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PHystorique- Les Portes du Temps
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26 juillet 2026

Château de Montguyon et Le dernier voyage d'Aliénor d'Aquitaine, grand spectacle médiéval

Le Château de Montguyon est construit sur un site stratégique qui domine une ancienne voie romaine très importante.

  • Cette voie faisait partie du réseau reliant Saintes (Mediolanum Santonum) à Poitiers et à d’autres cités du Poitou et de l’Aquitaine.
  • Elle passait juste au pied ou très près de la butte où se trouve le château.
Au Moyen Âge, le château a été édifié précisément à cet endroit pour contrôler cette ancienne route (qui restait très utilisée).

 

  • En 1199, après la mort de son fils Richard Cœur de Lion, Aliénor (alors âgée de 77 ans) entreprend un long et périlleux voyage à travers l’Aquitaine et le Poitou pour défendre les intérêts de son dernier fils, Jean sans Terre/tag/Jean sans Terre.
  • Elle passe effectivement par la région de Montguyon lors de ce « dernier grand voyage ».

 

L’association Scenies en 2 Monts, ou S2M, propose, pendant deux jours, de remonter le temps et de plonger la commune dans une ambiance médiévale avec chevaliers, seigneurs et troubadours. Plus d’un millier de visiteurs sont attendus au pied du château les vendredi 24 à partir de 22 h 30 et samedi 25 juillet à partir de 14 heures.

 

Dates et horaires

  • Vendredi 24 juillet 2026 → à partir de 22h30 (représentation nocturne)
  • Samedi 25 juillet 2026 → à partir de 14h00
Plus d’un millier de visiteurs étaient attendus sur les deux jours.Au programme
  • Reconstitution historique autour du dernier voyage d’Aliénor d’Aquitaine
  • Ambiance médiévale immersive : chevaliers, seigneurs, troubadours, campements, artisanat, animations…
  • Spectacle vivant au pied du château
Infos pratiques

 

 

 

  • Lieu : Château de Montguyon (17250 Montguyon)
  • Tarifs : généralement entre 12 € et 20 € selon les années (enfants réduits). Il est conseillé d’acheter les billets à l’avance ou sur place.
  • Restauration et buvette sur place.
Conseils :
  • Appelle la mairie de Montguyon : 05 46 48 00 23
  • Ou contacte directement l’Office de Tourisme de la Haute Saintonge (ils relaient souvent l’événement) : 05 46 70 37 37

 

 

 

 

 

LA TOUR DE MONTGUYON ET SON INSCRIPTION Par M. le Dr VIGEN.

Le donjon multiséculaire, seule ruine encore debout du vieux château féodal, tour imposante et pittoresque qui domine le bourg coquet de Montguyon, a maintes fois été reproduit par la gravure, la photographie et les cartes postales mais de son histoire même, quelques pages à peine ont été esquissées les principales dans les Etudes historiques sur ^arrondissement de Jonzac, de P. D. Rainguet, en 1864 et les autres dans le Recueil de la Commission des Arts, tom. VII, p. 411-421, pour le compte rendu de l'excursion archéologique du 5 juin 1884, dans ces parages.

Je voudrais réunir ici les grandes lignes de son histoire, et parler de ta curieuse et arrogante inscription encore lisible, malgré les injures du temps et des hommes, sur ses murailles massives et imposantes.

Il est constitué par une grosse tour, de forme circulaire à l'extérieur, et quadrilatérale à l'intérieur, ce qui ménage des alcôves dans l'épaisseur des murs, laquelle n'est pas moindre de trois mètres à la base.

On sait qu'en général un donjon carré est du XIe ou du XIIe siècle (A. de Caumont, Viollet-Leduc, Léon Gautier) témoins dans la Charente-Inférieure, ceux de Tonnay-Boutonne, de Broue en Saint-Sornin de Marennes, de Lislot en Saint-Sulpice d'Arnoult, et celui de Pons, le plus remarquable et le mieux conservé de tous.

Au siècle suivant, de Philippe Auguste à Saint-Louis, on les construisit plutôt de forme cylindrique, afin de les rendre moins vulnérables aux coups des machines guerrières exemples Aulnay, Crazannes, etc.

Tel est le plan de la tour de Montguyon, qui doit donc remonter au XIIIe siècle, du moins dans sa construction primitive. Elle comptait cinq étages, du sous-sol jusqu'aux machicoutis ils étaient séparés en bas par des voûtes, et en haut par des planchers à poutrelles la voûte du rez-dechaussée est seule intacte, faisant corps avec la muraille; celle du premier était à plein cintre et à nervures reposant sur des culs de lampe.

Des cheminées assez ornées se voient au second et au troisième étages le manteau de l'une repose sur des jolies colonnes dont les chapiteaux sont ornés de figures de fantaisie. Des machicoulis à modillons couronnent le tout. Une haute et large tranchée verticale est pratiquée du haut en bas dans le mur nord-est, donnant d'i jour à tous les étages par des fenêtres superposées.

Dans son Dictionnaire d'architecture, à propos du château de Chambord (III, 188), Viollet- Le-Duc remarque qu'on procéda souvent ainsi, à la Renaissance, quand on voulut transformer en habitations plus élégantes et plus commodes les manoirs fortifiés du moyen âge. Une ouverture en demi-cercle éclaire au couchant l'enfoncement ou boudoir du premier étage sur ses montants a été peinte l'inscription dont je parlerai plus loin.

En résumé, la tour de Montguyon doit remonter au XIII siècle, et avoir été transformée à la Renaissance pour servir de résidence seigneuriale, avec d'autres bâtiments y adjacents, et dont les décombres, tapissés par le lierre, sont à peine reconnaissables aujourd'hui.

NOM ET ORIGINE

Si j'en crois Jean le Saintongeais (Rev. de Saintonge, XXIV, 342), dans les anciennes vigueries carlovingiennes, des châteaux-forts furent édifiés ou autorisés aux X- et XIe siècles par les comtes d'Angoulême pour leurs parents et vassaux, et prirent le nom de leurs constructeurs ou possesseurs.

C'est ainsi qu'on vit s'élever chez nous les mottes féodales de Montandre (Mons Andronis), Montausier (Mons Auserîi), Montleud (Mons Leudonis), qui est devenu Montlieu, Montmoreau (Mons Maurelli), et Montguyon (Mons Guidonis). Tous ces noms se retrouvent tels dans les cartulaires de l'époque. Je tiens aussi cette origine pour incontestable.

Relativement à Montguyon, la mention la plus ancienne que je connaisse est de 1082, où Boson, évêque de Saintes, donne à l'abbaye de Baigne (charte 12), la chapelle qui est en bas du château (infra oppidum), et cela du consentement de Guillaume Hélie, d'Aimon, Arnoul et autres.

En 1138, nous voyons Ostindus et Sicard de Montguyon en 1149, Pierre Odolrie, qui se croise.

Tous, ou la plupart, vers cette époque, ne paraissaient guère posséder que le château-fort, et peut-être les maisons groupées tout autour, mais non pas le bourg voisin de Vassiac, qui formait un prieuré assez important et indépendant. Ce ne fut qu'un peu plus tard que la domination du baron féodal s'étendit sur toute la contrée.

Le château actuel doit aussi, selon moi, avoir succédé à un plus ancien.

 

QUELQUES FAITS HISTORIQUES

Au temps de Louis IX, Montguyon était possédé par un puissant seigneur du nom de Sicard, qui tenait tète à Henri III, roi d'Angleterre et duc d'Aquitaine le Catalogue des Rôles gascons le mentionne une dizaine de fois le roi anglais le convoque à Bordeaux en 1242, puis, pour calmer sa méfiance lui envoie un sauf conduit par son serviteur Wigan.

Une trêve est conclue entre eux, suivie d'un traité le 27 mars 1243 où Sicard de Mundgwiun reste possesseur du château voisin de La Clolte, et est garanti dans ses domaines contre les Français.

Ce fut peut-être lui qui construisit le donjon qui nous occupe, et qui me parait remonter à cette époque.

Dans la guerre de Cent ans, ce château est pris en 1373 sur les Anglais par Renaud de Pons, réoccupé en 1422 par le captal de Buch, et repris définitivement en mai 1451 par Dunois et Jean d'Angoulême, après un siège de huit jours ceux-ci s'emparèrent ensuite rapidement des villes voisines. (Bouchet, Annales d'Aquitaine; J. Chartier, Monstrelet).

Pendant les guerres de religion, Montguyon, château de François de La Rochefoucauld qui en avait pris le nom, était une des forteresses du protestantisme en Saintonge aussi servit-il fréquemment de gîte d'étape aux troupes calvinistes, et notamment à Henri, roi de Navarre, qui ne s'y arrêta pas moins de six ou sept fois dans ses marches et manœuvres, accompagné à diverses reprises par sa mère, ou sa soeur, ou par le prince de Condé. Ce qui, pour préciser, eut lieu les 28 mars 1571, 15 juillet 1576, fin août 1577, 14 février 1582, 30 mai 1585, et 24 juin 1586.

Le 19 octobre 1587, veille de la bataille de Coutras, Henri IV qui avait couché à Montlieu, ne fit que passer au pied du castel de Montguyon, se dirigeant vers Guîtres, et traversant un ruisseau par le gué encore appelé le Pas des Canons, près de La Guirande.

En 1621, Louis XIII et son armée après avoir pris Saint-Jean d'Angély sur les Calvinistes, se dirigèrent vers le Languedoc par Cognac, Barbezieux, Montguyon et Coutras. Le roi, qui voyageait avec la reine et le connétable de Luynes, s'était enrhumé à Barbezieux d'après le Journal si curieux et circonstancié de son médecin, Jean Héroard de Vaugrigneuse il arriva en carrosse à Montguyon le 7 juillet, y soupa et coucha, y dina le lendemain, et repartit à cheval en chassant à l'arquebuse, il avait dû loger au château, alors habité par ses seigneurs.

Dans le compte rendu plus haut cité, j'avais relevé le menu du dîner royal voici celui de l'autre repas salade de pourpier et fleurs de buglose au sucre et au vinaigre (!) chevreau bouilli les yeux et les oreilles crêtes de coq au jus de mouton et au suc d'orange l'estomac de trois tourterelles rôties avec pain émié truffes cuites au vin cerises crues et cuites et bigarreaux pain, peu vin clairet fort trempé et comme digestif, une queuillerée de dragée de fenouil. Le médecin historiographe a compté et enregistré le nombre des bouchées absorbées par son royal client il a de même noté et transcrit les résultats liquides et solides de chacun de ces festins, et bien d'autres particularités tout aussi intimes.

 On sait que ce journal est un manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale, et a été analysé par Eud. Soulié et An. de Barthélemy.

Le dernier événement militaire dont la tour de Montguyon ait été le théâtre, après quelques troubles causés par les mutineries des Croquants, est un combat livré le 25 mai 1652, au temps de la Fronde, entre le sieur de Folleville, qui l'occupait avec 500 chevaux, et le comte de Maure, lieutenant du prince de Condé à Libourne, qui était venu tenter de surprendre la troupe Mazarine, et qui y fut défait et même pris, et' son second tué (Cf. Arch. Saintonge, XII, 375, et XXXVII, 431). Je note à ce propos que cette guerre civile de la Fronde, bien qu'assez rapidement menée, a causé beaucoup de ravages dans nos contrées (Cf. Audiat, La Fronde en Saintonge, 1866 Balthazar, La Guerre de Guyenne Arch. Saintonge, tom. XII, doc. 24, 26, 27; Recueil, XVI, 38, etc.).

 

SEIGNEURS AYANT habité MONTGUYON

Des preux et chevaliers qui en portaient le nom, et qui vivaient du XIe au XIVe siècle Guillaume, Hélie, Aimon, Sicard, Guillaume, Auger, l'histoire n'a pas écrit la vie et les exploits. Elle dit pourtant que deux au moins des nobles barons partiront pour les croisades, Pierre Odolrie avec Louis le Jeune, et Milon avec Saint-Louis.

Le dernier peut-être qui ait au moyen âge habité son manoir féodal Augey, senhor de Monguion, fut pris en 1346, l'année de Crécy, par les Anglais, dans la château de La Clotte. Après lui, je vois comme châtelain, Raimond de Montaut, seigneur de Mussidan, dont la fille Rosine, épouse en 1382 Guy de La Rochefoucauld, seigneur de Verteuil et de Barbezieux, et lui porte la baronnie qui nous occupe. Mais durant trois générations aucun membre de cette illustre famille ne parait y avoir établi sa résidence..

François de La Rochefoucauld, baron de Montendre et de Montguyon, est connu sous ce dernier titre dans les guerres religieuses de la Saintonge, où il prit une grande part comme chef réformé.

Il épousa en 1565 Hélène Goulard, et mourut en 1600. J'incline à croire que ce fut lui qui restaura le vieux donjon, et le rendit habitable, tout en lui laissant son enceinte fortifiée.

Son fils, resté unique, Isaac de La Rochefoucault, capitaine de cinquante hommes d'armes, s'y fixa sûrement il s'unit en juin 1600 à Hélène de Foncèque, fille et héritière de Charles de F., chevalier, seigneur de Surgères et d'Aguré il mourut en juillet 1627, probablement catholique, et sa veuve se remaria à Michel de Chénery, seigneur de La Réelle, pour mourir à Bordeaux en 1651.

De leurs deux fils, le cadet François, hérita ou acheta Surgères, et devint la tige des La Rochefoucauld de Surgères, aujourd'hui les ducs de Doudeauville.

L'ainé Charles, marquis de Montendre et baron de Montguyon, habita lui aussi ce dernier château, où il mourut encore jeune en juin 1641, ayant épousé en 1633, Renée Thévyn, fille d'un riche maître des requêtes.

Ils eurent Charles Louis de La Rochefoucauld, qui demeura aussi quelques années à Montguyon, après son mariage avec Anne Pithou de Luyère, fille également d'un conseiller au Parlement de Paris trois de ses enfants au moins furent baptisés, de 1664 à 1670, dans la chapelle du château. Après de longs procès pour droits héréditaires et réclamations de créanciers, il se vit dépossédé de la seigneurie de Montguyon, et se transporta dans son château de Montendre, où il mourut en 1712. Sa veuve, qui s'était retirée à l'abbaye de Panthémont, y mourut en 1714, et tout récemment, en octobre 1909, on a découvert son cercueil dans des travaux de voirie sous le sol parisien.

Par décret ou sentence d'adjudication du 15 juin 1683, la châtellenie de Montguyon, avec les huit paroisses qui la composaient : Vassiac, Le Fouilloux, Saint-Martin d'Ary, La Clotte, Saint-Pierre du Palais, Saint-Martin de Coux, et la e Clérac et d'Orignolles, passa entre les mains de Jeanne Chabot de Rohan, veuve d'Alexandre Guillaume de prince d'Espinoy, qui était déjà, par ses ancêtres, dame de la baronnie voisine de Montlieu, et qui transmit les deux à ses deux descendants, les Melun d'Espinoy, et les Rohan-Soubise.

Mais je ne crois pas qu'aucun d'eux, de la fin du XVIIe siècle à Révolution, ait jamais mis les pieds en Saintonge ; ils se contentaient d'en percevoir les revenus : 18 à 20.000 livres Montguyon.

 

MONTGUYON AU XVIIe SIÈCLE.

Ainsi les deux châteaux qui, avec Montendre et Chalais, longtemps commandé à la Saintonge méridionale, furent abandonnés pendant un siècle et demi.

 C'est dire que, sans avoir besoin d'être démolis exprès, le défaut d'entretien y accumulait les ruines. Quelques bâtiments seuls en étaient réparés tant bien que mal, pour loger les régisseurs ou serrer les récoltes. Et à mesure que les murs s'écroulaient, on en vendait les matériaux.

C’est ainsi qu'en 1758, la tour seule est encore debout, et qu’on vient de supprimer et de vendre l'ancien moulin qui était au pied, dont l’emplacement est devenu le champ de foire et la maison de M. Brault de Bournonville, possesseur château.

En septembre 1763 on avait enfermé, dans la prison située haut de la tour, un nommé Michel Chaignaud, accusé de je ne sais quel méfait et sur la plainte de son frère. Un beau matin le géolier ne trouva plus son pensionnaire qui s'était échappé par la fenêtre, non pas en sautant du cinquième étage mais en se coulant le long d'une corde de 62 pieds. Il fut réduit à faire constater par le juge cette évasion audacieuse, qui rappelle celle d'un contemporain plus célèbre, le baron de Trenck.

Au moment de la Révolution, les princes de Bourbon-Condé et de Rohan Guéménée, héritiers de Montlieu et de Montguyon, émigrèrent parmi les premiers ; et leurs domaines furent séquestrés, puis affermés, enfin vendus au profit de la Nation.

 La tour, qui avait servi jusque -là de demeure au juge sénéchal, Jean Baptiste Thénard Dumousseau, lequel fit plus tard partie des Cinq Cents, était affermée elle aussi.

Mais, dans la nuit du 7 au- 8 février 1793, elle fut frappée par la foudre qui y mit le feu en peu d'heures, les planchers, la charpente et la toiture furent consumés, et laissèrent le bâtiment lui-même à peu près dans l'état où nous le voyons aujourd'hui, puisque la moitié environ des mâchicoulis qui le couronnaient sont encore en place.

Après diverses enchères le ci-devant château fut adjugé comme bien national le 6 prairial an III (25 mai 1795), à Pierre Léger Ratier, avocat, moyennant 26.700 livres, soit 1935 livres en numéraire. Les autres bâtiments de la borderie, les terres, les prés, les bois, produisirent de même un prix de vente nominal de 591.200 livres, correspondant à peu près à 37.344 livres de monnaie métallique.

 

L'inscription

Au second étage, dans l'embrasure d'une haute et large ouverture qui éclaire au couchant une sorte de boudoir, on peut lire encore ces deux curieuses apostrophes passablement hautaines, et peintes en petites capitales rouges sur fond bleu:

REGARDE LESCLAT BRILLANT DE MES YEUX Y TES PERMIS DE LES ADMIRER MAIS SY TU NEN FEUS SOUFRIR LA LUMIER ET LES FEUX MEURS PLUSTOST QUE DE TE PLAINDRE.

APRENS QUE LA DIVINITE QUY REMPLIT CE LIEU A DONNE POUR COMPAGNE A SA BEAUTE SUPREME LA FIERTE ET LA TIRANIE ADORE TOUJOURS NESPERE JAMAIS SY TU VEUX VIVRE ETOUFFE TES DESIRS. (Ces derniers mots presque effacés).

 

P.-D. Rainguet (Jonzac, p. 379) ajoute cette lecture « Donne tout à sa gloire aux dépens de ta vie, et sache que la mort est le prix des ambitieux ». Mais deux fac-similé de ces inscriptions, relevés en 1856 et 1863 par des élèves du Séminaire de Montlieu, dont l'un par l'abbé Julien-Laferrière, ne parlent pas de cette dernière phrase.

 

A la clef de voûte est un écusson, à couronne de marquis, avec un R entre 4 S ; et un bouton de rose sur sa tige garnie d'épines et de feuilles, avec ces mots SIC PLACET VT PVNGIT.

Quel est l'auteur de cette inscription si arrogante ? L'inspiratrice n'a pu en être qu'une femme. Rainguet, se basant sur cet R entouré d'S, qui doit être le chiffre de deux époux, l'a attribuée à François de La Rochefoucauld, fils de Charles, qui, chanoine de Saint-Victor, émigra en Angleterre, y embrassa la Réforme, devint lieutenant général, et épousa, en 1710, Henriette Spanheim; fille du savant ambassadeur et hébraïsant.

Mais c'est là une erreur certaine : François n'avait pas quinze ans quand son père fut dépossédé de Montguyon, et sa femme était encore à naître.

On pourrait encore songer aux Rohan-Soubise. Mais ni le maréchal de Soubise, le vaincu de Rosbach, ni à plus forte raison aucune de ses trois femmes n'ont habité le vieux donjon et les lettres ne peuvent être du XVIIIe siècle.

Il est bien plus simple et plus logique de voir dans cet écusson les initiales des La Rochefoucauld-Surgères, d'autant plus que par son contrat de mariage du 23 juin 1600, Isaac s'était engagé à joindre aux siens le nom et le blason des Foncèque de Surgères.

La forme des caractères employée rappelle tout à fait l'époque de Henri IV. Nul doute pour moi, c'est Hélène de Surgères qui a fait graver sur sa fenêtre les objurgations superbes que trois siècles n'ont pas encore effacées. Mais, chose curieuse, il y a une Hélène de Surgères qui a été aimée et célébrée par Ronsard, et je retrouve dans plusieurs des sonnets- du poète vendômois, dans l'un surtout, des figures poétiques qui semblent avoir inspiré la châtelaine de Montguyon.

 Cette Hélène de Foncèque était fille de Rèné de F. et de Anne de Cossé, de plus fille d'honneur de Catherine de Médicis, et l'une des coryphées de ce bataillon volant que la Reine-mère menait à sa suite pour achever de convertir les jeunes seigneurs calvinistes, et qu'elle avait autour d'elle en 1560 au siège de St-Jean d'Angély.

Elle prit et sut retenir dans ses filets, pendant sept ans, le chef de la Pléiade, qui lui consacra tout un livre de sonnets, sans avoir jamais vu couronner sa flamme, si l'on s'en rapporte à lui ; et l'on peut d'autant plus le croire qu'il était alors sexagénaire.

 

Les vers les plus connus que lui inspira cette passion platonique sont ceux-ci :

Deux Vénus en avril, de même déité,

Naquirent, l'une en Chypre et l'autre en la Saintonge

La Vénus cyprienne est des Grecs le mensonge,

· La chaste Saintongeaise est une vérité.

Et encore

Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,

Assise près du feu, devisant et filant,

Direz, chantant mes vers, et vous émerveillant :

Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle.

…….

Regrettant mon amour et votre fier dédain,

Vivez si m'en croyez, n'attendez à demain,

Cueillez dès aujourd'hui les rosés de la vie.

 

Plusieurs des sonnets se plaignent des rigueurs de la belle : c'est monnaie courante à tous les poètes amoureux. Mais le suivant semble, je le répète, avoir tout particulièrement inspiré la fière inscription de la vieille tour.

Quand à longs traits, je boy l'amoureuse étincelle

Qui sort de tes beaux yeux, les miens sont esblouis ;

D'esprit ay de raison, troublé, je ne jouis,

Et comme yvre d'amour tout le corps me chancelle.

 

Le coeur me bat au sein, ma chaleur naturelle

Se refroidit de peur, mes sens évanouis

Se perdent dedans l'air, tant tu te réjouis

D'acquérir par ma mort le surnom de cruelle.

 

Tes regards foudroyants me percent de leurs rais

Tout le corps, tout le coeur, comme pointes de trais

Que je sens dedans l'âme et quand je veux me plaindre

 

Ou demander mercy du mal que je reçois

Si bien ta cruauté me resserre la voix

Que je n'ose parler tant tes yeux me font craindre.

Si cette superbe Hélène de Surgères avait possédé Montguyon, rien de plus facile à expliquer; mais elle ne se maria point (Voir la Biographie saintongeaise) ce fut sa nièce et sa filleule qui épousa un La Rochefoucauld. Il est donc aussi plausible de penser que cette autre Hélène, ayant trouvé dans les papiers de sa tante des images poétiques qui lui ont plu, n'a rien trouvé de mieux que de les reproduire sur le mur de sa fenêtre, à l'adresse d'un amant imaginaire ou peut-être réel.

 Une tradition conservée en effet jusqu'à nos jours dans la famille de Callières est que cette apostrophe visait un' jeune seigneur voisin, qui possédait le Taillant, où se voit encore, assez bien conservé et intelligemment restauré, un joli manoir de style Renaissance. ̃

Une dernière remarque cette Hélène de Foncèque, après son père Charles et sa tante Hélène, la dame ronsardisée, possédèrent en confidence, de 1574 à 1630, la régie de l'abbaye de La Grâce-Dieu, en Aunis.. (Cf. Musset, Arch. de Saintonge, XXVII, 27).

Telles sont les quelques notes et réflexions que m'a inspirées le vieux donjon Montguyonnais, et que je me permets de soumettre à mes distingués collègues de la Commission des Arts et Monuments historiques.

Dr CH. VIGEN

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