ce prince avec ses deux frères, Robert, comte de Rellême, cl Arnoul, comte de Pembrock, qui subirent le même châtiment.

Alors s'étant retiré dans le pays de sa femme, il fixa son séjour au château de Charroux, ce qui lui fit donner le surnom de Poitevin. Il eut une longue guerre à soutenir contre Hugues VI de Lusignan, surnommé le Diable.

Hugues était fils d'une tante d'Aimodis, nommée comme sa nièce, et disputait le comté de la Marche à sa cousine les armes à la main. Cette querelle passa en héritage à leurs enfants. Almodis la Jeune mourut au plutôt en 1116. En effet nous avons sous les yeux une charte datée de l'an 1115, par laquelle Almodis et deux de ses fils, Aldebert et Boson, fondent le prieuré de Chastain, près de Saint-Barbent, en la châtellenie de Champagnac, dans la basse Marche. (Mss. de M. Robert Dorat.)

Outre ces deux fils, Almodis en laissa un troisième, nommé Eudes, avec deux filles, Ponce, mariée à Wulgrin II, comte d'Angoulême; et Marquise, femme de Gui IV, vicomte de Limoges. Roger de Montgommeri survécut à sa femme au moins jusqu'en 1123, puisque cette année il fut présent à l'installation de Clarus, deuxième abbé d'Ahun. ( Gall. Chr., no., tome II, col. 619. )

 

ALDEBERT IV, EUDES ET BOSON IV.

1116 au plutôt. ALDEEERT, EUDES et BOSON, succédèrent à leur mère Almodis au comté de la Marche, qu'ils gouvernaient depuis plusieurs années avec elle. Eudes n'est point mis au nombre des comtes de la Marche par le père Anselme. On voit cependant qu'en 1106 il donna, en qualité de comte de la Marche, à un moine de Saint-Martin de Tulles, une terre, Alodum, dont il l'investit avec un clou de fer à cheval, qu'il tenait à la main. (Baluze, Hist. Tulel., 1. 2 , c. 16.) On voit encore qu'en 1119 (v. st.) il donna, le 2 janvier, une forêt à l'église de Roquemadour, du consentement de son frère AldeLert. (Ibid.) Cette forêt s'appelait Montsalni, et l'église de Tulles la partagea avec celle de Roquemadour. (Archiv. de l'église de Tuiles.) Eudes vivait encore en 1135. A l'égard de Boson, nous ne trouvons aucune trace de son existence après l'an 1118. Ainsi, nous ignorons s'il se joignît à ses deux frères pour défendre leur patrimoine contre les attaques de la maison de Lusignan, qui voulait s'en emparer. Quoi qu'il en soit, le succès ne favorisa point leurs armes, et les agresseurs se rendirent maîtres d'une partie considérable de la Marche. Aldebert mourut au plus tard en 1143, laissant d'ARENGARDE, sa femme, Bernard, qui suit; et deux autres fils. Arengarde lui survécut, et épousa en secondes noces Chalon de Pons.

Chronologie Historique des Comtes de la MARCHE - Liste des comtes de la Marche (4)

 

BERNARD II.

1143 au plus tard. BERNARD, fils d'Aldebert IV, fut son successeur au comté de la Marche. Car Geoffroi du Vigeois (p. 306) et Justel, d'après lui, disent que, l'an 1143, Mathilde, femme de Raymond I, vicomic de Turenne, étant décédée, apparut à Bernard de la Marche, et le pria de dire à son fils Boson II qu'elle l'exhortait à ne point sortir en armes , mais à se tenir en paix chez lui, qu'autrement il lui arriverait malheur ; ce qui fui effectué, dit Geoffroi : car il fut tué, ajoute-t-il, au siège d'un château. Bernard n'est connu par aucun autre trait de sa vie, si celui-ci même n'est pas une fable. On ne sait quand il mourut. Le père Bonnaventure de Saint-Amable ( Vie de saint Martial.) conjecture qu'il ne passa pas Fan 1150. Il laissa deux fils, Aldebert, qui suit; et Gérard, qui fut fait doyen de Saint-Iriex-de-la-Perche, la veille de Noël 1183, suivant Geoffroi du Vigeois (page 342).

 

ALDEBERT V.

1150 au plutôt. ALDEBERT V, fils et successeur de Bernard II, vécut dans des agitations continuelles, mais infructueuses, pour défendre ses domaines. Les seigneurs aquitains, dont il implora le secours, augmentèrent ses malheurs en l'engageant dans leurs révoltes contre le souverain. A la fin, se voyant dépouillé d'un côté par le sire de Lusignan, de l'autre par le roi d'Angleterre, il vendit à ce dernier ce qui lui restait, par traité passé le 17 décembre 1177, à l'abbaye de Grandmont, moyennant quinze mille livres angevines, vingt palefrois et vingt mulets. (Roger de Hoveden , Jean Broropton.) (1)

Aldebert se détermina d'autant plus facilement à cette vente, qu'il n'avait, dit Geoffroi du Vigeois, qu'une fille, nommée Marquise, femme de Gui de Comborn , laquelle était stérile, et qu'il était séparé de sa femme que le sire de Pons avait épousée depuis leur divorce. Il avait perdu quelque temps auparavant, suivant, le même auteur, un fils unique, lequel ayant tué, dit Vincent de Beauvais, un chevalier en trahison, fut enlevé par un parent du mort et ne parut plus. Mais Geoffroi de Lusignan et ses frères, ajoute le prieur du Vigeois, s'opposèrent, à titre de plus proches héritiers, à cette aliénation dont le roi d'Angleterre se désista.

Aldebert partit, l'an 1180 après Pâques, pour la Terre-Sainte ; mais il n'y arriva pas, et mourut, à Constantinople, le 29 août suivant, fête de la décollation de Saint-Jean. (Gaufr. Vos.) N'oublions pas qu'en 1160 il donna des statuts à la ville de Bellac pour assurer ses privilèges et fixer la jurisprudence qui devait la régir.

Chronologie Historique des Comtes de la MARCHE - Liste des comtes de la Marche (1)

 

 

MATHILDE ET HUGUES, IXe. DU NOM, SIRE DE LUSIGNAN.

1180. MATHILDE, fille de Wulgrin III, comte d'Angoulême, et petite-fille de Ponce de la Marche, femme de Wulgrin II, comte d'Angoulême, succéda, par l'autorité de Richard Cœur de Lion, duc d'Aquitaine, et depuis roi d'Angleterre, comme plus proche parente, à Aldebert IV, dans le comté de la Marche, dont Hugues le Brun, IXe. du nom, sire de Lusignan, ou Lesignem, tenait déjà la plus grande partie.

Richard, en appuyant le bon droit de Mathilde, agissait autant par intérêt que par justice, ayant alors envie, suivant Geoffroi du Vigeois, de l'épouser. Mais le roi Henri II Platagenêt, son père, qui l'avait fiancé avec Alix, fille du roi de France, l'empêcha de suivre ce dessein.

L'an 1181, après la mort de Wulgrin III, comte d'Angoulême, Mathilde forma des prétentions sur ce comté. Les frères de Wulgrin lui disputèrent cette succession, et vinrent à bout de lui en arracher la plus grande partie, malgré la protection que lui accorda le duc Richard. Mathilde n'était pas plus tranquille du côté du sire de Lusignan, qui cherchait toujours à lui ravir ce qui lui restait du comté de la Marche.

 A la fin, elle se rendit (on ne peut dire en quelle année) à la demande, qu'il lui fit de sa main, et l'épousa. Hugues IX de Lusignan était le fils de Hugues VIII, dit le Brun, surnom qui passa aux aînés de ses descendants.  Bourgogne de Rancon, sa mère, fille de Geoffroi Rançon, seigneur de Taillebourg, avait apporté en dot, à son époux, la terre de Fontenay (le Comte) et le château de Vouvant

Chronologie Historique des Comtes de la MARCHE - Liste des comtes de la Marche (3)

Hugues IX, depuis son mariage, vécut en bonne intelligence avec le duc Richard, et ce prince ne changea point de dispositions à son égard lorsqu'il fut monté sur le trône d'Angleterre.

L'an 1190, il fut de son voyage d'outre-mer. Cependant Benoît de Péterborough semble dire qu'il était dans l'armée de Philippe- Auguste, lorsque ces deux monarques séjournaient ensemble à Messine, en attendant le printemps pour continuer leur route.

 (Notice Historique sur le Château de Taillebourg)

Après la mort de Richard, la reine Eléonore d'Aquitaine, sa mère, étant venue en Aquitaine, Hugues le Brun, dit Albéric de Trois-Fontaines ( ad an. 1199 ) la surprit dans une embuscade, et l'obligea de lui céder la portion du comté de la Marche dont jouissait l'Angleterre.

Chronologie Historique des Comtes de la MARCHE - Liste des comtes de la Marche (5)

Le roi Jean Sans Terre, successeur de Richard, son frère, n'eut point, au commencement de son règne, de partisans plus zélés que le comte de la Marche. Hugues prit hautement sa défense contre Artur, comte de Bretagne, neveu de ce prince, auquel il disputait ses états.

L'an 1200, apprenant qu'Artur avait été reçu dans Tours aux fêtes de Pâques, il lève des troupes, et s'étant associé le vicomte de Thouars et d'autres seigneurs du Poitou, il vint fondre inopinément sur cette ville, le dimanche avant l'Ascension, la prend, l'abandonne au pillage, et peu s'en fallut, dit la chronique de Tours, qu'Artur, qui était encore dans la place, ne tombât entre ses mains, ayant à peine eu le temps de se sauver avec, quelques-uns de ses gens.

 Hugues, en servant ainsi le roi Jean, n'obligeait qu'un ingrat. La même année (et non pas 1202, comme le marque la chronique de Tours), ce prince enleva au fils de Hugues, Isabelle d'Angoulême, qui lui était promise, et l'épousa lui-même.

Hugues et son fils, irrités de ce noir procédé, soulevèrent contre le roi d'Angleterre toute la noblesse du Poitou, de l'Anjou, et de la Normandie, et furent ainsi la première cause de la grande révolution qui fit perdre au roi d'Angleterre une partie de ses provinces d'outremer, et pensa le renverser du trône.

 Hugues, vers l'an 1206, voulut aller signaler sa valeur à la Terre-Sainte. Il tomba, soit sur la route , soit dans le pays, entre les mains des Sarrasins qui le firent prisonnier. S'étant racheté, il revint en France, et alla se faire religieux grandmontain au monastère de l'Ecluse, qu'il avait fondé. Il y mourut dans un âge fort avancé, et fut porté à Grandmont pour y être inhumé. (Gal. Chr., nov., t. Il, col. 651.)

Mathilde, sa femme, termina ses jours l'an 1208, après avoir fait avec Isabelle, sa bru, un traité par lequel elle lui céda ses prétentions sur le comté d'Angoulême. De son mariage, elle eut Hugues, qui suit ; Raoul, dit d'Issoudun , sire de Mello , de Chisai et de Sivrai, en Poitou, puis comte d'Eu, par son mariage avec Alix, héritière de ce comté; Aliénor ou Aliprote, mariée au comte de Leycester, et d'autres enfants.

 

HUGUES , Xe. DU NOM DE LUSIGNAN.

1208. HUGUES X, fils de Hugues IX, succéda à Mathilde, sa mère, dans le comté de la Marche. L'an 1218, il se déclare pour Jean, roi d'Angleterre, contre le roi de France, et va le recevoir à sa descente, au port de la Rochelle, avec des troupes.

L'an 1217, il épouse ISABELLE, fille d'Aimar, comte d'Angoulême, et veuve du roi d'Angleterre, la même que ce prince lui avait enlevée en 1200.

 Hugues, en vertu de ce mariage, hérita, l'année suivante, du comté d'Angoulême, par la mort de son beau-père.

Il partit pour la croisade, l'an 1218, avec le comte de Bar-sur-Seine, et se trouva au siège de Damiète, qui fut pris le 5 novembre, (et non le 9 mars) 1219.

Hugues, l'an 1226, entra dans le parti des seigneurs ligués contre la reine Blanche, régente du royaume : mais l'an 1227, il tut obligé, avec le duc de Bretagne, de venir faire satisfaction, au roi saint Louis, le 16 mars, dans le château de Vendôme.

 Ce monarque ayant investi, l'an 1241, son frère Alfonse, du comté de Poitiers, Hugues va, comme les autres vassaux du Poitou, rendre hommage à son nouveau suzerain.

Mais les reproches de la comtesse-reine, sa femme (car c'est ainsi qu'lsabelle se qualifiait), l'ayant fait repentir de cette démarche trop humiliante au gré de cette princesse, il ose insulter publiquement le comte de Poitiers.

Saint Louis ne laissa pas impuni l'outrage fait à son frère. L'an 1242, il arrive dans le Poitou, ravage les terres du comte de la Marche, prend ses meilleures places, bat le roi d'Angleterre, qu'il avait appelé à son secours, et le force enfin à venir demander pardon, avec sa femme, et à se soumettre, haut et bas, à toutes les conditions qu'il plut au monarque de lui imposer.

Le traité d'accommodement fait entre le roi et le comte, est daté du 3 août 1242, au camp près de Pons.

On conserve encore (1785), au trésor des chartes, ce traité, signé de la main du comte de la Marche, et du Cange le rapporte tout au long dans ses observations sur la vie de saint Louis.

L'an 1248 , Hugues est accusé de haute trahison par un gentilhomme qui s'offre d'en fournir la preuve par le duel. Hugues accepte le defi. Le jeune Lusignan demande à combattre pour son père : le comte de Poitiers s'y oppose, disant que l'innocent ne doit pas périr pour le coupable. Saint Louis tranche la difficulté en déclarant qu'il veut bien tenir l'accusé pour innocent.

Abbaye de Fontevraud Comtesse-reine Isabelle d'Angoulême Chronologie Historique des Comtes de la MARCHE - Liste des comtes de la Marche

(Les quatre gisants royaux du Cimetière des rois Plantagenet - Abbaye de Fontevraud )

L'an 1248, le comte de la Marche donne son fils à ce monarque pour l'accompagner à la croisade. Il meurt lui-même l'année suivante, et son corps est porté à l'abbaye de Valence, près de Couhé. Il laissa neuf enfants, dont les principaux sont: Hugues, qui suit; Gui, sire de Cognac et d'Archiac; Guillaume, dit de Valence , tige des comtes de Pembroch , en Angleterre: Geoffroi, sire de Jarnac; Adémar, évêque de Winchester : Marguerite , femme de Raymond VII, comte de Toulouse ; Allais, femme de Jean I , comte de Varennes. La comtesse-reine Isabelle mourut en 1246, et fut d'abord enterrée dans une chapelle de l'abbaye Notre-Dame de La Couronne, appelée alors Saint-Nicolas avant d'être transférée à l’Abbaye Fontevraud. l'ambition démesurée de cette femme, la noirceur de son caractère, et ses emportements, qui allaient jusqu'à la fureur, lui firent donner le nom de Jézabel au lieu de celui d'Isabelle, par une anagramme qui lui convenait fort.

Lorsqu'après avoir soulevé le comte, son époux, contre le frère de saint Louis, elle vit arriver le monarque pour punir cette révolte, elle prépara de ses mains un poison dont elle avait le secret, et chargea des scélérats d'en faire glisser dans la coupe où le roi buvait. Dieu permit que le complot, fût découvert. On arrêta ces émissaires, et, sur leur déclaration, ils furent pendus. Quand la comtesse, disent les Annales ne France, sut que sa mauvaisetié estoit dé couverte, de deuil elle se cuida précipiter et frapper d'un coustel en sa poitrine, qui ne lui eust usté de la main ; et quand elle vit qu'elle ne pouvait faire sa volonté, elle desrompit sa guimpe et ses cheveux, et ainsy fut longuement malade de dépit et de déplaisance.

 

HUGUES LE BRUN, XIe. DU NOM DE LUSIGNAN.

1249. HUGUES XI, comte de Penthièvre par sa femme, fils aîné de Hugues X, lui succéda aux comtés de la Marche et d'Angoulême.

 Il était entré, l'an 1247, dans l'association des seigneurs, formée pour restreindre la juridiction des ecclésiastiques, qui ruinait la justice séculière. On prétend que cette association fut autorisée par saint Louis ; mais on n'a aucun détail sur les suites qu'elle eut, ni sur la manière dont la dispute se termina. Ce que nous savons, c'est que vers l'an 1253, le comte Hugues excita la plus violente persécution contre son évêque, obert de Montberon, jusqu'à le chasser avec son clergé, après s'être emparé des revenus de l'évêché.

L'infortuné prélat implora la justice de saint Louis, qui soumit cette affaire à l'examen et au jugement des évêques de Limoges et de Cahors. Le comte fut condamné à assister, couvert d'un sac, ayant la tête et les pieds nus, à une procession indiquée pour ce sujet, à confesser publiquement son crime et à en demander pardon à l'évêque. On l'obligea de plus à payer une amende de cinq cents livres, et à l'entretien de trois cierges qui brûleraient à perpétuité au grand autel, pendant la célébration des Saints-Mystères. (Les rois de France, comme représentant les comtes d'Angoulême, doivent payer ces trois cierges. )

Le comte Hugues mourut âgé de quarante ans, suivant le P. Anselme, en 1260. YOLANDE DE DREUX, son épouse, fille de Pierre Mauclerc, duc de Bretagne, lui donna cinq enfants, dont l'aîné, nommé comme son père, lui succéda. (Voy. les comtes de Penthièvre. )

 

HUGUES XII DE LUSIGNAN.

1260. HUGUES LE BRUN, XIIe. du nom de Lusignan, succéda aux comtés de la Marche et d'Angoulême à Hugues XI,. son père.

L'an 1262, Gui, son frère, seigneur de Cognac, à son retour d'Angleterre, et sa soeur Yolande, lui suscitèrent un procès pour avoir leur part dans la succession paternelle. Par arrêt du parlement, de la Saint-Martin d'hiver 1268, il fut dit que le seigneur Gui, frère du comte, recevra de lui, par manière de provision, pour son entretien, six cents livres tournois, et lorsqu'il viendra, chez son frère avec sept chevaliers à sa suite , il y sera défrayé avec sa compagnie, qu’il recevra des robes avec deux palefrois, un pour lui et l'autre pour son ècuyer, et cela jusqu'à ce qu'il ait obtenu la part qu il doit avoir dans l'héritage de son père ; que pareillement sa soeur recevra deux cents livres tournois, jusqu'à ce qu'elle soit mise en jouissance de sa part de la succession paternelle. (Pet. a S. Romual. contin. Chron. Ademari, pag. 161.)

L'an 1965, Hugues fit expédier à Dorat une charte portant ordre à ses vassaux de la Marche, de se conformer aux coutumes de Montferrand, et non à celles de Limoges, qui étaient prises du droit romain.

Les Haut-Marchais, ainsi que la ville de Guéret et ses environs, déférèrent à cette ordonnance ; et telle est l'origine de la coutume qui les gouverne encore de nos jours (1785).

 Mais Bellac et la Basse-Marche refusèrent de s'y soumettre, et continuèrent de suivre les lois romaines, comme ils font encore à présent.

L'an 1267, Aliénor, comtesse de Leycester, femme de Simon de Montfort, suscita un nouveau procès à Hugues, prétendant qu'elle devait avoir sa part dans le comté d'Angoulême, comme fille de Mathilde, bisaïeule, de ce comte.

 L'affaire fut portée à la cour du parlement. Le comte dans ses défenses, prétendit que la comtesse n'était pas recevable dans sa demande, attendu que le comté d'Angoulême était impartable. Il fut prouvé néanmoins par enquête, qu'il s'en était fait autrefois des démembrements en faveur des puînés, et Geoffroi, oncle paternel du comte, en était lui-même un exemple. Mais on convint que ces démembrements n'étaient que des apanages reversibles à l'aîné au défaut des apanages.

En conséquence, le comte fut condamné par arrêt de l'an 1269, à payer à la comtesse de Leycester annuellement, par forme d'apanage, quatre cents livrées de terre monnaie courante dans le comté d'Angoulême : Appanamentum quadragentarum libratarum terroe monetoe currentis in comitatu Engolismensi, et huit cents livrées pour les arrérages. ( Du Cange, Gloss. verbo, appanamenlum.)

Hugues XII épousa, en 1253, JEANNE DE FOUGÈRES , fille unique et présomptive héritière de Raoul III, baron de Fougères, et d'Isabelle de Craon.

Raoul III étant mort en 1256. Hugues XII hérita du comté de Porhoet du chef de sa femme. Hugues, suivant Corlieu et Pierre de Saint-Romuald, mourut l'an 1282, et fut enterre à l'abbaye de la Couronne.

Il laissa deux fils, Hugues, qui suit; et Gui, avec quatre filles, dont la seconde, Marie, épousa, l'an 1288 , Etienne II, comte de Sancerre.

 

HUGUES XIII DE LUSIGNAN.

1282, HUGUES XIII, du nom de LUSIGNAN, né le 26 juin 1239, fils et successeur de Hugues XII aux comtés de la Marche et d'Angoulême, engagea, l'an 1301 , le premier de ces deux comtés au roi Philippe le Bel, pour une grosse somme d'argent.

Il servit, l'année suivante, dans la guerre de Flandre, et mourut au mois de novembre de l'an 1303, sans laisser d'enfants de sa femme BÉATRIX, fille de Hugues IV , duc de Bourgogne, qu'il avait épousée en 1276 à Paris.

L'an 1288, il avait fait un testament, par lequel il instituait son héritier Gui, ou Guyart, son frère ; mais Gui lui ayant fait depuis la guerre, Hugues fit, l'an 1297, un nouveau testament en faveur de Geoffroi, son cousin.

Néanmoins, Hugues étant mort, Gui prit le titre de comte de la Marche et d'Angoulême, après avoir brûlé le dernier testament de son frère. Mais le roi Philippe le Bel, instruit de cette supercherie, qui le privait lui-même de plusieurs avantages que le comte Hugues lui avait faits par ses dernières dispositions, et d'ailleurs indisposé contre Gui, pour s'être joint aux Anglais, et leur avoir livré Cognac et Merpin, prétendit que les comtés de la Marche et d'Angoulême, devaient lui revenir par droit de confiscation.

En conséquence, il fil condamner Gui en douze mille livres d'amende, ce qui l'obligea de renoncer à la succession. Ce prince transigea ensuite, l'an 1308, avec Marie de la Marche, comtesse de Sancerre, et Isabelle, femme d'Hélie Rudel, sire de Pons, soeurs de Hugues XIII, pour les prétentions qu'elles avaient, auxdits comtés, dont il demeura par-là seul propriétaire.

Telle fut la fin des anciens comtes de la Marche et d'Angoulême.

 

 

COMTES DE LA MARCHE APANAGES.

PHILIPPE LE LONG, étant, monté sur le trône de France après la mort du roi Louis Hutin, son frère, donna en apanage à Charles, son autre frère, le comté de la Marche, qu'il érigea en pairie par lettres du mois de mars 1316 (v. st.).

 Charles, devenu roi de France, par la mort de Philippe, au mois de janvier 1022 (11. st.), garda le comté de la Marche jusqu'en 1327. Alors il l'échangea, par lettres patentes du mois de décembre, avec Louis 1er, duc de Bourbon, contre le comté de Clermont, en Beauvaisis, et l'érigea de nouveau en pairie. Mais le roi Philippe de Valois, successeur de Charles, rendit à Louis, en 1331, ce dernier comté, qu'il décora eu même litre. Louis, en mourant, l'an 1042 (n. st.), transmit le comté de la Marche à l'un de ses fils, qui suit. (Voyez les. ducs de Bourbon.)

 

CHRONOLOGIE HISTORIQUE JACQUES Ier. DE BOURBON.

1342. JACQUES, troisième fils de Louis Ier., duc de Bourbon ; et. de Marie de Rainaut, eut, par le partage fait avec le duc Pierre, son frère, le comté de la Marche et la seigneurie de Montaigu, en Combrailles. L'alliance qu'il avait, contractée, l'an 1335, avec JEANNE , fille et héritière de Hugues de Châtillon-Saint-Pol, avait déjà fait, entrer dans sa maison les seigneuries de Leuse, de Condé , de Carenci , de Buquoi et d'Aubigni.

Ce prince fit ses premières armes dans la guerre de Bretagne, sous les ordres de Jean, duc de Normandie.

L'an 1346, il combattit, le 26 août, à la fameuse bataille de Créci, où, quoique blessé dangereusement, il eut assez de force et d'intrépidité pour voler au secours du roi Philippe de Valois, et pour l'arracher du champ de bataille. Le monarque signala sa reconnaissance en lui donnant le Ponthieu qu'il avait confisqué sur le roi d'Angleterre.

Il fut créé, le 15 juin 1245, souverain et général capitaine dans toutes les parties du Languedoc. Le roi Jean lui donna, l’an 1354, l'épée de connétable après la mort de Charles d'Espagne.

La trêve accordée par Edouard roi d'Angleterre, étant expirée en 1356, le comte de la Marche fut chargé d'aller s'opposer au prince de Galles, qui menaçait les provinces voisines de la Guienne.

Cette expédition n'eut aucun succès par la discorde qui se mit entre le comte de la Marche et ses deux collègues, le comte de Foix et le comte d'Armagnac. Honteux de ce revers, Jacques de Bourbon remit au roi l'épée de connétable, qui fut donnée à Gautier de Brienne, duc d'Athènes. Mais il ne crut pas que cette démission le dispensât de rendre à la patrie les services que sa naissance exigeait de lui. Il combattit, le 19 septembre de la même année, à la funeste journée, de Poitiers, où il demeura prisonnier, après avoir fait de son corps un rempart à son souverain.

Délivré, l'an 1360, par le traité de Bretigny, il fut nommé par le roi Jean pour en exécuter les conditions, en remettant aux Anglais les provinces qui leur étaient cédées. Il commença par ses propres domaines, et se démit généreusement du comté de Ponthieu, que ses services lui avaient mérité.

Il marcha peu de temps après contre les brigands nommés les Tard-venus, qui désolaient, le Lyonnais et les environs. Les ayant attaqués avec Pierre, son fils aîné, le 2 avril 1061, près de Briguais, à trois lieues de Lyon, ils reçurent l'un et l'autre des blessures dont le père mourut le 6 du même mois, et le fils quelques jours après.

Le corps de Jacques de Bourbon fut enterré aux Dominicains de Lyon, sous une tombe où l'on a marqué par erreur l'année 1365 pour celle de sa mort. C'est de lui que descendent tous les princes de la maison royale, qui existent aujourd'hui. De son mariage, il eut, outre le fils qu'on vient de nommer, Jean, qui suit ; Jacques, seigneur de Préaux; et Isabelle, mariée, 1°. à Louis, vicomte de Beauniont au Maine; 2°. à Bouchard VII, comte de Vendôme.

 

JEAN DE BOURBON.

1361. JEAN DE BOURBON, successeur de Jacques, son père, ou, si l'on veut, de Pierre, son frère, dans le comté de la Marche, joignit à cet héritage les comtés de Vendôme et de Castres avec les seigneuries de Lezignem, en Narbonnais, d'Epernon, de Bréhencourt, du Thail, de Quillebeuf, etc., par son mariage contracté, le 28 septembre 1364, avec CATHERINE DE VENDÔME, qui devint héritière, l'an 1074, au plus tard , de Bouchard VII, son frère, comte de Vendôme.

Le désir de venger la mort d'une princesse du sang, l'engagea, l'an 1366, à se joindre à Bertrand du Guesclin, dans la guerre qu'il porta en Castille contre le roi Pierre le Cruel, assassin de Blanche de Bourbon, sa femme.

L'expédition fut heureuse, et le comte Jean contribua à mettre sur le trône Henri de Transtamare, frère naturel de Pierre et son rival. De retour en France, il fut nommé lieutenant-général pour le roi dans le Limosin ; et accompagna le duc de Berri dans la guerre qu'il alla faire aux Anglais en Guienne, Il se distingua, l'an 1382, à la bataille de Rosebeque, gagnée, le 27 novembre, par les Français.

 Il donna de nouvelles preuves de sa valeur, en 1384, au siège de Taillebourg.

L'an 1388, il suivit le roi Charles VI au voyage de Gueldre, et l'accompagna de même, en 1391, dans celui de Languedoc. Sa mort arriva le 11 juin 1393. Sa femme, qui lui survécut jusqu'au Ier. avril 1412, le fit. père de Jacques, qui suit ; de Louis, comte de Vendôme; de Jean, seigneur de Carenci ; d'Anne, mariée, 1°. à Jean de Berri, comte de Montpensier ; 2°. à Louis le Barbu , duc de Bavière-Ingolstadt ; de Marie , dont il sera parlé ci-après; et. de Charlotte, l'une des plus belles princesses de son temps, mariée, le 2 août 1490 , à Jean II, roi de Chypre, où elle n'arriva que l'an 1411.

Le comte Jean eut de plus un fils naturel, nommé comme lui, et surnommé le Bâtard de la Marche. (Voyez les comtes de Vendôme. )

 

JACQUES II DE BOURBON.

1393. JACQUES II eut, dans la succession de Jean de Bourbon, son père, les comtés de la Marche et de Castres, avec les seigneuries de Montaigu et de Bellac. Marie, sa soeur, s'étant fait enlever par le chevalier Jean de Beyne, seigneur des Croix, il la poursuivit, et, l'ayant arrêtée, il l'enferma dans le château de Comète, en Albigeois, où elle languit pendant plus de trente ans. ( Délivrée par ordre du roi Charles VII, elle se porta pour héritière de Jean, son frère, seigneur de Carenci, à l'exclusion de ses enfants, qu'elle qualifiait de bâtards; mais dans la litispendance, elle vendit ses prétentions pour la somme de vingt mille écus d'or à Jacques d'Armagnac, duc de Nemours. )

Le comte de la Marche accompagna, l'an 1396, Jean de Bourgogne, dit le comte de Nevers, dans son expédition de Hongrie, et demeura prisonnier des Turcs la même année, à la bataille de Nicopoli, donnée le 28 septembre. S'étant racheté moyennant une grosse rançon, il fut, à son retour en France, créé grand-chambellan le 26 juillet 1397.

Zélé pour le service de la France, il courut avec quelques vaisseaux dans la Manche, et remporta plusieurs avantages sur les Anglais. Owen - Glendour réclamait alors la principauté de Galles, comme le patrimoine de ses ancêtres que le roi d'Angleterre avait usurpé Le comte de la Marche fit avec lui un traité par lequel il s'engageait à mener aux Gallois huit cents hommes d'armes et trois cents albalétriers. Ravi de trouver cette occasion d'occuper l'Anglais dans ses propres états, le ministère de France donna au comte une somme de 100 mille écus d'or pour les frais de l'expédition qu'il projetait. Mais, au lieu d'employer cette somme à l'objet de sa destination, il la dissipa au jeu et en fêtes. Il fil néanmoins semblant de vouloir tenir l'engagement qu'il avait pris, et s'embarqua effectivement, comme pour aller au secours de son allié. Mais repoussé par la tempête, il s'en revint promptement, et essuya, en passant par Orléans, les railleries des écoliers, qui lui criaient: Mare vidit et fugit

Attaché depuis longtemps à la maison de Bourgogne, il prit son parti, l'an 1407, contre celle d'Orléans, après l'assassinat du chef de cette dernière. Il s'en trouva bien d'abord ; car ayant été nommé, l'an 1409, par la faction bourguignone avec le comte de Vendôme, son frère, et le comte de Saint-Pol, pour réformer les abus de l'administration , il commença par retirer l'obligation qu'il avait faite pour les 100 mille écus d'or qu'on lui avait donnés pour son expédition d'Angleterre, et peut-être s'appropria-t-il encore une partie des dépouilles des financiers, qui furent presque tous ruinés par les recherches et les vexations, de ces prétendus réformateurs, sans que le peuple en reçût aucun soulagement. Mais étant à la tête, d'un parti de bourguignons, il fut vaincu devant Tours, et fait prisonnier, l'an 1411. par les Orléanais, qui le firent conduire à la tour de Bourges, d'où il ne sortit qu'à la paix conclue, l'année suivante, à Auxerre. ( Villaret, in-4°. tom. VII, pag. 96.) Remis en liberté, il a surprendre Louis, son frère, dans sa ville de Vendôme, le fait prisonnier, et ne lui rend la liberté qu'aubout de huit mois, après avoir méprisé les prières et bravé les menaces que des personnes puissantes lui avaient, faites, pour obtenir sa délivrance. Ce furent les remords de sa conscience qui l'obligèrent à faire ce que les motifs humains les plus pressants n'avaient pu opérer. Honteux de retenir dans les fers un frère qui n'avait à ses yeux d'autres crimes que d'être plus opulent que lui, il alla lui-même les briser, et dit en l'embrassant : « Vous réunissez, » par l'estime que vous inspirez, les intérêts les plus contraires; " il est juste que je me rende aux sentiments qui vous sont dus. » Je me suis fait jusqu'ici violence en y résistant, pour céder " au plus vil sentiment qui m'arme contre vous ; reconnaisses " un frère qui vous délivre, où bien celui qui vous enchaîna ». C'est le discours que lui prête un ingénieux moderne. Jacques étant devenu veuf, l'an 1414 an plus tard, de BÉATRIX, fille de Charles III, roi de Navarre ( qu'il avait épousée le 14 septembre 1406 , et non pas en 1397 ) , il contracta une nouvelle alliance, l'an 1415, avec JEANNE II, reine de Naples et de Sicile. Mais les grands démêlés qu'il eut avec cette princesse le déterminèrent, au bout de quelques années, à se séparer d'elle et à se retirer en France. ( Voyez les rois de Naples et de Sicile. ) Il y rentra sur la fin de 1422, après avoir erré quelque temps en Italie.

Son retour ne fut pas inutile au roi Charles VII, nouvellement élevé sur le trône. Ce monarque l'ayant nommé, l'an 1424, gouverneur de Languedoc, il arrêta les courses des Anglais, des Bourguignons et des routiers, qui désolaient le pays.

Mais, à la demande du roi, il se démit, l'année suivante, pour lui obéir et lui complaire, de ce gouvernement, en faveur du comte de Foix, qu'on ne pouvait détacher qu'à ce prix du parti des ennemis de la France. Une pension de 12 mille livres sur les revenus du Languedoc, fut le dédommagement que Charles VII lui accorda, le 13 avril, pour ce généreux sacrifice. ( Vaissète, tom. IV, pag. 464, 466. )

Jacques de Bourbon conservait toujours le titre, les honneurs et le cortège de la royauté ; mais il n'en soutint point le caractère, surtout dans les dernières années de sa vie. On vit dans sa conduite un mélange ridicule de faste et de faiblesse qui le fit tomber dans le mépris. Il s'aperçut lui-même de sa décadence dans l'opinion publique ; et la vénérable Colète, réformatrice de l'ordre de Sainte-Claire, acheva de le déprendre du faux éclat des grandeurs humaines dans les entretiens qu'il eut avec elle. Les exhortations pathétiques de cette pieuse fille le touchèrent au point qu'il prit le parti de se faire cordelier.

 Il choisit le couvent de Besançon pour le lieu de sa retraite, et s'y rendit, l'an 1435 dans l'équipage le plus bizarre et le plus propre à faire soupçonner le dérangement de son cerveau. « J'ai » lu , dit Brantòme ( tome I) , dans l'histoire de ce grand Olivier de la Marche, qui estoit, lors à Besançon , et le vit quand » ce roy s'y vint rendre cordelier ; dit qu'il se faisoit porter » par quatre hommes en une civière, telle sans aultre différence que les civières que l'on porte les fiens, fumiers et ordures, et estoit demy couché.... demy appuyé et levé à l'encontre d'un meschant et desrompu oreiller de plumes, vestu,  pour toute parure, d'une longue robe grise de petit prix ; et estoit ceint d'une corde nouée en la façon d'un cordelier, et en teste avoit un gros bonnet blanc de laine, noué et bridé par-dessous le menton.... Dit pourtant ledict messire Olivier que ledict roi de sa personne paroissoit un grand chevalier,  fort beau , fort bien fourré de bons membres, ayant le visage bon, agréable, et portant une chere joyeuse en sa veuil lette vers chascun.... Il avoit à sa suite quatre cordeliers de l'observance, que l'on disoit grands clercs et de sainte vie ; et après iceulx sur le coin où il pouvoit avoir 200 chevaux,  dont il y avoit litière, chariot couvert, haquenées. mules,  mulets dorés , harnachés honorablement. ; et avoit sommiers couverts de ses armes, et nobles et serviteurs bien vestus et en bon point.... et en cette pompe humble et. dévote ordonnance fit son entrée de Besançon , comme il avoit fait dans toutes les autres villes ; et puis entra au couvent, où depuis on le vit rendu cordelier. »

Il mourut, le 24 septembre 1438, à l'âge de soixante-huit ans, et fut enterré au couvent, des religieuses de Sainte-Claire, dans la chapelle qu'il y avait fait bâtir. BEATRIX, sa première femme, lui donna Eleonore, mariée , l'an 1429, à Bernard d'Armagnac, comte de Pardiac, qui, dès l’an 1435, prenait le litre de comte de la Marche.

 

BERNARD D'ARMAGNAC.

1435. BERNARD, comte de Pardiac, second fils de Bernard VII, comte d'Armagnac, fut pourvu, l'an 1435, du comté de la Marche, par le roi Charles VII, après la retraite de Jacques de Bourbon. En mourant (l'an 1462 an plus tard), il transmit ce comté à son fils aîné, qui suit. (Voyez les comtes de Pardiac. )

 

JACQUES D'ARMAGNAC.

1462 au, plus tard, JACQUES , fils aîné de Bernard d'Armagnac, lui succéda au comté de la Marche comme à celui de Pardiac, et obtint du roi Louis XI le duché de Nemours , en considération de son mariage contracté, le 12 juin 1462 , avec LOUISE, fille de Charles d'Anjou, comte du Maine.

Le comté de la Marche ayant été disputé, l'an 1465, à Jacques d'Armagnac, par Louis-Jean de Bourbon, comte de Vendôme, le premier fut maintenu dans sa possession par arrêt du conseil, rendu le 21 janvier 1466 (n.st.).

 Ce jugement, auquel présida Louis XI, ne le rendit pas plus attaché à ce monarque. Artificieux, inquiet, audacieux, ingrat et perfide, il ne se forma point de complot, de faction et de révolte où il n'entrât. Louis XI, après lui avoir pardonné plusieurs fois, voyant qu'il bravait, en quelque sorte, l'autorité souveraine dans son château de Carlat, où il vivait dans l'indépendance, chargea, l'an 1475, le sire de Beaujeu d'aller le forcer dans cet asile. Jacques, se voyant investi par des forces supérieures, consentit à se rendre, à condition qu'on lui conserverait la vie. Le sire de Beaujeu le promit, de l'avis des généraux qu'on lui avait donnés pour éclairer sa conduite. Mais Louis XI n'eut pas honte de désavouer son gendre, et l'obligea même de présider au jugement du procès qu'on fit au prisonnier. Il est vrai que, voyant le duc de Bourbon, son frère, impliqué dans les dépositions du duc de Nemours, il crut devoir s'abstenir de donner sa voix ; mais il recueillit celles des autres juges, et l'arrêt de mort qu'ils rendirent fut prononcé, en son nom, le 10 juillet 1477- On a rendu compte plus haut, à l'article des comtes de Pardiac, autant que les bornes d'un abrégé peuvent le permettre, de l'appareil effrayant avec lequel ce jugement fut exécuté le 4 août suivant, et du sort qu'éprouvèrent les enfants de Jacques d'Armagnac.

 

PIERRE DE BOURBON, SIRE DE BEAUJEU.

1477. PIERRE , quatrième fils de Charles I, duc de Bourbon, et d'Agnès de Bourgogne, marié, l'an 1474; avec ANNE, fille du roi Louis XI , eut, dans la dépouille de Jacques d'Armagnac par lettres du mois de septembre 1477, le comté de la Marche et la seigneurie de Montaigu , en Combrailie. Il devint duc de Bourbon, en 1488, par la mort du duc Jean, son frère aîné, et finit ses jours à Moulins, le 8 octobre 1503, ne laissant de son mariage qu'une fille, nommée Susanne, mariée à Charles de Bourbon, comte de Montpensier. (Voyez les sires de Beaujeu et les ducs de Bourbon. )

 

 

 L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur., par le moyen d'une table chronologique... Par un religieux de la congrégation de Saint-Maur

 

 

 

L'Organisation administrative du Comté de Poitou au Xe siècle et l'avènement des Châtelains et des Châtellenies <==

Les Marches communes du Poitou, d'Anjou, de Bretagne et l’organisation judiciaire et lois anciennes de la province du Poitou.  <==

Généalogie - Maison des Hugues de Lusignan et Geoffroy la Grand' Dent.<==

Fiançailles Richard Ier d'Angleterre dit Cœur de Lion - Alix de France et Bèrengère de Navarre <==

ANGOULÊME 1028 – Le jugement de Dieu, un Duel Judiciaire<==

 

 

 

 


 

 

(1) du Vigeois, au lieu de quinze mille livres, dit cinq mille marcs. Si cet auteur, qui était contemporain, ne s'est point trompé, il parait que trois livres angevines valaient un marc : et comme le marc d'arpent fin était, sur la fin du règne de Louis VII, à 53 sous 4 deniers, la livre angevine devait valoir 17 sous 9 deniers un tiers : ainsi, quinze mille livres angevines reviendraient à près de 267,500 livres de notre monnaie actuelle.

 

ANGOULÊME 1028 – Le jugement de Dieu, un Duel Judiciaire

Jusqu'au concile de Latran de 1215, les ordalies furent admises et pratiquées par l'Eglise. Elles consistaient en épreuves ou en combats qui avaient valeur de preuves judiciaires. L'eau bouillante et le duel sont assez souvent mentionnés dans les documents historiques régionaux. Dans l'un et l'autre cas on faisait appel à l'intervention divine pour révéler la culpabilité ou l'innocence d'un prévenu, pour situer le bon droit dans les différends. Celui qui retirait son bras sans dommage d'une bassine d'eau bouillante était considéré comme innocent. Celui qui surpassait son adversaire en combat singulier était réputé avoir raison. Cependant, à en juger d'après les mentions des « jugements de Dieu » qui nous sont parvenues, les prévenus et les parties ne se soumettaient pas eux-mêmes à ces épreuves. Ils désignaient des champions qui combattaient en leur nom ou des hommes qui affrontaient à leur place les périls de l'eau bouillante.

Il semble bien, d'ailleurs, que ces exercices inhumains aient été souvent évités ou écourtés. Ainsi, au commencement du XIIe siècle, l’abbesse de Saintes était en litige avec un de ses prévôts au sujet d'un four et d'une métairie. La cour de l'abbesse décida de recourir à l'épreuve de l'eau bouillante.

Le prévôt, qui paraissait très sûr de son bon droit, demanda deux épreuves, l'une pour le four, l'autre pour la métairie. Deux chaudières furent installées dans l'église Notre-Dame de Saintes et les hommes chargés de représenter le prévôt étaient prêts. Au dernier moment, alors que l'eau chauffait, le prévôt se démit de ses prétentions (1).

Au XIe siècle, Eble de Châtelaillon, en désaccord avec les moines de Saint-Maixent au sujet d'un marais en Aunis, fut sommé de prouver son droit par duel judiciaire. Mais il se récusa en alléguant un prétexte ridicule : son champion n'avait pas de chaussures utilisables pour le combat. C'est du moins la version des moines de Saint-Maixent, la seule que nous possédions (2).

Le récit suivant, relatif à un combat judiciaire qui s'est déroulé à Angoulême, dans une île de la Charente, en 1028, est d'une précision remarquable pour l'époque. Le motif du duel est une affaire de sorcellerie.

 

La même année le comte (3) fut pris par la maladie, alors qu'il voulait venger l'insulte faite à Dieu par des chrétiens qui avaient eux-mêmes incendié la ville de Saintes et sa cathédrale. Il commença à perdre lentement ses forces et ordonna qu'on lui préparât une maison dans la ville d'Angoulême, près de l'église Saint-André, pour pouvoir suivre l'office divin. Là, malade, il commença à garder le lit et reçut les visites incessantes de tous les princes et nobles venus de divers pays. Beaucoup disaient que sa maladie était causée par des maléfices, parce qu'il était d'un naturel vigoureux.

On découvrit qu'une sorcière exerçait contre lui son pouvoir. Elle ensevelissait des statuettes de terre (4) et de cire qui le représentaient, tant dans les fontaines que dans la terre ferme et au pied des arbres ; elle en glissait même certaines dans le gosier des morts.

Comme elle n'avoua pas ses maléfices on recourut au jugement de Dieu, afin que la vérité cachée fût connue. Deux hommes combattraient en duel et la victoire donnée à l'un d'eux servirait de preuve.

Le lundi de la première semaine de la Passion (5), le représentant du comte, appelé Etienne, et le défenseur de la sorcière, nommé Guillaume, après avoir prêté serment, combattirent longtemps, armés de bâtons et de boucliers, en dehors de la ville, dans une île de la Charente. Ce jour-là le défenseur de la sorcière était possédé du mal, par l'action de certains enchanteurs et de certains breuvages d'herbes. Mais Etienne, enhardi par le seul jugement de Dieu, obtint la victoire sans aucun dommage corporel. L'autre, le corps tout brisé, entièrement couvert de sang, vaincu, se tint debout de la troisième heure à la neuvième heure ; puis, ne pouvant plus bouger, bouclier et bâton hors d'usage, il s'écria qu'il était vaincu et, bientôt, tombant à terre, il rendit le breuvage maléfique qu'il avait absorbé.

 A demi-mort, il dut être transporté et demeura couché, languissant, pendant longtemps. Ses enchanteurs, qui assistaient de loin au combat en prononçant à son intention certaines formules incantatoires, furent épouvantés et prirent bientôt la fuite. Cependant Etienne, bondissant de joie, courut sur l'heure rendre grâces à Dieu au tombeau de saint Cybard auprès duquel il avait veillé toute la nuit précédente.

Ensuite il revint à cheval dans la ville afin de se reposer. La sorcière, cependant, avait subi maintes tortures, à l'insu du comte, mais n'avoua pas ; grâce à une volonté d'inspiration diabolique elle ne prononça pas un mort, aucun son ne sortit de sa bouche. Elle fut pourtant confondue par le témoignage de trois femmes qui avaient été ses complices dans ces maléfices. Ces femmes exhumèrent en présence de tous quelques statuettes magiques en terre, déjà endommagées par le temps.

Le comte, cependant, épargna cette femme malfaisante, ne permit pas qu'on la tourmentât davantage, et lui accorda la vie.

Jérôme raconte, dans ses Commentaires de Daniel, qu'Antiochos Epiphane perdit la raison à cause de maléfices et qu'il mourut de maladie sous l'emprise de grandes frayeurs. Alexandre le Grand commença à perdre ses forces corporelles, à Babylone, sous l'effet de semblables sortilèges, ordonnés en secret par ceux qui désiraient régner après lui. Il n'est pas étonnant que Dieu permette qu'on tombe malade par la vertu des maléfices puisque nous savons que le bienheureux Job a été frappé par le diable d'une grave plaie et que Paul a été giflé par un ange de Satan. Et il ne faut pas craindre les maladies mortelles pour le corps mais considérer qu'une atteinte portée aux âmes est plus grave qu'une atteinte portée aux corps.

D'autre part ces sortilèges sont sans prise sur certaines personnes ; la protection de Dieu existe puisqu'il ne laisse pas l'esprit malin aborder les hommes.

(Le comte mourut le 6 avril 1118. Sur l'ordre de son fils et successeur Audouin II Taillefer, les sorcières seront brûlées hors de la ville.) Historia pontificum et comitum Engolismensium. Edition J. Boussard, p. 18-21.

Société d'ethnologie et de folklore du Centre-Ouest.

 

 

 

 

Histoire du droit en France - Conflits et justice  <==

Ordalie ou le jugement de Dieu au moyen-Age (Abbaye Saint-Florent de Saumur sous Foulques Nerra et Geoffroy Martel) <==

 

 

 


 

Chronologie Historique des Comtes de la MARCHE - Liste des comtes de la Marche
La Marche, bornée au septentrion par le Berri, à l'orient par l'Auvergne, à l'occident par le Poitou et l'Angoumois, au midi par le Limousin, tire son nom de sa situation, qui la rend limitrophe du Poitou et du Berri. On la nomme aussi Marche Limousine, parce qu'avant le milieu du dixième siècle, elle faisait partie du Limousin.

 

 

(1) Cartulaire de Notre-Dame de Saintes, no 228, p. 148,

(2) Chartes et documents pour servir à l'histoire de l'abbaye de Saint-Maixent.

Archives Historiques du Poitou, tome XVI, no 164, p. 19.

(3) Guillaume IV, comte d'Angoulême.

(4) Ou de lin, selon les manuscrits.

(5) 1er avril 1028.

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02 avril 2020

L’Abbaye de la Grâce-Dieu de Benon ( Guillaume X d'Aquitaine, Bernard de Clairvaux)

Histoire de l'Abbaye de la Grâce-Dieu de Benon

Aux portes d'une modeste paroisse de l'Aunis, qui a été le siège d'une seigneurie importante, la baronnie de Benon, s'élève encore une maison abbatiale qui a jeté un grand éclat dans la vie religieuse et civilisatrice de la région.

Son souvenir est resté, grandi par le nom de saint Bernard qui en a inspiré la fondation, avec la mémoire des nombreux services rendus tant au point de vue religieux et charitable que dans la participation des religieux au défrichement des terres, au développement de l'agriculture et au dessèchement des marais. L'oeuvre entreprise par les religieux avait eu des collaborateurs dans les moines voisins des abbayes de Saint-Léonard des Chaumes et de Charron.

La vie de ces modestes pionniers de la civilisation mérite donc d'être tirée de l'oubli. Mais, moins heureuses que certaines maisons religieuses, les abbayes de l'Aunis n'ont conservé dans les dépôts publics ni cartulaires ni archives.

  • Leur histoire doit donc être refaite de toutes pièces avec des documents épars. Cette oeuvre nous l'avons entreprise, en commençant par La Grâce-Dieu, la plus célèbre des abbayes aunisiennes, et c'est la monographie de celle-ci que nous présentons aujourd'hui au lecteur.

Nous n'avons pas la prétention d'être complet; on ne l'est jamais en ces matières. Nous avons pu néanmoins tracer les grandes lignes de la vie abbatiale de La Grâce-Dieu, compléter la liste des abbés que le Gallia christiana avait donnée en partie, reconstituer l'état des biens de la maison, étudier quelques problèmes historiques et économiques qui suffiront, croyons-nous, à faire connaître la vie d'une maison religieuse pendant huit siècles.

Les sources où nous avons puisé, sont les fonds conservés soit à la bibliothèque et aux archives nationales, aux archives de la Vienne, à la bibliothèque de Poitiers, soit à la bibliothèque de La Rochelle et aux archives des notaires de la région ; nous avons aussi été puissamment aidé par un fonds important mis obligeamment à notre disposition par le regretté M. Laurence, de Niort, qui, avec un soin jaloux, malheureusement trop rare, et un grand sens historique, avait su conserver une quantité considérable des papiers de l'abbaye lui provenant de ses ancêtres.

Mais nous ne nous sommes pas contenté de tracer en grandes lignes l'histoire de La Grâce-Dieu, nous avons pensé qu'il pouvait être utile aux sciences historiques de publier intégralement les pièces les plus importantes que nous avons rencontrées, persuadé que les érudits y trouveraient après nous de nombreux faits à y glaner.

Notre publication se composera donc de deux parties distinctes : en premier lieu l'histoire de l'abbaye, en second lieu les documents eux-mêmes.

GEORGES MUSSET.

 

 

CHAPITRE PREMIER. — LA FONDATION.

1er. — Le schisme d'Anaclet.

A la mort d'Honorius II une double élection papale, en date du 14 février 1130, avait amené le schisme dans l'église. Haimeric, cardinal diacre du titre de Sainte-Marie Nouvelle, qui remplissait alors les fonctions de chancelier de l'église romaine, fit élire le cardinal diacre Grégoire de Saint-Ange sous le nom d'Innocent II, tandis que quelques heures plus tard un collège de cardinaux proclamait pape, sous le nom d'Anaclet II, Pierre de Léon, cardinal du titre de Saint-Calixte, de la riche et puissante famille des Pierleoni. Ce dernier, qui avait la puissance et la richesse, avait réussi à entraîner Rome et une partie de l'Italie ; mais « le reste de la chrétienté était moins aisé à gagner ».

C'est en vain que le pontife maître de Rome avait sollicité, par ses lettres et ses légats, les suffrages de l'Italie, de la France et de l'Angleterre. La France en particulier s'était tue pendant quelques mois. Quel pouvait être le fruit de son recueillement ? De toutes les églises de la catholicité « elle était la seule qui n'eût jamais fléchi devant l'erreur et n'eût jamais été souillée par le schisme. Toujours soutenue de Dieu, elle est demeurée attachée à l'unité, et toujours elle s'est appliquée à donner à l'église romaine des témoignages de son précieux dévouement ».

C'est en ces termes qu'Anaclet II, l'un des papes élus, la salue et la loue dans une de ses lettres. Persuadé qu'elle entraînera par son exemple les nations à sa suite, il la conjure de faire entendre sa voix. On sent que c'est d'elle qu'il attend son triomphe définitif ou sa ruine. C'est de la France en effet que partit le coup qui devait le précipiter de son siège.

Comme lui, Innocent II en avait appelé au jugement de Louis-le-Gros et de l'épiscopat français. Ni les évêques ni le roi n'avaient osé se prononcer entre les deux prétendants. Mais, lorsque le pontife exilé, après un séjour de quelques mois à Pise et à Gênes, eut abordé à Saint-Gilles, il put s'apercevoir qu'il mettait le pied sur un sol ami. Le concile d'Étampes venait de lui préparer les voies, en proclamant avec éclat la validité de son élection 1.

A côté de l'illustre abbé de Saint-Denis, Suger, et des archevêques de Reims, de Sens et de Bourges, saint Bernard, abbé et fondateur de Clairvaux, prit une part active au concile et à la décision à laquelle il s'arrêta. Quelques contemporains vont même jusqu'à prétendre qu'il en fut le principal oracle. Si cette opinion contient peut-être de l'exagération, on peut néanmoins induire des récits d'alors et de l'appui qu'il prêta par la suite au pape Innocent II, que la sagesse, l'éloquence entraînante et communicative du saint abbé de Clairvaux eurent une grande influence sur les membres du concile.

Soutenant la légalité de l'élection d'Innocent II, qui aujourd'hui paraît discutable aussi bien que la légalité de l'élection d'Anaclet II, saint Bernard en appelait en outre à la moralité des élus. « L'abbé de Clairvaux fit valoir au roi la supériorité morale du cardinal Grégoire, la priorité de sa nomination, l'autorité de ses électeurs et de son consécrateur (le cardinal évêque d'Ostie), et finalement il conclut à la validité de son élection.

Louis-le-Gros, malgré ses attaches personnelles à Pierre de Léon, ratifia cet arrêt si sage, et promit solennellement de soutenir Innocent II. Sa déclaration trouva un écho dans toute l'assistance. Évêques, abbés et seigneurs y répondirent par une puissante acclamation et jurèrent, avant de se séparer, obéissance au nouveau pape. Pour beaucoup d'esprits incertains la décision du concile d'Étampes fut un trait de lumière. Elle arrivait juste à temps pour arrêter les progrès du mal qui menaçait de dévorer la France. Les archevêques et les évêques se hâtèrent de la publier dans leurs diocèses, les abbés dans les monastères de leur dépendance et les seigneurs laïques eux-mêmes dans leurs provinces (2). »

Saint Bernard, l'humble moine qui était à ce point entré dans l'intimité du chef de l'église « que celui-ci, dit un historien du temps, ne pouvait souffrir d'en être séparé (3), » continua son

oeuvre en faveur d'Innocent II. Après l'avoir accompagné au concile de Clermont (18 novembre 1130), il se rendit auprès de Henri Ier, roi d'Angleterre, et amena celui-ci à déposer à Chartres, aux pieds du souverain pontife, ses hommages, ses présents, son sceptre et son épée (4).

Puis il l'accompagna dans son voyage auprès de l'empereur Lothaire. Ce fut l'abbé de Clairvaux qui eut raison des revendications de Lothaire, dénonçant le concordat de Worms et réclamant le droit des investitures par la crosse et l'anneau. « Rempli d'une généreuse audace, il prit la parole au nom du souverain pontife et, à force de logique et d'éloquence, parvint à faire sentir au prince allemand l'iniquité de ses revendications. Grâce à cette courageuse intervention, l'église échappa encore une fois au joug de l'état et conserva ses franchises électorales (5).

Innocent II ne voulut pas quitter la France sans visiter cette abbaye dont le chef lui avait été d'un si précieux appui. Il y fut reçu avec une simplicité renouvelée des premiers âges de l'église. Les pauvres de Jésus-Christ, remarque un historien, allèrent à sa rencontre, non pas sous la pourpre et la soie, ni avec des livres de prières recouverts d'or et d'argent, mais vêtus de grosse bure et précédés d'une croix de bois. Leur joie n'éclata pas en bruyantes acclamations ; elle perçait à peine sous les modulations d'une psalmodie à mi-voix. L'appareil, si imposant et si nouveau pour eux de la cour pontificale ne piqua même pas leur curiosité ; leurs paupières, gardiennes de leur recueillement intérieur, restèrent baissées. Devant ce spectacle d'austère pauvreté et d'angélique modestie, le pape et les cardinaux versèrent des larmes d'attendrissement.

L'église et le réfectoire réservaient encore aux augustes visiteurs des surprises du même genre. La chapelle de Clairvaux, brillante de propreté, mais absolument dépourvue d'ornements, soit sculptés, soit peints, n'était remarquable que par son dénuement. Quel contraste avec la basilique de Cluny que le souverain pontife avait consacrée six mois auparavant ! Au réfectoire, les hôtes de saint Bernard durent se contenter de l'ordinaire des moines, « manger du pain de son, et boire, au lieu de vin une espèce de raisiné du jus d'herbes. En guise de turbot, on leur servit des choux auxquels on ajouta comme friandise quelques autres légumes. C'est à grand'peine que l'on put trouver, pour la circonstance, un poisson que l'on plaça devant le seigneur pape : la communauté n'en eut que la vue. Tout le monde cependant était dans l'allégresse. Cette fête, en effet, remarque précisément le biographe de saint Bernard, « n'était pas une réjouissance de table, ce fut la fête des vertus. »

La France entière ne s'était pas cependant ralliée aux décisions du concile d'Étampes. L'oeuvre de saint Bernard n'était pas achevée.

Histoire de l'Abbaye de la Grâce-Dieu de Benon (1)

Dans l'Aquitaine, le schisme était entretenu par un personnage remuant, Gérard II, normand d'origine, promu évêque d'Angoulême grâce au renom de savoir et de prudence dont il jouissait dans les écoles du Poitou.

Précédemment légat des papes Pascal II, Gélase II, Calixte II et Honorius II, il obtint de l'antipape Anaclet la confirmation de sa charge, même avec une extension de territoire (mai 1130), confirmation qu'il avait en vain demandée à Innocent II. Il prit avec passion le parti de celui qui avait été le plus favorable, choisissant « pour pape, comme écrit saint Bernard, un pape à sa guise, celui qui consentira à le faire légat. Ainsi, ajoute le saint abbé avec une mordante ironie, à moins que tu ne sois légat, Rome ne pourra avoir de pape ? D'où te vient ce privilège dans l'église de Dieu (6) ? »

Gérard avait su entraîner dans sa cause Guillaume X, comte de Poitou et duc d'Aquitaine.

Guillaume VIII, dixième du nom, avait eu une jeunesse qui prouvait bien l'indépendance outrée de son caractère et sa nature batailleuse. Il eut de violentes contestations avec son père et fut en guerre pendant sept ans avec lui. L'histoire a conservé le souvenir des démêlés qu'il eut avec les évêques de Poitiers et de Limoges (7).

Entraîné dans le schisme par Gérard d'Angoulême, il expulsa Guillaume Adelelme, évêque de Poitiers, pour le remplacer, après un semblant d'élection, par Pierre de Châtellerault, l'une de ses créatures. L'évêque de Limoges eut le même sort et fut remplacé par Rainulphe, abbé du Dorat.

Bernard chercha à le ramener et lui écrivit une de ces lettres éloquentes dont il avait le privilège : « Quelle est cette merveille et par quel conseil s'est opérée si promptement votre conversion, cette déplorable conversion qui vous fait encourir de nouveau, et plus gravement que par le passé, la colère de Dieu ? Quel est celui dont la fascination vous a fait si tôt sortir de la voie de la vérité et du salut ? Certes, celui-là, quel qu'il soit, portera la peine de son crime. Revenez, revenez et rappelez à leur porte ceux que vous avez chassés. »

Cet appel ne fut pas entendu et le schisme, sous l'influence de Gérard, prenait pied de plus en plus dans l'Aquitaine.

Pendant ce temps, Bernard avait suivi Innocent II en Italie, où Lothaire cherchait, par la force des armes, à placer le souverain pontife sur le trône pontifical. Mais la campagne de l'empereur fut sans résultat et, le 23 août 1133, il était revenu dans ses états allemands.

Innocent II dut s'enfuir de la ville éternelle et se réfugier à Pise (septembre 1133). L'abbé de Clairvaux était rentré depuis plusieurs mois dans son cloître. Il s'employa, d'ailleurs, avec le plus grand zèle, dans les années qui suivirent, à l'extinction du schisme en Aquitaine.

 Vers la fin de 1134, croit-on, il entreprit, dans cette région, une nouvelle mission, avec l'appui de Geoffroy de Lèves, évéque de Chartres, légat d'Innocent II. Son but était surtout de ramener Guillaume X dans la droite voie. Sur les conseils de l'évêque d'Angoulême, Guillaume avait cherché, tout d'abord, à éviter une entrevue avec les représentants d'Innocent II ;

mais, mieux conseillé, il consentit à les recevoir dans son château de Parthenay, choisi en raison de ce que Guillaume III Larchevêque, alors seigneur de Parthenay, avait servi de médiateur dans cette affaire délicate. Cela se passait en 1135, dans le château des seigneurs.

Laissons la parole à Bélisaire Ledain, pour nous raconter l'événement considérable qui amena la fondation de l'abbaye de La Grâce-Dieu :

Histoire de l'Abbaye de la Grâce-Dieu de Benon (2)

« Saint Bernard et les ecclésiastiques qui l'accompagnaient cherchèrent à ramener le duc à de meilleurs sentiments, en lui démontrant que l'église est une et que tous ceux qui l'abandonnent doivent nécessairement périr. Puis ils exposèrent le tableau des châtiments dont les schismatiques ont toujours été frappés par la justice divine. Guillaume, à demi ébranlé, répondit qu'il reconnaîtrait sans difficulté le pape Innocent II ; mais il ne voulut jamais consentir à rétablir sur leurs sièges les évêques qu'il avait chassés. Saint Bernard, voyant qu'il était impossible de vaincre ses résistances sur ce point, résolut de recourir à des moyens plus efficaces.

Un jour, l'abbé de Clairvaux célébrait la messe à Notre-Dame de La Couldre, église fondée par les seigneurs de Parthenay dans l'intérieur de leur château.

Une grande foule remplissait l'église, et à la porte se tenaient le duc d'Aquitaine et ses adhérents, auxquels l'entrée était interdite, à cause de l'excommunication qui pesait sur eux. Après le saint sacrifice, saint Bernard prend l'hostie sacrée sur la patène, sort de l'église, et, le visage en feu, les yeux enflammés d'un zèle pieux, il interpelle directement Guillaume :

 « Nous t'avons prié de donner la paix à l'église, s'écrie-t-il, et tu as méprisé nos prières. Voici le fils de la Vierge, le chef de l'église que tu persécutes ; il s'avance vers toi pour te supplier à son tour. Devant toi est ton juge au nom duquel tout genou fléchit dans le ciel, sur la terre et dans les enfers ; ton juge dans les mains duquel tombera ton âme. Voudras-tu bien le mépriser? Oseras-tu le repousser comme ses serviteurs ? »

Tous les assistants pleuraient, attendant avec anxiété la fin de cette scène émouvante. Attéré par les paroles et l'attitude du saint, le duc Guillaume tombe à la renverse. Relevé par ses chevaliers, il retombe de nouveau la face contre terre, et semble frappé d'épilepsie.

Alors l'homme de Dieu s'approchant de lui, lui commande de se lever. « L'évêque de Poitiers, que tu as expulsé, est ici présent, dit-il, va, réconcilie-toi avec lui et donne-lui le baiser de paix ; soumets-toi au pape Innocent et obéis-lui comme toute l'église. »

A ces paroles, le duc, subitement changé en un autre homme, court vers l'évêque de Poitiers et le rétablit sur son siège aux acclamations de tous. Le saint abbé, prenant ensuite avec le comte un langage plus doux, lui donne de salutaires avis, et il a la consolation, en retournant à son monastère de Clairvaux, de voir le schisme entièrement éteint dans l'Aquitaine (8). »

Toute mutilée qu'elle soit, l'église de Notre-Dame de La Couldre conserve encore en partie la façade devant laquelle eut lieu cet événement dramatique, qui, à plusieurs reprises, a justement tenté des artistes de talent.

La tradition en avait d'ailleurs conservé le souvenir, comme cela se voit dans le Gallia christiana (9), dans la Chronique des ursulines de Parthenay (1673) et dans l'historien du Poitou, Thibaudeau.

La fondation de l'abbaye de La Grâce-Dieu en Aunis fut le sceau mis par Guillaume à sa conversion et à sa renonciation au schisme.

 

 

§ 2. — La fondation.

Guillaume X avait ouvert ses états aux Cisterciens en fondant une abbaye dont le nom rappelait la grâce que Dieu lui avait faite de l'arracher au schisme. Les bases de cette fondation avaient dû certainement être arrêtées à Parthenay, lors de l'entrevue de saint Bernard avec le prince. Mais il est vraisemblable que la donation qui devait lui assurer la vie et l'existence comme les lignes de cette donation ne furent monumentées que plus tard.

Si l'on accepte sans hésitation la date de 1135, comme celle de l'entrevue de Parthenay (10), il faut forcément rapporter cette entrevue au mois de janvier ou au mois de février.

C'est qu'en effet, à la fin de février ou au commencement de mars 1135 au plus tard, saint Bernard était reparti pour l'Allemagne en proie à la guerre intérieure entre les Hohenstaufen et l'empereur Lothaire. Il est certain qu'il assistait, le 17 mars 1135, à la diète de Bamberg.

Saint Bernard était donc bien loin de l'Aunis à la date du VIII des kalendes d'avril que l'on attribue à l'acte de donation de La Grâce-Dieu aux Cisterciens. Le VIII des kalendes d'avril correspond en effet au 25 mars. Bien plus, il est vraisemblable que cette date du 25 mars n'appartient pas à l'année 1135, mais à l'année 1136.

La donation prit corps non pas à Parthenay, mais à Benon ou dans le voisinage.

 Parmi les témoins qui y sont indiqués, figurent Guillaume, chapelain de Benon, Hugues, son oncle, Létard et Guillaume Gauthier, tous deux habitants de cette localité, Hugues de La Laigne, seigneur d'une terre voisine de Benon. Comment pourrait-on admettre que ces modestes personnages se fussent trouvés à point à Parthenay pour assister à la conversion de Guillaume d'Aquitaine et à un acte de libéralité que rien ne pouvait faire prévoir ? Il est à remarquer également qu'il n'est pas question de l'évêque de Poitiers, dont la présence à Parthenay est incontestée.

On est donc amené à conclure de cela, que rendez-vous fut pris pour confirmer sur les lieux mêmes la libéralité que Guillaume avait faite aux Cisterciens. Mais à quelle date cette confirmation eut-elle lieu ? Nous serions tenté de dire que ce fut une année après, c'est-à-dire le 25 mars 1136, et voici sur quoi nous appuyons notre manière de voir.

La donation, monumentée par Geoffroi de Lèves, évêque de Chartres, légat du saint-siège apostolique, est faite en présence de Geoffroi, archevêque de Bordeaux, Guillaume, évêque de Saintes, Grimoard, abbé des Alleux, futur évêque de Poitiers, sacré comme tel le 26 janvier 1140, Guillaume, chapelain de Benon, Hugues, son oncle, Geoffroi de Rançon, Guillaume de Mauzé, maître d'hôtel (11) du comte de Poitiers, Lethard de Benon, Guillaume Gauthier de Benon, Hugues de La Laigne et Geoffroi Le Veneur.

Or, Geoffroi de Loroux n'apparaît sur le siège archiépiscopal de Bordeaux qu'en l'année 1136, d'après la Gallia christiana. Cette indication doit être exacte. Gérard, l'ancien évêque schématique d'Angoulême, promu archevêque de Bordeaux, serait mort le jour des kalendes de mars 1135, un dimanche d'après les chroniqueurs.

Les kalendes de mars correspondent au 1er mars, et dans l'année 1136 (n. s.) ce serait un dimanche. Geoffroi de Loroux ne pouvait, une année auparavant, être qualifié archevêque de Bordeaux. Ces données sont-elles en contradiction avec celles de la charte de La Grâce-Dieu ? Pas le moins du monde, mais elles le sont au contraire avec l'unique mention que nous connaissions de la date de la donation.

En adoptant, il est vrai, le commencement de l'année au 25 mars, mode d'Aquitaine, cette date du 25 mars eut été le premier jour de l'année 1135-1136 (ancien style), c'est-à-dire le 25 mars 1135, lundi de la passion (n. s.). Mais si, au contraire, Geoffroi de Lèves a fait commencer son année à pâques, le 25 mars ne trouve plus sa place en l'année 1135 (n. s.), ni en l'année 1136 (n. s.) En l'année 1135, pâques tombe le 7 avril et en l'année 1136 le 22 mars ; il n'y a plus de 25 mars entre le 7 avril 1135 et le 22 mars 1136.

Mais comment alors faire concilier la date du 25 mars 1135 avec la présence de Geoffroi de Loroux qui ne put être évêque avant le 1er mars 1136 ?

(Château de Talmont – Guillaume de Lezay - Guillaume IX- Hugues VII de Lusignan - Louis VII et Aliénor d’Aquitaine (Time Travel)

 Il est vrai que nous ne connaissons cette date de fondation du VIII des kalendes d'avril 1135 que par l'Exordium cisterciense, qui ajoute cette indication erronée que l'abbaye aurait été fondée par Aliénor d'Aquitaine, fille du duc Guillaume. L'Exordium se tromperait peut-être sur tous les points (12).

Guillaume donnait à La Grâce-Dieu tout ce qu'il possédait à l'extrémité de sa forêt d'Argençon. C'est en effet ce qui est bien indiqué par les deux lignes limitatives de la description, lignes qui sont perpendiculaires l'une à l'autre. L'une est le chemin qui part du castel de Mauzé, passe vraisemblablement à Benon pour rejoindre la villa appelée Chremeri, que l'on peut identifier avec Cramahé, village de la commune de Saint-Cyr du Doret; l'autre, un chemin vicinal encore existant qui réunit le Gué, c'est-à-dire Le Gué d'Alleré, à Benon.

C'est dans l'angle de ces deux lignes, vers l'ouest, qu'est placée l'abbaye de La Grâce-Dieu avec ses domaines et dépendances, tels que Le Treuil du Rivage, La Grange du Bois, La Fragnéc, Chanteloup, etc.

De plus le duc d'Aquitaine accordait aux moines pour construire leurs édifices et pour l'usage de leur maison, tout ce dont ils auraient besoin, à prendre à leur volonté dans une partie quelconque de la forêt, même dans les défens appelés Les Espauds, s'ils ne pouvaient se munir ailleurs du nécessaire. Les religieux devaient aussi avoir dans la forêt, excepté dans les défens des Épauds, droit au pâturage des chevaux, des bêtes à cornes et de leurs troupeaux, et le pasnage de leurs pourceaux.

Cette donation fut le point de départ de nombreuses libéralités en dehors des confirmations successives dont elle fut l'objet de la part des souverains (13).

 Aliénor d'Aquitaine, la fille de Guillaume X, avait apporté le Poitou et l'Aquitaine en don à son mari le roi de France, Louis VII le jeune.

Comme don de joyeux avènement, et peut-être pour savoir gré au clergé d'Aquitaine d'avoir favorisé cette union, Louis-le-Jeune avait renoncé par une charte demeurée célèbre « à l'hommage ou au serment des évêques et des abbés de toute la province de Bordeaux et au droit de dépouilles pendant la vacance des sièges (14) ».

De plus, par une charte de cette année, et du consentement d'Aliénor, le roi avait donné aux religieux de La Grâce-Dieu tout ce qu'ils pourraient occuper de terres « terreni » dans les eaux douces et salées d'Andilly-les-Marais, « in loco dicto Andille. »

Cette donation doit être le point de départ du dessèchement de La Brie et des Clos-Cirrouet.

Un exemple parti de si haut ne tarda pas à avoir des imitateurs. Les amis et les serviteurs du prince apportèrent leur pierre à l'édifice. De ces premières donations nous ne constations guère que l'existence, les documents n'étant pas tous parvenus jusqu'à nous.

Les donateurs sont Robert de Montmirail, sénéchal du Poitou ; Pierre Bertin, sans doute le prévôt de Benon ; Guy de Thouars, Eble de La Laigne, Guillaume Bardon, Guillaume « Ostorius », Hélie de Charron, Bonevie, et d'autres encore dont les noms sont inconnus.

Cela se passait avant qu'Othon, duc d'Aquitaine, et Richard Coeur-de-Lion vinssent confirmer les donations de leurs prédécesseurs.

Entre temps, Henri II d'Angleterre avait à son tour confirmé les privilèges de l'abbaye.

 Cette succession de confirmations était d'ailleurs dans l'esprit et, ajoutons-le, dans les nécessités du temps. La région avait trop souvent changé de maîtres pour que sujets et justiciables ne fussent dans la crainte continuelle de voir défaire et révoquer par l'un ce que l'autre avait édifié, créé ou accordé.

Aussi, communes, abbayes, seigneurs viennent-ils à l'envi les uns des autres, à chaque changement de souverains et suzerains, demander la consécration de leurs droits. C'était d'ailleurs, il faut bien le dire, un moyen de faire augmenter les privilèges et les faveurs.

L'influence française et l'influence anglaise dominaient quelque peu à tour de rôle, et si les sujets tenaient à ne pas se mettre à mal avec de nouveaux maîtres, ceux-ci, il faut le reconnaître, cherchaient à rendre indissoluble le lien qui les unissait à nouveau.

Si les confirmations de Henri II nous sont inconnues, il n'en est pas de même de celle de Richard dont l'original a été conservé religieusement, et de celle d'Othon dont nous avons des copies.

La charte de Richard vise plusieurs choses ;

tout d'abord la confirmation pure et simple de la donation faite par ses auteurs et prédécesseurs, et particulièrement les droits dans la forêt de Benon qui sont indiqués dans les mêmes termes que dans la donation de Guillaume X.

Puis Richard ajoute aux libéralités précédentes en donnant à l'abbaye la moitié de tous les prés qui appartiennent au seigneur de Benon, le jardin « ortum » de Rioux avec tout ce qu'il contient en y comprenant un homme, Renaud Ortolan « Ortolanus » (15) et ses héritiers ; l'eau, la pêcherie et le marais de Rioux et tout ce qui dans ce lieu pourra être utile à l'église.

Richard accorde en outre aux religieux le droit de devenir possesseurs et propriétaires de tout ce qu'ils pourront acquérir à titre d'achat, d'échange ou de donation, dans son fief, soit terres, prés, vignes, métairies ou tous autres biens.

Golfe Pictons Lacurie

(Lacurie (abbé). Carte du Golfe des Santons, Pictons sous les Romains)

Il les maintient enfin dans la possession des biens qui leur ont été donnés, et il énumère la prée d'Andilly depuis le moulin appelé La Brie jusqu'au moulin nommé d'Arconcelles, avec faculté aux religieux de défendre, soit contre les eaux de mer, soit contre les eaux douces, tout ce qui pourra être livré à la culture et être transformé en prés, pacages, pêcheries, ainsi que les clos qu'ils ont proche Marans ; de même, ce qu'ils tiennent à Sérigny de la donation de Robert de Montmirail, alors son sénéchal, et de Pierre Bertin, prévôt de Benon, le bois et les autres biens donnés par Guy de Thouars ; d'autres biens encore donnés par Pierre Bertin, Eble de La Laigne et Guillaume Bardon.

Richard abandonne aux religieux tous les devoirs et les services qu'il a sur les hommes et les choses des biens donnés; toute la liberté qui a été comprise dans les autres donations analogues, liberté analogue à celle qui existe sur ses propres terres, et décide que les religieux bénéficieront pour l'acquisition des biens, par prescription, des usages de l'antique coutume de Benon et de La Rochelle.

En cas de poursuite contre les religieux ou leurs biens, ils seront justiciables de son tribunal suprême ou de la cour des prélats ecclésiastiques. Puis Richard déclare les prendre sous sa sauvegarde.

Cela se passait à Saint-Jean d'Angély, en présence de l'archidiacre de Lisieux, vice-chancelier du roi d'Angleterre, Jean de Al..., et des seigneurs poitevins Pierre Bertin, sénéchal de Poitou, Guy de Thouars, Pierre de Voluire, Roger et P. de Préaux (de Pratellis) et de Raoul, fils de Geoffroi.

En l'année 1197, Othon, alors duc d'Aquitaine, confirme à son tour toutes ces donations dans les mêmes termes que Richard.

Mais entre- temps les domaines de l'abbaye s'étaient augmentés d'un don de marais fait par Guy de Thouars dans la terre de Marans ; cette confirmation est donnée à Pont-l'Abbé, en présence de Geoffroi de Bella, sénéchal de Poitou, Pierre Savari, Gérard de Fermia. et Pierre Bertin.

En mai 1199, il y avait une nouvelle confirmation d'Aliénor (16).

Des difficultés ne tardèrent pas à surgir à l'occasion des domaines qui avaient été donnés à La Grâce-Dieu, difficultés sur lesquelles des détails seront donnés dans le cours de cette étude. Quelques- uns de ces biens avaient des voisins puissants ou se trouvaient grevés de droits au profit des seigneurs.

Ce fut le cas des marais compris dans la terre de Marans donnés à l'abbaye soit par les comtes de Poitou, soit par Geoffroi Ostorius ou d'autres. Le seigneur de Marans vint à composition, et comme cela arrivait fréquemment, les abbés obtinrent non seulement le maintien de leur droit, mais encore l'accroissement de leurs privilèges.

En décembre 1200, Guillaume de Mauléon, seigneur de Marans, avec le consentement de sa femme Agnès, de ses fils Pierre, Porteclie et Guillaume, et de sa fille Marquise, confirme les donations faites à l'abbaye d'un grand marais situé dans la terre de Marans, et d'un petit marais proche de la clôture de La Brie, reçu de Pierre Bertin, alors sénéchal du Poitou.==> Histoire Généalogie des Seigneurs de Mauzé et de Marans

Dorénavant les religieux tiendront les biens en pure aumône, sans aucune charge ni service. Guillaume consent à ce que l'abbaye puisse procéder au dessèchement de ses marais, soit en dirigeant les eaux vers la mer, soit en les écoulant vers la Sèvre.

En 1213, c'est Guillaume de Forz qui donne à l'abbaye, en pure aumône, tout ce qu'il possède à Saint-Sauveur, soit terrages, soit dîmes, et en plus les cifos et scultellas qu'il avait le droit de recevoir de son frère Guillaume, présent et consentant à cette libéralité. Des difficultés s'étant élevées avec sa veuve, L., dame de Loulay, une transaction intervient en 1223 (n. s.), sur le mandement du pape, avec le concours de frère Jean, prieur d'Anais, et Arricaigne, chapelain d'Aytré. Il s'agissait d'une rente due sur la terre nommée Lentiliacum.

Le 7 février 1231 (n. s ), l'abbaye reçut la donation d'un pré de Jeanne, fille de Guillaume de Périgny, femme de Pierre de Valle Gornic.

La même année, au mois de mai, Denise, veuve de Giraud Benoit, bourgeois de La Rochelle, fit à son tour donation d'un marais qu'elle possédait à Sérigny, mais à la charge d'une mine de froment de cens.

Un autre contrat est indiqué, mais n'a pas été conservé. C'est une cession ou une concession faite par Aimeri ou Aiméric de Saint-Georges, chevalier, d'hébergements situés vraisemblablement à Surgères et où les abbés avaient créé un centre d'exploitation analogue à un bourg neuf.

Cette partie des droits de l'abbaye est connue par la transaction qui intervint en février 1234 entre les abbés et Guillaume Maingot. Il en est de même d'une donation faite par un sieur Bonevie ou Bonnevoie d'un hébergement à Sérigny, près d'Andilly, avant mars 1243 (v. s.), et d'une donation de rente émanée de Jeanne, femme de Geoffroi Goupilleau, de Benon, antérieurement à l'année 1244.

Ce ne sont plus des domaines, mais des rentes qu'Alfonse, comte de Poitiers, va donner en 1244, pour le repos de l'âme des siens : 40 livres parisis, d'une part, à prendre sur la prévôté de Poitiers pour fournir aux frais du chapitre de Cîteaux ; 25 livres pour l'entretien de deux religieux chapelains à La Grâce-Dieu et 30 livres encore pour le chapitre de Citeaux, à prélever sur la prévôté de La Rochelle. Galvagnus de Tonnay donne de son côté 20 sous de rente annuelle pour son anniversaire et à percevoir sur son grand fief d'Aunis.

Une donation de 1256 émane d'une famille Constance qui possède des biens entremêlés avec ceux qui proviennent à l'abbaye de sa fondation entre Dardais, Le Gué d'Alleré et la forêt au nord. Elle est particulièrement intéressante, parce qu'elle indique un certain nombre de lépreux et les rentes que doivent ces déshérités.

Et enfin une donation de tous leurs droits à Plaim point par Pierre d'Anais, valet, et Jeanne sa femme, en 1307, semble clore la série des titres ayant pour effet d'accroître d'une manière importante les domaines de l'abbaye.

Après cela, les générosités deviennent de plus en plus rares. Le domaine de l'abbaye est constitué dans ses grandes lignes, tel que nous le retrouvons dans les derniers siècles; s'il subit des modifications, ce seront des amoindrissements contre lesquels les religieux seront obligés de lutter ou auxquels ils se prêteront par suite des malheurs des temps : guerre de cent ans, incursion des routiers, guerres de religion, abandon des terres et des vignes qui était la conséquence des événements et aussi de l'empiétement des officiers du roi ou des seigneurs (17).

Signalons cependant les quelques donations qui de loin en loin vinrent favoriser l'abbaye.

Un testament de Guillaume Surreau, prêtre d'Énandes, contient un legs de « 40 sols de pitance » aux abbayes de Saint-Michel en Lherm, Charron, La Grâce-Dieu, Ré et Saint-Léonard, pour que le testateur soit participant « en lours biens-faiz espirituaus » (4 mars 1323 (n. s.); une donation de Pernelle de La Vallée, de Benon, du 4 décembre 1333, de biens situés aux terroirs de La Grâce-Dieu et Benon ; une autre de tous ses biens, par Thomas Rousseau, de Ferrières (16 juin 1340) ; une fondation d'anniversaire dans l'abbaye par Jean Harpedanne de Belleville, seigneur de Belleville, de Montaigu et de Lemeix, moyennant le don de deux terres situées près La Brie (22 juin 1430).

La foi vive des siècles précédents a disparu. La gêne est arrivée avec la guerre de cent ans. Quand la fortune publique et privée se relèvera, les guerres de religion viendront à leur tour, et l'ère des générosités sera passée. Au lieu de recevoir, l'abbaye sera contrainte de lutter contre les envahisseurs et les usurpateurs (18).

 

 

§ 3. — Les abbés.

I. ARNAUDUS. — En l'année 1149, il signa des lettres données à La Grâce-Dieu par l'évêque de Bernard pour le monastère (coenobium) d'Aix (19).

II. PAGANUS. — Il est mentionné comme abbé de La Grâce-Dieu en 1182, année dans laquelle il fit, pour son abbaye, un échange avec l'abbé et le couvent de Nouaillé en Poitou, pour des biens situés près de Saint-Sauveur de Nuaillé en Aunis (prope Liguriacum) (20).

III.DANIEL. — Fut présent en 1191 avec Pierre, abbé de Saint-Léonard, dans une transaction devant l'abbé de La Couronne, au sujet d'un différend entre Ithier de l'Ile, chevalier, de Jarnac, et Gérald, abbé de Dalon (21).

IV. * MILON, 1200. — Au mois de décembre de cette année, figure comme partie à une cession de marais faite par Guillaume de Mauléon (22).

V. LAMBERTUS, 1212. — Serait décédé en cette année, d'après une chronique ; il était avec trois autres abbés dans le cloître de Saint-Martial (23)

VI. EVRARDUS, 1220. — Est témoin avec Jean, prieur d'Anais, dans une transaction passée entre Guy, abbé de Saint-Léonard des Chaumes, et Guillaume de Nuaillé, chevalier (24).

Est-ce lui qui fut chargé par Honorius III, avec quelques autres religieux du diocèse de Saintes, de régler un différend entre le roi d'Angleterre et les chevaliers du temple de La Rochelle (25) ?

VIL JEAN, OU JEAN DE CANTORBÉRY. — Aurait été chargé par Henri III, roi d'Angleterre, d'une mission comme enquêteur des injustices commises ou souffertes par les baillis du roi. On suppose qu'il était le même que Jean de Cantorbéry qui, dans l'année où il avait été nommé prieur de Clairvaux, s'en alla comme abbé diriger l'abbaye de Font-Morigny (Fontismorum) (26); puis retourna en Angleterre, devint abbé de Chester (Diva), puis moine de Clairvaux, après quoi il fut institué abbé de La Grâce-Dieu (27).

VIII. WILLELMUS, 1241-1249. — En l'année 1241, il traite avec Pierre Bertin, chevalier, au su jet d'une prairie sur laquelle les parties prétendaient des droits respectifs. — En l'année 1244, il fait avec Guillaume, abbé de Nouaillé, et Jean, prieur de Saint-Sauveur de Nuaillé, un échange de biens situés dans le bourg (oppidum) de Saint-Sauveur de Nuaillé. — En février 1248 (v. s.), il transige avec l'abbé et le couvent de Saint-Léonard des Chaumes, et avec Pierre Boson, percepteur de la milice du temple de La Rochelle, au sujet du chenal du Roi (128).

IX. A. ou AYMERV, 1264-1273. — Il apporte son témoignage aux miracles qui auraient eu lieu dans l'église des carmes de Toulouse, le samedi après la fête de saint Michel de l'année 1264. Ce serait lui qui aurait transigé avec l'abbé de Nouaillé, d'après un document conservé en copie dans les archives de M. Laurence (29).

X. JOHANNES ou JOHANNES DE TRECIS, 1273 ? — Aurait été prieur de Clairvaux ; aurait traité avec l'abbé de Nouaillé au sujet de difficultés relatives à Saint-Sauveur de Nuaillé, en 1273 (30) ; un document semble dire qu'il fut choisi comme portier (portarius) (31) de Clairvaux, sans doute, et qu'il mourut dans un âge avancé.

D'après le Gallia (tome II, col. 199), Jean est indiqué comme huitième abbé de Font-Morigny, dans des chartes de 1220 et 1226. Une vieille inscription avait appris aux auteurs du Gallia que, le 17 des calendes do juillet 1225 (15 juin 1225), Simon I, archevêque de Bourges, avait fait la dédicace de l'église abbatiale (basilica) réédifiée pendant qu'il occupait le siège abbatial.

XI. *NICOLAS « BROSSERIE » ou DE LA BROSSE, 1278, juillet (32).

XII. SANTZ, 1294 (33).

XIII.GUILLAUME DE YÈVRES, 1300-1307. — En l'année 1300, il cède à Pierre de La Court, de Saint-Sauveur, tout ce qu'il pouvait avoir provenant de Girard, prévôt de Saint-Sauveur, et de sa femme Jeanne. Son sceau qui le représentait vétu des ornements abbatiaux était orné de deux lys (34).

Son tombeau existait au chapitre de Noirlieu où se lisait cette épitaphe : « HIC JACET DOMINUS GUILLELMUS DE YEVRES QUONDAM ABBAS GRATIA DEI IN PICTAVIA QUI OBIT IV NON. OCTOB. ANNO DOMINI 1307. A. E. R. I. P. A. » (35)

XIV. *PIERRE, 1310. — A la date du 7 février 1309 (v. s.), il fait un accord, au sujet d'une prairie à Andilly, avec Bertrand de La Roquenade, chevalier (36).

XV. *WILLELMUS, 1329. — Dom Estiennot le donne comme successeur à Guillaume de Yèvres, mort en 1307. Il n'était pas, comme on vient de le voir, son successeur immédiat. D'après une charte de. Gaignières, il aurait vécu en l'année 1329 (37).

XVI. HÉLIE, 1336-1339. — Figure dans des pièces du 2 novembre 1336 (le samedi après la fête de la toussaint), et du 13 décembre 1339 (le lundi après la conception de la vierge Marie (38).

XVII.  JEAN, 1389. — Il donne, à la date du 14 juillet 1389, une procuration pour régler avec Tristan, vicomte de Thouars, seigneur de Benon, un différend relatif à la création d'un étang par ce seigneur (39).

XVIII. ANDRÉ, 1398-1410. — Le 6 mars 1397 (v. s.), il consent une baillette à Hudin de Cosson ; le 3 septembre 1398, consent une autre baillette pour la petite abbaye de La Névoire ; le 17 novembre 1408, donne une quittance à Jean Innocent, receveur du roi en Saintonge ; en 1405, comparaît dans une pièce relative au fief du Fichon ; les 15 et 18 décembre 1410, figure dans une transaction avec Jean Harpedanne de Belleville, seigneur de Belleville, au sujet du fief des Vivets (ou Vinets) (40).

XIX.NICOLAS, 1417-1449. — Le 14 février 1416 (v. s.), il consent une baillette de terres au Sableau ; le 17 novembre 1424 et le 15 novembre 1440, donne des quittances à Bernard Carn, receveur du roi ; le 26 juillet 1449, il consent diverses baillettes (41).

XX. PIERRE GRANTHOMME, 1449-1457. — Les 30 novembre 1449, 16 août 1451, 19 décembre 1457, il donne diverses quittances aux receveurs du roi ; le 6 février 1454 (v. s.), il cède à Berthomé Charlot des terres situées à La Névoire ; le 2 mars de la même année (v. s.), il cède à Macé Henry des terres au fief de Jard ; le 5 avril 1456, il consent une ferme à Guillaume Durant, d'Andilly ; le 19 mai 1457, Macé Henry lui fait une reconnaissance de cens (42).

XXI. NICOLAS MÉRICHON, 1460-1467. — Le titre le plus ancien où il serait fait mention de cet abbé, serait une transaction du 12 août 1460, signalée dans une pièce de procédure de 1677 relative aux bois de Benon (43). A compter de cette date on en trouve de nombreuses mentions, soit dans des traités passés avec les vassaux ou les tenanciers de l'abbaye, soit dans les quittances délivrées par les trésoriers du roi pour les rentes dues à l'abbaye. Quelques- unes de ces pièces donnent le sceau de Mérichon et sa signature.

Le 15 mai 1484, une bulle de Sixte IV lui accorde à lui et à ses successeurs le droit d'officier avec la mître, l'anneau et les autres ornements pontificaux tant dans les prieurés et les églises paroissiales dépendant de l'abbaye qu'à l'abbaye même ; le droit de donner la bénédiction solennelle après la messe, les vêpres et les matines, à la condition qu'un représentant ou un légat du pape ne soit pas présent; le droit de bénir les ornements et vêtements ecclésiastiques qui ont coutume de l'être ; celui de purifier par l'eau bénite les cimetières relevant de l'abbaye qui auraient été souillés par l'effusion du sang ou autrement.

Mérichon appartenait certainement à la famille de Jean Mérichon, l'un des maires les plus célèbres de La Rochelle, qui fut conseiller de Louis XI. Ses armes sont les mêmes que celles du maire, et ont comme pièces une panthère au naturel passante accompagnée de 3 couronnes d'olivier de sinople. Il a été cependant impossible d'établir les liens de parenté qui l'unissent à la famille rochelaise. Il est bon d'observer toutefois que la nomination de l'abbé et les faveurs particulières à lui accordées par Sixte IV correspondent avec les années pendant lesquelles le maire Jean Mérichon fut au faite des honneurs.

XXII. JEAN DU BOYS, appelé aussi ANTOINE DU BOYS OU DU Bos, licencié en décret, protonotaire de N. S. P. le Pape, abbé commendataire de La Grâce-Dieu et prieur commendataire de Champdeniers au diocèse de Poitiers, 1504-1521. — En 1504 et 1519, il signe des quittances au trésorier du roi ; le 22 septembre 1507, il comparaît à une délivrance de bois à l'abbaye ; en 1514 et 1515, il comparaît aux grandes assises de Benon et dans différentes pièces judiciaires.

Ses armoiries portent comme pièces un chevron accompagné de 9 billettes, 3 en chef à dextre, 3 à senestre et 3 en pointe.

Il était décédé le 6 janvier 1521 (n. s.), date à laquelle il est procédé à l'élection de son successeur, Pierre Arrivé (44).

XXIII. PIERRE ARRIVÉ, 1521-1538. — Le 7 janvier 1521 (n. s.), il est procédé à son élection par les religieux de l'abbaye. Le 11 janvier 1530 (n. s.), le 13 novembre 1531 et le 18 novembre 1538, il signe des quittances au trésorier du roi ; en 1521 et 1532, il comparaît à divers actes. C'est peut-être à lui que remonte la cession faite de la seigneurie du Sableau à une famille Arrivé qui, dès le 14 juin 1578, s'en voyait confirmer la rente dans la personne de noble homme François Arrivé et Marie Pérault, sa femme, par l'abbé Pierre Raoul. (Voir titre du 18 juillet 1651 et aussi celui du 8 mai 1651.) (45)

XXIV.NICOLAS ARRIVÉ, 1539-1550. — Le 19 septembre 1539, Jehan d'Estouteville, seigneur de Villebois, garde de la prévôté de Paris et conservateur des privilèges royaux de l'université de Paris, donne mandement à tous les sergents, etc., de conserver sous la sauvegarde et protection du roi, avec droit de committimus, Nicolas Arrivé, abbé de La Grâce-Dieu, « escollier estudiant en l'université de Paris (46) . »

On le retrouve le 18 novembre 1546 signant des chartes conservées à la bibliothèque nationale. Le 20 février 1549 (v. s.), il rend hommage au roi en vertu de lettres du roi données à Saint-Germain-en-Laye le 19 mars 1548.

A la date du 3 février 1551 (v. s.), il est fait mention que, depuis la mort de Nicolas Arrivé, à une date qui n'est pas indiquée, l'abbaye avait été mise sous la main du roi qui la faisait régir par commissaires.

XXV. * JEAN DE FONSÈQUE, évêque de Tulle, abbé commendataire des abbayes séculières et collégiales de Saint-Martial de Limoges et de La Grâce-Dieu,1564-1574. — Les 26 octobre et 7 novembre 1564, il est partie dans un procès intenté par Claude de La Croix, écuyer, étudiant en l'université de Poitiers, tendant à mettre sous séquestre les biens de l'abbaye ; le 3 janvier 1574, il cède à Jean de Thou, son secrétaire, le fief noble de La Rousselière ; le 17 avril de la même année, il afferme le Pré-Cloux à Jean Guy, seigneur du Grand-Garson 47).

Jean de Fonsèque appartenait à la famille de ce nom qui possédait la terre de Surgères, en Aunis. Il était fils d'Edmond de Fonsèque, baron de Surgères, et de Hardouine de Laval. Nommé évêque en 1553, il ne reçut jamais la consécration. Il s'adjoignit pour les fonctions épiscopales Benoit « de Rota, » ; puis, après avoir été mis en possession de sa dignité en 1560, il céda, la même année, son siège épiscopal en échange de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges, qu'il garda jusqu'en 1581 (48)

 

 

 

 

 

 

Eglise Notre-Dame de la Couldre de Parthenay, Bernard de Clairvaux et la conversion de Guillaume X d'Aquitaine (1135)<==.... ....==>La Conversion de Guillaume X d'Aquitaine, Mariage de Louis VII le Jeune, futur roi de France avec Aliénor de Guyenne

 


 

1. Vie de saint Bernard, par l'abbé Vacandard, avec les références que cite cet auteur.

2. Vacandard, loco citato.

3. Ernald, cité par M. Vacandard, p. 311-312.

4. Vacandard, loc. cit., t. Ier, p. 303.

5. Vacandard, loc. cit., t. Ier, p. 307.

6. Vacandard, loc. cit., p. 322.

7. Voir Historiens des Gaules ; Chron. Goffridi Vosiensis, XII , 434 apud Vacandard, p. 318).

8. Bollandus, Acta sanctorum de sancto Bernardo, t. IV, mense aug. — D°, Vie de saint Guillaume, t. n, mense febr. — Vie de saint Bernard, par Alain d'Auxerre, chap. XXI, ap. ord. Sancti Bernardi, éd. de dom Mabillon,vol. II, p. 278.— Gallia christ., t. u, p. 1207.— Mss. du capucin Joseph Aubert, de Parthenay, 1693. — Hist. des comtes du Poitou, par Besly. — Thibaudeau, t. i, p. 234. — Marchegay, Notice sur les Larchevêque, etc. — Ledain, La Gâtine historique et monumentale.

9. T. II, 1207.

10. Il ne peut y avoir, en effet, d'hésitation. Le voyage de saint Bernard en Allemagne et la diète de Bamberg à laquelle il assista sont certainement de l'année 1135. Et tous ceux qui ont raconté sa vie placent l'apaisement du schisme d'Aquitaine avant le voyage en Allemagne. — Voir cependant la charte d'Aubry de Mauléon pour Fontevrault. Gall. christ., t. II, 1172, note 2.

11. Dapifer.

12. Voir Gallia christ., t. II, col. 1397. — Mss. 37, Bibl. de La Rochelle.

13. 1146, confirmation par Louis VII ; une confirmation d'Aliénor esten outre expressément visée par la notice de Geoffroi de Lèves. Nous ne la connaissons pas.

14. Historiens des Gaules, XVI, 2. — Voir aussi Luchaire, Actes de Louis VII, p. 83.

15. Sans doute le détenteur de l'« Ortus».

16. Voir Gallia christ., t. II, col. 389, Inst. Lettres d'Aliénor pour l'abbaye de Charron. — Voir dans les pièces les confirmations successives des rois de France.

17. Voir notamment la charte de 1264.

18. Dès l'année 1204, des difficultés s'étaient élevées entre l'abbaye et celle de Saint-Léonard des Chaumes, au sujet des marais de Marans. Quatre abbés sont chargés de trancher le différend; une transaction intervint en 1212. (Voir Gallia christ., col. 1401.)

19. Biblioth. Cluniac., fol. 1450-1451. — Bibl. de La Rochelle, mss. 37, fol. 81.

20. Gallia christiana, d'après un cartulaire de Nouaillé (Tabularium Nobiliacense). — Bibl. La Rochelle, mss. 37, fol. 81.

21. Gallia christiana et archives de Dalon.

22. Voir pièces justificatives. — Les astérisques placés devant quelques noms d'abbés indiquent ceux qui ne figurent pas au Gallia christiana.

23. Gallia christiana, t. II, col. 1398.

24 Gallia christiana, t. II, col. 1398 et 1401.

25. Massiou, Histoire de la Saintonge, t. 2, p. 229. — Rymer, Acta publica, t. i, p. 258.

26. Il s'agit évidemment de Font-Morigny, commune de Menetou-Couture, arrondissement de Saint-Amand Montrond (Cher), en latin Moriniacum et Fons Morigniaci, abbaye où les moines de Cîteaux avaient remplacé les religieux de Saint-Benoît.

27. Gallia Christian, II, col. 1398. —Bibl. de La Rochelle, mss. 37, fol. 270, d'après dom Estiennot. — Bibl. nat., fonds Gaignières, 20894, fol. 110-111.

28. Voir pièces justificatives. — Bibl. de La Bochelle, mss. 37, fol. 81. — Gallia christiana, II, col. 1398.

29. Gallia christiana, II, col. 1398, ex. Tab. fr. Carmel, Tolos. — Voir pièces justificatives, n° 28.

30. Gallia christ., II, col. 1398. — Bibl. La Rochelle, mss. 37, fol. 81 v°, et fol. 270. (S. d. d'après dom Estiennot.) — Bibl. nat., fonds Gaignières, 20894, fol. 110-111. — Pièces justificatives, n° 28.

31. « ulllud (officium) viris aetate maturis et vitae inculpatae ut plurimum commitebatur : uti praecipitur in Novella Justiniani 133, cap. I, adeo ut inter potiora monasterii munia haberectur, interdumque in abbates eligerentur portarii... » (Du Cange, Glossaire, V° Portarius, I.)

32. Voir pièces justificatives, n° 30.

33. Gallia christiana, II, col. 1398.

34. Gallia christiana, t. n, col. 1398. — Bibl. de La Rochelle, mss. 37, fos 81 v° et 270.

35. Lisez : « Anima ejus requiescat in pace. Amen. »

36. Titre mentionné dans une confirmation du reg. XLIX, n° 27, aux Arch. nat. (En déficit dans les layettes du trésor des chartes.)

37. Bibl. La Rochelle, mss. 37, f° 270.

38. Bibl. nat., fonds fr., 20905, f° 49, et fonds Gaignières, 20894, f° 110-111.

39. Bibl. de La Rochelle, mss. 456, f° 346 (d'après l'abbé Cholet).

40. Voir pièces justificatives ; arch. Laurence. — Bibl. nat., fonds fr., 20,905, f° 49.

41. Voir pièces justificat. nos 76-84 (arch. Laurence). — Bibl. nat., fonds fr. 20905, f° 51; fonds Gaignières, 20894, fol. 110-111. — Bibl. de La Rochelle, note de M. de Ponthieu, mss. 123, f° 18.

42. Bibl. nat., fonds fs. 20905, f° 53 ; 20974, n° 2358 ; fonds Gaignières, 20894, f° 110-111. — Arch. Laurence.

43. Archives Laurence. Procès avec M. de La Trémoille et autres pièces de la même collection. — Bibl. nat., fonds fr., fonds Gaignières, 20894, f° 110-111; 25974, n° 2359; 20905, fos 53, 57; Gallia christiana, loc. cit.

(44) . Bibl. nat., fonds Gaignières, 20894, fol. 110-111 ; fonds fr., 20905, f° 59. — Arch. Laurence.

45. Bibl. nat., fonds Gaignières, 20894, fol. 110-111 ; fonds fr, 20905, fos 59 et 61. — Arch. Laurence.

46. Bibl. nat., fonds Gaignières, 20894, vol. 110-111 ; — fonds fr., 20905, f° 64.— Arch. Laurence.

47. Bibl. de La Rochelle, mss. 218 (anc. 3336, 50), f° 68 ; — mss. 238 (anc. 3336, 79, fol. 114). — Arch. Laurence.

48. Gallia christiana, t. II, col. 675 et 566.

 

 

 

Eglise Notre-Dame de la Couldre de Parthenay, Bernard de Clairvaux et la conversion de Guillaume X d'Aquitaine (1135)

Eglise de Notre-Dame de la Couldre de Parthenay, Bernard de Clairvaux et la conversion de Guillaume X d'Aquitaine (Time travel 1135) (1)

De la très célèbre petite église de Notre-Dame de la Couldre, il ne reste aujourd'hui que la partie inférieure de la façade bien connue, en bordure d'une petite rue qui conduit à l'esplanade où s'élevait, sur un promontoire escarpé dominant l'étroite vallée du Thoué, la forteresse, le castrum Parteniaci, que les seigneurs de Parthenay y avaient fait construire dès le XIe siècle et qu'ils avaient agrandie et complétée aux siècles suivants.

De robustes murs de soutènement, des restes de remparts et deux tours ruinées en jalonnent encore l'emplacement. Les textes sont muets sur la date de la fondation de l'église, qui, rattachée au château, avait le double caractère d'église paroissiale et de chapelle seigneuriale 1 ; on y avait prodigué, comme dans un grand nombre de sanctuaires poitevins et saintongeais, la plus riche décoration.

Un épisode fameux et souvent rappelé par les biographes de saint Bernard et les historiens de la Gatine fournirait les renseignements chronologiques les plus précis, si l'on pouvait en toute certitude le rattacher à l'histoire de Notre-Dame de la Couldre elle-même.

La Gallia christiana (II, 1207) le mentionne en ces termes : Haec autem ecclesia (il s'agit bien ici de l'église de Parthenay) antiquissima est et in ed sanctus Bernardus, abbas Claraevallis, convertit Guillelmum comitem, quod notatu dignum videtur.

C'est pendant la vie de Guillaume III L'Archevêque, qu'une entrevue célèbre eut lieu à Parthenay entre saint Bernard, abbé de Clairvaux, et Guillaume X comte de Poitou, duc d'Aquitaine.

Cet événement occupe trop de place dans la vie du grand docteur du XIIe siècle; il a laissé des souvenirs trop profonds dans notre ville pour que nous ne retracions pas en détail les circonstances dans lesquelles il arriva.

A la mort du pape Honorius II (1130), un schisme avait éclaté dans l'Église et la cause du pape légitime, Innocent II, était défendue en France par saint Bernard. Entraîné dans le parti de l'antipape Anaclet par l'ambitieux Gérard, évêque d'Angoulême, le duc Guillaume, prince violent, chassa de son siège l'évêque de Poitiers et persécuta tous ceux qui restaient fidèles à Innocent II.

 Une première entrevue entre le duc et l'abbé de Clairvaux n'amena aucun résultat. Obligé de quitter l'Aquitaine où sa vie était en danger, saint Bernard écrivit, en 1133, à Guillaume, le suppliant instamment de donner la paix à l'Église. (2)

 Mais le duc persévérait toujours dans le schisme. Enfin, saint Bernard, assisté de Geoffroy, évêque de Chartres, légat du Saint-Siège, résolut de tenter un dernier effort. Ils revinrent en Poitou par Nantes et firent demander une entrevue au duc d'Aquitaine par l'entremise de personnages considérables qui l'approchaient. Ce ne fut pas sans peine qu'on réussit à vaincre ses répugnances ; mais enfin il se laissa ébranler.

On s'y rendit donc de part et d'autre (1135).

Il y revint de Nantes, pour un nouvel effort et se fit ménager une entrevue à Parthenay 3 avec Guillaume, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers, qui, sous l'inspiration de l'évêque Gérard d'Angoulême, était devenu le chef des schismatiques et avait dépossédé les évêques de Chartres et de Poitiers.

Comme le seigneur de Parthenay jouait le rôle de médiateur dans cette affaire délicate, et qu'il était, selon toute apparence, un de ceux qui avaient déterminé Guillaume à accorder l'entrevue, le château de Parthenay fut désigné pour les conférences.

Eglise de Notre-Dame de la Couldre de Parthenay, Bernard de Clairvaux et la conversion de Guillaume X d'Aquitaine (Time travel 1135) (3)

Après le saint sacrifice, saint Bernard prend l'hostie sacrée sur la patène, sort de l'église, et, le visage en feu, les yeux enflammés par un zèle pieux, il interpelle directement Guillaume.

 « Nous t'avons prié de donner la paix à l'Église, s'écrie-t-il, et tu as méprisé nos prières. Voici le fils de la Vierge, le chef de l'Église que tu persécutes; il s'avance vers toi pour te supplier à son tour. Devant toi est ton juge au nom duquel tout genou fléchit dans le ciel, sur la terre et dans les enfers; ton juge dans les mains duquel tombera ton âme. Voudras-tu bien le mépriser? oseras-tu le repousser comme ses serviteurs? »

Relevé par ses chevaliers, il retombe de nouveau la face contre terre et semble frappé d'épilepsie.

Alors l'homme de Dieu s'approchant de lui, lui commande de se lever. « L'évêque de Poitiers que tu as expulsé est ici présent, dit-il, va, réconcilie-toi avec lui et donne-lui le baiser de paix; soumets-toi au pape Innocent et obéis-lui comme toute l'Église. »

A ces paroles, le duc, subitement changé en un autre homme, court vers l'évêque de Poitiers (Guillaume Adelelme) et le rétablit sur son siège aux acclamations de tous.

Le saint abbé, prenant ensuite avec le comte un langage plus doux, lui donne de salutaires avis, et il a la consolation, en retournant à son monastère de Clairvaux, de voir le schisme entièrement éteint dans toute l'Aquitaine.

 

Les Acta SS. ont raconté avec de grands détails la scène :

Après avoir essayé, par les arguments les plus pressants, les prières les plus touchantes et le rappel des exemples les plus terrifiants, de ramener le comte à l'unité de l'Eglise, « l'homme de Dieu » eut recours à un moyen plus direct et plus impressionnant.

Bernard entre dans l'église pour y célèbre l'office divin en présence de ceux qui avaient le droit d'y assister (quibus licebat interesse mysteriis), tandis que le comte excommunié se tenait à la porte (sustinebat proforibus), et le service achevé, (peractis consecrationibus et pace data in populum), il place les saintes espèces sur la patène, sort de l'église, le visage enflammé, l'oeil en feu (igneâ facie, flammeis oculis, non supplicans sed minax), interpelle Guillaume verbis terribilïbus et l'adjure une dernière fois de se soumettre enfin, de reconnaître et réparer ses crimes.

A ces accents terribles, le schismatique est pris d'un tremblement de tous ses membres; il est précipité sur le sol (quasi amens). Ses chevaliers le relèvent, mais il s'abat de nouveau, en proie aux plus affreuses convulsions (rursum in faciem ruit..., salivis in barbam despuentibus, cum profundis efflans gemitibus epilepticus videbatur.-..). Saint Bernard lui ordonne alors de se relever, jubet supra pedes et Dei audire sententiam.

 Le duc se soumet enfin, s'humilie, abjure ses erreurs, rétablit les évêques qu'il a dépossédés et se voue à la pénitence.

Cette tradition, toujours vivante dans le pays, a été recueillie et acceptée par tous les historiens du Poitou; mais elle a rencontré dans l'abbé Auber un contradicteur obstiné 2. Pour lui, ce n'est pas devant Notre-Dame de la Couldre, mais sur le parvis de l'église de Parthenay-le-Vieux que Guillaume et saint Bernard se seraient rencontrés et, à l'appui de cette thèse, il ne produit en somme que deux arguments:

 I° la place eût été trop étroite à Notre-Dame pour contenir tous les acteurs et spectateurs de la scène racontée par l'hagiographe (mais l'argument est faible quand on l'examine sur les lieux même, les maisons modernes construites en face de l'église rendant tout à fait impossible l'étude de l'emplacement primitif); 2° l'église de Parthenay-le-Vieux était une fille de Citeaux ; il était tout naturel que saint Bernard y eût donné rendez-vous à celui qu'il voulait convertir... A quoi, les partisans de l'autre thèse opposent, non sans vraisemblance, qu'il était non moins naturel que le colloque eût lieu dans le château, et que la scène par conséquent se déroulât devant la chapelle des seigneurs de Parthenay, qui s'étaient entremis pour faciliter la rencontre.

Il faut avouer d'ailleurs que les textes ne fournissent aucune raison décisive de se prononcer pour l'une ou l'autre école.

Les droits de Notre-Dame de la Couldre fussent-ils reconnus, il resterait encore une objection possible.

La date de 1135, si elle ne soulève aucune objection pour tout ce qui concerne les sculptures conservées de l'intérieur ou du chevet de l'église, chapiteaux et modifions, paraîtrait à beaucoup prématurée pour celles de la façade, surtout pour les grands bas-reliefs, d'un style plus avancé. Mais l'argument et l'objection s'appliqueraient aussi à la façade de Parthenay-le-Vieux, dont les débris subsistants paraissent, à bien peu près, contemporains.

Quoi qu'il en soit de cette date initiale par rapport aux fragments de la décoration monumentale que nous allons examiner, l'achèvement de la chapelle ne dut pas être très postérieur au milieu du XIIe siècle et il ne semble pas que les successeurs du sire de Parthenay qui aurait été l'hôte de saint Bernard et de Guillaume y aient introduit des changements ou additions notables.

A la Révolution, Notre-Dame subit le sort de tant d'autres églises de France. Vendue à un acquéreur de biens nationaux, dépecée à une époque difficile à préciser, mais qui ne saurait être postérieure à 1843, elle était venue, avec un ensemble de bâtiments voisins, en

la possession d'une congrégation de dames religieuses de Chavagne qui y avait établi une maison d'éducation.

Eglise de Notre-Dame de la Couldre de Parthenay, Bernard de Clairvaux et la conversion de Guillaume X d'Aquitaine (Time travel 1135) (2)

L'église de Notre-Dame de la Couldre, théâtre de ce mémorable événement, n'offre plus que des ruines. Mais ces ruines n'éveillent pas seulement ces sentiments de tristesse et de mélancolie, cette curiosité si vive et si naturelle qu'inspire toujours la vue des débris vénérables du passé. Elles produisent sur l'imagination l'effet le plus puissant et le plus délicieux, elles émeuvent les esprits les moins familiarisés avec les arts du moyen âge, elles excitent l'admiration au plus haut degré.

Fondée par les seigneurs près de leur château sur un emplacement occupé d'abord, dit-on, par un bois de coudriers, origine possible de son nom, en mémoire peut-être de quelque apparition merveilleuse de la Vierge ou de quelque légende pieuse, cette église a vu pendant sept siècles la foule des fidèles s'agenouiller aux pieds de ses autels; des hommes de tous rangs accumuler les fondations d'anniversaires et de chapellenies, prier et chanter dans tous les idiomes qui ont formé notre langue. Puis un jour néfaste est arrivé où, vendue par la nation oublieuse de la foi de ses pères, elle est tombée entre les mains d'un grossier acquéreur qui l'a démolie sans pitié. L'œuvre de destruction ne fut pourtant pas entièrement consommée.

Deux absides, les deux murs latéraux et la partie inférieure de la façade ont heureusement échappé et demeurent debout comme une protestation éloquente contre la brutalité dont le monument a été victime. S'il n'est plus possible aujourd'hui de connaître exactement son ancienne disposition, ce qui reste de la façade suffit pour donner l'idée la plus favorable de sa magnificence. Cette muraille, vaste et splendide bas-relief, a été ornée avec amour par les imagiers romans. Ils y ont déployé tout leur talent, épuisé les ressources de leur art. La disposition générale conçue par l'architecte, assez semblable à celle de la façade de Parthenay-le-Vieux, est pleine de grâce et d'harmonie. Deux groupes de deux demi-colonnes accouplées, la divisent en trois parties inégales. Dans celle du centre, la plus large, s'ouvre une porte en plein-cintre, entourée de quatre belles archivoltes aux voussures profondes, supportées par autant de colonnettes, d'un effet vraiment magistral. Celles de droite et de gauche sont elles-mêmes subdivisées en deux sections par un cordon horizontal sur lequel s'élèvent deux arcatures à deux archivoltes d'une richesse égale. Leurs tympans contiennent deux groupes en haut-relief. Une corniche couronnant la partie inférieure de la façade, supportait l'ordre supérieur qui a disparu.

Mais l'œuvre des sculpteurs est ce qu'il y a de plus parfait et de plus intéressant. Dans la première archivolte de la porte, deux personnages, vêtus de longues robes, aux plis onduleux, soutiennent, avec leurs mains levées au-dessus de leurs têtes, un médaillon représentant le Christ bénissant. Ils sont debout sur des maisons à pignons aigus, au-dessous desquelles se montrent deux autres personnages plus petits, figurant probablement des saints. La deuxième archivolte contient des anges aux ailes déployées. Deux d'entre eux tiennent un autre médaillon fort endommagé qui représentait sans doute la sainte Vierge. La troisième archivolte est occupée par six guerriers tenant de la main gauche des boucliers longs et pointus, et de la main droite leurs épées. Ils foulent aux pieds des monstres hideux dans la gueule desquels ils plongent leurs épées. Les deux guerriers placés au centre, n'ont pas d'armes, mais ils tiennent une espèce de médaillon de forme différente, aujourd'hui complétement dégradé. Cette scène est le symbole assez clair de la victoire des vertus sur les vices. Sur la quatrième archivolte, sont sculptés six grands personnages aux longues robes flottantes. D'une main ils tiennent un violon, et de l'autre une fiole à long col. Ce sont les vieillards de l'Apocalypse. Les chapiteaux des colonnes supportant les archivoltes et la partie supérieure des pieds-droits de la porte sont couverts de feuillages et de nombreuses figurines parmi lesquelles on distingue de petits cavaliers. Mais leur mauvais état empêche d'en deviner le sens. Des feuillages de formes variées, artistement fouillés, ornent les archivoltes des arcades qui accompagnent la porte.

 

On remarque surtout les moulures ou coquilles flabelliformes d'une si grande élégance, qui décorent l'arcade de droite, et que M. de Caumont considère comme un type du roman poitevin. Dans le tympan de cette arcade, on aperçoit les débris d'un lion qu'un cavalier cherchait à dompter, et qui devait avoir beaucoup d'analogie avec celui de Parthenay-le-Vieux. On peut voir aussi dans le tympan de l'autre arcade les restes mutilés du cavalier symbolique dont les détails semblent avoir été plus soignés que ceux du cavalier de Parthenay-le-Vieux.

 

 (1092 - Histoire et légendes de la Fondation de l’église de Parthenay le Vieux (Mélusine et les seigneurs de Parthenay)

 L'ordre supérieur de la façade de Notre-Dame de la Couldre, qui a disparu, ne devait pas être moins riche que l'ordre inférieur.

Nous en avons pour témoins les curieuses statues conservées dans le jardin du couvent voisin, qui en proviennent, à n'en pas douter. Deux groupes d'une importance capitale attirent invinciblement l'attention. L'un est un cavalier revêtu d'une simple tunique. Il tient à la main un objet qu'il n'est pas facile de déterminer. Son attitude est à la fois simple, noble et grave. Nous ne serions pas surpris que le sculpteur eût voulu représenter l'entrée de Jésus-Christ à Jérusalem (fig. 22).

Fig 22

L'autre est une scène complète : c'est l'Annonciation aux bergers. Pendant que les moutons paissent et qu'un berger tond une de ses brebis avec une sorte de ciseau, deux autres pasteurs appuyés sur leurs bâtons, regardent le ciel où apparaît l'ange qui vient leur annoncer la naissance du Sauveur. L'un des pasteurs est monté sur de petites échasses (fig. 23).

fig 23

Ces deux compositions, de grandes dimensions, destinées à être vues de loin, sont empreintes d'un caractère éminemment religieux. Il n'y a plus cette naïveté et cette maladresse des premières sculptures ; il y a de l'énergie, du sentiment, de l'art.

C'est une des plus pures productions de l'école romane. On peut en dire presque autant de quatre statues auxquelles manque la partie inférieure du corps et dont les proportions sont d'une grandeur peu ordinaire. Elles représentent quatre hommes, vêtus de tuniques aux larges manches et de manteaux. Ils ont la tête nimbée et couronnée. Ils portent toute leur barbe. L'un tient un vase de la main gauche. Un autre tient serré dans ses deux mains une sorte d'outre ou de sac très-gonflé. Les objets que portaient les deux autres sont brisés (fig. 24, 25, 26, 27).

Fig 24 et 25

fig 26 et 27

Ces quatre statues figurent peut-être les rois mages présentant leurs offrandes au Sauveur naissant. Elles étaient très-probablement placées sur une seule ligne dans l'ordresupérieur de la façade d'où elles devaient produire un grand effet. Deux beaux et curieux chapiteaux, qui ornent aujourd'hui le portail du couvent, prouvent que l'intérieur de cette église n'était pas moins soigné que sa façade. Sur l'un est sculptée la scène du sacrifice d'Abraham (fig. 28).

fig 28

L'autre représente le combat de David et de Goliath. L'imagier a habillé, bien entendu, ce dernier en chevalier revêtu de la cotte de mailles, portant le bouclier et le casque des XIe et XIIe siècles.

Anachronisme précieux au point de vue de l'histoire du costume. — L'église de la Couldre, on peut donc l'affirmer, n'est pas seulement la perle monumentale de Parthenay. Elle est encore, surtout au point de vue de la décoration et de la statuaire, un des chefs-d'œuvre de l'époque romane. Quoique paroisse de peu d'étendue, elle eut cependant son importance comme siége de l'archiprêtré et comme église paroissiale du château. Ses admirables ruines auront toujours le privilège de donner la plus haute idée de l'architecture du moyen âge et de réveiller les souvenirs lointains de notre histoire locale.

 

 

 

 

Monuments et mémoires / publiés par l'Académie des inscriptions et belles-lettres

La Gâtine historique et monumentale / par M. Bélisaire Ledain

 

 

 

Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU )<==.... ....==>L’Abbaye de la Grâce-Dieu de Benon ( Guillaume X d'Aquitaine, Bernard de Clairvaux)

 

 


 

1. Voir Notes sur Parthenay et la Gatine (Mémoires de la Soc. des Antiquaires de France, 1821). — Thibàudeau, Histoire da Poitou, 1839. — Auber, Note sur l'Église Notre-Dame de la Couldre (Bull, du Comité hist. des Arts, 1849). — B. Ledain, Histoire de la ville de Parthenay et de ses anciens seigneurs. Paris, 1878, in-8. — B. Ledain, La Gatine historique et monumentale (Ire édit, 1876; 2e édit., 1897). Parthenay, 1897, in-4.

2. Voir Acta Sanctorum, tome IV, du mois d'août, p. 288. — Laborabat ea tempestate sub schismaticorum oppressione tota Burdegalensis Ecclesia et non erat in Aquitania qui posset resistere principi cujus animum induraverat Deus...

3. ... Itaque apud Parteniacum hinc inde convenerunt.

4. Voir Auber, S. Bernard et Parthenay-le-Vieux, Dissertation sur le lieu où s'opéra la conversion de Guillaume, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers (Bull, des Antiquaires de l'Ouest, IX, 1861).


01 avril 2020

Histoire Généalogie des Seigneurs de Mauzé et de Marans

Plan de la Ville ou Bourg et Château de Mauzé 1720

Guillaume BATARD. – Suivant Arcère, la noblesse des anciens seigneurs de Mauzé se perdait dans l'obscurité des temps. (1)  Dom Etiennot dit, avec moins d'emphase, qu'ils descendaient d'un bâtard du duc de Guienne, et que, longtemps possesseurs du château de Mauzé, ils en prirent le nom.(2)  Quel était ce bâtard dont les descendants devaient être puissants en Aunis? Il apparaît pour la première fois en 1047, comme souscripteur du don de l'Ile-de-Vix en bas Poitou (Golfe des Pictons), fait par Agnès, comtesse d'Anjou, à l'abbaye de Notre-Dame de Saintes qu'elle venait de fonder.

« Signum WILLELMI BASTARDI (3). »

 –A partir de cette époque, le nom de ce chevalier revient souvent dans les chartes.

Vers 1063 Guillaume V, comte de Poitou, fils d'Agnès, lui donne la terre de Milescu en Aunis « Cuidam militi nomine WILLELMO BASTARDO quandam portionem terre dedit in Aniensi pago qui vocatur Millia Scuta (4). »

 Dans des actes postérieurs, il est qualifié d'optimus vir (5); enfin, vers 1080, Guillaume Bâtard, GUILLELMUS cognomine  BASTARDUS, se voyant avancé en âge, donne à l'abbaye de Nouaillé la portion du droit de péage qu'il avait à Mauzé « peasgi partem quam Mausiaco habehat (7) »

Puisque Guillaume Bâtard était un vieillard vers 1080, il est évident que sa naissance remontait au commencement du XIe siècle, il est donc permis de penser qu'il devait le jour à Guillaume le Grand, duc d'Aquitaine (8), à moins qu'il ne descendit d'un fils naturel d'un des prédécesseurs de ce prince. Je dois dire cependant que rien n'indique un lien de parenté entre notre Guillaume Bâtard et les autres personnages du même nom cités dans les chartes antérieures (9)

Quoi qu'il en soit, à partir de l'époque de la naissance de Guillaume Bâtard jusqu'en 1080, de grands événements s'étaient accomplis en Aunis, et Mauzé en avait eu sa part.

On sait à quels longs débats donnèrent lieu les prétentions sur la Saintonge de Geoffroi Martel, fils de Foulques Nerra, comte d'Anjou, après son mariage avec Agnès de Bourgogne, veuve de Guillaume le Grand.

Guillaume le Gros, comte de Poitou, vaincu à St-Jouin-de-Marnes (1034), mourut trois ans plus tard, au sortir d'une longue captivité.

Othon son frère voulut venger sa mort; mais, après avoir vainement essayé de s'emparer du château de Germond(10), il vint mettre le siège devant Mauzé, et bientôt, le 10 mars 1039, il y fut atteint d'un coup mortel (11). M. l'abbé Dubois dit qu'il vint avec une armée peu imposante sans doute; les chroniqueurs ne disent rien à l'appui de cette conjecture; il ajoute, d'après Arcère, que le siège fut long; c'est encore une supposition que les textes ne semblent pas justifier (12).

Après avoir embrassé le parti de Geoffroi Martel et d'Agnès, Guillaume Bâtard s'attacha à la fortune de Gui Geoffroi lorsque la prise de Saintes (1062) fit cesser sans retour la domination des comtes d'Anjou sur la Saintonge (13), et c'est alors que le comte de Poitou lui donna la terre de Milescu et le péage de Mauzé.

La femme de ce prince recevait une partie des revenus de cette dernière seigneurie (14)

GUILLAUME Ier de Mauzé. L'abandon du péage de Mauzé à l'abbaye de Nouaillé avait été fait par Guillaume Bâtard du consentement de Guillaume son fils aîné (15), qui le premier prit le titre de seigneur de Mauzé.

tem expugnare cepit ubi inhiando cum cepisset adtendcre occisus est. (Chron. Sti Maixent.  apud Script. rer, gall., t. xt, p. 217.)

Il est nommé avec cette qualification dans une charte du 10 décembre 1096, constatant la restitution par ce Guillaume VII de l'église de Saint-Georges d'Olèron, qu'il avait enlevée aux moines de l'abbaye de Vendôme pour la donner à Eble de Chatelaillon.

L'acte fut passé dans le château de Benon, que le comte de Poitou venait de faire construire, «  apud castellum novum meum Banaum (16).»

Quelques années plus tard (1101), Guillaume VII partait pour la croisade après avoir fait des largesses aux églises, afin de mériter les bénédictions du ciel. Une charte a conservé le souvenir de l'abandon qu'il fit à l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély d'une femme nommée Sénégonde (17) et de ses enfants, pour servir dans les métairies des religieux. M. l'abbé Dubois, s'appuyant d'un passage de Besly, dit que ce fut Mathilde, femme du comte, qui lui suggéra cet acte de libéralité. La charte porte que Guillaume VII fit ce don par affection pour un de ses anciens chambellans, nommé Thomas, qui s'était fait religieux, «  pro amore Thome quondam camerarii sui (18) »

 Quant à Mathilde, appelée aussi Mahaut, Besly dit seulement que, « durant l'absence du duc, elle gouvernait ses pays et seigneuries, faisant des vœux et aumosnes pour la prospérité de son voyage, comme lui avant aller (c'est-à-dire avant de partir), estant en son chasteau de Mauzé, » fit la donation dont il s'agit.

 La charte porte en effet qu'elle fut consentie apud Mausiacum. -M. l'abbé Dubois ajoute qu'en 1086 GuillaumeVII y faisait ses préparatifs de départ pour la croisade.

D'abord ce prince ne devint comte du Poitou que l'année suivante (1087) (19) puis, comme il n'était pas nécessaire qu'il se préparât à la croisade quinze ans à l'avance, ce ne fut qu'en l'an 1100 qu'il prit la croix à Limoges. On sait qu'il s'embarqua l'année suivante et revint en 1103, ne rapportant de son voyage, comme le dit l’Art de vérifier les dates, que de la honte et de la misère (20).

Quoi qu'il en soit, dès l'année 1096, Guillaume de Mauzé avait le titre de sénéchal du comte de Poitou,  « dapifer comilis. »

Ces fonctions, nul ne l'ignore, étaient alors d'une haute importance. Maintenir le pays dans l'obéissance, le défendre contre ses ennemis, assurer la perception des revenus, telles étaient, ainsi que le rappelle Dom fonteneau (21),  les attributions des sénéchaux au triple point de vue de l'administration, de la justice et des finances. Le sénéchal, en un mot, était l'homme du comte.

Guillaume de Mauzé était encore investi de ces fonctions en 1136, lorsqu'il assista comme témoin au don que Guillaume VIII, comte de Poitou, fit à saint Bernard, abbé de Clairvaux, d'une partie de la forêt de Benon pour y bâtir l'abbaye de la Grâce-Dieu.

« Testes. .. GUILELMUS DE MAUZE dapifer comitis Pictaviensis (22) » Il en était encore revêtu en 1145, comme le prouvent les lettres de Louis VII, roi de France et duc d'Aquitaine, adjugeant aux religieux l'abbaye de Notre-Dame de Saintes que leur disputait Pierre de Nieul (sur l'Autize)

Au moment de la délivrance de ces lettres, Guillaume de Mauzé était présent « WILLELMUS DE MAUSIACO dapifer in Pictavia noster (23) »

Besly avance que notre sénéchal eut l'insigne honneur de gouverner le Poitou pendant le voyage en Palestine de Louis VII et d'Aliénor d'Aquitaine (24). C'est une erreur qu'Arcère et Massiou n'ont point commise, mais que M. l'abbé Dubois a répétée.

Cette erreur est démontrée par plusieurs documents, et notamment par une lettre de Guillaume de Mauzé lui-même, adressée, en 1147, à Suger, à qui avait été confiée la régence du royaume.

Il écrivait en effet au vénérable abbé de Saint-Denis, qu'il appelait son ami, « Sugerio…. Willelmus de Mausiaco ejus amicus et regis, »  pour le prier d'envoyer à Bordeaux, « ad Burdellum (25) »  un prévôt sage et probe, sous peine de perdre le pays désolé par la guerre civile (26), et en particulier la tour de Talmont (Saint Hilaire), dont Eble de Mauléon accaparait les revenus, et s'il lui adressait cette demande, c'est parce qu'il allait partir pour Jérusalem, « nam Hierosolymam sum iturus (27) »

 Ce n'étaient pas seulement les affaires publiques que Guillaume de Mauzé tenait à mettre en ordre avant son départ; il avait aussi à régler celles de sa conscience, et notamment à réparer les outrages qu'il avait fait subir, quelque temps auparavant à l'abbesse de Notre-Dame de Saintes, Agnès de Barbezieux (28), tante de la reine Aliénor.

Hugues Benoît, seigneur de la Chaume, avait envahi un terrain situé à Pont-1'Abbé et appartenant à l'abbaye. Sur la plainte qu'Agnès de Barbezieux avait portée, Guillaume de Mauzé, alors sénéchal, s'était rendu sur les lieux et avait ordonné de mesurer le terrain mais, pendant qu'on était occupé à ce travail Guillaume, emporté par la passion, « vesanie stimulis agitatus, » se jeta sur l'abbesse et l'outragea odieusement, « me in terram turpissime prostratam multis conviciis lacescivit. »

Avant de partir pour la terre sainte, il reconnut sa faute en présence des religieuses assemblées, et la répara par le don qu'il fit à l'abbaye de la troisième partie du péage du Gua. De plus, pendant son séjour à Jérusalem, il confirma cette donation dans son testament et ordonna à ses fils et à leur mère de la ratifier également, ce qui eut lieu en 1150 (29)  Guillaume de Mauzé revit la France, comme le prouve un don qu'il consentit le 8 septembre de la même année aux Templiers de Beauvais-sur-Matha, pour témoigner sa reconnaissance des soins que les frères de la milice du Temple lui avaient donnés pendant son voyage, » propter beneficium et honorem que michi fratres Templi in transmarinis partibus exibuerunt (30). » Il existait même encore le 23 juin 1154, ainsi que l'établit une pièce annexée au même document.

En sa qualité de sénéchal, Guillaume de Mauzé fut appelé à souscrire un grand nombre d'actes qu'il est inutile d'énumérer (31). Il ne me reste donc plus qu'à donner quelques détails sur sa famille.

Sa femme se nommait Aldéarde, « ALDEARDIS. ». En 1138, elle se désistait avec lui d'une action qu'il avait intentée à l'abbaye de Montierneuf (32), et en 1150 elle signait, sous le nom d'Audéarde,  «  AUDEARDIS, » l'acte de réparation consenti par son mari à l'abbaye de Notre-Dame de Saintes. De leur union naquirent sept fils (33) :

GUILLAUME, qui suivra;

GILBERT, chevalier, dont il n'est plus question après 1138,

GEOFFROI chanoine de l'église Saint-Pierre de Poitiers, qui accompagna son père en Palestine;

PORTECLIE, dont le nom, qui rappelait les fonctions de son père, fut conservé dans la famille, ainsi qu'on le verra plus loin (34);

HUGUES, nommé une seule fois dans les chartes;

 CHARLES, qui fit comme Geoffroi le voyage de Jérusalem (35) et qui vivait encore en 1183 (36)

Enfin GODEFROI, jeune encore en 1150,  « Godefridi minoris, » porte la charte, et dont il n'est plus question après cette époque.

Guillaume Ier de Mauzé avait un frère nommé Othon (37), qui, vers 1137, souscrivit avec lui une donation faite à l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély par le comte de Poitou.

C'est cet acte qui fut passé à Mauzé, « in curia Othonis sub umbraculo. » Massiou (38) et M. l'abbé Dubois pensent que la cour d'Othon avait été ainsi appelée en souvenir du duc d'Aquitaine, tué sous les murs de Mauzé. N'est-il pas plus naturel de penser qu'on désignait ainsi la partie du château alors habitée par le frère de Guillaume? Othon fut seigneur de Marans, comme le prouve un acte par lequel il s'engageait (vers 1171) à garder et défendre l'abbaye de Maillezais et ses possessions (39) et cette seigneurie passa plus tard à ses neveux, sans doute à défaut d'héritier direct.

 

GUILLAUME II DE MAUZE.

– Ce seigneur n'est mentionné que dans un petit nombre de chartes. C'est de lui qu'il s'agit dans celle de 1138, où il est qualifié de chevalier (40)

Une lettre de Geoffroi de Rancon à Suger nous apprend qu'en 1148 une somme d'argent lui était payée par ordre de ce dernier. « Nobis mandastis… ul redderemus….. filio W (WILLELMI) de MAUSIACO, mille alio loco decem libras, quod grave est adimplere (41) »

 Plus tard, en 1154, il approuvait le don fait par son père aux Templiers de Beauvais. Il mourut après avoir fait, de 1161 à 1178, entre les mains de l'abbé Aimeri, un don à l'abbaye de Chatellier (42) et mérita d'être appelé « vir bone memorie, » en souvenir de la considération dont il avait été entouré.

De son mariage avec Agnès il eut deux fils, Porteclie et Guillaume, dont le nom fut mêlé aux luttes de l'Angleterre contre la France.

Je parlerai bientôt de Porteclie; quant à Guillaume, chevalier comme lui, il signait, en 1199, un traité conclu entre Jean Sans Terre, roi d'Angleterre, et Renaud, comte de Boulogne (43)  l'année suivante, il signait également une trêve entre ce prince et le roi de France (44).

A la date du 11  août 1201, il assistait comme témoin à l'acte par lequel le roi Jean confirmait une exemption de droits accordée par Aliénor à l'abbaye de Saint-Maixent (45).

Le 6 juillet 1202, le roi d'Angleterre ordonnait à Benoît de Talmont de lui remettre une somme de cinquante livres poitevines : « Sciatis quod quietavimus dilecto et fideli nostro WILLELMO MAUSEIO, quingent. lib. pictav. » (46)

Enfin, en 1203, lorsque Chale de Rochefort promettait à Jean d'envoyer son fils aîné en otage à Chinon, il devait faire tenir au roi des lettres de l'abbé de Saint-Maixent, de Guillaume Maingot et de Guillaume de Mauzé, pour attester qu'il servirait avec fidélité (47)

Guillaume de Mauzé vivait encore en 1217, car à cette date il approuvait une concession faite par son frère Porteclie, et dont je parlerai plus loin. Aucun document ne fait connaître s'il contracta mariage; il y a lieu de le penser toutefois, car l'ordre chronologique semble indiquer qu'il fut père de Constantin de Mauzé, maire de La Rochelle au mois de juin 1223 (48).

 

PORTECLIE DE MAUZÉ.

J'ai dit que le nom donné à ce seigneur paraissait destiné à perpétuer dans la famille le souvenir des fonctions de sénéchal exercées par Guillaume Ier de Mauzé.

PORTECLIE devait avoir dans le langage local de l'époque la même signification que dapifer, et j'en trouve la preuve dans les premiers mots de la charte de 1150, que j'ai déjà citée « Willelmus filius Willelmi de Maussec, POTACLÉE (Porteclee) scilicet Pictavis SENESCALLUS; Porteclie, c'est-à-dire sénéchal (49) M. l'abbé Dubois appelle ce seigneur Porrechie, d'après la citation faite par Arcère d'une charte où ce nom a été défiguré par les copistes.

 (Archéologie à l’abbaye de Maillezais, une église romane poitevine en souvenirs de Saint-Remi de Reims.)

 Porteclie souscrit vers 1170 en qualité de seigneur de Mauzé. « Signum PORTECLIE domino MAUSIACI (50) » Il fut également seigneur de Marans « Ego PORRECLYA (Porteclia) dominus MARANTHI atque Mausiaci, » est-il dit dans le titre de 1216 cité par Arcère, et qui contient la confirmation du don de quelques héritages fait par un prêtre nommé Aimeri Ogers à l'abbaye de Maillezais (51). Porteclie posséda en outre les seigneuries de la Jarrie et de Laleu, au témoignage de Duchêne, qui, par erreur, le désigne sous le nom de Guillaume (52).

Le seigneur de Mauzé n'embrassa que forcément le parti de l'Angleterre.

(TIME TRAVEL 1214 la prise du Château de Mervent et Vouvant de Geoffroy la Grand Dent par John Lackland (JEAN-SANS-TERRE)

Lorsque le roi Jean débarqua sur les côtes de l'Aunis au commencement de l'année 1214, il essaya de lui résister à Milescu.

Mais cette résistance ne dura que deux jours; assiégé le dimanche 8 mars, le château fut forcé de se rendre le mardi suivant (54) : «  Die autem dominica proxima ante mediam quadragesimam obsedimus castrum de Milescu quod PORTECLINUS DE MAUSY, contra nos munierat, et nos die marlis sequentis castrum illud  incepimus (55).  La prise du château de Milescu entraîna la reddition de celui de Mauzé. Porteclie se soumit au vainqueur «Et cum castrum illud cepissemus, venit ad voluntatem et misericordiam nostram. »

 

 Savary de Mauléon suivit son exemple (56). Tous deux étaient cependant de vaillants guerriers. Guillaume Le Breton les réunit dans un même éloge, et je ne puis résister au désir de citer ici le chroniqueur poète :

« Et cum Guillelmo Savericus PORTACLEASQUE  ….

Quorum fama eanit per totum nomina mundum (57)

Lorsque le château de Mauzé fut tombé au pouvoir du roi Jean, on voit par son itinéraire qu'il y séjourna le 20 et le 23 avril 1215, du 2 au 4. mai et du 7 au 8 juillet de la même année. Aussi plusieurs lettres patentes sont-elles datées de Mauzé (58)

 Le 22 décembre suivant, lorsque Jean Sans-Terre accorda à Savary de Mauléon le droit de faire battre monnaie, la charte de concession fut dressée en présence de Porteclie (59)

Je dois citer d'autres actes auxquels il prit part et qui intéressent également notre province; c'est ainsi qu'en 1211 Porteclie rendit aux religieux de Nouaillé l'exemption du péage à Mauzé qui leur avait été accordé par son aïeul, et dont il les avait dépouillés.(60)

 (Fondation de l’Abbaye Royale de l’Absie - Pierre de Bunt ; Giraud de Salle ; Louis VII le Jeune ; Aliénor d’Aquitaine)

En 1217, il autorisa les abbés de Saint-Michel-en-Lherm, de l'Absie, de Saint-Maixent, de Maillezais et de Nieul, à faire creuser, pour dessécher les marais du Langon et de Veuille, un canal qui porte encore le nom de canal des Cinq Abbés (61).

En 1218, il s'obligea à payer à l'abbaye de Fontevraud 80 livres tournois au lieu de 100 livres angevines de rente qu'il leur devait, la monnaie d'Angers étant alors décriée et n'ayant plus cours (62) enfin, dans la même année, il donna diverses rentes à l'abbaye de St-Maixent, et fit pour la construction d'un hôpital au lieu de Poulias une donation sur laquelle j'aurai à revenir quand je m'occuperai du prieuré de Sainte-Croix (63)

 Il semble résulter de ce dernier titre que la femme de Porteclie s'appelait Berthe « BERTHA tunc temporis domina MAUSIACI. » Parti pour la croisade, le seigneur de Mauzé assista au siège de Damiette (64), et il y a lieu de croire qu'il y perdit la vie, car on ne rencontre plus, à partir de cette époque, aucun acte auquel il ait participé. Porteclie laissa en mourant quatre enfants, Geoffroi Guillaume, Agnès et Letice. C'est donc par erreur que le comte de Sainte-Maure (65) annonce que la maison de Mauzé « finit à Guillaume dit Porteclas, et qu'il ne laissa qu'une fille unique, laquelle épousa Renaud de Pressigny. »

GEOFFROI DE MAUZÉ. Il était fils aïne de Porteclie, aux termes d'une charte de 1218, « Gaufrido filio meo primogenito (66) »  et lui succéda comme seigneur de Mauzé

 

et de Marans; mais la mort (67) ne tarda pas à le frapper. Il n'existait plus cinq ans après, ainsi que le prouve une lettre de 1223 portant injonction par Henri III, roi d'Angleterre, à Savary de Mauléon, sénéchal de Poitou et de Gascogne, de saisir en son nom la terre qui avait appartenu à Geoffroi, seigneur de Mauzé, « GALFRIDI domini de MAUSY » et ses châteaux de Mauzé et de Marans, « et castella sua de MAUSY et de MARAON, » pour les garder jusqu'à ce que son héritier se fût acquitté de ce qu'il devait au roi (68)-  L'existence de Geoffroi de Mauzé, dont Duchêne n'a pas parlé est attestée en outre par une enquête faite vers 1268, et dans laquelle un témoin octogénaire parle du temps où vivaient Porteclie et son fils Geoffroi. « Petrus Sutaris octogenarius dicit quod tempore dni PORTECLIE et dni GAUFFREDI filii Sui vidit…. (69) »

GUILLAUME III DE MAUZÉ. Second fils de Porteclie, Guillaume succède à son frère Geoffroi. Il est nommé avec sa femme dans un acte du mois de mars 1221 « Et dons quarters de vigne qui sunt a Parigne (Périgny) on feu que sire W. (Guillaume) de Mause tenet à icet jor de par dame AIGLINE sa femme (70). » Il reparaît en 1234 dans une transaction entre les prieurs de Saint-Pierre et de Sainte-Croix de Mauzé (71) et en 1237, pour faire, du consentement de sa femme, un don à l'abbaye de l'Absie. « WILLELMUS  dominus Mausiaci et Morahanti assensu et voluntate Haeline uxoris nostre. »

plan2

 En 1240, il augmenta cette libéralité (72), et mourut peu de temps après, ainsi que le constate une enquête dressée vers 1245, dans laquelle sa veuve fut entendue en témoignage. « Domina AYNORDIS DE VIRCON relicta defuncti GUILELMI de MAUSE militis (73) »  Il ne me paraît pas douteux qu'Aigline, Aéline et Aynor ou Aliénor de Virson ne soient le même nom écrit de trois manières différentes par des copistes plus ou moins lettrés.

L'existence de Guillaume de Mauzé ne s'écoula pas calme et heureuse au milieu des graves événements qui s'accomplirent alors en Aunis.

A la mort de Philippe-Auguste, la guerre éclata entre Louis VIII et Henri III, et le roi de France, après s'être emparé de Niort, malgré la belle défense de Savary de Mauléon, vit les portes des autres villes de la province, celles même de La Rochelle, s'ouvrir devant lui.

Le château de Mauzé fut mis entre les mains de Hugues X de Lusignan, comte de la Marche, époux d'Isabeau d'Angoulême, veuve de Jean Sans-Terre. Hugues, qui combattait pour le roi de France, fit construire de ses deniers, ainsi que je l'ai déjà dit, la forteresse de cette place.

Il devait jouir pendant dix ans de la terre de Mauzé, pour payer la dot qu'il avait Pièces constituée à sa nièce Agathe; mais Louis VIII ayant reçu à La Rochelle l'hommage de Guillaume d'Apremont, le roi lui laissa la seigneurie de Mauzé, et pour tenir lieu au comte de la Marche des revenus qu'il devait toucher, lui donna en échange, au mois d'août 1224, les régales de l'évêché de Limoges.

Les lettres portaient que si le roi retirait ces régales, il s'en remettrait à ce qui serait décidé par Enguerrand de Coucy, Robert de Courtenay, bouteiller de France, et Matthieu de Montmorency, connétable de France.

Le traité n'était donc que provisoire; aussi, au mois de janvier de l'année suivante (1225), Louis VIII constitua-t-il à Hugues de Lusignan, pour tous ses droits sur Mauzé, une rente de 400 livres tournois, payable chaque année, le jour de Pâques, dans la ville de Poiters (74)

Enceinte féodale de Mauzé

Cet arrangement si simple et si clairement exposé dans les documents que je viens d'analyser ont été singulièrement défigurés par nos historiens de l'Aunis. Arcère (75)  prétend que Hugues de Lusignan répétait contre Guillaume d'Apremont les sommes qu'il avait déboursées, tandis que c'est le roi qui, spontanément, voulut maintenir les droits du comte de la Marche « Carissimus dominus Ludovicus rex volens jus meum illesum confirmari. » –Massiou (76) n'hésite pas à faire d'Agathe, nièce d'Hugues de Lusignan, la femme de Guillaume d'Apremont, et ajoute que le roi de France voulut s'attacher ce dernier en le libérant envers~l'oncle de sa femme. Or Guillaume d'Apremont, comme on le verra bientôt, au lieu d'Agathe, nièce du comte de la Marche, avait épousé Agnès, sœur de Guillaume III de Mauzé.–

Enfin, suivant M. l'abbé Dubois, Hugues de Lusignan avait soumis à l'arbitrage du roi ses prétentions sur Mauzé, et le souverain, en politique habile, avait donné satisfaction à ses deux vassaux, et, un an après, le comte de la Marche remettait une décharge au seigneur de Mauzé.

– Assurément M. l'abbé Dubois n'a pas lu cette quittance, car il aurait reconnu aisément qu'elle était remise au roi de France : « Ego Hugo de Lizegniaco comes notum facio me quitasse carissimo domino meo Ludivico regi Francorum…. Totum illud quod decebam me habere apud Mausiacum. »

En 1229, le château de Mauzé était gardé par Thibaud de Blazon, sénéchal de Poitou, et on voit par une déclaration de Valence, sa veuve, qu'elle promettait, au mois de décembre de la même année, de livrer le château à celui qui se présenterait porteur des ordres du roi « Et MAUSIACUM et omnia castella que tenebat defunctus de Blazon quondam maritus meus quando decessit (77)

château

Massiou donne à Thibaud de Blazon le titre de seigneur de Mauzé (78). Mais le fait d'avoir été chargé de tenir pour le roi le château de cette ville ne pouvait pas avoir eu pour conséquence de le rendre maître de la seigneurie.

L'année suivante, Guillaume de Mauzé promettait son concours au roi d'Angleterre, ainsi que nous l'apprend une lettre du  18 juillet 1230, par laquelle Henri III annonçait à l'évêque de Chicester ses progrès en Poitou :

Vestram cupimus scire paternitatem  quod sanos et incolumes benedictus Dominus nos misit in Pictavia, in quibus partibus quamplures nobiles attraximus ad servicium nostrum, videlicet. … WiLLELMUS DE MAUSIACO (79)

Mais bientôt la paix succéda pour quelques années aux agitations de la guerre, et Guillaume de Mauzé put jouir enfin tranquillement jusqu'à sa mort, arrivée, ainsi que je l'ai dit, vers 1245, des seigneuries de Marans et de Mauzé, qui passèrent alors à ses sœurs.

Ainsi s'éteignit en Guillaume III la descendance mâle de la maison de Mauzé, qui, pendant un siècle et demi, joua un rôle important en Aunis. (80)

Les seigneurs de cette famille portaient d'azur à la croix engreslée d'or, mouvant du canton droite  (81)

 

Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest

 

 

 

Les premiers Seigneurs de Mauzé sur le Mignon, descendants des Ducs d'Aquitaine ?  <==

1214 Jean Sans Terre part d’Angleterre en direction du Poitou, débarque à La Rochelle et marche sur Mauzé<==

Juillet- Aout 1224 - Prise de Niort, Saint Jean-d’Angely et La Rochelle (Louis VIII – Savary de Mauléon)<==

Gisants des ducs d’Aquitaine inhumés à l’abbaye de Maillezais, Guillaume VI – Eudes - Guillaume le Grand<==

Essai historique sur les Monnaies du Poitou et sur quelques autres Monnaies de la période anglo-française <==

 

 

 

 

 


 

(1) Hist de la Rochelle, t. p. 195.

(2) Dom Claude Etiennot de la Serre, bénédictin de Saint-Maur, mort à Rome en 1699, a laissé 4 volumes in-folio manuscrits sur les antiquités bénédictines du diocèse de Poitiers et 16 volumes in-folio des antiquités de l'Aquitaine (Dom Fonteneaut. LXVIII)  Il a fait lui-même un abrégé (in-4°) de ses antiquités bénédictines, dont il reste quelques copies. L'une d'elles m'a été communiquée par M. Trichet, avocat à la cour impériale de Poitiers.

(3) Dom Fonteneau, t. XIV, p. 575. Voir aussi Gallia christiana, t.II, col. 458, ad instrum. En 1058 ou 1059, il signa également la charte de restitution de cette localité à la même abbaye par les enfants de Guillaume de Parthenay. (Dom Fonteneau)

(4) Dom Fonteneau, t . xxi, p. 425. Vers la même Époque, Guillaume Bâtard restitue à l'abbaye de Nouaillé qnelques héritages voisins dont il l'avait dépouillée; il avait même détourné un cours d'eau qui faisait tourner un moulin appartenant à cette abbaye. (Archives du département de la Vienne, abbaye de Nouaillé, n° 93. Dn Fonteneau, t.lxx . –Dom Etiennot, Ant. Bened,  pars tertia, p. 634.)

(5) Archives du département de la Vienne, abbaye de Montierneuf vers 1080,n°4.

(6) Dom Fonteneau, t. xtx, p. 49. – voir aussi une charte vers 1081. (Ibid., p. 67.)

(7) Pièces justificatives, n° I.

(8) Guillaume le Grand était assez jeune lorsqu'il devint comte de Poitou en 990.

(9) Un Rainaud Bâtard, Rainalt Bastart, »  souscrit en 1022. (Dot Fom Fonteneau t.xxi, p. 367.) Vers la même époque (1025 ou 1026), on trouve aussi un Raoul Bâtard, « Radulfus Bastardus. »  ( Ibid., t. vt, p. 597.)

(10) M. l'abbé Dubois (p. 8, note 4) dit que la position de Germond n'a pas été déterminée. Il ne me parait pas douteux qu'il ne s'agisse de la localité de ce nom, chef-lieu d'une commune de l'arrondissement de Parthenay (Deux-Sèvres).

En 1003, Guillaume le Grand avait donné à Germond l'abbaye de Saint-Cyprien, Terram Germundi, ad villam construendam  (Arch. de Part., abb. St-Cyprien, n" 7.)

 

(11)           Arcére donne aussi cette date (t. i, p. 173); celle de 1050 (p. 129 du même volume) est sans doute une faute d'impression. Cette date fautive a été répétée par M. Dupin (Mem. stat. du départ. des Deux-Sèvres, an XII, in-f°, p. 208.) Le même auteur donne à tort au comte de Poitou le nom d'Othon de Provence.

 

(12) Interea Odo comes veniens a Gaconia voluit capere Germundum Cstrum, sed non potuit. Inde reversus, Mausiacum quem pari modo repugnan

 

 

(13) Voir la notice intitutée : De la domination des comtes d’Anjou sur la Saintonge, que j'ai publiée dans la Revue de l'Anjou (année 1855, t. n, p.496).

 

(14) Dans une bulle du pape Alexandre II(vers 1063), confirmant les dons faits à l'église Saint-Nicolas de Poitiers, et adressée à la veuve de Guillaume le Grand et de Geoffroi Martel, «  dilecte filie Agnetis, quondam Aquitam, ducis uxirus nobilissime, «  on lit ce qui suit : « Item Guilemus dux, tuus filius, predicte ecclesie Sti Nicolai (dedit) in fundo Mausiaco discalem redditum quem accipere solebat uxor sua. » Dom Fonteneau, t XII, p.629

 (15) On trouve vers 1088 un autre don fait apr Guillaume, comte de Poitou, à l’abbaye de Saint-Cyprien, et souscrit par Guillaume Batard et son fils, «  Willemo Bastardo, Willelmo ejus filio concedente, » de tous les droits qui pouvaient lui appartenir dans la terre de Doeil). Dom Fonteneau (t. vii, p. 225) dit que cette libéralité fut faite par le nommé Guillaume surnommé Comte; mais je ne pense pas que Comte soit ici un surnom déjà en 1003 la forêt de Doeil avait été donnée à l'abbaye de Saint-Cyprien par le duc d'Aquitaine; il ne me parait donc pas douteux que, dans la charte de 1088, il ne s'agisse du successeur de Guillaume le Grand. Le père de ce dernier avait donné à la même abbaye l'église de Maillezais; mais, son fils ayant fait un monastère de cette église, il remplaça ce don par celui de la forêt de Doeil, des coutumes de cet alleu, « consuetudines alodii de Daolio, » et de toute la terre inculte ou cultivée jusqu'à la forêt. (Arch. du départ. de la Vienne, abbaye de Saint-Cyprien, n° 7. Dom Fonteneau a publié un extrait de cette pièce, t. vi, p. 483.)

(16) BESLY (Hist. des comtes de Poitou, Preuves, p. 412. ) Rer. gall. Script., t. xiv, p. 773, note b. – VIALART (Hist. généal. de la maison de Surgères, p. 41).–M. l'abbé Dubois, en disant (p. 9) « qu'Eble de Chatelaillon était alors en son château de Benon, applique à ce seigneur ce qui, dans la charte, se rapporte au comte de Poitou.

(17) Le texte imprimé dans les Preuves de l'Hist. des comtes de Poitou p. 416, porte : Dedit pro amore Thomae quondam camerarii sui Senegundini cavillam que erat sua villana, et Massiou (Hist. De la Saintonge, t.I,p 475) traduit sans hésiter «  une femme seve appelée Cavilla. » Mais on sait que l'ouvrage de Besly ne fut imprimé qu'après sa mort, et que les chartes de ses Preuves sont remplies de fautes. Au lieu de Senegundini, Cavillam, il y avait évidemment dans l'original Senegundim ancillam. Par ancillae on désignait ordinairement les femmes placées dans la condition de Sénégonde. Aussi Besly, qui avait le texte sous les yeux, a -t-il traduit de cette manière. D'ailleurs Senegundini ne veut rien dire, et Cavilla n'est pas un nom de femme. Du reste la faute que je signale est peut-être une faute de copiste, car elle se retrouve dans une copie du cartulaire de Saint-Jean faite au XVIIe siècle (n° 5451 Bibliothèque impériale, f 161, et dans la copie de Dom Fontencau (t. lxiii p. 495).

(18) En titre était écrit :  Donum quod fecit  Willelmus dux Thome M° (monacho). (DOM Fonteneau , t. lxiii, p. 495.)

(19)  Art de vérifier les dates. - Comtes de Poitou.

(20) Mathitde se sépara de Guillaume en 1116 pour se retirer à Fontevraud, où elle mourut peu de temps après.

(21) T. xxvn ter. Notes sur un titre de l'année 1220, extrait de Rymer. C'est dans ces notes que Massiou (Histoire de la Saintonge t. iii p. -175) a puisé ce qu'il dit des baillis et des sénéchaux.

(22) Dom Fonteneau, t. Il, p. 19. Gallia christiana, t. n, col. 287, ad instrum.

 En 1211, un Pierre de Mauzé était au nombre des moines de l'abbaye de la Grâce-Dieu. (Dom Fonteneau, t. ix, p. 47.)

(23) Ibid, t xxvii ter, p 419

(24) Hist. Des comtes de Poitou, p.136.

(25) Dom Brial a traduit ad Burdellum par Le Bourdet; mais suffit de lire une autre lettre de 1148, écrite à Suger par Geoffroi de Rancon (Script. rer. gall., t. xv, p. 499), pour voir qu'il s'agit ici de Bordeaux, et non du village du Bourdet, situé à peu de distance de Mauzé. Il est difficile de comprendre comment un savant tel que Dom Brial a pu commettre une pareille méprise.

(26) Nam fideles regionis illius mihi hoc scripserunt quod inimici et burgenses in ispa civitate accidebant. (Lettres de Guillaume de Mauzé.)

(27) Rer. Gall. Script, t. xv, p. 186.

(28)           Abbesse de 1157 à 1174.

(29) Pièces justificatives, n° Ill.

(30) Pièces justificatives, n° V.

(31) Voir notamment des titres des années 1131 (Dom Fonteneau, t. XIII, p. 225, et LXII, p. 297); 1140 (ibid., t. xxv, p. 457); 1145 (ibid., t. xxv, p. 469); 1146 (ibid, t. xxv, p. 779), etc.

(32) Pièces justificatives, n° II.

(33) Voir les pièces justificatives, n°' III et V.

(34) Il y a lieu de croire que c'est lui qui signait à Bordeaux, vers 1156, la confirmation par Henri II des dons faits par Gui Geoffroi à l'abbaye de Maillezais. –Testes–Porteclius de Mausiaco. (Dom Fonteneau t. xxv,p.59 ; Preuves de l’histoire de Maillezais)

(35) Ainsi que le prouve un titre daté d'Antioche au mois d'avril 1140, extrait du cartulaire de l'église du Saint-Sépulcre de Jérusalem. ( DUCHESNE, Hist. généal. Des Chasteigners, p. 79, et Pr., p. 57.)

(36)  Dom Fonteneau, t.II p31

(37) II y a lieu de penser que Guillaume 1er de Mauzé avait en outre une sœur qui, de 1096 à 1115, épousa un des fils de Geoffroi, seigneur de Rochefort. Guillaume de Rochefort ne prit assurément le nom de Guillaume de Mauzé, « Guilelmo de Mausee, » que par suite d'une alliance avec cette maison. –(voir  Dom Fonteneau. xv, p. 69; mes notes sur quelques chartes relatives à Fouras (Bull. de la Soc. des Ant.. de l'Ouest, année 1849, p. 54), et mes nouvelles recherches sur la maison de ChatelailIon (Mém. de la Soc. des Ant. de l'Ouest, année 1855, p. 231 et 239.)

(38) Histoire de la Saintonge, t. i, p. 402.

(39) Don Fonteneau  t. xxv, p. 183 xxvii ter, p.193. - Cette pièce a été imprimée comme pièce justificative dans l'Histoire de l'abbaye de Maillezais, par M. l’abbé Lacurie, p. 272. (Mausec pour Mauzee  est une faute d'impression.)- Othon de Mauzé est aussi nommé dans d'autres titres, notamment vers 1135 (Dom Fonteneau, t. xix, p. 221). –Vers 1073, le seigneur de Marans s'appelait FULCHERIUS et sa femme Pétronille  (Dom Fonteneau  t. xxvn , p. 167). Othon avait peut-être épouse leur fille.

(40) Voir pièces justificatives, n°II

(41) RER. Gall. Script, t. xv, p. 499. Arcère a cité ce document (t. 1, p. 130).

(42) Pièces justificatives, n° V.

(43) THOMAS DUFFUS HARDY. Rotuli chart. in turri Londinensi asservati, t.i,p 30.

(44) RYMER Foedera, t.i, p 141. Autre trêve signée en 1206 (RYMER, nouvelle édition, t. p. 95).

(45) BESLY, Evêque de Potiers, p.119 et 120..

(46) TH. D. HARDY, Rot. litt. patent., p.i4.– Une autre somme d'argent lui fut payée en 1207 (Ibid. Rot. Mt. claus., p. 86).

(47)  Ibid. Rot. litt. patent, p. 31

(49)  Archives imperials, J. 192, n° 2. « Ceu sunt les transcrits, dans chartres Johan de Jard. 1225, on meis de juing….. veianz et oianz Père Raimond adonques arcbeprovère de La Rochelle, sire Constantin de Mause maire de La Rochelle. » Arcère (t. 11, p. 525) indique sire Guillaume de Mauzé comme maire en 1225; mais il ne fournit aucune indication pour les années 1225 et  1224, et il a soin de dire en note que les matricules qu'il a consultées ne s'accordent quelquefois ni sur les noms des maires, ni sur les années de leur mairie, ce qui expliquerait comment il désigne Constantin sous le nom de Guillaume. – D'ailleurs, en 1247, on trouve un Guillaume-Constantin de Mauzé (Archives impériales, J. 491, cahier H, p. 133 et JJ. 507, p. 150). C'était peut-être le même que celui qui exerçait les fonctions de maire en 1223.

(50) On trouve des exemples analogues pour plusieurs familles, celles de Sénéchal de Kerkado et de Parthenay-l'Arcbeveque, par exemple.

(51) Dom Fonteneau t.1 p 269.

(52) Pieces justificatives, n° VII. Dans sa notice historique sur la ville de Marans (p. 6), M. Alfred Etenaud appelle aussi Porteclie, Porrechie; il ajoute qu'il paraît être le plus ancien seigneur de Marans, ce qui est une erreur, ainsi que le prouvent les indications que j'ai fournies en parlant d'Othon de Mauzé. On trouve même en 1002 un don de quelques pêcheries et autres héritages en Aunis, fait à l'abbaye de Nouaillé par Girard de Marans et Gautier son fils (Gerardo de Marethando et Walterii filii sui). (Don Fonteneua, t. xxvii  ter, p. 49.)

(53) Hist. Général. Des Chasteigners, p 170 ; Preuves, p 85 et 86.

(54) En 1214, Pâques tombait le 30 mars.

(55) TH.D. HARDY Rot. litt. patent., p. 111. – RYMER, t. f, p. t82 dit Johannes Porcelinus. Dom Fonteneau (t. xxv, p. 275) n'a pas hésité à le considérer comme étant le même que Porteclie, « dont le nom, dit-il, aura été corrompu par Rymer, comme il a fait de quantité d'autres. » ARCERE (t. p. 206, en note) fait observer que dans la même page Porcelin est aussi appelé Porteclin par Rymer. Il se demande ensuite s'il ne faut pas traduire Mausy par Mauzé. Sur ce dernier point le doute même n'est pas permis.- Le document cité par Rymer est le seul où on trouve le prénom de Jean donné à Porteclie.–MASSIOU (Hist. De la Saintonge. t, p. 204) a parlé du siège de Milescu sans remarquer l'identité qui existe entre Porcelin et Porteclie. – M. l'abbé Dubois n'a rien dit à ce sujet.

(56) RYMER, nouvelle édition, t. I p.118.

(57) GUILELMI BRITONIS armorici Philippidos libro XII. Lib. VIII, vers 294. (Reg. gall. Script, tXVII, p.215)

(58) Rot. litt. pat., p114 bis, 118 bid.--Rot. chart., p. 196-199, etc.

(59) Rot.  chart., p. 201. Cette charte n'est pas citée dans l’Essai sur les monnaies de Poitou de M. Lecointre-Dupont (Mém. Soc. Ant. De l’Ouest, année 1840, p. 203).

(60) Pièces justificatives, n° VI. Massiou a publié cette pièce [t.II, p. ~455), mais d'une manière incomplète.

(61) L'original m'a été communiqué par M. Fillon. Cette charte a été publiée par M. l'abbé Lacurie dans les Preuves de son Hist de l'abbaye de Maillezais, p. 589; mais quelques fautes d'impression s'y sont glissées: ainsi on lit Hugonis de Oraio pour Ozaio ; Gaufredus Jugueaux pour Juqueaus ; N. Libroters pour Aprilis Libroters, etc.

Une charte semblable fut accordée par Pierre de Volvire, seigneur de Chaillé (DUCHENE, loco citalo, p. 24 Arcére,. t, p. 18 LA FONTENELLE Chron. Fontenaisienne, introduction, p. XI).

(62) Ce document a été publié par M. HUCHER dans son Essai sur les monnaies frappées dans le Maine, p. 40.

(63) Pièces justificatives, n XVIII et X.

(64) Pièces justificatives, n" X. La ville de Damiette fut prise le 5 novembre 1219 (Art de vérifier les dates).

(65) Dom Fonteneau, t. XLVI, p. 156.–Ce qui prouve que Porteclie mourut en 1218, c'est qu'à la date de cette année Renaud de Pressigny (Reginaldus de Precygne), qui avait épousé Letice, fille de Porteclie, prenait déjà le titre de seigneur de Marans, Dominus de Maranto, en faisant une remise de quelques rentes à l'abbaye de Maillezais ( ibid., t. xxvn ter, p. 199).

(66) Pièces justificatives, n° IX.

(67) Rot. litt. claus., p.529.

(68) Généalogie des Chasteigners, loco citato.

(69) Inquesta super Portu novo (Portneuf, petite anse entre La Rochelle et Chef-de-Baie) (archives impériales.j 1033, n°1) - Cette enquête était faite à la requête de Renaud de Pressigny. qui prétendait avoir droit de prendre la coutume, à l'exclusion un prévôt de La Rochelle, sur toutes les marchandises embarquées ou débarquées à Portneuf.

(70) Archives impériales, J. 192, n2. Ceu sunt les transcrits dans Chartres Johan de Jars. »

(71) Pièces justificatives,n XII.

(72) Pièces justificatives, n XIII.

(73) Archives imépriales, JJ. 507, p.150- « Querimonie contra Balivos »

(74) MARTENNE, Vetera Scripta, t. f,col.1189 et 1200.–Dom Fonteneau, XXVII,p. 665-667.

(75) Hist. de La Rochelle, t. r, p. 130.

(76) Histoire de Saintonge, t. II, p. 247 et 248.

(77) MARTENNE,  Vetera scripta,t. i,p 1255. – Dom Fontenau,t XXXVII bis, p675.

(78) Hist. De la Saintonge, tII, p 267.

(79) Champollion Figeac, Lettres des rois et reine de France et d’Angleterre, t I, p 36

(80) La dernière branche collatérale de la maison de Mauzé parait ne s’être éteinte qu’a la fin du XIIIe siècle. On rencontre en effet jusqu’à cette époque le nom de quelques héritiers de cette famille, notamment en 1295 un Geoffroi de Mauzé, «  Gaufredus de Mausiaco valetus, » dont les biens furent vendus aux enchères par ordre du sénéchal de Saintonge pour payer une partie de ses dettes, le chiffre de ce qu’il devait dépassant de beaucoup son actif. (Dom Fonteneau, t XXXVIII, p 147)

(81) Dom Fonteneau, t LVIII

31 mars 2020

Recherche dans les textes en latin du saint fondateur de l’abbaye de Fontevraud et examen des reliques du bienheureux Robert

Recherche dans les textes en latin du saint fondateur de l’abbaye de Fontevraud et examen des reliques du bienheureux Robert d’Abrissel

ROBERT, Robertus, tel est le nom, nomen, que reçut au baptême le petit Breton qui naquit en 1040. A ce nom, pour le distinguer de tous ceux qui en portaient un identique, fut ajouté un surnom, cognomen, qui n'était ni une qualification de sa famille, ni une appellation terrienne et féodale, mais simplement un surnom d'origine et de lieu de naissance.

En effet tous les historiens sont d'accord sur ce point que Robert vint au monde dans le village d'Arbrissel, ou d'Arbre sec, comme on dit maintenant, à quelques lieues de Rennes et près de la petite ville de la Guerche.

 Les textes que je vais citer a l'appui du nomen et du cognomen, sont extraits du cartulaire de Fontevraud, que possède la bibliothèque impériale (1) à Paris, et des chartes conservées aux Archives de l'empire. Or, dans ces documents des XIe et XIIe siècles, Robert est écrit en latin, de trois manières différentes en abrégé sous la forme rude ou adoucie, et enfin avec ou sans cognomen.

C'était assez l'usage, au moyen âge, de n'indiquer le nom de baptême que par une initiale (2). Aussi trouvons-nous simplement la lettre R pour signifier Robertus, dans les textes suivants « Deo et domno R. et monacabus in xpisti nomine sibi subpositis. »

« Donavi domno R. » « Domno R. et sanctim. Fontisebraudi. » « Donamus Deo et B. M. in perpetuum et domno R. » « In manu domni R. »

Robertus, quand il est écrit en entier, est bien la forme adoucie du nom, mais l'orthographe ancienne, basée sur une tradition originelle, l'étymologie et une prononciation dure, nous est révélée par une charte de 1114, où l'écrivain répète jusqu'à quatre fois Rotbertus, Rotberto, Rotbertum, et par un acte de donation qui se réfère à l'évêque Pierre II (1072) « Vir quidam magne religionis et bone opinionis nomine Rotbertus de Arbruissello. »

Le nom seul sans le cognom est assez rare, tandis que les exemples des deux réunis abondent.

Arbrissel, si nous consultons la tradition, qui fait encore loi de nos jours, serait le vrai cognomen, sans aucune altération. « M. Roberto de Arbrissello (1126) »

« Deo et domno R. de Arbrissello. » « Présente domno R. de Arbrissello. » « Domno R. de Arbrissello. »

Tout en maintenant cette forme, on la modifie par le changement de la seconde Sen C Per manum domni Rotberti de Arbriscello. »

L'i est mouillé et par conséquent précédé de l’u en plusieurs endroits « Domno R. de Arbruissello magne religionis et honestatis viro clarissimo. » – « Domno R. de Arbruissello et ipsius supradictis monachabus. » – « Domno R. de Arbruissello et ecclesie Fontisevraudi sanctimonialibus. » « Domno R. de Arbruissello, bomini scilicet religiosissimo, cujus admirabilis doctrina verbo sancte predicationis et thonitruo sancte cxhortacionis pcr totam ecclesiam et sua fulget eloquentia. »

I et R sont supprimés ou R change de place « Domno R. de Arbussello. » – « In manu magistri Roberli de Arbursello. »

Substituez maintenant l'E à l'l, et vous aurez, avec une ou deux S e In manu domni Roberti de Arbressello. » – « Domni Roberti de Arbresello. » « Ego igitur Robertus de Arbressello. » « Domno Roberto de Arbressello. » – « Per manum Domni R. de Arbressello. » « Domno R. de Arbressello. » « Domno R. de Arbresello. » – « R. de Arbressello magne religionis virum. »

Je n'ai plus qu'à signaler quelques singularités paléograpbiques, du genre de celles-ci « Dilectissimo fratre nostro R. de Erbressello, viro religioso. » « In manu Domni Roberti de Arbreslo. » – « In manu Domni Roberti de Herbrissello. » « Domno R. de Arbr. » « In manu Domni R. de Arb. »

J'arrive enfin à la traduction française qui, au XIIe siècle, nous donne « Rotbertus de Arbreisel, clarissimus vir ac Deo amantissimus. » « Domnus Robertus de Arbreissel, cum quibusdam de discipulis suis ac de ancillis Dei. »

Trois titres qualifient, à la même époque, Robert d'Arbrissel; ce sont ceux de vénérable, venerabilis, qui convient à la sainteté de sa vie, de maître, magister puisqu'il fut entouré de disciples, et de dom, qui est propre à tout l'ordre monastique, domnus.

En tête du dossier formé pour la Sacrée Congrégation des Rites, j'ai inscrit selon la version qui m'a paru la plus accréditée et la plus exacte « Andegaven et Pictaven. (3)

Confirmationis cultùs ab immemorabili tempore praestili venerabili servo Dei Roberto de Arbrissello, ordinis Fontebraldensis institutori. »

II

Robert d'Arbrissel mourut saintement au Prieuré d'Orsan, dans le diocèse de Bourges, le 25 février 1117. Son corps fut rapporté à Fontevraud, où il fut inhumé au milieu d'un concours extraordinaire de peuple.

J'emprunte au cartulaire de Fontevraud deux documents inédits qui concernent à la fois sa sépulture et ses œuvres, chartes précieuses destinées à transmettre à la postérité les regrets de l'illustre abbaye et chef d'ordre

« Antiquorum patrum sancsivit auctoritas ut quicquid ecclesiis tribueretur litterarum mémoriae traderetur ne oblivionis caligine deleretur. Notum sit omnibus tam futuris quam praesentibus quod eadem die quo magistri Roberti de Arbresello corpus Dei gratia de longinquo allatum in loco fontisebraudi quem, Deo auxiliante, fundavit, humatum fuerat, non minima multitudo religiosarurn personarum ad tanti viri funeris obsequium illic congregata fuerat, quarum una fuit Leodegarius Bitur. Ecclesiœ archiep., altéra Radulfus Turonorum archiep. cum Reginaudo Andegav. epo multisque aliis tam abbatibus quam sacerdotibus, quo rum non erat numerus. Hic fuit Fulco junior, Fulconi comitis Andegavorurn filius, cum innumeris populis. Ipso die peciit Gaufridus de Blazone (4), utpote valde desiderans anime sue salutem, ut Petronilla abbatissa F. E. a supradiolo Fulcone comite impetraret quatinus omnia que antea Ecclesie Fontis E, ipse Gaufridus pro salute anime sue dederat, scilicet domos suas, census, vineas, nec non et filias suas et omnia quecumque in hoc seculo hahere videbatur, ipse comes iterum in pleno capitulo, audientibus cunctis, concederet, quam peticionem supradictus cornes libenter exaudiens et voluntati abbatisse et supradicti Gaufridi desiderio ilico in capitulo satisfecit. Huic concessioni interfuerunt Berlaius de Monsterolo (5) et Gauberius de Monteserello (6) et Robertus de Blado et Gislebertus de Losduno (7) multique alii barones cum multitudine populorum. An. ab inc. dni. 1117, regnte Lodco fr. rege et Guillelmo Aquit. duce (8). »

« Eodem die in Diturica patria apud Ursanum preclara dormitio domni Roberti venerabilis presbiteri Kmi(9) Patris nostri. Qui vir christianissimus sancte Catholice Ecclesie Lucifer splendidus et in sancta predicatione alter quodam modo Paulus, Redonensis provincie fuit oriundus fonteque celestis doctrine funditus repletus et in omni religione probabiliter fundatus. A primo lapide, Deo auctore, Fontis Ebraudi Basilicam et ejusdem Basilice complures cellas fundavit, editicavit, multiplicavit et in eisdem locis, Deo inspirante, viros ac mulieres ad serviendum Deo omnipotenti fideliter coadunavit, quos etiam dùm adhuc in carne viveret sanctorum Patrum exemplis, regulis omnique sacrâ doctrinâ ad plenum informavit hic fortis athleta verbi Domini fidelissimus dispensator, dùm more suo ad exteras nationes predicationis sancte gracia procederet, apud predictum locum,quem, ipso Deo favente, edificaverat, qui Ursanus dicitur et a civitate que Bituricas vocatur fere duo de viginti miliariis, hoc est 12 leugis, disjungitur, vocante Deo, senex et plenus dierum, viam universe carnis ingressus, illo gaudente, terra plorante, glorioso fine quiescens, corpus terre, spiritumque polo tradidit, anno ab incarnat. Domiui 1117. Sed quoniam testante scriptura in muttis omnes offendimus et si dixerimus quia peccata non habemus nos ipsos seducimus, etc. (10) »

III.

Pétronille de Chemillé, première abbesse de Fontevraud (11), éleva sur la tombe de Robert d'Arbrissel, placée devant le maître-autel de l'église abbatiale, un monument en pierre, supporté par quatre colonnes trapues. Sur la dalle tumulaire dormait couchée l'effigie du saint fondateur, paré des insignes de sa double dignité de prêtre et d'abbé, la chasuble les gants, l'anneau et le bâton pastoral.

Le premier historien de la vie du bienheureux a décrit sommairement cette tombe romane, mais dans des termes tellement vagues, qu'on ne saurait pas, sans le témoignage de Pavillon qui affirme que Robert était représenté en relief (12), si l'effigie avait été sculptée dans un bloc, ou simplement gravée sur la pierre.

« Cujus mausoleum ante aram majorem quatuor columnis innixum erat: superiori saxo insculpta ejus effigies: habitus ei sucerdotalis, pedum pastorale, manus chirothecis tectae, insertus digito annulus (13). »

En 1621 l'abbesse Louise de Bourbon de Lavedan, faisant reconstruire le grand autel par l'architecte de la Barre, fut obligée de déplacer le tombeau du bienheureux, qu'elle renouvela et posa avec ses ossements, dans une arcade, à la droite de l'autel.

J'ai rencontré à la bibliothèque impériale, quelques notes inédites qui donnent des détails sur ce changement. Les voici :

« Elle fit chercher l'un des plus excellents architectes. Le R. P. Richer, abbé de Saint-Vincent du Mans, visiteur de Fontevrauld, luy enseigna M. de la Barre. Elle passa le marché avec luy…..

» Plus pour la cloison des 2 costez de l'autel et l'arcade de la sépulture de Nostre B. Père- 1350 liv. » En faisant les fondemens de l'autel, les ossements de Nostre B. Père furent trouvez. Made les fit mettre dans un coffret de plomb sous l'arcade à la partie dextre du grand autel et de l'autre costé les ossemens de Pierre, évesque de Poitiers, grand ami et contemporain de Nostre B. Père…

» Lad. Dame a fait faire à Paris l'effigie de marbre blanc de Nostre B. Père, pour le prix de 800 liv. et fut rendue icy le 10 juin 1624 (14). »

Ce tombeau réédifié était en marbre noir, avec une effigie de marbre blanc, représentant Robert d'Arbrissel, couché, vêtu d'une chasuble, la tête appuyée sur un coussin, les mains croisées sur la poitrine et les pieds nus.

L'aspect, assez peu gracieux de cette effigie nous a été conservé par un cuivre gravé qu'a acquis le musée de la ville d'Angers, et qui a été tiré pour la dernière fois, en 1861, pour le Répertoire archéologique de l'Anjou, n° de juillet (15).

Il est fort possible que cette statue ait été vendue en même temps que tous les marbres de l'abbaye, et il serait peut-être difficile d'en suivre la trace.

Cependant une partie du tombeau, m'écrit M. Gays des Touches, existe encore chez M. du Temple, au château de Saint-Médard (16), où les marbres ont été sciés et employés à faire des cheminées. Les inscriptions pourraient se lire, si elles n'étaient pas tournées contre les murs, mais elles n'offrent point tellement d'intérêt que nous ayons jugé utile d'en demander copie au propriétaire.

Ces inscriptions, gravées sur le soubassement du mausolée, sont de deux sortes; les unes allégoriques empruntent leurs sentences à l'Écriture Sainte, les autres racontent en abrégé la vie de Robert d'Arbrissel et les privilèges de soit ordre.

Je les reproduis toutes d'après le marquis de Gaignières, qui les a insérées dans son recueil d'Épitaphes (17).

« Memoria venerabilis Roberti in omni loco quasi mel indulcabitur ipse, est, directus divinitus in pœnitentia gentis et in diebus peccatorum corroboravit pietatem. » Eccli. 40 (18).

Au côté droit « Et vocaberis xdificator cepium avertens semitas iniquitatum et sustollam te super altitudines terrae. » Esai. 58 (19).

Au côté gauche « Et eris quasi hortus irriguus et sicut fons aquarum cuius non déficient aquae et aedificabuntur in se deserta saeculorum. » Ysai. 58 (20).

Plus bas « Exultabunt ossa humiliata. » Psal. 50 (21).

Sur la face principale « Adsta viator et perlege quod diu satis lacuit humana vox tibi lapis iste ac toti posteritati inclamat. Venerabilis quondam Robertus de Arbriscello vir admodum pius, et zelo animarum aestuans, divina qua plurimum poterat eloquentiae, ad Dei obsequium ac saeculi contemptum, multos utriusquc sexus mortales, qui eum ad deserta loca sequebantur, induxit eaque occasione ordinem Fontis Ebraldi primus instituit, variaque domicilia devoto praesertim foemineo sexui, extruenda curavit, quorum omnium caput esse voluit hocce monasteriim in quo abbatissam non solum virginibus aut mulieribus Deo dicatis, sed etiam religiosis viris praeposuit qui hoc vitae sequuntur institutum à sancta sede apostolica îam a sui exordio ad haec usque tempora approbatum variisque privilegiis regiisque muneribus auctum obiit anno M. C. XVII. ejus ossibus ac sacris tegendis cineribus Ludovica de Borbonio huiusce cœnobii atque adeo totius ordinis antistia hoc mausoleum novo pegmale adornatam totius ordinis nomine tanquam parenti optimo P. C. (22) anno M. DC. XXIII. »

 IV.

Capse Robert d'Arbrissel Fondateur Abbaye de Fontevraud

Le 24 novembre 1847, M. le curé de Saint-Maurille de Chalonne, délégué par Mgr l'évêque d'Angers, ouvrait en présence de plusieurs ecclésiastiques ou propriétaires de Chemillé, et d'un médecin de la même ville, la capse de plomb (23) que les religieuses Fontevristes venaient de recevoir, en vertu d'une autorisation ministérielle, de l'administration de la maison centrale de correction établie à Fontevraud. Or, d'après la tradition et l'inscription du couvercle, la capse devait contenir les restes du B. Robert d'Arbrissel, fondateur de l'abbaye de Fontevraud.

Voici cette inscription, gravée, sur sept lignes, en majuscules romaines par une main peu exercée

 EN. CESTE. CAPSE. SONT. LES. OS ET CENDRES DV DIGNE. CORPS

 DV. VENEBA. PERE ROBERT DARBRISSELLE INSTITVTEVR ET FONDATEVR

 DE LORDBE DE FONTEVRAVLT. SCELON QVON LES TROVVA EN

SON TOMBEAV QVAND IL FVT LEVÉ ET ÉRIGÉ EN CE LIEV POVR

FAIRE LE GRAND AVTEL PAR LE COMMEDEMENT ET BON SOING

DE DIGNE ABBESSE ET CHEF DV DICT ORDRE MADAME LOYSE DE

BOVRBON LE 5 DOCTOBRE 1622

Le procès-verbal (24), rédigé à celte occasion, raconte en ces termes l'ouverture de la capse « Nous avons ensuite fait ouvrir la capse et nous avons trouvé dans son intérieur une étoffe de soie damassée enveloppant une certaine quantité de poussière et d'os, parmi lesquels nous avons reconnu deux vertèbres presqu'entières et plusieurs fragments de côtes.

Nous avons remarqué aussi plusieurs petites pierres et divers morceaux de tuf qui ont sans doute été recueillis avec les restes du B. Robert d'Arbrissel, quand on les retira de son tombeau pour les renfermer dans cette capse. Mais ce qui nous a le plus frappé, c'est une parcelle d'or intimement unie et faisant corps avec un tissu grossier que nous avons reconnu être de laine brune, ce qui nous fait supposer que c'était une portion des vêtements du B. Robert d'Arbrissel d'autant plus que les Annales de Fontevraud disent qu'il fut enterré avec les vêtements de laine brune qu'il avait coutume de porter (25). »

 

V.

L'Église nomme Saintes Reliques et propose comme telles à la vénération des fidèles, non-seulement tout ce qui reste sur la terre de la dépouille mortelle d'un serviteur de Dieu, saint ou bienheureux, mais encore les objets qui furent à son usage ou que simplement son corps a touchés.

Or les reliques du B. Robert que nous possédons actuellement proviennent de ses ossements, de ses vêtements, de son suaire, de son tombeau et de son coeur. Il faut y ajouter son bâton abbatial en entier.

Lorsque le 12 avril 1860, au nom de Mgr l'évêque d'Angers, j'ouvris la capse du bienheureux (26), j'y trouvai:

1° Une assez grande quantité de cheveux bien conservés, les uns blonds ou d'un roux ardent, les autres tirant sur le noir, plusieurs tachés et agglutinés par la chaux. Une forte mèche de cheveux roux adhérait encore à un fragment de crâne.

2° Des cendres mêlées que je réunis en trois paquets.

3° Des morceaux d'ossements, en grand nombre, tant gros que petits, mais friables, sans forme distincte et roulés, comme un objet souvent ballotté et transporté. Leur conformation ostéologique et leur couleur uniforme, noire, me les ont fait attribuer à un seul et même corps. Quelques-uns portent encore des traces de chaux et semblent calcinés.

4° Une quantité non moins considérable d'ossements petits, blancs, couverts d'un sédiment épais que le séjour prolongé dans un endroit humide ou des infiltrations y ont déposé, comme autant de paillettes qui brillent à la lumière. J'attribue ces fragments à un second personnage.

Ici se présente une difficulté fort grave que j'exposerai franchement, discuterai, puis essaierai de résoudre.

L'inspection de la capse m'a amené à la constatation de deux corps différents. Le B. Robert n'y repose donc pas seul malgré l'affirmation de l'inscription du couvercle qui n'en mentionne pas d'autre.

Quel est donc ce personnage qui partage les honneurs d'une tombe commune, et lui aussi a-t-il droit à nos hommages?

 

 

VI.

L'objection nous est offerte dans toute sa force par le P. Nicquet, qui écrivait, en 1642, c'est-à-dire dix-neuf ans après l'exhumation, que les cendres du Revérendissime Pierre, évêque de Poitiers (27) furent jointes aux cendres du B. Robert dans un petit coffret de plomb. Je laisse parler l'auteur, pour ne pas affaiblir son autorité.

« Le tombeau du B. Robert fut refait en 1623, elabouré d'un exquis et très-agréable artifice, enrichy en divers endroits, sur des pierres de marbre noir, de beaucoup de traicts de l'Ecriture sainte gravés en lettres d'or. On y voit la statue du B. Père en marbre blanc, avec les habits sacerdotaux et le baston pastoral, gisant sur une tombe de marbre noir, sous la cambrure de l'arcade. Quand on ouvrit l'ancien tombeau on trouva des os entiers, lesquels on recueillit avec quantité de cendres, dans un petit coffret de plomb, on y joignit aussi les cendres que l'on trouva dans le sepulchre du Révérendissime Pierre, évesque de Poitiers, lequel pour l'amour qu'il portoit à notre sainct de Fontevraud, avoit voulu estre enterré auprès de luy, le tout enfermé ensemble dans ce coffret, fut mis dans le tombeau (28). »

Il est vrai, on peut opposer à ce texte formel, le témoignage de Cosnier, qui, un an avant le P. Nicquet, faisait ainsi le récit de l'exhumation du B. Robert.

 « Corpus igitur B. Roberti (ut loquitur Baldricus) in condigno sepultum est mausoleo et jacuit usque ad annum M. DC. XXII. quo Reverendissima Domina D. Ludovica de Borbonio Lavedam Abbatissa, statuens magnificum altare ac splendidum extruere et beatissimi Parentis sepulcrum exornare, jussit veterem tumulurn recludi. Inventa sunt autem quaedam ossa, pars bucli pastoralis quae tacta abiit in cineres, annulus et quœdam vetusta Fulchonis Andegaven. moneta, pars slola exserica, quae similiter dilapsa est in cinerem multique insuper pulveres. Omnia haec decenter ac religiose collecta sunt in lancem argenteam, deindè translata in aliud proximum sepulchrnm, quod fuerat Willelmi Pictauorum Episcopi cujus cineres pariter collecti in tumulum B. Roberti depositae sunt (29). »

Du rapprochement de ces deux textes de Nicquet et de Cosnier, pour ainsi dire contemporains du fait en question, que conclure? D'une part, accord sur les objets trouvés dans la tombe du Bienheureux, seulement Cosnier plus explicite ajoute à son énumération un anneau, une monnaie de Foulques d'Anjou et un fragment d'étole.

Cosnier et Nicquet parlent d'une capse qui renferma les ossements trouvés. L'un la dit en plomb, l'autre en argent l'évidence donne raison au Jésuite. Mais ce détail est peu important, parce qu'une erreur sur la matière, sur l'accessoire par conséquent, est facilement admissible.

Nicquet mentionne le tombeau de Pierre de Poitiers comme voisin de celui de Robert. Cosnier au contraire nomme cet évêque Guillaume (30). Il y a certainement présomption en faveur du premier. Cosnier favorise le sentiment de la réunion des deux corps lorsqu'il avance que ce fut le tombeau du bienheureux qui fut chargé de recueillir ce qui restait des deux amis.

Cosnier ne donne donc pas un démenti au P. Nicquet, puisqu'au fond la divergence consiste en deux points, l'un où Cosnier se trompe en nommant Guillaume l'évêque Pierre, l'autre où il ne précise pas si c'est dans la même capse que les deux corps furent réunis. En écrivant le même tombeau, il ne contredit pas suffisamment pour affaiblir, pour infirmer le témoignage si précis du P. Nicquet. D'ailleurs, admettons deux capses dans le même tombeau pourquoi une seule capse nous est-elle présentée aujourd'hui? Si l'on a sauvé l'une, pourquoi pas l'autre, puisque toutes les deux renfermaient des reliques que la dévotion populaire aimait à vénérer? D'où vient que l'administration des prisons, si soigneuse à restituer à l'Eglise ce qui appartenait à l'Eglise, n'a trouvé et rendu qu'une seule capse?

Je sais bien qu'on peut encore m'objecter une note manuscrite que j'ai citée plus haut et qui a d'autant plus de force qu'elle provient de Fontevraud même. Mais à ce texte, d'une authenticité contestable en droit, puisqu'il ne porte ni date, ni signature, j'opposerai un texte non moins formel, parce que les Bollandistes l'ont reçu directement de l'abbesse Louise de Bourbon, à la prière de qui furent insérés dans les Acta sanctorum, les Actes de Robert d'Arbrissel.

Si quelque doute pouvait subsister encore sur le mélange des ossements, je crois qu'il serait dissipé aussitôt par cette déclaration péremptoire « Ob hujus arae fabricam debuit B. Roberti paullo longius tumba submoveri, sub novo itidem posita, perquam affabre claboralo, mausoleo : cujus ad angulos varisae e sacra Scriptura sententiae, nigro in marmore litteris aurcis exornatae : effigies ejus albo è marmore, cultu sacerdotali, in tumba itidem marmorea recubans. Priore tumulo aperto ossa complura integra reperta sunt : quae in arculam plumbeam, cum non exiguâ copia pulveris, in quem cetera erant membra resoluta, itemque pulveribus in sepulchro Petri Pictavensis Episcopi repertis, condita sunt. » Bolland., p 598.

 

VII.

Je poursuis l'examen minutieux des reliques du bienheureux.

Vêtements. Le procès-verbal que je rédigeai lors de l'ouverture de la capse, mentionne expressément :

 1° Des fragments d'une étoffe brune, d'un travail grossier et qui peut avoir été le vêtement ordinaire du bienheureux, celui avec lequel il fut enseveli.

2° Des cordules de soie.

3° Des lambeaux d'un tissu de soie, que la dissolution du corps a teint en brun-marron. Etait-ce une chasuble, un vêtement d'église, ou le suaire primitif ?

4°' Un galon qui me parut destiné à border ce tissu de soie.

Si le mélange des cendres et ossements des deux amis est un fait certain, la confusion des vêtements n'est pas moins probable et il serait difficile, impossible même, d'assigner d'une manière indubitable à chacun celui qui lui appartint. Toutefois, l'attribution du n° 1 est fondée sur l'histoire aussi bien que sur les arguments les plus plausibles de convenance.

Suaire. En 1622, l'abbesse Louise de Bourbon enveloppa les ossements et les cendres dans un suaire de damas de soie jaune, dont je n'ai plus retrouvé que des lambeaux.

Néanmoins, pour permettre aux archéologues d'étudier à fond cette question, avant de faire sceller la capse par un plombier et d'y apposer le sceau épiscopal, j'eus soin d'extraire quelques échantillons de chacune des étoffes qu'elle contenait, suaire et vêtements, et de les déposer sous verre au Musée ecclésiologique du diocèse.

Tombeau. Quand le corps fut levé de terre, on ramassa, non-seulement ce qui l'avait composé, mais encore et par respect, le bois dans lequel il avait été renfermé et les pierres auxquelles il avait touché immédiatement. Aussi le procès-verbal du 12 avril contient-il cet article, sous le n° 10 « Scories noirâtres, mêlées de chaux. Terre noirâtre, calcinée. Eclats de bois. Morceaux de tuf ou de craie, réduits à l'état de globules. » Toutes parcelles dont je n'ai pas cru inutile de faire profiter en partie le Musée diocésain.

 

VIII.

Le cœur du B. Robert fut primitivement déposé dans l'église d'Orsan (31). Ce fait est établi d'une manière incontestable par le P. Nicquet et par Cosnier, dont voici des extraits, car je me tais volontiers, quand je puis laisser la parole aux auteurs qui ont toute autorité pour être crus.

« Cor tanti viri obtinuit conventus de Ursano, et ibi honorifica inclusum est pyramide, et continua pietate excultum; ita ut ara quae proxima esset,appellata fuerit usque in hodiernum diem Ara Sancti Cordis, multaque patrata fuerint miracula, etiamnum nostris diebus, quorum testimonia quaedam habemus, caetera vero negligentia saeculorum involvit silentio (32). »

« II (l'archevêque de Bourges) retint à Orsan, avant que de partir, le coeur de ce sien amy, et serviteur de Dieu; cette précieuse relique fut mise en une petite pyramide de pierre de la hauteur de trois pieds environ, que l'on voit encore à présent proche du grand autel, contre la muraille de l'église, du costé de l'évangile. Or cette pyramide n'est pas en son entier, un grand esclat en a esté osté dès l'an mil cinq cens soixante et dix, pendant les désordres des guerres de la Religion.

Le soldat de l'armée du duc des Deux-Ponts, qui entreprit de la rompre, après y avoir donné quelques coups, devint aveugle, quelques-uns ajoutent, que son bras demeura immobile…… Le soldat aveugle commence à ouvrir les yeux pour reconnoistre le péché qui l'avait aveuglé….. voue et accomplit au mesme lieu une neufvaine désireux d'essuyer l'outrage qu'il avoit fait au sainct. Il eut, au recouvrement de sa veuë, au bout des neuf jours, un effet d'une faveur du ciel (33). »

« De tout temps les processions se font à la Pentecôte à l'autel du Saint-Coeur, en l'église d'Orsan et ce cœur du serviteur de Dieu, n'a jamais eu autre nom que de saint Cœur (34). »

A ma demande, Mgr l'évêque d'Angers voulut bien s'enquérir du sort de cette précieuse relique. Sa Grandeur reçut en réponse la lettre suivante que daigna lui adresser S. E. le cardinal du Pont, archevêque de Bourges.

Bourges, le 26 février 1859.

» Monseigneur,

» Par votre lettre du 7 janvier dernier, vous m'avez fait l'honneur de me demander des renseignements ayant pour objet de savoir ce qu'était devenu le cœur du B. Robert d'Arbrissel, qui se conservait autrefois à Orsan, et tout ce qui pouvait se rattachera cette précieuse relique.

Je me suis empressé, Monseigneur, de faire faire des recherches à ce sujet. Mais malheureusement ces recherches ont été sans résultat. Il est même fort douteux, que le cœur du bienheureux fût encore à Orsan au moment de la révolution. Un digne ecclésiastique qui a beaucoup connu une ancienne religieuse de ce couvent, m'a dit qu'elle lui avait souvent parlé des reliques conservées dans la maison, sans avoir jamais nommé une si précieuse relique, ce qu'elle eût fait, selon toute apparence, si Orsan avait toujours possédé ce trésor. Je regrette vivement de ne pouvoir vous transmettre une réponse plus satisfaisante. »

 Agréez, je vous prie, l'hommage du respect et du dévouement avec lesquels je suis,

Monseigneur,

Votre très-humble et très-dévoué serviteur,

- CÉLESTIN, CARD.  DU PONT archevêque de Bourges (35). »

Si le cœur n'est plus à Orsan, n'y était même pas à l'époque de la révolution, tout n'est pas perdu néanmoins, car la cassette restituée aux Fontevristes de Chemillé et qui porte une inscription nommant la relique, contient une partie du vrai cœur du bienheureux.

Cette cassette, reproduite en dessin par le Répertoire archéologique de l'Anjou, 1860, n° de juillet, est en cuivre argenté, travaillé au repoussé. La forme ne manque pas d'élégance et rappelle parfaitement le style du XVIIe siècle. La boîte oblongue, supportée par quatre pieds en boule, est surmontée d'un toit aigu que couronne une croix et qu'accompagnent à sa base quatre vases tournés. Sur chacune des quatre pentes de ce toit est figuré un cœur enflammé qu'abrite une accolade armortie en fleur de lis.

La face principale de la boite porte, au milieu de rinceaux fleurdelisés et sur une tablette allongée, ces simples mots gravés et séparés par des étoiles :

COR • B • ROBERTI

Le revers est égayé par des rinceaux et des fleurs de lis. Le couvercle adhère par des charnières a la boite, qui est divisée ou plutôt close par une plaque de métal, dans laquelle deux trous circulaires ont été pratiqués pour recevoir deux fioles de cristal (36), dont le contenu poussiéreux est dénommé par une étiquette en parchemin où on lit en lettres noires, précédées d'initiales rouges

Cor B

ROBERTI

D'autres étiquettes, également en parchemin, authentiquent cette relique, dont elles fixent la translation à Fontevraud, au premier octobre 1646.

Tel est le texte de ces étiquettes, qui désignent trois sortes de reliques du cœur du bienheureux, des boites qui renfermaient ce cœur et du doigt de l'archevêque Léger.

« De la boëte de bois qui renfermoit lad. boëte d'yvoire et ledit coeur. De la boëte d'yvoire qui renfermoit immédiatement le cœur du B. II. (37) ROBERT, et qui se réduisit en morceaux. »

« Du cœur du B. H. ROBERT. – De la boëte d'yvoire où estoit ce cœur. De la boête de bois qui renfermoit l'un et l'autre. Du doigt de Leger, arch. de Bourges. »

« Le cœur du B. H. Robert fut translaté d'une partie de l'église d'Orsan, en un autre lieu, par le P. Jean Lardier, 1er visiteur de la province d'Auvergne, et en a réservé la portion qui est en cette boëte qui est un peu meslée de la poudre de la boëte de bois qui y tomba. Ledit P. Jean Lardier a faict enchâsser ce cœur dans ce grand vase en memoire d'une griefve maladie ou il fut dix jours en extremité et pour son subject mad. Jeanne Baptiste de Bourbon et la compagnie de Font-Evraud le voua au B. H. Robert et receut guarison. La translation dud. cœur fut faicte le 1er oct. .646. »

« Dans l'acte est escript et signé dans la page 185, du livre de la visite d'Auvergne marqué sur le dos K. F. F. en la 1 fenestre des chartres de Font-Evr. »

 

IX.

Les religieuses Fontevristes de Chemillé possèdent un bâton abbatial qu'elles vénèrent comme relique du bienheureux Robert (38).

Ce bâton, haut d'un mètre 45 centimètres, est en bois de chêne arrondi et diminué vers sa pointe, qu'arme une garniture en cuivre taillée à pans et divisée par deux boules d'inégale grosseur.

La partie supérieure, beaucoup plus ornementée, se compose de trois morceaux de cristal de roche (39), retenus par des viroles de cuivre ciselé et enfilées dans une tige également en cuivre, serrée au sommet par un bouton qu'orne une pierre violette. Or ces trois morceaux se superposent ainsi une boule formant nœud, un cristal oblong prolongeant le manche, et une traverse en olive fixée par des palmettes de cuivre el dessinant le Tau ou potence.

Tel était à cette époque le bâton abbatial, qui par sa forme différait de la crosse épiscopale contournée en volute.

Je n'ai point à insister sur un détail archéologique, fort connu et déjà savamment élucidé par les Annales Archéologiques de M. Didron (40), les Mélanges d'archéologie du P. Martin (41), et le Bulletin dit Comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France (42). Je tiens seulement à en préciser l'attribution.

Le style est conforme de tout point à l'époque du bienheureux et accuse la fin du XIe ou le commencement du XIIe siècle.

Mais là n'est pas la difficulté. Je veux seulement savoir et par conséquent rechercher quand Robert d'Arbrissel se servit de ce bâton, bien certainement bâton abbatial.

Ce ne dut pas et ce ne put pas être à Fontevraud puisqu'il n'en fut jamais abbé, la juridiction spirituelle ayant été dévolue entièrement et sans réserve, par le fondateur lui-même, à la seule abbesse.

Je ne m'arrête point à discuter si ce bâton fut celui de Pétronille de Chemillé, parce que j'admets la tradition qui n'est sous aucun rapport invraisemblable. Mais je crois qu'il faut remonter dans l'histoire plus haut que la fondation de Fontevraud, et ne pas craindre d'affirmer que ce bâton servit à Robert d'Arbrissel pendant son abbatiat à la Roë.

Or Robert fut le premier abbé de la Roë, abbaye fondée au diocèse d'Angers, en 1093, et confirmée en 1096. Une charte de l'abbaye le nomme « Dominus Robertus de Abrissel, primus Pater congregationis de Rota. » Cosnier, page 21.

Une autre charte, d'une date postérieure, n'est pas moins explicite « Nullus hominuin derogare audeat operi misericordise, quod fecit olim Dominus Robertus de Arbrisel primus Frater et Pater vestrae congregationis (43). »

 

 

 X.

J'aborde maintenant la question liturgique et je vais essayer de produire quelques témoignages en faveur du culte public.

Trois documents me sont fournis par les manuscrits provenant de l'abbaye de Fontevraud et qui sont actuellement entre les mains des Fontevristes de Chemillé.

Le premier est un Coutumier rédigé sous l'abbatiat de Mmc de Rochechouart (44) et remis en ordre par Mme d'Antin, en 1775.

La fête du bienheureux y est ainsi réglée, avec un cérémonial particulier.

« VIGILE DE St MATHIAS.

» Le jour de cette vigile, on dit la messe comme il est dit aux vigiles d'apôtres. Si elle se rencontre en carême, on n'en fait rien.

» Ce jour là, on commence la neuvaine du bienheureux S. Robert: on dit une messe, à six heures du matin.

» Après l'eau bénite de vêpres, on commence le salut par le Te Deum et l'hymne Cingebant pariter, et, s'il y a mandatum (45), il se fait avant le salut. Toutes les cloches doivent sonner.

» Si c'est en carême, il commence à quatre heures et, s'il y a vigiles, c'est à quatre heures trois quarts, et quand il y a mandatum, à cinq heures un quart, ensuite on fait le mandatum et de là on va à la collation qui doit sonner à l'ordinaire.

» Le jour de la fête du bienheureux Robert (46), on fait l'exposition du St. Sacrement, à six heures du matin on sonne la grosse cloche à cinq heures et demie.

 » Après la bénédiction, on commence la messe et l'exposition; si c'est dans le carême, on dit prime, sitôt que la communion est donnée, en cas qu'il y ait vêpres le matin. Il est fête ce jour là et le père sacristain ne souffre point qu'on travaille dans l'abbaye, non plus que le jour de S. Benoît et de la Visitation.

» Il y a migravit à prime; il faut aclocher (47) aux versets pour faire sonner les grosses cloches. C'est l'armoire qui doit le chanter. La Communauté est debout pendant qu'il se chante. Etant fini on fait une petite pose. La supérieure frappe, puis on s'assied pendant la Calende et on fait cesser la grosse cloche.

» En carême, on dit prime, tierce, la grand'messe de S. Mathias et sexte; il n'y a point de procession du saint. La messe de prime se dit pendant les offices. » On sonne le premier coup à neuf heures et un quart, on dit none, ensuite on fait la procession dans les cloîtres, on y chante l'hymne et le répons de la Ste Trinité, à la fin duquel la chantre prend le répons Da mihi, il se trouve à la fin du processionnal, à l'action de grâces.

» On y porte le bâton miraculeux de notre bienheureux Père, tout le petit couvent (48) doit s'y trouver; au retour, madame chante l'oraison et elle prend la grand'messe qui est de la Ste Trinité.

» On sonne vêpres à l'évangile.

» Si c'est en carême, on sonne le sermon à trois heures, ensuite le salut, on y chante ce que madame a ordonné après le Monstrate, la chantre entonne Dixit Dominus matri suoe après la bénédiction on chante le Te Deum, le prêtre dit à la fin le verset Benedicamus patrem et l'oraison de la Ste Trinité.

 » Hors le carême, on commence à sept heures prime, tierce, la grand'messe, sexte on ne fait point la procession du saint.

» A neuf heures et demie, on sonne la procession; le reste se fait comme ci-dessus.

» Tous les jours de l'octave, on dit une messe à six heures et on a permission d'y communier.

» Le jour que nos pères chantent la messe du S. Esprit (49), si c'est en carême, l'office se dit de suite la messe de prime se dit pendant les offices, on sonne vêpres à dix heures et demie.

» Hors le carême, on prend un jour de jeûne, afin d'avoir assez d'espace pour chanter l'office qui ne se dérange point.

» Si S. Robert arrive un dimanche de carème, il est remis avec la fête de S. Mathias au lundi, avec les indulgences. »

Le second document est l'hymne de S. Robert, que mentionne le Coutumier. Je la transcris sur un manuscrit du XVIIIe siècle, contenant les prières de la Neuvaine et d'autres prières à l'usage des religieuses (50).

 

HYMNE DE SAINT ROBERT.

Cingebant pariter

Purpuream crucem

Jesus Virgo parens

Chorus et assecla

Ambos cum moriens

Spectat et alterum

Commendat pius alteri

 

II

Matri discipulum

Filius obsequens

Prole substituit.

Mox studio pari

Matrem discipulo

Vindicat et novo

Firmat fœdera vinculo.

 

 

III.

Hoc, Roberte pater,

Fœdus in ipsum

Dum quos eximiis

Legibus erudis

Hanc utramque jubes,

Reddere moribus

Nec non obsequius vicem

 

IV.

Nunc ô posce tuis

Posce sequacibus,

Duplex ut tuus his

Spiritus haereat,

Nunquam dissocient

Odia quos amor

Tantus copulat invicem

 v.

Fac hostis superent

Tela nequissimi.

In vitae variis

Sordibus adjuva.

Sacrae fac pretio

Mortis ad ultimum

Cœli praemia comparent.

 VI

Francorum super haec

Lilia protege,

Devota quae alias

Gentis heu malam

Sortem commiserans

Finibus Anglicis

Fac exors redeat fides

 

VII

Jesus, sit tibi laus

In cruce virginum

Amborum médius,

Qui medius Patris

Verbum cuncta creans

Atque paracliti

Regnans saecla per omnia. Amen.

Ora pro nobis, sancte Roberte.

Ut digni effîciamur promissionibus Christi.

OREMUS.

Beati Roberti confessoris tui quesumus, Domine, salutaribus institutis eruditi fac nos eodem interveniente in eam filii tui Domini nostri Jesu Christi partem venire cujus nos aemulatores esse prestitisti. Per eumdem Dominum.

Le troisième document est une consultation de la Sorbonne, relative à l'indulgence plénière (51) que gagnaient les religieuses, le jour où elles fêtaient saint Mathias.

Je dis saint Mathias, et non pas saint Robert, parce que c'est un principe de droit que l'on n'accorde pas d'indulgences à l'occasion de saints non- inscrits dans le martyrologe romain ou non canonisés (52).

« Il a été décidé en Sorbonne par Messieurs du conseil de conscience, en 1782, sur le vu du bref d'indulgence plénière accordé, à tout l'Ordre de Fontevrault, le jour de saint Mathias, qui arrive, suivant le calendrier romain, le 24 février, que si cette fête est transférée au jour suivant non empêché, soit parce qu'elle arrive les dimanches de la Sexagésime, Quinquagésime, Quadragésime, ou jour des Cendres, les dites indulgences, suivant les termes exprimés dans le dit bref, ne sont pas attachées au jour où tombe, suivant le calendrier, la fête de saint Mathias, mais au jour où on fête et fait l'office dudit saint en l'honneur duquel elles ont été demandées et obtenues; et que c'est aussi en ce jour qu'on doit exposer le Saint-Sacrement, si on est dans l'usage. »

 

XI.

Le Coutumier vient de parler du Migravit ou nécrologe de l'abbaye de Fontevraud, qui se lisait à prime. J'ai voulu le consulter à la Bibliothèque impériale, pour pouvoir le citer.

Il est remarquable que le nom de Robert d'Arbrissel n'y soit pas précédé de la qualification de bienheureux ou de saint. Or ce nécrologe date du XIVe siècle, selon la suscription qui est en tête:

« L'an de grâce 1395 fist Janne Gautère relig. du Moustier de Fontebrauld, escripre ceste kalende ad loneur de Dieu et de la Vierge Marie à l'usage dudit moustier et convent, et pour faire chacun an son anniversaire et cousta ladite kalende le pris de seze frans et demy (53). »

Telle est la note du Migravit qui concerne Robert d'Arbrissel

« Février

» Le 23 Nostre très Rd P. Me Robert de Arbrincelles fondateur de l'Ordre de Fontevr. vigiles les Repons comme le jour des Morts et 2 jours en suivi vigiles à 3 leçons (54). »

Gaignières a fait copier deux autres Migravit. Le premier, qui est celui de S. Lazare, quoique très-long, n'a même pas une mention pour Robert d'Arbrissel.

 Le second, qui appartenait à l'abbaye de Fontaines, parle du père, de la mère, de la nièce du fondateur, de la première abbesse instituée par lui, mais se tait complétement sur Robert lui-même.

« Februarius. 3° nonas. Orvendis Mater Domini nostri Roberti patris nostri. » « Januarius. XVI. Kal. febr. Fulcodius pater Domini Roberti patris nostri. « Aprilis. 8 Kal. maii. Domina Petronilla incomparabilis et inrecuperabilis mater nostra à Domino magistro nostro Roberto Ecclesie Fontisebraudi prima constituta abbatissa. »

« Martius. Rien de Robert. 2°. nonas Ennargand monaca nepta Domini Roberti patris nostri, »

XII.

Les calendriers des livres liturgiques de Fontevraud sont devenus de véritables obituaires, depuis qu'ils se sont enrichis, au jour de leur décès, de la nomenclature des principaux personnages, fondateurs ou bienfaiteurs de l'abbaye.

En 1513 et 1526 (55), la mort de Robert est ainsi enregistrée « VI Kal. mart. Matthie Apostoli. Duplex. Obitus Reverendi patris magistri Roberti de Abrynscello nostri ordinis institutoris. »

En 1527, 1544, 1545 et 1595 (56), cette simple mention a disparu pour ne reparaître qu'en 1606, sous cette forme analogue, au jour de saint Mathias « Obitus Reverendi Patris magistri Roberti de Arbrynscello nostri ordinis institutoris. »

En 1581, même silence dans le beau manuscrit, couvert d'émaux, que possède l'église de Saint-Rémy à Reims (57).

Le P. Sirmond, qui a rapporté la Chronique de Saint-Aubin, ne nous apprend rien de plus quant au culte public, dans cette phrase purement historique

 « Anno MCXVI. Obiit Robertus de Arbrissellis, V. Kal. Martii. Iste fuit fundator monasterii Fontis Ebraldi. »

 

XIII.

Du Saussay a donné une place à Robert d'Arbrissel parmi les corollaires de son Martyrologium Gallicanum, ainsi que l'abbé Chastelain dans son Martyrologe universel, mais ce dernier semble le considérer simplement comme un pieux personnage puisqu'il n'ose même pas le décorer du titre de bienheureux, que lui accorde du Saussay.

Voici ce qu'il en dit, au tome I, page 97 (Paris, 1709):

«  1116. A Orsan en Berry, le décès du vénérable Robert d'Arbrisselles, prêtre, fondateur de l'abbaye de la Roë, près de Craon en Anjou, sous la règle de saint Augustin, et instituteur de l'ordre de Fontevrauld, sous celle de saint Benoist. Ursani. R. de Arbusticellis. Mort le jour de saint Mathias en bissexte. Rota. Credo, onis. 0. Fontebraldensis. »

 

XIV.

« Es anciennes litanies de l'Ordre, après l'invocation de saint Benoist, on adjoustoit Sancte Roberte magister bone, ora pro nobis, et ceste mesme prière estoit autrefois commune en la bouche du peuple, ès quartiers de Berry et de Poictou depositaires de ses sacrées reliques (58). »

« Mais l'on rendit bien dans la suite d'autres honneurs à nostre saint (Robert d'Arbrissel), car comme l'estime de sa sainteté s'accrut toujours de plus en plus, l'on mit son nom dans les litanies de l'ordre après celuy de saint Benoist, et dans les calendriers du Missel et du Breviaire, afin qu'on en fist mémoire tous les ans au jour de son decez (59). »

Nicquet, qu'on vient d'entendre, écrivait en ̃1642. Or, malgré ses affirmations, je puis avec plus de certitude, contester son autorité, car, dans aucun livre liturgique des XVIe et XVIIe siècles, jusqu'à la fin du siècle dernier, je n'ai vu saint Robert figurer ni après saint Benoît, ni ailleurs, dans les litanies de l'Ordre, et si son nom est inscrit dans les calendriers du Missel et du Bréviaire, ce n'était pas afin qu'on en fist mémoire comme d'un saint qu'on glorifie et qu'on intercède, mais plutôt comme d'un personnage qui peut encore avoir besoin de prières et pour l'âme duquel on offre le saint sacrifice.

 

XV.

Dès le XIVe siècle, le non-culte est incontestable, ainsi qu'on peut s'en convaincre par le Migravit de 1895 qui ordonnait de réciter, pour l'anniversaire de Robert d'Arbrissel, les vigiles des morts pendant trois jours consécutifs, la veille, le jour et le lendemain du décès.

 Le Missel, publié par les soins de l'abbesse Eléonore de Bourbon, en 1606, est plus explicite encore, car il contient une rubrique qui prescrit que, tous les mardis de l'année, une messe de Requiem, soit célébrée, le matin, à l'issue de Matines, pour le Révérendissime instituteur de Fontevraud. Je cite textuellement la rubrique

« Singulis diebus super hebdomadam, si non sit missa propria alicujus festivitatis, aut sicut dictum est supra…. missa rnatutinalis celebretur pro defunctis REQUIEM ut sequitur…. (60).

» Feria tertia, pro Reverendissimo institutore nostro. Oratio. Beati Apostoli. Episto. Ecce myslerium vobis dico. Evangelium. Ego sum panis vivus. »

Voici cette oraison, qui est celle que l'on dit pour un prêtre défunt, pro sacerdote:

« Beati Apostoli tui Pétri, quaesumus, Domine, intercessione nos protege et animam famuli tui sacerdotis sanctorum tuorum junge consortiis. •

La rubrique de l'épître s'exprime ainsi

« Feria iij. Pro reverendissimo patre institutore nostro seu sacerdotibus epistola sequens dicitur ad Corinthios, 1. 15(61). »

 

XVI.

Plusieurs attributs caractérisent, en iconographie, le bienheureux Robert. Ce sont :

L'Esprit-Saint, qui, sous la forme d'une colombe, l'inspire dans ses prédications; le surplis, couvert du camail, qu'il porte comme missionnaire apostolique la chasuble, dont il est revêtu, parce qu'il fut prêtre; l'anneau, la mitre et le bâton, qui symbolisent la dignité abbatiale.

Nous avons du bienheureux quelques représentations peintes ou gravées, qu'il importe de ne pas négliger dans ce travail spécial.

La première gravure date de 1667 et accompagne l'ouvrage de Pavillon. Elle est signée Vallet sculp. La lettre porte « Le vénérable serviteur de Dieu Robert d'Arbrissel, instituteur de l'ordre de Fontevrauld. »

Robert est agenouillé devant un crucifix, planté sur un rocher, d'où sort une fontaine, et qui lui dit: « Inspice et fac secundum exemplar quod tibi in monte monstratum est (62). «   Le Christ s'adresse également à Marie qu'il confie à saint Jean « Ecce filius tuus (63), » et à l'apôtre qu'il donne pour fils à la Vierge « Ecce mater tua (64). »

Aucun des trois personnages n'est nimbé le Christ seul a la tête rayonnante. Robert se distingue par ses cheveux rasés et coupés en couronne, le costume monastique, le chapelet (65) au côté et les mains étendues. Au commencement des dissertations du P. de la Mainferme, figure la même gravure, mais réduite et différenciée, seulement en ce que l'artiste y a ajouté un scapulaire court, des rayons autour de la tête, une mitre et une crosse couchées à terre. On lit à la lettre « B. Robert d'Arbrissel, instituteur de l'ordre de Font-Evrauld. »

Cette gravure date de 1682, et la suivante de 1648, époque à laquelle elle fut chargée d'illustrer le livre du Fr. Sébastien Ganot.

Robert prêche, dans la forêt de Craon, devant une foule considérable d'hommes et de femmes qui l'écoutent attentivement. Il est vêtu du surplis bordé de dentelles et du camail auquel pend un scapulaire fort court. Une colombe qui voltige à ses côtés, lui souffle à l'oreille les choses qu'il doit dire.

La légende, empruntée à Baldric, explique la présence de cette colombe, qui symbolise son éloquence persuasive et entrainante, ainsi que l'Esprit de Dieu dont il est rempli. « Intellexit Vrbanus PP. II quod Spiritus Sanctus os ejus aperuerit. Baldr. in vita B. Robertj. » La gravure est signée :  J. Seguenot. fecit. » et intitulée « S. Robertus de Arbrissello fvndator ordinis fontis-ebraldi concionator apostolieus. »

Les deux tableaux sur toile qui ornent l'intérieur du monastère des Fontevristes de Chemillé, ne remontent pas au-delà du XVIIe siècle et proviennent de l'ancienne abbaye.

Le premier, d'un style remarquable, représente une crucifixion (66). La Madeleine baise les pieds du Sauveur, qui parle à sa mère et lui recommande saint Jean :  mvlier filivs ivvs. Marie présente à son Fils l'abbesse Pétronille ce doit être le portrait de l'abbesse qui a fait exécuter le tableau agenouillée, les mains jointes, l'anneau à l'annulaire de la droite et la crosse tournée en dedans et appuyée sur son épaule. Vis-à-vis, saint Jean, à qui Jésus dit Ecce mater tva, sert de protecteur au bienheureux Robert, agenouillé, barbu, âgé d'environ quarante ans, vêtu de noir et priant les mains jointes. A ses pieds est un bourdon de prieur, que surmonte une statuette de saint Jean abritée par un dais. Aucun des personnages figurés sur ce tableau n'est nimbé.

Je serais porté à croire que le deuxième tableau fut peint pour accompagner, en 1646, le cœur du Bienheureux qui, sans doute, plus d'une fois et sur un autel particulier, fut exposé à la vénération publique.

Au ciel, Dieu le père, nimbé d'un nimbe triangulaire et entouré d'anges qui l'adorent, regarde avec amour le cœur de son Fils bien-aimé, au-dessus duquel plane la colombe divine. De ce cœur percé et saignant, jaillissent des flammes que domine la croix; il est ceint d'une couronne d'épines et placé sur un autel dont le parement rouge est brodé d'un cœur. Sur l'autel, garni d'une nappe pendante, sont rangés une croix, deux anges adorateurs, un tabernacle de bois doré et sur le gradin six chandeliers d'inégale hauteur. A la droite de l'autel et à genoux, mains jointes, prie, suivie de ses religieuses, Marie Magdeleine Gabrielle de Rochechouart, qui fut abbesse de 1660 à 1704 (67).

Près d'elle repose sa crosse abbatiale et son écusson, qui se blasonne Fascé, ondé, endenté d'argent et de gueules de six piéces (68), abaissé sous le chef de l'ordre, qui est de gueules, à deux clefs en sautoir, l'une d'or, l'autre d'argent et une Vierge, également d'or, sur le tout (69). Couronne de marquis.

Au côté gauche, et suivi de ses religieux, Robert agenouillé offre à Dieu son cœur enflammé de l'amour céleste. Il est nimbé, habillé en robe noire, surplis à dentelles, camail à capuchon terminé en pointe sur les épaules et en manière de scapulaire par devant. A terre et à ses pieds est un bourdon ou bâton prioral, surmonté d'une statuette de saint Jean (70).

XVII.

Oettinger, dans sa Bibliographie biographique universelle (Bruxelles, 1854), consacre un article en treize numéros aux ouvrages qui parlent de Robert d'Arbrissel.

Je tâcherai d'être plus complet, car pour quiconque étudie sérieusement, il importe d'être parfaitement renseigné sur tous les ouvrages à consulter (71).

1° Pelletier (Laurent). « Légende de Robert d'Arbrisselles, avec le catalogue des abbesses de Fontevrault. » Angers, 1586, in-4°. (Bibl. d'Oettinger.)

2° « Baston de déffence, et mirover des professevrs de la vie régvliére de l'abbaye et ordre de Fontevrault » (par le F. Yues Magistri de Laual). Angers, 1586, pet. in-4, vél. Cet opuscule faisait partie de la bibliothèque de Mer Guillon, évêque du Maroc.

3° « Fontis Ebraldi exordium complectens opuscuila duo cum notationibus de vita B. Roberti de Arbresello, Fontebraldensis ordinis institutoris et quaestionibus aliquot de potestate et studio abbalissae, studio et operâ Michaëlis Cosnier, sacerdotis Pictavensis, in eodem loco parochi. » Flexiae, G. Griveau, 1641, petit in-4° de 317 pages. (Bibl. de l'évêché d'Angers.)

4° « Histoire de l'Ordre de Fontevraud. » Paris, Michel Soly, 1642, in-8° de 547 pages, avec une table. Signé à la dédicace « Honorat Nicquet, de la Compagnie de Jésus. » (Bibl. des Fonlevr. de Chemillé.)

5° Autre édition de Nicquet, Paris, 1646. (Bibl. d'Oettinger.)

6° Traduction en français de l'ouvrage de Cosnier, par Jean Chevalier. La Flèche, 1647, in-8° (Bibl, d'Oettinger.)

7° « La vie du Bien-heureux Robert d'Arbrissel, fondateur de l'ordre de Fontevrauld. La Flèche, G. Griveau, 1648, petit in-8°, signé à la dédicace à la Reine régente: « F. Sebastien Ganot, de l'ordre de Fontevrauld, » avec une planche gravée. Cet ouvrage contient en 384 pages 1° la vie du B. Robert par Baldric, évêque de Dol, lat. et fr. (1); 2° les dernières années et la mort du Bienheureux, par Fr. André, de l'ordre de Fontevraud, latin et français; 3° Les Maximes de la vie spirituelle tirées de la vie, de l'esprit et de la conduite du B. Robert. ». 49 pages. (Bibl. des Fonlev. de Chemillé.)

8° « La gloire ou les éminentes vertus du bienheureux Robert d'Arbrissel, fondateur de l'ordre de Fontevrault. » La Flèche, G. Griveau, 1648, petit in-8° de 476 pages. Ouvrage anonyme de Fr. S. Ganot. (Rare.) (Bibl. des Fontevr. de Chemillé.)

9° Raynaudi, S. J. « Trias fortium David Rob. de Arbrissello; S. Bernardus; Caesar de Bus. t Lugduni, 1657, in-4°.

10° Bollandistes. Acta sanctorum, Februar. t. III, 1658, p. 593-616 (73). On y trouve reproduites les vies de Robert par Baldric, d'après les deux éditions de La Flèche (1640 et 1647), et par Fr. André, le tout augmenté d'une introduction et de notes.

11° « La vie du bien-heureux Robert d'Arbrissel, patriarche des solitaires de la France, et instituteur de l'ordre de Font-Evraud, divisée en deux parties et justifiée par titres rares, tirez de divers monastères de France, d'Espagne et d'Angleterre. » Paris, François Coustelier. Saumur, François Ernou, 1666, in-4° de 634 pages. Signé à la fin de l'épître dédicatoire « B. Pavillon. » (Bibl. de la ville de Poitiers.)

12° Giry (François). « Beati Roberti Arbrissellensis, ordinis Fontebraldensis conditoris, vita, transitus, epitome vitae, elogia et miracula, » Rothomagi, L. Maurry, 1668, in-8» de 224 pages. (BibI. de l'Arsenal, à Paris.)

13° « Dissertationes in epistolam contra B. Robertum de Arbrissello ordinis Font-Ebraldensis fundatorem et doctorem theologum Parisiensem, scelerate confictam à Roscelino haeretico sub nomine Goffridi Vindocinensis abbatis, tomo autem decimo quinto magnae Patrum Bibtiothecae inconsulte relatam. » Salmurii, F. Ernou, 1682, in-8» de 168 pages. Ouvrage du P. de la Mainferme. (Bibl. des Fontevr. de Chemillé.)

14» Brevis confulatio epistolae a Roscelino haeretico in B. Robertum de Arbrissello, nequiter confectse sub nomine Goffridi Vindocinensis  abbatis. Salmuri, Ernou, 1682,in-8° de, 23 pages, avec une planche gravée. (BibL de l'Arsenal, À Paris,)

15° De la Mainferme (R.P.):« Clypeus nascentis Fontebraldensis ordinis. contra prisco et noyos ejus calumniatores,  Paris, 1684, 3 vol.in-80, (Sibl.de la ville de Poitiers.)

16 Troisième édition du P. Nicquet, Angers, 1686.

17° Nouvelle édition du P. de la Mainferme, 1692

18° « Dissertation-apologétique pour le bienheureux Robert d'Arbrisselles, fondateur de l'ordre de Font-Evraud sur ce qu'en a dit .Mrs Bayle dans son Dictionnaire historique et critique, » Anvers, H. Desbordes, 1701, in-12 de 316 pages, suivi des « Eclaircissements, notes, critiques ou additions. » 1702, in-12 de 94 pages. Cet ouvrage est du P. de Soris. (Bibl. des Fontevr. de Chemillé.)

19. «  Le Bienheureux Robert d'Arbrissel, » apud Dom Lobineau : Les vies des saints de Bretagne. Rennes, ̃1724, p 213-218, au 25 février.

20. Rousset « Panégyrique du bienheureux Robert d'Arbrissel. » Paris, 1767, in-8». {Bibl. d'Oettinger.)

 21. « Robert d'Arbrissel, ou l'institut de l'ordre de Fontevraud, poëme en douze chants. » Paris, 1779, aux armes de l'abbesse Pardaillan d'Antin, in-8° de 412 pages. (BM. des Fontevr. de Chemillé.)

22. « Essai historique sur Robert d'Arbrissel, fondateur de l'ordre de Fontevraut, par M. de Feydel. » London, 1788, in-8° de, 45 pages. (Bibl. impériale à Paris.)

23. Talbot (Eugène) « Etudes historiques sur la révocation de l'édit de Nantes et sur Robert d'Arbrissel, fondateur de l'ordre de Fontevrault. » Angers, 1846, in-8°.

24 Note de M. de Petigny sur une statue de Robert d'Arbrissel; avec une planche, apud Bulletin du comité historique, 1855-1856, p. 243-247. Cl

 25. « Attribution à Robert d'Arbrissel (ou Arbrisselles) d'une statue en pierre conservée dans l'église de Méobec (Indre), par M. de la Villegille. » 8 pages, apud « Le compte-rendu des travaux de la Société du Berry, à Paris. t Paris, 1860, in-8«.

26. Godard-Faultrier « Commune de Fontevrault. L'abbaye et Robert d'Arbrissel, » apud « Répertoire archéologique de l'Anjou. » 1861, p. 193-223.

XVIII.

Robert d'Arbrissel, selon l'usage reçu, fut proclamé bienheureux par la voix publique, et déjà il était en possession de ce titre depuis trente-six ans, lorsqu'eut lieu en France la canonisation de S. Gauthier de Pontoise, qui fut faite par l'archevêque de Rouen, et que l'on cite comme le dernier exemple de ces sortes de canonisations locales (1153) (74).

En effet, Alexandre III (1159-1181) par le chapitre Audivimus, de Reliq. et venerat. sanctorum réserva à l'avenir au Saint-Siège le droit de prononcer sur le titre qu'il convient de décerner aux serviteurs de Dieu qui opèrent des miracles.

Le 13 mars 1625 et le 5 juillet 1634, Urbain VIII promulgua de nouveaux décrets, qui n'eurent pas d'effet rétroactif et exceptèrent les saints ou bienheureux honorés comme tels depuis un temps immémorial.

Robert d’Arbrissel qui fut classé dans cette catégorie, avait donc, pour une recognition authentique, besoin de fournir les preuves à l'appui de la tradition. Aussi; voyons-nous, dès 1645, l'abbesse Jeanne-Baptiste de Bourbon, unie au chapitre-de Candes (75), supplier le Saint-Père de daigner accorder à son ordre la faveur de célébrer la messe et de dire l'office propre du saint fondateur (76)

La reine d’Angleterre intervient également dans cette affaire et fait présenter une supplice dont les Bollandistes ont extrait cette phrase qui résume la demande :

 « Quare cum omni humilitate supplex peto ut per Sanctitatem Vestram liceat in ordine Fontis Ebraldi officium dicere et celebrare  missam de V. P. Roberto ejusdem ordinis fundatore (77)

Le roi de France lui-même écrit au Pape Innocent X et recommande le succès de la négociation à son ambassadeur près le S. Siège (78)

Tout marchait si bien que la solution désirée paraissait fort prochaine, et qu'en 1648 Fr. Sébastien Ganot, de l'ordre de Fontevraud n'hésitait pas, dans sa dédicace à la Reine régente de son livre sur Robert d'Arbrissel, à la féliciter de sa protection puissante et à lui annoncer comme une des gloires de son règne, la cérémonie de la béatification.

Je cite les paroles suivantes pour montrer que l'assistance de Marie de Médicis ne fit pas plus défaut que celle de Louis XIII et de Henriette de France. « Surtout le grand zèle qu'elle fait paroistre à procurer la gloire de nostre sainct fondateur nous fait esperer, Madame, la protection et l'assistance royale de Votre Majesté pour l'advancement des honneurs deubs à un saint de vostre obéissance. Il espère ce grand patriarche qu'après tant d'autres grâces dont tout son ordre est obligé à la maison de France, il luy sera aussi redevable du temps de son apothéose, que les fastes de Vostre Histoire seront chargés de la cérémonie de sa Feste et que sa béatification sera mise au nombre des autres félicités de Vostre Règne, nous obligeant par ce moyen à redoubler nos vœux et nos prières à ce Bienheureux pour la prospérité de Vostre Majesté. »

'Malgré tant de zélé et de protections, l'affaire resta en suspens. Jeanne de Bourbon voulant en accélérer l'issue, écrivit une seconde supplique au pape Clément IX, en 1668, et fit imprimer cette supplique avec des preuves à l'appui.

 Or ces preuves ou instruments produits pour l'introduction de la cause et qui forment le volume déjà signalé sous le numéro "M, à l'article Bibliographie, sont la vie de Robert par Baldric, sa mort par Fr. André, un abrégé de sa vie et un recueil de témoignages en faveur de sa sainteté.

On invoque surtout une citation du Martyrologe gallican de du Saussay, qui au 25 février, ne parle pas du B. Robert, mais le rejette au 30 août, où il est inscrit sous cette formule « Beatus Robertus de Arbrissellis, sacerdos. » Puis on apporte en témoignage le Martyrologe de Fontevraud que j'ai reproduit précédemment et enfin; page 180, l'insertion du nom de Robert dans les Litanies de l'ordre

« Ecclesiasticus ordinis Fontisebraldi ritus in solemnibus Litaniis : Sancte Roberte, magister bone, ora pro nobis. »

Les Bollandistes ne nous ont transmis que des fragments de la première supplique de Jeanne de Bourbon. L'opuscule de 1668 nous donne la seconde en entier. Elle est trop longue pour que je songe à l'insérer ici, mais au moins, en ferai-je l'analyse que suivront des extraits des principaux passages.

L'abbesse de Fontevraud, après avoir indiqué, les scrupules qui l'agitent au sujet d'un culte que Rome n'a jamais reconnu ni approuvé formellement, demande pour Robert d'Arbrissel les honneurs de la canonisation et insinue habilement que si le saint fondateur de son ordre est élévé sur les autels, ce sera le premier à qui Clément IX décernera une telle, faveur . « Nullus adhuc coelitum per te  vindicatus est, nullus in mumerum sanctorum adscriptibus. »  Puis, en confirmation de sa demande, elle procède par voie de culte, et énumère les miracles opéras par l’'intercession de Robert, le titre de Bienheureux que d’éminents personnages lui ont décerné, la vénération qui s’attache à son corps pieusement conservé à Fontevraud, l’insertion de son nom dans les litanies de suite après le patriarche de l’ordre monastique, la qualification de Fontaine de S. Robert, donnée à la source qui jaillit miraculeusement à sa prière, l’hommage incessant rendu à son saint cœur.

Elle termine en invoquant pour ces faits une possession de 550 ans, et déclare que si le culte du bienheureux a été jusqu’alors resserré dans d’étroites limites, la vie cachée du cloitre et l’éloignement au milieu des forêts peuvent être la cause du peu d’extension de ce culte local.

« Resta tertia illa pars tuae potestatis (de canoniser) ad quam nos primi supplices accedimus, dignamque tibi, ubi illam primmum expromas causam, dignum, undé illam auspiceris, virum offerimus…….

Enfin Benoît XIV, dans son Traité,de la Canonisation des Saints livra II,1 chapitre xxxvi, rapporte que le 6 octobre 1669, les lettres du roi n'avaient pas encore été présentées à la Sacrée Congrégation des Rites, pour la cause, de Robert d'Arbrissel, et au chapitre XII du même livre il parle de cette cause comme abandonnée, parce qu'on n'avait pas rempli les formalités, et qu'on avait cessé de la presser.

Le pontife témoigne ouvertement son estime pour ce saint personnage, et déclare n'être nullement arrêté par les calomnies dont il a été l'objet. Il reconnaît les vertus et les miracles attestés par les Bollandistes et sans mettre en doute l'authenticité de la lettre de Geoffroy de Vendôme, en infirme la valeur, historique en disant que Geoffroy fut trompé en cette circonstance. Le promoteur de la foi, Pierre de Rossi, en avait fait à tort un argument contre la cause, qui manquait seulement pour pouvoir être introduite de quelques pièces indispensables.

Malheureusement Benoit XIV n'explique pas ce qu'il entend par in defectu aliorum requisitorum, car il n'est pas probable que ces mots signifient seulement, l'absence des lettres royales.

Peut-être, reconnaît-il comme nous que le culte n'était pasisuffisamment prouvé

Vers 1852, la cause, si longtemps assoupie du bienheureux Robert, reprit faveur et il fut question sérieusement de renouer avec Rome les négociations pour la mener à bonne fin.

En conséquence, un dossier fut commencé et j'y trouve trois sortes de documents: qu'il importe d'analyser ici.

Sept archevêques ou évêques donnèrent leur adhésion au projet par des lettres qui peuvent se classer ainsi selon leurs dates respectives.

Mgr de Morlhon, évêque du Puy (79), 25 novembre 1852

Mgr Saint-Marc, évêque de Rennes, 7 décembre 1852.

Mgr Pie, évêque de Poitiers, 19 décembre 1852.

Mgr Angebault, évêque d'Angers, 29 décembre 1852 et 5 janvier 1858

 S. Em. le cardinal Du Pont, archevêque de Bourges  3 janvier 1853

Mgr Morlot, archevêque de Tours, 19 août 1853.

Mgr de la Croix d'Azolette, archevêque d'Auch; 28 octobre 1853.

Seul, Mgr Bouvier, évêque du Mans, à la date du 22

 

juin .1853, fit difficulté d'adhérer comme l'avaient déjà fait ses collègues et motiva faiblement son refus.

 Le 16 octobre de la même année, les religieuses Fonteuristes adressaient au Saint-Siège une supplique respectueuse pour la reprise de la cause.

Enfin, le 9, janvier 1855, la communauté de Chernillé choisissait Mgr Estrade camérier d'honneur de Sa Sainteté, Pie IX, pour pastulaleur

C'est devant ce prélat et par ses soins qu'ont été faits, .dans, l'archidiocèse d'Auch et dans le diocèse d'Angers, les Actes d'information sur le culte public ecclésiastique rendu, au bienheureux Robert:

 

Voici l'analyse sommaire, de ces deux pièces qu'il serait, aussi long qu'inutile de reproduire.

Je commence par le monastère de Chemillé.

Les religieuses déclarent continuer, dans le culte rendu à leur fondateur, les traditions de l'abbaye de Fontevraud, qui leur sont connues par plusieurs anciennes mères avec, lesquelles elles ont vécu.

Chaque année, à partir du 23 février, veille de l'anniversaire de la mort du bienheureux, elles font une neuvaine en son honneur, qui consiste dans le chant de l'hymne Cingebant, de l'oraison Beati Roberti confessoris, du Te Deum et de l'invocation trois fois répétée Sancte Roberte, Pater noster, magister bone, ora pro nobis.

Le 24, il y a exposition du Saint-Sacrement, toute la journée, chant de la messe solennelle de la Sainte-Trinité et bénédiction le soir.

Les reliques sont exposées dans le chœur, tout le temps de la neuvaine, sur un autel couvert de cierges que l'on allume seulement pendant les offices.

Dans les processions que la communauté est en usage. de faire lors des calamités publiques, on porte le bâton du bienheureux.

Les fidèles déposent souvent des linges sur la capse pour la guérison des malades et demandent aux religieuses des neuvaines, de prières. Plusieurs grâces ont été ainsi obtenues.

Tous les jours après matines, le chœur recite conjointement avec l'officiante,  l'invocation susdite  Sancte Roberte. On la répète une autre fois dans le cours de la journée.

A Fontevraud, des cierges et des lampes étaient constamment allumés devant les reliques du bienheureux, dont la capse était conservée dans le tombeau de l'autel, appelé communément autel de saint Robert.

Le 24 février était jour chômé par la maison. Mme l'abbesse officiait (80); le soir, il y avait procession où l'on portait le bâton miraculeux; On faisait, le panégyrique du bienheureux. Au salut du Saint-Sacrement, qui terminait la fête, on chantait l'hymne Cinjebant, le Te Deum et la triple invocation Sancte Roberte, au son de toutes les cloches; Madame l'abbesse récitait l'oraison Beati Roberti.

La fête du bienheureux portait indulgence plénière et exposition du Saint-Sacrement.

La déclaration précédente est du 10 janvier 1855.

Celle des religieuses de Boulaur du 12 février de la même année, renferme ces seules additions,  le reste étant identique dans les litanies des saints, après l'invocation de saint Benoît, vient celle du bienheureux, sortis cette forme : Beate Roberte, pater noster, ora pro nobis.

Les reliques sont portées, aux processions de saint Marc et des Rogations, dans l'intérieur du monastère, ou l'on fait aussi, au moins une fois, le panégyrique du bienheureux.

L'usage de chanter le Te Deum, le 24 février et les jours suivants, a été pratiqué de tout temps.

Ces enquêtes terminées, une lettre latine rédigée, dit-on, par un prélat de haute science et résumant tous les témoignages favorables au succès de la cause, fut annexée aux autres pièces du dossier et adressée à Rome pour obtenir du Saint-Siège une béatification  êquipollente.

Malheureusement, la supplique laissait à désirer sur plus d'un point essentiel. Elle débutait ainsi: Nos Episcopi Galliarum et ne portait à la fin aucune signature. On alléguait l'antiquité du culte et l'on n'exhibait à l'appui aucun monument. Puis un lapsus calami, fort regrettable, avait mis le mot siècles partout où il aurait fallu le mot années.

Le consulteur, chargé de l'examen préalable de l'affaire, fut sévère à cet endroit et franchement il y avait lieu. Aussi son rapport n'est-il qu'une fine et spirituelle satire, qui montre clairement l'inexpérience de ceux qui assumaient la responsabilité de la démarche et des négociations. Toutefois, après avoir donné cours à sa verve, il voulut bien tracer quelques règles pour la poursuite régulière de l'affaire, et réclamer, à l'appui de la demande, des tableaux avec nimbe, des manuscrits mentionnant les fêtes et, les reliques, en un mot des faits qui établissent péremptoirement, que le culte allégué a actuellement trois cent trente ans d'existence.

 Je ne citerai, en les traduisant, que quelques passages de ce rapport écrit en italien. .:«. Il faut démontrer en jugement et par des monuments que le culte public rendu au bienheureux Robert a trois cent trente ans; ce qui est nécessaire….. Il parait impossible que, traitant d'un culte très-ancien, il n'y ait pas des titres ou des manuscrits antérieurs à 1534 qui: en parient….. On peut dire la même chose des anciens livres du monastère, où l'on parle des fêtes et des authentiques des reliques. En somme, nous voulons des monuments. Je vois que l'on se préoccupe beaucoup plus des vertus et des miracles que du culte du bienheureux. Aussi je rappellerai que le, culte est un fait et les faits se prouvent à l'aide des monuments (81), »

L'affaire en resta là. Rome avait accueilli avec froideur les démarches; la susceptibilité des ayant cause en fut froissée. Bref, on ne songeait plus à rien, quand, à mon arrivée dans le diocèse, Mgr l'évêque d'Angers, de concert avec Mgr l'évêque de Poitiers et les Fontevristes de Chemillé, me pria de poursuivre le procès d'enquête. J'accédai volontiers à leurs vœux et de 1859 à 1861, je donnai tous mes soins les plus empressés à cette affaire. C'est seulement après des recherches multiples et réitérées que j'ai pu poser les conclusions dont tout ce travail forme les prémisses.

Page 376 mauvaise lecture !

Les histoires écrites avant 1534, les représentations iconographiques avec nimbe,ou rayonnement à la tête; les images placées sur des autels; les autels érigés et les chapelles ou églises dédiées sous le vocable du  bienheureux l'insertion du nom dans les litanies ou le Martyrologe; la commémoraison aux offices divins; l'office propre ou du commun; le titre de saint ou de bienheureux publiquement décerné; les donations faites en son honneur; les grâces obtenues par son intercession le.corps levé de terre et exposé, ainsi que les autres reliques, à la vénération des fidèles:

 Benoît XIV ajoute, comme conditions expresses de ce culte ecclésiastique, qu'il doit être public et non privée, continu et au moins toléré par l'Ordinaire

Urbain VIII avait déjà prescrit la possession immémoriale et spécifié que cette possession devait être au moins centenaire. Or le décret d'Urbain VIII date de 1634; il devient donc indispensable de démontrer l'existence du culte avant l'année 1534 pour le bienheureux Robert d'Arbrissel. …..

Pour la célébration des 900 ans de sa disparition, les reliques contenant les restes ont été  présentées, le temps d'un week-end, au coeur de l'abbaye avant de retournerer  au prieuré bénédictin de Martigné-Briand, à quelques kilomètres, où elles sont conservées depuis 1961.

 Repertoire Archéologique de l'Anjou

 

 

Légendes et Miracles de l'Abbaye de Fontevraud, les quatre-vingt tombeaux de Robert d’Arbrissel <==.... ....==> MÉLUSINE A FONTEVRAUD - Légendes et Miracles de Fontevrault

 

 

 


 

[1] Fonds latin, n° 5480. Ce cartulaire, qui date de 1699, a été fait par les soins du marquis de Gaignières..

(2) Revue des sociétés savantes, 1861, pag. 498.

(3) Fontevraud était, avant la révolution, du diocèse de Poitiers. Le concordat de 1801 l'a fait passer dans celui d'Angers.

(4) Blaison (Maine-et-Loire)

 (5) Montreuil-Bellay (Ibid).

(6) Montsoreau (Ibid).

(7) Loudun (Vienne).

(8) Bibl. imp., t. 11, pag. 145.

(9) Karissiini.

(10) Bibl. imp., t. Il, pag. 109.

(11) Le Martyrologe, cité par Gaignièras, pag. 255, s'exprime ainsi « Mater nostra (Petronilla) a Domno nostro magistro Roberto 1a constituta abbatissa, »

(12) Pavillon, p. 286.

(13) Bolland.,pag. 598.

(14) Cart. de Fontevraud, t. Il, pag. 388.

(15) Les anciennes épreuves sont rares.

(16) Commune de Chouzé (Indre-et-Loire).

 

(17) Bibl. imp., t. XIV, pag. 336 et 339.

(18) Le teste du Livre de l'Ecclésiastique n'a pas été ici rigoureusement cité. Je crois donc devoir le restituer d'après la Vulgate

« 2. In omni ore quasi mel indulcabitur ejus memoria..

» 3. [pse est directus divinitus in pœnitenliam gentis.

» 4 -- et in diebus peccatorum corroboravit pietatem. » Lib. Ecclesiastici, cap. XLIX.

(19) Isaïe a dit

« 12…. et vocaberis aedificator sepium, evertens semitas in quietem. …

 14. … et sustollam te super altitudines terrae. » Proph. Isaioe, cap. LVIII.

(20) Le texte porte « Et erit quasi. Et œdificubuntur in te...» » Proph. Isaïae, cap. LVIII, f. 11, 12.

(21) Psalm. L, f 10.

(22) l’onendumi curavit.

(23) Cette capse, de forme ovoïde, mesure en hauteur Om 11 en longueur Om39, en largcur 0m28 et de pourtour lm06. Elle a été dessinée dans le Répertoire archéologique de l'Anjou 1860, n° de juillet.

(24) Ce procès- verbal, conservé chez les Dames Fontevristes existe en double aux archives du diocèse.

(25) Deux morceaux de soie brune furent extraits de la capse et déposés entre les mains des Fontevristes, qui les vénèrent à tort comme des reliques de Robert d'Arbrissel.

(26) V. le procès-verbal dans le Répertoire archéologique de l'Anjou, 1860, pag. 207-209.

(27) S. Pierre II lui évêque de Poitiers de 1087 à 1115. Du Temps. Le clergé de France, t. 11, pag. 414.

(28) Histoire de Tordre de Fontevrault, p. 127.

(29) Fontis Ebraldi exordium, pag. 128.

(30) Guillaume Gilbert de Ragioles, évêque de Poitiers de 1117 à 1123 et inhumé à Fontevrault comme son prédécesseur saint Pierre II. Du Temps, Le clergé de France, t. Il, pag. 414, 415.

(31) Suivant M. Félix Audry, a la coutume d'inhumer le cœur isolément pour honorer d'un culte particulier les saints et les héros, ne remonte pas au-delà du XIIe siècle, et ce fut le B. Robert d'Arbrissel qui en fut le premier objet. » Revue d'Anjou, 1858, n° de février, pag. 312.

(32) Cosnier, pag. 127. Les Bollandistes ont consacré tout un paragraphe aux miracles opérés par Robert d'Arbrissel pendant sa vie et après sa mort.

(33) P. Nicquel, paj. 139-130.

(34) Idem, pag. 201.

(35) L'original de cette lettre est conservé aux archives du diocèse.

(36) L'une de ces fioles est en verre mince, tourné en trois endroits le goulot a été cassé. Les religieuses m'ont affirmé que dans l'autre fiole était un morceau d'un des clous de la Passion de N. S.

(37) Bien Heureux.

(138) V. un dessin de ce bâton dans le Répertoire archéologique de l'Anjou, 1860, n° de juillet.

(39) Hic, baculus ex osse et ligno efficitur, cristallina vel deaurata spherula conjunguntur, supremo capite insignitur, in extremo ferro acuitur. »

Honorius Augustodunen. Gemma animœ, lib. 1, cap. 209.

 (40) T. X, png. 177-179.

(41)T. II.

(42) Année 1837, pag. 518 et suiv.

(43) Cosnier, pag. 79.

(44) 11 y eut deux abbesses de ce nom l'une de 1670 à 1704, l'autre de 1704 à 1742. Le Coutumier de Mme de Pardaillan d'Antin, élue abbesse en 1765, ne précise pas à laquelle des deux, la tante ou la nièce, le premier coutumier doit être reporté.

(45) Le mandatum se faisait le premier samedi de chaque mois.

(46) 24 ou 25 février, suivant que l'année est ou n'est pas bissextile.

(47) Son d'appel.

(48) S. Lazare, qui servait aux religieuses infirmes ou faibles.

 (49) Le lundi, s'il n'y a pas de saint.

(50) Outre ces deux manuscrits, j'ai vu à Chemillé un recueil de Messes in-4°, rouge et noir, que j'attribue au XVIIIe siècle. Chaque messe est désignée par un nom spécial. Parmi les messes dites de saint Martin, de saint François-Xavier, du saint Sacrement, de la sainte Trinité, etc., il en est une nommée Messe de saint Robert.

(51) Les religieuses de Chemillé possèdent dans leur bibliothèque plusieurs brefs ou directoires; le plus ancien date de 1783 et le dernier de 1790. Or c'est seulement dans ceux de 1787etde 1790, qui ont pour titre « Bref ou Directoire pour réciter l'office divin selon le Bréviaire Romain à l'usage des religieuses de l'ordre de Fontevraud; » Saumur, De Gouy, que je lis cette note « Indulgence plénière en tout l'ordre, » le jour de la fête de saint Mathias.

(52) « Eminentissimi Patres eidem S. C. praepositi censuerunt Indulgentias non esse concedendas in posterum, nisi sanctis descriptis in Martyrologio et Canonisatis. » Gardellini, Décréta authentica Congregationis Sacrarum Rituum, in una Urbis, ad ann. 1674, t. I, p. 467, n° 2704.

(53) Gnignières, t. II p. 109 et suiv.

(54) Page 142 verso.

55    « Breviarimn Deo dicatarum virginum ordinis Fontisebraldi. » Thielman Kerver, Parisiis, 1518 (Ribd. Sainte-Geneviève, BB, 881).

– 2e édition en. 1526, gothique, rouge et noire, en deux parties (Ibid., BB, 1440),

(56) « Psalterium cum communi secundum usum reformationis ordinis Fontiebraldi. » Parisiis, Thielman Kerver, 1527, petit in-8° (Bibl. Sainte-Geneviève, BR, 1445). « Hore beatissime Virginis Mariae secundum usum ordinis Fontisebraldeusis. » Thielman Kerver, Parisiis, 1544, pet. in-8" (Bibl. Sainte-Geneviève, BB, 1446). « Devote orationes partim selecte et emendate, partim recens composite pro sancti monialibus et feminis devotis.» Thielman Kerver, l'arisiis, 1544, petit in-8° (Ribl. Sainte-Geneviève). ̃ Psalterium ordinatum per ferias secundum usum ordiuis Fontisebraldi. » Thielman Kerver, Parisiis, 1545, petit in 8° (Bibl. Sainte-Geneviève). « Divinum ofticium ad usum sacri ordinis Fontebraldensis, accurate recognitum et emendatum. n Parisiis, H. de Marcef, 1595 (Bibl. Sainte-Geneviève, BB, 1446).

(57) Textus primus Evangeliorum de tempore quae in missis a prima dominica adventus ad feriam quintam cae nae Domini usque in ecclesia monasterii sancti Petri Remeusis, ordinis Fontisebraldi decantari solent, additis evangeliis quorumdam festorum que eodem tempore celebrautur et nonnullis que in communi sanctorum aunotantur, cum indice. Expeusis lllmae Principis et Dominae Dominae Renata; ex Lotharingia praedicti monasterii abbatissae absolutus. Anno Domini M.D.LXXXI. » In-folio de 233 pages de véliu.

(58) P. Nicquet, p. 200.

(59) Nicquet, p. 289.

(60) Le lundi, la messe se disait pour les défunts en général, le mardi pour Robert d'Arbrissel, le mercredi pour les défunts de l'ordre, le jeudi pour les parents des religieuses, le vendredi pour les bienfaiteurs, le samedi pour les rois et reines fondateurs de l'abbaye.

(61) « Missale ad usum ordinis Fontisebraldensis accuralius quam hactenus (repositis quae ex autiquà observantià desiderabantur), satagenti reverendissima et illustrissima D. Eleonora de Borbonio, totius ordinis antislita, ac christianissimi Regis Henrici IIII annita, editum. » Paris, Joan. Le Boue, 1606, iu-f°.

(62) Exod., c. XXV, f. 40.

(63) S. Joann., c. XIX, f. 26.

(64) S. Joann., c. XIX, f. 27.

(65) Voir sur l'antiquité du chapelet, qui n'est point ici un anachronisme, Analecta juris pontificii, t. IV, col. 1381 et suiv.

(66) Le petit sceau de l'abbaye, dont on se sert encore à Chemillé, représente J.-C. sur la croix, entre la sainte Vierge et saint Jean, auxquels il parle. Robert avait puisé dans ce sujet l'idée de la soumission de l'homme à la femme, pour la vie monastique.

(67) Du Temps, Le Clergé de France, t. Il, p. 489.

(68) Recueil des travaux de la Société de sphragistique, t. IV, page 327.

(69) Les mêmes armes sont gravées en tête de l'Antiphonarium imprimé en 1711, avec cette double variante que la Vierge d'or est remplacée par un clou de la Passion de sable, et que la couronne ducale est enfilée dans une crosse posée en pal et tournée à senestre.

(70) L'ordre entier et l'abbaye de Fontevraud étaient gouvernés par l'abbesse. Le prieur de Fontevraud n'avait juridiction que sur les religieux. L'abbesse portait en conséquence h crosse et le prieur se contentait du bourdon.

(71) J'omets à dessein dans ce catalogue les notices insérées soit dans les Dictionnaires, comme Bayle, Bouillet, Feller, etc., soit dans les Vies des Saints, telles que Baillet, Godeseard, etc., soit enfin dans les Histoires ecclésiastiques ou monastiques de Baronius, Longueval, Mabillon, Hétyot, Yepez, etc.

(72) Il existe dans la bibliothèque des Fontevristes de Chemillé un exemplaire de cette même vie, aux armes et au chiffre de l'abbesse Jeanne de Bourbon sur les plats de la couverture.

(73) Voir aussi, t. I, p. 390; t. X, p. 227, 233, 241; t. XVII, p. 252; t. XX, p. 14; t. XLIV, p. 628; t. L, p. 564; t. VII d'octobre.

(74) André, Cours de droit canon, t. Il, p. 31-32.

(75) « Escellentiss. et Reverendissiioa domina Joanua Baptista a Borbonio, abbatissa. majoris monasterii et caput totius ordinis Fontis Ebraldi. Urget ordo universus, cum Condatensi B. Martini aliisque adjaeentibus canonicorum capitulis ut eumdem Robertum sancti nomine constanter hactenus insignitum, utpote vitae sanctitate et magnis in sanctam ecclasiam meritis celebrem…..  Apostolicae sedis nutu atque auctoritate colere ut sanctum valeat. » Bolland., p. 596

(76) Bolland., p. 596. «  Sacrorum Rituum Congregatio declaravit cultum immemorabilem non sufficere pro concessione officii et missae, sed requiri probationem immemorabilis in specie, hoc est, quod à tempore immemorabili tùm missa, tum officium fuerint celebrata et retitata.'n Bened. XIV, lib. IV, c. 3.

« Sed et semper intactà permanente juris dispositione, si débitae concurrant  circumstantiae, poterit Sacra Rituum  Congregatio, non obstantibus antea insertis decretis, bénigne indulgere, accedente Sumnii Pontificis confirmatione ut, probato cultu immemorabili, fiant recitatio ofticii et celebratio missae in honorem beati, quamvis à tempore immemorabili nec fuerit officium recitatum, nec missa celebrata in ejus honorem. » (Ibid., lib,. IV, pars 2, c. 3.)

(77) Bolland., p. 596.

(78) «  REX  quoque Christianissimus de eâdem causa ad [nnocentium Pontif. Max. scripsit negotiumque urgeri ab oratore suo mandavit. » Ballant., p. 596.

(79) Il existe actuellement trois maison de Fontévristes en France elles sont à Chemillé, diocèse d'Angers; à Brioude diocèse du Puy; à Boulaur; archidiotèse d’Auch. 

(80) L'abbesse n'assistait au chœur qu'aux fêtes annuelles

(81) L'original de cette pièce est déposé aux archives du monastère de Chemillé.

 

30 mars 2020

Le château féodal d'Harcourt de Chauvigny et les Vicomtes de Chatellerault

Le château féodal d'Harcourt de Chauvigny et les Vicomtes de Chatellerault

Le château féodal d'Harcourt s'éleva vers le XIIIe siècle sur l'emplacement du fief de Motte où existait déjà un ouvrage fortifié. Le château d'Harcourt est situé au nord à 30 mètres du château baronnial.

Il domine à l'est la jolie vallée des sources du Talbat.

Il se compose de deux bâtiments juxtaposés dont un seul, le corps méridional, est assez bien conservé, et une enceinte extérieure appuyée au dehors par des contreforts formés de tours pleines et de meurtrières. Une grande porte d'entrée ogivale donne sur la rue Saint-Pierre où on remarque les rainures de la herse qui la fermait.

 Le corps de logis méridional, appelé autrefois « tour d'Harcourt » est un quadrilatère de 9 mètres de largeur sur 10 mètres environ de profondeur, avec de fortes murailles, des galeries de guet dans le haut et des pignons élevés que surmontent de gros fleurons. Au rez-de-chaussée est l'ancienne prison seigneuriale de la baronnie : salle voûtée ouverte par une porte en ogive sur le préau inférieur, deux cachots sont placés au-dessous où la lumière passe par des trapes à claire-voie. A l'extrémité à l'est est une étroite ouverture barrée et au plafond s'ouvre un conduit.

Au premier étage était une salle d'habitation où on accédait par un escalier en pierre donnant sur le préau supérieur et aujourd'hui détruit. L'entrée ogivale est convertie en fenêtre. La pièce est éclairée par deux fenêtres à double cintre extérieur donnant sur la Vallée. Un escalier en pierre à vis conduit à l'étage supérieur converti en grenier.

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Dans les attaques que les châteaux eurent à subir pendant la guerre de cent ans et les guerres religieuses, le haut de la partie sud du rempart fut emporté par l'artillerie française installée sur les coteaux de la Grondine.

 Il fut remplacé par un mur de clôture au siècle dernier.

Le bâtiment septentrional ne subsiste qu'en partie pour le logement du gardien. La chapelle était placée sur la gauche ; les cuisines se trouvaient dans l'angle nord-ouest du préau supérieur ; la citerne existante est moderne ; dans le préau inférieur existait un puits aujourd'hui disparu. Les remparts entourent les deux préaux au nord, au sud, à l'ouest, où ils rejoignent les corps de logis qui bordent à pic la vallée à l'est.

En 1923 les murs d'enceinte furent dérasés ainsi que les tours et recouverts du chapeau en tuiles existant.

La porte d'entrée du château avait pont-levis ; elle s'ouvre au travers d'un pavillon enchassé vers le milieu de la muraille ouest. Ce pavillon renferme un poste de guet. Un escalier à vis conduit au sommet à une pièce voûtée qui gagnait le chemin de ronde des remparts.

Les fossés extérieurs étaient en partie comblés en 1687.

Quelques traces de peintures anciennes sont visibles dans la partie supérieur du logis septentrional.

Le château passa à l'époque de la Révolution dans le domaine de la Nation. Il a été confié aux soins de la Société des Antiquaires de l'Ouest.

L'ancienne rosace de la chapelle et le baptistère primitif de l'église Saint-Pierre sont recueillis à gauche dans la cour du Château.

Au XIXe siècle, l'ancien château d'Harcourt était connu sous le nom de la « prison » ; on y conduisait les prisonniers. Il y a encore quelques années l'administration municipale y recueillait les indigents et les cheminaux voyageurs.

 

 

LA SEIGNEURIE.

Le fief du Château appartenait de très ancienne date, aux Vicomtes de Chatellerault. La Vicomté passa aux mains de la famille d'Harcourt.

En 1628, Geoffroy, mari de Jeanne de Châtellerault fait hommage à l'évêque de Poitiers Hugues pour le fief de Chauvigny.

Par un second mariage de Jeanne, soeur du Vicomte Jean avec Jean II d'Harcourt, le Vicomté de Châtellerault et le fief de Chauvigny passèrent à la famille d'Harcourt vers l'année 1276.

 Le château existait à cette époque ; Jean II lui donna le nom d'Harcourt pendant son séjour à Chauvigny ; il en fit également hommage à l'évêque Gauthier de Bruges.

La famille d'Harcourt originaire de Normandie était l'une des plus considérables de France.

 

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JEAN II D'HARCOURT  1290-1302

Jean II d'Harcourt, dit le Pieux, était le troisième fils de Jean I, sire d'Harcourt, et d'Alix de Beaumont.

Il appartenait à une famille qui, comme beaucoup d'autres à cette époque, s'attribuait des origines lointaines et fabuleuses. Tantôt elle revendiquait comme ancêtre Antenor, fils de Priam, tantôt elle se contentait plus modestement de remonter à Bernard, dit le Danois, descendant des anciens rois de Danemark et proche parent de Rollon (1). Il est certain, en tout cas, que par leurs alliances avec de puissants seigneurs de Normandie, par les fiefs nombreux et importants qu'ils y possédaient, les sires d'Harcourt tenaient dans cette province un rang considérable. Ils ne tardèrent pas d'ailleurs à faire figure sur un plus grand théâtre.

 

En 1267, Jean II d'Harcourt se trouvait, ainsi que son père, au nombre des chevaliers qui accompagnèrent Saint-Louis au siège de Tunis (2).

Le 1er mars 1284, il figurait parmi les barons et les prélats qui assistaient « dans la cour du Parlement » au jugement par lequel le roi de Sicile fut débouté des prétentions qu'il émettait sur la succession d'Alphonse de Poitiers (3), et la même année, il prenait également part à la délibération des seigneurs qui, consultés par Philippe le Hardi, déclarèrent qu'il y avait lieu d'accepter pour le second fils du roi, Charles, comte de Valois, la couronne d'Aragon offerte par le pape Martin IV. Cette dernière décision eut, comme on le sait, pour conséquence, la désastreuse expédition que Philippe le Hardi conduisit de l'autre côté des Pyrénées et dans laquelle Jean d'Harcourt joua un rôle important, car il y était maréchal de l'ost, c'est-à-dire qu'il avait, sous les ordres du connétable, la direction de l'armée.

Dix ans plus tard, il commande sur mer. La guerre ayant éclaté, au mois de décembre 1294, entre la France et l'Angleterre, Philippe le Bel, par lettres patentes de mai 1295, désigna Mathieu de Montmorency et Jean d'Harcourt comme « conduiseurs » d'une flotte qui devait jeter un corps de débarquement sur la côte anglaise (4).

L'opération ne réussit pas (5) et la façon dont elle avait été conduite suscita de vives critiques. On n'hésita pas à accuser les deux chefs de l'expédition, non seulement d'impéritie, mais même de trahison (6). Et, quoique ces accusations ne paraissent guère fondées, surtout la dernière, le roi de France enleva aux deux amiraux le commandement qu'il leur avait confié. Jean d'Harcourt trouva, il est vrai, une sorte de compensation dans l'amitié que le frère du roi Charles de Valois, ne cessa de lui témoigner, et lorsque ce dernier partit au mois de mai 1301 pour l'Italie, en vue de la conquête de la Sicile (7), Jean d'Harcourt l'accompagna en qualité de connétable et de maître de son hôtel (8). Mais Philippe le Bel, étant entré en conflit avec le pape Boniface VIII, rappela son frère et Jean d'Harcourt mourut en Italie pendant le voyage de retour (9) (20 décembre 1302).

Il est probable qu’au cours de cette existence agitée, Jean II d'Harcourt ne résida pas souvent dans sa vicomté de Châtellerault, et, en fait, son nom apparaît rarement dans des chartes relatives au Poitou (10).

 On le trouve en discussion, au mois de décembre 1282, avec l'abbé de Noaillé et sans doute, à cette occasion, fit-il preuve de la violence de caractère que l'on constate chez tous les membres de la famille d'Harcourt (11), car des lettres de Philippe le Hardi enjoignent au sénéchal du Poitou d'obliger le vicomte de Châtellerault à libérer les religieux ou leurs hommes s'il a mis la main sur quelqu'un d'eux et à leur restituer leurs biens meubles dont il se serait emparé, moyennant quoi, l'abbé de Noaillé devra, de son côté, s'efforcer de faire lever l'excommunication prononcée contre Jean d'Harcourt et ses gens (12).

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Mariage de Jean II d'Harcourt avec Jeanne de Châtellerault

 

Jean II d'Harcourt est veuf d'Agnès de Lorraine.

Jeanne de Châtellerault est veuve de Geoffroy Ier de Lusignan seigneur de Vouvant et Mervent.

Jean II d'Harcourt épouse en 1275 Jeanne de Châtellerault, fille d'Aymeric II de Chatellerault et d'Agathe de Dammartin, Dame de Ponthieu

Jean d'Harcourt eut de sa femme Jeanne de Châtellerault, un fils qui lui succéda comme vicomte de Châtellerault.

 

Jean IV d'Harcourt fut tué à la bataille de Crécy en 1346. Il avait donné en 1333 « a sa chière et amée suer Aalis de Harecourt son chastel de Chauvigné en Poytou par vertu des convenances de son mariage avec nous Andrieu de Chauvigny seigneur de Chastel-Raoul et Vicomte de Brosse. » (Collection de Gaigniers, Biblioth. Nation.).

Le château passa ainsi à la famille des Chauvigny-Châteauroux. C'est cet André de Chauvigny qui périt dans un combat près de Chauvigny la veille de la Bataille de Maupertuis en 1356 et comme il n'avait pas d'enfant, le fief retourna aux d'Harcourt.

Plus tard, Jean VII d'Harcourt, après l'avoir donné, puis retiré à son fils naturel Loyset, vendit le château et la châtellerie le 27 mars 1447 à Charles Ier d'Anjou, comte du Maine.

Le 21 mai 1447 Charles Ier échangea le château avec l'évêque de Poitiers, Guillaume V de Charpagnes.

A partir de 1447 la Châtellerie demeura unie à la baronnie de Chauvigny sous l'autorité directe des évêques.

 

Les Armes de la famille d'Harcourt étaient de gueules à deux fasces d'or.

Les châtelains avaient droit de haute justice.

En 1377 les fourches patibulaires dressées sur la terre du châtelain s'élevaient au lieu- dit « La Coste ».

La justice était représentée par un sénéchal assisté d'un greffier et d'un procureur criminel du seigneur.

 

LES FIEFS.

Le primitif manoir de la Motte paraît s'être élevé à quelques pas à l'ouest du Château. « Le logis de la Motte devant le Chastel de Monseigneur d'Harecourt » une « grant maison assise au querroy » « un logeys assis ès barrières ».

Deux fiefs ruraux portaient le nom d'Harcourt, l'un situé paroisse Saint-Léger, près d'Artiges, appelé « les Cueilles d'Harcourt », l'autre dans la paroisse de Saint-Pierre-les-Eglises, situé près de la Croix des Eglises et appelé simplement « fief d'Harcourt ».

Le fief de la Perchaie, qui était d'une véritable importance, relevait de la Châtellenie d'Harcourt au franc devoir d'un gant blanc valeur douze deniers. La « Maison de la Tousche de Virecq », l'hébergement et le bois de la Galizière, paroisse des Eglises, dépendaient du Château. Une terre de la paroisse de Chasseneuil, les fiefs de la Guérinière et de la Gaudinière, paroisse de Pouzioux ; de la Cormaillère, paroisse de Dissay ; de Verre, paroisse de Saint-Georges-les-Baillargeaux, en dépendaient également.

Le compte de Mathelin Laurens (XIVe siècle) présente un ensemble très précis de la Seigneurie d'Harcourt, très peu d'années avant la session aux évêques de Poitiers Nous y trouvons : des maisons à Chauvigny, le moulin de Miler « es-barrières » de Chauvigny, des « moulins, escluze et pescherie... assis en Vienne au-dessous du pont de Chauvigny » (le moulin des Dames) ; des prés : le pré de Groussart, le pré du Ponteriau et le « pré du dessoubz de la maison Thomas Bernier » ces deux derniers communs entre le sire d'Harcourt et l'évêque baron ; des pièces de terre et des bois; des droits de pasquier à la Mareuille, à Archigny ; des taillées à Virée, la Guastine, Puymarein, Ainsec, Cubors, le Bruilh ; des prélèvements en nature (agneaux, etc.) à Ainsec, la Chauvalière, la Triaudère, la grant Foucaude, la petite Foucaude, la Bérigère (Brigère), la Breuillaizières (Brelaizières) ; du seigle à la Touze, des cerises à Ainsec, du sel à Chauvigny et de la cire.

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Un droit de péage, a Chauvigny, le montant des récoltes, le détail des sommes reçues pour cens ou pour fermages d'immeubles ou de droits, le montant des « amendes et exploiz de justice », les produits du droit d' « espaves », etc...

La Seigneurie avait un four banal au carroir Piet, à côté de la « Maison de Jehanne Piette ».

Dans les détails de la dépense, on relève dans le compte « guages de Pierre Rivaut sénéchal », C sous, « a Loys de Montfreule, capitayne du chastel » C sous, « pour les guages du recepveu tant pour ledit office que pour l'office

du procureur civil » C sous et (pour l'année) XII bardeaulx de foing pour son cheval », guages de Perrin de la Sale pour sa charge de procureur crimineux et pour tenir son greffe, XXX sous ».

Les Archives départementales renferment d'autres comptes de recette et dépense de la Châtellenie, redigés par le même Laurens et par Guyot Perret, châtelain et receveur de Madame Alix d'Harcourt (dossier G. 40).

 

 

Chauvigny et les Chauvinois / Pol Jouteau

Histoire de Châtellerault.  par Alfred Hérault

 

 

 

Généalogie des maisons de Meulan et d’Harcourt, seigneur de d’Elbeuf (Suite) <==.... .... ==> Église Saint-Pierre de Chauvigny

 

 

 


 Mesnie d'Augerolles

ReDSC_0531constitution d'un campement seigneurial du XVe siècle et la vie quotidienne de nobles en voyage.
Démonstrations de combats et d'armes de traits.
Présentation d'armement, de calligraphie et de chirurgie.
Tentes ouvertes visitable par le public.

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(1) DE LA ROQUE, Histoire généalogique de la famille d'Harcourt, Preuves, l,ome III, p. 1. -- Tome IV, suppl., p. 19. — Ce Bernard serait d'ailleurs descendu d'Anténor, tome III, p. 4.

(2) Recueil des Historiens de France, tome XX, p. 307.

(3) LANGLOIS, Textes relatif.s à l'histoire du Parlement, p. 118, n° LXXXVI.

(4) « Recette faite par Mgr d'Harcourt en l'office de navie des gens nostre sire le Roy dès le mercredi après l'Ascension jusque à la Saint-Martin d'y ver avec les noms des chevaliers que Mgr de Harcourt mena o lui as voiage de la mer. » Bibliothèque nationale, nouvelles acquisitions, Fonds français, 2.628, f° 7.

(5) « redierunt nihil acto », Recueil des Historiens de France, tome XXI, p. 634. — BOUTARIC, Notes et Extraits des documents inédits, tome XX, p. 37.

(6) « ... potuisset tune, ut dicebatur, totus exercitus qui erat in navibus de gente Francorum totam de facili Angliam occupasse si non auctoritas dictorum amiralium obstitisset... » Chronique de Nangis, page 291. C'était une singulière exagération, car Jean d'Harcourt n'avait pas deux mille hommes d'armes sous ses ordres. LA RONCIÈRE LE NOURY, Revue des questions historiques, tome 60, 1896.

(7) J. PETIT, Charles de Valois, Paris, 1900.

(8) « Estoit le mestre connestable et sire d'ostel et de table », GEOFFROY DE PARIS, Recueil des Historiens de France, tome XXII, p. 90.

(9) La chronique en vers attribuée à Geoffroy de Paris dit à ce sujet, peut-être avec plus de déférence pour la rime que de respect pour la vérité :

« Mes au retorner il mourust

« Je n'en dis plus ; ce fu damage

« Car il estoit et preus et sage. »

Recueil des Historiens de France, tome XXII, p. 90, vers 154 et suivants.

(10) En 1281, il rendit hommage à Gautier, évêque de Poitiers, pour ses terres de Chauvigny, de la Plante et de la Peirate. DE LA ROQUE, Histoire généalogique de la famille d'Harcourt, tome I, p. 346 ; tome II, p. 226 ; tome IV, p. 1419.

En 1292, un accord intervint entre Jean d'Harcourt et sa femme Jeanne de Châtellerault, d'une part, et Pierre de Baudiment, chevalier, d'autre part, au sujet, de droits et de devoirs que les premiers réclamaient sur la terre de Baudiment. DE LA ROQUE, ut supra, tome 1, p. 346 ; tome III, p. 229.

(11) Cette violence se manifesta particulièrement, en ce qui concerne Jean III d'Harcourt, dans une querelle qu'il eut avec un de ses voisins de Normandie, le sire de Tancarville, au sujet de la possession d'un mouton et qui prit des proportions épiques.

(12) « ... fuit ordinatum quod d. Johannes deliberabit gentes d. abbatis sive religiosos, sive clericos, sive laicos, si quos tenet et quod omnia bona rnobilia d. abbatis capta per d. J. in manu vestra ponantur per vos reddenda d. abbati... » BOUTARIC, Actes du Parlement, tome I, p. 379, n° 511.

 

 

Généalogie des maisons de Meulan et d’Harcourt, seigneur de d’Elbeuf (Suite)

Pour faire suite à la première partie de la généalogie des seigneurs d'Elbeuf, que nous avons arrêtée à ROBERT II D'HARCOURT, marié à JEANNE DE MEULAN en 1190, nous placerons ici la seconde.

De ce mariage naquirent :

1° RICHARD D'HARCOURT, baron du lieu, seigneur d'Elbeuf, marié à Jeanne de la Roche-Tesson, vicomtesse de Saint-Sauveur (1216) ; 2° Guillaume d'Harcourt, baron de Bosworth, qui eut une descendance en Angleterre ; 3° Olivier d'Harcourt, seigneur d'Ellenhal, en Angleterre ; 4° Jean, seigneur de Blouville ; 5° Simon, seigneur de Blanchely, marié à Alix d'Ardène ; 6° Guilbert, seigneur de Saxetot ; 7° Amaury ; 8° Roger ; 9° Renaud, échanson de France ; 10° Raoul, seigneur d'Annouville, qui eut des enfants ; 11° Vautier, seigneur de Brionne, qui eut aussi des enfants ; 12° Beatrix, dame de Giseulles ; 13° Cécile, dame de Chacesaine ; 14° Mathilde ; 15° Haïlde ; 16° Emmeline.

 

— Richard d'Harcourt et Jeanne de la Roche-Tesson eurent pour enfants :

1° JEAN Ier D'HARCOURT, baron du lieu, seigneur d'Elbeuf, vicomte de Saint-Sauveur, surnommé le Prud'homme, marié à Alix de Beaumont (1257) ; 2e Raoul d'Harcourt, sire d'Avrilly qui fit branche; 3° Robert d'Harcourt, baron de Beaumesnil, qui eût une descendance ; 4° AMACRY, seigneur d Elbeuf ; 5° André, sire de Calleville ; 6° Hugues, seigneur de Patigny ; 7° Alix ; 8° Jeanne, religieuse à Longchamp ; 9° Perrette, marié à Jean, sire d'Hellenvilliers ; 10° Marguerite, mariée à Philippe de Pérusse, vicomte de Vauguion.

 

— Du mariage de Jean Ier d'Harcourt et d'Alix de Beaumont naquirent :

1° Philippe, baron d'Harcourt (1268) ; 2° RICHARD II D'HARCOURT, barond Elbeuf (ï269) ; 3° Jean II, baron d'Harcourt, vicomte de Saint-Sauveur, maréchal et amiral de France, marié en premières noces à Agnès de Lorraine, et, en secondes, à Jeanne, vicomtesse de Châtellerault ; de ces deux alliances sortirent des enfants qui furent :

 premièrement JEAN III D'HARCOURT, baron du lieu, vicomte de Châtellerault, dit le Boiteux, marié à Alix de Brabant, dame d'Arscot (1302) ; deuxièmement Jeanne, mariée à Henry d'Avaugour, comte de Goello, et troisièmement Marguerite, mariée à Robert de Boulainvilliers d'abord, puis en secondes noces à Raoul d'Estoutteville, seigneur de Remmes ; 4° Robert d'Harcourt, évêque de Coutances (1296) ; 5° GUILLAUME D'HARCOURT, baron de la Saussaye, et seigneur d'Elbeuf, grand maître d'hôtel, puis grand queux de France, qui se maria trois fois :

la première avec Jeanne de Meulan, baronne du Neubourg, de laquelle sortit Jean d'Harcourt, baron du Neubourg ; la seconde avec Isabeau de Léon, qui eût pour fille ALIX, dame de la Saussaye ; et la troisième fois avec Blanche d'Avaugour qui n'eut pas d'enfants ; 6° Raoul d'Harcourt, archidiacre de Coutances, chanoine de Paris ; 7° Guy d'Harcourt, évoque et comte de Lisieux ; 8° Alix, mariée à Jean, baron de Ferrières ; 9° Luce, mariée à Jean, sire de Hautot ; 10° Isabeau, mariée à Jean Vautier, sire de Saint-Martin-le Gaillard ; 11°Blanche, mariée à Pierre, sire de Bailleul ; 12° Agnès d'Harcourt, abbesse deLongchamp ; 13° Jeanne d'Harcourt, aussi abbesse de Longchamp ; 14° Isabelle, mariée à Jean de Mauquenchy, sire de Blainville.

 

— Du mariage de Jean III d'Harcourt, vicomte de Châtellerault, avec Alix de Brabant, naquirent :

1° JEAN IV D'HARCOURT, comte du lieu, capitaine souverain en Normandie, marié à Isabeau de Parthenay, dame de Montfort-le-Rotrou (1338) ; 2° Louis, sire de Saint-Paul ; 3° Godefroy d'Harcourt, vicomte de Saint-Sauveur, capitaine souverain et lieutenant pour le roi en Normandie, puis connétable d'Angleterre (1346) ; 4° Marie, mariée à Jean, baron de Clère ; 5° Isabeau, mariée à Jean de Brienne, vicomte-de Beaumont ; 6° Alix, mariée à André de Chauvigny, sire de Châteauroux ; 7° Blanche, mariée à Hue Quieret, seigneur de Tours, amiral de France.

 

Jean IV d'Harcourt et Isabeau de Parthenay eurent pour enfants ;

1° JEAN V D'HARCOURT, comte du lieu, marié à Blanche de Ponthieu, comtesse d'Aumale (1353); 2° Louis, vicomte de Châtellerault, gouverneur de Normandie (1360) ; 3° Guillaume, baron de la Ferté-Imbert qui laissa une postérité ; 4° Jeanne ; 5° Alix, mariée à Aubert d'Hangest, baron d'Hugueville ; Jean V eut aussi une bâtarde : Catherine d'Harcourt, mariée à Nicolas de Ronnes, seigneur de Cheranvilliers. — Du mariage de Jean V d'Harcourt et de Blanche de Ponthieu, princesse de Castille, sortirent :

1° JEAN VI D'HARCOURT, comte du lieu, grand maître de France, marié à Catherine de Bourbon, dame de Mortemer (1374) ; 2° Jacques, baron de Montgommery, qui fit branche (1376) ; 3° Philippe, baron de Bonnétable qui laissa aussi une postérité (1379) ; 4° ROBERT, baron d'Elbeuf ; 5° CHARLES, baron de la Saussaye, 6° Ferrand, châtelain de Lille-bonne ; 7° Louis, sire de Calleville ; 8° Jeanne, mariée à Raoul de Coucy, baron de Montmirail ; 9° Catherine, religieuse à Poissy ; 10° Marguerite, mariée à Thibaud Gouffier, seigneur de Milly.

— Jean VI d'Harcourt et Catherine de Bourbon eurent pour enfants :

1° Charles d'Harcourt, comte d'Aumale; 2° JEAN VII D'HARCOURT, comte du lieu, connétable de France, marié à Marie d'Alençon, dame de Quatremares (1398) ; 3° Louis d'Harcourt, archevêque de Rouen, vicomte de Châtellerault, qui laissa un fils naturel né de Catherine d'Ablevoye, lequel eut également un fils naturel Louis, bâtard de Châtellerault, seigneur d'Ablevoye (1444) ; 4° Isabeau marié à Humbert, baron de Thoire et de Villars, souverain de Dombes ; 5° Jeanne, mariée, à Guillaume de Flandre, comte de Namur ; 6° Blanche, abbesse de Fontevrault et de Soissons ; 7° Marie, mariée en premières noces à Renaud, duc de Juliers et de Gueldres, et en secondes, à Robert, prince de Juliers et de Gueldres, duc de Bar ; 8° Catherine, religieuse à Poissy ; 9° Marguerite, mariée à Jean d'Estoutteville, sire de Cleuville; 10° Jeanne, prieure de Poissy. Jean VII eut aussi deux filles naturelles : Jeanne, bâtarde d'Harcourt, mariée à Jean Chrétien, seigneur de Bosgouet, et Denise, bâtarde d'Harcourt, mariée à Jean de Ponches, seigneur de Mesnil-Vassez.

 

— Du mariage de Jean VII d'Harcourt et de Marie d'Alençon naquirent :

1° Jean d'Harcourt, comte d'Aumale et de Mortain, gouverneur de Normandie, d'Anjou et du Maine, marié à Marguerite de Preullay, vicomtesse de Dreux (1424). Ce Jean d'Harcourt eut un fils naturel : Louis d'Harcourt, bâtard d'Aumale, patriarche de Jérusalem, archevêque de Narbonne, évêque de Baveux, gouverneur de la Normandie (1452-1479) ; 2° MARIE D'HARCOURT, comtesse du lieu et d'Aumale, mariée à ANTOINE DE LORRAINE, comte de Vaudemont (1430), tige des marquis et des ducs d Elbeuf ; 3° Jeanne, comtesse d'Harcourt et d'Aumale, mariée à Jean, sire de Rieux et Rochefort, baron d'Ancenis, puis, en secondes noces, à Bertrand de Dinan, baron de Châteaubriant (1450). Jean VII d'Harcourt eut aussi quatre enfants naturels : 1° Jean, bâtard d'Harcourt, seigneur de Gironde, sénéchal du Maine ; 2° Louison, bâtard d'Harcourt, seigneur de Montlouis, mariée à Catherine du Plessis ; 3° Marie, bâtarde d'Harcourt, mariée à LOUISET DE TOURNEBU, seigneur de la Londe; 4° Jeanne, bâtarde d'Harcourt, mariée à Foulques de Saquainville, seigneur de Blaru.

Nous arrêterons cette nomenclature généalogique à ANTOINE DE LORRAINE, seigneur d'Elbeuf, par suite de son mariage avec MARIE D'HARCOURT.

Le comte Robert IV de Meulan quitta la Normandie en 1203 ; mais avant de partir, il confirma à Richard d'Harcourt, son petit-fils, la possession du domaine d'Elbeuf.

La Roque dit qu'en cette même année 1203, Richard d'Harcourt « fit ériger, par son crédit, les foires d'Elbeuf, pour faciliter le commerce de ses terres ». M. Guilmeth ajoute que ce fut au mois d'août, par une charte spéciale et scellée de son sceau, donnée à Rouen, que Jean-sans-Terre, cédant aux pressantes sollicitations du jeune Richard d'Harcourt, seigneur d'Elbeuf, « autorisa ledit Richard et ses représentans, descendans ou héritiers, à continuer de faire tenir, dans la ville appelée Elbeuf [in villa dicta Hellebof) l'ancienne foire de la Saint-Gilles, telle qu'elle avait accoutumé d'y être tenue, le 1er et le 2 septembre de chaque année.

 Il permit, de plus, au même Richard de Harcourt d'établir, soit dans la même ville d'Elbeuf (sive in eadem villa de Hellebef) soit dans une autre portion de ses domaines en Normandie, les deux foires nouvelles ou francs-marchés nouveaux qu'il désiroit y établir. »

La charte de Jean-sans-Terre, successivement confirmée par Philippe-Auguste lui-même et par les rois Louis VIII et Louis IX, « existait encore en 1740 parmi les vieils papiers du duché d'Elbeuf. »

 

A cette époque, de grands événements politiques et militaires firent passer la Normandie de la couronne d'Angleterre à celle de France.

Jean-sans-Terre, roi d'Angleterre et duc de Normandie, qui pendant plusieurs années était passé si souvent par Elbeuf en allant de son château d'Orival à l'abbaye de Bonport ou en en revenant, fut accusé d'avoir assassiné Arthur de Bretagne son neveu, et cité à comparaître, pour ce fait, devant la cour des pairs.

S'y étant refusé, le roi de France fit déclarer ses biens confisqués, puis s'avança sur la Normandie pour s'en emparer.

Après un long siège, Philippe-Auguste prit la forteresse du Château-Gaillard et, successivement, presque toutes les places fortes du roi Jean, qui s'enfuit lâchement devant son ennemi.

Au mois de mai 1204, le roi de France était maître de toute la contrée d'Elbeuf. Rouen capitula le 1er juin, et Philippe-Auguste y fit son entrée le 1er juillet.

La réunion de la Normandie à la France porta un grand coup au commerce que Rouen faisait avec l'Angleterre ; mais les pertes que cette ville éprouva furent bientôt compensées par le développement de son industrie, surtout de sa fabrication drapière.

A défaut des laines anglaises, qui lui manquèrent pendant quelques années, Rouen en fit venir d'ailleurs : d'Ecosse, d'Espagne, du Berry et du Poitou.

C'est de cette époque également que date la fabrication industrielle des draps à Menneval près Bernay, à Evreux, à Montivilliers et autres localités de notre région, mais qui ne devait pénétrer à Elbeuf que beaucoup plus tard.

Bientôt les villes s'associèrent pour faire le commerce. Celles où les drapiers formaient une corporation organisèrent une association sous le nom de « Hanse de Londres », pour le commerce des laines en Angleterre, la fabrication et la vente des draps.

Elles s'engagèrent à fabriquer leurs draps à l'aune de Champagne, à se faire représenter aux foires, à vendre leurs produits en gros pour l'exportation ou à ne les conduire dans une autre foire qu'après les avoir exposés dans une de celles de Champagne.

Parmi ces villes figurèrent d'abord Arras, Amiens, Abbeville, Péronne, Saint-Quentin et autres, puis, plus tard, Paris, Rouen, Caen, Bernay et Louviers. La plus importante des foires de notre région était celle du Landit, à Saint-Denis, dont nous reparlerons ; il s'y vendait des quantités considérables de draps.

Après la mort de Robert IV de Meulan, certains de ses héritiers, qui avaient été dépouillés de leurs domaines par les confiscations de Philippe-Auguste, inquiétèrent Richard d'Harcourt, au sujet de la possession de la terre d'Elbeuf. Une transaction intervint entre les parties, en 1207, mais elle ne fit que suspendre le différend.

Richard d'Harcourt fut appelé à l'Echiquier tenu à Falaise en 1208, pour être condamné de fournir au roi cinq chevaliers armés ; mais il remontra qu'il ne les devait que pour la garde du château de Beaumont et gagna sa cause.

Vers 1210, Richard d'Harcourt fut excommunié. Il était accusé de la mort d'un chanoine d'Evreux, et, ne s'étant pas présenté à l'audience où il avait été attaqué, les trois chanoines de Chartres, qui étaient chargés d'instruire cette affaire, le retranchèrent de la communion des fidèles. Il obtint son absolution environ un an après.

 

Voici un tableau approximatif des conditions d'existence de la population d'Elbeuf au commencement du XIIIe siècle :

La terre appartenait au seigneur. Il en faisait exploiter une partie, principalement les bois et les prairies, par des officiers, qui, comme pendant la période mérovingienne, avaient des serfs sous leurs ordres. La condition de ces esclaves, qui appartenaient corps et biens à leur maître, était tout aussi malheureuse qu'aux temps des rois francs.

L'autre partie du sol elbeuvien était exploitée par des « vavasseurs », paysans libres, jouissant du droit de propriété moyennant des redevances seigneuriales et des services qu'ils devaient au seigneur.

Entre les esclaves et les vayasseurs, il y avait une troisième catégorie de « vilains », les « main mortables », qui avaient aussi droit de propriété, mais dont les biens meubles et immeubles revenaient au seigneur après leur mort.

Mais à partir de la réunion de la Normandie à la France, la condition des populations agricoles commença à s'améliorer, par l'affranchissement d'un grand nombre de serfs et de mainmortables ; il ne faut pourtant pas en faire honneur à l'aristocratie du temps : si elle favorisa cette tendance, c'est qu'elle avait reconnu que le travail des hommes libres était d'un plus grand profit pour elle que celui des esclaves.

En 1210, sous le pontificat d'Innocent III — et non d'Innocent IV, ainsi que le porte par erreur le Cartulaire de Saint-Taurin — le pape confirma à l'abbaye d'Evreux les donations qui lui avaient été laites, notamment, celles des églises d'Elbeuf, de Caudebec, de Louviers et de Pinterville.

Le Cartulaire Normand des actes de Philippe-Auguste contient un état mentionnant le nom de quelques juifs de Normandie, dans lequel nous trouvons Mopres d'Elbeuf (Elleboef), qui, apparemment, était de notre localité. Ce détail indiquerait qu'il se faisait déjà à Elbeuf un certain commerce.

Notons, en passant, que Philippe-Auguste vint souvent dans notre contrée. Sa présence à Pont-de-l'Arche est constatée en 1211, 1212, 1213 et 1215.

Richard d'Harcourt eut un grand procès à soutenir contre le chapitre d'Evreux, au sujet du patronage de Sainte-Colombe et de Saint-Pierre près le Neubourg, qu'il perdit en octobre 1211 ; mais le différend fut porté devant le pape, et Lucas, évêque d'Evreux, nommé arbitre, parvint à accorder les parties.

Richard d'Harcourt était encore en procès devant l'Echiquier de Pâques, tenu à Falaise en 1213, contre Robert d'Alençon son parent.

Le fonds de l'abbaye de l'Isle-Dieu, aux Archives de l'Eure, possède une copie, collationnée au XVIIe siècle, de la donation faite à ce monastère, en 1212, par Jean de Préaux, d'une rente annuelle de dix livres, qui lui avait été donnée par Robert, comte de Meulan, en récompense de ses services, et qui était assignée sur les revenus de la foire et de la prevôté d'Elbeuf-sur-Seine. Par cet acte, Jean de Préaux déclare donner cette rente à l'abbaye de l'Isle-Dieu en échange d'une rente d'égale valeur qu'il avait assignée douze ans auparavant au profit des religieux de ce couvent sur ses moulins de [Revron?]

— Cinq siècles plus tard, en 1723, Henri de Lorraine, duc d'Elbeuf, reconnut cette partie de dix livres de rente affectée, dit-il, « sur notre duché d'Elboeuf et sur la rivière de Seinne à nous appartenans. »

Robert Poulain fut archevêque de Rouen de 1208 à 1222. Pendant la durée de son épiscopat, mais en une année que nous ignorons, il accepta comme curé de la paroisse d'Elbeuf, sur la présentation de l'abbé de Saint-Taurin d'Evreux, un prêtre nommé Robert. Ce détail nous est fourni par le pouillé d'Eudes, Rigaud, écrit vers 1248. Me Robert est donc le plus ancien curé d'Elbeuf dont le nom nous soit connu.

Richard Ier, sire d'Harcourt, d'Elbeuf, de Beaumesnil, se maria, en 1216, avec Jeanne de la Roche-Tesson, dame de Saint-Sauveur-le-Vicomte, d'Auvers et d'Avrilly. Elle blasonnait : Fascé de six pièces d'or et d'hermine.

Le 24 avril 1216, le pape Honoré III confirma, ainsi que l'avait fait son prédécesseur, les possessions de l'abbaye de Saint-Taurin d'Evreux, notamment les églises d'Elbeuf, de Caudebec, de Louviers et de Pinterville. Mais c'est par distraction, sans doute, que le savant M. Bonnin, dans son sommaire de la bulle d'Honoré III, désigne la paroisse d'Elbeuf sous le nom de Saint-Jean, car c'est évidemment de Saint-Etienne dont il s'agissait, puisque la première n'existait pas encore. D'ailleurs, la bulle n'indique aucun vocable. L'erreur de M. Bonnin s'explique facilement : la paroisse Saint-Jean étant devenue la plus considérable d'Elbeuf et le siège du doyenné, il aura cru qu'elle était aussi la plus ancienne.

- En cette même année, Philippe-Auguste, se trouvant à Pont-de-l'Arche, mit terme à un différend qui avait éclaté entre les moines de Saint-Ouen de Rouen et ceux de Bonport.

Le roi retourna à Pont-de-l'Arche en 1217- 1218 au mois de mars, en 1218-1219 en mars et avril.

Il est fort probable que Philippe traversa notre localité, soit pour examiner l'état où se trouvait alors le château d'Orival, en partie détruit par Jean-sans-Terre, soit pour se rendre à sa forteresse de Moulineaux, soit enfin pour aller à Rouen par la rive gauche.

L'automne de 1218 avait été très rigoureux. Dès le mois de novembre, la Seine était entièrement gelée. Les ensemencements furent perdus. Cet hiver eut une très grande analogie avec celui de 1890-1891, encore présent à la mémoire de tous

Les donations religieuses, considérables aux siècles précédents, ne furent guère moins nombreuses au moyen âge. Elles avaient leur source dans l'état des esprits et des âmes, dit M. Fustel de Coulanges :

« L'église n'avait pas d'efforts à faire; il ne lui était pas nécessaire d'assiéger le lit des mourants. Dès que l'homme croyait fermement à un bonheur à venir qui devait être une récompense, l'idée lui venait spontanément d'employer tout ou partie de ses biens à se procurer ce bonheur. Le mourant calculait que le salut de son âme valait bien une terre. Il supputait ses fautes et il les payait d'une partie de sa fortune.

« Nos générations modernes ont des délicatesses de sens moral qui étaient inconnues dans ce temps-là. Nous avons peine à comprendre qu'une faute se rachète par de l'argent ou de la terre. Cette idée était tout à fait familière aux hommes de cette époque.

« Regardez en quel style sont rédigées presque toutes ces donations. Le donateur déclare qu'il veut « racheter son âme », qu'il donne une terre « en vue de son salut », « pour la rémission de ses péchés », « pour obtenir l'éternelle rémission », etc.

On voit par là que, dans la pensée de ces hommes, la donation n'était pas gratuite : elle était un échange : « Donnez, et il vous sera donné ». C'était l'échange d'un bien terrestre contre un bonheur céleste, presque une affaire commerciale.

Il ne faut pas oublier que ces hommes entendaient faire leur donation, non à des ecclésiastiques, mais à Dieu ou à un saint. C'était Dieu ou le saint qu'ils faisaient propriétaire. Le prêtre ou les moines n'étaient mentionnés que parce qu'il fallait un intermédiaire entre le donateur et le bénéficiaire. C'est ainsi que nous trouvons plusieurs titres portant ces mots : « Je donne à Dieu, à Sainte-Marie de Bonport et aux religieux qui servent Dieu en cet endroit... » Après la donation, les prêtres inscrivaient le nom du donateur sur le rôle de leurs prières, de sorte qu'il était assuré d'avoir une rente perpétuelle en oraisons en échange de son bien.

L'abbaye de Bonport eut de bonne heure des biens à Elbeuf; la plupart des titres en sont perdus ; mais le répertoire que les moines en dressèrent au siècle dernier nous les font connaître, au moins en partie. Nous les mentionnerons donc, mais sommairement, et par ordre chronologique, tels qu'ils figurent dans cet inventaire.

Janvier 1220. — « Titre par lequel Laurence Grosmer ratifie le donation faite à l'abbaye Notre-Dame de Bonport, par Ligart Grosmer, sa mère, de cinq sols de rente à prendre annuellement sur la masure de Lambert Bollon », à Elbeuf.

1224. — « Titre portant confirmation de la vente faite par Jean Le Bouteiller », d'Elbeuf également.

L'inventaire des titres du Bec-Hellouin, conservé à la Bibliothèque nationale, mentionne, à la date de 1221, une « donation faite à l'abbaye du Bec, par Onfray d'Elbeuf, de six deniers que lui faisait la dicte abbaye de rente, à cause d'un certain lieu qu'elle tenoit de luy prèz l'église d'Elbeuf. — On lit « Sainct-Etienne d'Elbeuf » sur l'inventaire, mais ce registre a été établi au siècle dernier, c'est-à-dire à une époque où il existait, depuis longtemps déjà, deux églises dans notre ville.

Louis VIII était à Pont-de-l'Arche le 4 janvier 1223 (1224 n. s.) — Cette année fut malheureuse pour le peuple : les blés ayant manqué, une famine se déclara. La récolte de 1225 ne fut pas meilleure, et les souffrances se prolongèrent pendant deux ans.

Par une charte datée de Lisieux, septembre 12.., Louis VIII donna à « son cher et fidèle Richard d'Harcourt » le jardin que ce roi possédait à Elbeuf (Euellebue super Secanam), qui était contigu au jardin ayant appartenu autrefois à Jean de Trie, sous la réserve que Richard verserait, à la Saint-Michel de chaque année, une somme de quarante sols tournois dans la caisse royale.

Le nom d'un sixième habitant d'Elbeuf est celui de Bertin Laffetie, qui figure sur les cartulaires de Saint-Taurin pour avoir, avec le consentement de « Rinchordis » sa femme, cédé à Nicolas de l'Aigle, clerc, représentant le monastère d'Evreux, une parcelle de terre sise à Caudebec, moyennant 40 sols tournois et 12 deniers, plus un boisseau de pois accordé à Rinchorde, pour le prix de son consentement. Cet acte est du mois de janvier 1225 (1226 n.s.) Deux ans après, Bertin Laffetie eût une contestation avec Richard de Bellevue, évêque d'Evreux ; mais un accord fut signé entre les parties, au mois d'août 1228.

Le nom de Richard d'Harcourt figure parmi ceux des grands du royaume auxquels, en 1226, le roi Louis VIII, se sentant malade, écrivit pour qu'ils fissent couronner au plus tôt son fils aîné, qui fut Louis IX.

En 1229, nous le voyons arbitre, avec Richard, évêque d'Evreux, dans un différend entre l'abbé du Bec-Hellouin et Jean de Tournebu.

Le procès qui s'était élevé entre Richard d'Harcourt et plusieurs héritiers de Robert IV de Meulan ne fut terminé qu'en 1229. Il fut reconnu, dit le sieur de la Roque, que le domaine d'Elbeuf était venu à la maison d'Harcourt par donation du comte de Meulan.

M. Guilmeth assure qu'en 1229-1230, Richard d'Harcourt demanda au roi Louis IX la permission d'ériger à Elbeuf trois marchés hebdomadaires, et que l'autorisation royale lui fut donnée immédiatement.

Cependant, nous avons vu précédemment que Richard d'Harcourt avait obtenu de Jean-sans-Terre, le droit de faire tenir à Elbeuf ou dans un autre de ses domaines les deux foires nouvelles « ou francs-marchés nouveaux » qu'il désirait y établir. Il est probable que Louis IX ne fit que confirmer celte autorisation, en spécifiant toutefois que ces marchés se tiendraient à Elbeuf et non ailleurs.

Il est presque certain que, à la faveur du calme dont "jouit notre contrée pendant les règnes de Louis IX et de Philippe III le Hardi, les marchés et foires d'Elbeuf prirent beaucoup d'importance.

A cette époque également, nombre de seigneurs aliénèrent des terres qui furent acquises et exploitées par des paysans pour leur compte personnel. Beaucoup de serfs achetèrent aussi leur liberté, et formèrent la base d'une classe nouvelle : la bourgeoisie. Les uns firent le commerce, d'autres entrèrent dans les ordres du clergé.

C'est du XIIIe siècle encore que date la grande révolution qui se manifesta dans l'architecture. Le peuple jouissant alors d'un bienêtre qu'il n'avait jamais connu, se montra très généreux envers le clergé. Une infinité d'églises nouvelles furent bâties, en remplacement de celles élevées au XIe siècle ; d'autres furent agrandies, mais toutes sur le style nouveau auquel on donne improprement le nom de gothique, car il fut conçu, appliqué et répandu par des architectes des provinces du nord et de l'ouest de la France.

Nous ne nous arrêterons pas à combattre les assertions de M. Guilmeth touchant la prétendue fabrication de draps et de brunettes dont Elbeuf, sous le nom de Brunent, aurait été le siège au moyen âge. Sur ce dernier point, il se dément lui-même en constatant que les titres de cette époque portent tous le nom d'Elbeuf, sous diverses formes il est vrai, mais sans exception.

Rappelons seulement que Briment était un petit fief seigneurial, situé à Saint-Aubin-jouxte Boulleng — ou jouxte Brunent, comme on écrivait autrefois.

Quant à l'importance d'Elbeuf, nous la connaîtrons bientôt. On verra si dans une localité d'une aussi faible population, après en avoir extrait les habitants ruraux et ceux s'occupant directement ou indirectement du commerce et du transport des marchandises entre Elbeuf et Rouen, il y avait place pour une « industrie manufacturière » aux mains de « riches fabricants ».

Il y avait bien alors en France d'opulents fabricants de draps, mais ils étaient ailleurs qu'à Elbeuf, notamment, à Rouen et à Louviers, et c'est pour réglementer leur industrie que Louis IX (1226-1270) leur donna des statuts, qu'Etienne Boileau lit précéder d'une fort intéressante notice sur la fabrication au XIIIe siècle ; en voici un exposé, emprunté à l'ouvrage de M. Alcan :

« Paris avait alors beaucoup de tisserands en laine et en fil et chanvre. La draperie était une des principales industries des villes du nord de la France. Paris rivalisait avec Saint-Denis, Lagny, Beauvais et Cambrai ; et la Flandre, avec son grand nombre de villes manufacturières, excitait encore davantage l'émulation des villes françaises. Ce n'était pas une industrie qui donnât lieu à de grands établissements, mais elle faisait vivre modestement un grand nombre de familles ; la confrérie des drapiers était très-ancienne à Paris, elle a subsisté longtemps. Dans la Cité, où leur industrie avait pris naissance, la rue de- la Vieille-Draperie indique encore le berceau de leur métier. C'est probablement dans cette rue qu'étaient situées les vingt-quatre anciennes maisons de Juifs que les drapiers obtinrent de Philippe-Auguste, moyennant un cens annuel de 100 livres.

« Comme les drapiers avaient la faculté de faire travailler chez eux leurs parents, le métier de drapier se transmettait dans les familles ; on était drapier de père en .fils, et quelquefois tous les membres d'une famille travaillaient sous le même toit. Dans l'origine, les tisserands vendaient les étoffes de laine qu'ils avaient tissées : ils étaient fabricants et marchands à la fois ; mais dès la fin du treizième siècle, les riches faisaient tisser par les pauvres et vendaient les draps qu'ils avaient fait fabriquer. Ils conservaient encore le nom de tisserands, mais ils étaient les «grands mestres », tandis que ceux qui travaillaient pour le compte de ces marchands n'étaient plus que les « menus mestres ». Quoique les autres villes manufacturières eussent la faculté de vendre leurs draps aux halles de Paris, les drapiers parisiens soutenaient fort bien la concurrence, du moins pour les draps communs ; car, quant à la draperie fine, il n'y avait que les manufacturiers de la Flandre qui l'eussent portée à un haut degré de perfection. Quand on voulait avoir du camelot fin ou de Pécariate, on allait chez les marchands qui apportaient du nord de la France les draps flamands.

« A Paris, comme à Saint-Denis, la draperie faisait prospérer, la teinturerie. Ces deux métiers, indispensables l'un à l'autre, et pourtant jaloux de leur succès réciproque, eurent de fréquents démêlés, que l'autorité publique essaya quelquefois en vain de faire cesser. Les drapiers voulaient teindre, pour avoir tout le bénéfice de leurs opérations, et les teinturiers, voyant que les drapiers faisaient de bonnes affaires, cherchaient toujours à faire des travaux pour leur compte et même à tisser les laines qu'ils teignaient. Ce ne fut pas sans peine que l'on contint chaque métier dans ses limites.

« Dans la suite, les drapiers furent le premier des six corps de marchands, et, quoique les chaussetiers ou fabricants de chausses en drap et autres étoffes de laine voulussent faite une corporation particulière et eussent choisi pour leur confrérie un autre patron que les drapiers, ils furent pourtant absorbés dans cette puissante corporation, à laquelle ils parvinrent seulement à donner le nom de drapiers-chaussetiers.

« Les foulons aussi formaient, à cause de l'état florissant de la draperie, une corporation nombreuse et puissante. Plus de trois cents foulons allèrent au- devant du convoi qui rapportait à Paris le corps de Louis IX, mort en Afrique. Ils devancèrent les autres bourgeois, pour se plaindre à Philippe le Hardi de ce qu'on les empêchait de se servir d'une place près de la porte Baudoyer, dont ils avaient depuis longtemps la jouissance. Mais dans ce nombre de trois cents étaient probablement compris les ouvriers compagnons, car il est difficile de croire qu'il y ait eu trois cents foulons à Paris, tandis qu'on ne comptait qu'environ soixante maîtres drapiers et vingt einturiers ; du moins, le nombre des maîtres nommés clans l'accord fait entre les deux métiers ne s'élève pas plus haut. Dans la place qu'on voulait leur contester, et qui, jusqu'à ce jour, porte le nom de Baudoyer, se tenaient, le matin, les ouvriers foulons qui n'avaient pas d'ouvrage. Il nous reste sur les foulons plusieurs statuts, un, entre autres, qui est plus ancien que tous les règlements des autres métiers. Ils en avaient un autre de la reine Blanche ; mais ce statut n'est pas parvenu jnsqu'à nous ».

Richard d'Harcourt était présent à l'assemblée des principaux barons de France que Louis IX avait convoqués à Saint-Denis, en septembre 1235 pour délibérer sur les entreprises faites par le clergé contre l'autorité royale.

La même année, il fit une donation à l'abbaye du Bec-Hellouin, dont la charte portait le sceau de ses armes : De queules à deux fasces d'or.

En 1236, il fut mandé pour le service du roi Louis IX, avec le sire du Neubourg, Jean de la Londe et plusieurs autres seigneurs normands.

Au mois de janvier 1236 (1237 n. s.), Pierre de Maromme vendit aux religieux de Bonport, tout le droit qu'il avait ou pouvait avoir sur une maison sise à Elbeuf.

Le mois suivant, Guillaume Lestohy donna à ces mêmes moines une maison sise à Elbeuf « rue Meuleuze ».

Le sol de la rue Meleuse — aujourd'hui rue de l'Hospice — était alors beaucoup moins élevé que de nos jours, mais à toutes époques, elle paraît avoir été encaissée.

Nous avons déjà dit que l'ancien pavé de celte antique voie se rencontre à environ un mètre cinquante du niveau actuel. Dans certains endroits, on retrouve plusieurs couches successives de pavage ou d'empierrement, notamment près de la Croix-Féret, c'est-à-dire à l'embranchement de la rue du Thuit-Anger et de la rue du Bourgtheroulde.

Un autre titre, possédé autrefois par le monastère du Bec-Hellouin, concernait une « fieffe faite par l'abbaye du Bec, à Raoul Fleury, d'une masure scise en la paroisse d'Elbeuf », pour sept sols de rente.

L'analyse de cette pièce figure dans l'Inventaire des titres du Bec-Hellouin, conservé à la Bibliothèque nationale. Elle prouve qu'à cette époque il n'y avait encore qu'une seule paroisse à Elbeuf.

Richard d'Harcourt, sire d'Elbeuf, de Beaumesnil, de la Saussaye, de Brionne, vicomte de Saint-Sauveur, seigneur de Beauficel, de Calleville, de Rennevilie, d'Avrillv, d'Auvers, des Planches, de Saint-Celerin,d'Ëpreville, de Sainte-Colombe, d'Angoville, de Patigny, de Saint-Pierre, du Saussey, etc., mourut vers 1241.

Il avait, eu de son mariage avec Jeanne de la Roche-Tesson, de nombreux enfants, dont nous avons donné la liste. Jean ICT, son fils aîné, lui succéda dans sa seigneurie d'Harcourt et d'Elbeuf.

 

CHAPITRE XIV (1241-1260)

Le nouveau seigneur d'Elbeuf était âgé de 43 ans lors de la mort de son père. Il s'était marié, en 1240, à Alix de Beaumont, fille de Jean de Beaumont, chevalier, chambellan du roi. Louis IX le prit en amitié et il jouit toujours des faveurs de ce monarque.

En mars 1244 (1245 n. s.) Martine Piquelée donna aux religieux de Bonport, une rente de quatre sols, à prendre sur une maison sise à Elbeuf.

En ce même mois, Roger Busquet vendit à cette abbaye une rente de 20 sols sur une maison à Elbeuf et sur divers autres héritages sis au même lieu ; cette vente l'ut consentie moyennant la somme de 10 livres.

Le mois suivant, Jean Pasquier et Robert Laber approuvèrent une donation, faite à ce même monastère par leur soeur Mathilde, d'une masure sise à Elbeuf « au moyen d'une rente de six sols».

Le fonds de Bonport, aux Archives de l'Eure, possède une pièce en parchemin concernant notre localité :

« Que tous sachent que moi Jean Lambert d'Elbeuf (de Welleboto) et mes héritiers sommes tenus envers l'abbé et le couvent de Bonport, à une rente annuelle de deux sols, payable à la nativité du Seigneur, assise sur une maison et une place situées à Elbeuf (apud Wellebotum) dans la rue Meleuse (in vico Muleuse), entre ma maison d'une part, et la terre des héritiers Robert Corel d'autre... »

Jean Ier d'Harcourt, seigneur d'Elbeuf, accompagna Louis IX à la croisade de 1248, et ne rentra en France qu'en 1251.

Par un acte daté du mois de juillet 1249, conservé aux Archives de l'Eure, Nicolas Toustain, autrefois lils de Robert Toustain du Hamel, déclara avoir reçu en lief et héritage de Roger Busquet d'Elbeuf (liuslcet de Welle-boe) tout ce qu'il avait de biens à Saint-Aubin-jouxte-Boulleng. Cet acte fut passé devant Robert Buquet (Buket) et plusieurs autres.

C'est très probablement au hameau qui s'étend sur une partie d'Elbeuf et de la Londe, que les deux Busquet ou Buquet dont il s'agit dans cette pièce devaient leur nom.

La rue actuelle de la Rochelle doit sa dénomination à une terre située en cet endroit, dont nous parlerons par la suite. Nous croyons que cette terre appartint à Godefroi de la Rochelle (de Rupella) clerc et personne de Louviers — c'est-à-dire curé honoraire de la paroisse Notre-Dame de cette ville ; — ce prêtre vivait en 1250 et figure plusieurs fois dans le Cartulaire de Saint-Taurin.

Godefroi de la Rochelle fut aussi choisi comme arbitre dans un différend qui surgit entre le curé de Malleville et l'abbaye du Bec.

Une charte du Cartulaire de Saint-Taurin, datée de 1250, mentionne « le chemin du roi qui tend d'Elbeuf (Welleboto) vers Pont-de-l'Arche. » Ce chemin n'était autre que la voie d'Uggade à Criquebeuf, construite pendant la domination romaine.

La population d'Elbeuf, dans la première moitié du XIIIe siècle, était fort peu considérable. L'archevêque de Rouen, Eudes Rigaud, dans son pouillé, dit que notre localité n'avait que 112 paroissiens.

M. Léopold Delisle voit dans ce mot « paroissiens » l'équivalent de « chefs de famille ». En multipliant par quatre le nombre des feux, on trouve donc qu'Elbeuf comptait à cette époque environ 450 habitants.

D'autres savants disent que, par paroissiens, il faut entendre les habitants, ou tout au plus les communiants, ce qui restreindrait la population elbeuvienne à 300 individus environ. Mais que l'on adopte la première ou l'une des dernières hypothèses, il est établi qu'Elbeuf n'était alors qu'un village.

Nous trouvons, dans ce même pouillé, que l'abbé de Saint-Taurin d'Evreux était patron de l'église d'Elbeuf-sur-Seine ( Hurkbuef super Sequanam) et que la dire valait vingt livres de rente. Le précédent curé se nommait Robert ; il avait été nommé par Robert Poulain, archevêque de Rouen. Celui qui lui avait succédé et desservait la paroisse alors, portait le nom de Michel ; il avait été investi de son bénéfice-cure par Eudes Rigaud lui-même, parce que le sujet que l'abbé de Saint-Taurin avait présenté était moins capable que le précédent desservant. Nous verrons bientôt que si maître Michel était plus instruit que le prêtre proposé par l'abbaye, il n'était pas précisément un modèle de vertu.

Voilà donc des renseignements positifs sur l'Elbeuf du treizième siècle. Ils n'étaient pas ignorés de M. Guilmeth ; aussi est-on en droit de s'étonner qu'il ait placé une « grande industrie manufacturière » dans ce village, qui ne comptait que 112 paroissiens, et dont le curé n'avait que 20 livres par an pour subvenir à ses besoins matériels, et cela sous le règne du pieux Louis IX.

Eudes Rigaud fut l'un des plus grands prélats de son époque. Le roi lui donna de nombreuses marques de confiance et même son amitié. Rigaud a laissé un journal intime de ses visites pastorales pendant le temps qu'il occupa le siège de Rouen, c'est-à-dire de 1248 à 1269, dans lequel on trouve une infinité de faits particuliers aux prêtres et aux moines. Ce registre mentionne plusieurs passages de l'archevêque à Elbeuf.

Le 2 des noues de février 1250 (4 février 1261 n. s.), Eudes Rigaud, revenant de l'abbaye du Bec, où il avait séjourné pendant trois jours, passa par Elbeuf, et se rendit le soir même au prieuré des Deux-Amants.

Un article du Registre des Visites d'Eudes Rigaud nous apprend que les Pastoureaux envahirent notre contrée en 1251. Le 30 mai, ils attaquèrent l'archevêque, dans la cathédrale, où il présidait un concile, chassèrent de l'église le prélat et tous les prêtres présents. Comme les Pastoureaux, dont le nombre fut évalué à 100.000, se dirigèrent ensuite sur [texte manquant]

 

Paris et l'Orléanais, il est probable que notre localité, située sur la grande route qui se dirigeait de Rouen vers le centre de la France, eût à souffrir aussi de ces bandes furieuses.

Les Archives départementales possèdent une pièce sur parchemin, datée du mois d'octobre 1253, par laquelle Pétronille, nièce de Mathilde Naguet, femme de Richard de l'Isle, anglais, de la paroisse Saint-Jean d'Elbeuf (de parochia S. Johann is de Eullebeu), vendit au chapitre de la cathédrale de Rouen un tènement sis en la paroisse Saint-Maclou.

Cette pièce est le plus ancien titre connu mentionnant la paroisse Saint-Jean. Mais malgré, qu'elle est dite d'Elbeuf, elle faisait encore partie du territoire de Caudebec, au diocèse d'Evreux. Voici ce qui s'était passé :

Pendant la période de calme qui, en France, avait marqué le règne de Louis IX, la ville de Rouen s'était considérablement agrandie. Il fallait à sa population, toujours croissante, une masse d'approvisionnements correspondante. La position de ce qui fut, depuis, le port d'Elbeuf, au pied des riches plateaux du Neubourg et du Roumois, était naturellement indiquée pour en faire le lieu d'embarquement des grains récoltés dans ces campagnes et destinés à la capitale normande. Les cultivateurs descendaient à dos de cheval, par le chemin du Neubourg (actuellement de la Justice) et par les cavées du Thuit-Anger et des Ecameaux, les produits de leurs champs ou de leur industrie, jusqu'au port ou passage Saint-Gilles, d'où, après avoir traversé la Seine, ils gagnaient Rouen par la rive droite. Mais, bientôt, ils trouvèrent plus commode de s'arrêter au bord du fleuve et de faire transporter leurs récoltes par eau : Le cours de la Seine les y conviait, du reste, et ils furent probablement encouragés à user des « voitures d'eau » par des commerçants de Rouen, auxquels on doit même, peut-être, les premiers services établis entre les deux stations.

Ainsi qu'il est facile de se le figurer, le quai d'Elbeuf, qui, jusque-là, n'avait servi qu'au passage Saint-Gilles, trouva de grands éléments de développement dans la navigation fluviale. Des chaumières, puis un village se bâtirent à proximité ; mais ce village, sf peu étendu qu'on puisse le supposer, confina à la paroisse d'Elbeuf, et bientôt les deux agglomérations n'en firent qu'une. Il était donc tout naturel de désigner la nouvelle paroisse comme étant d'Elbeuf.

L'intéressante pièce que nous venons de citer, en la rapprochant d'autres observations, nous fournit la preuve que la paroisse et l'église Saint-Jean d'Elbeuf furent fondées entre l'année 1241 et l'automne de 1253.

Cependant, il ne faudrait pas trop prendre à la lettre le parchemin de 1253 ; car nous savons par plusieurs exemples que l'on donnait autrefois la dénomination de paroisse à des hameaux qui, ne possédant qu'une chapelle créée pour la commodité des fidèles, n'avaient pas droit à ce titre: c'est ainsi que nous voyons un acte de 1592 mentionnant une « paroisse de la Godardière » située à La Londe, qui n'a jamais existé.

Le premier oratoire chrétien fondé près du quai d'Elbeuf fut une chapelle, créée, probablement sur la demande des habitants, par Jean Ier d'Harcourt, sous le nom de Saint-Jean-des-Prés ; elle était desservie par des prêtres du diocèse d'Evreux.

Mais, par suite du développement que prit bientôt cette partie du territoire elbeuvien, la création d'une église fut décidée, du vivant même de Jean Ier, qui, déjà, avait placé la chapelle sous l'invocation de son propre patron : saint Jean, ainsi que l'église d'Harcourt, de sa fondation également.

Nous verrons plus tard que l'oratoire nouveau fut particulièrement favorisé, ainsi que les autres édifices religieux de la création des seigneurs d'Harcourt, par les successeurs de Jean Ier.

On pourrait se demander quelle était, l'importance de l'église primitive de Saint-Jean : nous voulons dire de celle qui succéda à la chapelle des Prés. Si, d'un côté, nous nous reportons, par la pensée, à ce que pouvait, être l'agglomération du nouveau village, peuplé, de bateliers, de pêcheurs, de quelques marchands et aubergistes, dont la totalité ne devait pas former un chiffre supérieur à deux cents habitants ; et, de l'autre, si nous examinons les édifices de cette époque établis dans des localités d'une population équivalente, nous sommes amené à considérer l'église de Moulineaux comme représentant, assez exactement celle de Saint-Jean d'Elbeuf pendant la deuxième moitié du XIIIe siècle. Il est bien entendu que nous n'émettons qu'une hypothèse, mais ayant une certaine vraisemblance.

Cependant, quelle qu'ait été l'importance de la paroisse et de l'église Saint-Jean, il est absolument hors de doute, ainsi que nous, aurons plusieurs fois l'occasion de le constater, que la nouvelle paroisse, quoique dite d'Elbeuf, resta dans le diocèse d'Evreux, territoire de Caudebec.

A ce sujet, nous croyons devoir citer l'opinion de M. Parfait Maille, qui a étudié cette question avec soin et l'a traitée avec beaucoup de bon sens :

« Entre Saint-Jean et Caudebec, dit-il, il n'y a jamais eu de séparation territoriale ni de limites avant l'arrêt de 1731, mais ce ne fut pas un empêchement à l'indépendance de Saint-Jean qui, une fois paroisse, consomma sa réunion à Elbeuf, sans s'y fondre entièrement, connue il est expliqué'ainsi qu'il suit :

« Par une anomalie singulière, le bourg d'Elbeuf était traversé par une ligne de démarcation qui, le coupant en deux, en mettait une partie sur le pays et diocèse d'Evreux, dovenné de Louviers, et l'autre sur le Roumois, pays et diocèse de Rouen, doyenné de Bourgtheroulde, ce qui prouvait une autre séparation, ayant, en effet, existé entre ces deux parties plus tard réunies, et qui, avant et même après leur réunion, ont appartenu à des circonscriptions et territoires différents, selon tous documents officiels et authentiques.

« Quant à l'existence unitaire de ces deux parties, comme seule et même bourgade ; autrement, quant à l'existence unitaire des deux paroisses ou quartiers de cette bourgade, quant à l'existence unitaire de Saint-Jean et de Saint-Etienne, Saint-Etienne tout Elbeuf, Saint-Jean dépendances de Caudebec, cette, existence est uniquement due à la conversion, en église, de la chapelle du triège de Saint-Jean-des-Prés.

« Cette conversion, ayant fait une paroisse de ce triège, a ainsi créé son autonomie, l'a émancipé, séparé de Caudebec dont il n'était, comme Saint-Nicolas-des-Champs, qu'une annexe, qu'un hameau, et a amené insensiblement son union tacite avec Elbeuf, son voisin attenant.

« Sans église, et s'il ne fut devenu paroisse, ce triège n'aurait jamais pu former une unité indépendante, se détacher de Caudebec, et s'unir à Elbeuf d'une manière quelconque.

« Il n'est rien de plus péremptoire, comme témoignage de l'homogénéité, de l'identité, de l'union et de l'unité de Saint-Jean et de Caudebec, qu'un contrat de 1662, mentionnant en propres termes, portant et désignant expressément une terre de Saint-Jean « terre sise à Caudebec, dans la bourgeoisie d'Elbeuf ».

« Le triége de la bourgeoisie d'Elbeuf s'étendait, pour Saint-Jean, jusqu'à Notre-Dame-de Caudebec, qu'il entourait complètement, et comprenait le triége des Terres-Noires ou de la Vignette, aujourd'hui un des quartiers les plus considérables de Caudebec.

« Ainsi, par une singulière anomalie, Saint-Jean, comme territoire, était de Caudebec, et comme bourgeoisie, d'Elbeuf.

« La bourgeoisie d'Elbeuf était tout à la fois, pour Saint-Jean, un triége de Caudebec et une distinction privilégiée.

« Un arrêt de 1731 n'est pas moins concluant, cet arrêt fixant, au centre même de Caudebec, sur le seul et propre sol de Caudebec, entre compatriotes, jusqu'alors sans séparation, fixant, entre les bourgeois de la succursale Saint-Jean et les manants de la paroisse de Notre-Dame-de-Caudebec, des bornes pour l'assiette de l'impôt personnel, à payer pour une de ces deux classes de contribuables de même lieu et de catégories différentes.

« Elbeuf avait d'autres limites, ses limites propres et particulières, limites provinciales, diocésaines, territoriales, urbaines et paroissiales ».

 

Nous reprenons l'ordre chronologique :

En 1253, au mois de février (1254 n. s.), Olivier Cauvin, d'Elbeuf, donna aux moines de l'abbaye de Bonport une rente annuelle de deux sols et une poule, assise sur une masure à Montaure.

Parmi les postulants qui furent ordonnés diacres, le samedi avant la fête de la Trinité, en l'année 1254, figurait Hugo d'Elbeuf (Huelebue).

En cette année et la suivante, l'archevêque de Rouen traversa plusieurs fois notre localité, mais sans s'y arrêter.

L'inventaire des titres de l'abbaye du Bec-Hellouin, que possède la Bibliothèque nationale, mentionne la confirmation accordée par Louis IX, roi de France, à l'abbaye du Bec « du droit, de, prendre du bois pour certaines réparations et pour son chauffage dans les forests de Rouvray et de Bord, et d'y faire paistre ses bestiaux, en l'an 1255. »

Nous trouvons dans l'Appendix du journal de l'archevêque Rigaud le passage qui suit :

« L'an du Seigneur 1255, le jour du synode d'été, maître Michel « curé de l'église d'Elbeuf» (rector ecclesie de )f elebue) fut admonesté et invité de s'abstenir à l'avenir de fréquenter les femmes, et particulièrement la nommée Marie, à laquelle il avait renoncé déjà quelque temps auparavant. Cette admonestation fut faite par maîtres P. de Ons et J. de Nointelle, archidiacres du Grand et Petit Caux, agissant en notre lieu, clans notre manoir de Rouen, en la chambre moyenne. Furent présents : le doyen du Bourgtheroulde et Jean de Morgneval, notre clerc ».

Cette pièce nous laisse supposer qu'en l'année où elle fut écrite, Saint-Jean n'avait pas encore le titre de paroisse ; car, autrement, le prélat, qui apportait tant d'ordre et de soin dans tout ce qu'il faisait, n'eût pas manqué de désigner plus clairement la paroisse d'Elbeuf dont il voulait parler, ainsi qu'il le fit l'année suivante.

Notons que ce fut en 1255 que Jean Ier, seigneur d'Elbeuf, fonda, dans les dépendances de son château d'Harcourt, le prieuré du Parc.

Le troisième curé connu de Saint-Etienne se nommait Jean ; il avait probablement succédé immédiatement à maître Michel ; mais il ne parait pas être resté longtemps curé d'Elbeuf, car il se rendit le 17 des calendes de juillet (15 juin) 1256, au manoir qu'habitait Eudes Rigaud à Déville-lès-Rouen, pour résigner entre les mains du prélat ses fonctions de recteur de Saint-Etienne (rector ecclesie Sanrti Stephani de Wylebo).

Neuf jours après, l'archevêque Rigaud passa par notre localité, en allant de Bonport à Pont-Audemer, où il fit la paix avec ses suffragants, les évêques de Baveux, de Lisieux et de Coutances.

Nous parlions tout à l'heure des moeurs du curé Michel : elles n'étaient pas une exception, tant s'en faut, car le Registre de Rigaud cite un assez grand nombre de prêtres et de moines licencieux auxquels le vigilant archevêque adressa des remontrances méritées.

Après le décès de Jeanne de la Roche-Tesson sa mère, Jean Ier d'Harcourt donna, en 1257, différentes terres à plusieurs de ses frères.

Un acte de cette époque parle aussi « d'une ferme qui appartenoit à la dame de la Mare, dans Freneuse, qui fut baillée à Monseigneur Jean de Harcourt pour deux cens dix livres, et qu'en contr'eschange il avoit baillé pour quarante livres de revenu en fonds de terre en sa seigneurie d'Auvers. »

A cette époque, comme aujourd'hui encore, les ouvriers tisseurs de draps faisaient sécher les chaînes encollées sur des pentoirs (pentoribus) en plein air. Nous trouvons mentionnée cette partie de l'outillage, à Louviers, dans un contrat du mois de juin 1257. Inutile d'ajouter que, dans les actes du XIIIe siècle, concernant Elbeuf, on ne rencontre jamais trace de de fabrication lainière.

Comme autre présomption qu'il n'existait point à Elbeuf d'industrie drapière, quoi qu'en aient dit plusieurs auteurs, voici un passage du Dit du Lendit rimé, que Roger d'Andely écrivit pendant la dernière moitié du XIIIe siècle, dans lequel sont cités tous les lieux de fabrication ayant quelque renom. Le manuscrit se trouve à la Bibliothèque nationale :

Or dirai du mestier Hautain

que n'a matère miex apère ;

c'est cis qui tous les autres père ;

ce sont li Drapier, que Dieu gart ;

 par biaus dras là li ons regart ;

Diex gart ceus qui les sevent faire ;

des Marcheans de bon afaire

 doit on parler en tous bons lieus.

Pour ce que je ne soie oiseus,

voudrai nommer, selonc mon sens,

toutes les villes par assens,

dont la foire est maintenue.

Premier est Paris amenteue,

que c'est du monde la meillour ;

si li doit on porter hounour ;

 tous biens en viennent, dras & vins.

Après parlerai de Prouvins ;

vous savez bien comment qu'il siet

que c'est l'une des .XVIJ.

Après, Rouen en Normendie ;

or oez que je vous en die.

En mon Dit vous amenteuvrai,

Gant & Ypres & puis Douay,

& Maaline & Broiselles ;

je les doi bien nommer com celles

qui plus belles son à veoir ;

ce vous fai je bien assavoir.

Cambrai cité & Moncornet,

Maubeuge & Aves i mec Nogent le Rotro, & Dinem,

Manneval, Torot & Caen,

Louviers, & Breteul, & Vernon,

Chartres, Biauvais. cité de nom

Évreus, & Amiens noble halle,

Et Troie, & Sens, & Aubemalle,

Endeli, Doullens, S[eint] Leubin,

S[eint] Lou c'on dit en Coustentin,

& Moustereul desus la mer,

& S[eint] Cointin, & S[eint] Orner,

Abeville & Teuremonde,

Chaalons ou moult de pueple abonde,

bons mercheans & plains d'engien,

Diestre après, & puis Enguien,

Louvain, Popelines trouvai,

Valenciennes, & puis Tournai,

Torigni & puis Darnestal,

& après trouvai Boneval,

Nogent le Roy, & Chastiaudun.

Maufumier metrai en quemum ;

Aubenton y doit estre bel,

& le Temple de Montdoublel,

Corbie, Courterai & Erre ;

Baieus, Chanbel m'i faut atraire ;

Hal & Gant m'ont tret en Brebant,

Coutras & Gent plein de brant

Villevart, ne veut pas lessier,

Pavilli, ne Moutier-Villier ;

Monsiaus y métrai & Blangi.

Lille en Flandres, Cressi & Hui,

& Arras cité, & Vervin ;

par tans en sarez le couvin.

stampes metrai en commun

& le chastiau de Melleun ;

S[eint] Denis, ou je sui tout aise,

nommerai & après Pontaise,

Gamaches, Bailleul & Ensene

par ce que je ne mes à Senne.

N'oubli pas Miaus, ne Laigny,

ne Chastiau Landon, quant y suy

au Lendit merci Jésu Crist,

je les mis touz en mon escrist

L'absence du nom d'Elbeuf dans cette longue liste n'est pas, à la vérité, une preuve absolue que l'on n'y fabriquait point de draps à cette époque ;

cependant, il paraît invraisemblable que si une importante fabrication y avait eu son siège, comme le prétend M. Guilmeth, le poète andelysien l'eût oubliée, alors qu'il mentionne celle de Menneval près Bernay, et celles de plusieurs petites localités qui n'ont jamais eu une bien grande réputation : il déclare, du reste, qu'il a mis, dans son écrit, tous les centres drapiers.

A cette époque, la draperie rouennaise était en grande prospérité ; car nous voyons, en 1258, les marchands de Rouen louer à Provins, pour seize ans, une maison destinée à recevoir leurs marchandises. Dans une liste des villes qui envoyaient des draps aux célèbres foires de Champagne et de Brie, celle de Rouen est citée.

Ses draps avaient alors 13 aunes, mesure de Champagne ; les roiez et les tains 44 aunes. Il y avait déjà longtemps, alors, que les fabricants de Rouen jouissaient du droit exclusif, que leur avait conféré Louis VIII, de prendre de la terre à foulon dans la forêt de Roumare et généralement dans toute la baillie de Rouen.

Par draps de Rouen, on entendait non seulement ceux qui étaient fabriqués dans cette ville, mais aussi ceux des environs et du Roumois, dont Saint-Etienne d'Elbeuf, la Londe, Roscroger, Bourgtberoulde et autres faisaient partie.

Il est de tradition, dans notre contrée, que le tissage des draps s'est pratiqué à la Londe comme à Bourgtheroulde avant de pénétrer à Elbeuf : la tradition semble avoir raison ; car si nous ne trouvons, au XIIIe siècle, aucun document mentionnant une industrie drapière dans notre ville, il en existe un qui ne peut laisser aucun doute en ce qui concerne Bourgtheroulde, et, par extension, peut-être plusieurs des autres localités que nous venons de citer.

Voici, en effet, ce que nous lisons dans « les Droitures, coustumes et appartenances de la visconté de l'eaue de Rouen », conservées à la Bibliothèque nationale :

« A la ferme de la prevosté de Darnestal, a partient la porte du pont Honfroy, par devers Sainte-Katherine. Item la porte Saint-Oein, et les torteaux et les barrages qui i sont cuillis as .II. portes, et la leinne à suint, comment que èle soit aportée, les peaus d'agneaux et de chevreaus, de quel part qu'èles viegnent,  exceptée la mer. item la laeinne blanche, au desous du pois, par dessous XXV lib. Item « les draps du Bourc-Thoroude » et le pein de la rive, et tôt pain qui par eaue vient vendre en Rouen ».

Ces draps, tissés à Bourgtheroulde et dans les environs, étaient donc transportés à Elbeuf et de là, par bateau, à Rouen, où on les dégraissait, foulait, lainait, tondait et marquait, et c'est en arrivant dans cette dernière ville qu'ils payaient un droit d'entrée à la porte du pont Honfroy.

En mai 1258, Ameline Baschac, d'Elbeuf, (de Welleboto) donna au monastère de Bon-port, pour le salut de son âme, de celle de son l'eu mari et de celles de leurs ancêtres, douze deniers de rente à la Poterie du Bourgtheroulde. Les témoins de cette donation furent : « Hébert Tisserand, Richard Lautbert (ou Lantbert) aîné, Robert Lautbert jeune, Jean de « Caucheis », Robert de Franc et plusieurs autres. L'original, sur parchemin, de cette donation est conservé aux Archives de l'Eure.

Le fonds de l'abbaye de l'Isle-Dieu, de ces mêmes Archives, contient une charte de 1264, par laquelle Geoffroi du Quesnoy, curé d'Elbeuf, donna 10 sols de rente à ce monastère, à prendre sur un héritage sis à Mathonville. — Nous supposons que ce n'est pas de notre localité dont il s'agit ici, mais d'Elbeuf en Bray.

Parmi les témoins d'un acte du 24 avril 1264, concernant la vente d'une masure sise à Martot, faite par Nicolas Troche à Raoul le Sénéchal, figure Jean le Caron d'Elbeuf (Welleboto).

En décembre 1264, une nouvelle croisade fut prêchée dans notre contrée.

L'archevêque de Tyr exhorta les seigneurs et le peuple à prendre la croix, dans un sermon qu'il fit à Rouen, le 20 décembre. Louis IX était alors à Pont-de-l'Arche, où étant tombé malade, Eudes Rigaud alla le voir le lendemain 21.

L'archevêque de Rouen coucha le soir à Bon-port.

Voici un nouvel acte du fonds de Bonport, intéressant notre localité :

« Que tous sachent... que moi Guillaume Croc, écuyer, ai fieffé à perpétuité à Richard Le Mailleu, une masure que je possédais en la paroisse Saint-Etienne d'Elbeuf, située entre la masure de Robert Luillier et celle de Jean Marescot, aboutant au pavement du seigneur Jean d'Harcourt, chevalier... moyennant 12 sols de monnaie courante et un chapon, payables en deux termes, savoir 8 sols à la Saint-Michel, 4 sols et le chapon à Noël ». Les témoins furent Radulfe du Bois, Robert Lhuillier, Jean Marescot, Guillaume Lesueur et plusieurs autres.

Le « pavement » mentionné dans cette charte n'était autre que l'une des anciennes rues pavées d'Elbeuf, probablement la rue Meleuse. Dans tous les cas, et quelle que soit la rue de ce pavement, c'était évidemment l'une des principales, sinon la plus importante voie de notre localité, et elle était bordée de masures : l'acte que nous venons de citer en mentionne trois successives. La paroisse Saint-Etienne, c'est-à-dire le vieil Elbeuf, n'était donc encore qu'un village.

La léproserie placée sous le patronage de sainte Marguerite, qui avait été créée entre Orival et Elbeuf, était alors administrée par un prêtre du nom de Jean. Il comparut, le 9 des calendes de mai (23 avril) 1265, dans une assemblée de tous les ecclésiastiques du doyenné de Bourgtheroulde, tenu à Thuit-Hébert et présidée par Eudes Rigaud, archevêque de Rouen.

Le prélat reprocha au chapelain de Sainte-Marguerite sa conduite scandaleuse. Il avait eu des relations avec une nommée La Sarote, ne résidait que rarement dans sa chapellenie, et il était, en outre, accusé d'avoir célébré des mariages clandestins. Le coupable fut cité, avec d'autres ecclésiastiques, à comparaître au synode suivant, où il jura, la main posée sur sa poitrine, en face de l'Evangile, que s'il lui arrivait d'être convaincu de pareilles fautes, il résignerait son bénéfice.

Nous ne dirons rien de cette maladrerie, où, concurremment avec l'hôpital de la côte Saint-Auct, étaient admis les lépreux d'Elbeuf, car nous en avons traité longuement dans notre notice historique concernant Orival.

Le doyenné de Bourgtheroulde, se composait alors des quarante-trois paroisses suivantes, dont nous trouvons la nomenclature dans le Pouillé d'Eudes Rigaud :

« Furce, le Tuit-Symer, Bardolvilla, Annevilla, Bervilla super Secanam, Anborvilla, Huivilla (Sanctus Leodegarius de Yvilla), Boscus Goeti, Tubervilla, Tuit-Hébert, Bos Bernart de Cressy, Bos Bernart Comin, Hyffre-villa, Angovilla, S. Dyonisius de Boscho Gerardi, Burgus Theroudi, Bussetum,Bavilla, Teilleman, Waliquervilla, Bos Renolt, Borne-villa, Bervilla, Mala Villa, Bar eus, S. Paulus, Le Til, Houlebec, Yallevila, S. Dyonisius de Montibus, S. PhiUbertus, Boschus Guerardi, Marco snlla, Boschiermlla, Bosnormant, Bos Rogier, Tuit Heudebert, La Londe, HURLEBUEF SUPER SECANAM, Briona, S. Andréas de Becco, S. Taurimis, Boschus Boberti. »

À l'exception de Bardouville, Anneville, Berville-sur-Seine, Ambourville, La Londe et Elbeuf, toutes ces localités sont actuellement du diocèse d'Evreux.

Par contre, Caudebec et le territoire de la nouvelle commune de Saint-Pierre-lès-Elbeuf, qui étaient au diocèse d'Evreux, font maintenant partie de celui de Rouen, sauf l'ancienne paroisse de Saint-Pierre-de-Lierroult, restée au diocèse d'Evreux, quoique son territoire soit rattaché administrativement à Saint-Pierre-lès-Elbeuf.

 

CHAPITRE XV (1265-1288)

En l'année 1265, Jean Ier maria son second fils, Richard II d'Harcourt, à Isabelle de Mello, fille du comte Dreux de Mello, seigneur de Saint-Prix, qui apportait en mariage 600 livres parisis de rente, à prendre sur les comptes du roi de France. La dot d'Isabelle lut garantie sur la terre d'Elbeuf, donnée à Richard par son père.

Les armes que portait Richard d'Harcourt, baron d'Elbeuf et châtelain de Boissey-le-Châtel du vivant de son père, étaient : De gueules à deux fasçes d'or, brisé d'une molette d'or, au canton droit. Isabelle de Mello, sa femme, portait : D'or à deux fasces de gueules et à l'orle de merlettes de gueules.

Nous allons entrer, maintenant, dans quelques détails concernant le commerce d'Elbeuf : La vicomté de l'Eau de Rouen s'étendait, d'un côté, de cette ville à la mer, et de l'autre jusqu'à Paris.

Un chapitre des « Droitures, coustumes et apartenances de la visconté de l'Eaue de Rouen » est ainsi conçu :

« LXI. — De fil, linge et lange, porté par eaue.

« Fil, linge et lange qui est porté par eaue, de Ellebuef jusques a Rouen, doit VIII deniers de coustume. Et se le fil est à home de Ellebuef, il paiera IIII deniers, tant seulement.

« Et se il est porté par desous Roen, par eaue, outre la Boille, il paiera VIII deniers de coustume. »

Ce document, qui remonte au XIIIe siècle, nous indique donc qu'à cette époque éloignée, il existait un service assez régulier de navigation entre notre bourg et Rouen, et qu'une des branches du commerce de notre localité était la vente des fils et tissus de lin et de chanvre, provenant de l'industrie domestique des plateaux dont Elbeuf était le port d'embarquement. On remarquera qu'il n'y est point question de fils ou de tissus de laine.

« Le fardel de dras ou de teiles ou d'autres choses, de quele marchandises que ce soit, qui est porté de Rouen jusques à la Boille, portant qu'il i soit descarchié, doit iv deniers de coustume ; et se il va par eaue outre la Boille, il paiera vm deniers ; et se il est porté de Rouen contremont l'eaue, il paiera iv deniers de coustume jusques au Port Saint Oien ; et se il va outre le Port Saint Oien par eaue, il paiera VIII deniers de coustume ». Comme on le voit, c'est de Rouen que partaient les draperies qui circulaient sur la Seine, en amont comme en aval de cette ville.

Il paraît que des notes extraites des archives du prince de Lambesc, dernier seigneur d'Elbeuf, mentionnaient « plusieurs privilèges et mesures en laveur du commerce d'Elbeuf ». Le commerce que faisait, notre localité au XIIIe siècle est connu ; nous verrons plus tard qu'il ne progressa guère au siècle suivant et même jusqu'au milieu du XVe mais ces notes ont suggéré à M. Emmanuel Gaillard, puis à M. Guilmeth, l'idée qu'elles se rapportaient « à la fabrique de tapis dont Elbeuf est demeuré en possession jusqu'à la fin du siècle dernier ».

En effet, Elbeuf eut des fabriques de tapis, mais pas au moyen âge. Aussi est-ce avec un sourire de raillerie que M. Parfait Maille a accueilli la description de ces soi-disant tapis elbeuviens « fabriqués à l'imitation de ceux de l'Asie » dans lesquels on fait entrer « la laine fine tirée au peigne » et même la soie.

Mais laissons ces fantaisies, et, par la vicomte de l'Eau, rentrons dans le domaine de la réalité et de la vérité historique.

L'ancien chemin des Traites paraît devoir son nom à un bureau que l'on transporta plus tard vers la rue du Port et où l'on payait les droits sur les marchandises qui descendaient ou remontaient la Seine. Le nom de « traite » était donné au transport des denrées d'une province ou d'un lieu à un autre ; il est resté dans notre langue, mais il s'emploie maintenant pour désigner un échange de marchandises et est synonyme de commerce, de trafic ; on dit : la traite de l'ivoire, des arachides, des noirs, etc.

Le « bureau des traites » à Elbeuf, est mentionné dans une pièce de 1452. Le fermier ou le commis qui y était installé pouvait faire arrêt sur les vins que l'on débarquait de l'un ou de l'autre côté du fleuve, entre Port Saint- Ouen et le hameau de Quatre-Ages, à Crique-beuf, avant d'avoir payé la « mueson ».

Nous lisons dans le Coutumier de la vicomté de l'Eau : « La viconté de l'Eaue de Rouen a telle franchise que nul ne puent amener vins vers Rouen, que puisque ils sont passés Carretage — Caretaige ou Catherage — que ils ne doyvent leur moeson ; et se ils demeurent oultre Carretage jusques à la basse sentelle emprès les meurs de Bonport ; cil qui est pour la viconté à Eullebuef le puent arrester jusques à tant qu'il soit paie de la moeson pour la viconté ». Dans l'édition C du Coutumier, on trouve : «et se il demeure oultre Cateraige et dessoultz le Port Saint-Ouen ».

Le Coutumier ajoute : «Et a l'en de coustumes à paier de chacun tonnel II sols VI den., et pour chacun queue xv deniers, excepté ceux de la ville du Port Saint-Ouen, qui ne doyvent que II sols pour tonnel et XII deniers pour queue des vins qui sont deschargiés en la diète ville des tonneaux qui demeurent as villays... »

Dans l'édition du Coutumier de 1617, on trouve : « Nul ne peult faire venir ses vins soit par eaue ou par terre depuis qu'ils sont passez Quatarrage près les murs de Bon-port, soit que le vin descharge à Elbeuf ou le Port Saint-Ouen, qu'il ne paie le droict de mueson et droict de choix pour les bourgeois, et pour les forains mueson, coustumes et choix ; et ont pouvoir les gardes de la viconté estant à Ellebeuf ou le Port Saint-Ouen d'arrester ceux vins à faute de païer les droits susdits ; et si les dits vins passent plus oultre, soit pour descharger à Rouen ou ailleurs, paieront aussi les mêmes droicts ».

Quant aux vins qui étaient récoltés à Elbeuf et aux environs, ils étaient exempts de droits : Voici ce que dit l'ancien Coutumier :

« Se aucun qui eit la franchise Rothom achate vins, mès qu'il soient creux au desus du Pont de l'Arche et il viegnent à Roen, il paiera moèson, et bien les eit il achetez par son user et bien eussent il creu en ses propres vignes. Les vins qui sont creus par desous le Pont de l'Arche ne paie ne moeison ni coustume ».

Le vicomte de l'Eau avait aussi la police des quais et de la rivière, des bateaux, coches ou voitures d'eau circulant sur la Seine.

Dans les anciens règlements, il était dit ;

« Depuis que la nuit sera venue et que l'on ne pourra plus connoistre un tournois, nul ne passera aucune personne par ladite rivière, ni aussi le matin qu'il ne soit jour suffisant, à peine de dix livres d'amende.

« Item, aucun batelier ne passera, ne mènera aucun bateau passager depuis le jour Saint-Rémi (1er octobre) jusques à Pâques ensuyvant, s'il n'a deulx avirons ferrez, bons et suffisans et aussi un croc ferré... »

Ces règlements s'appliquaient, naturellement, au passage du Port Saint-Gilles, à Elbeuf, comme à tous les autres du ressort de la vicomte.

La politique habile de la reine Blanche avait donné une force considérable au pouvoir royal, car le roi se trouvait débarrassé des inquiétudes à lui causées par les grands vassaux de la couronne, d'une part, et les prétentions justifiées de l'Angleterre sur la Normandie, de l'autre.

Mais, comme il fallait occuper la noblesse turbulente, l'idée d'une nouvelle croisade surgit, et bientôt engagea de nombreux chevaliers à partir pour l'Orient :

« Le roy Sainct Louis, dit le sieur de La Roque, ayant sur le coeur l'injure que la chrestienté avoit receuë en Egypte et l'oppression des chrestiens en Syrie, il se résolut de faire le voyage d'outre-mer, et se croiser pour la seconde fois, l'an 1269, avec plusieurs prélats et barons de son royaume, comme il avoit fait en 1248, du nombre desquels fut monseigneur Jean de Harcourt le père, en l'aage de 71 ans, qui avoit dejà l'expérience du premier voyage ».

Le 5 juin 1269, Richard II d'Harcourt assista à un sermon que lit l'archevêque de Rouen Rigaud, dans l'île Notre-Dame, à Paris, en présence du roi, du légat et d'un immense concours de seigneurs, d'ecclésiastiques et de peuple. Eudes Rigaud y reçut les insignes de la croisade. Avec lui", le roi de Navarre, Richard d'Harcourt et une foule de nobles prirent la croix.

En octobre, le légat du pape tint un concile à Rouen, afin d'obtenir du clergé normand la levée d'un décime pour l'expédition à la Terre sainte.

Richard II d'Harcourt ne jouit pas longtemps de la seigneurie d'Elbeuf, car il mourut moins de quatre ans après son mariage.

Une contestation surgit entre Jeanne de Mello et Jean Ier d'Harcourt, son beau-père ; elle fut portée devant le Parlement de Paris, qui, en 1269, ordonna à Jean d'Harcourt de délivrer à Jeanne, veuve de Richard d'Harcourt, son fils, la valeur de la garantie qu'il avait assignée sur sa terre d'Elbeuf.

Le roi approuva cet arrêt du Parlement : Nous prescrivons, dit-il, au seigneur Jean d'Harcourt d'indemniser Isabelle de Mello de la valeur de sa dot, assignée sur le domaine d'Elbeuf (Elboto).

Mais le baron Jean II, qui avait déjà dépensé des sommes considérables en armements pour la croisade prochaine, ne put probablement pas rembourser Isabelle, et se trouva dans la nécessité de traiter avec Amaury, son frère, auquel il abandonna ce qu'il possèdait sur la terre d'Elbeuf, à condition qu'il donnerait satisfaction à la veuve de son frère Richard.

Jean d'Harcourt, deuxième du nom, accompagna Jean le 1er son père. « Ce fut en ce voyage que le roy sainct Louis, fit le jeune baron de Harcourt chevalier, ayant dès le premier honoré de sa propre bouche du titre de Preud'homme nostre Jean de Harcourt, son père... »

M. Guilmeth parle d'une lettre de l'archevêque de Rouen, de l'an 1273, faisant mention de plusieurs redevances que son chapitre métropolitain et l'abbaye du Mont Sainte-Catherine possédaient alors dans les forêts d'Elbeuf et de la Londe.

Cette lettre, conservée dans les archives du prince de Lambesc, cite deux acres de bois faisant partie de la forêt d'Elbeuf et désignées sous le nom de Fosse Guerard (et in dicta foresta de Hellebuef duas acras terre, Fossam Guerardi dictas).

Guillaume Croc, chevalier, confirma la donation de 12 sols tournois de rente faite aux religieux de Bonport, par Aline, veuve de Robert Soein, « de la paroisse Saint-Jean d'Elbeuf ». Cette donation, datée du mois de mai 1276, reposait sur une masure sise à Saint-Cyr-la-Campagne. que tenait Robert Lesueur.

En mars 1277, Philippe III le Hardi, étant à Paris, amortit les acquisitions faites par les moines de l'abbaye de Bonport, dans ses fiefs et arrière-fiefs. Du nombre se trouvaient une rente de douze sols, assise à Saint-Cyr, par suite d'un don fait par le seigneur Aelirie d'Elbeuf (domine, Aeliiie de Yeleboto).

On trouve dans l'acte de donation faite, en septembre 1278, par Amaury Recuchon, écuyer, aux religieux de Bonport, des rentes qui lui étaient dues par ce monastère, la mention d'une sente qui conduisait de Neuvillette à Elbeuf (Wellebotum).

Le fief de Neuvillette a laissé son nom à un moulin situé à l'extrémité orientale de la commune de Bosnormand ; il s'étendait sur cette paroisse et sur celles de Thuit-Signol et de Boscroger. La sente de Neuvillette à Elbeuf passait par le hameau des « Escamialx » et débouchait à Elbeuf dans la rue Meleuse : c'est donc l'ancienne cavée des Ecameaux, très peu pratiquée maintenant.

MM. Charpillon et Caresme disent qu'un document, qui remonte à 1281, révèle l'existence, de Louviers à Bourgtheroulde, d'une voie importante, qualifiée de chemin royal. Ce chemin n'était autre que l'antique voie romaine, dont nous avons parlé, et « l'ancien chemin de Louviers » qui existe encore dans la forêt de Bord et venait rejoindre l'église de Caudebec, d'où il traversait Elbeuf, gagnait la côte Saint-Auct, puis la Londe. C'est celui que suivit plusieurs fois l'archevêque Rigaud dans ses voyages du Roumois à son domaine de Pinterville.

Le 27 octobre 1279, veille de Saint-Simon et Saint-Jude, Jean d'Harcourt abandonna le patronage de la chapelle de Thuit-Signol aux religieux de l'abbaye de Bonport.

Jean Ier d'Harcourt assista au jugement donné, vers 1283, pour le roi Philippe-le-Hardi, contre Charles de France, roi de Sicile et comte d'Anjou, son oncle, au sujet des comtés d'Auvergne et de Poitou.

Au temps de Philippe-le Bel, les draperies, ne purent sortir du royaume, par les ports de Normandie, sans avoir obtenu des lettres patentes du roi.

Vers cette époque également, les intérêts industriels commencèrent à chercher, dans les tarifs de douane, un instrument de protection contre la concurrence étrangère. C'est ainsi qu'à la demande des drapiers du Languedoc, une ordonnance royale défendit l'exportation des laines brutes et filées, des matières tinctoriales et des draps non teints ni tondus.

Jacques d'Auzolles, sieur de la Peire, fait mention d'Amaury d'Harcourt, qu'il dit avoir été fils de Richard d'Harcourt et de Jeanne de la Rochetesson, vicomtesse de Saint-Sauveur, ce qui est une erreur.

Philippe III, roi de France, averti des adversités survenues aux Français en Sicile, résolut d'attaquer Pierre, roi d'Aragon, et de porter la guerre dans ses états. A cet effet, il assembla deux armées, en 1283, et assiégea d'abord Perpignan, où Arnaurv d'Harcourt, baron d'Elbeuf, perdit la vie. Ce chevalier fut surnommé le Hardy.

Plus tard, les Français assiégèrent Gironde, où Jean II, sire d'Harcourt, neveu d'Amaury, se signala par sa valeur, et ensuite, de concert avec le connétable Raoul de Nesle, il défit 2.500 hommes dans une bataille où le roi d'Aragon fut blessé mortellement.

Les armes d'Amaury d'Harcourt, étaient : Ecartelées, au premier et au quatrième de gueules, ci une fasce de deux pièces d'or, à la bordure d'argent.

La mort d'Amaury avait remis encore une fois la terre d'Elbeuf en la possession du vieux Jean Ier d'Harcourt :

« Enfin Jean, sire de Harcourt, dit l'historien de cette maison, chargé d'ans et de mérites, mourut le 5° jour de novembre 1288, car estant parvenu à l'aage de 90 ans, il avoit acquis par une longue expérience l'estime de tout le monde, et fut enterré au monastère de Nostre-Dame du Parc qu'il avait fondé ; et Alix de Beaumont sa femme, que le sieur Boullenc, prieur du Parc, descrit avoir esté d'une bonté et beauté incomparable, le prédécéda, l'an 1275, le 4° octobre, et gist au mes-me lieu que son mari, proche le grand autel ». Guy d'Harcourt, évêque de Lisieux leur fit construire une magnifique sépulture.

Jean Ier d'Harcourt, baron d'Elbeuf, d'Auvers et de Nehou, vicomte de Saint-Sauveur, seigneur de Calleville, de Beauficel, de Blouville, de Patigny, etc.,

portait pour armoiries : Parti, au premier de gueules à une fasce de deux pièces d'or, qui était d'Harcourt, et au second, gironné d'argent et de gueules, qui était de Beaumont, sa femme.

Du mariage de Jean Ier d'Harcourt et d'Alix de Beaumont étaient nés treize enfants, parmi lesquels nous rappellerons :

 Jean II d'Harcourt, vicomte de Saint-Sauveur ; Guillaume d'Harcourt, baron de la Saussaye et d'Elbeuf ; Raoul d'Harcourt, fondateur du collège d'Harcourt ; Guy d'Harcourt, évèque et baron de Lisieux ; Richard d'Harcourt, châtelain de. Roissey-le-Châtel, et deux li 1 les qui furent abbesses.

Il paraîtrait que Raoul d'Harcourt, créateur du célèbre collège d'Harcourt, à Paris, frère de Guillaume d'Harcourt dont nous allons parler, avait quelques droits sur la terre d'Elbeuf et qu'il les aurait conservés jusqu'à sa mort, qui survint en 1307.

Raoul d'Harcourt avait été chantre de l'église métropolitaine d'Evreux, archidiacre de Rouen et de Coutances, chancelier du diocèse de Bayeux et chanoine de Notre-Dame de Paris. C'était un des conseillers de Philippe-le-Bel.

Le collège d'Harcourt, qu'il avait fondé en 1280, était destiné aux étudiants en théologie et ès-arts, des diocèses de Rouen, d'Evreux, de Coutances et de Bayeux. Ce collège est devenu le lycée Saint-Louis.

 

 

Histoire d'Elbeuf, par H. Saint-Denis.... T. I. depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1450 Saint-Denis, Henri

 

 

Généalogie des maisons de Meulan et d’Harcourt, seigneur de d’Elbeuf.<==.... ....==> Le château féodal d'Harcourt de Chauvigny et les Vicomtes de Chatellerault

 

 

 

29 mars 2020

Généalogie des maisons de Meulan et d’Harcourt, seigneur de d’Elbeuf.

Nous étions Vikings

Pour l'intelligence des chapitres suivants, nous croyons utile d'établir la généalogie des comtes de Meulan, seigneurs d'Elbeuf, depuis Bernard-le-Danois jusqu'au moment où l'une de ses descendantes, Jeanne de Meulan, épousa Robert II d'Harcourt, descendant lui-même de Bernard-le-Danois, tronc des deux familles :

BERNARD, surnommé le Danois, prince en Danemark, parent de Rollon, premier duc de Normandie, reçut le baptême à Rouen, en 912. On lui attribue pour femme Sprote de Bourgogne. — De ce mariage naquit :

TORF, seigneur de Tourville, marié à Ertemberge de Briquebec-Bertrand (955). — De cette union sortirent :

1° TOUROUDE, sire de Pont-Audemer et de Bourgtheroulde, marié à Wève-Duceline de Crepon ; 2° TURKETIL, seigneur de Turqueville, tige de la branche d'Harcourt, de laquelle sortirent les comtes d'Harcourt, barons d'Elbeuf ; 3° Guillaume de Toarvillc.—De Touroude et de Wève naquirent :

1° ONFROY, seigneur de Vieilles, marié à Auberée, dame de la Haye-Aubrée (1027) ; 2° Herbrand de Pont-Audemer ; 3° Gilbert ; 4° Richard ; 3° IIbert ; 6° Josseline de Pont-Audemer, mariée au baron de Montgommery.

— Onfroy et Auberée eurent pour enfants :

I° ROBERT Ier, sire de Beaumont ; 2°ROGER Ier dit à la Barbe, sire de Beaumont-le-Roger, marié à Adeline, comtesse de Meulan (1066).

— De ces derniers naquirent :

1° ROBERT II, sire de Beaumont-le Roger, comte de Meulan, marié à ELISABETH DE VERMANDOIS, princesse du sang de France, dame d'Elbeuf (1090) ; 2° Henry de Warvick, duquel descendirent les comtes de Warvick et les barons du Neubourg ; 3° Guillaume, abbé du Bec-Hellouin ; 4° Albrôde, abbesse d'Etone. — Robert II et Elisabeth ou Isabelle de Vermandois donnèrent naissance à :

1° GALERAN II, sire de Beaumont-le-Roger, comte de Meulan, seigneur d'Elbeuf, marié d'abord à Bienne d'Angleterre (1119), puis à-Agnès de Montfort, dame de Gournay-sur-Marne (1140) ; 2° Robert, comte, de Leicester, duquel sortirent les autres comtes de Leicester ; 3° Hugues dit le Pauvre, comte de Bedfort, qui laissa une descendance en Angleterre; 4° Dreux de Meulan, seigneur de Boisemont, qui eut des enfants ; 5° Adeline de Meulan, mariée à Hugues, sire de Montfort-sur-Risle ; 6° Amicie ou Alix, mariée à Hugues de Neuchâtel ; 7° Auberée, mariée à Guillaume Louvel, sire d'Ivry ; 8° Eve, mariée à Amaury de Montfort, comté d'Evreux ; 9° Elisabeth, mariée, à Gilbert de Clerc, comte de Pembrock, d'abord, puis, en secondes noces, à Hervé de Montmorency, connétable d'Irlande ; 10° Hauvoise, mariée à Guillaume, comte de Glocester ; 11° Mabile, mariée à Guillaume de Vernon, comte de Devon. — De Galeran II et d'Agnès de Monfort naquirent :

1° ROBERT III, comte de Meulan, sire de Beaumont-le-Roger, seigneur d'Elbeuf, marié à Mathilde de Cornouailles (1163) ; 2° Amaury de Meulan, sire de Gournay-sur-Marne, tige des autres sires de Gournay ; 3° Roger de Meulan, vicomte d'Evreux, qui laissa des enfants ; 4° Galeran, comte de Worchester ; 5° Raoul ; 6° Etienne ; 7° Hugues ; 8° Isabelle, mariée en premières noces avec Geoffroy, baron de Mayenne, et, en secondes, à Maurice, baron de Craon ; 9° Marie, mariée à Hue, sire de Talbot, baron de Cleuville ; 10° Amicie, mariée à Henry, baron de Ferrières, seigneur de Bourgtheroulde. — Robert III et Mathilde eurent pour enfants :

 1° Galeran III, comte de Meulan et de Worcester (1179), marié à Marguerite de Fougère ; 2° PIERRE DE MEULAN, sire de Beaumont-le-Roger, seigneur d'Elbeuf, duquel est descendue la branche de Goursculles ; 3° Henry, seigneur de Sahus, 4° Amaury, seigneur de de Roissy ; 5° Guillaume, seigneur du Vey ; 6° Onfroy, seigneur du Vey ; 7° JEANNE DE MEULAN, dame d'Elbeuf, qui, nous l'avons déjà dit, se maria à ROBERT II D'HARCOURT (1190).

 

Voici maintenant la généalogie de Robert II d'Harcourt :

BERNARD dit le Danois ; TORF de Tourville, marié à Ertemberge de Briquebec (955).— Ces derniers eurent pour enfants :

1° TOUROUDE de Pont-Audemer, fondateur de Bourgtheroulde, qui nous l'avons vu, comtinua la branche aînée ; 2° TURQUETIL, seigneur de Turqueville, marié à Aline de Montfort (1001). — Ceux-ci eurent pour enfants : 1° ANQUETIL, sire d'Harcourt, marié à Eve, dame de Boissey-le-Châtel ; 2° Gautier de Turqueville ; 3° Lesseline de Turqueville, mariée à Guillaume, comte d'Eu. — Anquetil et Eve donnèrent naissance à :

1° Errand, sire d'Harcourt, marié à Emme d'Estoutteville (1066) ; 2° ROBERT Ier, dit le Fort, premier baron d'Harcourt, marié à Colède d'Argouges (1094) ; 3° Jean ; 4° Arnoul; 5° Gervais : 6° Yves : 7° Renaud : 8° Agnès, dame de Formeville. — Robert et Colède eurent pour enfants :

1° GUILLAUME, baron d'Harcourt, marié à Hue d'Amboise ( 1124) ; 2e Richard d'Harcourt, seigneur et commandeur de Saint-Etienne de Renneville, chevalier du Temple ; 3° Philippe d'Harcourt, évêque de Bayeux et de Salisbury, chancelier d'Angleterre ; 4° Henry d'Harcourt, châtelain de Boissey-le-Châtel ; 5° Beaudouin, seigneur de Cailleville ; 6° Ernaud, seigneur de Beauficel ; 7° Raoul, seigneur de Willes, en Angleterre, marié à Roissie de Peuverel, desquels sortit Alberède d'Harcourt, mariée à Guillaume de Troussebout ; 8° Gracie, mariée à Robert, seigneur de Molins. — De Guillaume et de Hue, naquirent :

1° ROBERT II, baron d'Harcourt, dit le Vaillant, marié à JEANNE DE MEULAN (1190), dame d'Elbeuf ; 2° Nicolas, seigneur de Blouville ; 3° Roger, seigneur de Renneville ; 4° Guillaume, seigneur d'Ouville. ; 5° Béatrix : 6° Emme, mariée à Guillaume Crespin, sire de Dangu ; 7° Alix, mariée à Robert de Montfort, seigneur de Beaudésert.

A l'époque de son mariage avec Isabelle, le comte Robert de Meulan comptait parmi les plus puissants seigneurs de la Normandie, et sa vie avait été déjà très mouvementée.

Nous ne ferons que mentionner brièvement les démêlés qu'il avait eus avec l'abbaye du Bec et le duc Robert Courteheuse, pendant les années qui précédèrent l'union à son domaine particulier des terres d'Elbeuf, Caudebec, La Saussaye, etc.

Guillaume-le-Conquérant avait autrefois remis la garde du château d'Ivry à Roger de Beaumont, père de Robert de Meulan ; mais Robert Courteheuse la lui retira pour la donner à Guillaume de Breteuil. En échange, Robert de Meulan reçut la place de Brionne, ce qui contraria vivement les moines du Bec-Hellouin, lesquels, craignant pour les libertés de leur abbaye, allèrent trouver le duc de Normandie, auquel ils exposèrent leurs doléances. Trois seigneurs normands, présents à cette audience appuyèrent les réclamations des religieux, et représentèrent Robert de Meulan comme un chevalier infidèle.

Peu de jours après, le comte Robert, ignorant les démarches des religieux se rendit au Bec-Hellouin. Les moines s'informèrent du but de sa visite, et Robert leur ayant dit qu'il venait les informer de sa nomination au gouvernement de Brionne, les religieux entrèrent dans une violente colère.

L'un des moines, nommé Eustache, se leva et s'adressant à Anselme, supérieur de l'abbaye, fit le serment suivant : « Par cette église, nous jurons que si vous ou le seigneur notre prince, consentez aux prétentions du chevalier Robert, nous sortirons de ce monastère ! » Puis, s'adressant directement au comte de Meulan, il fit ce autre serment : « Seigneur Robert, par cette église que vous voyez, je jure que moi et les autres moines ne souffrirons jamais que la liberté du Bec soit blessée par vous ! »

Le comte de Meulan se retira outré de fureur et se rendit à la cour du duc de Normandie ; mais les moines l'avaient devancé. Lorsque le duc aperçut Robert, il lui dit en riant : « Hé bien ! comment êtes-vous avec le Bec? »

Robert, voyant les religieux présents, répondit : « Prince, ce que vous ordonnerez, ils sont disposés à l'accorder ». Le duc répliqua : «Vous mentez ! Vous avez des espérances qui ne se réaliseront pas. » Le comte de Meulan se retira en Angleterre, où Guillaume le Roux le combla de faveurs.

Peu après, Robert de Meulan, étant rentré en Normandie, alla demander au duc Robert la remise du château d'Ivry, dont son père avait eu la possession ; ce que le prince lui refusa. Alors, le comte de Meulan jura de se venger. Immédiatement, le duc fit saisir le comte et l'envoya en prison.

Mais Roger de Beaumont, ayant été informé de l'arrestation de son fils, alla trouver le duc de Normandie, et s'y prit si adroitement que prince Robert rendit le comte de Meulan à la liberté, et même lui donna le gouvernement de Brionne, moyennant une forte somme d'argent.

Cependant Robert de Meules, qui commandait la place de Brionne, refusa de la remettre à Robert de Meulan, même sur l'ordre formel du duc, qui autorisa le vieux Roger de Beaumont et son fils à s'en emparer par la force ; ce que ces derniers firent après avoir brûlé, le principal bâtiment du château, au moyen de traits rougis au l'eu lancés sur sa couverture de paille.

Quelque temps après, Robert Courteheuse engagea la Normandie à son frère Guillaume-le-Roux, roi d'Angleterre, et partit pour la croisade en Orient.

 

Voici le tableau qu' Orderic Vital fait de la Normandie à cette époque :

« La province entière tombait en dissolution ; les brigands parcouraient en troupes les bourgs comme les campagnes, et les bandes se livraient à toutes sortes d'excès contre le peuple désarmé. Le duc Robert ne prenait aucune mesure contre ces malfaiteurs, qui, durant huit ans, sous ce prince faible, exercèrent leurs fureurs sur une population sans défense. Chaque jour était marqué par des incendies, des brigandages et des meurtres; et le peuple, tourmenté d'excessives calamités, était plongé dans le deuil. La Normandie donnait naissance à de méchants enfants, qui, avec une avidité cruelle, étaient disposés à toutes sortes d'attentats.

« S'animant au milieu de ces désordres, qui pour elle avait des attraits, la Vénus sodomique souillait honteusement des efféminés, qui auraient mérité le supplice du bûcher. L'adultère profanait publiquement la couche conjugale... En divers lieux, on bâtissait des forteresses illicites ; et là, les enfants des brigands, comme de jeunes louveteaux, étaient élevés pour déchirer les brebis. Les méchants ne cherchaient que des occasions de haine, afin que, dans les hostilités réciproques, les endroits voisins des frontières fussent souvent envahis, et que, dans la violence des démêlés, il ne fut plus question que de brigandages et d'incendies.

« C'est ce que sentirent cruellement et attestent encore — Orderic Vital écrivait au commencement du siècle suivant — le pays dépeuplé et la multitude gémissante des veuves et des gens sans défense que toutes sortes de maux accablaient ».

En 1097, les Anglais débarquèrent en Normandie, sous la conduite du prince Henri, frère du duc Robert Courteheuse et de Guillaume-le-Roux, pour s'emparer du Vexin.

Robert de Meulan, seigneur d'Elbeuf, les reçut dans ses forteresses de Beaumont-le-Roger, Brionne, Montfort-sur-Risle et Pont-Audemer, et leur offrit ensuite l'entrée en France par son domaine de Meulan.

Le comte Robert s'attacha donc aux intérêts du roi d'Angleterre et fut, par la suite, mêlé aux affaires politiques de ce royaume, qu'il fît servir à son ambition et à son avidité.

Après avoir ravagé le Vexin français, en l'automne de l'an 1098, les Anglais rentrèrent en Normandie, où ils passèrent l'hiver et le printemps de l'année suivante.

Au mois de juin 1099, l'armée anglo-normande soumit la province du Maine, après quoi le comte Robert de Meulan fit un voyage en Angleterre.

Il était de retour à Rouen quand le comte Hélie de la Flèche, vaincu, demanda à Guillaume-le-Roux la faveur de servir dans son armée; mais Robert de Meulan, craignant de rencontrer un homme égal à lui, discrédita Hélie dans l'esprit du monarque et parvint à le faire repousser. Ce fut la source de grands dommages par la suite.

Le 2 août 1100, Guillaume-le-Roux étant en Angleterre, fut tué à la chasse. Le premier soin du prince Henri 1er Beauclerc, son frère, fut de s'emparer du trésor royal, avec l'aide de Robert de Meulan. Henri se fil couronner le 5 août.

Pendant l'absence de Robert de Meulan, Raoul de Conches et Guillaume d'Evreux, qui avaient eu à souffrir de son arrogance, envahirent ses terres de Beaumont-le-Roger, d'où ils enlevèrent un immense butin.

Le duc Robert Courteheuse était à peine rentré en Normandie que de nouveaux troubles s'élevèrent.

En 1101, un grand nombre de barons normands engagèrent le duc à aller combattre son frère Henri en Angleterre ; mais le sire d'Elbeuf demeura fidèle à ce dernier, et il contribua même à reconcilier les deux frères.

En 1102, Robert de Meulan montra une fois de plus son amour pour l'argent et son peu de bonne, foi.

Yves de Grandmesnil ayant été condamné, pour faits de révolte, par le roi d'Angleterre, Robert de Meulan engagea Yves à faire un pélerinage, l'assurant que, pendant ce temps, Robert le remettrait en grâce auprès du monarque. Il fut convenu, en outre, qu'Yves donnerait ses terres en gage dans les mains du comte de Meulan pendant quinze ans, à l'expiration desquels la fille d'Henri, comte de Warvick, frère du comte Robert, se marierait au fils d'Yves auquel l'héritage paternel ferait retour.

Yves partit, avec sa femme, mais il mourut pendant son voyage. Quant à Robert de Meulan, il ne donna pas an jeune homme la femme qu'il lui avait promise, tout en gardant son patrimoine.

Le comte Robert était presque constamment à la cour du roi Henri Ier. En cette même année 1102, il fut envoyé auprès de Robert Courteheuse pour l'engager à renoncer à une pension de 3.000 marcs que le roi, son frère, s'était engagé à lui servir.

Le roi d'Angleterre renvoya, l'année suivante, le comte Robert en Normandie, afin de mettre un terme à la guerre qui s'était, élevée entre plusieurs puissants seigneurs de ce duché. Ce fut à Beaumont-le-Roger que l'on signa la paix. Robert de Meulan fiança sa fille, alors âgée d'un an, à Amaury de Montfort ; mais, dit Gabriel du Moulin, « soit pource que la femme de Robert enfanta l'an d'après deux gémeaux, Galeran et Robert, soit pour d'autres causes incognues, Amaury ne l'espousa point. »

C'est en effet l'an 1103 que naquit Galeran de Meulan, auquel échut la terre.

 

En 1104, le roi d'Angleterre délégua de nouveau le comte Robert pour donner des conseils au duc Robert Courteheuse ; mais Henri Ier, ayant appris que Robert de Bellême avait arraché des concessions au duc son frère, il s'embarqua lui-même pour la Normandie, où Robert de Meulan le reçut et l'accompagna.

Orderic Vital est indigné contre les jeunes normands, qui soignaient leur chevelure à l'instar des femmes, laissaient croître leur barbe et munissaient leurs chaussures «de queue de scorpion ».

Les honteuses habitudes dont nous avons déjà parlé s'étaient surtout répandues parmi la noblesse de notre pays. Ces mêmes vices existaient en Angleterre, et quand le roi Henri revint en Normandie, en1105, il débarqua, au grand scandale du clergé, avec une barbe bien soignée et une chevelure longue et luxuriante.

Alors Serlon, évêque de Seez, fit un sermon devant la cour contre l'usage des longues chevelures, et supplia le roi Henri de permettre « que la sienne fut couppée la première pour donner sujet à ses courtisans de l'imiter : le roy s'y accorda, puis l'évesque tirant des ciseaux de sa manche, la couppa lui-mesme, avant celle du comte de Meulan : tous les seigneurs et soldats à leur exemple, allèrent chez des barbiers et permirent que le razoir abbatit ce poil dont ils faisoient parade », dit le curé de Menneval. Ce passage nous montre que le comte Robert était, après le roi, le plus considérable personnage de l'Angleterre.

Les difficultés qui, jusque-là, avaient surgi entre le roi d'Angleterre et le duc de Normandie avaient toujours été aplanies par le comte Robert de Meulan ; mais il arriva un moment où la guerre entre les deux frères devint inévitable.

Pendant l'été de 1106, Henri revint en Normandie et se mit à la tête des troupes pour investir Tinchebray, qui tenait pour Robert Courteheuse.

Il fit mettre son armée en trois corps, dont l'un fut commandé par le comte Robert de Meulan. Une bataille s'engagea, et bientôt l'armée du duc Robert fut mise en déroute et lui-même fait prisonnier : le sort de la Normandie se trouva donc à la discrétion du roi d'Angleterre, qui repassa la Manche, traînant son propre frère, qu'il lit enfermer au château de Cardiff, où il mourut après vingt-huit ans de captivité.

Nous retrouvons le nom d'Elbeuf mentionné dans une charte de 1106, par laquelle le comte Robert de Meulan confirmait à l'abbaye du Bec-Hellouin les donations que son père avait faites à ce monastère.

Voici le passage de cette charte qui concerne notre localité :

" Hoc idem, ego Robertus comes Mellentis, et Elisabeth uxor mea, et poedicti fitii nostri Walleranus, Robertus et Hugo, concedimus praefatae liecci, in villa quai dicitur Welleboum. Hoc ipsum concedimus supra memoratoe ecelesioe, in omni terra mea, in Normania... »

Les mots vestitum et calceaturam, que l'on trouve dans cette charte, prouvent, suivant M. Guilmeth, que ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on confectionne des étoffes à Elbeuf et des tiges de bottes à Pont-Audemer. Il n'est point nécessaire de démontrer que ces mots, du moins en ce qui concerne notre ville, ne prouvent rien du tout.

Ces deux industries étaient alors, en effet, simultanément pratiquées à Pont-Audemer et peut-être dans d'autres terres du comte de Meulan, mais pas à Elbeuf; et si notre ville avait une industrie autre que celle de la production de la farine, ce dont nous doutons fort, ce ne pouvait être qu'une tannerie.

Il ne faudrait pas non plus attacher au mot « ville », qui se rencontre dans cet acte, le sens que nous lui donnons aujourd'hui. Ce mot, d'origine latine, ne désignait souvent, au XIIe siècle, qu'une maison de campagne, on, tout au plus et par extension, une agglomération de fermes et de bâtiments ruraux. Le mot « ville », à la fin du XVe siècle, n'était encore employé que par opposition à celui de « cité », et pour désigner les faubourgs d'une place forte.

Les services rendus par Robert de Meulan à la cause du roi Henri avaient encore resserré les liens qui unissaient ces deux hommes, et le comte Robert était presque toujours auprès du monarque.

Cependant le pape excommunia Robert, sous le prétexte qu'il avait aidé Henri dans sa lutte fratricide, mais, à la vérité, parce qu'il avait donné son adhésion à la politique anglaise dans les discussions relatives aux investitures ecclésiastiques. Malgré la mesure dont il était frappé, le comte de Beaumont continua à fréquenter les églises et à s'approcher des sacrements, comme il l'avait l'ait jusque-là. Enfin, Anselme, le savant et puissant abbé du Bec-Hellouin, détermina la cour de Rome à revenir sur sa sentence.

«Robert de Meulan, comte de Beaumont-le-Roger, dit M. Depping, était un des plus puissants barons qui, ayant des terres, des châteaux et des vavasseurs en France, en Normandie et en Angleterre, était recherché des souverains de ces trois pays. Telle était l'idée qu'on avait de sa puissance, qu'un historien anglais assure que la paix ou la guerre dépendait de lui. Celui que le comte de Meulan soutenait pouvait d'avance se regarder comme vainqueur, et sa personne jetée dans la balance décidait la victoire ».

M. Le Prevost le dépeint ainsi : « La violence de son caractère s'alliait chez lui avec une grande ambition, de hautes connaissances politiques, beaucoup de réserve habituelle, de sobriété et d'élégance de moeurs; aussi fut-il l'un des plus puissants personnages et peut-être le politique le plus accompli de son siècle, après toutefois son souverain Henri Ier, dont il resta toute sa vie le principal conseiller, comme son père avait été le principal conseiller du Conquérant.

«... Il n'était pas seulement l'homme le plus profond de son époque, il était encore le « gentleman » le plus accompli. Tout le monde modelait sa manière de parler sur la sienne, son costume sur le sien, et l'imitait jusque dans l'heure de son repas; car l'histoire a remarqué qu'il n'en faisait qu'un par jour. »

Guillaume de Malmesbury, qui inspira M. Le Prevost, nous apprend encore que Robert de Meulan se montrait, dans les plaids, le défenseur de la justice. « Mais lorsqu'il s'efforçait d'inspirer au souverain le respect des lois, il se mettait peu en peine de les observer lui-même. Habile à s'armer de perfidie contre les rois, il la condamnait chez les autres.

« Renommé par les connaissances, recherché par sa sagesse, la prudence et la prévoyance de ses conseils, doué d'un esprit de ruse remarquable, il était parvenu à acquérir des possessions grandes et variées, qu'on appelle vulgairement honneurs, villes, forteresses, bourgs, villages, fleuves et forêts... A l'approche de la mort, l'archevêque et le clergé, le menaçant de l'enfer, tentèrent de lui arracher la restitution des domaines qu'il avait illégalement acquis : « Je laisserai tout « à mes enfants, leur répondit-il ; ils feront « ce qui leur conviendra pour le salut du « défunt ».

Robert de Meulan fit des donations à différents monastères ou confirma celles de ses prédécesseurs. Au nombre de ceux qui furent l'objet de ses libéralités, nous citerons le prieuré de Beaurnont-le-Roger, l'abbaye de Lyre, celles de Préaux, du Bec-Hellouin et de Saint-Evroult. En outre, Robert fonda le prieuré de Châtel-la-Lune, près de la forêt de Beaumont.

L'union que Robert de Meulan, sire d'Elbeuf, avait contractée avec Elisabeth de Vermandois, nièce du roi de France, se dénoua d'une façon assez singulière. Sa femme, de laquelle il avait eu neuf enfants, lui fut enlevée par Guillaume de Varennes, comte de Surrey, avec lequel elle se remaria et dont elle eut encore trois enfants.

Le chagrin que cet évènement causa au comte Robert altéra ses facultés intellectuelles. Dégoûté du monde, il se retira dans l'abbaye de Préaux près Pont-Audemer, où, revêtu de l'habit monastique, il mourut le 5 juin 1118. D'après l'Art de vérifier les dates, «sa mort occcasionna une révolution étonnante des affaires, et fixa l'attention de l'Europe entière, dont il était connu ».

 

Armoiries de Robert : De sable, â un lion â la queue fourchue d'argent.

Suivant l'historien de l'abbaye de Saint-Evroult, la mort du comte Robert avait été annoncée par un violent ouragan, qui renversa beaucoup d'édifices et do grands arbres, et d'autres évènements qui frappèrent l'imagination du peuple, tel que celui-ci :

Un paysan anglais avait acheté une vache pleine, mais au lieu d'un veau, on trouva dans son corps trois petits cochons. Un pélerin, revenant de Jérusalem, annonça que cette merveille signifiait, que trois grands personnages, parmi les sujets du roi Henri Ier, mourraient dans l'année et qu'il en surviendrait de grands troubles.

 « En effet, le comte d'Evreux, la reine Mathilde et Robert de Meulan passèrent de vie à trépas ».

Dans les calamités qui suivirent, on peut ranger les brigandages exercés par Hugues de Gournay et ses complices, qui, après avoir ravagé le Talou et le pays de Caux, portèrent la désolation clans le Roumois, la vallée do la Seine, et probablement à Elbeuf.

 

Terminons ce chapitre par quelques observations relatives aux expéditions militaires en Orient pendant le moyen Age.

On sait que la première croisade fut prêchée par un moine d'Amiens, Pierre l'Ermite, et qu'à sa voix des centaines de mille hommes se levèrent dans toute l'Europe occidentale, mais surtout en France.

Ce fut un bouleversement général et inattendu dans la société féodale.

De très nombreux seigneurs, dénués de ressources pour faire cette expédition, vendirent ou engagèrent leurs fiefs, ou octroyèrent des franchises à leurs vassaux. Le peuple organisa aussi des armées excessivement nombreuses.

La première, formée en 1096, se composa de plus de 60.000 serfs ou vilains, mêlés de quelques moines, de nobles pour la commander, de beaucoup de bandits et de prostituées.

Une autre armée populaire, d'environ 200.000 hommes, la suivit quelque temps après. Les chroniqueurs prétendent que la totalité de l'armée chrétienne, en 1097, comptait 100.000 cavaliers et 600.000 gens de pied des deux sexes. L'un de ses chefs était Hugues de Verandois frère du roi de France, parent des seigneurs d'Elbeuf. Ces bandes indiciplinées, grossies de tous les aventuriers qu'elles rencontrèrent, commirent d'horribles dévastations sur leur route.

Après quelques succès à Nicée et à Doryléc, la prise d'Antioche et celle de Jérusalem (15 juillet 1099), l'armée occidentale se trouva réduite à 40.000 combattants!...

Cependant ces croisades eurent une influence considérable sur la civilisation, le commerce et l'industrie des pays d'Occident.

En effet, dans la multitude de peuple qui suivit les seigneurs en Orient, il se trouva des observateurs intelligents. Ils apprirent, à travailler les métaux et les tissus à la façon des musulmans, chez lesquels existaient des fabriques d'armes renommées et des ateliers pour la fabrication de camelots et autres tissus de laine.

Rentrés dans notre pays, ces hommes mirent en pratique les connaissances qu'ils avaient acquises, et c'est de cette époque que date véritablement la naissance de l'industrie lainière en Normandie, laquelle s'implanta dans quelques villes fermées, à Rouen notamment ; mais pendant un siècle encore, cette industrie ne se développa guère, à cause de luttes continuelles entre les seigneurs normands et les ravages qu'ils exercèrent dans les villages, bourgs et petites villes sans défense.

 

 

CHAPITRE XI (1118-1166 )

 

Galeran ou Waleran II de Meulan, premier du nom comme seigneur de Beaumont-le-Roger et d'Elbeuf, n'était âgé que de quinze ans lorsqu'il succéda à son père. Il avait reçu, ainsi que son frère Robert, comte de Leicester, une forte instruction et une bonne éducation.

Après la mort de leur père, dit Orderic Vital, «le roi éleva avec bonté comme ses propres enfants, et, quand ils furent parvenus à l'adolescence, arma chevaliers Galeran et Robert, tous deux fils de Robert de Meulan, qu'il avait beaucoup aimé. Galeran posséda tout le patrimoine de son père en deçà de la mer... Son frère eut en Angleterre le comté de Leicester ; le roi lui donna en mariage Amicie, fille de Raoul de Guader, qui avait été fiancée à son fils Richard ». Richard mourut dans un naufrage dont nous parlerons bientôt.

Quelques semaines après le décès de leur père, les deux jeunes seigneurs combattirent vaillamment les chevaliers normands qui s'étaient révoltés contre le roi d'Angleterre.

Henri Ier vint en Normandie, où il exerça une terrible vengeance. Après avoir mis le feu à Pont-Saint-Pierre, il passa la Seine, détruisit tous les châteaux et fermes de ses ennemis, et alla mettre le siège devant Evreux, mais sans emporter cette place, qui fut brûlée par ordre de son évêque.

Pendant l'hiver de 1119, les rivières sortirent de leur lit. Les Rouennais et autres habitants des rives virent « des gouffres énormes que les fureurs de la Seine débordée creusèrent dans leurs demeures et leurs moissons ».

Durant le Carême, « un ouragan souffla sur la Seine et la dessécha momentanément ; d'une rive à l'autre, chacun eût pu passer, s'il eût osé se hasarder sur ce chemin nouveau ».

Nous emprunterons encore au moine Orderic Vital le récit d'autres évènements qui durent avoir un retentissement considérable dans notre contrée ; il peindra une partie des moeurs du clergé normand à cette époque :

Goisfred, archevêque de Rouen, revenu du concile de Reims, tint dans sa cathédrale un synode en novembre et poursuivit rigoureusement les prêtres de son diocèse. Il leur défendit tout concubinage avec les femmes, « Comme les prêtres répugnaient beaucoup à une si grave privation, et que, se plaignant entre eux d'accorder leur corps et leur âme, ils éclataient en murmures, l'archevêque fit saisir et jeter aussitôt dans le cachot de la prison un certain Albert, prêtre éloquent, qui avait commencé je ne sais quel discours. . .

Quand les autres prêtres eurent vu cette action extraordinaire, ils éprouvèrent un vif étonnement... Alors le prélat furibond se leva de son siège, sortit en courroux et appela ses satellites... Aussitôt ces hommes pénétrèrent dans l'église avec des armes et des bâtons, et, sans nul égard, se mirent à frapper sur l'assemblée des clercs, qui causaient entre eux. Quelques-uns de ces ecclésiastiques, revêtus de leur soutane, coururent chez eux à travers les rues fangeuses de la ville ; quelques autres, saisissant des barreaux de fer ou des pierres... se mirent en disposition de résister, et poursuivirent sans répit les lâches satellites, qui s'enfuirent, jusque dans les appartements.

« Les gens de l'archevêché rougirent d'avoir été vaincus par une faible troupe de tonsurés et d'avoir pris la fuite : ils rassemblèrent aussitôt, remplis d'indignation, les cuisiniers, les boulangers et les ouvriers du voisinage ; puis ils eurent la témérité de recommencer le combat dans les lieux les plus sacrés. Tous ceux qu'ils trouvèrent dans l'église ou le parvis, ils les frappèrent ». Plusieurs vieux-prêtres, qui priaient, furent aussi l'objet de la brutalité « des lâches satellites de l'archevêque..., peu s'en fallût qu'ils ne les égorgeassent, quoiqu'ils demandassent miséricorde à genoux et les larmes aux yeux.

« Ces vieillards quittèrent Rouen au plus vite ; ils n'attendirent ni l'autorisation, ni la bénédiction du prélat ; ils communiquèrent ces tristes nouvelles à leurs paroissiens et à leurs concubines ; et pour justifier leurs rapports, ils firent voir les blessures et les contusions livides qui couvraient leurs corps. Les archidiacres, les chanoines et les citoyens sages s'affligèrent de cet assassinat cruel ; ils compatirent à la douleur des pasteurs divins qui avaient éprouvé ces affronts inouïs. Ainsi, dans le sein de la sainte mère Eglise, le sang des prêtres coula, et le saint concile dégénéra en un théâtre de moqueries et de fureurs... »

Le 25 novembre 1120, Richard, héritier présomptif de Henri Ier, roi d'Angleterre et duc de Normandie, périt dans le célèbre naufrage de la Blanche Nef, avec une infinité de seigneurs anglais et normands.

Cette mort fit surgir un prétendant au duché de Normandie en la personne de Guillaume dit Cliton, hériritier légitime du duc Robert Courteheuse.

Le jeune Galeran combattit, avec ses vassaux, les chevaliers normands qui avaient pris les armes en faveur de Guillaume Cliton. Les partisans du roi Henri brûlèrent le Neubourg, dont le seigneur était l'ennemi personnel de Galeran, et ils se préparaient à d'autres expions du même genre quand le pape Calixte arriva en Normandie, dans le but de rétablir la paix entre le roi d'Angleterre et Louis le Gros, roi de France.

En cette circonstance, Henri Ier, dit Gabriel du Moulin d'après Guillaume de Malmesbury, « pour estaller davantage la gloire de ses provinces, fit tant que les fils du feu comte de Meulan présentèrent des thèses de philosophie aux cardinaux qui accompagnaient le pape, lesquels bandèrent les forces de leurs esprits pour combattre ces jeunes seigneurs ; mais enfin, surmontés par leurs subtiles raisons, ils furent contraints d'ad vouer que l'Occident portoit des hommes si relevés en doctrine, que jamais l'Italie n'avoit entendu interprêter le prince des philosophes avec tant de pointes d'esprit et de subtilité ».

Le roi Henri était donc fier des deux jeunes seigneurs, qu'il aimait profondément et même plus que tous les autres barons de sa cour ; mais Henri Ier ayant pardonné au rebelle Robert de Neubourg, cousin de Galeran et qui avait eu un procès avec celui-ci, le dépit porta le seigneur d'Elbeuf à se révolter contre son bienfaiteur : Il entra dans le parti de Guillaume. Cliton, avec Hugues de Montfort, Hugues de Neuchâtel et Guillaume Louvel, comte d'Ivry, qui avaient épousé chacun une soeur de Galeran.

Au mois de septembre 1123, Galeran tint un conciliabule, à la Croix-Saint-Leufroy, où les conjurés établirent les bases de la lutte qu'ils préméditaient. Henri Ier prévenu de ce qui se passait, assembla à Rouen une armée, dès le mois d'octobre.

Hugues de Montfort, beau-frère de Galeran de Meulan et l'un des conjurés, se trouvait là.

Henri sortit de Rouen un dimanche, après son repas, et fit appeler Hugues qui se présenta aussitôt ; il lui somma de remettre la place de Montfort. Mais ce dernier, suivant le moine Orderic, « voyant sa perfidie découverte, éprouva un grande anxiété, et, fort incertain de ce qu'il devait faire dans un si court espace de temps, il se décida à obéir aux ordres du roi, car il craignait que son refus ne le fit, aussitôt charger de fers ».

Le roi envoya de suite, avec Hugues, des amis fidèles pour recevoir les clefs de Montfort. Mais dès qu'il se vit loin de la présence de Henri, Hugues poussa à toute bride le vigoureux cheval qu'il montait, et abandonna ses compagnons à l'entrée des bois de Rouvray ; puis, traversant la forêt de la Londe par un chemin plus court et qu'il connaissait parfaitement, arriva bientôt à Montfort, où, sans descendre de cheval, il ordonna à son frère, à sa femme et à ses gens de garder soigneusement le château: « Le roi, dit-il, vient ici en force ; tenez bon contre ! »

De là, Hugues courut à la hâte à Brionne où se trouvait Galeran de Meulan auquel il raconta ce qui s'était passé : ils convinrent de de prendre les armes et d'en venir ouvertement à un combat.

Pendant ce temps, les amis du roi retournèrent vers lui, à Rouen. Le monarque, irrité, alla assiéger Montfort.

Cette ville fut brûlée et la place prise jusqu'au château, pendant les deux premiers jours ; mais la tour tint un mois, et ce ne fut qu'après ce long temps que ceux qui la défendaient se rendirent. Le roi fit ensuite le siège de Pont-Audemer, dont il pressa les murs pendant six semaines.

Après avoir brûlé et pris cette forte place, le roi d'Angleterre autorisa un certain nombre de ses défenseurs à sortir avec leurs bagages. Quelques-uns allèrent à Beaumont-le-Roger, où se trouvait Galeran de Meulan avec des Français.

Payen de Gisors avait profité des occupations du roi Henri devant Pont-Audemer, pour lever aussi l'étendard de la révolte.

Henri Ier partit des bords de la Risle, avec son armée, pour Gisors ; mais à cette nouvelle, les révoltés s'enfuirent, et le roi fit reposer ses troupes pendant l'hiver suivant, qui fut très pluvieux.

Au carême de l'année 1124, Galeran de Meulan réunit ses amis et, pendant la nuit du 25 mars, il alla, en compagnie de ses trois beaux-frères, fortifier la tour de Vatteville, située entre la Seine et la forêt de Brotonne.

Le comte Amaury l'emportait sur eux tous par son ardeur. Conduite par ses chefs, une troupe de soldats ravitailla la place assiégée, et attaqua à l'improviste, de grand matin, les retranchements que le roi avait fait faire pour la serrer de près. Gauthier de Valiquerville fut enlevé par les assiégés au moyen d'une main artificielle dont les crochets de fer le saisirent.

Le comte Galeran remit la garde de la forteresse de Vatteville à Herbert de Lisieux et à Roger, frère d'Herbert, accompagnés de huit de ses vassaux en qui il avait toute confiance. Pendant ce temps, le jeune seigneur d'Elbeuf dévastait les champs des environs, enlevait des maisons et des églises tout ce qu'il trouvait à sa convenance et faisait entrer des subsistances dans la place pour approvisionner la garnison. «Le même jour, Galeran, furieux comme un sanglier écumant, dit encore Orderic Vital, entra dans la forêt de Brotonne ; il y trouva des paysans qui coupaient du bois : il en prit plusieurs, les estropia en leur faisant couper les pieds, et viola ainsi avec témérité, mais non impunément, l'honneur de la sainte fête de l'Annonciation ».

Cependant Raoul de Bayeux, gouverneur pour Henri Ier du château d'Evreux, apprit par ses espions qu'il était entré beaucoup d'ennemis dans la tour de Vatteville. Il alla immédiatement trouver plusieurs seigneurs qui tenaient la campagne, notamment Henri de Pommeret, gouverneur de Pont-Authou, Odon Borleng, gouverneur de Bernay, et Guillaume de Tancarville, auxquels il fit connaître le chemin que devaient suivre, le lendemain, les révoltés pour se rendre de Vatteville au château de Brotonne, et de ce dernier point à une tour, portant aussi le nom de Beaumont, située sur le territoire de Bourneville en Roumois.

Les seigneurs tenant pour le roi se donnèrent rendez-vous à Bourgtheroulde pour le 26 mars ; ils avaient avec eux trois cents chevaliers bien armés. La troupe se mit en marche sur Bourneville, où elle attendit en plein champ les ennemis, qui bientôt débouchèrent de Brotonne pour se rendre à la tour de Beaumont.

Quand les troupes du roi aperçurent celles de Galeran, elles redoutèrent un combat, car elles pensaient que les conjurés étaient plus nombreux qu'elles, et chacun connaissait la valeur des seigneurs placés à leur tête. Mais Odon Borleng les harangua par un discours dont Orderic Vital a publié le sens.

De l'autre côté, Amaury d'Evreux ne tenait guère à en venir aux mains, en raison du petit nombre de ses amis ; mais Galeran, impatient de combattre, repoussa les avis d'Amaury, et la lutte s'engagea au hameau qui prit, depuis, le nom de « la Bataille » à Bourneville.

Les Anglais combattirent à pied et les Normands à cheval.

Au premier choc, le cheval de Galeran, blessé par les flèches anglaises, s'abattit sous lui. Beaucoup de chevaliers tombèrent pour la même cause et ne purent faire usage de leurs armes. Le désordre se mit bientôt dans les rangs des Normands, et de nombreux combattants prirent la fuite dans la direction de Rougemontiers, où, poursuivis par les Anglais ils furent mis en déroute, en un autre endroit que l'on appela aussi, depuis, « la Bataille ».

Galeran, les deux Hugues ses beaux-frères et quatre-vingts chevaliers normands et français furent faits prisonniers.

Guillaume Louvel, fils d'Ascelin Gouël et beau-frère de Galeran de Meulan, s'était échappé seul et avait pris une autre direction que les autres partisans de Cliton. Il fut fait prisonnier par un paysan, auquel il donna ses armes pour sa rançon, et, s'étant fait tondre par lui comme un écuyer, il se dirigea vers la Seine, tenant un bâton à la main. Arrivé sans être reconnu au passage du fleuve, il donna ses bottines au batelier pour prix de la traversée, et regagna pieds nus sa maison, « se réjouissant d'avoir échappé, de quelque manière que ce fut, aux mains de ses ennemis».

Après son arrestation, le comte Galeran, craignant peut-être pour sa vie, voulut assurer le salut de son âme par une oeuvre pieuse. Il donna aux frères de Beaulieu de l'hôpital Saint-Gilles, à Pont-Audemer, sept marcs d'argent sur son revenu d'Angleterre, quarante charretées de bois amenées à Pont-Audemer, dix arpents de terre en jardin et pâturage, deux arpents de prés, la dime de ses fruits de Beaumont, de Sahus, de la Croix et autres lieux.

Après les fêtes de Pâques, le roi fit juger, à Rouen, les rebelles.

 Goisfred de Tourville, Odoard du Pin et Luc de la Barre furent condamnés à avoir les yeux arrachés ; ce dernier seigneur déplaisait particulièrement à Henri, car il avait composé des: chansons satiriques contre lui.

Le sénéchal de Galeran était Morin du Pin, qui habitait Beaumont-le-Roger. Quand il sut que son maître avait été défait, puis emprisonné, il engagea les habitants de Beaumont et ceux de Brionne à continuer la lutte. Mais le roi vint, au mois d'avril, assiéger cette dernière place; il y fit bâtir deux forteresses au moyen desquelles il força les assiégés à se rendre. Du reste, la ville n'offrait plus qu'un monceau de ruines, car elle avait été brûlée avec ses églises par les troupes du roi.

De toutes les places fortes normandes du comte Galeran, il ne restait plus à réduire que celles de Vatteville et de Beaumont-le Roger. Les défenseurs de la première se soumirent au roi, et bientôt Henri la fit raser.

Alors, le roi fit connaître au comte Galeran, son prisonnier, le résultat de la campagne, et lui fit commander d'envoyer l'ordre qu'on lui remît Beaumont sans coup férir : « Celui-ci, voyant qu'il avait été déçu par les frivoles espérances d'une jeunesse inconsidérée, et que ses mauvaises actions l'avaient précipité du faîte de son ancienne puissance, craignant d'ailleurs de s'exposer de nouveau à des malheurs plus rudes s'il offensait son magnanime ennemi par quelque acte d'opiniâtreté, envoya de fidèles délégués pour ordonner positivement à Morin, qui était chargé de ses affaires, de remettre sans délai le château de Beaumont au roi victorieux. Alors Morin, quoiqu'il fut tard, remplit les ordres de son seigneur ; mais il ne put en aucune manière obtenir les bonnes grâces de Henri. En effet, ce prince l'avait chargé de l'éducation du jeune comte, auquel il avait suggéré le pernicieux conseil de se révolter ».

C'est ainsi que le roi obtint toutes les possessions que le riche et puissant seigneur Galeran de Meulan avait en Normandie.

Il le retint avec ses deux beaux-frères dans une étroite prison. Ils furent, quelque temps après, envoyés en Angleterre, où Galeran et Hugues de Neufchâtel restèrent prisonniers pendant trois ans. Quant à Hugues de Montfort, il gémit dans les cachots durant treize années, les amis du roi n'osant point solliciter en sa faveur la pitié royale.

Nous retrouvons Galeran, en 1127, au nombre des seigneurs que Louis-le-Gros avait assemblés pour seconder Guillaume Cliton dans ses prétentions sur la Flandre. Nous lisons, dans l'Art de vérifier les dates, que le comte de Meulan n'osa se déclarer ouvertement pour Guillaume dans la crainte de déplaire au roi d'Angleterre. « Il se déclara même, en apparence, pour les ennemis de Cliton et se joignit à eux. Ils le rencontrèrent un jour dans la plaine de Courtray ; l'occasion était belle de l'attaquer ; l'action commença effectivement ; mais Galeran, par une perfidie détestable, n'ayant pas voulu donner, trahit par là ses alliés et les fit tailler en pièces. »

Le roi d'Angleterre avait saisi la terre d'Elbeuf ainsi que tous les autres biens du comte de Meulan ; mais ce seigneur, s'étant appliqué à regagner la bienveillance du roi Henri, celui-ci lui rendit les revenus de ses domaines, en se réservant toutefois la garde de ses anciennes forteresses.

Nous avons dit qu'Elisabeth ou Isabelle de Vermandois avait quitté le père de Galeran pour se marier au comte de Surrey. Deux fils de ce seigneur anglais souscrivirent, en 1135, une charte par laquelle leur mère la comtesse Isabelle et Guillaume de Surrey, leur père, faisaient plusieurs dons à la léproserie de Bellencombre.

Par cette même charte, l'ancienne épouse de Robert de Beaumont donna également, avec le consentement du comte Galeran, son fils, à la maladrerie de Bellencombre, cent sols rouennais de rente annuelle à prendre sur son domaine d'Elbeuf (... e.r hrreditate et patri-monio meo de Welleboef — une autre copie porte Wellebeof — C solidos rothomagensis per annum...) Cette donation fut faite en présence de Hugues d'Amiens, archevêque de Rouen, et immédiatement approuvée par le roi d'Angleterre.

En 1133 également, Galeran fonda le prieuré de Saint-Gilles, à Pont-Audemer. En cette même année, le 1er décembre, il se trouvait en compagnie de son frère Robert de Leicester, aux côtés du roi Henri Ier, quand celui-ci mourut, à Lyons-la-Forêt.

Etienne, comte de Boulogne, se fit proclamer roi d'Angleterre. Un instant, les seigneurs normands, réunis au Neubourg, lui préférèrent son frère Thibaud ; mais ayant appris que les Anglais avaient accepté Etienne, ils s'y soumirent également.

Le nouveau roi voulant s'attirer l'amitié du puissant Galeran de Meulan, lui fiança sa fille, alors âgée de deux ans, et lui livra immédiatement pour dot le comté de Winchester.

Galeran, qui était alors en Angleterre, revint en Normandie, et notre contrée devint bientôt le théâtre d'une guerre affreuse entre lui et son frère Robert de Leicester, d'une part, et Roger de Tosny, puissant seigneur tenant pour le parti angevin, de l'autre.

Entre les Rogations et la Pentecôte de l'année 1136, Roger surprit la forteresse royale du Vaudreuil ; mais il y avait à peine trois jours qu'il y était que Galeran fondit avec les habitants de Rouen sur la place, la prit et la rendit au roi Etienne.

Quelques jours après la Pentecôte, le comte Galeran, à la tête d'une forte armée, s'empara d'Acquigny et brûla toute la place. Mais, dès le lendemain, Roger de Tosny marcha contre lui et se vengea en lui brûlant plusieurs villages. « Les Normands commettaient ces attentats et beaucoup d'autres semblables », remarque Orderic Vital ; « ils se dévoraient de leurs propres dents, comme le rapporte allégoriquement l'Apocalypse en parlant de la bête ».

Galeran et Robert de Leicester donnèrent cent marcs d'argent à Thibaut, comte de Blois, pour le déterminer à marcher contre Roger de Tosny. Des troupes furent alors envoyées sur les terres de Roger-, où elles brûlèrent, dans trois villages, les habitations de beaucoup de paysans, puis elles se dirigèrent vers Bougy-sur-Risle. D'après les conseils du comte de Leicester, elles mirent le feu aux maisons de ce bourg et brûlèrent la belle église de Sainte Marie-Madeleine, avec les hommes et les femmes qu'elle renfermait.

Nous retrouvons quelque temps après Galeran à Lisieux, chargeant Allain de Dinan de défendre cette ville contre les Angevins, pendant que lui allait au dehors chercher des secours pour les assiégés. Mais ces derniers, désespérant d'en recevoir assez tôt, mirent le feu à la ville à l'effet d'anéantir les'richesses qu'elle renfermait pour que l'ennemi ne puisse s'en emparer.

Pendant ce temps, Roger de Tosny, seigneur de Conches, dévastait tout le pays d'Evreux, violait l'abbaye de la Croix Saint-Leufroy, brûlait le bourg, puis ravageait les environs du Vaudreuil. « Il commit sans égard, des meurtres, des brigandages et des incendies, et, de concert avec ses complices, il rendit beaucoup de gens malheureux en les dépouillant de ce qu'ils avaient. Il brûla l'église Saint-Etienne, et, pour ce crime, il reçut la peine du talion ».

En effet, comme il revenait, emmenant fastueusement un grand butin et beaucoup de prisonniers, le comte Galeran et Henri de la Pommeraie, avec cinq cents chevaliers, tombèrent sur Roger, qui n'avait que peu de monde avec lui, et le firent prisonnier.

Robert du Neubourg et son cousin germain Galeran, seigneur d'Elbeuf, se reconcilièrent en 1137 ; leur intimité devint môme telle que, malgré la circonspection habituelle de Robert, il garantit au seigneur de Beaumont son secours et même l'usage de son château pour sa défense.

Pendant l'été suivant, une sécheresse excessive désola notre contrée ; personne, même parmi les vieillards, n'avait souvenance d'une semblable calamité.

Le roi Etienne, étant venu cette même année en Normandie, fit sortir Roger de Tosny des prisons de Galeran, où il était resté six mois. Au commencement de décembre, Etienne ayant appris qu'un soulèvement devait se produire en Angleterre, repassa la Manche emmenant avec lui le comte Galeran et son frère Robert de Leicester, ainsi que beaucoup d'autres seigneurs.

En mai 1138, Galeran de Meulan et Guillaume d'Ypres revinrent en Normandie. Ils marchèrent d'abord contre Roger de Conches, qui avait repris ses dévastations ; mais comme les forces de ce seigneur étaient grandes, Galeran et son compagnon évitèrent un combat. Pour soulager leur fureur, ils dévastèrent à leur tour les maisons des paysans, ruinèrent le pays par le pillage et l'incendie, et, enlevant les choses nécessaires à la vie, livrèrent à la désolation et à la misère le peuple de nos campagnes.

Au mois de juillet, Galeran et Guillaume d'Ypres appelèrent Raoul de Péronne et deux cents chevaliers pour marcher contre les Angevins ; alors Robert de Courcy prévint le duc d'Anjou que ces chevaliers méditaient sa perte.

En septembre, Roger de Tosny brûla Breteuil avec l'église Saint-Sulpice. Mais bientôt une paix fut conclue entre ce seigneur et Galeran, qui conduisit Roger en Angleterre auprès du roi Etienne, avec lequel il se réconcilia également.

Quelque temps après, Galeran et Robert, son frère, se levèrent contre les évêques de Lincoln et d'Ely, lesquels vexaient les seigneurs de leur voisinage par toutes sortes d'iniquités.

En l'année 1138, Galeran fit bâtir dans le diocèse de Wigorn, en Angleterre, l'abbaye de Bordesley. Il dota ce monastère de si grands domaines et de si considérables revenus qu'on évalue ces donations à plus de deux millions de monnaie.

La puissance de Galeran, sire d'Elbeuf, était redevenue très grande en 1140 ; car nous le voyons obliger le roi Etienne à nommer Philippe d'Harcourt, doyen de la collégiale de Beaumont-le-Roger, à l'évêché de Salisbury, malgré l'opposition de nombreux seigneurs et prélats anglais.

Des troubles s'élevèrent en Angleterre l'année suivante. Galeran, se trouvant à une bataille aux côtés du roi Etienne, et voyant le premier corps de l'armée royale plier, abandonna le monarque, tourna le dos à l'ennemi et s'enfuit. Etienne fut fait prisonnier par Robert, comte de Glocester. Après ce combat, Galeran et plusieurs seigneurs normands promirent de combattre pour la reine et ses héritiers contre les Angevins et Geoffroy V d’Anjou, leur chef, qui s'était emparé du trône d'Angleterre.

Galeran revint bientôt en Normandie; il était à Beaumont-le-Roger, le 5 mars 1140 (1141 nouveau style), où il donna la chapelle Saint-Nicolas de son château de Meulan, à Richard, prieur du Bec, représentant le prieuré de Saint-Nicaise. Le comte Galeran, en signe de cette donation, déposa son couteau sur un autel.

Cette même année, en présence de Robert du Neubourg et de Richard de Beaumont, un de ses vassaux, sans doute, il fit don d'une rente de 100 sols rouennais pour la cuisine de l'abbaye du Bec.

Cependant, la fortune favorisant toujours Geoffroy d'Anjou, Galeran jugea de son intérêt d'abandonner le parti d'Etienne pour entrer dans celui de son vainqueur, duquel il reçut, en 1141, la concession du château de Montfort.

Robert du Mont nous apprend que toute la noblesse de la contrée imita la lâcheté du comte et fit sa soumission.

Galeran n'espérant plus rien du roi Etienne, renonça à sa fille pour se marier avec Agnès, fille d'Amaury III de Montfort.

Il existait aux Archives de l'archevêché de Rouen une charte de Hugues, archevêque, datée de 1141, confirmant des donations que le comte Galeran avait faites aux chanoines réguliers de Corneville-sur-Risle, tant à Viller-ville que sur le tribut qui lui appartenait sur les denrées allant de Montfort à Pont-Audemer, avec le bois mort de sa forêt de Montfort.

En cette même année, Galeran donna sa collégiale de Beaumont-le-Roger aux moines de l'abbaye du Bec-Hellouin.

La foire Saint-Gilles, qui se tient à Elbeuf le Ier septembre, parait avoir été créée vers cette époque par le comte Galeran. Voici ce qui nous le fait supposer :

On sait, d'une manière certaine, que le comte Galeran fonda la foire de Meulan en 1141. Or ce môme comte donna, en une année que nous ne connaissons pas, mais évidemment postérieure à 1141, pour le repos de son âme, celles de son père, de sa mère et de ses prédécesseurs, aux moines de l'abbaye du Bec, une exemption entière, tant à Meulan et à Elbeuf qu'en tous autres lieux de son obéissance, par eau comme par terre, affranchissant ainsi les religieux de toutes coutumes, soit pour acheter, soit pour vendre.

Les témoins de cette charte furent Geffroy Bertrand, Roger du Bosc, Guillaume son fils, Raoul de Manneville, Guillaume de Bigars et Alain de Neuville.

C'est vers cette même année 1141 qu'il faut placer la fondation du prieuré de Saint-Gilles à Saint-Aubin-Jouxte-Boulleng. Il nous parait avoir été donné, dès son origine, à l'abbaye de Saint-Ouen de Rouen, avec les revenus de la foire Saint-Gilles, qui se tenait, au début, sur le territoire de Saint-Aubin.

Nous croyons également que ce fut Galeran de Meulan qui fonda la léproserie Saint-Marguerite à Orival, établie, comme le prieuré de Saint-Gilles, sur «sa terre d'Elbeuf » s'étendant sur les deux rives du fleuve depuis Pont-de-l'Arche jusqu'au Gravier d'Orival.

Galeran de Meulan guerroyait dans notre contrée en 1143. Il brûla l'église et le village d'Emendreville, auquel succéda, plus tard, le faubourg Saint-Sever de Rouen.

Nous le retrouvons encore à Rouen, l'année suivante, aidant Geoffroy d'Anjou à assiéger le donjon de cette ville, que les troupes du comte de Varennes refusaient de lui livrer.

La seconde croisade, prêchée par saint Bernard pour reprendre le comté d'Edesse enlevé par les Turcs en 1144, fut entreprise par l'empereur Conrad III et Louis VII, roi de France.

Le comte Galeran de Meulan, batailleur par nature, prit aussi la croix et partit en 1147 ; mais il ne se dirigea pas directement en Terre sainte ; il passa par le Portugal, où il aida le roi Alfonse à chasser les Maures de Lisbonne. La péninsule hispanique ne lui était d'ailleurs pas inconnue, car il avait fait précédemment le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, patron de l'Espagne.

De Lisbonne, il partit pour l'Orient, où il combattit vaillamment, dit-on. Après avoir guerroyé pendant deux ans, il songea à revenir en Normandie. La campagne avait été mauvaise, du reste, et des milliers de chrétiens avaient péri.

Comme Galeran revenait, en 1149, le navire qui le portait fut assailli par une tempête qui mit ses jours en danger. Pris de peur, il fit le voeu, s'il échappait au péril qui le menaçait, de fonder un monastère. C'est pour remplir cet engagement qu'il prit part à la fondation de l'abbaye du Valasse, faite par l'impératrice Mathilde quelques années plus tard.

Cette abbaye, dite aussi du «Voeu », était située dans une petite vallée entre Lillebonne et Bolbec. Galeran donna à ce monastère vingt mille anguilles par an, à prendre à Beaumont le jour de la Purification, et un habitant de Pont-Audemer, plus six mille harengs par chaque année à prendre en cette dernière ville.

En 1149, Galeran donna à l'abbaye du Valasse l'affranchissement de toute espèce de coutume sur chacun de ses domaines et, en plus, une terre située contre la forêt d'Elbeuf (... et quandam terrain juxta foresta de Welleboe — une autre copie porte Wellebeo. — Nous n'avons pu savoir de quelle terre il s'agit dans cette donation.

Cette année, après une forte gelée qui dura trois mois, les blés furent perdus et une famine s'ensuivit. L'année suivante, la Seine déborda et causa de grands ravages sur les deux rives.

Il parait que Galeran, aussitôt de retour dans nos contrées, recommença ses perfidies, car le roi Etienne d'Angleterre, irrité contre lui, assiégea et réduisit en cendres sa ville de Winchester, en l'année 1150.

Nous arrivons à la fondation de l'oratoire Saint-Félix et Saint-Auct, auquel a succédé le calvaire que nous connaissons tous.

En 1152, suivant une antique chronique du Bec-Hellouin, un religieux nommé Jean le Romain, moine à l'abbaye de Saint-Sabas, ayant apporté au Bec la tête de saint Félix, martyr, compagnon de saint Adauet, la réputation des deux saints se répandit dans la contrée, et comme, très probablement, la léproserie de la côte d'Elbeuf lut érigée quelque temps après, on plaça sa chapelle sous la protection des deux martyrs ; c'était dans les habitudes du temps, comme il est encore dans l'usage de notre époque de consacrer le souvenir d'un évènement considérable, une victoire, par exemple, ou d'honorer la mémoire d'un grand citoyen, par la dénomination d'une voie ou d'une place publique, d'une école ou d'une caserne.

On ne saurait se figurer, de nos jours, ce qu'un évènement tel qu'une translation de reliques, auxquelles on attachait tant de vertus, avait d'importance dans ces siècles de foi religieuse. Ainsi, dans la Chronique de l'abbaye du Bec, l'arrivée du chef de saint Félix et la nomination d'un moine de ce monastère comme abbé de Préaux, sont les deux seuls faits mentionnés en 1152.

En l'année suivante, le chroniqueur n'en relate qu'un, deux en 1154, et il saute ensuite jusqu'à 1159 avant de rien trouver, dans l'histoire de cette abbaye et des environs, qui vaille la peine d'être noté.

On conçoit donc que, répondant à des aspirations populaires, le comte Galeran, très dévôt et qui, d'un autre côté, avait en grande estime l'abbaye du Bec-Hellouin dont il était le protecteur et à laquelle il fit de très importantes donations, ait voulu perpétuer, par une fondation pieuse, le souvenir de l'arrivée des reliques de saint Félix dans ce monastère.

C'est donc en l'année 1152 seulement ou en une de celles qui la suivirent immédiatement que fut fondé l'hôpital-chapelle dit de Saint-Félix et Saint-Auct, et non avant.

Cette chapelle parait avoir été très promptement, un but de pèlerinage. Elle est parfois mentionnée dans les actes des siècles suivants sous les noms de chapelle Saint-Gaud, Saint-haut et même Saint-Celse, traduction du mot celsus, haut, élevé, ce qui, dans l'espèce, n'était qu'un jeu de mots provoqué par la situation de l'édifice qui dominait toute la vallée.

La maladrerie ou hôpital de la côte Saint-Auct avait une chapelle secondaire, placée sous la dévotion de saint Jacques, le patron des pèlerins, — peut-être en souvenir du pèlerinage que Galeran avait fait à Saint-Jacques de Compostelle — ce qui ajouta bientôt à la renommée qu'acquit celte fondation religieuse et de bienfaisance, où des reliques furent exposées à la vénération du peuple.

Plus une religion est grossière, plus elle a d'empire sur l'âme grossière de la masse du genre humain. M. Fustel de Coulanges dit qu'il y avait alors le christianisme de quelques grands esprits ; mais il y avait en même temps le christianisme de la foule, au niveau d'esprit des plus humbles, au niveau de caractères des plus intéressés. Peu d'idéal, mais beaucoup de reliques.

En effet, dans les pèlerinages de l'ancien temps, ce n'était point l'esprit d'un saint quelconque que l'on invoquait, mais des objets matériels lui ayant appartenu. Le peuple ne croyait qu'à la prière faite sur des reliques, et quand un oratoire, comme celui de Saint-Félix, de Saint-Auct ou de Saint-Jacques — car on lui donnait ces trois noms — possédait des ossements réputés authentiques, la foule s'y portait en masse, surtout dans les premiers temps de son établissement.

A cette époque, il n'y avait d'ailleurs pas de lieu sacré s'il ne possédait point de reliques, et l'on y attachait tellement de vertus que l'on vit des villes se disputer les restes de quelque saint comme le plus grand des trésors, car ces restes avaient la réputation de protéger les environs et de guérir les malades.

Nous verrons plus tard que saint Félix et saint Auct furent invoqués contre la peste; mais dans les dernières années de l'existence de la chapelle, on ne priait plus saint Auct que pour obtenir la guérison des sueurs ; on la nommait aussi Saint-Chaud, parce que l'on avait chaud en montant la côte, disait-on.

Quant à saint Félix, il avait la réputation de rendre la vigueur aux gens faibles, aux anémiques, pour nous servir de l'expression actuelle. Enfin, il n'était plus alors question de saint Jacques, les biens de sa chapelle et de la léproserie ayant été réunis à ceux d'un autre hôpital dit de Saint-Léonard, auquel a succédé notre hospice actuel.

Les morceaux du moyen âge les plus anciens que l'on connaisse à Elbeuf, dit l'abbé Cochet, « sont deux statuettes de pierre du XIIe siècle, venant sans doute de quelque église de cette ville, placées depuis dans une maison particulière et aujourd'hui recueillies dans le musée d'Elbeuf ». Nous supposons que ces deux statues proviennent de la chapelle Saint-Auct et Saint-Félix, détruite au commencement du XIXe siècle.

Nous avons attribué à Galeran de Meulan la fondation du prieuré et de la foire Saint-Gilles, à Saint-Aubin ; celle de la léproserie de Sainte-Marguerite, à Orival, et celle de la chapelle Saint-Félix et Saint-Auct ainsi qu'une maladrerie dite de Saint-Jacques, au sommet de la côte qui domine Elbeuf à l'Ouest.

A la vérité, nous ne pouvons appuyer celte opinion d'aucune preuve positive. Tout ce que nous pouvons affirmer, c'est que ces diverses créations sont toutes du XIIe siècle. Mais si l'on tient compte de la grande richesse de Galeran, de la multitude des fondations religieuses, de bienfaisance ou d'utilité publique dont il dota ses autres terres, afin de racheter, par ces libéralités, les crimes dont il s'était rendu coupable, nous sommes porté à croire que son domaine d'Elbeuf profita aussi de ses largesses, et que c'est à lui et non à d'autres seigneurs de la maison de Meulan que notre localité dut ces fondations.

Nous ne croyons pas cependant que l'hôpital de la côte Saint-Auct exista longtemps ; nous avons tout lieu de supposer que cet établissement fut transporté dans la vallée, peut-être au triège du Glayeul ; dans tous les cas, il n'y a aucun doute à concevoir sur la maladrerie primitive : une pièce du XVe siècle, que nous citerons à sa date, concerne « la chapelle Saint-Félix et Saint-Auct dite aussi léproserie d'Elbeuf ou de Saint-Jacques ».

 

Nous revenons au comte de Meulan, seigneur d'Elbeuf :

Le comte Galeran entra en lutte contre son neveu, Robert de Montfort. Une tentative de réconciliation lut faite entre eux, en 1153, près de Bernay ; mais Robert, qui disposait de plus de ressources que son oncle, le fit prisonnier et l'enferma dans le chateau d'Orbec. Alors, les amis de Galeran mirent le siège devant cette forteresse, mais ils ne purent l'enlever. Le comte Galeran ne recouvra sa liberté qu'en abandonnant à son neveu le domaine paternel qu'il revendiquait.

Dès qu'il fut sorti de la prison d'Orbec, le comte Galeran assembla tous ses vassaux et courut assiéger le château de Montfort. Malgré le secours de deux bastilles en bois, qu'il lit dresser devant ta forteresse, il ne réussit point à la réduire, Robert fit une sortie vigoureuse, culbuta l'armée de Galeran, qui lui-même ne dut son salut qu'à la fuite.

En cette même année, Galeran, étant à Brionne, confirma solennellement les donations faites par lui et, ses aïeux à l'abbaye de Préaux, en présence de, Rotrou, évêque d'Evreux ; Roger, abbé du Bec-Hellouin ; Raoul, abbé de la Croix Saint-Leufroy ; Osbern, abbé de Corneville ; Robert, seigneur du Neubourg ; Robert, maître d'hôtel ; Guillaume du Pin, et un grand nombre de d'ecclésiastiques et de seigneurs.

Le roi Etienne mourut en 1154; son successeur fut Henri II Plantagenet, qui eut pour principal ministre Robert de Leicester, frère du comte de Meulan.

A l'année 1155 se rattache une très importante pièce concernant l'industrie drapière en général et en particulier celle de notre contrée.

Le bisaïeul de Galeran de Meulan, Onfroy de Vieilles, avait fondé, en 1033, l'abbaye de Saint-Pierre de Préaux, près Pont-Audemer. Son fils, Roger de Beaumont, et son petit-fils, Robert de Meulan, avaient contribué à l'extension de ce monastère par de nouvelles donations.

En 1155, Galeran de Meulan ajouta aux libéralités de ses ancêtres, en donnant aux religieux de Préaux la dime de ses moulins à tan et de ses moulins à foulon (molini folerez) de Pont-Audemer.

La charte de donation de ces moulins, qui se trouve dans le Cartulaire de Préaux, aux Archives de, l'Eure, est, à notre connaissance, le plus ancien document connu mentionnant des moulins à foulon, non pas seulement en France, mais encore à l'étranger.

A celle époque, Pont-Audemer était une des principales villes de fabrication drapière ; il y existait aussi des tanneries, nous l'avons déjà dit; en outre, cette ville était considérée comme l'un des ports de mer de la Normandie.

Galeran de Meulan, sire d'Elbeuf, était également le seigneur de Pont-Audemer, comme aussi celui de Beaumont-le-Roger, de Brionne, de Montfort, etc.

 Ce comte, malgré sa légèreté, sa versatilité et ses autres défauts, était doué d'une très grande intelligence et d'un esprit d'observation, ainsi que l'attestent ses contemporains. Or, il est probable que pendant son voyage en Orient, où la civilisation était plus avancée qu'en France, en Normandie et en Angleterre, il avait vu fouler des pièces d'étoffes de laine au moyen de maillets mûs par une roue hydraulique, et qu'à son retour dans ses domaines, il en lit établir de semblables à Pont-Audemer.

Des moulins à foulon existaient donc incontestablement dans notre région dès le milieu du XIIe siècle. Il est à remarquer qu'aucune province d'Italie ni des Flandres, où pourtant la fabrication des draps fut portée à un haut degré pendant le moyen âge, ne peut revendiquer un plus ancien usage des moulins à fouler.

Pendant combien d'années se servit-on de ces moulins primitifs pour le foulage des étoffes ? Nous ne le savons ; tout ce que nous croyons pouvoir affirmer c'est que leur emploi ne se généralisa pas, et que, même à Pont-Audemer et à Louviers, on revint au foulage au pied, à peu près comme il s'était pratiqué pendant la période gallo-romaine.

En effet, nous verrons qu'après une nouvelle tentative de foulage mécanique, les fabricants de draps de Louviers reprirent leur ancien usage, et que, jusque vers la fin du XVe siècle, on ne trouve de moulin à foulon ailleurs que dans cette dernière ville, mais qu'elle-même, ainsi que nous venons de le dire, supprima celui qu'elle possédait.

L'histoire de l'origine des moulins à foulon, au moins en Normandie, est fort curieuse ; nous avons eu le bonheur de recueillir sur les premiers de ces établissements industriels quelques renseignements très intéressants que nous publierons à leur date.

Dans une charte en faveur de Saint-Pierre de Préaux, donnée par Robert de Meulan, fils de Galeran, nous trouvons une nouvelle mention du moulin à foulon de Pont-Audemer. Le comte Robert, non seulement confirme aux religieux la donation faite par son père des moulins à tan et à foulon (tanereix et folereix) de cette ville, mais encore leur concède le droit exclusif d'en créer de nouveaux.

A partir de 1157, Galeran eut sa cour au château de Brionne. En cette même année, en qualité de seigneur de Gournay-sur-Marne, au droit d'Agnès, sa femme, il signa un traité avec Louis-le-Jeune, roi de France.

En 1158, Henri II, roi d'Angleterre et duc de Normandie, étant à son petit château de Rouen, confirma à l'abbaye de Cormeilles, dont Robert de Saint-Pancrace était alors abbé, une donation de biens, parmi lesquels figuraient une pêcherie dans la Seine et un tellement dans la paroisse d'Elbeuf.

C'est sans doute par cette donation que le monastère de Cormeilles posséda l'île d'Orifosse, connue plus tard sous le nom d'île de la Bastide ou de la Bastille, à cause d'une forteresse que les Anglais y construisirent pendant la guerre de Cent ans.

L'année 1159 fut marquée par des inondations qui durèrent de juin à septembre.

Galeran de Meulan se brouilla avec le roi Henri II, qui, en 1162, lui enleva toutes ses places fortes de Normandie ; mais il les lui rendit l'année suivante.

Vers la fin de sa vie, le comte de Meulan dota de nombreux établissements religieux et l'on ne compte pas moins de dix-sept églises que lui et sa femme firent construire dans leurs immenses domaines.

Le comte Galeran, nous l'avons déjà dit, était un des hommes les plus instruits de son époque ; malheureusement, son intelligence, mal équilibrée, le porta, dès sa jeunesse, à de nombreux actes qui ternirent sa mémoire. Ami des lettres — sa liaison avec Luc de la Barre le démontre, — il avait aussi en grande estime les architectes de son temps ; outre la construction des édifices religieux qu'il fonda, il leur confia divers grands travaux d'utilité publique, parmi lesquels il faut surtout citer un beau pont en pierres jeté sur la Seine, à Meulan, et plusieurs routes pavées.

M. Le Prevost a remarqué que, malgré les forts graves de Guillaume, comte de Surrey, envers Robert, père de Galeran, ce dernier vécut en bonne intelligence et, même en intimité avec lui, puisque ce seigneur figure souvent comme témoin au bas de ses actes.

Dégoûté du monde et fatigué d'une vie qui l'avait rendu odieux à beaucoup de ses vassaux et à lui-même, Galeran se retira, ainsi que l'avaient fait ses ancêtres, dans l'abbaye de Préaux, où il mourut en avril de l'année 1166.

Réparons ici une erreur de classement que nous avons commise dans notre notice sur Beaumont-le-Roger, relativement à une donation faite par Galeran à l'abbaye de Bonport — qui alors n'existait pas. — Le Galeran bienfaiteur de ce monastère était le petit-fils de celui dont nous nous sommes occupé dans ce chapitre.

 

CHAPITRE XII (1166-1203)

 

Robert IV de Meulan, et n° du nom comme seigneur de Beaumont et d'Elbeuf, n'avait que vingt-cinq ans environ quand il succéda à Galeran, dont il était le fils ainé.

Son aïeul et son bisaïeul avaient été des hommes d'une prudence et d'une sagacité consommées dans le choix des princes auxquels ils s'attachaient, et d'une fermeté inébranlable dans le maintien de leurs alliances, dit M. Aug. Le Prévost. « Son père n'avait été qu'un bel esprit, sur la loyauté duquel personne n'avait pu compter, et qui, malgré l'étendue et l'importance de ses domaines, n'avait joué qu'un rôle fort misérable dans les transactions politiques do son époque. Robert fut encore inférieur à son père, puisqu'il se montra tout aussi versatile, tout aussi incapable d'une résolution loyale et ferme, et qu'il ne posséda même pas ses qualités littéraires.

« Les historiens s'accordent à le représenter comme un personnage peu distingué. Aussi consomma-t-il la ruine de la maison de Meulan, déjà préparée par les fautes et les torts de Galeran II. Nous conviendrons, du reste, que, en qualité de grand feudataire de deux monarchies rivales, sa ligne de conduite était bien difficile à tenir ; nous pensons qu'il eût encore mieux valu faire un choix entre elles et s'y tenir que de se déshonorer et de s'amoindrir par des changements perpétuels d'alliances ».

Robert de Meulan avait épousé d'abord Agnès de Vendôme, dont il est parlé dans la Chronique du prieuré de Saint-Nicaise de Meulan. Agnès mourut sans laisser d'enfants. Deux ou trois ans avant de succéder à son père, le comte Robert avait épousé en secondes noces Mathilde, dame de Cornouailles, fille de Renaud, comte anglais. De ce mariage, naquirent trois garçons, Galeran, Pierre et Henri, et deux filles, Mabille ou Mabirie et Jeanne. Le comte Robert eut aussi une fille naturelle, qui se maria à Guy de la Roche.

Outre les immenses domaines dont Robert de Meulan avait hérité de son père, au Vexin, au Pincerais, en Normandie, dans l'Ile-de-France et en Angleterre, il en acquit d'autres dans l'Orléanais, la Beauce et le Berri, telles que les villes d'Argenton, de Concressaut, une partie des terres de Laos, d'Antoni, de Chenai, et autres.

L'Art de vérifier les Dates dit que Robert ayant appris que le comte Galeran, « étant à l'article de la mort, avait déclaré qu'il désirait que ses héritiers réparassent quelques dommages qu'il avait causés à l'abbaye de la Croix Saint-Leufroy, ses enfants s'empressèrent d'acquitter les dernières intentions de leur père ».

En outre, Robert ratifia tout ce qui avait été fait par ses prédécesseurs en faveur des abbayes de Lyre, Préaux, Jumiéges, Le Bec, Valasse, Pont-Audemer, Beaumont-le-Roger Saint-Wandrille, Saint-Denis et Saint-Nicaise de Meulan, en accordant même à plusieurs de ces monastères de nouvelles faveurs.

L'historien de la maison d'Harcourt dit que le comte Robert tenait de temps en temps sa cour avec ses barons, et qu'il reste quelques-uns des actes de ces assemblées, entr'autres un jugement rendu, lui présent, avec son sénéchal, touchant le patronage d'une église, et eut des grands officiers de toute espèce, des maréchaux, un grand forestier, etc.

 Il inféoda, à titre héréditaire, l'office de grand veneur de sa maison en faveur d'Alexandre du Caillouel, gentilhomme du Vexin.

Robert de Meulan fit un voyage en Sicile avec quelques autres seigneurs, en l'année 1167. Mais la faveur qu'il y acquit ayant excité la jalousie des courtisans du pays, ils se soulevèrent. Le comte Robert leur résista et conseilla au roi de les punir. Alors la fermentation augmenta et devint telle qu'il fut impossible de la réprimer : le roi de Sicile fut obligé de prier très poliment les étrangers de de se retirer.

Vers 1171, le roi de France excita les Normands contre le roi d'Angleterre, et fit lui-même une irruption en Normandie.

Henri II arriva promptement dans notre contrée ; à son approche, l'armée française abandonna en fuyant le butin quelle avait fait et fut poursuivie jusque dans le Vexin français, où les troupes anglo-normandes firent de grands ravages. La guerre continua presque sans interruptions pendant huit ans.

On rapporte qu'en 1174, le blé ayant manqué, il y eut une grande famine dans notre contrée.

En l'année 1175. Henri Court-Mantel, fils de Henri II, à l'instigation du roi de France, dont il avait épousé la fille, se révolta contre son père.

Robert de Meulan, avec son étourderie habituelle, prit parti pour le jeune prince. Le vieil Henri accourut et battit de nouveau les révoltés. Le comte Robert fut obligé de se réfugier en France, auprès du roi Louis VII.

En 1176, un Simon de Malrepas, chevalier, mourut de mort violente. Nous ne voulons point rattacher le nom de ce seigneur au Maurepas d'Elbeuf ; mais il nous fournit l'occasion de dire quelques mots de cet ancien triège, auquel une rue de notre ville doit sa dénomination.

Disons d'abord que ce nom n'est pas particulier à Elbeuf, car dès 1182, un certain Olivier du Rose céda à l'abbaye du Bec un labour, sis à Bonneville-sur-le-Bec, portant le nom de la « Cousture du Maurepas ».

La « Couture du Maurepas », à Elbeuf, donne lieu à une double explication étymologique qui, probablement, peut être appliquée aussi à celle de Bonneville.

On appelait autrefois ((couture» des terrains « en culture ». Le premier mot n'est donc qu'une altération du second, il existe cent trièges de ce nom en Normandie; aussi son, étymologie est-elle parfaitement établie.

Quant à « Maurepas », il signifie mauvais passage, endroit dangereux pour la circulation, et quelquefois lieu mal famé.

Le Maurepas d'Elbeuf était l'étendue de terres en labour que l'on rencontrait en sortant de notre bourg vers Caudebec. Le chemin qui réunissait ces deux localités était boueux, mal entretenu, et il arrivait trop souvent que les attelages y restaient en détresse ; de là son nom de « mauvais pas »,qui, par contraction, devint « Maurepas ».

Il a pu arriver aussi que le Maurepas ait été le théâtre d'attentats contre des personnes, ce qui aurait ajouté à la mauvaise réputation attachée à ce triège, aujourd'hui complètement bâti et situé presque au centre de la ville moderne.

Nous trouvons en 1180, pour la première fois, le nom d'un habitant de notre localité. Etienne d'Elbeuf (de Wellebued) est mentionné dans les Grands Rôles de l'Echiquier de Normandie de cette année-là, comme devant une somme de vingt sols.

Ces Rôles, conservés à la Tour de Londres, nous fournissent, en cette même année, le nom d'un second Elbeuvien : Landri d'Elbeuf, (Wellebued).

Etienne et Landri sont donc les plus anciens habitants connus de notre ville. On remarquera qu'ils ne sont désignés que sous leur nom de baptême. A cette époque, les noms de familles n'existaient pas encore en Normandie, et les premiers noms patronymiques du peuple ne furent que des sobriquets que portèrent également les descendants de ceux qui les avaient reçus. Quant aux chevaliers, ils ajoutaient à leur nom de baptême celui de leur fief.

Le roi Henri II, pour punir le comte Robert, s'était emparé de plusieurs de ses places fortes, notamment de Pont-Audemer, de Brionne et de Beaumont-le-Roger ; il ne les lui rendit que plus tard et successivement.

En l'année 1182, le comte de Meulan, sans doute dans le but de plaire au roi d'Angleterre et d'obtenir la remise de Beaumont-le-Roger, se déclara contre Philippe-Auguste, fils et successeur de Louis VII.

Mais, par prudence, et se doutant que sa conduite pourrait bien amener contre lui les rigueurs du roi de France, il avait remis ses domaines placés sous la suzeraineté de ce monarque, c'est-à-dire son comté de Meulan, à Galeran, son fils ainé. On voit, en effet, par un titre daté de de l'année suivante, que Galeran, malgré son jeune âge, portait le titre de comte et seigneur de Meulan. Philippe-Auguste le reconnut lui-même en cette qualité, car dans une charte qu'il donna cette année en faveur de l'abbaye de Coulombs, il mentionna que c'était aux prières du jeune Galeran, comte et seigneur du château de Meulan, qu'il approuvait la concession faite aux moines de l'Ile et du prieuré de Saint-Côme.

Robert de Meulan prit alors ouvertement parti pour Richard Coeur-de-Lion, fils de Henri II, dans ses entreprises contre le roi de France; mais il arriva bientôt que, sans motif apparent, il abandonna Richard pour Philippe.

Avant 1188, le comte Robert avait de nouveau abandonné Philippe Auguste pour servir le roi d'Angleterre, car on voit cette année-là le roi Philippe lui enlever la forteresse d'Argenton en Berry, et faire prisonnier à Vendôme soixante-deux chevaliers que Robert avait mis dans cette place avec mission de la défendre.

L'auteur de la Philippide, qui décrit ce siège, plaint de sa situation le comte Robert de Meulan, qui, se trouvant feudataire à la fois de deux puissants monarques, ne pouvait ménager l'un sans se mettre l'autre sur les bras. Le poète, quoique partisan du roi français, excuse le comte Robert d'avoir suivi le parti des Anglais en cette circonstance, parce qu'encore qu'il tint le comté de Meulan en hommage de la France, il possédait aussi beaucoup de châteaux et de domaines mouvant du duc de Normandie et du roi d'Angleterre, et que, dans la guerre qui se faisait alors, il s'agissait de la province de Normandie et d'autres pour lesquelles le sire de Beaumont-le-Roger devait le service à l'Anglais.

Immédiatement après la prise de Vendôme, Philippe-Auguste attira le comte Robert dans son parti et lui fit prendre les armes contre les Anglais, qui répondirent à cette nouvelle trahison en fondant sur ses domaines de Meulan, qu'ils mirent à feu et à sang, et, en s'emparant et les déclarant confisqués, des biens que Robert possédait en Angleterre. Ces événements furent bientôt suivis d'une réconciliation entre les rois de France et d'Angleterre.

L'archevêque de Tyr s'étant rendu à Gisors, où se trouvaient les rois de France et d'Angleterre avec une grande quantité de seigneurs, parmi lesquels était Robert II de Beaumont, le prélat montra, dans un chaleureux discours, la triste situation des troupes chrétiennes en Palestine: Jérusalem venait d'être reprise par Saladin, et il ne restait aux croisés que les seules places de Tyr, d'Antioche et de Tripoli, qui bientôt allaient retomber au pouvoir des Turcs, si une nouvelle expédition n'était faite.

Les deux rois, Robert de Beaumont et beaucoup d'autres furent émus par les éloquentes paroles de l'archevêque ; ils jurèrent d'aller combattre les musulmans. Un impôt fut créé à cet effet ; il porte dans l'histoire le nom de « dime saladine ».

Le comte Robert établit une commune à Meulan en 1189, sur le modèle de celle que le roi de France venait de créer à Pontoise.

Henri II étant mort, Richard Coeur-de-Lion lui succéda comme roi d'Angleterre et duc de Normandie.

Un acte de l'an 1189 mentionne le nom d'Elbeuf. C'est le contrat de mariage de Galeran III de Meulan, fils du comte Robert, avec Marguerite de Fougères, fille de l'un des plus grands barons de Bretagne.

Par cet acte, passé à Mortagne, Robert de Meulan donne à son fils Galeran divers fiefs et 100 livres à prendre sur son domaine d'Elbeuf : ... et centum libras in Welleuboium, scilicct in terra et in hominibus.

L'Art de vérifier les Dates dit à ce sujet que l'acte de donation de Galeran est intéressant par les causes et stipulations qu'il contient en cas de voyage, de mort, de naissance d'enfants, etc. Le comte Robert y fait la donation complète de tous ses biens en faveur de Galeran. «Mais par un autre acte du même jour, et souscrit des mêmes parents, le père se réserve la faculté de doter ses autres enfants et ses filles, et de leur donner même des biens fonds, de l'avis et conseil de ses barons, lesquels biens fonds néanmoins ne pourraient être pris dans l'étendue des domaines du comte de Meulan, ni de la châtellenie de Beaumont-le-Roger, attendu que ces domaines patrimoniaux et principaux devaient passer en entier au fils aîné et principal héritier ». Parmi les témoins qui assistèrent au mariage de Galeran, se trouvait Jean de Bosc-Bénard, propriétaire d'un fief sis aux environs de Bourgtheroulde.

Au mois de juin de l'année suivante, Galeran partit pour la Terre-Sainte avec Philippe, roi de France. Les chroniqueurs du temps disent que c'était l'un des plus braves, des plus sages et des plus courtois des chevaliers français ; qu'il avait de nombreux talents et jouissait d'une grande estime.

L'Art de vérifier les Dates assure qu'il donna une preuve de sa bravoure en Palestine, en se battant corps à corps avec un général turc : «Il porta un coup si furieux à son ennemi, que la lance traversa l'écu, et que le Turc, sans son haubert qui le garantit, serait demeuré infailliblement sur la place. L'impatience que le jeune comte avait d'en venir aux mains l'emporta tellement, qu'il avait eu l'imprudence d'oublier, entre autres armes, son heaume. Le Turc s'en aperçut, et, après avoir paré le coup que Galeran lui avait porté, il le prit au défaut de l'oreille et le tua sur le champ... »

Plusieurs historiens assurent que Galeran III mourut ainsi en 1190 ; c'est une erreur, car il est mentionné dans divers actes du siècle suivant, et il vivait encore en 1223.

La misère était alors grande en Normandie ; la disette désolait les campagnes ; la guerre contre la France avait anéanti de grandes ressources et absorbé l'argent, arraché au peuple pour la croisade.

C'est dans les premiers mois de 1190, avant de partir pour l'Orient, que Richard Coeur-de-Lion fonda l'abbaye de Bonport, dont les ruines si intéressantes sont une des principales curiosités des environs de notre ville.

La légende rapporte que le duc-roi, se trouvant à la chasse, son cheval l'entraîna dans la Seine ; mais que, résistant au courant et plein de confiance dans la Vierge, il fit voeu d'élever un monastère en son honneur à l'endroit où il aborderait.

Ce lieu se nommait Maresdans. Tout près de là était l'île qui portait déjà le nom de Bonport, au bout de laquelle était le passage d'eau reliant les anciennes voies romaines existant sur les deux rives, en face de la paroisse de Criquebeuf. L'abbaye prit le nom de l'île.

 

 Le 22 juin de cette même année, Robert d'Harcourt, étant à Chinon, fut témoin de la deuxième charte, connue, donnée en faveur du nouveau monastère.

Peu après, Robert, comte de Meulan, donna aux religieux de Notre-Dame de Bonport, l'eau de la Seine, depuis Pont-de-l'Arche jusqu'à Martot. Il s'ensuivit, plus tard, des procès entre les moines de l'abbaye et les ducs d'Elbeuf, ceux-ci prétendant avoir conservé la possession de la rivière jusqu'à Pont-de-l'Arche.

Disons tout de suite, que pendant l'absence de Richard Coeur-de-Lion, le comte Robert de Meulan, soutenu par Philippe-Auguste, roi de France, ne cessa de provoquer des soulèvements dans notre province, afin d'enlever à Richard le duché de Normandie et de faire passer la couronne d'Angleterre à son frère, le comte Jean de Mortain, beaucoup plus connu sous le nom de Jean-sans-Terre, par lequel il est généralement désigné dans l'histoire.

En 1191, Robert de Meulan et de Beaumont accorda aux moines de l'abbaye de Bonport la franchise du passage sur ses terres et ses eaux. La charte est datée de Meulan.

L'année suivante, étant à Bonport, il donna à ce monastère quatre arpents de vigne sis entre Vaux et la Seine, avec usage de pressoir. Henri, son fils, seigneur de Sahuz, et Roger, son sénéchal, furent témoins de l'acte de cession.

Ces oeuvres pies ne détournèrent cependant pas le comte Robert de ses excitations à la révolte ; elles devinrent même telles, que Guillaume, évêque d'Ely, grand chancelier d'Angleterre, fut obligé de s'en plaindre au pape, et bientôt Robert de Meulan et tous les partisans de Jean de Mortain furent frappés d'excommunication.

L'industrie drapière, à laquelle nous apporterons une attention toute spéciale, car c'est à elle que notre ville doit la plus grande partie de ses richesses et de son activité, avait alors pénétré à Rouen, ainsi que le prouve le passage suivant d'une enquête faite en 1190 :

« Lorsque Robec rompt ses digues, tous les foulons et teinturiers qui habitent sur cette rivière, et qui y possèdent des cuves à fouler et des chaudières, doivent se rendre en personne ou envoyer un de leurs serviteurs sur le lieu du dégât pour aider les meuniers à le réparer. »

A cette époque donc, malgré que Rouen figurât parmi les villes où l'industrie du drap avait acquis le plus de développement et de perfection, le foulage se pratiquait encore dans des cuves, à la manière gallo-romaine.

Les fabricants rouennais tiraient leurs laines de l'Angleterre, et tout ce qui était nécessaire pour la teinturerie, de la Gascogne, de la Castille et de Gênes.

Jeanne de Meulan, fille du comte Robert et soeur de Galeran, avait été fiancée à Robert II d'Harcourt, en 1190 ; mais le mariage ne fut célébré qu'en 1191, à cause de la parenté des deux futurs, qui nécessita une dispense donnée par le pape.

 

Robert blasonnait : De gueules, à une fasce de deux pièces d'or.

Dans le contrat de 1189, en faveur de Galeran III, son père, Robert de Meulan, avait négligé de désigner les terres qu'il se proposait de donner en dot à sa fille, mais on sait que c'est par son mariage avec Jeanne de Meulan que Robert II d'Harcourt devint seigneur de la Saussaye, de Beaumesnil, de Saint-Celerin, de Pontigny et de Formeville. Il est même parfois qualifié de seigneur d'Elbeuf.

Au mois de juillet 1193, par un traité conclu, à Mantes, entre Philippe-Auguste et les représentants de Richard Coeur-de-Lion, il fut convenu que Robert de Meulan rentrerait en possession des biens que le roi Henri II lui avait confisqués en 1189.

 

Pour payer la rançon de Richard Coeur-de-Lion, alors prisonnier en Autriche, l'archevêque de Rouen et les autres justiciers du roi d'Angleterre levèrent sur chaque fief de haubert une somme de 20 sols, et sur tous les laïques le quart de leurs revenus.

On prit aussi les vases sacrés des églises et, l'argent, que possédaient les trésors des paroisses ; les évêques prélevèrent, en outre, le quart ou la dîme du clergé. Mais, par suite des dilapidations des agents du fisc et malgré les sommes énormes qui furent recueillies, on ne put acquitter entièrement la rançon du roi.

En juin, l'archevêque de Rouen, le sénéchal et le connétable d'Angleterre se rendirent aux environs de Pont-de-l'Arche pour conférer d'une trêve projetée avec les envoyés de Philippe-Auguste, qui ne se présentèrent point ; mais vers le 17 du même mois, les ambassadeurs des deux rois se réunirent près du Vaudreuil, dans le même but.

Le 24 juillet suivant, entre Verneuil et Tillières, une trêve fut signé pour un an, entre les rois de France et d'Angleterre.

Entre autres conditions, il fut stipulé que Philippe-Auguste tiendrait, comme par le passé, Léry, Le Vaudreuil, Louviers et Acquigny, et que Richard aurait tout le pays au-delà de la Haye-Malherbe et Pont-de-l'Arche. Elbeuf resta donc en possession du roi d'Angleterre. Un passage spécial de cette convention confirma à Robert de Meulan la possession de ses biens.

Il est probable que Philippe-Auguste était venu à Elbeuf, avant la signature du traité de Verneuil, dans les excursions qu'il avait faites jusque près de Rouen, après la prise des places d'Ivry, de Pacy, du Neubourg et d'Evreux.

Nous avons parlé assez longuement dans notre notice sur Saint-Aubin-jouxte-Boulleng, des différends qui s'élevèrent à cette époque, entre les moines de Saint-Ouen de Rouen et le comte Robert de Meulan, au sujet de la foire Saint-Gilles, pour nous dispenser de revenir sur ce sujet.

Rappelons, cependant, que cette foire créée près du prieuré de Saint-Gilles, par le fondateur de cet établissement religieux, était principalement fréquentée par les habitants de la rive gauche de la Seine. La difficulté de la traversée du fleuve engagea les marchands à traiter leurs affaires du côté d'Elbeuf, et, au fur et à mesure que la foire de Saint-Aubin perdait de son importance, les transactions passées sur la rive opposée devenaient de plus en plus nombreuses.

Dom Pommeraye, historien de l'abbaye de Saint-Ouen, à laquelle appartenait le prieuré et les revenus de la foire Saint-Gilles, dit que les officiers du comte de Meulan commencèrent en 1294 (il faut lire 1194) à inquiéter les religieux et à vouloir les priver de la foire. L'affaire fut soumise au pape, qui députa des commissaires pour examiner le différend. On ne connaît point leur décision. Dom Pommerayae croit qu'elle fut favorable aux religieux ; cependant, il est certain que la foire disparut complètement de Saint-Aubin pour se tenir à Elbeuf.

La foire Saint-Gilles prospéra, car nous trouvons un acte mentionnant que Robert de Meulan donna à Jean de Préaux, en récompense de ses services militaires, une rente annuelle et perpétuelle de dix livres, à prendre le jour de la fête de saint Gilles, tant sur les revenus de cette foire que sur ceux de la prévôté d'Elbeuf-sur-Seine (Oelboto super Sequa-nam).

Vers ce temps Richard Coeur-de-Lion, roi d'Angleterre et duc Normandie, entreprit la construction d'un château-fort à Orival, sur la roche Fouet, en prévision d'une nouvelle lutte contre le roi de France.

Il fit également exécuter des travaux à la forteresse de Moulineaux. Ce prince passa souvent par Elbeuf, dans ses voyages d'Orival à l'abbaye de Bon-port, et de Rouen dans le pays d'Evreux.

Nous fixons à l'année 1194 la construction du château d'Orival parce que des dépenses qu'il occasionna figurent dans des comptes présentées à l'Echiquier de Normandie en 1195.

Richard Coeur-de-Lion, étant au Vaudreuil, le 15 janvier 1195 (1196 n. s.) confirma à l'abbaye de Saint-Taurin d'Evreux la possession des églises d'Elbeuf, de Caudebec, de Louviers et de Pinterville (ecclesias de Welle-bon et de Caldebec et de Loviers et de Pintar-villa), avec les dîmes qui en dépendaient, données à ce monastère par Richard Ier, duc de Normandie, vers l'an 997.

Le même jour, entre le Vaudreuil et Gaillon, il signa un nouveau traité de paix avec Philippe-Auguste.

Le 18 janvier, le roi Richard était à la Londe. Il y signa l'acte d'échange de Conteville contre Pont-de-l'Arche. Robert d'Harcourt fut l'un des témoins de cet acte.

Il existait en la paroisse de Fourmetot, au bailliage de Pont-Audemer, un fief nommé la Cour d'Elbeuf, que l'abbé Caresme suppose avoir été fondé par une très vieille famille d'Elbeuf, peut-être par Landri qui vivait au XIIe siècle.

Les sieurs d'Elbeuf, à Fourmetot, blasonnaient D'argent à la- fasce de gueules, accompagnée de six merlettes de sable, trois en chef, trois en pointe.

Aux XVIe et XVIIe siècles, cette seigneurie appartenait à des membres de la famille du Fay, et, au commencement du XVIIIe siècle, à Guillot de la Houssaye, maire de Rouen. Une branche de la famille du Fay posséda des biens à Elbeuf-sur-Seine jusqu'au XVIIIe siècle.

Landri d'Elbeuf (Wollebue) est de nouveau mentionné dans les Rôles de l'Echiquier de Normandie, en 1195. Il rendit compte de 20 marcs et demi pour piège de Ricard son fils ; il restait devoir 12 marcs et demi.

Robert de Beaumont, éprouva des embarras financiers non moins grands que ceux de sa politique, car, dit M. Le Prévost, tandis que son père donnait des sommes considérables à ses vassaux pour les engager à des donations en faveur du prieuré de Beaumont-le-Roger, Robert ne rougissait pas, lui, de recevoir des moines, conformément à un usage du XIe siècle tombé en désuétude, quelques marcs d'argent en retour des concessions qu'il leur faisait. L'une des pièces que notre estimable auteur produit à l'appui de cette opinion est signée de Landry d'Elbeuf (Landrico de Elle-boto) ; elle est de 1196 environ.

Farin dit qu'en 1197, « on vid le soleil environné de deux cercles semblables à l'arc-en-ciel, dont les astrologues prédirent une grande famine, ce qui arriva l'an suivant ».

Robert de Meulan, se trouvant à Martot, au mois d'août 1197, fit une nouvelle donation aux moines de Bonport, consistant en un hôte à Pont-Audemer, libre et franc de toutes coutumes. Parmi les témoins, se trouvaient l'évêque Hugon ; Guillaume, comte de l'Isle ; Radulfe de Saint-Amand ; Nicolas, chapelain du comte de Meulan, et Gillebert Sine-Mappa.

Le passage d'eau dit de Saint-Gilles, entre Elbeuf et Saint-Aubin, est mentionné dans un compte figurant dans les grands Rôles de l'Echiquier de Normandie, à la date de 1198. Il avait été payé vingt sols pour les gages de ceux qui gardaient les bacs d'Elbeuf et d'Oissel (In liberatione corum qui cu-stodierunt bacos de Welleboe et de Oissel).

Les Rôles normands, publiés par Stapleton, portent qu'en 1198 également, il fut rendu compte de 414 livres 9 sols 6 deniers provenant des terres du comte de Meulan à Beau-mont-le-Roger et à Elbeuf (Welleboe), pour prix des décimes pendant que la forêt de Beaumont était entre les mains du roi.

On y trouve aussi qu'Etienne d'Elbeuf (Welleboe) avait payé 20 sols pour survente de vin.

Richard Coeur-de-Lion. se trouvant, le 28 février 1198 (1199 n.s.), au Château-Gaillard, confirma la fondation de l'abbaye de Bonport et l'assura de ses privilèges, devant Guillaume, grand sénéchal de Normandie ; Robert d'Harcourt ; Mauger, archidiacre d'Evreux, et plusieurs autres.

Nous ne pouvons laisser passer sans le noter, un acte daté du 7 juillet 1201, dont l'original se trouve dans le fonds de l'archevêché, aux Archives du département, par lequel Etienne du Mesnil — du Mesnil-Jourdain, près Bouviers — vendit à Gautier, archevêque de Rouen, son moulin à foulon (molendinum meum foulerez) avec le terrain de son emplacement, près du moulin Jourdain, moyennant 30 livres de monnaie angevine et un palefroi.

Voilà donc bien une preuve de l'existence d'un moulin à foulon à Louviers dès cette époque.

D'après le Dictionnaire de Jean de Garlandes, qui vivait au XIIIe siècle, les foulons et les laineurs ne formaient de son temps qu'une seule corporation. Voici la traduction du passage qui les concernent :

« Les foulons nus et soufflant (comme des geindres) foulent les pièces d'étoffes laineuses et poilues dans un vase creux où il y a de l'argile et de l'eau chaude ; ensuite ils les effleurent avec un grand nombre de chardons hérissés de pointes, après les avoir fait sécher au plein air, au soleil ».

C'est dans cet auteur où nous trouvons la première mention du chardon dans son application à l'apprêt des draps.

Le Livre des Mestiers, d'Etienne Boilesve ou Boileau, prévôt des marchands de Paris au XIIIe siècle, mentionne que les tondeurs avaient leurs privilèges et leurs règlements particuliers et que les femmes étaient exclues du travail des draps : « Nul feme ne peut ne metre main à drap avant que li dras soit tonduz ».

Les draps n'étaient livrés au teinturier que « tondus partout ». C'est ce que stipulent les statuts donnés par les quatre prud'hommes commis à la garde de la draperie de Provins.

Le Livre de la taille de Paris mentionne « vingt tondeeurs et retondeeurs ». Ceux-ci, sans doute, donnaient la dernière coupe aux draps. De leurs mains, les pièces, convenablement « parées », passaient aux marchands qui, à en croire Jean de Garlandes, « fraudaient l'acheteur en aulnant mal, avec une aulne trop courte, ou en restreignant la mesure avec le pouce ».

Nous reparlerons plus tard de l'ouvrage d'Etienne Boileau ; constatons seulement que la draperie française, à la faveur des lettres patentes et de la protection que Philippe-Auguste lui avait accordées en 1188, jouissait alors d'une certaine prospérité et voyait continuellement le nombre de ses fabriques augmenter.

Les Rôles normands, pour l'année 1202, mentionnent à nouveau Landri d'Elbeuf (Landrico de Wellebo), comme devant deux marcs pour piège de Ricard Landri.

L'hiver de 1202 à 1203 fut extrêmement rigoureux ; les écrivains contemporains rapportent qu'un grand nombre de personnes moururent de froid.

Galeran, fils ainé du comte Robert de Meulan, époux de Marguerite de Fougères, donna vers cette époque, — la charte ne porte pas de date — aux moines de Bonport, 20 sols de rente annuelle à prendre sur les forfaitures d'Elbeuf, c'est-à-dire sur les délits que ses vassaux de notre localité commettraient par manquements aux devoirs qu'ils devaient à leur seigneur. Voici une traduction de l'acte de donation, extrait du Cartulaire de Bonport, conservé à la Bibliothèque nationale :

« Que tous présents et à venir sachent que moi Galeran fils de Robert, comte de Meulan, donne et concède, pour le salut de mon âme et celle de mes ancêtres, à l'abbé et aux moines de Sainte-Marie de Bonport, qui habitent en la forêt de Bord, vingt sols Angevins, apud Oillebou... — Les témoins de cette donation furent Raimond de Grandmont, Guillaume de  Herumo », le clerc Robert, Barthelemy Bataille, Richard Goceaume  cuisinier (coco), et plusieurs autres.

 

Cette charte nous laisse supposer qu'au moment où elle fut écrite Robert de Meulan avait donné la seigneurie d'Elbeuf à son fils Galeran ; ce que justifierait ce passage de l'Histoire de la maison d'Harcourt :

« Valeran, comte de Meulant, en exécution de la volonté du comte Robert de Meullent, son père, consentit que Jeanne de Meullent, sa soeur, eust les seigneuries cv-dessus — Reaumesmil, Saint-Celerin, etc. — et donna de son chef à Richard de Harcourt, son neveu, fils aisné de Jeanne de Meullent, la seigneurie d'Elbeuf, en reconnaissant toujours qu'ils étoient de mesme race et de même sang».

Cependant, dans ce même ouvrage, La Roque dit, en parlant de Richard d'Harcourt : « Robert de Meullant, son cousin et ayeul maternel, considérant ce rejeton de son sang comme une personne très-illustre, outre la légitime de Jeanne de Meullent sa fille, dame de Beaumesmil, luy laissa par augmentation la seigneurie d'Elbeuf, suivant deux titres des années 1202 et 1207, afin d'adjouster à ses biens de nature ceux de la fortune, dont il estoit néanmoins desjà pourveu par l'hérédité de ses pères et de ses prédécesseurs. Aussi il y a un titre de l'an 1229 qui assure que la terre d'Elbeuf estoit venue au sire de Harcourt par donation du comte de Meullent. »

Le comte Robert de Meulan avait, il est vrai, donné ses biens à son fils Galeran afin de les mettre à l'abri des confiscations, tant du roi de France que de celui d'Angleterre, qu'il servait et trahissait à tour de rôle; mais il est certain que Robert n'avait pas abandonné tous ses droits sur les domaines d'Elbeuf et de la Saussaye.

En effet, un acte figurant sur le grand Cartulaire de Saint-Taurin, daté du 13 avril 1203, concerne la donation faite aux religieux de ce monastère, par le comte Robert de Meulan, des renies en argent et en poissons qu'il possédait sur les pêcheries d'Elbeuf, et l'abandon des droits qu'il avait sur les habitants de Caudebec dépendant de l'abbaye. Il leur fit encore d'autres donations, parmi lesquelles nous citerons, dans la forêt de Brotonne, une carruée ou soixante acres de terre.

On a discuté sur la valeur de la carruée, c'est-à-dire sur l'étendue de terre que l'on pouvait labourer avec une seule charrue : la charte que nous venons de citer précise ce que valait cette mesure au commencement du XIIIe siècle.

Le 3 juin de la cinquième année de son règne, c'est-à-dire en cette même année 1203, Jean-sans-Terre confirma à Richard d'Harcourt la donation qui lui avait été faite d'Elbeuf ( Welleboe), par Robert, comte de Meulan.

Cette charte de confirmation a été publiée par Duffus-Hardy. A cette époque donc, le domaine d'Elbeuf était entré définitivement dans la maison d'Harcourt.

 

 

==> Généalogie des maisons de Meulan et d’Harcourt, seigneur de d’Elbeuf (Suite)