1934 Rapport de M. Louis Boinot, Conseiller du Commerce extérieur, sur la ganterie et la chamoiserie de Niort après la crise économique des années 1930.
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Louis Marie Étienne Léopold Boinot (1875-1959) est l'une des figures importantes de l'industrie niortaise de la première moitié du XXᵉ siècle.
Issu de la famille Boinot, il appartient à une dynastie profondément liée à la chamoiserie et à la ganterie, deux activités qui ont largement contribué à la renommée industrielle de Niort.
Son père, Théophile Boinot, négociant en laines, avait repris en 1881 une chamoiserie installée dans un ancien moulin niortais.
Au début du XXᵉ siècle, Louis Boinot et son frère Charles prennent progressivement la direction de l'entreprise familiale.
En 1905, ils succèdent à leur père et entreprennent une importante phase de développement et de diversification.
Sous leur direction, la maison « Les Fils de T. Boinot » devient l'un des fleurons de l'industrie niortaise. L'entreprise développe notamment la ganterie à partir de 1912 et étend ses installations à plusieurs établissements de Niort et à La Crèche.
À son apogée, autour de 1929-1930, l'entreprise emploie environ 1 100 ouvriers et ouvrières dans ses établissements, auxquels s'ajoutent environ 400 gantiers et gantières travaillant à domicile. Une partie considérable de sa production est destinée à l'exportation. La maison Boinot reçoit notamment une médaille d'or à l'Exposition internationale de Barcelone de 1929.
Louis Boinot ne joue cependant pas seulement un rôle d'industriel. Il participe activement à la représentation des intérêts économiques de Niort et devient vice-président de la Chambre de commerce ainsi que conseiller du commerce extérieur de la France.
C'est dans ce cadre qu'il publie en 1934, dans L'Expansion commerciale de la France, son important rapport consacré à la ganterie et à la chamoiserie.
« MESSIEURS,
Vieille industrie niortaise, puisque dès le XIIe siècle il en est question dans les archives locales, l'industrie de la ganterie et de la chamoiserie s'est développée peu à peu et a pris au cours du dernier siècle une importance considérable pour notre région. Ces dernières années, elle a été la raison d'existence de 4.000 à 5.000 employés et ouvriers des deux sexes, et il est permis de dire que la prospérité de notre cité est intimement liée à la prospérité et à la vitalité de cette industrie, dont l'activité offre au commerce local un intérêt indiscutable.
Avant la guerre, la ganterie niortaise était quasi exclusivement exportatrice : une bonne partie de nos manufacturiers étant exportateurs 100 %. Dans l'après-guerre, nous avons vu pendant plusieurs années se maintenir cette même tendance, avec peut-être moins d'exclusivité, mais néanmoins les marchés extérieurs absorbaient encore 75 à 80 % de nos fabrications totales.
Les premières difficultés surgirent pour nos fabricants lorsque l'Angleterre instaura ses taxes de sauvegarde pour protéger son industrie domestique, mais c'est surtout depuis 1930 qu'elles se sont multipliées. C'est depuis cette date, en effet, que s'est produite dans les méthodes douanières européennes une révolution complète.
La formule du libre-échange se voit substituer peu à peu celle de l'économie fermée, au grand dam de nos industries d'exportation, dont les intérêts n'ont pas paru mériter de retenir l'attention de nos législateurs.
Chaque fois qu'une mesure de protection a été prise par notre gouvernement, immédiatement nos exportations vers l'étranger se sont trouvées pénalisées.
La taxe compensatrice des changes nous a valu de la part des pays frappés, des augmentations très sensibles de droits de douane.
Les barrières douanières et les contingentements opposés successivement à l'introduction en France des primeurs et des produits agricoles des pays voisins, nous ont valu des mesures de représailles sérieuses, à telle enseigne que certains pays nous sont entièrement fermés, après nous avoir offert pendant de longues années des débouchés considérables.
L'examen attentif de notre politique économique, soit extérieure, soit intérieure, nous amène à constater un souci constant de protéger avant tout l'agriculture, sans se préoccuper des intérêts professionnels du commerce .et de l'industrie d'exportation.
Et cependant, n'est-ce pas dans les rangs de ces derniers que se recrutent les nombreuses vaches à lait que le fisc s'entend à traire jusqu'à épuisement, non seulement pour faire face aux frais généraux de la Nation, mais aussi pour servir aux plus favorisés des sommes considérables sous forme de primes diverses.
Nous succombons sous le faix des impôts, nos transactions diminuent à la fois d'importance et de rendement, et malgré cela on semble s'acharner en haut lieu à faire monter le prix des denrées indispensables à l'existence humaine.
La législation sur les blés ne vaut à ceux qu'elle prétendait favoriser que des déboires : elle ruine le commerce de grains honnête, la petite et moyenne meunerie, pendant que s'enrichissent de façon éhontée fraudeurs et spéculateurs sans scrupules.
Et cette politique nous vaut des éléments de hausse des prix, au moment précis où chacun d'entre nous, quel qu'il soit, employé ou bourgeois, propriétaire, commerçant ou industriel, voit chaque jour diminuer son pouvoir d'achat et s'amenuiser ses moyens de vivre.
Le coût de la production monte, alors qu'il devrait diminuer pour nous permettre de faire face à la concurrence étrangère.
Il s'ensuit une crise terrible dont on ne se rappelle pas avoir vu d'équivalent dans les temps passés, et qui n'aurait pas existé, ou du moins pas dans des proportions aussi graves si chaque fois que l'on "a été amené à protéger un produit particulier, on avait su, en même temps, prévoir les répercussions susceptibles d'accompagner une telle mesure.
Nous vivons à une époque d'égoïsme féroce : trop de gens ne songent qu'à prendre l'argent là où il se trouve, pour employer une formule moderne, et à emplir leurs propres poches, tant pis si le voisin s'en trouve écrasé.,
Notre politique douanière reflète trop ce souci, et pendant ce temps, les frontières se ferment, nos industries d'exportation meurent à petit feu.
Dans de nombreux pays, nos produits sont boycottés parce que français. Voyez plutôt ce qui se passe au Danemark, en Italie, en Angleterre, en Allemagne.
Le Danemark et l'Italie se sont fermés depuis longtemps, et à peine pouvons-nous, pour ce dernier pays, avoir depuis quelques jours seulement une lueur d'espoir.
L'Allemagne, à la date du 19 janvier, a établi des contingentements sévères. Cette mesure répondait à une décision du Gouvernement français réduisant de 300 millions l'importance des importations allemandes en France, et le contingentement appliqué à la ganterie est tel qu'il signifie pratiquement l'interdiction de la frontière à nos produits manufacturés.
Postérieurement à la date du 9 février, le Ministre anglais Runciman, imposait à certains produits français, dont la ganterie, une surtaxe de 20 %.
Et dans ces deux pays, les marchandises provenant d'autres contrées que la France, bénéficient, soit du traitement antérieur, soit d'un traitement nettement plus favorable.
Les autres nations ont augmenté considérablement leurs droits de douane et nos transactions y deviennent de plus en plus difficiles et précaires, tandis que nous voyons nos concurrents directs jouir de la faveur de notre ancienne clientèle.
Il faut reconnaître aussi qu'ils ne sont pas seulement favorisés par des mesures douanières plus favorables, mais aussi par la possibilité qui leur est donnée de produire à moindre prix que nous.
Car il faut le dire, il est indispensable que nous puissions, dans un avenir prochain, réduire le coût de notre production, sinon, non seulement nous ne pourrons pas aller soutenir la concurrence étrangère sur les marchés extérieurs, mais même nous aurons à la subir sur le marché français lui-même.
Je n'en veux pour preuve que cette lettre d'un fabricant de gants de Prague que j'ai eue sous les yeux, et qui affirmait que dans les conditions actuelles du marché, il était possible d'exporter en France les gants de peau fabriqués dans son pays.
Il devient donc indispensable de revenir' aux principes d'économie qui ont fait la force de nos devanciers, et de s'employer à faire baisser le coût de la vie, à revenir à la liberté du commerce dans une plus large mesure et à alléger les charges fiscales qui nous écrasent.
Les agriculteurs eux-mêmes, ceux-là qui fécondent le sol de leurs sueurs, ont maintenant les yeux ouverts, ils ont compris que leur propre intérêt est de pouvoir obtenir une main-d'oeuvre moins chère, et de payer à prix moins élevés tout ce qu'ils achètent au commerce et à l'industrie. Produisant à moindres frais, ils auraient besoin d'une moindre protection et n'auraient aucun intérêt à voir fixer des prix minima pour leurs produits.
Les industriels verraient diminuer le coût de leur production, et auraient moins à craindre leurs concurrents étrangers sur les marchés mondiaux, les contingentements ne seraient plus nécessaires et une protection modérée leur suffirait.
Évidemment, cette œuvre nécessaire de redressement économique ne peut être effectuée en un jour, mais c'est là seulement, à notre avis, que nous trouverons un remède pratique à une situation difficile; mais en attendant qu'elle se réalise, il importe que le Gouvernement s'efforce d'obtenir des améliorations dans les relations économiques qui règlent actuellement nos rapports avec les marchés extérieurs, et nous nous permettons de résumer en peu de mots les desiderata de l'industrie niortaise, espérant que vous voudrez bien les appuyer de votre haute autorité.
Angleterre. — Suppression de la taxe de 20 % et diminution de la taxe douanière frappant la ganterie de 33 1/2 % ad valorem.
Etats-Unis. — Retour à 15 % du droit de douane qui actuellement frappe les peaux chamoisées de 25 % ad Valorem.
Pour ce qui concerne la ganterie, maintien de la taxe minima ad valorem de 50 % mais retour à 4,50 dollars de la taxe spécifique sur les gants qui est actuellement de 6,50 dollars.
Canada. — Obtenir que les droits de douane sur les gants de peau soient ramenés à 20 % maximum.
Italie et Danemark- — Suppression du boycottage des produits français dans la ganterie et diminution des droits de douane.
Hollande, Belgique et Suisse. — Diminution des droits de douane et retour à ceux pratiqués antérieurement.
Allemagne. — Suppression des contingentements et retour au statu quo ante.
Ces desiderata représentent le minimum qui puisse être demandé pour permettre à notre industrie de traverser la crise actuelle et de survivre. Nous sommes persuadés que si dans notre pays, nous avions la bonne fortune et la sagesse de nous en tenir à plus de continuité et de stabilité de nos équipes gouvernementales, et aussi à plus d'esprit de suite dans les méthodes mises en œuvre, nos représentants pèseraient davantage sur les décisions qui se prennent au cours des pourparlers internationaux, et nous verrions grandement s'améliorer notre situation économique.
Nous restons convaincus que sur le vaste champ de bataille économique des marchés mondiaux, personne ne devrait attendre le salut d'une protection individuelle, et que ce salut ne peut venir que des industriels eux-mêmes.
Mais bien qu'étant en principe adversaires de l'intervention de la collectivité, si les desiderata exposés ci-dessus ne pouvaient être satisfaits, il nous restait alors, en désespoir de cause, à solliciter cette intervention sous forme de primes à l'exportation, ainsi que cela a lieu d'ailleurs en de nombreux pays, et déjà dans notre propre patrie pour certains articles.
Je termine, Messieurs, en formulant l'espoir que vous voudrez bien prendre ce qui précède en considération, faire vôtres nos vœux, et les appuyer auprès des Ministères compétents. »
Le rapport constitue un témoignage particulièrement précieux sur la situation de l'industrie niortaise pendant la crise économique des années 1930.
Boinot y explique que la ganterie niortaise, très largement tournée vers l'exportation, souffre de la montée du protectionnisme, des contingentements et de la fermeture progressive des marchés européens. Il estime alors que 4 000 à 5 000 personnes vivent directement de la ganterie et de la chamoiserie dans la région.
Son intervention de 1934 montre ainsi un industriel préoccupé à la fois par la compétitivité de l'industrie française, le coût de production, la fiscalité et l'accès aux marchés internationaux.
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Une figure centrale de l'histoire industrielle de Niort
Louis Boinot peut donc être présenté comme :
Industriel niortais, dirigeant avec son frère Charles des établissements Boinot, Louis Boinot fut l'un des principaux artisans de l'essor de la chamoiserie et de la ganterie niortaise au début du XXᵉ siècle.
Vice-président de la Chambre de commerce et conseiller du commerce extérieur de la France, il défendit activement les intérêts de l'industrie locale sur les marchés internationaux.
Son rapport publié en 1934 constitue un témoignage majeur sur la crise de la ganterie niortaise face au protectionnisme et à la contraction du commerce mondial.
L'importance de cette famille est également visible dans le patrimoine industriel conservé à Niort : plusieurs anciens établissements Boinot sont aujourd'hui documentés par l'Inventaire général du patrimoine culturel, notamment le site du Moulin du Roc.
Le Port Boinot a eu une utilité réelle dans l’économie de la chamoiserie niortaise, mais il faut éviter de le présenter comme un simple « port d’exportation des chamoiseries Boinot ». Son rôle est plus large : il s’inscrit dans le système de transport de la Sèvre Niortaise, qui permettait l’approvisionnement des tanneries/chamoiseries et l’évacuation des marchandises.
La fabrication du cuir et de la peau nécessitait énormément d'eau. La proximité de la Sèvre était donc un avantage industriel majeur : qualité de l'eau, débit permettant l'utilisation des moulins et possibilité de transport fluvial. Les sources touristiques patrimoniales de Niort soulignent précisément ces trois facteurs.
Le site de l'actuel Port Boinot correspond à l'ancien Moulin Neuf, qui avait connu différentes activités avant sa transformation en chamoiserie. Théophile Boinot reprend l'établissement en 1881 et y développe ensuite les usines Boinot.
C'est ici que le rôle du port devient particulièrement intéressant.
Au XIXᵉ siècle, la Sèvre Niortaise constitue un axe commercial entre Niort et Marans, puis vers les grands ports atlantiques. Les marchandises transportées comprenaient notamment bois, vins, sels, draps et cuirs.
Le nouveau port de Niort est justement aménagé à partir de 1867, en aval du Moulin Neuf. Il est ensuite connu sous le nom de port Boinot, en raison de la chamoiserie installée sur le site de l'ancien moulin.
On peut donc schématiser le circuit :
Niort / chamoiseries → Sèvre Niortaise → Marans → La Rochelle / autres ports atlantiques → commerce national et international
Et dans l'autre sens :
Ports atlantiques → Marans → Sèvre → Niort → matières premières nécessaires aux industries locales.
C'est un aspect particulièrement intéressant pour l'étude de la chamoiserie.
La fabrication des peaux nécessitait notamment des produits gras utilisés dans le traitement des cuirs.
La documentation patrimoniale niortaise indique que la navigabilité de la Sèvre facilitait le transport de marchandises comme l'huile de poisson, indispensable au traitement des peaux.
Le port n'était donc pas seulement destiné à expédier les produits finis : il participait aussi à l'approvisionnement de l'industrie.
Il faut cependant nuancer fortement l'importance du port pour la période Boinot.
Le nouveau port de Niort connaît une période de prospérité relativement courte. L'arrivée et le développement du chemin de fer puis l'amélioration du transport terrestre rendent progressivement le transport fluvial moins compétitif.
L'Inventaire général du patrimoine culturel indique que cette concurrence finit par réduire fortement le trafic fluvial.
Cela signifie que pour Louis et Charles Boinot au début du XXᵉ siècle, le site reste extrêmement intéressant par sa position hydraulique et industrielle, mais il ne faut pas imaginer que toute la production destinée à l'exportation partait nécessairement par bateau depuis le port.
C'est particulièrement important pour comprendre le rapport de Louis Boinot de 1934 : lorsque Boinot parle d'une industrie dont 75 à 80 % de la production était destinée à l'exportation, il s'agit d'une industrie intégrée aux marchés internationaux, mais le transport des produits finis ne dépend plus exclusivement du port de Niort.
5. Le paradoxe du Port Boinot
On peut donc résumer son rôle en trois périodes :
|
Période |
Fonction du site |
|
Moyen Âge – XVIIIᵉ siècle |
Eau + moulins + activités de tannage/chamoiserie + commerce fluvial |
|
XIXᵉ siècle |
Industrialisation ; développement du port de Niort et liaison avec Marans |
|
1881-1930 |
Chamoiserie Boinot + implantation industrielle majeure ; le port participe à l'environnement logistique de l'usine |
|
XXᵉ siècle |
Déclin progressif du transport fluvial face au rail et à la route, tandis que Boinot devient une grande entreprise exportatrice |
L'entreprise Boinot atteint son apogée vers 1929-1930, avec plusieurs établissements, environ 1 100 ouvriers et ouvrières et 400 gantiers et gantières travaillant à domicile.
Portrait de Louis Boinot (Louis Marie Étienne Léopold Boinot, 1875-1959), en tenue formelle typique d’un conseiller du commerce extérieur et président de chambre de commerce des années 1930 : costume trois-pièces sombre, chemise blanche, nœud papillon, lunettes rondes, moustache soignée, posture digne et regard direct.
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La chamoiserie de Niort n'était pas concentrée sur un seul établissement : l'activité s'est développée sur plusieurs sites le long de la Sèvre Niortaise, car l'eau était indispensable au traitement des peaux.
Le site le plus emblématique est celui de l'actuel Port Boinot, au bord de la Sèvre, dans le secteur de l'ancien Moulin Neuf. C'est là que se trouvaient les établissements Boinot, devenus progressivement le principal complexe de chamoiserie et de ganterie de Niort. La ville indique aujourd'hui l'adresse rue de la Chamoiserie, 79000 Niort.
Le site industriel Boinot s'étendait largement : au XXᵉ siècle, l'entreprise possédait six autres sites en plus de son établissement principal.
1. Le Moulin du Roc / Prairie-Boinot
Un ancien moulin transformé en moulin à foulon, huilerie, chamoiserie puis ganterie Boinot. Il se trouvait dans le secteur des actuelles allées Henri-Dunant / boulevard Main. Le bâtiment principal date notamment de 1854.
2. La Roussille – Saint-Liguaire
C'était un autre très important centre de production. La chamoiserie Rousseau occupait l'ancien moulin de la Roussille. L'usine a continué à fonctionner jusqu'en 1981.
3. Quai de la Regratterie
La chamoiserie Martin-Bastard, située au 70 quai de la Regratterie, fut construite en 1865. Elle fut ensuite reprise par Rousseau, puis transformée en ganterie.
Chronologie de la chamoiserie à Niort
XIIIe siècle — les premières attestations
XIIIe siècle
- La chamoiserie est déjà implantée à Niort.
- Le développement est étroitement lié à la Sèvre Niortaise, à ses moulins et à son port : l'eau est indispensable au traitement des peaux et la rivière permet l'acheminement des matières premières et des produits.
- L'activité est suffisamment importante pour participer à l'organisation économique de la ville.
1285
- Un parchemin de 1285, conservé aux Archives départementales des Deux-Sèvres, témoigne de l'importance du commerce des cuirs et des produits nécessaires à leur traitement.
- Il constitue l'une des principales preuves documentaires de l'ancienneté de la tradition chamoisine niortaise.
XVIe siècle — essor commercial
XVIe siècle
- Niort possède de nombreuses activités liées aux cuirs et aux peaux.
- La navigation sur la Sèvre et les relations avec La Rochelle et Nantes favorisent l'exportation.
- L'arrivée de nouvelles matières premières et notamment des produits provenant des pêcheries atlantiques contribue au développement du chamoisage.
1534
- La découverte du Canada par Jacques Cartier ouvre une période particulièrement favorable au commerce des produits issus des pêcheries canadiennes.
- L'huile de poisson joue un rôle important dans les procédés traditionnels de chamoisage.
XVIIe siècle — une industrie dépendante du commerce maritime
XVIIe siècle
- Les chamoiseries et tanneries continuent de s'implanter près de la Sèvre et des moulins.
- Le commerce maritime permet l'approvisionnement en matières premières.
1689
- Les conflits franco-anglais perturbent le commerce avec l'Amérique du Nord.
- Les importations canadiennes diminuent, ce qui affecte progressivement l'industrie chamoisine niortaise.
XVIIIe siècle — modernisation
Fin du XVIIIe siècle
- La famille Main joue un rôle majeur dans la modernisation de la chamoiserie niortaise.
- Thomas-Jean Main (1745-1821) développe l'activité et introduit de nouveaux procédés inspirés notamment de techniques observées à l'étranger.
1791
- Thomas-Jean Main acquiert notamment des biens issus des ventes révolutionnaires.
- La puissance économique de cette famille de chamoiseurs contribue à structurer durablement le quartier industriel situé autour de la Sèvre.
XIXe siècle — passage à l'industrie
Début du XIXe siècle
- La chamoiserie passe progressivement d'une activité artisanale à une véritable industrie.
- Les anciens moulins sont adaptés aux besoins des fabricants.
1828
- L'ancien Moulin-Neuf, sur le site de l'actuel Port-Boinot, est reconstruit après un incendie.
- Il connaîtra ensuite plusieurs fonctions industrielles avant sa transformation en chamoiserie.
1860
- Mort de Thomas-Hippolyte Main, l'une des grandes figures de l'industrie chamoisine niortaise.
- Il lègue une importante somme à la ville pour faciliter la construction des futurs ponts Main, permettant de relier le centre-ville au quartier des chamoiseurs.
1865
- Construction de la chamoiserie Martin-Bastard, au 70 quai de la Regratterie.
- Elle devient l'un des établissements importants de Niort.
1866
- L'ancien moulin du site du futur Port-Boinot est transformé en chamoiserie par Alfred Laydet.
- C'est l'origine directe de l'établissement qui deviendra ensuite la maison Boinot.
Années 1860-1870
- La mécanisation progresse.
- Les chamoiseries utilisent de plus en plus les installations hydrauliques et les machines.
- Niort devient l'un des grands centres français de la peausserie.
1881 — naissance de la maison Boinot
1881 : date fondamentale
Le négociant en laine Théophile Boinot reprend la chamoiserie d'Alfred Laydet installée au Moulin-Neuf.
C'est le début de la grande aventure industrielle des établissements Boinot.
1902
- Boinot reprend la chamoiserie Noirot, ce qui renforce considérablement sa position à Niort.
1905
- Théophile Boinot transmet progressivement la direction à ses fils Louis et Charles Boinot.
1912 — Boinot devient aussi ganterie
1912
- Les Boinot créent un secteur de ganterie.
- La diversification est décisive : l'entreprise ne se limite plus au chamoisage mais maîtrise désormais une partie importante de la transformation des peaux en gants.
Années 1910-1920
- Boinot acquiert ou exploite plusieurs autres établissements :
- Cabane carrée
- Moulin du Roc
- Comporté
- Bouzon
- une usine à La Crèche.
- L'entreprise devient progressivement le principal acteur de la chamoiserie niortaise.
Les autres grands chamoiseurs
Pendant que Boinot se développe, d'autres maisons restent importantes.
1908
- La chamoiserie Martin-Bastard est reprise par Ludovic Martin-Bastard.
Années 1920
- L'entreprise Rousseau rachète l'établissement Martin-Bastard.
- Le site du quai de la Regratterie évolue progressivement vers la ganterie.
1920
- Rousseau acquiert également les locaux niortais de Martin-Bastard et y développe la ganterie.
- L'activité est finalement regroupée à Saint-Liguaire en 1938.
1929-1930 — apogée de Boinot
1929
- La production de ganterie atteint des niveaux considérables : une source évoque 2,5 millions de gants produits cette année-là.
- Mais la crise économique mondiale frappe durement l'entreprise, très dépendante des exportations.
1930
- Boinot emploie environ 1 100 ouvriers et ouvrières dans ses établissements et fait également travailler environ 400 gantiers et gantières à domicile.
- La maison est alors à son apogée.
1930-1939 — transformation du secteur
Années 1930
- Le secteur de la ganterie se développe parallèlement à la chamoiserie.
- Chez Rousseau, le site Martin-Bastard est transformé en ganterie.
- À Saint-Liguaire, Rousseau développe ses installations industrielles.
1938
- Les activités Rousseau de chamoiserie et de ganterie sont regroupées à Saint-Liguaire.
- L'ancien établissement Martin-Bastard du quai de la Regratterie cesse sa fonction industrielle.
1940-1945 — guerre et maintien de l'activité
1940
- Un important atelier de fabrication Boinot est construit le long du boulevard Main.
1942
- Le bronze du buste de Thomas-Hippolyte Main est retiré et probablement fondu dans le cadre de la récupération des métaux pendant l'Occupation.
1945-1946
- Après la guerre, Boinot connaît une nouvelle période de prospérité.
- En 1946, l'entreprise emploie encore 548 personnes dans ses ateliers.
1950-1970 — déclin progressif
Années 1950
- La chamoiserie demeure une activité industrielle majeure de Niort.
- La ville reste l'un des grands centres français de production de peaux chamoisées.
1960-1970
- La concurrence étrangère devient de plus en plus forte.
- Les habitudes vestimentaires évoluent : le gant de ville en cuir perd progressivement son importance.
- Boinot se diversifie et modernise ses productions.
1970
- Le secteur de la ganterie est déjà en net recul.
- Boinot ne compte plus qu'environ 200 salariés dans ce secteur selon les données historiques de la Ville.
Années 1970
- Malgré le déclin de la ganterie, Boinot reste un acteur important de la peau chamoisée.
- L'entreprise exporte encore 70 % de sa production, dont environ 45 % vers les États-Unis.
1980-1990 — séparation chamoiserie/ganterie
Années 1980
- Les activités de chamoiserie et de ganterie sont séparées sur le site Boinot, avec la construction d'ateliers distincts.
La logique économique change : le marché du gant traditionnel décline tandis que le chamois peut encore trouver des débouchés industriels, notamment pour le nettoyage et le polissage.
1992 — changement de direction
1992
- Boinot change de propriétaire/direction.
- Christian Valabrègue reprend l'entreprise et tente de relancer le chamoisage.
- Il fait notamment former de jeunes salariés par les anciens ouvriers afin de préserver un savoir-faire devenu très rare.
1996 — dépôt de bilan
1996
- Boinot SA dépose le bilan.
- C'est une date essentielle, mais il ne faut pas la confondre avec la fermeture physique définitive du site. La Ville de Niort parle bien d'un dépôt de bilan en 1996.
1999
1999
- L'entreprise ne compte plus qu'environ 20 salariés.
- Le savoir-faire traditionnel est désormais extrêmement fragilisé.
2001-2005 — disparition définitive
2001
- Certains documents municipaux indiquent que le site reste en activité jusqu'en 2001.
2004
- Une liquidation judiciaire met fin à l'activité selon un document de la Ville de Niort.
2005
- C'est la date généralement retenue pour la fermeture définitive des usines Boinot.
2015-2020 — renaissance de Port-Boinot
2015
- La Ville de Niort lance la reconversion de l'ancienne friche industrielle.
25 septembre 2020
- Le site réaménagé ouvre sous le nom de Port-Boinot.
- Les anciens bâtiments industriels deviennent notamment des espaces culturels et patrimoniaux.
Les grandes dates à retenir
|
Date |
Événement |
|
XIIIe s. |
Chamoiserie attestée à Niort |
|
1285 |
Document attestant le commerce des cuirs et produits associés |
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1534 |
Découverte du Canada ; essor des échanges liés aux produits de la pêche |
|
1689 |
Perturbation du commerce canadien |
|
fin XVIIIe s. |
Modernisation sous l'impulsion de la famille Main |
|
1828 |
Reconstruction du Moulin-Neuf |
|
1865 |
Chamoiserie Martin-Bastard |
|
1866 |
Alfred Laydet installe une chamoiserie au Moulin-Neuf |
|
1881 |
Théophile Boinot reprend l'établissement Laydet |
|
1902 |
Boinot reprend Noirot |
|
1905 |
Louis et Charles Boinot prennent la relève |
|
1912 |
Création de la ganterie Boinot |
|
1929-1930 |
Apogée de Boinot |
|
1938 |
Regroupement des activités Rousseau à Saint-Liguaire |
|
1946 |
548 salariés chez Boinot |
|
1970 |
Fort recul de la ganterie |
|
années 1980 |
Séparation des secteurs chamoiserie/ganterie |
|
1992 |
Reprise par Christian Valabrègue |
|
1996 |
Dépôt de bilan de Boinot SA |
|
1999 |
Environ 20 salariés |
|
2001 |
Activité encore signalée sur le site |
|
2004 |
Liquidation judiciaire |
|
2005 |
Fermeture définitive des usines Boinot |
|
2015 |
Début de la reconversion de la friche |
|
2020 |
Ouverture de Port-Boinot |
La fermeture de la chamoiserie Boinot de Niort s'est faite progressivement avec le déclin de l'activité.
- 1981 : fermeture de la chamoiserie Rousseau de La Roussille, l'un des derniers grands établissements historiques de Niort.
- 1996 : la ganterie-chamoiserie Boinot, héritière de la grande industrie niortaise du cuir, cesse définitivement son activité sur le site historique de Port-Boinot.
Ainsi, 1996 marque généralement la fin de la grande aventure industrielle de la chamoiserie Boinot à Niort, après plusieurs siècles d'une activité qui avait fait de la ville l'un des principaux centres français du travail des peaux.
Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU )
Origine du pagus niortensis ( Niort ) <==
Le Port de Niort (Portus Niortensis) <==
Le Marais Poitevin et la navigation sur la Sèvre Niortaise (Time Travel) <==
Le Marais Poitevin sous les Plantagenêt (Time Travel - Golfe des Pictons) <==
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