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PHystorique- Les Portes du Temps
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23 décembre 2025

Le siège de La Réole en 1345- Beffrois (tour de siège) et mine sur les remparts du château des Quatre-Sos

En 1225, la Réole fut prise par les Anglais et reprise en 1296 par les Français, commandés par le frère de Philippe le Bel.

 

Le plus fameux des sièges de la Réole est celui qu'elle soutint en 1345, Aglios de Baulx, qui en était capitaine pour le roi de France, défendit le château pendant neuf semaines contre le comte de Derby, au nom d'Edouard III, roi d'Angleterre.

 

La ville de La Réole se soumit sans résistance aux Anglais, et Derby y était à la date du 13 novembre 1345 (Bertrandy,  p. 161 à 165 et 186. Cf. Froissart, t. III, p. xxi, note 2).

 

 Mais le château résista énergiquement, il était encore aux Français à la fin de janvier 1346 (Chronique normande, p. 268, note 5).

 

Après avoir pris le château, le général anglais y laissa un capitaine de sa nation, qui ne fut probablement chargé de reconstruire les fortifications.

 

Techniques de siège : un cas exemplaire

Les textes (Froissart notamment) décrivent un siège d’une modernité remarquable :

 

 Deux beffrois d’assaut

  • en gros merrains
  • trois étages
  • montés sur quatre roues
  • recouverts de cuir bouilli protection contre le feu)
  • 100 archers par étage

 

 Coordination tactique

  • archers couvrant les murailles
  • 200 hommes aux hoyaux et pics pour saper les murs
  • fossés comblés pour amener les tours

 C’est un exemple presque « scolaire » de guerre de siège anglaise, combinant :

  • feu continu
  • mobilité
  • protection passive

 

 Il faut en voir les curieux détails dans l'histoire, et notamment dans l'excellente notice sur la Réole, de M. Dupin, correspondant de la Commission des monuments et documents historiques.

 

Les Anglais qui assiégeaient La Réole en 1345, et qui y restèrent neuf semaines et plus, avaient fait construire et charpenter deux beffrois de gros madriers à trois étages, et chaque beffroi reposait sur quatre roues ;

 

Ces beffrois étaient, du côté tourné vers la ville, entièrement recouverts de cuir bouilli pour les protéger du feu et des projectiles ; il y avait dans chaque étage cent archers.

 

Les Anglais amenèrent donc à force d’hommes ces deux beffrois jusqu’aux murs ; car, pendant le temps où on les avait construits, ils avaient fait combler les fossés assez loin pour pouvoir conduire aisément leurs beffrois.

 

Alors ceux qui se trouvaient dans ces étages commencèrent à tirer très durement et très fort sur ceux qui tenaient les défenses ; et ils tiraient si dru et si serré qu’à peine quelqu’un osait se montrer, à moins d’être très fortement armé et bien abrité contre les traits.

 

Entre ces deux beffrois qui étaient arrêtés devant les murs, il y avait deux cents compagnons équipés de hoyaux, de grands pics de fer et d’autres instruments pour abattre le mur ; et déjà ils en avaient ôté et brisé pas mal de pierres, car personne n’osait s’approcher pour défendre ; en effet, les archers qui étaient en hauteur dans les étages couvraient tous les murs et tiraient très dru et très serré.

 

 

Quand messire Aghos de Baulx sentit que ceux de La Réole se vouloient rendre, il ne voulut oncques être à leur traité, mais se partit d'eux et se bouta dedans le chatel de La Réole, atout ce qu'il avoit de compaignons, et y fit mettre et mener, tendis que ces traités se faisoient,  grand'quantité de vins et de pourvéances de la ville; et puis s'enclorent dedans, et dirent qu'ils ne se rendroient mie ainsi.

 

Or, vinrent les dessus dits chevaliers au comte Derby, et lui contèrent comment les bourgeois de La Réole se vouloient rendre, saufs leurs corps et leurs biens.

 

Le comte demanda si le capitaine de laiens avoit été à ce traité. Ils répondirent que nenni, fors tant seulement que les hommes de la ville.

 

Or, allez voir, dit le comte aux chevaliers, pourquoi il n'y est, et comment il se veut maintenir.

 Ils dirent : « Sire, volontiers. »

 

 Lors retournèrent arrière jusqu'aux barrières, et demandèrent à ceux de la ville : « Votre capitaine, où est-il? Ne veut-il point être de ce traité? »

Ils répondirent : « Nous ne parlons que de nous-mêmes : il fasse à sa volonté ; il s'est ja bouté au châtel et montre qu'il le voudra tenir quoique nous devenons Anglois. »

 

» Adonc retournèrent les chevaliers devers le comte Derby, et lui relatèrent la besogne ainsi qu'èlle alloit.

 

Quand le comte ouït ce, si n'en fut mie moins pensif; et quand il eut pensé une  pièce, si dit : « Allez, allez, prenez-les à merci; par la ville prendrons-nous le châtel. »

 

Lors se départirent les dessus dits dudit comte, et vinrent de rechef à ceux de La Réole, et les reçurent à merci, parmi ce (sous condition de) qu'ils vinrent sur les champs apporter les clefs de la ville au comte Derby, et lui présentèrent en disant : « Cher sire et honoré, de ce jour en avant nous reconnoissons à être vos féaux subjets et nous mettons du tout en l'obéissance du roi d'Angleterre. »

 

Ainsi devinrent hommes ceux de La Réole en ce temps par conquêt au roi d'Angleterre.

 

» Avec tout ce, le comte Derby leur fit jurer sur la tête qu'ils ne conforteroient en rien ceux du châtel de La Réole, mais leur seroient ennemis et les grèveroient de tout leur pouvoir.

 

Ils le jurèrent solennellement. Par ainsi vinrent-ils à paix, et fit défendre le comte, sur la hart, que nul ne fit mal à ceux de La Réole.

 

Ainsi eut le comte Derby la ville de La Réole; mais le châtel se tenoit encore, qui bien étoit pourvu et garni de bonnes gens, de bon capitaine et sûr, et de grand'artillerie.

 

Si se traict ledit comte dedans la ville de La Réole, et y fit traire toutes ses gens, et environner le châtel, et dresser devant tous les engins qui nuit et jour jetoient contre les murs dudit châtel.

 

Mais trop petit l'empiroient, car ils étoient haut malement et de pierre dure, et ouvrés jadis de mains de Sarrasins, qui faisoient les soudures si fortes et les ouvrages si étranges, que ce n'est point de comparaison à ceux de maintenant.

 

Le château des Quatre-Sos était « moult haut et de pierre dure ; » les quartiers de rocs que lui envoyaient nuit et jour les engins ne pouvaient mordre sur lui. (1)

 

» Quand le comte de Derby et messire Gautier de Mauny virent qu'ils perdoient leur temps par ces engins, si les firent cesser, et s'avisèrent qu'ils ouvreroient d'un autre métier.

 

Ils avoient desmineurs; car oncques ne furent sans eux tant qu'ils guerriassent, et leur demandèrent si on pourroit miner le châtel de La Réole.

Ils répondirent qu'ils y essaieroient volontiers.

 

Lors avisèrent leur mine et commencèrent à ouvrer et à miner fort et roide, et aller par dessous les fossés : si ne fut mie sitot fait le comte Derby sist plus de onze semaines.

 

» Tant ouvrèrent les mineurs que le comte Derby avoit mis en œuvre, qu'ils vinrent dessous le châtel, et si avant qu'ils abattirent une basse tour des chaingles (2) du donjon.

 

Mais à la maître tour du donjon ne pouvoient nul mal faire, car elle étoit maçonnée sur une roche dont on ne pouvoit trouver le fond.

 

Bien s'apperçut messire Aghos de Baulx que on les minoit : si en fut en doute, car, au voir dire, c'est grand effroi pour gens qui sont en une forteresse, quand ils sentent que on les mine.

 

Si en parla à ses compaignons, par manière de conseil, à savoir comment ils » s'en pourroient maintenir; et bien leur dit qu'ils étoient en grand péril, puisque on leur alloit par ce tour.

 

Les compagnons ne furent mie bien assurés de ces paroles, car nul ne meurt volontiers, puisqu'il peut finer par autres gages (quand il peut sortir d'embarras autrement).

 

Si lui dirent les chevaliers : « Sire, vous êtes notre capitaine et notre gardien, si devons tous obéir et user par vous, voir est que nous nous sommes moult honorablement ici tenus et n'auront nul blâme en avant de nous composer au comte Derby : si parlons à lui, à savoir s'il nous laisseroit jamais partir, saufs nos corps et nos biens, et nous lui rendrons la forteresse, puisque autrement ne  pouvons finer (trouver). »

 

» A ces paroles s'accorda messire Aghos de Baulx, et vint jus de la grosse tour; si bouta sa tête hors d'une basse fenêtre qui là étoit, et fit signe qu'il vouloit parler au quelque fût de l'ost.  

 

Tantôt fut appareillé qui vint avant. On lui demanda ce qu'il vouloit dire. Il dit qu'il vouloit parler au comte Derby, ou à messire Gautier de Mauny. On lui répondit que on leur feroit savoir volontiers.

 

Si vinrent ceux qui là avoient été devers le comte Derby, et lui recordèrent ces  nouvelles.

 

Le comte, qui eut grand desir de savoir quelle chose messire Aghos vouloit dire, monta tantôt à cheval et emmena avec lui messire Gautier de Mauny et messire Richard de Stanford, et leur dit : «Allons jusques à la forteresse voir et savoir que le capitaine nous veut. »

 

» Si chevauchèrent celle part. Quand ils furent là venus, messire Aghos ota son chaperon tout jus, et les salua bellement l'un après l'autre, et puis dit : « Seigneurs, il est bien vrai que le roi de France m'a envoyé en cette ville et en ce châtel pour le garder et défendre à mon loyal pouvoir; vous savez comment je m'en suis acquitté, et voudrois encore faire; mais toujours ne peut-on pas demeurer en un lieu. Je m'en partirois volontiers et aussi tous mes compaignons, s'il vous plaisoit; et voudrions aller demeurer autre part, mais que nous eussions votre congé.

 

 Si nous laissiez partir, sauf nos corps et nos biens, et nous vous rendrons la forteresse. » Adonc répondit le comte Derdy, et dit : et Messire Aghos, messire Aghos, vous n'en irez pas ainsi; nous savons bien que nous vous avons si étreints et si menés que nous vous aurons quand nous voudrons; car votre forteresse ne gît que sur étais; si vous rendez simplement, et ainsi serez vous reçus. »

 

Lors répondit messire Aghos, et dit : « Certes, sire, s'il nous convenoit entrer en  ce parti, je tiens en vous tant d'honneur et de gentillesse que vous ne nous feriez fort toute courtoisie, ainsi que vous voudriez que le roi de France ou le duc de Normandie fit à vos chevatiers, ou à vous-même, si vous étiez au parti d'armes où nous sommes à présent, si ne blesserez mie, s'il plait à Dieu, la gentillesse ni la noblesse de vous, pour un peu de soudovers qui si sont, qui ont gagné à grand peine leurs deniers et que j'ai amenés avec moi de Provence, de Savoye, et du Dauphiné de Vienne.

 

» Car sachez que si le moindre des nôtres ne devoit aussi bien venir à merci comme le plus grand, nous nous vendrions ainçois tellement que oncques gens assiégés en forteresse ne se vendirent en telle manière, si vous prie que vous y veuilliez regarder et entendre; et nous faites compagnie d'armes (traitez nous avec la loyauté dont les guerriers usent entre eux);  si vous en saurons gré. »

 

» Adonc se retirèrent ces trois chevaliers ensemble, et parlèrent moult longuement d'une chose et d'autre.

 

Finalement, ils considérèrent la loyauté de messire Aghos de Baulx, et qu'il étoit un chevalier étrange hors du royaume de France, et que moult raisonnablement il leur avoit montré le droit parti d'armes et que encore les pouvoit-il tenir là moult grand temps à siège, car on ne pouvoit miner la maître tour du châtel.

 

 Si s'inclinèrent à sa prière, et lui répondirent courtoisement : « Messire Aghos, nous voudrions faire à tous chevaliers étrangers bonne compagnie; si vôulons, beau sire, que vous vous partez, et tous les vôtres; mais vous n'emporterez que vos armures seulement. »

Il cloy à ce mot et dit : « Et ainsi soit. »

 

Adonc se retrait le dessus dit à ses compaignons, et leur conta comment il avoit exploité. De ces nouvelles furent eux tous joyeux; si ordonnèrent leurs besognes le plutôt qu'ils purent, et s'armèrent, et ensellèrent leurs chevaux dont par tout n'en avaient que six.

 

Les aucuns en achetèrent Anglois, qui leur vendirent bien et cher.

 

Ainsi se partit messire Aghos de Baulx du châtel de La Réole, et le rendit aux Anglois, qui s'en mirent en saisine, et s'en vinrent à Toulouse.

 

» Après ce que le comte Derby eut sa volonté et fut venu à son entente de la ville et du château de La Réole, où il avoit été et sis un grand temps, il chevaucha outre, mais il laissa en ladite ville un chevalier anglois, sage homme et vaillant durement, pour entendre à la réfection de la ville et du châtel, et remettre à point et réparer ce qui brisé et rompu étoit. »

 

Le 26 janvier 1346, pour consolider la fidélité des habitants récemment soumis, il accorde une importante exemption fiscale : les vins produits localement dans le district de La Réole sont dispensés de la Grande Coutume (taxe sur l'exportation du vin) normalement perçue à Bordeaux au profit du roi d'Angleterre (duc d'Aquitaine).

 

Henri, comte de Lancaster, Derby et Leicester, à tous, salut.

Nous faisons savoir que, sur l'humble supplication des bourgeois et habitants de la ville de La Réole, qui sont venus de plein gré et de leur pure et libre volonté, spontanément, à la fidélité et à l'obéissance due et ancienne envers nous, en tant que leur seigneur lige et aussi naturel, désirant nous servir et demeurer dans notre fidélité et obéissance tout le temps de leur vie, nous avons concédé et concédons auxdits bourgeois et habitants… que, pour les vins qu'ils produiront dans leurs propres vignes, à savoir dans l'honneur et le district de la ville de La Réole, ils ne soient en aucune façon tenus de payer la coutume habituellement levée et due à la ville de Bordeaux au nom de notre dit seigneur le roi, mais qu'ils soient libres et exempts de ce paiement…En témoignage de quoi… Donné à La Réole, le 26e jour de janvier de l'an du Seigneur mille trois cent quarante-six.(3).

 

 

Si le gouverneur anglais fut chargé de réparer le château, il paraît qu'il ne le fut pas de réparer la ville; car en 1357 des impôts furent établis pour relever les fortifications, et plusieurs localités et paroisses des environs, entre autres le château de Castets-en-Dorthe et celui de Savignac, furent obligés d'y contribuer.

 

Il paraît que la soumission de La Réole était une chose fort importante pour le roi d'Angleterre, puisqu'en 1347, le 2 juin, il écrit au maire et aux jurats pour les remercier de lui avoir été fidèles dans les graves périls auxquels ils avaient été exposés pour sa cause, et pour les engager à persévérer dans cette fidélité.

 

Le lendemain, 3 juin, il confirma les privilèges qui autrefois avaient été accordés par le roi Jean-Sans-Terre.

 

Voulant aussi récompenser les bourgeois et habitants de s'être remis entre ses mains, il décida que la ville et les localités, les châteaux, les maisons et les paroisses de sa juridiction, ne pourraient être, d'ores et en avant, séparés de la couronne d'Angleterre; il ordonna, en outre, de solder, aux frais de son trésor, aux jurats de la ville, mille florins d'or, reste dû des deux mille que le comte de Lancastre avait promis de solder pour les vivres qui avaient été fournis à son armée.

 

On trouve encore, dans Rymer, une preuve de l'importance de La Réole pendant le XIVe siècle : en 1357, le Roi décida qu'étant une ville frontière, elle serait à l'avenir, ainsi que son château, gouvernée par un officier anglais.

 

 

Le siège des châteaux, Forteresses - Tour de siège, beffroi<==

Time Travel 1346 - La chevauchée de Lancastre, comte de Derby dans la Saintonge, Aunis et Poitou<==

Bas Moyen-Age 1329 / 1377<==

 

 

 

 

 

 

 

(1). « Tant ouvrèrent ses mineurs, dit Froissart, qu'ils vindrent sous le chastel, si avant qu'ils abattirent une basse court ès cengles du chastel. Au dongeon ne pouvaient ils mal faire, car il estait massonné sur une roche dont on ne pouvait trouver le fons. »

 Ce n'est pas le donjon seul, comme le prouve très bien M. Leo Drouyn dans la Guienne anglaise, œuvre d'art et œuvre d'histoire d'un rare mérite, c'est le château entier, qui, à l'exception d'une tour, était bâti sur le roc.

Agout de Baulx n'avait donc pas à craindre de voir s'écrouler la forteresse; et s'il se rendit, c'est, ou qu'il ne connaissait pas le véritable état de la mine, ou qu'il n'était pas fâché de trouver un prétexte honorable pour brusquer le dénouement devenu inévitable, et abandonner une défense possible encore, sans doute, mais au prix des souffrances et des privations les plus cruelles.

(2) Chaingles, enceinte, parc fermé de mur ou de haies. (Ducange.)

(3). Henricus, comes Lancastrie, Derbie et Leycestrie, universis. salutem.

Notum facimus quod ad supplicationem humilem burgensium et habitatorum ville de Regula, qui ad fidelitatem et hobedienciam debitam et antiquam, tanquam sui domini ligii et etiam naturalis, gratis et sponte sua mera et libera voluntate venerunt, cupientes sibi servire et in ejus fidelitate et hobediencia toto vite sue tempore permanere, ipsis burgensibus et habitatoribus… concessimus et concedimus…. quod ipsi…. de vinis in eorum propriis vineis exerescendis, videlicet in honore et districtu ville de Reula, custumam apud villam Burdegalam pro dicto domino nostro rege levari consuetam et debitam, solvere minime teneantur, setab ipsius solucione sint liberi….In cujus. Datum Reule XXVI die januarii anno domini millesimo trescentesimo quadragesimo quinto. (Bibl. Imp., Mss. Brequigny, 28, etc., p. 95.)

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