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PHystorique- Les Portes du Temps
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7 février 2026

28 décembre 1371, l'hôtel Saint-Pol Paris - Charles V restitue l’hommage du comté de la Marche au duc Louis II de Bourbon, duc de Bourbonnais.

Le traité de Brétigny cède à l'Angleterre (en pleine souveraineté, sans hommage au roi de France) de vastes territoires, dont :

La cité, le château et le comté de Poitiers, avec toute la terre et le pays de Poitou.

La cité et le château de Limoges, avec la terre et le pays de Limousin.

 

Il précise que les seigneurs tenant des terres dans les limites (« dedens les mêles ») de ces territoires cédés doivent faire hommage au roi d'Angleterre (ou au prince de Galles, duc de Guyenne/Aquitaine) et rendre tous services dus.

 

Sont nommés expressément : le comte de Foix, le comte d'Armagnac, le comte de Liste (probablement Lisle ou une variante), le comte de Périgord, le vicomte de Limoges, et « ou autres ».

Le comte de la Marche n'est pas nommé explicitement.

Cependant : Le comté de la Marche est partagé entre les diocèses de Limoges et de Poitiers (avec quelques paroisses en Bourges), donc géographiquement « dedens les mêles » des provinces cédées.

En droit féodal, le silence du texte n'exclut pas l'obligation : le traité implique que tout seigneur dans ces zones doit prêter hommage au roi d'Angleterre.

 

Ce qui s'est passé en pratique lors de l'exécution du traité

En 1363, lors des hommages reçus par le prince de Galles (Édouard de Woodstock, dit le Prince Noir) comme duc de Guyenne/Aquitaine, aucune trace de l'hommage du comte de la Marche n'apparaît dans les listes (référence : J. Delpit, Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre, 1847, p. 86 et suiv.).

Le comte était alors Jean Ier de Bourbon (1344–1393), successeur de son père Jacques Ier (mort des suites de Brignais en 1362) et de son frère Pierre.

Jean de Bourbon, issu d'une famille loyale à la France (grand-père tué à Maupertuis/Poitiers 1356, père et frère à Brignais), répugne à devenir vassal du Prince Noir. Il ne se hâte pas.

 

Pourtant : Il finit par faire l'hommage (date inconnue, mais attestée).

Charles V le rappelle expressément dans des lettres patentes du 28 décembre 1374 : « parmi le traitié fait ja pieça avec le roy d'Angleterre, le conte de la Marche fist hommage de ladite conté au prince de Galles ».

Un mémoire du XVe siècle (archives nationales, P1363, cote 1200 ; Memoria super comitatu Marchie) confirme : Jean fut sommé par le roi d'Angleterre, fit hommage « par l'ordonnance du roy Jehan » (Jean II le Bon), bien qu'il l'eût déjà fait au roi de France auparavant.

 

Contexte plus large et suites

Malgré cet hommage (imposé par la force du traité), la situation reste confuse car la Marche était un appanage tenu du duc de Bourbon (branche aînée).

En 1371 (acte du 28 décembre, donné à Paris, Saint-Pol), Charles V restitue l'hommage de la Marche au duc de Bourbon (Louis II), confirmant que Jean Ier le tient du duc (et non directement du roi pour cette partie), tout en quittant Jean de l'hommage qu'il avait fait au roi. Le tout reste sous la couronne.

 

Le traité de Brétigny est rompu dès 1369 (reprise de la guerre par Charles V), et ces hommages deviennent caducs avec la reconquête française.

Contenu principal de l'acte

Le roi, après enquête confiée au cardinal de Beauvais (son chancelier), examine les lettres et preuves du duc.

 

Il convoque Jean Ier de Bourbon, comte de la Marche (cousin du roi et du duc), qui reconnaît n'avoir aucune objection.

Charles V ordonne :

Restitution pleine et entière de l'hommage pour le comté de la Marche (et autres terres de l'appanage) au duc de Bourbon et ses successeurs.

Le comte de la Marche (Jean Ier) et ses héritiers feront désormais hommage au duc de Bourbon (et non directement au roi pour cette partie).

 

Le roi quitte Jean Ier de l'hommage qu'il lui avait fait précédemment pour la Marche.

 

Le tout reste tenu de la couronne : le duc de Bourbon tiendra la Marche (et l'appanage) en hommage du roi, avec sa duché de Bourbonnais.

 

 

 

Charles, etc. Nostre bien amé et féal frère le duc de Bourbonnois nous a humblement exposé que comme nostre tres chier seigneur et ayeul dernier trespassé, dont Dieux ayt l'ame, eust ou temps qu'il vivoit fait grâce a nostre très chier et bien amé cousin Loys de Clermont, duc de Bourbonois, que il peust (1) et a luy appartenist (2) de bailler en appanage a fu Jacques de Bourbon, nostre cousin, son meinsné (3) fil, jusques a 5,000 livres p. de terre tant en son païs [et] duché de Bourbonnois comme en autres terres qu'il avoit ou royaume, lesquelles il vouloit estre tenues en foy et bornage dudit duc de Bourbonois, nostre cousin, et de (se)s successeurs ducs de Bourbonois par ledit Mr Jacques, nostre cousin, son fils, et ses héritiers, non obstant qu'elles fussent sans moyen tenues de luy, et il soit depuis avenu que depuis  [pour] ledit appanage ait esté baillé audit feu Jacques, nostre cousin, la conté de la Marce et plusieurs autres terres que ledit duc de Bourbonnais avoit et tenoit ou royaume, lesquelles, parmi ce que dit est, doyent estre tenues de nostre dit frère duc de Bourbonois et de ses successeurs, et ce non obstant parmi le traitiê fait ja pieea avec le roy d'Angleterre le conte de la Marce, nostre cousin, qui est a présent, fit bornage de ladite comté au prince de Gales, et despuis pour la nouvelle guerre ledit nostre cousin le comte de la Marce nous ait fait d'icelle mesme comté le bornage apartenant audit nostre frère, si comme il dit, en [ms. et) nous suppliant luy pourvoir sur ce et luy mettre en délivrance ledit bornage; si avons commis et enchargié a nostre bien amé le cardinal de Biauvés, nostre chancelier, a savoir et voir tout le droit et lettres que nostre dit frère se dit avoir sur ce et le nous raporter pour en ordener et pourvoir a nostre dit frère par la meilleure manière que il se pouroit bonnement faire, sy a vehu ledit cardinal, nostre chancelier, les lettres et tout ce que nostre dit frère luy a voulu monstrer sur ce et, en outre (?) le rapport qu'il nous a lait sur ce, nous avons fait venir nostre dit cousin le comte de la Marce en nostre présence et lui avons demandé se il avoit cause que il ne deust faire ledit bornage a nostre dit frère et que nous ne le [ms. la] lui deussions délivrer, lequel nous a respondu que non; pourquoy oy et veu le rapport de nostre dit chancelier et aussy la responce de nostre dit cousin le conte de la Marche, avons délivré et délivrons tout a plain ledit bornage de ladite comté de la Marche a nostre dit frère le duc de Bourbonnois et a ses hoirs et successeurs, tant de ladite comté comme de toutes les autres terres que ledit comte de la Marche dit loi appartenir a cause dudit appenage, parmi ce que nostre dit frère et [ses] successeurs ducs de Bourbonnois les tendront de nous a un homage avecque sa duchié de Bourbonois et autres terres qu'il tient de nous.

Si donnons en mandement par ces présentes a nostre dit cousin le comte de la Marche et a ses hoirs et successeurs que ledit homage ils facent a nostre dit frère et successeurs d'ores en avant et quittons nostre dit cousin de l'omage qu'il nous en avoit fait, comme dit est.

 

Donné en nostre hostel de Saint-Pol a Paris, le 28e jour de décembre l'an de grâce 1371 et de nostre règne le huitième.

J. DE VERNON (4).

 

 

 

En résumé : le traité implique juridiquement l'hommage du comte de la Marche (par sa position géographique), même sans nommer explicitement le titulaire.

En fait, Jean de Bourbon le prête (à contrecœur), comme attesté par des sources royales et archivistiques ultérieures, mais sans empressement ni trace immédiate en 1363.

C'est un exemple typique des réticences nobiliaires face à la domination anglaise post-1360.

 

 

L'hôtel de Saint-Pol était la principale résidence royale à Paris sous Charles V (et une partie de Charles VI).

 

Situé sur la rive droite de la Seine, près de l'actuel quartier de l'Hôtel de Ville (emplacement approximatif : entre la rue des Lions-Saint-Paul et la Seine, avec des jardins s'étendant vers l'est), il servait de palais principal depuis le milieu du XIVe siècle, car le Louvre était alors plus une forteresse qu'une résidence confortable.

 

Charles V y séjournait fréquemment et y expédiait de nombreux actes officiels, surtout en hiver (comme ici fin décembre).

 

 À partir de 1360 (alors qu'il était encore dauphin), Charles V entreprit de constituer une résidence royale sécurisée et agréable sur la rive droite de la Seine, dans le quartier du Marais (actuel 4e arrondissement de Paris, autour de la rue Saint-Paul, rue Saint-Antoine, quai des Célestins et rue du Petit-Musc).

Il le fit en achetant et en réunissant plusieurs hôtels (demeures aristocratiques ou ecclésiastiques) préexistants, sur les ruines ou les emprises d'un ancien bâtiment lié à Louis IX (Saint Louis).

 

Les principaux hôtels acquis et intégrés entre 1360 et 1364 incluent :

L'hôtel du Petit-Musc (ou Petit-Muche / Petit Muche) : base initiale, acheté antérieurement (1318 par Louis Ier de Bourbon, puis intégré).

L'hôtel d'Étampes (ou hôtel du comte d'Étampes) : acquis en 1361, devint notamment la résidence de la reine.

L'hôtel d'Estoménil (ou Estournelles / variante orthographique possible pour un hôtel des abbés ou seigneurial adjacent).

D'autres comme l'hôtel des abbés de Saint-Maur (pour les enfants royaux) ou des dépendances mineures.

 

De 1360 à 1364, Charles V agrandit progressivement le complexe par acquisitions successives et constructions nouvelles, pour en faire un ensemble cohérent (non un palais unique comme le Louvre, mais un groupe de logis royaux avec jardins, galeries et dépendances).

 

L'édit de juillet 1364

Peu après son accession au trône (couronné le 19 mai 1364 à Reims), Charles V formalisa l'intégration de ces propriétés au domaine de la couronne par un édit de juillet 1364.

 Cet acte royal déclara expressément que les hôtels d'Étampes, d'Estoménil, du Petit Muche (et leurs annexes) réunis à l'hôtel Saint-Pol faisaient désormais partie intégrante du domaine royal inaliénable (non aliénable, c'est-à-dire ne pouvant être vendu ou donné hors de la couronne).

Cela protégeait l'ensemble contre des aliénations futures et confirmait son statut de résidence royale privilégiée.

L'hôtel Saint-Pol devint alors le siège du gouvernement (Grand Conseil, maîtres des requêtes), un lieu de résidence favorite de Charles V (préféré au Louvre pour son cadre plus calme et rural à l'époque), et resta utilisé par Charles VI jusqu'au début du XVe siècle.

 

Suites et disparition

L'hôtel fut agrandi encore sous Charles VI et servit de cadre à de nombreux événements (naissances royales, comme celle de Catherine de Valois en 1401).

 

Il déclina après 1435 (mort d'Isabeau de Bavière) et fut démoli progressivement ; François Ier le vendit par lots en 1543–1544.

Aujourd'hui, le site correspond au quartier Saint-Paul / Village Saint-Paul dans le Marais ; un hôtel moderne porte le nom « Hôtel Charles V » en souvenir.

 

Cette opération d'agrandissement et d'incorporation au domaine royal illustre la politique de Charles V : rationaliser les résidences, sécuriser le pouvoir royal hors du centre turbulent de la Cité (après l'épisode Étienne Marcel en 1358), et renforcer le prestige monarchique.

 Des sources comme les chroniques de Jean Froissart, les comptes royaux ou les études modernes (ex. : travaux sur l'architecture sous Charles V) confirment ces faits.

 

 

(Bibl. ml, coll. Fontanieu, portefeuille 92-93, fol. 382-385. « D'après la coll. du sr Menant, conservée dans la bibl. des Céleslins, t. V, fol. 161, lequel avait tiré sa copie du reg. des foy et bornage du comté de Clermont, au 2e fol. » M. L. Delisle donne la cote de cette pièce sons le n* 838 de ses Mandéments de Charles V.)

(1). Le ms. porte : puet.

(2). Le ms. porte : appartenu.

(3). Le ms. porte : mesme.

(4). A la mène date, le roi expédia on mandement direct au comte de la Marche à ce sujet; nous en possédons un vidimus fort incorrect de 1453. (Arc, nat., P1363, cote 1200.) Huillard-Brébolles l'a analysé sons le n* 3205 des Titres de la maison de Bourbon, avec la date fausse du 23 décembre.

 

 

 

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