1175 Richard Cœur de Lion - Le siège et la prise du Puy-Saint-Front (Périgueux)
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Boson III, dit de Grignols, fit bâtir à Périgueux, en 1158, une tour extraordinairement élevée, dans la Cour des Arènes, et la défendit vigoureusement l'année suivante contre Henri II, Roi d’Angleterre. Il ne vivait plus en 1166.
Il avait épousé N , dite Comtoresse , titre qui la fait supposer veuve d’un Comtor (nom d’une dignité noble de s cette époque).
Il laissa d’elle : 1° Hélie V, surnommé Talleyrand, dont l’article suit; 2° Guillaume Talleyrand, qui épousa Mathilde, dont le troubadour Bertrand de Born fut épris ; 3° Olivier, qui fut Seigneur de Mauriac ; 4° Ranulfe Talleyrand, Abbé de la Faize en 1178; 5° et 6° Aldebert et Boson, mentionnés dans le Cartulaire de l’abbaye du Bugue, dont l’extrait est rapporté plus haut.
Hélie V, surnommé Talleyrand, succéda à son père, Boson III, dit de Grignols, au comté de Périgord, en 1166, suivant une charte d’Hélie, Abbé de Chancelade, où il est qualifié, sous cette date, Comte de Périgord (Gall. Christ, no., t. 11, col. 1468).
Le surnom de Taleyrand, ouTaleyran, lui est donné dans une charte d'Adémar de Beynac, en faveur de l’abbaye de Cadoin (Gall. Christ., ibid. col. 1589).
Il porte le même surnom dans une inscription du 30 janvier 1194.
Gagné par le troubadour Bertrand de Born, devenu Seigneur de Haufort en Périgord, il entra dans la ligue contre les Plantagenêts formée, en 1175, par les Seigneurs de Guienne et de Périgord;
Hélie de Taillefer, Comte d'Angouléme; Adémar, Vicomte de Limoges ; Raymond, Vicomte de Turenne ; Pierre, Vicomte de Castillon, et Olivier, Prince de Chalais en Charente, son frère; Foucaud d’Archiac, beau-père d’Olivier; Geoffroy de Lusignan (Geoffroy la Grand’Dent de Vouvant), et plusieurs autres Barons ou Princes, contre Richard, Duc d’Aquitaine, depuis Roi d’Angleterre, connu sous le nom de Richard Cœur-de-Lion.
Henri II, Roi d’Angleterre, accourut au secours du Duc son fils, qui, soutenu des troupes du Roi d’Aragon et de celles de la Vicomtesse de Narbonne, vint mettre le siège devant le Puy- Saint-Front, et, malgré la vive résistance du Comte de Périgord, la place fut emportée vers l’an 1175 (Bouquet, t. 12, p. 392);
Mais, tandis que Richard poursuivait ses conquêtes, le Comte de Périgord trouva moyen de rentrer dans la place et d’en chasser les Anglais.
Richard n’était pas un prince à digérer cet affront sans chercher à se venger.
Il revient aussitôt devant Saint-Front, dont il recommence le siège.
1175 Le siège et la prise du Puy-Saint-Front (Périgueux)
Voici une explication détaillée et mise en contexte du passage concernant la prise et la reprise du Puy-Saint-Front (le futur Périgueux) vers 1175, pendant la grande révolte contre les Plantagenêts.
Contexte général : la révolte de 1173–1175
Cette guerre oppose :
- Richard (duc d’Aquitaine depuis 1172),
- son père Henri II, roi d’Angleterre,
à une immense coalition de seigneurs du Poitou, de l’Angoumois, du Périgord et du Limousin.
Les principaux rebelles :
- Hélie V de Talleyrand-Périgord,
- Olivier de Chalais (Charente),
- Hélie de Taillefer (Angoulême),
- Adémar de Limoges,
- Pierre de Castillon,
- Geoffroy de Lusignan, seigneur de Vouvant
- la vicomtesse de Narbonne,
- le roi d’Aragon (Alphonse II),
etc.
Richard est alors jeune (17 ans en 1175) mais déjà un chef militaire spectaculaire.
Le siège et la prise du Puy-Saint-Front (Périgueux)
Selon Bouquet, t. XII, p. 392 :
1. Richard attaque Périgueux
Le Puy-Saint-Front est la ville haute fortifiée de Périgueux.
Richard, aidé par :
- des troupes du roi d’Aragon,
- des contingents de la vicomtesse de Narbonne,
vient assiéger le comte Hélie V de Périgord, qui s’y défend farouchement.
2. Henri II accourt pour soutenir son fils
Devant la violence de la rébellion, Henri II vient personnellement en Aquitaine pour donner une armée à Richard.
3. Puy-Saint-Front finit par tomber
Après une défense acharnée, la ville haute est prise.
C’est un événement majeur : la capitale du comté de Périgord est aux mains des Plantagenêts.
Mais Hélie de Talleyrand la reprend !
Alors que Richard poursuit sa campagne dans la région (probablement contre les barons du Limousin), Hélie V de Périgord organise un coup de main audacieux :
- il rentre par surprise dans le Puy-Saint-Front,
- chasse la garnison de Richard,
- rétablit son autorité.
C’est une humiliation spectaculaire pour Richard.
La vengeance de Richard
Fidèle à son tempérament, Richard « ne digère pas l’affront » :
- il revient immédiatement,
- assiège une seconde fois Périgueux,
- reprend la ville.
Le siège est violent, car Richard veut faire un exemple.
La paix de 1175 et la démolition du château
Pour mettre fin à la guerre, une paix est négociée entre les Plantagenêts et les barons rebelles.
L’une des conditions imposées par Richard :
La destruction des fortifications du château du Puy-Saint-Front.
C’est une mesure classique des Plantagenêts pour briser les centres de rébellion (ils feront de même à Poitiers, Limoges, Angoulême et Niort).
La démolition des fortifications :
- prive les comtes de Périgord d’un point fortifié,
- garantit momentanément la domination de Richard dans la région.
La démolition des fortifications du château fut une des conditions de la paix qui termina la guerre cette même année.
Geoffroy, Prieur du Vigeois, auteur contemporain, et du pays même où ces faits se passaient sous ses yeux, rend compte de ce dernier évènement en ces termes, sous l’année 1182:
« Helias Taleyrandus, filius Bosonis de Grainol, Petragoricum Duci (Richardo) tradidit castrum, qui, destructis murorum propu- gnaculis, pacem cum eodem Comité fecit. » (Recueil des Historiens de la France, tome 18, page 212, D.)
Mais ce traité, dicté par la force, ne tint que jusqu’aux premières circonstances qui permirent de le rompre.
Richard, devenu Roi d’Angleterre, ayant été arrêté, sur la fin de l’an 1192, en revenant de la Terre-Sainte, par le Duc d’Autriche, le Comte de Périgord profita de sa détention pour entrer dans l’Aquitaine et y faire des incursions ; ce qu’il fit d’autant plus impunément qu’une maladie retenait le Sénéchal de Gascogne, qui commandait dans ces contrées pour le Roi d’Angleterre; mais cet officier, ayant été promptement rétabli, se mit en campagne.
Il commençait à repousser le Comte de Périgord, lorsque Richard, sorti de sa captivité, vint en personne arrêter les troubles.
Obligé de céder encore à la force, Hélie s’empressa de faire sa paix avec ce Monarque.
En résumé (très clair)
- 1175 : Richard (avec l’aide aragonaise et narbonnaise) prend Puy-Saint-Front.
- Le comte Hélie V de Périgord réussit ensuite à chasser la garnison anglaise.
- Richard revient, furieux, et reprend la ville.
- La paix impose la destruction du château, puni pour s’être rebellé.
Mais, Hélie Talleyrand toujours attaché à la France et détestant la domination anglaise, il fit hommage, en 1204, de son comté au Roi Philippe-Auguste.
Il est nommé dans une inscription de Saint-Martin de Limeuil, en 1194.
Il avait fait, en 1199, une donation à l’abbaye de Chancelade, en présence d’Hélie Talleyrand , son troisième fils, souche de la branche des Seigneurs de Grignols , dont descend la maison de Talleyrand-Périgord de nos jours.
Je rapporte cette donation textuellement :
« Helias, Dei gratià petragoricensis Cornes, reverendo abbati et toto conventui Sanctæ-Mariæ de Cancellata, salutem et pacem perennem. Scire volo omnes ad quos præsens scriptum pervenerit, quod pro salute animæ meæ, et omnium parentum meorum, in manu domni R. petragoricensis Episcopi, dedi et concessi vobis jam dictis Abbati, et ecclesiæ Sanctæ-Mariæ de Cancellata, nemus quod dicitur Herbosae pleno jure habendum et perpetuo possidendum.
Quod nemus est secùs viam quæ à Petragoris dirigitur versùs capellam d’Agonaguet, cingit ex una parte, et claudit cum nemore quod dicitur killanova.
Hanc autem donationem, ut dictum est, in præsentiâ jam dicti Episcopi apud Cancellatam, vobis domino Abbati et ecclesiæ de Cancellata, primo factam, præcedente tempore, in vestro capitulo cum Heliâ Talairan fdio meo, et cum multis aliis sociis existens, iterum feci et concessi.
Et Helias Talairans eamdem donationem fecit similiter et in perpetuum habendam, atque auctores et proteclores omnium ho- minum firmiter nos esse concessimus, in præsentiâ totius capituli de Cancellatà.
Ut autem hæc nostra donatio perpetuam habeat firmitatem et perennem memoriam , præsentem sigilli nostri auctoritate robo- ratam indè fieri et vobis dari voluimus et concessimus.
Facta est autem hæc donatio anno ab Incarnatione Domini M C nonagesimo nono. Primæ donationis sont testes, S. Dauriac, Prior, et G. Brus, Cellarius, et Ugo Bernardi et P. de Fraustens, milites.
Secundæ donationis sunt testes, S. Prior, et Helia de la Rua, Supprior, et Willelmus, Sancti-Silani præcentor, et Helia, Sacrista, et Ger. Cellarius, P. de Fossa Landric, Subcellarias, J. de Seneillac , P. Pellicers, et totus fratrum conventus. »
(Capillaire de l’abbaye de Chancelade, f 190 verso et 191 recto.)
Ce fut vers le même temps, dit Lagrange-Chancel (Histoire manuscrite du Périgord, Bibliothèque du Roi), que le Comte de Périgord fut délivré d’une dangereuse maladie dont il attribua la guérison aux prières des religieux de Chancelade, et, pour leur en témoigner sa reconnaissance, il leur fit présent d’une de ses forêts nommée Silva- Herbosa, en présence d’Hélie Talleyrand, son fils, prœsente Helia Tallejrrants, filio Comitis prœdicti.
Il se croisa pour la Terre-Sainte, et mourut en y arrivant, en 1205; il avait épousé Raymonde, fille de Raymond II, Vicomte de Turenne, et d’Helis de Castelnau, mentionnée dans plusieurs titres des cartulaires des abbayes de Dalon et de Chancelade.
De ce mariage vinrent : 1° Archambaud I er, dont l’article suivra; 2° Archambaud II, qui succéda à son frère, et dont l'article viendra immédiatement ; 3° Hélie-Talleyrand, qui fut présent, en 1199, à une donation faite par son père à l’abbaye de Chancelade ( Gallia christiana tome 11, page 1503).
« C’est lui dont le fils nommé Boson a formé la « BRANCHE DES SEIGNEURS DE GRIGNOLS, PRINCES DE CHALAIS branche Talleyrand-Périgord de Chalais (Gironde). (Art de vérifier les dates, édition in-f, « année 1784, page 380, deuxième colonne). »
Le château se situait sur la hauteur du Puy-Saint-Front, c’est-à-dire à l’emplacement même de l’actuelle cathédrale Saint-Front et de son parvis.
Voici une réponse précise, structurée et fondée sur l’état actuel des connaissances archéologiques concernant :
- l’emplacement du château du Puy-Saint-Front,
- son apparence probable avant le siège de Richard Cœur-de-Lion (1175).
- au sommet de la butte dominant la vieille ville,
- au cœur de la cité fortifiée (castrum),
- à l’extrémité orientale de l’éperon rocheux.
- Cathédrale Saint-Front → occupait l’emplacement de l’ancien château.
- Place de la Clautre et rues adjacentes → ancienne basse-cour et fossés.
- Rue du Consulat → ancienne sortie vers la porte nord.
Ce château contrôlait l’accès à l’Isle, au pont, et au bourg de la Madeleine, avec une vue dominante sur toute la vallée.
- Quelle était sa nature ?
Le château était la résidence du comte de Périgord (Hélie V Talleyrand en 1175).
Contrairement à un château capétien très structuré, c’était un château féodal typique du Périgord avant le grand style philippien.
Voici son aspect probable :
A. Une enceinte sommitale (castrum)
Le château n’était pas un bâtiment unique mais un ensemble fortifié, comprenant :
- une enceinte en pierre (XIᵉ–XIIᵉ s.),
- un mur d’environ 8–10 m de haut,
- chemin de ronde en bois,
- courtines rectilignes,
- quelques tours pleines ou légèrement saillantes.
L’ensemble formait un cœur défensif difficile d’accès sur la butte.
B. Une tour maîtresse (donjon?)
On pense qu’il existait :
Probable forme :
- base carrée ou rectangulaire,
- 3 niveaux,
- hourds temporaires en bois en temps de guerre,
- peu d’ouvertures.
C. Une église castrale intégrée : l’ancienne église Saint-Front
Avant la cathédrale actuelle, il existait un sanctuaire roman plus ancien, intégré à l’enceinte comme dans de nombreux castra périgourdins.
Le château et l’église formaient un ensemble défensif unifié.
D. Des bâtiments résidentiels (aula, logis comtal)
- salle d’apparat (aula),
- logis du comte,
- cuisines, celliers, puits,
- cour intérieure pavée de terre battue.
Les bâtiments étaient en pierre et bois, beaucoup plus modestes que les châteaux du XIIIᵉ siècle.
E. Fossés et terrasses
- au nord et à l’ouest : fossés creusés dans la roche,
- au sud : pente abrupte descendant vers l’Isle,
- au nord-est : accès principal par une porte fortifiée.
Lorsque Richard Cœur-de-Lion reprend le Puy-Saint-Front, il impose :
Cela signifie probablement :
- arasement des murs,
- destruction de la tour maîtresse,
- suppression des hourds et du chemin de ronde,
- comblement partiel des fossés.
- sur la butte de la cathédrale actuelle,
- une enceinte en pierre avec tours pleines,
- un logis comtal,
- un donjon primitif,
- le tout associé à l'église Saint-Front,
- entouré de fossés et dominant la ville.
- Richard le fait démanteler,
- ce qui prépare le terrain pour les reconstructions religieuses ultérieures, dont la cathédrale.
Moyen-Age Classique 1137 / 1204 période Aliénor d'Aquitaine<==....
Liste des sièges impliquant Richard Cœur de Lion entre 1173 et 1175<==....