Le 1er juillet 1361, en présence du roi Jean II, Foucaut d'Archiac affronta au marché de Meaux, en bataille, emprise de volonté, Mingaut Maubert, Aquitain comme lui.
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En 1361, Jean II le Bon est roi de France depuis 1350, après avoir survécu à la capture et à la captivité anglaise consécutives à la bataille de Poitiers (1356).
Après le Traité de Brétigny, qui a abouti à une trêve dans la guerre de Cent Ans et son retour de captivité anglaise (1360) et avant de repartir en Angleterre ultérieurement en 1364 pour régler sa rançon, Jean II organise la paix et réaffirme sa présence dans différentes villes importantes du royaume.
Durant ces années, il reçoit et gère des affaires judiciaires, diplomatiques ou seigneuriales sur place.
Meaux est une ville importante au nord-est de Paris, centre administratif, marché, et siège ancien d’un évêché.
Elle se situe dans une zone civile et militaire sensible à l’issue des conflits internes et des bandes de routiers qui infestent le royaume après Poitiers.
Duel judiciaire (monomachia ou duellum) qui s'est déroulé le 1er juillet 1361 au marché de la ville de Meaux (Meldensis civitatis, Meaux en Brie, en Île-de-France).
Il est rapporté dans la continuation des Grandes Chroniques de France (ou plus précisément dans la continuation de la Chronique de Richard Lescot, religieux de Saint-Denis, qui couvre 1344-1364).
La Chronique de Richard Lescot (1328-1344) a été continuée anonymement jusqu'en 1364.
Le passage en latin provient de cette continuation, et il est repris presque mot pour mot dans les Grandes Chroniques de France (compilation officielle sous les derniers Capétiens et les premiers Valois).
Le duel est qualifié de "judiciaire" car il résout des contentiones verbales (injures ou accusations verbales) qui ne pouvaient être prouvées par témoins.
C'était une procédure légale médiévale pour trancher des affaires d'honneur quand les preuves manquaient : un combat à mort ou jusqu'à soumission, autorisé par la justice royale ou seigneuriale.
« L’an de grace mil CCC LXI, le mardy après la Penthecouste, qui estoit le XIXe jour de may, gelerent les vignes en pluseurs contrées entour Paris, et jà en estoient pluseurs fleuries.
Item, le jeudy, premier jour de juillet ensuyvant, fu ou marchié de Meaulx, devant le Roy, une bataille, emprise de volenté (1), entre messire Fouquaut d'Archiac, appellant, et messire Maingot Maubert, deffendant, et; fist moult grant chaut celi jour.
Et avint que le dit Fouquaut descendi de dessus son cheval, pour ce que le dit cheval estoit un pou desrayé (2), et moult longuement fu a pié ou champ, et tous jours se mettoit en peine de requerir son adversaire qui estoit à cheval, jusques à ce que il fu si travaillié que il n'en povoit plus, et de foiz à autres se asseoit sur une chaiere qui estoit au bout des lices, et cuidoient ceuls qui le veoient qu'il deust estre desconfit, car il avoit moult travaillié à pié, et si estoit lors malade d'un assès de quartaine.
Mais du grant chaut qui estoit, le dit Maingot, qui tous jours estoit demeurez à cheval, fu en tel point que il perdy toute puissance, par tele maniere que il se laissa pendre sur son arson devant, et feust cheuz qui l'eust laissié longuement, mais, quant son dit adversaire le vit en tel estat, il ala vers li à tres grant painne et le prist, ainsi pendant comme il estoit par le col, et le tira à terre, et fist son povoir de le tuer, mais l'en disoit que il estoit jà mort.
Toutes voies, le dit Fouquaut fu si grevez, que il convint que ses amis, par le congié du Roy, l'emportassent en son hostel, et le dit Maingot demoura mort en la place, et depuis en fu portez par ses amis, du congié du Roy, et enterré le soir secretement, et le dit Fouquaut fu en bon point tantost que il ot un pou reposé (3). »
Item, le jeudi premier jour de juillet suivant, eut lieu au marché de Meaux, devant le roi, un combat judiciaire engagé de plein gré, entre messire Fouquaut d'Archiac (appelant/plaignant) et messire Maingot Maubert (défendant/accusé).
Il faisait ce jour-là une chaleur extrêmement intense.
Il advint que ledit Fouquaut descendit de son cheval, parce que celui-ci était un peu dérangé/indompté, et il resta très longtemps à pied sur le champ de bataille.
Il s'efforçait sans cesse de poursuivre son adversaire, qui était resté à cheval, jusqu'à ce qu'il fût si épuisé qu'il n'en pouvait plus.
De temps à autre, il s'asseyait sur une chaise qui se trouvait au bout des lices, et ceux qui le voyaient pensaient qu'il allait être vaincu, car il avait énormément peiné à pied et il était alors malade d'un accès assez sévère de fièvre quarte (fièvre intermittente tous les quatre jours).
Mais à cause de cette chaleur extrême, ledit Maingot, qui était resté tout le temps à cheval, se trouva dans un tel état qu'il perdit toute force.
Il se laissa pendre, affaissé sur l'arçon de sa selle devant lui, et il serait tombé si on l'avait laissé longtemps ainsi.
Quand son adversaire le vit en cet état, il se dirigea vers lui avec de très grandes difficultés, le saisit par le cou alors qu'il pendait ainsi, le tira à terre et fit tout son possible pour le tuer.
On disait même qu'il était déjà mort.
Cependant, ledit Fouquaut fut si épuisé qu'il fallut que ses amis, avec la permission du roi, le transportent chez lui.
Maingot resta mort sur la place, et plus tard ses amis le firent emporter, avec la permission du roi, et l'enterrèrent le soir même en secret (c'est-à-dire sans les rites de l'Église).
Quant à Fouquaut, il se remit rapidement dès qu'il eut un peu reposé.
L'enterrement « secrètement » signifie sans cérémonie religieuse publique, probablement parce que Maingot était mort sans absolution ou dans un contexte de duel (souvent mal vu par l'Église, même si autorisé par le roi).
Comme les adversaires étaient tous les deux légalement des sujets anglais, Édouard III prit ombrage de ce qu’il considérait une atteinte à sa souveraineté.
Jean II lui répondit cependant qu’il n’avait pas jugé le cas, mais seulement présidé un gage de bataille volontaire, comme tout haut justicier pouvait le faire.
Les Grandes Chroniques, qui rapportent ce fait presque dans les mêmes termes, le fixent au 1er juillet 1361.
« Dans le marché de la cité de Meaux, entre seigneur Foulques d'Archiac d'une part, demandeur (acteur), et seigneur Maingot Maubert d'autre part, défendeur (reum), à l'occasion de certaines contestations verbales qui ne pouvaient être prouvées par des témoins, un duel judiciaire fut engagé et accompli sans coup d'épée ni de glaive.
En effet, à partir de la troisième heure du jour, l'acteur [Foulques], à pied — car il était entré sur le champ avec un cheval indomptable —, avait poursuivi le défendeur ; enfin, percevant que celui-ci, suffoqué par la chaleur excessive, commençait à s'affaisser à terre, il le saisit alors par le cou, le jeta précipitamment sur le sable, et ainsi le duel fut terminé. »
« In mercato Meldensis civitatis inter dominum Fulconem d'Arcial ex una parte actorem et dominum Maingotum Mauberti reum, occasione quarumdam contentionum verbalium que per testes probari non poterant, monomachia commissa est et peracta absque ictu ensis vel gladii. Nam cum ab hora diei tertia actor pedes, quia cum equo indomabili campum ingressus fuerat, reum fuisset insecutus, tandem percipiens quod calore nimis suffocatus ad terram incipiebat declinare, tune eum per collum arripiens super sabulum adjecit precipitem et sic duellum peractum est. »
Identité des protagonistes
Foucaut IV(Foucault) d'Archiac (ca 1300 - av 1379), chevalier, seigneur d'Avérac : Issu de la famille noble d'Archiac (en Saintonge, près de Jonzac, Charente-Maritime actuelle).
La famille d'Archiac est liée aux Rochechouart/Mortemart par alliances et successions en Angoumois/Saintonge au XIIIe-XIVe siècles.
Chevalier actif dans les années 1360, période de la Guerre de Cent Ans (où les duels judiciaires persistent malgré les interdictions royales sporadiques).
Il apparaît comme un chevalier impliqué dans des affaires locales, et ce duel de Meaux (vers 1340) montre qu'il se déplaçait pour des questions judiciaires ou d'honneur.
Létice de La Marche appartient à la maison de La Marche (branche des comtes de La Marche / Lusignan ?), famille noble du Limousin / Poitou / Guyenne.
Frères et sœurs: Jeanne Dame de la Feuillée de Fronsac en Guyenne (née de La Marche), Constance Hélie de Pompadour (née de La Marche) et 3 autres frères et sœurs.
Elle est tutrice de son petit-fils Aymar VII d'Archiac après la mort de Foucaud.
Les dates approximatives (ca = circa) indiquent des estimations : Foucaud meurt avant 1379,
Létice après cette date (elle est encore vivante en 1379 selon des actes mentionnant « Lucrece de la Marche Dame d'Archiac » – probable variante ou erreur pour Létice).
Ils ont eu 4 enfants: Aymar VI d'Archiac, Jeanne, Blanche et Béchette. Décès Létice est décédée en 1379.
Maingot Maubert : Chevalier, seigneur de Bois-Maubert (près de La Rochelle ou en Aunis/Saintonge ?).
Capitaine de la garnison de Saint-Jean-d'Angély en 1353-1354 (sous occupation ou contrôle anglo-gascon pendant la Guerre de Cent Ans ; Saint-Jean-d'Angély était une place stratégique en Aunis).
En 1350, il servait avec une compagnie de 100 hommes (probablement côté anglo-gascon ou mercenaire).
Il apparaît dans des sources locales (ex. : chroniques poitevines ou saintongeaises) comme un capitaine routier ou seigneur local impliqué dans les troubles de l'époque.
(1). C'est-à-dire qu'ils s'offrirent à venir combattre devant le roi de France, sans avoir été poursuivis, ni cités par lui, et qu'on leur laissa régler toutes les conditions de la rencontre. Voy., pour l'intérêt de cette distinction, Hist. de Charles V, t. II, p. 283.
(2). C'est-à-dire : emporté ou devenu ingouvernable.
(3). Le cheval de Maingot, qui appartenait de droit au vainqueur, fut vendu par lui au dauphin Charles V, pour le prix très élevé de 400 deniers d'or ou francs.