LA MILICE EN BAS POITOU (fonctionnement).
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Ce fut Ebles Manzer, comte de Poitou, qui le premier vers l’an 907 s’occupa d’organiser la milice. (Contre les Vikings)
Les Poitevins n’étaient tenus alors qu’à trois mois de service. Ce recrutement n’appelait que les hommes libres, c’est- à-dire ceux qui possédaient. Les serfs furent laissés à la culture des terres.
Au moyen-âge, la milice fut originairement une garde bourgeoise pour faire la police de nuit dans les villes qui avaient ce titre, telles que la Roche-sur-Yon, à dater de 1295, et aussi pour défendre la cité en cas d’invasion (1).
Mais déjà, sous Louis VI vers 1108, ces gardes bourgeoises étaient obligées d’aller à la guerre, dès que l'ordonnait le roi. Elles servaient à leurs frais, choisissaient leurs chefs, devenaient en quelque sorte régulières, bien que troupes auxiliaires dans l’armée de ligne.
Les Intendants des provinces devaient en tenir le contrôle, et, dans les appels, fixer le nombre des miliciens à fournir par chaque paroisse.
A la Roche-sur-Yon, ce chiffre, vu la faible population, dut être peu élevé.
C’est au milieu du XVe siècle que se produisit la grande transformation politique et sociale, consistant dans l’établissement d’une armée permanente et régulière.
Jusque-là le service féodal du ban et de l’arrière-ban avait été, jusqu’à la fin du XIIIe siècle, la base de nos armées.
Ces mots de ban et d’arrière-ban, écrit la Boutetière (2) dont nous résumons un travail, signifiaient alors deux choses:
1° le service militaire dû au pays par les grands fiefs, les villes, bourgs et même de simples villages, service réglé par les coutumes ou les titres,
2° l’obligation pour tous ceux qui étaient exempts de ce premier service, mais en âge et en état de porter les armes, de concourir à la défense du pays en cas de nécessité. De la suppression de l’amende, sanction pénale de ce devoir, vint plus tard l’idée du remplacement et d’une subvention destinée à conserver sur pied les troupes féodales, après l’expiration du temps de service gratuit.
Ces dernières, exclusivement composées d’hommes adonnés au métier des armes, marquèrent un progrès au point de vue militaire, mais ne tardèrent pas, faute de discipline, à engendrer des bandes d’aventuriers, qui sous les noms de routiers ou d'écorcheurs acquirent une si triste et si horrible célébrité.
De Jean-le-Bon à Charles VII, l'histoire est remplie des récits de leur cruauté, et des efforts tentés, souvent en vain, pour se débarrasser d’eux.
On réussit enfin à se servir de leurs débris mêmes pour constituer l'armée, qui, plus tard, devait être le plus solide rempart contre le retour des maux infligés au pays.
C’est à la suite des États généraux et par l’Ordonnance royale du 26 mai 1443 que fut accompli cet acte important.
D’après les lettres de Charles VII relatives à l’arrière-ban, après la création de l’armée permanente, on voit qu’elle était composée des nobles et des propriétaires de fiefs formant une réserve de cavalerie, comme les francs-archers formaient la réserve d’infanterie (3). (On trouve à diverses époques des francs- archers dans la petite garnison de notre château-fort.)
Ce qui les caractérise également, c’est le maintien dans leurs foyers en temps ordinaire, avec l’obligation de marcher « en bon et suffisant équipage, envers et contre tous, chaque fois qu’ils seront mandés de par le roy (4). »
En outre de cet impôt du sang qui n’atteignait que quelques hommes, en certains cas extraordinaires tous les chefs de famille étaient frappés d’un impôt de guerre.
Cet impôt fut levé, en 1499, dans toutes les paroisses du Bas-Poitou.
Dans le document qui en fournit le détail et qu'a publié La Boutetière, la Roche-sur-Yon, comme les quatre autres villes fortifiées, Fontenay, Mortagne, Sainte-Hermine et Tiffauges, fut imposée pour soixante- quinze livres, et la châtellenie entière, composée des paroisses indiquées ailleurs en cet ouvrage, fut taxée à deux mille livres dans l’impôt de 1480.
Fonctionnement de la Milice
Voici le fonctionnement et l’emploi de la milice en Bas-Poitou.
En 1445, était arrivé le terme de cette longue lutte entre la France et l’Angleterre, connue sous le nom de Guerre de Cent Ans.
L’arrière-ban du Poitou prit part à nos derniers succès où il se signala en Normandie en 1449-1450, et peu après en Guyenne. (Arch. munie. de Poitiers.)
Sous le règne de Louis XI, signalé par des guerres continuelles pour l’extension de l’autorité royale, notre arrière-ban eut à servir chaque année.
Durant la longue suite d’années qui s’écoulent de 1462 à 1480, on trouve nos ancêtres appelés à se battre sans interruption et marchant tantôt en Normandie, en Guyenne, en Picardie ou en Bourgogne, ou, plus près de nous, à la défense de nos côtes des Sables à la Rochelle, et le plus souvent sur les Marches communes de Poitou et de Bretagne, aujourd’hui confins de la Vendée et de la Loire-Inférieure (5).
En mai 1477, elles sont commandées par le sénéchal de Poitou. (Délibérations du corps de ville de Poitiers, Reg. 7.)
Nos pères devaient souffrir considérablement de ces appels réitérés, pour la culture des terres, pour la coupe du bois en forêts et le soin des bestiaux, car le service personnel et gratuit était exigé avec rigueur, sous peine par les manquants « d'être réputés rebelles et désobéissants » avec menace de « confiscation de corps et de biens, et de telle punition que ce fut exemple à tous autres. » Mais les pauvres et les manouvriers en étaient toujours exclus.
Les tambours des quartiers et les cloches appelaient les bourgeois et gens d’armes au rassemblement pour les exercices (6).
Dès le commencement du règne de Charles VII, aux Etats-Généraux de 1484,1a noblesse qui s’était montrée si prodigue de son sang aux Croisades et aux guerres contre l’Anglais, notamment à l’époque de Jeanne d’Arc, se plaignait d’être ruinée par le service militaire et demandait à n’être appelée qu’en cas de nécessité pour la défense du royaume, et, dans ce cas, à recevoir une solde.
A leur tour, les gens du Tiers- Etat se plaignaient de payer la taille et les droits de francs-fiefs sans cesser d’être appelés. Le roi accorda toutes ces demandes, mais la guerre de Bretagne étant survenue, les convocations continuèrent et l’arrière- ban du Poitou y prit part de 1487 à 1491.
Mais le temps des guerres féodales va passer : celui des guerres avec l’ennemi du dehors commence, guerres au moyen desquelles s’achèvera l’unité nationale.
Elles s’ouvrent par les expéditions d'Italie et continuent par la longue rivalité des maisons de France et d’Autriche.
Là, nos guerriers bas-poitevins sont heureusement épargnés : nous ne les trouvons qu’en 1496 occupés à la garde des frontières d’Espagne, et sous Louis XII pendant les luttes de 1503 à 1512.
Mais, sous François I er et Henri, plus fréquents sont les combats, et avec toutes les forces du royaume nos pères durent y prendre part.
Combien parmi eux n’ont plus revu les campagnes de l’ancienne Vendée ! (7)
En juin 1522, le sénéchal du Poitou fait crier la montre, c’est-à-dire la revue de l’arrière-ban « pour courir sus à des gens de guerre vagabonds, vivant sur le peuple, pillant, robant et faisant plusieurs et énormes maux ».
Jean Bouchet a raconté les aventures de ces hordes battues en Poitou, qui s’embarquent enfin pour aller guerroyer en Ecosse.
Les convocations de l’arrière-ban continuent jus- qu'en 1558, surtout pour s’assurer que les gentilshommes étaient armés et montés en bons et solides chevaux, de manière à pouvoir faire, s’il était besoin, un rude et long service,
C’est dans les guerres éloignées et continues de plusieurs années que notre ancienne race chevaline fait preuve d’une forte endurance.
La milice du Bas-Poitou pendant les guerres religieuses
Voici maintenant une sombre époque pour ce pays, celle des guerres religieuses.
Par suite de diverses causes et surtout de la proximité de la Rochelle, capitale et boulevard du Protestantisme, le Bas-Poitou et l’Aunis furent le principal théâtre des luttes. C’est là que fréquemment on retrouve notre arrière-ban, dont les convocations répondent à chaque année de nos huit guerres civiles (8).
La dernière convocation de l’année 1580 a été rapportée par un témoin oculaire, le duc de Mercœur, dont le récit trop détaillé ne peut trouver place en ces pages.
On éprouve un soulagement à sortir de cette guerre civile pour saluer la fin réparatrice du règne d’Henri IV et entrer ensuite dans celui de Louis XIII, sous la puissante administration de Richelieu.
L’arrière-ban poitevin prit part à l’expédition conduite par le roi lui-même en Bas-Poitou en 1622, puis au siège de Ré (Ile de Ré), et au siège et prise de la Rochelle, qui en 1628, mirent fin à la prétention des Protestants de former un Etat dans l’Etat.
Enfin, vint l’année 1643 qui abolit le service personnel, et le remplaça par un impôt applicable à la levée et à l’entretien de compagnies de cavalerie.
Quant aux événements de la France, ils passèrent à peu près et heureusement inaperçus pour les Bas-Poitevins.
Pendant la première moitié du règne de Louis XIV, deux seules convocations lurent faites en 1674 et 1675 pour résister aux entreprises, sur nos côtes, de la flotte hollandaise, qui s’empara un moment de Noirmoutier et attaqua l'Ile de Bonin.
A cette époque on recruta des colons de nos campagnes pour faire le service de gardes côtes, service fort redouté de nos cultivateurs, dont les enfants ayant à peine atteint l’âge de seize ans quittaient le pays pour éviter d’y être contraints.
Désormais, les réunions de l’arrière-ban deviennent de plus en plus rares, avec le perfectionnement des armées et le changement de tactique militaire.
Alors, la cavalerie, qui comprenait beaucoup de nos ancêtres, cessa d’être l’arme prépondérante à cause de l’artillerie dont le rôle devint considérable.
Toutefois, quand vinrent les revers de la fin du règne de Louis XIV, l’épuisement du pays obligea de faire appel à toutes les forces de la nation, et notre arrière-ban fut cantonné sur nos côtes pour s’opposer à la descente des flottes ennemies.
Il en fut de même durant la guerre de succession d’Espagne qui exigea une convocation à Fontenay et à Niort.
En toutes ces circonstances s’affirmèrent la fidélité, l’endurance des Bas-Poitevins et leur courage patriotique.
En 1688 s’introduisit une modification dans les appels.
Puis, en 1701, on ordonna dans chaque paroisse une levée de recrues dites soldats de milices, désignés par le tirage au sort, qui dans tout le cours du XVIIIe siècle formèrent trois bataillons. Celui du Bas- Poitou avait son siège à Fontenay.
A dater de cette époque, elles payèrent largement leur dette au pays, particulièrement la compagnie qui comprenait les habitants de notre Principauté.
De 1735 à 1743, on puisa dans les rangs des Bas- Poitevins pour combler les vides faits dans les armées d’Italie et d'Allemagne.
Enfin, pour la dernière fois en 1758, l’arrière-ban du Poitou fut encore convoqué pour la défense des côtes vendéennes.
En résumé, l’histoire de notre province et particulièrement de la portion du territoire qui nous occupe, atteste avec quelle ardeur persévérante nos pères ont travaillé à la grande œuvre de l’unité de la patrie française.
Depuis l’époque à laquelle nous arrêtons ces simples notes, dues principalement à la plume savante de M. de la Boutetière, plus de la moitié des provinces qui composaient le royaume à la fin de l’avant-dernier siècle ont été réunies à la France par la politique ou par les armes, et à chacun de ces grands faits nos réserves du Bas-Poitou ont coopéré directement ou indirectement. Pourquoi faut-il que des provinces de la frontière de l'Est aient été détachées depuis, de la mère-patrie, à la suite des guerres malheureuses de 1870-71 ?
Ajoutons, en terminant, ce souvenir qui a trait à notre pays.
Vers la fin de 1705, alors que la guerre de succession mettait l’Europe en feu, les flottes anglaise et hollandaise menaçaient les côtes d’une invasion combinée, et tout faisait craindre que le Bas-Poitou, déjà si éprouvé, ne connût de nouveau les calamités d’une occupation étrangère comme autrefois celle des Anglais.
Le maréchal de Chamilly, célèbre par sa fameuse défense de Grave qui avait coûté seize mille hommes au prince d’Orange, et le marquis de la Bretesche, lieutenant général des armées du roi, furent chargés de visiter les côtes de la Vendée et de les armer en vue d’une descente probable de l’ennemi.
Dans le courant de juillet 1706, ils firent de l’abbaye de Saint-Michel-en-l’Herm leur quartier général, goûtant fort l’hospitalité des moines, qui n’épargnaient rien pour les bien recevoir.
Après la mort de La Bretesche, le baron de Voisin, chef d’escadre, lui succéda dans le commandement général des troupes chargées de la défense du littoral. Il vint également à l'abbaye, où il demeura trois jours. Le lendemain de son arrivée, il passa la revue de la milice régionale pour aller ensuite faire la visite de la côte de l’Aiguillon-sur-Mer. Par bonheur, la descente redoutée n’eut pas lieu.
La France avait assez de défaites à souffrir dans les Pays-Bas, elle cruel hiver de 1709 mit le comble au mal général. Il faut lire, écrit ici M. Brochet (9), dans les archives paroissiales du Bas-Poitou les détails des souffrances qu’endurèrent nos ancêtres.
« Toutes les rivières gelées cessèrent de couler, la mer gela également sur nos côtes comme dans les régions polaires ; presque tous les arbres fruitiers périrent.
Les blés furent gelés dans les sillons, et la famine désola nos campagnes comme aussi le reste du royaume. »
L'ancienne Roche-sur-Yon et la vieille Vendée , par l'abbé A. Baraud...
==> Ducs d' Aquitaine et Comtes de Poitou et plus
==> LISTE DES BAILLIS ET DES SÉNÉCHAUX. LISTE DES GRANDS SÉNÉCHAUX DU POITOU.
==> Histoire du Poitou: LE POITOU PENDANT LA GUERRE DE CENT ANS (1340-1376).
==>1366 — LES TARD-VENUS – Seguin III de Badefol- Notes relatives â l’invasion des grandes compagnies
==>Guerre de 100 ans - la chevauchée de Jeanne d'Arc - Poitou 1429
==>6 JANVIER 1477 montres et revues d’armes
==> Liste des nobles de la ville de Poitiers et des sénéchaussées du Bas-Poitou en 1789
(1) Ce nom fut porté également par un corps d’archers permanents qui exista depuis François Ier jusqu’à Henri II.
(2) Documents sur le Bas-Poitou.
(3) Le général Suzanne, dans son histoire de l’Ancienne infanterie française, nous apprend que jusqu’au XII° siècle il n’y eut presque pas de soldats à pied, que les anciennes armées ne se composaient à peu près exclusivement que de gens armés de pied en cap, c’est-à-dire de cavalerie. Les valets des seigneurs et des écuyers constituaient seuls une espèce d'infanterie.
(4) D’après un document publié par M. Gabory, archiviste départemental, et qui concerne la paroisse de Sainte-Foy, les cultivateurs de notre pays furent à différentes époques assujettis à être gardes-côtes et mémo matelots : « Le besoin incessant d'hommes, écrit-il, nécessité par les guerres continuelles de Louis XIV, contraignait les recruteurs à ce moyen », employé dès que les jeunes gens avaient atteint l'âge de seize ou dix-sept ans. On ignore l’époque à laquelle commencèrent ces incorporations de paysans dans la marine.
(5). Les Marches comprenaient dix-sept paroisses du Bas- Poitou et de la Bretagne, qui jouissaient d’exemption de droits et impôts : ce qui a attiré dans celle région beaucoup de manufacturiers et commerçants.
Ces Marches, dit Ducange, étaient synonyme de limites : elles formaient, depuis l‘Isle-de-Bouin jusqu’à Tiffauges, une grande lisière d’une lieue ou demi-lieue de largeur sur quinze à dix-huit de longueur.
François 1 er voulut bien soumettre ces communes aux mêmes droits et redevances que celles des autres provinces, mais elles se soulevèrent et leurs franchises subsistèrent jusqu’à la Révolution. En cas de guerre, elles étaient neutres.
Les hautes Marches comprenaient Boussay et Gétigné, la Bruflière et Cugand.
Les basses se composaient de Logé, Saint-Colombin. Paux, une partie de Machecoul et de la Benate, l'Isle-de-Bouin, Bois-de- Cené, Saint-Etienne-du-Bois, une partie de la Garnache, de Grand’Landes et du Retail dans les Lucs. (V. CAVOLEAU, Statistique.)
(6) Les arbalétriers étaient convoqués chaque dimanche pour l’exercice.
(7) La noblesse vendéenne, écrit G. Lacouloumère (Revue du Bas-Poitou, 1906), a fourni de très brillants officiers au Régiment du Roi (créé en janvier 1663), surtout pendant le règne de Louis XIV.
(8) En 1562, 1567 et 1568, 156!), 1573, 1574, 1577 et 1580.
(9) La Vendée à travers les âges, t. II.