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PHystorique- Les Portes du Temps
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28 septembre 2026

23 novembre 1879 Le banquet Royaliste de Challans de M. Baudry d’Asson.

23 novembre 1879 Le banquet Royaliste de Challans de M. Baudry d’Asson.

Mercredi a eu lieu à Challans le banquet royaliste organisé par M. Baudry d’Asson pour fêter les maires révoqués à la suite du banquet de la Roche-sur-Yon. C’est dans une propriété louée pour la circonstance par M. Baudry d’Asson qu’avait été dressée une sorte de baraque pouvant contenir plus de quinze cents personnes.

 La décoration de la salle consistait en trois portraits, celui de Marie-Antoinette, celui de Louis XVI, et, au milieu, celui du comte de Chambord.

Au-dessus de la tête du président était déployé le vieux drapeau de soie blanche, fleurdelisé d’or, qui, en 1815, servit aux gens du Bocage ; et au milieu de la salle, le vieux drapeau meurtri de 1794.

On y lit ces deux inscriptions, l’une au-dessus, l’autre au-dessous de l’écusson royal :

VIVE LOUIS XVII

ET

Pro aris, rege et focis!

 Dans les autres parties de la salle se retrouvait un buste du comte de Chambord, puis le fameux clairon de la Pénissière, cette fameuse relique du combat de 1832 ; enfin le drapeau de la croisade catholique et un grand nombre d’oriflammes blanches fleurdelisées.

 Au-dessus d’une table une pancarte portait cette inscription :

« Table des honorables maires et adjoints révoqués. »

Bien avant l’heure, mille ou douze cents personnes se trouvaient réunies. Alors sont entrés successivement les organisateurs de la fête et les maires révoqués.

 L’entrée de M. Richard, maire révoqué, a été saluée par des cris d’enthousiasme.

Des acclamations accueillent également. M. de Charette, président de la cérémonie, qui s’assied entre les deux plus vieux chouans, deux octogénaires.

En face du président a pris place M. de Monti, représentant du comte de Chambord et frère du confident du prétendant. Enfin M. Baudry d’Asson arrive; on crie :

« Vive Baudry d’Asson ! »

Le député vendéen répond par le cri :

« Vive le roi ! »

et prend place à côté des autres organisateurs, MM. le marquis de la Marronnière, Boux de Casson, Thibault, de la Rochefoucauld-Bayers, Pajot de Laugère, Fradin, de Sourdeval, de la Tour-du-Pin-Chambly, Imbert et de Boisdavid.

 Le menu se compose de quatre plats froids : du roastbeef, du veau rôti, du mouton rôti et du pâté.

On a pour cela acheté sept cents livres de viande et cent vingt pains de six livres.

On a mis deux cents francs à acheter des gâteaux pour le dessert. Cinq pièces de vin et un fût de cognac servent à arroser la substantielle nourriture et à faire de grosses taches sur les nappes.

 Tous les détails de ce service ont été assurés par un bourrelier du pays, M. Couthonis, qui fut, à Rome, cantinier des zouaves de Charette.

 

 Avant de s’asseoir, M. Baudry d’Asson donne lecture de l’Adresse à M. le comte de Chambord :

 

Monseigneur,

Un grand nombre de Vendéens, n'avaient pu prendre place au banquet royaliste de La Roche-sur-Yon, le 14 octobre dernier.

 Douloureux fut pour tous le sacrifice des joies de cette grande journée vendéenne. Indicible fut la peine qu’ils éprouvèrent de ne pas porter, eux aussi, et bien haut, la santé du roi.

Mais Dieu soit béni ! — la République — pouvions-nous en attendre quelque faveur? La République, dans une heure de vertige, prit soin d'assurer un lendemain au grand mouvement national d’enthousiasme qui salua, cette année, le jour anniversaire de la naissance du roi de France.

Soixante des chefs les plus considérés et les plus aimés de nos communes ont été violemment révoqués, au nom de la liberté, par le gouvernement de la République.

Quels méfaits, quels abus de pouvoir, quels crimes avaient donc commis nos honorables maires et adjoints ?

Ils étaient allés loyalement, spontanément, légalement, au banquet privé de La Roche-sur-Yon, pour la santé du roi, raviver leurs espérances patriotiques et proclamer que Dieu protège toujours la France, puisqu’il daigne lui conserver l’auguste exilé qui, seul, a reçu par sa naissance, le droit, le pouvoir et la mission de sauver les destinées de notre chère patrie.

Comme naguère sous un autre régime, la politique d’expédients imagina les flétris de Belgrave-Square, celle qui réhabilite aujourd’hui les insurgés de la Commune crut faire acte de gouvernement en révoquant les maires et les adjoints royaliste de notre Vendée.

Cet acte de violence, qui visait seulement à prendre le caractère de la force, nous imposait-un devoir et nous traçait une ligne de conduite.

Français, nous ne pouvions subir avec résignation l’atteinte flagrante portée par le pouvoir actuel à nos droits les plus chers.

Nous devions déclarer à la face du pays que les fonctions municipales ne sont pas un joug sous lequel se courbent la liberté privée et la dignité des caractères.

 Une protestation solennelle, monseigneur, s’imposait à nos consciences.

L’hommage aux victimes de l’arbitraire républicain appelait l’hommage à l’auguste dépositaire, à l’invincible gardien des traditions et des libertés nationales.

 Aux héritiers de l’antique honneur français, aux fils des défenseurs héroïques de nos franchises, aux fils de l’indomptable fidélité vendéenne, nous avons dit : La République en est venue à l’arbitraire, c’est l’heure de pousser le cri de liberté du marais et du bocage.

 Les petits-fils des géants sont accourus.

Entre l’orme séculaire de Fonteclose, à la cime duquel l’immortel Charette arbora, sous la Terreur, le drapeau de la foi et de l’honneur, et le glorieux champ des Mathes, où tomba l’héroïque La Rochejacquelein à la dernière prise d’armes de la Vendée, nous venons délibérément proclamer que les Vendéens resteront toujours dignes de leurs illustres ancêtres :

Fidèles à Dieu, fidèles au roi.

 Daigne le roi agréer l’hommage de nos sentiments- de respect et de soumission avec lesquels nous avons l’honneur d’être, de Monseigneur, les très humbles, très obéissants et très fidèles Vendéens.

Cette adresse, vingt fois interrompue par les cris de : « Vive le roi ! vive Baudry d’Asson ! » est soumise à la signature de tous les assistants ; ceux qui ne savent pas écrire mettent une croix.

 Le comte Alexandre de Monti, représentant du comte de Chambord, remercie l’assistance au nom de Monseigneur, puis il annonce que les orateurs qui seront successivement entendus sont : le général de Charette , le député Bourgeois, le vicomte de Luppé , rédacteur en chef de l’ Union ; le député Edourd de la Bassetière, le vicomte de Poli, ancien préfet; M. Dubois, du barreau de Montpellier ; le comte de Besse, et de Fontaine, maire révoqué.

Aucun incident n’est venu troubler le banquet, et les cris de « Vive le roi ! » n’ont pas franchi la salle du festin.

 

 

 

On lit dans le Temps :

» Nous apprenons que M. Baudry d’Asson, député légitimiste du département de la Vendée, serait poursuivi comme organisateur principal de la manifestation séditieuse qui a eu lieu au banquet royaliste de Challans, en Vendée.

» II est reconnu que M. Baudry d’Asson a livré à la publicité l’adresse factieuse au comte de Chambord qui a été publiée par divers journaux et qui a déjà motivères poursuites que l’on sait.

» Si nous sommes bien informés, M. Baudry d’Asson serait déféré à la cour d’assises de la Seine — le délit ayant été commis à Paris — sous l’inculpation d’excitation à la guerre civile.

» Le délit ayant été commis en l’absence des Chambres, dans l’intervalle des deux sessions, l’inviolabilité parlementaire est suspendue et la poursuite peut s’exercer sans autorisation préalable de la Chambre des députés. »

 

 

Le 3 décembre 1879, la presse indique qu'il avait reçu une assignation à comparaître, le 16 décembre, devant le juge d'instruction de la Seine.

 L'assignation lui avait été signifiée à son domicile vendéen le 26 novembre, juste avant la rentrée de la Chambre.

 

 

Le 4 décembre 1879, lors d'une intervention à la Chambre, il retire une interpellation et explique qu'il préfère attendre « la décision des tribunaux » concernant les poursuites dont il fait l'objet. Il déclare s'être soumis à la justice et vouloir réserver cette question au jury.

 

 

Poitou Aquitania: Période Contemporaine - La Révolution 1795 Bonaparte <==

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