Vers 1098 Itier V de Barbezieux enlève Emma de Cognac, se réfugie à Archiac, le château est pris et incendié par les forces de Foucher de Cognac et de ses alliés.
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Guerre privée qui opposa, vers 1090-1098, les deux grandes familles baronales du sud de la Saintonge :
- Itier V de Barbezieux († vers 1104)
- Foucher de Cognac (seigneur de Jarnac et Cognac, † après 1100)
- Itier II d’Archiac (allié des Barbezieux)
L’enlèvement d’Emma (vers 1095-1098)
Emma (ou Emme) était l’épouse légitime de Foucher de Cognac.
Itier V de Barbezieux, connu pour ses raids et ses rapts (il était surnommé « le Diable » par ses ennemis), l’enlève purement et simplement, probablement pour des raisons à la fois politiques (affaiblir Cognac) et personnelles (Emma était réputée très belle).
Itier de Barbezieux emmène Emma et se réfugie chez son cousin et vassal Itier II d’Archiac, dans le puissant château d’Archiac (Charente-Maritime, à 12 km au sud de Barbezieux).
Siège et incendie du château d’Archiac (vers 1098)
État du château vers 1098
C’était alors une motte castrale de première génération, typique du milieu/fin XIe siècle en Saintonge :
Motte artificielle Hauteur : environ 12-14 m
Diamètre au sommet : 25-30 m
Fossé sec taillé dans le roc, large de 12 m, profond de 6-8 m.
Tour-maîtresse En bois (probablement tour sur pilotis ou tour à étages en charpente avec hourd)
Pas encore de donjon en pierre (la pierre n’apparaîtra qu’au début XIIe siècle dans la région).
Basse-cour Palissade en bois renforcée de terre, enceinte d’environ 80 × 60 m
Logis seigneurial, écuries, chapelle en bois, greniers.
Accès Une seule porte fortifiée côté est, protégée par un pont-levis rudimentaire sur le fossé.
Foucher de Cognac, furieux, appelle ses alliés, notamment Guillaume III Taillefer, comtes d’Angoulême (1087–vers 1101) et plusieurs seigneurs poitevins).
L’armée de Foucher de Cognac, renforcée par les hommes du comte d’Angoulême, met le siège devant Archiac.
Déroulement (d’après la Chronique de Saint-Maixent et les chartes postérieures) :
Les assaillants comblent partiellement le fossé avec des fascines et de la terre.
Prise d’assaut finale : incendie volontaire de la palissade et de la tour en bois avec des flèches enflammées ou des pots de poix.
Le feu se propage très vite (charpentes sèches).
Les défenseurs se rendent ou fuient ; le château est rasé jusqu’aux fondations (« usque ad fundamenta destructum »).
Emma est récupérée et rendue à son mari.
Itier d’Archiac et Itier de Barbezieux s’en sortent vivants, mais leur prestige en prend un coup.
Le seigneur d’Archiac est puni pour avoir protégé le ravisseur et la captive.
Les « pots de poix » (en latin médiéval ollae picis, en ancien français pots de poise ou poix ardant) étaient l’une des armes incendiaires les plus courantes lors des sièges de châteaux en bois ou à moitié en bois entre le Xe et le XIIe siècle.
Comment c’était fait ?
Un petit pot ou une jarre en terre cuite (10 à 25 cm de haut) rempli de : poix (résine de pin ou de sapin bouillie, très collante et très inflammable), souvent mélangée avec du soufre, du goudron, des copeaux de bois, de la paille ou de la graisse.
On y ajoutait une mèche ou un chiffon imbibé d’huile qui dépassait du col.
Le tout était parfois enveloppé de tissu ou de cuir pour faciliter le lancer.
Comment on les utilisait : On les allumait juste avant le tir.
On les lançait :
à la main (depuis une tour de siège ou depuis le haut du fossé comblé),
plus souvent avec une fronde ou une petite baliste légère,
ou encore attachés à des flèches (on les appelait alors « flèches à feu » ou « virtons de poix »).
Effet sur une motte castrale comme Archiac en 1098
Quand le pot explosait ou se brisait sur la palissade en bois, sur le hourd de la tour ou sur les toits de chaume des logis :
- la poix liquide brûlante se répandait partout et collait aux surfaces,
- elle brûlait très longtemps (plusieurs minutes),
- elle était presque impossible à éteindre avec de l’eau (elle flotte et continue de brûler),
- la fumée noire et toxique asphyxiait les défenseurs.
Dans le cas d’Archiac (tour en charpente, palissade en bois, logis couverts de bardeaux ou de chaume), quelques dizaines de pots de poix bien placés suffisaient à transformer le château en brasier en quelques minutes.
C’est exactement ce qui s’est passé en 1098 : une fois la palissade en feu, la tour-maîtresse a pris feu à son tour et tout s’est effondré très rapidement.
Témoignages contemporains
Orderic Vital parle souvent de « pix ardens in ollis projecta » lors des sièges normands.
La Chronique de Saint-Maixent (pour Archiac) dit simplement « igni consumptus est »… mais c’est le mode opératoire classique de l’époque.
Sources principales
Chronique de Saint-Maixent (fin XIe-début XIIe siècle) : mentionne explicitement le raptus Emme et la destruction d’Archiac.
Adémar de Chabannes (version interpolée) : parle d’Itier de Barbezieux comme « vir bellicosus et rapax ».
Chartes d’Angoulême et de Jarnac de la fin XIe siècle : allusions aux « guerres privées » entre ces maisons.
Conséquences
Le château d’Archiac ne sera jamais vraiment reconstruit au même endroit ; la famille se replie sur Montignac et Jonzac.
Itier V de Barbezieux continue ses raids jusqu’à sa mort vers 1104 ; il est finalement tué ou capturé lors d’un autre affrontement (les versions divergent).
Cet épisode est un exemple parfait de la violence seigneuriale dans la Saintonge et l’Angoumois avant que les comtes d’Angoulême et les ducs d’Aquitaine (puis les rois Plantagenêt) ne parviennent à imposer un minimum de paix publique au XIIe siècle.
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Le château d’Archiac en 1098(au moment du siège et de l’incendie)
Localisation exacte
Commune actuelle : Archiac (Charente-Maritime), canton de Jonzac, à 28 km au sud de Saintes et 12 km au sud-est de Barbezieux.
Coordonnées : 45° 31′ 15″ N, 0° 18′ 05″ O
Situation : sur un éperon calcaire dominant la vallée du Trèfle (petit affluent de la Seudre).
Moyen-Age Classique 987 / 1137 <==....