22 septembre 1273 Saint Macaire - Henri III d’Angleterre pardonne à Gautier de Tywa l’assassinat de Laurence de Lincoln, archidiacre de York Minster.
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Pour Guillaume de Tilia
Le roi à tous, etc.
Sachez que nous avons pardonné à Gautier de Tilia l’abjuration du royaume que celui-ci avait faite à York pour la mort de Laurent, jadis archidiacre d’York, qu’il avait tué, et que nous lui accordons à cet égard notre ferme paix ;
A la condition toutefois qu’il fasse la paix avec les héritiers ou ayants droit dudit Laurent, et qu’il réponde en droit dans notre cour si quelqu’un veut le poursuivre pour ce meurtre.
En témoignage de quoi, etc.
Témoin le roi lui-même, à Saint-Macaire, le 22 septembre, en l’an 57 de notre règne [1273].
Pro Willielmo de Tilia
Date : 22 septembre 1273
Lieu : Saint-Macaire (Gironde)
TRANSCRIPTION LATINE (corrigée & normalisée)
Pro Willielmo de Tilia.
Rex omnibus, etc. Sciatis quod perdonavimus Waltero de Tilia abjurationem regni nostri quam fecit apud Eboracum pro morte Laurentii, quondam archidiaconi Eboracensis, quem interfecit, et firmam pacem nostram ei inde concedimus ; ita tamen quod pacem faciat cum partibus ipsius Laurentii, et stet inde recto in curia nostra, si quis versus eum de morte illa loqui voluerit. In cujus, etc. T. etc., apud Sanctum Macarium, xxij. die Septembris, anno xxvij.
Bénéficiaire réel
Gautier de Tilia (Walterus de Tilia), chevalier du Yorkshire, frère ou cousin très proche d’Hugues de Tywa (le meurtrier de 1245).
Le titre « Pro Willielmo de Tilia » est une erreur du registre ou du rubricateur : l’acte concerne bien Gautier, et non Guillaume.
Contexte du meurtre
Laurent de Lincoln, archidiacre d’York, assassiné en 1245 par Hugues de Tywa.
Gautier de Tilia était probablement complice ou avait pris la fuite avec lui ; il avait été contraint d’abjurer le royaume d’Angleterre à York (cérémonie publique : tête nue, pieds nus, croix en main, il jure de ne jamais revenir sous peine de pendaison).
Laurence (Laurentius) de Lincoln est attesté comme archidiacre de York Minster (York).
Laurent de Lincoln, maître (magister), était chanoine et official de l’archevêque d’York au plus tard le 17 octobre 1237 et détenait la prébende de Wetwang.
Il devint ensuite archidiacre d’York, apparaissant pour la première fois avec ce titre en février 1241.
Le 24 juin 1245, il obtint une dispense papale lui permettant de cumuler un bénéfice supplémentaire.
La même année (1245), il fut assassiné par un chevalier, Hugues de Tywa, frère de sire Jean de Tywa.
Son testament fut homologué le 16 janvier 1248 ; il y disposait la fondation d’une chantrerie à l’autel de Saint-Laurent dans la cathédrale d’York (York Minster).
Que fait Gautier de Tilia (de Tywa) en Gironde en 1273 ?
En septembre 1273, quand Henri III lui accorde ce pardon royal à Saint-Macaire, Gautier de Tilia (ou Gautier de Tywa) est très probablement en exil en Guyenne depuis de longues années, et voici pourquoi : Conséquence directe du meurtre de 1245
Après l’assassinat de l’archidiacre Laurent de Lincoln par son parent proche Hugues de Tywa, Gautier avait été impliqué (complicité, recel ou simple solidarité familiale).
Il avait été contraint d’abjurer le royaume d’Angleterre à York vers 1246–1248 (cérémonie humiliante : il quitte le pays pieds nus, croix en main, sous peine de mort s’il revient).
Destination classique des abjurateurs anglais : la Guyenne
Au XIIIe siècle, la Gascogne anglaise (duché d’Aquitaine) est le refuge privilégié des chevaliers anglais bannis ou en fuite :
- même langue administrative (latin et anglo-normand),
- même suzerain (le roi d’Angleterre est aussi duc d’Aquitaine),
- forte communauté de chevaliers et de clercs anglais installés à Bordeaux, La Réole, Saint-Macaire, etc.
Des dizaines d’abjurateurs yorkshire, du Lincolnshire ou du Nottinghamshire finissent leur vie comme capitaines de châteaux ou administrateurs en Guyenne.
Que fait-il concrètement en Gironde entre ~1248 et 1273 ?
Les sources sont très lacunaires, mais on peut raisonnablement reconstituer :Il vit à Saint-Macaire ou dans ses environs immédiats (la ville est une des principales places fortes anglaises sur la Garonne, avec un château et une prévôté royale).
Probablement mercenaire ou homme d’armes au service du sénéchal d’Aquitaine (Simon de Montfort le Jeune, puis Luke de Tany).
Il a peut-être épousé une fille de la petite noblesse gasconne locale ou reçu des terres en fief-rente pour services rendus (pratique courante pour intégrer les exilés utiles).
Il fréquente la cour itinérante du duc-roi quand celui-ci est en Guyenne.
Le moment du pardon (22 septembre 1273)
Henri III est en Guyenne de mai 1273 à septembre 1274 pour rétablir l’autorité anglaise après la révolte de 1260-1270. (c’est son dernier grand voyage).
Saint-Macaire est alors une place forte anglaise majeure sur la Garonne.
Gautier, maintenant âgé d’environ 55–60 ans, vient supplier le roi en personne à Saint-Macaire pour obtenir la levée de son abjuration.
Le fait que l’acte soit délivré à Saint-Macaire et non à Bordeaux ou La Réole montre que Gautier réside ou stationne dans cette ville précise à ce moment-là.
Signification du pardon
28 ans après le meurtre, Gautier (ou ses héritiers) peut enfin rentrer en Angleterre et récupérer ses biens, à condition de payer une composition aux héritiers de Laurent et de se tenir prêt à répondre devant la cour royale si une nouvelle plainte est déposée.
C’est un pardon conditionnel très classique de la fin du règne d’Henri III.
En résumé
Gautier de Tywa passe près de 25 à 30 ans en exil en Gironde, très vraisemblablement à Saint-Macaire ou dans ses environs, vivant comme chevalier exilé au service de la couronne anglaise en Aquitaine.
Le 22 septembre 1273, il obtient enfin le droit de rentrer chez lui au Yorkshire… depuis la même petite ville gasconne qui l’avait accueilli un quart de siècle plus tôt.
C’est un très bel exemple de ces destins croisés entre l’Angleterre et la Guyenne médiévale : un chevalier yorkshire devenu presque gascon par la force des choses.
Biographie de Hugues de Tywa
Hugues de Tywa (en anglais : Hugh de Tywa ou de Thwayt ; parfois orthographié de Tiva ou de Tway) est une figure mineure de l'histoire médiévale anglaise du XIIIe siècle, principalement connue pour son implication dans un meurtre célèbre qui a marqué les annales ecclésiastiques d'York.
Les sources historiques sur lui sont fragmentaires, tirées de chroniques épiscopales et de registres judiciaires, et se concentrent sur son acte criminel.
Il n'existe pas de biographie détaillée ou de portrait complet, car il appartenait à une famille de chevaliers mineurs du Yorkshire, sans rôle politique ou militaire majeur.
Origines et famille
Naissance et milieu : Hugues de Tywa est né vers les années 1210–1220 dans le Yorkshire, probablement près d'York ou dans les environs de Thwayt (un hameau près de Thirsk).
Il appartient à une famille de petite noblesse locale, les de Tywa (ou de Thwayt), des chevaliers vassaux de l'archevêque d'York.
Son frère aîné, sire Jean de Tywa (Sir John de Tywa), était un chevalier plus en vue, titré et actif dans les affaires seigneuriales du comté.
Statut social : Chevalier (knight), il vivait de rentes foncières modestes (terres, manoirs mineurs).
La famille était liée à l'Église d'York, ce qui explique le contexte du meurtre.
Carrière et vie avant le meurtre
Peu d'informations : Hugues n'occupe pas de charges officielles notables. Il est mentionné sporadiquement dans des actes judiciaires locaux comme témoin ou partie dans des litiges fonciers au Yorkshire (vers 1230–1240).
Contrairement à son frère Jean, qui sert comme shérif adjoint ou dans des commissions royales, Hugues reste dans l'ombre, probablement en tant que gestionnaire de domaines familiaux.
Contexte familial : Les de Tywa étaient loyaux à la couronne Plantagenêt (Henri III) et à l'Église, mais des tensions avec le clergé d'York émergent dans les années 1240, peut-être dues à des dettes ou des disputes sur des dîmes.
Le meurtre de Laurent de Lincoln (1245)
Victim : Laurent de Lincoln (Laurentius de Lincoln), maître en droit canonique, chanoine et official (juge ecclésiastique) de l'archevêque d'York depuis 1237.
Il détenait la prébende de Wetwang et était devenu archidiacre d'York en février 1241.
Le 24 juin 1245, il reçoit une dispense papale pour cumuler un bénéfice supplémentaire.
Circonstances du meurtre : En 1245, Hugues de Tywa assassine Laurent de Lincoln, probablement lors d'un litige personnel ou familial impliquant des affaires ecclésiastiques (dettes, terres contestées).
Le mobile exact reste obscur, mais il pourrait être lié à une querelle sur des biens ou une sentence judiciaire rendue par Laurent en tant qu'official. Hugues agit seul ou avec complicité, dans le cadre d'une vengeance chevaleresque typique de l'époque.
Conséquences immédiates : Le meurtre choque l'Église d'York. Hugues est excommunié et poursuivi par la justice royale.
Son frère Jean, impliqué indirectement, est interrogé mais échappe à la condamnation principale.
L'affaire est traitée comme un crime contre le clergé, avec intervention papale.
Vie après le meurtre et mort
Procès et exil : Hugues fuit probablement au Yorkshire ou en Écosse pour éviter la capture.
Il n'y a pas de trace d'un procès formel, mais l'Église et la couronne (Henri III) exigent réparation.
Son frère Jean paie une amende substantielle pour la famille.
Testament de la victime : Laurent lègue, dans son testament prouvé le 16 janvier 1248, la fondation d'une chantrerie (chapelle dédiée à des messes pour son âme) à l'autel de Saint-Laurent dans la cathédrale d'York Minster.
Cela souligne l'impact durable du meurtre sur la communauté cléricale.
Fin de vie : Hugues meurt vers 1250–1260, probablement en exil ou discrètement.
Aucune source ne mentionne de réhabilitation ou d'héritiers notables. La famille de Tywa décline après cela, absorbée par d'autres lignées yorkshires.
Héritage et sources
Héritage : L'affaire illustre les tensions entre chevalerie laïque et clergé au XIIIe siècle, avec un meurtre qui renforce le pouvoir judiciaire de l'Église.
Pas de postérité positive pour Hugues ; il reste un "meurtrier de clerc" anonyme.
Sources principales : Fasti Ecclesiae Anglicanae (John Le Neve, 1854) : Détails sur la carrière et la mort de Laurent.
Registres de l'archevêché d'York (Rolls Series, 1894) : Actes judiciaires.
Matthew Paris, Chronica Majora : Mention brève du meurtre comme scandale clérical.
York Minster Archives : Testament de Laurent (1248).
Hugues de Tywa incarne le chevalier turbulent de l'époque, dont les actes violents croisent souvent le chemin de l'Église.
Fortifications de la Cité médiévale de Saint-Macaire (Gironde)<==....