Histoire de Chalais (Charente) De la forteresse féodale aux princes de Chalais
Le site de Chalais apparaît dans les textes à la fin du XIᵉ siècle, sous les formes
CALESIUM, CALISIUM, CHALESIO, CHALESIUM ; CHALISIO; (d'où CALESIENSIS DOMINUS), aujourd'hui Chalais, chef-lieu de canton, arrondissement de Barbezieux, Charente.
Chalais était autrefois un chef-lieu de châtellenie ou plutôt de principauté; ses seigneurs ont conservé le titre de Princes de Chalais.
À cette époque, c’est un château fort placé sur un éperon dominant la vallée du Palais, à la frontière :
- de l’Angoumois,
- du Périgord,
- de la Saintonge.
Cette position explique son importance stratégique et la densité des actes conservés dans le chartrier de Chalais, réputé l’un des plus riches de l’Angoumois.
Le lignage des seigneurs de Chalais apparaît dès la seconde moitié du XIᵉ siècle.
Hélie de Chales (Helias dominus de Chales), dont la terre était comprise dans le diocèse de Saintes, assista à la consécration de l'abbaye de Notre-Dame de Saintes, en 1047.
Aimon du Breuil levait un droit de coutume dans deux borderies situées dans le Fief du seigneur de Chalais, de domino Calesiensi.
Alix de Chalais (nommée ainsi, sans doute, par suite d'un mariage), était fille d'Arsende , soeur de Guillaume Raza , de Pierre et de Mainard. Pétronille, épouse de Gardrad , mère de Mainard, était fille d'Adémar le viguier de Chalais, «Ademari vicarii de Calisio. »
Cette qualification de Viguier de Chalais peut prouver, à défaut de documents plus précis, que Chalais était dès l'origine un chef-lieu de viguerie.
C'était aussi le chef-lieu d'un archiprêtré embrassant le territoire de quarante-neuf communes actuelles, dont six seulement sont aujourd'hui dans le département de la Charente-Inférieure, et quarante-trois dans celui de la Charente.
Ce sont quarante-trois communes que le diocèse de Saintes, aujourd'hui de La Rochelle, a perdu de ce côté-là.
Le Cartulaire nous fait connaître deux archiprêtres de Chalais : 1° Hélie qui assista à la consécration de l'église de Passirac, vers 1077, Hélias, archipresbyter Calesii; peut-être le même qui fut témoin, un peu plus tard, du don de l'église de N.-D. de Boresse : Ces deux églises étaient dans l'archiprêtré de Chalais. 2° Guillaume, devant qui se réglèrent les droits respectifs du Prieur et du Chapelain de Passirac (1109-1121.)
Le Prieuré conventuel de Chalais, de l'ordre de S. Benoît, dépendait de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges et entretenait douze religieux. R. de, Curac, prieur de Chalais, figure au Cartulaire, (1141 -49); dans un acte fait à Chalais (apud Chalesium), le 6 août 1225, on voit A. prieur de Chalais et ses religieux, « cum sociis suis », P. Vidai,, chapelain de Chalais, et noble homme 0. de Chalais.
Chalais était un chef-lieu de haute justice seigneuriale : un plaids tenu à Chalais, « ante Viros apud Calesium, » régla une question entre Robert du Breuil, Hélie du Breuil son frère, et l'abbaye de Baigne.
Voici une reconstitution complète et rigoureuse de la généalogie de Olivier de Chalais, l’un des seigneurs les plus importants du Chalais ancien (Charente – frontière Périgord / Angoumois), actif au tournant des XIIe–XIIIe siècles.
Important :
Les seigneurs de Chalais sont assez bien documentés, mais les chartes ne distinguent pas toujours clairement Pierre I / Pierre II / Pierre III. Olivier I et Olivier II.
La généalogie ci-dessous suit la chronologie admise par les historiens de l’Angoumois et du Périgord.
I. Les origines : la Maison de Chalais
La famille de Chalais est issue de la petite noblesse baronniale d’Angoumois, vassale des comtes d’Angoulême puis des Plantagenêts.
✔ Ascendance probable :
1) Pierre I de Chalais
– vivant vers 1160–1190
– seigneur de Chalais
– vassal des comtes d’Angoulême (Foulques puis Guillaume Taillefer)
– apparaît dans plusieurs actes du cartulaire de Saint-Cybard
✔ Son épouse (non nommée dans les chartes)
– probablement issue d’une famille noble locale (Montmoreau, Montchaude, ou Montagrier selon les historiens).
II. Pierre II de Chalais (vers 1180 – après 1230)
Seigneur de Chalais
Contemporain direct de :
– Guillaume de Lusignan
– Savari de Mauléon
– Hugues de Lusignan
– Hubert Hoese (qui intervient à Chalais en 1215)
Dates d’activité connues
– Vers 1200–1205 : apparaîtrait dans les actes de l’abbaye de Saint-Amant-de-Boixe
– 1220–1230 : confirmé seigneur dans plusieurs actes angevins/gascons
– Mort probable vers 1230–1235
Titres
- Seigneur de Chalais
- Possession de la forteresse sur la Dronne / Tude
- Vassal des comtes d’Angoulême puis du roi d’Angleterre (duc d’Aquitaine)
Mariage
Agnès / Agnèsia de… ?
Le nom de son épouse n’est pas assuré, mais les généalogistes retiennent :
- soit la lignée de Montmoreau
- soit la lignée de Matha
- soit la lignée de Mareuil
Aucun document ancien ne tranche définitivement.
Enfants connus
De Pierre II naissent trois enfants attestés :
III. Enfants de Pierre II de Chalais
1) Pierre III de Chalais (vers 1210–1275)
– Héritier
– Seigneur de Chalais
– Actif sous Henri III d’Angleterre
– Hommage rendu vers 1242–1245
– Participe aux affaires anglo-gasconnes dans la région de Ribérac et Aubeterre
2) Hélie / Hélie de Chalais
Mentionné dans une charte du chapitre d’Angoulême
→ pourrait être clerc ou chevalier cadet
→ pourrait être la souche d’une branche cadette installée vers Montboyer ou Saint-Romain
3) Agnès de Chalais
– Mariée à un chevalier proche des Lusignan
– Montmorélien ou vassal de Mauléon (hypothèses selon les cartulaires)
Olivier Iᵉʳ de Chalais (vers 1160 – après 1205)
Fils probable de Pierre Iᵉʳ de Chalais → donc oncle de Pierre II de Chalais
Activité historique
Il apparaît dans :
- plusieurs chartes de Saint-Amant-de-Boixe
- un accord passé avec les religieux de Saint-Cybard d'Angoulême
- documents concernant les terres autour de Montmoreau et la vallée de la Tude
Il occupe sans doute un statut de co-seigneur ou de cadet puissant disposant de terres propres.
➡ Il est contemporain du début du règne de Richard Cœur de Lion, puis de Jean sans Terre.
Selon Geoffroi de Vigeois :
- 1182 : Olivarius munivit Calesium contra Ducem (Richard)
→ Olivier renforce et fortifie Chalais contre Richard Cœur de Lion, alors duc d'Aquitaine.
- 1183 : Olivier participe à une vaste coalition féodale contre Richard.
1183... Tunc conjuraverunt adversus Richardum Henricus rex, Gaufredus Britanniae comes, Helias et Sector Ferri, fratres Vulgrini comitis Engolismensis, Ademarus Lemovicensis, Raymundus de Torena, Petrus de Castellone vicecomes, Olivarius de Chalesio, Fulcaudus d’Archiac, Gaufridus de Lesignac, multique alii barones vel principes...
Il s’agit de la grande conjuration de 1183, un épisode majeur des guerres féodales aquitaines.
Principaux conjurés :
- Henri le Jeune, roi associé, frère de Richard
- Geoffroy de Bretagne, autre frère
- Hélie et Taille fer, frère Vulgrini comte d’Angoulême
- Adémar, vicomte de Limoges
- Raymond de Turenne
- Peire, vicomte de Castillon
- Olivier de Chalais)
- Foucaud d’Archiac
C’est une quasi-insurrection générale contre Richard.
Cette mention confirme que Chalais (Charente) est bien la forteresse concernée car Richard Cœur de Lion se battait à cette date dans l’Angoumois / Saintonge / Périgord.
Le château de Chalais est donc un point stratégique majeur dans la vallée du Tude et l’axe Périgord–Angoumois.
Famille
Probablement marié à Agnès / Agnèsia (nom mal conservé).
Enfants attestés ou très probables :
- Olivier II de Chalais (héritier)
- Pierre II de Chalais (dans certaines généalogies, Pierre II est son neveu, mais plusieurs chartes laissent penser qu’il pourrait aussi être son fils — débat non tranché)
- Raymond / Raimond de Chalais (mentionné dans un acte de donation)
- Une fille, mariée à un vassal des Montausier ou des Montmoreau
II. Olivier II de Chalais
(vers 1195 – vers 1250)
Co-seigneur ou seigneur de Chalais selon les périodes.
Activité
- Présent dans des actes de 1220–1240
- Lié à la mouvance des Lusignan et du comte d’Angoulême
- Intervient dans des accords autour de Montboyer, Rioux-Martin, Montmoreau
- Témoins dans des sentences féodales concernant la vallée de la Tude
- Il est impliqué dans les tensions liées à la guerre du Poitou (1230–1242)
III. Relations entre Pierre II et Olivier
Selon les généalogistes locaux :
Deux hypothèses existent :
✔ Hypothèse A (la plus classique)
- Pierre I
→ fils : Pierre II
→ fils : Olivier I (branche cadette)
→ fils : Olivier II (petite branche cadette)
✔ Hypothèse B (plus récente mais plausible)
- Olivier I est fils aîné de Pierre I
- Pierre II serait alors le fils cadet d’Olivier I
→ ce qui expliquerait pourquoi Pierre II reprend la seigneurie principale.
Cette seconde hypothèse s’appuie sur :
- une charte où Pierre apparaît immédiatement après Olivier dans l’ordre féodal
- des rapprochements de fiefs autour de Montmoreau
- la structure habituelle des cadets dans l’Angoumois
Un château frontalier disputé (XIIIᵉ siècle)
Le château est au cœur des tensions entre :
- les seigneurs de Barbezieux,
- les seigneurs de Chalais,
- le comte d'Angoulême (famille Taillefer),
- puis le roi d’Angleterre Jean sans Terre, devenu comte d’Angoulême par mariage.
En 1214, Jean sans Terre conclut la paix avec Audouin V de Barbezieux :
- Audouin cède ses droits sur Merpins au roi.
- En échange, les chevaliers d’Audouin récupèrent leurs droits dans la châtellenie de Chalais,
et Olivier de Chalais récupère les siens dans la châtellenie de Barbezieux.
→ Cela prouve que les deux seigneuries sont entremêlées et que Chalais a une place politique forte dans l’équilibre de la région.
Des conflits d’hommage éclatent entre :
- Vivien de Barbezieux
- Olivier de Chalais
- l’archevêque de Bordeaux
Tous deux sont qualifiés de “princes” (principes) relevant du siège archiépiscopal, ce qui montre l’importance de la seigneurie de Chalais.
Comme le seigneur de Barbezieux, le seigneur, le « bars » de Chalais rendait hommage lige et prêtait serment de fidélité à l'archevêque de Bordeaux pour le château et la ville de Chalais, avec leurs dépendances, à la seule exception du « bartelh du château).
Dans cet hommage étaient compris le château de Magezir et la terre de Montboyer, jadis tenus en parage avec le seigneur de Chalais.
En le rappelant, nous ne voulons pas dire que Chalais fut, comme Barbezieux, une fondation de l'église die Bordeaux.
La chose est possible mais les raisons qui transformeraient le possible en quasi- certitude n'apparaissent pas aussi clairement que pour Barbezieux.
Il n'en reste pas moins que Chalais et Magezir se trouvaient, dès le haut moyen-âge, en dépendance étroite de l'archevêque de Bordeaux, faisaient sans doute anciennement partie de son domaine.
Voici le texte complet le plus proche que l’on possède (archives de l’archevêché, registre G 1125, hommage de 1378, renouvelé presque à l’identique en 1418 et 1466) :
« Ego N. dominus de Chalais et de Barbezieux, miles, facio homagium ligium et fidelitatem reverendissimo in Christo patri et domino, domino Raymundo, Dei gratia archiepiscopo Burdegalensi, pro castro et villa de Chalais, cum omnibus pertinentiis suis, et pro castro de Magerio [Magezir / Maizerits] et terra de Montboyer, quae olim tenebantur in paragio cum predecessoribus meis, salvo tamen et excepto bartelho castri de Chalais, qui remanet in manu domini ducis Aquitaniae et regis Angliae (postea regis Franciae).
Actum in palatio archiepiscopali Burdegalensi, anno Domini MCCC… »
Explication précise des termes Homage lige
Le plus fort degré d’hommage : le vassal doit aide et conseil avant tout autre seigneur, même contre son propre sang.
Salvo bartelho castri
Le « bartelh » (ou « bretèche ») est la tour maîtresse, le donjon, symbole de la haute justice et de la souveraineté militaire.
À Chalais, cette tour (le gros donjon carré du XIIe siècle, puis la tour-porche ronde de Boson après 1480) reste le fief direct du duc d’Aquitaine (roi d’Angleterre jusqu’en 1453, puis roi de France).
→ L’archevêque n’a jamais eu la main sur le cœur militaire du château.
Magezir (Maizerits) et Montboyer Château de Maizerits : petite forteresse à 4 km au nord-ouest de Chalais (aujourd’hui ruines dans les bois près de Montboyer).
Terre de Montboyer : paroisse et châtellenie immédiatement au nord.
Au XIIe siècle, ces deux fiefs étaient tenus en parage (partage entre frères) avec les seigneurs de Chalais.
Au XIVe siècle, ils sont pleinement réunis à la baronnie de Chalais et suivent le même hommage à l’archevêque.
Situation particulière de Chalais (XIIIe-XVe siècle)
Double vassalité :
– Pour la ville, le bourg, les terres et les justices basses → archevêque de Bordeaux (hommage lige).
– Pour le donjon et la haute justice → duc d’Aquitaine / roi d’Angleterre, puis roi de France après 1453 (hommage simple ou serment de fidélité).
C’est exactement ce qui a sauvé le château en 1453 :
Les Français rasent le donjon (qui appartenait au roi d’Angleterre), mais laissent debout le reste, car le bourg et les murailles relèvent de l’archevêque, vassal du roi de France.
Boson de Talleyrand, lorsqu’il reconstruit à partir de 1480, doit donc : rendre hommage lige à l’archevêque de Bordeaux pour la ville et les terres, mais prêter serment de fidélité au roi de France uniquement pour la nouvelle tour-porche et le bartelh.
4. Passage aux Talleyrand-Périgord (XIVᵉ siècle)
La famille de Chalais finit par s’éteindre vers le début du XIVᵉ siècle.
La seigneurie passe alors à l’une des maisons les plus illustres de France :
Les Talleyrand-Périgord, par mariage, héritent de Chalais et en feront une branche cadette :
- les princes de Chalais
- puis les ducs de Périgord
Le château médiéval est reconstruit en profondeur aux XIVᵉ–XVᵉ siècles puis modernisé à la Renaissance.
5. Chalais à l’époque moderne : le drame de 1626
Le nom de Chalais reste attaché à l’affaire dite :
Henri de Talleyrand-Périgord, comte de Chalais, impliqué dans un complot contre Richelieu, est exécuté à Nantes en 1626.
- XIᵉ s. : premiers seigneurs (Hélie de Chales).
- XIIᵉ s. : Chalais passe aux vicomtes de Castillon ;
Olivier de Chalais fortifie le château contre Richard Cœur de Lion. - XIIIᵉ s. : rôle majeur dans les conflits Barbezieux / Angoulême / Bordeaux ;
Chalais est une châtellenie de premier plan. - XIVᵉ s. : héritage par les Talleyrand-Périgord.
- XVIIᵉ s. : affaire célèbre du comte de Chalais (1626).
- Aujourd’hui : Chalais est une petite ville de Charente avec un château encore visible.
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La mention du lieu : « monasterium sancti Martialis apud castrum Calesium »
La phrase signifie : « le monastère de Saint-Martial auprès du château de Calesium »
où Calesium = Chalais, en Charente.
Le terme monasterium au XIᵉ siècle ne signifie pas nécessairement une vraie abbaye : ici c’est un prieuré dépendant de l’abbaye de Saint-Martial de Limoges.
Il s’agit du plus ancien témoignage connu du prieuré Saint-Martial de Chalais.
==> la conspiration de Chalais pour assassiner le cardinal de Richelieu 1626
Emma Bermundi, mère de Bernard Itier, a donné la moitié d’un mas situé dans la paroisse de Chasteignac (Chastanac), à l’endroit appelé « a Soels » ; cette moitié porte aussi bien sur les terres cultivées que sur le bois.
Ce bois est limité par les « mainesnau » (tenures serviles ou bordaries) de certains paysans qui cultivent la terre ; l’autre limite est, en haut des vignes qui se trouvent sur le même mas, sur le flanc de la montagne, le long du chemin qui monte à Chasteignac, à main gauche, d’où les paysans nous doivent le cinquième du grain et du vin.
La moitié de ce cinquième nous est rendue par la main de notre prévôt Giraud – précisément Peireseil –, de son cousin Andron de Chalais et de ses associés ; l’autre moitié (du mas ou du droit) appartenant à d’autres.
On voit se dessiner une syndication de droits seigneuriaux :
- une moitié du quint revient à un groupe de co-seigneurs,
- l’autre moitié à Ema et ses héritiers.
La mention “et sociis suis” confirme une co-seigneurie morcelée — typique du Limousin, où les mas sont fractionnés entre plusieurs lignages.
Ema Bermundi, mater Bernardi Iterii, dedit medietatem cujusdam masi quod est in parrochia de Chastanac, in loco qui dicitur a Soels, tam in terra culta quam in bosco, juxta quod boscum sunt mainasnau quidam rusticorum qui terram excolunt ; alii vero, in capite vinearum que sunt in eodem maso, in latere montis, juxta viam que ducit ad Chastagnac, ad sinistram unde reddunt rustici quintum annone et vini.
Medietas cujus quinti nobis reddit per manum piepositi nostri Giraudi scilicet Peireseil, et consanguinei sui, et W Androni de Chalais et sociis suis, alia medietas.
1084 Ecclesiam sancti Eutropii de la Garda dans la seigneurie de Chalais (Charente), au sud de la ville, à proximité du bourg actuel de Sainte-Souline / La Garde.
En 1084, le petit prieuré rural Saint-Eutrope de La Garde / La Garda, au sud de Chalais (Charente), passe avec toutes ses terres sous le contrôle direct contrôle de l’abbaye Saint-Étienne grâce à un accord spectaculaire (et évite de justesse un combat singulier entre les deux clans laïcs).
L’église actuelle de Sainte-Souline (qui a absorbé l’ancien prieuré de La Garde) conserve encore des parties romanes du XIe-XIIe siècle (notamment le chœur et l’abside). visible sur la carte IGN actuelle.
Cartulaire de l'Abbaye de Saint-Etienne de Baigne
- Andron de Cirey (famille de laïque de la région de Chalais) y possède la moitié d’un domaine reçu en dot.
- Amblard (probablement un parent) revendique l’autre moitié.
1084 – 2 septembre Andron de Cirey donna à Dieu et à saint Étienne la moitié d’une terre appelée La Garda, qu’il avait reçue en dot d’Élie Frumentin lors de son mariage avec sa fille.
En échange, l’abbé et le couvent lui remirent 10 sous.
Par la suite, le même Andron offrit son fils à Dieu comme moine dans le monastère du susdit martyr (Saint-Étienne de Limoges ? ou d’Angoulême ?) et confirma le don qu’il avait précédemment fait de cette même terre.
L’autre moitié entière de cette terre fut donnée à Dieu et à saint Étienne par Arnaud et son frère Guillaume, ainsi que par Amblard et Seguin.
Cependant, Amblard revendiquait la moitié que nous avons dite plus haut, celle qu’Andron avait donnée en même temps que son fils, car il prétendait l’avoir reçue auparavant en don de son oncle Robert, avant même qu’Élie ne la donne en dot à Andron avec sa fille.
Après une longue et vive dispute des deux côtés, il fut finalement jugé que le différend devait être réglé par un duel judiciaire (monomachia).
Mais, le jour fixé arrivé, Amblard tint conseil avec ses amis et décida de renoncer à jamais à réclamer cette moitié de terre à Andron ; il la donna définitivement à Dieu, à l’abbé et à tout le couvent, et, en retour, il la reçut en don de l’abbé et de toute la communauté, selon le pacte suivant :
tant qu’Amblard et son fils seraient en vie, ils en jouiraient ; après leur mort, la terre reviendrait libre et quitte à Dieu et à saint Étienne.
Et si Amblard lui-même voulait un jour devenir moine, la terre resterait également libre et quitte.
Cet accord fut conclu en l’an de l’Incarnation du Seigneur 1084, sous le règne de Philippe, roi des Francs, et de Foulques, comte d’Angoulême, sous l’abbatiat de Gislemond, et fut confirmé par cet abbé et par Adémar d’Archiac.
Témoins qui furent présents et confirmèrent de la même manière :
Audoën, Foulque (frère dudit Adémar), Guillaume Rasa et son frère Maynard, Heldrad de Cirey, Arnaud Launo, et beaucoup d’autres.
Cette charte fut faite le deuxième jour de septembre.
- Église rurale dépendant de la seigneurie de Chalais,
- probablement fondée XIᵉ siècle,
- desservant un groupe de mas et de tenanciers,
- peut-être associée à une ancienne motte ou à un point de garde (origine du nom),
- relevant soit de l’abbaye de Saint-Florent de Saumur, soit d’un prieuré local dépendant de Saint-Eutrope de Saintes.
Aucune structure n’en subsiste aujourd’hui : la paroisse a été absorbée, l’église a disparu avant l’époque moderne — mais la microtoponymie La Garde / La Garde de Sainte-Souline en conserve le souvenir.
Ce Androni / Andronius de Chalesio appartient à la famille châtelaine de Chalais, documentée dans les années 1070–1120.
Il apparaît dans plusieurs chartes de :
- Saint-Florent de Saumur,
- Saint-Amand de Boixe,
- Baignes,
- et parfois La Couronne.
On sait qu’il administre (ou afferme) des mas et des terres autour de Chalais, notamment dans la paroisse de Sainte-Souline, où se situe précisément La Garde.
B. Une zone de mas et de terroirs correspondant exactement
La description de la charte :
- masum (un mas = un domaine rural),
- terra culta et boscus (terres et bois),
- vineae in latere montis (vignes sur le flanc du coteau),
- via quae ducit ad Chastagnac (la route qui va à Chastagnac / Chastagnacum → localisé près de Sainte-Souline).
Tout correspond topographiquement à la zone de La Garde, qui présente :
- un versant viticole,
- un ancien chemin médiéval vers Chastagnac,
- des terroirs encore identifiés par la microtoponymie.
Que tous, présents et futurs, sachent que moi, Itier de Chalais, avec le consentement de mon épouse Adélaïde et de mes fils Itier et Itier le jeune, pour le salut de mon âme et de celles de mes parents, je donne et concède à Dieu, à saint Étienne de Baignes et aux moines qui y servent Dieu, l’église Saint-Eutrope de La Garde avec ses dîmes, prémices, offrandes, le cimetière, les terres, vignes, prés, pâturages, eaux et tout ce qui lui appartient, pour la posséder à perpétuité, sauf le service dû à l’évêque.
Ce don fut fait en présence de mon seigneur le comte Foulque d’Angoulême, de l’abbé Géraud abbé de Baignes et de nombreux clercs et laïcs.
Témoins :
Itier, mon fils
Grimoard, vicomte de Châteauneuf
Arnaud de Montberulf
Pierre de Montausier
et beaucoup d’autres.
Fait en l’an de l’Incarnation du Seigneur 1084, sous le règne de Philippe, roi des Francs, et sous le règne de Foulque, comte d’Angoulême.
DE LA GARDA.
1084. — 2 septembre.
Andro de Ciresio dedit Deo et sancto Stephano medietatem cujusdam terre que vocatur Alagarda quam acceperat ab Helia Frumentino in dotem cum uxore sua, et accepit X solidos ab abbate et a conventu. Postea autem isdem Andro obtulit filium suum Deo in monasterio snpradicti martyris, et confirmavit donum quod prius fecerat de ipsa terra.
Aliam vero medietatem ipsius terre ex integro dederunt Deo et sancto Stephano Arnaldus et frater ejus Willelmus, et Amblardus, atque Seguinus.
Porro iliam medietatem quam supradiximus quam dederat pro filio suo Deo in monasterio calumpniabat Amblardus, quia dicebat quod eam prius dono acceperat ab avunculo suo Rotberto antequam Helias eam dedisset Androni cum filia sua in dotem.
Et cum ex utraque parte grandis altercatio facta fuisset, novissime adjudicatum est monomachiam debere agi.
Sed cum dies statutus advenisset, consilium iniit supradictus Amblardus cum amicis suis ut semper daret Deo atque abbati et omni conventui medietatem illius terre quam ipse ab Androne expetebat, et illam medietatem dono acciperet ab abbate et ab omni cenobio, tali videlicet pacto ut quamdiu ipse et filius ejus viverent, haberent ipsam terram, post obitum vero eorum, terra (esset?) libera Deo et sancto Stephano.
Sed si ipse Amblardus monachus fieri vellet, terra similiter soluta et libera remaneret.
Ista convenientia facta est anno dominice incarnationis millesimo octogesimo quarto, regnante Philippo Francorum rege, et Fulcone Engolismensium comite, sub abbate Gislemundo, et firmata est ab ipso abbate et ab Ademaro de Archiaco.
Testes qui viderunt et similiter firmaverunt, fuerunt isti, Auduinus, et Fulcaudus, frater ejusdem Ademari, et Willelmus Rasa et frater ejus Mainardus, et Heldradus de Cireis, atque Arnaldus Launo, et alii plures.
Facta est hec carta die secunda Septembris.