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PHystorique- Les Portes du Temps
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11 décembre 2025

1141 Palais de Poitiers Privilège de Louis, roi des Francs avec le consentement et à la demande de la reine Aliénor d’Aquitaine, son épouse.

Au nom de la sainte et indivisible Trinité, moi Louis, par la grâce de Dieu roi des Francs et duc des Aquitains,

 

je veux qu’il soit connu de tous, présents et futurs, que toutes les possessions que l’abbaye de Sainte-Marie de Saintes avait reçues de la largesse de Geoffroy, comte de Poitiers, fondateur de ce lieu, et des donations des autres comtes de Poitiers,

 

moi, avec le consentement et à la demande d’Aliénor, reine, mon épouse,

 

je les confirme et concède à perpétuité, par charité, aux moniales qui y servent le Dieu tout-puissant, pour qu’elles les possèdent aussi librement qu’elles leur avaient été données.

 

Parmi ces biens, voici ceux que nous avons pris soin de détailler :

Pont-l’Abbé (Pontolabium) ;

 

Dans le pagus de Saintes :

 une cour nommée Cour Royale (Corma Regalis) avec l’église dédiée à saint Pierre apôtre et au bienheureux martyr Nazaire, avec toute l’intégrité et tous les droits de cette église et de l’ensemble de la cour.

 

À côté, pris sur la forêt domaniale, pour être défriché et mis en culture, entre la cour susdite et la zone de défrichement, 300 manses de terre entière.

 

Item, dans le même pagus de Saintes, le lieu-dit Maritimus : 6 manses de terre que le susdit comte Geoffroy et son épouse Agnès avaient légitimement acquis d’un chevalier nommé Pierre de Didonne.

 

Item, au même endroit, 3 manses entiers de terre.

 

Item, pour la maison des dames située dans le bourg de Saint-Saturnin : de la forêt appelée Bacones, tout le bois nécessaire, quelles que soient les essences, pour construire ou réparer les maisons, faire des cuves, des tonneaux, des clôtures, des bateaux, chauffer les fours et tout ce dont la maison aura besoin ; plus la dîme de tous les défrichements qui y ont été faits ou qui y seront faits à l’avenir.

 

De plus, conformément à l’ordonnance du comte Geoffroy, l’abbesse pourra chaque année, en envoyant son chasseur, prélever dans ladite forêt, pour soulager la faiblesse féminine : un sanglier avec sa laie, un cerf avec sa biche, un daim avec sa daine, un chevreuil avec sa chèvre, et deux lièvres.

 

Dans l’île appelée Oléron : 2 excellents manses ; et, en plus de ces deux-là, dans la même île d’Oléron, 12 autres manses que le susdit comte Geoffroy, touché par la vénérabilité du saint office, avait ajoutés et offerts en dot à ce monastère au moment même de sa consécration.

 

La moitié de l’église Saint-Jean-d’Angély avec tous ses droits ; les dîmes de toutes les réserves domaniales ; les re-dîmes (dîme de la dîme) de toute l’île d’Oléron ; la dîme de toutes les peaux de cerfs et de biches qui y seront pris, pour la reliure des livres.

 

Toutes ces cours et terres précitées, ainsi que celles qu’elles pourront acquérir par la suite de quelque manière que ce soit, nous les concédons à posséder sans aucune diminution ni contestation, de telle sorte qu’au-delà de l’ordonnance du très souvent nommé comte Geoffroy, ni nous-mêmes, ni nos prévôts, ni nos serviteurs, ni nos forestiers, ni aucun homme n’y puisse plus jamais, par violence ou menace, exiger :

ni cavalcade, ni ost, ni hébergement, ni quête, ni procuration, ni juridiction (vigerie) pour homicide, vol, rapt ou incendie.

 

Afin que cela demeure à jamais stable, nous avons ordonné qu’il soit consigné par écrit, muni de l’autorité de notre sceau et renforcé du caractère de notre nom.

 

Fait publiquement à Poitiers, l’an de l’Incarnation du Verbe 1141, la cinquième année de notre règne,

 

en présence, dans notre palais, de ceux dont les noms et signes sont ci-dessous.

 

Signe de Raoul, comte de Vermandois, notre sénéchal. 

S. de Guillaume, bouteiller. 

S. de Mathieu, connétable. 

S. de Mathieu, chambrier.

 

LOUIS (en monogramme)  Donné par la main de Cadurc, chancelier.

 

Voici une reconstitution précise et historiquement fondée du palais comtal de Poitiers en 1141, au moment où Louis VII et Aliénor d’Aquitaine y séjournent comme roi des Francs et reine d’Aquitaine.

 

Le palais de Poitiers en 1141 : état, organisation, bâtiments

En 1141, le Palais de Poitiers n’est pas encore le grand palais gothique que l’on voit au XIIIᵉ–XIVᵉ siècle.
 

C’est un palais comtal roman, partiellement carolingien, consolidé au XIᵉ siècle et transformé au début du XIIᵉ.

1. Le bâtiment principal : l’aula (grande salle romane)

L’élément central à cette date est la grande salle comtale, appelée aula, l’une des plus vastes salles romanes d’Europe.

  • Construite entre vers 1000 et 1100, probablement sous Guillaume le Grand (†1030) ou Guillaume VIII.
  • Grande salle haute, couverte d’une charpente, non voûtée.
  • Fenêtres étroites, romanes.
  • Au sud, il existe déjà une galerie ouverte (future galerie d’Aliénor), mais à cette date elle est simple et romane, pas encore transformée en façade gothique.

 

C’est dans cette aula que Louis VII et Aliénor reçoivent les grands, tiennent audience et rendent justice.

 

2. Le bâtiment résidentiel (aile orientale)

Ce corps de logis comprend :

  • des appartements privés (étuves, chambres hautes)
  • une chambre seigneuriale (camera)
  • une chapelle privée (certaines traces carolingiennes subsistent)

 

Ces espaces sont déjà séparés de la grande salle, ce qui correspond à l’évolution des palais du XIIᵉ siècle.

 

3. La tour Maubergeon (tour-maîtresse)

À cette date, la tour Maubergeon :

  • existe déjà,
  • mais pas encore dans sa forme gothique (transformée sous les Lusignan puis sous Jean de Berry).
  • C’est alors une tour maîtresse romane, massive, probablement rectangulaire à l’origine.
  • Elle abrite :
    • l’arsenal,
    • une prison,
    • et un corps de garde.

 

Elle constitue le symbole du pouvoir comtal et servait de refuge en cas de troubles urbains.

 

4. La chapelle du palais

Le palais possède une chapelle comtale en activité en 1141.
Elle est romane, avec :

  • abside en hémicycle
  • voûte en berceau ou en tuf (incertain)
  • probablement décor peint.

 

Louis VII et Aliénor y assistent aux offices.

 

5. Les cours, annexes et défenses

A. La cour haute

Cour intérieure pavée ou de terre battue, entourée de bâtiments :

  • écuries royales
  • cuisines (grand bâtiment bas, fourneaux, fumoir)
  • celliers
  • logements des officiers
B. Enceinte

Le palais est intégré dans les murailles antiques de Poitiers.
Sur le côté est, il domine la vallée du Clain par un escarpement naturel → défense redoutable.

 

Le palais en 1141 : un palais royal temporaire

En 1141, Louis VII et Aliénor utilisent le palais :

  • comme résidence politique en Poitou,
  • comme siège de justice,
  • comme point d’appui royal dans les régions poitevines, souvent agitées.

Ils peuvent loger plus de 200 personnes (officiers, chapelains, chevaliers, serviteurs).

Ce séjour se fait avant leur séparation (annulée en 1152), à un moment où la tension avec Thibaut de Champagne et la politique aquitaine commence déjà à s’aiguiser.

 

Reconstitution visuelle (description synthétique)

Imaginez en 1141 :

  • Une grande salle romane de 45 m, charpentée, sombre, imposante.
  • Une galerie romane ouverte sur la ville, pas encore la façade gothique.
  • Une tour maîtresse trapue, moine austère.
  • Un ensemble de bâtiments résidentiels étroits et encore de style roman.
  • Le tout posé sur un éperon rocheux, au-dessus du Clain.
  • Les toits couverts d’ardoise ou de tuiles plates.

 

==> Niort 1141, Charte de Louis VII accordant sur demande d'Aliénor d’Aquitaine, le statut d'Abbaye Royale de Nieul sur l'Autize

==> Le palais des Comtes de Poitou-ducs, l’une des architectures emblématique du Moyen Âge de Poitiers

 

 

 

 

 

PRIVILEGIUM LODOVICI REGIS FRANCORUM. (1141.)

 

 In nomine sancte et individue Trinitatis, ego Ludovicus, Dei gratia rex Francorum et dux Aquitanorum, notum fieri volumus omnibus tam futuris quam presentibus, quod omnes illas possessiones, quas abbatia Beate Marie Xanctonensis largitione Goffridi Pictavensium comitis ejusdem loci fundatoris, aliorumque comitum Pictavensium donationibus possederat, assensu et peticione Alienordis regine coliateralis nostre, sanctimonialibus omnipotenti Deo inibi famulantibus, sicut libere date fuerunt, perpetuo libere possidendas caritatis intuitu concessimus et firmavimus.

 

De quibus ista que sequuntur, exprimere curavimus. Pontolabium scilicet; in" pago videlicet Xanctonico, curtem unam, que nominatur Corma Regalis, cum ecclesia in honore sancti Petri apostoli et beati Nazarii martyris, cum universa integritate et utilitate ipsius ecclesie et tocius curtis. Ibi quoque juxta de silva dominica, ad complanandum et hospitandum cultores, ut fiant, inter preno- minatam curtem et illam saltus extirpationem, CCCti mansi terre integri.

Item in ipso pago Xanctonico, locus qui dicitur Maritimus, VIItem mansos terre quos predictus comes Goffridus et Agnes uxor ejus legitime comparaverant de milite quodam Petro nomine de Didone.

 

Item in eodem loco tres mansos integros terre, atque domui dominarum in burgo Sancti Saturnini site, de silva que vocatur Bacones, de omnibus arboribus, quecumque fuerint necessaria, ad domos scilicet hedificandas, vel restaurandas, ad cupas, ad dolia, ad vallum, ad naves, ad furnos calefaciendos, et ad omnia facienda quecumque fuerint domui necessaria. Decimam quoque extirpationum omnium, que in ea facte sunt, vel facte fuerint.

 

 Insuper abbatissa, juxta statutum comitis Goffridi, quot annis, misso venatore suo, quoquomodo po- terit, habeat de prefata silva, ad recreandam femineam imbecillitatem, aprum unum cum sue fera, cervum cum cerva, damum cum dama, capreum cum caprea, duos lepores.

 In insula quoque, cui Olarion nomenest, duos mansos terre obtime, et preter illos duos, in eadem insula Olarionis, alios XIIcim. mansos terre, quos predictus comes Goffridus in dotem illius monasterii, in ipso consecrationis momento, sancti officii venerabilitate compunctus, adauxit et obtulit.

 

Dimidiam quoque ecclesiam Sancti Johannis de Angulis cum integritate sua, et decimationes de universis mediaturis dominicis, et redecimas tocius insule Olarionis, et decimam omnium rofiarum cervorum cervarumque, que in ipsa insula capte fuerint, ad librorum volsuras.

 

Curtes igitur prenominatas et terras, cum aliis que sibi posthac undecumque adquirere potuerint, absque ulla diminutione aut contradictione sic concedimus possidendas, ut ultra statutum sepe nominati Goffridi comitis, nec nos ipsi, nec prepositi, nec famuli, nec forestarii nostri, nec ullus homo ibi cavaugadam, nec exercitum/nec arbergamentum, questam aut procurationem, vi aut terrore, de homicidio, de furto, de raptu, de incendio vigeriam ulterius habeamus.

 

Quod ut perpetue stabilitatis obtineat munimentum, scripto commendari, et sigilli nostri auctoritate muniri, atque nominis nostri karactere corroborari, precepimus.

 

Actum publice [apud] Pictavim, anno incarnati Verbi M° C° XL°1°. Regni vero nostri. V. astantibus in palatio nostro quorum nomina subtitulata sunt, et signa. Signum Radulfi Viromandorum comitis, dapiferi nostri. S. Willelmi buticularii.

S. Mathei constabularii. S. Mathei camerarii. LYDOVICVS *.

Data per manum Cadurci cancellarii.

 

 

 

 

 

 

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