Monastère Notre-Dame du Pin - chartes et privilèges accordés par Richard Cœur-de-Lion aux habitants de La Rochelle
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Richard, comte de Poitiers, fils du roi d'Angleterre, à tous les archevêques, évêques, barons, sénéchaux, prévôts, justiciers et à tous ses baillis, salut.
Que tous sachent que j'ai donné et concédé à perpétuité à tous les hommes qui habitent à La Rochelle, ou qui y habiteront à l'avenir :
- Que quiconque d'entre eux mourra, qu'il ait fait un testament ou non (c'est-à-dire qu'il ait confessé ses péchés ou non), toutes ses biens et possessions demeureront entièrement et paisiblement à ses héritiers et à sa descendance.
- Pour celui qui mourra en ayant fait un testament ou en ayant confessé, je commande que son testament soit respecté selon sa volonté, et je ne veux pas que quiconque ose le violer.
- Si quelqu'un meurt intestat (sans testament) et sans héritier ni descendance, ses possessions reviendront à nous [le seigneur].
- De plus, je leur ai concédé que, s'ils veulent contracter des mariages entre leurs fils et filles, ou avec des femmes, je ne leur imposerai aucune violence, et je ne chercherai pas à marier de force leurs fils, leurs filles ou leurs veuves.
Fait par moi-même, à Pin, témoins : G. Lescor et d'autres.
Notes complémentaires :
Cette charte de Richard (datée vers 1175-1189, lorsqu'il est comte de Poitiers avant de devenir roi) accorde des libertés successorales et matrimoniales aux habitants de La Rochelle, protégeant leurs biens contre les saisies arbitraires et interdisant les mariages forcés par le seigneur.
C'est un privilège typique des chartes communales ou de franchises urbaines du XIIe siècle.
Le document de 1317 est une confirmation capétienne tardive, après la conquête définitive de la région par Philippe Auguste (1204) et ses successeurs. Il s'inscrit dans une longue tradition de vidimus royaux pour valider les droits anciens face à d'éventuels litiges.
Comme mentionné dans la note jointe, les confirmations par Philippe le Hardi (III), Philippe le Bel (IV) et Philippe le Long (V) étaient moins connues des historiens à l'époque de la source (XIXe siècle ?), mais ce vidimus de Philippe V est un exemple précis.
Le texte original de Richard a été édité par Besly (Histoire des comtes de Poitou, p. 500) et dans les Ordonnances des rois de France (t. XI, pp. 318 et 325), avec des variantes mineures.
L'abbaye Notre-Dame du Pin (souvent appelée simplement Abbaye du Pin) est une ancienne abbaye cistercienne située à Béruges, dans le département de la Vienne (région Nouvelle-Aquitaine), à environ 16 km à l'ouest de Poitiers, au creux d'un vallon verdoyant où surgit la source Saint-Marc, près de la rivière Boivre.
Fondation et origines
Fondée vers 1120 par Géraud de Salles (ou Giraud de Salles, ermite et prédicateur influent du début du XIIe siècle, fondateur de plusieurs monastères dans le Sud-Ouest comme Dalon ou Cadouin), sur des terres offertes par des donateurs locaux (notamment Tition de Bares, et avec l'intervention de Guillaume des Forges, chanoine de Saint-Hilaire de Poitiers).
La construction de l'abbatiale s'achève en 1141. Initialement placée sous la règle bénédictine, elle est rattachée à l'ordre de Cîteaux le 3 juillet 1163 (ou 5 juillet selon certaines sources) par décision de l'évêque de Poitiers Jean aux Belles-Mains (Jean Belles mains), imposant une règle plus stricte et austère, en ligne avec l'esprit cistercien de simplicité, de travail manuel et de retrait du monde.
L'abbaye est alors affiliée à l'abbaye-mère de Pontigny (dans l'Yonne), l'une des premières filles de Cîteaux.
Lien avec Richard Cœur de Lion et Pierre Million
La prospérité de l'abbaye au tournant des XIIe-XIIIe siècles doit beaucoup à son abbé Pierre Million (ou Millon, Pierre Milon), ancien aumônier, chapelain et confesseur de Richard Cœur de Lion.
Pierre Million n’est pas un simple abbé distant, mais un membre de la familia regis (entourage royal) dès les années 1170-1180.
Dès 1180 : Pierre Million apparaît comme témoin d’une charte accordée par Richard (alors comte de Poitiers et duc d’Aquitaine) à l’abbaye cistercienne de Dalon (Dordogne), une autre fondation de Géraud de Salles (le même fondateur que l’abbaye du Pin).
Cet acte est signé à Cognac (Charente), un lieu fréquent pour Richard lors de ses tournées en Aquitaine.
Cette mention est citée dans un article d’Andrew W. Lewis publié dans The English Historical Review (EHR) en 1995 (vol. 110, n° 438, pp. 663-664 ou environs), qui analyse les actes angevins et les réseaux de patronage monastique dans le Sud-Ouest.
Dalon, comme le Pin, est une abbaye cistercienne poitevine-limousine, et Richard y étend sa protection et ses dons pour consolider son autorité locale face aux seigneurs turbulents et aux influences capétiennes.
1189-1190 : Peu après la mort d’Henri II (juillet 1189) et son couronnement comme roi Richard Ier, il confirme et étend les donations à l’abbaye du Pin.
Richard, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers, accorde des dons substantiels à l'abbaye du Pin: biens en Angleterre (notamment l'église paroissiale de Soham (Cambridgeshire, Angleterre), daté du 26 août 1189, confirmés après sa mort), ce qui finance d'importants travaux dans les années 1180-1190. (confirmé dans les sources anglaises, comme les archives du Pembroke College à Cambridge, qui hérita plus tard de ces revenus).
D’autres biens ecclésiastiques : église de Baeway (ou variante orthographique, probablement Bayeux ou un toponyme proche) et dîmes de Henny (Essex ou Suffolk ?).
Ces possessions anglaises, inhabituelles pour une abbaye poitevine, montrent la faveur exceptionnelle accordée par Richard à Pierre Million, son aumônier (almoner), chapelain et confesseur personnel.
Elles financèrent des travaux majeurs à l’abbaye dans les années 1180-1190 (agrandissements, fortifications légères, etc.).
Rôle et proximité durable :
Pierre Million assiste le roi à ses derniers moments lors du siège de Châlus-Chabrol (Limousin) le 6 avril 1199, où Richard meurt d'une blessure à l'épaule causée par un carreau d'arbalète.
Il reçoit sa confession (Richard, rongé par la rancune contre Philippe Auguste, n’avait pas confessé depuis la croisade), et assiste à ses derniers instants avec d’autres clercs (évêques de Poitiers et d’Angers, Hugues de Lincoln, abbé de Turpenay).
Après la mort de Richard, ces biens anglais passent progressivement (fin du Moyen Âge) dans la dotation du Pembroke College (Cambridge), d’où les photocopies mentionnées par Nicholas Vincent (spécialiste des Plantagenêts, directeur du projet Acta of the Plantagenets à l’Université d’East Anglia, qui édite exhaustivement les chartes de Henri II, Richard Ier, etc.).
Ce lien illustre parfaitement la stratégie de Richard : s’appuyer sur des abbayes cisterciennes loyales (comme Dalon, le Pin, Turpenay) pour asseoir son pouvoir en Poitou/Aquitaine, tout en récompensant personnellement ses clercs de confiance.
En 1198, l'abbaye du Pin obtient le privilège du minage : taxe sur toutes les transactions de blé dans le comté de Poitiers, monopole de la fabrication des boisseaux (mesure de grains variable entre 25 et 36 litres selon les régions), et monopole d'importation de grain à Poitiers.
Ces privilèges économiques (renforcés au XIIIe siècle par des dons du seigneur de Montreuil-Bonnin, qui oblige les habitants de Béruges à moudre leur blé au moulin abbatial) permettent à l'abbaye d'acquérir progressivement la quasi-totalité des terres de la commune actuelle de Béruges.
La mention "Teste me, apud Pinum, G. Lescor et aliis" dans les chartes (comme celle de Richard comte de Poitiers) désigne précisément Pinum comme lieu de rédaction ou de signature ("Teste me" = "Témoin moi-même", formule courante pour authentifier l'acte ; "apud Pinum" = "à Pin" ou "au Pin").
Cela confirme que l'abbaye du Pin servait de résidence ou de lieu de chancellerie occasionnelle pour Richard lors de ses séjours en Poitou, et que des actes y étaient scellés (témoins : G. Lescor et autres).
Évolution et architecture
L'abbaye connaît une grande prospérité aux XIIIe-XIVe siècles, mais subit des dommages pendant la guerre de Cent Ans et les guerres de Religion (brûlée en 1569 lors du siège de Poitiers par Coligny).
L'abbatiale, typiquement cistercienne (nef unique sans collatéraux, transept réduit, chœur simple, proportions équilibrées, ornementation minimale), conserve des éléments des XIIe, XVe et XVIIe siècles. Au XVIIe siècle, réaménagements (boiseries, cheminées) la transforment en "château" résidentiel.
À la Révolution (1792), biens nationaux : vendue, elle devient filature au XIXe siècle, puis propriété privée.
Depuis le 25 mars 2011, elle est un domaine privé (Domaine de l'Abbaye du Pin – Tardivon), loué pour mariages, séminaires, réceptions (abbatiale, bâtiments conventuels avec 60 couchages, moulin annexe, parc et tivoli pour 300 personnes).
Classée ou inscrite aux Monuments historiques (réf. PA00105350 pour certains éléments comme les bâtiments des moines, communs et portail).
Aujourd'hui, c'est un site bucolique et patrimonial majeur du Poitou, illustrant la transition bénédictine-cistercienne et les liens Plantagenêts-Capétiennes dans la région.
Moyen-Age Classique 1137 / 1204 période Aliénor d'Aquitaine<==
Châlus - Récit de la mort de Richard Cœur de Lion d’après Roger de Hoveden.<==
Richardus, comes Pictavensis, filius regis Anglie, omnibus archiepiscopis, episcopis, baronibus, senescallis, prepositis, justiciariis et omnibus ballivis suis, salutem. Noverint universi quod ego dedi et concessi imperpetuum omnibus hominibus, qui manent Rochelle, vel eciam mansuri sunt in posterum, quod quicunque ex illis, sive testatus, sive intestatus, id est sive confessus, sive non, morietur, omnes res ejus et possessiones integre et quiète remaneant heredibus suis et generi suo.
Illius autem qui testatus, sive confessus, morietur, precipio quod testamentum stet juxta ejus divisionem, nec volo quod aliquis illud violare presumat.
Si vero quispiam intestatus et sine herede et genere morietur, ejus possessio nostra erit.
Preterea ipsis concessi quod, si ipsi inter filios et filias suas, et mulieres, matrimonia contrahere voluerint, ego eis nullam inferam violenciam, nec ego eis queram filios suos, vel filias, vel viduas, ad maritandum. Teste me, apud Pinum, G. Lescor et aliis.