1843 Château militaire de la Durbelière d’Henri de la Rochejaquelein
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C’est à la Durbelière qu’est né Henri de la Rochejaquelein, ce héros dont le nom est connu de l’univers entier.
La Durbelière dans le principe appartenait à la famille de Rorthais à laquelle à j’appartiens, qui tire son nom d’un bourg voisin.
Dans les vieilles chartes d’avant 1400, Rorthais est écrit Roeteys, Roheteys. Ce nom a conservé cette prononciation parmi les paysans du pays.
Comme il est toujours embarrassant et de mauvais goût de parler de soi, je ne dirai que quelques mots indispensables à l’histoire du château de la Durbelière , tirés de preuves pour Saint-Cyr, qui se trouvent à la bibliothèque du roi à Paris, et faites sous Louis XIV par Marguerite Charlotte de Rorthais, fille de Charles de Rorthais , puîné dans la branche de Monbail.
« En 1250, Guillaume de Rorthais, chevalier, était seigneur de la Durbelière. Il avait épousé Marguerite de la Trappe. (Preuves de Saint-Cyr de 1687.) Ce Guillaume de Rorthais avait un frère, Jean de Rorthais, qui fait don de ses biens meubles et non meubles, et de sa personne à l’ordre de Saint-Ladre (Saint-Lazare) de Jérusalem dont il se fit chevalier, le mercredi de la saint Nicolas d’hiver l’an 1294.
Cette terre resta dans la maison de Rorthais jusqu’en 1602, époque où Renée de Rorthais, dernière de la branche de la Durbelière, porta cette terre dans une autre maison.
Renée de Rorthais était fille de haut et puissant seigneur messire François de Rorthais, chevalier, seigneur des lieux de la Durbelière, la Trappe, Neuil, Rorthais, Saint-Aubin de Beaubigné, la Pornière, la Perinière, la Maufrière et autres lieux, et de noble et puissante dame Jacqueline, fille de haut et puissant seigneur messire Antoine de la Châteigneraye, seigneur du Fourni, en Bretagne, chevalier de l’ordre du roi, gentilhomme ordinaire de sa chambre, gouverneur et lieutenant général pour Sa Majesté en la province de Vendômois, et de haute et puissante dame Aimée de Coue, dame de Rachecot en Touraine.
Le contrat de mariage du dit François de Rorthais est passé sous le scel royal à Tours. (Manuscrits de la bibliothèque du roi.) Renée de Rorthais fut mariée à Pierre de Meulle, seigneur du Fresne, en 1602, et porta dans cette nouvelle famille la terre de la Durbelière et les autres seigneuries citées plus haut.
Elle est passée quelque temps après, comme nous l'avons dit, dans la maison de la Rochejaquelein, qui la possède encore.
La Durbelière est à 4 kilomètres environ de Châtillon-sur-Sèvre (Mauléon); il faut passer à Saint-Aubin de Baubigné.
L’église de Saint-Aubin n’a de curieux que de beaux vitraux qui, par le plus grand des hasards, se sont conservés dans une des contrées qui a eu le plus à souffrir des malheurs de la guerre.
Au milieu d’une quantité de personnages peints sur ces vitraux, on distingue les armes de la famille de Rorthais, qui sont d’argent à trois fleurs de lys de gueule, posées deux et une.
Ces mêmes armes sont sculptées aux clefs de voûtes et écartelées de diverses maisons, entr’autres de Maillé-Brézé.
Je m’agenouillai sur les dalles de cette église, et je priai respectueusement là où les cendres d’une grande partie des miens reposent auprès de celles si glorieuses de Henri de la Rochejaquelein.
Il me semblait voir les ombres de mes braves et bons aïeux tressaillir Aères d’un si noble voisinage. C’est là que j’ai compris ce sentiment de religieux respect pour la mémoire des ancêtres; ce vif désir de conserver pures et intactes toutes les idées de loyauté et d'honneur transmises par eux.
En sortant de Saint-Aubin, on entre dans une vieille et longue avenue de chênes. C’est l’arrivée de la Durbelière, dont le château n’est plus aujourd’hui qu’une vaste ruine cachée au milieu des bois et entourée de toutes parts par des douves larges et profondes.
On voit encore sur la porte principale les armes de la famille de Rorthais, ce qui porte à croire que ce château a été construit par la famille de ce nom.
Après avoir traversé la cour, on arrive au château par un vieux pont-levis couvert de débris et de ronces; une plate-forme, entourée d’une balustrade, est seule assez bien conservée.
A la vue de ce château, brûlé sept fois par les républicains, la tristesse s’empare de l’âme; on ne sait pas toutes les affres de mélancolie que recèlent les ruines faites par la main des hommes. Je regardais, le cœur serré, ces pans de murailles toutes couvertes du souvenir encore palpitant de Henri de la Rochejaquelein.
On nous montra une vieille tour qui baigne ses pieds dans l’eau noire des fossés: c’est celle où naquit le héros vendéen, le 30 août 1772.
Ces vieux murs, prêts à s’écrouler, ne sont plus habités que par des oiseaux de nuit et des reptiles. Les douves qui baignent les murs du château, sont arrosées par les eaux d’un superbe étang, près duquel nous vîmes un vieux pavillon, séparé du château.
Dans les sécheresses, on avait la facilité par des écluses d’inonder les jardins.
Le Vendéen qui nous conduisait, nous raconta que pendant la guerre, quelques républicains retardataires que l’on avait envoyés pour incendier le château furent surpris par les royalistes.
Un des républicains qui était dans le pavillon dont nous venons de parler, se précipita dans l’étang et parvint ainsi à échapper à ses ennemis; les autres furent pris: c’était presque tous des jeunes gens.
On leur donna la liberté après leur avoir coupé les cheveux.
Avant de partir, nous revînmes saluer les ruines et penser aux la Rochejaquelein si illustres et si malheureux; au jeune Louis, mort comme son père et son oncle, et si loin de son pays; car il faut que là où il y a du danger et de la gloire, il y ait toujours un la Rochejaquelein.
Je pensais, aussi moi, aux familles qui étaient venues à la Durbelière honorer mon nom de leur alliance. Je pensais aux jours de joie et aux jours funèbres de cette vie qui se renouvellent sans cesse dans les familles, de générations en générations.
Je me plaisais à couvrir la noble figure de mes pères de toutes les vertus des anciens jours; je me les représentais avec leurs vieilles coutumes pour lesquelles ils avaient tant de respect.
Je voyais leur nom vénéré et béni de toute la contrée, le pauvre venant plein de confiance au manoir écussonné, et s’éloignant toujours satisfait et priant Dieu.
Notes et croquis sur la Vendée : histoire, moeurs, monumens, costumes, portraits / dessins d'après nature, texte historique et descriptif, par le comte É. de Monbail
Le comte Émilien Rorthay de Monbail (1812–1847) était un dessinateur, peintre et historien local français, né et mort à Fontenay-le-Comte.
Travail artistique : Son œuvre comprend plus de 200 dessins, peintures et aquarelles représentant des paysages, des monuments, des costumes et des portraits de la région.
Émilien Rorthay de Monbail et Octave de Rochebrune se côtoyaient et partageaient une véritable complicité intellectuelle et artistique.
Leur relation s'est construite à travers deux grands moments de leur vie :
1. Une rencontre marquante dès l'enfance
Octave de Rochebrune, né en 1824, a grandi à Fontenay-le-Comte. Ses parents appartenaient à la haute bourgeoisie et à la noblesse locale, et ils aimaient recevoir des érudits, des historiens et des artistes vendéens.
Le comte Émilien de Monbail faisait partie des proches de la famille et séjournait régulièrement chez les Rochebrune. C'est en voyant Monbail (ainsi que d'autres artistes de passage) dessiner et travailler sous ses yeux que le jeune Octave, alors âgé de seulement 8 ou 9 ans, a eu le déclic et a commencé à pratiquer le dessin à son tour.
On peut dire que Monbail a joué un rôle d'éveilleur ou d'inspirateur pour la vocation d'aquafortiste de Rochebrune.
2. Une collaboration culturelle à l'âge adulte
En grandissant, Octave de Rochebrune est devenu un artiste accompli et un fervent défenseur du patrimoine poitevin et vendéen, tout comme Monbail.
Les deux hommes fréquentaient les mêmes cercles érudits et la même société savante du Poitou.
Ils ont d'ailleurs collaboré de manière indirecte ou croisée sur la documentation des monuments historiques : on retrouve aujourd'hui dans les Archives de la Vendée des recueils de gravures et de lithographies (comme les représentations des ruines du château des Essarts ou du Châtelier-Barlot) basés sur les travaux et les dessins conjoints ou successifs d'Octave de Rochebrune et d'Émilien de Monbail.
Ils étaient donc liés par une filiation artistique évidente (l'aîné ayant inspiré le plus jeune) et par un combat commun pour la sauvegarde par l'image de la mémoire de leur région.