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PHystorique- Les Portes du Temps
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24 décembre 2025

Traité de trêve entre le roi de France Charles le Bel et Édouard, roi d’Angleterre, conclu devant La Réole, le samedi lendemain de la Saint-Mathieu 1324.

Le traité de Paris (1259), signé entre Louis IX (Saint Louis) et Henri III d’Angleterre, avait voulu stabiliser la situation :

 

Henri III renonce à la Normandie, Anjou, Maine, Touraine, Poitou et au Limousin (qu’il ne contrôlait plus de toute façon).

 

En échange, il conserve la Guyenne/Aquitaine (de la Garonne à la frontière pyrénéenne), mais comme vassal du roi de France : il doit l’hommage lige.

 

Problème : cet hommage est humiliant pour le roi d’Angleterre (qui est aussi duc d’Aquitaine), et il est perçu comme une menace permanente par les rois de France, qui voient en lui un vassal trop puissant et trop indépendant.

 

Philippe IV le Bel, petit-fils de Saint Louis, veut réduire l’autonomie de la Guyenne : Il utilise ses sénéchaux (administrateurs royaux à Toulouse, Agen, etc.) et le Parlement de Paris (qui interprète la loi féodale de manière très favorable à la couronne française).

 

Prétexte récurrent : rixes maritimes (Bayonne vs La Rochelle en 1294), affaires de juridiction, ou simple défaut d’hommage.

 

 

Charles IV dit le Bel, succéda à Philippe-le-Long en 1322.

En septembre 1323, il réclama l'hommage que lui devait Edouard II comme duc de Guienne.

 

 Ce dernier envoya le 16 novembre auprès du roi de France trois ambassadeurs pour lui exposer que la situation ne lui permettait pas de s'éloigner de l'Angleterre, et en même temps le prier de réprimer les entreprises faites à son préjudice, notamment en Agenais, et spécialement à Saint-Sardos, où se construisait, au mépris de ses droits, une bastide ou forteresse.

 

Saint-Sardos, à 18 kilomètres d'Agen, enclave dans les possessions anglaises, dépendait du monastère de Sarlat.

 Cette dépendance avait été confirmée encore par le pape Eugène III en 1153.

 

Or, l'abbé de Sarlat et ses religieux ayant donné le temporel en paréage au roi de France, celui-ci était dès lors co-seigneur du territoire de Saint-Sardos, et avait ainsi le droit d'y établir une bastide.

 

Cependant, un arrêt fut bénévolement rendu en laveur du roi d'Angleterre ; mais quatre autres arrêts ayant consacré les droits irrécusables du roi de France, ce dernier prit possession officielle et les travaux, un moment suspendus, furent aussitôt repris.

 

Sur de nouvelles réclamations d'Edouard II, Charles-le-Bel fit encore arrêter les ouvrages le 5 mai 1324, en espérant que la difficulté soulevée s'applanirait promptement ; mais, peu de jours après, les Anglais envahissaient et détruisaient la bastide, et faisaient pendre le procureur du roi de France, près du poteau supportant les armes royales.

 

Le butin enlevé était transporté au château de Montpezat, dont le seigneur avait participé à l'expédition.

 

Cette nouvelle provoqua à la cour de France une profonde et bien juste indignation. Charles-le-Bel fit citer les coupables devant le Parlement de Toulouse.

 

 Un grand nombre des seigneurs du pays, entre autres le sénéchal de Guienne, Raoul Basset de Drayton et Raymond-Bernard de Montpezat, avaient participé à ce coup de main qui devait avoir de si graves conséquences.

 

 C'était le prélude de la Guerre de Cent-Ans.

 

Quarante seigneurs demandèrent grâce au roi de France et l'obtinrent. Toutefois ils devaient être bannis et leurs biens confisqués.

 

Après avoir tenté de désavouer les coupables, le roi d'Angleterre ne voulut pas d'abord souscrire à la saisie du château de Montpezat, où l'on avait transporté le butin fait à Saint-Sardos.

 

Lorsqu'après de longs pourparlers, il s'apprêtait à donner satisfaction sur ce point et sur quelques autres, il était trop tard.

 

La guerre entre les deux nations était partout engagée au mois de juillet 1324.

 

Edouard avait nommé son frère, le comte de Kent, lieutenant général en Guienne, et s'était aussitôt préparé.

 

Charles-le-Bel avait déjà chargé son oncle, le comte Charles de Valois, de saisir cette province et le Ponthieu.

 

L'armée française, entrée en Agenais le 3 août 1324, prit Lafox et Agen qui ne se rendit pas sans avoir fait quelques difficultés.

 

En moins de deux mois, les principales villes de l'Agenais furent soumises, le château de Montpezat fut rasé.

 

Amanieu III du Fossat, retranché à Puymirol, dont il était capitaine, résista avec succès. Son château de Madaillan fut assiégé, mais cette dernière entreprise paraît avoir échoué, car, deux ans après, cette place était encore au pouvoir des Anglais. Penne et quelques autres châteaux résistèrent, mais Port-Sainte-Marie, Tonneins, Marmande, Sainte-Foy, Sainte-Bazeille, etc., ouvrirent leurs portes.

 

 

Saint-Sardos (1323-1324) : l’étincelle

Saint-Sardos : petit village de l’Agenais (vallée du Lot), sur les terres du roi-duc d’Angleterre, mais dont le seigneur est le prieur de Sarlat (Périgord français).

 

Les agents français saisissent la bastide en construction (projet royal anglais pour renforcer le contrôle local).

 

Les Gascons réagissent violemment : ils reprennent le lieu et pendent les officiers français.

 

Édouard II (roi d’Angleterre 1307-1327) désavoue officiellement « ses Gascons » pour éviter la guerre.

 

Mais Charles IV le Bel (1322-1328), fils de Philippe le Bel, saisit l’occasion : il accuse Édouard II de rébellion et de défaut d’hommage, et confisque le duché.

 

La guerre de Saint-Sardos (août 1324 – septembre 1325)

Août 1324 : Charles IV(le Bel) envoie Charles de Valois (son oncle) avec une armée pour occuper la Guyenne.

Les Anglais, mal préparés, résistent peu : Bordeaux, Agen, Dax, etc., tombent rapidement.

 

 

Siège de La Réole (septembre-octobre 1324)

Le lieutenant français (Charles de Valois) assiège La Réole (défendue par le comte d’Eu, Esmes de Montfort).

La ville et le château résistent un mois sous la direction du comte d’Eu (Esmes de Montfort).

 

Des bombardes sont utilisées pour bombarder les murailles et terroriser la garnison.

 

Les chroniques et comptes royaux français (notamment ceux conservés dans les registres de la Chambre des Comptes) mentionnent explicitement l’achat et l’emploi de « canons » ou « bombardes » pendant le siège de La Réole (août-octobre 1324).

 

Le trésorier des guerres Barthélemy du Drach verse des sommes à un certain Henry de Famechon (ou Fumechon) pour acheter de la poudre, des projectiles en pierre, du salpêtre, du soufre, et des tubes métalliques ou renforcés.

 

Froissart (dans ses Chroniques, écrites plus tard) et plusieurs sources du XIVe siècle confirment l’emploi d’engins à poudre par les Français, même si leur efficacité reste très limitée.

 

Caractéristiques techniques en 1324

Poudre instable : La poudre noire de l’époque (mélange salpêtre 75 %, charbon 15 %, soufre 10 %) est encore très irrégulière. Elle est sensible à l’humidité, mal dosée, et sa combustion est lente et peu puissante.

 

Tubes primitifs : Les premières bombardes sont des tubes courts en fer forgé (ou parfois en bronze), cerclés de fer pour résister à la pression, posés sur des affûts en bois rudimentaires.

 

Pas de visée précise, pas de recul contrôlé, portée très faible (quelques dizaines de mètres au mieux).

 

Les explosions sont imprévisibles : parfois le tube explose avant le boulet, blessant ou tuant les servants.

 

Boulets de pierre : Oui, les projectiles sont presque exclusivement des pierres taillées ou des boulets de pierre brute (calcaire ou granit).

 

Les boulets en fer fondu n’apparaissent qu’à la fin du XIVe siècle et au XVe siècle. La pierre est moins dense, donc moins efficace contre les murailles épaisses.

 

Effet psychologique plus que destructeur : À La Réole (comme à Puyguilhem en 1339), l’impact principal est moral : le bruit, la fumée, les éclats, et la nouveauté terrifient les défenseurs.

 

Les dégâts matériels restent faibles comparés aux mangonneaux, trébuchets ou béliers.

 

 

Trêve de La Réole (24 septembre 1324, samedi après la Saint-Mathieu) jusqu’aux octaves de Pâques 1325 (avril), avec otages, serments, sauf-conduits, et promesse d’Édouard II de venir faire hommage.

 

Conséquences

Édouard II ne vient pas personnellement (il envoie sa femme Isabelle de France, sœur de Charles IV, en 1325).

 

Le comte de Valois prit La Réole le 22 septembre et conclut une trêve avec son adversaire jusqu'au 14 avril 1325.

 

Isabelle négocie la paix : Édouard II fait hommage à Charles IV à Paris (septembre 1325), récupère la Guyenne (moins Agenais et quelques places).

 

Mais la reine Isabelle reste en France, refuse de rentrer, et avec Roger Mortimer organise la déposition et le meurtre d’Édouard II (1327).

 

 

Peu après la mort d'Edouard II, la paix fut conclue à Paris, le 31 mars 1327, entre le roi de France et Edouard III, qui ratifia ce traité à la date du 11 avril.

 

La Guienne fut rendue au nouveau roi d'Angleterre.

 

Les barons qui avaient pris part à la guerre furent amnistiés, à l'exception de onze, parmi lesquels figurent Amanieu III du Fossat et Arnaud de Durfort, qui devaient être bannis, après confiscation de leurs biens, et Edouard s'engageait à faire démolir leurs châteaux, en présence d'un commissaire français.

 

Mais la confiscation ayant été prononcée au profit du roi d'Angleterre, celui-ci s'empressa de rendre leurs possessions aux seigneurs et, ce qui est plus grave, il ne fit pas exécuter la clause d'après laquelle le château de Madaillan aurait dû être rasé.

 

La ville d'Agen allait subir, pendant plus de deux siècles, les conséquences du manque de foi de ce prince.

 

La Guyenne reste anglaise, mais le conflit larvé continue : ce sera la guerre de Cent Ans qui éclate en 1337 avec l’affaire de l’hommage d’Édouard III.

 

 

Moyen-Age Classique 1225 / 1329<==

 

 

Traité de trêve entre le roi de France Charles le Bel et Édouard, roi d’Angleterre, conclu devant La Réole, le samedi lendemain de la Saint-Mathieu 1324.

 

Nous Charles, fils du roi de France, comte de Valois, d’Alençon, de Chartres et d’Anjou, lieutenant du très excellent prince notre très cher seigneur, monseigneur le roi de France et de Navarre, dans les parties de Gascogne et de tout le Languedoc ;

 

Et nous Esmes, frère du roi d’Angleterre, comte de Kent, lieutenant de notre très cher seigneur Édouard, roi d’Angleterre, dans les parties de Gascogne et du duché de Guyenne, à tous ceux qui verront les présentes lettres,

 

Sachez tous que, comme nous Charles susdit, par commission et mandat spécial du dit seigneur le roi de France, avons saisi et pris en sa main tout le duché de Guyenne pour défaut d’hommage et pour tout le droit qui lui appartient ou peut lui appartenir en ledit duché, et que pour cette cause nous sommes venus en Gascogne et avons mis ledit duché par parole et de fait, plusieurs villes, cités et châteaux en la main dudit seigneur roi de France ;

 

Et que ledit messire Esmes, avec plusieurs nobles et autres d’Angleterre et de Gascogne, se sont mis dans la ville et le château de La Réole, et que nous n’avons pu paisiblement et sans difficulté entrer dans ladite ville ni de fait la mettre en sa main, de sorte qu’il nous a fallu mettre le siège devant ladite ville, où nous sommes demeurés un mois et plus ;

 

Et que, sur ces choses, pour le bien de la paix et de l’accord, et pour éviter de plus grands maux, des paroles et traités ont été échangés entre nos gens d’une part et de l’autre, et ensuite entre nous comtes et lieutenants desdits rois comme il est dit ci-dessus, il a été accordé sur lesdites choses et autres touchant celles-ci, de la manière qui suit :

 

Premièrement, il est accordé que ledit messire Esmes laissera saisir la ville de La Réole d’ici dimanche prochain à tierce [vers 9 heures du matin], ainsi que le château, la châtellenie et les appartenances, à messire de Valois, ses gens à son commandement, au nom du roi de France, pour tel droit qu’il lui appartient ou peut lui appartenir.

 

Et pour accomplir cela, il donnera quatre chevaliers anglais en otages, et les autres chevaliers d’Angleterre jureront de faire tenir et accomplir ces choses dans ledit temps, sauf aux hommes de ladite ville leurs corps, leurs biens meubles et immeubles.

 

Et six des grands gentilshommes de Gascogne qui sont à La Réole jureront de suivre la voie de messire Esmes.

 

Et les hommes de ladite ville pourront aller et venir pendant cette trêve où ils voudront, sans emmener leurs biens, en gardant la trêve.

 

Item, il est accordé, pour le bien et pour la paix qui pourra s’ensuivre entre les parties, que le roi de France tiendra paisiblement les villes, châteaux et juridictions qu’il tient en la manière qu’il les tient ce samedi présent, ainsi que les autres terres qu’il tient pour tel droit qu’il lui appartient ou peut lui appartenir, et les ressorts des barons et autres nobles qui sont avec lui, et de leurs terres, en quelque lieu qu’ils les tiennent.

 

Item, le roi d’Angleterre aura et tiendra les châteaux, villes, juridictions et autres pays qu’il tient présentement, ou qu’un autre lui obéissant tient dans le duché de Guyenne, et aura les ressorts, justices et émoluments ainsi et comme il les avait auparavant ; et le roi de France aura sur les terres que ledit roi d’Angleterre tiendra la souveraineté et le ressort paisiblement aussi comme auparavant.

 

Et de grâce, les jours de la duché seront prolongés jusqu’aux octaves de Pâques pour toute cause de guerre et toute autre malice ouverte ou cachée entre tous.

 

Item, trêve est accordée entre lesdites parties jusqu’aux octaves de Pâques prochain à venir, pendant laquelle nulle guerre ni nouveauté ne sera faite entre lesdites parties.

 

Dans ce terme, le roi d’Angleterre viendra, s’il le veut, pour être à droit sur les choses faites et sur faire son devoir devant le roi de France ou devant sa cour garnie, comme il appartiendra selon les cas, audit jour des octaves de Pâques, s’il n’était venu auparavant et n’était pas à droit ; et lui est dès maintenant octroyé sauf-conduit pour lui et pour ses gens, quels qu’ils soient, qui seront avec lui.

 

Item, pour tenir plus fermement ces choses, jureront les gentilshommes de Gascogne qui sont présentement à La Réole que, si le roi d’Angleterre envoyait dans le terme des trêves ainsi prises pour faire guerre ou nouveauté dans ledit duché, ils ne l’aideraient ni ne le conforteraient en rien, mais l’empêcheraient à leur pouvoir ; et promettront en bonne foi de faire faire le même serment aux autres gentilshommes de leur pays et de les y induire à leur pouvoir ; et ce serment sera fait devant les gens du roi de France ou devant son commandement quand ils en seront requis.

 

Item, le sénéchal de Gascogne qui est maintenant dans ledit duché pour le roi d’Angleterre, ou qui sera pendant ledit terme des trêves, jurera dans dix jours devant messire de Valois ou ses députés ; de même, celui qui recevra le gouvernement jurera dans dix jours devant les gens du roi à ce députés, qu’il ne fera nulle nouveauté ni innovation dans ledit duché, en forçage ni en autre chose quelconque, pendant ledit terme ; et de même est accordé que nulle nouveauté ne sera faite de la part du roi de France.

 

Item, les châteaux et villes de Puymirol et de Depens, s’ils veulent se rendre sans effort d’armes, ou ceux qui y sont, dans le terme susdit au roi de France, ledit roi ou ses gens pourront les recevoir ; et s’ils ne le veulent pas, ils ne pourront pas se ravitailler ni en vivres ni en autres nécessités plus qu’ils ne le font maintenant.

 

Item, protestation a été faite de part et d’autre que, pour ce présent accord, nul nouveau droit ne soit acquis dans le duché de Guyenne ni ailleurs au roi de France sur le roi d’Angleterre, et que nul préjudice ne puisse être fait au roi de France par ledit accord, en quelque droit qu’il ait ou puisse avoir dans ledit duché ou dans les autres terres du roi d’Angleterre, pour quelque cause que ce soit.

 

Item, il a été accordé que, si d’ici ledit terme des octaves de Pâques il était fait accord de paix entre lesdits rois, toutes lesdites choses seraient nulles.

 

Item, il a été accordé que, durant lesdites trêves, toutes sortes de gens, marchands et autres, pourront aller et venir en leurs marchandises et autrement dans les terres de l’un roi et de l’autre paisiblement, comme ils le faisaient avant ce différend survenu entre lesdits rois ; et si un officier ou autre faisait le contraire, il serait puni ; et pour cela lesdites trêves ne seraient en rien rompues.

 

Item, il a été accordé entre lesdites parties que lesdits gens du roi d’Angleterre feraient à leur pouvoir que ledit roi d’Angleterre confirmerait et accomplirait lesdites choses ; et lesdits gens du roi d’Angleterre ont promis de faire savoir cela au roi de France d’ici Noël, si le roi d’Angleterre veut tenir lesdites convenances.

 

Item, en outre ont été donnés en otages, selon le premier article, quatre chevaliers, à savoir messire Jean de Beauchamp, messire Nicolas de Grez, messire Jean de Neufville et messire Jean de Watteville, lesquels ont juré selon ledit accord ;

 

Item messire Jean de Wyshin, messire Robert de Watteville, messire Olivier de Jughien, messire Robert de Celighin, chevaliers, et maître Guillaume de Cases et maître Austet Jourdain, clercs dudit roi d’Angleterre, ont juré selon ledit accord ;

 

Item messire Giraud de Castes, Bertrand de Gallard chevaliers, Guillaume Savade Pomiers, Berard de Lebret, Bernard d’Escossan, sire de Logoyran, et Arnaud de Luryon, écuyers de Gascogne, ont juré selon ledit accord.

 

En témoignage de ces choses, nous Charles susdit avons fait mettre notre sceau, et nous Esmes susdit.

 

En témoignage de ces choses ainsi accordées par le conseil, Alexandre archevêque de Durham, messire Guillaume de Wasconne, conseillers dudit seigneur roi d’Angleterre, et messire de Wistun, messire Robert de Woateville, messire Olivier de Jughin et messire Robert de Echingham, chevaliers dudit seigneur roi d’Angleterre, avons fait mettre nos sceaux en ces lettres.

 

Ce fut fait et accordé le samedi lendemain de la Saint-Mathieu, l’an de grâce mil trois cent vingt-quatre.

 

 

 

 

 

 

 

 

ROGER MORTIMER, comte de March, fut pupille de Piers Gaveston et occupa de nombreux postes importants sous le règne d’Édouard II, étant notamment nommé lieutenant d’Irlande en 1317.

Il prit le parti de Lancaster dans son opposition au roi, fut fait prisonnier en 1322 et condamné à une captivité perpétuelle. S’étant échappé en 1324, il s’enfuit en France.

En 1325, la reine Isabelle étant envoyée à la cour de France, Mortimer noua une intrigue avec elle et, l’année suivante, l’accompagna en Angleterre. Le roi prit la fuite, fut ensuite déposé, et en 1327 Mortimer devint maître de la situation.

Pendant près de quatre ans, la reine et Mortimer gouvernèrent le pays. Toutes les tentatives pour renverser ou limiter leur pouvoir échouèrent : le comte de Lancaster, qui chercha à rivaliser avec Mortimer, dut se soumettre en 1328 ; un complot fomenté par l’oncle du roi, Edmond, comte de Kent, visant à restaurer Édouard II (que l’on supposait encore vivant), échoua complètement, et Kent fut exécuté (1330).

Édouard III surprend son puissant rival Roger Mortimer dans le château de Nottingham ; par James Doyle

Mais ce fut le dernier acte de Mortimer, car le jeune roi [Édouard III] avait décidé de se libérer du joug insupportable qu’il avait si longtemps supporté. Mortimer fut surpris dans le château de Nottingham, accusé de trahison, inculpé pour la mort d’Édouard II et du comte de Kent, et pendu, au grand soulagement général de la nation. Son arrogance et sa vindicte rappelaient les pires traits des Despenser [voir Hugh le Despenser le Jeune], et son adultère avec la reine le rendait encore plus odieux aux yeux du peuple.

 

 

 

Traité de Treve entre le Roi de France CHARLES le Bel, et EDOUARD Roi d’Angleterre , fait devant la Reolle, le Samedi lendemain de la St. Mathieu 1324.

[ Pièce, tirée des Manuscrits de la Bibliothèque Royale de Berlin reliés en rouge. ]

Nous Charles fils du Roy de France , Comte de Vallois, d'Allençon , de Chartres & d'Anjou , Lieutenant de tres excellent Prince nostre tres cher Seigneur, Monseigneur le Roy de France & de Navarre ez parties de Gascongne & de tout le Languedoc;

 Et nous Esmes Frere du Roy d'Angleterre , Comte de Kans, Lieutenant de nostre trescher seigneur Edouard Roy d'Angleterre, ez parties de Gascongne , & de la Duchée de Guyenne, a tous ceux qui ces presentes Lettres verront,

Sçachent tous que comme nous Charles deffusdict par specialle Commission & mandement avons said par ledict Monsieur le Roy de France, de mettre & prendre en sa main toute la Duchée de Guyenne, pour defaut de hommage, & pour tout le droid que a luy apartient, ou peut apartenir en ladicte Duchée, & pour ladicte cause sussions venus en Gascongne, & eussions mis ladicte Duchée par parolle & de faict, plusieurs Villes,Citez & Chasteaux en la main dudict nostre Seigneur Roy de France, & ledict Mre. Esmes , avec plusieurs Nobles & autres d'Angleterre & de Gascongne se fussent mis en la Ville & au Chasteau de la Reolle & que nous ne peusmes paisiblement & delivramment assener en ladicte Ville, ne de faict la mettre en sa main, pourquoy il nous convient mettre siege en ladicte Ville, auquel nous avons demeuré un mois & plus & sur ces choses eux & sey pour bien de peez & d'accord, & pour greigneurz, maux escheuer, paroles & traictez entre nos gens d'une partie & d'autre en apres entre nous Comtes & Lieutenants desdicts Rois si comme dessus est dict, fut accordé sus lesdictes choses & autres, touchant celles en la maniere qui s'enfuit :

Premièrement accordé est que ledict Messire Esmes laissera saisir la Ville de la Reolle dedans dimenche prochain dedans tierce,& le Chastel & la Chastellenie & les apartenances, a Monsieur de Vallois, ses gens a son mandement en nom du Roy de France, pour tel droict comme il luy apartient ou peut apartenir , & pour ce accomplir il donra quattre Chevalliers Anglois ostages, & jureront les autres Chevalliers d'Angleterre faire tenir & accomplir ces choses dedans ledict temps sauf aux hommes de ladicte Ville leurs corps, & leurs biens meubles & ne meubles, & six des grands Gentilshommes de Gascongne qui font a la Reolle jureront a suivre la voye de Monsieur Esmes, & les hommes de ladicte Ville pourront aller & venir durant cette soffrance, là ou ils voudront, sans prendre leurs biens en gardant la souffrance.

Item il est accordé pour le bien & pour la Paix qui s'en pourra ensuivre entre les Parties, que le Roy de France tiendra paisiblement les Villes, les Chasteaux & les jurisdiction qu'il tient en la maniere qu'il les tient cest Samedy present, aynsi comme les autres terres qu'il tient pour tel droict, comme il luy apartient, ou peut apartenir, & les ressorts des Barons, & des autres Nobles que avec luy sont, & de leurs terres, quelque part qu'ils les tiennent.

Item le Roy d'Angleterre si aura & tiendra Chasteaux, Villes, Jurisdictions, & autres pays qu'il tient apresent, ou autre a luy obeissant en la Duché de Guyenne, & aura les ressors, Justices & emolumens ainsy, & comme il les avoit devant, & le Roy de France aura les terres que ledict Roy d'Angleterre tiendra , la Souveraineté & le ressort paisiblement aussy comme devant, & de grace les jours de la Duché, feront alongiez, jusques a les Octaves a Paques a toute cause de guerre, & toute autre malice aperte cellant entre tous.

Item souffrances sont accordées entre lesdictes Parties , jusques as Octaves de Pasques prochain a venir, que nulle guerre ou nouvelleté ne fera faicte entre lesdictes Parties, dedans lequel terme le Roy d'Angleterre venra si il veut pour estre a droict sur les choses faictes & sus faire son devoir devant le Roy de France ou devant sa Cour garnie si comme il apartiendra selon les cas audict jour des Octaves de Pasques, se devant il ne venoit & ne fust a droict; & luy est octroyé des maintenant a faire saufconduit pour luy , & pour ses gens quelques ils soient avec luy.

Item pour ces choses plus fermement tenir jureront les Gentilshommes de Gascongne qui en la Reolle sont a present, que si le Roy d'Angleterre envoyoit dedans le terme des souffrances ainsy prises pour faire guerre ou nouvelleté en ladicte Duchée, qu'ils ne luy ayderoient ne conforteroient en rien , mais empescheroient a leur pouvoir, & promettront en bonne foy , faire faire cet mesme seirement as autres Gentilshommes de leur pays & les y enduiront a leur pouvoir , & cest ferment feront devant les gens du Roy de France , ou devant son commandement quand ilz en seront requis.

Item le Seneschal de Gascongne qui maintenant est en ladicte Duchée pour le Roy d'Angleterre , ou qui sera pendant ledict terme des souffrances jurera dedans dix jours devant Monsieur de Vallois ou Deputez de par li, aussy jurera dedans dix jours puisqu'il aura receu le Gouvernement, devant les gens du Roy a ce deputez, que il nulle nouvelleté ou innovation ne feront en ladicte Duchée en forcalet, ne autre chose quelle qu'elle soit pendant ledict terme ; & aussy mesmes est accordé que nulle nouvelleté ne sera faicte de la part du Roy de France.

Item les Chasteaux & les Villes de Puymirol & Depens si sans efforcement d'armes elles se vouloient rendre, ou ceux qui y sont, dedans le terme dessusdict au Roy de France, ledict Roy ou ses gens les pourront recevoir, & si faire ne le vouloient ils ne se pourront efforcer de vivre ne d'autres necessaires plus qu'ils ne sont maintenant.

Item protestation fut faicte de l'une partie & de l'autre, que pour cest present accord, nul nouvel droict ne soit acquis en la Duché de Guyenne , ou en autre part au Roy de France sur le Roy d'Angleterre, & que aussy nul prejudice sur leditct accord ne puisse estre faict au Roy de France, en quelque droict qu'il a, ou puisse avoir en ladicte Duchée , ou es autres terres du Roy d'Angleterre pour quelque cause que ce soit.

Item fut accordé que si entre icy & ledict terme des Octaves des Pasques entre lesdicts Rois estoit faict accord de Paix, que toutes lesdictes choses soient pour nulles.

Item fut accordé que durant lesdictes suffrances, toute maniere de gens, marchands & autres puissent aller & venir en leurs marchandises & autrement en les terres de l'un Roy & de l'autre paisiblement, si comme ils faisoient devant cet contens meu entre lesdicts Rois & si aucun Official ou autre faisoit le contraire qu'ils soient punis de cen, & que pour ce lesdictes sufferences ce faisant ne soient pas rompues en rien.

Item il fut accordé entre lesdictes Parties que lesdictes gens du Roy d'Angleterre feroient a leur pouvoir que ledict Roy d'Angleterre confermeroit, accompliroit lesdictes choses, & lesdictes gens du Roy d'Angleterre promirent a faire assavoir cen au Roy de France entre cy & Noël, si le Roy d'Angleterre voudra tenir lesdictes convenances.

Item en apres furent baillez en ostage, sélon le premier article, quatre Chevalliers, c'est assavoir Messire Jean de Bauchamp, Messire Nicole de Grez , Messire Jean de Neufville, & Messire Jean de Watteville, lesquels jurerent sélon ledict accord; item Messire Jean de Wyshin , Messire Robert de Watteville , Messire Olivier de Jughien, Messire Robert de Celighin , Chevalliers, & Maistre Guillaume de Cases, & Maistre Austet Jourdain, Clercs dudict Roy d'Angleterre, jurerent selon ledict accord ; item Messire Giraud de Castes, Bertrand de Gallard Chevalliers, Guillaume Savade Pomiers, Berard de Lebret, Bernard d'Escossan, Sire de Logoyran, & Arnaud de Luryon, Escuycrs de Gascongne jurerent selon ledict accord.

En tesmoin desdicts choses nous Charles dessudict avons faict mettre nostre seel, & nous Esmes dessusdict.

En tesmoin desdictes choses ainsy accordées par le Conseil Alexandre Archevesque de Dunelm, Messire Guillaume de Wasconne , Conseillers dudict Monseigneur Roy d'Angleterre, & Messire de Wistun, Messire Robert de Woateville, Messire Olivier de Jughin, & Messire Robert de Echingham , Chevalliers dudict Monsieur Roy d'Angleterre , avons faict mettre nos scels en ces Lettres.

Ce fut faict & accordé le Samedy lendemain de la Sainct Matthieu, l'an de grace Mil trois cents vingt & quatre.

 

 

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