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PHystorique- Les Portes du Temps
TRADUCTION
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30 janvier 2026

1133 Saint-Brisson sur Loire - La dernière campagne militaire de Louis VI le gros, peu avant sa mort (1137).

Le 13 octobre 1131, le décès brutal du fils aîné de Louis VI le gros, Philippe, déjà associé au trône (sacré à Reims le 14 avril 129), va avoir deux conséquences étonnantes : celle de placer le royaume sous la protection de la Vierge et celle de faire du lys le symbole de la France…

 

Le 13 octobre 1131, le jeune  Philippe se déplace dans les rues de Paris chevauchant son  destrier.

Rue du Martroi, près de l’Hôtel de Ville, un cochon domestique se met sur son passage, son cheval se cabre ou glisse.

 

L’abbé Suger, abbé de Saint Denis et proche du roi écrit dans la chronique du règne de Louis VI

 « Vita Ludovici Grossi» :  « un porc, véritable envoyé du diable, se mit en travers de son chemin et heurta le cheval qui tomba lourdement. Le cavalier fut projeté sur une grosse pierre, piétiné, puis écrasé par le corps du cheval ».

 

1ʳᵉ conséquence : le royaume placé sous la protection de la Vierge

Réaction de Louis VI

Louis VI interprète la mort comme :

  • un avertissement divin
  • une fragilité de la lignée capétienne

 

Il adopte alors une politique mariale consciente :

  • La Vierge Marie devient officiellement la protectrice du royaume
  • La royauté française se place sous son patronage
  • Le roi n’est plus seulement “rex Francorum” → il devient roi sous protection céleste

 

 Ce n’est pas une simple dévotion privée :

  • elle est publique
  • elle touche la symbolique du pouvoir
Contexte

Le XIIᵉ siècle est :

  • le grand siècle de la piété mariale
  • celui de Saint-Bernard, de Clairvaux
  • celui de Suger, qui développe une théologie du pouvoir sacré

 

 2ᵉ conséquence : le lys devient le symbole royal

Avant 1131
  • Les Capétiens n’ont pas d’armoiries fixes
  • On trouve :
    • fleurs,
    • sceptres,
    • ornements variables
  • Le lys n’est pas encore un emblème national
Après 1131

Le lys s’impose progressivement comme :

  • symbole de pureté (Vierge Marie)
  • symbole de royauté choisie par Dieu
  • signe de protection divine

 

Le lien est clair :

Royaume confié à Marie → emblème marial → fleur de lys

Important (point d’historien)
  • Le lys n’apparaît pas du jour au lendemain
  • Il devient dominant :
    • sous Louis VII (le frère survivant)
    • puis définitivement sous Philippe Auguste
  • Les sceaux et bannières évoluent progressivement

 

 Conséquence dynastique directe

La mort de Philippe entraîne :

  • l’accession de Louis VII le jeune.
  • un roi plus pieux, plus mystique
  • un style de gouvernement moins martial mais plus sacralisé

 

La monarchie capétienne change de ton, pas de continuité.

 

 

 

1133 La dernière campagne militaire de Louis VI, peu avant sa mort (1137).

Les dernières années de la vie de ce roi vaillant furent consacrées au repos du royaume, en luttant soit contre Thibaut de Champagne, soit contre le seigneur de Saint-Brisson, dont le château, vrai repaire de voleurs.

 

Le nom "Saint-Brisson" vient de Brictius (Brice), disciple de saint Martin, lui succéda vers l'an 400 sur le siège épiscopal de Tours, fut longtemps persécuté par ses ennemis, et après une vie sainte, mourut en 444. Il est patron de deux paroisses.

Situé au carrefour de deux voies romaines, d'Autun à Sens et de Saulieu à Corbigny, la commune abrite le "dolmen" de Chevresse (en réalité, un groupe de blocs de granit découpés par l'érosion).

 

Thibaut de Champagne : un rival du roi

  • contrôle Blois, Chartres, Meaux, Troyes,
  • encercle presque le domaine royal,
  • soutient ou protège des seigneurs turbulents pour affaiblir le roi.

 

Pour Louis VI, combattre Thibaut, c’est briser un système, pas seulement un homme.

 

En 1133, Louis VI mène une expédition punitive, le château de Saint-Brisson est assiégé, puis incendié et détruit, le seigneur local est neutralisé.

« Et déjà le seigneur roi Louis, affaibli pour un temps par le poids de sa corpulence et par la sueur ininterrompue des travaux, comme il arrive selon la condition humaine, défaillait de corps mais non d’âme ; et pourtant, si quelque chose de fâcheux pour la majesté royale surgissait dans l’ensemble du royaume, il ne souffrait en aucune manière que cela demeurât impuni.

 

Il était en effet âgé de soixante ans, riche d’expérience et d’habileté, au point que, si la gêne d’un corps alourdi ne s’y était continuellement opposée, il aurait écrasé et vaincu tous les ennemis sans exception.

 

Aussi se plaignait-il souvent, gémissant au fond de lui-même :

« Hélas, disait-il, misérable condition que celle-ci, qui admet difficilement, ou presque jamais, que l’on sache et que l’on puisse agir en même temps !

Car si j’avais su lorsque j’étais jeune, ou si maintenant, vieux, je pouvais encore agir, j’aurais soumis avec la plus grande efficacité de nombreux royaumes. »

 

Cependant, bien qu’affaibli par le poids de son corps, même cloué au lit il demeurait d’une fermeté extrême, résistant à ce point au roi d’Angleterre, au comte Thibaut et à tous les autres, que ceux qui le voyaient et entendaient le récit de ses actions remarquables louaient la noblesse de son esprit et déploraient la faiblesse de son corps.

 

Éprouvé aussi par cette pénible infirmité, lorsqu’il fit campagne contre le comte Thibaut, la jambe blessée et à peine transportable, il incendia Bonneval (Bonam Vallem), sauf les cloîtres des moines qu’il protégeait ; et, à une autre occasion, bien qu’absent, il fit détruire par ses hommes le château de Renard, qui relevait du fief du comte Thibaut (Castellum Renardi, de feodo comitis Theobaldi).

 

Puis, dans la dernière expédition qu’il entreprit, à la tête d’une très noble armée, il attaqua le château de Saint-Brice, situé sur le fleuve Loire (exercitu castrum Sancti Brictionis super fluvium Ligerim), et, à cause de sa rapacité et des pillages exercés contre les marchands, il le livra aux flammes, contraignit la tour et le seigneur du lieu à se rendre.

 

Au retour de cette expédition, alors qu’il se trouvait au château neuf du mont de Tréhéry (castellum novum Montis Treherii), il fut saisi d’une violente diarrhée, mal dont il avait parfois déjà souffert, et commença à être gravement tourmenté. (1)

 

Lui qui était prudent dans ses décisions, se conseillant et se prenant en pitié lui-même pour le salut de son âme, cherchant à plaire à Dieu, il se prépara avec soin par la fréquence des confessions et la dévotion des prières.

 

Il désirait avant toute chose, de toute l’ardeur de son cœur, être transporté auprès de ses saints martyrs protecteurs, Denis et ses compagnons, afin que, devant leurs très saints corps, déposant royaume et couronne, il échangeât couronne contre couronne, insignes royaux et ornements impériaux contre l’humble habit du bienheureux Benoît, et professât l’ordre monastique.

 

Que ceux qui dénigrent la pauvreté monastique voient donc comment non seulement des archevêques, mais les rois eux-mêmes, préférant la vie éternelle à la vie passagère, se réfugient avec la plus grande assurance sous la protection singulière de l’ordre monastique. »

 

l’époque de Louis VI le Gros (vers 1130–1133), le château de Saint-Brisson-sur-Loire (Sanctus Brictius super Ligerim) ressemblait très probablement à un château capétien de transition, encore largement marqué par l’architecture en bois, mais déjà partiellement en pierre pour les éléments de prestige et de défense.

 

Son sort en 1133 illustre une politique constante de Louis VI : détruire les châteaux illégitimes qui menacent la paix du royaume

 

 

« Le chasteau de Sainct Brisson sur la rivierre de Loire », par Claude Chastillon, vers 1600, publié dans Topographie francoise, Paris, 1641.

 

Le gisant de Louis VI le Gros à Saint-Denis ne date pas de son décès.

 Date du gisant
  • Louis VI meurt en 1137
  • Son gisant actuel date du XIIIᵉ siècle, vers 1220-1230
  • Il est très probablement réalisé sous le règne de saint Louis (Louis IX), dans le cadre de la réorganisation monumentale de la nécropole royale.

 

 

Moyen-Age Classique 987 / 1137 <==

 

 

 

(1). Au retour de cette expédition, alors qu’il se trouvait au château neuf du mont de Tréhéry (castellum novum Montis Treherii), il fut saisi d’une violente diarrhée, mal dont il avait parfois déjà souffert, et commença à être gravement tourmenté.

Il commença par s'emparer de Mantes, de Montlhéry (Essonne) et de Corbeil, et nous avons peu de peine, après cette observation, à découvrir quel est le Castrum novum Mont Leterici.

Et extrait d'un Abrégé de l'Histoire de France, Recueil des Historiens des Gaules, tome XII, p. 219, D et 225 A. dont Suger entend parler; Guillaume de Nangis nous l'apprendra en nous racontant la vie de Louis IX, « d'où, à certain jour, lorsque le Roy aux camps sous le mont Letherici, sachant que presque tous les barons de France tramaient quelque mauvais dessein contre lui, » etc..

« Undè qûodam die cum rex esset apud castra sub monte Leterici, sciens ferè omnes baronnes Francioe, in malum suum machinari. »

Ce passage nous apprend qu'il s'agit de Montlhéry aussi appelé Châteauneuf : Castellum novum et non de Châteauneuf-sur-Loire ; et cette proposition est incontestable, lorsque, se reportant à la situation de cette colline, on voit qu'elle est baignée par une petite rivière sinueuse et d'un courant rapide appelée l'Orge, nom composé des mots or et ger, que nous retrouverons dans un fleuve de la France.

 

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