25 juin 864 Édit de Pîtres : Fortifications et construction d’un pont sur la Seine anti-Vikings - 12 juillet 1856 L'effondrement du Pont-de-l'Arche
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Le rival de Charles d'Aquitaine (fils du roi Charles le Chauve), Pépin II, n’avait pas su régner, et il n'avait pas pu se résigner à la dépendance d'une cour dont il n'était point le chef, ou à la mollesse, et à l'ennui d'un couvent.
Après s'être soumis à son oncle, il s'était échappé de nouveau, il avait été solliciter l'intérêt de ses partisans en Aquitaine, qui commençaient à se sentir fatigués; d'une querelle étrangère à leurs intérêts.
Ne pouvant les armer en sa faveur, il avait imploré l'assistance des ennemis de sa race, de sa religion et de son pays.
Aux yeux d'un roi dépossédé, tout moyen semble honnête pour remonter sur le trône, et le désir de régner prend la place de tous les devoirs.
Pépin II appela les Normands , il conduisit lui-même leurs bandes dévastatrices : on assuré que pour leur plaire il avait embrassé leur religion.
A leur tête il s'empara de Poitiers en 863. Il épargna la ville moyennant une grosse rançon, mais il brûla l'église cathédrale , consacrée à saint Hilaire, l'un des sanctuaires pour lesquels les Français avoient la plus haute vénération.
Il pénétra avec les Normands dans le Limousin et l'Auvergne; Etienne, comte de ce dernier pays, fut tué dans un combat, en le défendant contre lui. Clermont, sa capitale, fut pillée; et le butin enlevé dans ces montagnes fut transporté jusqu'aux rivières éloignées où les Normands ayaient laissé leur flotte.
Pépin II avait ensuite assiégé avec eux Toulouse sans pouvoir s'en rendre maître.
Le comte de Poitiers, Rainulfe, lui fit alors demander une conférence, se déclarant prêt à embrasser son parti ; et Pépin, qui trahissait son pays, ne songea point à se tenir en garde contre la trahison ; il fut arrêté par Rainulfe, et présenté à Charles-le-Chauve, à la diète que celui-ci avait assemblée au mois de juin 864,dans son palais de Pistes, sur la Seine.
Le roi Charles II le Chauve convoqua les évêques et comtes pour un synode et un plaid général qui devaient avoir lieu à Pistes, au mois de juin 864.
Quand tout le monde fut assemblé, Charles, remerciant les prélats et les nobles de leur bonne coopération, les exhorta vivement à maintenir la tranquillité du royaume, et à hâter à cet effet l'achèvement des travaux commencés sur la Seine ; n'avait-on pas récemment éprouvé auprès de Meaux les heureux effets d'une prompte résolution contre les Barbares? Dieu n'avait-il pas secondé manifestement les louables efforts des chrétiens pour arrêter les progrès des païens ?
On concerta ensuite un grand nombre d'ordonnances pour le maintien de la justice, de la sûreté publique et des bonnes mœurs1, entre autres celles qui suivent :
« Des hommes qui « avaient des maisons, des effets, des esclaves dans les comtés ravagés par les Normands, commettent des désordres, et lorsqu'on veut les en rendre responsables, ils prétendent n'avoir plus de possession dans le ressort des justices devant lesquelles ils sont traduits; les comtes les feront juger par leurs délégués, et si les fugitifs commettent des désordres dans d'autres comtés que ceux où ils séjournent, ils n'en seront pas moins jugés dans ces derniers comtés.
Conformément aux capitulaires des rois précédents, il ne sera pas permis, sous peine d'être considéré comme traître au royaume, de donner aux Normands, pour rançon de prisonniers, des brugnes ou cuirasses, des armes et des chevaux, ni de leur en vendre à quelque prix que ce soit, attendu que cette fourniture d'armes et de chevaux met les païens à même de ravager le royaume et de détruire les églises de Dieu.
Les Francs des campagnes qui possèdent des chevaux ou peuvent en avoir, seront tenus de partir avec leurs comtes à la a guerre.
A cet effet, des envoyés royaux feront une enquête sur le nombre d'hommes qui, dans chaque comté, pourront entrer en campagne.
On permettra aux fugitifs de la rive gauche de la Seine, dévastée par les Normands, de demeurer rive droite, s'ils y sont établis depuis les règnes précédents; quant à ceux qui s'y sont réfugiés récemment, on leur facilitera le moyen de rentrer dans leur pays, sans leur imposer aucun cens.
Comme nous devons et voulons être toujours prêts à nous mettre en campagne contre les païens et contre tous ennemis quelconques, défense est faite de démolir notre herberge (demeure) à Pistes, qui a été rétablie à grands frais, après avoir été détruite par les hommes qui travaillaient dans ce pays. »
A la fin de l'édit, le roi exhorte ses vassaux à être toujours prêts à marcher contre les païens ou ennemis lorsqu'ils en seront requis par message; il leur défend de fortifier leurs châteaux sans autorisation royale, et leur ordonne de démolir les forts érigés sans cette permission.
Divers incidents donnèrent plus d'importance encore à ce plaid général.
Pépin envoyé sous bonne escorte à Charles-le-Chauve , fut traduit devant le synode de Pistes pour s'être évadé du cloître, pour s'être mis en rébellion contre l'autorité royale, et avoir fait cause commune avec les païens dévastateurs du royaume.
Il fut déclaré coupable et condamné au dernier supplice.
Cependant la sentence fut réduite à la discipline ecclésiastique et à la réclusion dans un monastère.
Pépin II d'Aquitaine est condamné comme traître et apostat, déposé et doit se retirer dans un monastère, à Senlis.
Cet édit de Pistes qui condamna Pépin II, est au nombre des plus remarquables entre les assemblées législatives de la seconde race.
Le capitulaire qu'elle publia, et qui est fort long, est destiné à porter la réforme dans tantes les parties de la législation, et il est assez détaillé pour faire connaitre beaucoup des anciens usages, beaucoup des anciens abus auxquels on prétendait remédier.
Les provinciaux dont les maisons avoient été incendiées, dont toutes les propriétés avoient été détruites par les Normands, se livraient fréquemment au brigandage, et comme ils ne donnaient plus de garantie à la société, ils échappaient le plus souvent à l'action des lois.
L'édit de Pistes voulut que chaque comte pût désormais sommer un Franc, sur la terre où précédemment il avait eu une maison.
La loi, dit-il, était instituée par le consentement du peuple et la constitution du roi. La loi pouvait en effet changer la procédure, mais on ne voit pas comment elle rendait amendable en justice ceux qui , n'ayant plus, de biens ou de domicile, s'étaient adonnés au vagabondage.
Un grand désordre s'était introduit dans les monnaies du royaume; beaucoup.de deniers d'argent faux ou légers étaient .en circulation ; beaucoup étaient frappés dans des lieux où la fabrication des monnaies n'était pas légalement établie.
L'édit de Pistes ordonna une refonte générale des monnaies ; il limita à dix villes seulement le droit de battre monnaie ; il en fixa l'empreinte, il garantit le rapport du denier douzième partie du sou, avec la livre de douze onces ou de vingt sous d'argent pur ; il établit le rapport de l'or et de l'argent en raison de douze livres d'argent pour une livre d'or ; il défendit le mélange des deux métaux, et il établit des peines contre les falsifications et les faux monnayeurs.
Tous ces règlements cependant île dévoient s'appliquer qu'aux provinces qui suivaient les luis des barbares ; car quant aux pays, qui suivent la loi romaine, dit Charles, ni nos prédécesseurs ni nous-mêmes n'avons jamais établi aucun capitulaire qui regarde cette loi pu qui lui soit contraire.
On voit que dès cette époque en France on commençait à regarder les lois ou romaine ou barbare comme appartenant, non aux races d'hommes, mais aux diverses provinces.
Beaucoup de fraudes s'étaient introduites dans le commerce, beaucoup de vexations avoient été la conséquence du désordre ou de la misère du temps.
L'édit de Pistes s'efforça d'y remédier, comme les législateurs barbares le tentent d'ordinaire, par des règlements arbitraires.
L'évêque, l'abbé ou le comte de chaque ville dévoient fixer le nombre de pains du prix d'un denier que le boulanger devait faire avec chaque boisseau de blé.
Les mêmes supérieurs dévoient veiller, ensuife à la police des marchés et à la vérification des mesures.
La diminution ou la disparition des hommes libres, qui dévoient composer les armées, était encore le mal le plus universellement senti, celui qui compromettait le plus la défense du royaume.
L'édit de Pistes chercha de plusieurs manières à y porter remède.; il ordonna un nouveau recensement des hommes libres obligés au service militaire ; il punit de peines plus sévères ceux qui les priveraient de leurs chevaux ou de leurs armes ; il poursuivit ceux qui, par une dévotion intéressée, se donnaient à une maison religieuse, pour se soustraire au service; et il ne leur permit point de vouer à Dieu ce qui n'était pas à eux, les droits de la patrie sur leur personne.
Il apporta du soulagement à la misère de ceux que la famine avait contraints à se vendre comme esclaves, et il voulut qu'ils pussent toujours se libérer de l’esclavage, en payant à leurs maîtres un sixième en sus de la somme qu'ils auraient reçue d'eux.
L’édit de Pistes étendit sa protection jusqu’aux colons fugitifs qui s'étaient dérobés au fer des Normands, et qui souvent, dans les lieux où ils s'étaient réfugiés, tombaient au pouvoir de ceux qui leur avoient donné un asile.
Mais quant aux anciens, colons qui résistaient à l'introduction de coutumes plus oppressives, qui ne voulaient pas se prêter à des travaux nouveaux, et auxquels leurs maîtres n'avoient point songé dans le contrat primitif, l'assemblée de Pistes, qui n’était guère composée que de ces maîtres, décida en leur faveur contre les colons.
Les brigandages des Normands, les dangers effroyables auxquels chaque Franc était sans, cesse exposé, avaient récemment engagé quelques propriétaires à fortifier leurs maisons, à les entourer d'une enceinte, et à leur donner l'apparence d'un château; mais ces lieux forts avoient presque aussitôt été convertis en retraites de brigands, et des plaintes universelles s'élevaient contre les seigneurs de château;
l'édit de Pistes ordonna que tous ceux qui avoient été construits sans la permission du roi, fussent rasés avant le 1er août suivant .
Le moment n'était pas encore venu, mais il approchait, où ces mêmes fortifications privées dévoient se multiplier dans tout le royaume, où elles dévoient anéantir les restes de l'autorité royale, donner une nouvelle indépendance à la noblesse, retremper son caractère, et rendre à la nation française les vertus militaires qu'elle perdait sous le gouvernement des prélats.
Mais Charles, qui faisait raser les forteresses privées, a voit enfin songé à élever, pour l'avantage public, des fortifications à l'entrée des rivières, afin de repousser les débarquements des Normands.
Le castrum de Pistis (855)
Les Annales de Saint-Bertin signalent qu’en 855, la flotte danoise :
- Le 18 juillet 855 le chef normand Sidroc s’arrête à Pîtres (apud Pistis),
- utilise le lieu comme point d’appui sur la Seine,
- dans un contexte où Pîtres est déjà un site fortifié ou du moins militairement aménagé.
Le 19 Août, le rejoint un autre guerrier viking de haute allure : Biœrn, Côte de Fer, l’un des fils de Ragnard Lod-brok. Tous deux poussent vers le Perche où ils se heurtent de nouveau à l’armée de Charles.
Le terme castrum à cette date ne signifie pas un château au sens classique, mais :
- un site clos,
- protégé par des levées de terre, palissades et fossés,
- souvent héritier d’un ancien point fort gallo-romain ou mérovingien.
Cela implique une fortification préexistante avant 864, donc antérieure au pont.
Le castellum de Charles le Chauve (862–869)
Entre 862 et 869, Charles le Chauve :
- séjourne à plusieurs reprises à Pîtres,
- y tient des assemblées politiques et militaires,
- choisit manifestement ce lieu comme résidence stratégique.
Les textes parlent alors de castellum, ce qui suggère :
- une fortification renforcée,
- probablement réaménagée ou reconstruite,
- adaptée à une présence royale prolongée.
Le vocabulaire évolue, mais le site est le même : Pîtres, verrou de la Seine.
Le pont de Pîtres (864) : description et fonction
En 864, le roi Charles le Chauve fait édifier à Pîtres, sur la Seine, un ouvrage exceptionnel destiné à bloquer la navigation des Vikings qui remontent le fleuve pour piller Paris, Rouen et la vallée de l’Oise.
Ce n’est pas un simple pont, mais un ouvrage militaire stratégique, pensé comme un barrage défensif fluvial.
Le pont de Pîtres est :
- un pont en bois, et non en pierre,
- long, traversant la Seine d’une rive à l’autre,
- étroit, volontairement peu praticable pour une armée nombreuse,
- fortifié, avec des dispositifs de défense intégrés.
Il est parfois qualifié dans les textes de pons munitus ou pons firmissimus.
- Piles en bois massif, faites de pieux profondément enfoncés dans le lit de la Seine.
- Renforcées par des enrochements et des madriers croisés.
- Implantation dense pour réduire le courant et gêner les manœuvres navales.
- Plancher en grosses poutres de chêne.
- Suffisamment solide pour le passage des hommes, chevaux et chariots légers.
- Facilement démontable ou incendiable en cas de nécessité stratégique.
À chaque extrémité du pont :
- une tour fortifiée en bois, parfois décrite comme un castellum,
- occupée en permanence par une garnison royale,
- servant à contrôler le passage et défendre l’ouvrage.
Ces tours permettaient :
- le tir de projectiles (javelots, flèches),
- la surveillance du fleuve,
- l’interdiction de franchissement sans autorisation.
- Le pont est placé à un endroit resserré du fleuve, près d’un coude.
- Les navires vikings, à mât et voile, ne peuvent passer dessous.
- Les piles et chaînes (probables, bien que non explicitement attestées) bloquent toute tentative de forçage.
Le pont de Pîtres :
- empêche les Normands de remonter la Seine au-delà de la basse vallée,
- protège Paris, Melun, l’Île-de-France,
- oblige les Vikings à hiverner en aval ou à négocier.
C’est l’un des premiers grands ouvrages de défense territoriale permanente contre les raids vikings dans le royaume franc.
- Modèle repris plus tard (ponts fortifiés de Paris, notamment).
- Symbole d’un changement de stratégie : on passe de la défense ponctuelle à l’aménagement du territoire.
- Étape majeure dans la militarisation des fleuves au haut Moyen Âge.
Les Annales de Saint-Bertin soulignent que, grâce à ce pont,
les Normands ne purent plus franchir la Seine comme auparavant.
En 864, un voyageur verrait :
- un long pont de bois sombre, massif,
- flanqué de tours armées, gardées jour et nuit,
- barrant presque totalement le fleuve,
- avec des pieux serrés et le courant brisé,
- véritable verrou royal dressé contre les Vikings.
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Le Pont-de-l’Arche fut la dernière ville de Normandie qui se soumit à Geoffroi Plantagenet, l’époux de l’impératrice Mathilde.
Dans le cours de l’année 1194, peu de temps après le retour de Richard de la prison où l’empereur d’Allemagne l’avait détenu , le roi de France, qui avait commis des ravages dans le duché, et qui avait fait cause commune avec Jean-Sans-Terre, se tenait sur les frontières.
Il y avait à craindre qu’il ne les franchît, et les habitants de la Normandie étaient dans de grandes alarmes; car depuis la cession de la Normandie à Rollon , ce pays avait été rarement sans inquiétude du côté de la France.
Les Normands désiraient la paix , et les Français , qui peut-être ne se sentaient pas de force à combattre pour le moment, ne se refusaient pas à sa conclusion.
Il fallut donc s’entendre, et des pourparlers eurent lieu au Pont-de-l'Arche, entre des conseillers de Philippe-Auguste et le sénéchal, le connétable et les barons de Normandie; les conférences furent transférées à Rouen, et se terminèrent au Vaudreuil.
Lors de la confiscation prononcée contre Jean Sans-Terre par les pairs de France, le Pont-de- l’Arche fut une des premières villes qui se soumirent à la domination française.
Philippe-Auguste avait mis sur pied une armée considérable, et s’était emparé des châteaux de Couches, de Radepont et d’Andeli.
C’était une grande perte pour le duc que celle de cette forteresse, que son frère surnommait sa fille d’un an, et qui présentait aux assaillants des remparts si redoutables ; les troupes de Philippe- Auguste ne s'en étaient emparées qu’avec beaucoup de peine, qu'après y avoir perdu beaucoup de monde.
L’apathique Jean-Sans-Terre, qui perdait ses états avec tant d’indolence , et qui se contentait de dire qu’il reprendrait plus de places et de terrain en un seul jour que son adversaire n’en aurait pris en une année , éprouva cependant quelque dépit en apprenant la perte du château Gaillard.
Il se trouvait pour lors à Chinon , car la Touraine faisait partie des États des ducs de Normandie, et l’on dit que, dans un moment de fureur, il frappa violemment sur un crucifix qui se trouvait auprès de lui.
Ne pouvant défendre ses possessions, il aima mieux les ruiner, et pensant qu’il serait bon pour le duché que Philippe ne rencontrât pas sur son chemin de nouveaux points fortifiés, dans lesquels il pût établir ses troupes, et qu’il serait difficile de reprendre si les Français ne parvenaient pas à s’emparer de la capitale, il fit démanteler, en 1203, le Pont-de-l'Arche et détruire les châteaux de Moulineaux (Situé sur la Seine, en aval de Rouen) et de Montfort-sur-Risle.
Cela n’était pas dépourvu d'habileté; car, quoique Philippe fut entouré de nombreux guerriers, et qu’il eût eu déjà des avantages, néanmoins il se pouvait encore qu’il ne s’emparât pas de tout le duché: dans ce cas, il en conserverait une partie notable, d’où il ne serait pas facile de l’expulser, dès lors qu’il aurait des forteresses pour lui servir de point d’appui.
Du reste, on aime mieux un prince qui défend ses Etats qu’un prince qui les dévaste pour les préserver de l’ennemi, sans même employer entièrement la tactique des anciens Scythes.
On peut demander si le pont fut détruit en même temps que les fortifications de la ville.
Cela se présume, puisqu’il en faisait partie; il avait été construit en même temps que les deux châteaux, et constituait précisément l’importance de ce point fortifié , parce que, pris par les Français ou retenu par les Normands, il livrait ou fermait aux ennemis l’entrée de la capitale du duché.
Il y avait près de trois siècles et demi que Charles-le-Chauve l’avait fait construire; c'était probablement le même pont qui avait vu la domination normande, et finissait toutefois avant elle; il devait avoir été construit avec des dispositions propres à la défense ; les hommes qui s’y plaçaient avec des engins étaient probablement abrités.
Les habitants du Pont-de-l’ Arche avaient acquis la preuve de ce que peut un prince doué d’une âme basse et sordide lorsqu’il voit du désordre dans ses finances.
Un nommé Guillaume fut obligé de donner à Jean-Sans-Terre un tonneau de vin d’Auxerre, pour se mettre à même d’obtenir le paiement d’une créance de cinquante et une livres angevines; car Jean-Sans-Terre, alors aux abois, vendait la justice.
C’est un trait des mœurs de ce duc; il est bon de le noter, et les rôles de l'Echiquier en fournissent plus d’un exemple.
Philippe-Auguste fit un nouvel échange du Pont-de-l‘ Arche avec les religieux de Jumiéges; ceux-ci lui rendirent la ville, en se réservant seulement le patronage. Ce monarque, ayant fait son entrée dans Rouen en 1207, et donnant une charte qui confirmait tous les droits de cette commune, exemptait les bourgeois de tous péages et de toutes taxes sur leurs marchandises dans le pays, depuis le Pont-de-l'Arche jusqu’à la frontière de France.
Sous son règne, l’archevêque de Rouen, Robert Poullain, abandonna tous les droits qu’il avait sur la forêt du Pont-de-l’Arche.
Cet abandon pouvait bien ne pas toucher à la ville même, mais, comme la forêt est très voisine de la ville, il faut nécessairement que nous signalions le fait; s’il n’entre pas précisément dans notre cadre, du moins il y touche.
Philippe-Auguste vint plusieurs fois au Pont-de-l’Arche.
Nous en trouvons la preuve dans une charte datée de ce lieu, et de l’année 1215, en faveur de l’abbaye de Saint-Ouen, ainsi que dans une autre charte datée de l’année 1218, donnée en faveur d’une léproserie pour des femmes, que Raoul d’Issoudun (Lusignan) et son épouse Alix fondaient auprès de la ville d’Eu.
En 1226, en cette année de l'avènement d’un roi que l’Eglise a placé sur les autels, et dont le culte sera toujours cher à la France, un Guillaume du Pont-de-l'Arche occupait le siège épiscopal de Lisieux, lorsque les flammes détruisirent une partie de sa cathédrale.
Raoul s’occupa de la reconstruction de cette basilique, et plusieurs chapelles datent de son épiscopat.
Saint Louis vint au Pont-de-l'Arche , et nous connaissons une charte émanée de ce prince, qui est datée de cette ville.
On y voit également venir l’archevêque Odon Rigaud, l’un des personnages célèbres de la Normandie au XIIIe siècle.
Pendant vingt-huit ans qu’il occupa son siège, il mit le plus grand zèle à parcourir son diocèse, visitant non-seulement les paroisses, mais aussi les maisons claustrales, réprimant les désordres partout où il les rencontrait, et ces désordres étaient alors très fréquents.
Ses visites pastorales, dont le recueil est imprimé, l’ont rendu très fameux; il n’est pas moins connu par la cloche dont il fit présent à sa Cathédrale , et dont les sonneurs faisaient de si copieuses libations.
Noble de race, il l’était également de mœurs et de conduite. Il fut digne d’un poste qu’il n’avait pas brigué; son élection avait même rencontré de l'opposition dans le Chapitre.il consacra la chapelle de la Maladrerie de Bonport.
On vit comparaître par devant lui, pendant son séjour au Pont-de-l'Arche , un nommé Cardon de Pierrecourt , qui se trouvait être responsable vis-à-vis de l’Eglise pour avoir frappé malicieusement la nuit, à la porte d’un presbytère, celui du curé de Hubouville.
Le fait de sa nature n’était pas précisément un crime; c’était assez que de le ranger parmi les simples délits; le délinquant n’avait pas eu probablement d’autre intention que celle de faire peur au curé de Hubouville.
Si c’eût été en plein jour, le cas se serait amoindri considérablement :mais, au milieu des ténèbres, on pouvait soupçonner une autre intention. Il fallait donc une enquête, et Cardon de Pierrecourt donna sa parole; il fit même le serment de comparaître au premier mandement du prélat. Odon Rigaud fut malade au Pont-de-l'Arche.
Ces deux faits sont relatés dans le Regestrum visitationum.
Lors de la destruction de l’Ordre des Templiers, l’archevêque Bernard de Fargis, nonce du pape Clément III , réunit au Pont-de-l’Arche un concile, qui décida que les biens de ces religieux seraient dévolus à l’Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem.
— Edouard III livra le Pont-de-l'Arche aux flammes en cette année 1346, à jamais fameuse dans les pages sinistres de nos annales : ce fut alors qu’eut lieu la terrible bataille de Crécy :
Edouard III d'Angleterre débarque en Normandie le 12 juillet 1346 à Saint-Vaast-la-Hougue (Cotentin) avec une armée d'environ 15 000 hommes (dont de nombreux archers gallois et anglais).
Sa campagne (appelée « chevauchée ») vise à ravager les terres françaises, attirer l'armée de Philippe VI de Valois dans une bataille décisive, et affirmer ses prétentions au trône de France.
Le 12-13 août 1346, les Anglais arrivent devant Pont-de-l'Arche (sur la Seine, point stratégique avec son pont fortifié).
La ville résiste : les défenses sont solides, et Édouard III ne parvient pas à la prendre d'assaut.
Selon plusieurs sources (dont la chronique de Jean Froissart et des récits contemporains), il fait alors mettre le feu aux faubourgs et à une partie de la ville pour punir la résistance et semer la terreur, avant de poursuivre sa marche vers l'est (direction Vernon, Mantes, Poissy, puis vers le nord pour Crécy).
Cette destruction partielle de Pont-de-l'Arche est un épisode mineur mais symbolique de la campagne : elle illustre la tactique de terre brûlée et de ravage systématique des Anglais pour affaiblir l'économie et le moral français.
La campagne culmine le 26 août 1346 avec la bataille de Crécy (près d'Abbeville, en Picardie), où l'armée anglaise, bien positionnée sur une colline, écrase les Français grâce à ses archers longbow et à la discipline tactique.
C'est une victoire écrasante : des milliers de chevaliers français périssent (dont le roi de Bohême Jean l'Aveugle, allié de Philippe VI), et Philippe VI s'enfuit.
Crécy marque le début de la suprématie anglaise dans la première phase de la guerre.
Les villes de Meulan et de Louviers eurent le même sort.
Dans un temps où les mœurs avaient encore de la férocité, on faisait un usage fréquent de l’incendie.
Edouard III agit comme Guillaume-le- Conquérant et comme Louis-le-Jeune avaient agi ; il détruisait en France, de même que Philippe-de- Valois aurait détruit en Angleterre.
Les guerres du moyen-âge se faisaient toujours à outrance.
Que de choses on peut dire sur cette période qu’on ne saurait toutefois nommer un âge de fer, puisqu’elle renferme de généreuses inspirations auprès d’actes féroces, et d’admirables beautés auprès des plus inconcevables bizarreries !
12 juillet 1856 L'effondrement du Pont-de-l'Arche
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Cet ouvrage était sous presse, lorsque, le 12 juillet 1856, une catastrophe est venue jeter la consternation parmi les habitants de la ville du Pont-de-l’Arche : à sept heures du soir, trois arches de l’ancien pont s’écroulaient avec un grand fracas.
Voici quelques détails consignés dans différents journaux sur cet événement.
Et d’abord, citons le passage suivant qui est extrait du Journal de Rouen, du 15 juillet 1856 :
« Samedi dernier, trois arches du vieux pont qui a donné son nom à la ville du Pont-de-l’Arche, se sont écroulées.
«Vers midi, des indices inquiétants s’étant révélés, l’autorité a interdit la circulation sur ce a pont de pierre, et bientôt trois des plus anciennes arches s’ébranlèrent visiblement.
De nombreux curieux étaient accourus pour assister à ce spectacle de destruction, qu’il était impossible de prévenir; ils virent successivement les lourds matériaux se désagréger, et, vers sept heures du soir, les trois arches avaient disparu.
Le moulin à blé, contigu à l’une de ces arches, est resté debout »
Le même journal, dans son numéro du 16 juillet, contient ce qui suit :
« L’œuvre de destruction du Pont-de-l’Arche se continue, et deux arches menacent encore de s’écrouler avec le moulin qui, disions-nous, était resté debout après la chute des trois premières arches.
« Tout ce qui reste du vieux pont parait voué à une destruction complète.
Les matériaux tombés dans la Seine forment une retenue que l’eau franchit avec violence en ébranlant les piles qui ont résisté jusqu’à présent, mais dont le peu de solidité ne laisse guère d’espoir pour leur conservation »
Voici maintenant un article du journal la Normandie, du 17 juillet :
« Il n’est arrivé aucun nouvel accident au pont, mais on craint l’écroulement de l'un des moulins et de l’arche qui le supporte »
Nous avons quelques autres renseignements à ajouter aux documents que nous venons de citer; ces renseignements, pris sur les lieux, résument les dégâts arrivés au pont.
Du côté de la ville, huit des anciennes arches sont restées debout; la septième et la huitième, en comptant de la rive gauche du fleuve, sont effondrées et menacent complètement ruine.
Le moulin qui s’appuyait sur leurs piles tremblantes a perdu de son aplomb ; il ne doit sa conservation qu’aux longs étais sur lesquels il est suspendu comme un nid d’oiseau à la branche d’un chêne ébranlé par la hache.
Il semble qu’il va disparaître dans le vide laissé sous la charpente. Ce moulin , appelé moulin du Parmi , a reçu ce nom dans le temps où il y avait trois moulins sur le pont ; c’était alors celui du milieu.
Les six autres arches de la rive gauche paraissent en bon état et ne semblent pas avoir souffert.
Le moulin touchant à la ville, le seul resté intact, a continué de fonctionner après la chute du pont.
Du côté de la rive droite, il reste trois anciennes arches faisant corps avec les quatre arches nouvellement terminées; elles sont bien conservées.
L’arche dite de la Croix, la dixième à partir de la ville , sous laquelle passaient les bateaux à vapeur, est du nombre de celles qui ont été renversées.
En attendant une reconstruction prochaine, on a placé sur le fleuve un pont provisoire en charpente, pour faciliter les communications entre les deux rives; elles se sont effectuées pendant quelques semaines au moyen de bacs.
Le 6 août 1856, un régiment d’infanterie , revenant de Crimée, qui allait tenir garnison à Rouen, fut transporté de cette manière d’un bord à l’autre de la Seine; cette opération , qui n’était pas dépourvue d’intérêt, demanda plusieurs heures.
On pourra, pendant quelques mois encore, admirer le pittoresque du vieux pont, compter les cicatrices que le temps a imprimées sur ses pierres, et les traces des réparations qu’il a subies; mais bientôt, hélas! faisant place à une construction moderne, il aura disparu pour toujours! Puisse notre faible travail contribuer quelque peu à le préserver de l’oubli !
Voici, à propos de la construction du pont de la ville du Pont-de-l'Arche, un passage que nous extrayons de la Revue de Rouen de 1836 , p. 265 :
« .... En jetant un regard sur la rive droite de la Seine, nous voyons d’abord, près de la petite rivière d’Andelle, le village actuel de Pitres.
« Entre ce point et le lieu où s’éleva jadis la forteresse qui défendait l’entrée du pont, et où se trouve maintenant une belle écluse, on remarque le village du Manoir, et, si nous rapprochons les expressions de Marie de France :
« Une cité fist faire un Reis,
« Qui estait sire des Pistreis.
…………
«... « Nus saum bien de la cuntrée,
« Li Vais de Pistre est nommée...
« des expressions employées par Orderic Vital, lorsqu’il parle de la donation faite du Pont-Saint- Pierre et de toute la vallée de Pitres (totam vallem de Pistris) par Raoul de Tœny, seigneur de Couches, à Raoul Guader, nous concluerons que toute la contrée portait le nom de la vallée de Pitres ; que le lieu où était le palais de Charles- le-Chauve est celui qui a conservé le nom caractéristique de Manoir, qu'autour de ce palais et sur ses débris se forma le village subsistant aujourd'hui, et qu’à l’extrémité de cette vallée furent construits, en partie sous les yeux du roi et par ses ordres, le château qui défendait la tête du pont de Pont-de-l'Arche, et, de l’autre côté, les murailles et les tours qui protégèrent cette petite ville....
« Les annales de Saint-Bertin rapportent que le roi ayant réuni les grands du royaume dans le lieu nommé Pitres, au confluent de l’Eure et de l'Andelle, vers les calendes de juin de l’année 862, y fît venir aussi un grand nombre d’ouvriers et de voitures, qu’il employa à faire construire des fortifications, pour fermer le passage aux navires des Normands qui voudraient remonter ou descendre la Seine.
Ceci se passait précisément à l’endroit où ceux-ci avaient séjourné pendant quelque temps.
« En l’année 864 , le roi avait de nouveau assemblé à Pitres les grands du royaume.
De leur consentement, et d’après leur conseil, il avait rendu un édit célèbre, monument remarquable de la législation carlovingienne.
Dès le début de cet édit , le roi s’occupe de l’objet qui lui paraît le plus urgent, il a éprouvé, y dit-il à ses sujets, en divers lieux et dans beaucoup de circonstances leur bonne volonté; mais il les exhorte à travailler virilement, sans relâche, avec ténacité, à ces travaux entrepris contre les Normands, a leurs ennemis communs ; car ils savent quelle aurait été la satisfaction du roi, si les fortifications qu’il fait faire dans la Seine avaient été terminées à l’époque des événements qui se sont passés à Meaux; ils n’auraient pas couru d’aussi grands dangers.
Nous pouvons fixer, sans crainte de nous tromper, le commencement de ces grands travaux en l’année 862 ; ils continuèrent non sans interruption pendant le cours des années suivantes.
Le chapitre 37 de l’édit de Pitres nous apprend, en effet, que les voyageurs qui passaient d’un côté à l’autre de la Seine causaient des dommages considérables aux constructions que Charles faisait faire dans la rivière, et à celles du palais, qu’il avait ordonnées l’année précédente.
Mais son autorité était si peu respectée, qu’on logeait sans sa permission, malgré lui, dans son propre palais; il fait donc défenses expresses à ses sujets de s’y loger et d’y commettre aucunes dégradations.
Au reste, ce palais dont la construction a dû commencer en l’année 863, était bâti en pierres et en bois; il n’était pas terminé sept ans plus tard, car le roi prescrit d’envoyer un homme, sur cent habitations rurales dépendant des domaines royaux, une charrette et deux bœufs, et quelques autres redevances peu onéreuses, pour l’achèvement et l’entretien de ce château de pierre et de bois »
« .... Flodoard a conservé le souvenir de l'importance qu’on attachait aux fortifications nouvelles de la vallée de Pitres.
Hincmar, archevêque de Reims, avait adressé, dit-il, à Charles-le- Chauve, une lettre concernant la construction du pont qu’il faisait faire dans la Seine, à Pitres, aidé d’un grand nombre de ses fidèles.
La sollicitude de Hincmar était telle à cet égard, qu’il écrivit aussi à Wenillon, pour lui demander ce que faisaient les ouvriers, et dans quel état se trouvaient les travaux dont ils étaient chargés et qu’il devait surveiller.
Charles , comme on l’a vu, partageait, en 864, cette sollicitude; mais les Capitulaires de ce prince ne contenaient que peu de détails, et les deux lettres de Hincmar, mentionnées par Flodoard, ne sont point parvenues jusqu’à nous.
Elles renfermaient sans doute de précieux renseignements dont nous devons vivement regretter la perte ; car nous y aurions retrouvé les documents qui concernent Pitres et tout le pays d’alentour »
Nous avons dit que Jean-sans-Terre avait ordonné la destruction du pont de la ville du Pont-de- l’Arche, et néanmoins nous avons donné au pont qui va disparaître la dénomination de monument carlovingien; nous pensons que cette dénomination lui appartient réellement : quand bien même il n’existerait plus, au-dessus des eaux de la Seine, une seule pierre des constructions faites par ordre de Charles-le-Chauve, ce pont, reposant sur les fondements primitifs, serait toujours carlovingien, de même qu’une ville demeure toujours gauloise ou romaine par son origine, quoiqu’elle ne conserve plus d’édifices contemporains des druides ou des vainqueurs du monde.
Maintenant que ce pont est brisé, que la curiosité des archéologues l’examine avec attention, et que leurs yeux pénètrent dans ses débris gigantesques, nous nous demandons si nous n’avons pas parlé avec trop de timidité de ce qu’il a de primitif, et s’il ne serait pas admissible qu’une partie de ses piles et de ses arches fût aussi ancienne que la base même.
Il serait très possible que la destruction ordonnée par Jean Sans-Terre ne se fût bornée qu’à quelques arches et se fût exercée principalement sur les fortifications de la place ; on n’aurait fait ensuite que des restaurations dans le style adopté à l’époque des invasions normandes.
Il est certain que le plein-cintre, semblable à celui des arches du pont, n’était pas le style adopté dans les XIIIe, XIVe et XVe siècles, pour un ensemble de constructions; il ne l’aurait pu être que pour le raccordement de parties endommagées.
Le but de Jean Sans-Terre était certainement atteint dès lors que quelques interruptions dans le pont le rendaient impropre au service; toutefois, c’était toujours un pont, quoique très endommagé, de même qu’un canon encloué par l’ennemi est toujours un canon.
Ce pont avait fini par tomber de noblesse en roture : au lieu de ces créneaux qui présentaient autrefois un aspect belliqueux, on n’y voyait plus, au XIXe siècle, que de simples parapets dépourvus de toute espèce de caractère; les trois moulins étaient de la dernière vulgarité pour leur construction : des perches disposées entre les arches servaient aux usages les plus humbles ; des filets suspendus aux voûtes donnaient aux abords de la ville l’apparence d’un petit port de pêche.
Pour terminer cet appendice, nous reproduisons quelques passages d’un article que M. T. Bonnin (d'Evreux) a publié sur l’événement du 12 juillet, dans le Bulletin monumental, 1856, 4 numéro :
« Tandis que les rivières et les fleuves débordés couvraient la France de désastre et de deuil, la Seine semblait devoir faire éprouver seulement un léger envasement aux prairies basses qu’elle arrose; l’élévation la plus grande de ses eaux avait à peine dépassé, en quelques endroits, la hauteur des nouvelles digues, et le samedi 12 juillet, au matin, rien ne faisait encore craindre l’épouvantable malheur qui vient de compléter la destruction du »
« S’il faut à chaque siècle, dit encore le même antiquaire, à chaque degré de civilisation des monuments appropriés à ses besoins : aux Romains, des théâtres, des temples, des thermes et des palais; au moyen-âge, des abbayes, des cathédrales, des hôtels-de-ville et des châteaux; aux temps modernes, des canaux, des routes, des voies ferrées, des palais, des musées, des usines et des ports; pourquoi cela ne peut-il s’obtenir sans, rendre, au moins moralement, responsable de la destruction de restes gênants des gloires et des besoins des civilisations passées, une administration justement jalouse de gloire ?
« S’il fallait un nouveau pont pour l’activité des communications à Pont-de-l’Arche, pourquoi la France, si riche et si prodigue d’habitude, a-t- elle eu besoin d’arracher au vieux pont les pierres qu’elle eût si facilement trouvées dans des carrières voisines ?
Ces vieilles pierres ne seront-elles pas au moins aussi chères que des pierres neuves?
Les ingénieurs ont-ils donc oublié que tout le mérite architectural de Saint- Pierre de Rome n’a point encore fait pardonner « à Michel-Ange la destruction du Colysée? »
Chronologie principale des ponts successifs :
- Ponts antérieurs (avant le XIXe siècle) : Le site a connu plusieurs ponts depuis l'époque carolingienne (pont fortifié sous Charles le Chauve au IXe siècle), mais votre récit se concentre sur les plus récents.
- Deuxième pont : Il s'effondre le 12 juillet 1856.
- Troisième pont : Construit à partir de 1858. Il subit un effondrement partiel en 1876 (cinq piles emportées par une crue de la Seine). Remanié en 1934.
- Destruction en 1940 : Le pont saute le 9 juin 1940 lors des combats de la Bataille de France (repli français face à l'avancée allemande). Un pont de bois provisoire est construit pendant l'occupation allemande : édifié de décembre 1940 au 8 juin 1941, mis en service le 18 juin 1941.
- Destructions alliées en 1944 : Le pont de bois est bombardé et détruit par les Alliés les 30 mai et 7 juin 1944 (opérations aériennes pour préparer le débarquement et isoler les forces allemandes).
- Libération et pont de bateaux : Les Allemands quittent la ville le 25 août 1944 ; le lendemain (26 août), la ville est libérée par les troupes canadiennes, qui installent immédiatement un pont de bateaux temporaire pour franchir la Seine.
- Pontons Whale (1946) : Des éléments de pontons Whale (flottants du port artificiel Mulberry d'Arromanches, utilisé lors du débarquement de Normandie) sont réutilisés et amenés à Pont-de-l'Arche pour un franchissement provisoire.
- Pont actuel : Un nouveau pont routier de 300 mètres de long est construit (pont soudé à poutres continues, record d'Europe à l'époque). Il est inauguré le 29 janvier 1955 par Pierre Mendès France, alors président du Conseil (Premier ministre).
Ce pont de 1955 est toujours en service aujourd'hui (bien qu'il ait pu subir des modernisations mineures depuis). Il enjambe la Seine et l'Eure, et reste un élément clé de la circulation locale entre Pont-de-l'Arche et Igoville.
Histoire des français. III. 830-987 / par J. C. L. Simonde de Sismondi
Histoire des expéditions maritimes des Normands et de leur établissement en France au dixième siècle (Nouvelle édition entièrement refondue) / par G.-B. Depping...
Essai historique et archéologique sur la ville du Pont-de-l'Arche et sur l'abbaye de N.-D.-de-Bonport... : avec 5 planches, dont l'une représente le pont après l'écroulement du 12 juillet 1856 / par Léon de Duranville,...
Moyen-Age Classique 1205 / 1225 période Jean Sans Terre Isabelle d'Angoulême<==
L’exportation des vins de Bordeaux vers l’Angleterre au moyen-âge<==