L'inondation du 6 février 886 pendant le siège de Paris par les Vikings (885-886)
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Lors du siège majeur de Paris par les Vikings (dirigés par Sigfred/Sigfrid et Sinric), une crue violente de la Seine, le 6 février 886, provoque l'effondrement du pont reliant l’ile de la Cité aux rives.
La rivière déborde, inonde les plaines environnantes, et noie ou disperse les assaillants.
Citation d'Abbo (Bella Parisiacae urbis, livre I, vers 504-507, trad. Henri Waquet, 1947/1964) :
« Celle qui, ne le voulant pas, toucha les demeures du sombre abîme (la Seine ou la mort ?)
La droite protège le père illustre de la sainte progéniture, la gauche retient la mère sacrée de l'enfant ; c'est Éleuthère le père, c'est Eusèbie la mère.
Hélas ! au milieu de la nuit silencieuse, le pont s'effondra, couvert par les alluvions des ondes tumultueuses et furieuses de colère.
Car la Seine avait répandu tout autour son empire, et de ses dépouilles avait recouvert la plaine de sa victoire.
Le sommet austral [rive gauche/sud] portait l'arc et la citadelle qui reste fondée sur la terre du bienheureux saint [Denis ? ou la tour].
Les habitants de la ville s'accrochaient à droite, mais l'autre [rive] aussi à l'autre.
Au lever du jour, les Danois [Normands] se lèvent en même temps, ardents, montent sur leurs navires, les chargent d'armes et de boucliers, traversent la Seine à la nage, et encerclent la misérable tour.
Ils livraient à celle-ci de nombreux combats avec des traits serrés.
La ville trembla, les trompettes retentissent, les murailles sont arrosées de larmes, la campagne gémit tout entière, et la mer rugit en retour.
Les pierres et les javelots volent mêlés dans les airs ; nos gens crient, et tous les Danois crient en même temps ; la terre tremble, les nôtres pleurent, et eux se réjouissent. » (1)
Interprétation dans le poème d'Abbo : Cette inondation est explicitement présentée comme un miracle divin.
Abbo, moine de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés (sur la rive gauche), voit dans cette crue la colère de Dieu (ou de saint Germain) protégeant la ville.
Elle brise l'assaut viking, qui tentait de passer ou d'utiliser le pont pour attaquer la Cité.
La Seine devient un « empire » victorieux, noyant les païens normands.
Origines et premières constructions (IXe siècle)
Dès le IXe siècle, pour protéger Paris des invasions normandes (Vikings), les accès aux deux ponts reliant l'île de la Cité aux rives furent fortifiés par des ouvrages en bois :
877 : Sous Charles le Chauve (petit-fils de Charlemagne), on érige des tours en bois (ou "chastelets" primitifs) pour défendre les ponts.
Ces fortifications sommaires (probablement des palissades et tours de guet) visaient à bloquer les raids fluviaux, très fréquents après 845 (premier sac de Paris par Ragnar Lodbrok).
L'île de la Cité, cœur de la ville de Paris à l'époque médiévale, était relativement petite par rapport à la taille actuelle de Paris, mais elle jouait un rôle central tant sur le plan politique que religieux.
- Urbanisation : L'île abritait la résidence royale, en particulier le palais des rois francs, ainsi que la cathédrale de Notre-Dame, qui, à l'époque, n'était qu'une église modeste. La construction de la cathédrale actuelle n'a commencé que plus tard, au XIIe siècle.
- Fortifications : L'île était protégée par des murs et des remparts rudimentaires pour se défendre contre les attaques. Cependant, ces fortifications n'étaient pas aussi imposantes que celles des siècles suivants.
- Rues et maisons : L'île était densément bâtie, avec des maisons en bois et des rues étroites. La ville était encore principalement composée de structures de bois, ce qui la rendait vulnérable aux incendies. Les marchands et artisans occupaient la rue principale, qui menait à la cathédrale et au palais royal.
Les rives de la Seine - Rive gauche et Rive droite (886)
Les deux rives de la Seine à l'époque du siège étaient tout aussi importantes, mais elles étaient aussi marquées par des différences notables.
Rive droite (aujourd'hui, le quartier du Marais et le centre de Paris) :
- Quartier commerçant : C'était principalement le quartier commerçant de Paris, abritant des marchands, des artisans, et des commerces de détail. Il y avait quelques petites fortifications et des maisons en bois.
- Établissements religieux : Plusieurs églises et monastères étaient situés sur cette rive, bien que beaucoup aient été détruits ou rénovés au fil du temps.
- Accès fluvial : Le port de la rive droite était actif, et c’était une zone importante pour la navigation et les échanges commerciaux.
Rive gauche (aujourd'hui le quartier latin, incluant des lieux comme la Sorbonne et le Panthéon) :
- Zones rurales et peu urbanisées : À l'époque, la rive gauche était plus rurale et moins urbanisée que la rive droite, avec des terrains agricoles et des jardins à proximité de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Cependant, cette rive commençait lentement à se développer avec la construction de bâtiments religieux et quelques maisons.
- Université de Paris : Bien que l'Université de Paris n’ait été fondée qu’au XIIe siècle, la rive gauche possédait déjà plusieurs institutions religieuses et scolaires.
Le pont de Paris et la tour en bois (le futur Petit Châtelet)
Le pont de Paris du IXe siècle traversait la Seine au cœur de la ville, reliant l'île de la Cité aux deux rives. Ce pont jouait un rôle crucial lors du siège par les Vikings, et sa protection était vitale pour la défense de la ville.
- Le pont de bois : Le pont de Paris, à l'époque, était probablement un pont de bois, moins robuste que les constructions en pierre qui viendront plus tard. Les Vikings, connaissant l’importance stratégique de ce pont, cherchèrent à le contrôler ou à le détruire pour couper Paris de ses approvisionnements.
- La tour en bois : Au début de l'attaque normande en 886, une tour en bois a été érigée sur le pont pour défendre l'accès à la ville et protéger le trafic entre l'île de la Cité et les rives. Cette tour de bois, bien que précaire, représentait un élément clé dans la défense du pont. Elle faisait partie des fortifications temporaires mises en place pour résister à l'attaque des Normands, et aurait été utilisée pour tirer des projectiles, contrôler le passage et bloquer l'accès aux envahisseurs.
Coupé de l'île par l'effondrement, il est assiégé et pris ; ses 12 défenseurs sont massacrés après reddition (ils avaient lâché leurs faucons comme signe de capitulation).
- Petit Châtelet : La future tour du Petit Châtelet sera construite dans le cadre de l'extension des fortifications et de la défense de la ville, mais pendant le siège de 886, il s'agissait encore d’une construction modeste en bois. La structure en bois de la tour sur le pont servait à renforcer les points de passage stratégiques et à protéger la ville des attaques ennemies.
Signification historique et religieuse
Ces crues ne sont pas anodines : la Seine, souvent basse en été/automne, pouvait monter brutalement en hiver/printemps (fonte des neiges, pluies amont). Mais les chroniqueurs chrétiens les transforment en interventions providentielles (comme les miracles bibliques : traversée de la Mer Rouge, Jourdain arrêté).
Abbo utilise un style épique et macaronique (latin mâtiné de grec) pour glorifier la défense de Paris, Eudes (futur roi), Gozlin (évêque), et surtout saint Germain comme protecteur.
Le siège de 885-886 (700 bateaux, 30-40 000 hommes selon Abbo) est l'un des plus grands raids vikings ; la crue du 6 février est un tournant : elle affaiblit les assaillants, qui lèvent partiellement le siège après le tribut payé par Charles le Gros (été 886).
En 1806, on trouva, dans les berges de la Seine, près du Champ- de-Mars, un bateau, que l’on présuma avoir été abandonné par les Normans, lors de ce fameux siège de 886.
Ce n’était qu’un tronc d’arbre creusé, sans aucune ferrure : 8 mètres à peu- prés de long, pouvant contenir 7 à 8 hommes, avec bagages.
Sur les côtés, une sorte de cuirasse courbe, en chêne, dont les pièces avaient été fixées par des chevilles en sapin.
Les dimensions de ce bateau expliquent comment les Normans pénétraient aisément dans les rivières, et même pouvaient, au besoin, traîner leur flotte a quelque distance par terre.
Des ponts de la Gaule franque depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la fin du VIIIe siècle <==
Nous étions Vikings... l'histoire des Vikings dans le Poitou<==
==> 1190 Fortification de Paris sous Philippe-Auguste peu avant son départ pour la Troisième Croisade.
(1). « Quae nolens baratri tetigit caenacula tetri. Inlustrem sobolis sanctae servat genitorem Dextera, leva sacram prolis retinet genetricem; Est Eleutherius pater, est Eusebia mater.
Pro dolor! en medius cecidit pons nocte silenti,
505 Obsitus alluviis tumida bachantibus ira. Nam sparsim Sequana circumfudit sua regna, Exuviisque suis obtexerat aequora campum. Australis gestabat cum vertex, sed et arcem Quae tellure manet sancti fundata boati .
510 Urbis inherebant dextris, alter sed et altri . Mane quidem surgente Dani surgunt simul acres, Atque rates subeunt, armis onerant clipeisque, Transque natant Sequanam, turrim cinguntque misellam. Multa dabant illi densis certamina telis.
515 Urbs tremuit, lituique f boant, lacrimisque rigantur Moenia, rusque gemit totum, pelagusque remugit. Aera circumeunt lapides et spicula mixtim; Exclamant nostri, clamantque Dani simul omnes; Terra tremit, nostri lugent, laetantur et illi. »