juin 1260 Ville neuve-sur-Lot une Bastide pour protéger les habitants des agressions
Villeneuve-d’Eysses ; Villeneuve-d’Agenais (nom ancien de Villeneuve-sur-Lot), est une bastide fondée au XIIIe siècle par Alphonse de Poitiers (frère de Saint Louis) et son épouse Jeanne de Toulouse, fille unique du comte Raymond VII de Toulouse.
La Table et l'Itinéraire d'Antonin nous conduit à Agen où on prend un second chemin, figurant aussi sur la Table et qui, par Eysses, Excisum, nous mène à la Linde.
BURDIGALA (Bordeaux)
SERIONE XX (Ciron / Pont de Ciron) 30 km
VESUBIO XX (Vésone)
FINES XV (Frontière administrative)
AGINNUM XIII (Agen Capitale des Nitiobriges)
EXCISUM XXI
DIOLLODUNUM XXIIII ( Duravel )
BIBONA XV (Viviers)
VARADETO XI (Varades)
CARANTOMAGO XV (Cahors Divona Cadurcorum)
SEGODUNUM XXIIII (Rodez Capitale des Rutènes)
Ce qui veut dire qu'il y a XXI lieues (46 kil.. 662 d'Excisum à Diolindum et XXIIII lieues (53 kil. 338) de Diolindum à Bibona, soit en tout 100 kilomètres.
/image%2F1371496%2F20260121%2Fob_100667_voies-romaines.jpg)
Charlemagne étant entrée en Espagne par la vallée de Roncevaux, l’une ou l’autre des deux voies romaines qui longent, à peu de distance, la côte de l’Océan était la route naturelle qu’il devait suivre, et il arrivait très directement par USSUBIUM, lieu de son débarquement sur la Garonne.
L'itinéraire d'Antonin et la table de Peutinger indiquent une voie romaine dirigée de Bordeaux à Agen, et qui côtoyait le territoire des Vasates, sur la rive gauche de la Garonne.
La première station marquée sur cette route est Sirione, aujourd'hui le pont de Siron (Ciron), dont la distance de Bordeaux est fixée dans l'itinéraire à 15 lieues gauloises.
La seconde station est Ussubium, appelé Vesubio dans la table : c'est Urs ou Ure, jadis en Bazadais, aujourd'hui dans le département de la Gironde.
L'itinéraire et la table marquent également 20 lieues gauloises de Sirione à Ussubium.
A 20 lieues au-dessus d'Ussubium, était un lieu nommé Fines, dépendant du territoire des Nitiobriges (territoire Agennais).
La direction de la voie romaine tournait alors vers la Garonne qu'elle traversait; ensuite, continuant sur la rive droite de cette rivière, elle aboutissait à Aginnum, capitale des Nitiobriges, après avoir parcouru un espace porté, dans la table et dans l'itinéraire, à 15 lieues gauloises.
Total : 70 ou 74 lieues gauloises, qui, réduites en lieues de France, n'en font que 35 ou 37, parce que la lieue gauloise n'était que de 1,500 pas. -
Archéologie
La Maison centrale d'Eysses (prison) a été établie à partir de 1822-1825 environ, sur les ruines d'une ancienne abbaye bénédictine (elle-même bâtie sur le vicus gallo-romain d'Excisum).
Les travaux d'agrandissement, de construction de nouveaux bâtiments (dont un cimetière pour les détenus) ou d'aménagement ont souvent occasionné des découvertes fortuites.
Les fouilles mentionnées ici correspondent à des travaux pour l'établissement d'un nouveau cimetière à la Maison centrale.
Ce type de chantier (tranchées, fondations) a révélé un cimetière gallo-romain adjacent ou superposé.
La présence d'une médaille d'Auguste (monnaie à l'effigie d'Auguste, empereur de 27 av. J.-C. à 14 ap. J.-C.) oriente la datation du site funéraire vers le Haut-Empire (Ier siècle av. J.-C. – Ier siècle ap. J.-C.), avec des pratiques funéraires mixtes (incinération avec urnes, lacrymatoires, etc.).
Les objets ont été remis au préfet, puis donnés au musée de la Société d'agriculture, sciences et arts d'Agen (aujourd'hui intégrés au musée des beaux-arts d'Agen ou dispersés).
Cette société savante, fondée en 1776 et active au XIXe siècle, collectait activement les antiquités locales (elle a notamment reçu de nombreux dons d'Eysses et d'Agen).
Description des découvertes mentionnées
Urnes funéraires : vases contenant les cendres des défunts (pratique d'incinération courante au Haut-Empire).
Lacrymatoires (ou larmes fictives) : petites fioles en verre ou céramique, souvent associées aux rites funéraires (contenaient parfois des huiles ou parfums, pas littéralement des larmes).
Médaille d'Auguste : monnaie impériale, typique pour dater le contexte au règne d'Auguste ou peu après.
Tête en pierre blanche : sculpture représentant un jeune homme jouant d'un instrument à vent (une sorte de cor ou corne, peut-être une trompe ou un buccin).
Elle évoque une figure juvénile, peut-être un musicien, un génie funéraire ou une divinité mineure.
Ces vestiges confirment l'existence d'un cimetière gallo-romain à Eysses/Excisum, site d'un vicus important sur la voie romaine Agen-Périgueux, avec thermes, théâtre, tour romaine (inscrite MH) et habitat dense.
Des fouilles plus modernes (années 1970 et suivantes) ont confirmé et étendu ces connaissances : le site d'Eysses est riche en vestiges gallo-romains (thermes, villae, nécropoles).
Un espace muséal existe aujourd'hui à Eysses (dans l'ancien presbytère de l'église Saint-Sernin), où sont exposés des objets du vicus antique.
Au forum du vicus d'Excisum, plusieurs statues en bronze grandeur nature auraient été découvertes (info orale de J.-F. Carnier, 1994).
Notamment :
Une couronne de lauriers (symbole impérial, typique d'Auguste ou de membres de la domus Augusta).
Un bras d'enfant (souvent associé aux représentations d'Auguste jeune ou d'un Cupidon/Amour impérial, ou encore à des statues de la famille julio-claudienne).
→ Cela suggère une statue d'Auguste (ou d'un prince impérial), attestant le culte impérial dans ce vicus important (thermes, sanctuaire, forum).
La théorie reste "vague" car pas de statue complète publiée, mais les fragments sont significatifs.
A la suite de ces données, on ne devra pas être surpris de nous voir émettre cette opinion que l'ancienne ville gallo-romaine que nous cherchons à exhumer des entrailles de notre sol a dû être, d'après sa position géographique, une station romaine, traversée par une voie militaire servant de communication entre les colonies de Fines et Excisum (Aiguillon et Eysses).
Aucun lieu de la contrée ne peut présenter un tracé de chemin plus convenable et plus direct.
D'ailleurs, « il existe encore, à la sortie d'Aiguillon, un chemin connu dans le pays sous le nom de Cami-Ferrât qui, commençant à la hauteur d’Aiguillon, côtoyait la rive gauche du Lot jusqu'à Villeneuve où il aboutissait à la voie militaire d'Agennum à Excisum, ville autrefois considérable ».
L’Aquitaine fut ravagée par les Vascons, ou Gascons, qui descendirent des Pyrénées, en l’année 586 ; mais ils s’établirent dans la Novempopulanie ; et la partie du territoire des Nitiobriges entre la Garonne et la Dordogne en fut préservée.
En 732, Abdérame, à la tête d’une armée formidable de Sarrasins ou Maures, dévaste l’intérieur de la France, se tourne vers le midi, défait Eudes , duc d’Aquitaine, s’empare d’Agen, porte ses ravages dans la vallée du Lot, saccage Excisum, veut abattre ses murailles : une tour lui résiste; elle dure encore et porte le nom de Tour-Sarrasine;
il revient vers la Loire et est battu par Charles Martel dans les plaines de Tours, en 737 , où il perd son armée et la vie, victoire qui garantit l'Occident de l’islamisme et de la domination des Arabes.
Les Normands pénétrèrent dans l’Aquitaine en remontant la Garonne avec de petits bâtiments, dans l’année 848 ; ils mirent sur leur chemin tout à feu et à sang, incendièrent Cassinoglium, ou Casseneuil, ruinèrent Excisum, ou Eysses.
Leur passage dans les Gaules et l’Espagne pour aller fonder en Afrique, sur les ruines de Carthage, un empire que Bélisaire détruisit sous Justinien, fut comme un torrent de lave qui sillonna la province des Nitiobriges.
La Tour Sarrasine (ou Tour romaine d'Eysses)
1. Le monument antique : dimensions et maçonnerie
- Hauteur conservée : env. 13 m
- Diamètre / largeur : env. 11 m
- Épaisseur des murs : env. 1,20 m
- Maçonnerie en petit appareil régulier (moellons calcaires soigneusement assisés), typique du Haut-Empire (Ier–IIe s. apr. J.-C.).
Ces caractéristiques indiquent une construction monumentale, pensée pour durer et visible de loin.
2. Fonction antique : une exèdre monumentale (probable)
- Il ne s’agit pas d’une tour défensive à l’origine.
- Le plan et la maçonnerie correspondent à une exèdre, c’est-à-dire :
- une structure en hémicycle ou en rotonde,
- adossée à un bâtiment plus vaste aujourd’hui disparu.
Plusieurs hypothèses, non exclusives :
- Basilique civile (au sens romain) :
- lieu de réunions,
- activités judiciaires ou administratives,
- réception officielle.
- Salle de prestige d’un complexe monumental :
- centre civique,
- peut-être lié à un forum secondaire ou à un établissement public de type mansio ou centre routier.
Le terme de « basilique-halle » est acceptable, mais il faut rappeler que :
- la basilique romaine n’est pas un édifice religieux à l’origine,
- elle sert surtout à la vie civique et sociale.
3. Salle circulaire et sociabilité
Votre remarque est pertinente :
- L’exèdre formait vraisemblablement une salle circulaire ou semi-circulaire, propice :
- aux assemblées restreintes,
- aux banquets officiels,
- aux audiences ou délibérations.
La forme même de l’exèdre favorise :
- la parole,
- la mise en scène du pouvoir,
- la hiérarchie des places.
4. Réemploi médiéval et moderne
- Le bâtiment est perçu comme une tour antique, donc :
- conservé,
- intégré au paysage fortifié,
- parfois assimilé à une structure défensive sans l’avoir été.
- Construction d’une maison à l’intérieur :
- cloisonnement,
- percement,
- transformation fonctionnelle.
- Transformation en pigeonnier :
- creusement de trous de boulin dans les murs antiques,
- altération irréversible mais qui explique aussi la survie du monument.
Paradoxe fréquent :
c’est l’usage utilitaire qui a permis la conservation.
5. Importance archéologique
La tour d’Eysses est aujourd’hui :
- l’un des rares vestiges monumentaux romains du Lot-et-Garonne,
- un indice majeur de l’existence d’un centre antique structuré à Eysses,
- un témoin de la romanisation profonde de la vallée du Lot.
Elle pose encore des questions :
- statut exact du site antique (vicus ? centre administratif secondaire ?),
- relation avec les axes routiers antiques,
- articulation avec le futur Villeneuve médiéval.
Après le démembrement de l’empire romain, l’invasion des Francs et rétablissement des grands fiefs, l’Agenois, érigé en comté, appartint aux comtes de Toulouse- Guillaume second, l’un deux, le donna en dot à sa fille Rozelinde, en la mariant avec Vulgrin 1er comte d’Angoulême (1) ; de cette maison il passa aux ducs de Gascogne, ensuite à ceux d’Aquitaine.
Il semble admis par tous aujourd'hui que la partie de Villeneuve, située sur la rive gauche du Lot, existait bien longtemps avant l'acquisition de Gajac par Alphonse, et, d'après d'Anville, c'est là que passait, en venant d’Agen, la voie de Bordeaux à Argantomagus (Argenton, en Berry).
Eléonore d’Aquitaine, fille unique de Guillaume, apporta ce riche héritage dans la maison royale de France, en épousant en 1137 Louis VII, dit le Jeune, qui la répudia le 15 mars 1152; il passa dans la maison d’Anjou par son mariage avec Henri, duc de Normandie, qui devint roi d’Angleterre en 1154, sous le nom d’Henri II.
Cet Henri céda l’Aquitaine, en 1168 , à Richard (Coeur de Lion), son fils;
plus tard, ce dernier donna l'Agenois en dot à Jeanne, sa sœur, lors de son mariage avec Raymond VI de Toulouse, dans l’année 1196, comme une des conditions de la paix qu’ils firent alors entre eux après une guerre assez vive.
Ce comté revint de nouveau dans la maison royale de France par le mariage du duc Alphonse frère de Saint-Louis, avec Jeanne, fille unique de Raymond VII, comte de Toulouse, qui le tenait de sa mère, Jeanne d’Anjou: il fut réuni à la couronne , en 1272, par Philippe le Hardi, avec celui de Toulouse, auquel il avait été incorporé.
Charte de Fondation
Les sources historiques s’accordent sur une fondation effective entre 1253 (traité avec l’abbaye d’Eysses pour le territoire en rive droite du Lot) et 1264 (acte de fondation définitif et charte des coutumes), mais la charte des coutumes accordée par Alphonse et Jeanne date bien de 1260 (juin 1260 selon plusieurs références locales et érudites).
Cette charte en 46 articles organise la vie municipale, civile, pénale et économique de la bastide naissante : droits des consuls, libertés des habitants, justice, commerce, etc.
Elle est confirmée plus tard (1284) par Édouard Ier d’Angleterre après la restitution de l’Agenais aux Plantagenêts par le traité d’Amiens (1279).
Alphonse et Jeanne fondent plusieurs bastides (comme Castillonnès, Villeréal, Eymet) pour consolider leur autorité dans le Sud-Ouest après le traité de Paris (1259) et la fin du comté de Toulouse indépendant.
Alphonse et Jeanne se rendirent d’abord dans l'Agenais; leur entrée à Agen eut lieu le 4 juin 1251, où ils reçurent le serment de la noblesse de la province.
Alphonse fit plusieurs règlements très sages sur l’administration de de la justice, contre les hérétiques et les juifs, dont il adoucit la position ; enfin, par un acte spécial, il réunit la sénéchaussée du Querci à celle de l’Agenais, et en pourvut Philippe de Villa Favérosa.
Le comte et la comtesse se rendirent ensuite à Penne , ils y arrivèrent le huit du même mois , suivis d’une cour nombreuse et d’Othon, vicomte d'Auvillars.
Les barons de Pujols, de Fumel et tous les seigneurs du haut-Agenais s'empressèrent de venir leur rendre hommage.
Pendant leur séjour à Penne, Alphonse fit réparer ses murailles, élire des consuls suivant les anciennes coutumes, et restaurer son église.
Leur présence ramena la tranquillité, calma les haines, réforma les abus dont ils avaient confié la recherche à cinq commissaires pris dans l’ordre des Dominicains d’Agen.
Cette fois, du moins, ces religieux exercèrent des fonctions pacifiques et bienfaisantes.
Un sentiment pieux, mêlé à l’intérêt de leur politique , porta Alphonse et Jeanne à visiter le monastère d’Eysses, placé à une heure et demie de marche, au nord de Penne.
L’ancienne ville à Excisum y avait laissé des débris de son antique splendeur : le château, transformé en monastère, y conservait encore quelques-unes de ses vieilles murailles.
L’église de Saint-Saturnin, aujourd’hui Saint- Sernin, montrait son pavé du sanctuaire, en mosaïque à petits carreaux en pierres de couleur, qui décorait, sous les Romains, le lieu saint de l’ancien temple payen, et qu’on a retrouvé de nos jours parfaitement conservé, lorsqu’on a rebâti cette église.
La ville d’Eysses, quoique déchue de sa grandeur, comptait encore un grand nombre d'habitations, des consuls, des marchés, des foires, des tombeaux sur les bords des routes , selon l’usage des Romains , des Maures et des Visigoths.
Alphonse et Jeanne arrivèrent à Eysses dans les premiers jours du mois de juillet 1251.
L’aspect de la belle vallée du Lot, dont le site élevé de cette ville leur permit de jouir, fixa leur attention; les bords du Lot leur parurent plus propres à l’assiette d’une nouvelle ville, à cause des sources qui se versaient dans ses eaux, de la facilité des transports par cette rivière, ce qui pouvait la rendre commerçante.
Ils eurent aussi la pensée généreuse de la mettre hors de toute puissance des seigneurs de fiefs, en la plaçant sous leur autorité directe.
Ils choisirent sur les bords du Lot l’emplacement de la nouvelle ville dans le bassin le plus bas de la plaine.
Sur la rive gauche du Lot était un lieu nommé Gajac, ou Gayac, suivant la prononciation arabe et catalane alors mêlée à l'idiome usité dans la contrée, et un village appelé Albrespic, ou Alalbespi , avec une église sous l’invocation de saint Etienne, premier martyr de la chrétienté, relevant, ainsi que l’église de Biars, aujourd hui Bias, de celle de Saint-Nicolas de Pujols.
Ces villages anciens et leurs territoires appartenaient au baron de Pujols, ancêtre de l’illustre famille des Cieulat.
Sur la rive droite à peu près en face de ces villages , était une forêt des religieux d’Eysses, avec une maison conventuelle de templiers qu’ils possédèrent jusques à leur destruction, sous Philippe-le-Bel.
Le comte Alphonse et Jeanne de Toulouse, son épouse, résolurent d’y construire la nouvelle ville d'Eysses.
Ils chargèrent leur sénéchal d’Agen et de Cahors, Villa-Favérosa, de traiter à cet effet avec le baron de Pujols, l’abbé et les religieux d’Eysses, de la concession de ces territoires nécessaires à la construction de la nouvelle ville.
Rentrés à Penne, ils en partirent vers la mi-juillet pour le Querci et se dirigèrent par Montcuq sur Lauzerte.
C'est ainsi que le duc Alphonse, fils de Louis VIII et de Blanche de Castille, comte de Poitiers, puis comte de Toulouse, à la mort de son beau-père, le comte Raymond, bâtit Villeneuve-sur-Lot.
Comme beaucoup d'autres villes neuves, celle du duc Alphonse devait s'élever sur les ruines d'une ancienne ville de l'Agenais, nommée Excisum, siége d'une abbaye de l'ordre de Saint-Benoît.
Pour bâtir cette Villeneuve, le duc Alphonse avait acheté de Jean de Pujol le village de Gajac avec le territoire situé sur la rive gauche du Lot.
Jean de Pujol avait mis pour condition de sa vente qu'il serait le premier bourgeois de cette ville neuve, et que ses vassaux jouiraient d'un droit de franchise pour l'entrée et la vente de leurs denrées; qu'en outre, toutes les fois qu'il se présenterait aux portes de la ville, elles lui seraient ouvertes à deux battants, pour y passer avec sa famille et ses gens, toute autre personne devant passer par le guichet.
Le duc Alphonse acquit encore sur le territoire de Gajac ce que possédait Bernard de Jourdain, abbé d'Eysses.
La fondation de cette ville neuve est assez remarquable pour que nous la rapportions.
Le grand prieur de Rhéliac, le chevalier Galbert de Rampo et le sieur Ponce, notaire à Agen, commissaire chargé de tracer la nouvelle ville d'Eysses, sous les réserves stipulées par les religieux donateurs, se rendirent sur les lieux et marquèrent l'espace à occuper par un premier rayon renfermant les murs, fossés, glacis à établir sur la rive droite du Lot.
Un second rayon fut tracé pour déterminer la juridiction seigneuriale de l'abbaye, la nouvelle ville devant jouir des droits régaliens dans ses murs et sa banlieue.
Cette basse plaine était couverte d'une forêt qui fut abattue et dont le produit servit à bâtir les maisons des particuliers; elles furent la plupart petites, à un étage, contenant un ayral, mesure d'alors, équivalant à 26 pieds de largeur sur 56 de long, avec greniers et des saillies sur la voie publique.
Ce genre de construction de mauvais goût, insalubre, était alors en usage dans la plupart des provinces du midi de la France.
La partie du territoire sur la rive gauche du Lot, cédée par le baron de Pujol au duc Alphonse, en 1253, était plus vaste : on y comprit à l'ouest l'église et le village de Gajac, ce qui déployait l'enceinte de cette seconde portion de la ville nouvelle.
Le surplus du territoire de la basse plaine jusqu'au sommet du tertre formant un demi-cercle autour de la ville fut extrait de la mouvance de la baronnie de Pujuls et cédé en franc alleu au duc Alphonse.
C'est sur une échelle présentant un développement de 960 mètres sur la rive droite du Lot, et de 1,020 mètres sur la rive gauche, que furent élevées des murailles en briques d'environ 10 mètres de hauteur, de 2 mètres d'épaisseur, ayant quatre tours de chaque côté, surmontant des portes avec herses meurtrières, pont-levis et créneaux.
Des murs non moins élevés bordèrent les deux rives du Lot.
Un pont de cinq arches les relia. Son accès fut défendu par trois tours carrées.
De vastes fossés entouraient les murs circulaires d'enceinte, et des sources vives y furent amenées.
C'est dans cette ville que se réfugièrent avec empressement les habitants de l'antique Excisum, alors ruiné et sous le vasselage d'un abbé, ainsi que les habitants des villages et des hameaux voisins.
En moins de six ans cette ville neuve fut construite et considérablement peuplée.
Des consuls, un bailli lui furent donnés pour diriger ses affaires de police et d'intérêts civils; mais il fallut régler leurs attributions, établir les droits et les devoirs des citoyens et jeter les fondements de l'ordre et de la tranquillité par des règlements de police, préciser la puissance du seigneur souverain.
A cet effet, le duc Alphonse et la dame Jeanne de Toulouse, seigneurs suzerains de la province, propriétaires du territoire de la province et fondateurs de la ville, concédèrent une charte qui est un véritable code politique, civil, pénal, et de police municipale.
Cette charte est un document trop intéressant pour que nous ne la fassions pas connaître.
Par les deux premiers articles de cette charte, le seigneur se dépouille en faveur des habitants, des droits féodaux, droits de contributions arbitraires, de servage.
Par l'article 3, il ne met d'exception à cette dernière suppression que lorsqu'il s'agira de ventes faites à l'église, à gens de religion ou à chevaliers, ayant tous privilèges, pour éviter les effets de leur influence sur les habitants simples et crédules ; et encore n'accorde-t-il qu'un délai d'un an au seigneur pour user du retrait, disposition tutélaire et philosophique.
Le duc Alphonse donne aux habitants la liberté de marier leurs filles où bon leur semblera, et d'élever leurs enfants dans les ordres ecclésiastiques, toutes choses qu'ils ne pouvaient faire sans le consentement du seigneur.
Par l'article 5, il leur concède ses forêts et ses carrières pour bâtir.
La liberté du citoyen est l'objet de l'article 6; cet article défend au bailli, hors des cas de meurtre, assassinat, crime de lèse-majesté ou crime dont il y a preuve évidente, de prendre ni mettre en prison aucun des habitants, ni saisir ses biens, s'il donne bonne et suffisante caution.
Il règle par l'article 7 la compétence du bailli qu'il nomme aussi sergent ; il abroge les évocations, les jugements par commissaires, ne constitue que le bailli et les assises, et porte que a les habitants, pour les propres affaires de lui, comte d'Agenais, ou pour querelles d'autrui, ne peuvent être cités ni ajournés hors des fins et limites de la juridiction de la ville sur ce qui a été fait dans les possessions d'étroites appartenances et juridiction d'icelle, à moins que notre bailli ou sergent soit occupé ailleurs; en ce cas, il peut assigner les parties aux assises qui se tiendront au plus proche lieu de ladite ville ou territoire d'icelle, là, où seront obligées les parties de se rendre pour ester et fournir à droit. »
Le droit de déshérence est réglé par l'article 8, qui institue des prudhommes pour administrer pendant un an les biens des personnes décédées sans héritiers légitimes ou institués sous la condition d'en payer les dettes et charges, pour être, dans ce délai, rendu aux héritiers qui y auraient droit.
L'article 9 abolit le droit exorbitant, affreux et barbare d'exhirédation, en ne validant les testaments que tout autant que les fils héritiers ne soient privés de leurs droits et hérédité.
Portant la réforme politique sur des usages absurdes et alors encore tolérés, l'article 10 abolit l'épreuve du feu et de l'eau, pour soutenir le serment, et l'épreuve des combats singuliers en preuve des crimes; il établit les informations par témoignage devant la cour, ce qui se rapporte nécessairement aux assises dont nous avons parlé.
L'article 11 autorise la vente d'immeubles à rentes foncières et interdit l'établissement des francs fiefs et de chevalerie, effaçant ainsi dans les villes les traces de la féodalité.
L'article 12 établit les prix des terrains formant la surface de chaque maison, espace nommé eyrial; les droits de mutation de leur revente sont fixés au douzième de chaque prix, ce qui était considérable. Ces droits ont été remplacés ensuite par ceux de contrôle, puis par ceux d'enregistrement.
L'article 13 prescrit la condamnation par le lieutenant du prince à une amende à tout boute-feu ou auteur de maléfices occultes dans la ville et ses appartenances : tribut rendu à la crédulité d'alors, dont le duc Alphonse n'avait pas su se défendre.
Par l'article 14, il est prescrit que le bailli on prévôt (c'est la seule fois que ce nom de prévôt est employé) sera tenu de jurer, avant d'entrer en charge, d'observer, de garder les statuts et coutumes de la ville, et de rendre à chacun son droit.
L'article 15 oblige les habitants possesseurs d'immeubles ou rentes de concourir aux réparations et besoins de la ville, d'après la taxe des consuls.
L'article 16 prescrit aux marchands de viande étrangers de les porter à la place du marché avant de les vendre aux revendeurs à peine d'amende.
Les articles 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, — 27, 28, 29, 30, 31 et 32 forment le Code pénal des crimes et délits qui sont classifiés sans beaucoup d'ordre, et interdisent toute condamnation sans citation préalable.
La plupart des peines consistent en des amendes, sauf les cas graves qui sont soumis au droit commun.
L'article 28 établit une peine spéciale, que nos mœurs actuelles et notre civilisation repousseraient avec indignation.
Il porte en termes exprès : « Tous adultères, tant homme que femme, convaincus par gens de bien et dignes de foi, avec un accusateur faisant la poursuite, ou qui conviendront le cas être véritable, seront condamnés à courir la ville tout nus, si mieux ils n'aiment nous payer cent sols d'amende. »
L'article 24, qui, avec l'article 25, établit un usage consacré depuis par nos lois et par l'article 592 du Code de procédure:
« Les débiteurs ne peuvent être contraints au payement par saisie exécutoire des meubles servant à leur usage personnel, à leur coucher, à celui de leur famille, ou des outils de leur état. » Ce qui n'a pas lieu aujourd'hui pour les instruments du cultivateur.
L'article 25 rend communes aux habitants des campagnes de la juridiction de la nouvelle ville les libertés et franchises données à la ville neuve.
Les articles 33, 34, 35, 36, 37 s'occupent des jugements civils, établissent les amendes contre les partis qui succombent, fixent les cas et les époques où le juge pourra prendre des épices assises.
Les articles 38, 39 et 40 établissent un marché au mardi de chaque semaine, instituent une foire de huit jours de durée, en règlent la police, ainsi que les droits d'entrée, le péage pour les animaux et les marchandises de toutes espèces.
L'article 41, qui se rapporte aux bestiaux, établit la taxe sur ceux qui se vendent sur le champ de foire.
L'article 42 détermine la juridiction de la nouvelle ville ; son territoire s'étendra jusqu'à ceux de la ville d'Eysses, de la paroisse de Courbiac, de la ville d'Epenne, du château de Pujols et de Sainte-Livrade.
L'article 43 accorde aux habitants la faculté du commerce du sel avec transport, ce qui leur fournit, par la suite, une branche commerciale très- étendue.
L'article 44 établit des offices de notaire, et le dernier article porte une réserve de la part du duc, celle de faire rendre la justice selon l'usage de l'Agenais en faveur des seigneurs.
Nous avons reproduit presque in extenso la charte de Villeneuve-sur-Lot, parce qu'elle est certainement un des documents les plus importants du treizième siècle, parce qu'elle est empreinte d'un sentiment de libéralisme qui n'existe pas aujourd'hui.
Non-seulement elle admet les bases principales des établissements de Saint-Louis, elle leur donne une extension qu'on n'avait pas lieu d'espérer à cette époque de féodalité; temps que nous ne devons pas regretter sans doute, mais qui fut, à ce moment de notre histoire, marqué par des libertés municipales qu'on serait tenté de regretter, surtout lorsqu'on considère l'état actuel de nos municipalités, dans lesquelles la centralisation a étouffé toute individualité, où il n'y a aucune place pour le citoyen, où le maire, n'étant plus nommé par ses concitoyens, n'est plus que l'agent du pouvoir, où les conseillers municipaux n'ont plus aucune initiative, puisque le veto du maire, appuyé du préfet, peut mettre obstacle à toutes leurs délibérations, arrêter toute leur spontanéité. Et cela sous l'empire du suffrage universel.
Aussi on ne peut s'imaginer quelle différence il y a entre la vie d'une petite ville d'aujourd'hui et celle d'une ville neuve du treizième siècle.
Dans la ville neuve, c'est le mouvement, l'activité, l'association, la solidarité. Dans nos petites villes d'aujourd'hui, c'est la solitude, la tristesse, la monotonie, l'égoïsme, le chacun pour soi. On sent que toutes les forces morales sont comme anéanties, découragées. On y passe sa vie dans un cercle étroit où la liberté ne peut se mouvoir, où il n'y a aucune prise pour l'activité humaine, où l'homme indépendant est condamné à ne rien être, à user toutes ses forces dans l'inaction.
Aussi voyez dans quel état d'abaissement sont tombés les habitants de nos campagnes : ils ne connaissent ni leurs droits ni leurs devoirs.
Les habitants des villes neuves, au contraire, connaissent leur charte, leur constitution. Ils savent quelles sont leurs obligations et aussi quels sont leurs droits et leurs espérances. Ils ont le sentiment de leur dignité, ils peuvent rêver une liberté plus grande encore; tandis que les habitants de nos petites villes ont abdiqué toute pensée à cet égard. Peu leur importe leur existence de citoyens, pourvu qu'ils ramassent de quoi vivre.
Voilà où l'on amène le peuple, lorsque la centralisation porte atteinte à la liberté des cités. Spinosa a dit vrai : « Une cité où la paix n'est obtenue que par l'inertie des citoyens, et où ils sont conduits comme des troupeaux et n'apprennent qu'à servir, est plutôt une solitude qu'une cité. »
Les rois du douzième et du treizième siècle avaient autrement compris l'administration ; ils avaient parfaitement vu qu'on ne forme un peuple aux grandes choses que par le développement de la liberté.
Et que peut-on attendre aujourd'hui d'un peuple qui n'a plus de libertés municipales, d'un peuple qui se repose sur son gouvernement du soin de penser pour lui, d'un peuple qui prive la société de sa libre et courageuse initiative.
Ce qu'on peut attendre, c'est une soumission sans utilité ; c'est la perte de toutes les forces de l'initiative humaine ; c'est de voir la cupidité, l'ambition, la soif du plaisir s'emparer de toutes les classes sociales; c'est de voir chacun chercher à s'élever en rampant; c'est de voir le respect intelligent de l'autorité morale être remplacé par le culte aveugle du pouvoir dans une succession d'obéissance servile et de révolutions anarchiques.
Voilà ce qu'on doit attendre, lorsqu'on oublie que le patriotisme communal est l'école du patriotisme; que l'intervention dans les affaires communes habitue les citoyens à la vie publique, les initie à la connaissance des affaires.
La stabilité, la grandeur des institutions communales est la plus sûre de toutes les garanties de l'ordre dans les commotions politiques. « Ce n'est pas, a dit M. Jules Simon, exagérer que d'avancer qu'une bonne organisation des communes importe plus que toutes les constitutions politiques à la société et à la liberté. »
Mais quand l'Etat, au lieu de chercher son point d'appui dans les libertés municipales, dans la coopération active des citoyens, le cherche dans une armée semblable à celle d'un conquérant étranger, il est comme campé au milieu d'une nation vaincue et révoltée ; ce qui domine, quand l'idée du pouvoir tend à éclipser l'idée du droit, c'est la raison d'Etat plutôt que la justice morale; c'est le droit de la force plutôt que la force du droit.
«Une administration centralisée outre mesure, dit M. Ferdinand Bechard, peut être comparée à une roue à grand rayon qui, mue par une force directement appliquée à l'axe, est destinée à mouvoir une multitude de roues inertes posées à l'extrémité de sa circonférence. Le souverain est la puissance primitive d'impulsion. L'administration générale, secondée par l'armée et la police, est la grande roue mise en mouvement, et les cités sont les roues inertes marchant par ce moteur étranger.
Tout se tient, tout s'enchaîne dans l'organisme social. La satrapie dans la cité, c'est le despotisme dans l'Etat; c'est, en politique, le culte du maître avec son cortége d'avides et serviles adulateurs, et le mépris souverain des principes ; c'est, en industrie, la machine aveugle au lieu de l'outil intelligent; c'est, dans les mœurs privées et publiques, la civilisation altérant, par l'abus du luxe et des jouissances matérielles, les conditions morales et économiques.
L'autorité municipale est l'unité élémentaire de la souveraineté politique, le point d'appui de l'équilibre entre les diverses forces sociales, et par suite le principe le plus fécond de la paix publique et de l'harmonie des pouvoirs.
Admirable époque que le douzième et treizième siècles, époque de liberté, de justice, d'expansion, de développement des forces individuelles et sociales.
Les affranchissements se multiplient, le droit se découvre et se répand, la loi assure son empire, la culture libre fait ses premières conquêtes et marque ses premiers résultats; on assiste véritablement à l'entrée du cultivateur dans la vie nationale.
Avant, il y avait des serfs, des vilains dans une culture toute privée ; il y aura désormais une classe rurale et des intérêts agricoles reliés, par un but commun, aux autres classes et aux autres intérêts de la société.
Que les souverains d'aujourd'hui nous paraissent petits en face de Louis VI, de Philippe-Auguste et de saint Louis!
Qui est aujourd'hui celui qui pourrait se glorifier « d'avoir arrêté toute guerre, tout incendie, tout empêchement au labour!»
Ah! c'est qu'alors la royauté voulait essentiellement se faire l'expression et l'agent de l'intérêt commun; elle voulait être ce véritable pouvoir qui résume et affirme la pensée et l'utilité publique.
Depuis cette époque, combien pourrait-on citer de souverains qui ont pu, avec une conscience aussi parfaite des devoirs du gouvernement envers les campagnes, remplir ces devoirs d'une manière si peu onéreuse aux classes rurales?
Aussi comme on voit le travail, les intérêts, l'état juridique, à certains égards tout ce qui constitue en un mot la personne, s'améliorer, s'étendre, s'élever et, pour un grand nombre, atteindre au plus haut point qui fût alors dans les esprits !
Il s'opéra une véritable révolution agricole qui fut d'autant plus importante qu'à la prévoyance du gouvernement correspondait une jurisprudence rurale nouvelle, inspirée par le même esprit de justice et de progrès, par l'application d'idées plus avancées et de notions économiques plus favorables au développement de la production.
La foire du 13 octobre et ses origines
La foire du 13 octobre (qui se tiendra mardi prochain, soit le 13 octobre 2026, mais traditionnellement autour de cette date) est effectivement la plus ancienne foire de Villeneuve-sur-Lot et l’une des plus anciennes de la région.
Elle est la survivance directe de la foire de Saint-Guiraud (ou Saint-Géraud/Saint-Girald), mentionnée dans les anciennes coutumes :
Elle commençait le 10 octobre et durait huit jours (jusqu’au 17 environ), autour de la fête de saint Géraud (ou Guiraud), saint local ou patron secondaire (peut-être un saint occitan ou lié à un ermitage/église proche).
L’autorisation est explicitement prévue par l’article 40 des coutumes de 1260 accordées par Alphonse de Poitiers.
Cet article (dans la charte dite « alphonsine ») réglementait les foires et marchés pour stimuler le commerce dans la bastide nouvelle, en accordant aux habitants des droits économiques (péages réduits, protection des marchands, etc.) afin d’attirer les échanges sur le Lot et dans l’Agenais.
La charte alphonsine originale n’existe plus (perdue, seule la version confirmée par Édouard Ier en 1284/1286 subsiste, archivée notamment aux États-Unis), mais les historiens locaux (comme dans les articles de La Dépêche du Midi ou les travaux sur les bastides) confirment que l’article 40 portait sur les franchises de foires, dont celle d’octobre.
« Art. 40. Item , les foires seront en ladicte ville, la feste de Sainct Guirauld , pendant huit jours , pendant lesquels chaque marchant étranger ayant troussels ou balles ou plusieurs troussels, donnera pour l’entrée , sortie , taullage , et le leyde quatre deniers ; pour la charge d’un homme, porte que porte , un denier ; et des choses achetées pour l’usage de la maison, l'achepteur n’en payera rien demeurant dans la dicte ville. »
Aujourd’hui, la foire du 13 octobre reste une tradition vivante, souvent intégrée ou proche de la Foire Exposition du Grand Villeneuvois (qui a lieu en septembre, mais la foire d’octobre est plus ancienne et historique).
Elle perpétue ce legs médiéval : marché, échanges, fêtes, et souvenir des privilèges accordés en 1260 pour faire de Villeneuve une place forte du commerce lot-et-garonnais.
La Porte de Pujols
/image%2F1371496%2F20260121%2Fob_d1ba90_la-porte-de-pujols.jpg)
La porte de Pujols (aussi appelée porte Pujol ou Tour de Pujols) est l'une des deux portes monumentales préservées de l'ancienne enceinte fortifiée de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne, France).
Elle marque l'entrée sud de la bastide.
Elle a été bâtie à la fin du XIVe siècle (dernier quart du XIVe siècle), en même temps que les fortifications de la ville. Les remparts ont été refaits par Jean de Bourbon à cette époque.
Villeneuve-sur-Lot elle-même a été fondée en 1264 par Alphonse de Poitiers (frère de Saint Louis), mais la porte date de la phase de renforcement défensif ultérieure.
Description
C'est une porte de ville surmontée d'une haute tour carrée avec mâchicoulis (pour la défense), un passage voûté, deux étages et un chemin de ronde crénelé.
La structure est principalement en brique épaisse (typique de la région), avec des assises inférieures en pierre de taille.
Elle est dotée d'une grande horloge ajoutée vers 1845.
Elle forme le pendant de la Tour de Paris (ou porte de Monflanquin), située au nord de la ville.
Classée Monument historique depuis le 4 janvier 1901 (avec la tour jumelle).
Elle a été restaurée au début du XXe siècle (notamment par H. selon certaines sources).
La Tour de l’Horloge
/image%2F1371496%2F20260121%2Fob_7782d9_la-tour-de-l-horloge-villeneuve-sur.jpg)
La tour visible au centre de la photo ancienne est la tour de l'horloge (ou tour-porche avec horloge) de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne, France), située dans l'axe de la rue principale menant vers le pont des Cieutats.
Description détaillée de la tour
Architecture : C'est une tour-porche médiévale en briques rouges typiques du sud-ouest de la France, de forme carrée et massive.
Elle date probablement du XIVe siècle (ou a été remaniée à cette époque), intégrée aux anciennes fortifications de la bastide de Villeneuve-sur-Lot fondée au XIIIe siècle.
Horloge : Elle est surmontée d'une horloge ronde visible sur la façade (cadran blanc avec chiffres romains ou arabes selon les époques), sous un toit pyramidal pointu avec une petite flèche ou clocheton au sommet.
Le mécanisme d'horloge servait à la fois d'élément utilitaire pour la population et de symbole d'autorité communale.
Fonction : À l'origine, il s'agissait d'une porte fortifiée (porte avec passage voûté en bas pour la circulation piétonne et charretière), faisant partie du système défensif de la ville.
Elle marquait l'entrée principale vers le centre historique depuis la direction du pont sur le Lot.
Position : Elle se trouve dans l'alignement de la rue commerçante (probablement la rue de Paris ou une artère centrale menant au pont).
La vue photographiée est prise depuis l'intérieur de la bastide, regardant vers le sud-est en direction du pont médiéval des Cieutats (construit entre 1282 et 1289 sous domination anglaise, avec arches en pierre et autrefois défendu par des tours fortifiées – dont certaines ont disparu).
État actuel : La tour existe toujours, bien que modernisée au fil des siècles (l'horloge a été entretenue/restaurée). Elle reste un repère emblématique du centre-ville, entourée de maisons à colombages ou à encorbellements et de boutiques.
Cette tour servait de repère visuel et temporel pour les habitants et voyageurs, dominant la perspective de la rue montante vers le pont sur le Lot.
Le Pont des Cieutats
/image%2F1371496%2F20260121%2Fob_a868fc_apont.jpg)
Le pont des Cieutats (également appelé Pont-Vieux ou Pont des Anglais) à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), est un ouvrage construit sous la domination anglaise en Agenais, pendant le règne d’Édouard Ier d’Angleterre (1272-1307), duc d’Aquitaine.
Chronologie et contexte
1279 : Le traité d’Amiens (entre Philippe III le Hardi et Édouard Ier) confirme la restitution de l’Agenais à la couronne anglaise (prévue par le traité de Paris de 1259).
4 mai 1282 : Le sénéchal de Gascogne, Jean de Grailly (ou Jean de Graity, puissant seigneur gascon, captal de Buch), écrit à Édouard Ier pour lui rendre compte d’un accord passé avec les consuls et habitants de Villeneuve.
Les Villeneuvois s’engagent, sous conditions, à construire un pont de pierre sur le Lot (super Oltum / Oldum) pour relier les deux rives de la ville (séparées par le fleuve).
Cet accord implique l’évêque, les bénédictins d’Eysses et les autorités locales.
La construction est confiée à des ingénieurs/maîtres maçons anglais, probablement pour des raisons stratégiques : contrôler la navigation sur le Lot et renforcer la défense/échanges dans cette zone frontalière.
1282-1289 : Travaux sur 7 ans.
Le pont primitif est un ouvrage fortifié en pierre, avec cinq arches, surmonté de trois tours (une à chaque extrémité et une centrale), intégré au système défensif de la bastide (porte fortifiée, circulation militaire).
Son architecture est décrite comme lourde et massive, typique des constructions militaires anglaises de l’époque, avec un risque de barrage en crue (ce qui causera des problèmes ultérieurs).
1er juin 1289 : Édouard Ier adresse des lettres patentes (diplôme royal) à son sénéchal à Agen (alors Bertrand-Raymond de Campagnac) et aux baillis de l’Agenais.
Sur requête des consuls et habitants, il accorde aux Villeneuvois des revenus spécifiques (droits de péage, coutumes, taxes locales ?) en indemnité des dépenses considérables déjà engagées pour la construction du pont et celles encore à venir.
Cela allège le fardeau financier de la communauté et récompense leur effort pour un ouvrage d’utilité publique et stratégique.
Évolution ultérieure du pont
Le pont reste en service pendant des siècles, mais subit des dommages répétés par les crues du Lot.
La tour centrale du pont s’écroule dans la rivière lors d’une crue très violente, l’effondrement précis est daté du 2 février 1600 dans les comptes historiques locaux.
À partir de ces destructions, le pont ne conserve plus ses tours médiévales : elles ne sont pas remontées et l’ouvrage est transformé au XVIIᵉ siècle — notamment par la création d’une grande arche unique en 1643.
En 1601, Louis de Foix, ingénieur du roi, évalue les travaux, et on affecte aux réparations une part de l'impôt sur le sel ; Domenge de La Porterie, de Marmande, reprend les fondations, qui sont vérifiées en 1613 par François Beuscher, maître des fortifications du roi en Guyenne.
Après les dégats constatés en 1618, Claude Maillet, architecte bordelais, est chargé des travaux.
En 1642 (sous Louis XIII), deux arches anciennes sont remplacées par une grande arche de 36 mètres de portée (hauteur 18 m), conçue par des ingénieurs français pour mieux résister aux inondations.
En 1643, la grande arche est inaugurée.
Le tablier, où passe la route nationale, a été élargi par Targes et Cie, entrepreneurs à Agen, sur les plans de l'ingénieur Rey Pailhade en 1876 : des poutres en fer transversales formant encorbellements maintenues dans un massif de béton portent une chappe en ciment du Theil.
Classé Monument historique en 1954 (ou autour), il est toujours debout aujourd’hui, avec son profil asymétrique (petites arches + grande arche centrale) et qui mène vers la rive opposée avec la chapelle Notre-Dame-du-Bout-du-Pont.
Son nom actuel « des Cieutats » vient de Nicolas de Cieutat (maire de Villeneuve) et son fils Arnaud, qui défendirent la ville en 1585 contre Marguerite de Valois (reine Margot) pendant les guerres de Religion.
Vestiges de l'abbaye
2 novembre 1789 : L'abbaye bénédictine Saint-Gervais-et-Saint-Protais d'Eysses (fondée au Ve siècle, reconstruite au Moyen Âge et restaurée au XVIIIe par les bénédictins de Saint-Maur) est déclarée propriété nationale pendant la Révolution.
16 fructidor An XI (3 septembre 1803) : Arrêté transformant l'abbaye en maison de réclusion (puis officiellement maison centrale par décret impérial du 16 juin 1808).
Ouverture effective : 1809, après travaux d'adaptation.
Elle accueille initialement hommes et femmes condamnés à des peines >1 an, venant du grand Sud-Ouest (Gironde, Dordogne, Landes, Lot-et-Garonne, Lot, Haute-Garonne, Gers, Hautes-Pyrénées, Basses-Pyrénées, Ariège, puis Tarn-et-Garonne).
En 1822 : Devient exclusivement pour hommes (les femmes sont transférées à Cadillac).
En 1895, la maison centrale est transformée en colonie correctionnelle pour mineurs délinquants (loi Corne de 1850, effective à Eysses le 2 juin 1895).
À cette date, de l'ancienne abbaye bénédictine ne subsistent que :
La façade principale (entrée monumentale),
Quelques salles voûtées (souterrains ou rez-de-chaussée),
Des cloîtres (partiellement conservés ou réaménagés).
Le reste a été démoli, reconstruit ou adapté aux besoins pénitentiaires (cellules, ateliers, cours de promenade).
Aujourd'hui, le site conserve encore des éléments médiévaux (cloître, chapelle, murs), mais l'essentiel est marqué par les ajouts du XIXe-XXe siècles.
Le moulin de Gajac (Musée de Gajac)
Histoire : Mentionné dès 1264 dans l'acte de fondation de la bastide de Villeneuve-sur-Lot (par Alphonse de Poitiers), ce moulin à eau fut construit en 1185 par l'abbaye bénédictine d'Eysses.
Il actionnait des meules pour la farine et prélevait un péage sur les bateaux du port fluvial (commerce important sur le Lot au Moyen Âge).
Évolutions : Saccagé pendant les guerres de Religion (XVIe siècle), restauré et étendu.
Vendu au XVIIIe siècle aux marchands Bercegol pour raisons financières.
Au XIXe siècle : transformé en complexe industriel (minoterie/boulangerie, scierie, atelier de peignes en corne).
1945 : Converti en usine électrique (hydroélectricité sur le Lot).
Digue détruite fin 1960s ; activité cesse.
Aujourd'hui : Racheté par la commune en 1981, réaménagé en musée d'art entre 1986-1989 (sous l'impulsion du conservateur Louis Moyret et avec l'avis de Georges-Henri Rivière).
Inauguré en 1999 avec une expo sur Piranèse.
Musée de Gajac : Musée d'art (XVIe-XXe siècles) avec collection permanente (peintures, sculptures, gravures locales et nationales, dont dépôts d'État comme Piranèse) et expositions temporaires (art contemporain, gravure, etc.).
La voie romaine de Limonum (Poitiers) à Cœsarodunum, la bataille de Charles Martel 732<==
Moyen-Age Classique 1225 / 1329<==
(1). Il avait été nommé, d'après la Chronique d'Adémar de Chabannes, pour remédier aux désordres locaux et contenir les Vikings dans la basse Charente.
Les Vikings sont solidement installés autour de Taillebourg, Saintes, parfois jusqu’à Cognac.
Dès 868, il fait reconstruire les remparts d'Angoulême (muros reparavit).
Il fait aussi édifier pour leur barrer la route de terre vers le comté d'Angoulême des points fortifiés primitifs (mottes, enceintes de bois), qui seront ensuite reconstruits en pierre aux Xe–XIe siècles.