1047 Guillaume 1er seigneur de Parthenay vend l'île de Vix située dans le golfe des Pictons à Agnès Comtesse de Poitou et d'Anjou, Duchesse d'Aquitaine

 La tutelle gênante, exercée par le duc d'Aquitaine à Parthenay, avait cessé avant l'année 1021.

Guillaume, libre de toute entrave, administrait ses domaines, saisissant avec avidité, comme tous les seigneurs de cette époque, toutes les occasions d'augmenter son indépendance et d'étendre les limites de sa baronnie.

La considération personnelle dont il jouissait et l'influence croissante de sa famille nous sont attestées par une bulle du pape Jean XIX du 1er mai 1031. L'intérêt, que ce souverain pontife portait au monastère de Saint-Jean-d'Angély, lui avait suggéré la pensée de s'adresser aux barons qu'il croyait susceptibles, par leurs richesses, leur puissance et leur voisinage, d'accorder aide et protection à l'abbaye.

C'est pourquoi son bref est adressé d'abord au duc d'Aquitaine, puis à Geoffroy, comte d'Angoulême, à Hélie, comte de Périgord, aux fils de Hugues de Lusignan et à Guillaume, seigneur de Parthenay.

Le pape met, pour ainsi dire, l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély sous leur protection, les invitant à prendre en mains la défense de ses droits et de ses biens (2).

Ce fait seul suffit pour nous montrer quelle place distinguée tenait le seigneur de Parthenay parmi les feudataires poitevins.

La guerre, qui éclata à cette époque entre le comte d'Anjou et le duc d'Aquitaine, lui offrait une trop belle occasion de jouer un rôle pour ne pas la saisir avec empressement.

Guillaume le Grand était mort en 1030, laissant Guillaume le Gros, son fils aîné, pour successeur dans le duché.

Agnès de Bourgogne, sa troisième femme et belle-mère du nouveau duc, épousa en secondes noces l'ambitieux Geoffroy Martel, comte d'Anjou.

Ce mariage fut funeste au Poitou;

 il engendra des discordes sanglantes entre les deux princes. Geoffroy Martel chercha des alliés parmi les vassaux de son ennemi : il en trouva sans peine.

A son appel, le vicomte de Thouars et Guillaume de Parthenay répondirent par un soulèvement contre leur suzerain.

Après bien des ravages exercés par les deux partis, Guillaume le Gros perdit la décisive bataille de Saint-Jouin-les-Marnes contre le comte d'Anjou (9 septembre 1034). Blessé et fait prisonnier dans cette néfaste journée, il ne recouvra la liberté que trois ans après, moyennant une rançon considérable.

Le duc d'Aquitaine humilié allait nécessairement reprendre les armes pour punir ses vassaux infidèles: dans cette crainte, Guillaume de Parthenay se prépara à la résistance, et, de concert avec Geoffroy Martel, construisit le château de Germon destiné à couvrir la frontière méridionale de la Gâtine (1037).

Cette précaution fut loin de lui être inutile, malgré la mort de Guillaume le Gros arrivée l'année suivante (1038).

Eudes, déjà duc de Gascogne du chef de sa mère, ayant été appelé par une partie des barons du Poitou à la succession du dernier duc d'Aquitaine, son frère consanguin, reprit hardiment les armes et résolut de le venger.

Tout l'effort de la guerre retomba sur le seigneur de Parthenay. Plein d'espérance dans la victoire, le nouveau comte de Poitou commença par mettre le siège devant le château de Germon.

Mais Guillaume de Parthenay, qui dirigeait en personne la défense, ne se laissa point intimider. Sa vigoureuse résistance fut couronnée de succès et contraignit les assaillants à une honteuse retraite.

Eudes vaincu, mais non découragé, se retira pour aller se faire tuer à l'attaque du château de Mauzé (mars 1039) (3).

Le sire de Parthenay sortait donc triomphant de la lutte, et son puissant allié le comte d'Anjou devenait, par suite de ces événements, arbitre souverain des destinées de l'Aquitaine. Satisfait d'un résultat qui, en abaissant momentanément la famille des comtes de Poitiers, augmentait l'influence morale de sa propre maison, Guillaume de Parthenay se rattacha de plus en plus à la fortune de l'heureux Geoffroy Martel.

Aussi libéral envers l'Église que brave et puissant, le comte d'Anjou avait fondé à Vendôme, conjointement avec sa femme Agnès, le monastère de la Trinité.-

La dédicace eut lieu en 1040. Ce fut une fête brillante et solennelle à laquelle le comte d'Anjou convia une multitude de prélats, d'abbés et de barons.

Guillaume de Parthenay ne pouvait manquer d'y assister. Beaucoup de seigneurs du Poitou s'y trouvèrent avec lui, notamment Hélie, sire de Vouvent, le vicomte d'Aunay, Guillaume Chabot, et d'autres encore (4).

 

Marais de Vix

Quelques années plus tard, en 1047, le sire de Parthenay assistait également à la dédicace de l'abbaye de Notre-Dame de Saintes, fondée par Geoffroy Martel et la comtesse Agnès.

C'est pendant son séjour dans cette ville, à l'occasion de cette solennité, que Guillaume de Parthenay vendit à la comtesse d'Anjou, l'île de Vix située dans les marais de la Sèvre du golfe des Pictons, non loin du château de Fontenay et de l'abbaye de Maillezais.

 Agnès ne faisait cette acquisition que pour en faire don à la nouvelle abbaye.

La charte rapportée au Gall. Crist. eccl. Santon. atteste qu'à cette époque, les marais, à prendre de Vix, en remontant la Sèvre, étaient en pleine culture.

Il paraît par cette charte, qu'Agnès, comtesse de Poitou, avait acheté de Guillaume, seigneur de Partenay, et ce, du consentement de son fils Guillaume, comte de Poitou et duc d'Aquitaine, l'île de Vix, insulam quæ vocatur vicus ( Vic , en celtique ou gaulois, veut dire habitation terre habitée) in pago pictavensi sitam in maritimis aquae Sevriae , ( les marais de l'eau de la Sèvre) habentem sinistro haud multum castellum Fonteniaci , ad orientem monasierium sancti Petri Malleacensis perspicientem quam de illo supra dicto Wuilelmo sic integram emi , ut nihil penitùs in eâ remaneret quod pro rectum debitum quivis reclamare posset , totam scilicei ecclsium tum appenditiis , terram et œdificia et quae, indè exire debent consuetudines piscirias per omne maritimum (c'est-à-dire par tout le marais) circumquaque dedi Wuilelmo pro hâc insulâ mille et quinquaginta nummorum ….

La comtesse Agnès donna l'île de Vix à l'abbaye des Nonnains de Notre-Dame de Saintes, qu'elle avait fondée; et cette charte, datée de Saintes, 1047 , ind. 15 , sous le règne d'Henri, roi de France, est souscrite par Guillaume, comte de Poitou , duc d'Aquitaine; Agnès, comtesse, sa mère ; Isembert , évêque de Poitiers ; Arnulphe, évêque de Saintes; Guillaume de Partenay, Guillaume son fils, Josselin son frère , trésorier de St. -Hilaire ; Gelduin son frère, Simon son frère, Ebles son frère, Beatrix leur sœur , Hugues et Guillaume, neveux de Guillaume de Partenay ; Hugues, vicomte de Châtelleraud , Etienne Rufin , de Châtelleraud ; Jean de Chinon, Gelduin de Preuilli , Guillaume Bastard et Bouchard de Mortagne.

Et comme le sire de Parthenay voulait donner des preuves de générosité et de zèle religieux envers le monastère de Notre-Dame, il lui abandonna tout le prix de vente de l'île de Vix, et consacra au service de Dieu sa fille Béatrix encore enfant (5).

 

INCIPIUNT CARTE DE TERRA DE VIS. (1047.)

Notum sit omnibus sancte Dei ecclesie fidelibus (6), quod ego Agnes comitissa comparavi de Willelmo de Parteniaco, jussu et auctoritate filii mei Aquitanorum ducis Willelmi, insulam que vocatur Vicus, in pago Pictavensi sitam, in maritimis aque Sevrie, habentem sinistro latere haut (sic) multum longe castellum Fonteniaci, ad orientem vero monasterium Sancti Petri Malleacensis prospicientem, quam de illo supradicto Willelmo Parteniacensi sic integram emi, ut nichil penitus in ea remaneret, quod post rectum debitum quivis unquam reclamare posset, totam scilicet ecclesiam, cum suis appendiciis, terram totam et hedificia, et que inde exire debent consuetudines, piscarias per omne maritimum circumquaque.

Dedi quoque supranominato Willelmo pro hac insula mille et quingentos nummorum solidos, cum plurimis auxiliis que sibi alias feci.

Hanc meam emptionem annuit meus filius Pictavinus comes Willelmus. Similiter annuerunt uxor hujus Willelmi Parteniacencis, Arengarda nomine, et filius ejus prior natu Willelmus, et frater ejus Goscelinus Sancti Hylarii thesaurarius (7), et Symon, et Geldoinus.

Horum pater, cum istis nominatis filiis, jurej urando fidutiam mihi dederunt, ne unquam in futurum hec mea emptio et eorum venditio per aliquem de suis heredibus reclamaretur.

 Et si quispiam sibi vendicare parentela, vel vi, vel alio quolibet modo vellet, se adjutores ad deliberandum fore, quibus modis possent, polliciti sunt.

Hanc insulam, sicut emeram, per supranominatorum auctoritatem concessi ecclesie quam apud Xanctonas civitatem in honore sancte Dei genitricis virginis Marie et omnium sanctorum Dei, humilis ejus ancilla, a novo fundavi, et sanctimonialibus in eadem omnipotenti Deo sub sancti Benedicti regula servientibus, pro redemptione anime mee et salvatione filiorum, et honoris, ut peccatorum veniam merear consequi.

Tali autem tenore supradicte ecclesie contuli ecclesiam cum appendiciis et omnia ejus exenia, ut sit illi et suis sanctimonialibus cella in perpetuum.

Et si forte (quod absit) locus ille, qui est apud Xanctonas, omnino destrueretur, sic destine anime mee, ut ubicumque aufugeret abbatissa cum monachabus, ibi velatis et Deo dicatis, vel deveniret, vel hospitaretur, hujus emptionis mee redditionem vel expletum sibi et suis accipiat in vivendi usum.

Quod factum, ut stabile pocius videretur, domnus Willelmus et uxor ejus Arengarda filiam quam habebant parvulam, Deo et matri sue, et omnibus sanctis, ad sibi inibi serviendum obtulerunt, et de hac venditione donum super altare matris Domini miserunt. Nos quoque donum nostrum, ut decebat, confirmavimus, et fidelibus testibus hanc cartulam roborandam tradidimus.

S. + Willelmi ducis Aquitanorum. S. + comitisse Agnetis. S. + Isemberti Pictavensis episcopi. S. + Arnulfi Sanctonensis episcopi S. + W. Parteniacencis. + S. filii ejus W. S. + Joscelini fratris ejus thesaurari Sancti Hylarii. S. + Symonis fratris ejus. S. + Geldoini fratris ejus. S. + Ebonelli fratris ejus. S. + Beatricis sororis eorum. S. + Hugonis et W. ne- potum eorum. S. Hugonis vicecomitis de Castro Airaldi. S. + Stephani de Castro Airaldi. S. + Johannis de Chinone. S. + Guidonis de Pruliaco. S. + W. Bastardi. S. + Bucardi de Mauritania.

His et aliis multis videntibus, actum est civitate Xanctonis, anno ab Incarnatione dominica M° XL°.

VII°. Indictione XV. Henrico rege Francorum, in Dei nomine feliciter. Amen. Et sciendum est, quod omnes episcopi, qui ad ecclesiam Beate Marie adfuerunt dedicare, excommunicaverunt illos qui donationes factas illi ecclesie dextruxerint, et eas qui postea date fuerint.

Isti episcopi fuerunt, Archembaudus sancte Burdegalensis ecclesie archiepiscopus, Hugo sancte Bisonticencis ecclesie indignus archiepiscopus, Aimo sancte sedis Bituricencis archipresul, Arnulfus sancte Sanctonice ecclesie novus episcopus, Hugo Nivernensis ecclesie humilis episcopus, Willelmus Engolimensis ecclesie humilis sessor, Geraldus Petragoricorum episcopus, Pudicus sancte Nanmetice ecclesie episcopus , Jordanus sancte Lemovicensis ecclesie episcopus.

Durant tout le cours du onzième siècle, la prospérité du pays de Gâtine s'accroît d'une manière notable : des défrichements s'opèrent par les mains des moines ; l'agriculture se développe, des bourgades nouvelles s'élèvent de tous côtés; l'industrie naissante des draps de Parthenay, source précieuse de richesse pour cette ville, prend une extension considérable ; les fabriques se multiplient et, dès cette époque reculée, leurs produits commencent à jouir au loin de cette réputation méritée qu'ils ont conservée pendant si longtemps dans les contrées, de l'ouest (8).

Les seigneurs de Parthenay encouragent ce mouvement de tous leurs efforts ; les églises qu'ils fondent partout deviennent autant de centres autour desquels ils attirent et réunissent des habitants auxquels ils accordent des franchises et des exemptions d'impôts.

Les petits vassaux de la Gâtine suivent cet exemple dans leurs domaines. C'est ainsi que, du vivant de Guillaume de Parthenay, nous voyons un petit seigneur, nommé Simon, fonder l'église et le bourg de Saint-Lin. Peu de temps après l'achèvement des travaux, vers l'an 1044, ce même Simon et sa femme Marguerite, poussés par un de ces sentiments de piété si communs au moyen âge, donnent à l'abbaye de Saint-Maixent la moitié du nouveau bourg et de la nouvelle église.

La donation comprenait en outre des vignes situées près du château d'Hérisson, et deux viviers, l'un à Mazières, l'autre à Verruie (9).

Guillaume de Parthenay mourut vers l'an 1058.

Il avait épousé depuis fort longtemps Aremgarde, dont on ne pourrait préciser l'origine, mais qu'on a supposé avoir appartenu à la famille de Talmont.

Cette union fut féconde et donna six enfants au sire de Parthenay. Guillaume l'aîné précéda son père dans la tombe; les autres fils, Josselin ou Gosselin, Simon, Gelduin et Ebbon, furent successivement seigneurs de Parthenay.

Une fille, nommée Béatrix, était religieuse au couvent de Notre-Dame de Saintes.

 

 

 ==> An Mil, siège du château de Mauzé de Guillaume le Bâtard, protégé par la Bretagne, avec des fossés et des pont-levis

 


 

Lacurie (abbé). Carte du Golfe des Santons, Pictons sous les Romains
Lacurie (abbé). " Carte du pays des Santons sous les Romains, dressée pour l'intelligence des Mémoires de la Société archéologique de Saintes, dressée par M. l'abbé Lacurie, secrétaire de la Société. " (S. d.) XIX e siècle Un savant ecclésiastique, M. l' abbé Lacurie, a envoyé au concours un mémoire manuscrit sur les Antiquités de Saintes.

 

(l) Hist. de la maison des Chasteigners, par André Duchêne, p. 8 et 9, éd. 1634.

(2) Dom Fonteneau, t. 62, p. 549.

(3) Chronique de Maillezais. — Hist. des comtes de Poitou , par Besly, p. 140, éd. 18l10. - Thibaudeau commet donc une erreur lorsqu'il prétend que le sire de Parthenay resta fidèle à Eudes (tome 1er, page T24).

(4) Dom Fonteneau, t. 80.

(5) Annales bénédictines, par dom Mabillon ,

(6) Evêque de Saintes en 1083.

(7) Archevêque de Bordeaux en 1059.

(8) Charte de 1076, dans laquelle un abbé de Saint-Jean-d'Augély donne pour l'amortissement d'un fief, quinque ulnas de panno , qui dicitar de Parteniaco. (Nol. SUT les Larch., par Marchegay.)

(9) Histoire de l'abbaye de Saint Maixent., par dom Chazal dans dom Fonteneau, t.36, 244, 245. Nous n’avons pu déterminer à quelle famille appartenait ce Simon. Peut-être était il le fils de Guillaume de Parthenay ?