Guerre de Vendée décembre 1795 : Démantèlement du Château de l'hébergement hydreau (L'Oie) par l’adjudant-général Watrin
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Garnier de l’Hébergement fut témoin, en 1176, du don fait à l’abbaye de la Grenetière, par Audouin Fournier, de ses droits héréditaire sur le domaine des Chateliers (D. Font. IX, p.175 Abb. De la Grenetière)
Au temps de la guerre de cent ans vit se dérouler ici plusieurs épisodes notoires, pour signaler qu'en 1445 Georges de la Trémoille, ancien grand chambellan du roi Charles VII, donna ce château rebâti au XIIIeme siècle à son fils Jehan "de l'hébergement".
Hébergement (Jean de), fils naturel de Georges de la Trémoille, sgr de ce lieu, de Sully et de Craon, grand chambellan de France, et de Marie Guypaude, reçut en don de son père le 4 mars 1445, le château et la châtellenie de l’Hébergement-Idreau (Ste Florence, Vend.), dont il prit le nom.
Son père lui permit, en outre, de porter les armes de la Trémoille brisées d’un lambel de gueules, ce qui lui fut confirmé, le 15 juin 1451, par Louis de la Trémoille, fils de Georges. (D. Font. XXVI, p. 393, 403).
Jean de La Trémoïlle commanda l’arrière-garde à la bataille de Formigny en 1450 et fut ensuite gouverneur et capitaine de Craon et de Châteauneuf, il reçut 200 écus d'or de Micheau Gautreau, châtelain et receveur de l’île de Noirmoutiers pour M. de la Trémoille, le 17 avril 1461. (Bibl. Nat. Nouv. Acquis. Franç. 5.034. Marchegay).
Avril 1446 (avant le 17) Lettres d’abolition en faveur de Jean bâtard de La Trémoïlle, seigneur de Chamerolles, pour tous les crimes, délits et excès dont il a pu se rendre coupable pendant les campagnes auxquelles il a pris part, « sauf et reservé toutesvoyes sacrilege, s’aucun en a fait et commis de sa personne seulement, et aussi de efforsement de femmes, que cy ne voulons estre comprins… Donné à Chinon, ou mois d’avril l’an de grace mil cccc. xlv, et de nostre regne le xxiiiie. »
Le 7 juin 1456, il était appelant au Parlement de Paris d’une sentence rendue par le bailli de Touraine au profit de Jean Briand. (Arch. nat., X2a 28, à la date.)
Au mois de janvier 1467 n.s., Louis XI lui accorda des lettres de légitimation (JJ. 200, n° 149), qui seront imprimées dans notre recueil, à leur date ; elles ne contiennent d’ailleurs aucun nouveau renseignement sur notre personnage.
Il avait épousé, avant 1456, Thomine Jousseaume, fille de René et de Jeanne Lenfant, et était en procès en 1456, avec la famille Lenfant.
Jean et sa femme étaient aussi en procès, le 4 juin 1479, contre le sgr et la dame de Penthièvre au sujet de leurs terres à l’Aublonnerie ou Lablonnière , et ce procès, durait encore le 13 juin 1487.
Il mourut en 1490, laissant de Thomine Jousseaume deux fils : René, sr de l’Hébergement Ydreau, Jean, mort sans postérité, et Marie, femme d’Innocent Goulard, chevalier, seigneur du Bois-Bellefemme.
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Il existait autrefois à ce château un droit Féodal assez bizarre. Tout nouveau marié, le jour même de sa noce, devait en présence de témoins faire trois fois le tour du château en criant :
Eh ! cornuage, gentilhomme cornuage, noble devoir de Monsieur et de Madame
Hou ! Hou ! Hou ! »
Au dernier tour, il donnait deux deniers. A défaut, il était emprisonné et devait payer une amende de soixante sols un denier.
Le don des château et châtellenie de l’Hébergement fut confirmé au profit de cette dernière et de ses descendants en légitime mariage, par acte de Louis de La Trémoïlle, daté du 8 octobre 1473. (Coll. dom Fonteneau, t. XXVI, p. 465.)
Jean eut de son mariage : 1° René ; 2° Jean, qui succéda à son frère comme sgr de l'Hébergement, en qualité de viager ; il en rendit foi et hommage à Thouars, le 20 mai 1497. (Nouv. Acquis. Franç. 5.034. Marchegay). Il épousa, par contrat du 7 juil. 1518, Renée Suriette et mourut au château de l’Hébergement, le 4 avril 1530, sans laisser de postérité ; 3° Louis ; 4° Amaury, succéda, avant le 22 sept. 1479, à Rolland Le Gras, comme capitaine de la Chaize-le-Vicomte (Vend.), office qu’il exerçait encore en 1509 et 1512. Ses gages et émoluments étaient de 3 septiers de froment et de 3 septiers de seigle payés par le receveur de la Chaize. Il reçut de Louis de la Trémoille, le 2 août 1498, les revenus de la sgie de Bois- Béllefemme (Thorigny, Vend.), qu’il avait probablement sollicités pour les transmettre à son neveu Goollard (Nouv. Acquis. Franç. 5.034) ; 5° Jeannot ; 6° Arnoton ; 7° Guyon, ces trois derniers morts jeunes ; 8° Marie, mariée, par contrat du 14 mai 1481, à Innocent Goulard, Chev. sgr de Bois-Bellefemme. 2. Hébergement (René de 1), sgr de l’Hébergement-Idreau, épousa, par contrat du 3 janv. 1481, à la charge d’un douaire conforme à la coutume du Poitou, Françoise de, Ste-Flaive, hile de Guy, Chev., sgr de Languillier, de Si- gournay, etc... et de feu Jeanne Goütier ou Bouthier, et était décédé avant le 24 nov. 1494, date du partage de sa succession. Le 14 juil. 1498, .il y eut un traité entre Jean de l’Heber- gement, frère de René, tous deux frères de Louis, Amaury et Jeannot, et leur belle- sœur Françoise de Ste-Flaive, alors remariée à Guillaume d’Avaugoür, tant pour le douaire de celle-ci que pour la part de ses deux hiles, qui sont : 1° Claude, mariée à Louis Guineuf, Chev., et décédée avant le 12 juil 1533.
Nous avons vu à l’article Guineuf, les contestations qui eurent lieu avec les la Trémoille au sujet de la terre de l’Hébergement qui fut attribuée définitivement aux Guineuf ; 2° Marie, fut élevée près de la reine Anne de Bretagne qui la maria, en 1516, à Jean Hebert, dit d’Assonvilliers, Chev., sgr du dit lieu, Bon de Courcy. La princesse lui donna 50.000 livres. Marie devint veuve en 1522 et vivait encore en 1553.
En 1590, cette terre passa par mariage de la famille de l'herbergement à celle de Sapinaud, qui la conserva jusqu'en 1707.
A cette date, Charles Daniel de Sapinaud la vendit à Daniel François de la Douespe, seigneur du Fougerais.
Au début du soulèvement vendéen, l'herbergement Ydreau fut aménagé par les insurgés en entrepôt et en arsenal, tandis que le château du Fougerais voyait siégé l'état major de l'armée du Centre de renouvellement créée après les premières victoires de mars 1793, c'est là que Louise Regrenil, dite "la Hussarde" entama ses campagnes militaires;
Conservé au pouvoir des royalistes, il dut être abandonné lors du repli vendéen face à l'offensive républicaine de septembre 1793.
Les bleus ne s'encombrèrent pas de cette place forte, préférant l'incendier pour créer plus tard un camp retranché sur les hauteurs de l'Oie.
Le complot de l’Oie (13 mars 1793)
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Paysan vendéen priant Marie de bénir ses armes
Le château de l’Oie était situé près du croisement de deux routes coupant le département.
En 1793, la Convention y avait établi un poste de soldats pour assurer le service des dépêches.
Le complot de l’Oie, dit l’abbé Augereau, fut formé pour s’emparer d’abord de ce poste, et peut-être aussi en vue d’y saisir des correspondances républicaines.
L’entreprise était ridicule en apparence, mais le but ultérieur justifiait les précautions.
Les chefs savaient très bien que, dans toute insurrection, l’essentiel est de commencer par un succès et de frapper les imaginations. Le résultat répondit à leur attente.
Les chefs de l’insurrection, MM. Baudry d’Asson, de Verteuil, de Béjarry, se réunirent aussitôt et arrêtèrent leur plan. Ils firent appel à un certain nombre de jeunes hommes énergiques et décidés à la lutte, et prévinrent tous ceux qui se cachaient aux environs de la Sèvre de se tenir prêts au premier signal.
On choisit le 13 mars pour frapper ce grand coup, car, à cette date, avait lieu la foire de l'Oie.
Or les gars de Saint-André qui ont toujours aimé à fréquenter ces foires, alors plus célèbres qu’elles ne le sont aujourd’hui, y viendraient certainement en grand nombre, avec les jeunes gens des environs.
N’étaient-ils pas tous piqués par l’attrait de la curiosité et des nouvelles à cette époque d'effervescence et de troubles? L’entreprise offrait ainsi plus de chances de réussir.
Disons aussi, pour l’édification du lecteur, que les soldats républicains avaient accroché un écriteau à leur corps de garde afin de le protéger contre certaines... visites gratuites et obligatoires, l’écriteau que l’on voit souvent le long des murs et dont la rédaction n’est pas toujours : respectée.
Mais, mieux avisés que la plupart des gardes champêtres, les bleus avaient établi une amende immédiate ; pour tout contrevenant; celui-ci, pris sur le fait, était aussitôt dépouillé de sa coiffure et, pour la dégager, devait payer une somme de cinq sous.
Il arrivait alors que les délinquants n’ayant pas tous cette fortune en poche, se trouvaient dans l’obligation de revenir le soir afin de rentrer en possession de leurs couvre-chefs; et le corps de garde s’enrichissait d’une collection de chapeaux et de bonnets dont l’importance se chiffrait par de multiples cinq sous.
La distribution- aux intéressés se faisant à heure fixe, cette circonstance fut mise à profit.
Dans la nuit qui précéda la foire du 13 mars, quelques jeunes gens se réunirent au bois des Quatre-Chemins et emportèrent leurs fusils; d’autres survinrent aussi et se répandirent dans la foire.
« Les soldats du poste ne virent rien d’extraordinaire durant toute la matinée, seulement ils furent à même d’observer que leur écriteau protégeait encore un peu moins que d’habitude le corps de garde.
Pour eux, ils ne manquaient pas à leur consigne; et ceux qui furent exposés à des rhumes de cerveau devinrent nombreux ce jour-là, car si quelques-uns payaient sans retard, la plupart s’en allaient nu-tête, et les soldats se promettaient une bonne recette pour la soirée ainsi qu’un bon régal pour le lendemain.
« Sur les deux heures de l’après-midi, les intéressés arrivent au corps de garde accompagnés de nombreux compères qui se moquent d’eux ; mais dès le début il y eut confusion dans la distribution.
— « Tu prends mon chapeau !
— Mais non, c’est le mien !
« Toi aussi tu emportes mon bonnet! Citoyens soldats on « me vole ! »
» Les clameurs se croisaient et on se bousculait en même temps. Les soldats riaient. Ils avaient leur argent, c’était le principal ; mais au moment où ils étaient le plus attentifs, à considérer la dispute, un signal est donné par derrière, et ces quêteurs de chapeaux et de bonnets sautent sur les fusils qui étaient en évidence, d’autres se jettent sur les soldats et on leur déclare qu’ils sont prisonniers.
« Un coup de fusil est tiré au dehors, et les autres conjurés arrivent au pas de course du bois des Quatre- Chemins.
Quelques instants après, on les vit traverser en armes le champ de foire, conduisant les soldats prisonniers (1). »
Les petites causes produisent souvent de grands effets.
Ce succès, si misérable qu’il fût, provoqua l’étincelle d’où jaillit l’explosion. Bien que mystérieux par la forme dont il se revêtait, il fut connu dès le soir à dix lieues à la ronde et inspira tout de suite aux gars du pays une large confiance en leurs chefs.
La Vendée du coup possédait une armée ! Certes non, elle ne l’avait pas encore tout entière, cette armée formidable qui fit trembler la Convention nationale ! mais elle en voyait le germe et, dès lors, pouvait se préparer à la défense de ses principes odieusement attaqués.
Les chefs, sans perdre de temps, avaient fait sonner le tocsin dans toutes les paroisses voisines et assigné un rendez-vous à ceux qui voudraient faire la guerre.
Tous se levèrent, fiers et résolus, et marchèrent sur Luçon où ils battirent la garnison qu’ils rencontrèrent au Pont-Charron ;
cette première victoire enflamma les Vendéens dont la bravoure, désormais, ne connut plus de bornes.
D’aucuns prétendent que la guerre de la Vendée commença le jour de la foire de l'Oie ; ce qui alors semblerait contredire l’événement du Pin-en-Mauges et mettrait les gars de Saint-Florent en deuxième ligne.
A ce sujet, je ne puis qu’exprimer le doute, rien dans les documents compulsés n’attestant d’une manière catégorique l’authenticité de cette date ; et les dates, en tant qu’histoire sont bien souvent erronées. Mais ce que j’affirme sans crainte d’être démenti, c’est que les jeunes gens de Saint-André ne manquaient jamais une foire et que, par conséquent, ils participèrent, nombreux, au stratagème du Camp de l’Oie.
L’adjudant-général François Watrin (1772-1802) fut l’un des jeunes officiers les plus brillants des guerres de la Révolution française.
Né à Beauvais le 29 janvier 1772, il gravit les échelons à une vitesse remarquable, passant du rang de simple soldat à celui de général de division avant l’âge de 28 ans.
Débuts militaires
- Il s’engage en 1792 dans les chevau-légers de West-Flandre, futurs 17e chasseurs à cheval.
- En 1793, il est successivement promu sous-lieutenant, lieutenant puis capitaine.
- Le 14 décembre 1793, il devient adjudant-général chef de bataillon à l’armée du Nord, puis est confirmé dans ce grade en 1794.
- En 1795, il est nommé adjudant-général chef de brigade, fonction importante d’état-major équivalente à un officier supérieur.
Guerre de Vendée
Comme adjudant-général, Watrin participe aux opérations contre les insurgés vendéens. Son nom apparaît notamment lors de la bataille du camp de l’Oie (4 décembre 1795), où il commande des forces républicaines.
Ascension au grade de général
- Général de brigade en 1796.
- Chef d’état-major puis commandant de l’infanterie de réserve de l’armée de Sambre-et-Meuse.
- Il se distingue au passage du Rhin et à la bataille de Neuwied en 1797.
Campagnes d’Italie
Sous les ordres de généraux tels que Étienne Macdonald, il participe aux campagnes d’Italie :
- Trébie (1799)
- Novi (1799)
- Passage du Grand-Saint-Bernard (1800)
- Marengo (14 juin 1800), où il se distingue particulièrement.
Saint-Domingue et décès
Envoyé à deux reprises à Saint-Domingue, il rejoint en 1802 l’expédition française destinée à reprendre le contrôle de la colonie. Nommé commandant de Port-au-Prince, il meurt de la fièvre jaune le 22 novembre 1802, à seulement 30 ans.
Mémoire
Son nom figure parmi les 660 officiers et généraux inscrits sur l’Arc de Triomphe, où l’on peut lire simplement « WATRIN ».
Correspondance de François Watrin, adjudant général de Hoche pendant les guerres de la Vendée
Sa lettre est datée du 12 frimaire (3 décembre 1795), et est adressée à Hoche, qui s'était porté sur Cholet, pour observer à la fois Charette et Stofflet, entre lesquels il se trouvait ainsi placé :
« Mon général,
« J'ai fait fouiller aujourd'hui les bois de Saint-Fulgent. On y a trouvé quantité de grains et d'effets, des barraques, autour desquelles étaient encore des feux allumés.
Je vous enverrai demain une vingtaine de voitures chargées de grains. Je continuerai la même opération a la pointe du jour; mais si je ne trouve pas de nouvelles voitures, je ne pourrai pas enlever beaucoup de grains.
J'en attends neuf que doit m'envoyer le commandant de Saint-Symphorien.
J'avais envoyé un bataillon qui était parti le matin pour correspondre avec le général Burac, peut-être Durac, aux Herbiers. II n'y a trouvé personne ni aucune trace de troupes, il y retourne demain.
Un autre détachement avait ordre de porter, à Chantonay, des dépêches pour Fontenay et le général Digonet.
Le chef de la 107e demi-brigade me mande que l'officier qui la commandait a aperçu, au Pont-Gravereau, sous Saint-Vincent environ 200 hommes de cavalerie et d'infanterie qui faisaient des mouvements pour le tourner. Cet officier a rebroussé chemin sans reconnaître ni tirer un coup de de fusil. Je donne ordre de forcer, demain, ce passage, et si les troupes que croit avoir vues cet officier sont, comme je le crois, des troupes républicaines, je vous l'enverrai pour que vous le destituiez, à cause de sa lâcheté.
Aucun habitant des environs ne reste. Je n’en ai trouvé qu'un, que j'ai très-bien traité, et qui porte des sommations à Chavagne, Chauché et L'Hébergement.
J'attends des nouvelles des généraux Gratien, Durac et Digonet, à qui j'ai écrit par patrouilles et lettres.
Demain, je ferai bivouaquer, sur la route de Montaigu, à la hauteur du Chauché, le 4e bataillon d'Orléans, fort de 160 hommes, absolument dénués de souliers. Il ne vaut ni Cassel ni les Vosges, que vous m'avez enlevés.
Je ne puis savoir où sont Charette et Sapinaud.
Si vous voulez me donner Cassel et les chasseurs francs de Tiffauges, je resterai dans les bois deux ou trois jours. Peut-être découvrirai-je quelque chose.
J'ai déjà fouillé la Rérie, les châteaux environnant la Langerie. Sapinaud est trop fin, quoique sans grande malice, pour rien laisser dans ses propriétés.
Salut et respect.
« L'Adjudant général,
« WATRIN.
5 décembre 1795 - Démantèlement du château de l’Hébergement par l'Adjudant-général, WATRIN.
Le 14, au matin, il complétait ces renseignement, en écrivant de nouveau au général en chef pour lui dire qu'il avait fait conduire il Montaigu 140 bêtes à cornes, 200 moutons et 8 charrettes de grains qu'il avait saisis.
Toutefois, il ajoutait qu'il n'avait encore vu aucun habitant des communes qu'il avait fouillées, mais qu'il restait surpris des immenses quantités de blé qu'il avait trouvées cachées dans les bois, ainsi que de nombreuses traces des feux qui y avaient été allumés.
Ces faits et ces traces de la présence des rebelles ne se rapportaient cependant pas à une retraite décidée de l'ennemi rien ne le prouve mieux que la lettre suivante de Watrin à Hoche, écrite le même jour que la précédente, mais très-tard et probablement dans la nuit.
« Mon général,
« Je vous écris, les larmes aux yeux, de voir que des soldats, dans la bravoure desquels j'avais tant de confiance, se sont laissés surprendre et dérouter pour un moment par les brigands.
Ce soir, sur les 3 heures, la 107e demi-brigade fut vigoureusement attaquée par les rebelles, qui l'ont cernée de toutes parts en sortant des bois qui environnent le château de l'Oie.
Il ne restait qu'environ 600 hommes, qui, saisis d'une terreur panique, ont pris la fuite à toutes jambes et n'ont pas voulu se rallier à la voix de leur chef.
Les brigands les ont chargés jusqu'à moitié route des Quatre Chemins, à Saint-Fulgent, et en ont tué et blessé environ une cinquantaine.
Au bruit de la fusillade, j'ai de suite envoyé deux compagnies de grenadiers et un moment après, un chasseur d'ordonnance, venant me dire que la troupe se déroutait, j'ai marché sur le champ avec les bataillons le Vengeur et la Dordogne.
A notre approche, les brigands ont pris, de leur côté, la déroute et nous nous sommes emparés de la position du château de l'Oie.
Il est malheureux que la nuit soit venue sitôt; nous les eussions poursuivis plus avant et aurions repris notre revanche.
Toutes les barraques ont été brûlées, la majeure partie des sacs pris ainsi que deux drapeaux, restés dans l'église.
Qu'il est dur, mon général, d'avoir a vous annoncer de pareilles nouvelles. Le commandant de la demi brigade et le chef de bataillon ont fait leur devoir en bons militaires, mais le soldat, lâche, n'a pas obéi a leurs ordres.
Il faudrait, dans cet endroit, au moins 30 hommes de cavalerie, car les brigands en avaient beaucoup, parmi lesquels on a très-bien distingué des panaches, des ceintures et de beaux habits rouges.
Je saurai, dans peu, quels étaient ces brillants cavaliers.
Je suis ici sans un chirurgien. J'ai 29 blessés que j'enverrai demain à Montaigu.
Demain, à la pointe du jour, j'irai, avec quatre compagnies, revoir la 107e pour l'encourager, et je fouillerai les bois en m'en revenant. Je ne puis concevoir comment cette demi-brigade, qui s'est si bien distinguée au Nord, se laisse battre et épouvanter par des brigands.
C'est le sort des troupes venues des armées extérieures. Ils m'ont bien promis de venger leurs camarades. J'ai le cœur navré de douleur, mais je ne suis pas découragé.
Le lendemain 15 frimaire, écrivant à son camarade Vidal, commandant de la 107e demi-brigade, et a Hoche, il leur annonce que, manquant de pelles et de pioches, il y a suppléé par des pieux en bois, a l'aide desquels il a démoli les murs du parc du château de l'Oie, a hauteur d'homme, pour s'y retrancher avec les bestiaux qu'il a saisis.
Il ajoute qu'une vivandière de la 107e demibrigade, qui était tombée aux mains de l'ennemi, avait été relâchée par Charette, qui lui a dit en la renvoyant :
Dis à tes bleus que c'est le général Charrette qui te fait grâce, parce qu’il méprise les femmes, et qu’il vient de faire tuer dix patauds
« Un jeune enfant, domestique d'un officier de la 107e, ayant été pris dans la même affaire, s'était trouvé conduit près de Charette et avait été renvoyé avec quatre autres femmes de la même troupe.
Charette, dit Watrin, les a invités à engager nos soldats à déserter.
Tout fier de cette affaire, il disait qu'avant quinze jours il y aurait un roi de France et qu'il égorgerait nos troupes. Cet enfant a eu l'adresse d'enlever et d'apporter avec lui les cravates des drapeaux que nous avons pris. »
Au dire des historiens de la Vendée et de M. le Bouvier-Desmortiers, en particulier, cette journée des Quatre Chemins fut toutefois la dernière affaire à laquelle Charette se décida, et, comme les derniers coups qu'il essaya de porter à la République.
A raison de ces circonstances, le récit de Watrin, qui peint si bien la pétulante audace des Vendéens et le principal avantage des surprises qu'ils savaient habilement préparer, devient une page précieuse que nous sommes heureux d'avoir retrouvée, avec les détails qu'elle nous donne sur le fanatisme qui existait d'un côté comme de l'autre. Le dédain et la cruauté du chef vendéen, qui fait égorger dix pauvres prisonniers, quand un jeune enfant, auquel il fait grâce, est assez adroit pour saisir furtivement les cravates de deux drapeaux, sont, en effet, de la même nature, sauf la soif du sang. Mais d'une autre part, les paroles amères et pleines de colère de Charette, annonçant la venue prochaine du roi et l'intention où il est d'égorger les républicains dès qu'il les saisira, sont des signes irrécusables de la détresse désespérée où il se trouve.
Aussi, les généraux républicains n'ont-ils pris le change sur aucun de ces dires, et nous les trouvons, de ce jour, plus appliqués que jamais à suivre la trace du chef qu'ils doivent atteindre sans tarder. Celui-ci n'engagera plus aucune affaire sérieuse et ne sera appliqué qu'au soin d'échapper à la poursuite dont il devient l'objet.
Du côté des républicains, tout se préparait dans le but d'une capture qui paraissait désormais inévitable.
Les détails et les combinaisons de cette lutte nous ont paru très-curieux et deviennent, dans la correspondance de Watrin, une page précieuse sur les derniers jours de la guerre civile qui allait se clore, pour quelque temps au moins, au sein de la Vendée.
Les vieux murs ont traversé les siècles, même si, faute d'entretien, certain éléments d'architecture ont disparu. On peut encore les admirer, se reflétant dans leurs larges douves.
Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne
==> L’insurrection vendéenne 1793 (plan- dates)
(1) L’abbé L. Augereau, Annuaire de la Société d'Émulation de la Vendée. Année 1871, p. 131.