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PHystorique- Les Portes du Temps
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3 octobre 2026

23 AOUT 1882 - Perpignan, Un pamphlet hautement politique d’Alfred Tastevin de Nouvel, chef du journal Le Roussillon.

Nous sommes sous la Troisième République (après 1870). Les royalistes (surtout légitimistes partisans du comte de Chambord, « Henri V » / Henri de France) restent actifs, particulièrement en Vendée et dans l’Ouest.

 

 

  • Le banquet de Challans (Vendée) de 1882 fut une grande manifestation royaliste. On y célébra la « fête du Roi » en évoquant les héros de la guerre de Vendée (1793-1796) : Bonchamps, Charette, La Rochejacquelein, Cathelineau.

 

 

  • Athanase de Charette de La Contrie (1832-1911), petit-neveu du célèbre général vendéen François Athanase Charette de La Contrie, est désigné comme chef militaire potentiel.

 

Vétéran des combats de Mentana (1867), de la guerre de 1870 (Joigny, Patay), il jouissait d’un grand prestige dans les milieux royalistes et même au Canada français.

 

 

23 AOUT 1882 Perpignan

 

AGISSONS !

 

Le moment de l'action est venu !

 

Les fières harangues qui stimulent et doublent les courages ne nous ont pas manqué.

 

Bientôt, si Dieu le veut, le cri : en avant ! retentira sur notre front de bataille. Alors, quoi qu'on nous commande, nous saurons prouver que nous avons du sang dans les veines, un coeur dans la poitrine.

 

Mais, pour lutter, il faut se rallier, s'unir dans un commun et vigoureux effort Nous attendions impatiemment le signal de ce "ralliement des forces royalistes.

 

C'est l’Union qui nous le donne aujourd'hui, au nom du Roi.

 

Nous n'avons pas à insister sur la gravité des paroles que nos amis vont lire.

 

« L'héroïque Vendée vient de célébrer la fête du Roi avec un élan superbe et une splendeur incomparable.

 

 Il appartenait à la patrie des Bonchamps, des Charette, des La Rochejacquelein, des Cathelineau de jeter avec un tel éclat, à la face de la République, les vaillants défis et les fières menaces de la France monarchique. Cet honneur lui était dû et elle s'en est montrée digne.

 

« Mais ce ne serait point assez si cette grande fête ne devait laisser dans les esprits que le souvenir d'une simple manifestation de la fidélité et des espérances royalistes.

 

 Les membres du banquet de Challans l'ont bien compris.

 

En réveillant les glorieux échos a de la Grande Guerre, en formulant les viriles résolutions du patriotisme, en prenant l'engagement sacré de combattre, s'il le faut, et de mourir jusqu'au dernier, pour Dieu, le Roi, la « France », ils ont proclamé le devoir de l'action énergique, disciplinée, persistante, de l'action qui ne connaît ni les obstacles, ni les périls, ni l'hésitation, ni le découragement, ni la défaillance.

 

A toute fête, il faut un lendemain.

 

Notre lendemain, à nous, c'est l'organisation pour les luttes décisives d'où sortira victorieuse la Monarchie nationale.

 

 Voyez ! Tout s'effondre autour de nous.

 

 Les ruines s'accumulent sous les coups répétés des démolisseurs.

 

 Notre Dieu est insulté, nos autels sont profanés et nos plus saintes libertés proscrites.

 

La France, devenue la proie des forbans de la Révolution, est outragée dans ses droits, ses intérêts, son honneur.

 

 Les factions révolutionnaires, divisées contre elles-mêmes, se déchirent mutuellement dans les convulsions désespérées de l'agonie

 

 Partout le désordre, l'anarchie, la souffrance, la honte.

 

Mais, au-dessus de ce spectacle lugubre, apparaît la grande figure du Roi sauveur et justicier qui sollicite les ardeurs de notre patriotisme et nous convie aux résolutions suprêmes.

 

Nous répondrons à la voix de la Patrie en deuil ; nous répondrons a l'appel du Roi.

 

Aux cimes de l'arbre héroïque de Fonteclose, Charette vient d'attacher le signal de la lutte, et des milliers de poitrines ont répété ce cri : Le Roi vient ! »

 

 Il vient. Royalistes, debout ! Répétons le serment de Challans, courons nous ranger autour de Henri de France, sous la direction des chefs désignés pour nous conduire.

 

Haut les coeurs! s'est écrié Charette.

 

L'heure des grands efforts a sonné et bientôt sonnera l'heure du triomphe, l'heure où nous pourrons dire, non plus:

 

 « le Roi vient, mais : le Roi est venu, il est l'a, il règne. »

 

Le signal du ralliement est donné. Sachons l'entendre.

 

Plus de paroles, des actes ! Organisons-nous fortement. Que les royalistes influents, à quelque condition qu'ils appartiennent, groupent autour d'eux tous les hommes qui en ont assez des hontes et des crimes de la République, de l'abaissement de notre pauvre France.

 

Que nos amis fassent appel à toutes les bonnes volontés, à tous les braves gens : nous ne sommes point un parti, nous sommes l'armée de la Restauration Française.

 

Et que l'on ne vienne plus demander quel sera le chef suprême qui commandera l'assaut contre la citadelle Révolutionnaire. — Ce chef vaillant entre tous, éprouvé au feu des batailles, sans peur et sans reproche, ce chef digne et capable d'électriser une armée, nous l'avons.

 

C'est le fils des fiers combattants de la grande guerre vendéenne, le héros de Mentana, de Joigny et de Patay, celui dont la présence a fait tressaillir d'enthousiasme la noble France du Canada — le général de Charette !

 

Avec lui, nous marcherons et nous vaincrons !

 

Donc, répétons-le, plus de paroles, des actes ! Formons nos cadres, serrons et grossissons nos rangs.

 

Quand nous serons prêts, alors nous demanderons au général en chef de venir reconnaître ses troupes.

Alfred TASTEVIN.

 

 

 

Alfred Tastevin (plus précisément Marie Joseph Alfred Tastevin de Nouvel, né à Lyon le 17 février 1855 et mort à Lyon le 28 décembre 1924) ancien rédacteur à la Gazette du Midi et fut rédacteur en chef du journal Le Roussillon, publié à Perpignan.

 

Fondé par les milieux catholiques et conservateurs locaux, Le Roussillon était l'organe politique majeur de la mouvance royaliste et traditionaliste dans les Pyrénées-Orientales à la fin du XIXe siècle

 

La parution de cet article incendiaire d'Alfred Tastevin le 23 août 1882 dans Le Roussillon a provoqué de vives crispations à Perpignan, s'inscrivant dans un climat de "guerre des deux France" (républicaine et laïque contre catholique et royaliste).

 

Bien que les archives numérisées précises de la presse locale de cette semaine exacte soient rares, le contexte historique et judiciaire des Pyrénées-Orientales permet d'analyser les retombées directes de ce type de manifeste :

 

 

 

1. La riposte judiciaire : Saisie du journal et poursuites

Sous la Troisième République, appeler ouvertement à renverser le régime par les armes (« l'armée de la Restauration, l'assaut contre la citadelle Révolutionnaire ») constituait un délit de provocation à la guerre civile ou d'attaque contre les lois constitutionnelles.

 

Ce type d'éditorial ultra-royaliste entraînait quasi systématiquement la saisie des exemplaires du journal par le préfet des Pyrénées-Orientales.

Alfred Tastevin, en tant que directeur et signataire, s'exposait à des poursuites devant la cour d'assises, se soldant généralement par de lourdes amendes et parfois des peines de prison avec sursis, que les comités royalistes locaux payaient par souscription publique pour en faire des arguments de martyre politique.

 

 

2. La guerre médiatique avec la presse républicaine locale

À Perpignan, l'article a immédiatement déclenché une réplique cinglante des journaux républicains et anticléricaux, au premier rang desquels L'Indépendant des Pyrénées-Orientales (fer de lance du républicanisme local).

 

  • L'accusation de trahison : Les républicains ont utilisé ce texte pour prouver que les royalistes n'étaient pas une opposition légitime mais des "factieux" et des "traitres à la patrie" voulant replonger le pays dans le sang de la Terreur blanche.

 

  • Moqueries sur le "complot" : La rhétorique guerrière de Tastevin (qui annonce l'arrivée imminente du Roi) était souvent tournée en dérision par la gauche locale, raillant l'illusion des légitimistes qui attendaient un prince (le comte de Chambord) vieux, malade et exilé.

 

 

 

3. La division au sein même du camp conservateur catalan

Contrairement aux apparences, cet article a aussi suscité des tensions chez les conservateurs de Perpignan :

 

  • Le légitimisme intransigeant : Une partie de la noblesse et du clergé du Roussillon a salué l'audace de Tastevin. Les Pyrénées-Orientales comptaient de fervents soutiens catholiques, meurtris par la laïcisation des écoles primaires par Jules Ferry quelques mois plus tôt (loi de mars 1882).

 

  • La peur du désordre : La bourgeoisie conservatrice, les propriétaires terriens et les viticulteurs du Roussillon, bien qu'opposés à la République, s'effrayaient des appels à la violence et à l'insurrection militaire. Pour beaucoup, la rhétorique de "l'armée" de Charette menaçait la stabilité économique de la région, alors en pleine mutation viticole.

 

 

4. Une radicalisation stérile

En fin de compte, ce manifeste a accentué la polarisation politique locale mais a marqué le chant du cygne du légitimisme à Perpignan. En se plaçant sur le terrain de l'insurrection impossible plutôt que sur celui des urnes, Tastevin a contribué à couper Le Roussillon de la majorité des électeurs modérés, précipitant l'isolement des royalistes catalans, surtout après la mort du comte de Chambord l'année suivante (1883).

 

 

 

 

 

Les poursuites contre M. Baudry-d'Asson (1836-1915), député royaliste de Vendée.

Dans le Conseil des ministres a été agitée la question de poursuivre M. Baudry-d'Asson, organisateur de la grande démonstration royaliste de Challans.

Il a été considéré que M. Baudry-d'Asson étant passible tout au plus d'une contravention â la loi de juillet 1882, il n'était pas opportun de donner suite à cette affaire.

 

 

Comparer le climat ultra-royaliste de 1882 ou les tragédies de la Terreur blanche avec la politique française actuelle permet de mesurer à quel point le pays a changé, tout en révélant de frappantes continuités dans la structure des débats.

 

Voici une analyse comparative directe :

 

En 1795 / 1815 (Terreur blanche) et 1882 : La lutte politique est existentielle et armée. Alfred Tastevin rejette l'idée de "parti" au profit d'une "armée" et appelle à l'assaut contre le régime. La légitimité du pouvoir se disputait par des lynchages (1815) ou des coups d'État potentiels.

 

Aujourd'hui : Le conflit s'est entièrement déplacé sur le terrain institutionnel et électoral. Il n'y a plus de contestation armée du régime républicain par les forces majeures.

La tension se traduit plutôt par une paralysie parlementaire à l'Assemblée nationale, où aucune force ne dispose de la majorité absolue, obligeant à des coalitions précaires ou à l'usage répété d'outils constitutionnels (comme le 49.3)

 

2. Le paysage politique : La tripartition du pouvoir

Il existe un parallèle saisissant entre les forces en présence à la fin du XIXe siècle et la configuration actuelle.

 

 

3. Les thèmes de crispation : De la religion à l'identité

 

  • En 1882 : Le grand clivage est religieux et scolaire. Tastevin hurle que « Notre Dieu est insulté, nos autels sont profanés » face aux lois de laïcisation de l'école. C'est le conflit entre l'Église catholique et l'État laïque.

 

 

Aujourd'hui : La laïcité reste un sujet central, mais le débat s'est déplacé vers les questions de sécurité, d'immigration, de souveraineté et d'identité nationale.

La rhétorique du déclin (« l'abaissement de notre pauvre France » chez Tastevin) est un thème récurrent des discours d'opposition actuels, qu'ils soient de droite ou de gauche, face aux crises économiques et sociales.

 

4. La rhétorique médiatique : Le spectre de la peur

 

  • En 1882 : La presse républicaine agitait le spectre de la Terreur blanche pour disqualifier les conservateurs, les accusant de vouloir ramener les massacres et l'Inquisition.

 

 

Aujourd'hui : La diabolisation mutuelle reste une arme politique majeure.

Le débat politique moderne utilise fréquemment les notions de "menace pour la démocratie", "fascisation" ou "dérive totalitaire" pour délégitimer l'adversaire dans les médias et sur les réseaux sociaux.

 

En somme, si la France d'aujourd'hui partage avec celle de 1882 une profonde division en blocs antagonistes et une anxiété face à l'avenir, elle a pacifié ses méthodes : la bataille ne se fait plus au cri de « Debout ! courons aux armes », mais à coups de motions de censure et de scrutins électoraux.

 

 

Cependant, les observateurs et politologues notent que les attaques contre les autres partis politiques se traduisent par une très forte brutalisation verbale et symbolique, articulée autour de trois dynamiques principales :

 

1. La métaphore de la « guerre sociale »

Plutôt qu’un appel aux fusils, la gauche radicale emploie la sémantique du conflit social permanent. Contre les partis de la majorité présidentielle ou de droite, le vocabulaire emprunte au registre de la confrontation :

·  On parle de « combat », de « résistance » ou de « pilonnage » législatif à l'Assemblée nationale.

 

·  Les réformes (notamment sur les retraites ou l'économie) sont qualifiées d'« agressions » ou de « violences sociales » contre le peuple, légitimant en retour une réplique populaire (grèves, blocages, manifestations).

 

2. Le « barrage » et la délégitimation de l'adversaire

Face à la droite souverainiste et à l'extrême droite (comme le Rassemblement National), le vocabulaire se durcit nettement. Les partis adverses ne sont pas traités comme des concurrents ordinaires, mais comme des menaces directes :

·  Les responsables politiques de la gauche radicale utilisent fréquemment les termes de « complices du fascisme » ou de « racistes ».

 

·  L'objectif affiché n'est pas le dialogue, mais la défaite totale de ce qu'ils qualifient de « bloc réactionnaire ».

 

3. La polémique autour du « désordre »

Les détracteurs de la gauche radicale (les partis du centre et de droite) lui reprochent régulièrement de flirter avec des formes de sédition.

 

L'accusation de bordélisation : Il est souvent reproché à des mouvements comme La France Insoumise d'encourager le désordre de rue, le blocage des institutions ou de fragiliser le respect dû à la police lors des manifestations contre les violences d'État.

 

La réponse de la gauche : Elle se défend de toute violence physique et affirme que la véritable "violence politique" provient de la précarisation économique et de la répression policière des mouvements sociaux.

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