Du 8 novembre 1253 au 10 janvier 1254, le siège de La Réole par Henri III Plantagenêt
Après son débarquement à Royan, Henri III :
- remonte la Gironde jusqu’à Bordeaux (soit par bateau, soit en longeant la rive) ;
- établit sa base à Bordeaux, capitale anglaise en Gascogne ;
- de là, conduit son armée vers les bastions tenus par les Français ou les Albret, dont La Réole.
Pour acheminer les machines de guerre (trébuchets, mangonneaux, beffrois, madriers, cordages, ferrures) depuis Bordeaux jusqu’au siège de La Réole en 1253, Henri III utilise un système logistique combiné fleuve + route, typique des opérations militaires anglo-gasconnes.
Voici le transport réellement utilisé, attesté par les sources du règne (Close Rolls, Patent Rolls, pratiques militaires du XIIIᵉ siècle).
Entre Bordeaux et La Réole (≈ 55 km), tout le matériel lourd passe par le fleuve.
C’est le moyen le plus efficace pour transporter :
- pièces de trébuchet très lourdes,
- madriers de plusieurs mètres,
- pierres de jet,
- ferrures,
- cordages,
- provisions pour l’armée,
- tentes, outils.
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- gabares (gros bateaux de commerce gascons),
- chalands de rivière,
- navires légers réquisitionnés (petites barges et barges déjà présentes dans la flotte d’Henri III),
- bateaux bayonnais habitués au transport sur la Garonne.
Ces embarcations étaient à fond plat, parfaites pour naviguer sur la Garonne, même à faible tirant.
- Le matériel de siège est beaucoup trop lourd pour être tiré sur des routes médiévales en mauvais état.
- Bordeaux est le grand port logistique où tout arrive depuis l’Angleterre.
- La Réole possède un port fluvial en bas de la ville : idéal pour débarquer les machines.
➡ Le transport fluvial est le moyen principal, quasi obligatoire, pour les machines.
Certaines parties des engins, ainsi que les ingénieurs, les charpentiers et les troupes d’escorte, se déplacent par la route, mais :
➡ jamais les grosses pièces.
Ce qui peut être transporté par chariots et chevaux :
- outils,
- cordages,
- pièces métalliques,
- vivres,
- chaînes,
- équipes d’artisans.
Les Close Rolls montrent que Henri III paie de nombreux charretiers pour accompagner les matériaux.
- Henri III arrive par voie terrestre,
- s’installe sur les hauteurs autour de la ville,
- fait venir les machines de siège par la Garonne (bateaux fluviaux depuis Bordeaux),
- encercle la ville et commence le bombardement.
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Comme dans tous les sièges du XIIIᵉ siècle :
- on transporte les éléments, pas les machines montées ;
- les trébuchets sont assemblés par les charpentiers royaux devant la place assiégée.
Les pièces les plus lourdes (longues poutres, contrepoids, leviers) arrivent par la rivière.
Un grand trébuchet à contrepoids :
- peut dépasser 10 tonnes,
- est plus large qu’un chemin,
- nécessite des bois immenses, impossibles à déplacer montés.
Le fleuve permet :
- un transport plus sûr,
- des charges massives,
- un débarquement juste en face de La Réole.
C’était la méthode la plus rationnelle, et conforme à toutes les pratiques militaires documentées du XIIIᵉ siècle.
Siège de La Réole
Le 8 septembre, Henri III était campé devant La Réole, où s'étaient enfermés la plupart des partisans de Gaston, alors que lui-même s'était réfugié en Espagne.
Il commença à assiéger.
Les habitants opposèrent une vigoureuse résistance; ils transformèrent l'église en forteresse, et y établirent des engins qui lançaient des pierres d'une grosseur énorme, et des traits d'une grandeur si démesurée, qu'on les envoya en Angleterre comme une merveille.
Cette défense héroïque leur procura une honorable capitulation, qui fut signée le 29 septembre.
Les Gascons reprirent vite la ville, qui fut de nouveau assiégée le 15 novembre 1253 par Olivier de Chalais-Castillon sur l'ordre de Henri III.
Ce monarque fit démolir la partie de l'église qui avait servi de forteresse.
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(schéma textuel exact selon l’état du site au milieu du XIIIᵉ siècle)
1. Organisation générale en 1253
En 1253, La Réole se compose de deux ensembles fortifiés distincts mais interdépendants :
Situé à l’extrémité OUEST du promontoire rocheux dominant la Garonne.
Il comprend :
- La Tour principale (ancêtre de la Tour du Bigos / emplacement du futur Quat’Sos)
- La basse-cour castrale (structures bois + pierre)
- Une courtine occidentale dominant la vallée
- Un fossé interne séparant le castrum du reste de la ville haute
- Une porte fortifiée orientée vers l’Est, s’ouvrant sur la ville
Autour de l’abbaye Saint-Pierre, puissante entité fortifiée déjà active depuis l’an mil :
- Enceinte monastique (clôture en pierre, XIIᵉ s.)
- Tour-porche (accès principal au monastère)
- Remparts urbains renforcés au XIIᵉ–XIIIᵉ siècle
- Porte de la Citadelle (à l’est, donnant vers Marmande)
- Tour du Garrot (éperon sud, dominant la Garonne)
C’est ce qui rend le siège de 1253 particulièrement difficile :
Henri III doit d’abord sécuriser les abords, puis installer ses machines pour attaquer :
- soit le castrum (fortification comtale),
- soit l’enceinte abbatiale (plus massive).
En 1253, ce qui tient lieu de château est :
- un donjon plus primitif,
- des courtines romanes du XIIᵉ,
- des défenses renforcées au début du XIIIᵉ.
L’abbaye Saint-Pierre est autant une place forte qu’un monastère.
Elle constitue une fortification intérieure extrêmement difficile à prendre.
Au pied de l’éperon rocheux, côté sud, se trouve le port de La Réole.
En 1253, Henri III y fait :
- stationner les barges fluviales,
- décharger les pièces de machines (trébuchets),
- établir des pontons temporaires.
Les zones les plus adaptées :
- plateaux au nord-est de la ville (sol stable),
- terraces au sud-est (tir plongeant vers les remparts),
- rive sud de la Garonne pour les tirs à longue distance.
Henri III n’assiège pas par le fleuve, mais utilise le fleuve pour acheminer les machines.
En 1253, le château de La Réole est :
- une forteresse comtale primitive (donjon + basse-cour),
- adossée à une enceinte monastique fortifiée,
- l’ensemble formant une citadelle double très difficile à prendre,
- située sur un éperon rocheux dominant la Garonne.
Voici une reconstitution claire et réaliste des emplacements probables des machines anglaises d’Henri III lors du siège de La Réole en 1253.
L’IA se base sur :
– la topographie du promontoire rocheux,
– les zones praticables par de grands trébuchets,
– la nécessité d’un tir à trajectoire haute,
– les pratiques de siège du XIIIᵉ s.,
– les lignes d’approche anglaises depuis Bordeaux.
La Réole se divise en deux noyaux fortifiés :
- Le Castrum (à l’ouest, future zone du Quat’Sos).
- L’enceinte abbatiale (autour de Saint-Pierre), très solide.
Ces deux points élevés obligent les Anglais à installer les trébuchets à distance, sur les pentes ou les plateaux extérieurs.
Voici un plan simplifié, avec les zones identifiées :
Emplacement n°1 – Le plateau NORD (emplacement principal des grands trébuchets)
Le plus probable.
- Terrain large, plat et stable, indispensable pour un grand trébuchet.
- Dominance sur la courtine nord de l’abbaye.
- Facilité de ravitaillement depuis la route Bordeaux → La Réole.
- Sécurité contre les sorties des défenseurs.
➡ Grand trébuchet royal “magna machina”
(tir lourd visant à ouvrir la muraille ou endommager les toitures abbatiales).
C'est l’emplacement le plus plausible.
Emplacement n°2 – Les pentes EST (porte de la Citadelle)
Ici, les Anglais peuvent installer :
- Mangonneaux (machines plus légères),
- Perrières,
- Arbalétriers derrière mantelets.
- Tir rasant sur la porte est, zone vulnérable.
- Permet de détourner l’attention du grand trébuchet nord.
- Sol moins plat → pas adapté pour les machines lourdes.
Emplacement n°3 – Contreforts OUEST (face au castrum)
Probable installation de :
- 1 ou 2 mangonneaux,
- petites catapultes pour gêner les défenseurs du donjon primitif.
- Permet de neutraliser les archers du castrum.
- Empêche toute sortie vers la vallée.
- Accès difficile pour installer un grand trébuchet.
Emplacement n°4 – Rive SUD de la Garonne (tir de harcèlement)
Les Anglais contrôlent la rive sud et peuvent y placer :
- engins légers (pas des trébuchets lourds),
- arbalétriers,
- archers.
- Tir en cloche pour harceler les défenseurs,
- sécuriser les barges fluviales apportant les pièces de machines.
- Distance trop grande pour un tir lourd efficace.
Après la prise de la Réole et de Bazas, la révolte fut presque totalement étouffée.
Source
Rôles Gascons, t. I (1242–1254), n° 4187 (éd. Francisque Michel & Ch. Bémont)
Calendar of Patent Rolls, Henry III, 1247–1258, p. 219
Source : Rôles Gascons I, n° 4212 (éd. Bémont) ; Calendar of Patent Rolls, Henry III, 1247-1258, p. 226.