11 novembre 1357 Extrait d'un mémoire en faveur de Tristan de Maignelières, chevalier, qui portait la bannière du dauphin à la bataille de Poitiers 1356 et y fut fait prisonnier par les Anglais.
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Contexte historique rapide (pour mieux comprendre le document)
Bataille de Poitiers : 19 septembre 1356 (pas 1357 ; le document est postérieur).
Défaite française majeure pendant la Guerre de Cent Ans ; le roi Jean II le Bon est capturé par les Anglais (Black Prince).
Charles, né en 1338, fils aîné de Jean II (futur roi Jean le Bon), devient le premier Dauphin de France (ou Dauphin de Viennois) en 1349, à 11 ans. Il est officiellement investi du titre et des terres.
Le dauphin Charles (futur Charles V), alors duc de Normandie et âgé de 18-19 ans.
Il commande la première division (ou seconde selon les sources) de l'armée française, composée de plusieurs milliers d'hommes d'armes.
Il combat sur le terrain (principalement à pied), subit de lourdes pertes (notamment la mort du duc de Bourbon à ses côtés), voit son étendard capturé, et finit par être évacué du champ de bataille pour le protéger (sur ordre de son père le roi Jean II, qui est capturé peu après).
À ce moment, il est le Dauphin de France, héritier présomptif, et porte donc logiquement les armoiries écartelées France-Dauphiné.
C'est la version standard pour le dauphin royal à partir de 1350 et pendant tout le règne de son père (jusqu'en 1364).
Note : avant 1349, les dauphins de Viennois (Humbert II et ses prédécesseurs) portaient simplement d'or au dauphin d'azur (sans les lys).
Voici pourquoi, de manière précise :
Le rattachement du Dauphiné à la France date de 1349 (traité de Romans, vente par Humbert II à Philippe VI).
Dès cette date, le titre de Dauphin devient l'apanage du fils aîné du roi de France.
À partir de 1349-1350, les armoiries du Dauphin de France deviennent écartelées :
1 et 4 : d'azur à trois fleurs de lys d'or (armes de France, déjà réduites à trois dans la pratique courante des Valois, même si le semé-de-lys ancien persiste parfois jusqu'en 1376).
2 et 3 : d'or au dauphin d'azur, crêté, barbé, peautré et oreillé de gueules (armes historiques du Dauphiné de Viennois).
Tristan de Maignelières, en tant que porte-bannière du dauphin, est un officier de confiance et est capturé lors de la déroute de cette division (confirmé par des sources comme Auguste Molinier et des récits anglais).
Afin que, par vous, nos seigneurs les généraux commissaires désignés par le Roi notre sire pour les affaires concernant les Lombards usuriers, il soit dit, prononcé et jugé par votre sentence ou décision que l'état (lettres de sursis ou de protection) présenté par messire Tristan de Maigneliers, chevalier, contre le procureur du Roi — état qui a été déposé auprès de vos députés chargés d'enquêter sur la vérité des faits des parties concernées — soit déclaré bon et valable, et que vous deviez vous y conformer ;
Et qu'en raison de cet état, ledit chevalier ne soit pas tenu de poursuivre ni d'avancer dans ladite cause ou enquête pendant la durée prévue dans cet état.
Nous demandons que ledit chevalier soit reçu à exposer pleinement ses propositions, dires et arguments contre le procureur du Roi, avec les faits et raisons qui suivent.
Nous faisons en outre protestation et réserve expresse de procéder ultérieurement selon ce que de droit sera.
Premièrement : ledit chevalier a été capturé à plusieurs reprises par les Anglais, ennemis du royaume de France, au cours d'opérations de guerre.
Plus récemment, il fut pris par ces mêmes ennemis lors de la bataille de Poitiers, où il portait la bannière de monseigneur le duc de Normandie (le dauphin Charles) dans la bataille du Roi notre sire.
Il est encore prisonnier des ennemis à ce jour.
Pour ces raisons, il est et a été tellement accablé et entravé qu'il ne pourrait actuellement satisfaire ses créanciers ni poursuivre ses affaires en aucune manière.
Item : pour cette cause, ledit chevalier s'est présenté devant monseigneur le duc, lieutenant du Roi notre sire, en lui exposant la nécessité susdite.
Ce dernier, en tant que lieutenant du Roi, lui a accordé certaines lettres d'état (lettres de protection ou de sursis), adressées spécialement à vous, nos seigneurs, et à tous les juges en général.
Ces lettres, après avoir relaté les faits, ordonnent que toutes les causes et querelles (intentées ou non), dettes, biens, possessions et autres choses appartenant audit chevalier soient mises et maintenues en état de sursis pendant un an, etc., comme il apparaît plus amplement par l'inspection desdites lettres et d'autres dispositions.
Item : le mardi 7 novembre, jour où les parties étaient assignées devant vosdits députés, ledit chevalier ou son procureur s'y présenta (ou fit présenter) lesdites lettres d'état.
Il requit qu'elles soient entérinées (validées et exécutées), en formulant plusieurs autres conclusions tendant à cette fin, avec réserve expresse.
Lesdits députés, estimant qu'ils n'étaient que des référendaires (et non compétents pour décider définitivement), et le procureur du Roi s'y opposant, assignèrent les parties à comparaître devant vous le lundi suivant, le 13 dudit mois, afin d'entendre ce que vous ordonneriez à ce sujet.
Présenté à la cour le samedi 11 novembre de l'an 1357.
Lettres d'état : Protection royale temporaire (ici d'un an) accordée aux chevaliers prisonniers pour suspendre dettes et procès, afin d'éviter la ruine pendant la captivité (rançon très élevée).
Ici, Tristan invoque cela contre des créanciers "Lombards" (banquiers italiens usuriers, souvent accusés d'usure).
Procédure : Mémoire juridique défensif pour obtenir du sursis devant une commission royale spéciale sur les usuriers.
Ce document illustre les difficultés des nobles français après Poitiers : captivité, rançons, dettes, et recours à la protection royale.
Afin que par vous, nosseigneurs les généraux commissaires de par le Roy, nostre sire, sur le fait des Lombars usuriers, par vostre sentence ou jugement soit dit, pronuncié et adroit que un certain estat de la partie de messire Tristan de Maignellers, chevalier, contre le procureur du Roy, présenté à voz deputez pour enquerir la vérité des fais desdictes parties, proposé par-devant vous, soit dit bon et valable et tel que vous y doiez obeir et que, obstant ycellui estat, ledit chevalier ne soit tenu de proceder ne d'aler avant en ladite cause ou enqueste durant le terme contenu oudit estat et faire ledit chevalier à receveir à tout son propos, dit et propose ledit chevalier contre le procureur du Roy les fais et raisons qui s'ensuivent, en faisant protestation et retenue en tout et partout de proceder en oultre comme de raison sera.
Primo, que ledit chevalier a esté plusieurs fois pris des Anglois anemis du royaume de France et en fait de guerre et derrainement fu pris d'iceulx anemis en la bataille de Poitiers, où il portoit la baniere de monseigneur le duc de Normendie en la bataille du Roy nostre sire et pour ce est ancore prisonier des anemis, pour lesquelles choses il est et a esté telement grevez et empeschiez que il ne pourroit faire satisfaction de present à ses crediteurs ne poursuivre ses causes en aucune manere.
Item, pour ceste cause, ledit chevalier s'est trait pardevers monseigneur le duc, lieutenant du Roy nostre sire, en luy opposant sa necessité dessusdicte, lequel, comme lieutenant du Roy, li a donné certaines lettres d'estat, adressans à vous, nosseigneurs, par especial et à tous justiciers, par lesqueles faite narration dudit fait, il vous est mandé que, toutes les causes et querelles commenciées et non commenciées, debtes, choses, possessions et biens dudit chevalier, vous teniez et faites tenir en estat jusques à un an, etc., si comme ce et autres choses pluseurs par l'inspection desdictes lettres peut apparoir.
Item, que le mardi VIIe jour de novembre, ouquel lesdictes parties avoient jour par-devant vosdis deputez, ledit chevalier ou son procureur s'i presenta ou fist presenter lesdictes lettres d'estat, en vous requerant que il li feussent enterinez et en faisant plusieurs autres conclusions dessusdictes, tendans à ceste fin et par retenue ;
lesquelz deputez, pour ce que il n'estoient que referendaires, ce que le procureur du Roy y contredisoit, assignerent jour ausdites parties à comparoir par-devant vous au lundi ensuivant, XIIIe jour dudit mois, pour oir de ce que vous en ordeneriez.
Baillé à la court le samedi XI jours de novembre, l'an LVII.
(British Museum, Addit. Chart., 17. — Anc. Collection de M. de Courcelles, no 2131.)