Avril 1227 Mariage de Savary de Mauléon avec Amable du Bois à l'église Saint-Nicolas de La Tranche
Soucieux d’assurer la succession de son fils né hors mariage, Savary de Mauléon demande par exemple à l’abbé de Mauléon de remettre à l’abbé d’Orbestier et à son châtelain de la tour de Talmond l’écrin scellé qui contient l’ensemble de ses chartes.
La charte qui va suivre prouverait qu'Amable fut femme légitime de Savary, si l'on n'était pas autorisé à croire que cette pièce a été fabriquée lors du procès des héritiers de Raoul avec Alphonse :
À tous ceux qui verront les présentes lettres,
Savaric de Mauléon, salut dans le Seigneur.
Je fais savoir à tous que moi, avec dame Amable de Bois, j’ai célébré mon mariage à Saint-Nicolas de Tranchais, en présence de H., par la permission divine vénérable abbé de Saint-Jean d’Orbestier, ainsi que de plusieurs autres personnes.
C’est pourquoi je veux et ordonne à tous mes hommes, tant chevaliers que sergents, bourgeois et autres de mes sujets, que, s’il arrivait que je vienne à mourir ou qu’un autre malheur quelconque m’advienne — ce qu’à Dieu ne plaise —, les héritiers que j’aurai de ladite dame Amable de Bois aient la seigneurie de mes terres et les possèdent en héritage.
Et tout particulièrement, telle est ma volonté concernant Raoul, mon fils, et sa descendance : qu’il ait la seigneurie de mes terres et les possède, si ce qui est dit précédemment venait à se produire.
Et, afin de donner à cette affaire une plus grande certitude, j’ai remis les présentes lettres à ladite dame Amable de Bosco, en témoignage de vérité, munies et garanties par l’apposition de notre sceau.
Fait au château d'Olonne, l'an de grâce 1227.
La première mention solidement attestée de Saint-Nicolas de La Tranche remonte à 1227. Il s’agissait alors d'une chapelle, située dans un secteur littoral aujourd’hui disparu ou profondément transformé, près de l’anse de Maupas, entre la mer et les marais.
Je sais bien qu’il y a dans la conscience populaire de cette région comme une lointaine réminiscence d’époques terribles; des vieux, par tradition, disent qu’on entendit jadis sonner, au-dessus du rocher de l’Aunis, les cloches de l’église Saint-Nicolas où Savary de Mauléon fit bénir son mariage au début du XIIIe siècle, on affirme y avoir trouvé, aux basses mers, des vestiges d’habitations, et j’y ai recueilli moi- même des débris de tronc d’arbres silicifiés.
On a découvert également des arbres sous le sable de l’anse du Maupas ; on dit qu’il y a des maisons enfouies sous la dune, et la Tranche paraît s’être reculée au-delà de cette dernière comme dans la crainte d’un assaut de l’Océan.
Une vieille légende raconte même que la Tranche aurait été détruite autrefois, et que cela était le châtiment d’une dame pervertie qui vivait dans la Tour de Moricq.
C’est la mystérieuse Dahut de la ville d’Is transportée en Vendée par l'âme du peuple. Et la conscience des simples regarde encore tout ce large comme un champ de ruines anciennes et de désastres inconnus.
Mais la mer a connu des remords, dans l’évolution de ses courants et de ses actions; elle bâtit des terres là où elle en a rongées ; elle abandonne des espaces qu’elle avait envolués dans des jours de colère, et l’homme qui vit sur ses houles ou sur ses littoraux et connait ses caprices, sait qu’il faut lutter avec elle longtemps avant de se résigner à ses destins qu’elle ne laisse pas prévoir.
Je vous confierai une chose concernant l’Anse du Maupas : c’est un des lieux où les sorciers tiennent leur sabbat.
Il est un sorcier, assure-t-on, qui, dans le temps (et peut-être encore aujourd’hui), se frottait les mains avec de la mousse du cimetière, enfourchait un cheval blanc et, d’un bond franchissait le Pertuis, atterrissant sur une plage de l’île de Ré.
Prenait-il quelqu’un en croupe ? Je ne saurais le dire ; si c’était le cas, on peut affirmer qu’il fut le créateur de la première liaison aérienne du Bas-Poitou.
- Edmond BOCQUIER, de la Ligue maritime française et de la Société d’Océanographie.
- Société d'ethnologie et de folklore du Centre-Ouest.
Un lieu choisi par un puissant seigneur
Ce mariage est particulièrement intéressant pour comprendre l'importance de ce petit établissement religieux.
Savary de Mauléon est alors l'un des grands seigneurs du Bas-Poitou : il possède notamment des droits et seigneuries à Mauléon, Talmont, Châtelaillon, Benon et dans l'île de Ré.
Son mariage avec Amable de Bois est célébré à Saint-Nicolas de La Tranche en présence de l'abbé de Saint-Jean d'Orbestier, ce qui donne à la cérémonie une dimension particulièrement solennelle.
vers le XIIIᵉ siècle
→ chapelle Saint-Nicolas près de la mer et des marais dans le secteur de l'anse de Maupas.
→ 1227 : mariage de Savaric de Mauléon et Amable de Bosco
→ plusieurs siècles d'existence dans cet emplacement exposé aux eaux
→ 1615 : érection en cure selon les sources paroissiales→ En 1720, l’ingénieur du roi Robert de Vignolle décrit l'édifice comme étant « miné par les sources de la mer ».
→ 1725 : démolition de l'ancien édifice, trop exposé aux dégradations marines et son déplacement d'environ 200 m.
→ 1729 : nouvelle église, construite environ 200 m plus au nord
→ années 1860 : démolition de cette seconde église devenue trop petite
→ 1868-1869 : construction de l'église actuelle.
Un ancien cimetière se trouvait également dans le secteur de l'anse du Maupas. Une source locale situe notamment une ancienne pointe appelée « pointe du cimentière », à proximité de l'ancienne église.
Universis présentes litteras inspecturis, Savaricus de Malo Leone salutem in domino, universitati vestre notifico quod ego citm domina Amabile de Bosco CELEBRAMS MATRIMONIUM apud sanctum Nicholaum de Trancha, coram H. divina permissione venerabile abbate sancli Johannis de Orbisterio et pluribus aliis, unde volo et precipio omnibus hominibus meis tam militibus quam servientibus atque burgensibus et aliis subditis meis ut si contigerit me extremum vel aliquod aliud infortunium michi acciderit, quod absit, quod heredes quos habere contigerit michi de predicta domina Amabile de Bosco dominium terre mee habeant et pro hereditate possideant et precipue istud volo de Raolino filio meo et suo ut dominium terre mee habeat et possideat si predicto modo contigerit ; et ad majorem hujus rei certitudinern presentes litteras predicte domine A. de Bosco dedi in testimonium veritatis sigilli nostri munimine roboratas. Actum apud castrum Olone, anno gracie M : CC : XX:VII. »
(Cart. d'Orbestier, n° 313. — Arch, de Bourbon-rendée,)
Ce faux document évoque un mariage entre Savary de Mauléon et Amabilis (ou Amable) du Bois.
Cette charte a été réalisée de toutes pièces pour sauvegarder les droits du fils de Savary de Mauléon, Raoul IV de Mauléon, né hors mariage
Il resta sur ses vieux jours, fidèle au trône d'Angleterre et ennemi de la Rochelle qui s'était rendue à la France.
Il mourut laissant ses trois enfants et sa seigneurie de Ré à sa femme, Amable, qui en jouit sa vie durant, elle eut aussi l'usufruit de ses autres seigneuries et de Saint-Michel-en- l'Herm etc., etc.
Avec lui disparut un des plus acharnés adversaires de la puissance de la France sur le Poitou.
Il fut enseveli avec pompe dans le choeur de la grande église de Saint-Michel-en-l'Herm.
Amable du Bois, mère de Raoul, habitait encore Fontenay en 1258.
Succession de Savary de Mauléon
Savary de Mauléon (mort en 1233) eut deux unions :
- Première femme : Belle-Assez (de Pareds / Chantemerle) → Filles, dont Alix de Mauléon, qui épousa Guy Ier de Thouars, vicomte de Thouars.
- Seconde femme : Amable (Amabilis) du Bois → Un fils : Raoul de Mauléon (parfois appelé Raoul III ou IV).
Raoul de Mauléon hérita (ou revendiqua) l’essentiel des domaines de son père (Mauléon, Talmont, etc.).
Sa légitimité fut contestée (certains documents le qualifient de « fils bâtard »), mais il fut reconnu dans plusieurs actes et garda les biens jusqu’à sa mort.
Mort de Raoul et transmission
- Raoul mourut vers 1250-1253 (les sources oscillent entre mars 1250/51 et 1253).
- N’ayant pas d’héritier mâle légitime, ses biens (notamment Mauléon) échurent aux descendants de sa demi-sœur Alix de Mauléon.
- C’est Aimery (Aymery) IX de Thouars, fils d’Alix et de Guy Ier de Thouars, qui récupéra Mauléon et les autres seigneuries.
À partir de cette transmission (milieu du XIIIe siècle), Mauléon resta aux mains des vicomtes de Thouars (puis de leurs héritiers, notamment les La Trémoïlle) jusqu’au XVIIIe siècle.