Lettre des représentants du peuple à l’armée de l’ouest, qui annonce à la Convention la destruction totale des rebelles de la Vendée par les troupes françaises, et qui contient des détails très- circonstanciés sur cette victoire éclatante.
/image%2F1371496%2F20240819%2Fob_d2083f_lettre-des-representants-du-peuple-a.jpg)
Rapport du comité de salut public, sur la situation de la république. Lettre des représentants du peuple à l’armée de l’ouest, qui annonce à la Convention la destruction totale des rebelles de la Vendée par les troupes françaises, et qui contient des détails très- circonstanciés sur cette victoire éclatante.
Du 3 du second mois de l’an 2 de la République française une et indivisible. (Du Jeudi octobre 1793, vieux style. )
CONVENTION NATIONALE.
(Présidence de Charlier.)
Suite de la séance du 1er du second mois.
Barère donne communication de la correspondance du comité de salut public.
Une lettre de Ville-Affranchie (Lyon) porte que les rebelles et leurs chefs ont été exterminé.
La garde nationale qui a obéi au commandement du traître Presey, a été dégradée. Le décret contre Lyon va recevoir son exécution.
De nouveaux rassemblement viennent de se former dans les départernens de la Lozère, de l’Ardesches, du Gard et de l’Aveyron. Il paroit que le prétexte de tous ces mouvemens convulsifs a été la loi du 23 août ; mais quoique les brigans se soient déjà réunis dans le district de Saint-Chely, les mesures les plus efficaces ont été prises pour les faire rentrer dans le devoir, et faire trembler tout le midi de la France.
Chàteauneuf-Randon, qui lait passer ces renseignemens, assure que depuis la prise de Lyon, ces fanatiques sont sans ressources.
Barère présente ensuite le tableau de l’état militaire de la république.
Quelques mouvement se sont manifestés dans les Pyrénées orientales, mais ils ont bientôt été étouffés.
On a saisi à Saint-Jean-de-Luz une correspondance qui prouve une nouvelle trahison.
Le rapporteur, après avoir dit que la cause de la liberté et de légalité triomphe à Bordeaux, fixe attention de l’Assemblée sur la guerre désastreuse de la Vendée.
Vous savez, dit-il, que les Rebelles ont été chassés de Montaigu, Mortagne et Cholet, leurs, refuges principaux; mais ils se sont emparés de l’isle de Noirmoutiers.
Du côté d’Ancenis, les brigands ont exécuté leur passage sur la Loire : on ignore encore la force de cette colonne.
Dans la partie du nord, depuis Dunkerque jusqu’à Maubeuge, la Convention peut être tranquille, les mesures les plus vigoureuses ont été prises.
Du côté du Rhin, vous savez ce qui s’est passé à Weissembourg : les députés Saint-Just et Lebas ont été envoyés pour réparer ce premier échec.
A Maubeuge, Drouet a voulu exécuter une mesure militaire ; il est sorti la tête d'un détachement de cavalerie : il est probable qu’il a été fait prisonnier.
A Toulon, les ennemis ont vingt-cinq frégates ou vaisseaux armés, dix mille sept cents hommes de troupes : ils attendent un secours de quatorze mille hommes. Leur but est de se porter sur Aix pour y rétablir l’ancien parlement; des vaisseaux doivent y amener le ci-devant comte d’Artois, son frère et l’évêque de Toulon. Ces messieurs ne veulent plus de la constitution de 1789, mais l’ancien régime tout entier avec ses attributs : ils doivent se porter d’abord sur l’armée de Cartaut, qu’ils disent composée de brigands.
Les chevaux manquent dans Toulon ; les assignats n’y passent plus : on y a affiché que l’armée de la Vendée étoit à Paris, que les Lyonnais étaient vainqueurs, .etc.
Ici le rapporteur développe les causes de tous les maux que la république e suie; il les trouve dans la lâcheté, la corruption des chefs, l’égoïsme, la malveillance d’un grand nombre de citoyens, et l’impunité des villes de Longwy et de Verdun, qui, dit-il, ont occasionné l’infâme reddition de Condé, Valenciennes et le Quesnoy.
Barère propose, et l'Assemblée rend ensuite les décrets que voici.
Premier décret, « La Convention ne déroge en rien au décret de l’Assemblée législative, qui ordonne la destruction de toute place qui se sera rendue sans avoir soutenu un assaut ».
Second décret. « Lorsqu’une ville aura été déclarée en état de rébellion, il n’y aura plus dans cette ville aucun établissement public, ni fonderie, ni arsenal ».
Troisième décret « Les loix déjà rendues pour la séquestration, l’administration et la régie des biens des rebelles lyonnois, seront appliquées aux biens des toulonnois» ».
Séance du 2 du second mois.
La séance d’hier soir étoit consacrée an renouvellement du bureau; Moyse Bayle a été proclamé président, et Bazire, Fourcroy et Duval, secrétaires.
La séance d’aujourd’hui s’est ouverte par la lecture de plusieurs adresses de félicitation.
Barère, après la lecture de toutes ces dépêches, a pris la parole au nom du comité de salut public :
Je viens vous annoncer, dit-il, que la guerre de la Vendée est entièrement terminée.
Applaudissement universels.
Le rapporteur fait lecture de plusieurs dépêches ; voici la plus importante :
Angers, le 30 du premier mois.
« Citoyens collègues, la rapidité de nos mouvemens depuis huit jours, et l’enchainement des succès qui en ont été la suite, ne nous ayant pas permis de vous faire connaitre les diverses victoires que nous avons remportées, nous allons aujourd’hui vous acquitter de ce devoir.
Le rapprochement de nos armées vers les principaux repaires des brigands s’est opéré avec la plus grande rapidité ; nos diverses colonnes éclairoient le pays à mesure qu’elles avançoient, en mettant tout à feu : la prise de Châtillon coûta cher aux rebelles, car outre les pertes en hommes qu’ils firent, elle facilita la jonction de nos armées.
Pendant ce temps, la colonne de Montaigu s’emparoit de Tifauges, qu’elle incendia ; delà elle se porta sur Mortagne, égorgea tous les postes avancés et s’empara des fauxbourgs, qu’elle brûla.
Les rebelles furent tellement effrayés, qu’ils évacuèrent Mortagne. Quand leur frayeur fut passée, ils voulurent rentrer dans cette ville : le Combat s’engagea ; ils furent battus et obligés de prendre la fuite, après avoir laissé huit pièces de canon en notre pouvoir.
Chassés de Mortagne, ils se portèrent sur Cholet, ou ils avaient réuni leurs forces. Sous les murs de cette ville il se livra une bataille sanglante, dans laquelle les rebelles furent entièrement mis en déroute : le champ de bataille le resta couvert de leurs cadavres, à travers desquels nous entrâmes dans Cholet, au milieu des cris de vive lu république! vive la montagne!
Les rebelles se retirèrent à Beaupreaux; ils sentoient que la perte de Cholet et de Mortagne entraîneroit infailliblement la destruction de leur parti : aussi dès le lendemain ils revinrent nous attaquer aveu toutes leurs forces.
Jamais rage ne fut plus grande, jamais bataille ne fut plus sanglante ; elle dura depuis midi jusqu'à 8 heures du soir. Les révoltés furent taillés en pièces et obligés de se sauver, après avoir laissé en notre pouvoir douze pièces de canon et un grand nombre des leurs sur le carreau.
Une colonne de notre armée poursuivait les fuyards la bayonnette dans les reins; cette colonne arriva à une heure après minuit à Beaupréaux, où les rebelles se croyaient en sûreté ; elle fut assez heureuse pour surprendre les sentinelles, qui furent égorgées : les chefs des rebelles étaient logés dans le château ; éveillés par les cris de leurs soldats mourans, ils courent aux armes, mais ne trouvent que la mort.
Ceux qui échappèrent au fer du soldat évacuèrent la place, dont l’armée patriote s’empara. On a trouvé dans ce lieu un moulin à poudre, trente barriques de salpêtre, une grande quantité de soufre, des boites à mitrailles, des caissons, des bleds et des farines en abondance.
L’armée ne s’arrêta point à ces succès ; sans prendre haleine elle se met en marche et va chercher les rebelles à Saint Florent, leur seul et dernier repaire; leur frayeur étoit si grande, qu’ils ne l’attendirent pas ; ils se précipitèrent en si grand nombre dans des bateaux pour passer la Loire, que la plupart périrent : un des chefs, nommé Beauchamp, blessé à Cholet, et qui se faisoit porter sur un brancard, expira sur l’autre rive de la Loire.
La mort de Beauchamp vaut une bataille gagnée, par l’extrême confiance que les brigands avoient en lui. Delpech, un des principaux chefs, a été blessé mortellement.
Nous avons trouvé à Saint - Florent quarante caissons et beaucoup de pièces de canon que les rebelles avoient jetés dans la Loire, ne pouvant les emporter. Cette ville renfermoit de grands magasins de bled et de farine.
Indépendamment des prisonniers délivrés à Mortagne, Cholet, Châtillon et Beaupreaux, nous avons rendu à la liberté à cinq mille cinq cents patriotes détenus à Saint-Florent.
Ces malheureux victimes des brigands se sont jetées dans nos bras, et quoiqu’affoiblies par cinq mois de malheur, elles crioient vive la république ! Le nombre des républicains délivrés se monte à plus de huit mille.
La Convention nationale a voulu que la guerre de la Vendée fût finie dans le mois d’octobre, et nous pouvons lui assurer qu’elle n’existe plus.
Les contrées occupées naguère par les brigands n’offre plus qu’une solitude profonde : ou feroit beaucoup de chemin sans rencontrer une chaumière; car, à l’exception de Cholet, Saint-Florent et quelques bourgs patriotes, nous ne laissons derrière nous que des cendres et des cadavres.
Quelques hordes désorganisées se sont sauvées çà et la : nous allons les poursuivre ; par-tout où elles se porteront, elles ne pourront nous échapper.
La garnison de Mayence est arrivée à Angers ; une forte colonne se porte sur Nantes, et toutes mesures sont prises pour qu’aucun fuyard ne puisse échapper.
La peur étoit si grande à Ancenis qu’ils ont abandonné onze pièces de canon en fuyant : les rebelles ont dirigé leur marche sur Candé et Laval.
Nous allons les poursuivre, et nous ne nous arrèterons qu’après les avoir atteints et anéantis. Il se roi t trop long de vous faire connoître les noms des braves militaires qui se sont distingués et qui ont droit à la reconnoissance nationale: ce sera l’objet d’un ouvrage particulier.
Salut et fraternité, vive la république ! ça va et ça ira.
Signés, THUREAU, BOURBOTTE et CHOUDIEU.
La lecture de cette importante dépêche achevée, Barère s’écrie:
La Convention a décrété que la pierre de la Vendée seroit terminée au 20 de ce mois : eh bien, dit-il, elle l’est absolument. L’Assemblée a voulu encore que le fédéralisme disparût : eh bien, le fédéralisme n’existe plus ; aujourd’hui le gouvernement marche. Je puis dire à la Convention que la prise de Lyon a fait faire des prodiges aux armées de l’ouest et du nord.
L’Assemblée, sur la proposition du rapporteur, décrète que les nouvelles de la destruction des rebelles de la Vendée seront envoyées sur le champ, par des courriers extraordinaires, a toutes les armées et aux départemens.
Le général Léchelle écrit du 19 octobre (vieux style), pour confirmer les détails rapportés dans la lettre des représentans du peuple réunis à Angers.
Barère reprend la parole : il observe que si le comité de salut public n’a pas présenté un rapport général sur la guerre de la Vendée, c’est parce que l’un des représentans du peuple à Saumur a promis à ce comité des renseignemens qui ne lui sont pas encore parvenus. Le même membre insiste pour que l’Assemble rapporte le décret qu’elle a rendu hier sur la pétition de la société républicaine de Tours, concernant l'institution d’une commission à établir pour prononcer sur la conduite des généraux Ronsin et Rossignol. Le rapport de décret est à l’instant, décrété.
PARIS, le 2 du second mois.
Pour consommer la révolution, pour en assurer les résultats, en a regardé comme nécessaire d’employer encore les mesures révolutionnaires, de jeter, pour ainsi dire, un voile sur la statue de la loi, en un mot, de s’écarter momentanément du respect absolu que commande la déclaration des droits pour la liberté des personnel et des, opinions.
Les circonstances ont sans doute, forcé l’adoption de ce système ; mais on sent que l’arbitraire en est inséparable : aussi d’excellens patriotes ont été arrêtés comme suspects, et la feuille du citoyen Hébert, vulgairement connue sous le nom du Père Duchêne, a été arrêtée par le comité de surveillante du départemens.
Le citoyen Hébert en a porté ses plaintes à la société des jacobins, et Chabot a parlé sur cette arrestation en vrai républicain et véritable ami de la liberté.
« Sans doute, a-t-il dit, il est permis à un bon patriote de faire circuler des écrits dans les départemens ; sans doute il est défendu aux autorités constituées d'y mettre des obstacles.
Dans un de ses numéros, Hébert a parlé mal de moi ; il a dit ce qu’il a voit dans !’âme, il a bien fait ; j’aurois désiré qu’il eût été mieux instruit sur mon compte ; mais je me disois : la vérité triomphera sans doute, et il me rendra mieux justice. Je trouvai même étrange qu’un de mes amis déchirât cette feuille parce qu’elle contenoit sur mon compte des faits qu’il savoit être faux.
Je demande la plus grande liberté pour les journaux patriotes, et 1a surveillance exacte pour tous ceux qui pourraient en empêcher la circulation ».
La société à pris un arrêté conforme à la motion de Chabot ; elles s’est occupée aussi des moyens de faire rendre la liberté à un de ses membres, le citoyen David, qui n’est point David le député , comme nous l’avons dit hier par erreur : elle a de plus arrêté que le comité de salut public sera invité de donner l’ordre précis à tous les déffenseur officieux auprès des tribunaux de prendre la défense des riches et des pauvres sans distinction, et que le comité seroit pareillement invité à établir un régime égal dans les maisons d’arrêt.
Le général Cartant, écrit-on de Nice ; est attendu içi ; il quitte avec regret son armée révolutionnaire. Le général Lapoype lui succède, et l’on peut dire aussi qu’il le remplace. Il a repris la redonte du fort Pharon ; il saura mieux la conserver que la première fois. L’amiral anglois, Trugoots, lui a fait dire que s’il vouloit quitter le commandement de cette armée, on lui delivreroit sa femme et ses enfans ; il a répondu qu’il sacrifioit à sa patrie son bien, sa vie et son amour.
On écrit de Londres que le parlement ne sera pas convoqué avait le 26 ou le 27 novembre. On marque aussi que des députés on des commissaires de Bordeaux sont à Londres pour proposer la cession de leur ville, et régler avec le ministre les conditions auxquelles elle pourra se soumettre à une flotte angloise. C’est le général Ohara, ci-devant gouverneur de Gibraltar, à qui le ministre anglois a confié le gouvernment de Toulon. Sir Gilbert Elliot, muni de pleins pouvoirs, doit se rendre dans cette ville, et s’entendre avec le lord Hool pour faire tous les réglements nécessaires.
Beurnonville et les députés livrés par l’infâme Dumouriez sont, dit-on, traités avec la dernière rigueur, par les ordres du gouvernement autrichien, dans la bastille hongrois de Spielberg. La garnison entière du Quesnoy, ainsi qu’un grand nombre de prisonniers françois, sont transportés en Hongrie, et l’on parle de leur faire traîner les bateaux sur le Danube ; supplice qui, sous Joseph, a paru atroce pour les criminels condamnés à mort.
==> La Terreur à Poitiers -La guillotine place du Pilori
==> Les Fours de la Révolution, comment la terreur faisait cuire son pain.
==> Prisonniers de la Révolution — Mlle. LA TREMBLAYE à Mortagne sur Sèvre
==> Charette à Legé. — Le grand combat de Palluau 15 mai 1793 - Le poison de la Révolution
==> 1793 EN VENDEE LA COMMISSION MILITAIRE DE FONTENAY ET SES VICTIMES
==> Vieux château de MORTAGNE pendant la Guerre de Vendée - Louis Sapinaud de La Verrie
==> Prisonnier une seconde fois à Tiffauges 4-6 juillet 1793
==> Guerre de Vendée : bataille de Châtillon-sur-Sèvre le 5 juillet 1793
==> Victoire de Donnissan Lescure, Marquise de La Rochejaquelein - Fouilles du Château de Mallièvre
==> 1794, Combat de Saint Fulgent 9 janvier – combat des Brouzils 12 janvier (Charette Forêt de Grasla)
==> Tiffauges Janvier - Février 1794 (Guerres de Vendée).
==>Montaigu, 4 ventôse an II- 22 février 1794 Prieur de la Marne
==> Colonnes Infernales, Un délégué de Hentz et Francastel en Vendée (février-avril 1794).
==> LES GUERRES DE VENDÉE A L'EXPOSITION DE NIORT 1897