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PHystorique- Les Portes du Temps
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20 janvier 2026

Notes sur l’église- prieuré d'Anais (Saint-Martial de Limoges) en Aunis - François VI de La Rochefoucauld

Notes sur l’église- prieuré d'Anais (Saint-Martial de Limoges) en Aunis - François VI de La Rochefoucauld

 

En Aunis à 20 kilomètres environ à l'est de la Rochelle se trouve le village d'Anais.

Au XIe siècle florissante petite ville avec un monastère, une église romane, un donjon imposant le « Château Gaillard » Donjon, monastère, église dominant la vaste plaine aunisienne.

Plantés au sommet d'un repli de terrain leur masse apparaissait au loin, resplendissante de blancheur sous le soleil.

A cause de (cela Anais s'appelait fièrement Anais la Ville Blanche.)  

Tout a disparu.

 Il ne reste pour signaler au loin ce vieux sommet mort qu'un groupe de cyprès funèbres ; à leurs pieds, sous la glèbe, de vieilles pierres que déterre de temps à autre la charrue ; et dans les archives des villes de bref textes.

Les pierres. L'une d'elles est le témoin d'un passé qui remonte à la préhistoire : un beau nucléus de silex à patine blanche et à taille certaine ; de l'époque gallo-romaine, ou tout au moins mérovingienne, une tuile à rebords; du XIe siècle de fort jolis chapiteaux romans et une statue d'angle, déposés au musée de La Rochelle ; du XIIIe, une élégante console ; du XVIIe, une plaque de cheminée, dernier vestige de prospérité.

Les textes. Rares, et ne contenant que de brèves mentions administratives. Toutefois, ils nous apportent quelques précisions intéressantes à la fois pour l'histoire de l'Aunis et pour l'histoire du Limousin.

Nous apprenons, en effet, que le monastère d'Anais était un prieuré appartenant à Saint Martial de Limoges ; et nous trouvons cette mention dans un document intitulé la « Pancarte de Rochechouart ».

Pour savoir en quoi consiste ce document il faut se rappeler d'abord ce qu'était la Pancarte.

Pour obtenir de la royauté franque confirmation de titrés perdus ou brûlés on adressait au roi une requête exposant la perte et énumérant les domaines dont les titres étaient perdus. Le roi concédait un « précepte » résumant la requête et reproduisant l'énumération.

Ce précepte s'appelait Pantocharta ou Pancharta. Ce nom s'étendit plus tard à tous les privilèges confirmatifs et énumératifs de propriétés, émanés soit du Pape (bulles), soit du Roi (diplômes). On ne rencontre plus de documents de ce genre après le XVe siècle.

 

Notre document est donc un titre confirmatif et énumératif des propriétés. Mais il ne mentionne que des biens ecclésiastiques ; et tous compris dans le diocèse de Saintes. Pourquoi donc le nom de Rochechouart ?

Mes recherches sont restées vaines. Les Musset, les Chollet sont .muets là-dessus malgré la minutie habituelle de leur critique des textes. Rien dans le texte ne concerne la vicomté de Rochechouart, ni la famille de fe nom.

Cependant en 1398 s éteignait Jean de Rochechouart, évêque d'Arles et cardinal d'Ostie.

La Pancarte est de 1402.

Le cardinal était-il un ami de l'évêque de Saintes, Nicolas qui possédait ladite Pancarte à cette date ; et 1 serait-ce par lui qu'il obtint du Pape ce tire, qui par reconnaissance aurait gardé le nom de Rochechouart ?

Quoiqu'il en soit, voici ce que nous dit la Pancarte sur le prieuré d'Anais :

« Abbas sancti Martialis Lemovicencis diocesis, ordinis sancti Benedicti, confert pleno jure prioratum de Anesio. »

Ainsi le prieuré d'Anais relevait de Saint Martial de Limoges dont l'abbé en nommait « pleno jure » le prieur.

 Et voici un texte qui précise sur un point les relations entre les pays d Aunis et Saintonge et le Limousin.

Nous savons d'ailleurs que ces relations furent nombreuses.

Elles remontent aux plus anciennes dates. La tradition prétend même que Saint Martial (IIIe siècle) serait venu sur nos côtes.

 Mais pour ne citer que quelques textes authentiques : en 785 Roger, comte de la Marche et du Limousin donne par testament à Charroux le domaine de Coulon en Aunis.

Texte vénérable pour l'histoire aunisienne, car c'est la première fois que l'on trouve mentionné l'Aunis.

— En 869, Anselme, évêque de Limoges, discute au concile de Verberie (?) à propos de certains droits sur le Pagus Alninsis.

— En 1026, Islon, évêque de Saintes assista à la dédicace de Saint Sauveur (Saint Martial) de Limoges ; et Ramnulfe, évêque de Saintes, est présent a une seconde dédicace de la même église, en 1095, etc., etc..

La puissante abbaye de Saint-Martial possédait en Saintonge de nombreux et riches prieurés : Montendre, Saujon, Montlieu, Vitaterne, Saint-Seurin de Palerme...

En Aunis de bonne heure elle eut des droits sur des terres et salines aux portes de La Rochelle, alors petite bourgade de pêcheurs-pirates (XIe siècle).

Le prieuré d'Anais ne lui échut que bien plus tard ; et tout probablement vers la date même de la Pancarte, 1402.

 

Ce prieuré appartenait auparavant à l'abbaye de Nouaillé en Poitou, qui avait à sa collation un grand nombre de localités d'Aunis, la plupart autour d'Anais : Fontenay l'Abattu, Saint Sauveur de Nouaillé, Saint Julien de Milescu, N. D. de Riou...

Ce pays était chaque année traversé par les .comtes du Poitou allant aux chasses de Maillezais par la forêt aunisienne de Benon. Ils étaient les généreux bienfaiteurs de Nouaillé.

La Pancarte elle-même après avoir attribué nettement, comme nous venons de le voir, le prieuré d'Anais à Saint-Martial, prétend le rattacher encore à cette date à Nouaillé ; car voici ce qu'elle dit quelques feuillets auparavant :

« Abbas sancti Juniani de Nubilliaco, pictavienais diocesis, ordinis sancti Benedicti, confert prioratum sancti Petri de Ancio, d'Anay, in archipresbiteratu Surgeriarum ».

Il s'agit bien de notre prieuré, situé en effet dans l'archiprêtré de Surgères.

Si bien qu'en présence de tette contradiction (il y en a plus d'une dans la Pancarte) on se demande quel est le texte et le titre exact. M. Duplès Agier dans les Chroniques de Saint-Martial de Limoges hésite entre Anais en Aunis et Anais en Charente pour le Ier texte.

 Mais Anais en Charente n'était pas du diocèse de Saintes. Il semble plus logique de supposer simplement une erreur du rédacteur s'expliquant par ce fait, — supposé il est vrai, à défaut d'autres données — que ce serait à l'époque même de la rédaction de la Pancarte que Saint-Martial aurait acquis de Nouaillé le prieuré d'Anais.

 Le rédacteur inattentif aurait oublié de « faire la mutation ».

Et en effet à partir de cette époque les actes attribuent régulièrement Anais à Saint-Martial.

En 1549 les registres du gouvernement de La Rochelle (cour antérieure au Présidial) mentionnent la justice d'Anais — « Anès » — comme appartenant aux chanoines de Limoges. Puis d'un acte du notaire Mabille il ressort qu'en 1692 un chanoine de l'église séculière et collégiale de Saint-Martial de Limoges donne à ferme, au nom du chapitre les chatellenie, prieuré et seigneurerie d'Asnay, avec leurs revenus et émoluments, ainsi que ceux de son annexe de Vérines, membre en dépendant uni à la mense ordinaire du chapitre de Saint-Martial.

 — Asnais est aux moines de Limoges, dit Begon dans son Mémoire sur la généralité de Limoges.

En 1789 le chapitre de Saint-Martial nommait, comme prieur d'Asrtais, un député aux Etats Généraux.

 En 1791 le four banal dépendait du même chapitre, d'après les affiches et annonces de La Rochelle.

Anais était un riche prieuré.

A la fois prieuré et cure il cumulait les charges et les bénéfices de ces 2 titres. Il avait sous sa dépendance la cure de Vérines, village voisin. Ce sont de fertiles contrées, avec de beaux blés, de gras pâturages ; et surtout, sur- les coteaux, de luxuriants vignobles, auxquels les moines, vignerons émérites, apportèrent, là comme ailleurs, leur intelligente industrie qui fit la prospérité du pays.

Dans le registre des impositions de 1326-1327 le prieuré « des Anesio » figure pour 8 livres Tournois, imposition égale à celle que payait Muron près Surgères, le plus riche prieuré de la contrée, et supérieure à la plupart des églises d'Aunis.

 

La Tradition a gardé le souvenir de cette prospérité.

Les anciens, dans le pays, racontent qu'un fermier découvrit un trésor enfoui dans !la terre sous la vieille cloche de l'église et que ses attelages suffirent à peine, une nuit entière, à transporter sa trouvaille à l'Angle Giraud. Un cheval et un bœuf en moururent de fatigue. Il est encore de tradition qu'un veau d'or est caché dans les dépendances du prieuré.

 

Les guerres de religion anéantirent en partie cette prospérité.

 En 1725 on ne comptait plus que 21 feux dans le village (Rapport sur la généralité de La Rochelle, Jourdan) ; en 1737 on remonte à 48 feux ; l'imposition y est à cette date de 884 livres, le commerce des vins y contribue pour beaucoup ; mais en 1789 il n'y a plus que 40 feux, d'après l'était des paroisses qui servit à fixer le nombre des électeurs.

 

L'église Saint-Pierre-ès-Liens (ou Saint-Pierre-aux-Liens) d'Anaïs (Charente-Maritime, anciennement Aunis, commune d'Anaïs près de Surgères) est l'édifice paroissial actuel du village, qui succède ou intègre les vestiges de l'ancien prieuré mentionné dans les notes précédentes (dépendant de Saint-Martial de Limoges à partir du XVe siècle, puis du chapitre de Limoges jusqu'à la Révolution).

 

Description et histoire de l'église

Patronage : Dédiée à Saint Pierre ès-Liens (ou aux Liens), référence à l'épisode biblique des Actes des Apôtres où saint Pierre est libéré de ses chaînes par un ange (fête le 1er août).

Évolution : L'église résulte de constructions successives. Des fouilles archéologiques (1979-1987) ont révélé un site gallo-romain, un cimetière mérovingien, et des éléments romans du Xe-XIe siècle (époque du prieuré primitif).

L'édifice actuel intègre des remaniements du XVIIe siècle (reconstruction ou agrandissement après les Guerres de Religion), avec un plan simple en rectangle allongé, traces de voûtes sur croisée d'ogives au chœur, et un mobilier du XVIIIe siècle (retable en bois encadrant une toile de la Délivrance de Saint Pierre).

Elle est classée ou inscrite au titre du patrimoine local (paroisse Saint-Bernard-en-Aunis aujourd'hui), et reste un lieu de culte actif.

 

La litre (ou ceinture) funèbre de François VI de La Rochefoucauld

La litre funèbre (ou ceinture funèbre) est une bande noire peinte autour de l'intérieur de l'église, ornée d'écussons armoriés répétés, symbole de deuil et d'honneur rendu à un défunt de haut rang (privilège réservé au fondateur de l'église ou au seigneur haut-justicier du lieu).

Date : Apposée en 1680, année de la mort de François VI de La Rochefoucauld (15 septembre 1613 – 17 mars 1680), célèbre moraliste, auteur des Maximes (publiées en 1665, édition définitive 1678), mémorialiste de la Fronde, et figure de la cour de Louis XIV.

 

Description des écussons (d'après les sources locales) :

Les armes de La Rochefoucault et de Vivonne. Couronne et manteau de duc et pair.

Premier écu (mari) : Burelé d'argent et d'azur, à trois chevrons de gueules, le premier écimé → Armes de La Rochefoucauld.

Second écu (femme) : D'hermine au chef de gueules → Armes de Vivonne (Andrée de Vivonne, épouse de François VI depuis 1628, morte en 1670).

 

 

Cimier : Mélusine dans son baquet.

Panneau de la Litre peinte sur les murs de l’église d’Anais en ou vers 1680.

(Voy. L. Dumuys, Note sur l’église d’Anais et la litre de François VI, duc de  La Rochefoucauld. Angoulême, 1887, in 8° (Extr. Du Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1887.)

 

Disposition : La litre était peinte à fresque sur un badigeon de chaux, reproduite à 5 endroits dans l'église (probablement sur les murs de la nef et du chœur).

 Elle a été documentée et reproduite (réduite au quart, en couleurs naturelles) dans des notes historiques locales, avec des panonceaux et figures explicatives.

 

Raison de cet honneur : François VI est considéré comme le fondateur (ou refondateur) de l'église d'Anaïs par son aide financière ou son patronage lors de sa reconstruction/agrandissement au XVIIe siècle.

Anaïs relevait juridiquement de la baronnie de Montignac (Charente), possession des La Rochefoucauld au XVIIe siècle, et François VI en était le seigneur haut-justicier.

La litre perpétuait sa mémoire en reconnaissance (privilège exclusif au fondateur ou au haut-justicier, selon les coutumes décrites par Joseph de Ferrières).

 C'est unique parmi les paroisses voisines dépendant de la même seigneurie.

 

Contexte supplémentaire

François VI, prince de Marcillac puis duc de La Rochefoucauld (à partir de 1650), fut gouverneur du Poitou (comme son père), chevalier des ordres du roi en 1661, et un grand seigneur du Centre-Ouest (château de Verteuil en Charente, etc.).

Sa famille avait des liens anciens avec la région (prieurés, justices). La litre de 1680 témoigne de ces attaches seigneuriales locales, même si François VI vivait surtout à Paris et à la cour.

Aujourd'hui, la litre n'est plus visible (probablement effacée ou disparue avec les badigeons/restaurations), mais elle est attestée par des notes d'érudits locaux (similaires à celles de Musset ou Cholet sur le prieuré).

Pour des images ou reproductions, les sources municipales d'Anaïs (Charente) ou les archives départementales de Charente-Maritime en conservent des descriptions ou copies anciennes.

 

 

 

Références : Musset, Communication sur Anais à la Société des Sciences Naturelles de La Rochelle 1922. Cholet, Origines Aunisiennes, la Pancarte de Rochechouart (archives de la Vienne. Cote C.)

 

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