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PHystorique- Les Portes du Temps
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18 janvier 2026

La cathédrale Saint-Nicolas de Famagouste à l’époque lusignane - Pierre Ier de Lusignan roi de Chypre

Au Moyen Âge (et plus précisément à partir de l'époque byzantine tardive, vers le IIIe-IVe siècle, mais surtout aux périodes suivantes), la cité antique de Salamine (ou Constantia après sa reconstruction par Constantin) avait beaucoup décliné suite à des tremblements de terre, des invasions et des ensablements progressifs.

 

 Elle n'était plus qu'un modeste village ou hameau, partiellement recouvert par les dunes de sable apportées par le vent et la mer.

 

Des ruines antiques (colonnes, murs, vestiges de temples ou de bâtiments romains/byzantins) émergeaient encore à moitié enfouies sous le sable, ce qui a donné naissance à ce nom évocateur.Ammochostos signifie littéralement « cachée dans le sable » ou « enfouie sous le sable »

 

La traduction « tertre de sable » est une interprétation légèrement adaptée et poétique (tertre = petite colline ou monticule), mais l'étymologie dominante est bien « enfouie / couverte / cachée par le sable ».

 

Ce nom apparaît dès le IIIe siècle dans des sources comme le Stadiasmus Maris Magni, et il est resté en usage en grec moderne pour désigner la ville (prononcé approximativement [aˈmoxostos]).

 

Ce n'est qu'à l'époque franque/lusignane (à partir du XIIIe siècle) que le nom évolue vers Famagusta (peut-être via une déformation de Fama Augusta ou plus probablement une adaptation phonétique d'Ammochostos), devenant un important port médiéval et l'une des villes les plus riches d'Europe orientale à l'époque des Croisades.

 

Pierre Ier de Lusignan, roi de Chypre (1358/1359-1369) et roi titulaire de Jérusalem, fut invité par Édouard de Woodstock, dit le Prince Noir (fils aîné d'Édouard III d'Angleterre et prince d'Aquitaine), à Angoulême.

 

Pierre Ier était alors en pleine tournée européenne pour recruter des soutiens à sa grande croisade contre les musulmans en Orient (après la prise de Satalie/Adalia en 1361 et avant celle d'Alexandrie en 1365).

 

Il avait passé plusieurs mois en Avignon auprès du pape Urbain V (qui l'encourageait vivement), puis en France (où il avait rencontré Jean II le Bon et convaincu plusieurs seigneurs).

 

Il remonta ensuite vers le nord-ouest pour solliciter les princes chrétiens, y compris ceux des territoires anglais en France.

 

Le Prince Noir, qui résidait souvent à Angoulême (l'une de ses résidences favorites en Aquitaine avec Bordeaux), gouvernait alors la principauté d'Aquitaine (cédée à l'Angleterre par le traité de Brétigny en 1360).

 

Il y tenait une cour brillante, organisait des tournois et recevait des hôtes de marque pour affirmer son autorité et son prestige.

 

 

La rencontre à Angoulême

 

En mai 1363, le Prince Noir reçut Pierre Ier à Angoulême et organisa en son honneur un grand tournoi (un événement fastueux avec joutes, banquets et démonstrations de chevalerie).

 

 Pierre Ier, en quête d'alliés pour sa croisade, cherchait à rallier le Prince Noir et ses vassaux gascons/anglais à la cause.

 

Cependant, le Prince Noir et ses seigneurs déclinèrent poliment de prendre la croix : ils s'excusèrent de ne pas pouvoir rejoindre l'expédition, invoquant sans doute leurs engagements en Aquitaine, les tensions avec la France et les coûts de la guerre de Cent Ans.

 

Cette rencontre reste symbolique d'une occasion manquée pour une croisade anglo-chypriote, mais elle illustre le rayonnement international de Pierre Ier (surnommé "le dernier croisé" par certains historiens) et le prestige du Prince Noir comme l'un des plus grands chevaliers de son temps.

 

Pierre Ier poursuivit ensuite son périple (vers l'Angleterre, la Flandre, etc.) avant de revenir en Avignon, puis de lancer sa fameuse expédition sur Alexandrie en octobre 1365.

 

La cathédrale Saint-Nicolas de Famagouste constitue l’un des monuments majeurs de l’architecture gothique en Méditerranée orientale et l’un des témoignages les plus emblématiques de la Chypre des Lusignan au Moyen Âge.

 

Édifiée au cours du XIVᵉ siècle, la cathédrale Saint-Nicolas fut construite sous le règne des rois lusignans de Chypre, à une période où Famagouste connaissait une prospérité exceptionnelle.

 

 Ville-port majeure du Levant chrétien après la chute d’Acre (1291), elle devint un centre commercial, diplomatique et religieux de premier plan, attirant marchands, ordres militaires et communautés latines.

Fondation et fonction dynastique

La construction de la cathédrale débuta vraisemblablement sous le règne d’Henri II de Lusignan et s’acheva sous celui de Hugues IV ou de Pierre Ier.

 

Dédiée à saint Nicolas, patron des marins, elle reflétait à la fois la vocation maritime de la ville et les ambitions politiques de la monarchie chypriote.

 

La cathédrale occupait un rôle central dans la mise en scène du pouvoir royal : c’est à Saint-Nicolas que furent couronnés les rois de Chypre comme rois de Jérusalem, selon une tradition instaurée après la perte définitive de la Terre sainte.

Famagouste se substituait ainsi symboliquement à Jérusalem et à Acre.

 

Architecture : un gothique français transplanté en Orient

Influence occidentale

Saint-Nicolas de Famagouste est l’exemple le plus accompli du gothique rayonnant français en Méditerranée orientale.

Son architecture témoigne directement de l’importation de modèles occidentaux, notamment ceux des cathédrales du nord de la France (Reims, Amiens, Narbonne).

 

Les caractéristiques principales incluent :

  • une façade occidentale monumentale à trois portails,
  • une grande rosace centrale, aujourd’hui disparue,
  • de hautes baies ogivales,
  • un élancement vertical marqué,
  • des arcs brisés et voûtes d’ogives.

 

L’ensemble fut bâti en pierre calcaire locale, plus fragile que les matériaux utilisés en Europe, ce qui explique l’érosion rapide de certaines sculptures.

Plan et élévation

L’édifice adopte un plan basilical à trois nefs, sans transept fortement saillant, ce qui l’adapte aux contraintes urbaines de Famagouste.

Le chœur, orienté à l’est, était réservé au chapitre cathédral et aux cérémonies royales.

La façade, d’une remarquable homogénéité, servait aussi de façade politique, affichant la continuité du royaume de Jérusalem sous l’autorité lusignane.

 

 

 

Rôle religieux et urbain

Au Moyen Âge, la cathédrale Saint-Nicolas constituait le cœur du quartier latin de Famagouste.

Elle cohabitait avec de nombreuses églises appartenant aux ordres mendiants (Franciscains, Dominicains), aux communautés italiennes (Génois, Vénitiens) et aux Églises orientales.

 

Elle symbolisait :

  • la primauté du catholicisme latin dans le royaume,
  • l’ancrage de Chypre dans la chrétienté occidentale,
  • la continuité idéologique des États latins d’Orient.

 

Destin post-médiéval

Lincident de Chypre opposant les Lusignan aux Vénitiens lors du couronnement de Pierre II est un épisode révélateur des tensions politiques, diplomatiques et symboliques qui traversaient le royaume chypriote à la fin du XIVᵉ siècle.

 

Contexte politique

À la mort de Pierre Ier de Lusignan (assassiné en 1369), son fils Pierre II de Lusignan n’est encore qu’un enfant. Le royaume est placé sous une régence fragile, dominée par sa mère Éléonore d’Aragon, dans un contexte de rivalités entre puissances maritimes italiennes, au premier rang desquelles Venise et Gênes.

 

Famagouste, principal port du royaume, est alors un enjeu stratégique majeur : sa richesse commerciale donne aux Vénitiens une influence économique disproportionnée par rapport à leur statut officiel de simples alliés.

 

Le couronnement de Pierre II (1372)

Le couronnement solennel de Pierre II a lieu en 1372, dans la Cathédrale Saint-Nicolas de Famagouste, église traditionnelle des sacres royaux lusignans comme rois de Chypre et de Jérusalem.

 

Ce type de cérémonie n’est pas seulement religieux :

  • il affirme la souveraineté royale,
  • il hiérarchise publiquement les puissances présentes,
  • il fixe les rapports de préséance entre royaumes, nobles et cités marchandes.

 

La revendication vénitienne

Lors du couronnement, les représentants de la République de Venise exigent des honneurs cérémoniels jugés excessifs :

  • position privilégiée dans le cortège,
  • place éminente dans la cathédrale,
  • reconnaissance publique de privilèges politiques.

 

Ces prétentions sont perçues comme une atteinte directe à l’autorité royale et à la dignité de la couronne des Lusignan. La monarchie chypriote refuse de placer Venise sur un pied d’égalité avec les princes ou grands vassaux du royaume.

 

L’incident

L’opposition dégénère en incident diplomatique ouvert :

  • protestations formelles des envoyés vénitiens,
  • tensions durant la cérémonie,
  • rupture temporaire du protocole.

 

Pour les Lusignan, accepter les demandes vénitiennes aurait signifié reconnaître une quasi-suzeraineté économique et politique de Venise sur Chypre.

Le refus est donc volontairement ferme, malgré la dépendance commerciale du royaume.

 

Portée et conséquences

Cet épisode, apparemment protocolaire, a des conséquences profondes :

  1. Affaiblissement durable de l’autorité lusignane
    Le conflit révèle la vulnérabilité d’un royaume gouverné par un roi mineur, dépendant des puissances maritimes.
  2. Renforcement de l’ingérence vénitienne
    Venise n’oublie pas l’affront. À long terme, elle accentue son contrôle économique sur Famagouste et les finances royales.
  3. Prélude à la domination vénitienne
    L’incident annonce une évolution irréversible : en 1489, Chypre passe officiellement sous domination vénitienne, mettant fin à la monarchie lusignane.

 

Lecture historique

Les chroniqueurs et historiens voient dans cet épisode :

  • un conflit de souveraineté déguisé en querelle de préséance,
  • un signe de la fin de l’équilibre entre pouvoir politique et capital marchand,
  • l’un des jalons de la transition de Chypre d’un royaume féodal franc à une colonie maritime vénitienne.

 

Après la conquête de Famagouste par les Ottomans en 1571, la cathédrale fut transformée en mosquée, prenant le nom de mosquée Lala Mustafa Pacha.

 

Transformation en mosquée : minaret ajouté sur la tour nord (toujours visible), vitraux remplacés par des fenêtres grillagées ou simples, statues et figures décapitées ou détruites, intérieur blanchi à la chaux et recouvert de tapis.

Les deux tours ont été tronquées lors des bombardements de 1570.

L'aspect gothique reste très reconnaissable de l'extérieur, surtout la façade ouest.

 

 

Importance historique

La cathédrale Saint-Nicolas de Famagouste demeure aujourd’hui :

  • un chef-d’œuvre du gothique méditerranéen,
  • un témoignage unique du rayonnement culturel des Lusignan,
  • un symbole de la transplantation de l’idéologie et de l’architecture de la monarchie franque en Orient.

Au Moyen Âge, particulièrement sous la dynastie Lusignan (XIIIe-XVe siècles), l'environnement autour de la cathédrale Saint-Nicolas à Famagouste était celui du cœur monumental et civique de la ville, un quartier latin prestigieux et très animé.

 

Sous la dynastie Lusignan (1192-1489), Famagouste devint un centre majeur après la chute d'Acre en 1291 : elle devint le principal port chrétien du Levant, un centre commercial cosmopolite riche grâce au commerce avec l'Orient (épices, soieries, sucre, camlet), attirant marchands génois, vénitiens, catalans, provençaux, syriens, arméniens et grecs.

 

La ville était entourée de puissants remparts (encore visibles aujourd'hui), avec un port actif juste à l'est et au sud de la cathédrale.

 

 

L'environnement immédiat de la cathédrale

La cathédrale Saint-Nicolas dominait la place principale (aujourd'hui place Namık Kemal), qui servait de centre civique et religieux :

À proximité immédiate se trouvaient le palais royal des Lusignan (ou logis du roi), le palais de l'évêque et des bâtiments administratifs.

 

Juste à côté, l'église des Franciscains (mendiants influents à la cour).

 

Au nord-ouest, non loin du parvis, deux églises jumelles (souvent attribuées aux Templiers et Hospitaliers, bien que cela soit débattu).

 

D'autres églises gothiques latines ou byzantines étaient disséminées dans le quartier latin : Saint-Georges des Grecs (cathédrale orthodoxe), Saints-Pierre-et-Paul, Sainte-Anne, l'église des Carmes, etc.

 

 

La cathédrale Saint-Nicolas, construite à partir de 1298-1300 et achevée vers 1326-1350 dans un style gothique rayonnant inspiré de Reims, servait de lieu de couronnement pour les Lusignan comme rois de Jérusalem (après leur sacre comme rois de Chypre à Sainte-Sophie de Nicosie), avec un parvis ouvert où se déroulaient processions, cérémonies royales et marchés.

 

 Elle abritait plusieurs tombeaux royaux et nobles, notamment dans le chœur, près de l'autel, et dans des chapelles funéraires ajoutées au XIVe siècle.

 

Les rues convergeaient vers cette place, formant un axe central dans la ville fortifiée.

 

Le quartier latin était le plus prestigieux, avec des maisons nobles, des loggias marchandes, des entrepôts et des palais.

 

Plus au sud et à l'est, vers le port, se trouvaient les quartiers des marchands italiens (Génois et Vénitiens avaient leurs propres "fondouks" ou loges fortifiées), tandis que les communautés grecque, arménienne, syrienne et juive occupaient d'autres secteurs.

 

 

 

Les tombeaux des Lusignan à Famagouste se réfèrent principalement aux sépultures royales de la dynastie Lusignan (rois de Chypre et titulaires du royaume de Jérusalem) qui étaient situées dans l'ancienne cathédrale Saint-Nicolas, le principal monument gothique de la ville.

 

Parmi les plus notables :

Jacques II "le Bâtard" (roi de Chypre 1464-1473), enterré près de l'autel en 1473.

Jacques III (son fils, mort en bas âge en 1474), inhumé dans la même cathédrale.

 

D'autres membres de la famille ou de la noblesse franque y furent probablement enterrés, mais les sources précises sont limitées.

 

Ce qui reste aujourd'hui

Après la conquête ottomane de Famagouste en 1571 (siège sanglant contre les Vénitiens), la cathédrale fut convertie en mosquée :

Les tombeaux furent profanés, vidés et détruits.

Les statues, gisants, épitaphes, autels et vitraux furent enlevés ou recouverts.

Les murs furent blanchis à la chaux, et un minaret fut ajouté.

 

Aucun tombeau royal Lusignan visible ou intact ne subsiste dans l'édifice actuel.

Les sarcophages ou dalles funéraires ont disparu, et l'intérieur gothique a été adapté à l'usage musulman (suppression des figures humaines, etc.).

Seules les structures architecturales gothiques (arcs, voûtes, rosaces) rappellent encore l'époque Lusignan.

 

Cette gravure (chalcographie = gravure sur cuivre) est une illustration typique des ouvrages géographiques du XVIIe-XVIIIe siècle, tirée de l'édition française de 1703 (traduction du flamand/néerlandais original de Dapper datant de 1688).

 

Elle représente le port fortifié de Famagouste à l'époque ottomane précoce ou vénitienne tardive, avec ses remparts, tours, navires et le tissu urbain visible depuis la mer.

 

Aujourd'hui, Famagouste / Ammochostos est toujours associée à ces plages de sable fin et doré qui ont contribué à son nom ancien — ironiquement, c'est ce même sable qui en avait fait un lieu « enfoui » au Moyen Âge, avant qu'elle ne redevienne une grande cité puis, plus récemment, un lieu touristique (jusqu'aux événements de 1974).

 

 

Croisade : Guy de Lusignan à la rencontre du roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion.<==

Fiançailles Richard Ier d'Angleterre dit Cœur de Lion - Alix de France et Bèrengère de Navarre<==

Amaury II de Lusignan - du Poitou Mélusine au roi de Chypre et de Jérusalem<==

Armoiries des rois Lusignan de Chypre - Rois de Jérusalem et de Chypre<==

L’Ordre de chevalerie du Silence et de l’Epée des Lusignan du royaume de Chypre<==

Ordre de Mélusine – Chevalerie d’Honneur de la Maison Lusignan<==

 

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