1794, Combat de Saint Fulgent 9 janvier – combat des Brouzils 12 janvier (Charette Forêt de Grasla)

La forêt de Grasla, principalement sur la commune des Brouzils, servit de refuge aux habitants du pays en 1793-1794.

Gralas ou de Touvois à ceux de Grand-Lande, se couvrir tantôt de la Moine, tantôt de la Boulogne, dresser de continuelles et fructueuses embuscades aux convois qui roulent sur tes deux seules chaussées praticables dans le voisinage duquel il s’embusque.

Dissociant, reconstituant sans cesse ses forces, s’incorporant parfois les bandes de Joly, porté alors à 3.000 hommes, il entreprend de temps à autre quelque action foudroyante et meurtrière.

 Le 9 janvier, il attaque Saint-Fulgent à l’improviste, en éprouve fort la garnison, se retire le 11 devant la collonne Joba venue de Montaigu au secours, s’enfonce dans la forêt de Gralas, en débouche le 12, attaque Joba aux Brouzils.

Blessé, battu, il dévie vers les taillis de Grammont, reparaît de nouveau, affronte les mêmes adversaires à La Chambaudière, et, repoussé encore une fois, disparaît.

Cinq jours après, Haxo apprend le lieu de sa retraite : le val de Morière. D’un fort coup de boutoir, le chef maraîchin est rejeté dans la forêt de Touvois où il se cache, très démuni cette fois.

De leur côté, ses émules du Bocage, paraissent sur leurs fins, sous bois, à la tête de quelques vétérans de la campagne de la Loire.

Au sein des réserves paysannes, exsangues depuis les hécatombes et les saignées de la Grande Guerre, ils n’ont plus d’aide matérielle d’aucune sorte à attendre, mais seulement un appui moral.

On les nourrit. On les renseigne. Rien de plus.

 

 

Deux motifs pressaient Charette dans les préparatifs de la nouvelle expédition qu'il méditait : le désir de venger les prisonniers de Noirmoutier et la crainte d'être surpris par l'ennemi.

Lorsqu'il arriva, dans la soirée du 8 janvier, au point de concentration qu'il avait choisi près de la Merlatière, 3,000 hommes seulement s'y trouvaient réunis; un tiers appartenait aux bandes de Joly et de Couëtus.

 Le général vendéen communique les tristes nouvelles; tous crient vengeance et demandent à combattre. Charette le leur promet; le lendemain, on marchera sur Saint-Fulgent (1), dont la garnison est fournie par de jeunes soldats de la dernière réquisition (2) : ils « payeront » pour les fusilleurs de Noirmoutier.

Après une courte étape de deux lieues et demie, la colonne vendéenne gravit, en courant, les pentes qui conduisent à la ville, au-dessus du Vendrenneau, avec tant d'entrain et de rapidité qu'elle massacre le poste avant qu'il ait pu donner l'alarme et qu'elle débouche sur la place « de la Commune », au moment où la garnison et les patriotes de l'endroit assistent à « l'exaltation d'un arbre de la Liberté ». La panique fut générale ; les Républicains se dispersèrent sous les coups de fusil des Vendéens, qui les poursuivirent autour de Saint-Fulgent jusqu'à la nuit.

Cette poursuite les fatigua tellement que Charette n'osa se fier à ses sentinelles et qu'il coucha lui-même dans le grand chemin (3), du côté de la route de Chantonnay, avec quelques soldats de sa garde personnelle.

La précaution était bonne, car le lendemain matin, 9 janvier, on aperçut, venant dans cette direction, un détachement d'infanterie, qui marchait sans avant-garde et sans flanqueurs. Charette dissimula ses hommes derrière les haies, et quand l'ennemi fut à bonne portée, il fit ouvrir le feu; la plus grande partie du détachement se sauva à toutes jambes.

Les Vendéens continuèrent la poursuite jusqu'aux Quatre-Chemins, mais, à la hauteur du château ,de l'Oie, les Républicains s'arrêtèrent et voulurent résister. Ils n'en furent pas moins mis en déroute et reprirent leur course vers Chantonnay.

Le froid était intense ; une discussion s'engagea entre Charette et Joly sur la direction à prendre ; les Vendéens désiraient rentrer à Saint-Fulgent. Charette y consentit, malgré Joly qui aurait préféré que l'on se dirigeât sur les Essarts.

De retour à Saint-Fulgent, on apprit par des femmes du pays qu'une patrouille de gendarmes s'était glissée dans la ville et avait informé quelques « patauds » qu'il y aurait le lendemain « grande compagnie ».

 Charette eut le tort de ne pas tenir compta de cet avis. Toutefois, il envoya au petit jour une troupe de cavaliers en reconnaissance sur la route de Montaigu (4) ; elle rentra précipitamment, annonçant l'arrivée de plusieurs colonnes républicaines.

 

Il n'y en avait qu'une, et son effectif ne dépassait pas 1,200 hommes, mais elle était commandée par le lieutenant-colonel Joba, officier plein d'activité et d'énergie, que nous avons déjà vu poursuivre Charette avec ardeur.

A six heures du matin, les tirailleurs républicains se glissaient derrière les premières maisons de Saint-Fulgent et surprenaient les Royalistes en plein désordre.

Le combat dura peu de temps (5) ; 200 Vendéens furent tués, une soixantaine de leurs « mauvais chevaux (6) », oubliés dans une écurie, tombèrent entre les mains des Républicains.

Charette, ayant perdu son cheval (.), ne put rallier une fraction importante de son armée.

Accompagné d'une dizaine d'hommes et grâce à l'obscurité qui régnait encore, il se retira dans la direction de la Rabatelière et de la forêt de Gralas.

Une autre colonne venant de Chantonnay, sous les ordres de l'adjudant-général Dufour, arriva pour appuyer la colonne Joba et prit part à la poursuite (8).

Charette restait à trois lieues de Saint-Fulgent, dans la vaste foret de Gralas, errant à la recherche de ses soldats. Grâce à Joly, qu'il retrouva, il put réunir environ 1,200 hommes, c'est-à-dire moins de la moitié de son effectif en partant des Essarts.

 Il apprend, dans la soirée du 12 janvier, que les Républicains sont au bourg des Brouzils.

La colonne de Joba s'y trouve en effet, à la recherche des fuyards de la veille.

Quelques coups de feu sont échangés, mais il est trop tard pour engager le combat dans la forêt, et l'on bivouaque de part et d'autre.

Les Républicains croient que les Vendéens se sont échappés pendant la nuit; aussi leur surprise est-elle grande lorsqu'ils sont attaqués dans leurs cantonnements. La fusillade dura quatre heures (9); Charette se retire dans la direction de la forêt (10), Joba l'y poursuit.

Les deux chefs s'aperçoivent distinctement, payant bravement de leur personne l'un et l'autre.

Le général vendéen, qui combat à pied, à la tête de ses tirailleurs, fait plier la gauche de l'ennemi (11); le lieutenant-colonel républicain, à la tête de son aile droite, commande le pas de charge, la baïonnette en avant, et à son tour il fait reculer les Royalistes. Sans cesser de combattre, ceux-ci se remettent en marche sur la lisière nord-ouest de la forêt. Joba les fait attaquer par un autre détachement de 200 fantassins et 50 cavaliers qu'il a dissimulé derrière un taillis.

Le désordre se met parmi les Vendéens; Charette, en les ralliant, est frappé d'une balle au bras, près de l'épaule (12). Malgré la douleur, il garde son sang-froid et veut entraîner ses hommes dans un retour offensif qu'il tente sans succès.

La confusion augmente dans les rangs des Vendéens, quelques-uns prennent la fuite; Joly, furieux, brûle la cervelle à un officier démoralisé qui crie :

Sauve qui peut !

La panique en est un instant ralentie, et c'est en combattant que les Royalistes gagnent les nombreux boqueteaux du plateau du Mortier; les mauvais chemins arrêtent quelque temps la cavalerie. Mais de nombreux prisonniers n'en sont pas moins ramassés par les hussards et les gendarmes (13).

Du hameau des Forges, les Vendéens ont franchi l'Issoire, grossie par les pluies et le dégel; ils prennent le chemin de Saint-Christophe. Ce hameau, qu'ils atteignent le soir même, est dans l'angle formé par la Boulogne et la Logne; il pouvait être facilement défendu, si la colonne de Joba avait continué sa poursuite, mais la fatigue était trop grande de part et d'autre, et le lendemain, 21 janvier, les bandes de Charette et de Joly allaient demander un abri, à un quart de lieue de là, au nord-ouest, au bois de Grammont.

 Ils s'y cachèrent si bien que deux colonnes républicaines passèrent, à droite et à gauche du bois, sans les apercevoir. Quelques cavaliers royalistes sortirent des taillis une heure après et capturèrent un convoi de fourrage imprudemment éloigné de son escorte.

Charette ne se trouvait qu'à deux lieues de Legé, il voulait tenter l'attaque de ce poste et se dirigea sur la forêt de Grandlande. A peu de distance de la lisière, au village de la Chambaudière, il se heurta à une colonne commandée par Joba, qui le cherchait.

La fusillade s'engagea aussitôt des deux côtés.

Le major-général de l'armée, David des Norois, « un des plus braves officiers (14) », y fut blessé grièvement. Les Vendéens reculèrent d'une demi-lieue et gagnèrent la foret. On tirailla pendant quatre heures (15). Les Républicains, qui étaient au nombre de 1,200, crurent leurs adversaires plus nombreux qu'ils ne l'étaient réellement (16) et n'osèrent pas les poursuivre.

Cependant des prisonniers vendéens ayant dit au colonel Joba que l'armée allait se rendre dans la foret de Touvois, il y conduisit sa colonne.

Avec 200 grenadiers qui formaient son avant-garde, il faillit surprendre Charette, mais quelques-uns des grenadiers firent feu trop tôt et la surprise fut manquée (17).

La troupe-de Charette se dispersa de nouveau.

Celui-ci, souffrant de sa blessure, avait entendu parler des religieuses du Val-de-Morière, qui semblaient avoir été oubliées dans leur couvent près de Saint-Etienne-de-Mer-Morte et que l'on vantait comme d'habiles infirmières; il se rendit dans ce monastère (18) avec ses cavaliers.

Dans la pieuse retraite (19) où Charette venait demander des soins dévoués et quelques jours de repos, il trouva sept religieuses âgées qui avaient refusé de quitter leur couvent et surtout la chapelle où des prêtres réfractaires venaient parfois célébrer en secret la messe.

Le Val-de Morière était un vaste bâtiment entouré de quelques masures appartenant à des métayers. D'immenses landes, au milieu desquelles s'élevaient des bouquets de bois, donnaient un aspect attristé au pays que n'avaient point jusqu'alors parcouru les colonnes républicaines.

Les religieuses se crurent en sûreté lorsqu'elles virent arriver le général vendéen et sa nombreuse escorte. Un chirurgien républicain, fait prisonnier, pansa sa blessure (20).

Charette eut l'agréable surprise de la visite d'une jeune femme qui fuyait aussi « les Bleus ». Mme de Monsorbier (21) avait partagé les dangers de la Grande Armée jusqu'au passage de la Loire; restée sur la rive gauche, elle avait erré dans l'Anjou et le Haut-Poitou, puis dans le pays de Retz; elle avait enfin trouvé un refuge dans le monastère du Val-de-Morière.

Avec sa gracieuse tournure, son esprit enjoué et son babil primesautier, qui n'aurait-elle point charmé? Sans avoir la beauté impérieuse et les grandes manières de Mme de la Rochefoucauld, ni l'entrain héroïque de Mme de Bulkeley, Mme de Monsorbier devait exercer sur Charette et sur ses principaux officiers une constante influence.

Dans la vie périlleuse qu'elle mena avec eux, pendant plus de deux années, à l'imprévu des cantonnements, au soir des victoires comme au lendemain des déroutes, elle créa un centre, un foyer, on pourrait même dire un salon où se sont préparées de rudes expéditions et d'importants pourparlers.

Mme de Monsorbier appartenait par sa naissance à la famille de Voyneau, originaire de Bretagne, dont les sympathies royalistes s'étaient manifestées dès le début de l'insurrection; elle avait épousé un ancien mousquetaire, qui avait émigré dès 1792 (22) et se trouvait actuellement en Angleterre, comme M. de la Rochefoucauld était en Allemagne.

La nouvelle venue devint la reine du nomade quartier général de Charette, ainsi que l'avait été à Legé la belle châtelaine de Puyrousseau, qui, par une étrange coïncidence, au moment où naissait la faveur de Mme de Monsorbier, tombait entre les mains d'une patrouille républicaine, était conduite aux Sables et jugée par la commission militaire qui la fit fusiller (23).

 

La retraite du Val-de-Morière fut dénoncée au général Haxo (24) qui avait alors son quartier général à Machecoul.

 Une colonne républicaine, 400 hommes du bataillon des Vosges, est aussitôt formée et va franchir allègrement les trois lieues qui la séparent du refuge du célèbre chef vendéen qu'elle espère bien saisir. Mais quelque rapidité que les soldats de Haxo apportèrent dans leur marche, ils furent devancés par d'obscurs serviteurs de la cause vendéenne (25).

Des femmes et des enfants prévinrent Charette du danger. Il fallait s'éloigner, mais dans quelle direction? L'ennemi n'était-il pas partout?

« On alla aux voix » (26) pour savoir dans quelle forêt il fallait se réfugier. « Le conseil d'une femme l'emporta » et, sur l'avis de Mme de Monsorbier (27), la tribu errante leva ses tentes pour gagner la forêt de Gralas qu'on disait la plus étendue du pays.

 

 On partit en pleine nuit. Il était temps, l'avant-garde républicaine arrivait peu d'instants après le départ des Royalistes (28).

Le couvent était vide, la chapelle avait recueilli les religieuses, quelques pauvres paysannes et leurs enfants. Des misérables, appartenant au bataillon des Vosges, furieux de voir leur proie leur échapper, se vengèrent sur ces infortunées et les massacrèrent à coups de sabre ou à coups de baïonnette.

Les vieilles religieuses moururent en pardonnant à leurs bourreaux, et la contagion du courage était bien grande à cette époque, car un enfant de sept ans, que sa mère serrait contre sa poitrine, s'en dégagea pour demander au bandit qui le menaçait de le tuer le premier afin de ne pas voir mourir sa mère…..

Les colonnes infernales commençaient déjà!

Ces populations fuyaient les combats et la terreur menée par les colonnes infernales de Turreau.

 Le 22 février 1794, environ 100 personnes sont massacrées aux Brouzils par la colonne du général Cordellier.

 

 

 

Guerre de Vendée, la bataille de Noirmoutier, jugement et exécution du général Maurice d'Elbée ( 6 janvier 1794) <==.... .... ==>Préparatif des colonnes infernales de Turreau

 

 ==> 2 et 3 février 1794, Les trois batailles de Chauché ; Charles Sapinaud de La Rairie, Charette et Grignon.


 

(1) Lucas Championnière, Mémoires inédits.

(2) Général Bard au ministre de la Guerre, 22 nivôse an II (11 janvier 1794). Armée de l'Ouest, Arch. histor. de la Guerre, janvier 1794.

(3) Lucas Championnière, Mémoires inédits.

(4) Lucas Championnière, Mémoires inédits. — Le Bouvier-Desmortiers, 1.1", p. 251.

(5) Il y a sur ce point divergence entre le rapport du général Bard au ministre, qui déclare que le combat dura « deux heures »  et les Mémoires de Lucas Championnière qui déclare que l'affaire ne dépassa pas un quart d'heure. « Chacun prit la déroute au milieu des ténèbres et l'on s'enfuit de tous côtés sans connaître le lieu de ralliement. » Les généraux républicains étaient toujours disposés, dans les rapports qu'ils adressaient aux autorités dont ils dépendaient, it exagérer les effectifs des Vendéens et la durée des combats.

(6) Joba, dans son Mémoire récapitulatif, parle de 300 Vendéens tués ou pris et 100 chevaux.

(7) Joba, Mémoire récapitulatif. (Arch. adm.de la Guerre.)

(8) « L'adjudant-général Dufour marche de concert avec Joba et espère, ainsi que moi, que bientôt tout sera fini... » Et plus loin : « J'apprends à l'instant que la colonne du brave Joba a rencontré les débris de l'armée de Charette, qu'il les a battus complètement et qu'il les poursuit avec la colonne commandée par Dufour. » (Bard au ministre de la Guerre. Chantonnay, 22 nivôse, déjà cité.)

(9) Bard à la Société populaire de Fontenay-le-Peuple, 24 nivôse (11 janvier 1794). Collection Duuast-Malifeux, 8e vol., pièce 10.

(10) Joba. Mémoire récapitulatif. (Arc h. admin. de la Guerre.)

(11) Lucas Championnière, Mémoires inédits.

(12) « J'ai vu M. Charette au moment qu'il fut frappé, il ne parut nullement affecté. Peu de gens s'aperçurent de ce qui venait d'arriver. Il donna même quelques ordres pour s'opposer à l'entrée des ennemis dans la forêt, mais ce fut en vain. M Lucas Championnière, Mémoires inédits.)

(13)Il y a dans les Mémoires de Lucas Championnière une transposition. Beauchamp parait avoir eu connaissance de ce passage des Mémoires et à reproduit cette légère erreur qui a été copiée par certains historiens. D'autres écrivains ont confondu Chauché, trop près de Saint-Fulgent, que Charette devait attaquer plus tard, avec Mâche, entre Aizenay et Apremont. Nous nous sommes inspiré, pour décrire ce combat, des rapports de Bard et de Joba.

Le premier dit : « Joba, avec 1,200 hommes, chercha Charette qu'on disait réfugié dans la forêt de Gralard (sic) ; c'est Charette qui est venu l'attaquer avec 2,000 hommes, etc. » (Général Bard à la Société populaire de Fontenay-le-Peuple, 24 nivôse an II. Collection Dugast-Matifeux, 8e vol., pièce 10.)

Le second décrit le combat engagé aux Brouzils d’où il délogea Charette. (Mémoire récapitulatif. Arch. admin. de la Guerre, dossier Joba.)

Enfin, Lucas Championnière, dans ses Mémoires inédits, donne aussi de l'atfaire un récit détaillé qu'il termine ainsi : « Nous nous retirâmes à Saint-Christophe-la-Charentrouse. Le lendemain, nous étions cachés dans le bois de Grammont. )

(14) Lucas Championnière, Mémoires inédits.

(15) Lettre du général de division Duval, commandant à Niort, 25 nivôse an II (13 janvier 1794). Arch. hist. de la Guerre, armée de l'Ouest, janvier 1194.

(16) Même document.

(17) Joba, Mémoire récapitulatif, déjà cité.

(18) Lucas Championnière, Mémoires inédits.

(19) Charette ne se doutait point qu'il allait être la cause indirecte du. départ de Carrier, le hideux proconsul de Nantes. Un négociant de cette ville, membre de la municipalité, nommé Champenois, était venu informer Carrier qu'un habitant de la campagne s'engageait à faire découvrir la: retraite de Charette qu'on savait blessé. Carrier ne daigna pas le recevoir, la Société populaire s'en plaignit, le dictateur fit arrêter Champenois. Jullien, représentant du peuple, de passage à Nantes, fut saisi des plaintes de la Société populaire; il les transmit au Comité de Salut public qui manda Carrier à Paris. Celui-ci quitta Nantes le 14 février. Il en imposa d'abord à ceux qui l'accusaient, mais il s'était rendu coupable de tant de crimes, de tant d'effroyables abus de pouvoir, qu'il fut enfin jugé et condamné lors de la réaction thermidorienne. Son exécution eut lieu le 16 décembre 1794. (l'ouvrage si documenté du comte Fleury, Un grand Terroriste : Carrier à Nantes. 1897, Plon, édit.)

(20) Ce chirurgien, qui avait été forcé par les soldats de Charette de le panser sous peine de mort, eut l'imprudence de raconter plus tard l'incident, l’général républicain qui commandait à Luçon; celui-ci le fit aussitôt mettre à mort. (V. Administrateur militaire des armées républicaines, Mémoires, p. 140.)

(21) Mme de Monsorbier figure sur la liste des dames vendéennes réfugiées il Beaupréau avec Mme d'Aubeterre, l'abbesse. (V. Correspondance des chefs royalistes, Arch. nation, AFII.)

(22) En 1814, M. de Monsorbier (Honoré-Charles-Benjamin) — et ce sont bien les prénoms du mari d'Elisabeth-Marie-Bénigne de Voyneau, l'amie de Charette — figure en qualité de capitaine des armées royalistes sur la liste des officiers vendéens à récompenser; il est l'objet de la mention suivante : « Officier dès 1770, âgé de 62 ans, a servi en émigration et à la Vendée eu 1799. Beaucoup de services rendus par lui et sa famille. » Manuscrit du prince de la Trémoïlle. (Crétineau-Joly continué, édition Drochon, t. V, p. 49.)

(23) Mme de la Rochefoucauld fut arrêtée, avec son fermier Thoumazeau, dans une métairie aux environs de Dompierre, malgré la défense valeureuse des 40 Vendéens qui l'escortaient et qui luttèrent longtemps contre 150 soldats républicains. On a prétendu qu'un traître l'avait vendue au général Dufour. Quoi qu'il en soit, arrêtée dans la nuit du 15 au 16 janvier, elle fut conduite aux Sables-d'Olonne et exécutée le 24 janvier. L'échafaud était dressé devant l'emplacement actuel du Casino, mais la comtesse fut fusillée sur les dunes. (V. l'article du docteur Petiteau, paru dans le journal L'Etoile de la Vendée, numéro du 24 janvier 1889. — V. aussi l'intéressante étude de Benjamin Fillon et Dugast-Matifeux, intitulée : Trois Héroïnes vendéennes, qui se termine ainsi : « L'adversité ne fit point faiblir Mme de la Rochefoucauld, elle répondit ironiquement à ceux qui l'interrogeaient, et, en présence du supplice, jeta un regard de dédain sur la foule silencieuse. » Echos du Bocage vendéen, année 1884.)

(24) « ... L’on assure que Charette a reçu une balle a l’épaule. Il était venu se réfugier au Val-de-Morière avec 500 ou 600 des siens. L'ayant appris hier, je lui ai fait sur-le-champ la chasse ; tout en est aussitôt parti et l'on a pu atteindre que 6 ou 7 personnes, les femmes du village ont également assuré que Charette était blessé... Nous donnons également la chasse à Cathelinière. On ne cessera de les poursuivre. » (Le général Haxo au général Turreau. Machecoul, 28 nivôse an Il (17 janvier 1794). Armée de l'Ouest, Arch. hist. de la Guerre, janvier 1794.)

(25) Des habitants de Machecoul, d'après Crétineau-Joly (Histoire de la Vendée militaire, t. II, p. 186.)

(26) Lucas Championnière, Mémoires inédits.

(27) « Madame de M... » (Lucas Championnière, Mémoires inédits.)

(28) Dans sa lettre du 19 pluviôse (28 janvier 1794) au Comité de Salut public, Carrier rend compte de la blessure de Charette et regrette qu'il n'ait pas été pris. Il multiplie ses ordres pour activer « la destruction totale des brigands », mais il espère tout d'une certaine combinaison : « Outre ces grandes mesures, j'en ai pris une secrète pour m'assurer de la personne de Charette. J'en ai confié le soin à un citoyen de Nantes, capable de tout eser. Dans peu de jours, j'en aurai le résultat et vous en ferai part. Qu'il me tarde d'apprendre la mort de ce grand brigand et du dernier de tous les autres qui infestent encore le sol de la République. Qu'il me sera doux de vous en transmettre la nouvelle! » (Carrier au Comité de Salut public, 19 pluviôse an II (28 janvier 1794). Arch. hist. de la Guerre, armée de, l'Ouest, janvier 1794.)