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PHystorique- Les Portes du Temps
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25 janvier 2026

Saint Éloi émailleur du trône du roi Dagobert - de l’Abbaye Saint-Pierre-Saint-Paul de Solignac à l’Abbaye de Saint Denis - Louis VII, Aliénor d’Aquitaine et l’abbé Suger

 

Saint Éloi, le patron des artistes français, gallo-romain de race, fils d'Euchèrius et de Terragia, naquit au village de Chaptelat (Chaptalaco), à deux lieues de Limoges, vers l'an 588.

 

Formé d'abord à l'école d'Abbon, il devint bientôt habile dans son métier.

 

Jeune encore il alla à Paris, où il se lia d'une étroite amitié avec Bobbon, trésorier royal, qui le présenta à Clotaire II.

 

On sait comment ce prince prit en affection notre orfèvre limousin. Sur la proposition de son trésorier, Clotaire avait chargé Éloi de lui faire un siège d'or enrichi de pierreries et, suivant l'usage du temps, il lui avait fait remettre la quantité de métal jugée nécessaire pour exécuter l'objet demandé.

 

Non-seulement le consciencieux artiste fit un trône magnifique, mais encore, avec la matière qu'on lui avait fournie pour un seul siège, il en fabriqua un second aussi beau que le premier (1).

 

Clotaire, plein d'admiration pour tant d'habileté et de délicatesse, s'attacha Éloi d'une manière particulière ; il en fit son conseiller intime et l'établit dans la double charge d'orfèvre royal et de graveur de la monnaie (2).

 

La conduite d'Éloi fut d'autant plus remarquée par le roi que les orfèvres de cette époque n'étaient pas, paraît-il, des gens d'une très grande probité.

 

 Ils s'appropriaient sans scrupule une partie du métal qui leur était confié, accusant du déficit soit la flamme dévorante, soit les morsures de la lime (3).

 

Aussi cette profession était relativement peu considérée.

 

Le second capitulaire de Dagobert, autrement dit la Loi des Allemands (cap. 79), fixe la composition pour le meurtre d'un orfèvre qui a fait ses preuves.

 

 Elle est de quarante sols, la même que pour le meurtre d'un cuisinier ou d'un berger qui ont un aide, d'un porcher qui garde un troupeau de quarante porcs, qui a un chien bien dressé, etc. (4).

 

Dagobert Ier et Clovis II témoignèrent à Éloi la même amitié et la même confiance que leur prédécesseur; la chanson populaire, dans laquelle Dagobert et notre saint sont mis en scène, est comme une réminiscence impérissable des rapports familiers du roi et de l'orfèvre.

 

Alors est fondée l'abbaye de Solignac, près de Limoges (631), dans une terre où, déjà auparavant, existait un atelier d'affinage pour les métaux précieux (5).

 

Un jeune esclave Saxon racheté par saint Éloi, est entré dans l'abbaye.

Éloi y établit une école d'orfèvrerie sous la direction de Til, désigné aussi sous les noms de Tillo et Théau, son élève favori, qui lui-même devint plus tard un artiste remarquable (6) ;

 

 Il s'empressa de peupler le monastère « d'ouvriers habiles en tous genres » et de leur rendre de fréquentes visites (7).

 

Élevé sur le siège épiscopal de Tournay, puis de Noyon vers l'année 640, il mourut le 30 novembre 659, âgé de plus de 70 ans.

 

Charte de saint Éloi, en faveur de l'abbaye qu'il avait fondée à Solignac, et qui devint si célèbre parmi les nombreuses communautés religieuses du Limousin, ladite charte se rapportant à l'année 631 (8);

 

 

Plan en perspective cavalière de l’abbaye Saint-Pierre de Solignac.

 

Titre principal (en haut, dans le cartouche central) :

Regalis S. Petri Solemniacensis Abbatiæ Delineatio

 

Voici une traduction complète et détaillée en français moderne des éléments latins visibles sur cette gravure du Monasticon Gallicanum (recueil célèbre du XVIIe siècle, vers 1670-1680, publié par la congrégation de Saint-Maur).

 

Traduction littérale :

« Delineatio (plan / représentation / dessin) de l’abbaye royale de Saint-Pierre de Solignac »Traduction fluide et naturelle :

« Plan de l’abbaye royale Saint-Pierre de Solignac »

ou

« Représentation de l’abbaye royale de Saint-Pierre de Solignac »Regalis = royale (l’abbaye jouissait de privilèges royaux ou était « royale » par son statut et ses protections). 

 

S. Petri = Sancti Petri = de Saint-Pierre. 

Solemniacensis = de Solemniacus / Solignac (adjectif dérivé du nom latin de Solignac : Solemniacum ou Solemniacus). 

Abbatiæ = de l’abbaye (génitif). 

Delineatio = dessin, tracé, plan, délinéation (terme courant pour les gravures de plans d’abbayes à l’époque).

 

Légende alphabétique (A à EE) :

A — Prima Porta Monasterii → Première porte du monastère 

B — Area / Secunda Porta Monasterii → Cour / Esplanade + Deuxième porte du monastère (B désigne souvent les deux zones d'entrée) 

C — Area Monasterii → Cour du monastère / Esplanade principale du monastère 

D — Coquina → Cuisine 

E — Refectorium → Réfectoire (salle à manger des moines) 

F — Cella hospitalis / Cella hospitum → Cellule / Logement des hôtes (hôtellerie pour les visiteurs et pèlerins) 

G — Infirmaria → Infirmerie (pour les moines malades) 

H — Equilia → Écuries 

I — Hortus → Jardin (grand jardin potager ou verger) 

K — Claustrum → Cloître 

L — Dormitorium → Dortoir (chambre commune des moines) 

M — Refectorium Domeracorum → Réfectoire des domestiques / des convers (frères laïcs ou ouvriers du monastère ; "Domeracorum" = probable abréviation ou variante de "domestico rum" ou "conversorum") 

N — Latrinae → Latrines 

O — Porticus → Portiques / Galeries couvertes 

P — Horrei / Horreum → Greniers (au pluriel ou singulier selon le contexte) 

Q — Hortulus → Petit jardin (jardin d'agrément ou herbes médicinales) 

R — Hortus → Jardin (autre jardin, souvent répété pour distinction) 

S — Torreta lignaria officina (Regalis) → Atelier / Tour de menuiserie / Charpenterie (royale) – "Torreta" = petite tour ou atelier élevé ; "lignaria officina" = atelier du bois 

T — Cella communis → Salle commune / Cellule commune (peut-être salle de chapitre ou lieu de réunion) 

V — Cella communis → (répété ou variante ; salle commune / réfectoire secondaire ?) 

MA — Porta Domus Abbatialis → Porte de la maison abbatiale (logis de l'abbé) 

BB — Area → Cour / Esplanade (devant la maison abbatiale) 

CC — Hortus → Jardin 

DD — Domus → Maisons / Bâtiments (domestiques ou annexes) 

EE — Horreum → Grenier

 

Notes complémentaires sur la liste : Certaines lettres apparaissent plusieurs fois (ex. B, DD, etc.) car elles désignent des zones étendues ou plusieurs éléments similaires sur le plan.

 

Les abréviations sont typiques du latin des XVIIe siècle : "Monasterii" pour "du monastère", génitif possessif.

 

Les termes comme Refectorium Domeracorum sont spécifiques aux monastères mauristes : les "domeraci" ou "convers" étaient les moines laïcs chargés des travaux manuels, distincts des moines choristes (lettrés).

Reconstruction de l'église de l'abbaye de Saint-Denis.

 

Louis VI et Suger s'occupaient de rétablir l'ordre et l'administration dans les villes comme dans les campagnes.

 

Ainsi, par un édit de 1134, Louis VI veut que le prévôt royal prête main-forte aux bourgeois de Paris lorsqu'ils en auront besoin pour recouvrer leurs créances sur les biens de leurs débiteurs.

 

La ville de Bourges obtint la révision de ses coutumes, et son ancienne institution des prud'hommes lui fut confirmée sous la garantie royale.

 

Et les dernières années de la vie de ce roi vaillant furent consacrées au repos du royaume, en luttant soit contre Thibaut de Champagne, soit contre le seigneur de Saint-Brisson, dont le château, vrai repaire de voleurs, fut détruit par les flammes (1133).

 

Au retour de cette campagne, la dernière qu'il fit, il fut pris à Montereau d'un mal qu'il ressentait souvent.

 

C'était une diarrhée, qui cette fois fut si violente, qu'il eut le pressentiment de sa fin prochaine; il s'y prépara courageusement.

 

 Suger, auprès de son lit, versait des larmes; il lui dit :

«  Ne pleure pas sur moi, très cher ami, mais plutôt triomphe et réjouis-toi de ce que la miséricorde de Dieu m'a donné, comme tu le vois, les moyens de me préparer à paraître devant lui. »

 

Cependant il alla mieux et, aussitôt qu'il se crut assez bien portant, il se rendit à Saint-Denis, puis au château de Béthisy (Oise).

 

Là il reçut des députés de la province de Guyenne, qui lui annoncèrent que leur duc Guillaume avait, en mourant, légué au roi de France tout un pays, avec sa fille, la noble damoiselle Éléonore d’Aquitaine.

 

Cette disposition, qui paraît singulière, était conforme au droit féodal, qui attribuait au souverain la tutelle de la fille orpheline de son vassal et le droit de lui choisir un époux.

 

Les députés furent bien accueillis par le roi, qui promit de donner à Éléonore pour mari son fils Louis le Jeune, et on se hâta de préparer une brillante escorte au prince pour aller chercher sa fiancée au delà de la Loire.

 

Cinq cents chevaliers, des plus illustres du royaume, dit M. Vélault, furent réunis à cet effet sous les ordres de Raoul de Vermandois et du comte Thibault de Blois.

 

Le vieux roi recommanda particulièrement son fils à la sagesse de son fidèle ami Suger, qui devait l'accompagner dans ce voyage ; il prescrivit instamment qu'on s'abstînt de pillage et de vexations dans le pays qu'on allait traverser, et, pour prévenir les déprédations des troupes de l'escorte, il leur attribua, sur son propre trésor, une indemnité journalière très considérable.

 

« Après avoir traversé le Limousin, raconte Suger, nous atteignîmes les frontières du pays de Bordeaux; nous dressâmes nos tentes en face de cette cité, dont le grand fleuve de la Garonne nous séparait, et nous passâmes dans la ville sur des. vaisseaux. »

 

Le dimanche suivant, le jeune Louis épousa et couronna du diadème royal la noble damoiselle Éléonore, en présence de tous les grands de Gascogne et de Saintonge réunis, et, au milieu de fêtes splendides, ils reçurent la bénédiction nuptiale des mains de l'archevêque de Bordeaux.

 

Les fêtes étaient à peine terminées, qu'on vint annoncer au prince la mort de son père, qui, atteint d'une nouvelle dysenterie déterminée par les grandes chaleurs, succomba le 1er août 1137.

 

Plus que personne, Suger en ressentit un profond chagrin, car il perdait en lui l'homme qui l'avait le plus apprécié, et auquel, en retour, il avait été le plus utile.

 

Pensant lui-même à sa fin, il avait, pendant la maladie du roi, le 17 juin 1137, rassemblé en chapitre les religieux de Saint-Denis et avait fait son testament en présence de toute la communauté.

 

Dans cet acte, dont l'original est aux Archives nationales, on trouve d'abord des dispositions pour le repos de son âme ; mais, ce que nous avons surtout noté, c'est sa sollicitude à l'endroit des pauvres, pour lesquels il institue d'abondantes aumônes : deux muids de froment convertis en pain, quatre muids de vin, soixante livres de viande devaient leur être donnés annuellement.

 

L'abbé de Saint-Denis comprit qu'il devait à la mémoire de Louis VI de ne point abandonner son fils dans la direction du gouvernement.

 

Aussi conseillât-il au jeune roi de revenir le plus vite possible à Paris pour prendre possession de ses États et contenir dans le devoir certains esprits hostiles qu'on savait s'être opposés à son couronnement.

 

Une grande agitation régnait, en effet, dans le domaine royal ; le baronnage relevait la tête, et les villes espéraient arracher au nouveau roi les chartes de communes que Louis le Gros n'avait pas voulu leur octroyer.

 

Les habitants d'Orléans s'étaient soulevés et avaient juré la commune entre eux. Cette ville dépendait immédiatement du roi et ceux qui avaient voulu la commune ne lui avaient point adressé de demande légale.

 

Louis VII se hâta d'arriver à Orléans, où il entra sans résistance et il fit mourir de malemort les chefs de la rébellion, se voyant ainsi obligé, à son grand regret, de commencer son règne par répandre le sang de ses sujets.

 

Le roi se dirigea ensuite sur Paris.

 

L'insuccès de la tentative des Orléanais, la ratification de quelques privilèges récemment accordés par Louis le Gros en 1134, empêchèrent Paris de remuer.

 

 La grande majorité de la population était du reste dans les meilleurs sentiments pour la jeune reine, qui réunissait toutes les grâces et qui apportait au roi de France : le Poitou, le Limousin, le Bordelais, l'Agénois, l'ancien duché de Gascogne et la suzeraineté sur l'Auvergne, le Périgord, la Marche, la Saintonge et l'Angoumois.

Aussi l'enthousiasme fut au comble. Jamais, depuis la fondation de la monarchie, on n'avait vu en France tant de bals, tant de jeux, tant de tournois, tant de réjouissances, tant de festins, qu'il s'en fit dans tout le royaume et surtout à Paris, pour l'entrée solennelle et les noces de Louis VII, quoiqu'elles eussent déjà été faites à Bordeaux.

 

Des concessions successives apaisèrent le ressentiment des Orléanais si durement traités : il fut interdit au prévôt royal qui régissait la ville et à ses sergents de vexer et de rançonner les bourgeois, puis le roi favorisa l'essor du commerce de cette ville par plusieurs bons règlements ; il abolit même la mainmorte à Orléans et dans tout l'Orléanais.

 

 Nous sommes convaincu que Suger contribua beaucoup à ces concessions du roi, de même qu'il le détourna de l'intention qu'il avait eue de diminuer le poids de la monnaie royale, mesure pleine de périls et qui avait causé tant d'inquiétudes, que plusieurs villes étaient venues le supplier de ne point altérer la vieille monnaie de son père.

 

Mais où nous voyons l'esprit politique de Suger se montrer, c'est au moment de la mort de l'évêque de Reims, Renaud de Martigné.

 

On sait que le saint-siège avait enfin obtenu que la puissance impériale cessât d'intervenir directement dans le choix des ministres de l'Église.

 

Innocent II désirait affirmer ce principe de liberté, d'autant plus que l'influence laïque pouvait nuire à la réforme religieuse en donnant encore aux églises des hommes trop attachés à l'intérêt du monde.

 

Mais Louis VI regardait comme l'une des principales prérogatives de la couronne de prendre une part presque absolue dans les élections ecclésiastiques du royaume.

 

Quant à Suger, il était entré dans la réforme, il en avait les principes, mais il voulait en même temps que le monarque conservât dans les élections canoniques une influence légitime et qu'il se fît un devoir de ne l'exercer jamais qu'en faveur des plus dignes.

 

Il ne rejetait pas non plus entièrement -chez le ministre de l'Église la science des choses séculières.

 

Sa pensée était sage, mais la faire prévaloir entre l'opinion du pape et celle du roi n'était pas chose facile.

 

A la mort de l'évêque de Reims, Louis VII avait retardé à dessein l'élection de son successeur.

 

Les Rémois profitèrent de la vacance pour reconstituer par un effort commun et pour rendre à l'avenir inattaquables les garanties de liberté dont les débris s'étaient conservés chez eux pendant plusieurs siècles.

 

Les bourgeois, disent les anciens registres des églises de Reims, se conjurèrent pour établir une république en faveur d'une vacance du siège archiépiscopal, ils adoptèrent la charte de Laon.

 

Tout le clergé s'émut au bruit de cette atteinte portée à ce qu'il nommait « les libertés » de l'illustre église de Reims, c'est-à-dire à la liberté qu'avait l'archevêque de taxer, piller et charger d'amendes les bourgeois.

 

Saint Bernard en écrivit au pape Innocent II et le pape au roi Louis VII.

 

Innocent enjoignit à ce prince « pour la rémission de ses péchés » de dissiper par sa puissance royale les coupables associations des Rémois. Suger intervint. Les bourgeois adressèrent au monarque, en termes soumis, la demande d'une charte de commune.

 

L'abbé de Saint-Denis fut d'avis d'accorder la charte, mais avec les mêmes conditions que celle de Laon ; le monarque réserva expressément les droits de l'église métropolitaine aussi bien que les droits du monastère de Saint-Remi, situé dans un des faubourgs de la cité.

 

Mais telle était la force de ce mouvement qui entraînait partout les bourgeois au- delà des concessions primitives, que le roi fut bientôt obligé de rappeler les bourgeois de Reims à l'observation de leur charte.

 

On retrouve dans la lettre du roi à ce sujet le ton ferme et grave de l'abbé Suger et même son style mêlé de fréquentes antithèses : on va en juger.

« Vous savez que, donnant notre consentement à votre humble demande et à vos prières, nous vous avons octroyé une commune sur le modèle de celle de Laon, et en réservant le droit et les coutumes de l'archevêché, ainsi que les différentes églises.

 

Nous l'avons fait avec la pure et simple intention qu'il vous en revînt un avantage, mais que de votre avantage il ne résultat, ni pour les églises, ni pour nous-même, aucun préjudice ni aucun déshonneur.

 

Mais vous, allant bien au- delà de notre concession et affirmant que ce qui est du droit des églises n'est pas de leur droit, prétendant aussi que les coutumes établies d'ancienne date ne sont pas des coutumes, vous attentez violemment à la dignité et aux possessions des églises.

 

Sur ce, nous vous mandons et ordonnons de laisser en paix et intacts les droits et les coutumes que possèdent depuis cent ans plus ou moins l'église de Sainte-Marie et les autres églises, principalement celle de Saint-Remi ; nous voulons que vous déposiez cette obstination et cette dureté que vous montrez à leur égard.

 

Autrement, si elles sont forcées de réclamer notre merci, nous n'entendons pas que notre justice leur manque : nous ne le devons pas, nous ne le pouvons même pas et d'aucune manière nous ne le souffrirons pas. »

 

 Cet avertissement n'eut pas grand résultat, l'agitation des hommes de la commune était loin de s'apaiser, et Louis VII songeait à abolir la charte qu'il avait donnée.

 

Suger le détourna de cette pensée et le roi se contenta d'adresser une nouvelle remontrance plus sévère que la première, qui n'empêcha pas de nouvelles infractions.

 

Ce qui prouva à Suger que dans la réforme qu'il avait entreprise, il était difficile de faire prévaloir la justice et la modération.

 

Une autre complication vint encore susciter des difficultés à Suger.

 

La jeune reine, qui avait l'esprit extrêmement avancé et plus qu'une personne de quinze ans, avait déjà insisté auprès de son époux pour l'engager à retirer le comté de Toulouse des mains d'Alphonse.

 

Ce comté, disait-elle, faisait partie de la succession de ses pères.

 

 Le comte de Toulouse fut donc sommé, de la part du roi, de rendre son comté. Il répondit qu'il lui avait été vendu par son frère aîné, et qu'en conséquence il avait droit de le garder.

 

 Le roi lui déclara la guerre.

 

Suger n'était pas de cet avis. Le droit de la reine lui paraissait douteux, le contrat de vente d'Alphonse était en très bonne forme, puis l'abbé de Saint-Denis ne trouvait pas raisonnable qu'on allât porter la guerre si loin du cœur de la France, guerre qui entraînerait des dépenses énormes, et qui ferait croire à l'Europe que le roi n'avait que des idées de conquête.

 

Les sages conseils de Suger ne furent point écoutés.

 

Louis convoqua le ban de ses vassaux à la Saint-Jean de 1141, afin d'envahir le comté de Toulouse; mais les princes français se montrèrent peu disposés à seconder le roi dans une conquête qui lui eût donné sur eux une prépondérance accablante.

 

La marche envahissante de la couronne commençait à les effrayer; pour l'arrêter, il leur suffit de rester immobiles et de ne pas remplir leur devoir féodal : le comte Thibaut de Champagne, entre bien d'autres, refusa nettement de se rendre à l'armée royale.

 

 Louis entama cependant le siège de Toulouse, mais la résistance vigoureuse d'Alphonse le Jourdain le força bientôt à la retraite..

 

Pendant ce temps, Suger était rentré dans son abbaye. A cette époque, l'église de Saint-Denis, construite par Pépin et Charlemagne sur les anciens fondements de celle de Dagobert, était devenue trop petite : il résolut d'en édifier une plus spacieuse et plus belle.

 

Dans cette vue, il fit venir de tous les endroits du royaume les plus habiles ouvriers qu'on pût trouver : peintres, sculpteurs, graveurs, fondeurs, menuisiers, orfèvres, arrivèrent en hâte à Saint-Denis, sachant que l'abbé n'épargnait rien quand il s'agissait d'exécuter une grande œuvre.

 

Le trône en bronze dit « de Dagobert » est mentionné pour la première fois par Suger, célèbre abbé de Saint-Denis, au moment où il entreprend la reconstruction de l’abbaye à partir des années 1130.

 

Ayant fait restaurer ce siège, qu’il avait trouvé disloqué, Suger l’identifie comme ayant appartenu au roi Dagobert Ier, fondateur de l’abbaye au VIIᵉ siècle.

 

Cette attribution vise à souligner l’ancienneté de Saint-Denis et à renforcer les liens privilégiés qui unissent l’abbaye à la monarchie française.

 

 

Tombeau de Dagobert Ier.

— La chapelle funéraire du fondateur de l'abbaye, après un long séjour sous le porche de la nef, a repris la place d'honneur qui lui appartenait dans le sanctuaire, du côté de l'épître.

 

Dagobert mourut dans l'abbaye de Saint-Denis, le 19 janvier 638, et son corps, soigneusement embaumé, fut inhumé aussitôt dans l'église des saints martyrs.

 

Nous ignorons absolument quelles furent alors la forme et la décoration de son tombeau. Le monument qui existe encore ne date que du XIIIe siècle, et ce fut probablement saint Louis qui le fit faire.

 

Sa forme est celle d'une élégante chapelle ogivale à double face, ornée de colonnettes, de clochetons, de pignons feuillagés.

 

Le côté qui regarde le sanctuaire repose sur un soubassement fleurdelisé.

 

 Une statue du roi défunt, sculptée en pierre par M. Geoffroy-Dechaume, remplace celle qui fut brisée par les révolutionnaires ; elle est couchée sur un tombeau dont l'ornementation consiste aussi en fleurs de lis.

 

Tous ceux qui ont étudié la cathédrale et la Sainte-Chapelle de Paris savent avec quel talent M. Geoffroy-Dechaume traite la sculpture du moyen âge.

 

L'architecture et l'imagerie de la chapelle de Dagobert ont été réparées avec une extrême habileté par M. Villeminot.

 

C'est ce même artiste qui a dirigé la restauration et la remise en place de tous les monuments funéraires de Saint-Denis, travail qui ne pouvait être confié à des mains plus sûres et mieux exercées.

 

Les statues de la reine Nantilde, femme de Dagobert et du roi Clovis II, leur fils, se tiennent aux côtés de l'ogive qui abrite le tombeau.

 

Le fond de la baie est occupé par un grand bas-relief divisé en trois zones, qui présente la mise en scène de la vision en laquelle furent révélées à un saint solitaire les tribulations de l'âme de Dagobert.

 

Un jour que ce pieux personnage, nommé Jean, retiré dans une petite île, du côté de la Sicile, prenait un peu de repos, saint Denis lui apparut, lui recommandant de se lever au plus vite et de prier pour Dagobert, qui venait de mourir ce jour même.

 

A peine s'était-il mis en devoir d'obéir, qu'il aperçut sur mer, assez près du lieu où il était, le roi, fort maltraité par une troupe de démons, qui le tenaient lié au fond d'une barque, et le conduisaient, en le frappant, aux antres de Vulcain.

 

Dagobert n'avait d'autre ressource que d'invoquer par ses cris l'assistance de ses trois saints de prédilection : Denis, Maurice et Martin.

 

Les trois saints accourant tout à coup, au milieu d'une formidable tempête, vinrent arracher des mains infernales l'âme de leur dévot serviteur, pour le conduire dans le sein d'Abraham, et l'anachorète leur entendit chanter ces paroles du psaume LXIV :

« Seigneur, heureux celui que vous avez élu, que vous avez élevé jusqu'à vous ; il habitera à jamais dans vos tabernacles.

 

Voici l'indication des différents sujets du bas-relief.

Ire zone. — L'anachorète Jean dort tout habillé sur un lit à colonnes.

Saint Denis le réveille. Une longue barque se balance sur la mer. Un démon la pousse et deux de ses compagnons s'efforcent de lui faire prendre le large. Dans la barque, au milieu d'un groupe satanique, l'âme du pauvre roi est figurée par un petit personnage nu, sans sexe, les mains jointes, ne conservant plus de ses insignes qu'une couronne qui le fait reconnaître. Deux démons le raillent ; un troisième frappe joyeusement sur un tambourin ; un autre se dispose à ramer. Tous les diables ont des formes à la fois féroces et grotesques.

 

2° zone. — La scène change.

Les protecteurs de Dagobert ont entendu ses cris. On voit accourir saint Martin et saint Denis, en costume épiscopal, et saint Maurice, armé en guerre, tenant une masse de combat. Deux anges les suivent portant l'eau bénite, si redoutée de l'enfer. Dagobert est encore dans la fatale barque ; les deux saints évêques s'efforcent de l'en arracher ; Maurice frappe à coups redoublés sur les démons. Un seul montre un reste de vaillance. Les autres, tout effarés, prennent la fuite ; le joueur de tambourin, si fanfaron jadis, s'esquive piteusement, et le rameur, tombant à la renverse, laisse échapper son aviron. Des gerbes de flammes annoncent qu'on était bien près des antres de Vulcain.

 

3° zone. — Le salut de Dagobert est assuré.

Saint Denis et saint Martin élèvent sur une nappe l'âme délivrée vers le ciel. Saint Maurice soutient cette âme, encore toute tremblante du danger qu'elle vient de courir. La main divine sort d'un nuage pour la recevoir. Des anges portent des flambeaux et des encensoirs.

D'autres anges, sculptés dans la voussure, remplissent aussi les fonctions de thuriféraires. Dans le tympan, saint Denis et saint Martin rendent grâces au Christ, qui a exaucé leurs supplications.

 

Nous avons dit que la chapelle est à double face. Le revers offre la même disposition que la partie antérieure, mais sans statues ni bas-reliefs. Il n'y a de figures que sous le pignon, où le Christ bénissant est invoqué par un roi et une reine agenouillés.

 

La sculpture d'ornementation du monument de Dagobert est d'une exécution remarquable. La composition des bas-reliefs se distingue par son originalité ; les figures s'y meuvent avec une étonnante vérité de geste et d'action. Les draperies sont admirables, comme les savaient faire les bons sculpteurs du XIIIe siècle. Toute la décoration était autrefois rehaussée d'or et de couleur.

 

Après avoir raconté la vision de Jean l'Anachorète, Guillaume de Nangis, qui écrivait sa chronique dans les dernières années du XIIIe siècle, ajoute ce curieux détail :

« Et se ne me croyez, allez à Sainct-Denis en France, en l'église, et regardez devant l'autel où len chante tous les jours la grant messe, là où le roy Dagobert gist.

Là verrez vous au-dessus de luy ce que vous ay dit, pourtraict et de noble euvre richement enluminée. »

 

La reconstruction de l'église abbatiale de Saint-Denis sous l'impulsion de l'abbé Suger (abbé de 1122 à 1151) marque un moment pivotal dans l'histoire de l'architecture : c'est le berceau de l'art gothique, souvent qualifié de « style français » ou « opus francigenum » à l'époque.

 

À l'époque décrite dans ton texte (vers 1137-1144), l'ancienne église carolingienne (construite au VIIIe-IXe siècle sur les fondations de Dagobert Ier, puis agrandie par Pépin et Charlemagne) était devenue trop exiguë, sombre et inadaptée aux grandes processions royales et aux pèlerinages croissants vers les reliques de saint Denis (patron des rois de France).

 

 Suger, proche conseiller de Louis VI le Gros puis de Louis VII le Jeune, voyait dans la reconstruction un moyen de glorifier Dieu par la beauté et la lumière (« Deus est lux »), tout en renforçant le prestige de la monarchie capétienne et de l'abbaye royale.

 

Suger entreprit les travaux dès les années 1130-1135, mais la phase principale se concentra entre 1137 (après la mort de Louis VI) et 1144 (consécration du chœur).

 

Il relata lui-même le chantier dans son ouvrage De administratione et De consecratione ecclesiae.

 

Les étapes principales de la reconstruction sous Suger

Façade occidentale (vers 1135-1140) 

 

Démolition de l'ancienne façade carolingienne (à une seule porte centrale). 

Construction d'une façade harmonique à trois portails (deux latéraux + central), flanquée de deux tours (seule la tour nord subsiste aujourd'hui, la sud s'effondra plus tard). 

 

Introduction d'éléments novateurs : rosaces, statues-colonnes (détruites à la Révolution), et un porche plus vaste.

 

Narthex et nef (partiellement conservée)  Le narthex fut agrandi avec des voûtes d'ogives et des croisées d'ogives précoces.

 

Chœur et chevet (1140-1144)  C'est la partie la plus révolutionnaire et la plus célèbre : achevée en trois ans, trois mois et trois jours selon Suger. 

Ambulation circulaire autour du chœur avec chapelles rayonnantes (7 au total). 

 

Utilisation massive de vitraux pour inonder l'espace de lumière colorée (thème de la « Jérusalem céleste »). 

Arcs ogivaux, piliers élancés, voûtes sur croisées d'ogives, contreforts et arcs-boutants (bien que ceux-ci soient plus discrets qu'aux siècles suivants). 

 

Le chœur fut consacré le 11 juin 1144 en présence de Louis VII, d'Éléonore d'Aquitaine et de nombreux évêques.

 

La nef centrale carolingienne resta en place (elle ne fut reconstruite qu'au XIIIe siècle, vers 1231-1281, pour harmoniser l'ensemble en gothique rayonnant).

Innovations architecturales et symboliques

Suger voulait créer un « Temple de Lumière » où la matière (pierres précieuses, or, verre) reflète la gloire divine.

 

Les techniques gothiques naissantes permirent :Plus de hauteur et de clarté intérieure.

Moins de murs massifs grâce aux arcs-boutants et ogives.

Une symbolique théologique forte : la lumière comme manifestation de Dieu.

 

 

 

Saint-Denis au début du XIXᵉ siècle : un monument meurtri mais debout

Au début du XIXᵉ siècle, l’abbaye de Saint-Denis apparaît comme un monument à la fois dévasté, survivant et chargé d’une mémoire politique explosive.

 

1  L’héritage révolutionnaire : profanation et abandon

Entre 1793 et 1795, la Révolution a profondément atteint Saint-Denis :

  • la nécropole royale est profanée ;
  • les tombeaux sont brisés, les cercueils ouverts ;
  • les restes des rois sont jetés dans des fosses communes ;
  • l’abbatiale est désacralisée, transformée en entrepôt, puis laissée à l’abandon.

 

La destruction des tombes royales – 6 août 1793

A. Contexte historique
  • Nous sommes au cœur de la Révolution française, sous la Convention nationale.
  • La monarchie a été abolie en septembre 1792, après la déchéance de Louis XVI.
  • Saint-Denis, nécropole traditionnelle des rois de France, symbolise l’ancien régime.
  • La Convention ordonne la désacralisation des lieux royaux, assimilés à des reliques de la tyrannie.

 

B. La profanation (Mange-Morts)
  • Le 6 août 1793, les tombes royales sont saccagées :
    • Les sarcophages et tombeaux sont ouverts.
    • Les restes des rois et reines sont exhumés.
    • Les cercueils sont brisés, les corps jetés dans des fosses communes à l’extérieur de l’église.
C. Les motivations
  • Politique : La Convention voulait effacer les symboles de la monarchie et de l’Ancien Régime.(Pillage des tombes)

 

  • Idéologique : montrer que la royauté n’est plus sacrée.

 

  • Économique : certains éléments du mobilier funéraire ou du métal des tombeaux ont été fondus pour la monnaie ou vendus.

 

D. Conséquences
  • Disparition de presque tous les tombeaux médiévaux et royaux.
  • Les restes humains furent mélangés dans une fosse commune, privant la monarchie d’une nécropole intacte.

 

Cette destruction marque le point culminant de la Révolution contre la mémoire dynastique.

 

 

Plus tard, au XIXᵉ siècle, sous Louis XVIII et la Restauration, on tenta de reconstituer les tombeaux, mais la majorité des corps étaient perdus ou mêlés.

 

E. Symbolique
  • Saint-Denis passe d’un lieu sacré et royal à un lieu profané.
  • La destruction des tombes est vue comme une rupture symbolique avec l’Ancien Régime.
  • Elle a inspiré de nombreux récits historiques et légendes autour de la Révolution et de la mémoire des rois.

 

 

 Au tournant de 1800, Saint-Denis n’est plus qu’un immense vaisseau vide, dépouillé de sa fonction sacrée et dynastique.

 

2 Le monument sous l’Empire : respect sans restauration

Sous Napoléon Ier :

  • Saint-Denis est respectée comme monument historique avant la lettre,
  • mais aucune restauration d’envergure n’est entreprise.

 

Napoléon préfère :

  • les Invalides,
  • Notre-Dame,
  • les symboles impériaux antiques ou carolingiens.

 

 Saint-Denis reste en marge, associée à une monarchie déchue.

 

3 La Restauration (1814-1830) : retour du sens dynastique

Avec le retour des Bourbons :

  • Saint-Denis redevient nécropole royale officielle ;
  • Louis XVIII fait recueillir les restes retrouvés des souverains et les dépose dans l’ossuaire ;
  • le monument est rendu au culte.

 

Cependant :

  • l’abbatiale est en mauvais état structurel ;
  • les mutilations sont encore visibles ;
  • les restaurations sont prudentes, incomplètes, hésitantes.

 

 Saint-Denis devient un lieu de mémoire blessée, plus symbolique que monumental.

 

4 L’état architectural avant l’incendie de la flèche (1837)

Au début du XIXᵉ siècle :

  • la façade occidentale de Suger est toujours debout ;
  • la flèche nord, élevée au XIIᵉ siècle, domine encore le paysage de la plaine parisienne ;
  • mais elle est :
    • fragilisée,
    • fissurée,
    • mal entretenue.

 

En 1837, un incendie suivi de graves désordres structurels conduit à :

  • la dépose complète de la flèche,
  • qui ne sera jamais reconstruite depuis.

 

 Avant cet événement, Saint-Denis conserve encore son profil médiéval asymétrique originel, aujourd’hui perdu.

 

5 Une transition intellectuelle : naissance du regard patrimonial

Le début du XIXᵉ siècle marque aussi un tournant :

  • émergence de la notion de monument national,
  • premiers débats sur la restauration des édifices gothiques,
  • Saint-Denis devient un cas emblématique.

 

C’est dans ce contexte que s’imposera bientôt :

  • Viollet-le-Duc (à partir des années 1840),
  • avec une restauration ambitieuse, parfois contestée, mais fondatrice.

 

 

État actuel de la basilique

Aujourd'hui, la basilique Saint-Denis conserve largement le chœur et la façade de Suger (malgré des restaurations au XIXe siècle par Viollet-le-Duc).

C'est le premier exemple abouti du gothique primitif, influençant ensuite Notre-Dame de Paris, Chartres, etc.

Elle abrite aussi la nécropole royale (plus de 70 tombes royales).

 

Ces images montrent bien la transition du roman au gothique, avec l'accent mis sur la lumière et l'élévation spirituelle voulue par Suger.

 

 

 

Histoire de l'émaillerie limousine  par Ernest Rupin

Suger : agriculteur, abbé de Saint-Denis... ministre, régent de France par Ernest Menault.

L'Abbaye de Saint-Denis : tombeaux et figures historiques des rois de France par le baron F. de Guilhermy

 

 

 

Haut Moyen-Age 476 / 987 <==

Moyen-Age Classique 987 / 1137 <==

Moyen-Age Classique 1137 / 1204 période Aliénor d'Aquitaine <==

Chemins de Mémoire, Cathédrale Notre Dame de Reims<==

 

 

(1) M. Charles Lenormant arrive aux conclusions suivantes au sujet de ce fauteuil : « Tout le monde 's'est imaginé qu'Éloi ayant reçu de l'or pour faire un siège en avait fabriqué deux semblables avec le métal qu'on lui avait livré pour un seul; cette manière d'entendre le texte de saint Ouen n'a qu'un défaut, c'est qu'elle conduit à un résultat impossible.

Le poids de l'objet à fabriquer était fixé d'avance; on avait pesé l'or avec le soin convenable, rex tradidit copiosam auri impensam, et le premier soin que dut prendre le prince quand on lui apporta l'ouvrage qu'il avait commandé fut de vérifier si le siège avait le poids convenu et de faire toucher l'or dont il était composé.

 On peut supposer plus vraisemblablement qu'Éloi livre d'abord son travail, et qu'après avoir reçu les compliments dont il était digne, il produisit un autre siège probablement de la même dimension que le premier, probablement exécuté aussi sur le même modèle, et offrant le même aspect à cause de la dorure dont il était couvert.

Le roi et l'assistance se mettent à crier au prodige; mais l'habile et honnête artiste ne juge pas à propos de garder pour soi son secret :

il explique au roi qu'il n'a pu donner au métal consacré au trône d'or massif la solidité nécessaire sans y introduire l'alliage dans une juste proportion.

 C'est ainsi que saint Éloi avait pu retirer de la masse totale de l'or une certaine quantité de ce métal précieux sans rien diminuer du poids attribué d'avance à l'objet. »

Le plus riche de ces trônes, celui qui était en or, a disparu, comme la plupart des meubles dont la matière est de nature à exciter la cupidité, et la copie en bronze s'est conservée à cause du peu de valeur du métal qui la compose; ce serait celle que nous possédons et qui, du Trésor de Saint-Denis, est passée au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale; mais il convient de remarquer que la partie inférieure du monument constituant le siège, à proprement parler, remonte seule jusqu'aux temps mérovingiens; elle serait réellement l'oeuvre de .saint Éloi qui, pour la composer, se serait inspiré d'un modèle antique, tandis que la galerie à jour, formant le dossier et les bras du siège, est plus moderne et pourrait bien provenir des restaurations faites du temps de Suger. — Lenormant, Notice sur le Fauteuil de Dagobert, p. 8. Paris, 1849, et dans les Mélanges d'Archéologie par Cahier et Martin, t. I, p. 162, 163.

 

(2) Et non monétaire. Les monétaires mérovingiens, ainsi que l'a démontré M. A. de Barthélémy, n'étaient autre chose que des officiers publics d'un rang modeste, peu compatible avec la haute position de saint Éloi. Biblioth. de l'École des Chartes, 1881, ut supra.

(3) « Non caeterorum fraudulentiam sectam (Eligius), non mordacis lima; fragmen culpam, non edacem Hammam incusans ». Vit. S. Eligii, I, c. 5.

(4) « Si pastor porcorum qui habet in grege quadraginta porcos, et habet canem doctum, et cornu, et juniorem, si occisus fuerit, quadraginta solidis componatur Si coquus qui juniorem habet, occidatur, quadraginta solidis componatur. Si pastor, similiter. Faber aurifex aut spatarius, qui publiée probati sunt, si occidantur, quadraginta solidis componantur ». — Baluze, Capitulaires, I, p. 79.

(5) Sancti Eligii vila, I, p. 3, 4 et 5.

(6) Thillo (connu sous le nom de saint Tillo ou saint Théau) est le successeur d'Éloi à la direction de la fabrication de pièces d’orfèvrerie. Il va devenir ermite à Brageac près de Mauriac, puis revient pour mourir, en 702, près de Solignac sur le lieu de l'église du Vigen. « Fabricabat ipse B. Tillo in usu régis ustensilia quamplurima ex auro, argentoque et gemmis ». Vita S. Thillonis, Acta SS., Janu., t. I, p. 377.

(7) « Est autem congregatio nunc magna diversis gratiarum floribus ornata..... Habentur ibi et artifices plurimi diversarum artium periti ». Sancti Eligii vita, t. I, c. 16 et 21.

(8). nous en extrayons le passage suivant:

 « Ego Eligius, servus omnium servorum Christi, dominæ sacrosanctæ ecclesiæ quam….. in suburbio Lemovicensi, in terra et fundo agri Solemniacensis (alias Sollemniacensis seu Solempniacensis), Domino auctore, construxi….. cessum esse volo, ac de meo jure in vestro dominio transfundo :

 hoc est supradictum agrum Solemniacensem, qui mihi ex munificentia gloriosissimi et piissimi domini nostri Date goberti regis obvenit, cum ædificiis quæ in ipso agro vel intra muros supradictae civitatis esse noscuntur . »

Chartœ et diplomata, édit. Pardessus, t. II, p. II. Cf. mss. Biblioth. impériale, Coll. Gaignières, t. CLXXXVI, fol. 414; Mabillon, Acta SS. ord. S. Bened. sæc. II, p. 468, et Nov. Gall. christ. t. II. col. 185.

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