Gaule voies Romaines Pictons - Vendée Herbiers - Pays de la Loire - Anjou

A mesure que le commerce et l'industrie prenaient du développement, l'insuffisance des voies de communication par eau se manifestait de plus en plus. Il ne suffisait plus de remonter ou de descendre les fleuves ou les rivières et d'aborder ainsi aux villes en faisant souvent de longs détours.

La nécessité de relier les villes aux villes, les bourgades aux bourgades, et d'aller jusqu'au milieu des terres s'imposa. Des chemins devinrent indispensables, à ceux que les premiers besoins avaient fait tracer aux Gaulois, vinrent s'ajouter ceux que la civilisation romaine jugea utiles.

A peine entrés dans les Gaules, les Romains s'empressèrent de tracer de grandes routes, traversant la Gaule dans ses divers sens, et reliant la Manche et l'Océan à la Méditerranée, et Marseille, Lyon, Bordeaux et les grandes villes du centre à Lutéce, au littoral et aux frontières de l'Est. Ce sont ces grands chemins que la tradition nous a laissés sous le nom de voies romaines via Romana.

 

1 - LIMONUM (Poitiers); Portus Namnetum  (Port des Namnètes Nantes) par Saint-Clémentin, Segora.

Cette voie est marquée sur la Table. On ne pouvait, par conséquent, douter de son existence ; mais on s'est presque toujours trompé sur sa direction, et en la cherchant là où elle ne passait pas on s'est mis dans l'impossibilité d'identifier, d'une façon plausible, la mansion de Segora, indiquée sur cette ligne. Nous croyons avoir été plus heureux (1).

 (1) A.-F. Lièvre, Revue archéologique, IIIe série, t. XVIII, 231.

Poitiers à Saint-Clémentin, Segora. — La voie au sortir de la ville, est trop usée pour être reconnaissable à  d'autres indices que sa direction. Elle passe à Auxances, près de Neuville et à Étables. On la constate d'une façon certaine « au milieu du village de Bournezeau, où, d'après M. Arnauld (1), on rencontre encore sur plusieurs points la chaussée et ses marges ». Elle traverse Bellien, laisse à gauche le Puy-Mouron et arrive à la Cueille. « Du Puy-Mouron à la Cueille, M. Arnauld a fait exécuter cinq fouilles, qui toutes ont, dit-il, mis la voie à découvert avec ses marges et son empierrement. De la Cueille, ajoute-t-il, ce chemin traverse le bourg de Marnes, où l'on a rencontré assez fréquemment ses traces, puis il vient en ligne droite passer devant l'église de Saint-Jouin. »

 Saint-Jouin est l'antique Ension, qui n'a pris son nom actuel qu'au Xe siècle. Il se trouve à quinze kilomètres au nord de la ligne idéale qui relierait Poitiers à Nantes ; c'est le point où la chaussée s'en écarte le plus. Cette faible déviation ne s'explique pas seulement par l'avantage, que nous avons expliqué ailleurs (2), de se maintenir en plaine le plus longtemps possible ; elle a aussi pour but de se rapprocher d'Angers, afin de desservir cette ville au moyen d'un embranchement, que nous avons déjà étudié.

Dans la traversée de la plaine de Noizé, la voie, dit M. Arnauld, ne présente plus qu'une espèce de sentier couvert de pelouse et envahi par des terres en labour. Delà elle continue vers l'ouest en séparant la commune de Maulais de celle de Saint-Géneroux, et après avoir franchi le Thouet elle rencontre un de ses affluents près du hameau de Volubine.

 (1) Ch. Arnauld, Mém. de la Soc. destatist. des Deux-Sèvres, 1862, p. 251.

(2) Revue archéologique, IIIe série, t. XVIII, 233.

 

Cette section est mentionnée dans un aveu de 1568, que cite D. Fonteneau : « Item Mathurin et Guillaume les Audouars tiennent une pièce de terre plantée en bois, assavoir au Monceau, contenant six boisselées environ, tenant au chemin appelé le grand chemin de la Chaussée, par lequel on va dudit lieu de Monceau au pont de Volubine (1). »

Du temps de D. Fonteneau on voyait encore les restes de l'une des piles de ce pont.

Au delà de Volubine la ligne est indiquée sur la carte de l'état major sous le nom « d'ancienne voie romaine ». Elle passe à Coulonges et à la Chapelle-Gaudin, traverse ensuite la Madoire, au pont de Bréchoux, et, un peu plus loin, le Douet, puis le Ton, au pont Grolleau, et arrive à Voultegon, sans avoir, depuisla bifurcation de Saint-Jouin dévié de plus d'un mille et demi, malgré six ou sept ruisseaux à franchir et leurs berges à remonter.

Le petit bourg de Voultegon a ceci de particulier que deux communes se le partagent, et que c'est l'ancienne chaussée, passant au pied même de l'église, qui les délimite.

D'un côté est Voultegon, de l'autre Saint-Clémentin.

Nous sommes là à Segora; mais procédons comme si nous n'en savions rien et commençons par poser le problème tel qu'il résulte des indications de la Table, le seul document où figure le nom de cette mansion.

Ces indications se réduisent à trois : Segora est sur la voie de Poitiers à Nantes, — à 33 lieues de la première de ces deux villes, — et au point où cette ligne en rencontre une autre venant d'Angers.

 (1) D. Fonteneau, Mém. de la Soc. des Antiquaires de l'Ouest, II, 93.

Nous avons là des données suffisantes pour résoudre le problème; mais, d'un autre côté, il n'est pas permis d'en négliger une seule, c'est-à-dire de placer Segora sur une voie quelconque, à n'importe quelle distance de Poitiers et sans tenir compte du croisement de la ligne venant d'Angers.

Des quinze ou seize localités proposées jusqu'ici, aucune ne satisfait à la fois aux trois conditions exigées. La plupart même n'en remplissent aucune; tels sont Segré, au nord de la Loire, Sigournay et Mortagne, en Bas-Poitou, Montreuil-Bellay, Airvault, la Grimaudière, Doué, Bressuire, le Breuil-Chaussée, Faye-l'Abbesse, etc.

Trois noms surtout ont été mis en avant et ont encore leurs défenseurs : Méron, près de Montreuil-Bellay, la Segourie, dans le canton de Beaupréau, et Secondigny-en-Gâtine.

Méron est à 33 lieues de Poitiers, si l'on admet que la lieue était de 2,222 mètres seulement. C'est tout ce que l'on peut faire valoir en sa faveur; car s'il se trouve près d'un ancien chemin qui va à Angers, il n'est pas en même temps sur la ligne de Poitiers à Nantes.

La Segourie, à laquelle son nom et quelques débris gaulois ou romains ont valu une certaine faveur, est à 50 lieues de Poitiers et à 4 lieues en dehors de la voie qui de cette ville allait à Nantes.

Secondigny est l'endroit qui compte le plus de partisans.

C'est lui qui, en effet, réunit le plus d'à peu près : il est à peu près sur une voie romaine; il se trouve à peu près à la distance voulue et son nom ressemble à peu près à Segora. Si on essaie de remplacer ces approximations par des faits et des chiffres, voici à quoi on arrive : Secondigny est à 3 kilomètres et demi d'une voie romaine; — cette voie va bien à Nantes, mais ne vient pas de Poitiers (1) ;

(l) Voir ci-dessus, p. 8.

 Secondigny se trouve à 25 lieues de Poitiers, et même, par le tracé allongé que l'on a supposé, il n'en serait encore qu'à 29 lieues et demie et non à 33; — Secondigny, enfin, c'est Secundiniacum, le domaine de Secundinus, et n'a jamais été Segora.

A part celles qui procèdent du goût des étymologies : Segré = Segora, Sigournay = Segora, Secondigny= Segora, la Segourie = Segora, les erreurs que nous venons de relever proviennent en général de deux causes : on a méconnu la véritable direction de la ligne de Poitiers à Nantes et on n'a même pas soupçonné quelle pouvait être la seconde chaussée dont la rencontre avec la première déterminait la position de Segora.

Cette seconde chaussée est celle d'Angers à Saintes, que nous avons décrite précédemment ; le croisement avait lieu au pont de l'Argent, entre Saint-Clémentin et Voultegon.

Deux des conditions exigées par la Table se trouvent ainsi remplies : Voultegon et Saint-Clémentin sont sur la voie de Poitiers à Nantes et ils se trouvent au point même où cette ligne en rencontre une autre venant d'Angers.

Reste la troisième donnée du problème : Segora est à XXXIII lieues de Poitiers. Ces 33 lieues, à 2,436 mètres, font 80,388 mètres. Or, le bourg de Voultegon, qui appartient en partie à Saint-Clémentin, est à 82 kilomètres de Poitiers, c'est-à-dire exactement à la distance voulue, la Table négligeant toujours les fractions.

Aux trois conditions du problème posé par la Table et qui sont ainsi remplies, il convient d'en ajouter une autre, à laquelle doivent également répondre Voultegon et Saint-Clémentin. Il faut qu'ils justifient de leur antiquité et même d'une importance ancienne supérieure à celle qu'ils ont aujourd'hui.

Voultegon est incontestablement ancien. Il y a une vingtaine d'années, M. des Dorides y a fouillé un cimetière des IVe et Ve siècles (i). D'après Grégoire de Tours, il y avait là une église au temps où saint Martin évangélisait l'Ouest, c'est-à-dire à la fin du IVe siècle : Apud Vultaconum, vicum pictavensem., duo pueruli direxerunt ad ecclesiam (2).

Cette église, qui a dû être une des premières de la région, a été remplacée par une autre, bâtie en petit appareil et dédiée à saint Pierre, qui subsiste encore en partie et qui est elle-même fort ancienne. Plus tard, on y constate l'existence d'une seconde église ou d'une chapelle.

Un triens mérovingien, souvent décrit, témoigne à son tour de l'importance de cette localité avant le moyen âge.

Il porte la légende Vultaconno et le nom du monétaire Teudomare, qui, par conséquent, devait avoir sa résidence et son atelier à Voultegon (3).

Mais le fait que Voultegon était déjà connu sous ce nom au temps de saint Martin, c'est-à-dire à l'époque même où la Table a dû être confectionnée, exclut l'idée qu'il puisse avoir porté celui de Segora.

Voultegon, d'ailleurs, semble n'avoir été dès l'origine qu'une sorte de faubourg de Saint-Clémentin, qui, traditionnellement en a gardé jusqu'à nos jours la moitié dans sa dépendance administrative.

(1) Bulletin de laSociété archéolog. de Nantes, IX, 229.

(2) Grégoire de Tours, Miracles de saint Martin, II, 45.

(3) Lecointre-Dupont, Essai sur les monnaies du Poitou.

 

Les premières mentions de Saint-Clémentin que nous ayons ne datent, il est vrai, que du milieu du XIe siècle ; mais ce n'est point à cette époque que surgissent chez nous des centres de population nouveaux, du moins avec l'importance que les chartes de ce temps attribuent à Saint-Clémentin.

Il se composait alors, en effet, de deux groupes de maisons, à chacun desquels on donnait le nom de bourg, et dont un se trouvait autour de l'église (1). Cette église elle-même, dont, au rapport de M. Ledain (2), quelques parties étaient en petit appareil, témoignait, avant sa récente reconstruction, d'une antiquité égale à celle de Voultegon.

Nous trouvons plus tard la mention de deux autres églises ou chapelles et d'une maladrerie. Saint-Clémentin paraît avoir été le siège d'une viguerie et fut depuis celui d'une châtellenie. Ses foires étaient d'autant plus renommées qu'elles étaient plus anciennes.

Quoique bien déchu, Saint-Clémentin, il y a trois cents ans, était toujours qualifié de ville (3). Au siècle dernier, il gardait encore le souvenir de son antique importance : « Il paraît, écrivait le feudiste Moisgas(4), qu'il a été beaucoup plus considérable qu'il ne l'est aujourd'hui, si on veut en croire ce que disent les anciens du pays et si on s'en rapporte aux vestiges des maisons qui subsistent encore aux environs de ce bourg, que l'on qualifiait, dans les anciens titres, de ville. »

 (1) Archives historiques du Poitou, II, 61.

(2) Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 1880, p. 162.

(3) Archives historiques du Poitou, XX, 394,

(4) Affiches du Poitou, 1779, n° 1.

Voilà donc deux bourgades : Voultegon et Saint-Clémentin, dont nous sommes autorisé à faire remonter l'existence au temps même où fut composée la Table. Elles sont plus que voisines, puisque l'une a la moitié de l'autre dans son ressort et que depuis la création des paroisses, c'est-à-dire depuis mille ans peut-être, c'est, comme dans une ville, une rue qui les délimite.

De ces deux paroisses, séparées seulement par l'ancienne voie de Poitiers à Nantes, il en est une qui a gardé son ancien vocable celtique, emprunté vraisemblablement à sa position. Son nom même exclut l'idée que Voultegon ait été Segora.

Saint-Clémentin, qui d'ailleurs était le centre principal, a au contraire un nom moins vieux que lui-même. C'est une de ces anciennes paroisses, si nombreuses, qui ont d'abord fait précéder leur nom de celui de leur patron, puis l'ont finalement laissé tomber dans l'oubli pour ne garder que ce dernier. Nous avons à quelques lieues de là un exemple d'un fait analogue. Saint-Jouin s'appelait d'abord Ension; c'est entre le Ve et le Xe siècle qu'il prit le nom de son premier abbé, dont il gardait la dépouille.

A la même époque, Saint-Clémentin, qui avait un petit monastère, dépendant de Saint-Florent, et qui lui aussi conservait les restes de son premier abbé ou prieur, en prit le nom; mais avant de devenir Saint-Clémentin, il fut Saint-Clémentin-de-Segora, et auparavant il avait été simplement Segora.

Les irrécusables témoins de son lointain passé avaient déjà, il y a près d'un siècle, fait supposer que Saint-Clémentin pouvait avoir remplacé Segora (1). Il restait à le démontrer.

(i) Journal des Deux-Sèvres, 1812, p. 213. — Mémoires de la Soc. de statistique des Deux-Sèvres, IIIe série, t. VI, 104.

 

Saint-Clémentin à Saint-André de la Marche, fines. — En sortant de Voultegon, la chaussée franchit l'Argent sur un pont de six arches en granit, qui vers le XIIIe siècle a dû en remplacer un autre, puis elle remonte sur le plateau et se dirige vers les Aubiers, qu'elle laisse un peu à gauche. Tirée au cordeau, huit kilomètres durant, elle n'a pas depuis seize siècles dévié de son axe, bien qu'elle serve toujours à la circulation. Arrivée près de Maulevrier elle subit l'influence des accidents de terrain, sans cependant s'écarter de sa direction générale. Elle traversait Cholet, qui, dès la fin de la période romaine, était un petit centre de population, dont on a découvert le cimetière, il y a une trentaine d'années.

De là elle allait, presque en ligne droite, passer un peu au sud de Saint-André-de-la-Marche.

Avant le démembrement du diocèse de Poitiers, en 1317, Saint-André en était la dernière paroisse, ce qui porte à croire qu'antérieurement il avait de même été la frontière de la cité pictone.

Cette présomption, corroborée par le complément du nom de Saint-André, est confirmée par la Table, où on lit le chiffre XVIII, inscrit, il est vrai, dans des conditions un peu insolites, mais qui ne peut se rapporter qu'à une station ou à un fines de la ligne de Nantes (1).

Ces dix huit lieues, à 2,436 mètres l'une, équivalent à 43,848 mètres et, partant de Segora, nous portent à Saint-André-de-la Marche, ou, pour être plus exact, au petit ruisseau qui limite cette paroisse au nord-ouest. On entre là dans le pays de Mauges et dans l'ancien diocèse d'Angers. Le bourg de Saint-André, comme Saint-Clémentin et Saint-Jouin, est du nombre de ceux qui ont changé de nom après le triomphe du catholicisme ; mais nous ignorons comment il s'appelait auparavant.

(1) A.-F. Lièvre, Revue archéologique, III, série t. XVIII : le Fines des Piétons et des Audes sur la voie de Poitiers à Nantes.

Avant de quitter Saint-André-de-la-Marche, nous ferons remarquer que la détermination de ce fines vient confirmer notre identification de Segora. Saint-Clémentin, en effet, se trouve ainsi placé entre deux points fixes, la capitale des Pictons, d'un côté, et leur frontière de l'autre, à XVIII lieues de celle-ci et à XXXIII de celle-là, c'est-à-dire aux distances exigées par la Table.

Saint-André-de-la-Marche à Nantes. — La voie au delà de Saint-André traverse au sud le territoire de Saint Machaire-en-Mauges. Si l'adjonction du mot la Marche au nom de Saint-André nous avertissait tout à l'heure que nous étions à une limite, le complément de Saint-Machaire nous apprend à son tour que nous ne sommes déjà plus chez les Pictons, bien que les deux paroisses se touchent. Saint Machaire-en-Mauges, qui lui aussi a changé de nom, s'appelait primitivement Espevan.

La chaussée, peu reconnaissable, devait passer ensuite près de la Renaudière, à Tilliers et à Vallet. De la Chapelle Heulin à Nantes, son tracé a été emprunté par la route moderne.

Au delà de Nantes la ligne se poursuivait jusqu'au fond de l'Armorique et mettait ainsi l'extrémité de la Gaule en rapport avec Lyon et l'Italie.

 

 

2 - LIMONUM (Poitiers); Moussais; Sainte Christine de Fierbois Cenon; Turonum Caesarodunum (Tours)

Cette ligne figure sur la Table de Peutinger.

Usée, comme elles le sont toutes aux abords des villes, et probablement recouverte en partie par une chaussée moderne, l'ancienne voie ne se laisse soupçonner qu'à partir du village de la Carte et son tracé ne devient certain qu'à Pont-de-Ruan, où elle traverse l'Indre.

Ruan est une des bourgades où, dans la première moitié du cinquième siècle, l'évêque Brice construisit une église dont, au rapport de M. Bourassé (1), quelques pans de murs ont été conservés dans une reconstruction du moyen âge. M. Ponton d'Amécourt (2) attribue à cette vieille localité une monnaie mérovingienne portant la légende ROTOMUS.

Grégoire de Tours, qui avait cette paroisse dans son diocèse, l'appelle Rotomagus (3). Ce nom est celui que Rouen portait à la même époque, et s'il est vrai que la capitale de la Normandie l'ait reçu à cause du culte qu'on y rendait à Roth, rendait à Roth, il faut admettre que le vicus des Turons avait, lui aussi, un sanctuaire de cette divinité génératrice.

Il serait à croire, dans ce cas, que Brice, imitant en cela saint Martin, son illustre prédécesseur, aurait élevé là un oratoire parce que c'était déjà un centre religieux et qu'il fallait changer les croyances sans trop déranger les habitudes.

(1) Mémoires de la Société archéologique de Touraine, V. 12.

(2) Annuaire de la Soc. de Numismatique et d'Archéologie, ann. 1870.

(3) Historia Francorum, lib. X, c. XXXI.

Entre l'Indre et la Manse, la chaussée a été prise pour limite de cinq paroisses et a valu son nom au hameau du Chemin-Ferré, dans celle de Thilouze. Elle franchit la Manse à Saint-Épain et la Creuse à Port-de-Piles, qui a conservé jusqu'à la fin du XVIIe siècle des restes du monument gallo-romain auquel il doit la seconde partie de son nom (1).

Après avoir traversé la Vienne à Cenon, la ligne rencontrait une petite ville, dont les ruines sont aujourd'hui connues sous le nom de Vieux-Poitiers, mais qui s'appelait alors Briva, comme en témoigne une inscription célèbre, à laquelle nous croyons avoir rendu son véritable sens (2).

Briva était le chef-lieu d'une peuplade ou plutôt d'une tribu, celle des Brivates, qui avaient été ainsi nommés précisément parce que c'était chez eux que le chemin de Tours à Poitiers passait la Vienne.

La chaussée longeait ensuite la vallée du Clain jusqu'à Poitiers, en se tenant tantôt sur le plateau, tantôt à mi-côte.

De Tours à Poitiers il y a, d'après la Table de Peutinger, 42 lieues, qui, à 2,436 mètres, font 102,312 mètres. Mesurée sur la ligne que nous venons de suivre, la distance est, en effet, d'environ 102 kilomètres et trois hectomètres.

On a retrouvé à l'état de sarcophages, dans le cimetière de Cenon, quelques-unes des bornes milliaires qui, autre fois, étaient sur le bord de la voie. Les plus anciennes sont au nom d'Antonin-le-Pieux et datées de son troisième consulat ; il y en a une dédiée à Constance-Chlore et une autre à Galère. Ces deux dernières se rapportent à une réfection de la chaussée, peut-être même à une simple restauration des milliaires. Quant à celles d'Antonin, elles nous reportent probablement à la construction même de la voie, ou, pour mieux dire, à la rectification et à l'empierrement de l'ancien chemin gaulois de Tours à Poitiers.

(1) La Sauvagère, Recueil d'Antiquités, 103 et 171.

(2) Le Menhir du Vieux-Poitiers, Ratis Brivatiom; Poitiers, 1890.

 

Sur l'une des bornes d'Antonin on lit : LIM.X; FIN. VI.

Ces deux chiffres additionnés donnent 16 lieues comme distance de la capitale des Pictons à la limite de leur territoire et nous portent à près de deux kilomètres au delà d'Ingrande.

Ce milliaire devait, d'après ces indications, se trouver un peu au sud du Vieux-Poitiers.

Une seconde borne d'Antonin, transportée comme la précédente au château du Fou, porte : LIM. IX; FIN. VII (2). Elle était, par conséquent, à une lieue de la précédente dans la direction de Poitiers.

Des indications concordantes de ces deux milliaires il résulte qu'anciennement la frontière des Pictons et des Turons était à Ingrande ou, pour parler plus exactement, au petit ruisseau qui, au nord et non loin du bourg, se jette dans la Vienne. Le nom même d'Ingrande rappelle que cette localité, d'ailleurs sans importance et que l'auteur de la vie de saint Léger traite de viculus (3), était autrefois une limite.

Depuis, le Poitou a empiété d'une paroisse sur la Touraine et s'est étendu jusqu'à la Creuse.

(1) Lalanne, llist. de Châtelleraud, I. 89; — Bourignon, le Vieux-Poitiers, 9.

(2) De Longuemar. Bornes milliaires. p.6; — Espérandieu, Epigraphiepoiter., 19.

(3) D. Bouquet, Rec. des Historiens des Gaules, II, 625.

 

La voie de Tours à Poitiers, qui faisait suite à celles venant d'Orléans et du Mans, était la principale artère entre le Nord et le Sud-Ouest. Elle a vu passer toutes les invasions et c'est sur son parcours qu'ont eu lieu les grands chocs de 507 et de 732.

Dans les temps modernes, la circulation a abandonné la vieille chaussée, mais elle s'en est très peu écartée : de Port-de-Piles à Châtellerault, la voie romaine, la route royale du XVIIIe siècle et le chemin de fer, parfois contigus, s'éloignent rarement de plus de cent pas. A partir de Châtellerault et depuis la création de cette ville seulement, c'est-à-dire depuis le moyen âge, voyageurs et marchandises ont pris à suivre la rive gauche du Clain, au lieu de la rive droite.

 ==> Voies romaines via Romana Cœsarodunum (Tours)

 

3 - LIMONUM (Poitiers); Argantomago (Saint-Marcel); Mediolano (Châteaumeillant); Aquis Neri (Néris-les-Bains); Cantilia (Chantelle); Aûg Nemeto (Clermont-Ferrand)

4 - LIMONUM (Poitiers); Rarauna (Rom); Brigiosum (Brioux-sur-Boutonne); Auedonnaco (Aulnay-de-Saintonge); Mediolanum Santonum (Saintes)

 ==> Voies Antiques de LIMONUM (Poitiers) à Mediolanum Santonum (Saintes)

 

5 - Condevincum (Nantes) portus Namnetum,; Iuliomago ou Juliomagus (Angers)

Cette ligne est en dehors du champ d'exploration que nous nous sommes assigné ; nous l'indiquons cependant ici parce qu'elle n'en est séparée que par la Loire et qu'elle reliait deux capitales voisines de chez nous et où nous serons plus d'une fois ramenés par d'autres voies traversant notre propre territoire.

Nantes, point de convergence de plusieurs lignes venant de l'Armorique d'un côté, et du Sud-Ouest, de l'autre, a été à la fois la capitale des Namnètes, Condivincum, et leur port, portus Namnetum.

Dans les deux premiers tiers de son parcours, c'est-àdire jusqu'à Ingrande, le tracé de la voie est fort incertain.

Ingrande était, comme son nom l'indique, une frontière, celle de Namnètes et des Andecaves. Guyet, dans sa cartes d'Anjou, de 1591, a dessiné près de cette bourgade une borne et a inscrit à côté cette mention : Saxum hoc Britannie et Andegavensium confinia dividit.

Cette pierre, figurée également sur une carte de 1630 et plusieurs fois mentionnée dans les documents angevins du moyen âge, est un ancien milliaire ou une borne qui en a pris la place. Elle est encore debout au milieu du bourg et remplit aujourd'hui entre deux départements la même fonction qu'autrefois entre deux peuples.

A la Chaussée, près d'Ingrande, la voie était encore reconnaissable il n'y a pas longtemps et le nom même de ce village est un souvenir de son passage. Elle y atteint le sommet d'une forte courbe que fait la Loire et, se dirigeant de là en droite ligne sur Angers, elle passe par la Rue Courbée, Réveillon et la Chaussée, longe la forêt de Bécon, traverse celle de Lignières, arrive à la jonction des routes de Nantes et de Rennes et pénètre dans la ville sans avoir fait l'angle que décrit la route moderne.

Cette longue section rectiligne atteste l'origine romaine de la voie ; mais au moyen âge on paraît avoir préféré un autre chemin qui, partant de Nantes, aurait suivi la rive gauche de la Loire jusqu'à Chalonnes, où il aurait franchi le fleuve pour remonter jusqu'à Angers par la rive droite et la vallée de la Maine, en passant par Savennières. C'est, dit-on, pour protéger cette route que, au XIIe siècle, fut élevé le château de la Roche-aux-Moines : ad tuitionem itineris quo itur ab Andegavi civitate Namnetum strata publica.

 

 

6 - Condevincum (Nantes); Durétie (Rieux); Dartoritum (Vannes)

7 - Juliomagus (Angers); Conbaristum (Châtelais); Dartoritum (Vannes)

 

 

8 -Juliomagas, Juliomagus (Angers); Robrica (Chênehutte-les-Tuffeaux); Turonum Caesarodunum (Tours)

La Table de Peutinger figure une ligne entre la capitale des Andecaves et celle des Turons, avec une station appelée Robrica.

On a parfois cherché cette mansion au sud de la Loire ; nous croyons que c'est à tort, puisque la chaussée elle-même se trouve sur la rive droite. On la reconnaît encore facilement dans la plus grande partie de son parcours.

D'Angers à Beaufort, son tracé, assez tortueux, ne différait pas beaucoup de celui de la route moderne. Elle passait à Andard, où, en faisant des défrichements, dans le premier quart de ce siècle, on a mis au jour « un massif ou pilier carré en pierres, de cinq mètres sur chaque face, en maçonnerie pleine, entouré d'un retranchement ou chemin de ronde, large d'un mètre (2) ». Il n'est pas difficile de reconnaître dans cette description, quelque brève qu'elle soit, une pile du genre de celle de Saint-Mard et de beaucoup d'autres que nous rencontrerons sur le bord des voies romaines.

(1) Une ancienne voie, probablement romaine, se détachait de la précédente près de Saumur et remontait la rive gauche de la Loire. C'est à cause d'elle que Dampierre était appelé autrefois Dampierre-du-Chemin. Elle passait à Montsoreau et Candes, longeait ensuite la Vienne jusqu'au village de la Chaussée, qui lui a emprunté son nom, puis remontait le long de la prairie jusque vis-à-vis Chinon, où elle franchissait la rivière. De là elle devait se diriger vers l'Isle-Bouchard.

(2) C. Port, Dictionn., art. Andard.

La chaussée, contournant l'Authion, desservait Corné et Mazé et ensuite Beaufort, où abondent les vestiges romains, puis elle s'engageait dans les marais, où, il y a un demi-siècle, elle servait encore de « levée de défense contre l'Authion (1) ». Sur la carte elle forme une longue ligne droite allant du nord-ouest au sud-est et passant à trois kilomètres de Longué. Deux hameaux lui doivent leur nom : le Haut-Chemin et la Chaussée; peut-être aussi celui de la Tranchée. Elle passe près de Vivy, puis à Allonnes. Au delà, un second village de la Chaussée est comme un jalon qui aide à en suivre la direction. Elle traverse Bourgueil, Restigné et Ingrande et longe ensuite la vallée de la Loire jusque vis-à-vis de Tours.

Ingrande était la frontière des Andecaves et des Turons.

Les diocèses d'Angers et de Tours, ainsi que les provinces d'Anjou et de Touraine, ont conservé cette ancienne limite jusqu'à la Révolution.

La longueur de la ligne que nous venons de suivre est d'environ cent huit à cent dix kilomètres, équivalant à peu près aux quarante-six lieues de la Table (112,056 m.), qui place Robrica à XVII lieues (41,412 m.) d'Angers et à XXIX lieues (70,644 m.) de Tours. D'après ces données, la station aurait été vers Bois-Charneau ou les Quatre-Chemins, au sud-ouest de Longué. La Commission de la Topographie des Gaules a identifié Robrica avec Vivy, qui, même en admettant l'évaluation qu'elle donne à la lieue gauloise, ne répond à aucune des données du problème.

(1) C. Port, Diclionn., art. Beaufort et Longué; — Bodin, Hist. de Saumur, I, 56.

 

9 - Turonum Caesarodunum (Tours); Subdinnum (Le Mans)

10 - Turonum Caesarodunum (Tours); Cenabum (Orléans)

11 - Turonum Caesarodunum (Tours); Tasciaca (Thésée);  Gabris (Gièvres) ; Avaricvm (Bourges)

12 – Biturigae (Bourges); Alerta (Ardentes); Argantomago (Saint-Marcel)

A – Biturigae (Bourges);  Ingrandes 86220; La Loge-Fougereuse ; Sainte-Hermine ; Mareuil-sur-le-Lay ;  Saint-Avaugour-des-Landes ; Le Poiroux (près) ; Sables d'Olonne

 

 

Condevincum (Nantes) / Mediolanum, civitas Santonum (Saintes)

B – Condevincum (Nantes);  Mons Acutus  (Montaigu); Durivum (Saint-Georges-de-Montaigu) ; Les Quatre-chemins-de-l'Oie. L'Herbergement-Ydreau, Le Plessis, Saint-Vincent-fort-du-Lay, Ingrandes près La Réorthe, Champgillon, Thiré (l'antique Ruson), Féolette ;  Le Langon ; Velluire. Reth ;  Mailliziacus (Maillezais) Le Vanneau et Sansais,  Usseau ;Torxay ;  Saintes

Quelques indices nous portent à croire qu'une voie directe reliait la capitale des Namnètes à celle des Santons, mais aucun n'est suffisant pour nous permettre d'affirmer l'existence de cette chaussée.

Notre présomption repose principalement sur ce que, à une demi-lieue du confluent des deux Lay, presque sur une ligne idéale tirée de Nantes à Saintes, se trouve un Ingrande, dont le nom indique d'ordinaire, non seulement une frontière, mais l'endroit où un chemin, soit gaulois soit romain, passait du territoire d'un peuple dans celui d'un autre. Ici cette limite, formée apparemment par le Lay, aurait été celle de l'ancien pays des Ratiates, annexé au Poitou dès avant la conquête romaine, et la route, s'il y en avait une, ne pouvait guère être que celle de Nantes à Saintes.

Elle se serait détachée, probablement vers Montaigu, de celle de Rom et aurait passé par les marais du bas Poitou, ce qui n'eût pas été, pour les ingénieurs d'alors, un obstacle plus insurmontable qu'il ne l'a été pour ceux de nos jours.

De tout temps, d'ailleurs, ou du moins depuis le XVIe siècle, deux ou trois chemins, plus ou moins praticables, ont traversé le marais en en suivant les parties les moins basses. Le plus fréquenté franchissait la Sèvre à Marans.

Si une ancienne chaussée a existé par là, la première chose à faire pour en retrouver des restes serait de renoncer à l'idée insoutenable qu'au temps des Romains la mer couvrait encore le Marais.

A défaut d'une voie directe entre Nantes et Saintes on devait suivre jusqu'à l'Absie la ligne de Rom, et, à l'Absie, prendre celle d'Angers à Saintes, ce qui allongeait le parcours de quelques lieues.

D - Nantes ; Clisson ; Tiffauges ; Herbadilla (Herbiers) ; Saint-Michel- Mont-Malchus  (Saint-Michel-Mont-Mercure) ; Pouzauges ; Menomblet ; St pierre du chemin Saint Petrus de Itinere ou Saint Petrus de Camino ; L'Absie; Secondigny

 Loudun se nomme Juliodunum, forteresse de Jules, et Chinon prenant le nom de Caïno, ville bâtie par Caïn.

 

 

 

Angers à Saint-Clémentin, Segora et de Saint-Clémentin à Saintes.

Il y a une trentaine d'années on voyait encore sur la rive gauche du fleuve les restes d'une longue jetée, qui autrefois faisait suite au pont, et qui de l'extrémité occidentale de l'île Gemme remontait vers Juigné (2), où les lignes de Poitiers et de Saintes se séparaient, après avoir traversé la vallée sur une chaussée commune.

Le tracé de celle de Saintes n'est d'abord pas bien sûr.

Nous croyons qu'elle se dirigeait, par Vauchrétien et Thouarcé, sur Montilliers ; mais d'abondants vestiges romains, témoignant de l'existence ancienne d'un centre de population à Allençon (3), pourraient faire croire aussi que la voie faisait un détour pour desservir cette localité, qui paraît avoir eu à cette époque une certaine importance.

(1) Lary, Mémoires de la Société de slatist. des Deux-Sèvres, V, 30.

(2) C. Port, Dictionn. hist. de Maine-et-Loire, art. Aireaux.

(3) C. Port, Dictionn., art. Allençon, Châtres et Chavagnes.

Quoi qu'il en soit sur ce point, la ligne à partir de Montilliers se dirigeait droit vers le sud et, laissant Vihiers à l'ouest, gagnait Saint-Maurice et Étusson, puis arrivait à Saint-Clémentin, autrefois Segora (i).

Cette section de Juliomagus à Segora est indiquée sur la Table de Peutinger. Il suffit de jeter les yeux sur ce document, aussi étrange que précieux, pour reconnaître le motif qui a empêché son auteur de prolonger sa ligne jusqu'à Saintes. Dans son singulier système figuratif, où tout est déprimé du nord au sud et allongé de l'est à l'ouest, le sinus aquilanicus s'avance, comme un long bras de mer, entre Angers et Saintes, jusque tout près de Poitiers. Pour mener sa chaussée jusqu'à Saintes, le dessinateur aurait dû, par conséquent, la tracer à travers le golfe d'Aquitaine.

Malgré toutes les libertés qu'il se donne à chaque instant, il n'a pas osé prendre celle-là et il a arrêté son tracé à Segora, au croisement de la voie de Poitiers à Nantes.

Saint-Clémentin à Saintes.

Les deux lignes, quoique perpendiculaires l'une à l'autre, franchissent l'Argent sur le même pont, à côté de Voultegon, et celle de Saintes, reprenant aussitôt sa direction, va passer au Breuil-Chaussée, près de Bressuire.

On a depuis longtemps admis que le Breuil doit le complément de son nom au passage d'une voie romaine ; mais en même temps on a toujours supposé que cette voie était celle de Poitiers à Nantes, dont on ne pouvait d'ailleurs trouver aucune trace. Personne n'a songé à la chaussée qui traverse le bourg du nord au sud.

(i) Lièvre, Revue archéol., ma série, t. XVIII, p. 231 : Segora. — V. ci-après, p. 30.

De là elle arrive, par Clazais et Courlais, à l'Absie, où elle croise celle de Nantes à Rom.

Sa direction générale et des amorces de chaque côté du marais nous porteraient à croire qu'elle franchissait la Sèvre à Coulon.

Nous devons ajouter pourtant que des restes importants d'une chaussée ont été constatés aux abords de l'île de Magné, qui un peu plus haut divise la rivière en deux branches.

Cet ancien chemin, d'après M. Lary(1), traversait la première près de Monpensé et, après avoir passé devant la chapelle Sainte-Macrine, coupait le second bras de la Sèvre au gué de Mennevau, où «l'empierrement, dit-il, n'a pas moins de 400 mètres de long sur une largeur de douze à quinze mètres. » Outre ces gués, M. Edmond Roy a constaté dans la rivière, en amont de Coulon, l'existence d'anciens travaux dont la nature est assez difficile à déterminer, et tout près de là on a découvert une pirogue creusée dans un tronc de chêne, des objets en fer, en os, en bronze et quelques médailles romaines (2).

Quoi qu'il en soit du point précis où le chemin coupait la Sèvre, il se retrouve dans sa première direction entre Sansais et le pont d'Épannes.

La ligne d'Angers à Saintes, en passant ainsi, sans se détourner, à deux lieues de Niort, témoigne du peu d'importance de cette localité à cette époque, de même qu'en franchissant le marais en aval elle donne un démenti à ceux qui ont prétendu que la mer montait jusqu'à cette ville au temps des Romains.

(1) Mémoires de la Société de statistique des Deux-Sèvres, V, 30.

(2) E. Hoy, Revue de l'Aunis, de la Saintonge et du Poitou, ann. 1869, p. 15.

D'Épannes à la Rochénard et de la Roche-Énard à Usseau, la chaussée, toujours droite et généralement plus élevée que les terrains riverains, est presque partout reconnaissable.

Dans les communes de Marsais et de Saint-Félix, elle a laissé son nom aux villages de la Petite et de la Grande Chaussée. Entre Usseau et la Petite-Chaussée, elle formait autrefois la limite de l'Aunis et de la Saintonge.

En défrichant un bois dans la vallée de Malvau, on a découvert, à trente mètres de la route moderne, un tronçon de deux cents mètres de l'ancienne chaussée. L'empierrement, dit M. Lary, avait quatre mètres de largeur.

La ligne traverse Lussaud et Landes, franchit la Boutonne près de Torxay, laisse à gauche les Andouins, passe à un nouveau village de la Chaussée, situé sur la limite de la commune de Taillebourg, et arrive à l'ancien pont de Saintes.

 

 

 

ANGERS à POITIERS

Deux chemins mettaient Angers en communication avec Poitiers, l'un par Doué, l'autre par Gennes. Tous deux partaient du carrefour de Juigné, au sortir des Ponts-de-Cé, et allaient à Saint-Jouin s'embrancher avec la ligne de Nantes à Poitiers, qui se prêtait à cette combinaison en infléchissant légèrement au nord.

On a reconnu des traces de la première de ces voies à Brissac, aux Alleuds, à Saulgé-l'Hôpital, Noyant et Ambillou (1) ; mais nous ne saurions dire si, au delà de Doué, elle se dirigeait sur Saint-Jouin, en laissant Thouars un peu à droite, ou si elle passait par Montreuil-Bellay et rejoignait l'autre chemin vers Aubigné.

La seconde chaussée, qui était peut-être la principale, bien qu'un peu plus longue, et qui en tout cas est la mieux conservée, desservait de nombreux centres de population échelonnés le long de la rive gauche de la Loire et de la Dive.

Entre Juigné et Coutures elle était connue, au moyen âge, sous le nom de chemin d'Angers. Avant d'arriver à Gennes elle se rapproche de la Loire pour se tenir ensuite sur les hauteurs qui la dominent. Gennes, qui au temps de Grégoire de Tours n'était plus qu'un gros bourg, Geinensis vicus, fut sous les Romains une petite ville prospère, ayant un théâtre, taillé dans la colline, des bains, un aqueduc et un temple.

La chaussée passe à côté de Chênehutte, ancien refuge gaulois, qui après la conquête fut occupé par une population sédentaire de quelque importance et sous les Mérovingiens donna son nom à la contrée environnante, Carnonensis pagus. Au commencement du XIe siècle un viguier y eut sa résidence ; mais cinquante ans plus tard l'endroit était lui-même compris dans la viguerie de Saumur.

Depuis, il n'a fait que décliner, au point de n'être plus aujourd'hui qu'une simple ferme, et il n'est pas sûr que dans sa ruine cette vieille localité n'ait pas perdu jusqu'à son nom. Si, en effet, on reconnaît Chênehutte dans le Canehuta du XIIe siècle, et celui-ci dans le Canaulia ou Caneutia du XIe, il n'est pas aussi facile de faire dériver Canautia ou Caneutia de Carnona ou Carnon, qu'on trouve dans Grégoire de Tours et les documents des IXe et xe siècles (1).

 

(1) C. Port, Dictionn. de Maine-et-Loire, art. Alleuds, Saulgé, Ambillou.

Saumur existait au temps des Romains ; mais la voie, qui n'aurait pu y arriver et en sortir qu'à la condition de franchir deux fois le Thouet et de revenir presque sur elle-même, le laisse à une demi-lieue sur la gauche. Elle passe près de Bagneux, qui en était pour ainsi dire un faubourg et où ont été découverts de nombreux vestiges romains.

La chaussée traverse un petit affluent du Thouet à Munet et le Thouet lui-même près de la Motte, puis elle arrive à Saint-Just, où l'on a trouvé le curieux outillage d'un charpentier romain avec son ménage, son petit pécule et une trompette (2). Elle se dirige ensuite, par les bois de Méron, le village de Meigné et la plaine, sur Antoigné, où elle recevait peut-être la voie de Doué.

De là, après avoir pendant quelques kilomètres longé la vallée de la Dive, elle remonte dans la plaine, et, laissant Laire à gauche et Oiron à droite (3), elle va se confondre à l'entrée de Saint-Jouin avec la ligne de Nantes à Poitiers, que nous étudierons plus loin.

Depuis Gennes, le chemin que nous venons de suivre traverse une contrée où, à côté des vestiges romains, abondent ceux d'un âge antérieur, les menhirs, les dolmens et les tumulus, attestant qu'elle était depuis longtemps très peuplée. Vers Coutures, au contraire, sur les plateaux, c'est peut-être la route elle-même qui, par les débouchés qu'elle ouvrait, détermina les défrichements dont témoigne le nom même de cette localité (i).

 

(1) C. Port, Dictionn. de Maine-et-Loire, art. Chênehutte.

(2) C. Port, Dictionn., art. Saint-Just.

(3) Ch. Arnauld, Mém. de la Soc. de statist. des Deux-Sèvres, 1862, p. 252.

 

 

 

NANTES à SAINT-PHILBERT-DE-GRAND-LIEU, Deas.

De Nantes, ou peut-être de Rezé, partait un chemin ferré qui, traversant l'Oignon, probablement à Pont-SaintMartin, a laissé son nom au hameau de la Chaussée, dans la paroisse de la Chevrolière, et au moulin à vent de la Chaussée, situé sur la rive droite de la Boulogne, juste en face de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu.

Saint-Philbert s'appelait primitivement Deas. Le document qui nous l'apprend témoigne en même temps de l'existence de ce chemin et nous révèle, en outre, un détail curieux : l'intervention du pouvoir royal dans une question de voirie, à une époque où on ne s'occupait plus guère de surveiller et d'entretenir les anciennes chaussées.

Dans les premières années de IXe siècle, l'abbé Arnoul, obligé par les incursions des Normands d'abandonner son établissement de l'île de Noirmoutier, venait de s'établir à Deas, sur le bord de la Boulogne, à la pointe méridionale du lac de Grand-Lieu. Afin d'amener l'eau de la rivière à son nouveau monastère, il demanda au roi l'autorisation de couper « la route royale, le chemin pavé et chaussé, comme on disait », ce qui lui fut accordé à la condition de faire un pont sur cette tranchée (1).

Il n'est pas probable que cette ligne s'arrêtât à Deas, mais nous ignorons quelle en était ensuite la direction. Il y aurait pourtant intérêt à la connaître, comme celle de toutes les voies qui tendent vers la côte, parce que leur aboutissement même serait l'indication d'un port.

 

(1) Obsecrans. ut traositum ei per viam regiam, quam stratam sive calciatam dicunt, ejusdem aquæ concederemus. — D. Bouquet, Rec. des histor. des Gaules, VI, 516.


 

DÉCOUVERTE AÉRIENNE D'UNE VOIE ANTIQUE AU NORD-EST DU GOLFE DES PICTONS -

DÉCOUVERTE AÉRIENNE D'UNE VOIE ANTIQUE AU NORD-EST DU GOLFE DES PICTONS par Maurice MARSAC Assistant de la Direction des Antiquités Historiques des Pays de la Loire. L'ancien golfe des Pictons, en Bas-Poitou, est divisé par trois départements, les Deux-Sèvres, la Vendée et la Charente-Maritime.

 

Peutingeriana Tabula Itineraria, du terrain au virtuel (carte) - PHystorique- Les Portes du Temps

Sur cette carte antique, tous les chemins menaient vraiment à Rome La table de Peutinger donne à voir l'immensité de l'Empire romain, et la puissance de Rome qui apparaît comme le centre du monde.

 

Viae romanae maiores, La détermination de la mesure longimétrique du Mille Romain et de la Leuca des anciens Gaulois.
La Société archéologique de Touraine avait autrefois manifesté l'intention d'étudier les voies romaines qui ont sillonné le territoire des anciens Turones; une Commission fut même désignée à cet effet et s'était chargée d'accomplir cet intéressant travail. Nous ignorons s'il a été donné suite à ce projet; mais nous pensons que la Société nous saura gré de lui rappeler cette circonstance.

 

La Loire et les fleuves de la Gaule romaine et des régions voisines

Dès l'époque gauloise, et encore bien plus durant la période romaine, la Loire et ses bords ont été le siège, le support et le moteur de toute une série d'activités et de transports. Plusieurs villes se sont construites sur ses rives. Le long de son cours passaient des embarcations en grand nombre.

 

Voies romaines via Romana Cœsarodunum (Tours)

Le but de cette étude étant de faire connaître, à côté du tracé commun des voies romaines en Touraine, les modifications et les additions que nous avons été amenés à y faire, nous ne nous arrêterons pas aux considérations générales que tout le monde connaît......

 

Etude des voies de communication en bas Poitou

Quels étaient donc ces chemins ? Le Guide de Charles Estienne mentionne parmi " les plus notables chemins " du Bas Poitou deux routes allant du port des Sables vers l'intérieur du royaume, une troisième qui, reliant les deux grands ports de la Rochelle et de Nantes, coupait les deux précédentes à Luçon et à Montaigu, et enfin une voie, par deux itinéraires assez rapprochés, reliant la Rochelle, Luçon, Loudun et Tours......

 

Histoire des voies de communication et moyens de transport (1ère partie)

Tout au long de cet historique des communications, l'accent sera mis sur les réalisations faites par les artisans de l'époque concernant les ouvrages d'art et les véhicules. Nous nous limiterons presque exclusivement aux transports par routes.Ce reportage est prévu en 2 parties.

https://www.artisanat.ch

 Turonum Caesarodunum

Atlas Archéologique de Touraine

Seuls cinq ponts peuvent être datés avec assurance de l'époque romaine, à Candes-St-Martin, Fondettes, Tours (pont dit de l'île St-Jacques et pont dit de l'île Aucard), et au Grand Pressigny. Cette carte de répartition reflète l'état actuel de la recherche, fondé sur nos connaissances de la voirie antique et des agglomérations secondaires.

http://a2t.univ-tours.fr

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Fortification de Pictavia, Poitiers capitale des Pictons.

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