941 Hugues de Thézac vend au duc d’Aquitaine Guillaume Tête-d’Étoupe la viguerie de Saintonge de Saint Liguaire
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Une charte de 941, datée de Poitiers, nous apprend que le seigneur Hugues de Thézac vendit (probablement sur ordre du duc) ses droits héréditaires et toutes ses appartenances sur la viguerie de Saintonge à Guillaume Tête-d’Étoupe, duc d’Aquitaine.
Le duc lui rétrocéda immédiatement cette viguerie en échange de la terre de Saint-Liguaire, où le frère du duc, Ebles, évêque de Saint Maixent, souhaitait fonder une abbaye « pour le salut des âmes et la prospérité de leur commune famille ».
L’église Notre-Dame-Porte-Dieu (862)
Cette église est mentionnée dans une source du IXᵉ siècle :
- 862 : pendant les incursions normandes dans la région du Poitou, une “ecclesia sanctae Mariae Porta Dei” (Notre-Dame-Porte-Dieu) est citée comme point de repère religieux situé au sud de Niort, dans ce qui deviendra plus tard Saint-Liguaire.
Cette première église n’est pas encore une abbaye.
C’est un sanctuaire ancien, probablement carolingien, autour duquel se structure un habitat.
2. Le contexte : le Poitou au Xe siècle
Les invasions normandes ne sont pas encore totalement terminées en 941
Même si les grands raids de la première moitié du Xe siècle s’atténuent après 930-940, la côte aquitaine reste très exposée.
En 941-945, on signale encore des bandes vikings sur la Charente, la Sèvre et jusqu’à la Loire.
Installer des moines dans un site isolé et riche (sel, pâturages) aurait été suicidaire : ils auraient été razziés immédiatement.
Il faut d’abord sécuriser le territoire
Guillaume Tête-d’Étoupe et ses successeurs (Guillaume Fier-à-Bras puis les comtes de Poitiers) passent les années 940-960 à :
Reconstruire ou créer des châteaux et mottes castrales pour contrôler les routes et les fleuves.
Réoccuper les terres abandonnées après les raids.
Rétablir les droits seigneuriaux (c’est exactement l’objet de la charte de 941 : remettre la viguerie de Saintonge à un fidèle, Hugues de Thézac, pour qu’il assure la police et les péages).
Ce n’est qu’une fois le pays stabilisé que l’on peut penser à y mettre des moines en toute sécurité.
Dans les années 950–970 :
- Le Poitou est un territoire fortement marqué par les précédentes attaques normandes.
- Les abbayes sont en reconstruction (Ligurium, Saint-Maixent, Saint-Michel-en-l’Herm, etc.).
- Les comtes de Poitiers (la dynastie des Guillaume Tête d’Étoupe puis Guillaume Fier-à-bras) renforcent les établissements religieux.
C’est dans ce contexte qu’intervient Éble.
3. « En 961, sous Lothaire, roi des Francs (954–986).
Il s’agit de Éble (ou Ebbon, Ebbo) :
- membre de la haute aristocratie du Poitou,
- Évêque de Limoges (928-944), évêque de Poitiers (958–963),
- également abbé de Saint-Maixent (abbatiat cumulé avec son épiscopat, très courant avant la réforme clunisienne).
Il lance plusieurs chantiers en même temps : restauration de Saint-Maixent, fondation de Saint-Liguaire (961). Il avance au rythme où les conditions politiques et militaires le permettent.
4. La fondation de l’abbaye de Saint-Liguaire
La chronologie établie par les historiens est la suivante :
- 862 : mention de Notre-Dame-Porte-Dieu.
⇒ Sanctuaire primitif, pré-monastique. - 961 : Éble, en tant qu’évêque-abbé, restructure les possessions de Saint-Maixent.
⇒ Le site de Porte-Dieu en fait partie (ou dépend d’une manière similaire). - Fin du Xe – début du XIe siècle
⇒ Le site devient un prieuré rattaché à Saint-Maixent. - XIe siècle avancé
⇒ Transformation en établissement abbatial, dédié à Saint Liguaire (saint local, parfois assimilé à un ermite ou à un saint régional).
Il ne s’agit donc pas d’une “fondation ex nihilo” en 961, mais :
- d’une église carolingienne existante,
- devenue cellule monastique sous l’influence d’Éble,
- puis élevée en abbaye plus tard.
Texte latin traduit :
« En échange et en compensation, nous avons donné et nous donnons audit Hugues de Thézac, ainsi qu’à ses héritiers, à perpétuité, le fief qui est appelé la viguerie de Saintes (Xanctonum Vigeria), avec toutes ses appartenances et intégralités, tels que les avaient autrefois jouis Ligérius de Taunadio et ses prédécesseurs, de qui nous l’avons achetée afin de réaliser ledit échange.
Ce fief comprend les droits suivants :
Tous les droits de mesurage (mensurae) à Saintes et dans les îles adjacentes (Île de Ré, Oléron, etc.) ;
Item, pour le même fief, le péage consiste en trois deniers par chaque boisseau de sel ou autres choses mesurables, pour chacun des navires ou barques naviguant sur le fleuve de la Charente, remontant ou descendant sous le pont, ou amarrant dans le port.
Le droit de stationnement, de soulagement et de chargement de sable pour les navires dans tous les ports du pays de Saintonge, depuis La Rochelle jusqu’au port de Blaye ;
Les adjudications publiques (subhastationes) de meubles et d’immeubles qui se font au son de la trompette et au cri public du crieur, dans toutes les villes, bourgs et villages dudit pays et des îles précitées.
Les revenus du mesurage consistent en :
Un denier par boisseau de sel, quel qu’il soit, mesuré dans les bois, les marais salants et tous les ports du dit pays ;
Six deniers sur chaque contenant de vin, où que ce soit dans ledit pays ;
Six autres deniers sur les mêmes contenants pour le mesurage des mesures de détail du vin dans la ville de Saintes et ses faubourgs ;
Pour le mesurage de l’huile : une livre (poids) par an, payable chaque jour de la fête de Noël, par tout marchand qui vend de l’huile dans la ville et les faubourgs de Saintes ;
Pour chaque saline : une livre (poids) prélevée sur tout marchand étranger chaque fois qu’il apporte de l’huile dans la ville et les faubourgs.
Les revenus du mesurage des grains dans ladite ville, des adjudications publiques, du stationnement et du chargement de sable des navires consistent dans les profits habituels.
De ce même fief dépend également le péage habituel :
Sur le sel et toutes les autres marchandises mesurables au boisseau,
Sur tous les navires et bateaux qui remontent ou descendent la Charente et passent sous le pont de Saintes,
Ou qui accostent dans le port de ladite ville,
Avec les trois deniers dus pour droit d’accostage.
Parmi les membres et dépendances dudit fief, il y a cinq « codes » (parcelles ou maisons) entièrement exemptés de toute taxe dans ladite ville de Saintes :
Trois dans la paroisse Saint-Michel, qui touchent d’un côté l’enclos royal (ambergamentum regum), et de l’autre la voie qui va de l’église Saint-Michel à l’église Saint-Pierre ;
Les deux autres touchent d’un côté au marché aux poissons (forum venalium), et de l’autre à la petite rue qui va du bourg Saint-Vivien à la rue où habitent les Juifs ; l’une d’elles donne directement sur la rue des Juifs.
Le revenu de la mesure consiste en un denier par chaque boisseau de sel qui est mesuré dans les bosses, les salines et les ports de la côte ; en six deniers pour chaque fût de vin, de toute région du territoire, et six autres deniers pour ceux qui entrent dans la ville de Saintes ou ses faubourgs ;
item, pour la mesure de l’huile, au poids de la livre, chaque jour de fête de Noël, pour l’année, par chaque marchand qui vendra dans la ville ou les faubourgs ;
item, pour le sel, au détail, par chaque marchand étranger, chaque fois qu’il entrera de l’huile dans les murs.
Quant au revenu de la mesure des grains dans la dite ville et celui des encans publics, de la station et du délestage des navires, il consiste dans les tarifs ordinaires.
Tout ce qui vient d’être énoncé ci-dessus, nous le donnons et concédons par la présente charte à Hugues de Thézac par un échange perpétuel et irrévocable, sous réserve de l’hommage lige qui nous est dû, à nous et à nos successeurs, ainsi que :
Du droit de hanap (présentation d’une coupe de vin ou présent d’honneur),
Des autres coupes et vases du pays à notre usage, (seulement pour notre prochain avènement en Saintonge),
Ainsi que de l’hébergement de nos chiens.
Nous serons également tenus de nourrir Hugues, ses serviteurs, de pain et de boisson selon le jour, et de payer le salaire de ses serviteurs…
Fait dans la cité de Poitiers, le 6 des calendes de février de l’an 941, sous le règne de Lothaire, roi des Francs. »
Ce texte est un des rarissimes témoignages écrits de la privatisation quasi-totale des droits régaliens dans une grande ville au Xe siècle : péages fluviaux et maritimes, mesures, ventes publiques, tout est devenu héréditaire et privé.
C’est aussi la première mention écrite du quartier juif de Saintes et du marché aux poissons.
Un document exceptionnel pour comprendre comment s’est construite la puissance des grandes familles vicomtales du Poitou-Aunis-Saintonge avant l’an mil.
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Le pont de Saintes au haut Moyen Âge
Le pont romain de Saintes (souvent appelé pont de Germanicus) était l’un des ouvrages les plus importants de la Gaule romaine.
Il traversait la Charente sur plus de 150 m, reposant sur des arches.
Après l’effondrement de l’Empire romain, ce type d’ouvrage est très rarement entretenu, et souvent en ruine dès le VIIIᵉ siècle.
Le pont de Saintes avant l’an 1000 : témoignages des historiens
Aucune source du Xe siècle ne décrit directement le pont, mais plusieurs indications concordent :
✔ Au IXᵉ siècle, les Annales de Saintes mentionnent que la ville souffre des incursions normandes (845, 863).
→ Les ponts des villes fluviales sont systématiquement détruits ou brûlés lors des raids.
Saintes n’a probablement pas échappé à ce sort.
✔ Les archéologues constatent que :
- une partie du pont romain s’est écroulée au haut Moyen Âge,
- des réparations sommaires en bois ont été faites à plusieurs périodes.
✔ Certaines chartes carolingiennes laissent entendre que la traversée de la Charente à Saintes se faisait parfois par bac, signe d’un pont incomplet.
Et en 941 précisément ?
Cette année-là, les événements régionaux sont documentés par Flodoard de Reims :
- Guillaume Tête-d’Étoupe (duc d’Aquitaine) affronte Hugues le Grand.
- Saintes se trouve dans une zone troublée mais aucun texte de 941 ne mentionne le pont.
Néanmoins, les spécialistes (Claude Masse, Louis Maurin, historiens de la Saintonge) s’accordent à dire :
En 941, le pont romain de Saintes était très probablement :
- partiellement ruiné,
- non entièrement praticable,
- utilisé peut-être en partie, mais avec
- des segments écroulés,
- et des réparations en bois ou passerelles provisoires.
Il n’existait plus de pont entièrement en pierre et continu comme à l’époque romaine.
4. Quand le pont fut-il vraiment restauré ?
Les sources deviennent plus précises après 1047, lorsque les comtes d’Anjou puis les ducs d’Aquitaine entreprennent une remise en état de plusieurs ponts stratégiques.
Le pont de Saintes n’est pleinement reconstruit en pierre qu’aux XIᵉ–XIIᵉ siècles, avec plusieurs campagnes successives.
(Sancti Leodegarii abbatibus) L'abbaye de Saint-Liguaire proche de Niort<==....
Nous étions Vikings... l'histoire des Vikings dans le Poitou<==....
(1) Les chiffres placés sous les noms des seigneurs indiqueront la période Pendant laquelle ils furent chefs de la maison de Taulnay.
(2) Les adveux des sires de Charente portent que la châtellenie s’étendait jusqu'à « l'Obespin-Broyne, au long de la Terre du Roy, qui est au ressort de saintes. »
D’ailleurs, les sires de Taulnay, dès le règne de Robert-le Pieux, avaient des terres ou des fiefs mouvants sur tous les points du territoire saintais, et même jusqu’à Cognac, dont ils étaient seigneurs.
On pourrait rapprocher du fait de la « Viguerie de Saintes », la rente créée par Louis X, en faveur de Ponce de Montandre : Centum libras turonensium... capieudas super Castellaniae de Rupeforti et de ponte Xantonis concessimus ; videlicet duobus molendinis sitis supra pontem, Xantonis, ante lacrymas dicti pontis ; item supra nona parte molendini Sti Viviani (1320).
(3). In cambio et recompensatione, donavimus et donamus dicto Hugoni de Thesaco, et suis hœredibus, in perpetuum, feudum quod nuncupatur Xanctonum Vigeria, cum omnibus pertinentiis et integritatibus, ut solebant frui LIGERIUS de TAUNADIO et antecessores ejus, a quo emimus illud ut faceremus dictum cambium. Ipsum vero feudum componitur juribus quae sequuntur :
Nempe mensurae omnimode Xanctonum et insularum adjacentium ; jure quoque navium stationis allevationis que arenae in omnibus portubus pagi Sanctonum, a Rupella ad Blaviae portum ;
item, subhastationibus mobilium et immobilium quae clangore buccinae et alto clamore buccinatoris fieri solent in omnibus urbibus, oppidis et vicis praedicti pagi et insularum praedictarum.
Redditus autem mensurae constitit denario uno ex quocumque salis boicello quod in boscis, salinis et in omnibus portubus dicti pagi mensuratur ;
item, sex denariis ex quibuscumque vinariis vasis ubique dicti pagi ;
item, sex aliis denariis ex quibuscumque dictis vasis ob mensuram poculorum vinariorum in urbe Sanctonum et suburbanis ejus ;
item, ob mensuram olei, librae pondéré, per annum, singulis diebus nativitatis Domini Nostri Jesu Christi festis, a quocumque mercatore oleum vendente in urbe et suburbanis dictis ;
item, salinae cujusque, librae pondéré, a quocumque advena mercatore, quoties oleum in urbem et suburbanos apportatur.
Reddilus autem granorum mensurie in dicta urbe subhastationum publicarum, stationis et allevationis navium arena, consista utilitatibus assuetis.
Item, ex eodem feudo pedagium assuetum dependet quod salis aliorumque mensurabilium boissello et omnibus navibus naviculisque super Carentaneum flumen et sub ponte Sanctonensi fluentibus et refuentibus, aut portus proefatae urbis adpulsantibus cum tribus denariis jure appulsus consista.
Item, ex membris et dependentiis dicti feudi, sunt quinque codes ab omni tributo immunes in dicta urbe : très in parochio S. Michaelis, quœ ab uno capite tangunt ambergamentum regum, ab altero viam quœ ducit ab ecclesia dicta ad ecclesiam S. Petri ;
reliquat tangunt ex una parle ad forum venalium, ex altéra ad brevem viam quœ ducit a burgis S. Viviani ad viam quant Judœi habitant ; una ex iis judaicam viam penetrat.
Haec omnia supra deducta in hac carta ipsi Hugoni de Thezaco donamus et dimittimus per cambium perpetuum et irrevocabile, reservato homagio- ligio nobis et successoribus nostris, ad debitum hanaphum, scyphorum aliorumque patriae terrae vasorum ad nostrum usum, ad nostrumque duntaxat primum in Sanctonicam urbem adventum, hospitium etiam canum nostrorum.
Tenebimur etiam alimentis Hugonem, servosque, esca potuque secundum diem nutriri, mercedem quoque servis solvere... Actum civitate Pictaviensi 6 die K. F. ann. DCCCCXLI, régnante Lothario, Francorum rege.