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PHystorique- Les Portes du Temps
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3 juin 2026

Guerre de la Vendée mars 1793 : Récit du premier combat de Saint Mesmin écrit sous la dictée de l’un des acteurs

Le premier combat de Saint-Mesmin (aussi appelé combat près de la Pommeraie-sur-Sèvre / Saint-Mesmin) eut lieu le 14 ou 15 mars 1793, tout au début de la guerre de Vendée.

Contexte chronologique précis :

13 mars 1793 : Explosion de l’insurrection à la foire de L’Oie (Sainte-Florence).

14 mars 1793 : Victoire vendéenne au Pont-Charron (près de Chantonnay) contre les républicains venus de Luçon.

Immédiatement après (14 ou 15 mars) : Baudry d’Asson et ses hommes marchent vers la Pommeraie, puis affrontent les républicains près de Saint-Mesmin. C’est le combat décrit dans le récit du curé Augereau (avec Jean Coutant dit « Père Abraham »).

 

Ce fut l’un des tout premiers engagements organisés de la guerre de Vendée, avant les combats plus connus de Cholet, Thouars ou Fontenay-le-Comte.

Note : Il existe un second combat à Saint-Mesmin (lié au château) en février 1796.

 

 

A l'époque où il réunissait les documents nécessaires pour terminer son histoire des communes du canton de Pouzauges par la notice de Montournais, qu'il n'a malheureusement ni publiée ni même rédigée, feu M. Léon Audé s'adressa aux personnes capables de lui fournir des renseignements détaillés et exacts.

Les plus intéressants lui furent transmis par M. le curé de Montournais, dans une lettre en date du 8 août 1860. Reçus lorsqu'on imprimait les notices de la Pommeraie et de Saint-Mesmin (1), ils ne purent être utilisés pour leur rédaction. Nous pouvons nous en féliciter, parce que les limites du cadre dans lequel devait se renfermer notre très-regretté confrère ne lui auraient probablement pas permis de reproduire, dans son entier, le passage suivant de la lettre de M. l'abbé L. Augereau.

Dans la guerre vendéenne, il y eut à Saint-Mesmin deux combats qui furent à peu près le commencement et la fin de ce drame émouvant, où tant d'héroïsme fut dépensé.

Le second de ces faits d'armes a été raconté (2), mais le premier est resté inconnu aux historiens de la Vendée, du moins je ne l'ai vu mentionné dans aucun.

J'en donne le récit tel que je l'ai appris de l'un des acteurs, avec les détails pittoresques qu'il était incapable d'inventer.

L'insurrection éclata dans le département de la Vendée par l'effet d'un complot qui ne manquait ni de hardiesse ni d'habileté. MM. de Baudry d'Asson (3), de Vertueil (4) et de Béjarry (5) en étaient les chefs, du moins ce sont eux que j'ai entendu citer.

Ce complot éclata à l'Oie (6), un jour de foire.

Le lendemain de l'explosion, les Vendéens battirent, au Pont-Charron (7), les Républicains, accourus de Luçon pour les écraser.

Un autre corps d'observation, non moins menaçant, était cantonné à Bressuire et l'on devait penser qu'au premier bruit du mouvement il se mettrait en marche pour le comprimer. M. de Baudry d'Asson se chargea d'en débarrasser le pays, et c'était une entreprise fort téméraire, eu égard aux ressources dont il disposait.

Il passa par les Herbiers, où il dispersa la garde nationale, qui fit mine de résister, et où il châtia assez rudement une sorte d'administration républicaine qui cherchait à dominer le pays voisin.

De là, il se rendit sans retard à la

Pommeraie-sur-Sèvre, recueillant, comme en courant, tous les hommes de bonne volonté qui venaient se joindre à sa troupe.

A la Pommeraie, il fit halte pour mettre un peu d'ordre dans son rassemblement et requérir des provisions.

L'organisation ne fut jamais le beau coté des armées vendéennes, et aux premiers jours surtout elle était loin d'être complète.

Il y eut cependant dès lors des capitaines de paroisses choisis par élection, et quelques autres dignitaires dont les attributions n'étaient guère définies.

La paroisse de la Pommeraie élut pour son chef Jean Coutant, connu aussi sous le nom de Père Abraham (8). C'était un homme d'une conduite irréprochable, d'une simplicité antique et d'une inépuisable bonté. Il jouissait d'une certaine influence, et s'en servait pour prêcher la paix à tout prix et apaiser les différents. Ce n'était pas précisément un titre pour obtenir un commandement militaire; mais dans une armée où tout le monde était conscrit, la probité était une recommandation que le courage inconnu ne pouvait balancer.

Baudry d'Asson n'eut pas le temps d'examiner si l'ordre était parfait autour de lui. L'ennemi était signalé; il ordonna le départ, et tout se mit en marche comme un troupeau de moutons.

Comme il ne connaissait ni la force des Républicains ni la valeur de sa troupe, il eut la précaution de placer deux cavaliers en observation sur une hauteur, avec ordre, en cas de revers, de prendre les devants et de donner l'alarme. Par malheur, il oublia de leur faire part des évolutions qu'il comptait ordonner, ce qui causa une singulière méprise, comme nous le verrons bientôt.

Les deux corps d'armée se trouvèrent en présence près du bourg de Saint-Mesmin, du côté de la Pommeraie.

Le nombre était à peu près égal deux mille hommes environ de chaque côté. Je regarde cette supputation comme un peu hasardée.

M. de Baudry d'Asson dit à ses hommes de se jeter à terre à chaque décharge de l'ennemi, et d'attendre le signal pour foncer en avant.

Le Père Abraham donna aussi ses ordres et voulut haranguer ses soldats à la manière des anciens :

 « Mes amis, leur dit-il, tâchons de vaincre, mais ne faisons pas de mal.

 Faites du tapage, criez bien fort, épouvantez l'ennemi mais ne tuez pas votre ressemblance !. »

Ces singulières recommandations n'émurent personne, mais comme les fusils étaient rares, le combat commença d'une façon fort peu meurtrière.

Les Vendéens se jetaient à plat ventre, pour éviter les feux de peloton, et ne se relevaient que pour tirer quelques coups presque tous inoffensifs, de sorte que le combat présenta pendant un certain temps le spectacle de prostrations périodiques et d'une fusillade tout-à-fait innocente.

A la fin pourtant, un soldat du Père Abraham, trop lent à s'incliner, fut atteint par une balle qui lui laboura le bras, depuis le poignet jusqu'au coude. La douleur lui arracha un cri perçant et le sang coula en abondance.

 Le débonnaire Jean Coutant fut ému jusqu'au fond de l'âme, et changeant tout-à-fait de langage, il s'écria :

 « Ah ! mes amis, ces gens-là frappent en traîtres faisons de même ; aussi nous !Visez bien et tirez de votre mieux. Ils nous tueraient tous il faut les tuer les premiers !»

Il en aurait peut-être dit plus long, mais Baudry d'Asson venait de donner un ordre plus décisif. Il avait du militaire dans le sang et dans la tête. Quand la fusillade eut duré quelque temps, il jugea, à la mine de ses hommes, que le baptême du feu était donné et que désormais il avait des soldats.

Montrant donc l'ennemi d'un geste énergique, il s'écrie :

 « Mes amis, en avant, et faites comme moi »

Puis il s'élance au pas de course. Pas un de ses hommes ne reste en arrière, et le Père Abraham lui-même suit d'assez près. Un combat corps à corps s'engage. Les Vendéens se jettent sur les Bleus, arrachent leurs fusils, les assomment à coups de crosse ou les transpercent avec leurs longues fourches tout, jusqu'aux pieux arrachés dans les buissons, devient entre leurs mains une arme terrible.

Les Républicains, effrayés de tant d'audace, ne tiennent pas longtemps. Ils se débandent et sont poursuivis jusqu'à la Forêt-sur-Sèvre. Les Vendéens avaient pris assez d'armes pour avoir chacun un fusil.

 Ils se dirigent de nouveau vers la Pommeraie, se croyant déjà maitres de la République une étrange réception les y attendait.

Les deux cavaliers placés en observation, voyant les leurs tomber par terre, s'étaient imaginé que la première décharge les avait tous tués, et, sans autre examen, ils avaient détalé au plus vite.

Arrivés à la Pommeraie, ils annoncent que tout est perdu et que l'ennemi vient derrière eux. Cette nouvelle causa une consternation facile à comprendre. La douleur et la confusion n'eurent point de bornes, et en un instant le bourg devint désert.

 Quelques-uns des fuyards, passant la Sèvre, allèrent se réfugier dans les bois du Deffand, mais le plus grand nombre courut se cacher dans ceux de Toucheprès et de Brie. Un seul homme garda son sang-froid et son courage au milieu de la désolation commune : c'était Robreau, le sonneur (ou sacristain) de la paroisse.

 « Je resterai à garder l'église, dit-il, et si les Républicains viennent pour la piller, ils me tueront avant d'y entrer »

Les vainqueurs en arrivant le trouvèrent seul, et apprirent de lui ce qui s'était passé; mais il fallait rappeler les fugitifs, et Robreau fut chargé de porter l'heureux message. La joie inattendue qui le transportait lui suggéra, chemin faisant, une idée passablement bizarre. L'habitude de lire dans le gros livre du lutrin lui avait mis quelques mots latins dans la tête. Il jugea l'occasion favorable pour montrer sa science, et il résolut de s'acquitter de son ambassade avec toute la dignité d'un héraut d'armes.

Arrivé à la lisière du bois, il monte sur le talus d'un fossé, et se plantant les deux mains sur les hanches, il cria de toute la force de ses poumons « Aristocrati victoria ! »

Il répéta trois fois la même formule et se tût. On connut bien dans le bois la voix retentissante de Robreau, mais nul ne put comprendre le sens de ses mystérieuses paroles.

 Plusieurs dames, qui se trouvaient parmi les réfugiés, furent consultées, mais l'Académie improvisée se déclara incompétente et comme on était sous le poids de sinistres prévisions, personne n'osait bouger ni élever la voix. Une femme s'approcha tout doucement du sonneur, et le pria de traduire son avertissement en termes intelligibles. Robreau ne fit pas le difficile; et quelques minutes après, la troupe joyeuse reprenait le chemin du bourg.

Société d'émulation de la Vendée

 

==> Archéologie de guerres de sièges du château de Saint-Mesmin (Chroniques d'un siège)

==> L’insurrection vendéenne 1793 (plan- dates)

==> Les Massacres de Vendée

==> Paysages et monuments du Poitou: Saint André sur Sèvres le château de Saint Mesmin ( Récits Guerre de Vendée)

 

 

(1) Annuaire de la Société d'Émulation, vol. VI, p. 241 et suivantes.

(2) Voir même Annuaire p. 263.

(3) Gabriel de B. d'Asson, seigneur de Brachain, ancien militaire. Il fut tué à la bataille de Luçon, le 14 aoùt 1793:

(4) Ancien sous-lieutenant au régiment de Languedoc. Il périt à la déroute du Mans.

(5) Auguste de B., mort en 1824.

(6) Commune de Sainte-Florence, canton des Essarts. La foire dont il s'agit est celle du 13 mars 1793.

(7) Près Chantonnay. Il parait y avoir eu un second combat, le 15 mars, Chantonnay même, où fut tué le lieutenant des volontaires (républicains) de Saint-Germain-de-Prinçay et du Puybelliard.

(8) Annuaire de la Société d’Émulation, vol. VI, p. 251.

 

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