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PHystorique- Les Portes du Temps
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29 septembre 2026

Le 27 février 1795, le général vendéen François Athanase Charette de La Contrie fait une entrée triomphale dans la ville de Nantes et s’adresse aux habitants des Campagnes de la Vendée.

Cet événement historique s'inscrit immédiatement après la signature du traité de La Jaunaye (conclu dix jours plus tôt, le 17 février 1795).

 

L'adresse intervient donc dans le contexte de la pacification de la Vendée et de la volonté des chefs de faire accepter aux populations les conditions de l'accord.

 

 

 

Le contexte de cette journée

 

  • Une pacification temporaire : À bout de munitions et face à l'épuisement de la Vendée, Charette accepte de traiter avec les représentants de la Convention thermidorienne. Le traité accorde notamment l'amnistie aux insurgés, la liberté de culte et l'exemption de conscription militaire

 

  • Le défilé de la paix : Pour officialiser et célébrer cet accord, Charette parade à cheval dans les rues de Nantes. Il défile côte à côte avec le général républicain Canclaux et le représentant de la Convention Albert Ruelle, sous les acclamations d'une population nantaise soulagée par la fin des affrontements

 

  • Un symbole fort : Le chef royaliste porte alors le panache blanc et sa cocarde blanche, tandis que les officiels républicains arborent les insignes tricolores, marquant un contraste saisissant pour l'époque

 

 

 

ADRESSE AUX HABITANTS DES CAMPAGNES DE LA VENDEE

 

De vils séducteurs, d’infames intrigants, des hommes ambitieux & pervers , qui fondent leurs jouissances et leur bonheur sur les débris de la fortune publique, et qui sacrifieraient sans remords, à la réussite de leurs coupables desseins, la vie et les biens de leurs semblables, cherchent aujourd’hui à vous égarer.

 

Ils prêtent à nos démarches des motifs déshonorants, ils dénaturent nos intentions bienfaisantes, et présentant le traité que nous avons conclu sous des couleurs fausses et perfides : ils répandent impudemment des bruits capables de semer dans tous les cœurs la défiance, la terreur et les divisions.

 

Songer à vos intérêts, oublier les nôtres, faire votre bonheur sans le concours d’aucune considération personnelle, voilà la tâche glorieuse que nous nous sommes proposée : nous croyons avoir parcouru cette honorable carrière.

 

Puisque des malveillants osent maintenant élever sur notre conduite des doutes, des soupçons injurieux, les dissiper, vous éclairer et vous instruire, voilà notre devoir. Nous allons le remplir.

 

Nous connaissons, braves Habitants, les raisons puissantes qui vous provoquèrent à l’insurrection et qui vous mirent les armes à la main.

 

On avait porté, à la liberté de vos opinions religieuses, les plus terribles coups ; de nouveaux pontifes, un nouveau culte avaient été érigés sur les ruines du vôtre; par-tout l’intolérance cherchait des coupables, et aimait à trouver des victimes.

 

Le despotisme orgueilleux d’autorités établies pour vous protéger, des corvées de toute espèce, des vexations de tout genre, venaient encore charger cet affligeant tableau.

 

 Lorsque le principe d’un mal dangereux est entièrement détruit, les conséquences fâcheuses qui en dérivent ne doivent plus exister : la nécessité d’en faire cesser les tristes résultats puise sa source, et dans vos besoins les plus pressants, et dans vos obligations les plus sacrées.

 

L’exercice paisible de votre religion vous est accordé ; vous pouvez user avec sécurité de ce droit imprescriptible, qu’on n’avait pu vous arracher sans méconnaître les vôtres.

 

Il vous est libre, dès ce moment, d’offrir à l'Etre-suprême, d’après vos anciens usages, vos hommages et votre reconnaissance.

 

Votre malheureux pays a été dévasté ; la flamme a dévoré vos habitations ; une soldatesque effrénée a exercé sur vos personnes et vos propriétés les plus horribles brigandages.

 

Eh bien, la Convention nationale contracte aujourd’hui l’engagement de vous indemniser de vos pertes, et de réparer, s’il se peut, tous les maux causés par un régime de proscription et d’injustice.

 

Des secours vous sont accordés pour rebâtir vos chaumières ; des bestiaux vous seront rendus pour faire revivre l’agriculture, et vous procurer les aisances de la vie ; vous ne regretterez pas longtemps la privation de vos instruments de travail ; vous ne paierez des impôts qu’au moment où une position plus heureuse vous fournira les moyens de subvenir aux besoins de l’État.

 

Que la veuve éplorée, et que le père infirme et caduc ne tremblent point sur le sort de leurs enfants que les loix pourraient appeller au secours de la République.

 

Eh quoi! pourraient- elles se résoudre à priver l’infortune de son appui, la vieillesse respectable de ses soutiens? Non, la Nation vous dispense d'aller protéger ses frontières; elle ne vous impose que la tâche facile de travailler dans vos campagnes, pour l’aider à nourrir ses défenseurs.

 

Vous avez fourni pour la subsistance des armées le fruit de vos sueurs et de vos économies : nous vous en avons donné des reconnaissances ; la Convention nationale vous en acquitte le montant.

 

Que vous reste-t-il à desirer? quelles inquiétudes peuvent encore agiter des cœurs aigris si long-temps, il est vrai, par le ressentiment et le malheur? craindriez-vous d’être opprimés de nouveau par des autorités indignes de votre confiance ?

 

 Rassusez- vous, braves Habitants ; que la sécurité renaisse dans vos âmes, qu’elle en chasse l’affreux désespoir.

 

 Ces hommes, dont vous redoutez avec raison le joug odieux; ces hommes, qui étaient autant les ennemis de leur patrie que les vôtres, ne seront plus les dépositaires du pouvoir dont ils faisaient un si cruel abus.

 

 Les représentants du peuple veulent bien nous consulter sur le choix qu'ils doivent faire pour les remplacer ; nous leur indiquerons des gens que vous connaissez, des gens qui ont acquis votre estime et la nôtre ; des gens enfin qui, pour adoucir votre existence, sont prêts à sacrifier leurs plaisirs leurs jouissances, leurs fortunes.

 

 Auriez-vous donc pensé, braves Habitants, que nous pouvions trahir lâchement vos intérêts? Après les avoir soutenus avec tant de chaleur, deviez-vous croire un instant que nous étions capables de démentir la conduite que nous avons constament tenue ?

 

Ah ! si ces sentiments injurieux partaient de vos cœurs, si nous ne les imputions pas à la jalousie et à la malveillance, combien notre âme en serait cruellement déchirée ? comment supporterions- nous l’affreuse idée qui nous convaincrait, qu’en voulant faire des heureux, nous fîmes des ingrats ?

 

Mais, quoi ! vos intérêts ne sont- ils pas les nôtres ? nos amis, nos femmes, nos enfants, ne sont-ils pas parmi vous ? nos possessions n’avoisinent-elles pas vos champs?

 

Oui, sans doute; et quelque précieux que soient ces rapports, ne croyez pas qu’ils aient fourni les motifs qui nous ont déterminés.

 

Nous n’avons songé qu’à vous , nous avons tout sacrifié à votre bonheur; et, en l’établissant sur des bases solides et durables, nous ne nous sommes réservé que l’inestimable avantage d’en être les témoins.

 

Signée, CHARETTE , FLEURIO , SAPINAUD , COUETUS, DEBRUC,

Le 27 février 1795.

 9 ventôse an III.

 

 

 

Cette trêve sera de courte durée : s'estimant dupé par la République et marqué par la mort suspecte de Louis XVII au Temple, Charette rompra le traité et reprendra les armes dès le mois de juin 1795.

 

 

Poitou Aquitania: Période Contemporaine - La Révolution 1789 / 1795 <==

Carte Guerre de Vendée et Lieux de Mémoire (Maps et Dates) <==

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