Châtillon-sur-Sèvre 1793 Mauléon

La grande armée catholique était rentrée dans la Vendée après sa retraite de Nantes et se reformait à Cholet ; la division d'Anjou, accourue sous les ordres de d'Elbée et de Stofflet, se joignait le 5 juillet  à La Rochejaquelein et à Lescure, dont les paroisses s'étaient enfin rassemblées. Les Vendéens étaient pleins d'ardeur; ils désiraient vivement venger leurs compatriotes massacrés, délivrer le pays, et montrer aux Républicains qu'on ne brûlait pas impunément leurs villages et leurs châteaux.

Le rendez-vous est à Cholet : vingt mille hommes s'y trouvent et partent aussitôt pour Châtillon.

La division républicaine réorganisée à Tours se réunissait.à Saumur elle était commandée par le général Labarolière en l'absence du général Duhoux retenu par sa blessure.

L’avant-garde était commandée par le général Menou, ayant sous ses ordres les généraux de brigade Fabrefonds, Dutruy, Barbazan et Gauvillier, et les adjudants-généraux Chibert, Muller, Talot et Boivin. La force de l'avant-garde était d'environ quatre mille hommes, dont moitié de troupes de ligne.

Le général Santerre commandait la première brigade composée de cinq bataillons de Paris > formant quatre mille cent soixante hommes. Il avait pour adjudants-généraux Viot et Cadey.

Le général Joly commandait la deuxième brigade, forte de dix-sept cent cinquante hommes, dont cinq cents de troupes de ligne. Caffin était son adjudant-général. Le général Chabot commandait la troisième brigade, forte de deux mille deux cent cinquante hommes, dont six cents de troupes de ligne. Il avait pour adjudant-général Carpentier. La force de la cavalerie attachée à cette division active était de seize cents hommes des huitième et neuvième de hussards, seizième et dix-neuvième de dragons, vingt-quatrième de chasseurs et cavalerie de la Mayenne.

Ainsi la forcé totale était, en infanterie, de douze mille cent soixante hommes, et en cavalerie, de seize cents.

Il y avait en outre quatre cents artilleurs et cent quatre-vingts travailleurs.

La division de Niort comptait quinze mille six cents hommes d'infanterie et treize cent quatre-vingts de cavalerie.

Dix bataillons de la formation d'Orléans faisaient partie de l'infanterie et présentaient une force de quatre mille deux cents hommes auxquels on avait ajouté deux mille hommes provenant du recrutement, sans armes et sans instruction.

Les grenadiers de la Convention n'étaient qu'au nombre de cent quatre-vingts.

Le général Biron n'avait, pour commander cette division, qu'un général de division, Chalbos, et un général de brigade, Westermann. Le général. Dayat avait obtenu une autre destination.

Le général Boulard, qui commandait aux Sables, n'avait que quatre mille deux cent soixante hommes d'infanterie, deux cent quarante-six cavaliers et trois cents canonniers.

Telle était, au 1er. juillet 1793, la force de l'armée des côtes de La Rochelle destinée à couvrir avec environ quarante mille hommes de toutes armes, une ligne de soixante lieues autour de la Vendée, et à pénétrer en même temps au milieu d'un pays inaccessible à des troupes nouvellement organisées la plupart sans discipline et sans expérience.

Rossignol, l'ami de Ronsin, devait trouver une protection puissante dans les bureaux du ministère de la guerre; aussi sa détention dans les prisons de Niort ne fut-elle pas de longue durée.

Le 2 juillet, il lui fut expédié directement un ordre ministériel ainsi conçu « Il est ordonné au citoyen Rossignol, -lieutenant-colonel de la trente-cinquième division de gendarmerie, de se rendre sans délai près du ministre de la guerre pour lui rendre compte de sa conduite. « On se contenta d'en informer le général Biron.

Le 4, Rossignol requit l'officier de police militaire de le mettre à même d'exécuter l'ordre du ministre, dont il lui transmit une copie. Il subit un interrogatoire qui fut adressé au ministre de la guerre, avec les pièces de la procédure. Cet événement contribua à la fortune militaire de Rossignol et à la perte de Biron.

Le général Boulard, ainsi qu'on l'a vu, avait donné sa démission, mécontent des menaces de Ronsin et de ses agents. Biron lui écrivit, le 1er juillet, pour l'inviter à retirer cette démission. Il lui annonçait que le comité de salut public avait désapprouvé la conduite de Ronsin et de ses agents qui étaient rappelés; qu'il allait continuer son plan de rétablir la communication entre Nantes et La Rochelle, de concert avec le général Canclaux. Il ajoutait « Les plaintes portées contre Sandoz, pour sa retraite précipitée à Luçon, me déterminent à le faire remplacer par Tuncq qui sera sous vos ordres. »,  

Les commissaires de la Convention et les administrateurs réunis aux Sables, invitèrent également Boulard et les bataillons de Bordeaux à rester à leur poste.

Le mouvement de Westermann sur Parthenay avait d'abord pour but de seconder celui de la division de Tours, qui devait se porter au secours de la ville de Nantes; il devenait inutile par l'évacuation de Saumur, et Westermann aurait dû attendre de nouveaux ordres du général en chef; mais, ne prenant conseil que de lui-même, il se porta, le 1er juillet, sur le village d'Amaillou qui fut évacué à son approche, et qu'il livra au pillage par forme de représailles de celui qu'avait ordonné ou autorisé Lescure. Westermann fit plus, il fit mettre le feu à Amaillou, ainsi qu'au château de Clisson appartenant à M. de Lescure.

Ici commencent les atrocités que l'on nomme représailles.

Lescure, qui considérait la ville de Parthenay comme pays conquis et soumis à sa domination, réalisa les menaces faites dans la proclamation du11 mai; il livra la ville au pillage, et, ne pouvant exercer sa vengeance sur les administrateurs absents, il fit enlever leurs familles, qui furent jetées dans les prisons de Châtillon.

De son côté Westermann effectua les menaces qu'il avait faites dans son rapport du 26 juin. Un crime, d'ordinaire, enfante un autre crime.

 Le 2 Westermann rendit compte au général Biron de sa marche sur Bressuire d'où il annonça, le même jour, qu'il irait le lendemain à Châtillon, après avoir fait brûler le château de la Rochejaquelein, comme il avait fait-de celui de Lescure que de Châtillon il irait à Chollet, et de là partout où se porteraient les rebelles. Cependant il invitait le général à le faire appuyer, dans la crainte d'être coupé par l'ennemi.

Biron s'empressa de transmettre au ministre les lettres de Westermann. « Il ne parait pas, écrivait-il, que l'ennemi fasse aucune disposition pour couper Westermann. Je serai instruit de tous ses mouvements, et prêt à le seconder dans tous les cas où il aurait à craindre. » Il ajoutait qu'il avait envoyé deux bataillons à Parthenay, pour assurer la communication, et douze cents hommes d'infanterie avec cent cinquante chevaux à Coulonges. Il finissait par informer le ministre que, malgré l'invitation du conseil exécutif, les batailIons de Bordeaux persistaient dans l'intention de retourner chez eux.

Cependant Biron n'était pas sans inquiétude sur la marche et les projets de Westermann dans l'intérieur du pays insurgé; il témoignait ses craintes à Boulard en lui faisant part de ses dispositions. Il envoyait en même temps un aide-de-camp porter l'ordre aux généraux à Saumur, de faire marcher trois mille hommes pour faire leur jonction avec Westermann. Il leur annonçait aussi qu'il n'approuvait point l'incendie d'une partie d'Amaillou, dans la crainte de représailles sur Chollet.

Jusqu'à ce moment il n'était parvenu à Niort aucune nouvelle de Nantes. On ignorait le sort de cette ville, ce qui semblait autoriser la marche de Westermann.

Enfin, la lettre du général Canclaux, adressée au général Boulard, le 30, étant parvenue au général Biron, le 3 juillet, il changea les dispositions qu'il venait de prendre. Il informa le ministre qu'il envoyait un de ses aides-de-camp à Saumur, porter l'ordre au général commandant cette division de faire marcher au secours de Nantes, par Angers, huit ou dix mille hommes de bonnes troupes, et de garder le surplus pour couvrir Saumur et Tours. Il ajoutait qu'il partirait le lendemain matin pour aller prendre lui-même le commandement de cette division.

Il écrivit également à Westermann de finir sa course aussitôt qu'il .croirait pouvoir le faire, afin de rendre son corps disponible. Il lui faisait part de ses nouvelles dispositions.

Il en donna aussi connaissance au général Boulard. « La force de ma division, ajoutait-il, est d'un peu plus de seize mille hommes, dont trois mille deux cents sans armes; reste treize mille hommes disponibles. Westermann a trois mille hommes, trois mille sont à Parthenay et Coulonges, reste sept mille. Sur ce nombre, trois mille du contingent sont sans instruction; ainsi il ne m'en reste que quatre mille de disponibles. »

Biron partit, ainsi qu'il l'avait annoncé, dans la matinée du 4 juillet, pour se rendre à Angers. Cependant Westermann poursuivait ses premiers succès.

Le 5, il rendit compte au général Biron qu'après un combat de deux heures il avait forcé la position du Moulin-aux-Chèvres, occupée par huit à dix mille Vendéens, et dix pièces de canon; que, se voyant cerné par les rebelles, il avait fait une trouée, et s'était porté sur les derrières de l'ennemi qui avait pris la fuite, et qu'il avait poursuivi au pas de charge pendant une heure de chemin enfin, qu'il était entré à sept heures du soir dans Châtillon.  

Il avait enlevé à l'ennemi trois pièces de canon, et délivré six cents prisonniers, ainsi que les épouses des administrateurs et juges de Parthenay, emmenés en otages. « Voilà donc assurément, ajoutait Westermann, une journée bien victorieuse pour l'armée républicaine française. »

Malgré ce succès, Westermann sentit un instant les difficultés de sa position. Sa troupe, disait-il, commençait à manquer de munitions; toutes les forces de l'ennemi pouvaient se porter sur lui; il craindrait de s'exposer en allant à Chollet.

Il se contentera de brûler Le château de la Durbelière de la Rochejaquelein le 4, et fera sa retraite sur Bressuire, en attendant du secours. Il finissait par témoigner le regret de rétrograder il avait l'intention de marcher droit sur Nantes, et il espérait encore pouvoir réaliser son projet, s'il recevait de bonnes nouvelles.

Chalbos, chargé du commandement de la division de Niort en l'absence de Biron, reçut le rapport de Westermann dans la journée du 4, et le transmit de suite au ministre et à la Convention. Il informait en même temps le ministre qu'il avait fait partir un renfort des meilleures troupes de la division pour joindre Westermann à Bressuire. Westermann dut recevoir le même jour l'avis des nouvelles dispositions prises par le général en chef avant son départ; la prudence- exigeait qu'il se repliât promptement sur Bressuire, et au besoin sur Parthenay; mais ses premiers succès et l'arrivée d'environ deux mille patriotes, accourus de Parthenay avec l'espoir de tirer vengeance du traitement qu'avait éprouvé cette cité, lui firent penser qu'il pourrait résister à toutes les forces de la Vendée.

 Il s'endormit dans cette confiance, sans s'occuper beaucoup de prendre les mesures de surveillance nécessaires dans sa position.

 Le 5, il fut surpris et attaqué vigoureusement par les Vendéens. Le désordre se mit bientôt dans sa troupe, et la déroute suivit de près.

La victoire de l'armée catholique fut célébrée par la proclamation suivante du conseil supérieur aux habitants du pays conquis

« Français catholiques, sujets fidèles du plus infortuné des rois le ciel vient d'exaucer vos vœux vos ennemis sont terrassés la religion triomphe, l'impiété frémit, et la victoire n'a pour un instant quitté nos drapeaux que pour revenir avec plus d'éclat couronner nos généreux efforts.

» Une horde d'assassins, forte de sept à huit mille hommes, sous les ordres de Westerimann, s'était avancée jusqu'à Châtillon; elle avait signalé son passage au milieu de vos campagnes par le vol, l'assassinat, l'incendie, le pillage et la dévastation. Vos femmes, vos enfants fuyaient à son approche; vos bras engourdis ne s'opposaient que faiblement à ses progrès rapides. On eût dit que la frayeur, l'intérêt, ou l'indifférence la plus coupable, avaient fait disparaître ce courage invincible que la religion vous avait d'abord inspiré.

» Poursuivis des environs de Bressuire jusqu'à Châtillon, vos soldats ne s'étaient un instant ralliés que pour se disperser lâchement à l'approche de l'ennemi. Cet ennemi féroce était entré un instant dans le lieu de nos séances. Les maisons, les meubles et les propriétés des vrais et seuls amis du roi et de la religion désignés nommément par des êtres perfides que notre clémence avait épargnés, étaient indistinctement ravagés et pillés. »

Un cri d'alarme s'est fait entendre de toutes parts les restes fumants de vos moissons brûlées ont ranimé votre courage. L'aspect du danger vous a tous rassemblés un seul jour a suffi pour former une armée tout est devenu soldat pour combattre un ennemi qui ne respecte rien.

« L'armée catholique et royale partie de Chollet le 5 de juillet, et dirigée sur Châtillon par le chemin de Mortagne, a rencontré l'ennemi sur les hauteurs de Château-Gaillard. Là s'est engagé le combat le plus vif.

L'artillerie ennemie a fait feu de toutes parts; la nôtre a répondu avec vigueur à toutes ses décharges et, dans le court espace d'une heure, l'impétuosité de nos soldats a vaincu les obstacles. Ils se sont portés sur l'ennemi par différents endroits, ont rompu ses rangs, dispersé ses forces, tué trois cents soldats sur le champ de bataille, et contraint le reste à chercher son salut dans la fuite.

» C'est alors que ceux qui, coupés par l'ennemi, n'avaient pu se réunir à nous, se sont ralliés subitement. Ils ont suivi avec chaleur et célérité l'ennemi dans sa fuite. Six cents républicains ont péri sur le chemin de Rorthais, trois cents vers le Pin, grand nombre d'autres au milieu des champs, des bois et des prairies le total se monte à plus de deux mille hommes.

La cavalerie ennemie coupée dans sa retraite, à Amaillou que le féroce Westermann avait incendié, a été partie prise, partie taillée en pièces. Le nombre des prisonniers se monte à plus de trois mille; chaque jour en fournit encore de nouveaux qui, cachés dans les bois, sont ou ramenés par la faim, ou découverts par nos soldats. Des femmes mêmes, s'élevant au- dessus de leur sexe; ont désarmé des cavaliers ennemis, et les ont conduits dans les prisons de Châtillon.

» L'armée républicaine a perdu, tant dans le combat que dans la retraite, quatorze pièces de canon formant toute son artillerie, un plus grand nombre de caissons, trois forges de campagne, toutes ses provisions de bouche, toutes ses munitions de guerre; en un mot, jamais victoire ne fut plus belle, jamais déroute plus complète et nous pouvons assurer sans crainte que, de cette armée qui paraissait d'abord si formidable, cent hommes se sont à peine sauvés. -̃

» Rendez donc grâces à l'Éternel d'un succès si flatteur; mais qu'il ne vous serve pas à vous aveugler sur les démarches de vos ennemis. Vous connaissez leur perfidie et leur scélératesse ils attendent le moment de la moisson pour fondre de nouveau sur vous. Ils pensent qu'occupés alors aux travaux utiles de la campagne, vous négligerez de vous rassembler; et qu'étant divisés, vos faibles efforts ne les arrêteront pas. Trompez leur attente perfide; s'ils osent encore paraître marchez dès que vous en serez requis, et montrez-leur qu'un Français qui combat pour Dieu et son roi, ne connaît ni temps, ni saisons, ni travaux, quand il s'agit de voler à l'ennemi.

 

Fait à Châtillone-sur-Sèvre ce 6 juillet 1793 l'an premier du règne de Louis XVII.

Signé GABRIEL, évêque d’Agra, président; De la Rochefoucaud,  Brin, doyen de Saint-Laurent; BERNIER, curé de Saint-Laud d'Angers; BOURASSEAU DE LA Renollière,  Boutillier des Hommelles, Bobi, Carrière, procureur-général du roi.

Par le conseil supérieur,

 P. JUHAULT, secrétaire-général.

» A Châtillon-sur-Sèvre, de l'imprimerie royale du conseil supérieur, 1793. »

 

La défaite que venait d'éprouver Westermann fut annoncée de Saint-Maixent, le 7, au ministre de la guerre, par le général Chalbos « J'arrive de Parthenay, disait-il ; j'y ai trouvé les débris de la colonne de Westermann. Il a été attaqué avant-hier par les rebelles qui lui ont enlevé toute son artillerie, et écrasé son infanterie. Sa cavalerie s'est repliée sur Parthenay avec très-peu de perte. Biron est parti depuis trois jours pour se mettre à la tête de l'armée qu'il dirige sur Nantes il m'a laissé le commandement de cette division, etc. » Cette lettre fut transmise au président de la Convention.

 

 

Le chef d'état-major Nouvion informait en même temps le général Boulard que la légion de Westermann était presque totalement perdue; que les rebelles se rassemblaient à Bressuire pour attaquer Saint-Maixent et Niort, et qu'il ne restait plus dans la division qu'environ cinq mille hommes armés.

Le même jour, les représentants Goupilleau de Fontenay et Bourdon de l'Oise, annoncèrent au comité de salut public la défaite de Westermann à Châtillon, avec perte de onze pièces de canon.

« Westermann, disaient-il, attribue cet échec aux bataillons de volontaires, et surtout à ceux organises à Orléans. On a peine à concevoir qu'un homme qui sait son métier se soit laissé surprendre, malgré le bruit du canon qui annonçait l'approche des rebelles. Chalbos a fait replier sur Saint-Maixent les débris de la colonne, qu'il va réorganiser. »

La Convention, instruite de cet événement, décréta, le 10 juillet, que Westermann serait traduit à sa barre, et qu'il ne lui serait plus accordé de service militaire.

Le ministre, dans sa réponse à Chalbos, lui annonçait ce décret. Il finissait par une réflexion bien propre à faire connaître l'esprit de cette époque, et à expliquer un grand nombre de faits applicables aux individus. La seule défense, disait-il, qu'un officier puisse avoir dans la bonne ou mauvaise fortune, est un patriotisme connu, parce que, avec une telle réputation, on n'est jamais un sujet d'inquiétude pour ses semblables; on n'est accuse ni soupçonné par eux, si les événements sont malheureux. »

Westermann n'avait pas encore eu connaissance de ce décret lorsqu'il écrivait le 12 au comité de salut public qu'en annonçant sa perte, il avait cru que le pur hasard avait fait marcher l'ennemi sur lui, mais qu'il devait sa défaite à la trahison de Caire, lieutenant-colonel de son infanterie, ancien page d'Artois, ancien ami de la Rochejaquelein et de Lescure qu'il avait fait arrêter et conduire à Niort, les fers aux pieds et aux mains. Westermann ajoutait que, sa légion étant réduite à huit ou neuf cents hommes, il demandait d'être autorisé à la compléter dans les trois armes, au nombre de quatre mille hommes. Il assurait que ce corps, bien discipliné, vaudrait plus de dix mille hommes.

Un décret, rendu dans la séance du 3o juillet, renvoya Westermann devant les tribunaux militaires à Niort où il fut déchargé de l'accusation dans les premiers jours de septembre. Voici le dispositif du jugement du tribunal militaire: « Il a été dit, à l'unanimité, qu'il n'y a lieu à accusation contre le général Westermann, attendu que la conduite de ce général à Châtillon, dans la journée du 5 juillet, est digne des plus grands éloges que les dispositions par lui prises pour s'assurer la victoire, annoncent un général consommé dans l'art de la guerre, tant à cause de sa fermeté que par les principes d'humanité qu'il a manifestés. En conséquence renvoyé à ses fonctions. »

Pour couvrir sa défaite Westermann avait accusé les onzième et quatorzième bataillons de la formation d'Orléans d'avoir abandonné leur poste, et d'avoir pris la fuite en criant à la trahison, ce qui avait entraîné la déroute.

Le lieutenant-colonel du quatorzième bataillon, Friederichs, adressa aux représentants du peuple, au nom de son corps, des réclamations à ce, sujet.

« Westermann, disait-il, est accusé; la justice nationale va le condamner ou l'absoudre ; il est, à nos yeux, sacré comme le malheur, mais il inculpe le brave quatorzième bataillon de la formation d'Orléans nous allons répondre à ses calomnies. Qu'il se reproche, à lui seul, le mal que vont lui faire les vérités que nous allons révéler :

» Le quatorzième bataillon était composé de quatre cent soixante-neuf hommes, officiers compris après la désastreuse affaire de Châtillon, il a été réduit à dix-sept hommes, officiers compris. Sur ces dix-sept, treize ont été blessés; quatre seulement ne le sont pas. Comment ce bataillon a-t-il pu être inculpé ?

» L'armée victorieuse arrivée à Châtillon y fut laissée sans avant-postes, sans patrouilles, sans vedettes, comme au milieu de la paix et dans un pays ami.

 » Le quatorzième bataillon gardait trois canons; les rebelles s'avancèrent, sans être aperçus, jusqu'au onzième bataillon.

Un coup de canon, dont le boulet vint frapper à mes pieds nous avertit qu'ils étaient là. Je fis battre la générale. Le quatorzième bataillon, réuni au onzième, soutint pendant plus d'une heure le feu de l'ennemi. Ne voyant paraître ni général, ni porteur d'ordre, accablés par le nombre, nous nous repliâmes. Le premier chef du bataillon avait été tué; ce bataillon était réduit à une centaine d'hommes. Nous nous battîmes en retraite, et nous fûmes forcés d'abandonner nos canons. (À 10 heures du matin, le canon la Marie-Jeanne donna le signal du combat)

C'est ce bataillon, qui a péri à peu près tout entier, que Westermann accuse nos camarades morts pour la patrie qu'il outrage------  Il dit que le quatorzième bataillon a, dans sa fuite, entraîné une partie du onzième cette inculpation est absurde et atroce le onzième était en avant de nous et c'est en nous portant en avant que nous l'avons rejoint. Ce onzième bataillon, qui s'est battu, saura nous rendre justice, et démentira Westermann. Tous les officiers étaient à leur poste, et presque tous ont été tués. » Nous ne blâmons pas sa tactique militaire mais la marche rapide d'une armée, dont la sécurité repose seulement dans la terreur qu'elle inspire peut-elle convenir dans un pays coupé et couvert comme celui de la Vendée ?

 Nous ne blâmons pas cette incroyable confiance en, son génie, qui lui a fait négliger ou dédaigner même tout moyen d'assurer sa retraite et d'éclairer sa marche mais alors que les choses heureuses l'abandonnent, quand une funeste expérience lui reproche ses torts et ses fautes est-ce le quatorzième bataillon qu'il doit accuser ? Westermann sait que, lorsqu'il fuyait, le quatorzième bataillon se battait à outrance;  il sait que le bataillon a péri, il a voulu rejeter son crime sur un mort. Il en existe un faible reste. Blessé, comme le peu de mes frères d'armes qui vivent encore nous nous adressons à vous, représentants du peuple et c'est de vous que nous attendons avec confiance une réparation aussi éclatante que l'insulte que, Westermann a voulu faire au brave et irréprochable quatorzième bataillon. »

Il ne paraît pas que cette pièce adressée au ministre le 3 septembre et transmise au comité de salut public le 15, ait été produite au tribunal militaire de Niort avant le renvoi de Westermann à ses fonctions……

 

Guerres des Vendéens et des Chouans contre la République française, ou Annales des départemens de l'Ouest pendant ces guerres.... T. 1 / par un officier supérieur des armées de la République habitant dans la Vendée avant les troubles
Auteur : 
 Savary, Jean Julien Michel
==> Mauléon, le sentier des guerres de Vendée du Mont-Gaillard
==>loi d'anéantissement de la Vendée voté le 1er août 1793 par la Convention nationale, pendant la période appelée « la Terreur »

Carte Guerre de Vendée et Lieux de Mémoire (Maps et Dates) -

l'historien de l'association du Souvenir Vendéen, Pierre Gréau retrace l'histoire du Soulèvement Vendéen de mars 1793 -24 Août 1792 Bressuire -10 mars 1793 : levée en masse et création du Tribunal révolutionnaire . Le 10 mars 1793, l'insurrection commence dans le district de Clisson..