13 avril 1793 : Première bataille de Challans, le Général Boulard s’opposa directement à Charette.
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Henri François Maurille de Boulard (Paris, 25 novembre 1746 – La Rochelle, 29 novembre 1793) est un général de brigade de la Révolution française qui s’est illustré au début de la guerre de Vendée, notamment dans la Basse-Vendée (secteur des Sables-d’Olonne et de Challans).
Carrière avant 1793
- Engagé dans l’armée à 16 ans sous l’Ancien Régime.
- Caporal puis capitaine en 1775.
- En 1791, il est nommé colonel du 60e régiment d’infanterie.
- Après 30 ans de service, il est promu général de brigade provisoire le 21 mars 1793 par les représentants en mission Joseph Niou et Narcisse Trullard.
Rôle dans la guerre de Vendée (printemps 1793)
Au début de l’insurrection, Boulard est placé à la tête de la colonne des Sables-d’Olonne (armée des côtes de La Rochelle). Ce n’est pas l’une des futures « colonnes infernales ».
Principales actions :
- Début avril 1793 : Il part des Sables-d’Olonne à la tête d’environ 3 500 à 4 200 hommes (dont peu de troupes de ligne et beaucoup de volontaires, notamment de Bordeaux) et 200 cavaliers.
- 3-7 avril : Il reprend La Mothe-Achard aux Vendéens.
- 12-13 avril : Bataille de Challans (aussi appelée bataille du Pas-Opton).
Boulard s’empare de Challans. Charette et Jean-Baptiste Joly contre-attaquent le lendemain, mais sont repoussés grâce à l’artillerie républicaine. - 14-15 avril : Victoire à Saint-Gervais contre les mêmes chefs vendéens.
- Mai 1793 : Il tient plusieurs postes (Challans, Palluau, etc.).
Le 15 mai, attaqué à Palluau par des forces vendéennes très supérieures en nombre, il résiste pendant quatre heures et les repousse. Il est confirmé général de brigade le même jour.
Boulard mène une campagne prudente et disciplinée. Avec des effectifs limités, il réussit à contenir les insurgés dans le sud de la Vendée pendant près de deux mois et à protéger Les Sables-d’Olonne.
Fin de sa carrière et mort
Épuisé et souffrant de graves problèmes de santé (tumeurs hémorroïdales), il est évacué vers La Rochelle.
Ses origines nobles le forcent à démissionner le 10 juillet 1793.
Il meurt à La Rochelle le 29 novembre 1793 (ou 9 frimaire an II), à l’âge de 47 ans.
Caractéristiques
Boulard est considéré comme un officier compétent, ferme et discipliné, qui a su inspirer confiance à ses troupes.
Contrairement à d’autres généraux de la période, il n’a pas cherché la gloire médiatique auprès de la Convention et reste relativement peu connu dans l’historiographie générale de la guerre de Vendée.
Il s’opposa directement à Charette lors des combats de Challans et Saint-Gervais, moments importants du début de l’insurrection dans le Marais.
C'était cependant un redoutable adversaire que l'adjudant-général Boulard. Caractère rigide, épris de discipline, regrettant la belle ordonnance des régiments d'antan, il s'était efforcé de donner quelque cohésion à ses troupes et surtout de leur inculquer les principes de la guerre de partisans.
Les instructions qu'il rédigea à cette occasion sont un véritable manuel de tactique en pays insurgé (2).
Le 6 avril, la petite armée républicaine, dite armée de la Vendée ou des Sables, comprenait, sous le commandement supérieur de Boulard, deux divisions : l'une sous les ordres de l'adjudant-général Dumas, l'autre sous ceux de l'adjudant-général Esprit Baudry ; son effectif total dépassait 2,500 hommes, dont plus de 200 cavaliers, avec quatre pièces de canon.
Les instructions des représentants du peuple ordonnaient de traverser le Marais et de reprendre possession de l'ile de Noirmoutier, alors au pouvoir des Royalistes.
Boulard se mit à la poursuite des bandes de Joly le 7 avril : il marcha sur la Mothe-Achard avec sa première division, pendant que la division Baudry se dirigeait sur Vairé.
Les deux colonnes républicaines livrèrent aux insurgés de la Mothe-Achard et des environs plusieurs combats où elles eurent constamment l'avantage, notamment au pont de la Grassière et à la Ciboule, où Joly fut repoussé; à la Grève, où Baudry débusqua les bandes de Guerry du Cloudy avant d’occuper Vairé (1), puis à Saint-Gilles.
Le commandant de la 2e division, pressant la marche de ses troupes, sans se préoccuper de se relier avec Boulard, occupa dans la soirée le bourg de l'Aiguillon-sur-Vie.
Le 9 avril, cette même colonne atteignit Saint-Gilles vers les dix heures du matin; les Vendéens de Guerry du Cloudy venaient de l'abandonner et se repliaient sur Saint-Hilaire-de-Riez, au nord.
Dès le lendemain, à la vue de trois frégates et de deux avisos de la République (2), en rade de Saint-Gilles, croyant que c'étaient des bâtiments anglais, ils revinrent en nombre considérable.
Les boulets des canons de Baudry les avertirent bientôt de leur méprise; ils battirent en retraite précipitamment, après avoir perdu une soixantaine d'hommes et laissé quarante des leurs aux mains des Républicains (3).
Plusieurs d'entre eux s'enfuirent jusqu'à Challans, d'où ils gagnèrent Machecoul. Le comité royaliste de cette ville fut ainsi prévenu de la marche des colonnes républicaines.
Charette déclara qu'il fallait défendre les approches de Challans.
Pour réunir le plus de monde possible, il envoya à Bouin un émissaire porteur de l'appel qui suit :
Aux Habitants de Bouin,
Frères et Amis, de la part du Commandant général il est ordonné, sitôt le présent reçu, de faire sonner le tocsin, afin de rassembler tout ce que votre paroisse peut fournir d'hommes, de les faire armer de fusils, piques, fourches, etc., et de nous les envoyer en diligence.
Machecoul, le 9 avril 1793.
Le chevalier CHARETTE (4).
Toute l'armée des Sables marchait sur Challans en deux groupes distincts.
La 1re division, avec Boulard, se dirigeait le long de la rive gauche de la Vie pour franchir le passage du Pas-aux-Petons, où l'on signalait un parti de l'armée de Joly.
Celui-ci s'était en effet rassemblé auprès de quelques maisons au-dessus de la rivière, avait construit des retranchements et braqué un canon de 18 sur le chemin qui conduisait au passage.
Boulard ouvrant le feu de ses pièces de campagne, appelées alors pièces de bataillon, oblige les défenseurs du Pas-aux-Petons à l'abandon de leurs retranchements et à la retraite (5) ; mais la marée élevant considérablement le niveau de la rivière, il fallut renoncer à franchir le passage, et la troupe de Joly n'aurait pas été inquiétée dans sa retraite si elle n'avait été se heurter, sur la route de Saint-Hilaire-de-Riez, à la cavalerie de la colonne Baudry, formée d'environ 80 volontaires.
Les cavaliers sabrèrent les fuyards et leur tuèrent plus de 300 hommes. Cette attaque imprévue disperse la bande de Joly, qui traverse en toute hâte Challans et ne retrouve quelque cohésion qu'à la Garnache.
Dans la matinée du 12, les deux colonnes (6) républicaines se rejoignent à Challans et, après avoir délivré douze prisonniers patriotes enfermés dans divers locaux, elles se préparent à un sérieux combat pour le lendemain, car elles prévoient une nouvelle tentative des bandes de Joly, grossies de celles de Charette.
L’ancien lieutenant de vaisseau arrivait en effet devant Challans (7) avec un millier d'hommes mal armés, indisciplinés, qui croyaient à une expédition aussi facile que l'occupation de Pornic et qui désiraient plutôt piller que combattre.
Charette n avait pour le seconder que des officiers improvisés, sans expérience militaire, sans influence réelle sur leurs soldats : les trois frères de la Robrie, le chevalier de la Roche-Lépinay, Angibaud, Dargens, Rousseau, Esnault, etc.
Ils se trouvèrent en contact avec les bandes de Joly, Guerry du Cloudy, Savin, Du Chaffault.
L’accueil fut cordial, trop cordial même, car la plupart, chefs et paysans, burent beaucoup d'eau-de-vie et l'exaltation qui en résulta paraît avoir donné à Charette de légitimes appréhensions.
Après quelques coups de canon, ils prirent la fuite. Il y en eut 2 tués à ce poste.
Une colonne de cette division, ayant été obligée de s'arrêter à cause de son artillerie, qui se trouvait embarrassée dans le marais, la totalité ne put arriver qu'un peu tard à la Jettière, village au-dessus du passage du Pas-Opeton.
Malgré cela, elle tomba sur les hommes qui abandonnèrent ce passage et en tua 300. » (Procès-verbaux des différents combats livrés aux rebelles par l'armée de la Vendée, sous les ordres du général Boulard. Arch. hist. de la Guerre, armée de réserve, avril 1793)
Nous voyons plus loin dans le même document : « La colonne Boulard est canonnée sur la rive gauche de la Vie pour passer le Pas-Opeton » une pièce des brigands, qui bientôt se retirent, mais la cavalerie de la colonne Baudry les rejoint par la route de Saint-Hilaire; elle en sabre 300. ,,
Le 13, à cinq heures du matin, toutes les bandes vendéennes, d'un effectif d'environ 4,000 hommes (8), disposées en arc de cercle, attaquent la partie nord-est du bourg en poussant de grands cris; elles sont alors repoussées par les troupes républicaines formées en deux échelons en avant de Challans, l'un (lre division) du nord à l'est, l'autre (2e division) au nord-ouest.
L'artillerie est entre les deux groupes; elle ouvre le feu avec plus de bruit que de résultat, mais ces détonations épouvantent les paysans qui traînent péniblement quelques pièces de canon ; ils n'ont pas le temps de les mettre en batterie, les Vendéens du premier rang se rejettent sur ceux qui marchent derrière et qui, pour la plupart, sont armés de piques ou de faux.
L'offensive est paralysée dès le début, et quand la division Baudry attaque à la baïonnette les bandes de Machecoul à l'extrême droite de la ligne assaillante, celles-ci se débandent et s'enfuient, abandonnant leur inutile artillerie.
Les Vendéens de Joly et de Guerry du Cloudy ne résistent pas à la contagion de la déroute.
La bande la plus vivement poursuivie fut celle de Charette, qui ne sut point se disperser assez rapidement; elle courait sur le chemin de Machecoul pour échapper aux gendarmes et aux cavaliers nationaux (9).
Charette, abandonné de ses quelques cavaliers, fut lui-même poursuivi jusqu'à la Garnache et faillit tomber au pouvoir de l'ennemi (10).
Les pertes des Républicains furent nulles, d'après le rapport du général Boulard, en raison de la panique de leurs adversaires.
Boulard ne s'attarda point à la poursuite ; il n'oubliait pas que le but de son expédition était la reprise de Noirmoutier et il porta ses divisions dans la direction du nord-ouest.
Le 14 au soir, la colonne dont il gardait personnellement le commandement cantonnait à Beauvoir et celle du lieutenant-colonel Baudry à Saint-Gervais ; l'une et l'autre n'avaient point été attaquées.
Les vaincus du 13 avril songeaient cependant à préparer leur revanche.
Attristé et humilié de la piteuse attaque de ses contingents et de leur déroute, Charette cherchait à reformer un rassemblement à Machecoul et à menacer les troupes de Boulard sur leurs derrières, si même il ne tentait point une nouvelle attaque des cantonnements républicains.
Les habitants de Bouin avaient mal répondu à son premier appel (11) ; il les convoqua à Machecoul sans aucun retard (12); en même temps, il était avisé que Joly allait attaquer les troupes de Saint-Gervais et il résolut de prendre part à ce nouveau combat.
Au quartier général républicain, à Beauvoir, on avait reçu de mauvaises nouvelles.
La ville des Sables était menacée par un rassemblement nombreux de paysans, formé à la Mothe-Achard.
Les représentants Niou et Carra envoyaient des instructions contradictoires : tantôt il s'agissait de continuer la marche sur Noirmoutier, tantôt de réoccuper la Mothe-Achard.
Boulard veut s'en tenir aux premières instructions et reconquérir Noirmoutier.
Charette et la guerre de Vendée : d'après les archives de l'Etat et de la ville de Nantes, des mémoires inédits de chefs vendéens, etc. / par René Bittard Des Portes
François-Athanase Charette de La Contrie, souvent simplement appelé Charette, est l’un des principaux chefs de l’Armée catholique et royale pendant la guerre de Vendée (1793-1796).
Surnommé le « Roi de la Vendée » ou le « Roi du Marais », il commandait les forces royalistes du Bas-Poitou et du Pays de Retz.
Lien avec Challans
Challans (Vendée) se situe au cœur de la zone d’opérations de Charette, dans le Marais (bas Vendée).
Il y a mené plusieurs actions importantes :
- 13 avril 1793 : Première bataille de Challans. Charette et Jean-Baptiste Joly attaquent la ville tenue par les républicains du général Boulard. L’assaut est repoussé (échec pour les Vendéens).
- 7 avril 1794 : Deuxième bataille de Challans. Charette tente à nouveau de prendre la ville, mais est repoussé par le général Dutruy.
- 6 juin 1794 : Troisième bataille de Challans. Attaque plus importante (avec Stofflet et d’autres chefs) contre la garnison de Boussard ; nouvel échec.
- Charette capture aussi un camp républicain à Saint-Christophe-du-Ligneron, près de Challans.
- Il se replie souvent dans le Marais de Challans pour mener sa guérilla.
Son manoir de Fonteclose (à La Garnache, tout près de Challans) était l’un de ses points d’attache.
C’est là que les paysans vinrent le chercher en mars 1793 pour qu’il prenne le commandement.
Carte Guerre de Vendée et Lieux de Mémoire (Maps et Dates)<==
Le passage du Pas-aux-Petons (devenu aujourd'hui le Pas Opton) est un ancien gué situé sur la rivière la Vie, à proximité du Fenouiller et non loin de Challans en Vendée.
L'appellation initiale « Pas aux petons » (pour « pas aux piétons ») indiquait sur les cartes anciennes que ce gué de la rivière la Vie pouvait se traverser à pied selon le niveau de l'eau.
(1). Une perquisition y fit découvrira Baudry une partie de la correspondance de Joly avec ses lieutenants. (V. Arch. hist. de la Guerre, armée de réserve, avril 1793.)
(2). Destinés à l'expédition de Noirmoutier.
(3). « Les Brigands croient que ce sont des bâtiments anglais, ils arrivent 3 à 4,000 du côté de Saint-Hilaire; la 2e colonne les canonne.
Ils perdent 60 tués, 40 prisonniers. » (Précis des mouvements de l'armée des Sables. Arch. hist. de la Guerre, armée de réserve, avril 1793.)
(4). Au dos : « Gardes du Roi, laissez passer le porteur. 10 avril 1793.
Signé : ANGIBACD, aide de camp du Roi. » (Chassin, Vendée patriote, t. 1er, p. 224.)
Nous avons relevé, dans la collection de Dugast-Matifeux, à Nantes, un ordre identique, antérieur de douze jours :
« De l'autorité du Bureau central et de M. Charette, commandant, Angibaud ramassera le plus de monde qu'il pourra dans les marais de Bouin et les amènera ici.
« Machecoul, le 28 mars 1793.
« Signé : ROUSSEAU, PROTIER, le chevalier CHARETTE. »
(De l'écriture de Rousseau.)
(5). Les Vendéens n'avaient perdu que cinq ou six hommes, parmi lesquels on reconnut le curé de Soullans, qui avait suivi l'armée de Joly en qualité d'aumônier.
Il restait dans les retranchements une pièce de 18 et deux pierriers.
(6). La 2ème division dirigeait sa marche sur trois colonnes par Saint-Hilaire-de-Riez pour venir prendre l'ennemi par derrière au même passage. Elle le rencontra à Riez; ils étaient retranchés dans un cimetière auprès du pont.
(7). On a accusé Charette de ne pas être venu plus tôt au secours de Joly, mais il s’attendait à être attaqué dans Machecoul.
Le 8 avril, il avait reçu du comité de Port-Saint-Père l'avis suivant :
« Au chevalier de Charette, commandant-général à Machecoul.
« Nos frères de Bouguenais viennent de nous prévenir qu'une armée de 3,000 hommes doit partir demain matin de Nantes pour se porter sur nous.
Nous sommes sans munitions, principalement sans poudre » (Archives du Greffe du tribunal de Nantes.)
(8). Le rapport 'républicain que nous avons déjà cité constate que, le 12 avril, les deux colonnes sont à Challans et que, le 13, elles sont attaquées « par 3 à 4,000 brigands de Machecoul, Beauvoir et autres pays x.
(9). D’après le rapport républicain, les vendéens perdirent 300 hommes. Le Bouvier-Desmortiers prétend que Charette perdit seulement cinq hommes; c'est bien invraisemblable, avec la poursuite de la cavalerie républicaine dans un pays découvert.
(10). Le document officiel républicain, que nous avons déjà cité, mentionne la mort de MM. de la Rochefoucauld père et fils, qui auraient été tués à cette affaire.
(11). L'un des chefs de l'île de Bouin avait répondu, le 10 avril, par le billet qui suit : « Nous ne pouvons en envoyer d'ici, vu que nous aidons à la garde des prisonniers de Beauvoir. — Signé : P. BEAUTRKAU, commandant (à l’Epoix). »
(12). « Par ordre de M. le commandant-général de Machecoul, il est enjoint au comité de Bouin de rassembler le plus d'hommes qu'il pourra pour venir à Machecoul.
« Ce 13 avril 1793.
« Signé : Le chevalier CHARETTE.
(De l'écriture de Charette.)
(Collection Dugast-Matifeux.)