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PHystorique- Les Portes du Temps
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6 juin 2026

Guerre de Vendée : Le Mouchoir rouge de Cholet de Théodore Botrel

Au Pays des Mouchoirs un mot sur l’Industrie Textile Choletaise

 

L’industrie textile choletaise remonte à une époque très lointaine. Au xv e siècle, on constate l’existence de nombreux tisserands dans les bourgs autour de Cholet.

 

Au XVIIe siècle, vers 1677, Colbert envoya dans le pays une colonie hollandaise et Cholet devint un centre très important de fabrication.

 

 On filait, à la main, des lins récoltés dans le Craonnais ou dans la vallée de la Loire. Avec ces fils, et aussi avec du coton, on fabriquait, soit des toiles grises et des mouchoirs fins, soit des toiles et des mouchoirs de couleur qui étaient demandés non seulement dans toute la France et en Espagne, mais encore aux colonies.

 

Pendant la Révolution et les guerres de Vendée, une grande partie de la population avait quitté le pays et toute activité industrielle avait nécessairement disparu.

 

C’est une légende datant de cette douloureuse époque qui a inspiré au barde breton Botrel son mélancolique chant :

« Le Mouchoir rouge de Cholet. »

Quand la paix fut rétablie, l’industrie choletaise reprit un nouvel essor.

 

La légende du « Mouchoir rouge de Cholet » est inspirée d’un fait historique de la guerre de Vendée, lors de la deuxième bataille de Cholet le 17 octobre 1793.

 

L’épisode historique qui a inspiré la chanson

Henri de La Rochejaquelein (un des principaux chefs vendéens, souvent appelé simplement « Monsieur Henri ») portait trois mouchoirs blancs de Cholet sur lui pendant la bataille :

  • Un sur la tête (ou au chapeau),
  • Un autour du cou ou sur la poitrine,
  • Un à la ceinture ou en écharpe.

 

Ces mouchoirs blancs le rendaient très visible pour ses hommes (les « Blancs »), mais ils en faisaient aussi une cible privilégiée pour les républicains (« les Bleus »).

 

Selon les récits, les mouchoirs blancs furent rapidement tachés de sang au cours des combats acharnés.

La Rochejaquelein refusa de les enlever malgré le danger.

 

Théodore Botrel a romancé cet épisode dans sa chanson (1897-1898), en attribuant le geste à François de Charette (pour des raisons de rime et de rythme), même si l’histoire concerne plutôt La Rochejaquelein.

 

 

Résumé de la chanson de Botrel

Un jeune Vendéen avait acheté trois jolis mouchoirs rouges (déjà teintés dans la chanson) pour offrir à sa fiancée Annette. Il les donne à Charette qui les porte fièrement :

  • Un sur la tête,
  • Un en cordelette pour son sabre,
  • Un sur le cœur.

 

Les Bleus visent les mouchoirs et tuent le chef. À la fin, le narrateur, mourant, offre à Annette son vieux mouchoir blanc taché de sang, devenu « si rouge qu’on dirait un mouchoir rouge de Cholet ».

 

C’est une chanson mélancolique et émouvante, typique du style de Botrel, qui transforme un acte de bravoure en symbole tragique et romantique de la résistance vendéenne.

 

 

 

Naissance du mouchoir rouge moderne

Le succès populaire de la chanson (chantée pour la première fois à Cholet en avril 1900) a inspiré l’industriel choletais Léon Maret (ou d’autres fabricants).

Il a créé le mouchoir rouge et blanc tel qu’on le connaît aujourd’hui :

Le rouge symbolise le sang des Vendéens,

Le blanc représente la cause royaliste (« les Blancs »).

 

Ce fut un formidable coup de marketing qui fit connaître Cholet dans toute la France.

 

 

 Sous l’action du progrès moderne et du machinisme, elle subit différentes transformations, mais ne cessa de se développer jusqu’à nos jours.

Elle compte actuellement, outre une filature de coton, d’important établissement où l’on tisse mécaniquement le lin, le coton et même la laine. Ces établissements de tissage mécanique créés principalement à Cholet, n’ont pas fait disparaître le tissage à la main, qui se fait à domicile et surtout dans la campagne.

 

Dans presque tous les bourgs autour de Cholet on trouve de nombreux tisserands à la main dont l’outillage, propriété de l’ouvrier, n’a guère varié depuis plusieurs siècles.

 

Le rythme cadencé de la navette donne à ces villages de tisserands une note de vie qui ne manque pas d’un certain pittoresque.

 

Le tissage a entraîné la création de plusieurs industries annexes : blanchiment, teinture, apprêts. L’industrie du blanchiment, entre autres, a fait à Cholet, depuis quelques années, d’importants progrès. On y a même créé une spécialité de toiles grand blanc dont l’éclat rivalise avec les produits les plus réputés de l’Irlande.

 

Enfin, la confection des divers produits du tissage choletais a également pris un très grand développement dans ces dernières années. Elle se fait en ateliers, ou à domicile. On confectionne surtout des taies d’oreillers, des draps de lits, et des mouchoirs. Ornés le plus souvent de dessins à jours et de broderies variées, ces divers articles sont aujourd’hui de plus en plus appréciés par la grande clientèle.

 

Le Cri d'Angers : journal bimensuel 10 décembre 1911

 

 

Ce texte est un excellent témoignage sur la continuité et la résilience de l’industrie textile choletaise, qui reste aujourd’hui encore un savoir-faire emblématique de la région (mouchoirs de Cholet, linge de maison, etc.).

 

Théodore Botrel (nom complet : Jean-Baptiste-Théodore-Marie Botrel) est un célèbre auteur-compositeur-interprète, poète et dramaturge français, souvent surnommé « le barde breton ».

 

Principales informations biographiques :

Né le 14 septembre 1868 à Dinan (Côtes-d’Armor, Bretagne).

Mort le 26 ou 27 juillet 1925 (à 56 ans) à Pont-Aven (Finistère), où il est enterré.

 

Parcours

Issu d’un père breton et d’une mère alsacienne, il passe une partie de son enfance chez sa grand-mère à Saint-Méen-le-Grand. Il rejoint ses parents à Paris à l’âge de 7 ans.

Après divers petits métiers (apprenti serrurier, garçon de courses, secrétaire chez un avoué), il commence à écrire des poèmes et des chansons.

Son succès éclate en 1895 avec « La Paimpolaise » (musique d’Eugène Feautrier), chanson inspirée du roman Pêcheur d’Islande de Pierre Loti.

Interprétée pour la première fois au cabaret Le Chien Noir à Montmartre, elle devient un immense tube populaire et fait de lui l’un des artistes les plus populaires de son époque.

 

 

Il se produit en costume breton traditionnel (gilet brodé) et devient l’ambassadeur chantant de la Bretagne. Il a composé des centaines de chansons sur des thèmes bretons, patriotiques, sentimentaux ou humoristiques (Le Mouchoir rouge de Cholet, Kénavo, Le Petit Grégoire, etc.).

 

Autres faits notables :

Il créa en 1905 la Fête des Fleurs d’Ajonc, l’une des premières fêtes folkloriques de Bretagne, à Pont-Aven.

Volontaire pendant la Première Guerre mondiale (malgré une réforme antérieure), il fut chansonnier aux armées, gazé et blessé. Il reçut la Croix de Guerre.

Couronné plusieurs fois par l’Académie française.

Il vécut les vingt dernières années de sa vie à Pont-Aven (villa Ker Botrel).

 

Théodore Botrel reste une figure emblématique de la chanson française du début du XXe siècle et de la valorisation populaire de la culture bretonne.

1 – J’avais acheté pour ta fête
Trois petits mouchoirs de Cholet,
Rouges comme la cerisette,
Tous les trois, ma mie Annette,
Dieu, qu’ils étaient donc joliets,
Les petits mouchoirs de Cholet!

 

2 – Ils étaient là, dans ma poquette,
Dans mon vieux mouchoir blanc, si laid;
Et chaque nuit, la guerre faite,
Dans les bois, ma mie Annette,
En rêvant de toi, je rêvais
Au petits mouchoirs de Cholet!

 

3 – Les a vus, Monsieur de Charrette;
Les a voulus, les lui donnai,
Il en mit un dessus sa tête,
Le plus biau, ma mie Annette,
C’était le plus fier des plumets,
Le petit mouchoir de Cholet!

 

4 – Fit de l’autre une cordelette,
Pour pendre son sabre au poignet;
Fit du troisième une bouclette,
Sur son cœur, ma mie Annette,
Et tous les soirs, les bleus visaient
Le petit mouchoir de Cholet.

 

5 – Ont visé le cœur de Charrette,
On tué celui qui t’aimait;
Et je vais mourir, ma pauvrette,
Pour mon roi, ma mie Annette,
Et tu ne recevras jamais,
Tes petits mouchoirs de Cholet!

 

6 – Mais qu’est-ce là, dans ma poquette?
C’est mon vieux mouchoir blanc, si laid;
Je te le donne pour ta fête,
Plein de sang, ma mie Annette;
Il est si rouge, qu’on dirait
Un mouchoir rouge de Cholet.

 

==> Le 14 octobre 1793, nous prîmes des chemins détournés pour nous rendre à Cholet, où était alors l'armée vendéenne.

==> 17 octobre 1793 La bataille de Cholet, un épisode clé de la guerre de Vendée pendant la Révolution française.

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