Inventaire de l’artillerie du XVI e siècle découvert lors de fouilles de l'ancien Hôtel de ville de Corbeil
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Corbeil (aujourd'hui Corbeil-Essonnes, Essonne), était une ville fortifiée importante au Moyen Âge et à la Renaissance (avec des remparts du XVIIe siècle encore visibles, un moulin à poudre historique du XVIIe siècle)
La situation géographique de Corbeil lui donnait autrefois une importance relativement considérable.
En effet, placée sur la Seine qu'elle dominait de ses tours et de ses murailles, en amont et à peu de distance de Paris, cette ville était en quelque sorte la clef des vivres de la capitale, honneur sans profits, qu'elle partageait avec Lagny, qui occupait une position analogue sur la Marne; car il suffisait de s'emparer de Corbeil et de Lagny pour affamer les Parisiens, qui se trouvaient ainsi empêchés de recevoir leurs provisions, dont la majeure partie venait de la Bourgogne par la Seine et devait par conséquent passer sous le pont de Corbeil avant d'arriver à Paris.
Cet état de choses dura longtemps, il existait encore sous la Fronde; on en trouve la preuve dans le couplet suivant des Triolets du temps qui se chantaient à Paris en 1649:
Corbeil sera bien repris,
Et tout viendra par la rivière.
Qu'on ne craigne point dans Paris,
Corbeil sera bien tost repris ;
On aura de tout d bon prix,
Et nous ferons tous chère entière,
Corbeil sera bien tost repris
Et tout viendra par la rivière.
L'on voit donc que les épreuves sans nombre et les sièges répétés que notre malheureuse petite ville a subis étaient la triste preuve de sa dangereuse situation.
Dans ces conditions, les habitants de Corbeil devaient pourvoir à sa sûreté ; ils y étaient d'ailleurs fréquemment invités par des lettres royales, encore conservées aujourd'hui dans les Archives de la ville, qui recommandaient aux manans et habitants de faire bonne garde et leur signalaient les dangers qui pouvaient les menacer.
Ils étaient donc armés, mais les armes étaient la propriété de la ville qui en faisait la répartition entre les habitants dans les moments de trouble et de danger.
Mais il vint un temps où la ville n'eut plus à se défendre par elle-même, elle songea alors à se débarrasser d'une artillerie ancienne qui était plus que démodée; divers papiers des archives de la ville nous renseignent à ce sujet.
Une première note nous apprend qu'en 1749 les Echevins obtinrent la permission de vendre sept canons qui restaient de toute l'artillerie qu'avait possédée la ville de Corbeil.
Mais alors le Duc de Villeroy, faisant valoir sa qualité de Seigneur-Engagiste de Corbeil et de sa Châtellenie, réclama ces canons; il obtint un ordre du Roy qui lui permit de les enlever du château de Corbeil où ils se trouvaient et de les transporter à son château de Villeroy, ce qui eut lieu en 1750.
Une autre note portant la date du 28 juillet 1789, dit encore:
«M. le Duc de Villeroy envoye trois députés aux officiers municipaux de la ville de Corbeil et au Comité alors établi pour traiter des affaires communes de la dite ville pendant les troubles dans le Royaume, à l'occasion de la tenue des états généraux, les dits députés chargés d'offrir à la ville les sept canons que feu M. le Maréchal de Villeroy, son oncle, avait fait transporter à Villeroy en l'année 1750 ».
Ces faits sont longuement rapportés dans les registres municipaux de la ville de Corbeil; celle-ci accepta, avec quelques réserves concernant la propriété de ces pièces, de reprendre ces sept canons de bronze qui pesaient ensemble 812 livres.
Que devinrent-ils plus tard, nous n'en avons trouvé aucune trace, mais il est bien probable, à cette époque où l'on fondait les cloches pour en faire des canons, que le gouvernement n'aura pas manqué de les reprendre.
Mais plus tard, Corbeil posséda encore des canons, ce fut en 1830, quand on réorganisa la garde nationale; celle-ci fut composée de diverses compagnies, grenadiers, chasseurs et artilleurs;
à ces derniers il fallut des canons, et le gouvernement de Louis-Philippe accorda à Corbeil deux pièces de 4, c'est ainsi qu'elles étaient dénommées.
Les artilleurs s'en servaient dans les fêtes publiques pour tirer des salves, à la fête du Roi, aux glorieuses (anniversaire de juillet 1830) etc.; elles paradaient dans les revues, mais heureusement elles ne furent jamais meurtrières.
A la dissolution des gardes nationales (1871) elles retournèrent à Vincennes, d’où elles étaient venues, et l'on n'en entendit plus parler.
Ce fut la fin de l'artillerie de Corbeil.
Après cette disgression sur l'artillerie moderne de notre ville, revenons à l'ancienne qui fait l'objet de la présente notice.
En outre des armes portatives, Corbeil possédait une artillerie dont il est intéressant de connaître l'importance, à une époque où, comme la plupart des petites villes, elle était abandonnée à elle-même, sans garnison le plus souvent, et n'ayant pour défendre ses murailles, que sa compagnie d'arquebusiers aidés de quelques bourgeois.
Nous possédons des détails sur l'artillerie de Corbeil au commencement du XVIe siècle, grâce à un curieux document conservé dans les Archives de la ville: c'est un inventaire, dressé en 1534, des pièces el artillerye et autres ustancilles trouvez ès tours ... etc.
Ce document, dont on trouvera le texte ci-après, est écrit sur trois morceaux de parchemin cousus l'un au bout de l'autre et formant une longueur totale de 1 m 42.
Il est probable que cet inventaire a été fait plus spécialement pour l'artillerie et que les autres armes, telles que haquebutes, pistoles, arbalestes, etc., se trouvaient déposées dans d'autres locaux.
Notre document parait en effet n'avoir inventorié que la tour de la bonde Saint-Nicolas, située près de la porte de ce nom et de la maison commune, ou hôtel de ville, qui en était aussi très rapproché (1).
Et cependant Corbeil possédait plusieurs autres tours qui défendaient ses trois portes (2) sans compter la grosse tour du château (3), que de la Barre, notre historien, appelle la tour de Corbulo (4), et encore la tour du Hourdy (5), qui servait de donjon à la forteresse qui se trouvait sur la rive droite de la Seine, à l'entrée du pont, défendant ainsi les approches du fleuve et de la ville.
En terminant cette introduction, nous tenons à faire remarquer que si l'inventaire que l'on va lire porte la date de 1534, les pièces d'artillerie et autres objets qui y sont indiqués remontent certainement à une époque plus reculée, ainsi que le prouvent les mots à la mode ancienne plusieurs fois répétés dans ce curieux document.
A.D.
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« Inventaire faict par moy Jehan Lebergier, bachellier en loix, tabellion juré et estably de par le Roy nostre Sire en la ville, Prévosté et Chastellenye de Corbueil le mardi douziesme jour de may l'an mil cinq cens trente quatre, à la requeste de honneste personne Jacques de la Ruelle, marchant espicier, au nom et comme procureur des manans et habitans de la ville de Corbueil, des pièces et artilleries et autres ustancilles trouvez ès tours et hostels cy après nommez, en la présence de honnestes personnes jehan le Paige, Controulleur des deniers communs de la dicte ville, Spire Berry et Estienne Garnier, gouverneur de la dicte ville, et aussi ès présence de Guillaume Villain et Jehan Viellard, appeliez pour tesmoings, et a esté proceddé audict inventaire ainsi qu'il s'enssuyt :
Et premièrement.
En la tour de la bonde de la porte Saint-Nicollas (6), sur la rivière de Seyne, au bas estaige, a esté trouvé deux pièces d'artilleries enfuttées de boys à la mode ancienne, les dictes pièces de fer garnys de leurs chambres, dont l'une a deux aigneaulx par dessus et l'aultre sans aigneaulx, l'une de trois piedz de longueur et demy pied de gueulle, et l'aultre de pied et demy de longueur et ung dour (7) de gueulle.
Au second estaige, ung aultre pièce d'artillerie sans aneaulx, de pareille sorte, enfuttée et garnye de charge, estant de deux piedz et demy de long sans ladicte charge et pardedans d'un dour de gueulle ou environ.
En l'hostel de la ville, à la porte Sainct-Nicollas, à la première chambre basse, a esté trouvé une pièce d'artillerye, enfunèe de pareille sorte, de trois piedz de long ou environ sans ladicte charge et pardedans de demy pied d'ouverture.
En l'autre chambre joignant la dicte première chambre, six grosses pièces de pareille sorte, enfuttez de leurs boys et garnys de leurs chambres et charges, l'une de trois piedz de longueur ou environ sans la charge et de ouverture de gueulle de six poulces ou environ, une aultre de deux piedz et demy de long et de sept poulces d’ouverture, les quatre autres de chacune deux piedz et demy de long ou environ, et d'ouverture deux de chacune cinq poulces et les deux autres de chacune quatre poulces et plus.
Item, six aultres pièces en manière de faulconneaulx, eufuttez et garnys de leurs charges et chambres, dont deux de chacune quatre piedz de longueur sans la charge, et de ouverture de chacune deux poulces, et les quatre aultres de trois pieds de longueur ou environ sans la charge, et de ouverture trois des dictes pièces de chacune trois poulces et l'aultre de deux poulces,
Item, deux menoires à mener les dictes pièces, telles quelles, et huict pièces de aultre vielz boys.
Item, quatre aultres pièces d'artillerye d'environ vingt poulces de longueur, le feust d'icelle rompu, et garnys de leurs charges.
En la chambre d'en hault dudict hostel a esté trouvé en chausse-trappes (8) de fer vingt sept livres pesant.
Item, trois pièces d'artillerye non enfustez, appelez mortiers, dont deux de chacun deux piedz de longueur ou environ et l'aultre de pied et demy de longueur ou environ, et de ouverture de gueulle, l'une de sept poulces ou environ, et les deux aultres de cinq poulces de ouverture ou environ.
Item, quatre haquebuttes (9) à crochet, dont deux grandes, une petite et l'aultre rompue.
Item, une aultre pièce d'artillerye de fer, de trois piedz de longueur ou environ.
Item, quatre salades de fer (10).
Item, trois brigandines (11) à la mode ancienne, telles quelles.
Item, trois lanternes de fer.
Item, deux arbalestres garnys de leurs arcs en façon de carreaulx, l'une garnye de bandage sans carreaulx, telz quelz.
Item, quatre cagnes dont trois plains de pouldre à canon et l'aultre où il y a environ demy pied pareillement. (petit tonneau, un baril ou une barrique de petite taille)
Item, ung coffre ferré auquel y a ung bary en fer, dedans lequel y a environ un tiers plain d'esmorc avccques ung sac de cuyr dedans lequel y a environ trois livres desmorc (12).
Item, trois casses de boys plaines de trects à arbalestres, ferrés à trois quierres (13) empennez de boys, avecques deux aultres vielles casses, où y a quelque quantité de vielz trects.
Item, trois verges de fer servant à porter banieres, l'une de sept à huict piedz de long et les deux aultres de cinq piedz ou environ.
Item, trente deux gros bouletz de plomb, de chacune (sic) la grosseur d'une plotte ou environ, et quarante quatre petitz bouletz, dont vingt huit de grosseur de noys, et le surplus plus petitz, et dix sept aultres petits bouletz servant à petites haquebuttes.
Item en plomba esté trouvé deux cens cinquantes livres, quatorze onces pesant, comprins Jeux pièces où y a quelque quantité de fer qui ont servy à la porte Parisis.
Au garnier a esté trouvé trois roues ferrées.
En une petite chambrette estant en l'auditoire (14) dudict Corbueil, où y a ung coffre fermant à deux clefz, qui sert à mettre les comptes et lectres de la ville, a esté trouvé deux chesnes de fer qui souloient servir au pont levys de la porte Parisis, deux torillons, quatre bandes de fer qui ont servy à ung pont levys, une serrure, un gros coireau (15) et aultre ferraille.
Item, deux barrières, en l'une desquelles y a l'escuçon de france d'un costé, et de l'aultre costé l'escuçon moyctiè de france et du Dauphin, et l'aultre d'un costé de France et de l'aultre costé my party de France et de Bretaigne (16).
Au boulevart de la fosse Saint-Guenault a esté trouve une pièce d'artillerye enfuttèe de deux piedz de longueur ou environ sans la chambre et de quatre poulces et demy de gueulles.
Faict les an et jour dessus dictz , Sigué: J. LEBERGIER (17).
PIÈCE D'ARTILLERIE DU XVIe SIÈCLE Trouvée dans l’ancien hôtel de ville de Corbeil
Par M. LAROCHE Membre de la Commission.
L'hôtel de ville était jadis attenant à celui de l'Arquebuse.
Il a été abandonné en 1805, parce qu'il menaçait ruine, et n'a été aliéné qu'en 1819. Une arcade de communication avec la rue des Fossés est ouverte sous ce bâtiment.
L'artillerie que possédait la cité, au moment de nos troubles civils, demeurait habituellement sur la place de l'Arquebuse.
Le dernier duc de Villeroy (18), seigneur engagiste du comté de Corbeil, l'avait fait transférer dans la cour de son château en 1740 ; elle fut ramenée à Corbeil le 29 juillet 1789.
Aux sept pièces de canon dont elle se composait en furent ajoutées deux nouvelles par la munificence de M. de Clermont-Tonnerre, commandant de la garde nationale de notre ville.
Cette artillerie fut envoyée à l'armée, où elle était devenue plus nécessaire, peu- après qu'elle nous eut été rendue.
Le corps des artilleurs a rendu d'éminents services à la ville en des temps désastreux. « Les canonniers de Corbeil, en 1562, dit l'historien de cette ville (p. 246), faisant merveille de tirer, tuèrent et estropièrent quantité de soldats, outre deux personnages de remarque, » etc.
La maison commune ou Hôtel-de-ville de Corbeil a subi des fortunes diverses; les anciens du pays l'ont connu pendant de longues années sur la place du marché.
Depuis il a été transfère place Saint-Guenault, aujourd'hui place Galignani, dans l'important immeuble qui fait l'angle de la rue du grand Pignon.
Plus tard, lorsque la Sous-Préfecture vint occuper les nouveaux bâtiments qu'on venait de lui construire près du chemin de fer, la ville de Corbeil se rendit acquéreur, au prix de cinquante mille francs, de l'ancien prieuré de Saint-Guenaule, qu'abandonnait la Sous-Préfecture et y installa son Hôtel-de-ville et les services de la Mairie: ils s'y trouvent encore aujourd'hui en attendant l'édification d'un Hôtel-de-ville en rapport avec l'importance et les besoins de Corbeil.
Mais avant ces déplacements successifs et pendant de longs siècles, l'Hôtel-de-ville avait toujours occupé un emplacement très rapproché de la porte Saint-Nicolas et tout voisin de l'ancien hôtel des arquebusiers de Corbeil, qui existe encore sur la place dite de l'Arquebuse.
L'Hôtel-de-ville subsista à cet endroit jusqu'au commencement de ce siècle, époque à laquelle il fut transféré dans une vieille maison de la place du marché.
L'ancien bâtiment de la place de l'Arquebuse fut alors aliéné et servit à divers usages jusqu'au moment où je m'en rendis acquéreur, c'est-à-dire vers mil huit cent soixante-quinze.
Les bâtiments tombaient alors en ruine et je me vis dans l'obligation de les reconstruire, mais j'eus soin de conserver, en la restaurant, la jolie tourelle qui flanquait notre vieil Hôtel-de-ville.
En faisant les fouilles nécessaires pour les caves, les ouvriers mirent à jour divers objets, tels que chaînes, clefs et cadenas en fer provenant probablement du pont-levis, plus une boîte en fer ayant la forme d'une culasse de canon munie d'une anse avec feuillure et lumière.
Evidemment cette boite était une pièce d'artillerie, mais quel était son usage ? c'est ce que je me mis à chercher, et je ne tardai pas à trouver la description très complète de ce canon dans le Dictionnaire d'architecture de Viollet-le-Duc, au mot Engin.
Voici l'article du savant architecte, qui explique mieux que je ne saurais le faire ce qu'était cette arme :
« L'idée de charger les canons par la culasse était la première qui s'était présentée, comme ce sera probablement le dernier perfectionnement apporté dans la fabrication des bouches à feu.
On dut renoncer aux premières boîtes, qui s'adaptaient mal, laissaient passer les gaz, envoyaient parfois une grande partie de la charge sur le servant et se détraquaient promptement par l'effet du recul.
On se contenta de faire dans la culasse du canon une entaille permettant l'introduction d'une boite de fer ou de cuivre qui contenait la charge de poudre maintenue par un tampon de bois.
Cette boîte était fixée de plusieurs manières elle a était munie d'une anse afin de faciliter sa pose et son a enlèvement après le tir.
La balle était glissée dans l'âme du canon avant l'introduction de la boîte et refoulée a avec une bourre de foin ou de gazon après cette introduction.
Chaque bouche à feu possédait plusieurs boîtes qu'on remplissait de poudre d'avance, afin de ne pas retarder le tir.
Chaque boîte était percée d'une lumière à laquelle on adaptait une fusée de tôle remplie de poudre que l'artilleur enflammait au moyen d'une baguette de fer rougie au feu d'un fourneau.
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Cette méthode avait quelques avantages elle évitait l'échauffement de la pièce et les accidents qui en sont la conséquence elle permettait de préparer les charges à l'avance, car ces boîtes n'étaient que des gargousses en castrées dans la culasse, comme les cartouches des fusils Lefaucheux, sauf que le boulet devait être introduit a avant la boîte et refoulé après le placement de celle-ci.
» Elle avait des inconvénients qu'il est facile de reconnaître: une partie considérable des gaz devait s'échapper à la jonction de la boîte avec l'âme, par conséquent la force de propulsion était perdue en partie il fallait nettoyer souvent le fond de l'encastrement et la feuillure pour enlever la crasse qui s'opposait à la jonction parfaite de la boîte avec la pièce le point de réunion s'égueulait après un certain nombre de coups, et alors presque toute la charge s'échappait sans agir sur la balle.
» Le nom de boîte que l'on donne aux pétards tirés dans les fêtes vient de là lors des réjouissances publiques, au lieu de charger, comme aujourd'hui, des pièces d'artillerie avec des gargousses de poudre sans balle, on se contentait de charger les boîtes des bouches à feu et de bourrer la poudre avec des tampons de bois enfoncés à coup de marteau; on trouvait encore, au commencement du siècle, dans la plupart de nos vieilles villes, de ces boîtes anciennes qui avaient été réservées pour cet usage. »
On voit d'après cette description que les canons primitifs se chargeaient par la culasse, ce qui semble être aujourd'hui le dernier mot de la perfection.
En outre, l'objet que j'ai retrouvé dans les fouilles de l'ancien Hôtel-de-ville de Corbeil s'harmonise parfaitement avec la description de Viollet-le-Duc et paraît de plus bien conforme à certains termes de l'inventaire de 1534 que vient de lire M. Dufour (19).
C'est pourquoi il m'a paru intéressant de signaler ce vestige de l'artillerie de Corbeil en 1534 (20).
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Il s’agit d’une illustration technique d’une arme à feu primitive du XVe siècle (vers 1440–1450), probablement une petite bombarde portative ou un « handgonne » (ancêtre direct du mousquet et de l’arquebuse), tirée d’un manuscrit ou d’un traité militaire conservé à la Bibliothèque nationale de France (Gallica).
Description globale du dessin
Le dessin montre en coupe et en vue extérieure les différentes parties d’une arme à poudre portative primitive.
C’est une arme courte, tubulaire, chargée par la bouche, tirée à la main ou posée sur un support, et qui projette une balle de plomb ou une charge de mitraille grâce à la combustion de poudre noire.
Éléments annotés et leur fonction
Le canon principal (tube long)
C’est un tube métallique (fer forgé ou bronze coulé) de section cylindrique ou légèrement conique.
Longueur : environ 80–120 cm (typique des premières armes portatives).
Il est renforcé par des cercles ou des bandes de fer (visibles sur le dessin) pour résister à la pression de l’explosion.
À l’avant : la gueule (ouverture de tir).
À l’arrière : la culasse (partie fermée où se trouve la chambre de combustion).
La chambre de poudre (partie arrière amovible ou fixe) Dessinée en coupe : on voit clairement la poudre noire tassée au fond, puis une balle (sphère) ou une charge de projectiles.
La poudre est allumée par un allumage à la mèche (mèche lente enchanée dans un serpentin ou une lumière latérale).
Sur certaines versions, la chambre est amovible (comme un « pot de chambre ») pour recharger plus vite ; ici, elle semble fixe.
Le système d’allumage (lumière et serpentin) En haut : un petit orifice (lumière ou évent) percé sur le dessus du canon, près de la chambre.
La mèche allumée est approchée de cet orifice pour enflammer la poudre.
Dessin annexe en haut à droite : un serpentin (S) ou crochet mobile qui tient la mèche lente ; il pivote pour approcher la mèche de la lumière (préfiguration de la platine à mèche).
La crosse ou poignée Partie inférieure en forme de pistolet ou de massue (poignée épaisse en bois).
Permet de tenir l’arme sous le bras ou contre l’épaule (pas encore d’épaulé comme les mousquets modernes).
Parfois renforcée par des cerclages métalliques.
La balle et la charge En coupe : on voit la balle (ronde) posée sur la poudre.
Parfois une bourre (tampon de tissu ou de feutre) entre poudre et balle pour mieux comprimer les gaz.
En bas à droite : une vue extérieure d’un projectile sphérique (plomb coulé).
Détails annexes
En haut à gauche : vue extérieure du tube complet avec ligatures (anneaux de fer).
En bas à gauche : vue d’un canon plus court ou d’une charge séparée.
En bas au centre : coupe montrant la progression des gaz (explosion → projection de la balle).
Type d’arme représentée
Il s’agit typiquement d’une « couleuvrine à main » ou d’un « petronel » primitif (vers 1420–1460) :
Arme individuelle (portative, contrairement aux grosses bombardes de siège).
Chargée par la bouche (pas encore de chargement par la culasse).
Allumage manuel à la mèche (pas de platine à rouet avant ~1480–1500).
Utilisée par les fantassins ou les milices urbaines lors de la Guerre de Cent Ans et des guerres de Bourgogne.
Contexte historique
Vers 1440 : les armes à feu portatives se généralisent en Europe occidentale (France, Bourgogne, Angleterre, Italie).
Elles restent imprécises, lentes à recharger (1 tir toutes les 2–3 minutes), dangereuses (risque d’explosion), mais très psychologiques (bruit, fumée, impact).
Elles complètent l’arc long anglais et l’arbalète, et annoncent la fin progressive de la chevalerie lourde.
Période Temps Modernes 1498 / 1547<==
Période Temps Modernes - Guerre de Religion 1547 / 1610<==
(1). - La maison commune, ou Hôtel de ville en style moderne, était située place de l'Arquebuse ; elle a été détruite vers 1875, il n'en reste qu'une petite tourelle usez élégante, que le dernier propriétaire, M. Laroche, a eu le bon esprit de conserver et de restaurer. La porte Saint-Nicolas était à quelques mètres de la maison commune, et tout près de cette porte se trouvait une fortification importante qui se prolongeait jusqu'à la Seine : c'était la bonde Saint-Nicolas dont la tour, citée dans notre inventaire, servait de magasin pour les armes de la ville.
(2). - La porte Saint-Nicolas, la porte Parisis ou de Paris et la porte de Brie qui s'ouvrait sur le grand pont.
(3). - Cette tour était le donjon du Château Royal bâti par Louis VI;
Elle a existé jusqu’à ces dernières années, mais les travaux entrepris par les Grands moulins viennent de la faire disparaitre.
Malgré une campagne entreprise pour sa conservation et des démarches uns nombre, il n'a pas été possible de la sauver.
(4). - Les Antiquités de la ville, Comté et Chatelenie de Corbeil, par Jean de la Barre, cy-devant prévost de Corbeil, Paris, 1647, in 4°.
(5). Ibid. p. 260.
(6). - La tour de la Bonde, qui baignait sa base dans la Seine, dépendait des fortifications de la porte Saint-Nicolas,
(7). - Le dour était la subdivision d'une ancienne mesure de longueur, en usage dans la partie sud de l’ile de France.
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(8). - Les chausse-trappes étaient des petites pièces de fer garnies de pointes aigués que l'on jetait sur les chemins et dans les gués pour blesser les hommes et les chevaux.
(9). - Haquebute ou hascquebutte, nom primitif de l'arquebuse, il y avait diverses variétés de hacquebuttes ou arquebuses, à croc, à rouet, à crochet.
(10) - La salade était une sorte de casque qui fut en usage au XVe et au XVIe siécles.
(11). - La brigandine était une cuirasse formée de lames de fer, clouées les unes à côté des autres.
La brigandine (ou brigantine) était une armure corporelle très répandue du XIVe au XVIe siècle, particulièrement appréciée pour son bon rapport protection/poids/mobilite et son coût relativement modéré par rapport aux armures complètes en plaques.
Elle se composait de :Petites lames ou plaques de fer (souvent rectangulaires ou trapézoïdales, de quelques cm de côté),
Rivetées (clouées) sur un support textile (toile, velours, cuir ou tissu rembourré),
Les plaques se chevauchaient légèrement pour une meilleure couverture,
L'extérieur était souvent recouvert d'un beau tissu (velours rouge, brocart, etc.) pour un aspect plus "noble" ou camouflé.
Au XVe siècle, les rivets étaient souvent disposés en groupes triangulaires (par 3), et les plaques plus grandes.
Au XVIe siècle, on observe une évolution : plaques généralement plus petites, rivets alignés en rangées droites ou régulières, ce qui donnait un aspect plus dense et une meilleure flexibilité. Elle restait populaire chez les fantassins, miliciens, mercenaires, et même certains cavaliers légers, avant d'être progressivement supplantée par les plastrons en une seule pièce ou les corselets plus simples.
C'était une armure "hybride" : plus protectrice qu'un simple gambison (pourpoint matelassé), mais plus légère et souple qu'une armure de plates complète.
(12). - Vieux mot qui signifie amorces.
(13). - Quierre, vieux mot qui signifie coin, angle.
(14). - Le tribunal en ce temps-là se nommait l'auditoire.
(15). - Ceinture, courroie.
(16).- Ces bannières avaient dû servir en 1519 lors de l'entrée à Corbeil de François1er, accompagné de Claude de France, sa femme, du chef de laquelle il tenait la Bretagne, de Louise de Savoie, sa mère, et du Dauphin.
Ils passèrent plusieurs jours à Corbeil et assistèrent, le 6 août, suivis d'une nombreuse et brillante cour, à une procession générale et solennelle des reliques célèbres de l'église collégiale de Saint-Spire.
(17). - jean Lebergier fut plus tard Prévôt de Corbeil.
En faisant des fouilles sur l'emplacement de l'ancien hôtel de ville, les ouvriers mirent au jour des objets divers en fer, chaines, clefs, etc, et une grosse pièce de fonte ayant la forme d'une culasse de canon, munie d'une anse avec feuillure et lumière.
C'était en effet la moitié d'un canon primitif remontant à l'origine des armes à feu, et bien conforme à la description des canons citée dans l'inventaire qu'on vient de lire; il est même très probable que ce canon est l'un de ceux que l'inventaire de 1534 a décrits. Ce curieux débris de l'artillerie de Corbeil au moyen âge a été offert, par M. Laroche, au Musée Saint-Jean, où il est souvent remarqué par les amateurs d'armes anciennes.
- Duc de Villeroy, pair de France
- Maréchal de France
- Gouverneur du roi Louis XV enfant (fonction très en vue sous la Régence)
- Grand personnage de la cour, mais aussi seigneur important en Hurepoix
Le lien avec Corbeil : un lien territorial, pas municipal
Gabriel-Louis-François de Neufville n’est pas “maire” ni administrateur direct de Corbeil, mais il est l’un des grands seigneurs fonciers du secteur immédiat de Corbeil.
- La famille de Neufville de Villeroy possède le château de Villeroy, situé à Mennecy, à quelques kilomètres de Corbeil.
- Cette seigneurie relève historiquement du ressort de Corbeil (bailliage, juridictions, circuits économiques).
(19) Voir dans le tome XIV des mémoires de la Commission, p.103, l'article intitulé: l’Artillerie de Corbeil au XVIe siècle (1534).On y retrouvera la description de plusieurs boites semblables à celle décrite par M. Laroche. Il est même très probable que celle-ci était une de celles consignées dans l'inventaire de 1534. A. D.
(20) Cette pièce d'artillerie, offerte depuis par M. Laroche à la mairie de Corbeil, fait maintenant partie des collections de la ville. A. D.