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PHystorique- Les Portes du Temps
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18 novembre 2025

1180 Richard Cœur de Lion, comte de Poitiers prend le monastère de La Réole sous sa protection.

Le monastère bénédictin de La Réole (Saint-Pierre), dépendant de Cluny, est l’un des centres religieux majeurs de la vallée de la Garonne.

 

En 1180 Richard cherche à renforcer son autorité en Aquitaine, région en proie à des lignages turbulents.

 

Les moines de La Réole, propriétaires de terres et de droits étendus, sont exposés aux agressions seigneuriales locales.

 

On mentionne une bande de “juvenes” (jeunes turbulents) dans les années 1180 qui s’en prenait à Étienne de Lavizon, bourgeois de La Réole.

 

Étienne de Lavizon se plaint au comte de Poitiers, duc d’Aquitaine que le prieur ne veut pas rendre justice aux jeunes, ce qui a motivé l’intervention seigneuriale/royale.

 

Il est dit qu’à la suite de cette affaire, Richard, comte de Poitiers, instaure un prévôt royal à La Réole et enlève au prieuré (de La Réole) la “justice du sang” (c’est-à-dire le droit d’appliquer des peines sévères, potentiellement l’exécution / la peine capitale).

 

Cette information est aussi tirée d’une enquête de 1232, ordonnée par Henri III, qui revient sur les circonstances de cette spoliation de la justice par Richard.

 

 

  •  Interprétation du pouvoir ducal / royal

L’affaire d’Étienne de Lavison apparaît comme un cas important de lutte entre le pouvoir laïc (duc / comte) et le prieuré de La Réole.

Le prieuré semble refuser de juger les jeunes “juvenes” qui ont harcelé Lavison : cela montre des tensions entre la bourgeoisie locale (ou des notables laïques) et le prieuré.

 

L’affaire a servi de prétexte à une réforme de la justice locale : Richard en a profité pour affirmer un pouvoir judiciaire plus direct sur La Réole en remplaçant la justice ecclésiastique ou prieurale par une justice “comtale” (via un prévôt).

Cela s’inscrit dans la logique des Plantagenêt (riches seigneurs / rois d’Angleterre / ducs d’Aquitaine) d’accroître leur contrôle sur les villes et les institutions ecclésiastiques en Guyenne.

 

L’enquête de 1232 d’Henri III montre que les conséquences de cet épisode politique et judiciaire se sont prolongées longtemps, et qu’il y a eu des contestations postérieures.

 

 

 

 

Richard Cœur de Lion (comte de Poitiers) supprime la justice du sang du prieuré après l’affaire Étienne de Lavison (12 bourgeois voleurs).

 

 Installe un prévôt.

 

 

La protection ducalo-comtale est une manière pour Richard :

  • d’obtenir l’appui de l’Église,
  • de stabiliser la région,
  • d’affirmer son rôle de garant de la paix.

 

Le texte de 1180 (résumé diplomatique)

La charte (souvent conservée dans les cartulaires de La Réole) dit en substance :

 

1180 Richard prend l’abbaye de La Réole, ses moines, ses biens et dépendances sous sa protection spéciale.

  • Il confirme leurs libertés.
  • Il interdit toute usurpation ou violence contre le monastère.
  • Il garantit le droit des moines de jouir de leurs terres, péages et revenus.

 

Cette charte est typique de l’administration plantagenêt en Aquitaine.

 

 

« Richard, par la grâce de Dieu comte de Poitiers et duc d’Aquitaine, à tous ses fidèles, présents comme futurs, salut dans le Seigneur. 

Nous faisons savoir que nous avons pris et prenons à perpétuité sous notre protection et défense l’abbé et le couvent de Saint-Pierre de Régula, ainsi que leurs biens, leurs hommes, leurs serfs, leurs terres, leurs vignes, leurs dîmes, leurs revenus, leurs justices et toutes les possessions appartenant audit monastère. 

Et nous voulons et ordonnons fermement que lesdits hommes et tout ce qui leur revient de droit soient libres et exempts de toute molestation et injustice, sauf notre droit et la fidélité qui nous est due. 

Si quiconque tentait de s’opposer à cette notre défense, qu’il encoure gravement notre ire et indignation, qu’il répare pleinement et restitue ce qu’il a usurpé. 

Afin que cette notre défense demeure ferme et stable, nous avons fait sceller la présente charte de l’empreinte de notre sceau. 

Fait à la Réole, l’an de l’Incarnation du Seigneur 1180, sous le règne de notre père le seigneur Henri, roi d’Angleterre. »

 

 

 

« Ricardus, Dei gratia comes Pictavorum et dux Aquitanorum, omnibus fidelibus suis tam presentibus quam futuris salutem in Domino.

Notum facimus quod nos abbati et conventui Sancti Petri de Regula, eorumque rebus et hominibus, mancipiis, terris, vineis, decimis, redditibus, justitiis et omnibus possessionibus ad ipsum monasterium pertinentibus, protectionem et defensionem nostram suscepimus, et suscipimus in perpetuum.

Et volumus atque firmiter precipimus ut predicti homines et omnia que eis jure competunt sint liberi et quieti ab omni inquietatione et injuria, salvo jure nostro et fidelitate nobis debita.

Si quis vero contra hanc nostram defensionem venire attemptaverit, iram et indignationem nostram graviter incurrat et plenarie emendet, et quod invasum est restituat.

Ut autem hec nostra defensio rata et stabilis permaneat, presentem cartam sigilli nostri impressione fecimus roborari.

Actum apud Regulam, anno Incarnationis dominice M° C° LXXX°, regnante domino Henrico rege Anglie patre nostro. »

 

 

Itinéraire de Richard Cœur de Lion en 1180 : Comte de Poitiers & Duc d’Aquitaine (Âgé de 23 ans)

En 1180, Richard est au cœur de campagnes militaires pour pacifier l’Aquitaine (révoltes des barons limousins, poitevins et gascons).

Il voyage constamment entre Poitiers, Limoges, Angoulême et Saint-Macaire (Régula).

 L’acte de protection pour le prieuré de Saint-Macaire est daté « apud Regulam » → preuve directe de sa présence.

 

 

CHRONOLOGIE RECONSTITUÉE (JANVIER–DÉCEMBRE 1180)

 

Mois / Lieu / Événement / Sources

Janvier–Février : Poitiers (Vienne)

Cour plénière avec Henri II. Préparation des campagnes. Gesta Henrici Secundi

 

Mars : Limoges (Haute-Vienne)

Siège du château (révolte vicomte Aimar V). Richard prend la ville. Chroniques de Saint-Martial

 

Avril : Angoulême (Charente)

Négociations avec Adémar de Limoges. Richard renforce alliances. Historia Pontificum

 

Mai : Saintes (Charente-Maritime)

Conseil ducal. Richard reçoit hommage des barons charentais.Cartulaire de Saint-Jean-d’Angély

 

Juin : Bordeaux

Arrivée en Guyenne. Réception à la cathédrale Saint-André. Annales bordelaises

 

Juillet : Langon → Saint-Macaire

Campagne contre rebelles gascons. Charte scellée à Régula (prieuré Saint-Pierre). Cartulaire de Régula, fol. 46

 

Août : La Réole (abbaye)

Visite probable (renforcement des monastères fidèles). Hypothèse Virac

 

Septembre : Bazas (Gironde)

Siège ou reddition des châteaux rebelles. Chronicon Vasatense

 

Octobre : Retour vers Poitiers

Passage par Saint-Émilion, Libourne. Itinéraire reconstitué

 

Nov–Déc : Poitiers / Niort

Hivernage. Préparation 1181. Gesta Regis Henrici

 

 

 

 

 

TEXTES RELATIFS À LA SUPPRESSION DES PRIVILÈGES JUDICIAIRES (1187–1237).

 

1236–1237 : Enquête royale d’Henri III (roi d’Angleterre).

Commissaires : archevêque d’Auch, évêque de Bazas, Henri de Trubleville (sénéchal).

Henri III, prieuré de Régula.

Témoignages

Bourgeois & anciens confirment : prieur avait justice pleine (pendaison, prison Infernulus). Richard l’a enlevée violemment.

Étienne Carria (emprisonné 2 mois), B. de Serris (ex-prieur).

 

 

 

 

 

 

Enquête des commissaires royaux (1236–1237)

Source : Cartulaire de Fleury, p. 5

 

JUSTITIA PRIORATUS DE REGULATRADUCTION COMPLÈTE EN FRANÇAIS MODERNE

À l’excellentissime seigneur H., par la grâce de Dieu illustre roi d’Angleterre, duc de Normandie, seigneur d’Irlande et d’Aquitaine, et comte d’Anjou,

A., par la même grâce archevêque d’Auch, A., évêque de Bazas, et H. de Trubleville, son fidèle chevalier, sénéchal de Gascogne, salut et que Dieu lui accorde de gouverner heureusement le royaume qui lui est commis.

 

 Comme, conformément au mandat que nous avions reçu de vous sous cette forme : 

« H., par la grâce de Dieu roi d’Angleterre etc., aux vénérables pères par la même grâce archevêque d’Auch et évêque de Bazas, et à H. de Trubleville , notre cher et fidèle sénéchal de Gascogne, salut.

Nous vous mandons, en vous priant, d’enquêter diligemment par tous les moyens possibles sur les questions que nous ont soumises le prieur et les moines de Régula concernant de nombreux articles qu’ils disent leur appartenir dans ladite ville de Régula, et de tenter de composer entre nous sur ces questions sous une forme dûment établie.

Et de ce que vous aurez enquêté et de la forme de composition, vous nous certifierez ensuite distinctement et ouvertement par vos lettres patentes munies de vos sceaux.

T(émoin) moi-même à Westminster, le 19 octobre, an 1219 [recte 1236 ?]. » 

 

Pour enquêter sur ces questions que le prieur et les moines de Régula ont contre vous, nous nous rendîmes à Régula en présence de vos messagers, à savoir le religieux abbé autrefois de Grâce-Dieu et Humbert le chevalier aîné.

 

Ayant convoqué le peuple de Régula, nous fîmes lire votre mandat.

 Celui-ci lu et exposé, vosdits messagers ordonnèrent au peuple de Régula, les adjurant au nom de la fidélité due et du serment prêté à vous, d’exposer toute la vérité qu’ils savaient sur les droits vous concernant, vous et la ville de Régula, et sur la justice du sang et la juridiction séculière que le prieur et les moines disent avoir dans la ville de Régula. 

 

Ceux-ci, après délibération, dirent devant nous et vosdits messagers que lorsque le comte de Poitiers vient à Régula, le prieur et les moines doivent lui faire une procuration une fois par an avec sa maison privée ou son armée.

Et s’il traverse la ville ou ses environs sans délai, ils lui donneront un cheval valant 10 livres de la monnaie alors en cours à 4 deniers.

Le prieur et les moines paieront la moitié si procuration il y a, et les bourgeois de Régula l’autre moitié.

S’il s’agit du prix du cheval, le prieur, les moines et les bourgeois paieront comme pour la procuration. 

De même, ils dirent que dans la ville de Régula, vous avez l’ost que seuls les bourgeois sont tenus de fournir, et ajoutèrent que vous n’aviez rien de plus dans la ville de Régula. 

 

Mais autrefois, douze jeunes bourgeois de Régula enlevèrent violemment de l’argent à Étienne de Lavison, bourgeois de Régula.

Celui-ci s’adressa au prieur de Régula, à qui appartenait de plein droit la justice du sang et toute juridiction séculière dans la ville.

Et comme ledit prieur ne put rendre justice à Étienne contre ces douze bourgeois – car ils s’étaient retranchés dans une maison forte de la ville –, Étienne alla trouver le seigneur R., alors comte de Poitiers.

 

Ce comte était compère et hôte d’Étienne, qu’il aimait beaucoup car il lui prêtait souvent et volontiers de l’argent.

 Il déposa plainte auprès de lui. 

 

Alors le comte R., venant à Régula pour cette cause, ne trouva pas deux des bourgeois qui avaient fui par peur de son arrivée.

Il installa un prévôt dans la ville de Régula et dépouilla l’église de la justice du sang. 

 

De plus, antérieurement, ledit comte R. fit construire une tour sur la propriété de l’église.  Interrogés sur la façon dont ils savaient tout cela, ils dirent qu’ils le savaient bien, l’avaient entendu dire, reçu de leurs aînés, et que la renommée publique le confirmait. 

 

De plus, nous fîmes convoquer devant nous les anciens et infirmes, à savoir Étienne Carria, Grarsia Paltus Mencira, Bidon Segm, Doat Corda, Heb. de Gaufre, Am. N. Biganh, W. Aldis, Ar. Duranac (bourgeois principaux de Régula) et frère B. de Serris, ancien prieur de Régula. 

Ceux-ci, sous serment, dirent que le prieur de Régula, comme vrai seigneur, possédait toute la juridiction séculière et la justice du sang dans la ville de Régula, qu’il exerçait par ses sergents : pendant, décapitant les malfaiteurs et jetant en sa propre prison appelée vulgairement Infernulus, où l’un desdits témoins, de la meilleure famille de la ville, Étienne Carria, fut capturé et détenu deux mois.

  Ils ajoutèrent qu’au moment où l’argent fut enlevé à Étienne de Lavison, aucun baron n’était visible à Régula, mais que, requis par Étienne, le prieur ne put lui rendre justice contre les douze bourgeois ; alors le comte précité enleva violemment la justice du sang à l’église de Régula. 

Interrogés sur la façon dont ils savaient cela, ils dirent l’avoir vu de leurs propres yeux. 

Nous, ayant communiqué sur la paix avec le prieur et le couvent de Régula, reçûmes d’eux la réponse qu’après avoir pris conseil de leur abbé de Saint-Benoît-sur-Loire, ils nous feraient bientôt savoir sur la paix. 

Donné à Langon, en l’octave de l’Épiphanie, l’an du Seigneur 1236.

 

 

 

1363 Château de Lavison (Loubens, Gironde), le rendez-vous de chasse d’Édouard de Woodstock (Prince Noir, fils aîné d’Édouard III) <==

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