La légende de Saint Philbert et les Vikings ou la véritable histoire des 1200 ans de l’abbaye de Déas

Un site unique en Europe. Un joyau architectural de plus de 1200 ans…c’est en pénétrant dans l’enceinte de l’ancien monastère par le prieuré, remanié au 18e siècle, que vous traverserez les siècles.

La localité qui porte aujourd'hui le nom de Saint-Philbert-de-Grandlieu n'apparaît pas dans l'histoire avant le VIIe siècle. Elle s'appelait d'abord Deas. C'était une villa appartenant à l'évêque de Poitiers, Ansoaldus. Le 1er juillet 677, celui-ci la donna, avec trois autres villas, à saint Philibert, à l'occasion de la fondation de l'abbaye de Noirmoutier

Un siècle et demi plus tard, les moines de Noirmoutier construisirent dans leur villa de Déas, avec le consentement et l'aide de Louis le Pieux, un monastère destiné à leur servir de refuge contre les incursions de plus en plus fréquentes des pirates normands.

Le fait nous est attesté par un diplôme impérial daté du 16 mars 819

Le 11 juin 836, le bourg de Déas fut le théâtre d’un évènement émouvant et dont les conséquences ont été si retentissantes, que le bourg en a perdu son nom. De celtique, il est devenu chrétien. Les documents, qui le désignent, dans le principe, sous l’appellation de Deas, c’est-à-dire lieu bas et humide, ne lui donnent plus désormais que le nom de Saint-Philbert de Grandlieu. Voici à qu’elle occasion eut lieu ce changement.

On vit arriver du côté du couchant une troupe de religieux effarés, fuyant avec un fardeau qu’ils paraissaient pressés de mettre en sureté ; c’étaient les religieux de l’abbaye de Noirmoutier qui, effrayés par les ravages causés par la fureur des pirates du Nord, sur les côtes de l’Atlantique, cherchaient à l’intérieur du pays d’Herbauge une retraite tranquille pour y cacher le corps de leur patron, saint Filibert, et y continuer leurs exercices pieux. (1)

(1)    Anno igitur Incarnationis Domini octingentesimo trigesimo sexto…. Pater Hilbodus regem adiit l’ippinum…decreverunt multo melius fore beati Filiberti corpus inde transferri debere quam ibi derelinqui, quod effectum esse constat anno suprascripto » (Chifflet, p 87-89). Ils étaient partis de Noirmoutier le 7 juin ; le trajet dura donc quatre jours.

 

En 1997, le Grand Parc du Puy du Fou (Fondé en 1989 par Philippe de Villiers), met en scène La légende de Saint Philbert.

Le spectacle mettant en scène des Vikings avec effets spéciaux voit le jour au pied du fort de l'an mil.

Nous voici revenus tous près du premier millénaire, au sommet du donjon du premier Puy du Fou, sur la première motte, tout près des premiers hêtres, au péril des fossés, des barbares et des loups. Donjon de la quiétude qui guette les drakkars, protège les foyers de l'ancien Bourg-Bérard, protège la famille d'Aldéric et Cybelle, qui sortent de l'église pour leurs vœux éternels. Au XII et XIIIème siècles, il se forme à proximité de ce château, une agglomération appelée Bourg-Bérard, composée de laboureurs, d’artisans, ainsi que de serviteurs et soldats du château.

2004 : La légende de St Philibert est renommée et devient Drakkar

2005 : Les Vikings remplace le spectacle Drakkar

==> Saint Philibert de Noirmoutier (de-Grand-Lieu ), de Tournus, de Jumièges (photos vikings Puy du Fou)

no Vikings rue Déas Saint Philbert de Grandlieu

(Vikings no trespassing - Déas Saint Philbert de Grandlieu)

2019, Pour célébrer les 12 siècles d’histoire de l’abbatiale, la Ville de Saint Philbert de Grand Lieu propose un riche programme de festivités et de rencontres en partenariat avec l’Office de tourisme de Grand Lieu, le diocèse et neuf associations locales.

 

Un petit retour dans le temps sur l’histoire de ce lieu s’impose. Osulf Osbernson, le chef de la troupe viking Dreki Thoka nous fait voyager dans le temps

La légende de Saint Philbert et les Vikings ou la véritable histoire des 1200 ans de l’abbaye de Déas

 Voyage virtuel au temps des Vikings

 

 

 

L’abbatiale et l’archéologie :

Des archéologues au service de la foi, Le père de la Croix à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu et le chanoine Durville à Nante:. État dans lequel nous est parvenue l'église de Déas.

De 1865 à 1960, plusieurs érudits et scientifiques se sont succédés dans les recherches des éléments constitutifs de la datation de l’abbatiale : Léon Maitre, Camille de la Croix, Robert de Lasteyrie, Pierre Lebouteux.

 

Cette reproduction de photographie, prise entre 1896 et 1900 lors des fouilles archéologiques de Camille de la Croix, père jésuite et archéologue, montre le sol de la nef et du chœur en cours de déblaiement. Ces fouilles sont venus compléter les recherches et interventions de Léon Maitre, archiviste de la Loire-Inférieur, en particulier le décapage total des murs de l’abbatiale, entre 1890 et 1896. De 1900 à 1906, suite aux fouilles, des restaurations ont été menées par l’architecte en chef des monuments historiques Henri Joseph Deverin. Ces interventions ont notamment porté sur la stabilisation des piliers de la nef, le déplacement des petits arcs nord et sud de la croisée et la construction de l’arc occidental. Dans les piliers et les arcs, les pierres et briques d’aspect plus récent sont le fruit de ces restaurations.

 

L’action équivoque du père de la Croix à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu.

C’est donc bien dans la suite de son œuvre poitevine, si bien analysé par Brigitte Camus, qu’il convient de replacer son action à l’abbatiale Saint-Philbert-de-Grand-Lieu. La datation de l’arrivée des reliques du bienheureux Philbert donnée par la Vie de saint Philibert, démontrée en 1896 par Léon Maître et l’architecte Deverin, est confirmée dans un premier temps par les fouilles qu’il y mène de 1896 à 1906.

Mais, dans sa publication de 1905, il propose une chronologie en trois phases étendues sur un millénaire : le transept serait une structure antique réutilisée par les moines, le chevet correspondrait seul aux aménagements effectués entre 836 et 848 pour permettre l’accès à la crypte alors créée pour recevoir la sépulture du saint ; enfin, reprenant l’argumentaire de Brutails, le P. de la Croix va jusqu’à attribuer la nef au XIIe siècle.

La démonstration de Lasteyrie, reprise par Maître qui enfonce le clou dans le compte-rendu qu’il en fait en 1910, est sans appel pour invalider ses démonstrations.

 Il y a une quarantaine d'années, quand l'église de Saint-Philbert-de-Grandlieu a été signalée pour la première fois à l'attention des archéologues, elle se composait d'une nef de quatre travées flanquée de bas -côtés, d'un transept assez vaste et d'un chœur terminé par une profonde abside en hémicycle sous laquelle s'étendait une crypte.

Figure 3 – Plan de l’église carolingienne de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu (L

Deux grandes chapelles carrées flanquaient le chœur; celle du nord était dédiée à la sainte Vierge et celle du sud au Sacré-Cœur. Deux baies en plein cintre, ouvertes vis-à-vis l'une de l'autre, faisaient communiquer le chœur avec ces chapelles. Immédiatement après venait un escalier de six marches occupant toute la largeur du chœur et par lequel on accédait à l'abside.

Le maître autel n'avait probablement pas changé de place depuis le IXe siècle; il se dressait un peu en arrière de l'arc d'entrée de l'abside. Le mur de celle-ci était percé d'une porte carrée sans aucun style, qui conduisait à la sacristie bâtie en 1 685 au détriment des annexes qui flanquaient le chevet.

Ces annexes avaient dû être importantes, mais elles étaient à l'état de ruine et une vue perspective conservée à la mairie de Grandlieu montre que le plan même en était devenu méconnaissable.

Vers 1865, on résolut de construire une nouvelle église et d'utiliser la vieille pour en faire une halle. C'est en 1870 que ce changement d'affectation eut lieu. Les conséquences en furent déplorables.

Les murs avaient besoin d'être consolidés ; on trouva plus économique de les abaisser de trois mètres dans toute la longueur de l'édifice, de telle sorte que les fenêtres hautes, qu'on mura par surcroît de précaution, furent coupées par la nouvelle toiture au tiers environ de leur hauteur.

Les fenêtres qui, jadis, avaient éclairé les bas- côtés avaient été, les unes bouchées, les autres supprimées, lors des reconstructions dont les murs latéraux avaient été l'objet, principalement du côté sud. On suppléa à l'insuffisance de l'éclairage en installant dans la nouvelle toiture de grands panneaux vitrés.L’abbatiale de Saint Philibert de Grandlieu et l’archéologie (1)

Le chœur, couvert d'une charpente apparente comme la nef, avait même hauteur de comble que celle-ci; ses murs furent abaissés au niveau de ceux de la nef, et les deux fenêtres qui de chaque côté en éclairaient la partie haute furent murées et coupées à mi-hauteur par la nouvelle toiture.

Un petit clocher en bois couvert d'ardoises surmontait les deux premières travées de la nef, on le supprima.

L’abbatiale de Saint Philibert de Grandlieu et l’archéologie (2)

A une époque que j'ignore, les murs du transept avaient été en partie dérasés, de façon que la ligne des toitures se continuait sans interruption de la façade à l'abside. Cette disposition peu esthétique fut conservée.

J'ignore si une voûte en cul-de-four avait primitivement couvert l'abside; en tout cas, elle n'avait laissé aucune trace, et une toiture sur charpente apparente l'avait remplacée. Cette toiture était très élevée. Son sommet atteignait le même niveau que le faîtage du chœur; on la refit en abaissant les murs de telle sorte qu'elle est aujourd'hui en contre-bas de plus d'un mètre du grand comble de l'église.

La sacristie devint le logement du garde champêtre, et le pan nord de sa toiture fut prolongé de façon à couvrir les restes de constructions qui s'étendaient derrière l'abside et qu'il fallait traverser pour accéder à la crypte.

Celle-ci, aux yeux de tous, était la partie la plus ancienne et la plus intéressante de l'église. Elle se composait de deux parties distinctes : à l'est, une petite chapelle cruciforme (X), dédiée à sainte Anne, dont l'entrée était derrière l'abside; à l'ouest, une sorte de couloir obscur rempli de terre, dans lequel on découvrit, en 1865, un sarcophage muni d'un lourd couvercle à quatre pans.

Ce sarcophage ne portait aucune inscription. Il n'avait d'autre ornement que deux croix gravées aux extrémités du couvercle. Il était vide, et cette circonstance, rapprochée du récit d'Ermentaire et du style des deux croix, fit admettre par tout le monde que c'était le tombeau de saint Philibert, caché par les moines lorsqu'ils avaient abandonné Déas.

 

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LE XI CENTENAIRE DE LA TRANSLATION DU CORPS DE SAINT FILIBERT DE NOIRMOUTIER A SAINT-PHILBERT-DE-GRANDLIEU

Tout le pays d'Herbauges a commémoré cet événement

 

Le jeudi 11 juin, de grandes cérémonies vont avoir lieu à Saint-Philbert-de-Grandlieu pour commémorer un événement qui eut, voilà onze siècles, un profond retentissement dans toute la région, nous voulons parler de la translation du sarcophage et du corps de saint Filibert, de l'île de Noirmoutier au monastère de Déas qui, dès lors, devait prendre et garder le nom du célèbre abbé.

Ces fêtes seront présidées par S. E. Mgr Auvity et par les RR. PP. Abbés mitres de Melleray et de Ligugé. Elles comporteront, avec la messe pontificale dans la vieille abbatiale carolingienne et les vêpres solennelles, une grande procession de la châsse et des reliques de saint Filibert à travers les rues de la ville.

Déjà tout le pays d'Herbauges se prépare à célébrer avec toute la pompe désirable ce XIe centenaire et si le soleil veut bien luire jeudi, on pourra voir ce jour-là, dans la vieille cité, une foule aussi considérable que celle qu'attira à Déas le 11 juin 836, la renommée des reliques du saint.

«MONSEIGNEUR» » SAINT-FILIBERT, FONDATEUR D'ABBAYES

Né en Aquitaine vers 615, d'une illustre famille francque, Filibert, d'abord page à la cour du roi Dagobert, entra en pleine jeunesse au monastère de Rebais, fondé par saint Ouen, et dont il ne tarda pas à devenir abbé. Au retour d'un long voyage en France et en Italie, de monastère en monastère, il fonda dans la campagne de Rouen la célèbre abbaye de Jumièges.

Il y resta 20 ans, puis, calomnié par ses amis qui allèrent jusqu'à le traîner en prison, il s'éloigna jusqu'à Poitiers, où l'évêque Ansoald se l'attacha. Mais Filibert avait la nostalgie de la vie monastique. Il partit de ce chef et vint à Noirmoutier, qu'on appelait alors l'ile d'Her, où il fonda une abbaye.

L'évêque Ansoald lui avait fait don, pour son entretien et celui de ses moines, de quelques domaines, en particulier du territoire de Déas, un village, à la croisée de plusieurs routes, au sud du lac de Grandlieu, où la ville d'Herbauges, rebelle à la prédication de saint-Martin de Vertou, avait été engloutie, un siècle et demi plus tôt.

C'est à Noirmoutier qu'il mourut en 686. Ses moines l'ensevelirent dans un sarcophage en marbre bleuté et entourèrent d'une vénération que partageait la contrée les restes de Monseigneur » saint Filibert.

  

LES RAVAGEURS NORMANDS

Apres la mort de Charlemagne, les pirates normands commencèrent à ravager les côtes de France.

Le moine Ermentaire, qui a écrit la narration de l'événement que l'on va évoquer jeudi, exprime, au début de son récit, la terreur qu'inspiraient les hommes du Nord.

«  Il faut dire, écrit-il, le trouble qui vint de la part des Normands et les inquiétudes que causèrent leurs subites irruptions. Ces barbares s'abattaient souvent sur le port de l'ile, se conduisaient comme des gens féroces et dévastaient tout. Les habitants; suivant l'exemple de leur seigneur, préférèrent s'enfuir plutôt que de courir les risques d'une extermination.

Les moines, profitant des facilités de navigation qu'offre l'été, se rendaient à Deas, dans le monastère qui avait été construit pour leur retraite mais l'hiver ils regagnaient l'île d'Her. Dès lors, leur existence, celle des habitants et leur famille fut agitée par des périls continuels, les Normands répandaient sans cesse l'épouvante dans l'ile, leur infligeaient des pertes sensibles et les tourmentaient de toutes manières.

« Nos religieux, craignant que nos cruels ennemis ne déterrassent le sarcophage de saint Filibert et ne jetassent au vent ou dans la mer ce qu'il renferme, voulurent se soustraire à cette dangereuse domination en prenant la fuite…. »

 

PAS DE SECOURS A ESPÉRER

L'abbé Hibold espérait cependant que l'armée francque pourrait lui être de quelque secours. Il avait lui-même construit un camp retranché dans l'île d'Her, mais les Normands n'en continuaient pas moins leurs funestes incursions.

L'abbé se rendit à la cour de Pépin, roi d'Aquitaine, fils de l'empereur Louis le Débonnaire, et lui demanda son appui. Il exposa sa requête aux plaids généraux d'Aquitaine  en présence du roi, des évêques, des abbés, des comtes et d'une grande multitude. On lui répondit qu'il n'était pas possible de repousser l'ennemi au moyen d'une armée, et on lui conseilla de s'établir définitivement sur le continent et d'y transporter le corps de saint Filibert.

 

LE MONASTÈRE DE DÊAS ET SON EGLISE

Déas, où le 11 juin 836 on devait déposer le corps du saint, était une petite bourgade d'origine très ancienne, qui faisait partie du comté d'Herbauges. Vers 815, l'abbé de Noirmoutier Arnoulf y avait construit le monastère dont parle Ermentaire, pour servir de retraite à ses moines, pendant la saison que les Normands venaient ravager les Iles de la côte. Cet établissement fut sanctionné par un diplôme de Louis le Débonnaire, conservé encore aux archives de Saône-et-Loire. L'empereur permit aux moines de détourner le cours de la Boulogne pour en conduire les eaux à proximité du monastère.

C'est dans le même temps que fut construite la première église carolingienne de Déas, celle qui accueillit le corps de saint Filibert. Elle devait être incendiée par les Normands en 847. Mais, rebâtie peu après elle est restée debout jusqu'à nos jours, et est considérée comme une des plus précieux exemplaires de l'architecture du neuvième siècle. C'est dans cette église que tout le pays désire voir rendre à sa première destination elle abrite actuellement le marché que vont se dérouler les cérémonies du XI centenaire.

 

LE XI- CENTENAIRE DE LA TRANSLATION DU CORPS DE SAINT FILIBERT, DE NOIRMOUTIER A SAINT-PHILBERT-DE-GRANDLIEU

Le curieux « reportage » du moine Ermentaire

Les circonstances de la translation du corps de saint Filibert ont été fidèlement rapportées par un témoin direct du fait, le moine Ermentaire. Chargé par l'abbé Hibold d'écrire la relation des miracles qui s'accomplirent dans le cours du voyage et se renouvelèrent autour du tombeau, Ermentaire devait s'acquitter de sa mission avec le soin le plus minutieux.

Ce récit nous dirions aujourd'hui ce reportage qui comprend plus de 80 chapitres, est surtout consacré à cette floraison de prodiges qui portèrent au loin la renommée des reliques du saint. Il ne vise pas au pittoresque, mais il y atteint parfois, Sa narration, a dit Léon Maitre, qui l'a publiée, a un parfum de sincérité et de vérité qui saisit le lecteur. Ajoutons que le moine avait des lettres et que son latin est souvent agréable. Ermentaire n'était d'ailleurs pas le premier venu, il devait arriver par la suite à la dignité d'abbé de sa communauté.

 

DE L'ILE D'HER A DEAS

Donc, le 7 juin 836, on ouvre le caveau où seuls demeurent dans l'abandon du Moutier de l'Ile d'Her, le sarcophage et le corps de saint Filibert. L'énorme chasse de marbre bleu ne pèse pas moins de deux tonnes; néanmoins on l'élève au grand jour au milieu des chants de triomphe. On la place dans une barque que le vent d'Ouest va porter rapidement au port de la Fourche.

Là on la dépose sur un brancard, recouverte d'une draperie précieuse. A moins d'un miracle qu'Ermentaire ne mentionne pas, il ne dut pas falloir moins de quarante hommes, prêtres, lévites et moines, pour porter un tel fardeau sur leurs épaules. On imagine le tableau que devait faire ce cortège dans la campagne plate du marais, les moines dans leur froc noir s'avançant lentement en psalmodiant, escortés et suivis par la population d'alentour.

Le soir, on s'arrête dans les bourgades, on pose le sarcophage dans l'église. Pendant ce temps, dit Ermentaire, le peuple arrive en foule et se presse de toucher le brancard ou la draperie. Chacun croyait qu'il n'y avait pas d'infirmité qui ne put être guérie par l'intercession de ce saint. Et il arrivait rarement, en effet, qu'un croyant, implorant sa protection avec confiance et de tout coeur, ne fut pas guéri en partant. »

Et le narrateur d'énumérer, avec détails, les principaux miracles dont il fut le témoin à chaque étape et sur la route qui, de Fromentine, gagnait Déas, par Beauvoir, Bois-de-Céné, La Garnache et Paulx guérisons de fiévreux de paralytiques, de contrefaits, de borgnes, d'aveugles, de muets, de lunatiques, d'épileptiques, de possédés. ….Il y en a un par chapitre.  

Le 10 juin, après cinq jours de marche, l'étonnante procession voit apparaitre les murs de l’abbaye et de son église, toute neuve, construite en forme de croix. Une multitude de fidèles fait 1 la haie Jusqu'au portail et, lorsque le sarcophage est déposé au milieu de la nef, elle s'engouffre à la suite des moines, en chantant.

Le premier prodige opéré à Déas par la vertu des reliques de saint Filibert fut la punition d'un voleur qui s'était mêlé à la foule. La nuit précédente, cet  « individu » avait volé la ceinture d'un pèlerin, et sans doute aussi l'argent qu'elle renfermait, et l'avait cachée sous sa tunique. Il chercha à pénétrer dans l'église, « mais on vit alors un spectacle qui stupéfia les assistants. Le voleur resta planté, debout, sur le seuil de la porte comme s'il avait été attaché au sol. Comme il ne pouvait s'expliquer de vive voix, il fit voir l'objet qu'il avait volé. Il recouvra alors la parole et le mouvement »

UN PRODIGE ENTRE CENT

Au pays du Mans était une femme du nom de Rainilde qui, à la suite d'une maladie, ne pouvait plus marcher droit, ni user de ses mains, et qui portait une bosse sur son dos, en sorte qu'elle ne pouvait regarder au ciel; elle marchait comme un animal, à quatre pattes. Elle avait déjà visité beaucoup de lieux célèbres, mais sans obtenir d'amélioration.

Une nuit elle fut averse en songe que si elle se rendait à Déas, au tombeau de saint Filibert, elle serait guérie. Dès le matin, elle prend avec elle son fils Rainier, âgé de 12 ans, et infirme des deux pieds, s'embarque sur la Sarthe et par la Maine et la Loire descend jusqu'au port de Rezé.

Les deux pèlerins prennent alors place dans un chariot. A un mille et demi de Déas, l'enfant saute de la voiture et court vers l'abbaye. La mère, persuadée que le saint ne fera pas moins pour elle, entre dans l'église, se met en prières, s'étend sur le brancard lui avait servi au transport du sarcophage et s'endort.

Il lui sembla alors voir le saint s'avancer vers elle et la réveiller en frappant sur sa bosse. Ouvrant les yeux, elle sentit que son sang s'échappait en abondance par la bouche et le nez. Alors elle cria « Saint Filibert, au secours » On s'empresse autour d'elle: :elle raconte comment saint Filibert lui et apparu, elle se relève péniblement de sa position et se dirige vers le tombeau aussitôt son corps perd toutes ses difformités; elle apparait pleine de santé. »

 

DEAS, CENTRE DE PELERINAGE

« Pendant ces événements, écrit encore le moine Ermentaire, tout le pays l'Herbauges est en liesse et se félicite le posséder un aussi puissant patron. Sa renommée s'étend au loin et attire Déas une foule de pèlerins. » Et le narrateur de décrire ces longues théories de malades et ce miséreux qui cheminent vers Déas. « Les uns vont sur un pied, d'autres avec des béquilles sous les bras ou avec des bâtons à la nain, en sautant; ceux-ci sont trainés dans des chariots, ceux-là portés dans les paniers, sur des sièges, sur des brancards. On voyait également sur les routes des muets, des sourds, des aveugles, des infirmes de toute espèce. » Il en vint de Bretagne, de Touraine, du Blésois, du Maine, du Cotentin, d'Angers, de Rennes, de Nantes, de Rezé. etc.

Autour du monastère s'élevèrent bientôt des hôtelleries et des auberges, où l'on servait du petit vin de pays. C'est dans un de ces établissements qu'un pèlerin qui avait refusé de payer le prix d'un demi-setier de vin qu'il avait consommé se vit punir de la façon que rapporte Ermentaire « l’homme, pressé de s'exécuter par l'aubergiste, s'écria « Si l'accusation portée contre moi est juste, que la puissance de saint Filibert m'empêche d'emporter le vin que j'ai bu. » A peine avait-il dit qu'il vomit honteusement, en présence de tous, le vin qu'il devait à l'aubergiste. »

Pour donner au tombeau une place digne de lui, l'abbé hibold avait fait faire à l'église certaines transformations qui l'agrandirent notablement. Il construisit aussi une crypte pour y déposer le sarcophage.

 

LE DERNIER EXODE

Pendant 10 ans les moines vécurent en paix à Déas. Puis les Normands qui, en 841, avaient déjà brûlé Jumièges, fondation de saint Filibert sur la Seine, reparurent sur les côtes de Bretagne et du Poitou.

Remontant la Loire, ils avaient pris Nantes, massacré l'évêque saint Gohard, ses prêtres, la plupart des habitants et avaient brûlé la ville. En 846, la communauté se transportait à Cunauld, en Anjou. Un an après les Normands incendiaient Noirmoutier et son monastère, puis, remontant encore la Loire, ils gagnaient par la Boulogne l'abbaye de Déas qu'ils ruinaient de fond en comble. Ils ne purent cependant profaner le tombeau dont on avait muré toutes les issues.

En 858, au cours d'une accalmie, les moines revinrent à Déas. Laissant le sarcophage enfoui dans la terre dont ils comblèrent la crypte, ils emportèrent les reliques et, après un long exode, les déposèrent à Tournus, en Bourgogne, où la communauté s'établit. Longtemps après, on devait remettre au jour le tombeau de saint Filibert, que tout le pays vénère encore aujourd'hui, dans l'antique abbatiale de St-Philbert-de-Grandlieu.

 

Conclusions.

Les conclusions qui ressortent des observations, des fouilles et du nettoyage de l'église de Saint-Philbert de Grand lieu sont nombreuses et importantes. L'ensemble de l'édifice annonce que la communauté religieuse qui l'a construit était en pleine prospérité et avait un motif spécial pour lui donner un grand développement, c'est-à-dire la possession d'un trésor qui attirait la foule. Nous avons la certitude de posséder le sarcophage de marbre dans lequel le corps de saint Filibert fut déposé après sa mort, à la fin du VIIe siècle.

 En fuyant au hasard dans toutes les directions, les religieux n'auraient pas pu se charger d'un aussi lourd fardeau que celui de ce tombeau; ils se bornèrent à enterrer le monument funéraire et emportèrent les reliques à Tournus, diocèse de Mâcon, où elles sont encore aujourd'hui.

Le caveau qui l'enveloppe est bien un réduit tel qu'on en pouvait faire dans un temps troublé; il porte sa date en lui- même, dans son caractère mystérieux comme dans les détails de sa structure. Son enveloppe, étant notoirement antérieure, nous fournit un terme précieux de comparaison pour dater le reste de l'édifice.

A L'aide de déductions éclairées par le récit d'un témoin oculaire, nous arrivons à reconnaitre qu'il y a concordance parfaite entre les reprises de la construction et les événements dont Déas a été le théâtre, que les additions faites à l'église monastique, en 836, portent bien Le cachet de l'époque carolingienne et l'expression du procédé choisi par l'architecte de 815. La nef est bien la continuation du chevet; elle ne constitue pas une opposition disparate.

Au point de vue décoratif, l'histoire de l'art pourra bénéficier de plus d'une remarque; elle modifiera ses leçons sur les principes de l'architecture romane, qu'on a trop séparée jusqu'ici des écoles précédentes.

En conservant l'église de Saint-Philbert de Grandlieu et en rétablissant, sinon en réalité, du moins sur le papier, sa physionomie primitive, nous sauvons du naufrage un type d'architecture qui a complètement disparu en France et nous augmentons le nombre des affirmations dont se compose notre enseignement.

La Commission des Monuments historiques a compris de suite cette pensée puisqu'elle s'est empressée de classer notre église au nombre des monuments placés sous son haut patronage.

Mon opinion personnelle aurait peu de poids si je n'ajoutais promptement qu'elle s'est formée au contact des éminents visiteurs qui sont venus m'encourager par leur présence. Les plus clairvoyants n'ont pas toujours été assez affirmatifs pour que j'ose ici répéter leur système. ll serait à souhaiter que le Père de la Croix qui a bien voulu passer de longues journées à retourner le sol, que  M. de Lasteyrie  qui a contrôlé les plans, que M. Giry qui a rapproché les textes des remaniements  de l'église, pussent condenser ensemble leurs observations et fournir à un nouveau rédacteur la doctrine d'une notice définitive.

Léon Maître (1840-1926), archiviste, historien et archéologue de Loire-Inférieure

Saint Philbert de Grandlieu, archéologie dans l'abbaye millénaire de Déas

 

Archéologies récentes : les recherches entreprises par François Heber-Suffrin, Daniel Prigent et Christian Sapin à partir de 1997 ont permis d’attribuer une grande partie de l’abbatiale (croisée, chœur et déambulatoire) à l’époque carolingienne.

 L'abbatiale de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu est le plus ancien lieu de culte de l'époque carolingienne de France.

 

https://sanctuaires.aibl.fr/fiche/780/saint-philbert-de-grand-lieu

L'Ouest-Éclair  L. LucAs.

https://www.persee.fr/doc/minf_0398-3609_1911_num_38_2_1588#minf_0398-3609_1911_num_38_2_T2_0002_0000

 

 ==> Saint-Philbert-de-Grand-Lieu : D’ Herdabilla à la naissance du monastère de Déas.

 


 

 

La légende Bretonne d' Herdabilla, la capitale du pays d'Herbauge engloutie dans les eaux du lac de Grand-Lieu

Le département de la Loire-Inférieure renferme un des plus grands lacs de France : c'est le lac de Grand-Lieu, situé dans le canton de Saint-Philibert et dont on évalue la superficie à 3,895 hectares ; il a environ 8 kilomètres du nord au sud et 6 kilomètres de l'est à l'ouest ; il sert de déversoir aux petites rivières de l'Ognon, du Tenu et de la Boulogne, qui sont en partie navigables ; l'Achenau le met en communication avec la Loire.
Après la destruction de la cité de Namnetes par Jules Césars, Grégoire de Tours est le premier qui ait parlé de ce pays, qu’il renferme dans l’ancien territoire des Poitevins : Apud terminum vero pictavum vicus et in Arbatilico, nomine.....


 

Les Origines de l'Absie et de son Abbaye. (L'ABSIE détruite par les Normands)

Chassés de leur île par les Normands en 836, les bénédictins de Noirmoutiers s'étaient enfuis à Déas (Saint-Philbert-de-Grand-Lieu), où Louis le Pieux leur avait assuré un refuge. Ces pirates savaient qu'à piller les monastères il y avait généralement grand profit et petit danger......

 

les Normands (Vikings) envahissent la Vendée, Pillent les églises et les monastères
Dès le milieu du IX e, leurs attaques se sont faites plus pressantes en raison de leur installation sur des îles proches du rivage, telles Noirmoutier, leur permettant de s'attaquer aux zones limitrophes et de faire pénétrer leurs navires à l'intérieur des terres par l'intermédiaire des rivières.....



L'ŒUVRE ARCHÉOLOGIQUE DE CAMILLE DE LA CROIX

Le 17 janvier 1878, Camille de la Croix prenait pour la première fois la parole au cours d'une séance de la Société des Antiquaires de l'Ouest (1). Cette année 1878 allait se révéler faste au nouvel archéologue puisque c'est le 24 décembre de cette même année qu'il allait mettre au jour l'Hypogée des Dunes qui n'a pas cessé, depuis, d'alimenter hypothèses et controverses.....