5 mai 1793 Fabrication de la poudre de guerre et Explosions de la Poudrerie Royale de Saint-Jean-d’Angély
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Ce texte montre l’urgence de la République en guerre en 1793 (guerres extérieures + Vendée).
Saint-Jean-d’Angély disposait d’importants moulins à poudre, situés au nord-ouest de la ville, dans le quartier appelé « Les Moulins à Poudre » ou « Moulin de la Poudrerie ».
Le Directoire du département de la Charente-Inférieure (Charente-Maritime) cherchait à convertir rapidement la poudre de traite en poudre de guerre de qualité militaire.
Localisation précise :
Ils se trouvaient le long de la rivière Boutonne, à environ 1,5 km du centre-ville de Saint-Jean-d’Angély.
Près du lieu-dit « La Poudrerie » ou « Moulin de la Poudre », dans la direction de Moulidars et de Taillebourg.
Le site profitait de la force hydraulique de la Boutonne pour faire tourner les meules qui broyaient les ingrédients (salpêtre, soufre et charbon de bois).
« Aujourd'hui, cinq mai mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an 2° de la République, le directoire assemblé au lieu ordinaire de ses séances
Vu la lettre des corps administratifs réunis à la ville de Saint-Jean d'Angély, en date du 24 avril dernier, de laquelle il résulte principalement que les magasins des moulins à poudre contiennent 44 milliers de poudre de traite, laquelle poudre, d'après le rapport des experts par eux nommés pour la visite des dits moulins, peut être convertie dans l'espace de 33 jours en 74 milliers de poudre de guerre en y amalgamant une certaine quantité de salpêtre et de soufre vu également les procès-verbaux dressés par les commissaires des corps réunis à Saint-Jean d'AngéIy, portant l'état des dits moulins et la quantité de poudre de toute espèce, desquels il résulte également qu'il ne se trouve dans les magasins des dits moulins à poudre que suffisamment de salpêtre pour alimenter les batteries pendant 18 jours que cependant, d'après la déclaration du commissaire des poudres, il paraissait que la régie des poudres devait en faire un envoi de 30 milliers dans le courant d'avril
Considérant que l'intérêt de la République exige que tous les moyens soient employés pour fournir de prompts secours que les observations des corps administratifs de Saint-Jean d'Angély paraissent d'une utilité frappante, puisque, d'après le rapport de leurs commissaires et des experts, il paraît qu'avec une certaine quantité de salpêtre et de soufre on peut avec les 44 milliers de poudre de traite se procurer dans l'espace de 33 jours 74 milliers de poudre de guerre, ce qui présente un intérêt réel pour la République, intérêt d'autant plus grand que les 44 milliers de poudre de traite qui se trouvent réellement dans les magasins de Saint-Jean, sont d'une absolue nécessité.
Arrête, sur ce ouï le procureur-général-syndic, qu'à la diligence et poursuite du procureur-syndic du district de Saint-Jean d'Angély, le commissaire des poudres sera tenu aussitôt la notification du présent arrêté, de faire faire une nouvelle refabrication des 44 milliers de poudre de traite qui se trouvent dans ses magasins en y faisant ajouter ou amalgamer la quantité suffisante de salpêtre et de soufre, enfin de toutes les matières qui y seront absolument nécessaires pour convertir cette poudre de traite en poudre de guerre qu'à cet effet les commissaires déjà nommés par les corps administratifs de Saint-Jean d'Angély seront spécialement chargés de surveiller très scrupuleusement cette nouvelle fabrication qu'aussitôt que le premier millier sera en état de servir, ils en feront faire en leur présence une épreuve exacte, afin de connaître le degré de force comparé avec .celui de la poudre de guerre ordinaire.
Arrête en outre que les mêmes commissaires se feront rendre compte par celui des poudres de sa correspondance avec la régie des poudres relativement à l'envoi des 30 milliers de salpêtre qui a dû lui être fait enfin d'adresser aussitôt au conseil général du département tous leurs procès-verbaux, ainsi que le résultat de l'épreuve de la poudre de traite nouvellement fabriquée en poudre de guerre Arrête enfin que le présent arrêté sera présenté aux commissaires de la Convention nationale pour être par eux visé et approuvé, s'ils le trouvent convenable.
Fait et arrêté à Saintes, en séance publique, les dits jour, mois et an que dessus.
ARDOUIN, vice-président. BÉRAULD. Bouju. ESCHASSERIAUX, procureur-général-syndic. EMOND, secrétaire-général. »
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C'est sous le règne de Louis XVIII que Saint-Jean-d’Angély vit disparaître, à la suite d'une catastrophe dont beaucoup ont gardé le souvenir, les moulins à poudre que possédait cette ville.
Avant de faire la relation de cet accident, il n'est peut-être pas sans intérêt de donner, ici, quelques détails sur la création et le fonctionnement de cette manufacture royale où beaucoup d'Angériens étaient employés.
C'est en 1656, sur un bras de la Boutonne (1) et de Petite rivière de la Nie, que fut construit à Saint-Jean-d'Angély, par M. de Buffay, à la place d'un moulin à écorce, le premier moulin à poudre.
En 1655, cet établissement fut augmenté d'une seconde roue ; en 1775 d'une troisième et d'une nitrière artificielle en 1777.
Voici, d'après Guillonnet Merville, la description succincte de ces moulins et quels étaient les procèdes employés pour la fabrication de la poudre:
« Une roue à aubes, que faisait mouvoir la vitesse et le poids de l'eau, faisait tourner un arbre garni d'un certain nombre de lames par qui autant de pilons étaient levés alternativement.
« Deux jumelles contenaient les pilons qui étaient de bois de chêne, et garnis, à l'extrémité d'une boîte de cuivre fondu.
Leur battage était de cinquante à cinquante-cinq coups par minute, leur poids de 80 livres et leur élévation de 14 pouces.
Au-dessous de ces pilons, dans une forte pièce de bois, maintenus sur un massif de maçonnerie par des crampons, étaient creusés autant de mortiers.
« On arrosait d'une pinte d'eau et on agitait avec une spatule de bois les 20 livres d'un mélange soufre, de nitre et de charbon, qu'on mettait dans chaque mortier, avant que de lever la vanne pour faire jouer les pilons.
« On appelait rechange l'opération qui consistait à disposer la matière contenue dans les mortiers de manière qu'elle fût mieux broyée et mélangée par action des pilons et que l'on prévint l'inflammation qui aurait eu lieu infailliblement par une percussion répétée sur une matière qui, étant durcie dans les Mortiers par les premiers coups, s'échauffait par le mouvement.
Cette opération était indispensable et Méritait toute l'attention des poudriers. Pour la faire on baissait la vanne, on relevait les pilons et on les arrêtait avec une cheville qu'on y passait au-dessus la moise.
« On tirait ensuite la matière du premier mortier on le déposait dans un couloir ; on versait celle du second dans le premier, celle du troisième dans le second et ainsi de suite jusqu'au dernier dans lequel Passait ce qui était réservé dans le couloir.
« Le rechange s'opérait ordinairement sept ou huit dans les vingt-quatre heures; le premier se faisait heure après le chargement, les autres de trois trois heures.
Suivant la saison, la sécheresse ou l'humidité de la matière contenue dans les mortiers, arp°sait à chaque rechange d'un peu plus ou d'un peu moins de 8 onces d'eau.
« Lorsque le battage était fini on retirait des mortiers toute la matière qu'ils contenaient, on la portait un lieu élevé, sec et aéré, où elle séjournait quelques jours pour s'essorer ; de là on la transportait au grenier où par le moyen d'un ou plusieurs cribles percés de trous de deux lignes de diamètre s’opérait la granulation. »
Ces moulins, par suite des risques nombreux qui sont la conséquence de cette organisation, avaient occasionné de multiples accidents.
La première des catastrophes de ce genre, dont nous avons relevé la trace, remonte au 4 frimaire an III.
Un bruit considérable semblable à celui de plusieurs coups de canon se produisit. Le dernier des moulins appelé le « Sans Culotte, cy-devant Saint Jean », était sauté par l'effet d'un accident des mortiers tout remplis de matière formant ensemble 200 kilos pesants : la cause en fut inconnue.
La deuxième se rapporte un an après, au 26 frimaire an 4. Une note d'un rapport de Levallois et Bartaré indique que le moulin appelé « Sainte-Barbe » avait fait explosion ; le mécanisme fut dérangé ; la toiture en planches de sapin s'effondra et la grande roue d'eau fut brisée.
Puis ce fut le 27 mai 1807, à 9 heures et demie, qu'un autre fait semblable se produisit. « Deux cents kilos de poussier de poudre de guerre ayant détonné », les immeubles furent sérieusement endommagés, les portes et contrevents en furent arrachés et brisés ; de même les piles du mécanisme et les tabliers ainsi que le constata le commissaire des poudres, Clouet.
Cinq ans plus tard, 27 janvier à 7 heures du matin le « Sans Culotte », auquel les écritures rendent alors son nom de moulin « Saint-Jean » est de nouveau dans le plus piteux état, constatent MM. Paul Lair, Levoirier et Jouslain : tout le mécanisme s'étant brisé à l'exception de la grande roue, du rouet des arbres de levée et d'une douzaine de pilons.
Le 25 mai 1818 à une date, comme on le voit, relativement rapprochée, la ville de Saint-Jean-d'Angély était à nouveau, à l'occasion de ses moulins à poudre, dans la consternation : les grenoir et blutoir de la poudrerie royale faisaient encore explosion et causaient un dommage beaucoup plus considérable que ceux qui avaient jusque-là précédé (2).
Cette poudrerie était située au sein du faubourg Taillebourg, le plus populaire de la cité : la voie publique divisait les établissements de la fabrique qui se trouvait ainsi exposée à tous les accidents du dehors.
« Trente-huit milliers de poudre », placés dans le grenoir déterminèrent l'accident et ce fut, suivant les termes d'un rapport, « par un bonheur incompréhensible ou plutôt par l'effet d'une providence spéciale » que le magasin général, dont la toiture fut enfoncée par des débris enflammés, ne sauta pas également, ce qui eût eu pour conséquence « de détruire la ville de fond en comble ».
Déjà, ainsi qu'on l'a vu plus haut, la poudrerie avait subi le même sort, et la régie avait indemnise les victimes ; mais la seconde catastrophe était de beaucoup plus terrible que la première ; le procès- verbal d'estimation dressé par les experts évaluait à 493.163 francs les dégâts.
La presque totalité du faubourg fut détruite, plusieurs habitants y perdirent la vie et l'on compta de nombreux blessés.
Il est facile de se rendre compte de l'état d'affolement dans lequel se trouvèrent les esprits, à la suite de cette explosion ; aussi, dans une supplique adressée presque immédiatement à Louis XVIII, les habitants de Saint-Jean-d'Angély, tout « en s'excusant d'affliger le coeur de Sa Majesté », lui demandèrent-ils la translation dans un autre local, situé dans un lieu plus éloigné, de ce qui restait des moulins.
« Sire, disaient-ils, cette ville vient d'éprouver plus grand désastre !... les familles sont dans le deuil et la détresse... Nous supplions Votre Majesté d'éloigner de nous le fléau dont nous avons été victimes ».
Aucune des raisons propres à faire agréer leur requête ne fut alors laissée de côté : si la poudrerie était rétablie, c'était d'abord l'école ecclésiastique, riche de 200 pensionnaires, qui était la principale ressource du pays, qui deviendrait déserte, les parents justement alarmés s'empressant très certainement de retirer leurs enfants des approches « de ce volcan ».
Ensuite, tous les établissements décroîtraient et la ville ne conserverait que ceux qui ne pourraient l'abonner. Nul étranger ne serait tenté de s'y établir à l'avenir, d'où une diminution certaine de valeur des propriétés urbaines et des environs ; où le défaut d'activité, d'industrie, de travail, d'où la misère...
D'un autre côté, la question d'intérêt pour l'Etat n’était pas non plus négligée : les terrains seraient vendus et il y aurait ainsi somme suffisante pour indemniser le gouvernement des sacrifices qu'il ferait en vue de se procurer un autre local.
« Puissent nos voeux être exaucés ! disaient en terminant les suppliants... nous trouverons un puissant protecteur dans l'amour que Votre Majesté porte à ses sujets, et ce sera pour ceux qui habitent Saint-Jean-d'Angély un bienfait de plus et un nouveau motif pour bénir votre auguste nom. »
Cette supplique fut transmise aux députés du département ainsi qu'à M. Jouneau, pour qu'ils voulussent bien l'appuyer d'une façon particulière.
Une commission spéciale fut nommée, ayant pour mission de surveiller et d'ordonner les travaux à aux maisons des personnes les plus nécessiteuses du faubourg Taillebourg et autres parties de la ville qui avaient souffert de l'explosion.
Elle était composée de MM. Duret, père, Dezille, Brillouin et Charrier ; MM. Rayé, Mousnier et Bouyer, commissaires de police, furent nommés membres adjoints.
Un rapport à « Son Excellence, le ministre de la Guerre », sur la reconstruction de la poudrerie dans la ville de Saint-Jean-d'Angély ayant été fait, le corps municipal s'émut des dispositions que l’on paraissait avoir pour son rétablissement et il nomma aussitôt une commission chargée de faire tout ce qui lui paraîtrait utile, dans la circonstance, en vue de sauvegarder les intérêts des habitants.
Le directeur général et l'inspecteur de la poudrerie au lieu de se concerter avec les autorités locales pour l'examen de la question conformément à ce qui a été dit, firent de leur propre chef des démarches pour acheter de nouveaux terrains situés près de ceux autrefois occupés par les moulins à poudre et firent dresser de nouveaux plans.
Cette façon de faire souleva dans le conseil protestation d'autant plus énergique, qu'elle semblait être en désaccord avec les « volontés bienfaisantes du gouvernement ».
En effet, les nouvelles mesures proposées par commissaire et l'inspecteur ne faisaient que changer « le point du danger et le cratère du volcan » sans l'éloigner de la ville, et il en résultait seulement que si la partie sud se trouvait moins exposée, la partie est l'était davantage : le nouvel établissement devait se trouver presque au centre de divers villages populeux dépendant de la même commune.
« Cette proposition, disait-on, n'était qu'une sorte dérision, dont on peut difficilement définir le caractère, et on a peine à concevoir que deux fonctionnaires, à la vérité étrangers à la ville, mais témoins encore journellement des effroyables désastres occasionnés par l'explosion de leur usine, fassent éclater autant d'indifférence sur de semblables et peut-être plus funestes dangers encore, pour l'avenir. » Les faits et gestes du commissaire et de l'inspecteur des poudres Levoirier et Paqueron furent signalés M. le comte Ruty, directeur général des poudres et salpêtres du royaume, dans une supplique s plus énergiques qui se terminait ainsi : ……..
Nous nous permettrons de vous rappeler vos bonnes dispositions à notre égard, manifestées dans votre lettre du 29 juin dernier. Nous vous prions, au nom de l'humanité, au nom du roi, dont nous sommes les enfants aussi dévoués que reconnaissants, au nom de nos familles désolées, dont les maux ne peuvent être égalés que par la terreur que leur inspire l'idée de vois rétablir près d'elles le volcan qui les a écrasées, nous vous prions de tenir la main à ce que vos ordres soient exécutés et à que, par suite, le terrain sur lequel devra être reconstruite la poudrerie, soit choisi de concert avec nous. Nous nous chargerons d'en indiquer un convenable ; vous le jugerez tel, M. le comte, et vous ferez renaître parmi nous la confiance, la sûreté et le bonheur
St Jean-d’Angély
Histoire générale des communes de France. Saint-Jean-d'Angely sous la Révolution et jusqu'à l'époque contemporaine (1789-1909) , par Amédée Mesnard
==> L’insurrection vendéenne 1793 (plan- dates)
==> La Bataille de Thouars - Le pont des chouans (Guerre de Vendée 5 mai 1793)
(1). La Boutonne — dont Guillonnet-Merville déclare ne donner l'étymologie, p. 76 — est appelée par Alin, Botona ; par Papire-Masson, Voltumnus ; Voltona, par de par Thou ; Voltumna, par Richard, moine de Cluny ; Vultonia par Moréri et Vulturnius par plusieurs autres.
D’après Bourignon, de Saintes, — 46e n° de ses Affiches de Saintonge et d'Angoumois, — elle tirerait son nom du Celte bou ou bu qui désigne l'eau d'où sont venus buie cruche, et buée lessive et de on mots celtique qui signifie fontaine.
La Boutonne, dit encore Guillonnet-Merville, prend sa source à Chef-Boutonne, en Poitou sous le château ; passe Lussay, Saint-Martin d'Antraigne, Chevigné, Brioux, de reçoit la Belle qui vient de Melle et la Brune de Notre-Dame de Celle ; puis elle coule vers Chisay, Availle et entre par Saint-Séverin et Dampierre sur le territoire de l'arrondissement de Saint-Jean-d'Angély.
Elle traverse Coivert, Saint-Pierre de l'Isle, Nuaillé, Saint-Pardoult, Antezant, Vervant, Courcelles, Poursay-Garnaud, après s'être divisée en une infinité de branches qui font tourner des moulins dans ces communes. Elle arrive enfin à Saint-Julien de l'Escap où elle se divise en deux grands bras: l'un va se diviser vis-à-vis Fossemagne en deux autres bras ; le second passant par le faubourg Taillebourg.
(2). Une note écrite par M. Eugène Fromy, ancien président de commerce de Saint-Jean-d'Angély, décédé en qui nous a été communiquée par M. Eugène Rogée-Fromy, son petit-fils, contient des renseignements d'autant plus intéressants sur cet événement qu'ils sont rapportés par un témoin oculaire qui a pris soin de les consigner au moment où il s'accomplissait.
« Tout à coup, dit-il (alors qu'il était à une campagne éloignée de la ville), une cage qui contenait une linotte tomba par terre... la porte de la rue fermée à clef se dilata par la compression de l'air et s'ouvrit seule ; la trappe de la cave s'élevant jusqu'au plafond fit tomber mon chapeau, je crus à un tremblement de terre. La générale battait en ville. Tous ceux qui le pouvaient se sauvaient épouvantés à nus dans la campagne ».