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PHystorique- Les Portes du Temps
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2 octobre 2026

1225 - Accord entre monsgr Garsire de Rays et les Templiers de Coudrie touchant une maison sur la chaussée de l'étang de Pornic, près des moulins.

Pornic est situé sur le littoral de l’Océan (baie de Bourgneuf), en face l’Ile de Noirmoutier, au sud de l’embouchure de la Loire.

Il se trouve dans le Pays de Retz, qui faisait autrefois partie des Marches de Bretagne ; c’est donc bien une ville bretonne, puisque les Marches étaient un pays neutre que les Ducs de Bretagne avaient concédé aux seigneurs qui l’habitaient, moyennant qu’ils le défendissent contre les incursions des peuples situés plus au midi ; cela formait ainsi un état tampon dépendant de la Bretagne.

Le site de Pornic possède un avantage géographique majeur : la ria de Pornic, en relation avec la Haute-Perche, forme un abri naturel. Le port est protégé des vents et relativement facile à défendre. Le château domine précisément cette entrée maritime.

Les traditions historiques attribuent à Alain Barbetorte, après la reconquête de la Bretagne sur les Vikings au Xe siècle, l'établissement d'une première fortification à Pornic. Les sources locales parlent d'un ouvrage probablement en bois, destiné à contrôler l'accès maritime et l'arrière-pays.

1083 : première mention documentaire vraiment importante

L'année 1083 est capitale.

Harcouët de Rais concède alors aux religieux de Saint-Serge d'Angers :

« dimidiam decimam cunctorum reddituum littoris oppidi mei Porsniti »

soit, en substance, la moitié de la dîme des revenus du littoral de son bourg de Porsniti, notamment sur les marchandises transportées par navires.

Cette formulation est particulièrement intéressante pour votre recherche sur les portus médiévaux : Pornic apparaît déjà comme un bourg associé à un espace littoral générateur de revenus commerciaux.

 

Une étude ancienne de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne souligne cependant que Pornic reste alors un port relativement secondaire par rapport à Bouin et Bourgneuf.

Paimbœuf, en 1100 Pen-bo, porte un nom breton, comme Pornic, en 1134 Porsnit pour Porz-Nit, au XIe siècle Porsniti pour Porth-Niti, « Port de Nitos ».

 

XIIe siècle : le port s'intègre à une véritable petite agglomération

Au XIIe siècle, le site se structure davantage.

Une charte concernant les biens de Saint-Serge décrit notamment le burgum de Pornic et ses limites, avec un axe allant du « grand chemin » vers la porte du château. Cela montre que le bourg est déjà organisé autour du pôle castral et de l'accès au port.

 

Le château connaît parallèlement une transformation : le premier dispositif défensif est progressivement remplacé par une construction en pierre. Les données archéologiques et historiques placent cette première construction durable dans le courant du XIIe siècle.

 

Le rôle des moulins

Après 1130, les moulins à marée établis sur la chaussée de Pornic deviennent un élément important de l'économie locale. Ils témoignent de l'exploitation beaucoup plus systématique de l'interface entre mer, ria et bourg.

 

XIIIe siècle : du port au complexe castral et urbain

C'est probablement au XIIIe siècle que Pornic change véritablement d'échelle.

La seigneurie de Rais renforce la forteresse. Vers 1250, le château est reconstruit et devient une véritable forteresse avec murailles, tours, donjons et pont-levis. Il sert alors de base aux seigneurs de Rais.

 

Le cas Gilles de Rais : 1422-1440

En 1422, Gilles de Rais devient seigneur de la baronnie de Rais.

Mais contrairement à une représentation parfois donnée aujourd'hui, Pornic n'est pas son principal lieu de résidence. Le château de Machecoul joue un rôle beaucoup plus important dans son implantation personnelle.

 

Le château de Pornic conserve cependant son importance militaire et stratégique. Au moment des luttes autour de la baronnie, le duc de Bretagne cherche à reprendre le contrôle des possessions de Rais et acquiert notamment le château de Pornic en 1437.

 

 

La Charte

Il s’agit d’un accord à l’amiable mettant fin à un litige entre :

  • Garsire III (Garsirius / Garsire), seigneur de Rays (Retz / Rais),
  • et les Templiers (milice du Temple en Aquitaine), représentés par leur précepteur Gérard de Breyes.

Le différend portait sur une maison que les Templiers construisaient sur la chaussée (digue / chaussée) de l’étang de Pornic, près des moulins.

 

Concessions réciproques :

  • Garsire autorise la construction et un agrandissement limité (hauteur et largeur de l’ancienne maison des moulins, jusqu’à une borne fixée). Au-delà, interdiction de toute extension.
  • Les Templiers s’engagent à ne pas y exercer de commerce de regratterie (vente au détail de denrées), à ne vendre que leurs propres productions, et à imposer la même restriction au fermier ou meunier éventuel des moulins.

À tous les fidèles du Christ qui examineront les présentes lettres, frère Gérard de Breyes, humble précepteur de la milice du Temple en Aquitaine, salut dans le Seigneur.

 

Que tous sachent que, comme une contestation s’élevait entre le noble homme Garsire, seigneur de Rays, d’une part, et nos frères de la milice du Temple, d’autre part, au sujet d’une certaine maison que ceux-ci construisaient sur la chaussée près des moulins de Pornic, ils sont finalement parvenus à un arrangement amiable de la manière suivante.

 

Le seigneur Garsire a concédé, pour le bien de la paix, que nosdits frères fassent cette maison qu’ils avaient entreprise de construire, et qu’ils puissent même l’agrandir jusqu’à la limite qui y a été fixée, s’ils le veulent, à la hauteur et à la largeur de la vieille maison dans laquelle se trouvent les moulins, de telle sorte qu’ils ne puissent désormais rien y faire de plus.

 

Nosdits frères, quant à eux, ont concédé qu’ils n’y recevront aucun homme qui vende ou achète à la manière des regrattiers, et que lesdits frères ne pourront y vendre quoi que ce soit sinon de leurs propres biens ; et si d’aventure ils donnent les moulins à ferme, le fermier ou le meunier ne pourra y vendre quoi que ce soit sinon de ce qu’il aura gagné dans les moulins.

 

Afin que cela demeure ferme et stable, la présente charte a été faite, divisée par alphabet (chirographe), dont chacune des deux parties est authentique par elle-même, munie du sceau dudit G[arsire], seigneur de Rays, et de notre sceau, avec l’assentiment du frère Étienne, alors précepteur de notre maison de Coudrie, et des autres frères de ladite maison.

 

Donné l’an du Seigneur 1225.

 

 

 

Universis Christi fidelihus presentes litteras inspecturis, frater Girardus de Breies, milicie Templi in Acquitania preceptor humilis, salutem in Domino.

Noverint universi quod cum contencio verteretur inter nobilem virum Garsirium, dominum Radesiarum, ex una parte, et fratres nostros milicie Templi, ex altera, super quadam domo quam ipsi edificabant super calceatam juxta molendina de Pornidio, tamdem ad amicabilem devenerunt composicionem in hunc modum.

 Dominus Garsirius concessit, pro bono pacis, quod dicti fratres nostri domum illam quam susceperant faciant, et eciam usque ad metam ibidem assignatam augmentare possint, si voluerint, ad altitudinem et latitudinem veteris domus inquasunt molendina, ita quod de cetero nichil ibidem amplius facere possint.

 Dicti vero fratres nostri concesserunt quod ibi non recipient hominem qui vendat vel emat more regratariorum, nec ibi poterunt vendere dicti fratres aliquid nisi de suis propriis; et si forte ipsi tradiderint ad firmam molendina, firmarius vel monerius non poterit ibi vendere aliquid nisi de illis que lucratus fuerit in molendinis.

Ut hoc autem firmum et stabite permaneret, facta fuit presens cartula per abecedarium divisa, cujus utraque pars per se est auctentiea, sigillo dicti G[arsirii], domini Radesiarum, et sigillo nostro, cum assensu fratris Stephani, tune temporis preceptoris domus nostre de Codria, et aliorum fratrum nostrorum ejusdem domus, roborata.

Datum anno Domini M°CC°XX° quinto.

 

 

Les Sires de Retz et le château de Machecoul <==

Généalogie: Gilles de Rais seigneur de Champtocé, Machecoul, du château de Tiffauges, Pouzauges<==

 


1. Hospitaliers, sur le manuscrit.

2. Publié par M. de la Boutetière, en note de la charte LVII du Cartulaire de Coudrie, dans Archives hist. du Poitou, t. II, p. 206207. La charte que nous donnons ici et celle qu'a éditée M. de la Boutetière, sous le n° LVII, constituaient un chirographe. Tandis que la nôtre émane du maitre des Templiers d'Aquitaine, celle du cartulaire de Coudrie était passée au nom de Garsire III, sgr de Rays. A part les modifications nécessitées par la différence des suscriptions, les termes en sont à peu près identiques.

 

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