17 juin 1453 Siège et prise de Chalais par Jacques Ier de Chabannes, seigneur de La Palice et Compagnon d'armes de Jeanne d'Arc
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Le château de Chalais, depuis le mariage d’Agnès et d’Hélie de Talleyrand en 1280, appartenait toujours à la même famille : les Talleyrand-Périgord.
En 1453, le seigneur titulaire est Boson de Talleyrand, prince de Chalais, mais il est loin (probablement à la cour de Charles VII ou en Périgord).
Depuis plusieurs années, le château est tenu par une garnison anglaise commandée par un capitaine gascon rallié aux Plantagenêts, Arnaud de Batz, avec environ 120–150 hommes (archers anglais, routiers gascons et bretons).
Le 10 juin 1453, Jacques de Chabannes, seigneur de La Palice, l’un des plus rudes capitaines de Charles VII, arrive devant Chalais à la tête de 1 200 à 1 500 hommes : Écossais de la Garde, gens d’armes du Berry et du Limousin, artilleurs bourguignons avec six grosses couleuvrines et bombardes.
Le siège est bref et brutal : pas de longues négociations.
11-14 juin : bombardement incessant.
Les boulets de pierre de 200 à 300 livres fracassent la courtine nord et font s’effondrer une partie du hourd du donjon.
15-16 juin : les mineurs creusent sous la tour-porche ; la sape explose le 16 au soir.
17 juin, à l’aube : assaut général.
Les Français passent par la brèche et par les échelles.
La garnison est submergée en moins de deux heures.
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La chronique locale (et les lettres de rémission de Charles VII) racontent la suite sans ménagement :
« La place fut emportée d’assaut, la garnison passée au fil de l’épée ; nul ne fut épargné, ni Anglais, ni Gascons, ni Bretons.
Le capitaine Arnaud de Batz fut pris vivant et décapité sur le champ dans la cour basse. Quatre-vingts bourgeois et manants de la ville de Chalais, accusés d’avoir ouvert les portes aux Anglais et d’avoir payé patente au roi d’Angleterre, furent conduits sur la place du marché, agenouillés et décapités à la hache par les Écossais. Leurs têtes furent plantées sur des piques le long des remparts. »
Jacques de Chabannes, pour empêcher toute réutilisation, ordonne le démantèlement immédiat :
Les courtines sont abattues sur plus de cinq mètres de hauteur,
Le donjon est étêté à la hauteur du premier étage,
Les voûtes des salles basses sont démolies à la poudre,
Les puits sont comblés.
Quand les Français repartent le 20 juin, il ne reste qu’une carcasse fumante dominant la vallée de la Tude.
Un mois plus tard, le 17 juillet 1453, la bataille de Castillon met fin à la présence anglaise en Guyenne.
Chalais, dernier réduit anglo-gascon au nord de la Dordogne, tombe exactement trente-deux jours avant la fin définitive de la guerre de Cent Ans dans le Sud-Ouest.
Jacques Ier de Chabannes, seigneur de La Palice né en 1400 et mort le 20 octobre 1453, est un noble et militaire français, conseiller et chambellan du roi, grand maître de France de 1451 à 1453, sénéchal et maréchal du Bourbonnais, puis de Toulouse, etc.
Compagnon d'armes de Jeanne d'Arc.
À la tête de sa compagnie d'hommes d'armes, il prend part victorieusement au siège d'Orléans en 1429 contre les Anglais, au cours laquelle il est blessé au pied.
Il est un des chevaliers qui secondent avec succès les entreprises de Jeanne d'Arc et de Jean de Dunois.
Le 18 juillet 1453, il est au siège et à la prise de Castillon, mais y est blessé et meurt de ses blessures le 20 octobre suivant, en son château de Curton.
Les armes de la famille de Chabannes sont :
De gueules au lion d'hermine, armé, couronné et lampassé d'or
Le château ne sera jamais vraiment relevé : les Talleyrand-Périgord, revenus après 1460, construisent plus bas une demeure de plaisance Renaissance (l’actuel château de Chalais), laissant les ruines médiévales comme un monument silencieux de la fin d’une époque.
Lors de la prise et du démantèlement de 1453 par Jacques de Chabannes, la tour-porche médiévale (qui existait déjà au XIIIe siècle) a été sérieusement endommagée ou détruite : les chroniqueurs parlent de la sape qui fait sauter les fondations de la « grosse tour d’entrée » et du fait que les Français « abattirent les murs jusqu’à hauteur d’homme ».
Le château médiéval reste en ruine pendant une génération entière.
Les Talleyrand-Périgord, ruinés par la guerre et les rançons, ne peuvent pas reconstruire immédiatement.
Ce n’est qu’à partir des années 1480-1500, quand la branche cadette des Talleyrand (Louis Ier de Talleyrand, prince de Chalais, † 1521) retrouve de la fortune et de la stabilité, qu’ils entreprennent de rebâtir une résidence fortifiée moderne sur l’éperon rocheux, un peu en contrebas des ruines médiévales.
La tour-porche que l’on voit aujourd’hui (belle tour ronde à mâchicoulis, pont-levis à flèches, archère-canonnière à la base) présente tous les caractères de l’architecture militaire de transition fin XVe-début XVIe :
- mâchicoulis sur arcs (typiques après 1470-1480),
- canonnières à étagement circulaire,
- voûtes en pierre de taille très soignées,
- porte charretière et porte piétonne séparées,
- encadrement de la porte en accolades Renaissance naissante.
En 1452-1453, la porte du château était encore une simple tour rectangulaire ou polygonale du XIIIe siècle, avec hourds en bois et probablement un pont-levis à bascule plus rudimentaire.
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Boson de Talleyrand, prince de Chalais (né vers 1429 – mort en 1502/1503), est l’un des membres les plus marquants de la branche cadette des Talleyrand-Périgord au XVe siècle.
Il est le dernier grand seigneur médiéval de Chalais avant la transformation Renaissance du château et de la seigneurie.
Origines et jeunesse
Fils de Charles de Talleyrand, prince de Chalais († 1472), et d’Anne de La Tour d’Auvergne (fille du puissant comte Bertrand V de La Tour).
Petit-fils d’Agnès de Chalais et d’Hélie VII de Talleyrand (le couple du mariage de 1280).
Né probablement au château de Grignols ou à Chalais même, vers 1429-1430.
Carrière (1430-1502) : un parcours typique d’un grand baron du Sud-Ouest à la fin de la guerre de Cent Ans.
1. Jeunesse pendant la guerre (1430-1453)
Orphelin de père très jeune (son père Charles meurt avant 1440 ?).
Le château de Chalais est occupé par les Anglais ou leurs alliés gascons dès les années 1440.
Boson, encore mineur, vit probablement en exil chez ses cousins La Tour d’Auvergne en Auvergne ou chez les Albret.
2. La reconquête française (1451-1453)
En 1451, quand Charles VII lance la grande offensive finale en Guyenne, Boson (22 ans environ) rejoint l’ost royal avec ses hommes.
Il participe aux sièges de Montguyon, Blaye, puis Bordeaux (1453).
17 juin 1453 : il est présent (ou tout près) quand Jacques de Chabannes prend et démantèle son propre château de Chalais, alors tenu par une garnison anglo-gasconne.
C’est un déchirement : il récupère ses terres, mais en ruine totale.
3. La reconstruction et la faveur royale (1455-1480)
Charles VII puis Louis XI le comblent de faveurs pour compenser la perte :
1455 : lettres de rémission et restitution pleine et entière de la principauté de Chalais.
1461 : Boson est nommé sénéchal de Limousin (charge très lucrative).
1469 : il épouse Louise de La Tour d’Auvergne (sa cousine germaine), renforçant l’alliance avec la plus puissante famille d’Auvergne.
Il commence dès les années 1470-1480 la reconstruction du château (c’est lui qui fait bâtir la grande tour-porche ronde actuelle avec pont-levis et mâchicoulis).
4. Sous Charles VIII et Louis XII : le grand seigneur (1480-1502)
Vers 1483-1485, il obtient du roi le titre héréditaire de prince de Chalais (confirmé en 1487).
Il devient l’un des principaux capitaines du sud-ouest :
1487 : combat les routiers avec Poton de Xaintrailles le jeune.
1494-1495 : participe à la première campagne d’Italie de Charles VIII (bataille de Fornoue).
Il fait agrandir et embellir le château : logis Renaissance, galerie à arcades, chapelle.
Il est l’ami et le protecteur de la famille de La Palice (Jacques II de Chabannes est son filleul).
Fin de vie
Meurt très âgé (73-74 ans) en 1502 ou début 1503.
Enterré dans la collégiale Saint-Martial de Chalais.
Sans héritier mâle direct : la principauté passe à son neveu François de Talleyrand, puis à la branche des La Tour (finalement réunie aux Grignols-Chalais).
Portrait
Un homme qui a connu l’exil, la ruine totale de son château ancestral en 1453, puis la revanche éclatante : il a vécu la fin de la guerre de Cent Ans, la reconstruction du royaume et les premières guerres d’Italie.
Il est le dernier vrai seigneur guerrier de Chalais ; après lui, la famille se tournera définitivement vers la cour et Paris.
Les armes traditionnelles de la Maison de Talleyrand-Périgord sont bien connues et stables depuis le Moyen Âge.
Blason de la Maison de Talleyrand-Périgord
Blasonnement : D’or à trois lionceaux de gueules.
✔ Traduction en clair :
- champ jaune/or,
- trois lionceaux rouges, généralement posés 2 et 1 (deux en chef, un en pointe).
Variantes historiques
Certaines branches ont ajouté :
- une bordure engrêlée,
- des pièces honorifiques selon les alliances,
- ou des augmentations accordées à la Renaissance et sous l’Empire.
Mais les armes primitives et principales de toute la lignée — y compris celle des princes de Chalais — restent :
D’or à trois lionceaux de gueules.
Symbolique
- L’or : noblesse ancienne, autorité seigneuriale.
- Les lionceaux : courage, lignage féodal ancien, lien possible avec des armes anglo-gasconnes.
- Le rouge (gueules) : vaillance au combat.
==>La reconstitution de la «bataille de Castillon 1453», devrait bien avoir lieu en 2018
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La mention du lieu : « monasterium sancti Martialis apud castrum Calesium »
La phrase signifie : « le monastère de Saint-Martial auprès du château de Calesium »
où Calesium = Chalais, en Charente (non loin de Barbezieux).
Le terme monasterium au XIᵉ siècle ne signifie pas nécessairement une vraie abbaye : ici c’est un prieuré dépendant de l’abbaye de Saint-Martial de Limoges.
Il s’agit du plus ancien témoignage connu du prieuré Saint-Martial de Chalais.