PHystorique- Les Portes du Temps

06 juillet 2020

Chronique de Maillezais – la translation des reliques de saint Rigomer demandées à Hugues, comte du Maine par l'abbé Théodelin.

Chronique de Maillezais – la translation des reliques de saint Rigomer demandées à Hugues, comte du Maine par l'abbé Théodelin

Maillezais est aujourd'hui une petite ville, située dans une presqu'île marécageuse et malsaine, au confluent de la Sèvre et de l'Autize, elle semble n'avoir jamais été fort importante par sa population, mais elle fut très célèbre au moyen âge par l'abbaye de Saint-Pierre qu'y fonda, en 990, Guillaume Fier-à-Bras, duc d'Aquitaine.

 Ce monastère, qui appartenait à l'Ordre de Saint-Benoît, fut d'abord construit dans une forêt dont il reste encore quelques parties, au lieu même où l'on voit aujourd'hui une église paroissiale appelée Saint-Pierre-le-Vieux. Vingt- ans plus tard, les religieux se retirèrent à 1.500 mètres plus loin et y bâtirent le nouveau ou vrai monastère de Saint-Pierre.

L'église de cette abbaye était d'abord une collégiale dépendant de l'évêché de Poitiers. Elle fut en 1317 érigée en cathédrale par le pape Jean XXII; mais cet évêché fut supprimé en 1649 et annexé au diocèse de la Rochelle qui venait d'être fondé.

Depuis le Concordat, Maillezais appartient au diocèse de Luçon.

 

Au moment de sa fondation, le nouveau monastère de Saint-Pierre avait à sa tête l'abbé Théodelin. Ce religieux, issu d'une famille juive, apparaît dans l'histoire comme un personnage très vénérable par son zèle et sa piété aussi bien que par la grande autorité que sa haute sagesse lui avait acquise.

Grâce à son intelligente activité, les nouvelles constructions de l'abbaye étaient près d'arriver à bonne fin. Mais ce n'était point assez pour le pieux abbé d'avoir élevé un des plus magnifiques monuments de la province; il eût désiré avant tout enrichir sa maison des reliques de quelque saint, car c'était, à son avis, le plus riche trésor qu'on pût ambitionner.

Le moine Pierre de Maillezais, historien de l'abbaye, nous apprend comment la translation de saint Rigomer réalisa le pieux désir de Théodelin. Nous reproduirons presque en entier son intéressant récit (1).

 

Hugues, comte du Maine, était lié d'une étroite amitié avec l'abbé de Maillezais, et dans les nombreuses difficultés qu'il avait à démêler, il n'eut rien voulu entreprendre sans consulter son ami.

 D'un autre côté, Théodelin était tout-puissant sur l'esprit de Guillaume duc d'Aquitaine. Le comte du Maine ayant eu besoin du crédit de l'abbé pour traiter avec Guillaume Fier-à-Bras une affaire importante, vint dans ce but à Maillezais, et par l'entremise de son ami, obtint tout ce qu'il désirait.

Cependant, entre divers propos familiers qui suivirent cette heureuse solution, le comte, comme par une inspiration divine, demanda à l'abbé Théodelin si pour achever les constructions de son monastère il ne manquait pas de ressources.

« Si vous parlez de biens temporels, répondit l'abbé, j'en suis abondamment pourvu, grâce à Dieu ; mais pourrai-je m'estimer riche, tant que je serai dépourvu de reliques sacrées qui m'assurent la protection des saints ?. » Puis il ajouta : « Et puisque nous en sommes venus à ce sujet de conversation, je vous en supplie, voyez si vous ne pourriez satisfaire la soif ardente que j'ai de ces richesses. »

Le comte embarrassé resta d'abord quelque temps silencieux.

« Je vois bien, dit-il enfin, que votre demande est inspirée par le désir de procurer le bien général et non de satisfaire une utilité personnelle. D'un autre côté, j'ai pour principe de sacrifier parfois mes intérêts pour l'avantage d'autrui.

Eh bien, dans une église qui m'est soumise, mes ancêtres m'ont gardé précieusement un trésor que mon affection pour vous peut seule m'engager à vous abandonner. — Autrefois vécut un grand serviteur de Jésus-Christ nommé Rigomer.

Peut-être jusqu'à présent n'avez-vous pas même entendu prononcer son nom ?.

Mais l'histoire de ses vertus a été chez nous conservée avec soin, et il est fort célèbre dans toute notre province par les nombreux miracles qui s'accomplissent à son tombeau.

 — Laissez donc partir avec moi un homme d'une prudence bien éprouvée. Je m'engage à protéger dans sa route et à seconder de tout mon pouvoir celui que vous jugerez digne de cette mission. »

Aucune expression ne saurait rendre toute l'allégresse avec laquelle fut accueillie la proposition du comte, ni quelles actions de grâces le vénérable abbé sut trouver pour témoigner ses sentiments de reconnaissance envers Dieu et envers son bienfaiteur.

Cependant on choisit un Frère d'une vertu bien connue et réputé comme très propre à conduire une entreprise difficile.

Un compagnon lui est adjoint sous un autre prétexte, et tous deux se mettent en route avec le comte.

Dès que les voyageurs furent entrés au Mans, le comte dit au moine qu'il devait se séparer de lui et chercher un asile comme s'ils n'avaient eu ensemble aucun rapport, lui recommandant toutefois de revenir le trouver à la tombée de la nuit. Tel était en effet rattachement de la population pour les restes de saint Rigomer, qu'un soulèvement eût été à craindre si l'on avait pu soupçonner la mission du religieux.

Le moine exécuta ponctuellement les instructions qu'il avait reçues. Il donna ordre de lui préparer pour la nuit ses chevaux et tout ce qui est nécessaire pour un long voyage, et, vers le soir, il se présentait au palais. A un signal convenu d'avance, le comte et le religieux se retrouvèrent et pénétrèrent ensemble dans l'église de Saint-Rigomer, sous le prétexte d'aller vénérer les reliques du Bienheureux.

Il faut remarquer qu'à cette époque, c'était l'usage de passer la nuit dans les églises près des reliquaires des saints. La conduite de nos pèlerins ne pouvait donc éveiller aucun soupçon.

D'un autre côté, le comte usa de son autorité pour obliger par serment les gardiens à observer un silence absolu sur ce qui allait se passer.

Après s'être pieusement agenouillés devant les saintes reliques, les pèlerins ouvrirent la châsse qui les contenait; puis, retirant avec le plus grand respect chacun des ossements sacrés, ils les renfermèrent en des sacs ou étuis, préparés pour la circonstance et qui furent ensuite scellés avec soin.

Or, tandis que toutes ces choses se passaient, un bruit effroyable de tonnerre se fit entendre, bien que le ciel fût auparavant d'une sérénité parfaite. Les gens que le moine et le comte s'étaient adjoints voulaient s'enfuir, tant ils étaient saisis de terreur; ils criaient qu'il fallait remettre à sa place le dépôt sacré, si l'on voulait éviter de lamentables calamités.

Tout cela, dit l'historien que nous suivons toujours, arriva sans doute par un effet de la puissance divine, afin que celui dont on transférait les maintes reliques, devînt l'objet d'une plus grande vénération.

Quelques instants après, le ciel reprit en effet sa première sérénité, et tout ayant été disposé avec les précautions qu'exigeaient les circonstances, les pèlerins sortirent de l'église, puis aussitôt se mirent en route. Ils firent une telle diligence que le jour même ils arrivaient à Angers.

Comme on y célébrait la fête de saint Aubin, ils voulurent entendre la messe et déposèrent leur précieux fardeau en entrant dans la basilique du saint évêque. Pendant qu'ils assistaient aux saints mystères, il arriva qu'un paralytique, perclus de presque tous ses membres, fut apporté à l'église. Le malade s'étant appuyé sur les sacs pour prier, sans savoir ce qu'ils contenaient, se trouva tout à coup plus impotent que de coutume, puis sentit courir dans tous ses membres des douleurs si aiguës qu'il se crut près d'expirer.

Mais, ô merveille! au grand étonnement de toute l'assistance une guérison complète succède aussitôt à de si horribles souffrances, et par des ossements inertes la vigueur est rendue à des membres vivants.

Pendant que la foule assemblée pour la solennité partageait l'allégresse du miraculé et rendait grâce à Dieu d'une si admirable faveur, les voyageurs qui seuls connaissaient la vérité, craignant que Foulques d'Anjou, suzerain du Maine, ne s'opposât à la translation du saint manceau, laissèrent prudemment attribuer la gloire du prodige à l'intercession de saint Aubin ; et, sans tarder plus longtemps, ils se hâtèrent de reprendre leur route.

L'abbé Théodelin avait promis de venir à leur rencontre et il les attendait en effet avec grande impatience au monastère de Bourgueil. Afin que le vénéré père, suivant qu'il en avait exprimé l'intention, pût se préparer à recevoir le trésor si désiré, un des pèlerins prit le devant et alla annoncer la prochaine arrivée des autres.

On ne saurait dire quelle fut-la joie de l'homme de Dieu, lorsque l'heureux messager lui raconta comment, par la protection divine, tout avait réussi au- delà de ce qu'on pouvait espérer. Ayant réuni les religieux du monastère, le pieux abbé leur fit part de son bonheur, et les pria de préparer une digne ovation à ce présent du ciel.

 

Chronique de Maillezais – translation des reliques de saint Rigomer (2)

La réception de saint Rigomer à Bourgueil fut en effet très solennelle.

Les religieux exposèrent les saintes reliques dans leur église et félicitèrent ceux de leurs frères auxquels Dieu destinait un gage si précieux de sa protection.

Le P. Théodelin, sans perdre un instant, dépêche une estafette qu'il charge de raconter à Maillezais tons les détails de l'affaire. Le même messager était porteur d'une lettre dans laquelle l'abbé traçait lui-même le cérémonial de la solennité prochaine.

Les moines de Maillezais se conformant aux instructions de leur Père, font annoncer la fête- de tous côtés, et bientôt une immense multitude de clercs, de religieux et de fidèles te trouvent réunis dans la ville.

Cependant, la nuit qui précéda la réception des reliques de saint Rigomer à Maillezais, il arriva qu'un frère du monastère, appelé Tezo, vit pendant son sommeil une vive clarté «élever à l'Orient et remplir peu à peu toute l'étendue de l'abbaye ; il aperçut ensuite une foule innombrable de fidèles accourir de toute part et attendre je ne sais quoi de merveilleux qui était au milieu de la clarté et qui semblait lui être destiné. Or, ce religieux ignorait alors l'arrivée du bienheureux Rigomer.

S'il est permis de tirer augure de ce qui se passe pendant le sommeil des hommes, je suis porté à croire, dit toujours notre historien, que ce fait n'était pas seulement un heureux préambule de la joyeuse aurore qui allait luire, mais présageait surtout l'abondance des bienfaits que le Seigneur se plaît à répandre depuis lors sur tous ceux qui recourent à l'intercession du bienheureux Rigomer, et la joie qu'il leur apporte par la guérison de leurs maux tant spirituels que corporels.

 

(Maillezais Port des Halles)

Dès que les porteurs du trésor sacré furent aperçus de Maillezais, une immense acclamation se fit entendre. Aussitôt le cortège des religieux s'organise. La foule rangée sur les côtés des rues, chante les louanges du Seigneur.

Les plus dignes d'entre les ministres sacrés prennent les saintes reliques sur leurs épaules, tandis que les autres clercs les suivent sur deux longues files tenant des flambeaux à la main. Tous les fidèles se prosternent sur le passage et demandent avec larmes la protection du bienheureux Rigomer.

Chronique de Maillezais – translation des reliques de saint Rigomer (3)

Bientôt le cortège triomphal est près du monastère, et au milieu des transports d'allégresse qui éclatent de toute part, l'église de Maillezais, reçoit les ineffables présents que le ciel lui a si merveilleusement destinés.

Ainsi s'accomplit la translation des reliques de saint Rigomer.

Le religieux à qui nous devons cette narration n'indique aucune date précise, mais nous savons par ailleurs (2) que le fait arriva l'an 1014, et la circonstance de la fête de saint Aubin, relatée ci-dessus, fait supposer que les envoyés de Théodelin quittèrent le Mans le 28 février et arrivèrent à Maillezais le 4 ou le 5 mars.

Comme la nef principale n'était pas encore entièrement terminée, les reliques furent déposées provisoirement dans la chapelle de la sainte Vierge.

« Nous ne parlerons point, ajoute l'historien, des miracles qu'il a plu au Tout Puissant d'accomplir depuis lors en ce lieu. Ils sont si nombreux et si éclatants que nul ne saurait en faire un digne récit. Cependant, plus tard, si Dieu nous prête vie, nous essayerons d'en faire connaître quelques-uns. »

Plût à Dieu que cet auteur eut trouvé le temps de nous transmettre ces prodiges, ou que son ouvrage, s'il a pu le composer, ne fût pas resté quelque part ignoré !

Quoi qu'il en soit, nous savons que les reliques de saint Rigomer et les miracles dont elles furent l'occasion contribuèrent puissamment à réveiller la foi dans le Poitou et assurèrent à notre thaumaturge les hommages des populations (3).

L'abbaye de Maillezais qui était, avons-nous dit, dédiée à Saint-Pierre, adopta désormais le patronage de Saint-Rigomer.

Notre saint fut aussi le patron de la cathédrale, lorsque le monastère devint le siège d'un évêché, et chaque année sa fête y était célébrée avec la plus grande solennité.

Chronique de Maillezais – translation des reliques de saint Rigomer (1)

 Aujourd'hui encore, il est honoré dans l'église paroissiale de Maillezais; et, il est à remarquer que cette église, qui date du XIe siècle, comme l'ancienne cathédrale, ayant toujours été en dehors du monastère, saint Rigomer dut pendant longtemps être honoré simultanément en deux sanctuaires de cette ville.

Maillezais ne conserva pas aussi longtemps son trésor que sa dévotion envers le saint prêtre manceau.

Une première fois la châsse fut sauvée de la ruine que les Anglo-Normands firent subir au monastère en 1225.

 A l'époque des guerres de religion, les Huguenots dévastèrent de nouveau et brûlèrent la magnifique cathédrale romane, dont les ruines, encore assez importantes, en 89, pour attester son antique splendeur, n'ont pas entièrement succombé, même aujourd'hui, au vandalisme des révolutionnaires qui les ont acquises pour en vendre les pierres.

Les religieux, chassés de l'abbaye et dispersés par les hérétiques, ne purent soustraire les saintes reliques à la profanation. Néanmoins, une petite partie échappa une fois de plus à la destruction, et Maillezais vénérait encore quelques ossements de son patron à l'époque de la Révolution.

Depuis ce temps on ne connaît plus aucun reste du corps de saint Rigomer.

 

Nous ne saurions préciser en quelle année ni dans quelles circonstances l'abbaye de Ferrières (diocèse de Sens) obtint une relique de notre Saint.

Un auteur (4) écrivait au commencement du XVIIIe siècle, que sa fête se célébrait en ce lieu le 25 août depuis plus de 200 ans. Quant à Palaiseau, l'histoire ne dit point combien de siècles se maintint le pèlerinage-qui s'y était établi, ni à quelle époque fut détruite la basilique édifiée par Childebert.

Saint Rigomer fut aussi pendant longtemps honoré d'un culte particulier au monastère de Saint-Laumer. près de Blois. On ne sait combien de sanctuaires lui furent dédiés en notre diocèse. Outre l'église qui fut élevée au Mans spécialement pour recevoir son corps, et qui paraît n'avoir pas subsisté longtemps après qu'elle fut privée de son dépôt sacré, un autel lui fut aussi dédié par saint Aldric dans le pourtour du chœur de la Cathédrale.

Nous avons suffisamment indiqué l'origine du culte rendu à saint Rigomer dans les paroisses qui sont actuellement sous son patronage (5). Ces lieux ayant été les théâtres de son zèle, il est probable que les oratoires élevés par ses soins furent bientôt placés sous son invocation. Le pays de Saosnois, après le départ de son apôtre, avait conservé pour lui une telle vénération, qu'il continua d'appeler de son nom le lieu où il s'était habitué à aller chercher ses leçons et ses prières. On ne voit en effet nulle part que le village de Saint-Rigomer ait jamais été depuis ce temps désigné sous un autre nom .

Cette bourgade elle-même qui avait calomnié son bienfaiteur ne tarda pas sans doute à réparer son ingratitude lorsqu'elle apprit sa glorieuse justification et les témoignages de respect dont il était ailleurs entouré. Si la pauvreté des habitants ne leur a jamais permis de consacrer à leur saint compatriote une église digne de ses bienfaits, on voit par les anciens actes de baptême conservés dans la paroisse depuis 1570, qu'il fut un temps où ils avaient souvent l'heureuse pensée de mettre leurs enfants sous son patronage.

 

 

saint Goderan. (A la recherche des reliques de St Rigomer.)

Goderan, évêque de Saintes, était, au XIe siècle, abbé de Maillerais, et y avait laissé une grande réputation de sainteté ; pourtant il n'était pas resté dans les souvenirs du peuple.

La canonisation populaire avait été, au contraire, grâce à on ne sait quelle circonstance, donnée à Guillaume-tête-d'Etoupes, qui a été enterré à Maillezais, et dont la pierre tumulaire a gardé jusqu'à nos jours le nom de saint Etoupe.

 Goderan était resté presque inconnu, lorsqu'en 1833 son tombeau a été découvert dans les ruines de l'abbaye.

Ce tombeau contenait de très petits fragments d'ossements, les débris de la crosse abbatiale et l'anneau pastoral en or, orné d'un saphir. Ces restes étaient accompagnés d'une plaque en plomb indiquant que l'évêque et abbé avait été inhumé le 8 des ides d'août (1073).

On vient de mentionner le nom de Goderan sur le nouveau Rituel du diocèse de Luçon, non à titre de saint, puisqu'il paraît qu'il n'a obtenu que la béatification, mais comme compagnon de saint Hugues, abbé de Cluny, qui fut son protecteur et son ami.

 

L'édition Variorum cite deux saints du nom de Goderan.

 Ce n'est ni l'un ni l'autre que Rabelais a voulu rappeler ; pour lui c'est un souvenir de Maillezais. On sait qu'il demeura quelque temps dans cette abbaye à titre de chanoine régulier, et la tradition rapporte que peu satisfait du régime que l'on y suivait, il s'en échappa nuitamment en escaladant les murailles.

Encore un souvenir de Maillezais, saint Rigomer y est particulièrement vénéré, on l'invoque pour les maux d'oreille.

 

 

 

Transfert des reliques de Saint Rigomer et Sainte Ténestine à la Rochelle

 

 On croit dans le Maine que le corps de S. Rigomer fut transféré à Maillezais avec celui de Sainte Ténestine, qui dans le sixième siècle fonda un monastère au Mans, sous le titre de Sainte Marie, sur les bords de la rivière de Sarthe, monastère qui dans la suite fut ruiné par les Normands.

Dans le bréviaire du Mans, imprimé en 1748, on place la fête de Saint Rigomer au 15 d'Avril, et dans la légende ce Saint, il est fait mention de la translation de ses reliques et de celles de Sainte Ténestine à Maillezais, et dans la suite à la Rochelle.

 

Dans quelle source a-t-on puisé ces faits-là ?

 Pierre de Maillezais, et l'anonyme de la chronique du nom ne parlent en aucune façon de la translation des reliques de Sainte Ténestine. Le premier, surtout, qui donne un grand détail de la translation du corps de Saint Rigomer, aurait-il pu oublier les reliques de Sainte Tenestine, si ce dépôt précieux eût été conservé dans l’église de Maillezais ?

D’ailleurs la tradition du pays n’en a conservé aucune trace.

Suivant un ancien calendrier, la fête de Saint Rigomer tombe le 24 aout et non le 15 avril.

Ejus memoria habetur in hagiologis mf. Casalis benedicti, in biturigibus, none kal. Septembris, his verbis, cenomannis civitate S. Rigomeri presbiteri et consessoris…. Antiquit. De Dom Etiennot

 

M. Chatellain observe dans son martyrologe romain que ce Saint est nommé Richmirus dans tous les manuscrits qu’on a trouvés de sa vie jusqu’à présent, et que dans un manuscrit d’une église de Normandie, il est dit qu’il mourut le 16 des calendes de Février (17 janvier) et que le 14 aout est le jour de sa translation.

Le savant abbé le Beouf, dans ses dissertations sur l’histoire ecclésiastique et civile de Paris, imprimées en 1739, t.I, p.193, relève doctement les erreurs de cet agiologiste, qui fait de Saint Rigomer et de Saint Richmir un seul et même personnage.

Richmirus vint en Touraine, se retirer dans le pays du Maine. Il bâtit un monastère sur un petit ruisseau nommé Gundridus, et mourut le 17 janvier, au commencement du huitième siècle. Rigomer n’était pas étranger par rapport au pays du Maine. Il était né dans le canton qu’on appelle le Sonnois. Il fut revêtu du Sacerdoce et s’appliqua à détruire dans son pays des restes d’idolâtrie  il convertit Ténestine, fille d’une dame de qualité, nommée Truda ou Trudana.

 

Tenestine bâtit un monastère, et reçut le voile des mains d’Innocent évêque du Mans. Rigomer vivait au sixième siècle du temps de Childebert I. mort en 558 ; ce qui établit une différence totale entre Rigomer et Richmir, qui mourut au huitième siècle.

L’auteur de la vie de Saint Rigomer marque expressément que la mort de ce saint arriva le 14 aout.

Tous les exemplaires du martyrologe d’Ufuard le qualifient de prêtre et non d’abbé. La vie de saint Rigomer ci-dessus mentionnée se trouve parmi les manuscrits de l’abbaye de Saint Germains des Prez n°499.

M le Boeuf remarque encore que l’on conserve le corps de saint Rigomer dans la paroisse de Saint Nicolas de Maillezais, M. Belle-Fontaine de cette paroisse nous apprends qu’il n’y a que quelques ossements, le reste ayant été brulé ou dispersé durant les guerres du seizième siècle.

 

L’ancien bréviaire de Maillezais (chronique), place au mois de Mars la translation de Saint Rigomer.

Par rapport à la translation des reliques de S. Rigomer et de Sainte Tenestine, de Maillezais à la Rochelle, on peut assurer qu’elle est imaginaire. Il est si notoire qu’il n’y a pas dans l’église de la Rochelle des reliques de ces Saints, qu’il serait inutile d’en parler plus long.

 

 

 

 

 

 

 

 

Bulletin du bibliophile / publiée par Techener

Vies de saint Rigomer, prêtre et de sainte Cénestine, vierge

 

 

 

 

 

La légende de Saint Rigomer et de Sainte Ténestine <==.... ....==> La chronique de Maillezais du MONASTERE DE ST-MAIXENT, EN POITOU.

 

 


 

Maillezais - Guillaume III Tête d'Etoupe, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers
Guillaume III de Poitiers, dit Guillaume Tête d'Étoupe, (né en 910 - mort le 3 avril 963 à Saint-Maixent, Deux-Sèvres), comte de Poitiers sous le nom de Guillaume Ier à partir de 934, et duc d'Aquitaine sous celui de Guillaume III. Il succède à son père Ebles Manzer.

 

LA NAISSANCE DE BOURGUEIL ET DE MAILLEZAIS (987-990). Abbayes de l'abbé Gausbert

Dès avant sa promotion à la dignité abbatiale, Gauzbert fut appelé à coopérer à la naissance de deux grands monastères : Maillezais (43) et Bourgueil (44) ; ce fut vers les années 987-989 ainsi que nous tenterons de l'établir dans quelques instants.

 

Liste des Abbés de l'abbaye de Maillezais
990- 1000 GAUSBERT Parent de la Comtesse Emme, fut d'abord F Abbé de Saint-Julien de Tours. Il amena treize de ses Religieux dans ce nouveau monastère, à la demande de la Fondatrice qui le chargea aussi du gouvernement de celui de Bourgueil. 1000-1045 THEODELIN Prieur du temps de Gausbert, était Juif d'origine.

 

Gisants des ducs d'Aquitaine inhumés à l'abbaye de Maillezais, Guillaume VI - Eudes - Guillaume le Grand -

Pierre tombale découverte au cours des fouilles archéologiques exécutées sous la direction d'Apollon Briquet, en 1834, sur le site de l'abbaye de Maillezais, cette pierre tombale intègre les collections de la Société de statistique, sciences, lettres et arts du département des Deux-Sèvres avant 1865. Il s'agit du monument funéraire d'un seigneur.

 

Réforme pontificale : le démembrement du diocèse de Poitiers par bulles du pape Jean XXII du 13 août 1317

L'Abbaye Saint-Pierre de Maillezais (Malleacum) fut fondé vers 990, par Guillaume IV Fier-à-Bras, duc d'Aquitaine, et par Emma, son épouse, qui appelèrent, pour l'habiter, des moines de l'abbaye de Saint-Julien de Tours. Elle fut érigée en évêché par une bulle du pape Jean XXII, datée du 13 aout 1317, et son diocèse fut formé au moyen d'un démembrement de celui de Poitiers.

 



(1) Petrus Malleacencis monachus, de Cœnobio Malleacensi apud Labbe Bibliotheca mss., t. 2, p. 234 et seq.

(2) Chronic. Malleac. apud Labbe, t. II, biblioth.

(3) V. D. Piolin, Rist. de l'Église du Mans, t. III, p. 82.

(4) Lebeuf, Dissert. sur l’hist. de- Paris. 1739.

(5) Saint-Rigomer-des-Bois, Saint-Remi ou Rigomer-du-Plain, Souligné-sousVallon et Colombiers (diocèse de Séez).


La légende de Saint Rigomer et de Sainte Ténestine

La légende de Saint Rigomer et de Sainte Ténestine

Le Seigneur, Dieu du ciel nous en accordant la force et le loisir, nous allons faire un récit qui pourra servir à sa gloire et à l'édification des chrétiens fidèles, car les exemples des saints nous excitent puissamment à marcher sur leurs traces.

Or, ce que nous allons raconter arriva au temps que le seigneur Childebert et la reine Ultrogothe étaient régnants dans la crainte de Dieu et dans la fidélité à son service. Alors Childebert et son frère Clotaire s'étaient partagé la Neustrie et la France; tous deux avaient des épouses chrétiennes;

Radegonde, la femme de Clotaire était douée de toutes les vertus et d'une grande piété: A cette époque beaucoup de monastères s'élevèrent, à l'instigation de ces bons princes, et il ne serait pas sans intérêt pour la religion d'en faire l'histoire, surtout d'en raconter les édifiantes origines.

C'est ainsi que près d'Orléans, sur les bords de la Loire, le pieux Maximin édifiait les fidèles par la bonne  odeur de sa sainteté. Deux de ces disciples, Avit el Karileff, s'unirent d'amitié, et, retirés dans deux  cellules différentes, ils y vécurent à l’exemple de leur maitre, en menant une vie pleine de bonnes et saintes œuvres. L’évêque du Mans Saint Innocent céda à Karileff un terrain dépendant de son siège, situé sur les bords de la petite rivière d’Anisole, ou celui-ci éleva un monastère. Le même évêque fut aussi d’un grand secours à Avit, et il lui céda également un lieu nommé Courbion, du nom même du ruisseau qui l’arrose, ou fut élevée encore par ses largesses un monastère à Launomer, homme d’une grande piété.

Vers ce temps, comme il semble bien prouvé par de nombreux témoignages d’hommes véridiques, naquit au pays du Sonnois, de parents riches, un grand serviteur de Dieu, nommé Rigomer.

Dès son enfance, il fut confié à un religieux prêtre du nom de Launille ou Launide, pour être instruit des belles-lettres : le précepteur fit faire de rapides progrès à son élève dans les vertus recommandées spécialement par le Sauveur, l’humilité et l’esprit de la sainte méditation ; il lui inspira également un grand amour pour la vertu des vierges, la céleste chasteté. Aussi la grâce du Seigneur ayant fécondé une terre si fertile déjà par elle-même et si prudemment cultivée, Rigomer avança rapidement dans les voies de la sanctification, ce qui lui permit, à son désir, d’être élevé au sublime sacerdoce. Il devint dans la suite, au témoignage du peuple fidèle, un prêtre véritable selon le cœur de Dieu.

Il se mit donc aussitôt à prêcher l’Evangile de Jésus Christ, d’abord à ses proches, puis il s’avança dans les pays voisins, portant partout de salutaires instructions et des conseils de perfection. Il exhortait les peuples à la pénitence, leur enseignait les règles de la justice, et leur apprenait à mériter les bienfaits de la miséricorde divine, en exerçant l’hospitalité, en faisant de nombreuses annonces aux misérables, et en priant avec ferveur et persévérance. Il s’appliquait surtout à les éloigner de rendre des hommages sacrilèges aux créatures, comme d’adorer des fontaines et des arbres, et il les conduisait à l’église et aux prêtres du Sauveur, pour s’y purifier de leurs fautes.

Lui-même il administrait la saint-onction aux malades qui demandaient son secours ; et lorsqu’à sa prière, un grand nombre avaient recouvré la santé, il les conjurait de ne pas s’en retourner avant d’avoir rendu à Dieu de légitimes actions de grâces pour tant de bienfaits.

Un jour, ayant appris que dans un lieu voisin, existait un ancien temple, appelé temple de Mars (Morifanum), ou le peuple se rendait en foule pour offrir à la divinité qu’on y vénérait de coupables offrandes, le pieux serviteur de Dieu ne put s’empêcher de gémir sur l’ignorance grossière de son divin maitre d’abondantes larmes. Poussé par son zèle ardent et sa charité sacerdotale, il se rend aussitôt, lui-même avec les chrétiens ses frères, dans ce lieu, il élève la voix au milieu de la multitude, il montre à découvert des ruses et les fraudes de l’esprit du mal, il prêche hautement et avec véhémence la parole de Dieu, il presse ses auditeurs d’abandonner le peuple qui sert de demeure au démon, et d’adresses plutôt leurs voeurs et leurs offrandes au souverain maitre et Seigneur de toutes choses, à Jésus-Christ, le Sauveur du monde, de qui seul ils peuvent attendre leur salut. Fidèles à la voix de l’apôtre, les habitants de la ville, s’empressent de se rendre à ses avis, ils renversent le temple, et, de leurs mains, ils élèvent en peu d’instants une magnifique basilique, ou jusqu’à présent ils n’ont cessé de venir offrir leurs prières et leurs  oblations au Dieu véritable qu’ils avaient méconnu (1).

Il arriva aussi dans ces jours, qu’une femme noble, d’une haute distinction, nommée Truda, fut prise d’une maladie forte grave. Elle fit prier l’homme de Dieu, dont la réputation était si grande, de la venir visiter et de la soulager par ses prières. Le saint prêtre se rendit avec charité à sa demande, puis l’ayant marquée du signe de la Rédemption, il la rendit à la santé par l’effusion de l’huile bénite (2). Or, il se trouvait auprès du lit de la malade, une jeune enfant qui était sa fille, et qu’on appelait Ténestine.

L’exhortation que Rigomer avait coutume de faire pour le salut de l’âme éveilla son attention, elle écouta ces dévotes paroles pour les graver dans son cœur : elle apprit ainsi comment nous devons faire pénitence afin d’effacer nos péchés et de gagner la vie éternelle. Cette doctrine lui plut tellement que, par une inspiration divine, elle s’attacha aux pas un ministre de l’évangile, pour profiter plus facilement de ses conseils et sa parole. Elle le suivit  donc, et lui voua depuis lors une profonde estime et une sainte affection.

Mais, l’ennemi de notre salut est toujours méchamment ingénieux dans ses inventions pour perdre ceux qui s’attachent à imiter Jésus-Christ. A l’exemple de Marie qui pleurait aux pieds du Seigneur, les lavait de ses larmes, les essuyait de ses cheveux, et les baisait amoureusement, Ténestine s’était attachée à la suite du prêtre : l’esprit de ténèbres souffla dans le cœur des méchants une pensée mauvaise ; ils résolurent de perdre d’un seul coup les serviteurs de Dieu, et il répandirent sûr leur comptes d’infâmes calomnies, disant que la jeune fille était poussée par une passion criminelle à agir ainsi, elle n’avait fait cette démarche que par la charité et le désir de sauver son âme. Forte de son innocence et confiante en la miséricorde divine, la vierge méprisant les calomnies de ses détracteurs, ne quitta point pour le zélé directeur qui l’éclairait dans les voies du salut.

Ténestine avait été promise en mariage à Sévère, jeune seigneur du pays ; ce fut auprès de lui surtout que les méchants essayèrent de perdre, « Votre fiancée, lui dirent-ils, a méprisé votre amour ; elle vous dédaigne, pour s’attacher à un certain clerc pour qui elle brûle d’une flamme criminelle.

Ce prêtre se disant homme de Dieu, l’a séduite et elle demeure avec lui. » A ces paroles, l’âme de Sévère fut saisie d’une subite indignation ; il ajouta foi à la calomnie, et sa colère fut si grande, qu’il adressa même ses plaintes au roi et aux anciens du gouvernement.

Peu de temps après, un envoyé du Palais s’en vint avec des gardes pour saisir Rigomer et Ténestine, et les conduire auprès de Childebert, afin qu’en sa présence et devant les anciens, ils donnassent raison de leur conduite. Les serviteurs de Dieu ne firent aucune opposition, ils se rendirent même avec empressement aux désirs du souverain. L’innocence et la sainteté de leur cause fortifièrent en eux la confiance en Seigneur, et tous les deux parurent aux yeux de leurs pleins d’une généreuse intrépidité et tout prêt à confesser la foi dont ils pratiquaient les œuvres. La cour se tenait alors à Palaiseau (3) : Les accusés apportèrent en hommage au roi plusieurs présents. Des objets de dévotion et en particulier des chandelles ou bougies bénites.

Un des anciens élevant la voix, « Prince juste, dit-il, comment souffrez-vous vivre dans vos états de tels prêtres qui s’séduisent les femmes des autres ? » - «  S’il est vrai, comme vous dites, que vous êtes innocents, repris le roi en s’adressant aux accusés, et que vous n’ayez agi par mal ni par passion, donnez-en ici la preuve en allumant sans feu et par vos seules prières, ces chandelles que vous m’offrez ; par là il sera évident pour tous que votre dévotion est pure et véritable. »

Alors les deux saints personnages, sans perdre confiance, et animés d’un zèle plus ardent encore pour procurer la gloire de Dieu, se jettent à genoux, ils prient, ils supplient par leurs ferventes invocations la bonté divine de leur venir en aide, et, pendant qu’ils sont encore prosternés, la mèche des bougies commence à fumer. Rigomer se levant ensuite, étend la mais vers les flambeaux et faisant sur eux le signe de la croix, après avoir invoqué le nom de Jésus-Christ, tous s’allumèrent incontinent

Par la vertu d’en haut, et jetèrent une lumière éclatante au milieu de l’assemblée stupéfaite et dans l’admiration. La scène changea aussitôt d’une manière étrange, car on vit le roi et les seigneurs de sa cour prosternés aux pieds des deux saints, demandant qu’ils leur pardonnassent et les fatigues et les peines qu’ils leur avaient causées, en ajoutant trop facilement foi à des paroles de calomnie.

Après ce prodige, le roi se montra plein de munificence, il fit donner à Saint Rigomer et à la vierge, deux villas qu’il possédait dans le pays du Maine, afin qu’après avoir obtenu le consentement de l’évêque, ils y élevassent deux cellules. Il leur accorda même tout l’argent nécessaire à ce dessein, et il défendit que dans la suite personne ne fut assez audacieux pour inquiéter ces fidèles serviteurs de Dieu.

Avant de leur permettre de prendre congé, il les conjura de se souvenir de lui, de prier souvent pour la paix du royaume, pour son salut et pour celui de son peuple. Bien plus encore, dans cette même ville de Palaiseau, il fit élever une église, consacrée plus tard en l’honneur de Saint Rigomer, ou le peuple se rend en foule, même de nos jours, pour y offrir à Dieu des vœux et des prières.

Les saints s’en allèrent donc, dans le pays du Maine, pour s’y retirer loin du monde dans la solitude et servir Dieu fidèlement. Ténestine reçut des mains de l’évêque Saint-Innocent, le voile des vierges et s’appliqua à vivre de la vie religieuse dans une grande retraite et une grande mortification. Dans la suite, du vivant même de l’évêque susdit, et durant la vie du Seigneur Domnole, son successeur, elle construisit un monastère et une église dédiée en l’honneur de la Bienheureuse vierge Marie, entre les murs de la ville et le fleuve. Le terrain qui lui fut cédé à cet effet dépendait de l’église du Mans et venait des largesses du saint évêque Innocent. La pieuse vierge mena dans ce monastère une bienheureuse vie avec d’autres filles, dévotes comme elle et servant Dieu dans la religion. 

Pour Rigomer, le même seigneur évêque lui donna aussi un terrain dépendant de la susdite église du Mans, nommé depuis Souligné. Il y bâtit une cellule, ou, comme Ténestine, il passa sa vie dans la crainte de Dieu et dans le culte de la divine religion. Il faisait de si nombreuses aumônes  qu’il dépensa toutes ses richesses au soulagement des pauvres ; il jeunait et employait de longues veilles à la prière : en un mot tout son temps se consumait à l’observance des saintes règles du Seigneurs. Une vie si parfaite était agréable à Dieu ; aussi le saint homme obtint-il du ciel la guérison d’un grand nombre d’infirmes qui venaient tous les jours pour implorer son secours.

La renommée de la sainteté de ces deux fidèles religieux pénétra bientôt au loin, et les peuples vinrent en foule soit pour se consacrer à leur exemple aux devoirs de la vie retirée, soit même pour les honorer par des présents et leur prouver l’admiration qu’excitaient leurs œuvres. Quand ils furent morts, leurs corps furent religieusement ensevelis et conservés au milieu de cette ville du Mans, dont ils devaient être les protecteurs après avoir édifié les habitants par la sainteté de leur vie. Rigomer mourut, au rapport des historiens, le IX des calendes de septembre : quant à l’époque de la mort de Ténestine, elle est inconnue.

Du temps où vivait le Hugues, comte du Maine, leurs corps furent emportés au monastère de Maillezais, ou ils reçurent ensemble les honneurs que l’on rend aux saints (4).

Telle est la vie de Saint Rigomer, prêtre et de Sainte Ténestine, vierge, sa compagne, comme elle nous est racontée dans les anciens auteurs et en particulier dans un manuscrit très-vieux, conservé autrefois à l’abbaye de Saint-Germain des Prés, à Paris, et publié par Bollandus, au XXIII aout. Nous devons ajouter quelques particularités historiques relatives à ces deux saints et au diocèse du Mans, qui leur a donné naissance.

Trois églises de ce diocèse sont placées sous le patronage de saint rigomer. Souligné sous Vallon, ou nous avons vu qu’il éleva des cellules, et où, dit-on, il dut rester l’espace d’environs dix-huit ans.

Dans le onzième siècle, ses reliques furent enlevées, si l’on croit un moine historien, par fraude, et accordée à Théodelin, abbé de Maillezais. On en conservait encore une partie dans cette abbaye, à l’époque de la révolution. Le récit de cette translation est analysé dans les  Bollandistes à la suite de sa vie. Saint Rigomer des Bois, paroisse située à l’entrée de la forêt de Perseigne, et regardé comme le lieu de naissance du Saint. Saint Remi du Plain (5) regarde aussi le même saint comme son patron : dans l’acte de donation faite le comte du Maine à l’abbaye de la Couture au Xe siècle, cette paroisse est désignée sous le nom simple de villa (6).

Le monastère dont Sainte Ténestine fut la fondatrice se nomma Sainte Marie. Les premières abbesses furent, après elle, Sainte Ada ou Adrechilde et Arvine : ses bienfaiteurs furent Haregaire et Trude, le père et la mère de Ténestine.

Les Normands ayant détruit ce monastère, il s’éleva dans la suite à sa place une église qui devint l’église paroissiale de Notre-Dame de Gourdaine.

Sainte Ténestine, avait été inhumé dans l’église des apôtres à côté des Saints Evêques : son corps fut levé de terre en 836 par Saint Aldric, et dans le XIe siècle transporté avec celui de Saint Rigomer dans l’abbaye de Maillezais. (7)

 

 

Le culte de saint Rigomer

Très tôt, saint Rigomer fut l'objet d'un culte dans la province du Maine, où les églises de trois paroisses lui sont dédiées : celles de Saint-Rigomer-des-Bois où, il naquit, de Saint-Rémy-du Plain où il prêcha l'Évangile et de Souligné-sous-Vallon où il mourut (8).

Dans le diocèse du Mans, saint Rigomer figurait au calendrier le 23 août et sa fête était marquée par une messe et un office propres dans le Missel et le Bréviaire.

Au XIe siècle, le culte de saint Rigomer dépassa les limites du Maine et s'étendit jusqu'en Poitou.

En 1014, en effet, le comte du Mans, Hugues III, donna à Théodelin, abbé de Maillezais, une partie des reliques de saint Rigomer et de sainte Ténestine, pour y être honorées comme celles des patrons de l'église abbatiale qui sera érigée en cathédrale en 1317 (9).

Sur la dévotion populaire aux reliques de saint Rigomer en Poitou, nous avons le témoignage de Rabelais qui séjourna dans cette province de 1524 à 1528 auprès de l'évêque de Maillezais Geoffroy d'Estissac, dont il fut le secrétaire.

Notre tourangeau écrit, en effet, au chapitre XXXVIII du Quart Livre : «Là trouverez tesmoings vieulx de renom et de la bonne foye, lesquels vous jureront sus le bras sainct Rigomer

En Touraine, on ne signale que deux vestiges du culte de saint Rigomer : l'un à Neuillé-le-Lierre, que nous venons de décrire, l'autre à la Guerche, que nous ne connaissons que par la notice de Carré de Busserolle sur cette commune, dans laquelle il écrit : «Au Moyen Age, un saint nommé Rigomier était honoré à la Guerche, comme un des patrons de la paroisse. L'existence de ce saint, dont les reliques furent profanées et détruites par les protestants en 1562, ne nous est guère révélée que par la tradition populaire» (10).

Il paraît évident que Rigomier n'est qu'une déformation locale de Rigomer.

 

 

 Saint Rigomer, prêtre du vrai Dieu, et Sainte Ténestine, vierge de pureté, priez pour nous ! LP

 

 

 ==> Chronique de Maillezais – la translation des reliques de saint Rigomer demandées à Hugues, comte du Maine par l'abbé Théodelin.


 

(1)    Il nous semble que c’est à tort que M.Cauvin dit dans la Statistique de l’arrondissement de Mamers, art. MAMERs, p13, que saint Longis renversa vers le milieu du VIIe siècle un temple de Mars, situé en ce lieu : celui qui détruisit ce temple et qui précha la bonne nouvelle de l’Evangile aux peuples de ce pays est évidemment saint Rigomer. Au rapport de Le Corvaisier, auteur de l’Histoire des Evêques du Mans, Mamers tire son nom de ce temple de Mars qui y était avant le christianisme, et la tradition veut que l’Eglise de St-Nicolas ait été construite dans l’emplacement même du vieux temple Payen.

(2)    L’édition du MS. Que nous traduisons ici emploie le terme Oleum, que nous avons cru devoir traduire par huile. Nous ne savons pourquoi l’auteur de l’Evangile en action l’a traduit par eau.

(3)    Palaiseau, n’est plus qu’un simple bourg de département de Seine-et-Oise, dans l’ancienne Ile de France

(4)    L’histoire de cette Translation a été écrite par Pierre, moine de Maillezais, et publiée par Labbe, nouvelle Bibl. t.II, aout, pg. 234.

 

(5)    Et non pas Saint Rémi des Monts, comme le dit par erreur l’auteur de l’Evangile en action, t.II. p.525.

(6)    Videlicet villam S. Rigomeri de Plano. (ex compendio hist. Culturae)

(7)    M. Perche dit le contraire ; il prétend que ce saint corps fut emporté dans le monastère de Fleury ou Saint Benoit sur Loire. Il ne cite point ses autorités et parait seul de son avis. Dict. statis. T.VI, p.211.

(8)    Il s'agit de trois communes de la Sarthe : Saint-Rigomer-des-Bois (canton de la Fresnay), Saint-Rémy-du-Plain, devenue Saint-Rémy-du-Val (canton de Mamers) et Souligné-sous-Vallon, devenue Souligné-Flacé (canton de la Suze) ; sur ces trois communes, voir J.-R. Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, Le Mans, 1841, t. II, p. 851-852.

(9)   Le moine Pierre de Maillezais, contemporain de la translation des reliques de saint Rigomer, nous en a laissé une relation.

(10)                      Dans l'édition de la Pléiade, p. 644.

Église de Saint-Rigomer-des-Bois (Sarthe), où naquit saint Rigomer.

Église de Saint-Rémy-du-Val (Sarthe), où saint Rigomer prêcha l'Évangile.

 

04 juillet 2020

OBSERVATIONS SUR UNE RELIQUE POSSEDEE AUTREFOIS PAR LE MUSÉE D'ORLÉANS SOUS LE NOM DE COEUR DE HENRI II (Plantagenet)

OBSERVATIONS SUR UNE RELIQUE POSSEDEE AUTREFOIS PAR LE MUSÉE D'ORLÉANS SOUS LE NOM DE COEUR DE HENRI II (Plantagenet)

En feuilletant d'anciens registres des délibérations du Conseil municipal de notre ville et y cherchant tout autre chose, notre attention se porta, à ces mots du répertoire « Coeur de Henri II », sur une Délibération du 19 mai 1857. M. le Maire, qui était M. Eugène Vignat, y exposait « que le Musée d'Orléans possédait le coeur de Henri II roi d'Angleterre, mort à Chinon en 1186 (1) et enterré à Fontevrault.

« Ce coeur, renfermé dans une boîte de plomb, a, pendant la Révolution, été enlevé de son urne funéraire. Mgr Gillis, évêque d'Edimbourg, instruit de ce fait, a manifesté le désir de rendre cette précieuse relique à son pays ».

Le Maire demandait donc au Conseil l'autorisation de la lui remettre pour être par lui offerte au gouvernement anglais, au nom de la ville d'Orléans. La proposition fut votée à l'unanimité.

Le Musée d'Orléans possédait, en effet, une relique désignée comme étant le coeur de Henri II ; elle figure pour la première fois au Catalogue dans l'édition de 1843.

Le chapitre des Antiquités et Curiosités (page 90) la mentionne en ces termes :

N° 83 : Coeur de Henri II, roi d'Angleterre, inhumé dans l'église du monastère de Fontevrault, arraché de son urne pendant la Révolution de 1793, sauvé de la destruction par M. Cretté.

Le Musée historique ayant été séparé du Musée de peinture en 1855 (2), une Notice spéciale au nouvel organisme parut l'année suivante; la mention du Coeur n'y figure pas et, chose curieuse, notre recueil des Bulletins de l'année 1857, malgré les attaches intéressées de notre Société avec ce Musée, est muet sur cette délivrance de la relique au prélat Écossais.

 Ce silence était-il commandé par une prudente réserve ou l'effet d'un oubli ? Quoi qu'il en soit, il nous a paru intéressant de réviser cette vieille question à laquelle nos prédécesseurs de cette époque ne paraissent pas avoir songé. Elle garde une certaine note d'actualité si on veut bien se rappeler que récemment la Presse prêtait à notre Gouvernement la velléité, à l'exemple de Napoléon III qui l'eut effectivement en 1867, de céder à l'Angleterre les monuments funéraires des Plantagenets, subsistant à l'ancienne abbaye de Fontevrault.

Pour faire cette étude, nous avons eu recours aux Archives du Musée historique que son directeur, notre confrère, a mis avec empressement à notre disposition ; elles possèdent sur la question un petit dossier fort curieux commencé en 1887 par M. Desnoyers et continué depuis par Herluison.

Les Archives de la Mairie nous ont aussi fourni des renseignements et nous avons complété le tout par les résultats d'une enquête qu'une correspondante aussi aimable que savante a suivie à notre profit, en Ecosse.

En 1887, la Supérieure du Couvent des Ursulines de Sainte-Marguerite, à Edimbourg, ayant lu dans la Vie de Mgr Dupanloup, par M. l'abbé Lagrange, qu'en 1857 le panégyrique de Jeanne d'Arc avait été prononcé à Orléans par Mgr Gillis, évêque d'Edimbourg, et qu'à cette occasion le coeur de Henri II lui avait été offert pour être restitué au gouvernement britannique, écrivit à l'auteur de l'ouvrage pour lui demander des renseignements au sujet de cette donation. M. l'abbé Desnoyers, saisi de cette lettre, répondit par une note dont nous retrouvons la minute entièrement écrite de sa main.

Il est intéressant de la reproduire, en raison des détails qu'elle apporte :

 

Coeur de Henri II, roi d'Angleterre.

 Ce coeur, enseveli dans l'église de l'abbaye de Fontevrault, fut extrait de son tombeau à l'époque de 1793 lorsque l'église fut profanée par l'impiété révolutionnaire. Il tomba entre les mains d'un habitant qui le conserva avec soin dans sa boîte de plomb comme objet de curiosité. C'est à lui qu'il a été acheté par un habitant d'Orléans, M. Cretté, professeur d'écriture, demeurant rue Royale. Il avait formé un cabinet d'objets curieux et saisit l'occasion de l'augmenter en y plaçant le coeur de Henri II. Après la mort de M. Cretté, une partie de son cabinet, fut achetée, en 1825, par la Direction du Musée et le coeur royal fut au nombre des objets cédés par les héritiers. Il y resta exposé au regard des visiteurs jusqu'à l'année 1857 où Mgr Gillis vint prêcher le panégyrique de Jeanne d'Arc ; il visita le Musée et le Directeur le lui ayant fait remarquer, il montra le désir de le faire rentrer en Angleterre. La Municipalité de la ville l'autorisa à l'emporter. Il lui fut donc remis.

Je, soussigné, certifie l'exactitude de ces détails dont j'ai été témoin.

Orléans, 19 mars 1888.

Signé : DESNOYERS, vic. gén.,

Directeur du Musée historique.

 

Notre vénéré confrère qui, né à Orléans en 1806, n'avait jamais quitté cette ville, où il est mort en 1902, avait pu connaître le cabinet de curiosités formé par Cretté. Celui-ci était un modeste maître d'écritures qui, au moment de sa mort survenue en 1818 (3), demeurait rue Neuve, n° 26. Il avait les goûts d'un collectionneur éclectique et, notamment, avait réuni, ce qui était fort en vogue à cette époque, un important cabinet d'Histoire naturelle.

En 1821, sa veuve (4) offrit à la ville d'Orléans de le lui céder moyennant l'octroi d'une rente viagère de 800 francs. Il fallait que cette offre méritât quelque considération pour que le Conseil municipal eût nommé une Commission en vue de l'étudier. Le rapport de M. de Tristan, l'un des commissaires, qui ne fait aucune mention de l'existence d'objets d'antiquité, expose que le cabinet de cet amateur comprenait une réunion d'oiseaux empaillés assez précieux et en bon état, une collection minéralogique, des coquillages et des ornements de verroterie, le tout pouvant avoir une valeur de six à huit mille francs, et il concluait « qu'en raison de « l'état des finances de la ville il y avait lieu de surseoir indéfiniment à l'acquisition » — ce qui fut adopté (5).

Mais la création d'un Musée ayant été décidée en 1823 et celui-ci ayant été ouvert dans l'ancien Hôtel de Ville le 4 novembre 1825, il est fort probable que quelques-uns des objets de curiosité réunis par feu Cretté y entrèrent par les achats du Directeur, notamment notre relique.

La note de M. Desnoyers contient quelques inexactitudes, mais ses souvenirs sur ce point sont formels et on les verra plus loin confirmés par ceux d'un écrivain anglais qui, visitant, en 1828, le nouveau Musée, l'y remarqua. Cretté l'avait acquise pour le coeur du premier Roi Plantagenet ou l'avait nantie de cette attribution ; sa veuve la céda au Musée sous ce vocable qu'elle garda sans contradiction pendant plus de soixante ans. En ces temps lointains, la critique historique naissait et nos pères ne chicanaient guère les étiquettes accolées aux objets d'art et de curiosité.

Or, en 1857, le panégyrique de Jeanne d'Arc fut prêché à Orléans, en l'église cathédrale, par Mgr James Gillis, vicaire apostolique d'Edimbourg, condisciple et ami de Mgr Dupanloup. La présence d'un prélat anglais dans la chaire de Sainte-Croix fut un petit événement local dont on parla dans les journaux. La ville lui fit fête, l'éditeur Gatineau fit graver son portrait (6), notre Société l'élut comme membre honoraire, il visita nos monuments, notamment les Musées, où le prétendu coeur de Henri II lui fut montré et, sur son désir, la ville le lui remit pour être offert au Gouvernement anglais, que lord Palmerston dirigeait alors.

 Le prélat s'acquitta de sa mission, mais il paraît qu'ayant demandé que le coeur fût enterré à Westminster, dans le caveau royal, avec une cérémonie religieuse, le Premier Anglais refusa de souscrire à cette condition. Mgr Gillis conserva donc personnellement la relique et la déposa dans sa chapelle d'Edimbourg, en attendant la construction qu'il projetait d'un autel votif à saint Thomas Becket, la victime de Henri II, sous lequel il voulait la placer. L'archevêque de Cantorbéry s'étant réfugié en France, au cours de sa querelle avec ce roi, vint à Sens en 1165, où résidait le pape Alexandre III avec la cour pontificale.

Mgr Gillis se procura des pierres provenant de la chapelle où il avait célébré la messe, pour les encastrer dans ce monument expiatoire. L'évêque mourut le 24 février 1864, sans avoir pu, faute de ressources, réaliser ses intentions et, après sa mort, la relique fut transférée dans la sacristie du couvent des Ursulines de sa résidence. Elle y demeurait ignorée du public et même aujourd'hui peu de personnes en connaissent l'existence ; cependant, au bout d'un certain nombre d'années, des doutes s'élevèrent sur son authenticité. Nous les voyons apparaître dans une lettre de la Supérieure de ce couvent du 17 avril 1888, adressée à M. Desnoyers, lui ayant été suggérés « par les réflexions de certains professeurs d'archéologie d'Oxford et d'Edimbourg », et elle joint à sa lettre la traduction française d'un article paru dans une Revue anglaise d'archéologie, sous la signature de John Williams (7). Il est intitulé Royal Hearts (Coeurs royaux) et l'auteur s'exprime en ces termes :

« Je me rappelle avoir vu, en 1828, au Musée d'Orléans, le coeur de Henri II, roi d'Angleterre, lequel, jadis, était conservé à l'abbaye de Fontevrault. Autant que je puis me rappeler, la boîte de plomb le renfermant se trouvait percée et à travers cette ouverture était visible un objet ridé.

Il y a quelques années, cette relique royale fut remise par les autorités d'Orléans à Mgr Gillis, évêque d'Edimbourg, pour qu'il la présentât au gouvernement anglais.

Mon principal but, en vous adressant cette note, est de vous exprimer ma persuasion qu'il n'est pas le coeur de Henri II, mais celui de Henri III (8).

Henri II fut enseveli à Fontevrault, l'histoire ne mentionne nulle part que son coeur  fût embaumé et eût été conservé séparément de ses restes. Comme son corps fut enseveli dans l'abbaye, il n'y avait pas de raison particulière pour y tenir le coeur à part. Si le coeur avait été prélevé du corps, il aurait sûrement été envoyé en Angleterre.

 

« Voici, dit Baker (9), comment il fut enseveli :

Il était revêtu de ses habits royaux, la couronne sur la tête, des gants blancs aux mains, des bottes d'or aux jambes, des éperons dorés aux talons, un gros et riche anneau au doigt, le sceptre à la main, l'épée au côté et la figure découverte.

 — Henri III fut enseveli à Westminster, et il y a des preuves incontestables que son coeur fut porté à l'abbaye de Fontevrault pour être conservé au monastère.

Le décret suivant de son fils Edward Ier, du 3 décembre 1291, rapporté dans Rymer (10), volume II, page 533, en fait foi :

Rex omnibus ad quos, etc.... salutem, quia pro certo intelleximus quod celebris memoriae Dominus Henricus quondam Rex Angliae pater noster ipso dudum existente apud Monasterium Fontis Ebroldi cor suum post ejus discessum eidem Monasterio promisit et dilecta nobis in Christo abbatissa Monasterii praedicti nuper in Angliam accedens, cor illud sibi, juxta promissionem praedictam petiit liberari. Dilectus nobis in Christo Walterus abbas Westmonasterii cor praedictum integrum in praesentia venerabilium patrum A Dunelmen is (Durham) et R Bathormensis (Bath) et Wellensis (Wells) Episcoporum et dilectorum et fidelium nostrorum Edmundi fratris nostri Wilhelmi de Valentia avunculi nostri et aliorum fidelium nostrorum plurirnorum, die lunae proximo ante festum B. Luciae Virginis, anno regni nostri vicesimo in ecclesia Westmonasterii praedic'ae abbatissae de voluntate et praecepto nostro liberavit, ad praedictum Monasterium Fontis Ebroldi deferendum et sepeliendum in codem (11). In cajus, etc.

Teste rege apud Londinium 3 die Decembris (12).

« Ma question, poursuit l'auteur de l'article, est donc : Si ce coeur est réellement celui de Henri II, qu'est donc devenu celui de Henri III?

« L'erreur, s'il y a erreur, a probablement son origine dans le fait de l'enterrement de Henri II dans l'abbaye de Fontevrault. Je suis pourtant tout à fait disposé à soumettre mon opinion à une autre plus autorisée.

« Signé : John WILLIAMS. »

 

Nous savons que ces objections ont quelque peu ébranlé la foi des gardiennes du coeur dans les affirmations venues d'Orléans car à diverses reprises elles cherchèrent de plusieurs côtés à se renseigner. Néanmoins, en attendant la décision qui, vraisemblablement, ne viendra jamais, elles conservent la relique avec un religieux respect dans leur sacristie, où la capse de plomb, qui la contient telle qu'elle se trouvait au Musée d'Orléans, est enchâssée dans une boîte en bois de cèdre munie d'une serrure fermant à clef. Bien triste est la destinée de ce vestige royal arraché par la fureur ou la cupidité des hommes du lieu du repos qu'il avait élu en son vivant pour venir échouer avec des oiseaux empaillés dans le cabinet d'un antiquaire. Il est condamné à demeurer sans nom, la meilleure volonté ne saurait le réhabiliter et lui rendre le dernier asile qui lui appartiendrait. Comment, en effet faute d'inscription, désigner avec certitude le personnage princier dans lequel ce coeur a battu ?

Nous n'éprouverons toutefois aucune hésitation à conclure que notre relique n'était pas le coeur du premier Roi Plantagenet, mort à Chinon le 6 juillet 1189

En effet, il existe deux récits de sa mort et de son ensevelissement à Fontevrault, absolument contraires : suivant Mathieu Paris, chroniqueur du XIIIe siècle, sa dépouille aurait été portée avec les plus grands honneurs à Fontevrault, où il avait exprimé le désir d'être inhumé.

Suivant d'autres chroniqueurs du même temps et dont la tradition a été adoptée par Augustin Thierry dans son Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (13), Henri II fut, à ses derniers moments, abandonné par ses serviteurs, son cadavre fut insulté et dépouillé des derniers vêtements, puis enterré ignominieusement.

Les deux récits ne sont d'accord que sur Fontevrault, lieu de la sépulture ; mais il semble bien que si le coeur du Roi avait été prélevé et eût reçu une sépulture particulière, ce qui advint plus tard du coeur de Richard Coeur de Lion, son fils et successeur (14), les chroniques si riches en renseignements le relateraient.

La dépouille d'Henri II inaugura donc à l'abbaye de Fontevrault la sépulture qu'on a nommée improprement le Cimetière des Rois d'Angleterre et où furent enterrés après lui les corps de cinq princes de la maison des Plantagenets :

1° Richard Coeur de Lion, fils et successeur d'Henri II, mort en 1199 ;

2° Jeanne d'Angleterre, soeur du précédent et femme de Raymond VI, comte de Toulouse, morte en 1199;

3° Aliénor d'Aquitaine, successivement reine de France et d'Angleterre, morte en 1204, veuve de Henri II, mère des deux précédents ;

4e Isabelle d'Angoulême, morte en 1246, veuve de Jean sans Terre ;

5° Raymond VII, de Toulouse, fils de Jeanne d'Angleterre et de Raymond VI.

 

On a vu plus haut que le coeur de Henri III reposait à Fontevrault, près de sa mère Isabelle d'Angoulême.

Les six Plantagenets avaient chacun leur sépulture distincte et chaque tombe était ornée d'un monument funéraire avec l'effigie du défunt. Tous ces monuments, qui offraient un grand intérêt historique et archéologique (15), demeurèrent intacts jusqu'en 1504.

 En cette année, l'abbesse Renée de Bourbon, sous un prétexte de réforme, éleva dans l'église une clôture pour les nonnes et y transporta les effigies en même temps qu'elle troublait la disposition des sépultures cachées sous la pierre.

En 1562, les Huguenots ravagèrent l'Anjou et saccagèrent l'abbaye ; puis, en 1638, pour un motif de décoration de l'église, les tombes royales furent de nouveau bouleversées ; les effigies subsistantes, au nombre de quatre (16), furent réunies sous une même arcade et en une sépulture commune.

Enfin, en 1793, la populace de la région s'acharna sur ces monuments vénérables comme pour détruire en eux les souvenirs du passé et des misérables fouillèrent les substructions dans l'espoir d'y découvrir des trésors cachés.

Malgré les bouleversements opérés aux XVIe et XVIIe siècles, et qui devaient avoir rendu méconnaissables les sépultures, des ossements et autres restes s'y trouvaient encore, et c'est ainsi que dut être découverte et volée l'urne funéraire d'où fut extraite la relique vendue à Cretté. Aucune inscription ne décelait, aucun signe ne permettait d'induire qu'elle eût été le coeur de Henri II, mais ce roi avait été, sinon le plus illustre des personnages princiers inhumés à Fontevrault, du moins le créateur de cette sépulture royale et de là à lui attribuer tous les restes qui en provenaient, c'était chose facile.

Concluons donc que si la relique possédée par les Ursulines d'Edimbourg n'est pas le coeur de Henri II, il y a toute probabilité pour qu'elle soit celui de son petit-fils Henri III, dont le long règne fut très profitable à son pays.

Toutes les présomptions les plus sérieuses militent donc en faveur de cette opinion qui a pour elle le texte précité de la charte d'Edward I, alors qu'il n'en existe aucun pour d'autres hypothèses. Si nous en croyons les documents qui nous sont venus d'Ecosse, c'était aussi l'avis de M. Célestin Port, l'auteur du Recueil archéologique de Maine et-Loire. C'est aussi celui de M. Hume Brown, professeur d'archéologie à l'Université d'Edimbourg, dont, pour finir, nous citerons les réflexions extraites d'une lettre qu'il écrivait récemment sur la question :

Edimbourg, 27 février 1916.

Les documents montrent clairement que le coeur est celui de Henri III et non celui de Henri II.

Dans les deux cas, c'est une chose curieuse que le coeur d'un roi anglais, qui vivait au XIIIe siècle, soit arrivé à Edimbourg au XIXe. Henri III fit tous ses efforts pour se rendre maître de l'Ecosse. Quelle ironie de penser que son coeur, finalement, s'y repose.

POMMIER.

 

 

Sur la sépulture des Plantagenets à Fontevrault, on pourra consulter :

1° Les Monuments de la Monarchie, par Montfaucon, tome II, page 113, planche XV ;

2° Une monographie très documentée de Louis Courajod, donnée à la Gazette des Beaux-Arts, en 1867, tome XXIII, page 537.

Nous avons emprunté à ces ouvrages des renseignements pour la fin de cette étude.

La Société française d'archéologie, dans sa soixante-dix-septième session, tenue en 1910 à Angers et à Saumur, a visité l'église abbatiale de Fontevrault ; le compte rendu des travaux de ce Congrès contient, au tome Ier (page 54), d'excellentes reproductions des tombeaux des Plantagenets, et le tome II publie (page 155) un rapport de M. L. Magne sur la découverte des sépultures de ces princes, le 14 juin 1910, dans le transept de cette église.

On pourra lire aussi, dans les Mémoires de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts d'Angers, tome XXIV, page 193 (1882), une dissertation de M. Godard-Faultrier sur l'Origine de la coutume d'inhumer le coeur isolément pour honorer la mémoire des personnages célèbres, laquelle aurait pris naissance en Anjou, mais cet auteur se base sur des données imprécises et fort contestables.

Avant de vous offrir ce travail, nous avons consulté à son sujet M. Charles Bémond, directeur de la Revue historique, très versé sur l'histoire de la Grande-Bretagne, et il a bien voulu nous répondre « qu'il ne trouvait rien dans ses souvenirs, ni dans ses notes, ni dans ses livres, qui pût nous apporter quelque lumière, et que son attention n'avait jamais été attirée sur cette question du Coeur de Henri II ».

A. P.

Société archéologique et historique de l'Orléanais

 

 

 

 

LES DISPOSITIONS TESTAMENTAIRES D'HENRI II PLANTAGENET<==.... ..... ==> Les quatre gisants royaux du Cimetière des rois Plantagenet - Abbaye de Fontevraud

 


 

(1) Henri II y est mort le 6 juillet 1189.

TOME XVII. — BULLETIN N° 210. 

(2) L'arrêté préfectoral du 24 août 1855, qui crée le Musée historique, lui nomme comme directeur M. Mantellier, et comme directeurs adjoints MM. Dupuis et Desnoyers.

(3) Claude-Gabriel Cretté, maître d'écritures, 64 ans, né à Versailles, domicilié à Orléans, rue Neuve, 26, décédé le 15 février 1818, époux de Marie-Madeleine Chalon, fils de Claude Cretté, boulanger. Les déclarants du décès sont : Pierre-Martin Ménard, maître d'écritures, et Gabriel Cretté, relieur, demeurant rue Neuve, 29. (Actes de l'état civil pour 1818.)

(4) Archives de la mairie d'Orléans, liasse 242.

(5) Consulter le registre des délibérations du Conseil municipal d'Orléans de 1821.

(6) Ce portrait a été dessiné en 1857 par J. Champagne, auteur de rombreuses vues d'Orléans et environs, et lithographié par Becquet, à Paris. — Voir Musée de Peinture, cabinet des estampes, portefeuille n° 148.

(7) Notes and Queries (an Antiquarian Publication), 2nd séries, XI, p. 166-167, march 2nd 1861. (Notes et recherches d'archéologie) 2e série, t. XI, 1861.)

(8) Pour l'intelligence de cette discussion, nous rappelons l'ordre de succession des princes dont il y est parlé :

HENRI II, né au Mans le 5 mars 1133, petit-fils, par sa mère Mathilde, de Guillaume le Conquérant, fils de Geoffroy Plantagenet, comte d'Anjou, devint roi d'Angleterre le 19 décembre 1154. Mort à Chinon le 6 juillet 1189.

RICHARD Ier, dit Coeur de Lion, fils du précédent, né à Oxford le 10 septembre 1157, succéda à son père et mourut près de Chalus (Vienne), le 6 avril 1199.

JEAN SANS TERRE, quatrième fils de Henri II, succéda au précédent roi et mourut en 1216.

HENRI III, fils aîné de Jean sans Terre, né à Winchester le 1er octobre 1207, roi d'Angleterre le 28 octobre 1216, mort à Londres le 20 novembre 1272.

EDOUARD Ier AUX LONGUES JAMBES, né à Westminster le 18 juin 1239, fils d'Henri III, mort à Burg (Ecosse) le 7 juillet 1307.

(9) Baker (1568-1645), historien anglais, auteur d'une Chronique des Rois d'Angleterre. — On verra plus loin que son récit de l'ensevelissement d'Henri II est controuvé.

(10) Thomas Rymer (1611-1713), érudit anglais, auteur d'un recueil intitulé : Foedera et Conventiones, paru en 1704-1713. Il en existe une autre édition parue en 1745, dans laquelle la charte d'Edward Ier est rapportée au tome I, partie III, page 90.

(11) La capse de plomb contenant le viscère y fut déposée dans une urne en or.

(12) Cette date du 3 décembre soulève une petite difficulté ; en effet, la sainte Lucie se célèbre le 13 décembre, date qui, en 1291, tombait un jeudi; la délivrance aurait donc eu lieu le 10 décembre. Il y a lieu de supposer que, par suite d'une erreur de copiste, la date de la charte est erronée.

(13) Tome II, édition in-12 (1867), p. 228.

(14) Il légua son coeur à Rouen pour la récompenser de sa fidélité.

(15) de France de Bordier et Charton, 2 vol. in-4° (1878) reproduit les statues d'ÉIéonore, p. 271, et de Richard Coeur de Lion, p. 312, t. I.

(16) Dès 1638, les effigies de Jeanne d'Angleterre, femme de Raymond VI de Toulouse et de leur fils Raymond VII, avaient disparu.

 

02 juillet 2020

L’abbaye Saint-Jouin de Marnes, Mérimée - découverte archéologique des reliques portées par crainte des Normands

L’abbaye Saint-Jouin de Marnes, Mérimée - découverte archéologique des reliques portées par crainte des Normands de saint Martin de Vertou, saint Judicaël, Saint-Méen

L’abbaye Saint-Jouin de Marnes, Mérimée - découverte archéologique des reliques portées par crainte des Normands de saint Martin de Vertou, saint Judicaël, Saint-Méen  

 L’abbaye Saint-Jouin de Marnes, une des plus anciennes fondations monastiques du Poitou, est principalement connue et étudiée pour la mise en oeuvre architecturale de son église ainsi que pour son programme sculpté, particulièrement de sa façade.

 L’aménagement du cloître ainsi que l’ensemble des bâtiments qui l’accompagnent n’avaient quasiment jamais été évoqués jusqu’ici. À l’occasion d’un projet de restauration du cloître mené par François Jeanneau, architecte en chef des Monuments historiques, et de la prescription, par le service régional de l’archéologie Poitou-Charentes, d’un suivi d’une tranchée creusée le long de la galerie méridionale du cloître, benoît Garros, archéologue du bureau d’investigations archéologiques Hadès, a pu préciser la chronologie du monastère et a découvert les traces d’un cloître antérieur à celui du XVe siècle.

 L’auteur présente d’abord rapidement les mentions relatives au XIIe siècle. Après un bref historique du site, il se concentre sur l’abbatiale en rappelant les différentes sources et chartes fondatrices.

 En 1130, l’église n’était pas terminée car on procédait à la consécration du maître autel. Un programme de mise en défense du site monastique vit le jour lors de la guerre de Cent Ans. Des fossés défensifs et un chemin de ronde sur mâchicoulis au-dessus du transept sud furent installés en même temps que les murs du déambulatoire furent surélevés.

Enfin l’abbé bernard de Feletz fit restaurer les bâtiments conventuels en 1450.

Le cloître fit l’objet d’un programme important de reconstruction dans la deuxième moitié du XVe siècle. Une seconde vie fut offerte au monastère lorsqu’il fut placé sous la règle de Saint-Maur le 28 septembre 1655.

 Les abbés Servien et basin mirent en oeuvre un programme de restauration du logis abbatial et réparèrent les bâtiments installés autour du cloître médiéval.

À partir de 1725, la reconstruction de l’infirmerie fit l’objet d’une attention particulière et marqua par la même occasion la fin des grands travaux à l’abbaye.

Vendue comme bien national à la Révolution, l'abbatiale fut classée en 1862 sur l'initiative de Prosper Mérimée, avant d'être considérablement restaurée.

 L’abbatiale et le cloître furent soumis à un programme drastique de restaurations lancé par Joseph-Henri Déverin entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle.

outre une réhabilitation de l’édifice (couverture, porche d’entrée, contreforts, baies), l’architecte et ses successeurs s’attelèlent à transformer l’édifice en une véritable abbatiale romane.

Les fortifications du chevet, l’infirmerie et l’ancienne sacristie furent donc supprimées. L’auteur insiste sur la portée limitée des résultats archéologiques dans la mesure où des bâtiments entiers ont été déplacés et où certains de ceux qui étaient adossés à la galerie du cloître ont été partiellement ou entièrement détruits. Il décrit cependant les maçonneries observées lors de la surveillance du creusement. Les retours des galeries est et ouest du cloître, découverts en fouille, appartiennent, d’après lui, au XIIe siècle, et suggèrent l’hypothèse d’un cloître roman construit à la même époque que l’église.

Les travaux de reconstruction engagés par bernard de Feletz et Pierre d’Amboise dans la seconde moitié du XVe siècle ont malheureusement été masqués par les restaurations de Déverin.

L’auteur s’attache cependant à rappeler les mentions dudit cloître avant sa restauration, notamment à travers la description de bélisaire Ledain. Le croisement des sources et de l’analyse architecturale – intégrant les travaux plus récents de François Jeanneau – lui permet de suggérer une absence de communication entre la galerie sud du XVe siècle et l’intérieur du cloître.

 L’analyse des maçonneries, conjointe aux indications du plan de 1657, confirme l’existence d’un four installé dans un bâtiment et accolé à l’arrière de la galerie occidentale du cloître. bien que ces salles aient totalement disparu, des observations ont pu être faites sur les vestiges d’un mur d’une cellule de l’infirmerie (1725), d’une écurie et de bâtiments domestiques aménagés au XIXe siècle (fromagerie, cellier, magasin).

 Malgré le peu d’information sur les niveaux de chantier ou l’occupation funéraire du cloître médiéval, l’auteur tente ici une chronologie relative de la galerie sud. Ce premier examen archéologique apporte des éléments nouveaux sur les aménagements et la réoccupation de cet espace de l’abbaye aux époques moderne et contemporaine. Il faut donc nous réjouir que ces prospections se poursuivent.

 

Mérimée déployait la plus grande activité à parcourir nos anciennes provinces; il voulait voir par lui-même. Plusieurs de ses tournées nous ont valu des publications accueillies avec une telle faveur, qu'il est aujourd'hui à peu près impossible de s'en procurer aucun exemplaire.

 Les Notes d’un voyage dans l’Ouest de la France parurent en 1836; celles d'un voyage en Auvergne et en Limousin les suivirent à deux années d'intervalle. D'une excursion en Corse Mérimée rapportait aussi des notes, et, de plus, un véritable chef d'œuvre, le roman de Colomba, dont les premières éditions portent la date de 1840.

En 1845, le gouvernement publiait, avec un magnifique atlas, la savante Notice de Mérimée sur les peintures à fresque de l'église de Saint-Savin, du diocèse de Poitiers. Dix ans plus tard, on commençait à faire graver aux frais de l'Etat le Portefeuille de la Commission des monuments historiques, dont la formation était l'œuvre de prédilection de l'inspecteur général.

L'exposition des principales pièces de ce portefeuille à Paris, à Londres, à Vienne, a excité l'admiration des artistes et des archéologues.

Quelle que fût l’influence dont jouissait Mérimée, le succès ne couronna pas toujours ses luttes contre le vandalisme. Nous n'en devons pas moins citer à sa louange ses efforts énergiques pour sauver les arènes de Poitiers, le donjon de Saint-Jean-de-Latran à Paris, et ce brillant hôtel de la Trémoille dont nous ne saurions assez déplorer la perte.

Mérimée pensait, avec son ami Saint-Marc Girardin, que, dans les immenses travaux de remaniement d'une ville comme cette de Paris, au lieu de procéder par destruction immédiate, il convenait de laisser provisoirement debout les édifices de quelque valeur, sauf a prononcer leur arrêt définitif quand l'impossibilité absolue de les conserver aurait été constatée. Une heureuse application de ce système eut pour résultat la conservation de la tour Saint-Jacques, devenue un des plus précieux joyaux de la couronne murale de Paris.

Les travaux de la Commission des monuments historiques et ceux de notre Comité ont entre eux une étroite connexité. D'un côté comme de l'autre, on marche vers le même but, la propagation des saines doctrines de l'art et de l'archéologie. Nous datons du mois de décembre 1837.

Dans notre siècle si agité, bien peu d'institutions peuvent se glorifier d'une aussi longue durée. Mérimée se trouvait tout désigné pour être compris dans la première organisation du Comité. Dès le début, il donna son concours le plus empressé aux Instructions qui furent adressées aux correspondants; il fut spécialement chargé de la rédaction de celles qu'on demandait sur l'architecture militaire.

La table générale de nos Procès-verbaux et de nos Bulletins contient l'énumération des nombreux rapports de Mérimée. Il y apportait la même netteté, le même soin, la même finesse que dans ses œuvres littéraires les mieux étudiées.

 Le Comité s'était plus d'une fois préoccupé du déplorable abandon des inscriptions de l'antiquité ou du moyen âge que possède encore notre pays; on pria Mérimée d'accepter la mission d'en former le Recueil. Il prépara un plan de publication, et nous fit l'honneur de nous associer à cette importante entreprise. Des circonstances indépendantes de sa volonté ne lui permirent pas d'aller plus loin. Cette existence jusqu'alors si brillante et si fortunée devait avoir une fin douloureuse.

Sorti de Paris en 1870, au moment même de l'investissement de la ville par les armées ennemies, Mérimée expirait au bout de quelques jours, à Cannes, loin de ses amis, dans la triste prévision de nos désastres. Il mourut le 23 septembre. Le 23 mai de l'année suivante, l'incendie allumé par les sicaires de la Commune réduisait en cendres la maison qu'il avait, habitée dans la rue de Lille, détruisant à la fois ses portraits, ses objets d'art et son exquise bibliothèque. Ne devrions-nous pas l’estimer heureux encore cette fois de n'avoir pas survécu à l'anéantissement des livres qu'il destinait à l'Académie, des manuscrits qui attendaient de sa main une dernière touche, des collections qui se rattachaient aux meilleurs souvenirs de sa vie?  

 

Ension - l’abbaye de Saint-Jouin de Marnes en Poitou (1)

LES SAINTS DONT LES CORPS ONT ÉTÉ APPORTÉS A ENSION.

Le 15 novembre 1130, on découvrait dans l'abbaye de Saint-Jouin-les-Marnes plusieurs corps saints que l'on y avait cachés pendant les invasions des hommes du Nord.

 C'étaient ceux de saint Martin de Vertou, de saint Judicaël, de saint Lumine (Leonunius), de saint Rufin et de saint Méen ou Mandé.

Bien que ces saints n'appartiennent pas à l'abbaye d'Ension par leur vie, nous croyons utile d'édifier le lecteur sur leur glorieuse carrière, à cause de la fête annuelle que leur invention a motivée et qui dure encore.

Le plus célèbre de tous ces bienheureux est saint Martin de Vertou.

 

25 octobre (1). -- Saint Martin de Vertou. ( Verlavensis.)

Saint Martin de Vertou naquit à Rezay, au pagus Ratiatensis, d'une famille noble d'Aquitaine (2), dans le IVe siècle.

Après des études brillantes, il comprit jeune encore la vanité des richesses et des honneurs, et il embrassa l'état ecclésiastique. N'étant encore que diacre, il se sentit épris d'une grande soif de vivre dans la solitude.

Vertou (Vertavum), près de l'Ile d'Olonne, fut le lieu de sa retraite. Là il vivait dans le silence, la prière et la pénitence, quand il vit venir à lui le prêtre Vivent (Viventius), aussi appelé Vicentius. Pendant le séjour qu'il fit près de saint Martin, Vivent ressuscita un enfant mort sans baptême, et le rendit à sa mère, après l'avoir baptisé. De là il se rendit auprès de saint Hilaire, alors revenu de son exil.

Saint Martin se mit à évangéliser le pays d'Herbauges.

A la vue des foules païennes qui demeuraient dans le voisinage, il entreprit de les convertir à la foi du Christ. Ce pays avait alors pour chef-lieu une ville florissante. Les habitants avaient jusque-là résisté aux efforts des hommes de Dieu qui avaient essayé de leur annoncer l'Evangile. Martin ne fut pas plus heureux dans les entreprises de son zèle. Tous ses efforts se brisèrent contre la dureté de ces coeurs d'airain.

Un seul foyer s'ouvrit pour recevoir l'apôtre, celui de Romain. Il ne tarda pas à le convertir, lui et sa femme, et ces coeurs droits consolèrent par leur fidélité l'âme attristée de saint Martin. Pendant qu'il s'affligeait de la conduite criminelle des habitants d'Herbauges, le serviteur de Dieu fut averti par le ciel du châtiment qui attendait la ville coupable.

II fit sortir Romain et sa femme de la ville maudite, qui fut détruite tout entière, et s'abîma dans les eaux qui envahirent le sol sur lequel elle s'élevait.

Que ce fait doive être considéré comme un miracle opéré par la justice de Dieu pour punir un peuple coupable, ou qu'il soit le résultat des causes naturelles dont la Providence sait également se servir pour châtier les crimes des hommes, toujours est-il que la ruine d'Herbauges engloutie dans les eaux est une des traditions les plus anciennes et les plus constantes du pays.

Cette tradition est confirmée par les monuments historiques, et consignée, en particulier, dans la première Vie de saint Martin, écrite avant l'invasion des Normands.

Saint Martin se retira à l'extrémité du désert, à l'entrée d'une vaste forêt. Il entreprit, de concert avec Maximin, évêque de Trêves, un voyage à Rome.

La légende rapporte au sujet de ce voyage le miracle fameux de la monture dévorée par un ours, auquel Martin imposa la tâche de remplacer sa victime pour le transport des bagages des voyageurs. Le fauve obéit et revint avec eux jusqu'au village d'Urseria, où ils lui rendirent la liberté.

Saint Martin aurait entrepris d'autres voyages et serait allé jusqu'en Angleterre. A son retour, en passant dans le diocèse de Bayeux, il visita un seigneur puissant de cette contrée, qui venait de perdre deux enfants jumeaux, qu'une mort prématurée avait enlevés, avant qu'ils pussent recevoir le baptême. Les parents étaient dans la désolation. Le saint obtint du ciel la résurrection des deux enfants. Plus tard ils embrassèrent l'état religieux dans le monastère des Deux-Jumeaux, fondé sur le patrimoine de leur famille.

Revenu de ses courses apostoliques, saint Martin s'était retiré, non plus dans son ancienne solitude, mais dans un lieu situé sur la rive droite de la Sèvre Nantaise, à deux lieues de Nantes. C'est là qu'il vécut dans la prière et la pénitence.

Il y fonda un monastère appelé Saint-Jean-Baptiste de Vertou, du nom de son ancienne solitude. Enfin il reçut du ciel l'ordre de reprendre les travaux de l'apostolat. C'était le temps où la prédication et les miracles de Martin, fondateur de Ligugé, répandaient partout l'enthousiasme pour la vie monastique. L'apôtre de Vertou vit sa parole recueillir les fruits de cette émotion universelle.

Il exerça une immense influence dans le Bas-Poitou. Aussi son souvenir n'y est-il pas effacé même de nos jours, notamment à Givre, à la Jonchera, dans l'île d'Olonne et à Notre-Dame de Mons.

Il bâtit deux monastères à Durinum, ou Saint-Georges-de-Montaigu, l'un pour les hommes, l'autre pour les femmes. Mais c'est surtout à Vertou {Vertavum)} qu'il avait établi, sous l'invocation de saint Jean-Baptiste, la plus importante de ses fondations monastiques. Il en fit le centre de ses courses apostoliques.

Enfin vint l'heure de la récompense éternelle. Avant de quitter ses enfants de Vertou pour se rendre à Durinum, il eut le pieux mouvement de planter son bâton dans le cloître : « Ce sera, leur dit-il, le signe de mon affection pour vous. »

Ce bâton desséché, qu'il avait planté, devint un grand arbre.

Les personnes atteintes de la fièvre ou d'autres maladies venaient en cueillir les jeunes branches, qui leur servaient de remède. « Que de fois, dit un pieux biographe, qui écrivait vers la fin du IXe siècle, nous avons regardé et embrassé cet arbre avec amour de notre Père ! »

Le savant Mabillon assure qu'on voyait encore le tronc de cet arbre au XVIIe siècle, et que les habitants ne manquaient jamais d'en détacher des fragments qu'ils conservaient avec dévotion.

Saint Martin s'endormit dans la paix du Seigneur, à Durinum, le 24 octobre, vers l’an 370.

 Un débat s'éleva entre les religieux de Durinum et ceux de Vertou : les uns voulaient garder le corps de leur père, les autres le réclamaient comme leur appartenant de plein droit. Ce fut Vertou qui eut l'honneur de posséder ces restes précieux. Un grand nombre de miracles y furent opérés par l'intercession du saint.

Beaucoup de localités de la Vendée angevine et poitevine le reconnaissent pour leur patron, ce qui est une preuve que plusieurs de ces centres de population ont été le théâtre de ses prédications et de ses miracles (3).

En 813, ses reliques furent portées, par crainte des Normands, à l'abbaye de Saint-Jouin.

C'était l'époque du sac de Nantes parles Normands.

Lâchasse et les reliques du saint furent transportées dans une ville nommée Noviheria, probablement Neuvy-en-Mauges (canton de Chemillé), ou Gennes, sur la Loire. De là elles passèrent à Ension.

Jadis, dans le diocèse de Luçon, en la paroisse de Saint-Martin-Lars-en-Hermine, il y avait une chapelle, située au village de la Petite-Bouyrelière, qui possédait des reliques de saint Martin de Vertou.

Au XVIIe siècle, les religieux de Vertou, privés de leurs reliques, sollicitèrent de leurs frères de Saint-Florent-les-Saumur quelques parcelles qui avaient échappé aux profanations de 1562.

Ils en obtinrent le chef presque entier de leur saint fondateur ; mais celui-ci disparut dans la tourmente révolutionnaire de 1793.

Contrairement à l'opinion du chanoine Auber, historiographe du Poitou, nous admettons la contemporanéité de saint Hilaire et de saint Martin de Vertou. Dom Chamard, qu'a suivi l'abbé Boutin dans ses Légendes des Saints de l’Eglise de Luçon (p. 442), place à bon droit saint Martin de Vertou au VIe siècle, non au VIe.

« Jusqu'à nos jours, dit l'abbé Boutin, les biographes de saint Martin de Vertou ont affirmé, sur la foi des anciens légendaires, que ce saint abbé a vécu au VIe siècle (de 527 environ à 601 ou 602).

La légende de ce saint a paru assez authentique à l'illustre Mabillon et même aux nouveaux Bollandistes ; mais la critique moderne s'est montrée plus sévère ; après avoir scrupuleusement étudié les sources primitives, elle a conclu à une interpolation manifeste de documents plus anciens, ce qui oblige à reporter à deux siècles en avant l'existence du saint abbé de Vertou. »

Le représentant le plus autorisé de cette opinion est le savant bénédictin Dom Chamard, qui a consacré plus de vingt années de travaux patients et assidus à l'étude de l'histoire religieuse du Poitou. Nous le laisserons discuter lui-même ici cette grave question, en lui empruntant les notes historiques qu'il a publiées sur le sujet qui nous occupe dans son Histoire ecclésiastique du Poitou, t. I, p. 403,401 et 405), et dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest (2e trimestre de l'année l886) :

« Je me fais gloire, écrit-il, de ne pas appartenir à l'école hypercritique qui refuse toute valeur historique aux hagiographes vulgairement appelés légendaires. Il est injuste, selon moi, de leur refuser la créance que l'on accorde aux biographes profanes. On contrôle, on ne nie pas a priori les faits allégués par ceux qui ont écrit la vie de César ou de Napoléon. Lorsque les auteurs sont contemporains ou quasi contemporains, ou qu'ils ont manifestement puisé, sans passion ni parti pris, à des sources authentiques, qu'ils soient clercs ou laïques, on doit, ce semble, leur accorder une autorité égale à leur honorabilité, à moins qu'un fait rapporté par eux ne soit clairement contredit par des documents absolument certains.

« Mais ceux qui ont écrit longtemps après les événements, et sur des données incertaines, surtout lorsque leur oeuvre porte la trace de procédés peu honnêtes ou d'un défaut de science historique, ceux-là n'ont pas droit à l'adhésion et à la confiance. La critique a, dès lors, le devoir de contrôler sévèrement chacune de leurs assertions, fussent-elles revêtues d'une forme littéraire séduisante qui les ferait passer pour des historiens sérieux.

« Or, tel est le cas du biographe de saint Martin de Vertou. » {Bulletin.)

« . . Des notions inexactes sur les limites anciennes du diocèse de Poitiers ont seules déterminé le légendaire à représenter saint Martin de Vertou recevant d'un évêque de Nantes la mission d'évangéliser le pays d'Herbauges.

« Cette erreur fondamentale l'a entraîné dans une autre. Parmi les évêques de Nantes, saint Félix étant le plus célèbre, l'auteur a été naturellement porté à le mettre en scène, et par cela même saint Marlin de Vertou s'est trouvé transporté dans la seconde moitié du VIe siècle.

«  Mais les monuments de notre histoire locale rendent cette date inadmissible. Si l'on place, au contraire, la scène au IVe siècle, le tableau devient fidèle. La légende de saint Vivent ( IVe siècle) nous parle d'ailleurs des relations que les deux saints eurent ensemble.

«II est certain que l'auteur de la seconde Vie de saint Marlin n'a point vécu, comme l'ont cru les Bollandistes, à la fin du Xe siècle, mais à la fin du XIe, ou mieux au commencement du XIIe siècle, puisqu'il parle de Rainaud (le scolaslique d'Angers probablement), comme d'un écrivain déjà ancien, et celui-ci vivait à la fin du XIe siècle.

D'autre part, la légende de saint Vivent est plus ancienne que celle de saint Martin de Vertou et remonte incontestablement au VIIIe siècle, au plus tard. Son style barbare et deux manuscrits du Xe siècle, encore subsistant à Paris et à Autun, en sont un sûr garant. Or, il me semble peu probable que l'auteur de cette légende eût osé faire contemporain de saint Hilaire un saint qui eût vécu presque de son temps, si, comme on le croit généralement, saint Martin de Vertou est mort au commencement du VIIe siècle. »

« Nous ne manquons pas d'autres preuves à l'appui de notre opinion. Outre la légende de saint Viventius, nous avons pour nous, non seulement les légendes de saint Maximin de Trêves et de saint Lubentius, mais encore le témoignage de l'auteur de la seconde légende de saint Martin de Vertou lui-même.

Cet écrivain (Rolland: Acta Sanctorum, t. X, oct., p. 810) raconte un voyage que firent ensemble saint Maximin de Trêves et saint Martin de Vertou; ce dernier vivait donc au IV siècle, aussi bien que le premier. Le monastère de Vertou, fondé par saint Marlin, ajoute le même légendaire, fleurit per multa temporum curricula ; après quoi il eut pour père Launégisile.

Or Launégisile est un abbé d'Ension, qui a vécu vers la fin du Ve siècle (Mabillon, Acla. SS. 0. S. B., 1.1, p. 661). Il fut en effet le maître de saint Généroux, qui eut lui-même saint Paterne et saint Scubilion pour disciples. Saint Paterne étant né vers 480, saint Généroux devait être abbé dès la fin du Ve siècle. Saint Launégisile vivait donc au Ve siècle. Lors même qu'il eût été contemporain de saint Martin de Vertou, celui-ci n'aurait pas pu être disciple de saint Félix, évêque de Nantes ; la chronologie s'y oppose. Mabillon a hésité, plus tard, à identifier Launégisile avec le personnage mentionné dans l'autre légendaire ; mais le motif de son hésitation a été uniquement la date assignée vulgairement à saint Martin de Vertou. »

Dom Chamard ajoute encore d'autres preuves; mais celles qui précèdent nous ont paru suffisantes. Le lecteur studieux pourra les lire dans les ouvrages ' que nous avons indiqués plus haut.

A toutes ces preuves s'en joint une qui est tirée de l'histoire même de notre abbaye.

Dès les origines, nous voyons régner une union de fraternité entre les deux monastères d'Ension et de Saint-Martin-de-Vertou. Or les historiens du Poitou ne peuvent expliquer cette union. Il y a là pour eux un problème insoluble.

Nous trouvons, au contraire, la clé de l'énigme dans l'hypothèse qui place l'existence de saint Martin au IVe siècle.

 D'après la légende de saint Maximin de Trêves, en effet, le saint évêque est en relations d'amitié avec le fondateur de Vertou. Ils font ensemble le voyage d'Italie. Dès lors, n'est-il pas naturel que saint Martin ait connu saint Jouin, du vivant de son saint frère, et qu'il ait reporté sur le fondateur d'Ension, après la mort de Maximin, l'affection qu'il avait pour l'évêque ?

De là des relations amicales entre les deux fondateurs ; de là de3 liens de fraternité entre leurs disciples respectifs. Ainsi s'explique la confraternité entre les deux communautés. Ainsi l'on comprend que Launégisile, abbé d'Ension, ait pu devenir, à un moment donné, le père de Vertou. Ainsi l'on comprend que les moines de Vertou, fuyant les barbares du Nord, se soient réfugiés vers Ension pour y demander asile.

 

Ension - l’abbaye de Saint-Jouin de Marnes en Poitou (5)

Saint Lumine [Leominius).

Une grande obscurité enveloppe l'existence de saint Lumine (Leominius). Dans les litanies du bréviaire manuscrit de saint Jouin, son nom est inscrit après celui de saint Jouin et avant celui de saint Maur. Serai-t-il le même que saint Luvin, honoré le 15 novembre ?

In pago Pictavo, sancli Luvini confessoris, lisaiton dans le martyrologe de Chézal-Benoit (Bibliothèque nationale, n° 2587, fol. 341).

Ce saint Lumine parait avoir été apporté à Ension du pays d'Herbauges avec saint Martin de Vertou, car deux paroisses, Saint-Lumine-de-Clisson et Saint-Lumine-de-Coutais, rappellent encore son nom, dans la partie du diocèse de Nantes qui appartenait primitivement à Poitiers (4).

M. Boutin (5) identifie saint Lumine avec saint Lubin, évêque de Chartres; mais il n'apporte aucune preuve à l'appui de son assertion. Nous pourrions objecter, à rencontre de ce sentiment, que le corps de saint Lumine fut reçu à Saint-Jouin avant le XIIe siècle, tandis que l'on sait par l'histoire locale que le corps de saint Lubin fut consent à Chartres en entier jusqu'en 1568.

 

14 juin. — Saint Rufin.

Un silence mystérieux plane sur la vie de ce saint, et son nom serait resté dans un éternel oubli, si Dieu n'avait gratifié sa dépouille du don des miracles.

Les uns en font un martyr, les autres un confesseur. Il était honoré sous la première qualification dans certaines églises du Bas-Poitou (6), aux diocèses de Maillezais et de Luçon.

A Saint-Jouin les-Marnes, on l'invoquait dans les litanies du Bréviaire avec le titre de confesseur (7). Son nom y est placé entre ceux de saint Jérôme et de saint Généroux, rapprochement très glorieux pour notre saint.

Il y avait au XIe siècle une église de Saint-Rufin près de la paroisse du Pin, près Cerizay, et au XIIee siècle, en 1130, son corps fut retrouvé, avec ceux de quelques autres saints, dans l'abbaye de Saint-Jouin, où il avait dû être transporté pendant les troubles du IXe siècle.

Une charte du moyen âge, donnée par Pierre Gahard, accorde à l'abbaye de Saint-Florent-les-Saumur le monastère de Notre-Dame-du-Pin, situé sur la frontière des diocèses de Maillezais et de Luçon, avec les églises de Saint-Rufin, de Saint-Jean de Combrand et de Notre-Dame du Breuil-Chaussée (8).

Cette donation fut confirmée par l'évêque de Poitiers Isembert II, en 1091, et par Aimeri d'Argenton, qui donna son assentiment féodal.

Or cette église Saint-Rufin faisait partie intégrante du monastère de Notre-Dame-du-Pin.

Peut-être notre saint en fut-il le fondateur ou l'un des premiers moines. On peut croire du moins qu'il avait reçu d'Hilaire ou de Martin la mission d'évangéliser cette partie de pagus d'Ardunum (Ardin) (9).

 Bien que les actes de son martyre soient perdus, on ne peut douter qu'il n'ait été l'apôtre de notre province. Sa fête était inscrite, au moyen âge, dans les bréviaires de  

Maillezais et de Luçon, le 11 juin, jour de sa mort.

En 1879, on découvrit à Moutiers, village des Deux-Sèvres, un petit coffre de pierre portant une inscription d'où résultait que, vers le XIe siècle, on y avait renfermé les restes de saint Rufin (10).

 

Ension - l’abbaye de Saint-Jouin de Marnes en Poitou (7)

21 juin. — Saint Méen, Mandé, Mandés (Mevenmus, Melanius).

Ce saint est célèbre par ses miracles, par le monastère de Gaël qu'il fonda au VIe siècle et par les pèlerinages qui se font à son tombeau. Il a encore, dans le diocèse de Poitiers, un culte qui ne s'est pas entièrement effacé.

Il est honoré en Bretagne, en Berry, en Aunis et en Poitou.

La légende l'appelle Conard-Méen, Mandés ou Mandé (11)

Fils d'un roi d'Hybernie (Irlande), il était parent par sa mère des saints Sanson et Magloire. Il avait été consacré à Dieu avant sa naissance par ses pieux parents, comme étant leur dixième enfant. Il devint donc prêtre ; mais il ne quitta pas alors son pays qu'il se mit à évangéliser. Plus tard l'amour de la solitude le poussa vers l'Armorique, où de profondes retraites pouvaient favoriser son attrait.

Saint Tugdual venait de fonder son monastère de Tréguier (Trecorium), dans une presqu'île qui s'avançait dans la mer, et qui probablement alors n'était pas réunie au continent (12).

Méen vint y demander un asile; mais bientôt, importuné par les nombreux visiteurs qu'attiraient ses miracles, il passa un bras de mer, pour se réfugier dans une des nombreuses petites îles semées sur les côtes septentrionales de la Bretagne.

A la fin du Vie  siècle, il établit le monastère de Gaël, à 9 lieues de Rennes.

 Guéroch I, comte de Vannes, s'en déclara le protecteur. Saint Sanson, évêque de Saint-Malo, l'établit abbé de cette maison, où il donna l'habit religieux à Judicaël, roi de Domnonée.

Méen avait mis son monastère sous la protection de saint Jean-Baptiste, le modèle de la vie silencieuse et retirée des moines. Il fonda aussi un monastère près d'Angers.

 Saint Méen mourut à Saint-Jean-Baptiste-de-Gaël, vers l'an 617.

Après sa mort, vis-à-vis de l'Ile, et sur la terre ferme, au bord de la Manche, on bâtit une chapelle où son corps fut déposé. Il s'y forma un village appelé aujourd'hui Saint-Mandé, qui marque la pointe la plus septentrionale des Côtes-du-Nord. et constitue une paroisse de 500 âmes, dans le canton de Plélan.

Durant les invasions normandes, les reliques du saint furent transportées dans l'abbaye de Saint-Jouin-les-Marnes, vers 919.

Elles périrent en 1562, dans l'incendie allumé par la main sacrilège des huguenots.

Une portion de ses reliques avait été conservée dans l'abbaye de Saint-Méen, en Bretagne.  

Cette abbaye, transformée en séminaire, passa en 1642 aux mains des Lazaristes (13).  

Ce fut sans doute à la suite du transport des reliques de saint Mandé, ou saint Méen, à Ension, que son nom devint célèbre en Poitou, et que son culte y fut populaire.

En Poitou, saint Mandé avait une chapellenie dans l'église paroissiale de Tessonnière (Texoneria), dont il est le second patron, la fête principale étant Notre-Dame de l'Assomption.

II y a aussi un village de ce nom dans la paroisse d'Avanton, canton de Neuville (Vienne). Là était une chapelle Saint-Mandé, qui dépendait en 1782 de l’évêque de Poitiers.

Elle était mentionnée en 1484 parmi les revenus de Montierneuf, pour l'entretien du luminaire. L'église actuelle d'Avanton possède un autel de Saint-Mandé.

Une autre chapelle du même vocable avec son village existe encore dans l'ancienne paroisse de Chasseignes, réunie à celle de Mouterre-Silly ; mais elle est à demi ruinée. Jadis un pèlerinage y attirait une grande foule, le 18 novembre de chaque année ; mais rien n'en garde plus le souvenir.

On invoquait saint Mandé contre la morsure des serpents et contre la phtisie. Les vieux hagiographes français disent qu'on l'invoquait pour « les enfants qui sont en chartre » ; or Borel assure» qu'être enchartre c'est être phtisique »(14).

Il n'y a plus qu'à Saint-Jouin-les-Marnes, et à Tessonnière où il est honoré avec le titre de patron, que l'on conserve la mémoire de saint Mandé ; le reste du diocèse l'a laissé périr.

 

 

16 décembre. — Saint-Judicaël, confesseur.

Judicaël, fils de Judhaël et de Pritelle, succéda à son père dans la principauté de Domnonée, avec le titre de roi.

Mais il se démit en faveur d'un de ses frères, pour se faire religieux à Gaël, monastère alors gouverné par saint-Méen ou Mandé. Peu de temps après, on l'obligea à reprendre les rênes du gouvernement.

Entre autres fondations pieuses qu'il accomplit, on distingue l'abbaye de Paimpont, dans l'ancien diocèse de Saint-Malo, aujourd'hui diocèse de Rennes.

Pour prévenir une guerre désastreuse, il se laissa persuader par saint Eloi de rendre hommage au roi Dagobert, qui le reçut à cette occasion avec les honneurs dus à un roi. La rencontre se fit à Clichy-la-Garenne, près Paris.

Judicaël promit que la Bretagne et son roi relèveraient désormais, à titre d'aveu, du roi de France, et fit de riches présents à Dagobert.

Le prince abdiqua, six ans après, la couronne, et se retira dans le monastère de Gaël (15), où il avait passé quelques années de sa jeunesse. Il y mourut dans la pratique des plus hautes vertus, en la nuit du 16 au 17 décembre, vers le milieu du VIIe siècle.

 

 

En 919, son corps fut transporté avec celui de saint Mandé dans notre célèbre abbaye d'Ension, pour le soustraire aux profanations des hommes du Nord.

Une partie fut gardée à Thouars, dans l'église Saint-Martin, d'où elle passa, vers 991, en l'abbaye de Saint-Florent-les-Saumur.

On invoquait saint Judicaël dans les litanies anglaises du VIIe siècle.

 Il est honoré le 16 décembre, dans le martyrologe des Bénédictins. L'ancien calendrier de l'abbaye de Saint-Méen n'en fait mention que le l7 du même mois (16).

 

Il en fut des reliques de saint Judicaël comme de toutes celles que renfermait le trésor de l'abbaye de Saint-Jouin-les-Marnes au XVIe siècle : elles furent détruites par les protestants, en 1562 (17).

 

 

Ension ou Saint-Jouin-les-Marnes par A. Lerosey

 

F. de Guilhermy, Membre du Comité des travaux historique

 ‒ benoît Garros, «Le cloître de l’abbaye de Saint-Jouin-de-Marnes » , Bulletin société historique et scientifique des Deux-Sèvres, 4e série, n° 7, 2012, p. 119-148. Pascale brudy

 

 

 

 

 

 L'Abbaye Saint-Jouin de Marnes - L'an 652 Saint-Philibert visite les monastères des Gaules dont celui de Ension.<==

La légende Bretonne d’ Herdabilla, la capitale du pays d’Herbauge engloutie dans les eaux du lac de Grand-Lieu<==

 

 

 


 

Les tribulations de Saint Florent du Mont-Glonne (fuyant l'invasion des Normands vers le Berry)

La première histoire du monastère de Saint-Florent, écrite au XII e siècle par un moine anonyme et recueillie par dom Martenne dans sa collection Veterum Scriptorum, a servi de base à toutes celles qui l'ont suivie.

 

Le Chemin des Moines Monftort, Paimpont, Saint-Méen, Saint Florent

abbaye de Paimpont; abbatiale de Saint-Méen; abbaye de Saint-Jacques de Montfort sur Meu ==> https://rennes.catholique.fr/un-ete-culturel-spirituel-en-ille-et-vilaine/308465-monftort-paimpont-saint-meen-sentier-3-abbayes-broceliande/ les chemins de l'Oust à Brocéliande est une communauté de communes française située dans le département du Morbihan et la région Bretagne.

 

Les trois pagi de Mauges, Tiffauges, Herbauge - Délimitation du Pays des Mauges avant le XIe Siècle (carte) -

Jusqu'au IXe siècle, le diocèse de Poitiers avait au nord- ouest la même limite que le pays des , c'est à dire la Loire , depuis son embouchure jusqu'à son confluent avec le Layon (1). Ce sont les conquêtes des rois bretons qui portèrent atteinte à l'intégrité de cette vaste circonscription.

 

Prosper Mérimée, l'Inventaire du Poitou et de son patrimoine roman

1834 il devient inspecteur général des monuments historiques C'est en 1835 que Mérimée commença à venir dans le Poitou pour y exercer sa mission. Prosper Mérimée, né le 28 septembre 1803 à Paris et mort le 23 septembre 1870 à Cannes, est un écrivain, historien et archéologue français.

 

(1) La fête de saint Martin se célèbre le 21 octobre, dans les paroisses dont il est le patron ; ailleurs elle se célèbre le 23, à cause de la fête de saint Raphaël qui tombe le 21.

(2) Albert le Grand, Vie, gestes, mort et miracles des saints de ta Bretagne Armorique, p. 362.

(3) Dom Chamard, Origines de l'Eglise de Poitiers, p. 316, etc.

(4) D. Chamard, Origines de l'Eglise de Poitiers, p. 315.

(5) Boulin, Légendes des Saints de l'Eglise de Luçon, p. 374.

(6) Bibliothèque nationale, fonds latin, n" 1033, fol. 106.

(7) Bibliothèque Mazar. Brev. manuscrit de Saint-Jouin-de-Marnes, XIIIe siècle ; n° 785.

(8) D. Huynes, Histoire de saint Florent, fol. 123.

(9) D. Chamard, Origines de l'Eglise de Poitiers, p. 315.

(10) Auber, Histoire générale... du Poitou, t. I, p. 264.

(11) On prononçait jadis Saint Mande, Saint Mainde, sans accent.

(12) Tréguier devint ville épiscopale en 811, sous Noménoé, duc des Bretons.

(13)Lobineau, Vie des Saints de Bretagne, p. 140.

(14)Trésor des recherches et antiquités, p. 89.

(15)Gael, fondé sous le vocable de Saint-Jean-Baptiste, vers 565.

(16)Lobineau, Vie des Saints de Bretagne, p. 113.

(17)Auber, Histoire générale du Poitou,. Il, p. 331.

 

01 juillet 2020

Fiche Révision - le Moyen-Age (de 476 à 1492)

Fiche Révision - le Moyen-Age (de 476 à 1492)

Le Moyen Âge est la période de l'Histoire située entre l'Antiquité et la Renaissance. Elle débute en 476 avec la chute de l'empire romain et prend fin en 1492, année de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb.

- Haut Moyen-Âge (476-987)

- Moyen Âge classique (987-1328)

- Bas Moyen Âge (1328-1517)

 

Dès la fin du IVe siècle et pendant le Ve, les Barbares, forçant les frontières, pénétrèrent dans l’Empire romain. Au nord, furent les Germains, les Slaves et les Tartares ; au sud, les Arabes et les Maures d’Afrique. Les invasions sont un des faits importants de l’histoire.

« En effet : elles ont arrêté le développement de la civilisation romaine ; elles ont même, pendant un certain temps, mis en péril la civilisation. Elles ont provoqué la dislocation et le morcellement de l’Empire et, en détruisant son unité, elles ont préparé l’Europe moderne. » (A. Nalet.)

 

 La Grande Invasion des Barbares germains, 406.

– Les tribus germaniques, sous la poussée des Huns, franchirent le Rhin et pénétrèrent dans l’empire d’Occident. Les quatre tribus principales étaient :

1° Les Wisigoths, qui s’établirent en Aquitaine et en Espagne.

2° Les Vandales, qui se fixèrent dans l’Afrique romaine.

3. Les Burgondes, qui se fixèrent dans les vallées de  Saône et Rhône.

4° Les francs, qui s’établirent dans le nord-est de la Gaule

 

Enfin les Huns qui avaient produit ce grand mouvement, hordes d’Asiatiques féroces conduites par Attila, franchirent le Rhin en 451, et s’abattirent comme un cyclone sur la Gaule ; mais vaincus, les Huns se retirèrent.

 

MARCHE DES HUNS EN GAULE.

- après avoir traversé et dévasté la Belgique, ils s’avancent jusqu’à Lutèce. Les Parisiens, sous l’inspiration d’une jeune fille, sainte Geneviève, ferment les portes de leur cité déjà importante et se préparent à la défense. Devant cette menaçante attitude, les Huns descendent jusqu’à Orléans ; ils en sont repoussés. Alors, dans un vif mouvement de régression, ils marchent sur la Champagne. Mais devant ce péril commun, le général romain, Aétius, a pu former une armée avec, outre les légions gallo-romaines, les contingents de tous les Barbares établis en Gaule : Francs, commandés par Mérovée ; Burgondes, Wisigoths. Attila, vaincu près de Chalons (451), se retire vers le Danube.

 

 Fin de l’Empire d’Occident, 476.

- l’Empire romain d’Occident fut détruit par toutes ces invasions. Dès 476, il n’y eut donc plus d’empereur romain.

Les Barbares, convertis au christianisme, religion des peuples qu’ils avaient vaincus, se fondirent avec les populations romaines.

 

 

 Les Francs.

– De tous les barbares établis en Gaule, les Francs étaient les plus faibles ; cependant eux seuls firent œuvre forte et durable. En effet, ce fut d’eux que sortirent en partie la France et l’Allemagne.

Ils eurent successivement pour chefs Clodion, Mérovée, Childéric.

En 481, les Francs élirent comme chef ou roi, Clovis, petit-fils de Mérovée.

 

5. Clovis fait l’unité du peuple franc.- Clovis, chef énergique, intelligent, astucieux, se rendit compte de l’influence que les évêques avaient alors sur les populations gallo-romaines ; et, comme il ne manquait ni d’ambition ni d’habileté, il résolut de s’en faire des alliés. C’est dans ce but qu’il se laissa marier à la nièce du roi des Burgondes, Clotilde, seule princesse chrétienne de la Gaule.

D’autre part, les évêques, au milieu de la dislocation de l’Empire romain, cherchaient un protecteur sur lequel s’appuyer contre les persécutions des rois barbares, et ils n’épargnèrent pas leur bienveillance à Clovis.

 

Histoire de CLOVIS

Conversion des Francs.

En devenant chef de sa tribu, le Franc Clovis eut la volonté bien arrêtée de faire la conquête de la Gaule entière, il y réussit.

En 486, il attaqua les Romains et remporta sur eux la victoire de Soissons.

En 493, il épousa Clotilde.

En 496, les Alamans franchissaient le Rhin et tentaient de s’établir en Gaule : Clovis leur livra la bataille dite de Tolbiac et les soumit. La même année, l’évêque de Reims, Rémi, lui donna le baptême ainsi qu’à ses 3000 guerriers.

Après son baptême, Clovis trouva le seul roi chrétien : ce fut en lui que les évêques mirent tout leur espoir.

Dès lors, les guerres qu’il fit aux Burgondes et aux Wisigoths furent des guerres de religion et un évêque puy lui écrire, sans hyperbole : « O mon fils, quand tu combats, c’est l’Eglise qui triomphe !3

En 500, il livra la bataille de Dijon aux Burgondes et força leur chef à lui payer un tribut annuel.

 Enfin, en 507, il remporta la bataille de Vouillé sur les Wisigoths et s’empara de presque tout le pays compris entre la Loire et la Garonne. «  Clovis, le fils ainé de l’Eglise, a combattu, mais ce sont les évêques qui ont vaincu. »

Il importe de remarquer ceci : la conversion des Francs a beaucoup hâté la fusion de ce peuple de race germanique avec le peuple gallo-romain.

Les Francs substituèrent à leurs idiomes la langue latine qui, par suite de déformations successives, devint le roman, puis le français.

 

 Royaume de Neustrie et d’Austrasie.

– Après la mort de Clovis (511), le royaume franc, tel un domaine privé, fut partagé et repartagé entre ses fils et petit-fils dont l’histoire n’est qu’un tissu de cruautés.

Enfin, en 561, il se forma deux royaumes :

l’Etat de Neustrie, et l’Etat d’Austrasie. Ces deux royaumes furent ensanglantés par la rivalité de Frédégonde, reine de Neustrie, et de Brunehaut, reine d’Austrasie.

 

Mais après une rivalité de 126 ans, l’Austrasie, triomphera de la Neustrie, à Testry, avec Pépin d’héristal (687).

« L’humanité a traversé peu d’époques aussi malheureuses que les brutales violences des Barbares, l’absence de tout ordre, les rivalités sanglantes de ville à ville, de canton à canton, voilà ce que montrent les documents de cette triste époque.

Toute culture de l’esprit s’arrête ; la langue latine se déforme dans ces bouches grossières ; ni rois ni chefs, personnes, hors l’Eglise, ne s’inquiète plus de savoir lire et écrire. » (Duruy)

 

Dagobert, le dernier grand roi mérovingien.

- Les mérovingiens, avant de se laisser supplanter par les Maires du Palais, donnèrent encore un roi puissant, Dagobert, qui régna de 628 à 638. Ses grands ministres furent saint Eloi et saint Ouen. Dagobert fit bâtir la basilique de Saint-Denis qui devint la sépulture des rois de France.

 

 Les Maires du PALAIS.

- sous les fils de CLOVIS

 LES MAIRES DU palais n’avaient été que les intendants de la maison royale ; mais après Dagobert, ils s’enrichirent si prodigieusement, grâce à leur habileté et à la paresse de leurs maitres, qu’ils devinrent plus puissants que leurs rois. Trois maires du palais sont surtout demeurés célèbres :

Ebroïn, de Neustrie ; Pépin d’Héristal et Charles Martel, d’Austrasie.

 

De longue date, la tactique des Héristals avait consisté à protéger les chrétiens et les évêques. Au contraire, Ebroïn leur avait été dur. Tous les voeux et toute l’aide des évêques étaient donc pour le triomphe de l’Austrasie sur la Neustrie.

 

En 687, Pépin d’Héristal, maire du palais d’Austrasie, vainquit à Testry (Sommes) Bertaire, maire de Neustrie, successeur d’Ebroïn (697). Par cette victoire, il mit la Neustrie sous le joug de l’Austrasie. C’est de cette époque que date réellement la souveraineté de la maison d’Héristal.

  Charles Martel

est surtout célèbre par la victoire qu’il remporta sur les Arabes à Poitiers (732). Cette journée est une de celles qui marquent le plus glorieusement dans l’histoire : elle a sauvé l’Europe de la domination musulmane. Les Arabes, vaincus, ne conservèrent sur la terre des Francs que la Septimanie, au sud. Pépin la leur enlèvera en 759.

La victoire de Poitiers jeta un tel éclat sur Charles Martel (ou marteau des Infidèles) que son fils, Pépin le Bref, ayant l’autorité d’un roi, voulut en avoir le titre ; il l’obtint, en 751, avec l’agrément du pape Zacharie et le consentement de tous les Francs.

 

 

 

 LES ARABES, MAHOMET ET L'ISLAMISME

 Les Arabes avant Mahomet

— L'Arabie, grande presqu'île asiatique, six fois grande comme notre France, était habitée par un peuple sémitique, les Arabes, donc parents des Hébreux, puisqu'ils se disent descendants d'Ismaël, fils d'Abraham. Les Arabes, qui vécurent longtemps ignorés, ne formaient pas un État; c'était une agglomération de tribus, les unes sédentaires, les autres nomades ; mais chaque année ces tribus se groupaient pour venir échanger leurs produits au grand marché de la Mecque, qui était aussi leur ville sainte. Ils y avaient un sanctuaire, la Caaba, où ils adoraient plus de 300 idoles.  

Au début du VIIe siècle, un Arabe, berger dans son enfance, Mahomet, « d'une imagination puissante, d'un génie merveilleux, s'annonça l'envoyé d'Allah, Dieu d'Abraham, et prêcha une religion nouvelle, dont le principe est la soumission absolue à la volonté d'Allah, d'où son nom d'Islamisme, dérivé d'un mot arabe qui signifie abandon ou résignation. Mais les Arabes idolâtres, fortement attachés à leurs trois cents idoles, injurièrent le prophète.  

Menacé de mort, Mahomet quitta la Mecque et se retira à Médine (24 septembre 622). C'est de cette fuite (hégire en arabe) que date lère des Musulmans. Dix ans plus tard, Mahomet rentra en triomphe à la Mecque. Il prit possession de la Caaba, où il détruisit les 300 idoles. Toute l'Arabie se soumit à sa loi. Il mourut en 632.

Le Coran.

— La religion de Mahomet est contenue dans le Coran qui, pour les Musulmans, est aussi le livre des lois civiles et religieuses. Aujourd'hui encore, dans tous les pays musulmans, le Coran est le livre du juge aussi bien que celui du prêtre, quelque chose comme un évangile qui serait en même temps un code.

Caractères de l'Islam.

 — La religion de Mahomet n'a rien d'original : elle est faite d'un mélange des doctrines juive et chrétienne. Mais le dogme est simple, les pratiques du culte sont peu nombreuses et faciles à observer : cela convient aux esprits simples tels que sont généralement les barbares. Ce qui leur convient mieux encore, c'est que l'Islamisme est une religion de guerre, qui promet à ses fidèles du butin sur la terre et des récompenses matérielles dans le Ciel. Là est la cause principale de la diffusion rapide de la religion de Mahomet et du progrès qu'elle fait encore de nos jours parmi les peuplades d'Afrique. » (A. MALKT).

 La Conquête arabe.

— Mahomet avait dit à ses fidèles : « Faites la guerre à tous ceux qui ne croient pas à Allah et à son prophète. »  Aussitôt après la mort de Mahomet, ses disciples commencèrent la « Guerre Sainte », et, cinquante ans plus tard, ils avaient conquis toute  l'Asie romaine, sauf Constantinople et les villes voisines; toutes les provinces africaines de l'Empire romain. Enfin, la bataille de Xérès, gagnée sur les Wisigoths, leur avait livré l'Espagne, où ils devaient rester 800 ans.

En 719, ayant franchi les Pyrénées, ils ravagèrent la vallée du Rhône et s'installèrent en Aquitaine. Ils convoitaient toute la Gaule. Ils marchèrent donc vers le nord, pénétrèrent dans la région de la Loire. C'est alors que les Francs, commandés par Charles Martel, les arrêtèrent à Poitiers (782).

 

 Importance de la victoire de Poitiers

— La bataille de Poitiers est une des plus importantes de l'histoire d'Europe : à Poitiers ce furent deux civilisations et deux religions qui se trouvèrent en présence. La victoire de Charles Martel, qui mit fin aux progrès des Arabes, assura le triomphe de la civilisation chrétienne sur la civilisation musulmane, et ce fut un grand bien ; car « partout où il s'est établi, l’islamisme, après avoir jeté un rapide éclat, a toujours dans la suite empêché le développement des peuples ». C'est un des résultats du fatalisme.

 

Civilisation des Arabes.

— Au contact des Perses et des populations gréco-orientales de l'empire, les Arabes se civilisèrent rapidement.

Leurs relations avec la Chine leur firent connaître trois inventions capitales, qu'ils transmirent à l'Europe : la boussole, le papier, la poudre détonante.

Dans les sciences exactes, ils furent remarquables ; ils inventèrent l'algèbre et simplifièrent la géométrie; augmentèrent les connaissances géographiques; ils eurent des physiciens, des médecins très savants pour l'époque.

Ils excellèrent dans l'industrie de luxe. Leurs bois sculptés, leurs incrustations d'ivoire, de nacre, d'argent, attestent leur bon goût ; les cuirs de Cordoue, les tapis, les tissus de laine et de soie, toutes ces industries donnèrent lieu à un commerce actif.

L'art des Arabes se résume dans l'architecture; ils n'ont eu ni peintre ni sculpteur, parce que le Coran interdit de représenter la figure d'êtres animés. Leur décoration consiste en arabesques, c'est-à-dire en mille figures géométriques entrelacées, en caractères d'écriture, en guirlandes de feuillages fantaisistes. On admire encore en Espagne quelques-uns de leurs monuments les plus célèbres : la Grande Mosquée, à Cordoue; la Mosquée à Tolède; le palais de l'Alhambra à Grenade.

 

 — LES CAROLINGIENS

Sous les Carolingiens, et peut-être à leur insu, une grande révolution s'accomplit. Du chaos romain, chrétien, barbare, sortirent la nation française et la société féodale, définitivement et solidement constituées. » (Aug. Thierry.)

13. Pépin le Bref, 751-768. — L'un des grands événements de celte époque fut l'alliance des papes et des Carolingiens, préparée d'ailleurs par toute la lignée des Hèristals. Pépin le Bref fit alliance avec le pape, contre les Lombards qui menaçaient Rome. Le marché fut simple : Pépin s'engageait à détruire les Lombards ; de son côté, l'Église prenait l'engagement d'aider Pépin en toute occasion.

Ces conditions acceptées de part et d'autre, le dernier Mérovingien fut détrôné et Pépin, élu roi, fonda une dynastie nouvelle.

 

 Rôle de l'Église.

— Pépin, pour donner une apparence de légitimité son usurpation, se fit sacrer roi par le pape. Cette cérémonie du sacre fut origine du " Droit divin " que revendiqueront si fort les Capétiens.

Le sacre des rois eut une autre conséquence, qui fut de faire du pape, pendant tout le Moyen Age, le suprême souverain des peuples et des rois.

 

Le pouvoir temporel des papes.

— Comme allié du pape, Pépin, ayant enlevé à Astolphe, roi des Lombards, une partie de ses terres, en lit don à la papauté.

C'est cette donation de Pépin le Bref, en 754, qui a constitué le pouvoir temporel des papes, ou domaine royal, maintenu jusqu'en 1870.

« Dès lors, les papes se constituèrent en véritables et puissants souverains; ils ne gouvernèrent plus seulement les âmes; ils gouvernèrent surtout leurs États. Sous le règne de Pépin, le clergé devint le second ordre de l'État. Tout se gouverna de nouveau par l'Eglise et pour l'Eglise : depuis les nations jusqu'aux rois, dont le sacre ne différait en rien du sacre d'un évêque. » (CHATEAUBRIAND.)

 

 — CHARLEMAGNE RECONSTITUE L'EMPIRE D'OCCIDENT

 Charlemagne.

 — Le successeur de Pépin, Charlemagne, 768 à 814, fut, comme son père, « l'allié et l'épée de l'Eglise ». Ses trois grandes guerres ont eu pour prétexte la religion: contre les Lombards, en Italie, parce qu'ils étaient ennemis du pape ;

Charlemagne sut réunir dans un vaste empire tout ou partie des pays qui s'appellent aujourd'hui L'Espagne, la France, la Belgique, les Pays-Bas, l'Allemagne, la Suisse, l'Autriche, la Hongrie, l'Italie. »

2° contre les Arabes, en Espagne, parce qu'ils étaient mahométans;

3° contre les Saxons, en Allemagne, parce qu'ils étaient idolâtres.

Cette troisième guerre, qui dura trente-trois ans (772-805), se termina par le baptême du chef Witikind. Toutes ces guerres rendirent Charlemagne maître : 1° de la Gaule; 2° de la Germanie jusqu'à l'Elbe; 3° du nord de l'Espagne; 4° du nord de l'Italie. Ainsi Charlemagne, avec l'aide p des papes et des évêques, était parvenu à former un vaste empire ou la | chrétienté fut constituée.

 

 Charlemagne empereur, 800.

— Après ces éclatants succès, la puissance de Charlemagne était celle des anciens empereurs romains. Il voulut alors refaire à son profit l’empire d'Occident, et il reçût la couronne impériale des mains du pape Léon III, qui régnait alors à Rome.

Glorieux empereur, bon législateur, administrateur vigilant, Charlemagne fit de sages lois désignées sous le nom de CAPITULAIRES 1. Il institua un corps d'inspecteurs, les MISSI DOMINICI 2, pour surveiller la bonne administration de ses vastes États. Il supprima rigoureusement les droits que s'étaient arrogés les seigneurs de lever des impôts. Il protégea, et même glorifia l'instruction. Mais l'empire qu'il avait fondé ne dura pas : il était trop vaste 

1. Recueil divisé en chapitres ou capitula, d'où capitulaires. — 2. Envoyés, délégués du Maître.

 

 Démembrement de l'empire de Charlemagne,

— L'empire de Charlemagne comprenait tant de peuples divers qu'il eût fallu un roi fort, habile et énergique, pour les maintenir. Louis le Débonnaire, son fils (814-840), dont la faiblesse de caractère gâtait toutes les qualités, le laissa crouler. Sa royauté s'épuisa à tailler et retailler des royaumes pour ses fils, jaloux, cupides, méchants. Cependant, il ne faudrait pas croire que seules la débilité d'esprit de Louis le Débonnaire, et les que reliés de ses fils amenèrent, la dislocation de l’empire d'Occident. Ce fut surtout parce que les peuples gouvernés par Charlemagne s'aperçurent que, n'ayant ni les mêmes intérêts, ni les mêmes moeurs, ni la même langue, ils ne pouvaient ni ne devaient former une même nation.

 

 Traité de Verdun, 843. Royaume de France.

— Louis le Débonnaire étant mort, les guerres civiles continuèrent entre, ses fils. Mais, en 843, au traité de Verdun, ils se mirent d'accord et convinrent de partager l'empire d'Occident en trois royaumes distincts : 1° celui de France; 2° celui de Germanie; 3° celui de Lotharingie, qui comprenait l'Italie et une bande de terre, comprimée, à l'est, par les Alpes et le Rhin, à l'ouest, par le Rhône, la Saône, la Meuse, l'Escaut. C'est cette bande de terre que, pendant des siècles se disputèrent deux royaumes voisins : la France et l'Allemagne. C'est donc au traité de Verdun que furent dessinées la France et l'Allemagne.

 

 — LES NORMANDS — LE REGIME FEODAL S'ORGANISE

L'invasion des Normands.

— Les petits-fils de Charlemagne laissèrent l'autorité royale se réduire à rien. Cet effondrement fut d'ailleurs accéléré par l'invasion des Normands. Ces pirates, venus du nord, remontaient en barques nos fleuves : Seine, Loire, qui leur donnaient accès au coeur même du pays dont ils dévastaient les villes. Ni Charles le Chauve (843-877), ni Charles le Gros (884-887), ne surent maintenir les audacieux Normands qui, en 885, firent le siège de Paris.

Les ducs- de France, Robert et Eudes, les arrêtèrent, mais seulement pour quelque temps. Enfin en 912, Charles le Simple, par le traité de Saint-Clair-sur- Epte, leur céda la Neustrie, qui prit le nom de Normandie. Et dès lors, ces terribles hommes du Nord s'établirent pacifiquement en France.

Les Normands fondent le royaume des Deux-Siciles.

— Au XIe' siècle, des chevaliers normands, intrépides, avisés, grands coureurs d'aventures guerrières, firent la conquête de la partie méridionale de l'Italie (ce territoire, ils le nommeront plus tard : royaume de Naples).

En 1062, ils s'emparèrent de la Sicile, que détenaient les Arabes:

Enfin, en 1130, Roger, petit-fils du Normand Robert Guiscard, réunissait à la Sicile toutes les possessions normandes de l'Italie méridionale et fondait ainsi le Royaume des Deux-Siciles.

 

 Origines de la féodalité.

Les invasions des Normands eurent une autre conséquence que leur établissement en France : elles prouvèrent la faiblesse des Carolingiens. Les Français, ne se sentant plus protéger par leurs rois incapables, lâches, et surtout pauvres, se groupèrent autour des seigneurs les plus forts.

La féodalité s'organisa. Le mot féodalité vient d'un mot germanique (feh-od) | j dont nous avons fait aussi le mot fief, qui désignait la terre qu'un seigneur recevait du roi ou d'un autre seigneur. Durant la féodalité, l'unité de la France n'exista pas, et la société féodale, qui reposait tout entière sur le droit du plus fort, se dressait en face de la royauté; chaque seigneur fut souvent un petit roi despote et avide.

La cause de l'impuissance et de la pauvreté où tombèrent les successeurs de Charlemagne fut particulièrement l'hérédité des fiefs. Par contre, cette hérédité fit la puissance des seigneurs.

Charles le Chauve doit être considéré comme le créateur de la féodalité. En effet :  par l’édit de Kiersy-sur-Oise, en 877, il reconnut l'hérédité des fiefs et des fonctions publiques; 2° il ordonna aux hommes libres de se donner à un seigneur; 3° il accorda aux grands le droit d'élever des châteaux forts.

 

 Organisation de la féodalité.

— Il n'y avait alors que deux catégories sociales: les nobles et les non-nobles. Tout possesseur de fief était noble. Tout noble était le suzerain d'un vassal ou seigneur moins noble. Tout noble était le maître pour un non-noble. Les vassaux, nobles ou non-nobles, devaient suivre leur suzerain à la guerre, l'aider à faire la police de son fief et, dans certains cas, lui payer une redevance. Le serf, « taillable.et corvéable à merci », n'était pas un vassal; point non plus un esclave; mais, attaché à la glèbe, il travaillait pour nourrir le seigneur et payer son luxe.

 

Chute des Carolingiens.

— Les derniers Carolingiens ayant tout donné à la féodalité, sauf la ville de Laon, n'eurent plus aucune puissance; et le petit-neveu de Robert le Fort, Hugues Capet, put se faire proclamer roi.

D'ailleurs, la royauté depuis Charles le Chauve n'était plus le pouvoir souverain; c’était seulement un titre, mais un titre fort envié.

 

Moyen Âge classique (987-1328)

 

LES CAPETIENS FONDENT LEUR PUISSANCE

 Avènement de Hugues Capet, 987-996.

— Hugues Capet, fils de Hugues le Grand, fut élu roi par les nobles. ; Ainsi, le premier roi capétien fut un seigneur élu par d'autres seigneurs. Comme eux, il avait hérité de ses ancêtres des villes et domaines qu'on appela dès lors : domaine royal. Deux villes importantes y étaient situées : Paris et Orléans. Le roi n'avait le droit de gouverner que dans son domaine et personne ne le représentait dans les autres grands fiefs du pays.

Les quatre premiers Capétiens n'arrivèrent pas à être des rois puissants : il leur fut impossible d'affaiblir les seigneurs féodaux qui se partageaient la France. Cependant, à l'exemple de Clovis et des Héristals, Hugues Capet se constitua l'allié de l'Église. En retour, l'Église usa de toute sa puissance pour le soutenir. De son vivant, Hugues Capet fit sacrer roi son fils Robert, pour éviter que ceux qui l'avaient élu fussent tentés à sa mort d'élire un autre seigneur.

Le fils de Hugues, Robert le Pieux (996-1031), régna durant une triste époque, où la France, épuisée par les guerres féodales, les épidémies, les famines, croyait toucher au terme de ses maux, car la fin du monde était prédite pour l'an mille.

 

 La Trêve de Dieu, 1041.

— La violence des hommes de guerre était devenue atroce. Toujours occupés à se battre avec leurs voisins, ils ravageaient, incendiaient les campagnes.

En 1041, sous le règne de Henri Ier (1031-1060), l'Église imposa la Trêve de Dieu, qui défendait aux seigneurs de se battre en France depuis le mercredi soir, jusqu'au lundi matin, ainsi que pendant les jours de fête et de jeûne, réduisant ainsi à quatre-vingts, les jours où, dans une année, les seigneurs pouvaient se battre : ce fut un grand soulagement pour les campagnes !

La Trêve de Dieu doit être considérée comme une des plus glorieuses institutions du clergé au Moyen Age.

 

 La Chevalerie.

— Vers le XIe siècle, et surtout pendant le règne du troisième roi capétien, Philippe Ier (1060-1108), l'Église organisa une milice religieuse : la Chevalerie, où ne pouvaient s'enrôler que des nobles.

Les chevaliers faisaient le serment de se battre contre les Infidèles et de protéger le faible. « La chevalerie eut donc pour but de diriger vers le bien l'ardeur batailleuse des barons, et d'exciter chez eux les sentiments d'honneur, en leur faisant honte de l'abus de la force. »

 Les Français en Espagne et en Portugal. — Gênés en France par la « Trêve de Dieu », les chevaliers portèrent au- delà des frontières leur ardeur belliqueuse. Les chevaliers bourguignons allèrent en Espagne, à la recherche d'aventures glorieuses contre les Maures, sous, l'égide du Cid.

 En 1143, Henri de Bourgogne, gendre du roi de Castille, Alphonse VI, s'empara du Portugal:

En 1126, un autre Bourguignon, Raymond, second gendre d'Alphonse, fonda en Castille la Maison de Bourgogne.

Mais de toutes les expéditions d'outre-France, les deux plus grandes furent celles des Normands en Angleterre et les Croisades.

  Conquête de l'Angleterre par les Normands, 1066.

 — Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, pour prix de services rendus au roi anglo-saxon, Edouard, pensait avoir acquis des droits à la succession de ce prince. Lorsqu'à la mort d'Edouard, la couronne passa à Harold, beau-frère du feu roi, Guillaume revendiqua ses prétendus droits, et réunit une flotte  nombreuse à l'embouchure de la Dive : il débarqua près de Hastings.

 Ce fut à Hastings que la bataille s'engagea, longue, acharnée, atroce (14 oct. 1066). La victoire resta aux Normands. Le malheureux Harold et ses deux frères se firent tuer en défendant l'étendard anglo-saxon. La conquête de l’Angleterre fut le prix de la victoire de Hastings.

« La plus grande partie de la population anglaise se soumit sans résistance à la domination normande. Que lui importait le maître? Elle était esclave sous les thanes (seigneurs saxons) aussi bien que sous les barons normands: elle continua d'arroser de ses sueurs une terre dont les fruits étaient pour ses maîtres.... L'aristocratie saxonne tenta seule une résistance énergique. » (Chéruel.)

 

 La première Croisade, 1095.

— A la fin du XIe siècle, les nations d'Occident avaient atteint le plus haut degré d'unité qui se soit jamais I u en Europe, depuis l'Empire romain. « Le pape occupait le sommet de la hiérarchie, et la chevalerie, dispersée dans toute l'Europe, en formait les divers degrés. »

Or, Jérusalem, ville sainte de la chrétienté, n'appartenait plus aux Arabes, respectueux du tombeau du Christ, et tolérants aux pèlerins. Les Turcs Seldjoucides, originaires du Turkestan, les y avaient supplantés. Ces Turcs fanatiques persécutaient, torturaient les chrétiens à qui il devenait impossible d'approcher du tombeau de leur Dieu.

 Aussi, lorsque le pape Urbain II prêcha la croisade, Allemands, Italiens et surtout Français s'émurent. Peuples et chevaliers se firent « croisés » au cri de « Dieu le veut ! »

La 1er croisade eut pour résultat la prise de Jérusalem et la fondation d'un royaume chrétien en Syrie.

 

 Louis VI le Gros, 1108-1137.

 — Presque tous les seigneurs qui étaient allés combattre en Asie, y avaient péri. La première croisade avait donc bien affaibli la féodalité. Cet affaiblissement profita à la royauté.

Louis VI, fils et successeur de Philippe Ier, bien conseillé par, son ministre, Suger, abbé de Saint-Denis, se posa comme défenseur naturel du plus faible et comme gardien de l'ordre. Les roturiers comprirent alors qu'ils avaient pour protecteur et vengeur : le roi, ce qui eut un retentissement énorme dans tous les fiefs de France.

En sorte que Louis VI, pour combattre les nobles, put en toute sécurité s'appuyer sur les vilains.

 

 — LES COMMUNES

 Les Communes.

— Les roturiers, à force de travail et de privations, étant parvenus à posséder quelques richesses, furent moins humbles, moins résignés; ils sentirent leur force et exigèrent quelque indépendance. Dès le XIe siècle, pour ne pas être à la merci des caprices seigneuriaux et pour garantir la sécurité de leurs biens, les gens des villes, ou bourgeois, achetèrent ou arrachèrent de force aux seigneurs un acte écrit ou charte qui : 1° fixait exactement les redevances annuelles à payer aux seigneurs; 2e Laissait aux bourgeois le soin de se gouverner eux-mêmes. Sous Louis VI, ils commencèrent à se grouper en associations qu'ils appelèrent « Communes ». Peu à peu, ils formèrent un troisième ordre dans l'État, ou tiers état, et la liberté devint le but de tous leurs efforts.  

Ce que sont devenues les communes.

— Les communes n'ont pas, comme en Italie et en Allemagne, formé de petites républiques indépendantes : elles se sont fondues les unes dans les autres et sont devenues la Nation française. Quant à la bourgeoisie, ou peuple des communes, d'abord si faible, si obscure, si méprisée, elle a tout conquis : richesse, savoir, pouvoir ; c'est la bourgeoisie qui a modifié le clergé, détruit la noblesse et la royauté ; c'est la bourgeoisie qui, en 1789, s'est déclarée souveraine en proclamant la souveraineté du peuple. »

 

 Louis VII le Jeune, 1137-1180.

 — Au lieu de continuer l'oeuvre de son père et d'assurer l'ordre dans son domaine royal, Louis VII commit des fautes. Ainsi, parce qu'il aimait la guerre et parce qu'il était dévot, il eut l'initiative de la seconde croisade. Saint Bernard prêcha cette croisade, où s'enrôla aussi l'empereur d'Allemagne, Conrad : ce fut une expédition lamentable.

Ensuite, Louis VII commit une faute d'une gravité sans pareille : il avait fait un mariage très avantageux en épousant Eléonore de Guyenne qui lui apportait en dot tout le Sud-Ouest.

Par ce mariage, le domaine royal s'étendait, d'un seul bond, jusqu'aux Pyrénées. Après quinze ans de mariage, il divorça. Eléonore reprit sa dot et, par vengeance, épousa Henri Plantagenet qui devint ainsi possesseur de tout le Sud-Ouest de la France.

 En 1154, Henri Plantagenet devint roi d'Angleterre-. Dès lors, ce Plantagenet posséda, outre son royaume anglais, une grande partie de la France : Anjou; Normandie et Bretagne; et, par Eléonore : Guyenne, Auvergne et Aquitaine.  

 

 

— RIVALITE DES CAPETIENS ET DES PLANTAGENETS

ORIGINE DES PLANTAGENETS.

Guillaume le Conquérant avait laissé trois fils dont un, Henri Ier, roi d'Angleterre, eut pour fille Mathilde. Devenue veuve de l'empereur d'Allemagne, Mathilde épousa un seigneur français, Geoffroy, comte d'Anjou. Ils eurent un fils, Henri surnommé Plantagenet, à cause de la branche de genêt qu'il attachait à son casque.

Aussi, lorsqu'à la mort de la reine Mathilde, Henri Plantagenet fut proclamé roi d'Angleterre, sous le nom de Henri II, la longue, la sanglante rivalité entre les Capétiens et les Plantagenets naquit et fut tout de suite implacable.

Cette rivalité, sans merci, aura pour aboutissement la Guerre de Cent Ans.

 

 Philippe Auguste 1180-1223.

— Quand Philippe |Auguste monta sur le trône, Henri Plantagenet, le second époux d'Eléonore, était roi d'Angleterre depuis 1154 et maître en France d'un territoire équivalent à près de huit fois le domaine royal.

 Les Capétiens devaient donc : ou écraser les Plantagenets, ou se résigner à être écrasés par eux. Philippe Auguste ne se résigna pas ;  au contraire, il se donna pour tâche de reprendre aux Anglais, coûte que coûte, les provinces françaises. Dans cette lutte, nous verrons le roi de France, fort de l'appui des communes, se trouver en état d'agir en souverain d'une grande nation.

 

 Troisième Croisade, 1189-1192.

— Philippe Auguste ne put tout à d'abord poursuivre ouvertement le but qu'il s'était assigné contre les Anglais.  

En 1187, le grand sultan Saladin avait vaincu, puis capturé, à la bataille de Tibériade, Guy de Lusignan, roi de Jérusalem ; et la Ville Sainte, où huit rois, tous Français, avaient régné depuis Godefroy de Bouillon, venait de retomber entre les mains des Infidèles. Il y avait pour le roi de France une question d'honneur à prendre part à celte expédition où deux grandes puissances d'Europe, l'Angleterre et l’Allemagne, s'enrôlaient.

Philippe Auguste entreprit donc la 3° croisade avec Frédéric Barberousse, empereur d'Allemagne, et Richard Coeur de Lion, fils d'Henri Plantagenet.

Les croisés s'emparèrent de la ville de Saint-Jean-d'Acre. Ce fut le seul résultat matériel de la 3° croisade. Mais le résultat moral fut immense : la France fut comptée dès lors parmi les grandes nations. 

Après la prise de Saint-Jean-d'Acre, en 1191, Philippe Auguste abandonna l'expédition pour rentrer en France. Profitant de l'absence de Richard, retenu prisonnier par l'empereur d'Allemagne, il essaya de lui reprendre la Normandie. Mais, brusquement, le roi d'Angleterre revint et Philippe Auguste dut ajourner ses projets. 

 

 Lutte contre les Plantagenets. Jean sans Terre.

En 1199, Richard Coeur de Lion mourut et son frère, Jean sans Terre, assassina un de ses neveux, Arthur de Bretagne, qui devait hériter de la couronne d'Angleterre.

Le crime commis, Jean s'empara de tous les États de Richard. Ce forfait perdit Jean et servit les intérêts de Philippe Auguste. 

Philippe Auguste, en sa qualité de souverain justicier de ses vassaux, cita Jean sans Terre à comparaître devant les juges royaux de Paris, Jean ne comparut pas. Alors les juges le déclarèrent félon.

En conséquence, Philippe Auguste confisqua la Normandie, l'Anjou, la Touraine, le Maine et le Poitou.

Ces provinces furent réunies au domaine royal. « C'était la plus brillante conquête qu'un roi de France eût encore faite.»

 

 Bataille de Bouvines, 1214.

— Si lâche qu'il fût, Jean comprit pourtant qu'il ne pouvait se résigner à tant de honte. Il forma une coalition contre la France, dans laquelle entrèrent Othon IV, empereur d'Allemagne, et quelques seigneurs révoltés, entre autres le comte de Flandre et le comte de Boulogne.

Pour battre la coalition, Philippe-Auguste leva une armée royale à laquelle les milices communales se joignirent : les ennemis furent mis en déroute à Bouvines, en 1214. Bouvines fut notre première victoire nationale.  

 

Administration de Philippe Auguste.

— Philippe Auguste, un de nos plus grands rois, doubla le domaine royal. Il attaqua la féodalité dans un de ses droits les plus chers, le droit de guerres privées, en instituant, sous le nom de « Quarantaine le Roy », une trêve de quarante jours, entre les ennemis. Il introduisit des bourgeois dans les conseils du gouvernement. Il créa des Grands Baillis (ou Grands Sénéchaux), pour rendre la justice aux communes, et aux vassaux des seigneurs quand ils en appelaient à la justice du roi.

Philippe Auguste s'occupa beaucoup de sa capitale, dont il fit paver les rues. Il entoura Paris d'une enceinte fortifiée; il poussa activement la construction de l'église de Notre-Dame. Il fonda l'Université de Paris (1200).

 

 Louis VIII (le lion), 1223-1236.

— Dès son avènement, Louis VIII, fils de Philippe Auguste, fut attaqué par Henri III, fils de Jean sans Terre, qui avait à coeur de venger son père.

C'était donc la lutte entre les Capétiens et les Plantagenets qui recommençait. Mais Louis VIII triompha du roi d'Angleterre et lui reprit : l'Aunis, la Saintonge, le Limousin et tout le Périgord.

 Ainsi, le résultat de la lutte entre les deux dynasties rivales fut l'agrandissement énorme du domaine royal au nord et à l'ouest.

 

 Guerre contre les Albigeois.

En 1204, 1216, 1226, au plus fort de la lutte entre les Capétiens et les Plantagenets, une atroce guerre religieuse éclata au midi de la France; elle se continua sous Louis VIII.

Dans le Languedoc et en Provence, vivaient des gens simples, de moeurs pacifiques, mais peu austères, et qui demeuraient en dehors de l'Église. C'étaient des hérétiques. On leur donnait le nom d'Albigeois, parce qu'Albi était leur principal centre. Le pape Innocent III fit prêcher contre ces hérétiques et contre le plus grand seigneur du Midi, le comte Raymond de Toulouse, qui les laissait agir à leur guise, une véritable croisade.

A l'appel d'Innocent III, des milliers de pillards du Nord se ruèrent sur le beau pays des troubadours. Béziers leur résista : Béziers fut saccagée et 60000 habitants massacrés ! Le chef des pillards, Simon de Montfort, pour prix de ses exploits, reçut du pape les Etats du malheureux comte de Toulouse, et les plus cruelles mesures furent prises contre les Albigeois ceux qui résistaient étaient mis à la torture, puis ensevelis vivants dans un cachot.  

Simon de Montfort fut tué au siège de Toulouse (1218). Il avait légué ses biens à son fils Amaury. Mais ce dernier, incapable de garder ces conquêtes, négocia avec Louis VIII; et, en 1226, il lui vendit ses « droits ».

Le roi de France eut donc sans effort le magnifique pays du. Languedoc. 

Cette guerre, qui détruisit la brillante civilisation du Midi, eut pourtant un résultat magnifique : elle fit franchir un grand pas à l'unité nationale en réalisant l'union de la France d'oc et de la France d'oïl.

  Régence de Blanche de Castille, 1226-1236.

 — Quand Louis VIII mourut, son fils n'avait que onze ans et la régence fut donnée à sa mère, Blanche de Castille.

 La féodalité, si maltraitée depuis Louis VI, se dressa audacieusement contre le gouvernement d'une femme; mais l'énergique veuve de Louis VIII sut défendre la couronne de son fils et faire taire les révoltés. Elle gagna le chef des confédérés, le puissant comte Thibaut de Champagne, et s'en fit un allié absolument dévoué.

Oeuvre de Blanche de Castille : 1° Elle mit fin à la triste guerre des Albigeois; 2° Elle obtint de Thibaut de Champagne un don très important : celui des comtés de Blois, de Chartres et de Sancerre; 3° Par d'heureux mariages, elle assura la réunion au domaine royal de tout le midi de la France: c'est ainsi que Louis IX épousa la « douce Marguerite », héritière de la Provence, et qu'un des frères du roi, Alphonse,  épousa l'héritière du comté de Toulouse.

Mais l'oeuvre incomparablement belle de Blanche de Castille fut l'éducation qu'elle donna à son fils, lui mettant au coeur la passion de la justice, de la charité, ce qui allait faire de lui un grand roi et un saint.

Cette grande reine mourut en 1253.

 

 Règne personnel de Louis IX (saint Louis), 1236-1270.

— A |partir de 1236, Louis IX gouverna personnellement; il continua l'oeuvre de son grand-père et de son père contre les Plantagenets.

Attaqué par Henri III, il le battit deux fois en deux jours, à Taillebourg et à Saintes (1242).

Vaincu, le roi d'Angleterre demanda une trêve. Louis IX, par scrupule de conscience, refusa d'achever sa victoire et signa la trêve. Durant cette trêve, signée avec Henri III,  et à la suite d'un voeu, Louis IX entreprit, en 1242, la 7e croisade ou Croisade d'Egypte.

Quatre ans après son retour de Palestine, en 1258, il résolut, dans un large esprit d'humanité, de transformer la trêve avec l'Angleterre en une paix définitive. En conséquence, un traité fut signé à Paris (1258), par lequel :

1° Henri III renonçait pour toujours à tous les pays conquis par Philippe Auguste;

2° Louis IX prenait l'engagement de rendre à Henri III le Limousin, le Périgord, le Quercy, l'Agénois et la Saintonge, conquêtes de ses prédécesseurs, mais qui lui semblaient entachées d'injustice.

Ce traité de paix termina la rivalité des Capétiens et des Plantagenêts qui avait duré plus de cent ans : de 1154 à 1208.

Louis IX personnifie le héros du Moyen Age. C'est un des rois que nous connaissons le mieux, grâce aux récits du sire de Joinville, qui fut son ami et son historien. Le peuple le voit encore sous un chêne, à Vincennes, rendant la justice à tous ceux qui se présentaient. « Cet homme de paix a plus fait pour le progrès de la royauté que dix monarques batailleurs. »

Louis IX qui, dans ses instructions à son fils, lui recommandait de se garder de tout son pouvoir de provoquer la guerre et de n'y recourir, si on lui faisait tort, qu'après avoir épuisé tous les autres moyens d'obtenir justice,  fut comme le lointain et glorieux prédécesseur de ceux qui, de nos jours, s'efforcent de faire régler par l'arbitrage les différends entre les nations.

Louis IX inspirait un respect universel. Henri III se disait lier d'être son vassal; les historiens l'appelaient le roi des rois de la terre». Tous, grands et humbles, avaient foi dans son équité, hors de France; comme dans son royaume. « Le trône de France resplendissait aux regards de tous les autres comme le soleil qui répand ses rayons. » (D'après ALBERT MALET.)

 

Dernière Croisade.

En 1270, Louis IX, qui ne pouvait se consoler de voir le tombeau du Christ aux mains des Infidèles, entreprit sa deuxième croisade. Elle fut dirigée contre Tunis.

 Louis IX et la féodalité.

— Louis IX a porté des coups terribles à la féodalité:1er en supprimant le droit de guerres privées; 2° en plaçant près des seigneurs, qui siégeaient dans les tribunaux, des hommes de loi ou légistes, très versés dans la connaissance des anciennes lois romaines. C'est des légistes que sortira plus tard la magistrature française.

« Les légistes du Moyen Age, juges, conseillers, officiers royaux, ont frayé, il y a plus de six cents ans, la route des révolutions à venir. Ce sont eux qui commencèrent l'immense tache où. après eux, s'appliqua le travail des Siècles: réunir dans une seule main la souveraineté morcelée ; abaisser vers la classe bourgeoise ce qui était au-dessus d'elle, et élever jusqu'à elle ce qui au-dessous. »  (Aug. Thierry)

 

 — LES HUIT CROISADES

But des Croisades.

— Les Croisades furent entreprises par les ; chrétiens d'Europe pour délivrer Jérusalem, tombée au pouvoir des Turcs.

Ces expéditions se firent de 1095 à 1270.

 

Causes déterminantes des Croisades.

— La cause profonde déterminante, la cause première des Croisades fut la foi ardente qui caractérise l'époque du Moyen âge. Cette foi ardente eut comme conséquence de faire naître chez les Chrétiens le désir de reconquérir le tombeau du Christ, désir qui devint irrésistible à mesure que se multiplièrent les pèlerinages en Terre Sainte.

« La cause secondaire, ce furent les conquêtes musulmanes qui développèrent la rivalité entre chrétiens et musulmans, lesquels ne pouvaient se mêler ni s'entendre. »

D'ailleurs les musulmans n'avaient jamais cessé d'être agresseurs et envahisseurs. Toute l'ambition asiatique, c'était la conquête de l'Europe. Et, dès le VIIIe siècle, il avait fallu le marteau du Franc, Charles Martel, à Poitiers, pour les empêcher de réussir. Vaincus en Europe, les musulmans avaient tourné leur ambition vers la Terre Sainte. — « C'était donc aux chrétiens de les combattre, non pour les contraindre à croire, mais pour les empêcher de nuire. »

 

Les Croisades ont préparé la fin du Moyen Age.

— Les Croisades sont le plus extraordinaire, le plus caractéristique mouvement du Moyen Age; elles constituent aussi l'événement qui a le plus activement préparé la fin du Moyen Age. En effet, elles ont provoqué dans tous les sens où s'exerce l'activité humaine, sciences, arts, littérature, agriculture, industrie, commerce, un réveil inattendu qui aura son complet épanouissement dans la Renaissance.

 

Les Croisades ont fondé la suprématie des Français en Orient.

— Au début de ces expéditions, les distinctions de races, de nations, furent effacées. Français, Italiens, Allemands ne formaient qu'un seul peuple : le peuple chrétien.

Cependant, comme les Français avaient fourni aux Croisades la plus grande masse des guerriers, les Orientaux donnèrent à tous les croisés indistinctement le nom de Français. Jusqu'à la Grande Guerre de 1914, les Orientaux confondirent tous les Européens sous le nom de « Francs ». De toutes les langues européennes employées en Orient, et, malgré les efforts des Allemands, des Anglais et des Russes, la langue française domina.

Enfin des centaines d'écoles, que les Français avaient créées et qu'ils entretenaient dans le Levant, continuèrent et perpétuèrent une tradition dont l'origine remonte aux Croisades ».

 

Résultats généraux des Croisades.

— Les Croisades ont manqué leur but, elles n'ont pas délivré Jérusalem. Cependant, elles ont eu d'autres grands résultats :

1er Elles ont débarrassé l'Europe d'une foule d'aventuriers pillards.

2e Elles ont porté un coup mortel à la féodalité, en diminuant le nombre des seigneurs ou en les forçant, pour se créer des ressources, à vendre leurs fiefs et à octroyer des franchises à leurs vassaux, cela donna un grand essor à l'émancipation des communes et contribua, par conséquent, à augmenter la puissance du roi et l'influence du tiers état.

3e Elles firent naître de vastes relations commerciales entre les ports d'Asie et les ports de Marseille, de Gênes, de Pise et surtout de Venise.

4e Les pays d'Orient avaient alors une civilisation beaucoup plus avancée que la nôtre. La vue du faste oriental éveilla chez les Croisés le goût du luxe. L'usage des tapis, des beaux meubles, des armes finement décorées, des étoffes précieuses, des soies de damas, s'introduisit en Occident grâce aux Croisades.

5e En montrant aux Européens les merveilles de Constantinople et de l'Asie, elles donnèrent une vive impulsion aux arts, aux sciences, aux lettres.

 

TABLEAU COMPLET DES HUIT CROISADES

 

 

1er Croisade

GODEFROY DE BOUILLON

1095 - 1099

La première Croisade, prêchée par Pierre l'Ermite et par le pape

Urbain II à Clermont, eut pour héros Godefroy de Bouillon.

Elle fut marquée par la prise de Nicée; par la sanglante bataille Dorylée; par le siège d’Antioche; par la prise de Jérusalem. La première croisade eut pour résultat la création d'un royaume français en Palestine.

 

 

2e Croisade

LOUIS VII

1147 - 1149

La 2e Croisade, organisée à l'instigation de Louis VII, et prêchée par saint Bernard, pour venir en aide aux chrétiens menacés dans Jérusalem, fut marquée par un échec lamentable au siège de Damas, en 1149.

 

 

3e Croisade

Philippe – Auguste

1189 - 1192

Le sultan Saladin ayant enlevé Jérusalem aux chrétiens, Frédéric Barberousse, Philippe Auguste, Richard Coeur de Lion, organisent la 3eme Croisade pour reprendre la ville sainte. Frédéric se noie au cours du l'expédition; Philippe et Richard s'emparent de Saint-Jean-d'Acre. Mais Jérusalem reste à Saladin.

 

 

4e Croisade

EMPIRE FRANÇAIS D’ORIENT

1202 - 1204

Les seigneurs français et les Vénitiens entreprennent une 4e Croisade. Mais, détournée de son but, qui eut dû être la Palestine, elle ne fut qu'une entreprise commerciale. Elle aboutit à la prise de Constantinople et à la création d'un empire latin en Orient, qui s'écroula en 1201. Baudouin, comte de Flandre, en fut le premier empereur.

 

 

5e Croisade

1217 - 1221

Un seigneur français, Jean de Brienne, et le roi de Hongrie organisèrent contre l’Egypte la 5eme Croisade. — Résultat nul.

 

 

6e Croisade

1228 -1229

La 6e Croisade fut organisée par l'empereur d'Allemagne, Frédéric II. Au lieu de combattre les Musulmans, il négocia avec eux, et obtint que les pèlerins chrétiens pussent se rendre il Jérusalem.

 

 

7e Croisade

LOUIS IX

La 7e Croisade fut dirigée par Louis IX contre le puissant Etat des Musulmans, en Egypte. Prise de Damiette (1249). — ' Après cette victoire, les Croisés furent arrêtés par le débordement du Nil; une épidémie les décima, et les Musulmans les cernèrent.

Louis IX fut obligé de se rendre avec ses chevaliers. — Pour sa rançon, il livra Damiette ; pour la rançon de ses chevaliers, il versa une énorme somme d'argent. — Le résultat fut donc déplorable.

 

 

8e Croisade

La 8éme Croisade fut dirigée contre le bey de Tunis, par Louis IX. A peine débarqué, le roi mourut de la peste, sur la cote africaine.

 

 

Pour aider à la défense de la Palestine, trois ordres de moines soldats furent organisés: 1er les HOSPITALIERS; 2- les CHEVALIERS TEUTONIQUES; -- 3e les CHEVALIERS du TEMPLE, lesquels, créés en 1119, formèrent bien vite une redoutable caste féodale.

 

Philippe III le Hardi, 1270-1285.

— Pendant les quinze années que dura le règne de Philippe III, fils de Louis IX, le seul fait important fut, en 1271, l'annexion au domaine royal du comté de Toulouse : Philippe III hérita de ce comté, en sa qualité de neveu d'Alphonse, mort : sans enfant, et dont Blanche de Castille avait, naguère négocié le mariage avec Jeanne, fille de Raymond VII.

Pendant le règne de Philippe III, les communes si florissantes sous Philippe Auguste s'affaiblirent beaucoup; leur affaiblissement fut le résultat de la politique de Louis IX, qui avait vu dans l'indépendance des communes une menace pour « l'unité » du royaume et qui, fort habilement, les avait transformées en villes royales.

 

Les Villes royales.

— Les villes royales étaient étroitement surveillées par le roi ; bien des libertés leur avaient été retirées; elles n'avaient même plus le droit de nommer librement leur maire : elles étaient autorisées à en choisir quatre parmi lesquels le roi désignait son candidat. Or, ce maire, ainsi élu, avait l'obligation de venir chaque année à Paris rendre compte au roi de son administration financière.

« Ainsi au nom de l'unité nationale, les communes allaient disparaître et, avec elles, les fortes idées de droit et de liberté. » 

 

Vêpres siciliennes, 1282.

— Sur la fin du règne de Philippe III, l'Italie se souleva contre la domination des Français. Charles d'Anjou, frère de Louis IX, avait accepté du pape le royaume des Deux-Siciles.

Très ambitieux, il aspirait à étendre sa domination non seulement sur toute l'Italie, mais sur toute la Méditerranée orientale. Les projets de Charles furent déjoués tragiquement: une révolte éclata le lundi de Pâques, 1282, pendant les vêpres; 3000 Français, établis à Païenne,| furent massacrés, et Charles d'Anjou, qui, par ses duretés, s'était rendu odieux, fut chassé des Deux-Siciles. Le royaume passa aux princes d'Aragon. Mais alors, Philippe III dirigea une armée contre dom Pèdre, roi d'Aragon, qui avait aidé les Siciliens dans leur révolte contre Charles d'Anjou. « Ôr, rien n'étant organisé, les soldats périrent de misère; le roi lui-même mourut à Perpignan, en 1285. »

 

Philippe IV le Bel, 185-1314. Guerre de Flandre.

— Dès le début de son règne Philippe le Bel eut la noble ambition de reprendre la Guyenne aux Anglais. Pour cela, il fallait affaiblir l'Angleterre en s'emparant de la Flandre, qui achetait aux Anglais les laines nécessaires à sa grande industrie des draps. Réussir, c'était porter un coup terrible au commerce anglais. Mais l'armée féodale, indisciplinée, ignorante et téméraire, fut vaincue à Courtray , en 1302-

Deux ans plus tard Philippe effaça le désastre de Courtray par sa victoire de Mons-en-Puelle, près de Lille (1304).

Enfin, en 1305, Philippe le Bel, fit la paix avec les Flamands: il garda Lille, Douai et Valenciennes; mais les Anglais conservèrent encore la Guyenne.

En 1284, Philippe le Bel avait épousé Jeanne, héritière de Champagne. Depuis ce mariage, la Champagne ne fut plus séparée de la couronne de France. Cependant, sa réunion officielle ne fut prononcée qu'en 1361

 

Leçons_complètes_d'histoire_ _histoire_[

PHILIPPE LE BEL ET LE POUVOIR DU PAPE

Première convocation des États généraux, 1302.

— De violents démêlés éclatèrent, en 1296, entre Philippe IV et le pape Boniface VIII à l'occasion de certains impôts que le roi réclamait au clergé de France. Le pape refusa les impôts et adressa au roi une bulle (lettre) où il posait en principe que « l'Église et les ecclésiastiques ne pouvaient être taxés qu'avec l'autorisation du pape ».

Le roi, irrité, riposta par l'interdiction d'exporter du royaume : l'or, l'argent et les objets précieux, afin qu'ils n'allassent plus à Rome.— Le conflit s'apaisa pour se rallumer en 1302 avec une violence inouïe.

Le pape lança au roi la fameuse bulle ausculta carissinie fili (écoute, mon très cher fils) où il prétendait subordonner le pouvoir temporel au pouvoir spirituel et exercer, sur tous les trônes, un droit de suzeraineté. Dans cette lutte, le roi voulut avoir l'appui de la nation. Pour cela, il convoqua les États généraux en 1302. Cette initiative du roi était d'une hardiesse extrême, car, jusqu'au XIIIe siècle, l'Eglise et la royauté s'étaient toujours soutenues ; Boniface VIII avait même canonisé un roi de France : Saint-Louis. En outre, l'Église s'était constamment posée en tutrice du peuple. Or, pour qui opterait le peuple, mis en demeure de se prononcer.  La Nation, appelée pour la première fois à émettre son avis, dans une affaire du gouvernement, n'hésita pas à donner raison à son roi contre le pape : les États généraux promettaient de « défendre contre tout pouvoir l'indépendance du Roy. »

1302 grande date dans l'histoire de la France. La tentative de Philippe le Bel, de soustraire le pouvoir laïque à la domination de l'Église, portera ses fruits deux siècles plus tard : dés 1516, François Ier déclarera, par le Concordat de Bologne, que les évêques français seront désormais choisis par le roi », et au XIXe s.., Bonaparte, par le Concordat de 1801, réservera au gouvernement le droit de nommer les évêques, d'accord avec le pape.

 

Abolition de l'Ordre des Templiers, 1312.

— Les Templiers, ou chevaliers du Temple, avaient été d'abord un ordre religieux et militaire, organisé pendant les croisades pour défendre Jérusalem.

Mais depuis que Jérusalem était retombée aux Musulmans, les Templiers, entant qu'ordre religieux, étaient devenus inutiles.

Peu à peu, ils avaient perdu la pureté de leur foi, et leurs moeurs n'étaient peut-être pas irréprochables. Immensément riches, ils formaient comme un État dans l’Etat, « Ils étaient 15000 chevaliers avec une multitude infinie de frères servants et d'affiliés; réunis, ils auraient pu défier toutes les armées royales de l'Europe ».

Il est incontestable que, pour la sécurité du pays, le roi devait, ou devenir leur chef ou dissoudre leur ordre. En les abattant, Philippe le Bel détruisait la plus formidable puissance féodale de l'Europe ; c'était son devoir. Mais le roi commit un crime lorsque, ayant obtenu du pape Clément V l'abolition de l'Ordre des Templiers, ce qui suffisait à la sécurité de l'État, il fit périr dans les flammes le grand maître Jacques Molay, ainsi que les dignitaires de l'ordre, et qu'il fit main basse sur leurs richesses. Rien ne peut justifier de telles violences.

 

Fin des Capétiens directs, 1328.

— Les trois fils de Philippe le Bel, Louis X, Philippe V et Charles IV, régnèrent successivement et sans éclat. L'année même du supplice des Templiers (1314) Philippe IV mourut. Sous ce règne, le Lyonnais fut réuni à la couronne.

 

 

REVISION DU MOYEN AGE

GUERRES DU SACERDOCE ET DE L'EMPIRE

RIVALITÉ DU POUVOIR SPIRITUEL ET DU POUVOIR TEMPOREL AU MOYEN AGE

50. Pour bien comprendre toute l'importance qu'eut, non seulement pour la France, mais pour l'Europe entière, la victoire de Philippe le Bel sur la papauté, il faut remonter dans l'Histoire et se rappeler que :  

1er le gouvernement de l'Église, ou papauté, commença à s'organiser fortement sous Charlemagne;

2° que, possesseurs d'un temporel, constitué grâce aux premiers Carolingiens, tous les efforts des papes tendirent dès lors à se rendre f indépendants.

3° que, s'étant rendus indépendants, ils voulurent plus, et travaillèrent à transformer leur autorité spirituelle en une autorité politique universelle, c'est-à-dire qu'ils travaillèrent à être suzerains des rois : ce qui | se trouva égalisé pendant les premières croisades.  

Hildebrand. — Un des plus grands papes qu'ait eus l'Eglise, le moine Hildebrand, qui régna sous le nom de Grégoire VII (1073-1086), entreprit de régénérer l'Eglise; puis il résolut d'en assurer la suprématie sur les pouvoirs laïques.

Il commença par attaquer vigoureusement les vices qui dégradaient l'Église; il interdit la simonie (ou trafic des choses saintes) et il défendit le mariage des prêtres.

 

La papauté souveraine puissance d'Europe.

 — Les premières croisades avaient donné aux papes la mesure de leur puissance: ils se virent les souverains absolus du monde chrétien. L'empereur d'Allemagne, Lothaire, successeur de Henri V, vint à Rome « humilier la couronne impériale devant Innocent II ». Le puissant Frédéric Barberousse, dans la célèbre « Entrevue de Venise » (1177), se prosterna devant le pape et jura solennellement d'être le fils soumis et respectueux du Saint-Père.

Ainsi, le triomphe de la papauté était complet, éclatant. Tous les monarques lui étaient asservis. « En France, le pape forçait Philippe Auguste à répudier Agnès de Méranie. En Allemagne, il disposait de la couronne, la donnant et la retirant à Othon IV. En Angleterre, il déposait Jean sans Terre. En Danemark, en Hongrie, en Espagne, il donnait ou reprenait à son gré les couronnes. Il organisait la quatrième croisade, ordonnait la guerre contre les Albigeois.  

Or, il arriva ceci: les empereurs et les rois, devenus forts et respectés de leurs sujets, voulurent être maîtres chez eux; et, pendant trois siècles, du XIe au XIVe, la grande « Querelle du Sacerdoce et de l'Empire » se déroula en Allemagne et en Italie; le dernier épisode.de cette querelle s'accomplit en France, sous Philippe le Bel, et s'acheva par la défaite du pape comme chef politique.

 

Querelle des investitures.

— Décidé à rompre tous les liens avec la féodalité, Grégoire VII défendit -aux ecclésiastiques de recevoir et aux laïques de donner l'Investiture d'évêchés ou autres dignités d'Église, sous peine d'être excommuniés. II est certain que de graves abus découlaient de ce que la nomination aux dignités ecclésiastiques fût exclusivement faite par les rois, qui ne se souciaient pas toujours assez de la moralité des candidats et introduisaient dans l'Église des personnages indignes ; mais interdire toute immixtion des pouvoirs laïques dans l'investiture des évêques était excessif.

En effet: à cette époque, l'évêque n'exerçait pas seulement un pouvoir spirituel; il exerçait aussi une autorité temporelle, puisque chaque évêché comportait un territoire plus ou moins étendu, dont l'évêque était seigneur. La suppression de l’investiture eût donc abouti à soustraire à l'influence du roi toutes les terres des évêques ou abbés, c'est-à-dire environ le tiers du royaume. Il était impossible que les souverains se soumissent aux prétentions du pape. Grégoire VII dépassait vraiment le but.

 

RIVALITE DU SACERDOCE ET DE L'EMPIRE

Querelle du Sacerdoce et de l'Empire.

 — L'empereur d'Allemagne, Henri IV, ouvrit les hostilités en faisant déposer le pape à la diète de Worms (1076). Grégoire VII répondit en excommuniant Henri IV.

Pour faire lever l'excommunication, Henri IV se rendit en Italie, à Canossa. Durant trois jours, avant de le recevoir, le pape le laissait en habits de pénitent, pieds nus sur la terre glacée (22 au 25 janvier 1077), dans l'enceinte extérieure du château. Il obtint enfin l'absolution. Cependant, il ne fut pas rétabli sur le trône : Grégoire VII lui opposa le prince Rodolphe. Mais Henri prit sa revanche; il triompha de Rodolphe à Volskeim et, vainqueur, il marcha sur l'Italie, où il fit nommer un antipape.

Ce fut alors que Grégoire VII s'enferma au château Saint-Ange, appelant au secours le Normand Robert Guiscard, maître de Naples, qui le délivra. Grégoire VII mourut en 1085 ; mais la lutte continua sous ses successeurs et, finalement, Henri IV, dépouillé de ses États, alla mourir misérablement à Liège.

En 1122, le Concordat de Worms termina la querelle des Investitures : le pape et l'empereur Henri V, fils de Henri IV, firent la paix; l'empereur ne nommait plus les évêques ni les abbés, mais il leur donnait l'Investiture des terres de leur évêché ou abbaye.

 

Ruine de la puissance politique des papes.

— Cependant, lorsque la papauté triomphante voulut, en la personne de Boniface VIII, s'attaquer aux affaires intérieures du gouvernement français, Philippe le Bel, brutalement, brisa Boniface VIII  et montra a l’Europe, attentive et craintive, que, sous une apparence de force, la papauté, hors de son véritable et si respectable domaine, qui est le domaine spirituel, cachait une irrémédiable faiblesse. Philippe le Bel avait ruiné pour toujours la suprématie des papes comme chefs politiques.

 

COMPOSITION SUR LA DEUXIEME PERIODE

SUJET : Avec les Capétiens directs, la royauté devient nationale. —

 

DEUXIEME PERIODE

TABLEAU DE RÉCAPITULATION

 

 

LES 4 PREMIERS CAPÉTIENS

HUGUES CAPET

ROBERT Ier , HENRI Ier, PHILIPPE Ier

Ce sont les seigneurs qui portent l'un des leurs, sur le trône de France. Cette élection marque l'apogée de la féodalité. Les premiers Capétiens s'appuient sur l'Eglise; s assurent l'hérédité de leurs fonctions en faisant sacrer le fils, pendant le règne du père. C'est pendant le règne de Henri Ier que s’établit la « Trêve de Dieu » (1040). La grande institution de la chevalerie fut organisée vers cette époque.

 

 

Les deux grandes entreprises féodales

1060-1108. — Philippe Ier. — Les deux grandes entreprises féodales furent la conquête de l'Angleterre, en 1066, par le duc de Normandie Guillaume le Conquérant; et la première Croisade, en 1095, prêchée par Pierre l'Ermite. Godefroy de Bouillon en fut le héros. Prise de Jérusalem (1099). Philippe 1er  ne prit pas part à la croisade.

 

 

LOUIS VI

1108 -1137

Il lutte contre les seigneurs. Affranchissement des Communes, d'où sortira bientôt le tiers état. L'habile ministre Suger aide Louis VI dans son oeuvre.

 

 

LOUIS VII

 1137-1180.

il entreprend la seconde croisade, prêchée par saint Bernard., Échec de Damas. Au retour de cette croisade, divorce avec Eléonore d'Aquitaine qui épouse Henri Plantagenet.

 

 

Philippe Auguste.

1180-1223.

 C'est de ce règne que la France compte parmi les grandes nations d'Europe. — Le fait le plus important de ce règne est la bataille de Bouvines, 1214, gagnée par le roi de France, grâce à l'appui des milices communales. — Philippe Auguste prend part à la troisième croisade, qui échoue; mais au retour de cette expédition, il confisque à Jean sans Terre la Normandie, l'Anjou, la Touraine, le Maine, le Poitou. Sous Philippe Auguste, avec la création des grands baillis, et l'établissement de la Quarantaine le Roy, la Justice fait un progrès considérable.

 

 

Louis VIII.

1223 -1226

La cruelle et injuste guerre des Albigeois, commencée sous Philippe Auguste, continue. Louis VIII prend Avignon et le Bas-Languedoc : il meurt après trois années de règne, en 1226, laissant un fils de 11 ans.

 

 

 

 

  

REGENCE

DE

BLANCHE DE CASTILLE

1226 -1236

 

LOUIS IX

1226 -1270

 La régence de la reine Blanche est brillante:

 Après avoir définitivement terminé la guerre des Albigeois, Blanche de Castille combat les seigneurs coalisés contre la royauté et en triomphe ; puis au roi, elle fait épouser Marguerite de Provence, héritière de ce beau pays.

1236-1270. — Gouvernement personnel de Louis IX. Louis IX bat à Taillebourg et à Saintes (1242) le roi d'Angleterre que soutiennent les seigneurs révoltés.—Il fait la septième croisade (sa captivité en Egypte) et la huitième croisade : il meurt à Tunis.

Louis IX est grand surtout par son esprit de justice. En supprimant le droit de guerres privées, en plaçant dans tribunaux des légistes, Louis IX a porté les plus terribles coups à la féodalité.

 

 

PHILIPPE III

1270 - 1285

1270 -1285. Sous son règne, les Communes se constituent définitivement en villes royales.

1271. Annexion du comté de Toulouse.

1282. Massacre des Vêpres siciliennes.

1284. Annexion de la Champagne.

 

PHILIPPE IV

1285 - 1314

 

Démêlés avec le pape Boniface VIII, à propos d'impôts mis sur le clergé. Cette querelle a pour conséquences la convocation des premiers Etats gênéraux, 1302, et l'établissement de la papauté à Avignon. —

En 1302 abolition de l'ordre des Templiers. —1307. Annexion du Lyonnais,


 

 

 

 

TABLEAU DE LA CIVILISATION

Du XIIe au XIVe S., la Féodalité se transforme, puis s'affaisse.

 

LA ROYAUTÉ DEVIENT NATIONALE

Tandis que les seigneurs vont se faire tuer en terre d'Asie {Croisades), les richesses et le pouvoir des Capétiens s'accroissent si bien que Philippe Auguste et Louis IX peuvent triompher de la féodalité. D'ailleurs, très habilement, ils s'allient aux ennemis naturels de la féodalité qui sont: 1er l'Eglise qui, voulant dominer, cherche à réduire la caste féodale ; 2e le peuple.

Avec Philippe le Bel, la royauté devient vraiment souveraine et nationale. En effet : après avoir interdit au pape de s'occuper des affaires intérieures du royaume, il fait nommer un pape français. Clément V, qui réside en France, à Avignon ; puis il brise les Templiers, milice de la papauté. Ainsi, le peuple français vivra désormais sous l'autorité unique et nationale du roi.

 

JUSTICE. — PREMIERS IMPOTS

Dès Louis IX, les rois s'entourent de légistes qui ne reconnaissent que les droits de la royauté.

En 1302, Philippe IV établit en permanence à Paris le Parlement, véritable Cour de Justice. Pour les provinces, ce sont les officiers du roi (baillis an nord, sénéchaux au midi) qui reçoivent les plaintes des justiciables. Ainsi, la justice du roi est partout souveraine.

Jusqu'à Philippe IV, les rois ont payé toutes les dépenses sur leurs revenus personnels : serviteurs, soldats, juges. Mais le domaine royal, en s’agrandissant, voit s'accroître le nombre de: fonctionnaires. Or, il faut de l'argent pour le payer ; de là, cette nécessité des impôts (ou aides) Philippe IV est le premier roi qui exige l'impôt.

 Depuis, « dans le royaume de France comme jadis dans l'Empire romain, ce fut sur les sujet que toute la charge des dépenses politiques et administratives retomba. »

 

 

 

Bas Moyen Âge (1328-1517)

 

LES CAPÉTIENS VALOIS

 Avénementde Philippe VI de Valois, 1328.

— A la mort de Châties IV, deux prétendants se disputèrent la couronne : 1° Philippe, fils de Charles de Valois, frère de Philippe le Bel; 2° Edouard III, roi d'Angleterre, petit-fils, par sa mère Isabelle, de Philippe le Bel. L'assemblée des pairs et des barons appliqua la loi salique et proclama roi Philippe de Valois, qui régna sous le nom de Philippe VI, de 1328 à 1350.

Ce fut ainsi que la couronne passa à une branche cadette des Capétiens : la branche des Valois, qui régna jusqu’en 1498.

Sous le règne des Valois la France traversa deux crises terribles : 1° la Guerre de Cent Ans ;la lutte contre la Maison de Bourgogne.

 

La Guerre de Cent Ans. Ses causes.

— La guerre de Cent Ans a eu pour cause immédiate les prétentions d'Edouard III à la couronne de France. Mais les causes profondes, réelles, de cette guerre se trouvent : 1° dans la tradition de rivalité entre les deux nations, rivalité créée par la lutte des Capétiens et des Plantagenets; 2° dans les besoins de l'Angleterre, qui tirait de ses possessions françaises les produits qui lui manquaient, surtout les vins fournis par ses riches possessions de Guyenne. Dans cette longue lutte que sera la guerre de Cent Ans, l'unité du royaume si habilement, si lentement faite par les rois capétiens, sera exposée au plus grand des périls et, par deux fois, en 1360, après Brétigny, et en 1420, après Troyes, il s'en faudra de peu que la France ne perde son indépendance et ne devienne une annexe de l'Angleterre.

Les deux héros de la guerre de Cent Ans ont été : un Breton, Du Guesclin;

 et une jeune paysanne de Lorraine, Jeanne d'Arc.

 

La Guerre de Cent Ans, sous Philippe de Valois.

— La guerre de Cent Ans commença pendant le règne de Philippe VI et fut marquée par la bataille de l'Écluse (1340), par le désastre de Crécy (1346) et par le siège de Calais (1347).

La guerre de Cent Ans débuta chez les Flamands, alliés des Anglais, par la bataille navale de l'Écluse (1340). Les Français y furent vaincus.

 

Désastre de Crécy, 1346.

En 1346, Edouard III, dont les prétentions étaient de plus en plus âpres, pénétra en France, prit position sur une colline, près de Crécy, y plaça quelques bombardes à feu dont les Français ne se servaient pas encore. Toutes les dispositions prises, il fit reposer ses hommes en attendant l'ennemi. Les troupes de Philippe VI ne rejoignirent celles d'Edouard III qu'excédées de fatigue : six lieues de marche, par une pluie battante, dans des chemins défoncés! La pluie ayant distendu les cordes des arbalètes, les arbalétriers français ne purent tirer. « Sus à la ribaudaille! » crièrent nos chevaliers en se ruant sur leurs malheureux archers. Effroyable, sanglante cohue!... 3800 morts restèrent sur le champ de bataille, dont 1800 chevaliers.

 

Siège de Calais, 1347.

Edouard III, victorieux, grâce à la discipline de son infanterie et son armement, grâce surtout à l'indiscipline des chevaliers français, alla mettre le siège devant Calais ; il voulait avoir un port d'accès facile en France.

Calais se défendit héroïquement. Mais les Anglais triomphèrent et restèrent maîtres de Calais. Ils conserveront ce port pendant 210 ans.

 

La Guerre de Cent Ans sous le règne de Jean le Bon, 1350-1364.

— La guerre avec l'Angleterre, interrompue grâce à une intervention du pape, reprit en 1355, sous le règne de Jean le Bon, fils de Philippe VI;  elle fut marquée par la défaite de Poitiers (1356) et par le honteux traité de Brétigny (1360).

Le désastreux règne de Jean le Bon s'acheva par une mesure des plus funestes : il donna le duché de Bourgogne à son quatrième fils, créant ainsi une puissance qui sera redoutable pour le royaume.

 

Désastre de Poitiers, 1356.

— Le fils du roi d'Angleterre, le Prince Noir, à la tête de bataillons anglais, saccageait toutes nos provinces de l'Ouest.

Il se retirait sur Bordeaux avec un immense butin, quand le roi Jean, qui le poursuivait, l'atteignit â Poitiers et donna l'ordre à ses troupes de le cerner.

C'était là une bonne tactique : les Anglais, privés de vivres, mourant de soif, allaient être forcés de se rendre. Jean n'avait qu'à ne pas combattre et les Anglais étaient vaincus. Mais il voulut effacer la honte de Crécy : il la doubla! »

A la tête de sa noblesse téméraire et indisciplinée, il alla follement se jeter contre les Anglais campés sur une colline; ceux-ci n'eurent pas de peine à cribler de flèches les imprudents chevaliers. L'armée française fut complètement défaite : le roi Jean fut même fait prisonnier(1356).

Le désastre de Poitiers eut pour conséquence le traité de Brétigny, signé en 1360, par lequel Jean le Bon cédait à Edouard III le Poitou, la Saintonge, le Limousin et le Périgord, plus une rançon de 3000 000 d'écus d'or (250 millions de francs). La rançon fut payée, mais les autres clauses du traité ne furent pas tenues.

 

Leçons_complètes_d'histoire_ _histoire_[

Les États généraux de 1356.

— Jean le Bon était prisonnier des Anglais: or, il fallait de l'argent, non seulement pour continuer la guerre, mais pour payer sa rançon.

Le dauphin, enfant de quinze ans, convoqua les trois Ordres pour obtenir les subsides nécessaires. 

Le tiers état avait comme président Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris. Ce fut lui qui dirigea l'Assemblée, car la noblesse avait sombré à Crécy et à Poitiers ; et le clergé presque tout entier, avait fait cause commune avec le tiers.

Les Etats de 1356 votèrent de nouveaux impôts pour continuer la guerre contre les Anglais, mais le tiers entendait mettre la royauté en tutelle, et il émit les vœux suivants :

1° les Etats se réuniront deux fois l’an ; 2° les finances seront administrées par les Etats généraux eux-mêmes, et tout le monde payera l’impôt de guerre. Mais ces idées démocratiques étaient trop avancées pour l’époque : la France ne les adopta pas.

 

 

59. Etienne Marcel était un homme remarquablement intelligent et énergique. Son but était de soustraire la France aux seigneurs qui disposaient, comme d'une proie, de notre pays qu'ils ne savaient même plus défendre. Il voulut que la France se gouvernât elle-même par ses représentants. Cela se fait aujourd'hui. Mais, à cette époque, cet idéal républicain était d'une réalisation impossible.

« Si les provinces avaient suivi Paris, la France aurait à la fois chassé l'étranger et remédié à l'inintelligence des Valois. Mais cette France du Moyen Age ne comprit pas. "Les provinces abandonnèrent. Paris. » Et, pour avoir tenté une révolution impossible alors, Etienne Marcel fut poussé à des excès de violence qui le perdirent.

C'est ainsi qu'il entreprit de faire monter sur le trône un petit-fils de Louis X : Charles le Mauvais, roi de Navarre, l'allié des Anglais ! Il allait lui ouvrir les portes de Paris lorsqu'il fut assassiné par Jean Maillard, l'un des chefs du parti royaliste : ce parti avait déclaré Etienne Marcel coupable de trahison. Ainsi, le grand effort de cet homme remarquable fut inutile et tout retomba dans le chaos.

 

 La Jacquerie.

60. — Pour faire triompher sa cause, Étienne Marcel n'avait pas seulement fait alliance, avec Charles le Mauvais ; il avait aussi fait alliance avec les paysans qui, ruinés par la guerre des Anglais et par la guerre civile, maltraités par les nobles, s'étaient révoltés et avaient déterminé au coeur même de la France l’épouvantable explosion de fureur que l'histoire appelle la Jacquerie (1358).  

Au xiv siècle, les paysans n'étaient plus les serfs de l'âge précédent; ils avaient acquis quelques richesses; leurs fermes et leurs villages étaient fortifiés; ils avaient même l'usage des armes. Mais depuis les batailles de Crécy et de Poitiers, les seigneurs, pour approvisionner leurs châteaux et solder leurs hommes d'armes, les avaient cruellement tyrannisés, leur enlevant bestiaux, charrues, vêtements, vivres; les réduisant à la condition des bêtes, les torturant à plaisir, les tuant sans pitié.

Les paysans, « jusque-là indifférents aux affaires générales de l'État, commencèrent à comprendre que les grandes batailles se livraient et se perdaient à leurs dépens ». Poussés à bout, ils résolurent de se venger de leurs longues souffrances.

« Ce serait grand bien, disaient-ils, que tous ces nobles fussent détruits : au lieu de nous défendre, ils nous font plus de mal que les ennemis. » Alors « ils montrèrent la férocité d'esclaves qui ont brisé leurs chaînes et qui tiennent sous la main leurs oppresseurs ». La révolte sévit surtout dans la France septentrionale.

Les Jacques attaquèrent les châteaux et les monastères, brûlèrent, massacrèrent tout; ils s'en donnèrent à pleine joie sur leurs tyrans et leur rendirent au centuple leurs atrocités. Ils se firent un roi auxquels ils donnèrent le surnom de Jacques Bonhomme, du nom que les seigneurs donnaient par dérision aux paysans.

De son côté, la noblesse se mit en campagne contre les Jacques.  Dès lors, la guerre fut partout et l'anarchie devint effroyable : bandes anglaises, troupes de Jacques, milices bourgeoises, bannières de chevaliers, couraient les unes sur les autres en un désordre sans exemple.

Le roi des Jacques fut pris : on le couronna d'un trépied brûlant et il fut pendu. Enfin, au bout de six semaines, les campagnes étaient rentrées dans le silence, mais incultes et... dépeuplées !. (D'après LAVALLEE) 

 

REPRISE DE LA GUERRE DE CENT ANS

Sous Charles V, 1364-1380.

— Les Grandes Compagnies. — Le traité de Brétigny, qui suspendit la guerre avec les Anglais pendant neuf années (1360 – 1369), ne donna pourtant pas le repos complet à la France. Les Grandes Compagnies, mercenaires qui se louaient pour faire la guerre, se trouvant sans travail, ravageaient le pays. Du Guesclin les entraîna : 1° en Bretagne : 2° en Espagne

En Bretagne, deux prétendants se battaient pour la couronne ducale : l'un, Charles de Blois, soutenu par la France; l'autre, Jean de Montfort, soutenu par l'Angleterre. Mais Charles de Blois fut tué à Auray et Du Guesclin fait prisonnier. Le roi Charles V paya la rançon de son infortuné serviteur, puis termina la guerre de Bretagne par le traité de Guérande (t365) qui reconnaissait Jean de Montfort comme duc de Bretagne.

 En Espagne, deux frères, Henri Transtamarre, protégé de la France, et Pierre le Cruel, protégé de l'Angleterre, se disputaient le trône de Castille. Du Guesclin combattit pour Henri Transtamarre ; mais le vainqueur de Crécy et de Poitiers, le prince Noir, le fit une deuxième fois prisonnier à la bataille de Navarette (1367). La rançon payée, et Du Guesclin rendu à la liberté, il retourna se battre en Castille; Pierre le Cruel fut tué au combat de Montiel (1369). Cette expédition eut surtout pour résultat de débarrasser la France des Grandes Compagnies.

 

Reprise de la guerre avec les Anglais, 1369.

— La guerre directe avec les Anglais recommença en 1369. Charles V, dont la main débile ne pouvait tenir une épée, avait l'âme forte et l'esprit supérieur. Il savait prévoir et vouloir. Très habile diplomate, il avait conclu de nombreuses alliances, négocié d'utiles mariages.... Bref, il avait orienté toutes les chances de son côté. Il mit sur pied quatre armées et nomma Du Guesclin connétable, avec ordre d'envahir la Guyenne. Dans le même temps (1370), l'évêque de Limoges, allié des Anglais, « se tournait vers les Français ».

Furieux de cette défection, le prince Noir entra à l’imoges, fit décapiter 30 000 citoyens; mais, atteint d'une maladie mortelle, il dut quitter la France. Il ne rentra en Angleterre que pour languir et mourir. Le connétable Du Guesclin évita constamment les batailles ; il fit une guerre d’escarmouches ; il épuisa l’ennemi en le harcelant sans répit. Si bien que, en 1380, à la mort de Charles V, les Anglais n’avaient plus en France que cinq villes : Bayonne, Bordeaux, Brest, Cherbourg et Calais.

 

Sous le règne de Charles VI, 1380-1422.

- Des révolutions dynastiques ayant surgi en Angleterre, la substitua l'adresse, la guerre fit trêve et la France eut, durant trente-cinq années (jusqu'en 1413) la paix avec sa rivale d'outre-mer. Mais notre malheureux pays, au lieu de se refaire, devint alors la proie de la guerre civile.

La mort prématurée de Charles V ayant donné la couronne à un enfant f de douze ans, Charles VI, le gouvernement fut exercé par les trois oncles du petit roi : les ducs de Berry, d'Anjou et de Bourgogne, hommes cupides et cruels, qui écrasèrent le peuple d'impôts.

 En 1392, Charles VI devint fou ; une nouvelle période de désastres commença, que marquèrent si tristement: 1° la guerre des Armagnacs et des Bourguignons; 2° la défaite d'Azincourt et le traité de Troyes.

 

Guerre des Armagnacs et des Bourguignons.

— Charles VI étant tombé en démence, son frère, le duc d'Orléans, marié à la fille du comte d'Armagnac, et son oncle, le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, se disputèrent le pouvoir avec acharnement. Jean sans Peur fit assassiner Louis d'Orléans (1407). Dès lors, le royaume se divisa en deux camps : d'un côté, les Bourguignons, soutenus par la milice sanguinaire des Cabochiens ou Écorcheur; de l'autre, les Armagnacs, ayant à leur tête le fils de Louis d'Orléans, qui avait juré de venger son père. (Ce fils s'appelait également Louis). De part et d'autre, il y eut des luttes effroyables!...

En 1419, Jean sans Peur payera son crime : Louis d'Orléans le fera assassiner au pont de Montereau.

 

Reprise de la guerre avec l'Angleterre.

— Henri V profita des discordes de notre pays pour recommencer la guerre. Avec le concours du duc de Bourgogne, il s'empara de la Normandie.

Mais le comte d'Armagnac, à la tête de la cavalerie féodale, marcha contre les Anglais et les Bourguignons : une bataille eut lieu à Azincourt (1415). Hélas! ce fut une déroute complète.

Cinq ans après Azincourt, en 1420, la reine Isabeau de Bavière fit signer au pauvre roi dément le traité de Troyes. Ce traité excluait le dauphin du trône et donnait la France entière en dot à la fille de Charles VI, Catherine, qui épousait le roi d'Angleterre.

Mais le pays ne sanctionna pas la trahison de cette mauvaise mère. La France refusa de se livrer à l’Angleterre.

 

La France à la mort de Charles VI.

En 1422, le fils du roi d'Angleterre fut, en vertu du traité de Troyes, proclamé roi de France et solennellement couronné à Paris, sous le nom de Henri VI. Quant au fils déshérité de Charles VI, il s'était réfugié au sud de la Loire, à Bourges. Mais ce « roi de Bourges » avait un grand avantage sur l'autre, il était Français et il avait pour lui tout ce qui était français dans le pays.

En 1428, les Anglais vinrent assiéger Orléans, clef de la Loire: ils allaient s'en emparer quand parut Jeanne d'Arc, la Fille au grand coeur! »

 

Jeanne d'Arc.

—Jeanne d'Arc naquit vers 1412, à Domrémy, sur la frontière des deux provinces de Lorraine et de Champagne, restées fidèles à la France et à la cause de Charles VII. Jeanne exprimait l'ardeur patriotique de ces deux provinces en disant : « Mon coeur saigne quand je vois couler le sang d'un Français. » Ce vif patriotisme se confondait en elle avec un sentiment de piété mystique.

 « Par-dessus tout, elle était simple ; elle resta toujours si près de la nature que ceux qui ne croient qu'à la nature sourient à cette fleur des champs, à cette fraîche tige sauvage et parfumée, en sorte qu'elle fait encore les délices de ceux qui, dans leur philosophie, s'en tiennent aux apparences et craignent que tout ne soit illusion.

La loyauté avec laquelle elle servit son roi va droit au coeur de ceux qui gardent le deuil de l'ancienne monarchie. Elle vécut, elle s'arma, mourut pour la France, et c'est ce qui nous la rend chère à tous indistinctement. Étant d'humble naissance et pauvre, elle fit ce que n'avaient pu l'aire les riches et les grands, gloire cl dans la victoire, elle aima les humbles comme des par- là, elle nous est douce et sacrée. Notre démocratie moderne ne peut que vénérer celle qui a dit:

• J'ai été envoyée pour la consolation des pauvres et des indigents.

• Ce n'est pas tout encore. Il y avait en elle des contrastes charmants qui la rendent aimable à tous .... c'était une fil du peuple et c'était un bon chevalier.

•  La patrie et l'humanité lui doivent les plus pieux hommages. » (ANATOLE FRANCE.)

 

Orléans, 1429.

— jeanne écoutait des voix célestes qui lui disaient de sauver la France.

Elle avait si grande foi en sa mission que, triomphant des résistances paternelles, elle s'en alla trouver le dauphin à Chinon. Elle avait alors dix-sept ans. Charles se laissa convaincre et lui donna des hommes d'armes. Jeanne revêtit une armure complète, monta un cheval de bataille et, tenant ferme son étendard blanc, marcha sur Orléans. Elle fit bien comme elle avait dit : le 8 mai 1429, le siège d'Orléans était levé, et les Anglais chassés des alentours.

 

Reims, 1429.

— Jeanne d'Arc, victorieuse à Orléans, conduisit le Dauphin à Reims pour qu’il y fût sacré. Le 17 juillet 1429, date du sacre, le dauphin devenait, par le fait même de son sacre, le roi légitime de France sous le nom de Charles VII. Dès lors, sauf à Paris, le roi d'Angleterre ne fut plus considéré que comme un usurpateur.

 

Compiègne, 1430

.— Jeanne ayant accompli les deux grands actes de sa mission ; 1° la délivrance d'Orléans ; 2° le sacre du roi à Reims, eût souhaité retourner à son village : « Ma mission est accomplie », disait-elle. Mais on la mena sur Paris, qui refusait d'ouvrir ses portes à Charles VII; elle y échoua et fut blessée. Peu de temps après, elle fut prise à Compiègne et livrée aux Anglais.

 

Rouen, 1431.

— Les Anglais transportèrent leur captive à Rouen. Ils l'accusèrent de sorcellerie. Pendant son procès inique, elle confondit ses juges, présidés par Pierre Cauchon, êvêque de Beauvais, « l'une des plus hideuses figures de l'histoire » et que Jeanne a flétri par cette phrase de désespoir qui a traversé les siècles : « Evêque, je meurs par vous ». Mais sa condamnation, résolue d'avance, avait été payée à ses mauvais juges.

 

Jeanne d'Arc fut brûlée vive à Rouen, le 30 mai 1431; elle avait dix-neuf ans!... Sur son bûcher la martyre de la patrie n'eut pas un reniement; le doute sur « sa mission » divine ne l'effleura pas. Les Anglais en proie aux remords purent dire : « Nous sommes perdus; nous avons brûlé une sainte!... »

 

 

Les résultats de la guerre de Cent Ans.

— La France sortit de la guerre de cent Ans effroyablement ravagée et dépeuplée. Dans certaines régions, aux environs de Sentis par exemple, on ne trouvait plus un seul habitant dans les villages totalement abandonnés. Des villes avaient presque disparu. Limoges, en 1435, n'avait plus que cinq habitants. De cette épouvantable misère, la France se remit assez rapidement.

 Elle gagna à la guerre de Cent Ans d'avoir définitivement chassé les Anglais de son sol, en leur enlevant la Guyenne, qui leur appartenait depuis le mariage d'Eléonore d'Aquitaine avec Henri Plantagenet.

Mais surtout, la France gagna à la guerre de Cent Ans de prendre conscience d'elle-même. Avant la guerre, il y avait des provinces françaises, mais point de peuple français. C'est au milieu des souffrances de l'invasion que les Français se sont tous sentis frères ; c'est dans la douleur de la défaite qu'est né le patriotisme français. (D'après A. MALET.)

 

Fin de la guerre de Cent Ans.

 - En 1450, le connétable de Richemont, frère du duc de Bretagne, attaqua les Anglais à Formigny, près de Saint-Lô; il leur infligea une défaite complète; et en 1451, ils durent quitter la Normandie qu'ils occupaient depuis 35 ans.  

Bordeaux, à la suite de la victoire de Castillon (1453), se rendit et Charles VII rentra en possession de l'héritage d'Éléonore : l'Aquitaine où les Anglais étaient installés depuis le XIIe siècle, redevint française.

Dès lors, les Anglais ne possédant plus que Calais, la guerre de Cent Ans était bien finie. 

 Administration de Charles VII.

— Après avoir terminé la guerre de Cent Ans, Charles VII travailla à réparer les malheurs de la France, à mettre de l'ordre dans tous les services de l'État et à fortifier l'autorité royale. Déjà, en 1438, il avait publié la Pragmatique Sanction de Bourges, destinée à régler les relations des deux grandes puissances: la puissance spirituelle et la puissance temporelle.  

La France doit à Charles VII deux créations très importantes : 1° la création d'une armée régulière et permanente ; 2° la création de l'impôt permanent pour solder l'armée régulière. Avec l'armée permanente, créée sur les conseils du connétable de Richemont, le roi eut désormais une force tout à lui et toujours disponible pour réduire les nobles; l'art de la guerre se perfectionna et peu à peu l’armée féodale disparut. 

Quant à l'administration, des finances, elle fut confiée à Jacques Coeur, riche négociant de Bourges, qui mit à la disposition du roi son énorme fortune. Ce fut le premier ministre des finances, ou argentier, qu'ait eu la France. « Charles Vil témoigna l'ingratitude la plus odieuse à son argentier; il l'abandonna à la jalousie des  courtisans comme il avait abandonné Jeanne d'Arc à la haine des Anglais.  

 

Destruction de l'Empire d'Orient par les Turcs, 1453.

— A l'époque où la guerre de Cent Ans venait de se terminer (1453), les Turcs, commandés par Mahomet II, s'emparèrent de Constantinople, héroïquement défendu par l'empereur Constantin XIII, et détruisirent l'Empire byzantin ou Empire grec, que Théodose mourant (395) avait détaché de l'Empire romain. L'Empire grec s'était maintenu pendant plus de 1000 ans. 

 

— Fin du Moyen Age.—

C'est à la date de 1453 que s'arrête l'histoire du Moyen Age.  En effet : maintenant que les grands États d'Europe sont constitués, des rivalités de nation à nation vont se manifester. En même temps, de grandes inventions, de grandes découvertes vont transformer les relations du Monde.

 

 

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29 juin 2020

Le moulin cavier de Puy d'Ardanne à Chalais

Le moulin cavier de Puy d'Ardanne à Chalais

Le moulin de Puy d'Ardanne à Chalais, situé à proximité de Loudun dans la Vienne, est un moulin-cavier dit de type angevin dont l'origine remonte au XVIIIe siècle.

Il sur une butte de tuffeau à 124 m d'altitude, il domine la vallée de la Briande

 

La hucherolle (cabine) a été restaurée en 1996

https://chalais-86.fr/puy-dardanne/

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28 juin 2020

Le moulin de Beauregard à Marans, le seul moulin à vent construit au milieu du XVIIe siècle en activité dans tout l’Aunis.

Le moulin de Beauregard à Marans, le seul moulin à vent construit au milieu du XVIIe siècle en activité dans tout l’Aunis

Le port maritime de Marans est situé sur la Sèvre-Niortaise. Il à son origine au barrage écluse de Marans, en aval du pont de pierre de la route nationale n° 137 où cesse la navigation fluviale.

A Marans commence la navigation maritime qui présente un développement de 20 kilomètres 600 mètres jusqu'à l'embouchure de la Sèvre dans la rade de l’Aiguillon, ou de 15 kilomètres 200 mètres seulement jusqu'au corps de garde du Brault, limite du domaine maritime fixé par décret du 23 novembre 1857.

Le barrage écluse de Marans a pour but de séparer complètement les eaux douces des eaux salées et de maintenir dans la Sèvre supérieure un niveau convenable pour la navigation fluviale et pour l'abreuvement des marais. Les manoeuvres de ce barrage ou plutôt de celui qui existait à la tête amont du pont de la route 137, ont été réglées par un arrêté préfectoral du 4 avril 1860.

Marans vue prise du pont Saint Jean O de Rochebrune inv fec et exc 26 nov 1860

(Marans vue prise du pont Saint Jean  O de Rochebrune inv fec et exc 26 nov 1860)

Aux termes de cet arrêté, cette séparation n'est pas absolue, et à plusieurs reprises, il a été nécessaire de laisser remonter l'eau salée en vue de combattre les envasements du port.

Depuis quelques années on a évité complètement cette introduction d'eau salée très-nuisible au triple point de vue de l'agriculture, de la salubrité et de la conservation du poisson d'eau douce.

Le port de Marans n'était qu'un port d'échouage. Il est bordé de murs de quai présentant un développement de

685m sur la rive gauche.

375m sur la rive droite.

Ensemble .1,060 mètres.

Un bassin triangulaire d'évitement et une cale de radoub de 50 mètres de long sont établis sur la rive droite à l'aval du port.

Les navires y trouvent un mouillage de :

En haute mer de vive eau, barrage fermé 4 40

En haute mer de vive eau, barrage ouvert 3 66

En haute mer de morte eau, barrage fermé 3 20

En haute mer de morte eau, barrage ouvert ., 2 80

A basse mer, sauf durant les crues, le port est à sec ou à peu près.

 

Utilisation de la rivière du Moulin des Marais comme bassin de chasse, pour le dévasement du port.

Le débit de la Sèvre, pendant l'été, est trop faible pour pouvoir combattre les envasements du port à l'aide d'eau douce. Comme la vase atteindrait une hauteur nuisible à la navigation, si elle n'était pas chassée au fur et à mesure qu'elle se dépose (surtout depuis que la course des marées est interceptée au barrage de Marans), nous nous servons d'eau de mer pour la refouler.

A cet effet, nous retenons l'eau salée dans le bras de la rivière dit du Moulin des Marais. Ce bras barré à ses deux extrémités est relié avec le port par un canal de chasse, dont l'embouchure dans le port est à 200 mètres de son origine. Mais ce bras s'envase également, bien que l'on ait soin de ne faire des prises d'eau qu'à la surface, et il ne peut être dévasé que lorsque le débit de la Sèvre le permet.

De même que les années précédentes, un crédit de 3,500 francs est affecté en 1881 au dévasement de la rivière du Moulin des Marais.

Les dévasements du port de Marans se divisent en deux périodes.

Pendant l'été ils se font d'une manière suffisante quoique incomplète à l'aide d'eau de mer emmagasinée.

Pendant l'automne et pendant l'hiver on déblaie complètement au moyen d'eau douce.

Pendant l'étiage on combat l'envasement du port au moyen de bacs à râteau.

 

Le Moulin de Beauregard fut construit au XVIIe siècle après le siège de La Rochelle et la destruction par les troupes royales de Richelieu des moulins d'Aunis.

 Le siège de La Rochelle lui donnera une grande importance en 1627 et 1628 du fait du séjour de LOUIS XIII dans l’attente de la reddition de la Cité rebelle.

L’édit de grâce d'Alès promulgué par le roi de France Louis XIII le 28 juin 1629, Richelieu donne aux protestants la liberté de culte, mais en ordonnant la destruction de toutes les places fortes ; le souhait est d’éviter un nouvel épisode de La Rochelle et d’empêcher les protestants de à nouveau se protéger.

 

Richelieu fera raser le château de Marans en 1638 pour éviter qu’après le départ des troupes royales ne s’y installent les troupes réformées. Dès lors, une partie de son emplacement devint la possession du seigneur, et l’autre fut donnée en 1659, par Jean, sire de Bueil, seigneur de Marans, aux pères Capucins, pour y bâtir un couvent.

Ce moulin-tour du XVIIe siècle, racheté en 1994 et restauré à l'identique en 1999 par la commune de Marans est équipé d'ailes Berton. Il produit une farine de blé issu de l'agriculture biologique (farine certifiée par Qualité France FRAO2). Vente de produits locaux sur place.

Contact :
Association des Amis du Moulin de Beauregard
Françoise Sausseau, présidente
17 Avenue de Verdun
17230 Marans
tél. : 33 (0)6 81 11 01 96
courriel : lemoulindebeauregard@yahoo.fr
site internet : www.lemoulindebeauregard.fr

 

Rapports et délibérations / Conseil général de la Charente-Maritime

 

 Les sièges de Ré et La Rochelle, digue de Richelieu <==.... ....==>Marans et son patrimoine : le pont en pierre de la route royale 137

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27 juin 2020

de LUSIGNAN comte d’EU, seigneur d'Issoudun Seigneur de la châtellenie de Benet, Fontblanche, Melle, Civray, Chizé, la Mothe

de LUSIGNAN comte d’EU, seigneur d'Issoudun Seigneur de la châtellenie de Benet, Fontblanche, Melle, Civray, Chizé, la Mothe (Saint-Héray), Villeneuve, Sainte-Soline et Beauvoir

Raoul de LUSIGNAN, seigneur d'Issoudun, de Melle et de Civray…..

 était le sixième fils de Hugues VIII de Lusignan et de Bourgogne de Rancon de Taillebourg (la  plus belle lignée qui jamais était sortie de notre terre poitevine.)

Tandis que ses frères Geoffroy, Amaury et Guy allaient conquérir des couronnes en Orient, Raoul, non moins heureux, acquérait sans s'expatrier le comté d'Eu en épousant Alix, soeur du dernier comte d'Eu, appelé Raoul Ier.

Lusignan se fit reconnaître sous le nom de Raoul II en 1126. Son attachement au roi d'Angleterre Henry II, dont il était le vassal, lui attira deux ans après la colère du roi de France; mais il persista dans le serment qu'il avait prêté, et demeura constamment fidèle à Henry II et à Richard Cœur de Lion son successeur.

Il ne fallut rien moins pour le détacher du parti des Anglais que l'insulte faite à son neveu Hugues X, dit le Brun, par le roi Jean Sans terre. Ce souverain, lui avait enlevé sa fiancée au moment même de ses noces.

 Raoul en cette occurrence se rangea du côté de son parent et prit les armes contre le roi d'Angleterre. Néanmoins on a la preuve qu'il fit plus tard sa paix avec son suzerain, puisqu'on le voit se déclarer en 1214 pour le roi d'Angleterre et combattre dans son armée à la bataille de Bouvines contre le roi de France. Philippe-Auguste le punit de sa félonie par la confiscation de ses biens.

Obligé, pour soustraire sa tête au ressentiment royal, de fuir la France, où il ne possédait plus un coin de terre, Raoul se souvint que ses frères gagnaient des royaumes et des duchés en Palestine. Il se rendit auprès d'eux, pauvre, dénué de tout, mais bouillant de courage et d'ambition.

Sa valeur le fit bientôt distinguer et placer au rang des premiers capitaines de l'armée chrétienne; malheureusement la mort vint l'arrêter dans la prestigieuse carrière qu'il annonçait devoir parcourir.

 

Raoul II de Lusignan, dit Raoul d'Exoudun en Poitou

, frère de Hugues IX de Lusignan, premier comte de La Marche de la famille Lusignan, devint comte d'Eu par son mariage avec l'héritière du comté.

II meurt à Melle en Poitou (et non en Terre-Sainte) l'an 1219, entre le 28 avril et le 17 mai et sera inhumé dans la chapelle du prieuré de Fontblanche qu'il avait fait édifier

Enfants :  1e. Raoul III, qui suit; 2. Guérin qui demeurait à Oxford en 1215 3. Jeanne, dame de Griel, vivante encore en 1252, mais décédée avant le 24 janvier 1256; 4. une fille dont le nom commençait par une M.

 

Raoul de LUSIGNAN, comte d'Eu, IIIe du nom,

1219. RAOUL III DE Lusignan, ou mieux D'EXOUDUN, fils de Raoul II. et d'Alix, ne prit pas le titre de comte d'Eu, à la mort de son père, sa mère administrant peut-être alors le comté.

Sa mère, sans autres ressources que celles qui lui venaient de la pitié du roi de France; Alix, à la mort de son époux, réclama sa réintégration dans le comté d'Eu qui provenait de son chef.

Il s'ensuivit au mois d'août de la même année un accommodement aux termes duquel Philippe-Auguste rendit le comté d'Eu moyennant la cession qui lui était faite en toute propriété des seigneuries d'Arqués et de Driencourt, appelées depuis de Neufchâtel et de Mortemar.

Le jeune Lusignan, remis ainsi en possession des domaines de sa famille, se fit reconnaître en qualité de comte d'Eu sous le nom de Raoul III, et épousa en 1222 Jeanne de Bourgogne, fille du duc Eudes III, duc de Bourgogne. Cette union eut peu de durée; la jeune épouse mourut, diton, d'une fausse couche.

En juillet 1234, il confirma tous les dons faits par ses prédécesseurs à l'abbaye des Chateliers, à Benais, et ailleurs.
Il concéda à l'abbaye de Maillezais le tiers du droit de pacage de Benet, Sainte-Christine et Nauvert. Alix meurt à Villeneuve en Poitou, non en 1227 mais en 1245.

Seconde femme Yolande de Braine, fille de Robert II, comte de Dreux, qui mourut avant le 20 mars 1239. Troisième femme Philippote, que l'on croit de la famille de de Simon de Dammartin comte de Ponthieu, et qui fit hommage en qualité de baillistre au comte de Poitiers en 1246.

Raoul mourut en 1249, ne laissant qu'une fille née de son troisième mariage.

Cette fille, appelée Marie, seule héritière de son père

 

 

V. 1246. MARIE D'EXOUDUN et ALPHONSE DE BRIENNE.

Marie était fille de Raoul III d'Exoudun et, croit-on, de sa seconde femme, Yolande. Elle hérita du comté d'Eu à la mort de son père, dont elle était la seule héritière.

, épousa Alphonse de Brienne Acre, auquel elle apporta en dot la souveraineté du comté d'Eu et mourut (non en 1252), mais le Ier octobre 1260.

Avant 1252 Alphonse de Brienne Acre, fils de Jean 1er de Brienne, roi de Jérusalem, fut chambrier de France, à partir de 1255.

Il tenait d'Alphonse, comte de Poitou, Civray, la châtellenie de Chizé, le château de Benais, le château de la Mothe Saint-Héray, avec toutes ses appartenances, comme homme lige du comte, à cause de sa femme.

Il prit part à la première croisade de saint Louis en Palestine (3); accompagna le roi en Afrique et mourut devant Tunis de la peste l'an 1270.

Enfants 1. Jean de Brienne-Eu, qui suit.

 

1270. JEAN DE BRIENNE, Ier du nom comme comte d'Eu,

fils d'Alphonse de Brienne et de Marie d'Exoudun, héritière d'Eu. C'est son père Alphonse, et non lui, comme on l'a dit, qui suivit le roi saint Louis en Terre-Sainte, Jean ayant à peine quatre ans lors du départ des croisés. Il mourut en 1294.

— Femme : Béatrix, fille de Guy III de Châtillon, comte de Saint-Pol.

Enfants : 1er. Jean de Brienne-Eu II, qui suit; 2. Isabelle. femme de Jean II, dit de Flandre, seigneur de Dampierre; 3. Jeanne, femme, 1° de Raymond VII, vicomte de Turenne; 2e de Renaud de Picquigny, vicomte d'Amiens; 4. Marguerite, femme de Guy II. vicomte de Thouars; 5. Mahaut ou Mathilde, abbesse de Maubuisson.

 

1294. JEAN DE BRIENNE-EU, IIe du nom, fils de Jean de Brienne -Eu ler,

tué à la bataille de Courtray, le 11 juillet 1302. Femme Jeanne de Guines, fille et héritière de Baudouin de Guines.

Enfants : 1er. Raoul de Brienne-Eu, qui suit; 2. Marie, morte jeune.

 

1302. RAOUL DE BRIENNE-Eu, IIe du nom (ou Raoul IV), fils de Jean de Brienne-Eu,

 II, succéda à sa mère dans le comté de Guines, fut connétable de France en 1330, après la mort de Gaucher de Châtillon, et fut tué dans un tournoi le 18 janvier 1345.

 Femme : Jeanne de Mello? Enfants 1. Raoul III, qui suit; 2. Jeanne, duchesse d'Athènes, en 1344, par son mariage avec Gautier de Brienne, tué à la bataille de Poitiers en 1356; se remaria à Louis II d'Evreux, comte d'Etampes.

1345. RAOUL DE BRIENNE-EU, IIIe du nom (Raoul V),

fils de Raoul Il de Brienne-Eu, connétable de France, décapité le 19 novembre 1350.

 En lui finit la branche des comtes d'Eu de la maison de Brienne.

 

Trésor de chronologie, d'histoire et de géographie pour l'étude et l'emploi des documents du moyen-âge / par M. le Cte. de Mas Latrie,...

Notice historique sur Brienne / par J.-A. Jaquot

 

 

Armoiries

Seigneurs d'Exoudun, comtes d'Eu (XIIIe siècle) Burelé d'argent et d'azur, au lambel de gueules

Gautier IV (1205 † 1246), comte de Brienne et ses descendants.  d'azur, semé de billettes d'or, au lion du même, armé et lampassé de gueules, brochant sur le tou


Armoiries de Raoul 1er de Brienne, comte d'Eu et de Guînes 1329-1344, Connétable de France,

Écartelé : I et IV, d'azur, semé de billettes d'or, au lion du même, armé et lampassé de gueules, brochant sur le tout ; II et III, d'azur à la bande d'argent côtoyée de deux doubles cotices potencées et contre-potencées d'or ; sur-le-tout d'argent à la croix potencée d'or, cantonnée de quatre croisettes du même

 

 

 

 

 

 L’histoire de Benet (sous-les-Noyers) et son château médiéval <==.... ....==> Au début du XVIIIe siècle, la châtellenie de Benet revint à nouveau aux Lusignan par le mariage de Marie d'Estissac

 


 

Amaury II de Lusignan - du Poitou Mélusine au roi de Chypre et de Jérusalem -

Amaury II de Lusignan, né vers 1145 dans le Poitou, est le quatrième fils de Hugues VIII le Vieux, seigneur de Lusignan et comte de la Marche, et de Bourgogne de Rançon.

 

(1) Voy. la Chronologie des comtes d'Eu issus de la famille de Lusignan, par M L. Delisle. Bibl. de l'École des chartes. 4e série, t. II, p. 545.

(2) Et non d'Issoudun, en Berry. Exoudun est une commune du départ. des Deux-Sèvres, arrond. de Melle.

(3) Voy. les observat. de M. Delisle, Chronol, citée, p. 553.

Les chrétiens de la Palestine étant venus demander à Philippe-Auguste, roi de France, un époux pour Marie, héritière du royaume de Jérusalem, le roi choisit Jean de Brienne comme propre au commandement, courageux, habile dans la guerre et sage dans les conseils, aptum, in armis probum, in bellis securum, in agendis providum , Johannem comitem Brennensem, dit l'historien Sanuto.

Il épousa l'héritière du royaume de Jérusalem, et fut, en 1209, sacré et proclamé roi de cette ville.

Plus tard, en 1229, il devint empereur de Constantinople. Il mourut le 23 mars 1237. Sa fille, Marie de Brienne, devint impératrice par son mariage avec Baudoin II.

Gauthier III eut pour successeur au comté de Brienne Gauthier IY, dit le Grand, son fils posthume.

Sanuto nous apprend que durant sa minorité et pendant qu'il séjournait en Pouille, Jean de Brienne, son oncle, fut son tuteur et tint le comté de Brienne à titre de bail. C'est pourquoi ce dernier, suivant la coutume du temps, s'intitula comte de Brienne. Il est ainsi qualifié dans quelques titres du cartulaire de Champagne de l'an 1209, et par Albéric en l’an 1210. Il tint le comté, dont il gouverna les terres et seigneuries, jusqu'à ce que son neveu fût en âge de les régir par lui-même.

 Pendant que Jean de Brienne était roi de Jérusalem, il nomma des gouverneurs au comté de Brienne : parmi eux on voit Jacques de Durnay, chevalier champenois, qui prend la qualité de comitatús Brenensis procurator pro domino rege Hierosolimae, comite Brenœ. Le roi de Jérusalem aurait pu tenir ce comté jusqu'à ce que son neveu fût âgé de 21 ans, âge fixé par les lois pour la majorité.

Mais il le lui restitua avant ce temps, comme nous l'apprend la lettre qu'il écrivit au mois d'avril 1221, à Blanche , comtesse de Champagne, et à Thibaut, son fils. Par cette lettre , il les prie de mettre Gauthier, son neveu, qui à cette époque revenait en Champagne, en possession du comté de Brienne, et de ne pas le retenir en leurs mains, sous prétexte qu'il en a été fait hommage à lui tuteur, ou que son neveu n'a pas encore atteint l'âge de majorité, son intention étant qu'il entre de suite en possession.

L'année suivante, au mois de novembre, le jeune comte, qui était de retour dans sa terre, fit hommage lige au comte de Champagne des seigneuries d'Oignon et de Luyères, que le roi de Jérusalem lui avait données ; mais, dès avant cette époque, il était vassal lige du comte de Champagne à cause de son comté de Brienne. Le même Gauthier IV obtint du roi Jean la cession de tous les droits, que ce dernier pouvait avoir, sur les bourgeois du roi, demeurant à Brienne, et dans les terres dépendantes du comté.

Après s'être mis en possession de ses biens et de ses revenus, Gauthier le Grand retourna à la Terre-Sainte; où il obtint le comté de Japhe, et où il signala sa valeur contre les Sarrasins. Mais ceux-ci, s'étant emparés de lui, le firent cruellement mourir. « Ces traîtres chiens, » dit le sire de Joinville, entrèrent » dans la prison là où le comte Gauthier était ; et là le dépiécèrent  et hachièrent par pièces, et plusieurs martyres lui firent, dont nous devons croire que glorieux est en paradis. » On place sa mort en 1251. Le même sire de Joinville dit de Gauthier dans un autre endroit : « Ici parlerons du bon comte de Japhe, Messire Gauthier de Brienne, lequel en son temps et vivant, et à grand force de faits d'armes et de chevallerie, tint la comté de Japhe par plusieurs années :  lui étant assailli des Égyptiens, et sans qu'il jouît d'aucun revenu , mais seulement de ce qu'il pouvait gaigner ès courses qu'il faisait sur les Sarrasins et ennemis de la foi chrétienne. Et advint par une fois qu'il déconfit une grande quantité de Sarrasins, qui menaient grand foison de draps de soie de diverses sortes, les quels il gaigna, et en apporta. Et quand il fut à Japhe, il les départit tous à ses chevaliers, sans qu'il lui en demourât  rien. Et avait telle manière de faire, que le soir qu'il s'était parti d'avec ses chevaliers, il entrait en sa chapelle, et là était longuement à rendre grâces et louanges à Dieu : et puis s'en venait gésir (coucher) avec sa femme,  qui moult bonne dame était, et était sœur du roi de Chypre. »

 

23 juin 2020

Légende historique du Miracle des Clefs de Notre-Dame de Poitiers

Légende historique du Miracle des Clefs de Notre-Dame de PoitiersL'influence d'Aliénor d'Aquitaine, fille et héritière des anciens comtes nationaux, fut plus puissante que les armes pour ramener la soumission du Poitou et affermir le pouvoir des Plantagenets. Elle résidait ordinairement à Poitiers.

Pendant l'absence du roi Richard, son fils, en Terre-Sainte (1190), elle veilla avec soin sur ses intérêts.

Devenue après sa mort (1199) usufruitière du comté de Poitou, en vertu d'un arrangement intervenu avec son autre fils le roi Jean sans Terre, elle songea à s'attacher par un bienfait tout particulier, quoique un peu intéressé, les habitants de sa ville de Poitiers. Par deux chartes successives du mois de mai 1199, elle confirma leurs anciennes libertés civiles et leur accorda le droit de se constituer en commune jurée.

Les bourgeois s'engagèrent à défendre les droits de la couronne et durent sans doute acquitter quelque somme d'argent, comme droits de chancellerie. Mais ce n'était pas acheter trop cher une si précieuse concession.

Le premier maire de Poitiers, en l'an 1200, s'appelait Savari. C'était un familier de la cour de Jean sans Terre et d'Aliénor, qui exerçait en outre la charge de maître de la monnaie de Poitiers (2).

Un événement, dont les circonstances légendaires ont acquises une grande célébrité sous le nom de miracle des clefs, se produisit à cette époque.

Un récit consigné dans un registre de l'échevinage de 1463, rapporte qu'un clerc ou secrétaire du maire de Poitiers, gagné à. prix d'argent par des routiers Anglais, promit de leur ouvrir secrètement les portes de la ville qu'ils voulaient apparemment livrer au pillage.

 L'entreprise fut fixée au jour de Pâques 1200.

Pendant que les ennemis s'approchaient avec précaution des murs de la ville, le traître s'introduisait chez le maire pour y prendre les clefs des portes. 0 prodige! les clefs avaient disparu. Eperdu, il se précipite vers les murs pour prévenir ses complices. Mais une apparition de la sainte Vierge et de saint Hilaire, protecteurs de la cité, accompagnés d'une multitude d'hommes armés, avaient déjà répandu le désordre parmi les routiers. Saisis de vertige, ils se massacrent les uns les autres ou prennent la fuite.

Au bruit de ce combat, les habitants accourent sur les murs. Le maire, dont le clerc a disparu, se rend compte de.la trahison. On cherche les clefs de toutes parts et on les trouve enfin dans l'église de Notre-Dame, entre les mains de la statue de la sainte Vierge. Les habitants se précipitent alors hors de la ville et achèvent la déroute de l'ennemi.

Nul doute, crie-t-on de tous côtés, c'est la sainte Vierge qui a sauvé la ville. Depuis ce jour mémorable, une procession générale dans laquelle on portait solennellement la statue miraculeuse, s'est toujours faite chaque année, le lundi de Pâques, autour des fortifications, aux frais du corps de ville reconnaissant (3).

(1) Mémoire sur les halles et foires de Poitiers, par Rédet. Arch. hist. du Poitou,  XI, n° 101.

(2) Archives municip. de Poitiers. .Rotuli chartarum, p. 75

(3) Mémoire sur le miracle des clefs, par Lecointre-Dupont, ap. Mém. Des Antiq. De l’Ouest, 1845.

De toutes les anciennes traditions de Poitiers, aucune n'a été plus célèbre et plus populaire que le miracle des clefs. Le souvenir de la protection de Marie pour notre ville était autrefois monumenté sur la pierre à toutes les portes de la cité et dans plusieurs églises, notamment aux deux entrées de Notre-Dame-la-Grande;

tous les ans, le chapitre de cette collégiale célébrait une fête particulière pour rappeler cet événement (4); tous les ans aussi, l'hommage public d'un manteau, fait par le Corps de ville à la statue de la Vierge, et une procession solennelle autour des remparts, témoignaient de la reconnaissance des Poitevins. Ce miracle avait plus d'une fois inspiré la muse de nos poètes et exercé le pinceau de nos artistes; de pieuses dames l'avaient reproduit à l'aiguille, soit dans les broderies de leurs dentelles, soit parmi les sujets de leurs tapisseries; tous les historiens poitevins, depuis Bouchet, l'avaient à l'envi rapporté, et son récit officiel avait même été consigné, au XVe siècle, sur les registres de l'échevinage, dans les termes suivant (5) :

« Anno Domini millesimoducentesimo, decimâ quintâ mensis aprilis, Pictavis erat quidam Major, qui clericum in tantum sibi familiarem habebat, quòd eum in omnibus suis bonis et actibus quasi dispensatorem proposuerat. Undè accidit quodam die, Deo permittente , ut eum contingeret causâ negotiorum magisterii (6) sui versùs Petragoricos ire, ubi cum inimicis regis de proditione prædictæ civitatis, velut alter Judas, ignorante domino suo convenit, pecuniam magnam indè accepturus (7). Statuitur inter eos dies specialiter et hora determinatur, scilicet prædicta (8), eoque die, cum Pascha (9) Domini esset, in quâ solemnitate consuetudo regionis est ut pro majori parte diei civitas claudatur. Adveniente itaque proditionis termino, advenientes (10) et ipsi inimici, scilicet Anglici, in tantâ copiâ quòd, velut brutus (11) cujus non est numerus, terram repleverunt. Quid ultrà ! Intrat proditor fraudulenter domini sui cubiculum , credens indè (12) claves civitatis invenire; sed tamen minimè invenit; nam divinâ dispositione factum est ut claves indè delatae intra bracchia imaginis Virginis beatae Mariae-Majoris inventae sunt (13). Quapropter proditor amens factus est, portas appropinquat, hostibus loquitur, et illis appropinquantibus horror magnus invasit illos, adeò quòd, illis terga vertentibus (14), se ipsos pro majori parte peremerunt ; alii siquidem fugiebant, alii propriis gladiis se ipsos interficiebant, et alii sub pedibus equorum cadebant; quapropter (15) magna strages mortuorum ipsis facta est; videbatur siquidem illis (videre), ad modum Reginae magnae, dominam quamdam, vallatam infinitis armorum aciebus, quae, veluti leo, ad escam rugientes (16) ad bellum se contra eos disponebant ire. Namque aderat (17) quaedam venerabilis persona, pontificali dignitate decorata, quam cuncti Hilarium clamabant ad cujus preces Regina civitatem defendere satagebat. Indè clamor magnus atollitur : Quid hoc sit ignoratur. Currunt super muros cives ; quaeruntur claves, sed non inveniuntur; Major (18) tristatur; ejus clericus non reperitur; proditio tunc demonstratur. Tandem illis perquirentibus et ecclesias visitantibus, ad ecclesiam beatae Mariae-Majoris pervenerunt (19), et claves inter brachia prædictæ imaginis aspiciunt. Exultant cuncti, lætantur populi (20), aperiuntur portæ,  et veluti volcres prædam rapiunt (21), expoliant mortuos ac semiviventes, quos inter eos invenerunt (22) qui rem per ordinem enarrant. Mirantur omnes, ab omnibus  votum emittitur, quod de cætero per civitatis circuitum in crastino Paschæ cuncti populi processionaliter ac honorificè progrediantur (23). Hæc narrat Vincentius in suo Speculo morali , in tertio volumine, ubi tractat de vindictâ divinâ factâ orationibus sanctorum (24). Ergo pensandum est quod Christi est mater piissima sibi servientibus, quæ tanta miracula nobis dedit in diem, in hac civitate ministrat (25); quæ filium suum rogare dignetur,ut nos, qui miraculorum ejus nunc gratulamur auditu , in coelestibus perpetuo lætemur ejus aspectu, cui est honor et gloria in sæcula sæculorum. Amen (26). Istud scriptum fuit Pictavis in domo honorabilis viri, Dompni Andreæ Chaille, tunc Majoris prædictæ villæ, die quartâ mensis aprilis, anno Domini millesimo quadringentesimo sexagesimo tertio (27). »

Les récits de Bouchet (28), de Filleau (29), de Thibaudeau (30), etc. , présentaient quelques variantes.

Ces historiens plaçaient notamment le miracle des clefs en 1202, dans l'impossibilité où ils étaient de faire concorder avec le 15 avril le jour de Pâques de l'an 1200, qui tombait le 9 du même mois. Une autre différence de leur récit, et c'était la plus notable, consistait dans l'intervention de sainte Radégonde, qui se serait jointe à saint Hilaire pour intercéder en faveur de la cité dans laquelle ses précieuses reliques étaient conservées.

En cela ils étaient d'accord avec tous les monuments et avec la tradition populaire. Du reste, à l'exception de Bouchet, qui cite assez rarement ses autorités, tous nos historiens donnaient cette légende comme puisée dans le Speculum morale de Vincent de Beauvais.

En histoire et en archéologie, il est toujours utile de vérifier les citations, surtout quand les faits cités impliquent des contradictions avec des notions positives que nous possédons. Le récit du miracle des clefs était dans ce cas; il était donc nécessaire de recourir au texte même de Vincent de Beauvais.

D'une part, en effet, comme nous l'avons déjà dit, le jour de Pâques tombait, en 1200, le 9 avril, et non le 15, ainsi que l'indique la légende. En plaçant même le miracle en 1202, le 15 avril se trouve encore être une date fautive ; car, en cette année, le 15 avril était le lundi de Pâques.

Ce jour était, à la vérité, consacré à la procession commémorative du miracle, par suite d'un renvoi que nécessitait la solennité de la veille : mais le dimanche de Pâques, désigné positivement dans le Propre de N.-D. comme le jour du miracle, tombait le 14 avril.

D'une autre part, les Anglais n'avaient pas besoin, en 1200 ni en 1202, de chercher à s'emparer par trahison de Poitiers. Cette ville appartenait alors à Eléonore d'Aquitaine et au roi d'Angleterre Richard son fils; elle ne rentra sous la domination du roi de France que le 10 août 1204 (31). Bouchet, Dumoulin (32) et Thibaudeau, qui placent le miracle au 15 avril de l'année 1202, supposent gratuitement que Poitiers avait embrassé la cause d'Arthur, et que Jean Sans-Terre voulut surprendre cette ville après avoir fait son neveu prisonnier à Mirebeau (33); mais ces historiens oublient que la prise d'Arthur n'eut lieu que le premier août 1202, et que ce jeune prince n'avait pas encore fait sa levée de boucliers au mois d'avril précédent.

Une tentative sur Poitiers, en 1200, ne pouvait s'expliquer d'une manière satisfaisante qu'en l'attribuant aux routiers de Jean Sans-Terre, qui étaient alors cantonnés dans le Périgord, et qui, n'ayant point d'ennemis à combattre pour le compte du roi d'Angleterre, rançonnaient ses terres pour leur propre compte, et s'acharnaient surtout contre tous les riches monastères de l'Aquitaine.

Mais le récit de Vincent de Beauvais autorisait-il cette explication ? L'examen du texte du Speculum morale pouvait seul me permettre de répondre à cette question. J'ai donc voulu rechercher le récit primitif du miracle; j'ai, à cet effet, suivi, à la bibliothèque publique de Poitiers, page par page, paragraphe par paragraphe, je dirais presque ligne par ligne, le texte de l'énorme in-folio à deux colonnes qui forme le Speculum morale ou le troisième volume de l'édition de Douai de la Bibliotheca universa mundi de Vincent de Beauvais; j'ai parcouru aussi le Speculum historiale du même auteur, et je n'ai rien trouvé dans ces deux ouvrages qui ressemble de près ou de loin au miracle des clefs.

L'édition de Douai, toute grosse qu'elle est, pouvait cependant être incomplète. J'ai prié notre confrère, M. Barthelémy, de vouloir bien faire quelques recherches dans les éditions existant à la Bibliothèque royale. De concert avec un de ses collègues de l'Ecole des chartes, il a compulsé, lui aussi, Vincent de Beauvais avec son obligeance et sa conscience accoutumées, et n'a pas été plus heureux que moi. Etant dernièrement à Bordeaux, j'ai rencontré à la bibliothèque publique de cette ville une des plus anciennes éditions du Speculum morale.

Ce volume gothique, qui a perdu Son titre, qui ne porte ni lieu, ni date, ni pagination, remonte certainement au quinzième siècle. Or, dans cette édition comme dans les autres, absence complète de mention du miracle des clefs. Je dirai plus, il ne se trouve dans le Speculum morale aucun paragraphe qui traite de la vengeance divine opérée par l'intercession des saints (34).

 Si donc il existait à Poitiers, en 1463, un exemplaire de cet ouvrage de Vincent de Beauvais qui relatât le miracle des clefs, je crois pouvoir affirmer que ce récit ne se trouvait dans ce manuscrit que par suite d'une interpolation. Ni le style ni le genre de la narration transcrite sur les registres de l'hôtel de ville ne conviennent à Vincent de Beauvais, qui, ayant à faire une très-vaste encyclopédie, exposait avec une grande simplicité et resserrait généralement en très-peu de mots les détails des faits qu'il se plaisait à entasser comme confirmation de ses principes de morale religieuse. Toutefois, si le miracle des clefs n'a plus pour lui le témoignage d'un écrivain presque contemporain ; si sa date n'est pas fixée d'une manière positive; si plusieurs de ses détails, tels que les donne la tradition, sont à bon droit suspects, pour ne rien dire de plus, s'ensuit-il que le fond de cette légende soit absolument faux ?

S'ensuit-il que la ville de Poitiers n'ait pas été, à une certaine époque, l'objet d'une faveur spéciale de ses saints protecteurs, Marie, Hilaire et Radégonde ?

Sans doute, comme l'a dit Thibaudeau, on aura voulu embellir le récit de cet événement par plusieurs circonstances que la crédulité du peuple a légèrement adoptées (35). Mais il a dû y avoir un fond vrai; autrement, comment expliquer l'origine de ces hommages annuels, faits à la statue de la sainte Vierge par le Corps de ville, et cette procession solennelle du lundi de Pâques, hommages et procession dont nous allons retrouver des traces dans les plus anciens registres de l'échevinage ?

 Comment expliquer aussi l'origine de tous ces monuments élevés à Poitiers en mémoire du miracle ? A la vérité, ces monuments ne remontent pas jusqu'au commencement du XIIIe siècle; mais plusieurs étaient certainement antérieurs à la transcription faite sur les registres de la commune du récit attribué à Vincent de Beauvais.

Nous avons essayé de réunir tous les renseignements qui se rattachent à la tradition du miracle des clefs, à la procession du lundi de Pâques, et aux hommages publics que le Corps municipal a rendus presque constamment , jusqu'en 1830 , à la statue de la sainte Vierge. Nous tâcherons de trouver dans ces renseignements quelques notions, sinon sur l'événement lui-même qui a donné l'origine à ces manifestations, du moins sur les motifs qui lui ont valu une si longue et si constante popularité.

On trouve, tant aux archives du département de la Vienne que dans les manuscrits de D. Fonteneau , un grand nombre d'anciennes chartes, provenant du chapitre de Notre - Dame - la - Grande, relatives au droit qu'avaient les chanoines de cette église de garder les clefs de la ville, d'y rendre la justice et d'y exercer toutes les juridictions, depuis le lundi des Rogations, heure de vêpres, jusqu'au mercredi suivant à la même heure.

Ce droit avait été pour eux la source d'interminables procès, tantôt avec les officiers du comte de Poitou, tantôt avec le Corps de ville, tantôt avec les gens du roi.

Dès l'année 1257, la querelle commence avec le châtelain et le prévôt d'Alphonse, et elle est résolue en faveur du chapitre. C'était certes une belle occasion de faire rappeler dans la sentence un miracle de date assez récente pour que beaucoup d'habitants eussent pu en être les témoins; cependant la charte qui nous reste ne le mentionne pas (36).

 Même silence dans les lettres de Philippe le Bel, du 29 juin 1303, et de Philippe le Long, de décembre 1319, ordonnant au sénéchal de Poitou de maintenir l'église de N.-D. dans la possession de ces privilèges, dont elle jouissait, dit la dernière lettre, paisiblement ou à peu près, depuis si vieux temps qu'il n'était pas souvenir du contraire (37).

Il n'en est pas question davantage dans les sentences des sénéchaux Pierre de Villeblouin, du 21 juin 1309 (38), de Jean Ozour, du 16 mai 1318, et de Pierre Quentin, du 23 mai 1351 (39), qui confirmèrent les chanoines dans leur droit de garder les clefs et d'exercer la haute et basse justice à Poitiers pendant les Rogations, malgré l'opposition du maire et de la commune. Et même dans la suite, car en 1690 la lutte durait encore, plus vive que jamais, entre le chapitre et les officiers de la sénéchaussée de Poitiers, ce n'est point le souvenir des clefs si bien gardées par leur patronne que les chanoines invoquent, mais bien une charte de Richard Cœur-de-Lion, comme comte de Poitou, charte qui leur aurait concédé ces privilèges en 1174, et qui aurait été confirmée par Philippe-Auguste, par le roi Jean, et par un arrêt de la Cour du 26 mai 1507 (40).

A la vérité, il est fait mention de miracles faits en l'église N.-D dans une charte par laquelle Jean, duc de Berry et comte de Poitou, donne aux chanoines, le 16 janvier 1384 (1385), une petite place touchant à l'église, pour agrandir les bancs ou étaux qu'ils y avaient.

Mais malheureusement cette charte ne spécifie aucun de ces miracles (41); et, nous le répétons, le document de 1463, donné comme un récit tiré de Vincent de Beauvais, est le plus ancien titre précis relatif au miracle des clefs. Il en est autrement pour l'hommage annuel de la commune à la statue de la sainte Vierge et pour la procession du lundi de Pâques. Les plus anciens comptes de la commune sont riches en renseignements sur ces solennités; et, grâce au dépouillement de ces registres, que M. Rédet a fait avec tant d'ordre et de patience, afin, comme l'a si bien dit un de nos collègues, M. Nicias Gaillard, de tenir constamment ses recherches au service de tous ceux qui en implorent le secours (42), nous pouvons indiquer les principaux articles de dépense auxquels donna lieu cette cérémonie pendant le cours du XVe siècle.

Vous savez que les plus anciens comptes des recettes et dépenses de la ville que nous possédions remontent à 1387. Ces premiers comptes sont incomplets et ne contiennent aucun article de dépense relatif à l'objet qui nous occupe; mais, dès le commencement du XVe siècle, on trouve des témoignages de la dévotion du Corps municipal envers Notre-Dame. L'hommage annuel qu'il lui faisait consistait alors en cinquante livres de cire qui devaient brûler nuit et jour (43) sur une roue ou couronne en bois peint, suspendue à la voûte de l'église.

Estienne Brigon, menuisier, qui avait fait ou plutôt remplacé cette roue, avait reçu x s. x d.; Champdiver, qui l'avait peinte, x S., et Jehan Lequeux, ciergier, vIII l. x s. pour l'achat de la cire, et xx s. pour la façon (44).

En même temps on voit figurer des dépenses relatives à la procession du lundi de Pâques.

Ainsi, dans le compte de 1416-1417, le receveur paye 50 s. pour 2 torches de cire pesant 10 livres, portées à la procession du lendemain de Pâques.

En 1429, les torches pèsent 12 livres et coûtent cent sous. L'année précédente, seize hommes avaient été employés à nectoyer les rues le lendemain de Pasques, pour cause de la procession qui se fait chascun an ledit jour. A partir de cette époque, tous les comptes renferment quelques articles de dépense relatifs à la procession.

Tantôt (1449 et 1450) c'est une gratification faite soit aux sergents de ville, soit aux sergents du roi, pour le dyner qu'ils ont tous les ans le lendemain de Pasques, et quinze sous donnés aux coutres de Notre-Dame pour sonner le sain (signum) ledit jour.

Tantôt c'est un pont que l'on construit au Pré-l'Abbesse et qui coûte 40 sous, ou (1461) le pont du château que l'on répare, et du pierrail que l'on charroie pour adouber le chemin entre le chasteau et le Pré-l'Abbesse, pour le passage de la procession; puis, en 1460, cinq sous que l'on donne à des ménestriers pour avoir corné, à ladicte procession, devant la dicte ymaige de Nostre-Dame (45).

 Dans la même année, 86 journées de manœuvre avaient été mises au comblement du chemin nouvellement fait à la Chalaistre, pour passer la procession de la ville le lendemain de Pasques, à deux sous un denier pour journée, sans despens.

Ce fut surtout en 1492 que la commune se mit en frais pour le lundi de Pâques. Sans parler des sergents et du trompette de ville, qui avaient été habillés tout à neuf pour cette cérémonie, nous trouvons dans le compte du receveur Bonnion les articles de dépense suivants :

Aux archers qui ont accompagné M. le Maire et Messieurs de la dicte ville à la procession du lendemain de Pasques, qui se fait à l'entour de la dicte ville, ainsi qu'il est de coustume, et pour garder qu'on ne face scandale ne bruyt à la dicte procession, pour leur digner. . XX S.

Aux sergents ordinaires de la séneschaussée. . . . . . XX S.

A M. le Maire, sire Jehan Favreau, pour le digner qu'il a fait le landemain de Pasques à Messieurs les eschevins qui ont assisté à la dicte procession. . . . . . . . . . . XX S.

A frère Eutache Ageon, prieur des frères prescheurs, pour le sermon qu'il a fait au Pré-l'Abbesse, 2 escus d'or valant 17 s. 6 d. . . . . . . . . . . . . . . . . xxxv s.

Au coustre de N.-D. pour la sonnerie. . . . . . . . XV S.

Au portier du pont Enjoubert, pour avoir porté la chaire. . II s. vI d.

Cet article du transport de la chaire des Carmes au Pré-l'Abbesse se trouve répété dans un grand nombre de comptes. L'usage de faire un sermon dans ce pré, au passage de la procession, ne cessa qu'au XVIe siècle, pendant les troubles religieux.

Ce fut probablement après ces troubles que s'introduisit l'usage d'offrir, tous les ans, un manteau à la statue de la Vierge, comme hommage officiel de la commune, à la place de la roue de cire, dont l'entretien, confié par abonnement à Geoffelin Germond, ciergier, coûtait trente livres par an à la ville en 1560.

Dès la fin du XVe siècle, la statue était déjà revêtue d'un manteau garni de pierreries. C'est ce qui nous semble résulter de deux vers d'un poème latin composé, en l'honneur du miracle des clefs, par maître Pierre de St-Jacques, de Vitry en Champagne (46), et dédié à Pierre de Sacierges, qui cumulait alors les deux bénéfices d'abbé de Notre-Dame de Poitiers (47) et d'évêque de Luçon. Voici ces deux vers :

Ecce autem medià templi testudine magnum
Diva dedit lumen , gemmato insignis amictu.

Mais, à l'époque où écrivait Jacques de Vitry, la commune, d'après les renseignements qui nous restent, était tout à fait étrangère à l'offrande de ce manteau.

Primitivement, sans doute, on n'avait pas eu l'étrange idée d'habiller la statue et d'ajouter à ses vêtements sculptés dans le bois un costume que l'on pût changer à volonté. Les progrès des arts du dessin au XVe siècle durent faire sentir tout ce qu'il y avait de grossier et d'imparfait dans un morceau de sculpture datant du XIIe ou du XIIIe siècle.

Le manteau devint ainsi nécessaire pour masquer ces imperfections, et peut-être pour déguiser quelques outrages du temps ; et il fut plus que jamais indispensable quand les chanoines furent obligés de substituer à l'ancienne statue, qui peut-être avait péri dans le pillage de l'église en 1562, une œuvre plus moderne, mais non moins défectueuse.

 L'examen attentif que nous avons fait de la statue actuelle, MM. Rédet, Beauchet et moi, nous a démontré qu'on ne saurait la faire remonter à une époque antérieure au XVIe siècle.

Le don annuel d'un manteau devint, au XVIIe siècle, le témoignage officiel de la reconnaissance des habitants de Poitiers pour la protection de la mère de Dieu. Un arrêt du conseil fixa même la valeur de ce manteau à trois cents livres; mais, du consentement du chapitre, le Corps de ville réunissait souvent plusieurs annuités, afin de rendre son offrande plus somptueuse.

La cérémonie de l'hommage avait lieu néanmoins tous les ans, quoique la commune ne présentât pas toujours un manteau neuf. On se servait d'un ancien manteau que l'on avait eu soin de ne pas exposer pendant un certain laps de temps. La remise de ce manteau se faisait avec un cérémonial que nous avons vu encore pratiquer avant 1830.

Le jour de Pâques, après les vêpres, l'épouse du maire, accompagnée des dames des échevins et des notables, et suivie du Corps de ville, se rendait à Notre - Dame. Devant elle on portait le manteau; elle en revêtait la statue, après l'avoir parée de guimpes en dentelles et d'autres ornements offerts par la piété des fidèles pour cette solennité, que le peuple appelait la toilette de la bonne Vierge.  Le lendemain, les officiers municipaux venaient en grande pompe prendre la statue. Le maire et un des échevins, après l'avoir demandée à l'abbé qui la leur confiait, la portaient jusqu'à l'église Saint-Etienne, et le cortège rejoignait ensuite le clergé, qui faisait seulement le tour de l'enceinte intérieure de la ville. Devant chaque porte, le Corps de ville se détachait de la procession pour porter la statue à l'entrée de la cité; et il était toujours accompagné des chanoines de N.-D. qui ne perdaient pas de vue la statue miraculeuse.

Depuis longues années d'ailleurs (1665), le chapitre de N.-D., malgré les injonctions de l'autorité épiscopale, refusait de se joindre au reste du clergé dans les processions générales. Ce refus avait pour cause une rivalité de préséance avec le chapitre de Sainte-Radégonde, qui avait obtenu le privilège de marcher dans ces processions à droite et à gauche, devant les chapitres de la cathédrale et de Saint-Hilaire, et à la suite du chapitre de N.-D., contrairement aux prétentions des chanoines de cette dernière église, qui voulaient tenir la droite, immédiatement devant le chapitre de la cathédrale, et marcher parallèlement aux chanoines de Sainte-Radégonde, qui auraient tenu la gauche en avant du chapitre de Saint-Hilaire (48).

Voici, du reste, quels étaient, au XVIIIe siècle, l'itinéraire de la procession et l'ordre des prières que l'on y chantait :

Vers les dix heures du matin, les chanoines de Saint-Pierre-le-Puellier, les religieux mendiants et le Présidial se rendaient à la cathédrale. Aussitôt qu'ils étaient arrivés, on commençait la procession au chant du répons :

Haec est dies quam fecit Dominus : exultemus et laetemur in eà, alleluia, alleluia.

Deus suscitavit Jesum à mortuis, et dedit ei gloriam, ut fides vestra et spes esset in Deo. Alleluia, alleluia.

 

On sortait de l'église par la porte Saint-Michel, et on se rendait par les rues Queue-de-Vache, de Pont-Joubert et du Pigeon-Blanc, au plan de Sainte-Radégonde. Là les chanoines de cette collégiale se joignaient à la procession en prenant place immédiatement devant les chanoines de la cathédrale. On descendait, par la rue des Carolus, sur le rempart, que l'on suivait jusqu'au coin de la place des Gilliers, pendant que le clergé de la cathédrale et celui de Sainte-Radégonde chantaient alternativement les répons Exurgat Deus et Sumite psalmum, avec les versets Exterriti sunt custodes et Jesum quaritis Nazarenum.

Le chapitre de Saint-Hilaire, qui attendait la procession au coin de la place des Gilliers, prenait le côté de gauche, tandis que le chapitre de la cathédrale prenait le côté droit, et il chantait seul, depuis les Gilliers jusqu'un peu au delà de Pont-Achard, les répons Dilexit vos Dominus et Testes vos estis, avec les versets Resurrexistis per fidem et Estis in illo repleti.

 La procession continuait à suivre le rempart jusqu'à la Chaussée, montait les rues des Trois-Rois et de Saint-Germain, et se dirigeait vers Saint-Cybard. Depuis Pont-Achard jusqu'à Saint-Cybard, les chanoines de la cathédrale chantaient, puis les chanoines de Saint-Hilaire répétaient chacune des antiennes Surge, Domine, et dissipentur. — Exaltetur manus tua. Sciant omnes populi terra . - Accepisti, Domine, virtutem tuam. — In sanguine testamenti tui. Arrivés devant Saint-Cybard, les chapitres de Saint-Hilaire et de Sainte-Radégonde se séparaient du chapitre de la cathédrale, pour retourner chacun à son église, le premier par le Pilori, le second par la rue des Feuillants.

Le clergé de la cathédrale entrait dans le cimetière, chantait devant la petite porte l'antienne à la sainte Vierge Regina cœli, avec son oraison, et se rendait par les rues Saint-Denis, des Carmes et Queue-de-Vache, en chantant les litanies des Saints. A chaque invocation, les chapiers ajoutaient les Supplications : Christe audi nos, Kyrie eleison, Christe salva nos; et le chœur répétait la supplication : Rex angelorum, Deus immortalis, tu semper miserere nobis, par laquelle les chapiers avait commencé les litanies (49).

Les premiers troubles de la révolution n'interrompirent point la procession du lundi de Pâques.

En 1791, il fut arrêté que la cérémonie se ferait en la manière accoutumée, que néanmoins la ville ne fournirait point de manteau et qu'on se servirait d'un ancien. Il était d'usage que les religieuses de Notre-Dame se présentassent sur leur terrasse, au moment du passage de la procession, et chantassent l'antienne de la Vierge Regina cœli.

En 1792, elles ne parurent point, afin de ne pas faire acte d'adhésion au clergé constitutionnel qui faisait la procession. Leur absence irrita quelques ardents révolutionnaires, et la procession fut suivie d'une violente émeute que l'autorité des magistrats fut impuissante à comprimer, et qui dura jusqu'à la nuit. Les détails de cette cérémonie religieuse, si singulièrement troublée, sont trop curieux pour que je ne les transcrive pas en entier parmi les pièces justificatives de ce mémoire (50).

 La procession du lundi de Pâques eut encore lieu le 1er avril 1793. Les officiers municipaux et les notables, qui siégeaient en permanence à l'hôtel de ville, se rendirent à Notre-Dame. Le curé leur remit la statue de la Vierge, après les avoir complimentés sur le zèle et l'édification avec lesquels ils remplissaient les cérémonies religieuses ; l'image fut portée autour des murs, et, après la procession, le Corps de ville rentra en séance (51).

Ce zèle édifiant à remplir les cérémonies religieuses, qui avait mérité, en 1793, aux officiers municipaux de Poitiers les compliments du curé de N.-D., ne devait pas se soutenir bien longtemps.

En 1794, il ne fut plus question de la procession du lundi de Pâques. D'autres fêtes avaient remplacé en France les antiques cérémonies de la religion de nos pères, et au lieu des images vénérées de Marie, de Radégonde et d'Hilaire, le peuple promenait dans les rues certaines déesses dont le culte éphémère fut fort peu respecté, même de leurs adorateurs.

 La paroisse de N.-D. avait d'ailleurs perdu son curé constitutionnel. M. Monrousseau (52) n'avait pas tardé à répudier le titre de prêtre assermenté; et, après s'être rattaché à son évêque légitime, au moment même de la plus vive persécution contre les ministres de la foi,  il remplissait à Poitiers les devoirs de son saint ministère avec une intrépidité qui lui concilia le respect et l'amour de toute la population, avec un sang-froid et une adresse qui surent toujours déjouer les recherches les plus actives des limiers de la Convention et du Directoire.

Lors du rétablissement du culte catholique, les manifestations religieuses à l'extérieur des temples furent bornées aux seules cérémonies que la lettre du concordat avait autorisées.

L'Eglise de France, d'ailleurs, en sortant de ses ruines, ne pouvait point encore renouveler le spectacle de ces anciennes processions, dans lesquelles elle étalait tous les dons de la piété des générations successives; les châsses et les statues des saints avaient péri dans la tourmente, et si quelques-unes avaient été dérobées aux iconoclastes, elles n'étaient pas encore toutes sorties de leurs cachettes, ou elles étaient tellement dégradées, qu'on ne pouvait pas les exposer décemment à la vénération des fidèles.

A Notre-Dame, notamment, on ne retrouvait plus ces lampes d'argent, ces calices, ces soleils empreints des armoiries des anciens maires, ces vieilles tapisseries qui retraçaient la mémoire du miracle des clefs et qui ornaient jadis le chœur de l'église, ces devants d'autel brodés qui représentaient la sainte Vierge tenant des clefs à la main.

Tout cela avait disparu pendant la révolution. De toutes les richesses à l'usage de la statue de la Vierge, de tous les ornements qui rappelaient le miracle des clefs, l'inventaire des effets de l'église et de la sacristie de Notre-Dame, qui avaient été conservés par les prêtres assermentés et qui se retrouvèrent après le concordat, ne mentionne plus que cinq manteaux et sept guimpes (53).

Malgré le peu de richesses que lui avait laissé la révolution, l'église de Notre-Dame de Poitiers ne tarda pas à exciter la cupidité d'un hardi voleur.

Dans la nuit du 18 au 19 février 1809, ce voleur, profitant des réparations que l'on faisait à l'église, s'y introduisit. Il dépouilla la statue de ses divers ornements, brisa le tabernacle, et enleva les ciboires avec les saintes hosties. Une cérémonie expiatoire fut célébrée en réparation de cette profanation sacrilège. Le procès-verbal de cette cérémonie est renfermé dans la statue de la Vierge, qui, grâce aux libéralités des fidèles, fut promptement réparée plus richement qu'auparavant (54)

. Quant au voleur, il échappa à toutes les recherches, plus heureux qu'un de ses devanciers, qui, au XVIe siècle, avait desrobé les clefs et lys d'argent, avecques deux doubles ducatz et quatre salutz (55) de la châsse et ymaige de Notre-Dame-la-Grant.

 Ce dernier, nommé Mathurin Baudet, natif de Chizé, près Melle, fut brisé et rompu sur la roue le 28 mai, veille de la Pentecôte, 1547. Le maistre des auctes eufvres (sic) reçut de la fabrique, à l'occasion de cette exécution, une gratification de 20 sous (56).

Le vol de 1809 et la cérémonie expiatoire qui le suivit rappelèrent sans doute l'attention sur l'ancienne procession du lundi de Pâques.

Puis c'était l'époque où Napoléon, après avoir déclaré le blocus continental, ranimait par tous les moyens les anciennes haines de la France contre l'Angleterre, et remettait en honneur toutes les traditions qui pouvaient servir ses projets contre cette puissance rivale. M. Soyer, vicaire général du diocèse, et depuis évêque de Luçon, avait, dans sa correspondance, entretenu l'Empereur du miracle des clefs et de la procession annuelle qui le rappelait autrefois.

Napoléon avait goûté le projet de rétablir cette cérémonie. Le conseil municipal de Poitiers fut entraîné par l'exemple du maître; et, le 26 mars 1811, le président de la fabrique de Notre-Dame communiqua une lettre de M. le maire, annonçant que la commune faisait don à l'image de la Vierge d'une somme de 300 francs pour un manteau. La fabrique émit le vœu que l'offrande de ce manteau fût faite avec toutes les solennités accoutumées avant la révolution, et suivie de la procession autour de la ville ; mais des considérations particulières s'opposèrent à la réalisation de ce vœu, et l'allocation de la Commune ne fut pas continuée les années suivantes. Peut-être la somme accordée par le conseil municipal en 1811, jointe à d'autres offrandes, servit-elle à payer un manteau chargé d'abeilles brodées en fil d'or, dont on pare encore quelquefois la statue de la Vierge.

Le sacristain de Notre-Dame vous affirmera que ce manteau fut envoyé par Napoléon lui-même, et cette assertion se trouve même consignée dans une publication récente (57), due à l'un de nos plus respectables collègues, qui l'a puisée, je m'en suis assuré, non dans ses vieux souvenirs, mais dans les dires du sacristain, M. Girault. Les registres de la fabrique la démentent positivement.

On y trouve, sous la date du 27 janvier 1813, un marché passé par les marguilliers en exercice avec le sieur Constant Lemoine pour la broderie de ce manteau. Le prix fixé pour chaque abeille est quatre francs. Les registres de la fabrique ne font, du reste, mention d'aucune libéralité de Napoléon en faveur de Notre-Dame de Poitiers, et les archives de l'évêché non plus que celles de la préfecture ne contiennent aucun renseignement relatif à ce prétendu cadeau.

Le rétablissement des Bourbons sur le trône de leurs aïeux parut à la fabrique une occasion favorable pour proposer le renouvellement de l'hommage du manteau et de la procession du lundi de Pâques.

En 1815, elle rédigea une lettre pour demander au conseil municipal de faire revivre l'ancien usage; et comme le temps aurait manqué au Corps de ville pour préparer son offrande, les fabriciens proposèrent de faire déposer à la mairie un manteau qui, disaient-ils dans leur supplique, répondrait, par la richesse de l'étoffe et par ses attributs, à la dignité de sa destination (58).

Les événements du 20 mars suspendirent encore pour cette année ce rétablissement (59); mais, en 1816, les propositions du conseil de fabrique furent agréées, et, le 12 avril, le maire prit l'arrêté Suivant :

Art. 1er. Dimanche prochain, jour de Pâques, à quatre heures, conformément aux anciens usages, le corps municipal se trouvera à l'église Notre-Dame.

Art. 2. Les épouses de MM. les membres du conseil municipal, de MM. les adjoints, greffier, trésorier et du maire, se rendront à l'hôtel de ville, et ensuite, précédées du manteau, à l'église Notre-Dame, pour placer elles-mêmes le manteau suivant l'ancien usage (60), etc.

 

 La procession du 15 avril 1816 fut une véritable fête nationale; j'étais alors, par hasard, à Poitiers, et mes plus anciens souvenirs me rappellent encore cette cérémonie, telle que la décrivait le journal les Affiches de Poitiers du jeudi suivant.

« La joie la plus pure, disait ce journal, animait une foule immense répandue dans les rues, sur les places, sur les boulevards, et dans les superbes jardins de Blossac. Tous les souvenirs pénibles paraissaient effacés, et l'imagination, rassurée par la vue des objets sacrés d'un culte antique et religieux, ne séparait plus le bonheur d'autrefois du bonheur à venir... Tout, en un mot, donnait à cette cérémonie le caractère le plus auguste et le plus solennel. Ces actions de grâces, qui s'élevaient vers le ciel pour remercier les saints du désastre des Anglais Sous nos murs, n'étaient-elles pas aussi une sublime protestation contre ces implacables auteurs des récentes infortunes de la France ?

Et en présence des événements nouveaux, chacun n'avait-il pas dans son cœur ces pensées que le poète du miracle des clefs, Pierre de Saint-Jacques, exprimait si énergiquement à la fin du XVe siècle ?

Nam prius ad vitrei descendet pocula fontis
Cum Jovis armigero simplex impunè columba,
Agna lupum comitem per gramina leta sequetur,
Nec canibus querent visis antra abdita dame,
Quam cunctis solido compostis fœdere rebus
Vivere desierint altis in mentibus ire,
Quas in Francum Anglus concepit caudiger hostem.

L'allocation de fonds pour le manteau fut rétablie dans le budget de 1817. Fixée d'abord à 300 fr., elle fut portée plus tard à 400 fr., puis réduite à 300 fr. dans le budget voté pour 1831.

On sait que ce budget avait été adopté avant les événements de juillet 1830. Les membres du nouveau conseil municipal, installé après ces événements, crurent avec raison ne pas pouvoir modifier les décisions légalement prises par leurs devanciers; seulement, comme le budget n'avait pas encore été sanctionné par le gouvernement, ils signalèrent à l'autorité supérieure quelques articles de dépense dont ils proposaient le rejet ou la réduction.

L'allocation pour le manteau de la Vierge ne fut point du nombre de ces articles. Toutefois le ministre de l'intérieur la réduisit d'office à 200 fr. Elle ne reparut plus dans le projet du budget de 1832, et sa suppression passa inaperçue (61).

Si la procession du lundi de Pâques n'eut pas lieu, à l'extérieur, en 1831, ce n'est pas qu'elle eût été interdite par l'autorité civile. L'autorité ecclésiastique craignit qu'elle ne devînt l'occasion de quelques désordres, et elle supprima d'elle-même une pratique qui était particulière à la ville de Poitiers, et qui ne reposait que sur une légende dont l'authenticité avait, à bon droit, paru suspecte au vénérable prélat qui gouvernait le diocèse.

 Depuis ce temps, elle n'a pas été rétablie. Le clergé de la paroisse se borne à faire, le jour de Pâques, après vêpres, une procession autour de l'église, dans laquelle on porte un manteau, et le lendemain une seconde procession avec l'image de la sainte Vierge, dont on chante les litanies.

Après avoir fait l'historique de la procession du lundi de Pâques, il nous faut maintenant porter notre examen sur les monuments qui rappellent encore la mémoire du miracle des clefs.

Nous avons dit que les portes de la ville étaient autrefois surmontées des trois statues de Notre-Dame, de Saint Hilaire et de sainte Radégonde. Les statues ont disparu avec ces anciennes entrées de ville.

Cependant celles qui ornaient la porte de la Tranchée ont été conservées; et, rafraîchies par le pinceau d'un vitrier du XIXe siècle, elles ont été placées en 1837 à un petit autel, dans l'église Saint-Hilaire, avec une inscription qui mentionne leur origine et la miraculeuse délivrance de la ville par l'intervention de ses saints protecteurs.

C'est une heureuse idée de M. le curé et de MM. les membres de la fabrique de Saint-Hilaire d'avoir consacré, dans leur église, un monument à cette légende historique, glorieuse pour notre ville.

Les trois statues datent du XVII° siècle; elles ne sont pas sans mérite artistique. Pourquoi faut-il que l'ouvrier chargé de les repeindre en marbre blanc les ait si tristement empâtées, était balafré d'une veine noire si grotesque la mitre et le visage de St Hilaire

Outre les statues des portes de ville, il existait aussi à la Tranchée, et sur les ponts de Rochereuil, Joubert, Achard et de St-Cyprien, de petits oratoires dédiés à Marie et ornés de son image. A la Tranchée, les restes du petit monument, avec la niche vide de sa statue, se voient encore. lls sont en retraite, à l'extrémité de la rue de la Tranchée. Tout, dans ces restes, annonce un ouvrage du XVII° siècle. L'oratoire du pont Joubert est le seul qui subsiste encore, mais il a été tellement remis à neuf, qu'il est impossible d'apprécier la date de sa construction. Peut-être avait-il succédé à une chapelle plus ancienne, détruite lors du siège de la ville par l'amiral Coligny. ….

 

Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest

 

==> Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU )

 

 


 

Fortification de Pictavia, Poitiers capitale des Pictons.

La ville de Poitiers doit à Henri II et à Aliénor la construction de sa grande enceinte de fortification, sans qu'on puisse préciser la date à laquelle elle fut entreprise. D'ailleurs le travail dut être long, car la nouvelle muraille embrassait le promontoire entier sur lequel est bâtie la ville.

 

(3) Cette fête se célébrait, comme double-majeure, le lendemain du dimanche de la Quasimodo, ou le surlendemain, si l'Annonciation ou la Saint-Marc étaient fêtées le lendemain.

— PROPRIUM SANCTORUM AC FESTORUM AD USUM ECCLESIE B. MARIE MAJORIS PICTAVIENSIS (Ms. appartenant à M. Robert, curé de N.-D. ), p. 56. — Le récit du miracle, tel que nous le donnons ici, avec les variantes indiquées au bas des pages, formait la seconde leçon des Nocturnes de cette fête.

(4) V. le récit que nous avons donné nous-même de ce miracle, p. 117.

(5) Magistri, dans le propre de N.-D.

(6) Et marchandèrent avec luy à mil livres de la monnoye de France,dont ils luy avancèrent une partie. — BOUCHET, Annales d'Aquitaine.

(7) Dominica, dans le propre de N.-D.

(8) Eo quo die tali Pascha, etc.

(9)   Advenerunt.

(10) Bruchus.

(11) Inibi.

(13) Fuerint.

 (14) Quapropter proditor amens effectus ad portas civitatis accurrit ,hostibus colloquitur, quos appropinquantes horror magnus invasit, adeô quòd, terga vertentes, se ipsos, etc.

(15) Attoniti cadebant; undè, etc.

(16) Rugiens.

(17) Aderat inter visas acies.

(18) Major urbis.

(19) Ubi autem ecclesias et varia loca visitaverunt quiritantes, tandem ad templum beatœ Mariae-Majoris perveniunt.

(20) Lætatur populus.

(21) Veluti victores prædam capiunt.

(22) Semivivos quosdam inveniunt inter eos.

(23) In crastino Paschæ quotannis processionaliter, omnium reliquiarum capsas ferentes, ac honorificè progredientur.

(24) Cette phrase n'est pas dans la leçon du propre; mais en tête de cette leçon on lit : Ex VINCENTIO BELLOVACIO, in suo Speculo morali, in tertio volumine.

(25) Ergo pensandum est, carissimi, quam proxima est mater Christi piissima sibi servientibus; quæ tanta miracula nobis in dies ministrat.

(26) Ici se termine la leçon du propre de N.-D. Tout porte à croire que le récit transcrit en 1463 sur les registres de l'hôtel de ville avait été emprunté à l'office du miracle des clefs. La phrase qui commence par les mots : Ergo pensandum est, ne peut guère laisser de doute à cet égard.

(27) D. Fonteneau, qui a recueilli ce document dans ses manuscrits, t. xx, p. 521, a ajouté la note suivante : Dans un manuscrit appartenant à M. de la Grénouillière, échevin de l'hôtel de ville de Poitiers, et communiqué par M. de la Grève, médecin, ce prétendu miracle est marqué en 1202. — D. Fonteneau avait tiré cette pièce d'un ancien recueil de documents puisés dans les archives de l'hôtel de ville de Poitiers, recueil appartenant à M. de Saint-Hilaire. (Voir le Bulletin de la séance extraordinaire de la Société du 7 septembre 1857.)

(28) Annales d'Aquitaine, 5° partie , ch. VI.

(29) Preuves historiques des litanies de Sainte-Radégonde , ch. xvIII.

(30) Abrégé de l'histoire du Poitou, ch. XVI. D'après les affirmations si positives de Thibaudeau, on devrait être convaincu que cet historien avait vérifié lui-même le texte de Vincent de Beauvais, si on ne savait avec quelle déplorable légèreté il faisait ses citations.

(31) Voir notre mémoire sur les dernières années de la domination des Plantagenets en Poitou et dans l'Ouest de la France.

(32) Histoire de Normandie, liv. xiv. — Dumoulin a copié le récit de Bouchet avec de très-légères variantes.

(33) La pièce justificative n° XI de notre mémoire déjà cité ne peut laisser de doute sur l'erreur dans laquelle sont tombés ces trois historiens.

(34)Voici ce qu'on lit dans le liv. III, 5° partie, sous la rubrique DE SACRILEGIO LOCALI : Secundô venerari debemus loca sancta propter officia divina quae ibi celebrantur, etc.....; item merita Sanctorum quorum honore ecclesiae sunt dedicata : ipsi enim honorant illos qui loca sua honorant et visitant, defendunt et liberant. In historiâ sarâ, lib. II, legitur quôd gens Hunorum a sedibus suis egressa, de Panonio véniens, in vigiliâ Pasche obsedit Metensem urbem ; sed antequam venissent, apparuit in ecclesid B. Stephani quibusdam religiosis S. Stephanus, loquens cum B. B. Petro et Paulo, ut rogarent cum eo Dominum ne civitas illa destrueretur in quâ oratorium suum multùm frequentabatur et honorabatur. Tunc illi responderunt quôd illa propter malitiam suam erat concremanda, excepto oratorio suo cum contentis in eo, quod ab eis erat obtentum suis orationibus. Quod ità factum fuit.

(35) Abrégé de l'hist. du Poitou, édit. de 1859, t. 1, p. 250.

(36) Mss. De D. Fonteneau, t XX, p. 547.

(37) Ibidem, p. 569 et 577.

(38) Ibidem, p. 577.

(39) Ibidem, p.589.

(40) Voir une note de D. Fonteneau, dans ses manuscrits, t. xx, p. 571 . —THIBAUDEAU, Abrégé de l'hist. du Poitou , t. II, p. 55, anc. édit. — Le recueil de pièces intitulé Miracle des clefs, n° v.

(41) D. Fonteneau, t. xx, p. 599. —Voici les termes de cette charte : Comme nos prédécesseurs, comtes de Poitou, pour la grant dévotion et affection que ils avoient à la dicte église, qui est moult devote et est fondée en honneur de la Vierge glorieuse et en laquelle sont fais et aviennent plusieurs miracles, etc.

(42) Voir le rapport de M. Nicias Gaillard sur les archives de la mairie, dans la première série des Bulletins de la Société.—Bulletin de la séance extraordinaire du 7 septembre 1857.

(43) A Catherine Boniface, pour fournir et entretenir le luminaire tant de ladite confrairie et de la rouhe ardant jour et nuit devant Nostre-Dame, que aussi on luminaire de l'anniversaire dudit feu Torsay, célébré en ladicte église de Nostre-Dame, sur ce qui peut lui estre deu, VIII liv.(Comptes de 1463.) * Mémoires de la Société, 1859, p. 402.

(44) V. Mémoires de la Société, 1839, p. 402

(45) V. Mémoire de la Société, 1839, p.400 et 401

(46) Petri Jacobei Victriacensis Campani de triumphatis, adjutrice Cristiferâ Marià, apud Pictones Anglis liber unus. Dans le recueil intitulé MIRACLE DES CLEFs, appartenant à la bibliothèque publique de Poitiers.

(47) Le premier dignitaire du chapitre de cette église portait le titre d'abbé.

(48) Mémoire pour le chapitre de la cathédrale sur la question de savoir s'il pouvait obliger MM. de Notre-Dame-la-Grande à assister aux processions auxquelles ils assistaient précédemment. ARCHIVES DE LA PRÉFECTURE, chap. de la cathédrale, liasse 75, n°7. — Ce mémoire très-curieux donne des détails fort intéressants sur les processions qui se faisaient à Poitiers, au commencement du XVIIIe siècle, et même encore sous l'épiscopat de M. de Saint-Aulaire, notamment sur les processions commémoratives du miracle des clefs, de l'expulsion des Anglais de la Normandie, et de la levée du siège de Poitiers par l'amiral Coligny. Cette dernière procession se faisait autour des murs de la ville, le 7 septembre, avec la même solennité que la procession du lundi de Pâques.

(49) Processionnal à l'usage de l'église cathédrale de Poitiers. POITIERS 2  Jean-Félix Faulcon, 1771. Processionnal à l'usage de l'église royale et collégiale de Sainte - Radégonde de Poitiers. POITIERs, le même, 1774. Ces deux processionnaux indiquent également l'itinéraire que l'on suivait aux processions commémoratives de l'expulsion des Anglais de la Normandie et de la levée du siège de Poitiers, et contiennent les prières que l'on chantait dans ces deux cérémonies à la fois religieuses et politiques.

(50) V. pièces justificatives, n°3

(51) Registre des délibérations de l’hôtel de ville de Poitiers.

(52) M. Monrousseau est mort curé de Notre-Dame, le 25 décembre 1858. Sur la demande des paroissiens, M. le ministre de l'intérieur a accordé la permission de l'inhumer dans une des chapelles de cette église. Notre collègue, M. l'abbé Dubois, a composé un poëme latin en l'honneur de ce vénérable prêtre. — PoITIERs, F.-A. Barbier, 1859, in-8°.

(53) Etat descriptif des effets qui sont dans l'église de Notre-Dame et dans la sacristie, ainsi qu'en ont été chargés les sieurs..... commissaires nommés par les citoyens, qui ont suivi le culte catholique dans ladite église de Notre-Dame, pour la surveillance de ladite église et sacristie, lesquels effets nous remettons ès mains de M. Minoret, prêtre, et nommé par M. l'évêque (Mgr Bailly), pour la surveillance de ladite sacristie. — Cet inventaire est entre nos mains.

(54) V. pièces justificatives, n° 4.

(55) Le salut était une monnaie d'or frappée en France par Charles VI, et par Henri V et Henri VI d'Angleterre, avec la représentation de la salutation angélique.

(56) Anciens comptes de la fabrique de Notre-Dame-la-Grande, aux archives de la préfecture.

(57) Vieux souvenirs du Poitiers d'avant 1789, par M. B. DE LA LIBORLIÈRE, p. 150.

(58) V. pièces justificatives, n° 5.

(59) Il est même à croire que la lettre du conseil de fabrique n'avait pas été remise à la mairie lorsqu'on apprit à Poitiers le retour de Napoléon, car elle a été retrouvée dans les papiers de M. Dauvillier, l'un de ses Signataires.

(60) Affiches, annonces et avis divers de Poitiers, du jeudi 18 avril 1816.

(61) Dans ses observations sur ce budget, le rapporteur du conseil municipal disait même que le chapitre des dépenses auquel se rattachait cette allocation était comme l'année précédente. N'avait-il donc pas remarqué cette différence de 200 francs sur le total ?

22 juin 2020

Légende Lithographique Sceaux du Moyen-âge – Le cheval Normand au Moyen-âge

Richard Coeur de Lion LÉGENDE LITHOGRAPHIQUE SCEAUX du moyen âge - Le CHEVAL NORMAND AU MOYEN AGE

Chaque pays a la faculté de produire une variété spéciale de végétaux et d'animaux. Tous les peuples de la terre ont remarqué la différence que les influences climatériques et locales impriment à l'espèce chevaline plus qu'à toute autre, dans Son organisation, sa taille, sa conformation, sa prestance, son énergie, sa longévité et Son aptitude au travail. Non-seulement ces modifications se font sentir sur les grandes échelles du monde, du sud au nord, de l'est à l'ouest, de la montagne à la plaine, des terres sablonneuses aux marais fangeux; mais dans la même contrée, dans !e même milieu, des effets mystérieux naissent sans cause apparente, et, comme on le remarque pour la production vinicole, qui diffère d'un champ à l'autre, la race équestre progresse ou dégénère à quelques pas do distance, sans que la science ait encore pu en déterminer les raisons cachées.

De même qu'en Arabie, l'Irack et les bords de l'Euphrate ; — en Grèce, la Thessalie ; — en Espagne, l'Andalousie ; — en Angleterre, le Yorkshire et le Middlesex, produisent les meilleurs chevaux de ces contrées ; — de même en France, la Normandie a été célèbre dans tous les temps par ses bons chevaux, qui réunissent à la fois la force matérielle à l'élégance et à l'énergie musculaire.

Cependant, les plus favorables dispositions de la nature ne peuvent suffire pour produire un bon cheval, et surtout pour le produire tel que le veulent les phases diverses des civilisations, sans les soins de l'homme et spécialement sans les croisements orientaux nécessaires sur toute la terre pour rajeunir le sang et ramener l'animalité à l'organisation puissante du type primitif.

Au moyen âge, le service principal que l'on exigeait du cheval était celui de la selle ; on montait le cheval pour la guerre, pour les affaires, pour le commerce, pour les plaisirs ; le cheval était alors le plus puissant et presque le seul agent de la civilisation et de la vie politique des nations.

Légende Lithographique Sceaux du Moyen-âge – Le cheval Normand au Moyen-âge (6)

Aussi l'usage des croisements avec le cheval oriental fut-il reconnu nécessaire dès les temps les plus anciens de notre histoire, spécialement dans les herbages de la Neustrie, où la forte race armoricaine, toute robuste et tout énergique qu'elle fût, avait besoin de prendre plus de brillant, d'élégance et de vitesse, pour satisfaire aux exigences de l'homme cavalier.

Les communications des Gaulois d'Armorique avec leurs frères d'Ibérie étaient trop fréquentes pour que les premiers n'aient pas été à même d'apprécier l'utilité des croisements du cheval méridional avec les cavales gauloises.

Quant à l'époque romaine, il est certain que les légions numides étaient assez répandues dans les Gaules, principalement sur le littoral armoricain, pour permettre la profusion d'un sang reconnu le plus propice, dans tous les temps, aux services de la paix ou de la guerre.

L'époque des invasions arabes et de leur dispersion dans les champs de Poitiers, par Charles Martel, est encore, selon tous les historiens, une ère de régénération pour nos races septentrionales, par suite des chevaux abandonnés par les vaincus.

Enfin, les communications fréquentes qui eurent lieu avec l'Orient par suite des croisades, furent une nouvelle occasion d'employer le sang arabe lui-même au croisement de nos races. Les documents les plus authentiques indiquent que les haras des grands feudataires et ceux des riches abbayes étaient remplis de chevaux orientaux, ramenés par les seigneurs croisés, et consacrés par eux à la reproduction.

Légende Lithographique Sceaux du Moyen-âge – Le cheval Normand au Moyen-âge (9)

Quant au cheval espagnol, il fut, dès les temps les plus anciens et jusqu'au siècle dernier, le régénérateur par excellence des races normandes. Les ducs successeurs de Rollon les avaient en haute estime et les faisaient venir en abondance.

On lit dans Robert Wace, à propos de Richard Ier.

« Li Quens de Normandie fu mult proz è courtoiz.

Bien maintint sez vilains, bien out chier sez borgoiz.

A sez Barons duna terres, fiez et couroiz ;

 As fitz as vavassors duna droz et hernoiz

Armes è palefroiz è chevals Espanoiz. »

Guillaume le Conquérant montait un cheval espagnol à la journée d'Hastings : Geoffroy Plantagenet parut aux fêtes de Rouen sur un cheval espagnol ; Richard Cœur-de-Lion fit son entrée à Chypre sur un cheval de cette espèce, et les chartes des vieilles abbayes sont remplies de donations faites par les chevaliers, au retour d'une expédition, de leur destrier d'Espagne.

Aussi trouve-t-on les chevaux d'Espagne, dans un péage de cette époque, taxés à 12 deniers, tandis que les autres ne l'étaient qu'à 4.

Les monuments qui nous restent du moyen âge nous donnent, sur la conformation du cheval normand, du Xe au XIVe siècle, la preuve la plus évidente de son croisement avec le cheval méridional.

Le magnifique ouvrage de laine, représentant la conquête de l'Angleterre, appelé Tapisserie de la Reine Mathilde, nous offre, dans toute sa splendeur, le portrait du cheval demi sang, tel qu'il se fait maintenant en Angleterre, dans les herbages du Yorkshire ou du Cleveland, ou en France, dans la Normandie, le Poitou, la Bretagne, l'Anjou, et partout où le sol et le climat se prêtent à développer et à mouler avec grâce et dans de larges proportions, l'embyron malléable du sang d'Orient.

Toutefois, les renseignements les plus précieux à cet égard, nous sont fournis par les sceaux des grands feudataires des Xe, XIe et XIIe siècles, appendus aux vieilles chartes. Ces sceaux, qui ont date certaine et qui ne pouvaient être faits que dans le temps même, offraient, malgré l'imperfection du dessin, un degré de vérité et de naïveté, qui ne peut laisser aucun doute sur la conformation du cheval de l'époque.

Malheureusement, la plus grande partie de ces fragiles monuments ont disparu; les autres sont brisés ou indéchiffrables, et il est difficile d'en suivre l'iconographie dans toutes ses phases. Nous nous contenterons d'en prendre quelques-uns, au hasard, provenant du chartrier de St-Lô.

Sceau de Geoffroy, duc de Bretagne, fils du roi Henry

1. Sceau de Geoffroy, duc de Bretagne, fils du roi Henry II PLantagenêt

Malgré l'incorrection du dessin, il est facile de reconnaître, dans ce sujet, le cheval espagnol d'Andalousie, dans toute sa brillante prestance ; belles longueurs, haute et brillante encolure, tête de barbe, ramenée à la perpendiculaire, galop tride et cadancé.

Ce sceau représente sans aucun doute le cheval de pur -sang espagnol, tel qu'il était au moyen-âge, alors que sa renommée s'étendait dans toutes les parties du monde connu. C'est bien là le produit des juments lusitaniennes, ces filles des vents, et des étalons arabes des Abencerages, développé par le climat onctueux de l'Andalousie, qui produit les beaux chevaux et les femmes splendides.

Le sceau de Richard d' Harcourt

2. Le sceau de Richard d' Harcourt.

Ce type est d'un dessin remarquable ; comme ensemble et comme détails, il est impossible de  voir un plus beau modèle de cheval de guerre. C'est bien là le beau cheval de demi-sang de notre époque, longues et fortes hanches, belle poitrine, encolure longue et puissante, tête légère et bien placée ; c'est là, dans toute sa perfection, le cheval de Merlerault de notre époque, soit qu'il puise son origine dans un croisement intelligent de l'ancien type du pays avec le sang arabe des Aslan, des Massoud, ou avec le sang anglais des Tigris, des Royal-Oack, des Sylvio, des Eylau, etc.

Sceau de Raoul de Fougères

3. Sceau de Raoul de Fougères.

Ce type est comme le précédent, d'un magnifique dessin, Il est facile de reconnaître encore là le cheval de demi-sang normand avec sa forte croupe, son ensemble puissant, sa belle encolure et sa tête expressive.

Sceau de Pierre de Saint-Hilaire

4. Sceau de Pierre de Saint-Hilaire.

Ce sujet, d'un dessin incorrect et d'ailleurs mal conservé, représente indubitablement un cheval espagnol ou arabe de pure race. On dirait presque un cheval de pur- sang de notre époque, La tête et l'encolure sont d'une extrême légèreté, la poitrine est profonde, les membres légers, la queue se détache à la hauteur du rein et le galop affecte ce déploiement des organes locomoteurs qui ne se rencontre que chez le cheval de pur- sang.

A propos de ces documents, écrits ou figurés, il n'est pas sans importance de faire remarquer l'erreur dans laquelle sont tombés les statuaires et les peintres modernes, en représentant le cheval du moyen âge sous des formes lourdes et massives.

Légende Lithographique Sceaux du Moyen-âge – Le cheval Normand au Moyen-âge (2)

Quand bien même l'évidence des faits ne nous conduirait pas à penser que le cheval de guerre des Français fut de tout temps un cheval de taille moyenne, réunissant la force matérielle au sang et à l'élégance, le raisonnement seul nous amènerait à cette solution. N'est-il pas de toute évidence qu'avant l'usage des voitures, le cheval n'étant utilisé que comme monture, dut réunir au plus haut degré les qualités inhérentes au cheval de selle, c'est-à-dire la grâce, la distinction la vigueur, la vitesse, et que c'est à faire accorder ces nécessités avec celle d'une ampleur relative et d'une forte charpente que la science hippique de nos pères a dû s'appliquer ?

Légende Lithographique Sceaux du Moyen-âge – Le cheval Normand au Moyen-âge (11)

Le cheval normand, à l'époque gallo-romaine et au moyen âge, produit par le même sol que celui de nos jours, croisé par le type oriental, comme il l'est encore aujourd'hui par le type de pur- sang son dérivé, devait ressembler au cheval de demi sang de notre époque, et non au cheval massif et dégénéré connu sous le nom de cheval de trait, dont le tempérament et l'organisation ne se prêtent en aucune sorte ni à l'agrément du cavalier, ni à la vitesse des évolutions, ni à la souplesse de l'action, toutes choses indispensables au cheval de luxe et au cheval de guerre, surtout dans un temps où l'équitation était le premier des arts et la principale force des nations.,

E. HOÜEL. Journal des haras : remontes, chasses et courses

 

 

 

 

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