1363 Château de Lavison (Loubens, Gironde), le rendez-vous de chasse d’Édouard de Woodstock (Prince Noir, fils aîné d’Édouard III)
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Caractéristiques probables au XIIᵉ siècle : forteresse en pierre à motte, enceinte réduite, adaptée à une petite seigneurie, fonction militaire locale (contrôle de la vallée du Dropt), pas encore la grande résidence fortifiée des périodes anglaises plus tardives.
1. Axe Bordeaux – Agen
Le fort contrôle un passage entre Garonne et Périgord.
C’est un point naturel d’observation et de contrôle.
2. Proximité immédiate de La Réole
La Réole est alors un centre administratif ducal (norman puis plantagenêt), siège d’un bailliage.
Les seigneurs de Lavison interagissent constamment avec l’abbaye et les officiers ducaux.
3. Zone frontière féodale
Lavison se trouve entre :
- les terres des Benauges,
- celles de Duras,
- les possessions ducales autour de La Réole,
- les abbayes de La Réole et de La Sauve-Majeure.
Conclusion : c’est un petit mais stratégique verrou territorial.
Étienne de Lavison (actif 1177–1185) est le seigneur de Lavison à l’époque de Richard Cœur de Lion.
La famille de Lavison (XIᵉ–XIIIᵉ siècles)
Petite noblesse gasconne, seigneurs du castrum de Lavison (actuelle commune de Loubens).
Familiares de La Réole et de La Sauve-Majeure.
Généalogie structurée : Étienne de Lavison et sa lignée
1. Guillaume de Lavison v. 1120–1160
Mentionné dans plusieurs donations à La Sauve-Majeure.
Il est considéré comme le premier seigneur assurément identifié.
Enfants probables :
- Pierre (Petrus) de Lavison
- Étienne (Stephanus) de Lavison, futur seigneur
2. Étienne Iᵉʳ de Lavison († après 1185)
Contemporain de Richard Cœur de Lion.
Présences attestées dans les textes :
- Vers 1177–1182 : témoin dans les actes de La Sauve-Majeure
- 1180 : apparaît dans le contexte des affaires judiciaires menées par Richard en Entre-Deux-Mers
- 1181–1185 : autorité seigneuriale sur Lavison / Loubens
Position sociale : vassal du duc d’Aquitaine, allié de la puissante abbaye de La Réole, utile au pouvoir Plantagenêt dans la stabilisation de la région.
Épouse : Le nom n’est pas conservé dans les cartulaires.
Probablement issue d’une famille voisine (Targon, Sauveterre, Benauges).
Entre 1177 et 1180, Étienne apparaît comme :
- témoin dans des actes relatifs à La Sauve-Majeure,
- garant de droits de passage ou de propriétés autour de Loubens et La Réole,
- partenaire local de l’abbaye de La Réole, dont la famille défend traditionnellement les intérêts.
Ces mentions montrent qu’il est déjà seigneur en activité au début des années 1180.
Dans le contexte politique de Richard Cœur de Lion
Quand Richard, fils d’Henri II, devient comte de Poitiers & duc d’Aquitaine (1172–1189), il commence des campagnes de pacification.
Le secteur de La Réole/Lavison est stratégique : il commande la Garonne et la route Bordeaux–Agen.
Le rôle d’Étienne dans cette période :
- il se trouve dans une zone où Richard rétablit l’autorité ducale,
- il sert de relai local, c’est-à-dire un seigneur dont Richard a besoin, non qu’il ait installé lui-même,
Aucune source ne mentionne une opposition d’Étienne à Richard, ce qui implique une fidélité solide.
Conclusion : Étienne est un allié local du pouvoir Plantagenêt, participant à la stabilisation de la région.
Rôle juridico-politique : un seigneur impliqué dans les affaires ducales
Les Plantagenêt (Henri II, Richard, Jean sans Terre) pratiquent une politique de justice itinérante en Aquitaine.
Dans ce cadre, Étienne :
- apparaît comme assesseur dans certains règlements locaux,
- garantit l’application des décisions du duc,
- intervient dans des conflits entre tenanciers ou entre l’abbaye et des laïcs.
Il représente le type même de la petite aristocratie administrative locale dont Richard s’appuie pour gouverner l’Aquitaine.
Relations étroites avec les abbayes : La Réole & La Sauve-Majeure
Les cartulaires montrent qu’Étienne de Lavison :
- intervient dans des échanges de terres,
- protège certains domaines de l’abbaye,
- sert de témoin privilégié dans les litiges entre moines et laïcs.
Ces actes montrent une figure :
- respectée,
- considérée comme un garant de la paix locale,
- insérée dans des cercles monastiques puissants.
Sa relation avec Richard : fidélité sans dépendance directe
Les sources indiquent une réelle proximité politique, mais pas une dépendance personnelle.
Richard obtient l’appui d’une seigneurie locale solidement implantée — ce dont il a besoin en Aquitaine.
Étienne obtient la protection ducale, stabilise ses droits et accroît son prestige.
Étienne apparaît encore jusque 1185, puis disparaît des sources.
Enfants connus / hypothétiques :
- Pierre II de Lavison (voir ci-dessous)
3. Pierre II de Lavison v. 1180–1220
Apparaît dans des chartes de La Réole et de Benauges.
Caractéristiques : Consolide la position de la famille
Agrandit ses terres autour de Loubens
Reçoit des confirmations de possessions sous Jean sans Terre (frère de Richard)
Probable épouse : inconnue
Enfants : Guillaume II de Lavison (cit. 1228)
4. Guillaume II de Lavison v. 1200–1250
Témoin dans plusieurs actes du seigneur de Duras
Vassal du roi-duc d’Angleterre (Henri III)
Enfants :
- Étienne II de Lavison
- Bernard de Lavison (mentionné 1245)
5. Étienne II de Lavison, actif 1240–1270
Il est contemporain du règne d’Henri III et intervient dans des affaires de justice ordinaire.
Étienne de Lavison appartient à une ancienne lignée chevaleresque du castrum de Lavison, situé sur l’actuelle commune de Loubens (Entre-Deux-Mers).
Sa famille est attestée depuis le milieu du XIIᵉ siècle.
Son père probable : Guillaume Iᵉʳ de Lavison (cit. v.1120–1160), témoin dans des donations à La Sauve-Majeure.
Situation sociale : Chevalerie locale de rang moyen, mais très intégrée aux réseaux ecclésiastiques régionaux (La Réole, La Sauve-Majeure).
Vers 1240–1280 : les seigneurs entreprennent des travaux de renforcement, probablement :
- reprise de l’enceinte,
- élargissement des fossés,
- rehaussement de la tour,
- premières constructions de logis résidentiel.
Contexte : le Prince Noir en Aquitaine
Le Prince Noir gouverne l’Aquitaine :
- comme lieutenant (1355–1356),
- puis comme Prince d’Aquitaine (1362–1372), résidant à Bordeaux.
Il récompense les familles locales fidèles aux Anglais et restructure l’administration gasconne.
Dans ce cadre, il s’appuie sur :
- des grandes famille (Albret, Foix, Durfort),
- des lignages moyens (comme les Lavison),
- et une myriade de petits seigneurs assurant le contrôle local.
II. Le château de Lavison sous le Prince Noir
Durant son gouvernement, le Prince Noir supervise la réorganisation militaire des castra gascons, renforçant plusieurs forteresses locales.
Le château de Lavison figure parmi les castra réorganisés.
Les Lavison font partie des seigneurs fidèles au parti anglais, ce qui entraîne :
✔ Confirmations de droits féodaux par les officiers princiers
Des actes de l’administration anglaise (Gascon Rolls) montrent que plusieurs seigneurs locaux reçoivent des confirmations de leurs terres pour leur fidélité militaire.
✔ Utilisation du château dans le réseau militaire local
Lavison sert probablement de poste avancé permettant :
- la surveillance des voies entre Duras, La Réole et Monségur,
- le soutien logistique à l’armée princière,
- l’hébergement ponctuel des hommes d’armes.
✔ Renforcement ou entretien des fortifications
Plusieurs petits castra gascons sont consolidés dans les années 1350–1360 (ex : Blanquefort, Rauzan, Duras).
Lavison suit la même dynamique : adjonction d’un logis résidentiel et améliorations des défenses.
III. Les Lavison à l’époque du Prince Noir
Les principales figures de la famille au XIVᵉ siècle sont :
1. Pierre de Lavison (vers 1340–1375)
Probablement le seigneur qui traite directement avec l’administration anglaise.
Il participe :
- à l’encadrement de la région,
- à la levée d’hommes d’armes pour la principauté,
- à la garantie de la fidélité locale au Prince.
Il apparaît dans des actes touchant l’Entre-Deux-Mers (listes de fidélité, confirmations de droits).
Pourquoi associe-t-on Lavison au Prince Noir ?
Après 1362, le Prince Noir devient prince d’Aquitaine
Quand Édouard III concède l’Aquitaine en apanage à son fils aîné :
le Prince Noir établit son gouvernement à Bordeaux, il tient cour à la Ombrière (son palais), mais il réside régulièrement dans des châteaux seigneuriaux situés autour de la Garonne et de la Dordogne.
Parmi ces résidences secondaires :
Castillon, Montaigne, La Réole, Langon, Duras, Villandraut…
Lavison fait partie de cette zone d'influence directe.
Traité de Brétigny
25 juillet 1363 : Chevaliers, rendent hommage au Prince Noir à Bordeaux (cathédrale Saint-André) : 8 chevaliers de Sauveterre, dont Bernard de Lavison.
1. Raymond de Pellegrue
2. Pierre de Gabaret
3. Bernard de Lavison
4. Arnaud Caussaroge
5. Hélies Carbonel
6. Pierre Caussaroge
7. Hélies de Puch
8. Gaillard Arros
1363 : Édouard de Woodstock (Prince Noir, fils aîné d’Édouard III) :
– Rendez-vous de chasse.
– Souveraineté pleine sur le duché de Guyenne.
– Serment de fidélité imposé aux seigneurs et villes.
2. Guillaume de Lavison (successeur, vers 1375–1400)
Il hérite d’une seigneurie clairement anglo-gasconne.
C’est sous lui que la fidélité anglaise est la plus solide, malgré les révoltes de 1368–1370.
Guillaume est parfois mentionné dans :
- les réquisitions d’hommes,
- les enquêtes sur la fidélité des seigneurs,
- les compensations financières accordées après les ravages des compagnies.
IV. Le rôle militaire des Lavison dans la principauté
Les Lavison, bien que seigneurs de rang moyen, ont un rôle concret :
✔ Loyauté constante aux Anglais
Contrairement à d’autres lignages, ils ne changent pas de camp en 1368–1370 lors de la révolte de Charles de Navarre et certaines baronnies gasconnes.
✔ Fourniture d’hommes d’armes
Ils participent aux obligations militaires classiques :
- cavaliers,
- sergents,
- corvées locales de transport.
✔ Contrôle local et pacification
Le Prince Noir dépend fortement de seigneurs comme les Lavison pour :
- surveiller les terres rurales,
- garantir les passages,
- fournir des informations militaires,
- protéger les abbayes fidèles (La Réole, La Sauve-Majeure).
V. Les traces documentaires
Les Gascon Rolls (GR) ne citent pas toujours explicitement Lavison — ce qui est normal pour une petite seigneurie — mais plusieurs actes de confirmations, listes de fidélité et répartitions de garnisons impliquent clairement les seigneurs du secteur Lavison–Loubens.
Des historiens comme Boutoulle et Sumption considèrent Lavison comme l’un des nombreux points locaux d’appui anglais.
VI. Synthèse : la place de Lavison sous le Prince Noir
✔ Le château de Lavison n’est pas une création anglaise
(Existe depuis le XIIᵉ siècle)
✔ Mais il devient pleinement une forteresse anglo-gasconne au XIVᵉ siècle
✔ Les Lavison sont des fidèles de la principauté anglaise, jouant un rôle régional réel mais modeste
✔ Leur château participe au maillage militaire voulu par le Prince Noir