1er mars 1190 Chinon - Richard Cœur de Lion signe une charte Trêve de Dieu avant de partir en croisade
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Chinon (forteresse angevine clé des Plantagenêts).
Trêve de Dieu : Mouvement de paix ecclésiastique né au XIe siècle pour limiter les guerres privées (protection des églises, clercs, paysans, femmes, etc., pendant certaines périodes).
En Normandie, elle est renforcée sous les ducs et rois Plantagenêts.
Contenu : Richard, nouveau roi (couronné le 3 septembre 1189), confirme et précise les sanctions contre les briseurs de la Trêve de Dieu :
- Duel judiciaire dans la cour royale.
- Amende fixe de 9 livres à l’évêque du diocèse (priorité à l’Église sur le roi).
- Purge canonique si pas de duel.
- Pas d’exemption pour les fugitifs ou ceux qui font paix avec le roi.
Objectif : Stabiliser la Normandie et l’Anjou avant le départ de Richard pour la Troisième Croisade (il quitte Vézelay le 4 juillet 1190).
Témoin principal : Bernard, archevêque de Tours (métropolitain d’Anjou et du Maine).
Rédacteur : Jean d’Alençon, archidiacre de Lisieux et vice-chancelier (clerc fidèle de la chancellerie angevine).
Richard, par la grâce de Dieu roi des Anglais, duc de Normandie et d’Aquitaine, comte d’Anjou, à l’archevêque de Rouen, aux évêques, abbés, comtes, barons, justiciers et à tous les fils de la sainte Église constitués en Normandie, salut.
Sachez que nous avons concédé et, par la présente charte, confirmé à l’archevêque de Rouen, à l’Église de Rouen et à tous les évêques de Normandie et à leurs Églises-mères ce qui concerne les meurtriers qui tuent en violation de la trêve et de la paix de l’Église et qui enfreignent la trêve :
Si quelqu’un veut défier en duel cet meurtrier, ce duel se tiendra dans notre cour.
Et si celui-ci est convaincu, l’évêque dans le diocèse duquel le fait a été commis recevra son amende de neuf livres sur l’argent du condamné, par les mains de notre justice ; si toutefois il reste de l’argent du condamné au-delà de notre part, il reviendra à l’évêque.
Si l’argent du condamné ne suffit pas à atteindre ces neuf livres, l’évêque recevra tout ce qui manque, de telle sorte que rien n’en sera pris pour notre usage tant que l’évêque n’aura pas reçu la totalité de son amende, si cet argent y suffit.
Si personne ne se présente pour prouver par duel le meurtrier, celui-ci se purgera dans l’Église de Dieu par le jugement de l’Église.
S’il est convaincu là, il fera la même chose pour l’amende des évêques et les trois… [lacune ou III livres ou autre montant, selon le texte complet] comme il est écrit ci-dessus.
Et si l’un des meurtriers ou briseurs de trêve s’enfuit de la justice et sort de notre terre, il en sera de même pour l’amende.
Et s’il fait la paix avec nous, l’amende de l’évêque ne sera pas comprise dans notre paix, mais il la rendra à l’évêque ou fera la paix avec lui à ce sujet.
Témoins : B[ernard], archevêque de Tours.
Donné par la main de Jean d’Alençon, notre vice-chancelier et archidiacre de Lisieux, le premier jour de mars, à Chinon, en la première année de notre règne.
Ricardus Dei gracia, rex Anglorum, dux Normanniæ, Aquitanie, comes Andegavie Archiepiscopo Rothomagensi et episcopis et abbatibus et comitibus, baronibus, justiciis et omnibus filiis sancte ecclesie per Normanniam constitute, salutem.
Sciatis nos concessisse et presenti carta confirmasse archiepiscopo Rothom. et ecclesie Rothom. et omnibus episcopis Norm. et rnatribus ecclesiis hoc de occisoribus qui homicidium in tresvis et pace ecclesie occidunt et tresvas infringunt, quod si occisorem illum aliquis duello appellare voluerit, duellum illud in curia nostra tenebitur.
Et si inde convictus fuerit episcopus ille in cujus diocesi hoc factum est emendam suam in novem libras de pecunia convicti, per manus justicienostrehabebit, si vero de pecunia illius aliquid remanserit ultra nostrnm erit.
Si vero pecunia illius ad illas novem libras faciendas non suffecerit, totum illud minus episcopus habebit, ita quod nichil inde ad opus nostrum accipietur, donec episcopus totam emendam suam habeat, si pecunia illa ad hoc suffe cerit.
Si vero defecerit qui occisorem illum duello probare velit, ipse occisor in ecclesia Dei, per judicium ecclesie se purget.
Si vero ibi convictus fuerit faciat idem de episcoporum emenda et III .... quod supra scriptum est.
Et si quis occisorum et tresve infractorum fugerit justiciam et de terra nostra exierit de emenda idem erit;
et si nobiscum pacem fecerit, emenda episcopi in pace nostra non erit, sed reddat eam episcopo , vel pacem inde cum eo faciat.
Testibus : B. archiepiscopo Turon Data per manum Johannis de Alencon , Vicecancellarii nostri et Lexov. archiepiscopi (sic), prima die Marcii apud Chinun, anno primo regni nostri.
Cette charte illustre la politique de Richard : maintenir l’ordre féodal et ecclésiastique dans ses domaines continentaux tout en préparant la croisade, tout en renforçant la justice royale (duel dans sa cour, priorité aux amendes épiscopales).
Moyen-Age Classique 1137 / 1204 période Aliénor d'Aquitaine<==