1285 Tournoi de chevaliers de Chauvenci - de Looz, comte de Chiny - La Quintaine - Vals-le-Chastel
Le village de Chauvency-le-Château, situé entre le Chiers et la Meuse, à quelques kilomètres en aval de la ville de Montmédy (en Meuse), a été, en octobre 1285, le cadre de fêtes grandioses organisées par Louis V de Looz, comte de Chiny (1268-1299).
La voie romaine qui relie Mouzay (Meuse) à Avioth (Ardennes), en provenance de Baâlon (Meuse), franchit la rivière Chiers et traverse le village de Chauvency-le-Château.
Description du tracé antique
Cette voie fait partie du réseau gallo-romain du nord-est de la Gaule, plus précisément d’une branche secondaire reliant la grande voie Reims – Trèves (via la vallée de la Meuse) à des sites secondaires du Pays de Montmédy et du Pays de la Semoy.
Origine : Elle quitte la grande voie Reims – Trèves près de Mouzay (ou plus précisément entre Mouzay et Stenay) et se dirige vers le nord-est.
Passage clé : Elle franchit la Chiers (rivière qui marque une frontière naturelle importante) à un gué ou un pont antique (aujourd’hui disparu, mais dont le tracé est attesté par la topographie et les vestiges).
Traversée de Chauvency : La voie entre dans le village de Chauvency-le-Château par le sud-ouest, longe ou traverse la zone du château (sur l’île de la Chiers) et continue vers le nord-est en direction d’Avioth (site connu pour sa basilique gothique et ses vestiges romains).
Preuves et vestiges
Archéologie : Des tronçons de la voie sont encore visibles sous forme de chemins creux, de talus ou de limites parcellaires (notamment entre Chauvency et Avioth).
Des fouilles ponctuelles (XIXe-XXe siècles) ont révélé des cailloutis, des bordures de pierre et des tessons gallo-romains le long du tracé.
Cartographie ancienne : Les cartes d’état-major du XIXe siècle et les cadastres napoléoniens montrent un chemin rectiligne ou légèrement infléchi qui correspond exactement à l’ancienne voie romaine.
Toponymie : Le nom « Chauvency » dérive du latin Cavenciaco (attesté dès 888), ce qui indique une occupation antique.
La voie passe à proximité immédiate du château médiéval, construit sur un site stratégique qui contrôlait déjà ce passage antique.
Intérêt historique
Cette voie romaine était une artère secondaire mais stratégique :
Elle reliait la vallée de la Meuse (Voie Reims-Trèves) aux plateaux lorrains et au Pays de Chiny.
Elle permettait le transport de denrées, de troupes et de matériaux vers les agglomérations secondaires (comme Avioth, avec ses sanctuaires gallo-romains).
Au Moyen Âge, le château de Chauvency, implanté exactement sur cette voie, en contrôlait le franchissement de la Chiers (pont ou gué fortifié).
Aujourd’hui, le tracé antique est en grande partie repris par des routes départementales (D 18, D 66) et des chemins ruraux, mais il reste identifiable à pied ou à vélo entre Chauvency-le-Château et Avioth.
Château de Chauvency (Chauvency-le-Château, Meuse – 55)
Le château de Chauvency se dresse sur une île entourée par la rivière Chiers, à l’ouest du village de Chauvency-le-Château (Meuse), à environ 170 m d’altitude.
C’est l’un des sites les plus emblématiques de la chevalerie lorraine du XIIIe siècle, surtout grâce au légendaire Tournoi de Chauvency de 1285.
Le Tournoi de Chauvency (unique source littéraire complète d’un tournoi médiéval).
C'est grâce au récit du trouvère Jacques Bretel, qui en a rapporté les moindres détails, que l'on a une belle vision du tournoi qui s'est tenu à Chauvency pendant plusieurs jours !
Histoire du château
Le village de Chauvency (Cavenciaco) est mentionné dès 888, de Cavisiacum en 1157, de Calviacum en 1169 et 1175, mais le château n’apparaît qu’en 1235.
Y a-t-il eu des incursions vikings dans cette zone ?
(Velosnes, Écouviez, Verneuil-Grand, Villecloye, Montmédy, Vigneul-sous-Montmédy, Thonne-les-Près, Quincy-Landzécourt, Chauvency-le-Château, Chauvency-Saint-Hubert, Brouennes, Nepvant, Lamouilly et Olizy-sur-Chiers) se situent toutes dans le nord du département de la Meuse, principalement le long de la vallée de la Chiers et dans le Pays de Montmédy / Pays de la Semoy.
Les Vikings (Normands) ont effectué plusieurs grandes expéditions fluviales en direction de l'intérieur des terres au IXe siècle et au tout début du Xe siècle :
882 → 885 : grande armée viking remonte la Meuse depuis les Pays-Bas jusqu'à Verdun, Toul, Commercy et même jusqu'à Troyes (via la Seine).
Ils pillent et incendient plusieurs villes et monastères en aval de la Meuse (Maastricht, Liège, Huy, Namur, Dinant).
882 : prise et sac de Verdun (à environ 60-70 km en aval de Montmédy).
885 : nouvelle grande campagne sur la Meuse, avec pillage de la région mosane et jusqu'à l'Aisne.
La vallée de la Chiers (qui rejoint la Meuse à Bazeilles près de Sedan) était donc directement sur l'axe de remontée possible des drakkars depuis la Meuse.
Plusieurs chroniqueurs (Annales de Saint-Vaast, Reginon de Prüm, etc.) mentionnent que les Vikings, après Verdun, se dispersaient dans les vallées affluentes pour piller monastères et villages.
Sites potentiellement touchés dans la zone
Montmédy : site castral très ancien (oppidum gaulois puis castrum mérovingien/carolingien). Il existait déjà au IXe siècle et servait de refuge. Très probable qu’il ait été visé ou utilisé comme point d’observation.
Chauvency-le-Château : le château primitif existait déjà au IXe siècle (même si la version actuelle est du XIIe).
La vallée encaissée de la Chiers était facile à remonter en bateau léger.
Olizy-sur-Chiers, Lamouilly, Nepvant, Brouennes : tous situés directement sur la Chiers, avec des sites anciens (églises carolingiennes, villae mérovingiennes).
Ces villages étaient des cibles classiques pour les Vikings : monastères, fermes riches, population dispersée.
Velosnes, Écouviez, Thonne-les-Près : plus en hauteur, mais accessibles depuis la vallée.
Résumé des preuves indirectes
Les grandes chroniques (Annales de Fulda, Reginon de Prüm, Flodoard) mentionnent explicitement que les Vikings, après Verdun, pillaient « les régions environnantes » et les vallées affluentes de la Meuse.
La vallée de la Chiers était navigable à l’époque (beaucoup plus large et profonde qu’aujourd’hui avant les travaux de canalisation).
Plusieurs villages de la vallée portent des traces d’incendies ou de destructions datant du IXe-Xe siècle (églises romanes reconstruites sur des sites plus anciens brûlés).
Il n’y a pas de mention écrite précise d’une attaque viking sur l’une des communes que vous citez (pas de « Normanni vastaverunt Chauvenci » comme pour Verdun ou Dinant).
Mais toute la vallée de la Chiers était dans la zone potentiellement touchée par les grandes expéditions de 882 et 885.
Les villages de Montmédy, Chauvency, Olizy, Lamouilly et Brouennes sont les plus susceptibles d’avoir subi pillages, incendies ou passages vikings.
C’est une zone « grise » de l’histoire : probable, logique géographiquement, mais non documentée nommément.
Construction : Fin du XIe siècle (vers 1080-1100).
La forteresse primitive est élevée par la famille de Looz, vassale du duc de Bar.
La distinction entre village et château est claire dans les textes.
La charte d’août 1240, donnée par Arnoul, comte de Looz et de Chiny, affranchit « le chastel de Chauvenci et le bourg » et précise que les habitants « dedans et dehors » doivent hourder le château quand on le leur demande.
Typologie romane du XIIe siècle (confirmée par les sondages archéologiques de Matthys et Hossey) :
Enceinte polygonale irrégulière adaptée à la rivière
Absence de flanquements systématiques (compensés par des hourds)
Entrée à l’est (état actuel reflète un état ancien)
→ Tout cela implique un système défensif classique : barbacane + pont-levis + herse pour protéger l’accès principal.
Les hourds étaient souvent combinés à un pont-levis pour défendre l’entrée.
Quatre grandes étapes marquent l’histoire de Chauvency : Xe-XIVe siècles : intégration au comté de Chiny.
A la fin du XIIIe siècle, le village de Chauvency appartenait au comté de Chiny dont le seigneur, Louis V de Looz, était vassal du comte Thiébaut II de Bar (1239-1291).
En décembre 1267, Arnoul, pour assurer son avènement, détache trois apanages, dont Chauvency qui revient à son frère cadet Gérard.
Du 30 septembre – 5 octobre 1285 : Gérard et son frère Louis V de Looz et son épouse Jeanne de Bar (châtelain de Montmédy) organisent le célèbre Tournoi de Chauvency, qui réunit plus de 500 chevaliers de Lorraine, Alsace, Suisse, Belgique, Luxembourg, Angleterre, etc.
XIVe siècle : En 1364, la place relève du duché de Luxembourg.
XVe siècle : Chauvency et le bassin de la Chiers sont disputés entre les ducs de Lorraine et de Bourgogne (investi en 1439, 1443 et 1476).
1490 : Philippe de Vigneulles, célèbre chroniqueur messin, est enlevé avec son père et emprisonné au château pendant 14 mois (novembre 1490 – janvier 1492). Il racontera cette captivité dans sa Chronique, en dénonçant la trahison de Jean de Landremont qui voulait livrer Metz au duc de Lorraine René II.
XVe siècle : La possession est disputée entre les ducs de Lorraine et de Bourgogne.
1518 : Le duc de Lorraine Antoine le Bon cède Chauvency à l’empereur Charles Quint.
1637 : Le château est tenu par le maréchal de Châtillon. Il est rasé la même année que le château de Carignan (Ardennes), sur ordre de Richelieu, pour empêcher toute utilisation militaire par des forces hostiles.
1518 : Antoine de Lorraine cède la place à Charles Quint ; elle reste terre impériale jusqu’en 1659.
1637 : Après l’investissement par le maréchal de Châtillon, le château est rasé sur ordre de Richelieu (comme Carignan/Yvois), pour éviter toute utilisation militaire.
Le traité des Pyrénées (7 novembre 1659) rattache définitivement la région à la France.
Armoiries de Looz étaient Burelé d'or à cinq bandes de gueule de dix pièces.
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Blasonnement : parti, en 1 burelé d'or et de gueules et en 2 de gueules semé de croisettes d'or et aux deux bars d'or.
C'est un parti des armoiries des comtes de Looz et de celles de Chiny (comes de Loz et de Tigni)
Le Tournoi de Chauvency (1285) – un événement légendaire
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Organisé par Gérard de Looz (comte de Chiny) et son frère Louis V de Looz (châtelain de Montmédy).
L’idée serait venue à Louis V lors d’un séjour au château de Salm (Bas-Rhin). Montmédy n’offrait pas assez d’espace pour des lices, mais Chauvency était vaste et idéal.
Plus de 500 chevaliers invités, venant de régions très lointaines : Lorraine, Alsace, Suisse, Luxembourg, Belgique (Hainaut, Brabant, Limbourg), Allemagne, Angleterre, Franche-Comté, Bourgogne, Champagne, Île-de-France, Berry, etc.
Une foule estimée à 5 000 à 6 000 spectateurs + marchands, bateleurs, médecins, notaires, prostituées → environ 10 000 personnes au total.
Les participants logeaient sous des tentes (le château et Montmédy ne pouvaient pas accueillir tout le monde).
Absents notables : les ducs de Lorraine Ferry III et de Bar Thibaut II (trop âgés).
Quelques chevaliers cités par Jacques Bretel :Lorrains : Henri de Deuilly, Pierre de Bauffremont, Henri Ier comte de Blâmont, Henri IV de Salm, Ferry du Châtelet, Joffroy III d’Apremont, Henri et Ourri de Briey, André et Wichart d’Amance, Millet de Thil, Jean de Rosières-aux-Salines, Ferry Ier de Sierck, Arnould III de Rodemack, etc.
Alsaciens : Conrad Werner II de Hattstatt et son fils Conradin.
Bourguignons : Simon de Lalaing, Jean Ier de Faucogney, Miles II de Ronchamp.
Autres : Baudoin IV d’Auberchicourt (Hainaut), Jean Ier de Brabant, Emich V comte de Linange (Allemagne), Waléran de Montjoie-Fauquemont, Jean Ier comte de Sancerre, etc.
Nobles dames « reines de la fête » : Haible de Florange, Cunégonde de Sarrebruck, Isabelle de Maizey, Laure de Bauffremont, Jeanne de Linange, Mahaut de Sarrebruck, Agnès de Commercy, etc.Interdiction théorique pour le clergé, mais des prêtres étaient présents.
Le récit de Bretel détaille certaines joutes, les défis, les amours courtoises et l’ambiance festive.
Présentation actuelle
Une présentation du tournoi existe au centre du village (panneaux, sculptures, explications).
Le château, en ruine, domine la Chiers depuis son île, mais reste inaccessible au public (propriété privée, pas de visite officielle).
Voici des reconstitutions visuelles réalistes du château de Chauvency au XIIIe siècle (époque du tournoi de 1285), avec son île sur la Chiers, ses murailles, donjon et lices :
Ces images montrent le site tel qu’il pouvait apparaître en 1285 : une forteresse imposante entourée d’eau, avec tentes de chevaliers, bannières multicolores, foule et ambiance de grand tournoi médiéval.
Le Tournoi de Chauvency reste l’un des événements chevaleresques les mieux documentés du Moyen Âge grâce au poème de Jacques Bretel – un véritable « Woodstock » de la chevalerie lorraine !
LES JEUX DU RÔI ET DE LA REINE
L'érudition de Monsieur E. Langlois était si diligente et si sagace que non seulement elle ne laisse rien à glaner sur les sujets qu'elle a traités, mais que ses prévisions mêmes se trouvent souvent justifiées par les textes nouveaux que l'on peut rencontrer. Grâce à elle, nous connaissons dans les moindres détails le jeu de société du « Roi qui ne ment (1) » nous savons par un texte précis que ce jeu se distinguait par des nuances d'un jeu analogue « del Roi, de la Roïne »; au dire de Jacques Bretel dans les Tournois de Chauvenci (1285),
Par tout maine l'en grant déduit
En parler et en divers gieus :
Cis qui plus sel veut dire mieus ;
De ça karolent, et cil dancent;
Li vrai amant d'Amors demandent;
Et li autres en determine
Le gieu del Roi, de la Roïne,
Et est fait par commandement
Li tiers geue au Roi qui ne ment ;
El-li autres d'amors consoile,
Qui les loiaus amis esvoile (v. 2944-54).
Il y avait donc des différences, mais elles étaient probablement si faibles que les deux jeux ont fini par se confondre ou devenir synonymes.
Ainsi, dans un petit poème inconnu, bien qu'imprimé (2), de la première moitié du XIVe siècle, nous voyons un petit cercle de dames et de seigneurs
….juer au Roi (3) qui ne ment,
Ung jeu qu'on appelle autrement,
Par ung second langage enneux (v. 644).
Le poète emploie volontiers, à plusieurs reprises, des synonymes ou des chevilles de cette espèce pour la rime. Comment donc aurait-il « appelé autrement » son jeu sinon « le jeu del Roi, de la Roine » ?
Mais d'autre part le Jeu du Roi qui ne ment a été maintes fois identifié par les lexicographes et les commentateurs avec un jeu inconnu, Ludi de rege et de regina, mentionné dans un texte latin de 1240, qui paraît unique.
Malgré la ressemblance des titres, M. Langlois a toujours écarté cette identification et, comme on va le voir, il avait bien raison.
En réalité les Ludi de rege et de regina sont complètement différents, non seulement du Jeu du Roi qui ne ment, mais encore de son voisin le Jeu du roi, de la reine, et l'expression a un tout autre sens que l'on peut essayer de déterminer de proche en proche.
Et tout d'abord écartons une hypothèse, à priori peu vraisemblable, mais qui pourtant n'est pas absurde.
L'expression du texte latin Ludi de rege et de regina pourrait réunir par abréviation deux jeux différents, d'ailleurs plus ou moins connus.
Il y a effet le jeu du Roi tout court, du Roi sans Reine tel qu'il apparaît dans la jolie chanson lorraine du manuscrit Douce (4) :
A lai foillie, a Donmartin,
A l'entree dou tens novel,
S'asamblerent, par un matin,
Pastorelles et pastorelz,
Roi ont fait dou plus bel,
Mantel ot de kamelin
Et cote de burel :
S'ont lou museour mandei ;
Et Thieris son bordon
Ot des loupeit,
Ke dixoit : Bon !
Bon ! bon ! bon ! bon !
Sa ! de la rire ! dural ! durei !
Liré durei!
Inversement il y a le jeu de la Reine sans roi, très ancien lui aussi, et qui d'ailleurs n'a pas disparu.
Dès 1136, nous dit Gilles d'Orval (5), les prêtresses ou les amies des chanoines de Liège, pour égayer les fêtes de Pâques ou de la Pentecôte, choisissaient une reine qu'elles installaient au milieu de l'église sur un trône au milieu des chants du peuple.
A Paris, en 1375, comme l'a noté du Cange, toutes les jeunes filles d'un quartier nommaient aussi leur reine et, parées de leurs plus beaux costumes, venaient dans la rue solliciter les offrandes des passants d'une manière plutôt indiscrète (6).
Ce sont nos reines de mai ou nos reines de quartiers actuelles. Il y a encore un autre jeu ou un autre usage, celui d'unir un roi et une reine pour présider un tournoi de chevaliers (7), ou tout simplement un banquet de bourgeois suivi d'un bal (8).
Ainsi dans le tournoi du Chevalier à la Manche
Li disesmes fu Campenois
Moult courtois en dis et en fais,
Cieus iert de la fieste rois fais,
Et s'amie roinne fu,
K'amours toucie ot de son fu
Et si ot a celle aramie
Cascuns des bacelers s'amie.
A la réflexion tous ces jeux ou tous ces usages sont écartés par le fait que le texte latin (ludi de rege et de regina) vise uniquement le clergé. Si jusqu'ici on n'a pas réussi à l'identifier, c'est tout simplement parce qu'on s'est arrêté au texte, en oubliant le contexte et les circonstances.
De quoi s'agit-il, et quel est donc ce contexte maintes fois imprimé dans les Collections de Conciles ? P
Ce sont les statuts d'un synode ou d'un concile provincial, tenu en 1240 en Angleterre, par l'évêque Gautier de Chanteloup, dans la cathédrale de Worcester (9).
L'évêque est certainement rigoriste, mais ses intentions sont très louables et très claires il veut maintenir on ramener dans son clergé l'ordre, la décence et la piété.
Tous les statuts visent ce but. Ainsi le 21e interdit aux clercs qui doivent l'exemple aux paroissiens le port des vêtements trop riches ou trop somptueux, des costumes de soie rouge ou verte (10), le 23e leur interdit le port d'armes, sinon pour la défense, en cas d'absolue nécessité; d'autres(33e, 38e, etc.) leur défendent de fréquenter ou de tenir des tavernes, de prendre part aux marchés, aux scottales ou aux interminables « beuveries » et surtout à ces ghildes « déshonnêtes » de marchands étrangers et de marins, où nous savons par ailleurs qu'on donnait des prix à celui qui débiterait le conte ou la chanson la plus salée (11).
Arrivons enfin au statut principal, le 38e, p. 538:
Prohibemus etiam clericis ne intersint ludis inhonestis, vel choreis, vel ludant ad aleas, vel taxillos, nec sustineant ludos fieri de rege et regina, nec arietes levari, nec palaestras publicas fieri, nec gildales inhonestas et praecipue mercatorum peregrinorum quas omnino fieri prohibemus, per quae multa novimus pericula provenisse ….
Si ces termes ne sont pas tous très clairs, ils s'expliquent par leur rapprochement.
Les palestres publiques doivent être les concours de luttes, si chères aux Anglais, aux Bretons et aux Normands.
Maint curé (12) ne dédaignait pas, nous disent les lettres de rémission, d'y disputer le prix à ses paroissiens ou au meunier si joliment décrit par Chaucer (13).
Comme ce prix exposé en belle vue était d'ordinaire, au temps de Chaucer et d'Oresme (14) comme à celui de Brizeux (15), un mouton ou un bélier, nous serions d'abord tentés de traduire arietes levari par « enlever le bélier».
Heureusement du Cange a pris la peine d'expliquer le mot d' « aries (16) » avec son sens spécial, car ce sens est oublié dans l'ouvrage classique sur les sports anglais du moyen âge (17).
Il s'agit d'une espèce de quintaine.
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Une poutre solide, enfoncée dans le sol, est surmontée d'une barre de bois ou d'un bras transversal, mobile sur pivot, et muni à l'une de ses extrémités d'une planchette (asserculus), à l'autre d'un gros sac de sable auquel on a donné la forme d'une tête de bélier armé de ses cornes.
Le cavalier lancé à toute bride doit frapper la planchette de sa lance.
S'il vise mal, s'il manque son coup, le bélier, lui, ne manque pas le sien et vient frapper rudement le maladroit.
Donc il y a coups, blessures, effusion de sang, tournoi et tout ce qui s'ensuit, et si l'Église a, par intervalles, toléré les tournois, elle les a toujours détestés, elle en a toujours interdit la fréquentation ou le spectacle à ses prêtres (18).
Mais qui dit lutte, quintaine, tournoi dit assemblée, concours de peuple, foire. On ne joue pas aux petits jeux sur un champ de foire.
Le contexte suffit pour démontrer que le ludus de rege et regina, ne peut rien avoir de commun avec le jeu du-roi qui ne ment.
Qu'est-il donc ?
Puisqu'il est interdit par une autorité ecclésiastique, d'autres seront peut-être aussi sévères et ils le diront dans leurs sermons.
C'est là qu'il faut chercher, ou plutôt il suffit de lire ceux qui ont cherché pour nous. Sans penser au texte de du Cange, Hauréau a rencontré notre jeu au moins deux fois dans des recueils de sermons français du XIIIe siècle, et il l'a clairement décrit (19), il nous a montré les sermonnaires comparant les couronnes du Paradis à celles de la terre, pour la confusion des pécheurs :
Sunt servi mundi qui coronantur corona superbiae, qui similes sunt regibus ludorum ut patet in ludis Pentecostes, in quibus rusticus ipsa die coronam gerit et in crastino fimum spargit (20).
Et ailleurs, dans un autre sermon anonyme :
Nunquam fuit ita pauper rusticus in mundo qui post peractam poenitentiam, non portet coronam in coelo, non coronam Pentecostes qualem portant puellae quae reginae vocantur ipsa die, sed in crastino coguntur ancillare, nec coronas quas portant reges Pentecostes et in crastino fimum portant aut spargunt, sed coronam auream signo sanctitatis expressam (21).
Et ailleurs encore ce texte le plus instructif :
Isti coronantur ut reges ludorum et regine que modo coronantur et cras oportet eas laborare. Eccl. X, Hodie est rex, cras non invenietur. Et nota quod est eorum condicio pejor quam aliorum quod alii ludunt et ipsi non audent ludere, sed stant in parte sicut ydola, et alii sunt ydola vere (22).
Ainsi, il s'agit d'un jeu de la Pentecôte.
Un jour de l'année au moins, les pauvres gens attachés à la terre veulent échapper à leur condition et réaliser leur rêve : Si j'étais roi, si j'étais reine! Mais comment le réalisent-ils? et jusqu'à quelle date l'ont-ils fait?
Pourquoi cette sévérité de l'évêque de Worcester et ces moqueries des prédicateurs populaires à l'adresse d'un jeu qui après tout paraît bien inoffensif ?
Un texte très long va nous l'expliquer, et nous montrer ce jeu dans les moindres détails.
Comme ce texte oublié est imprimé in extenso dans une collection facile à consulter (23), il suffira d'y renvoyer et de nous borner à de courtes citations.
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La scène se place en 1506, à Vals, un petit village du département de la Haute-Loire.
Reynagium Beati Jacobi fieri solitum annis singulis in platea de Valle prope locum de Valle et conventum dominarum monialium, deliberatum die XXVa julii anno Domini millesimo quingentesimo sexto, subtus ulmum, hora vesperarum, per dominos bajulos confratrie, dicti Beati Jacobi et socios de Valle.
Suivent les noms….
Primo officium seu personagium Regis fuit deliberatum et traditum pro anno veniente exercendum, tanquam plus et ultimo offerenti, videlicet :
Anthonio Clerget, servitori domini Troyacensis episcopi, pro septem libris cere, quas promisit solvere eisdem bajulis seu sociis pro faciendo thedam juxta morem solitum, et se habilhare modo et forma consuetis…
Item officium sive personagium Regine fuit deliberatum dicto Glaudio Benedicti, Anicii, pro sua filia Margarita Benedicta, pro duabus libris cum dimidia cere, quas idem Glaudius pater promisit solvere et ipsam abilhare, anno veniente, termino ac modo et forma consuetis….
Item officium sive personatgium Dalphini pro anno veniente fuit deliberatum Hugony Chaminada servitori ipsius Glaudii Benedicti, pro duabus libris cere Item officium sive personagium Dalphine fuit deliberatum Anthonie del Mas pro una lb. cere. …
Item officium de l'Estandart (24) fuit deliberatum Anthonio Bertrand de Taulhaco pro duabus libris cere eus (cum ?) carta quas promisit solvere.
Item officium sive personagium de l’Homme d'armes prumiers fuit deliberatum Georgio Martini Vallis pro una media libra cere….
Item officium de l'Espee (25) fuit deliberatum Johanni Chaucheti, filio Petri, pro una libra cum dimidia cere.
Item officium de la Tassa du Roy (26) fuit deliberatum Johanni Cortilis, filio quondam Mathei, pro una libra cere. …
Item Anthonius Boerii de Valle, pro personagio del Rey Moro, promisit dare et solvere ut supra 1 car. cere.
Item Bartholomeus Raymondi, pro Conseiller du Roy Moro promisit dare et solvere ut supra 1 car. cere.
Item Petrus Delolme, filius Mathei, pour Myn yon du Roy promisit ejus avya 1 car. cere.
Item Johannes Munjol, filius Petri, pour Mynyon de la Royna, promisit ut supra 1 car. cere.
Item Petrus Bertrand, pour Lacoys du Roy Moro, promisit dare et solvere ut supra 1 car. cere.
Ainsi dans un petit village perdu de la Haute-Loire, une année d'avance, le notaire, sous un orme, procède à l'adjudication des rôles du Roi, de la Reine et de leurs serviteurs toutes les charges de la cour sont tarifées et trouvent preneur; pendant une année entière on fera une provision de velours; de rubans et de dentelles, et les aiguilles d'aller leur train puis le grand jour venu, le Roi, la Reine et leur suite iront s'exposer à l'admiration de leurs concitoyens une journée entière, parés comme des châsses, raides comme des idoles ou des piquets.
Après quoi la vie des champs reprendra son cours.
Mais ce texte si curieux ne nous a pas encore tout dit. Une charge du Roi ne suffit pas pour contenter toutes les vanités.
Il y en a deux, celle du roi très chrétien ou du roi de France, et celle du Roy More.
Nous savions déjà par le témoignage d'Antoine de la Sale et d'autres que les ducs de Bourgogne du XIVe et du XVe siècle, le roi René et le roi de France avaient des Turcs ou des Mores dans leur maison (28).
Nous ne savions pas, du moins à ma connaissance, que cet usage avait persisté jusqu'à Louis XII et jusqu'à François 1er.
Voici pourtant l'épitaphe plaisante d'un de ces Mores qui a longtemps figuré dans les oeuvres de Clément Marot, jusqu'au jour où l'édition Guiffrey, avec raison très probablement, mais sans discussion, l'a retranchée :
Epitaphe de Orlis, le More du Boy (29)
Soubz ceste tombe gist, et qui a ?
Un qui chantait Lacochiqui.
Cy gist, que dure Mort picqua,
Un qui chantoit Lacochiqua.
C'est Orlis, o quelles douleurs !
Nous le vismes de trois couleurs
Tout mort, il m'en souvient encore ;
Premièrement il estoit More,
Puis en habit de Cordelier.
Fut enterré souhz ce pilier,
Et avant qu'eust l'esprit rendu,
Tout son bien avoit despendu.
Par ainsi mourut le follastre,
Aussi blanc comme un sac de piastre,
Aussi gris qu'un fouyer cendreux,
Et noir comme un beau diable ou deux.
Ainsi les bonnes gens de Vals en 1506 n'inventaient rien, ils reproduisaient simplement le cérémonial de la cour de Fiance de leur temps.
Concluons. La critique a cru trouver deux précédents très anciens au Jeu du Roi qui ne ment dans deux textes l'un français, l'autre latin séparés par une cinquantaine d'années. Le premier de ces textes est un vers du Roman de Carité (Strophe XXXIV), p.19 (30)
Rois ne ment pas, chou dist le fable,
vers perdu dans une suite de conseils très sérieux, très graves adressés au Roi de France.
Il suffit de lire le contexte pour écarter ce rapprochement purement fortuit, et se rendre compte que le « Rendus de Molliens » ne pensait pas au petit jeu. Et l'évêque anglais, dans son texte latin de 1240, pas davantage.
En réalité le Ludus de Rege et de Regina n'a rien de commun avec le Jeu du Roi qui ne ment. C'est une mascarade inoffensive, mais coûteuse.
L'évêque l'a interdite parce qu'il jugeait qu'elle favorisait la vanité et les dépenses inutiles.
Il l'a interdite pour les mêmes raisons qu'il interdisait aux clercs les costumes somptueux. Ceux-ci auraient été mal venus à censurer la vanité chez leurs paroissiens, s'ils leur en avaient donné l'exemple.
L'évêque a-t-il été obéi en Angleterre ? Nous l'ignorons.
Mais nous savons qu'en France il n'en a pas été de même. Le villageois qu'on voulait empêcher sinon de danser, du moins de se costumer, n'a rien voulu entendre, et il a conservé son Jeu du Roi et de la Reine au moins jusqu'au XVIe siècle.
En résumé, le texte signalé par Chassaing, l'érudit du Puy, supprime une équivoque, il fixe un sens spécial du mot français reinage, sens oublié dans tous les dictionnaires, et confirme une fois de plus les paroles d'un maître (31), sur la difficulté « de renfermer dans des limites chronologiques la plupart des usages du Moyen Age ».
Em. Roy. Le Moyen âge : bulletin mensuel d'histoire et de philologie
Sondages archéologiques dans la fortification médiévale de Chauvency-le-Château (Meuse)
Le choix de Chauvency-le-Château s’inscrit dans un programme d’étude des fortifications médiévales.
La Semois et la Chiers forment une entité régionale qui fut autrefois unie dans le « commun pays » du comté de Chiny, puis, à partir de 1364, dans le duché de Luxembourg.
Ce n’est qu’en 1659, avec le traité des Pyrénées, que la frontière actuelle fut fixée.
Si l’histoire du château était déjà assez bien connue pour le situer dans le temps, il restait à en déterminer le type architectural.
Jusqu’alors, aucun sondage profond n’avait été réalisé : les travaux se sont limités à dégager le tracé général du château, en dégageant souvent la dernière couche de démolition et en libérant les murs, tout en préservant le sous-sol intact pour de futures fouilles stratigraphiques approfondies.
Description du château
Le château de Chauvency est une construction romane (fin XIe – début XIIe siècle) qui se définit comme une enceinte polygonale articulée autour d’un donjon.
Il est implanté dans un méandre de la Chiers, visiblement aménagé par l’homme.
À l’est, un bras artificiel creusé et alimenté par la rivière isole la forteresse des terres voisines, ce qui explique la description du XVIe siècle selon laquelle le château est « tout environné de la rivière de bonne profondeur ».
Les courtines (murs d’enceinte) suivent un tracé très irrégulier, dicté par la configuration de la rivière.
Les décrochements de l’enceinte ne résultent pas d’une tentative maladroite de flanquement, mais d’une adaptation contrainte à la topographie.
L’absence de véritables flanquements était partiellement compensée par la présence de hourds (galeries de bois en encorbellement), comme l’indique la charte d’affranchissement de 1240 : « et cilz bourgeois devant dit dedans et dehors doient quant on lour requerrat le chastel hourdeir… » (les bourgeois devront hourder le château quand on le leur demandera).
La longueur totale des remparts est d’environ 405 mètres, libérant un vaste espace intérieur.
L’épaisseur des murs varie normalement de 0,90 m à 1,40 m, avec quelques tronçons beaucoup plus massifs (jusqu’à 4 m à l’angle occidental).
La construction est très soignée : blocage de pierres calcaires entre deux parements de blocs bien équarris, presque jointifs.
Les murs reposent sur un socle à chanfrein renversé dont le ressaut atteint 10 cm.
Le donjon
Décentré et orienté est-ouest, le donjon est une vaste construction de 13,30 m × 26,60 m. Son rez-de-chaussée est un massif apparemment aveugle, ne laissant qu’un angle d’une pièce qui a pu être sondé.
Les murs, de même technique que les courtines, enserrent un bloc de maçonnerie plus ancien (base d’un donjon antérieur) de 9,30 m de large et 24,30 m de long.
À une époque indéterminée, ce premier donjon fut renforcé sur ses flancs nord, ouest et sud par une muraille épaisse d’environ 2,20 m.
Au sud, elle touche la face primitive ; à l’ouest et au nord, elle est construite à faible distance, ménageant un couloir de circulation.
À la même époque, le donjon est étayé de contreforts plats de 60 cm de large et 30 cm de saillie.
La position excentrique du donjon suggère l’existence d’une basse-cour à l’est, là où se trouvent aujourd’hui des bâtiments de ferme.
Plusieurs tronçons de murs appuyés contre l’enceinte (tranchées 4, 5, 11) laissent aussi supposer des constructions adossées aux courtines. L’entrée actuelle à l’est reflète un état ancien ; une barbacane et un double pont contrôlaient probablement l’accès. La topographie de la rivière à cet endroit confirme cette hypothèse.
Datation et typologie
Le donjon s’inscrit dans les typologies connues : grande dimension, puissance des murs, base pleine et aveugle, tracé irrégulier de l’enceinte et absence de flanquements réels permettent de dater le château dans le courant du XIIe siècle, voire à la fin du XIe.
Des fouilles stratigraphiques plus poussées apporteraient une précision supplémentaire.
Matériel archéologique
Les trouvailles, sans contexte stratigraphique précis, illustrent quelques étapes d’occupation : Une guimbarde (instrument de musique) en laiton (fig. 54, 1),
Un sifflet à eau en terre cuite glaçurée du XIVe siècle (fig. 54, 2),
Un tesson de cruche de Raeren aux armes des Lomont-Bock, datée de 1586 (fig. 54, 3).
La céramique locale (terre cuite rouge ou grise) est proche de celle de la vallée de la Semois (notamment Lacuisine).
On note aussi des tessons à pâte épaisse avec dégraissant de coquillages (fig. 54, nos 4, 5, 6), ainsi que des importations de Siegburg et des ateliers du Limbourg hollandais (Schinveld-Brunssum) du XIVe siècle.
Conclusion
Les sondages limités de Chauvency ont permis de dégager un plan d’enceinte polygonale romane du XIIe siècle (ou fin XIe), centrée sur un grand donjon renforcé, sans flanquements systématiques mais avec hourds et adaptation topographique.
Le site, préservé pour des fouilles futures, reste un témoin majeur de l’architecture castrale lorraine du Moyen Âge central.
Aujourd’hui, il ne reste que des ruines impressionnantes : donjon, courtines, tours et soubassements sur l’île de la Chiers.
Le site est classé Monument Historique, mais non ouvert au public (propriété privée, accès très limité).
Vals-le-Chastel : un petit village au riche patrimoine médiéval et seigneurial
Le village de Vals (mentionné dans le texte de 1506 sous le nom de « Valle » ou « Vals ») est Vals-près-le-Puy (aujourd’hui Vals-le-Chastel), une petite commune rurale située dans le département de la Haute-Loire, en région Auvergne-Rhône-Alpes.
Le village de Vals-le-Chastel appartient à l'arrondissement de Brioude et au canton de Paulhaguet. Le code postal du village de Vals-le-Chastel est le 43230 et son code Insee est le 43250.
Vals-le-Chastel (Haute-Loire, environ 15 km au nord-est du Puy-en-Velay) est un modeste village de montagne (moins de 100 habitants) qui conserve un ensemble architectural remarquable : une église dotée d’une chapelle seigneuriale exceptionnelle et les vestiges d’un château féodal transformé au XVe siècle.
L’église Saint-Jacques et sa chapelle seigneuriale
L’église actuelle est d’origine romane (XIe-XIIe siècle pour les parties les plus anciennes : nef, abside semi-circulaire, quelques chapiteaux sculptés), mais elle a été fortement remaniée au XVe siècle (gothique tardif).
La chapelle seigneuriale (côté sud ou sud-est) est le joyau du lieu : construite ou largement décorée vers 1460, juste après la dernière grande épidémie de peste qui a dévasté le Velay dans les années 1340-1450.
Elle est célèbre pour ses peintures murales (fresques) du XVe siècle, bien conservées, représentant des scènes bibliques, des saints et des motifs décoratifs gothiques tardifs (anges, fleurs, rinceaux).
Ces décors datent de l’époque où la chapelle servait de nécropole et de lieu de dévotion privé pour la famille seigneuriale.
Le château et ses transformations
À l’origine, le site comportait une tour féodale carrée du XIIe siècle (donjon primitif typique du Velay).
Au XVe siècle (vers 1460-1480), de nouveaux logis sont ajoutés : un corps de bâtiment rectangulaire flanqué de deux tours (souvent circulaires ou polygonales), créant une façade plus résidentielle et défensive.
L’ensemble forme un petit château seigneurial (pas un grand château fort, mais une résidence fortifiée), avec des éléments gothiques tardifs : fenêtres à meneaux, cheminées monumentales intérieures, escalier à vis.
La famille Du Crozet
Les Du Crozet (ou de Crozet), famille de la petite noblesse du Velay, ont été propriétaires de la chapelle seigneuriale et du château pendant plus de 700 ans (du XIIIe siècle jusqu’au XXe siècle).
Ils étaient seigneurs locaux, souvent vassaux des évêques du Puy ou des grands seigneurs du Forez/Vivarais.
La chapelle servait de chapelle funéraire familiale : de nombreux membres y furent inhumés, et les fresques de 1460 sont probablement une commande pour commémorer la fin des pestes et affirmer le prestige de la lignée.
Acquisition par la commune en 2011
En 2011, la commune de Vals-le-Chastel est devenue propriétaire de la chapelle seigneuriale grâce au don généreux de la comtesse Solange de Chargères du Breuil, veuve de Yves de Rochefort.
Ce don patrimonial majeur a permis de préserver et de restaurer cet ensemble (fresques, architecture), qui est aujourd’hui un des sites les plus intéressants du Velay pour l’art religieux et seigneurial du XVe siècle.
Pourquoi visiter Vals-le-Chastel ?
C’est un lieu discret, loin des circuits touristiques classiques, mais qui offre une immersion authentique dans l’histoire rurale du Moyen Âge tardif : fresques gothiques, tour féodale, chapelle privée d’une famille noble locale.
L’église et la chapelle sont classées ou inscrites aux Monuments Historiques, et les peintures murales sont parmi les mieux conservées du département.
(1). E. Langlois, Le jeu du Roi qui ne tient et le jeu du Roi et de la Reine. Extrait des Mélanges Chabaneau, 1906, et note (tans le Bulletin critique de Vollmôller, 1909, t. II, p. 99, etc.
(2). Il n'est plus inédit, puisque je l'ai imprimé et gardé en feuilles depuis 1914, et que M. Jeanroy a su trouver le temps d'en corriger les épreuves. La valeur littéraire de ce petit poème d'environ 2 ooo vers est médiocre, comme en général celle de tous les inédits. Il n'en est pas moins intéressant puisqu'il contient des allusions au Parthenopeus de Blois, ce qui est si rare, au Roman du chatelain de Coucy et à d'autres poèmes, et qu'au surplus il a reparu sous une autre forme. Il sera inséré dans mes Recherches sur les dernières Chansons de gestes dont la publication, arrêtée par diverses circonstances, ne tardera plus.
(3). Ms., juer au jeu.
(4). Archives des Missions scient. et litt., t. V (1856), p. 105
(5). Gilles d'Orval (Pertz, M. G., t. XXV, p. 103), traduit par Jean des Preis, Mireur des Histoires (éd. Borgnet), t. IV, p. 392 et suiv.
(6). Du Cange, éd. Ilenschel, 1840, t. V, p. 671. Ludus de Regina, Litt. Rem. ann., 1375, in Reg. 107, chart., cap. 19. « Comme le Mardi de Pasqueres, ainsi que on faisoit les Roynes par les rues de la ditte ville [d'Abbeville] en plusieurs lieux en la manière accoustumée…... ,la dite Jehanne par jeu prins la barrette de Jehan Petit, afin qu'il donnât aucune chose à la ditte Royne. »
(7). Dits de B. et Jean de Condé, éd. Scheler, l. Il, p. 175.
(8). Cf. Mémoires de Philippe de Vigneulles, Stuttgart, 1862, 248 juillet, 1513. « Et le premier nom qui venoit, celui devoit estre le roy de la feste et devoit avoir la première danse et les aultres en suivant, ainsy que l'enfant les tiroit l'ung après l'aultre, et fut tiré mon nom de Philippe de Vigneulle le premier et fus roi. Nous avions chacun et chacune une enseigne toute pareille, homme et femme, etc.».
(9). Mansi, Ampl. Coll. conciliorum, réimpr. Welter, t. XXIII, p. 524.
(10). 21e St., p. 533. « Ne igitur clerici de superbia sint notabiles, praecipimus ut juxta statuta conciliorum pannis sericis aut viridibus aut rubeis non utantur, nec fraenis, nec sellis, aut calcaribus aut phaleris aliis aureis aut deauratis, nec crines nec comam nutriant, sed decenter et circulariter tondeantur, coronam habentes decentis amplitudinis, secundum quod exegerit ordo quo fuerint insigniti; cappas etiam deferant clausas sacerdotes, etc. ».
(11). Pertz, M. G. S., t. IV, p. 718, texte d'Alpert sur les marchands de Tiel, vers 1020 environ.
(12). Arch. Nat., JJ 108, n° 87, 181. « Et illec avoit lutté et travaillié moult forment contre un fort homme, prestre Cauchois, qui moult rudement le getta a terre par plusieurs fois », cité par Sim. Luce, La jeunesse de Du Guesclin, p. 20, note 3.
(13). Contes de Cantorbery, éd. Tyrwhit, London, i883, p. 5.
The Miller was a stout carl for the nones,
Fui bigge he was of braun, and eke of bones;
That proved wel, for over ail ther he came,
At wrastling he wold bere away the ram.
(14). Oresme, Politiques, livre VII, chap. XXXIX, sur la .tragédie. Glose, « l'en y disoit plusieurs laydes choses. Et pour ce sont tels jeux diz tragédies de atrages (sic) pour a tragos qui est bouc. Car ung bouc qui est orde beste et puante estoit le loyer de rellui qui mieulz faisoit telle office, aussi comme en cest pays de Normandie l'en donne au mieulz luctant un mouton ou un beuf. »
(15). Brizeux, Paris, Michel Lévy, 1860, Les Bretons, chant VII, p. 148. Énumération des prix
Des bagues, des couteaux, enfin un bélier noir
Que tous les concurrents venaient peser et voir.
(16). Du Cange, éd. Henschel, 1840, t. I, p. 391.
(17). Strutt, The Sports and Pastimes of the people of England, 1. III. The Quintaine.
(18). Cf. dans le Registre des visites d'Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, 1248-1269, un prêtre de Baudrion-Bosc, blamé en 1248, de prendre part au tournoi, ad bohordamenta.
(19). Notices et extraits de quelques manuscrits latins de la Bibliothèque Nationale, t. IV, p. 99-100.
(20). Bibl. Nat., ms. latins 14852, de urto martire sermo, fol. 198 verso, col. 4.
(21). Il y a eu une erreur dans l'impression de la cote donnée par Hauréau ms. latin 14971, fol. 19, col. 4, car ce ms. est à pleine page. – Le sermon visé n'est pas non plus dans les ms. 19461 et 19481,
(22). Bibl. Nat., ms. latin 18193 (en tête sermo de aliquo festo), fol. 16 verso, col. 4.
(23). Revue des sociétés savantes des départements, 1875, p. 557, communication par Augustin Chassaing des notes de Jacques Boyer, notaire du Puy, reg. en papier, fol. 101, Arch. départ, de la Haute-Loire.
(24). Rôle du grand écuyer de France.
(25). Rôle du connétable.
(26). Grand échanson. Un reinage de la Confrérie des couteliers du Puy du même temps appelle ce personnage « l'éprouveur des potaiges du roy ».
(27). Le petit Jehan de Saintré, ch. XLIII. Jacques du Clercq, éd. Buchon, 1. III, ch. VI.
(28). Cf. Bernard Prost, Inventaires mobiliers des ducs de Bourgogne, etc. Paris, E. Leroux, 1902, t. I, p. 163 et passim.
En 1368, le More de Philippe le Hardi s'appelle Alexandre. Lecoy de la Marche, Extraits des Comptes du roi René, Paris, Picard, 1873, n° 744, etc., p. 331, etc. Le More s'appelle Falcon.
(29). Cl, Marot, éd. Saint-Marc, libr. Garnier, Paris, 1879, t. I, p. 447-
(30), Ed. Van Hamel, notes, p. 306
(31). Paul Meyer, introd. de Raoul de Cambrai, p. XXXIII.