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PHystorique- Les Portes du Temps
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2 décembre 2025

En 1222, le roi d’Angleterre Henri III ordonne la construction d’un port fortifié à l’ouest de La Rochelle, visant à renforcer la défense de la ville et à en faire une base solide pour ses ambitions territoriales

Un élève distingué de l’école des Chartes, monsieur Paul M... à découvert, dans les archives de la tour de Londres, une charte du roi Henri III d’Angleterre, datée de la 7éme année de son règne, c’est-à-dire de 1222, et qui me paraît intéressante pour l’histoire et surtout pour la topographie de notre vieille cité.

 

M. M...y ayant eu la généreuse attention d’en offrir une copie à la bibliothèque de la Rochelle, et cette charte n’étant pas longue, je puis vous en donner la traduction entière, que je ferai suivre de quelques éclaircissements, qui feront mieux comprendre 1’intérêt de ce document, resté ignoré jusqu’à ce jour.

 

 « Le Roi aux Maire et prudhommes de la Rochelle ,  salut :

» Sachez que, d’après le conseil de notre Sénéchal Savary de Mauléon, nous voulons, dans le but de fortifier notre ville de la Rochelle, qu’il soit fait import depuis les moulins  du Parok des Templiers jusqu'au pont de Rambault et de ce. pont jusqu’à notre chatelel hors les murs de la Rochelle.

 Et pour faciliter la confection de ce port, nous voulons et ordonnons qu’il soit levé sur chaque navire, apportant à la Rochelle des marchandises d’une valeur de XX livres ou d’une valeur supérieure, V sous de la monnaie ayant cours dans le pays ; et de chaque navire y transportant des marchandises d’une valeur moindre de XX livres, XII deniers de la même monnaie.

La levée de cette imposition durera pendant deux ans, à partir de la Pâque de la VII année de notre règne.

 C’est pourquoi nous vous mandons de faire lever la dite taxe comme il vient d’être dit, en désignant parmi vous deux personnes probes et loyales, qui, avec notre connétable du châtelet susdit, recueilleront les deniers en provenant, et les emploieront utilement aux travaux du susdit port.

 En foi de quoi, etc.

A Wesminster, le IVe jour de Décembre de la VIIe année » (de notre règne).

 

Il est mandé à tous marchands, qui conduiront par mer des marchandises à la Rochelle, que le seigneur Roi a ordonné de faire payer la taxe de manière susdite.  

 En foi de quoi, etc. »

 

Depuis le mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri Plantagenêt, qui monta bientôt sur le trône d’Angleterre sous le nom d’Henri II, la Rochelle, vous le savez, comme le Poitou et toute la Guienne, appartenait à l’Angleterre.

Les prudhommes, auxquels cette charte était adressée, notaient autres que les membres du corps de ville.

Cette expression, plus répandue, dans le midi surtout, que celle de pairs, se retrouve dans un grand nombre de chartes spécialement appliquée aux magistrats de la commune rochelaise. (1)

 

 

Savary de Mauléon, sous l’inspiration duquel fut rendue cette ordonnance royale, descendait des anciens barons de Chatelaillon.

 Aussi vaillant guerrier que poète aimable, mais non moins inconstant en politique qu’en amour ce fut lui qui, comme Sénéchal de Guienne, défendit la Rochelle , en 1224, contre les armes du Roi de France , et vaincu ou gagné, selon quelques-uns, par les offres brillantes de Louis VIII, embrassa bientôt la cause du vainqueur, pour repasser de nouveau, quelques années après, sous la bannière d’Angleterre.

Mais où devait être creusé ce port, que le Souverain Anglais voulait faire servir à la défense de la Rochelle?

Des trois points indiqués par sa charte, un tout au moins ne peut laisser de doute.

Le pont de Rambaut, cela est attesté par de nombreux documents, se trouvait près de la porte Rambaut, située à l’extrémité ouest de la rue que nous appelons encore rue Rambaut.

 A ce pont, jeté sur le cours a eau de Lafons, venaient aboutir deux chemins, conduisant l’un à Laleu et l’autre à Nieul.

La situation des moulins des Templiers pourrait causer plus d’embarras, parce que pendant plusieurs siècles on a désigné sous le nom de Moulins du Temple des moulins à eau appartenant aux chevaliers de Jérusalem et construits sur le canal de Maubec, vis-à-vis de l’église St-Sauveur à peu près à l’endroit, où est aujourd’hui le petit pont de bois.

Ce n’est évidemment pas d’eux qu’il s’agit ici, puisqu’ils étaient très-éloignés du pont Rambaut, du côté opposé de la ville, et non dans le quartier du Perot ou Parok.

Une charte d’Aliénor nous apprend qu’en 1199 , elle lit don aux Templiers de la chaussée du Perroc, en leur assurant la jouissance des moulins qu’ils avaient construits ou pourraient construire de l’un ou l’autre côté de cette chaussée , et en leur abandonnant la propriété des terrains limitrophes jusqu’aux limites des possessions des frères hospitaliers.

 Vous n’avez peut-être pas oublié que dans une lettre précédente (2), en vous parlant de l’église de St-Jean,  je vous ai dit que, vers le milieu du XIIe siècle, la célèbre duchesse d’Aquitaine avait donné à ces derniers la presque totalité de la petite île appelée le Perroc et qui est devenue le guartier de St-Jean.

Cet îlot était séparé de la ville par un bras du cours d’eau de Lafons, qu’on nommait la Besse de la Reine ou la Verdière et sur lequel les Templiers établirent leurs nouveaux moulins à eau.

Il est parlé de ces moulins et de ceux établis sur le canal de Maubec dans un titre de 1268 par lequel un sieur Gautier de Vohé, chevalier, reconnaît devoir aux chevaliers du Temple, d’abord 32 setiers de froment, à cause de leurs moulins de la Rochelle, situés près de l’église St-Sauveur; ensuite 7 livres et demie de rente à cause de leurs deux molins qui sient à l’entrant d'au Perrot. (3)

Nul doute donc que le port dont le monarque Anglais ordonnait le creusement ne dut commencer à l’angle formé par le cours d’eau de Lafons, au point où il se divisait en deux bras, dont l’un se dirigeait comme aujourd’hui vers le port, et l'autre allait se jeter à la mer, en fesant un coude à droite pour contourner file du Perrot.

 La détermination du point où il devait finir offre plus de difficulté, parce que aucun autre document, que je sache, ne fait mention du châtelet ou petit château, castelletum, dont parle la charte d’Henri III.

Il ne peut évidemment s’agir du château Vauclair, dont les hautes tours, les épaisses murailles et les larges douves constituaient une importante forteresse, digne en tous points du titre de château, castellum.

D’ailleurs il était situé sur la place qui a si longtemps porté son nom, dans l’enceinte murée de la ville et non extra-muros comme le châtelet, enfin en de-çà et non au-delà du pont Rambaut.

Il semblerait cependant que ce petit château devait avoir une certaine importance, puisqu’il avait un commandant particulier, auquel le roi d’Angleterre donne le titre de Connétable (constabularies).

 Je serais tenté de supposer que c’était de ce châtelet que le même monarque entendait parler dans une lettre qu’il écrivait le 16 septembre 1220 aux maire et prudhommes de la Rochelle, pour les inviter à remettre aux mains de Phil, de Uletot, Sénéchal de Gascogne, la tour de la Rochelle (turris de Rupella). (4)

A défaut d’indication précise, on doit croire que cette tour ou châtelet était placée à l’angle sud-ouest du faubourg de Cougnes, à l’endroit où nous trouvons plus tard le fameux bastion de l’Evangile (5), qui joua un si grand rôle dans le siège de 1572-73, et qui avait succédé au boulevard de Lude (6), élevé lui-même à la place du boulevard de Sermaise. (7)

 Ce point, on le voit, avait toujours été regardé comme très-important pour la défense de la ville, et n’est plus que probable que le boulevard de Sermaise n’avait fait que remplacer le châtelet dont parle le roi Henri.

Il est facile de comprendre maintenant comment le nouveau port qu’il ordonnait de creuser devait augmenter beaucoup la force de ce côté de la ville et du faubourg de Cougnes, puisqu’il aurait formé un vaste fossé au pied de la muraille d’enceinte.

Mais il n’est pas croyable que ce projet, qui eût exercé peut-être une très-grande influence sur les destinées de notre ville, ait été exécuté.

D’abord ni les vieux titres, qui nous restent, ni nos annalistes ne font mention de ce port ; à l’hôpital qu’il avait fondé ; plusieurs autres chartes du Roi Henri d’Angleterre ; le bref d’Hugo, évêque de Saintes dont il sera question ci-après , etc, ensuite le temps aurait manqué pour conduire à fin une entreprise aussi considérable ; car dix-huit mois s’étaient à peine écoulés depuis la charte d’Henri III, que Louis VIII, après un assez long siège, s’emparait de la Rochelle, qui resta française jusqu’à l’époque où le malheureux roi Jean en fît l’appoint de la rançon qu’il paya à son heureux vainqueur.

 Menacé par la guerre, on se borna sans doute à élargir et à creuser le lit du ruisseau de Lafons, qui suivait précisément la ligne des murailles et c’est peut-être à ce travail que fait allusion Nicolas de Braïa ou de Bray, dans son poème en l’honneur de Louis VIII, quand il dit, en parlant des préparatifs de défense des Rochelais :

« La terre est enlevée; des fossés sont creusés; les places sont entourées de palissades, etc. »

Ce ne sont pas les seuls enseignements que l’on puisse tirer de cette charte.

Une opinion généralement répandue, et que semble adopter Arcère, c’est que jusque vers la moitié du IVe siècle, le premier port de la Rochelle subsista à l’ouest de ville et près du château.

Un ancien manuscrit de la bibliothèque de la Rochelle va même jusqu’à prétendre qu’en 1373, les Rochelais, après avoir chassé les Anglais de la ville, « firent servir les délivres du chasteau à combler le port qui alloit jusqu’au pied du château. »

 Je vous ai dit dans une lettre précédente (8) comment ils avaient employé beaucoup plus utilement ces matériaux à construire la muraille, que l’on a appelée depuis le mur du Gabut, ainsi que les Tours pleines dont elle était flanquée.

 Si un port eût existé à cet endroit, même du temps d’Henri III, le souverain d’Angleterre n’eût pas manqué d’en faire mention et au lieu de se servir de ces expressions : Nous voulons qu'il soit fait un port, etc., il se fut borné à ordonner de prolonger celui qui eût existé déjà, de l’élargir ou de le creuser davantage.

Ce n’est pas que j’entende contester qu’il y ait eu jadis un port à peu près au point indiqué par la Charte du roi Henri.

 Je crois au contraire, avec Am. Barbot, que le port primitif de la Rochelle, « qui n’estoit qu’une forme de canal, avoit son entrée et embouchure au -dessus du lieu où est la tour du Garrot (aujourd’hui de la Lanterne) et se continuoit dedans le chenal ou fossé , par lequel s’escoulent les eaux pluviales et doulcins de Lafons..,, par lequel chenal, servant de havre aux navires et vaisseaux, on les venoit ancrer et placer jusqu’au devaut du chasteau... ainsi qu’est la commune créance délaissée de pères en filz... »

A l’appui de cette croyance populaire, notre vieil annaliste invoque cette preuve « que de temps en temps, et encore en l’année 1602, il s’est trouvé dans ledit chenal, en le faisant nettoyer, des fonds et quilles de barques et navires. »

 Il se trompe toutefois en ajoutant : « qu’il men apparaist cependant aulcune preuve ne par titres ne par institucions escriptes. »

Une charte de Richard (Cœur de Lion) d’Angleterre, de 1190, qui détermine les limites des terrains abandonnés par sa mère aux frères Hospitaliers, porte en effet qu’ils attendaient, du côté de 1’Occident, jusqu’au vieux port, qui séparait l’ile du Perroc de la terre Poirache.

C’est précisément d’après cette expression de vieux port, employée par Richard, que j’avais depuis longtemps supposé que, dès cette époque, le premier port de la Rochelle, comblé par des atterrissements successifs ou, comme le dit la légende d’une carte très-ancienne, par les excréments de ce grand corps qu’on appelle la mer, avait été abandonné pour celui qui existe encore de nos jours.

 La charte d’Henri III vient donner une nouvelle force à cette opinion.

Comme les pauvres archéologues attachent de l’importance aux moindres particularités topographiques, vous ne vous étonnerez point que je profile de l'occasion de notre charte pour relever plusieurs erreurs commises par le père Arcère.

 D’abord, si j’ai cité la charte de Richard comme le seul litre qui parlât du vieux port, c’est que je n’admets pas la substitution forte arbitraire du mot port, portai à celui de porte, portae, que fait Arcère dans la chartre de fondation de l’église St-Barthélémy.

En lui accordant même que le vieux Port fut encore fréquenté en 1152 , cela n’eut pas empêché e champ de Cyré, dans lequel fut élevée l’église, d’être bien plutôt contigu à la porte du petit comte (portae contiguus) placée à la jonction des rues St-Léonard et d’Auffrédy (9) qu’au port, dont il devait être séparé par la muraille de la ville.

Ensuite , comme dans un bref de 1252 , Hugo, évêque de Saintes, parle du pont de la porte du petit comte, près duquel devait être établi un cimetière, pour les pauvres de hôpital fondé par Auffrédy, notre docte oratorien, reculant avec raison devant la pensée de jeter un pont à travers le port, place ce pont du côté de la ville, ce qui eût été assez étrange, et le cimetière, entre ce pont et l’hôpital, où il n’existait évidemment pas un espace suffisant.

Le pont de la porte du petit comte était, comme celui de la porte Rambeau, sur le ruisseau de Lafons, au-delà et non en deçà de la ville et vis-à-vis le chemin de St-Maurice ; et le cimetière des pauvres, sur la gauche de ce chemin, près du cimetière des riches.

Le bref d’Hugo est un nouvelle preuve que le vieux port était depuis longtemps comblé.

Seulement on pourrait peut-être induire du silence de la charte d'Henri III relativement au pont de la porte du petit comte, qu’il n’était pas encore construit en 1222.

Enfin une dernière conséquence, et de plus grande valeur, qui semblerait résulter de cette charte, c’est que dès ce temps, nos pères jouissaient du privilège, dont ils étaient si jaloux et que constatent des titres bien postérieurs, d'être exempts, en temps de paix du moins, de toute garnison dans 1’intérieur de leur ville.

 Car s’il en eût été autrement comment expliquer que le connétable du roi eût été relégué lui et les siens, dans le Châtelet, situé hors de la ville et n’eût pas occupé le château de Vauclair, au sein même de la cité.

 

Et comment serait-ce la tour de la Rochelle et non le château, qu’en 1220, le roi d'Angleterre aurait invité le corps de ville à remettre aux mains de Philippe de Uletot?

Vous voyez bien, Monsieur, que j’avais raison de dire que, sous plus d’un rapport, la charte découverte par M. Paul M…. y offre un intérêt réel pour l’histoire de la Rochelle et que nous lui devons savoir très-grand gré de nous l’avoir fait connaître.

 Aussi la section littéraire de notre Académie lui en a-t-elle manifesté sa reconnaissance, en le nommant, dans sa dernière séance, l’un de ses membres correspondants.

Recevez, etc.

 J. R, E J. La Rochelle, le 24 juillet 1858.

 

 

 

 

« En 1373, les Rochelais, après avoir chassé les Anglois de la ville, firent servir les délivres du chasteau à combler le port qui alloit jusqu’au pied du château. »

 Traduction rapide :

Les habitants de La Rochelle auraient utilisé les déblais (pierres, matériaux de démolition) du château pour remblayer le port, qui alors s’étendait jusqu’à son pied.

 

1. Contexte historique réel (1372–1373)

  • En août 1372, après la victoire navale de la flotte franco-castillane (Bataille de La Rochelle), les La Rochelle se rallient à Charles V.
  • Les Anglais perdent définitivement la ville.
  • En 1373, les Rochelais détruisent plusieurs fortifications anglaises, notamment le « château » (ou plutôt la tour maîtresse anglaise, vestige du château de Vauclair).

 

Cette destruction est attestée par plusieurs textes.

 

2. Le château anglais existait bien : la “tour Saint-Nicolas primitive”

Le “château” dont parlent les textes n’est pas une forteresse classique mais :

  • une ancienne tour anglaise contrôlant l’entrée du port,
  • construite sous Édouard III,
  • que les Rochelais haïssaient car elle symbolisait la domination anglaise.

 

Cette tour fut démantelée après 1372, car :

  • elle menaçait la liberté communale,
  • elle les rappelait aux révoltes antifrançaises de 1345–1346,
  • elle avait été utilisée par les Anglais pour tenir le port.

 

 3. Le manuscrit affirme que les matériaux furent utilisés pour “combler le port”

C’est ici que la véracité historique doit être examinée.

Ce qui est vrai

  • Il y a bien eu des travaux de comblement au XIVᵉ siècle dans divers endroits du port.
  • La topographie médiévale montre que l’anse du port s’étendait plus loin vers l’intérieur qu’aujourd’hui.
  • Les Rochelais ont souvent réutilisé des décombres pour renforcer les quais et digues.

 

Mais ce qui est douteux

  • Aucun texte du XIVᵉ siècle ne cite explicitement l’usage des pierres du château comme matériau de remblai pour « combler le port ».
  • Les travaux de remblayage massifs du port sont surtout attestés aux XVe–XVIe siècles.
  • Le manuscrit rochelais semble faire partie de ces chroniques locales tardives, mélangeant tradition et faits.

 

La Rochelle, le port d'Aliénor d'Aquitaine<==....

DÉCOUVERTE DU TESTAMENT D'AUFREDI<==....

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