Le Château de Bouteville (proche du castellum de Bardeville Châteauneuf-sur-Charente.)
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Le château de Bouteville (Charente) – État des connaissances historiques
Origine et première mention
Le site est effectivement occupé dès l’Antiquité tardive : vestiges d’une villa gallo-romaine (IIIe–IVe siècle) découverts sous l’église et le cimetière actuel (céramiques sigillées, tegulae, hypocaustes).
Première fortification vers 990–1010 : La première motte (an mille – milieu XIe siècle)
Une motte castrale classique de l’an mille, élevée au moment où les comtes d’Angoulême et leurs vassaux multiplient les châteaux pour contrôler la vallée de la Charente et la route Angoulême–Jonzac–Blaye.
Motte tronconique d’environ 8 m de haut, 35 m de diamètre au sommet.
Tour-palais en bois (chêne et châtaignier) sur la plateforme.
Basse-cour à l’est, protégée par la boucle de la rivière Né (actuel « pré du château »).
Fossé alimenté par le Né et par une source encore visible.
Les origines (Xe – début XIe siècle)
La châtellenie de Bouteville finit par échoir à la famille d’Archiac (branche cadette des seigneurs de Montausier-Barbesieux) :
Mainard le Riche († vers 1015–1020), seigneur d’Archiac, de Bouteville et de Barbezieux.
L’entrée définitive dans la maison Taillefer (vers 1015–1020)
Le tournant décisif se produit dès le début du XIe siècle : Le mariage fondateur
Vers 1015–1020, Mainard le Riche donne sa fille aînée Pétronille d’Archiac en mariage à Geoffroy Taillefer († après 1048), fils cadet du comte d’Angoulême Guillaume IV.
Pétronille apporte en dot :
– le château et la châtellenie de Bouteville
– la moitié de la seigneurie d’Archiac
– des droits sur Marcillac, Montignac et Barbezieux.
C’est ce mariage qui fait entrer Bouteville dans la maison d’Angoulême pour trois siècles.
1028 : première mention écrite du « castellum de Botavilla » dans un acte de l’abbaye de Saint-Cybard d’Angoulême (cartulaire, fol. 67), on lit :
« …in villa que dicitur Botavilla, cum castello et ecclesia… »
Il appartient désormais à Geoffroy Taillefer († après 1048), fils cadet et Pétronille.
C’est donc vers 1015–1020, et non au XIIe siècle, que Bouteville devient une possession directe des comtes d’Angoulême.
Les Testaut (1098–1149)
Arnaud Testaud (attesté vers 1070–1090) → probablement un vassal ou un parent des seigneurs d’Archiac.
Guillaume Testaut de Bouteville (1098–1109).
Arnaud Testaut (Testauz), son fils (1141–1149) → dernier mâle de la lignée.
Ils ne sont que des châtelains délégués ou des coseigneurs temporaires, probablement issus d’une branche collatérale ou d’un second mariage.
À la mort d’Arnaud Testaut (1149), ses deux filles Pétronille et Claria portent leurs droits à leurs maris (Rigaud et Guillaume d’Arrade), mais la châtellenie revient de facto aux Taillefer, qui l’administrent directement.
L’ampleur de la châtellenie au Moyen Âge central
22 paroisses dépendant directement du château (XIIIe siècle) : Bouteville, Saint-Preuil, Châteauneuf, Bonneuil, Lignières, Nonaville, Birac, etc.
Archiprêtré de Bouteville (un des 45 du diocèse d’Angoulême) : 29 paroisses/communes actuelles.
Le « Pays de la Champagne de Bouteville » : petite région très fertile (vignes, céréales, prairies) qui faisait la richesse de la châtellenie.
L’église et le prieuré (1020–1030)
Geoffroy et Pétronille poursuivent la construction de l’église romane (nef actuelle) et fondent, avant 1031, un prieuré dépendant de Saint-Cybard d’Angoulême (actes de 1031 et 1043), puis rattaché à Cluny.
Le prieuré est installé dans la basse-cour, à l’emplacement de l’actuel cimetière.
Le château au Moyen Âge
Fin XIe : motte + tour-palais en bois (an mille).
Vers 1130–1150, Le logis seigneurial et la chapelle castrale sont alors construits en pierre.
Le petit-fils de Geoffroy, Vulgrin II Taillefer (comte d’Angoulême 1140–1160), remplace la motte en bois par un grand donjon carré en pierre (10 × 10 m, murs de 2,80 m d’épaisseur), dont il reste aujourd’hui les fondations et le puits.
Fin XIIe–début XIIIe : contrôle direct par Richard Cœur de Lion (1192–1199) puis Jean sans Terre.
XVIIe siècle : transformation en élégante demeure classique par la famille de Nesmond.
Résumé chronologique simplifié
Avant 1015 : Mainard le Riche (seigneur d’Archiac)
Vers 1015–1048 : Geoffroy Taillefer × Pétronille d’Archiac
Apport en dot → entrée dans la maison d’Angoulême
1028 : Première mention écrite du château
1070–1149 : Famille Testaut (châtelains délégués)
Guillaume V Taillefer, neuvième comte héréditaire d'Angoumois (né en ? - † 1120), comte d’Angoulême de 1087 à 1120.
Vulgrin II d’Angoulême (Guillaume V), Taillefer ou Vulgrin Rudel (♰ 16 septembre 1140) comte d’Angoulême de 1120 à 1140.
Renforcement de la motte
Donjon carré en pierre. Passage définitif à la pierre
- le 16 novembre 1140
- au château de Bouteville
- mentionné dans les sources comme :
apud castellum Botavillam
Cette mention apparaît notamment dans :
où la mort du comte est enregistrée dans la rubrique nécrologique.
qui mentionne la date de son décès et sa localisation.
(« Histoire des évêques et comtes d’Angoulême »), source centrale du XIIᵉ siècle
→ C’est là que la mention apud castellum Botavillam se lit clairement.
qui confirme également le lieu.
Le château de Bouteville est alors :
- une place forte stratégique sur la frontière Saintonge/Angoumois ;
- une résidence comtale secondaire ;
- un point de repli défensif face aux seigneurs saintongeais de Pons, Archiac et Matha.
Wulgrin II y séjourne régulièrement pendant ses campagnes contre les lignages saintongeais.
Les dernières années de Wulgrin II sont marquées par :
- des tensions avec le vicomte de Limoges ;
- des conflits avec la maison de La Marche ;
- des querelles de frontière avec les seigneurs d’Archiac ;
- son intervention continue pour défendre Bouteville, Montmoreau, Conzac, etc.
Il semble mourir malade, sans indication de blessure ou combat.
Guillaume VI Taillefer est comte d'Angoulême de 1140 à 1179.
1180–1200 : Vulgrin III et Mathilde. Logis et chapelle en pierre. Apogée du château roman
1192–1204 : Richard Cœur de Lion puis Jean sans Terre
Garnison plantagenêt
1204–1308 : Roi de France (après la conquête capétienne)
1308–1789 : Fief relevant directement du roi (prévôté royale)
Deux foires annuelles, 160 feux au XVIIIe
Bouteville est donc, dès le deuxième quart du XIe siècle, une des plus riches et des plus stratégiques châtellenies comtales d’Angoumois, bien avant que les Testaut n’apparaissent dans les chartes.
Aujourd’hui, la motte primitive est encore parfaitement visible (butte boisée à l’ouest du château actuel), tandis que le donjon du XIIe siècle domine toujours la vallée du Né, transformé au XVIIe siècle en élégante résidence par les Nesmond.
Bouteville est donc un exemple parfait de l’évolution :
villa gallo-romaine → motte de l’an mille → grand château comtal en pierre (XIIe) → demeure classique (XVIIe).
La fondation du prieuré Saint-Paul de Bouteville
(d’après les deux chartes originales conservées : juin 1028 et 1030 n. st.)
Chronologie exacte
Avant 1020 : Mariage de Geoffroy Taillefer († après 1048) et Pétronille d’Archiac (fille de Mainard le Riche et d’Ildegarde) → Bouteville entre dans la maison Taillefer par dot Geoffroy & Pétronille
Vers 1020–1025 : Début de la construction de l’église Saint-Paul par Ildegarde (belle-mère)
Juin 1028 : Première donation solennelle : Geoffroy et Pétronille donnent l’église inachevée à l’abbaye de Savigny (ordre bénédictin, diocèse de Lyon)
Geoffroy, Pétronille, Guillaume II Taillefer (père), évêque Islo de Saintes, etc.
Entre 1028–1030 : Mort de Pétronille (inhumée sous le seuil de l’église :
« HIC IACET ANCILLA CHRISTI DOMINA PETRONILLA »
– inscription encore visible)
1030 (nouveau style, probablement printemps)
Consécration de l’église achevée et fondation officielle du prieuré conventuel Saint-Paul de Bouteville
4 évêques consécrateurs :
- Godefroi II de Bordeaux,
- Islo de Saintes,
- Arnauld de Périgueux,
- Rohon d’Angoulême ;
Geoffroy (désormais comte d’Angoulême après la mort de son frère aîné Foulques en 1028–1030)
Ce qui est exact dans le récit traditionnel
La donation initiale de juin 1028 est bien faite par crainte de la fin du monde (« metu mundi ineunte ») – climat d’angoisse millénariste très répandu vers l’an mil.
Quatre évêques célèbrent la dédicace en 1030 : c’est exceptionnel pour un simple prieuré rural.
Geoffroy « épouse mystiquement » l’église (coutume germanique du morgengabe) et la dote richement.
L’église est placée sous le vocable Saint-Paul.
Le prieuré dépend de l’abbaye-mère de Savigny (ordre bénédictin, puis cistercien en 1147).
Ce qui est inexact ou mal compris dans le récit du XIXe siècle
L’ordre religieux
En 1028–1030, Savigny est encore bénédictine classique.
Elle ne passe à l’ordre cistercien qu’en 1147.
Le prieuré de Bouteville reste donc bénédictin jusqu’à cette date, puis devient cistercien.
Le rôle d’Ildegarde
Ildegarde n’a jamais été « vicomtesse » ni fondatrice principale.
Elle a seulement commencé les travaux.
C’est bien Geoffroy et Pétronille qui donnent l’église à Savigny.
La date de mort de Guillaume II Taillefer
Il meurt le 6 avril 1028 → la première charte de juin 1028 est donc l’une de ses toutes dernières signatures.
Les Testaud (1098–1149)
Ils ne sont ni seigneurs ni fondateurs du prieuré.
Ce sont simplement des chevaliers ou châtelains au service des comtes d’Angoulême qui font des dons supplémentaires au prieuré (confirmés dans le cartulaire de Baignes).
Le cartulaire de Baignes nous apprend que le prieuré trouva d'autres bienfaiteurs après Geoffroi, comte d'Angoulême, et parmi eux Arnaud Testaud, Guillaume Testaud de Bouteville [1098-1109], Arnaud Testaud, fils du précédent [1141-1149], qui n'étaient point seigneurs de Bouteville, comme on l'a cru, mais seulement attachés au service des comtes d'Angoulême, comme Guillaume, chevalier [miles] de Bouteville, fils de Rigaud de Bouteville, mentionné aussi dans le même cartulaire.
Dons précis de Geoffroy en 1030 (charte originale)
- La moitié de la villa de Marinatis (La Marion, Nonaville)
- Toute la villa de Fossatis (Les Fossés, Segonzac ?)
- Droits en vin et en argent sur les terres alentour
- Dîmes de plusieurs moulins
- Terres labourables et vignes à Marinacum (Mérignac)
- Terres et vignes à Trislis (Trellis, Salles-d’Angles)
- Forêts et vignes tenues en fief à Flaaz Villa (Flavignac / Flaville, Bonneuil) par Gasferius et Mainardus
Statut du prieuré après 1030
Prieuré conventuel (jusqu’à 12–15 moines au maximum)
Droit de nommer à six cures importantes : Bourg-Charente, Saint-Preuil, Mérignac, Graves, Le Pin, Avy
Archiprêtré de Bouteville (29 paroisses) créé peu après
Prieurs connus : Aimon (1129), etc.
Très riches revenus (jusqu’à 16 000 livres certaines années au XVIIIe siècle)
Remaniements au 13e. Nef détruite par les Anglais à la fin du 14e.
Une nouvelle nef fut construite au 15e, qui fut à nouveau ruinée en 1569 par les Protestants et restaurée en 1624 par Louise de Luxembourg.
Le clocher et ce qui subsistait de la nef primitive s'écroulèrent en 1682.
Les parties saines furent consolidées et restaurées en 1820, 1886 et 1891
Conclusion définitive
Le prieuré Saint-Paul de Bouteville est fondé en deux étapes :
Juin 1028 → donation de l’église inachevée à Savigny (bénédictin)
1030 → consécration solennelle et dotation massive par Geoffroy, devenu comte, après la mort de sa femme Pétronille.
C’est l’un des tous premiers établissements monastiques de la future « Champagne de Bouteville » et le plus riche prieuré rural de tout l’Angoumois médiéval.
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Archéologie
Il y a eu plusieurs fouilles archéologiques sur le site de Bouteville, en Charente, qui ont permis de confirmer et d'enrichir les connaissances sur son occupation gallo-romaine (IIIe–IVe siècle) et médiévale précoce.
Ces découvertes ont été réalisées principalement par l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), dans le cadre de fouilles préventives et programmées.
Voici un résumé des principales campagnes, basé sur des sources récentes :
Fouilles préventives (2019–2021)2019–2020 : Sondages dans la cour et autour du château, ordonnés en amont de travaux de restauration.
Ces fouilles ont révélé des vestiges confirmant une occupation dès le IXe siècle (ou même VIIIe selon certaines datations), avec des éléments d'un castrum (village fortifié) des comtes d'Angoulême.
On y a trouvé des céramiques, des graffitis et des éléments architecturaux lapidaires indiquant un habitat dense à proximité du château.
Ces découvertes ont repoussé l'origine du site fortifié plus tôt que la mention de 1028.
2021 : Campagne complémentaire qui a mis au jour des structures gallo-romaines sous-jacentes, incluant des traces de la villa (fondations, tegulae et hypocaustes), ainsi que des artefacts médiévaux précoces.
Fouilles programmées (2025–en cours)
Août 2025 : Première année d'un cycle triennal de fouilles programmées, dirigé par l'archéologue Adrien Montigny (Inrap).
Entamées le 4 août, elles se concentrent sur la face sud du château et les talus environnants pour explorer les phases de construction médiévale et les remaniements.
Des visites commentées gratuites étaient ouvertes au public les jeudis à 15h, couplées à la visite du château (propriété de Grand Cognac Agglomération).
Ces travaux visent à mieux comprendre l'évolution du site depuis l'Antiquité tardive jusqu'au XIIe siècle, avec des découvertes prometteuses sur les murailles et les habitats.
Ces fouilles ont été financées en partie par la restauration du château (achevée en 2024, soutenue par des mécènes comme le groupe Campari) et s'inscrivent dans une volonté de valorisation patrimoniale.
Aucune fouille n'a été rapportée spécifiquement sur la villa gallo-romaine seule depuis 2021, mais les sondages de 2019–2020 l'ont confirmée sous les strates médiévales.
Le site reste riche et pourrait faire l'objet de nouvelles campagnes, car "on pourrait passer une vie à fouiller", comme l'a noté l'archéologue Montigny.